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La France se fracture, la classe politique roupille

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Les quartiers, que l’on qualifie pudiquement de « banlieues populaires », ne se sont pas rendus à la manifestation contre l’antisémitisme. Le recteur de la Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, non plus. Face au séparatisme, la constante légèreté de nos responsables politiques apparait comme de plus en plus révoltante.


La France se fracture ; la classe politique roupille. Et l’immigration massive, qui bouleverse spectaculairement un fragile équilibre identitaire, se poursuit. Lundi, Emmanuel Macron a appelé les cultes (chrétiens, juifs, musulmans) à faire ensemble « un effort pédagogique » auprès des jeunes attirés par l’intolérance et la violence. Son angélisme rejoint la proposition lunaire d’Elisabeth Borne qui, le 27 octobre, en réponse aux émeutes urbaines, évoquait « un plan d’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques, en particulier le dimanche ». L’hébétude aveugle les « élites », incapables de réagir à la rupture culturelle qui s’installe entre la France française, encore largement majoritaire, et la France islamisée. La dérive de la Grande mosquée de Paris illustre ce séparatisme, qui s’accélère sous la pression du conflit israélo-palestinien.

A lire aussi, du même auteur: Capitulations et traîtrises ont assez duré

La Mosquée de Paris dans la tourmente

Le 7 octobre, jour du massacre de civils israéliens par des commandos du Hamas, le recteur de la mosquée, Chems-Eddine Hafiz, a présidé à la création européenne de l’Alliance des Mosquées, constituée autour de la doctrine islamiste des Frères musulmans. Hier, le grand rabbin Moche Lewin a démissionné d’un groupe de travail avec les musulmans pour dénoncer leur « refus de qualification de terroristes » des pogroms du 7 octobre et l’absence de représentants du culte musulman à la marche de dimanche. Mardi également l’imam Abdelali Mamoun a mis en doute la flambée des actes antisémites musulmans. Le face-à-face est là désormais.

Or, dans ce moment historique de révélation d’une immigration musulmane ouvertement hostile à l’intégration, il est révoltant d’observer la constante légèreté des réponses politiques.

A lire aussi, Céline Dupuis: C’est bon d’être aimé par des durs

Eric Ciotti n’ira pas à Saint Denis

La droite sénatoriale se félicite d’avoir durci, hier, le projet de loi immigration. Cependant, même le député Eric Ciotti (LR) le reconnaît, ce mercredi dans Le Figaro à propos de la suppression apparente de l’article 3 qui justifiait des régularisations de clandestins pour des métiers en tension : « L’article 4-bis, qui s’est substitué à l’article 3, me gêne (…) Le texte n’inversera pas les grandes tendances qui nous ont conduit à accueillir près de deux millions d’étrangers depuis l’élection d’Emmanuel Macron »[1]. On ne saurait mieux dire. Ni les provocations de l’Algérie (tutrice de la Grande mosquée) ni celle de la Turquie (qui incite ses sujets à ne pas s’assimiler) ne réveillent les indignations des dirigeants. Or la paix civile est en jeu. Les réponses doivent être à la hauteur de cette menace. Elles passent d’abord, comme le défend Malika Sorel (entretien à Atlantico, 4 novembre) par la « suspension de l’immigration en provenance des sociétés dont les ressortissants ont fait preuve de leur extrême difficulté à s’assimiler »[2]et par la suppression du droit du sol, qui brade une nationalité française fictive, vécue parfois comme un fardeau.

Mais les réponses, de bon sens en réalité, passent par le renvoi préalable d’un monde politique qui, droite et gauche, s’est fourvoyé dans le culte de l’immigration salvatrice. Ces faillis n’osent même pas regarder leur échec en face.


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[1] https://www.lefigaro.fr/politique/eric-ciotti-ce-texte-sur-l-immigration-n-inversera-pas-les-grandes-tendances-20231114

[2] https://atlantico.fr/article/decryptage/malika-sorel-par-quel-miracle-les-occidentaux-pourraient-ils-etre-respectes-par-les-immigres-puisqu-ils-ne-se-respectent-pas-eux-memes-allemagne-europe-france-integration-manifestations-palestine-guerre-israel-gaza-religion-tensions

Plainte contre Israël pour génocide: de l’inanité juridique à la manipulation politique

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Emmené par l’avocat français Me Gilles Devers, un collectif saisit la Cour pénale internationale


Le 9 novembre, un collectif de 300 avocats a déposé plainte contre l’État d’Israël devant la Cour pénale internationale pour crime de génocide. Quelques médias, comme L’Humanité[1], et des influenceurs, comme Booba[2], s’en sont fait l’écho. Le terme de génocide a été créé en 1944, suite à la tentative d’extermination du peuple juif par les nazis. Il n’y est évidemment pas limité. En 1946, l’Assemblée générale des Nations unies en fait un crime de droit international. Surtout, il est défini par la convention des nations unies du 9 décembre 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide. Son article 2 précise que :

« Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, (souligné par nous) comme tel :

  1. Meurtre de membres du groupe ;
  2. Atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
  3. Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
  4. Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
  5. Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. »

Ainsi, et suivant le diptyque classique du droit pénal, le crime se compose, outre un élément matériel, d’un élément intentionnel, en l’occurrence « l’intention de détruire, en tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ».

En l’espèce, au-delà des contestations qui pourraient s’élever sur la matérialité, aucun élément objectif ne corrobore une intention d’Israël de détruire les Palestiniens. Ni depuis le 7 octobre, puisqu’il a même été reproché à Israël de demander aux gazaouis du Nord – plus particulièrement exposé car le Hamas y a implanté ses bases opérationnelles – de fuir vers le Sud. Ni, bien évidemment, avant le 7 octobre (la précision mérite d’être apportée puisque, comme on le verra, le projet de plainte est ancien) : en 2017, année la plus récente pour laquelle nous avons trouvé des chiffres, la croissance annuelle de la population de la Bande de Gaza est de 2,97%[3]

Cela relève de la tautologie, mais en l’absence d’intention génocidaire, il n’y a pas de génocide. Prétendre le contraire relève de l’inanité juridique.

A lire aussi, Gabriel Robin: Au cœur des réseaux «anti-impérialistes» français: qui couvre le Hamas?

Est-ce à dire qu’aucune plainte devant la Cour pénale internationale ne peut avoir un sens pour les faits dont les gazaouis sont victimes ?

La question de l’existence de crimes de guerre, notion distincte de celle de génocide, se pose. Encore faut-il préciser qu’une plainte pour crime de guerre devrait viser le Hamas au moins au même titre qu’Israël : au-delà même de l’utilisation de ce territoire pour garder captifs des otages civils israéliens (ce dont les rédacteurs de la plainte ne semblent avoir cure), il n’est plus contesté que l’organisation terroriste palestinienne utilise ses hôpitaux, ses écoles, et son entière population comme autant de boucliers.

Une telle plainte (pour crime de guerre et non limitée à Israël) ne serait pas dénuée de pertinence. On ne peut pas l’attendre de ses auteurs, en tout cas de son auteur principal. Maître Gilles Devers, avocat lyonnais, à la tête d’un collectif d’avocats, affirmait face caméra, après le dépôt de la plainte, avoir constitué « une armée d’avocats ». (Notre vidéo ci-dessous). On aimerait que la formule guerrière relève de la maladresse, voire du lapsus, fût-il révélateur. Hélas, c’est une revendication.

En effet, Gilles Devers préparait la plainte avant même le 7 octobre. Son mandant, à l’époque, était… le Hamas. Le Monde écrivait, dans un article publié le jour même des attentats[4] : « Ironie de l’histoire, lundi 9 octobre le Hamas était censé déposer une plainte devant la Cour pénale internationale, sous la forme d’un épais volume de 400 pages, détaillant les violations des droits de l’homme commises par Israël à Jérusalem, notamment la colonisation et les transferts forcés d’une population délogée par des colons juifs. Une initiative évidemment gelée. « La branche armée du mouvement a décidé que c’était le moment d’agir et on a donc décidé de reporter le dépôt de la plainte », confie Gilles Devers, l’avocat français du Hamas. ». Voilà donc une action pour génocide, infondée, menée dans l’intérêt d’une organisation coupable des pogroms du 7 octobre qui avaient, eux, un mobile génocidaire. Les articles 7 et 13 de la Charte du Hamas lui confèrent en effet comme objectif la destruction d’Israël. Si l’avocat ne se confond pas avec son client, la plainte préparée pour le compte d’un meurtrier se confond bien avec la plainte déposée ultérieurement sur cette base, par le même conseil, même en supprimant le nom du précédent client. Il est regrettable qu’un auxiliaire de justice taise désormais qu’il agissait (agit ?) au nom et pour le compte de l’organisation terroriste qui a déclenché la guerre et devrait être, en toute logique, la principale cible de sa propre plainte. Regrettable vis-à-vis de la Cour pénale internationale, objet d’une tentative d’escroquerie au jugement ; regrettable pour les autres Conseils qui se sont joints à son action, et dont on veut croire qu’ils ne souhaitent pas se retrouver de facto avocats du Hamas ; regrettable surtout pour les victimes palestiniennes dont l’action se trouve décrédibilisée.

Au fond, l’explication des choix procéduraux de cette plainte est synthétisée dans un article de M. Joseph Confavreux, dans Médiapart : « Affirmer qu’un pays, créé pour servir de refuge à un peuple génocidé, commet aujourd’hui un génocide, c’est remettre en cause les raisons mêmes de l’existence d’Israël »[5]. En accusant Israël de génocide, le Hamas, ses complices volontaires et ses idiots utiles questionnent son existence même.

La guerre, écrivait Clausewitz, est la continuation de la politique par d’autres moyens. La plainte contre Israël devant la Cour Pénale Internationale semble bien être une tentative de continuation du pogrom du 7 octobre 2023 par d’autres moyens.


[1] https://www.humanite.fr/monde/armee-israelienne/la-justice-internationale-saisie-dune-plainte-pour-genocide-a-gaza)

[2] https://twitter.com/booba/status/1724072390706053366

[3] https://www.pcbs.gov.ps/portals/_pcbs/PressRelease/Press_En_Preliminary_Results_Report-en-with-tables.pdf

[4] https://www.lemonde.fr/international/article/2023/10/07/l-attaque-du-hamas-contre-israel-un-seisme-politico-securitaire_6193023_3210.html

[5] https://www.mediapart.fr/journal/international/011123/guerre-au-proche-orient-le-genocide-terme-juridique-et-arme-politique

Je doute qu’il y ait aujourd’hui des humoristes heureux

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Faire profession d’humoriste, est-ce bien sérieux ?


Ceux qui se félicitent d’avoir le sens de l’humour et qui placent cette qualité au zénith affirment assez souvent que je n’en ai pas. Il est vrai qu’à choisir, je suis plus sensible aux mots d’esprit qu’à l’humour artistique et médiatique d’aujourd’hui. J’admets volontiers que d’ailleurs je suis assez souvent hermétique à ce qui est considéré comme hilarant dans ces univers et que je cherche désespérément à rejoindre ces coteries parce que celles-ci, en s’esclaffant systématiquement, me donnent l’impression que j’ai manqué quelque chose. Puis je me rassure et j’en prends mon parti. Il est d’ailleurs intéressant de relever que le métier d’humoriste est devenu tellement fragile et incertain que la plupart de ceux qui en font profession semblent n’avoir qu’une envie : celle de montrer qu’ils sont capables d’être bien plus que des humoristes, par exemple des dénonciateurs, des analystes, des vigies, des procureurs, des ricaneurs, des exemples ou des consciences. Un peu comme ces chroniqueurs judiciaires qui n’aspirent qu’à se faire passer pour des juges ou des justiciers. Quand on est sur cette pente qui vous fait abandonner peu à peu l’art de faire rire pour vous poser en penseurs, il y a à l’évidence un malaise. On quitte un territoire fait pour vous, on en aborde un autre avec le risque d’un contre-emploi. Si l’humoriste n’est plus fier de ce qu’il offre à ceux qui viennent le voir, il déprime, tombe dans l’aigreur, s’abandonne à des comparaisons historiques douteuses, des banalisations odieuses du vocabulaire ou, pour avoir au moins une satisfaction, il rit le premier de ses plaisanteries. Je doute qu’il y ait aujourd’hui des humoristes heureux. Certes, parfois une personnalité paraît être inscrite si naturellement dans ce qu’elle profère, dans son ironie ou sa causticité, qu’elle révèle un équilibre qui fait du bien : je songe – c’est totalement subjectif – à Tanguy Pastureau ou à François-Xavier Demaison. Mais combien d’autres sont écartelés entre leur impossibilité de faire rire et leur désir d’être pris au sérieux ! Pas assez étincelants sur le premier plan, pas assez profonds pour le second !

A lire aussi: «Une sorte de nazi»: France Inter et l’hiver de l’humour

Une autre raison sans doute est plus fondamentale pour expliquer ce que la profession d’humoriste a de totalement artificiel. C’est que l’humour, l’esprit, sont partout et n’ont pas vocation à être encasernés. L’expérience de chacun démontre que rien n’est plus vain que de s’estimer dépositaire, par fonction, d’un élan de vie, d’une alacrité, d’une finesse, d’un jeu du langage, d’une culture, d’une verve paradoxale, sarcastique ou ironique qui, en réalité, sont répandus dans la société tout entière et procurent de merveilleuses surprises, dans la quotidienneté, à ceux qui en sont les témoins ou les partenaires. L’humour est une chose bien trop sérieuse pour être confiée aux humoristes brevetés, patentés.

Biden peut-il perdre en 2024 à cause du vote musulman?

17% d’Américains arabes voteraient pour Joe Biden aujourd’hui, contre 59% en 2020


Tout le monde sait que Joe Biden a pris position très fermement en faveur d’Israël, au risque de froisser les wokistes des campus américains qui défendent la cause palestinienne avec un zèle qui mériterait mieux. Mais, il est peu probable que ces électeurs transfèrent leur allégeance du parti démocrate au parti républicain.

Les stratèges démocrates inquiets

En revanche, il se peut bien que le soutien sans faille de Biden à Israël lui coûte une grande partie du vote musulman américain – et dans des Etats-clés pour l’élection présidentielle de 2024 qui l’opposera à son grand rival, Donald Trump.

Les sondages, depuis le début du conflit entre Israël et le Hamas, montrent que Biden est en train de perdre rapidement la côte auprès des électeurs arabes et musulmans. Pour ces derniers, comme pour les manifestants universitaires, le président devrait imposer aux Israéliens un cessez-le-feu. Ses appels à de simples « pauses humanitaires » au milieu du combat sont insuffisants pour concilier les partisans de la Palestine – souvent d’une Palestine « libérée de la rivière à la mer ».

Dans un article du 6 novembre, publié sur le site de MSNBC, le stratège démocrate, Waleed Shahid, écrit : « Au cours de ces dernières semaines, j’ai été inondé de messages de la part d’Américains musulmans et arabes aussi bien que de jeunes organisateurs derrière des mouvements comme les manifestations contre la guerre en Irak, Black Lives Matter et le Green New Deal [le projet de décarbonisation de l’énergie promu par l’aile gauche du Parti démocrate] et qui ont aidé à mobiliser le vote démocrate en 2020 et 2022 […]. Ils ont rompu avec le parti démocrate ».

A lire aussi: L’ombre du nazisme et du Grand Mufti de Jérusalem plane sur les massacres du Hamas

Selon un sondage publié par NBC le même jour, dans l’État du Michigan – un swing state ou État-charnière où Biden a devancé Trump de 150 000 votes en 2020, Biden ne récolterait que 16% du vote arabe et musulman si l’élection avait lieu aujourd’hui. L’électorat en question représente 400 000 bulletins de vote. Les résultats d’un sondage publié fin octobre par l’Arab American Institute suggèrent que 17% d’Américains arabes voteraient pour Joe Biden, contre 59% en 2020. 40% seraient prêts à soutenir Donald Trump et 13,7% Robert F. Kennedy. 25,1% restent indécis.

Dans les États-clés où Biden a gagné en 2020 – le Michigan, l’Ohio, la Pennsylvanie, le Wisconsin – il aura grand besoin des votes des dizaines de milliers d’Américains arabes qui y habitent.

Menaces

Une représentante du Michigan, Rashiba Tlaib, une Américano-palestinienne, a posté une vidéo le 3 novembre dans laquelle elle déclare : « Joe Biden a soutenu le génocide du peuple palestinien », avant de terminer sur un ton de menace : « Biden, soutenez un cessez-le-feu maintenant ou ne comptez pas sur nous en 2024 ».

Le 9 novembre, à Détroit, la capitale du Michigan, des manifestations ont organisé une conférence de presse devant le siège du FBI demandant aux Américains arabes et musulmans d’abandonner le Parti démocrate. L’imam Imran Salha, de l’Islamic Center of Detroit, a repris l’accusation de Rashiba Tlaib : « Il s’agit d’un génocide et Biden est responsable ». Il a lui aussi donné un avertissement au président démocrate : « Dans chaque État qui est un swing state, on ferait en sorte que vous perdiez ».

Il est bien sûr possible que tout change d’ici un an, mais des sondages récents donnent Trump gagnant en 2024 dans certains des swing states.

De nos jours, que ce soit aux États-Unis, au Royaume Uni ou en France, les partis de gauche dépendent électoralement d’une alliance islamogauchiste. Les Démocrates américains seront-ils le premier parti à perdre une élection importante à cause de l’effondrement d’une telle alliance ?

Gilles Kepel: «Le venin du djihadisme d’atmosphère se répand désormais dans une partie de la jeunesse»

Gilles Kepel, à qui l’on doit les concepts de « mouvements islamistes », d’« islamo-gauchisme » et de « djihadisme d’atmosphère » est poussé à la retraite au moment où les phénomènes qu’il décrit depuis quarante ans redoublent de gravité. Avant sa quille, il a reçu Causeur dans son bureau de l’École normale supérieure. Propos recueillis par Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques.


Relire la première partie.

Après la déconfiture d’Al-Qaïda et celle de Daech, vous sembliez penser que l’islam politique vivait son crépuscule.

Non, il mute. Quand j’ai publié, en 2000, Jihad : expansion et déclin de l’islamisme, la presse, se contentant du titre, a annoncé faussement que j’annonçais la fin de l’islamisme ! En réalité, je me demandais pourquoi, après la victoire du djihad afghan dans les années 1980, les djihadistes n’avaient pas réussi dans les années 1990 à transformer l’essai en Égypte, en Algérie, en Bosnie, en Tchétchénie. Du reste, Ben Laden a fait exactement la même analyse. Le 11-Septembre est un message de l’islamisme sunnite aux masses musulmanes qui n’ont pas soutenu le djihad après la victoire de 1989 contre l’Armée rouge, chassée de Kaboul. Il veut leur montrer qu’il n’y a plus d’hyperpuissance, plus de domination culturelle et militaire de l’Occident. Al-Qaïda sera liquidée ultérieurement, en 2006, par les chiites en Irak, mais son message est toujours actif. C’est aussi la réponse du berger sunnite à la bergère chiite. Ben Laden remporte le 11-Septembre une victoire médiatique dont Khomeiny avait privé les vainqueurs de Kaboul par sa fatwa contre Rushdie du 14 février 1989, obnubilant leur succès.

Par la suite, vous analysez l’évolution du djihadisme selon une dialectique hégélienne…

En effet. D’abord l’affirmation (le djihad contre l’ennemi proche – 1979-1998), puis la négation (le djihad contre l’ennemi lointain, Al Qaïda, 1998-2006), et enfin le dépassement (Daech, à cheval entre le Levant irako-syrien et l’Europe, 2006-2019). Et ces trois phases correspondent à trois moments médiologiques, dirait Debray. Pour la phase 1, j’ai dû aller à Kaboul en 1997 dans l’ex-hôtel Intercontinental transformé en mosquée pour dénicher le livre d’Abdallah Azzam, un Palestinien qui était l’intellectuel du djihad d’alors. Dans la phase 2, on assiste à la naissance d’Al Jazeera, vecteur cathodique par excellence d’Al-Qaïda : la télévision ne vient plus seulement d’Occident. La phase 3 commence le 14 février 2005 en Californie quand YouTube reçoit sa licence d’exploitation et ça change tout : le support de Daech est numérique. Vous pouvez prendre un otage, l’égorger, le filmer et diffuser instantanément sur Facebook live. On passe du djihadisme léniniste et pyramidal d’Al-Qaïda, au djihadisme en réseaux théorisé par le Syrien Abou Moussab al-Souri. Lequel a fait ses études à Jussieu au moment où Gilles Deleuze était la star absolue des campus parisiens, avec sa théorie du rhizome révolutionnaire. Bien sûr, personne n’a lu Souri, qui a publié des milliers de pages indigestes en arabe, mais l’âge numérique mâchouille tout cela sur les réseaux à coups de likes, on n’identifie plus qui a écrit quoi. Ce processus dialectique aboutira ensuite à ce que j’ai nommé le « djihadisme d’atmosphère », un syntagme qui a fait le buzz…  et qui est à son tour repris partout, anonymisé au fil des retweets, de sorte que presque plus personne ne me l’attribue !

Moussab al-Souri, théoricien du djihadisme en réseaux. D.R

Comment se diffuse ce djihadisme d’atmosphère?

Quand des influenceurs en ligne vous serinent que le monde est divisé entre les croyants et les kouffars (mécréants), dont le sang et les biens sont licites, comme ceux des « apostats » (murtadd – tout musulman non fréro-salafiste), piller des magasins dans une émeute comme celle qui a suivi la mort de Nahel en juin, revendre les Nike volées sur Leboncoin, et tuer des flics si possible, est considéré comme hallal au nom de cette interprétation incontrôlable de la chari’a par des imams numériques invisibles et autoproclamés.

Résultat, dans la jeunesse, l’imprégnation islamiste est générale.

En tout cas, elle est devenue très forte, fût-ce de manière inconsciente, du fait des réseaux sociaux. De plus, il faut compter avec la nouveauté mélenchoniste. La gauche extrême a décidé que, pour détruire et remplacer la gauche républicaine, il fallait épouser et même renforcer la clôture et l’assignation à résidence identitaire en lieu et place de la lutte des classes. Sa stratégie électorale s’appuie sur des influenceurs religieux qui appelleront à voter LFI – comme les curés d’antan faisaient voter leurs paroissiens pour les hobereaux : avec 300 voix sûres dans une ville de banlieue populaire de 30 000 habitants, vous passez très facilement, puisque plus grand-monde ne vote. Et si l’imam enligne dit « c’est le seul qui nous défend », les internautes qui le suivent voteront Mélenchon. Mais cette stratégie s’est retournée contre son auteur : les tweets de Mme Panot & Cie sur la situation en Israël et en Palestine ont abouti à fracturer pour de bon la Nupes, et donc à lui aliéner de nombreux électeurs horrifiés…

Nous vivons aussi à l’âge du déni. Depuis quarante ans, on n’a rien vu et on a criminalisé ceux qui voyaient. Comment l’expliquez-vous ?

Je citerai d’abord un enjeu cognitif : la plupart des gens qui ont travaillé sur ces dossiers ne connaissent pas l’arabe et prétendent que c’est « inutile pour comprendre quoi que ce soit à l’islam en France », selon le célèbre apophtegme d’Olivier Roy, qui a eu une influence décisive sous Sarkozy et Hollande, et sur le personnel politique qui s’est converti ensuite au macronisme d’opportunité. Et puis, il y a cette culpabilité postcoloniale qui, au lieu de s’émousser, s’aggrave – « c’est notre faute si « ils » sont si hostiles, « nous » avons péché, on doit expier. Le bla-bla décolonial à l’Université, qui s’adresse à une jeunesse se réinventant une mémoire à défaut de connaître l’histoire, fournit cette bouillie conceptuelle. Enfin, je refuse de passer sous silence les conséquences dévastatrices de la désindustrialisation. Dans les années 1970, les enfants de prolos algériens allaient dans les colonies de vacances de la CGT, socialisaient avec des gosses de Polonais, de Portugais, d’Italiens, de Bretons et d’Auvergnats, et fréquentaient l’école de la République, école de l’exigence qui a fabriqué la génération de Français dont le fils d’un métèque tchèque et d’une provinciale azuréenne que je suis fait partie. Rien à voir avec l’école de la pseudo-bienveillance et du relativisme moral d’aujourd’hui.

Ce déni a contaminé les cénacles diplomatiques, voire policiers.

En 2012, les massacres par Mohammed Merah de militaires « apostats » à Montauban, puis à l’école juive de Toulouse ont lieu durant la campagne présidentielle : le patron de la DRCI à l’époque explique que Merah est un loup solitaire – circulez il n’y a rien à voir. Trois ans plus tard, c’est Charlie, puis le Bataclan… et on connaît la suite – jusqu’à l’assassinat du professeur Dominique Bernard à Arras. Voilà à quoi ont abouti l’effondrement des études arabes et l’impéritie de notre classe politique. Sous Emmanuel Macron, l’écoute a été meilleure au sommet de l’État que pendant les deux quinquennats précédents. Hélas, même quand la prise de conscience advient au sommet, la mise en œuvre achoppe sur la résilience de l’État profond, c’est la logique routinière des administrations marquées par le déni qui l’emporte.

Attentat au lycée d’Arras, 13 octobre 2023. D.R

À gauche, le terra-novisme suggère explicitement d’abandonner les prolos au profit des immigrés, et aujourd’hui à l’islamo-gauchisme.

Au début du septennat de Mitterrand, Rémy Leveau m’a conseillé de me pencher sur ce qui se passait dans les usines occupées où les ouvriers priaient vers La Mecque. Contrairement aux sociologues de l’immigration, j’ai tenté de penser ce qui se passait en France à partir des outils conceptuels que j’avais forgés en Égypte. Les Banlieues de l’islam a eu une très bonne presse, mais a fait scandale à l’Université. Identifier le langage de l’islam politique, c’était porter atteinte à l’image de la classe ouvrière. On ne me critiquait plus pour avoir découvert l’existence des islamistes, mais pour conserver une distance critique à leur endroit.

Et vous finissez excommunié pour islamophobie.

Oui. Après le 11-Septembre se met en place un système de justification ambigu, que j’observe lors d’une tournée au Moyen-Orient : en public, « c’est pas nous, c’est les juifs » (le fameux fax prétendument envoyé aux juifs travaillant dans les tours jumelles les enjoignant de ne pas aller au boulot ce jour-là) ; en privé on applaudit fréquemment, cheh ! – « bien fait », comme on dit dans les dialectes maghrébins. Dans la foulée s’élabore une forme de victimisation préventive permettant de traiter d’islamophobe toute personne critiquant un quelconque aspect de l’islamisme radical. Ce concept, mis en circulation par les islamistes britanniques, veut se plaquer sur l’antisémitisme. À cette différence que l’antisémitisme ne se préoccupe pas du contenu des Écritures bibliques, mais stigmatise les juifs comme individus ou peuple chargés de tous les vices. Alors que ce qui est interdit, au prétexte de lutter contre la haine antimusulmane, c’est la lecture critique des textes sacrés, y compris des gloses les plus littéralistes, extrémistes et décontextualisées qui envahissent sans partage le Web aujourd’hui. Vérifiez un concept islamique sur Wiki : les moteurs de recherche vous renvoient systématiquement vers la version salafiste.

Après la négation, la minimisation. L’influence islamiste ne concernerait qu’une minorité infime des musulmans de France.

Si vous considérez que les lois de la République sont issues d’un peuple de mécréants et que ce qui compte c’est l’allégeance à la charia révélée par Dieu, on a un véritable problème de vie sociale ensemble. Et cela prépare le terrain pour tout le reste. Prenez le Tchétchène qui a tué Samuel Paty. On lui dit « voilà un mécréant qui a blasphémé mon prophète », il prend un couteau et va décapiter un professeur à la sortie du collège de la République. Cela montre que le séparatisme politico-religieux ouvre une voie incontrôlable, sur une trajectoire qui part de l’abaya et peut conduire jusqu’au djihad. Pour vous répondre sur la proportion, on n’a pas établi de statistique fiable, mais au vu de mon demi-siècle d’expérience, je pense qu’une grande majorité de nos concitoyens musulmans qui sont intégrés dans la société française autant que moi n’en ont rien à faire, du djihad. Cependant le venin du djihadisme d’atmosphère se répand désormais dans une partie de la jeunesse, via les influenceurs des réseaux sociaux.

A lire aussi : L’oumma, non soluble dans la nation

Ce climat pesant a-t-il ralenti la recherche française ?

J’ai dû quitter Sciences-Pôle, pour un mélange de raisons idéologiques et de mauvais management, et aujourd’hui NormaleSup me pousse dehors, pour des raisons exclusivement idéologiques – la nouvelle direction subit à mon sens la pression woke. Le master Moyen-Orient Méditerranée, que j’avais créé, a été fermé subrepticement sans que personne ne m’en avise. Mes étudiants m’ont alerté, il avait disparu des formations proposées, rayé de l’ordinateur. On crée à la place un master Sud global, syntagme issu de l’idéologie décolonialiste.

En somme, plus les mouvements islamistes s’installent dans nos sociétés, moins nous les connaissons et ça ne va pas s’arranger…

En effet, les procès en sorcellerie pour islamophobie visent à faire peur et à dissuader les jeunes collègues de travailler sur ces sujets à problèmes. De plus, pour des raisons diverses, notamment de discrimination positive, un grand nombre de comités de recrutement sont contrôlés par la mouvance islamo-gauchisme. C’est aussi pour dénoncer cela que j’ai écrit ce livre au titre ironique. Son succès de librairie, les multiples interventions que j’ai dû faire dans les médias pour expliquer la situation au Moyen-Orient, qui confirme hélas ce que je prêche dans le désert depuis la décennie 1980, ont changé la donne. Les instances universitaires, qui feignaient de ne pas entendre, ne pourront pas tenir éternellement dans cette attitude. D’autant que la représentation nationale commence à s’inquiéter de la situation à l’Université.

Quand êtes-vous effectivement congédié ?

Le 31 décembre 2023, notre chaire Moyen-Orient Méditerranée à l’École normale supérieure de Paris est fermée, les financements sont arrêtés. Comme on peut le constater, ce sujet n’a plus aucune actualité, et la contribution de mes étudiants et moi-même à l’élucidation des drames que nous vivons est socialement et intellectuellement inutile. J’ai déjà été placé en surnombre, quelque part entre les limbes et le purgatoire… On m’a même signifié par lettre recommandée du président de l’université le refus des quelques mois manquants pour pouvoir bénéficier d’une retraite complète, cette mesquinerie dépasse l’entendement. Quoi qu’on pense de mon travail, je suis probablement l’orientaliste français le plus connu dans le monde et le plus traduit, des États-Unis au monde musulman… Nul n’est prophète en son pays !

Prophète en son pays

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Succès ravageur

Horreur touristique. Festivus, qui a ravagé le charmant site de Pomfret, dans le Vermont, très prisé à l’automne, refusera par tous les moyens qu’on lui en bloque l’accès.


Dès les années 1980, Philippe Muray pressentait « le chaos festif et touristique » qui allait ravager le monde. La mésaventure de la petite ville américaine de Pomfret, dans le Vermont, confirme une fois encore ses craintes. En automne, cette bourgade bénéficie d’un environnement exceptionnel, nous apprend la journaliste Suzanne Podhaizer : du nord, une petite route serpente « en courbes douces, chacune révélant des champs verdoyants parsemés de moutons ou des étendues de forêts dans lesquelles les feuilles d’automne rouges et oranges s’accrochent aux branches ». Jusqu’à il y a peu, les habitants de Pomfret profitaient égoïstement de la vue de Sleepy Hollow Farm, une propriété privée de 115 acres où s’élèvent, au milieu des collines, de majestueux érables aux feuillages kaléidoscopiques. Le tableau idyllique est aujourd’hui méconnaissable.

D.R

Après avoir posté sur leurs réseaux sociaux des milliers de photos de ce magnifique endroit et invité leurs followers à se rendre sur place pour faire à leur tour la photo d’automne, des « influenceurs » ont déclenché un véritable raz-de-marée de touristes saccageant tout sur leur passage, ne respectant ni les propriétés privées, ni les restrictions de circuler sur les petites routes devenues impraticables à cause du trafic généré par les centaines de véhicules déferlant sur l’élégante Cape Farmhouse et ses forêts alentour, se débarrassant de leurs déchets sur le bord des chemins ou déféquant dans les jardins.

A lire aussi : C’est à ça qu’on les reconnaît!

Sous la pression des habitants de Pomfret, les autorités locales ont décidé de fermer les routes menant à la Cape Farmhouse aux non-résidents pendant la haute saison de feuillage automnal. Fureur sur les réseaux sociaux – les « influenceurs » acceptent mal que leur droit à tout bousiller soit entravé : « Amenez tous vos amis et vos campings-cars », a écrit l’un d’eux pour se venger de cette décision municipale. « Le saccage bat son plein comme jamais, écrivait Muray. C’est grâce aux touristes, maintenant, que le ravage se poursuit. » Nous pouvons aujourd’hui ajouter les « influenceurs » à la liste des nuisibles.

À quel saint se vouer?

En Belgique, le bourgmestre de Saint-Gilles souhaite une fête de la Saint-Nicolas plus inclusive. Saint-Nicolas serait renommé Sidi Nicolas, il distribuerait des clémentines venues du Maroc, et son compagnon, l’anachronique père Fouettard serait oublié…


Saint-Gilles, moine et ermite, est prié pour la rémission des malades mentaux. Il intercédait auprès des cieux, dès le VIIe siècle, afin d’attirer la miséricorde divine chez les cinglés. Il semble qu’il ait pris sa retraite, bien qu’il ait laissé derrière lui de nombreuses paroisses et une commune belge de la Région bruxelloise. Cette commune, Saint-Gilles, aurait pourtant urgemment besoin de son saint patron.  

Exit le père Fouettard

Dans de nombreuses contrées françaises et dans toute la Belgique, les écoliers commencent tout doucement à se tenir à carreau et à mémoriser leurs tables de multiplication. Ou, plus vraisemblablement, à absorber sans relâche la doxa chauffiste. Mais dans les deux cas, l’objectif est le même : s’attirer les bonnes grâces de Saint-Nicolas.

À lire aussi, du même auteur: Hamas: pour la gauche belge, il faut avant toute chose «contextualiser»

Évêque en Turquie, Saint-Nicolas est, lui, le patron des enfants sages auxquels il distribue, le 6 décembre, des cadeaux et des oranges. Il est accompagné d’un âne et d’un page maure. Ce dernier subit depuis longtemps les coups de boutoir de la bienpensance décoloniale qui ignore qu’en Turquie, et dans tout le Proche-Orient, les dignitaires ne se déplaçaient que suivis de leur page. Pour l’instant, l’âne est épargné, mais le page disparait, au grand soulagement des écoliers susmentionnés, car il avait pour fonction de fouetter les garnements et les cancres, d’où son nom de « Père Fouettard ». Mais on ne donne jamais assez de gages aux nouveaux maîtres-censeurs et le bourgmestre de Saint-Gilles, à qui personne n’avait rien demandé, a eu une idée.

Les oranges grand-remplacées par des clémentines

Sa commune étant largement « diversifiée », c’est-à-dire qu’elle est à peu près uniformémement marocaine, Monsieur Jean Spinette, le bourgmestre socialiste, bio-équitable-recyclable et surtout islamo-complaisant, a donc proposé une nouvelle version de la multiséculaire fête du grand saint qui sillonnera sous peu les vieux pavés saint-gillois. Exit bien sûr le père Fouettard et, plus inventif, exit aussi les oranges. Elles seront remplacées par des clémentines. Et pas n’importe quelles clémentines, des clémentines en provenance de la ville marocaine de Berkane. En effet, précise Jean Spinette, nombre de Saint-Gillois sont originaires de Berkane. Et ils ont le droit de vote.

À lire aussi, Jeremy Stubbs: Hamas: pour la gauche belge, il faut avant toute chose «contextualiser»

Mais il est possible que l’électorat de Monsieur Spinette ne se contente pas de ce geste « intersectionnel » (sic). Aussi propose-t-il de rebaptiser Saint-Nicolas en Sidi Nicolas, afin que chacun se rappelle sa soumission, une fois dans l’isoloir. Ha ça, « quand on invente un jeu de cons » comme disait Audiard, il n’y a pas de raisons de s’arrêter. « Pour nous, Saint-Nicolas doit être respectueux de l’environnement, respectueux des cultes et intersectionnel. Le Père Fouettard a d’ailleurs été viré depuis longtemps », a-t-il confié à nos confrères de la DH.

Il ne nous reste plus qu’à prier Saint-Gilles, patron des siphonnés, et plutôt deux fois qu’une ! 

Maurice Genevoix, nos morts, la France

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En Grande Bretagne, la marche monstre en faveur de la cause palestinienne, et les heurts qui en ont résulté dans les cortèges et à l’extrême droite, ont perturbé le 11-Novembre et provoqué la démission du ministre de l’Intérieur. Si nous n’en sommes pas là, en France aussi, des déconstructeurs estimant qu’être Français n’est pas un cadeau, et des révolutionnaires « insoumis » ou islamo-gauchistes cracheront peut-être bientôt sur le visage des poilus morts à Verdun, craint notre contributeur.


A l’occasion de son transfert au Panthéon, le 11 novembre 2020, j’espérais que Gallimard allait publier, en Pléïade, l’œuvre complète de Maurice Genevoix et notamment les cinq livres qui forment « Ceux de 14 ». Pour l´instant, aucun projet semble-t-il, et c’est regrettable. Ce témoignage sur la Grande Guerre est pourtant unique et indépassable ; sans lyrisme déplacé, sans fioritures de style, sans désir d’enjoliver le réel ou de passer sous silence certains aspects pas très reluisants. Il fut d’ailleurs censuré dans certaines premières éditions. Un texte admirable de dignité et d’humanité, transpirant de vérité sans fard sur la souffrance de l’homme livré à une guerre, la plus terrible qui jamais fut. Il devrait être un livre obligatoire dans les écoles, pour faire comprendre mais aussi sentir quelle vie fut celle de la génération de Genevoix et à quels sommets de sacrifice elle consentit pour la patrie.

Cette patrie que certains prennent pour un paillasson, comme disait de Gaulle. Dire qu’aujourd’hui l’obtention de la nationalité, par droit du sol, n’est même pas conditionnée à l’amour de son pays et de sa culture ! Il faudrait pourtant un serment solennel et que le mot de serment et l’acte primordial, fondateur, qu’il recouvre, eût encore un sens. Dire qu’aujourd’hui l’obtention de la nationalité par filiation n’est, elle non plus, soutenue d’aucune initiation longue à la culture française, à la langue française, au génie français dans ce sanctuaire laïque essentiel qu’on appelait École (1882-circ 2000) ! Qu’aucune fierté française n’est enseignée, tout au contraire. Qu’aucune mise à l’épreuve n’est demandée par aucun service ni militaire ni civique. Tout se fait sans effort, sans mérite. Tout est dû, tout est indolore, rien n’est à prouver. On peut hausser les épaules ou siffler à la Marseillaise, on peut se moquer des soldats morts et dire, en haussant les épaules, qu’ils sont morts pour rien.

Être Français, ce cadeau inestimable

Pourtant, nous respirons un air de liberté sur une terre qui est encore nôtre. Nous parlons, chantons, trinquons en terrasse en parlant en français parce que ces morts, en défendant la France, ont défendu aussi un mode de vie et une identité. Sans parler des morts, soldats ou résistants, de la Seconde Guerre mondiale à qui on doit de n’être pas dans un 3ème Reich nazi, tous Allemands. Aujourd’hui le refus de la dette bat son plein :« Je ne dois rien à personne ! », comme le surenchérissement victimaire : « Je ne dois rien ET on me doit tout car je suis né lésé, discriminé. Si je vais d’échecs en échecs, c’est de votre faute, ou celle de la société, etc ». Pour accéder à la gratitude et donc aussi au respect, il faut être capable de prendre conscience qu’on est acteur de sa vie, et qu’il y a déjà beaucoup de très bon dans ce qu’on a trouvé, tout cuit, naturel ou normal, et que nous ne méritons pas forcément mieux, par principe. C’est sortir d’un état d’ingratitude infantile, oublieux et inculte. C’est aussi accéder à une joie et un bonheur car la gratitude, l’action de grâce, rendent heureux contrairement à ce que certains pensent. L’admiration et la gratitude sont des aliments essentiels de l’âme. Mais il est vrai qu’aujourd’hui l’ingratitude est un sport valorisé. Nul ne songerait qu’être Français ou le devenir puisse être un cadeau inestimable !

A lire aussi, Céline Pina: Commémoration du 13 novembre: le silence comme aveu d’impuissance et de renoncement à agir

On peut être Français par défaut ou pour des allocations ou pour le plaisir d’en dire toujours du mal et de la dénigrer. On peut vouloir être Français pour être… député et chercher à liquider la France, la moquer, l’humilier, lui ajuster de force un masque odieux, l’offrir à la détestation et au ressentiment, lui interdire d’avoir des lieux de mémoire, une personnalité, une histoire, des lieux sacrés ou consacrés, d’avoir une langue et une littérature.

Les révolutionnaires crachent sur le visage des jeunes poilus morts à Verdun

Que fait d’autre une députée, je pense à Mme Obono (LFI), qui est non seulement ingrate mais haineuse ? Haïr la personne à qui on doit tout est un processus connu qui d’ailleurs est le symptôme le plus infaillible de la bassesse et de la médiocrité. Non seulement Mme Obono ne reconnaît rien, mais elle invite les immigrés à en faire de même : la France n’est pas « décoloniale », elle est raciste, « islamophobe ». Sa police tue. Elle a « le feu vert pour massacrer des noirs et des arabes », comme j’ai entendu le dire le réalisateur de cinéma Ladj Li… devant la presse américaine. Quelle honte ! Quelle pensée amalgamante, fausse, ignoble ! Propagande non pas simplement infâme, mais d’un gauchisme criminel qui fomente la guerre de tous contre tous. Mme Obono et tous ses amis ne s’en tiennent pas à ce ressentiment permanent ; ils travaillent à criminaliser ceux qui marquent de la gratitude et de la fidélité, ceux qui au fond respectent nos morts. Les déconstructeurs, c’est aussi, mais oui, un crachat sur le visage du jeune poilu mort à Verdun parce qu’il voulait demeurer Français. A défaut de crachat, nos révolutionnaires jetteraient-ils sur lui un tract pour la Palestine victime d’un « génocide » pour donner à ce fossile ancien une leçon de présent révolutionnaire.

Quoi de plus réactionnaire et ridicule que la fidélité, de plus anti-revolutionnaire que la nostalgie, quoi de plus idiot que le sacrifice pour un pays capitaliste et colonial honni en bloc ? Pour un révolutionnaire, il n’y a qu’un seul temps : maintenant. Qu’un seul horizon : un futur unique, auquel personne ne coupera, et dont il faut hâter l’accouchement avec toute la radicalité souhaitable et sans le moindre scrupule démocratique ou humaniste.

A lire aussi: Royaume Uni contre islamogauchisme: le choc des mémoires

Mme Obono, ou j’aurais pu dire M. Guiraud, voudraient, on le sait à présent, une France « créolisée »: islamisée à marche forcée, et multiculturelle, après liquidation du substrat culturel chrétien, avec peut-être la remise en cause de la mécréance, de l’athéisme ou du blasphème (islamophobes), de la pensée des Lumières (pour des raisons ethnocentriques) et, bien sûr, de la galanterie, qui offense le féminisme et choque les musulmans les plus rigoristes ! Une France multiculturelle, encore, après mise en pièces de cette vieille laïcité qui nous donne la paix : voilà qui est inédit pour un programme de « gauche ». Je pense notamment à l’école. La formation politique de Mme Obono et de M. Guiraud osa ainsi prétendre que l’interdiction de l’abaya était une mesure raciste et « islamophobe », comme toujours. En outre, la « cancellation » des auteurs de toute l’histoire suspectés de racisme, sexisme, apologie du viol, colonialisme, suprémacisme, homophobie, islamophobie, est au programme. Bref, tout le monde ! Peintres, sculpteurs, écrivains, musiciens, ethnologues, généraux, hommes d’Etat, philosophes, rois, humanistes : tous seront sur la sellette pour finir au pilori et à la casse. Mme Obono, Française depuis 2011, douze ans donc, veut changer la France de la cave au grenier comme dirait Mélenchon. En vérité non pas la changer mais bien plus la faire cesser d’être : l’anéantissement est rebaptisé aujourd’hui « déconstruction ». Peut-être que sans la France, Mme Obono ne serait rien, et qu’il est donc logique qu’elle veuille se venger ?

Mots d’autrefois

Une civilisation ne vit pourtant sans quelques idéaux, quelques fictions sublimes, ou des romans nationaux – qui d’ailleurs n’excluent pas l’histoire scientifique et critique, ni le décentrement. Qui a inventé le décentrement et le regard extérieur distancié et ironique du Persan, sa phénoménologie naïve qui interroge nos évidences, fait surgir nos vices ou nos absurdités, relativise notre perception et rappelle donc à la considération de l’Autre et de son point de vue ? Montesquieu ! Mais « serment », « fierté », « honneur » sont des mots d’autrefois, comme Montesquieu est un auteur d’hier.

Ceux qui aujourd’hui crachent sur le patriotisme (l’amour des siens n’est pas la haine des autres, disait Gary, opposant le patriotisme au nationalisme), ceux qui le tournent en dérision comme s’il était une valeur obsolète et caduque, tout juste bonne à alimenter des thèmes d’extrême-droite ou « réactionnaires », jettent une boue noire et hideuse sur les visages des jeunes gens, si brûlants de vie, qui tombèrent sous la mitraille. Quelle autre religion est plus forte que celle qui nous lie à nos morts et par laquelle on dialogue sans cesse avec eux ? Nous marchons sur un sol sédimenté par l’histoire. Il n’est même pas sûr que nos révolutionnaires somnambuliques sachent ce qu’ils font, tant ils sont oublieux des choses du passé. Ils n’ont même plus les moyens de circonscrire l’étendue et de sonder la profondeur, le volume, de ce qu’ils ignorent.  C’est au fond leur oubli lui-même qu’ils sont en train de ne plus percevoir comme tel. Pourtant, contrer les forces de l’oubli, c’est contrer la barbarie. Il ne faut pas claquer la porte du monde aux disparus, aux grands hommes, écrivains, poètes, artistes, scientifiques, mais aussi à tous ceux, inconnus parfois, qui se sont sacrifiés pour nous.

Ceux de 14

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Elisabeth Lévy, après l’affaire Moundir: « Je ne suis pas en porcelaine »

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Notre directrice réagit aux nombreux messages reçus aujourd’hui suite à son passage hier soir chez Cyril Hanouna. Le prix Nobel de la Paix pour Elisabeth Lévy, vite!


Mon face-à-face avec trois butors, hier, à TPMP, a dû être encore plus pénible à voir qu’à vivre.

L’adrénaline aidant, j’ai surtout pensé à ne pas m’énerver et ce moment irréel est finalement passé très vite. D’ailleurs, je ne regrette pas d’y être allée.

Primo, il ne faut pas laisser le terrain à des dénégateurs de bas étage : les téléspectateurs sont visiblement plus réceptifs à une argumentation rationnelle qu’à mon trio de procureurs qui enfilaient des éléments de langage sans queue ni tête. Deuxio, je n’ai jamais reçu autant de messages de soutien après une émission. Des amis et des inconnus me parlent de mon courage, se désolent que j’aie dû subir ça, s’inquiètent pour moi. C’est probablement la première fois qu’on me félicite autant pour mon sang-froid. Si ça se trouve, je vais avoir le prix Nobel de la Paix. J’ai préféré ignorer les provocations, les mensonges du dénommé Moundir et ses sordides allusions – « Vous connaissez Dachau ? » – car la seule réponse qui me venait était un chapelet d’injures.

A lire aussi: Derrière le succès de la Marche, une France désunie

Merci à tous pour ces encouragements et ces marques d’affection qui me donnent du cœur au ventre pour les prochaines batailles. Cela dit, je ne suis pas en porcelaine, je ne suis pas une victime, ou alors nous le sommes tous, condamnés que nous sommes à vivre-ensemble avec de tels zozos.

La séquence complète, d’une vingtaine de minutes, avec les arguments de la patronne, peut être visionnée sur le site de C8 ici

Révélations de Vincent Peillon: les cathos lui ont fait vivre l’enfer!

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On se souvient mal du transparent Vincent Peillon. On a tort. Nommé en 2012, sous la présidence de François Hollande, ministre de l´Éducation nationale, ce professeur de philosophie a activement participé au programme de destruction de l’école – il faudrait s’en souvenir. Une de ses grandes œuvres a été de remplacer, dans le cadre d’une ronflante « Refondation de l’École de la République », les catastrophiques IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres) par les désastreuses ESPE (Écoles supérieures du professorat et de l’éducation). Les futurs enseignants découvrirent à cette occasion la « psychologie de l’apprenant » et les plus inédites trouvailles des « sciences de l’éducation » échafaudées par l’indéracinable Philippe Meirieu. La création de ces ESPE faisait suite à la réforme sur les rythmes scolaires portée par le même ministre, réforme qui entendait allonger le temps scolaire et « désanctuariser la classe » en entérinant la diminution des heures d’apprentissage de la lecture et du calcul pour les remplacer par du temps passé en « ateliers » abordant, par exemple, je vous le donne en mille… le tri des déchets. L’objectif inavoué de ces réformes créées à la va-vite et sans aucune concertation ? Continuer la transformation de l’école en une gigantesque garderie sociale, masquer la baisse générale du niveau, remplacer le professeur, expert dans sa discipline, par l’enseignant multi-tâches susceptible d’animer une classe et de participer à un projet éducatif mettant en valeur les capacités d’adaptation de la communauté éducative pour lutter entre autres contre… les stéréotypes de genre et autres inégalités sociétales.

Ennemis imaginaires

Ce jeudi 6 novembre 2023, sur LCP Assemblée nationale, Vincent Peillon a tenu à rappeler qu’il avait été l’initiateur de la lutte contre les stéréotypes de genre à l’école. Doctement, l’ancien ministre a pu affirmer, sans rencontrer aucune résistance sur le plateau, que « nous sommes un pays où il n’y a pas de femmes scientifiques ». Toutes les femmes françaises ayant poursuivi avec succès des études scientifiques pour devenir médecins, biologistes, physiciennes, chimistes, ingénieurs ou astronautes ont dû se demander de quel pays parlait M. Peillon. Mais le meilleur, si j’ose dire, était à venir. Dans la foulée de cette assertion stupide, le professeur Peillon est revenu sur son engagement pour la laïcité et les causes dites sociétales lorsqu’il était ministre et sur les terribles ennemis qu’il rencontra alors sur sa route : « Lorsque j’ai voulu introduire […] une lutte contre les stéréotypes de genre, ce n’était pas l’islam radical – il y en avait peu – que j’avais en face de moi, mais des catholiques exacerbés et d’une violence sans limite ». Vincent Peillon n’est jamais en retard d’une ineptie, surtout lorsqu’il s’agit de dissimuler la véritable menace qui pesait déjà à l’époque – nous sommes en 2012 ! – sur notre société en général et sur l’école en particulier, à savoir l’influence grandissante de l’islamisme, influence parfaitement documentée dans l’ouvrage dirigé par Georges Bensoussan, Les Territoires perdus de la République (2002) – ouvrage bien entendu ignoré, voire dénoncé par les médias mainstream et certains représentants politiques – puis dans le rapport Obin (2004), rapport enterré par le ministre de l’Éducation nationale de l’époque, François Fillon. Peillon, comme toute la gauche immigrationniste, ne veut pas voir le danger réel et s’invente des ennemis : quand ce n’est pas l’extrême droite et son ventre fécond, ce sont les catholiques et leurs redoutables milices ! 

A lire aussi, du même auteur: Le “monde de la culture”, “L’Humanité” et “Rivarol” sont dans un bateau…

Revenons sur cette lutte contre les stéréotypes de genre dont est si fier l’ancien ministre et qui l’ont vu se colleter, dit-il, avec des cathos fanatiques. En 2012, Najat Vallaud-Belkacem, l’idéologique ministre des Droits des femmes, commande à l’IGAS un rapport sur l’égalité entre les filles et les garçons à l’école en proclamant que « la cible des enfants de moins de trois ans se doit d’être au cœur des politiques publiques dans la mesure où les assignations à des identités sexuées se jouent très précocement ». Lutte contre les inégalités entre les filles et les garçons, lutte contre l’homophobie, respect des orientations et des identités sexuelles…

M. Peillon, désireux de complaire à sa jeune collègue et d’être dans l’air du temps, rédige dans la foulée une circulaire destinée aux recteurs d’académie. Ces derniers sont invités à favoriser « les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes » et à « relayer avec la plus grande énergie la campagne de communication relative à la “Ligne Azur”, ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation sexuelle ou de leurs identités sexuelles. » Quelques parents et enseignants ont alors la curiosité d’aller jeter un coup d’œil sur le site de l’association “Azur”. En plus d’un glossaire expliquant les nouveaux mots issus de la novlangue sur le genre, le lesbianisme y est vivement encouragé dans un livret numérique comportant, à la rubrique “Tombe la culotte”, des photos ne laissant aucun doute sur l’orientation sexuelle de damoiselles tout de cuir vêtues et armées de godemichets, tandis que les garçons, eux, sont invités à user de drogues « festives » et désinhibitrices pour combattre leur homophobie en expérimentant des pratiques homosexuelles. C’est à ce moment-là surtout que M. Peillon va être confronté aux affreux, aux vilains, aux féroces catholiques. En effet, la Confédération nationale des associations familiales catholiques se tourne vers le Conseil d’État pour faire annuler cette incroyable circulaire – et obtient gain de cause. Car ce qu’oublie de dire Vincent Peillon sur le plateau de LCP, c’est que, en plus des « catholiques exacerbés », c’est un Conseil d’État passablement énervé qui lui remontera les bretelles en s’appuyant sur la note impitoyable rédigée par le rapporteur public Rémi Keller : « La brochure (du site Azur) fait l’éloge du sado-masochisme, de l’échangisme et du libertinage, et décrit en détail des pratiques sexuelles diverses, dans des termes crus que nous serions fort gênés de reprendre dans cette enceinte et qui sont manifestement inadaptés aux élèves – et pas seulement les plus jeunes. […] Plus grave encore, le site encourage des pratiques interdites par la loi, et encourage à des comportements sexuels particuliers. Comment ne pas comprendre que des parents – et des enfants – soient choqués à la lecture des contenus que nous avons évoqués ? […] Ce n’est pas faire preuve d’une pudibonderie excessive que de constater que la présentation quasiment pornographique de certaines activités sexuelles est manifestement inadaptée aux élèves et qu’elle n’a certainement pas sa place dans les établissements d’enseignement secondaire. On ne peut que s’étonner de la légèreté du ministre qui a encouragé des enfants – parfois âgés de dix ans à peine – à consulter ce site. »1 Le Conseil d’État, « exacerbé et d’une violence sans limite », décida de châtier publiquement le ministre en annulant purement et simplement sa circulaire au motif d’une atteinte au principe de neutralité scolaire et à la liberté de conscience des élèves et de leurs parents. 

L’abaya, l’islamo-gauchisme, pas un problème

Après cette déroute, Vincent Peillon, au lieu de se faire oublier, tentera l’aventure présidentielle en se présentant à la primaire de gauche en 2017. Résumé succinct : brouilles intestines, programme inexistant, campagne ectoplasmique, candidat avec le charisme d’une huître ou d’Olivier Faure. Résultat : écrabouillé au premier tour, Vincent Peillon se mettra au service du vainqueur du second tour… son très éphémère et tout aussi nuisible et incompétent successeur au ministère de l’Éducation nationale, Benoît Hamon, lequel sera logiquement pulvérisé à son tour lors des présidentielles.

Le recyclage politique étant infini, Vincent Peillon a été nommé, en 2021, conseiller maître expert en service extraordinaire à la Cour des comptes. Fort de cette éminente fonction, l’arrogant pérore sur les plateaux de télé. Il y livre des argumentations consternantes avec le même ton condescendant que celui qu’il maniait lorsqu’il était ministre. Ainsi, sur le même plateau de LCP, a-t-il pu évacuer d’un revers de main les notions d’islamo-gauchisme et d’entrisme islamique à l’école en affirmant que « nous avons toute une jeunesse sur notre territoire à gérer, c’est un peu plus complexe que, uniquement, les bouts de tissus de 200 personnes et la stigmatisation d’une population ». Du Peillon pur jus, démago et totalement déconnecté du monde réel.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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  1. Pour une information complète sur ce sujet, nous renvoyons à l’article d’Anne-Marie Le Pourhiet intitulé L’insoutenable légèreté de Vincent Peillon, paru dans ces colonnes le 16 janvier 2017, dont nous avons extrait la substantifique moelle. ↩︎

La France se fracture, la classe politique roupille

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Emmanuel Macron subit des défections en série. Le président de LR, Eric Ciotti (ici photographié en septembre) vient d'annoncer qu'il ne participerait pas à la réunion prévue vendredi autour du chef de l’Etat à Saint Denis (C) SYSPEO/SIPA

Les quartiers, que l’on qualifie pudiquement de « banlieues populaires », ne se sont pas rendus à la manifestation contre l’antisémitisme. Le recteur de la Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, non plus. Face au séparatisme, la constante légèreté de nos responsables politiques apparait comme de plus en plus révoltante.


La France se fracture ; la classe politique roupille. Et l’immigration massive, qui bouleverse spectaculairement un fragile équilibre identitaire, se poursuit. Lundi, Emmanuel Macron a appelé les cultes (chrétiens, juifs, musulmans) à faire ensemble « un effort pédagogique » auprès des jeunes attirés par l’intolérance et la violence. Son angélisme rejoint la proposition lunaire d’Elisabeth Borne qui, le 27 octobre, en réponse aux émeutes urbaines, évoquait « un plan d’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques, en particulier le dimanche ». L’hébétude aveugle les « élites », incapables de réagir à la rupture culturelle qui s’installe entre la France française, encore largement majoritaire, et la France islamisée. La dérive de la Grande mosquée de Paris illustre ce séparatisme, qui s’accélère sous la pression du conflit israélo-palestinien.

A lire aussi, du même auteur: Capitulations et traîtrises ont assez duré

La Mosquée de Paris dans la tourmente

Le 7 octobre, jour du massacre de civils israéliens par des commandos du Hamas, le recteur de la mosquée, Chems-Eddine Hafiz, a présidé à la création européenne de l’Alliance des Mosquées, constituée autour de la doctrine islamiste des Frères musulmans. Hier, le grand rabbin Moche Lewin a démissionné d’un groupe de travail avec les musulmans pour dénoncer leur « refus de qualification de terroristes » des pogroms du 7 octobre et l’absence de représentants du culte musulman à la marche de dimanche. Mardi également l’imam Abdelali Mamoun a mis en doute la flambée des actes antisémites musulmans. Le face-à-face est là désormais.

Or, dans ce moment historique de révélation d’une immigration musulmane ouvertement hostile à l’intégration, il est révoltant d’observer la constante légèreté des réponses politiques.

A lire aussi, Céline Dupuis: C’est bon d’être aimé par des durs

Eric Ciotti n’ira pas à Saint Denis

La droite sénatoriale se félicite d’avoir durci, hier, le projet de loi immigration. Cependant, même le député Eric Ciotti (LR) le reconnaît, ce mercredi dans Le Figaro à propos de la suppression apparente de l’article 3 qui justifiait des régularisations de clandestins pour des métiers en tension : « L’article 4-bis, qui s’est substitué à l’article 3, me gêne (…) Le texte n’inversera pas les grandes tendances qui nous ont conduit à accueillir près de deux millions d’étrangers depuis l’élection d’Emmanuel Macron »[1]. On ne saurait mieux dire. Ni les provocations de l’Algérie (tutrice de la Grande mosquée) ni celle de la Turquie (qui incite ses sujets à ne pas s’assimiler) ne réveillent les indignations des dirigeants. Or la paix civile est en jeu. Les réponses doivent être à la hauteur de cette menace. Elles passent d’abord, comme le défend Malika Sorel (entretien à Atlantico, 4 novembre) par la « suspension de l’immigration en provenance des sociétés dont les ressortissants ont fait preuve de leur extrême difficulté à s’assimiler »[2]et par la suppression du droit du sol, qui brade une nationalité française fictive, vécue parfois comme un fardeau.

Mais les réponses, de bon sens en réalité, passent par le renvoi préalable d’un monde politique qui, droite et gauche, s’est fourvoyé dans le culte de l’immigration salvatrice. Ces faillis n’osent même pas regarder leur échec en face.


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[1] https://www.lefigaro.fr/politique/eric-ciotti-ce-texte-sur-l-immigration-n-inversera-pas-les-grandes-tendances-20231114

[2] https://atlantico.fr/article/decryptage/malika-sorel-par-quel-miracle-les-occidentaux-pourraient-ils-etre-respectes-par-les-immigres-puisqu-ils-ne-se-respectent-pas-eux-memes-allemagne-europe-france-integration-manifestations-palestine-guerre-israel-gaza-religion-tensions

Plainte contre Israël pour génocide: de l’inanité juridique à la manipulation politique

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L'avocat Gilles Devers à Paris en 2011 © DUPUY FLORENT/SIPA

Emmené par l’avocat français Me Gilles Devers, un collectif saisit la Cour pénale internationale


Le 9 novembre, un collectif de 300 avocats a déposé plainte contre l’État d’Israël devant la Cour pénale internationale pour crime de génocide. Quelques médias, comme L’Humanité[1], et des influenceurs, comme Booba[2], s’en sont fait l’écho. Le terme de génocide a été créé en 1944, suite à la tentative d’extermination du peuple juif par les nazis. Il n’y est évidemment pas limité. En 1946, l’Assemblée générale des Nations unies en fait un crime de droit international. Surtout, il est défini par la convention des nations unies du 9 décembre 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide. Son article 2 précise que :

« Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, (souligné par nous) comme tel :

  1. Meurtre de membres du groupe ;
  2. Atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
  3. Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
  4. Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
  5. Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. »

Ainsi, et suivant le diptyque classique du droit pénal, le crime se compose, outre un élément matériel, d’un élément intentionnel, en l’occurrence « l’intention de détruire, en tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ».

En l’espèce, au-delà des contestations qui pourraient s’élever sur la matérialité, aucun élément objectif ne corrobore une intention d’Israël de détruire les Palestiniens. Ni depuis le 7 octobre, puisqu’il a même été reproché à Israël de demander aux gazaouis du Nord – plus particulièrement exposé car le Hamas y a implanté ses bases opérationnelles – de fuir vers le Sud. Ni, bien évidemment, avant le 7 octobre (la précision mérite d’être apportée puisque, comme on le verra, le projet de plainte est ancien) : en 2017, année la plus récente pour laquelle nous avons trouvé des chiffres, la croissance annuelle de la population de la Bande de Gaza est de 2,97%[3]

Cela relève de la tautologie, mais en l’absence d’intention génocidaire, il n’y a pas de génocide. Prétendre le contraire relève de l’inanité juridique.

A lire aussi, Gabriel Robin: Au cœur des réseaux «anti-impérialistes» français: qui couvre le Hamas?

Est-ce à dire qu’aucune plainte devant la Cour pénale internationale ne peut avoir un sens pour les faits dont les gazaouis sont victimes ?

La question de l’existence de crimes de guerre, notion distincte de celle de génocide, se pose. Encore faut-il préciser qu’une plainte pour crime de guerre devrait viser le Hamas au moins au même titre qu’Israël : au-delà même de l’utilisation de ce territoire pour garder captifs des otages civils israéliens (ce dont les rédacteurs de la plainte ne semblent avoir cure), il n’est plus contesté que l’organisation terroriste palestinienne utilise ses hôpitaux, ses écoles, et son entière population comme autant de boucliers.

Une telle plainte (pour crime de guerre et non limitée à Israël) ne serait pas dénuée de pertinence. On ne peut pas l’attendre de ses auteurs, en tout cas de son auteur principal. Maître Gilles Devers, avocat lyonnais, à la tête d’un collectif d’avocats, affirmait face caméra, après le dépôt de la plainte, avoir constitué « une armée d’avocats ». (Notre vidéo ci-dessous). On aimerait que la formule guerrière relève de la maladresse, voire du lapsus, fût-il révélateur. Hélas, c’est une revendication.

En effet, Gilles Devers préparait la plainte avant même le 7 octobre. Son mandant, à l’époque, était… le Hamas. Le Monde écrivait, dans un article publié le jour même des attentats[4] : « Ironie de l’histoire, lundi 9 octobre le Hamas était censé déposer une plainte devant la Cour pénale internationale, sous la forme d’un épais volume de 400 pages, détaillant les violations des droits de l’homme commises par Israël à Jérusalem, notamment la colonisation et les transferts forcés d’une population délogée par des colons juifs. Une initiative évidemment gelée. « La branche armée du mouvement a décidé que c’était le moment d’agir et on a donc décidé de reporter le dépôt de la plainte », confie Gilles Devers, l’avocat français du Hamas. ». Voilà donc une action pour génocide, infondée, menée dans l’intérêt d’une organisation coupable des pogroms du 7 octobre qui avaient, eux, un mobile génocidaire. Les articles 7 et 13 de la Charte du Hamas lui confèrent en effet comme objectif la destruction d’Israël. Si l’avocat ne se confond pas avec son client, la plainte préparée pour le compte d’un meurtrier se confond bien avec la plainte déposée ultérieurement sur cette base, par le même conseil, même en supprimant le nom du précédent client. Il est regrettable qu’un auxiliaire de justice taise désormais qu’il agissait (agit ?) au nom et pour le compte de l’organisation terroriste qui a déclenché la guerre et devrait être, en toute logique, la principale cible de sa propre plainte. Regrettable vis-à-vis de la Cour pénale internationale, objet d’une tentative d’escroquerie au jugement ; regrettable pour les autres Conseils qui se sont joints à son action, et dont on veut croire qu’ils ne souhaitent pas se retrouver de facto avocats du Hamas ; regrettable surtout pour les victimes palestiniennes dont l’action se trouve décrédibilisée.

Au fond, l’explication des choix procéduraux de cette plainte est synthétisée dans un article de M. Joseph Confavreux, dans Médiapart : « Affirmer qu’un pays, créé pour servir de refuge à un peuple génocidé, commet aujourd’hui un génocide, c’est remettre en cause les raisons mêmes de l’existence d’Israël »[5]. En accusant Israël de génocide, le Hamas, ses complices volontaires et ses idiots utiles questionnent son existence même.

La guerre, écrivait Clausewitz, est la continuation de la politique par d’autres moyens. La plainte contre Israël devant la Cour Pénale Internationale semble bien être une tentative de continuation du pogrom du 7 octobre 2023 par d’autres moyens.


[1] https://www.humanite.fr/monde/armee-israelienne/la-justice-internationale-saisie-dune-plainte-pour-genocide-a-gaza)

[2] https://twitter.com/booba/status/1724072390706053366

[3] https://www.pcbs.gov.ps/portals/_pcbs/PressRelease/Press_En_Preliminary_Results_Report-en-with-tables.pdf

[4] https://www.lemonde.fr/international/article/2023/10/07/l-attaque-du-hamas-contre-israel-un-seisme-politico-securitaire_6193023_3210.html

[5] https://www.mediapart.fr/journal/international/011123/guerre-au-proche-orient-le-genocide-terme-juridique-et-arme-politique

Je doute qu’il y ait aujourd’hui des humoristes heureux

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De gauche à droite, les humoristes Tanguy Pastureau, Gaspard Proust et Guillaume Meurice. DR.

Faire profession d’humoriste, est-ce bien sérieux ?


Ceux qui se félicitent d’avoir le sens de l’humour et qui placent cette qualité au zénith affirment assez souvent que je n’en ai pas. Il est vrai qu’à choisir, je suis plus sensible aux mots d’esprit qu’à l’humour artistique et médiatique d’aujourd’hui. J’admets volontiers que d’ailleurs je suis assez souvent hermétique à ce qui est considéré comme hilarant dans ces univers et que je cherche désespérément à rejoindre ces coteries parce que celles-ci, en s’esclaffant systématiquement, me donnent l’impression que j’ai manqué quelque chose. Puis je me rassure et j’en prends mon parti. Il est d’ailleurs intéressant de relever que le métier d’humoriste est devenu tellement fragile et incertain que la plupart de ceux qui en font profession semblent n’avoir qu’une envie : celle de montrer qu’ils sont capables d’être bien plus que des humoristes, par exemple des dénonciateurs, des analystes, des vigies, des procureurs, des ricaneurs, des exemples ou des consciences. Un peu comme ces chroniqueurs judiciaires qui n’aspirent qu’à se faire passer pour des juges ou des justiciers. Quand on est sur cette pente qui vous fait abandonner peu à peu l’art de faire rire pour vous poser en penseurs, il y a à l’évidence un malaise. On quitte un territoire fait pour vous, on en aborde un autre avec le risque d’un contre-emploi. Si l’humoriste n’est plus fier de ce qu’il offre à ceux qui viennent le voir, il déprime, tombe dans l’aigreur, s’abandonne à des comparaisons historiques douteuses, des banalisations odieuses du vocabulaire ou, pour avoir au moins une satisfaction, il rit le premier de ses plaisanteries. Je doute qu’il y ait aujourd’hui des humoristes heureux. Certes, parfois une personnalité paraît être inscrite si naturellement dans ce qu’elle profère, dans son ironie ou sa causticité, qu’elle révèle un équilibre qui fait du bien : je songe – c’est totalement subjectif – à Tanguy Pastureau ou à François-Xavier Demaison. Mais combien d’autres sont écartelés entre leur impossibilité de faire rire et leur désir d’être pris au sérieux ! Pas assez étincelants sur le premier plan, pas assez profonds pour le second !

A lire aussi: «Une sorte de nazi»: France Inter et l’hiver de l’humour

Une autre raison sans doute est plus fondamentale pour expliquer ce que la profession d’humoriste a de totalement artificiel. C’est que l’humour, l’esprit, sont partout et n’ont pas vocation à être encasernés. L’expérience de chacun démontre que rien n’est plus vain que de s’estimer dépositaire, par fonction, d’un élan de vie, d’une alacrité, d’une finesse, d’un jeu du langage, d’une culture, d’une verve paradoxale, sarcastique ou ironique qui, en réalité, sont répandus dans la société tout entière et procurent de merveilleuses surprises, dans la quotidienneté, à ceux qui en sont les témoins ou les partenaires. L’humour est une chose bien trop sérieuse pour être confiée aux humoristes brevetés, patentés.

Biden peut-il perdre en 2024 à cause du vote musulman?

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Manifestants propalestiniens devant le siège de la chaîne CNN à Atlanta, 15 octobre 2023. DR.

17% d’Américains arabes voteraient pour Joe Biden aujourd’hui, contre 59% en 2020


Tout le monde sait que Joe Biden a pris position très fermement en faveur d’Israël, au risque de froisser les wokistes des campus américains qui défendent la cause palestinienne avec un zèle qui mériterait mieux. Mais, il est peu probable que ces électeurs transfèrent leur allégeance du parti démocrate au parti républicain.

Les stratèges démocrates inquiets

En revanche, il se peut bien que le soutien sans faille de Biden à Israël lui coûte une grande partie du vote musulman américain – et dans des Etats-clés pour l’élection présidentielle de 2024 qui l’opposera à son grand rival, Donald Trump.

Les sondages, depuis le début du conflit entre Israël et le Hamas, montrent que Biden est en train de perdre rapidement la côte auprès des électeurs arabes et musulmans. Pour ces derniers, comme pour les manifestants universitaires, le président devrait imposer aux Israéliens un cessez-le-feu. Ses appels à de simples « pauses humanitaires » au milieu du combat sont insuffisants pour concilier les partisans de la Palestine – souvent d’une Palestine « libérée de la rivière à la mer ».

Dans un article du 6 novembre, publié sur le site de MSNBC, le stratège démocrate, Waleed Shahid, écrit : « Au cours de ces dernières semaines, j’ai été inondé de messages de la part d’Américains musulmans et arabes aussi bien que de jeunes organisateurs derrière des mouvements comme les manifestations contre la guerre en Irak, Black Lives Matter et le Green New Deal [le projet de décarbonisation de l’énergie promu par l’aile gauche du Parti démocrate] et qui ont aidé à mobiliser le vote démocrate en 2020 et 2022 […]. Ils ont rompu avec le parti démocrate ».

A lire aussi: L’ombre du nazisme et du Grand Mufti de Jérusalem plane sur les massacres du Hamas

Selon un sondage publié par NBC le même jour, dans l’État du Michigan – un swing state ou État-charnière où Biden a devancé Trump de 150 000 votes en 2020, Biden ne récolterait que 16% du vote arabe et musulman si l’élection avait lieu aujourd’hui. L’électorat en question représente 400 000 bulletins de vote. Les résultats d’un sondage publié fin octobre par l’Arab American Institute suggèrent que 17% d’Américains arabes voteraient pour Joe Biden, contre 59% en 2020. 40% seraient prêts à soutenir Donald Trump et 13,7% Robert F. Kennedy. 25,1% restent indécis.

Dans les États-clés où Biden a gagné en 2020 – le Michigan, l’Ohio, la Pennsylvanie, le Wisconsin – il aura grand besoin des votes des dizaines de milliers d’Américains arabes qui y habitent.

Menaces

Une représentante du Michigan, Rashiba Tlaib, une Américano-palestinienne, a posté une vidéo le 3 novembre dans laquelle elle déclare : « Joe Biden a soutenu le génocide du peuple palestinien », avant de terminer sur un ton de menace : « Biden, soutenez un cessez-le-feu maintenant ou ne comptez pas sur nous en 2024 ».

Le 9 novembre, à Détroit, la capitale du Michigan, des manifestations ont organisé une conférence de presse devant le siège du FBI demandant aux Américains arabes et musulmans d’abandonner le Parti démocrate. L’imam Imran Salha, de l’Islamic Center of Detroit, a repris l’accusation de Rashiba Tlaib : « Il s’agit d’un génocide et Biden est responsable ». Il a lui aussi donné un avertissement au président démocrate : « Dans chaque État qui est un swing state, on ferait en sorte que vous perdiez ».

Il est bien sûr possible que tout change d’ici un an, mais des sondages récents donnent Trump gagnant en 2024 dans certains des swing states.

De nos jours, que ce soit aux États-Unis, au Royaume Uni ou en France, les partis de gauche dépendent électoralement d’une alliance islamogauchiste. Les Démocrates américains seront-ils le premier parti à perdre une élection importante à cause de l’effondrement d’une telle alliance ?

Gilles Kepel: «Le venin du djihadisme d’atmosphère se répand désormais dans une partie de la jeunesse»

Gilles Kepel © Hannah Assouline

Gilles Kepel, à qui l’on doit les concepts de « mouvements islamistes », d’« islamo-gauchisme » et de « djihadisme d’atmosphère » est poussé à la retraite au moment où les phénomènes qu’il décrit depuis quarante ans redoublent de gravité. Avant sa quille, il a reçu Causeur dans son bureau de l’École normale supérieure. Propos recueillis par Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques.


Relire la première partie.

Après la déconfiture d’Al-Qaïda et celle de Daech, vous sembliez penser que l’islam politique vivait son crépuscule.

Non, il mute. Quand j’ai publié, en 2000, Jihad : expansion et déclin de l’islamisme, la presse, se contentant du titre, a annoncé faussement que j’annonçais la fin de l’islamisme ! En réalité, je me demandais pourquoi, après la victoire du djihad afghan dans les années 1980, les djihadistes n’avaient pas réussi dans les années 1990 à transformer l’essai en Égypte, en Algérie, en Bosnie, en Tchétchénie. Du reste, Ben Laden a fait exactement la même analyse. Le 11-Septembre est un message de l’islamisme sunnite aux masses musulmanes qui n’ont pas soutenu le djihad après la victoire de 1989 contre l’Armée rouge, chassée de Kaboul. Il veut leur montrer qu’il n’y a plus d’hyperpuissance, plus de domination culturelle et militaire de l’Occident. Al-Qaïda sera liquidée ultérieurement, en 2006, par les chiites en Irak, mais son message est toujours actif. C’est aussi la réponse du berger sunnite à la bergère chiite. Ben Laden remporte le 11-Septembre une victoire médiatique dont Khomeiny avait privé les vainqueurs de Kaboul par sa fatwa contre Rushdie du 14 février 1989, obnubilant leur succès.

Par la suite, vous analysez l’évolution du djihadisme selon une dialectique hégélienne…

En effet. D’abord l’affirmation (le djihad contre l’ennemi proche – 1979-1998), puis la négation (le djihad contre l’ennemi lointain, Al Qaïda, 1998-2006), et enfin le dépassement (Daech, à cheval entre le Levant irako-syrien et l’Europe, 2006-2019). Et ces trois phases correspondent à trois moments médiologiques, dirait Debray. Pour la phase 1, j’ai dû aller à Kaboul en 1997 dans l’ex-hôtel Intercontinental transformé en mosquée pour dénicher le livre d’Abdallah Azzam, un Palestinien qui était l’intellectuel du djihad d’alors. Dans la phase 2, on assiste à la naissance d’Al Jazeera, vecteur cathodique par excellence d’Al-Qaïda : la télévision ne vient plus seulement d’Occident. La phase 3 commence le 14 février 2005 en Californie quand YouTube reçoit sa licence d’exploitation et ça change tout : le support de Daech est numérique. Vous pouvez prendre un otage, l’égorger, le filmer et diffuser instantanément sur Facebook live. On passe du djihadisme léniniste et pyramidal d’Al-Qaïda, au djihadisme en réseaux théorisé par le Syrien Abou Moussab al-Souri. Lequel a fait ses études à Jussieu au moment où Gilles Deleuze était la star absolue des campus parisiens, avec sa théorie du rhizome révolutionnaire. Bien sûr, personne n’a lu Souri, qui a publié des milliers de pages indigestes en arabe, mais l’âge numérique mâchouille tout cela sur les réseaux à coups de likes, on n’identifie plus qui a écrit quoi. Ce processus dialectique aboutira ensuite à ce que j’ai nommé le « djihadisme d’atmosphère », un syntagme qui a fait le buzz…  et qui est à son tour repris partout, anonymisé au fil des retweets, de sorte que presque plus personne ne me l’attribue !

Moussab al-Souri, théoricien du djihadisme en réseaux. D.R

Comment se diffuse ce djihadisme d’atmosphère?

Quand des influenceurs en ligne vous serinent que le monde est divisé entre les croyants et les kouffars (mécréants), dont le sang et les biens sont licites, comme ceux des « apostats » (murtadd – tout musulman non fréro-salafiste), piller des magasins dans une émeute comme celle qui a suivi la mort de Nahel en juin, revendre les Nike volées sur Leboncoin, et tuer des flics si possible, est considéré comme hallal au nom de cette interprétation incontrôlable de la chari’a par des imams numériques invisibles et autoproclamés.

Résultat, dans la jeunesse, l’imprégnation islamiste est générale.

En tout cas, elle est devenue très forte, fût-ce de manière inconsciente, du fait des réseaux sociaux. De plus, il faut compter avec la nouveauté mélenchoniste. La gauche extrême a décidé que, pour détruire et remplacer la gauche républicaine, il fallait épouser et même renforcer la clôture et l’assignation à résidence identitaire en lieu et place de la lutte des classes. Sa stratégie électorale s’appuie sur des influenceurs religieux qui appelleront à voter LFI – comme les curés d’antan faisaient voter leurs paroissiens pour les hobereaux : avec 300 voix sûres dans une ville de banlieue populaire de 30 000 habitants, vous passez très facilement, puisque plus grand-monde ne vote. Et si l’imam enligne dit « c’est le seul qui nous défend », les internautes qui le suivent voteront Mélenchon. Mais cette stratégie s’est retournée contre son auteur : les tweets de Mme Panot & Cie sur la situation en Israël et en Palestine ont abouti à fracturer pour de bon la Nupes, et donc à lui aliéner de nombreux électeurs horrifiés…

Nous vivons aussi à l’âge du déni. Depuis quarante ans, on n’a rien vu et on a criminalisé ceux qui voyaient. Comment l’expliquez-vous ?

Je citerai d’abord un enjeu cognitif : la plupart des gens qui ont travaillé sur ces dossiers ne connaissent pas l’arabe et prétendent que c’est « inutile pour comprendre quoi que ce soit à l’islam en France », selon le célèbre apophtegme d’Olivier Roy, qui a eu une influence décisive sous Sarkozy et Hollande, et sur le personnel politique qui s’est converti ensuite au macronisme d’opportunité. Et puis, il y a cette culpabilité postcoloniale qui, au lieu de s’émousser, s’aggrave – « c’est notre faute si « ils » sont si hostiles, « nous » avons péché, on doit expier. Le bla-bla décolonial à l’Université, qui s’adresse à une jeunesse se réinventant une mémoire à défaut de connaître l’histoire, fournit cette bouillie conceptuelle. Enfin, je refuse de passer sous silence les conséquences dévastatrices de la désindustrialisation. Dans les années 1970, les enfants de prolos algériens allaient dans les colonies de vacances de la CGT, socialisaient avec des gosses de Polonais, de Portugais, d’Italiens, de Bretons et d’Auvergnats, et fréquentaient l’école de la République, école de l’exigence qui a fabriqué la génération de Français dont le fils d’un métèque tchèque et d’une provinciale azuréenne que je suis fait partie. Rien à voir avec l’école de la pseudo-bienveillance et du relativisme moral d’aujourd’hui.

Ce déni a contaminé les cénacles diplomatiques, voire policiers.

En 2012, les massacres par Mohammed Merah de militaires « apostats » à Montauban, puis à l’école juive de Toulouse ont lieu durant la campagne présidentielle : le patron de la DRCI à l’époque explique que Merah est un loup solitaire – circulez il n’y a rien à voir. Trois ans plus tard, c’est Charlie, puis le Bataclan… et on connaît la suite – jusqu’à l’assassinat du professeur Dominique Bernard à Arras. Voilà à quoi ont abouti l’effondrement des études arabes et l’impéritie de notre classe politique. Sous Emmanuel Macron, l’écoute a été meilleure au sommet de l’État que pendant les deux quinquennats précédents. Hélas, même quand la prise de conscience advient au sommet, la mise en œuvre achoppe sur la résilience de l’État profond, c’est la logique routinière des administrations marquées par le déni qui l’emporte.

Attentat au lycée d’Arras, 13 octobre 2023. D.R

À gauche, le terra-novisme suggère explicitement d’abandonner les prolos au profit des immigrés, et aujourd’hui à l’islamo-gauchisme.

Au début du septennat de Mitterrand, Rémy Leveau m’a conseillé de me pencher sur ce qui se passait dans les usines occupées où les ouvriers priaient vers La Mecque. Contrairement aux sociologues de l’immigration, j’ai tenté de penser ce qui se passait en France à partir des outils conceptuels que j’avais forgés en Égypte. Les Banlieues de l’islam a eu une très bonne presse, mais a fait scandale à l’Université. Identifier le langage de l’islam politique, c’était porter atteinte à l’image de la classe ouvrière. On ne me critiquait plus pour avoir découvert l’existence des islamistes, mais pour conserver une distance critique à leur endroit.

Et vous finissez excommunié pour islamophobie.

Oui. Après le 11-Septembre se met en place un système de justification ambigu, que j’observe lors d’une tournée au Moyen-Orient : en public, « c’est pas nous, c’est les juifs » (le fameux fax prétendument envoyé aux juifs travaillant dans les tours jumelles les enjoignant de ne pas aller au boulot ce jour-là) ; en privé on applaudit fréquemment, cheh ! – « bien fait », comme on dit dans les dialectes maghrébins. Dans la foulée s’élabore une forme de victimisation préventive permettant de traiter d’islamophobe toute personne critiquant un quelconque aspect de l’islamisme radical. Ce concept, mis en circulation par les islamistes britanniques, veut se plaquer sur l’antisémitisme. À cette différence que l’antisémitisme ne se préoccupe pas du contenu des Écritures bibliques, mais stigmatise les juifs comme individus ou peuple chargés de tous les vices. Alors que ce qui est interdit, au prétexte de lutter contre la haine antimusulmane, c’est la lecture critique des textes sacrés, y compris des gloses les plus littéralistes, extrémistes et décontextualisées qui envahissent sans partage le Web aujourd’hui. Vérifiez un concept islamique sur Wiki : les moteurs de recherche vous renvoient systématiquement vers la version salafiste.

Après la négation, la minimisation. L’influence islamiste ne concernerait qu’une minorité infime des musulmans de France.

Si vous considérez que les lois de la République sont issues d’un peuple de mécréants et que ce qui compte c’est l’allégeance à la charia révélée par Dieu, on a un véritable problème de vie sociale ensemble. Et cela prépare le terrain pour tout le reste. Prenez le Tchétchène qui a tué Samuel Paty. On lui dit « voilà un mécréant qui a blasphémé mon prophète », il prend un couteau et va décapiter un professeur à la sortie du collège de la République. Cela montre que le séparatisme politico-religieux ouvre une voie incontrôlable, sur une trajectoire qui part de l’abaya et peut conduire jusqu’au djihad. Pour vous répondre sur la proportion, on n’a pas établi de statistique fiable, mais au vu de mon demi-siècle d’expérience, je pense qu’une grande majorité de nos concitoyens musulmans qui sont intégrés dans la société française autant que moi n’en ont rien à faire, du djihad. Cependant le venin du djihadisme d’atmosphère se répand désormais dans une partie de la jeunesse, via les influenceurs des réseaux sociaux.

A lire aussi : L’oumma, non soluble dans la nation

Ce climat pesant a-t-il ralenti la recherche française ?

J’ai dû quitter Sciences-Pôle, pour un mélange de raisons idéologiques et de mauvais management, et aujourd’hui NormaleSup me pousse dehors, pour des raisons exclusivement idéologiques – la nouvelle direction subit à mon sens la pression woke. Le master Moyen-Orient Méditerranée, que j’avais créé, a été fermé subrepticement sans que personne ne m’en avise. Mes étudiants m’ont alerté, il avait disparu des formations proposées, rayé de l’ordinateur. On crée à la place un master Sud global, syntagme issu de l’idéologie décolonialiste.

En somme, plus les mouvements islamistes s’installent dans nos sociétés, moins nous les connaissons et ça ne va pas s’arranger…

En effet, les procès en sorcellerie pour islamophobie visent à faire peur et à dissuader les jeunes collègues de travailler sur ces sujets à problèmes. De plus, pour des raisons diverses, notamment de discrimination positive, un grand nombre de comités de recrutement sont contrôlés par la mouvance islamo-gauchisme. C’est aussi pour dénoncer cela que j’ai écrit ce livre au titre ironique. Son succès de librairie, les multiples interventions que j’ai dû faire dans les médias pour expliquer la situation au Moyen-Orient, qui confirme hélas ce que je prêche dans le désert depuis la décennie 1980, ont changé la donne. Les instances universitaires, qui feignaient de ne pas entendre, ne pourront pas tenir éternellement dans cette attitude. D’autant que la représentation nationale commence à s’inquiéter de la situation à l’Université.

Quand êtes-vous effectivement congédié ?

Le 31 décembre 2023, notre chaire Moyen-Orient Méditerranée à l’École normale supérieure de Paris est fermée, les financements sont arrêtés. Comme on peut le constater, ce sujet n’a plus aucune actualité, et la contribution de mes étudiants et moi-même à l’élucidation des drames que nous vivons est socialement et intellectuellement inutile. J’ai déjà été placé en surnombre, quelque part entre les limbes et le purgatoire… On m’a même signifié par lettre recommandée du président de l’université le refus des quelques mois manquants pour pouvoir bénéficier d’une retraite complète, cette mesquinerie dépasse l’entendement. Quoi qu’on pense de mon travail, je suis probablement l’orientaliste français le plus connu dans le monde et le plus traduit, des États-Unis au monde musulman… Nul n’est prophète en son pays !

Prophète en son pays

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Succès ravageur

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D.R

Horreur touristique. Festivus, qui a ravagé le charmant site de Pomfret, dans le Vermont, très prisé à l’automne, refusera par tous les moyens qu’on lui en bloque l’accès.


Dès les années 1980, Philippe Muray pressentait « le chaos festif et touristique » qui allait ravager le monde. La mésaventure de la petite ville américaine de Pomfret, dans le Vermont, confirme une fois encore ses craintes. En automne, cette bourgade bénéficie d’un environnement exceptionnel, nous apprend la journaliste Suzanne Podhaizer : du nord, une petite route serpente « en courbes douces, chacune révélant des champs verdoyants parsemés de moutons ou des étendues de forêts dans lesquelles les feuilles d’automne rouges et oranges s’accrochent aux branches ». Jusqu’à il y a peu, les habitants de Pomfret profitaient égoïstement de la vue de Sleepy Hollow Farm, une propriété privée de 115 acres où s’élèvent, au milieu des collines, de majestueux érables aux feuillages kaléidoscopiques. Le tableau idyllique est aujourd’hui méconnaissable.

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Après avoir posté sur leurs réseaux sociaux des milliers de photos de ce magnifique endroit et invité leurs followers à se rendre sur place pour faire à leur tour la photo d’automne, des « influenceurs » ont déclenché un véritable raz-de-marée de touristes saccageant tout sur leur passage, ne respectant ni les propriétés privées, ni les restrictions de circuler sur les petites routes devenues impraticables à cause du trafic généré par les centaines de véhicules déferlant sur l’élégante Cape Farmhouse et ses forêts alentour, se débarrassant de leurs déchets sur le bord des chemins ou déféquant dans les jardins.

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Sous la pression des habitants de Pomfret, les autorités locales ont décidé de fermer les routes menant à la Cape Farmhouse aux non-résidents pendant la haute saison de feuillage automnal. Fureur sur les réseaux sociaux – les « influenceurs » acceptent mal que leur droit à tout bousiller soit entravé : « Amenez tous vos amis et vos campings-cars », a écrit l’un d’eux pour se venger de cette décision municipale. « Le saccage bat son plein comme jamais, écrivait Muray. C’est grâce aux touristes, maintenant, que le ravage se poursuit. » Nous pouvons aujourd’hui ajouter les « influenceurs » à la liste des nuisibles.

À quel saint se vouer?

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La Reine Mathilde et Saint Nicolas, Bruxelles, 5 décembre 2009 © JENNIFER JACQUEMART/BLAU/SIPA

En Belgique, le bourgmestre de Saint-Gilles souhaite une fête de la Saint-Nicolas plus inclusive. Saint-Nicolas serait renommé Sidi Nicolas, il distribuerait des clémentines venues du Maroc, et son compagnon, l’anachronique père Fouettard serait oublié…


Saint-Gilles, moine et ermite, est prié pour la rémission des malades mentaux. Il intercédait auprès des cieux, dès le VIIe siècle, afin d’attirer la miséricorde divine chez les cinglés. Il semble qu’il ait pris sa retraite, bien qu’il ait laissé derrière lui de nombreuses paroisses et une commune belge de la Région bruxelloise. Cette commune, Saint-Gilles, aurait pourtant urgemment besoin de son saint patron.  

Exit le père Fouettard

Dans de nombreuses contrées françaises et dans toute la Belgique, les écoliers commencent tout doucement à se tenir à carreau et à mémoriser leurs tables de multiplication. Ou, plus vraisemblablement, à absorber sans relâche la doxa chauffiste. Mais dans les deux cas, l’objectif est le même : s’attirer les bonnes grâces de Saint-Nicolas.

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Évêque en Turquie, Saint-Nicolas est, lui, le patron des enfants sages auxquels il distribue, le 6 décembre, des cadeaux et des oranges. Il est accompagné d’un âne et d’un page maure. Ce dernier subit depuis longtemps les coups de boutoir de la bienpensance décoloniale qui ignore qu’en Turquie, et dans tout le Proche-Orient, les dignitaires ne se déplaçaient que suivis de leur page. Pour l’instant, l’âne est épargné, mais le page disparait, au grand soulagement des écoliers susmentionnés, car il avait pour fonction de fouetter les garnements et les cancres, d’où son nom de « Père Fouettard ». Mais on ne donne jamais assez de gages aux nouveaux maîtres-censeurs et le bourgmestre de Saint-Gilles, à qui personne n’avait rien demandé, a eu une idée.

Les oranges grand-remplacées par des clémentines

Sa commune étant largement « diversifiée », c’est-à-dire qu’elle est à peu près uniformémement marocaine, Monsieur Jean Spinette, le bourgmestre socialiste, bio-équitable-recyclable et surtout islamo-complaisant, a donc proposé une nouvelle version de la multiséculaire fête du grand saint qui sillonnera sous peu les vieux pavés saint-gillois. Exit bien sûr le père Fouettard et, plus inventif, exit aussi les oranges. Elles seront remplacées par des clémentines. Et pas n’importe quelles clémentines, des clémentines en provenance de la ville marocaine de Berkane. En effet, précise Jean Spinette, nombre de Saint-Gillois sont originaires de Berkane. Et ils ont le droit de vote.

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Mais il est possible que l’électorat de Monsieur Spinette ne se contente pas de ce geste « intersectionnel » (sic). Aussi propose-t-il de rebaptiser Saint-Nicolas en Sidi Nicolas, afin que chacun se rappelle sa soumission, une fois dans l’isoloir. Ha ça, « quand on invente un jeu de cons » comme disait Audiard, il n’y a pas de raisons de s’arrêter. « Pour nous, Saint-Nicolas doit être respectueux de l’environnement, respectueux des cultes et intersectionnel. Le Père Fouettard a d’ailleurs été viré depuis longtemps », a-t-il confié à nos confrères de la DH.

Il ne nous reste plus qu’à prier Saint-Gilles, patron des siphonnés, et plutôt deux fois qu’une ! 

Maurice Genevoix, nos morts, la France

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Maurice Genevoix en 1915, en uniforme pour la première guerre mondiale. D.R.

En Grande Bretagne, la marche monstre en faveur de la cause palestinienne, et les heurts qui en ont résulté dans les cortèges et à l’extrême droite, ont perturbé le 11-Novembre et provoqué la démission du ministre de l’Intérieur. Si nous n’en sommes pas là, en France aussi, des déconstructeurs estimant qu’être Français n’est pas un cadeau, et des révolutionnaires « insoumis » ou islamo-gauchistes cracheront peut-être bientôt sur le visage des poilus morts à Verdun, craint notre contributeur.


A l’occasion de son transfert au Panthéon, le 11 novembre 2020, j’espérais que Gallimard allait publier, en Pléïade, l’œuvre complète de Maurice Genevoix et notamment les cinq livres qui forment « Ceux de 14 ». Pour l´instant, aucun projet semble-t-il, et c’est regrettable. Ce témoignage sur la Grande Guerre est pourtant unique et indépassable ; sans lyrisme déplacé, sans fioritures de style, sans désir d’enjoliver le réel ou de passer sous silence certains aspects pas très reluisants. Il fut d’ailleurs censuré dans certaines premières éditions. Un texte admirable de dignité et d’humanité, transpirant de vérité sans fard sur la souffrance de l’homme livré à une guerre, la plus terrible qui jamais fut. Il devrait être un livre obligatoire dans les écoles, pour faire comprendre mais aussi sentir quelle vie fut celle de la génération de Genevoix et à quels sommets de sacrifice elle consentit pour la patrie.

Cette patrie que certains prennent pour un paillasson, comme disait de Gaulle. Dire qu’aujourd’hui l’obtention de la nationalité, par droit du sol, n’est même pas conditionnée à l’amour de son pays et de sa culture ! Il faudrait pourtant un serment solennel et que le mot de serment et l’acte primordial, fondateur, qu’il recouvre, eût encore un sens. Dire qu’aujourd’hui l’obtention de la nationalité par filiation n’est, elle non plus, soutenue d’aucune initiation longue à la culture française, à la langue française, au génie français dans ce sanctuaire laïque essentiel qu’on appelait École (1882-circ 2000) ! Qu’aucune fierté française n’est enseignée, tout au contraire. Qu’aucune mise à l’épreuve n’est demandée par aucun service ni militaire ni civique. Tout se fait sans effort, sans mérite. Tout est dû, tout est indolore, rien n’est à prouver. On peut hausser les épaules ou siffler à la Marseillaise, on peut se moquer des soldats morts et dire, en haussant les épaules, qu’ils sont morts pour rien.

Être Français, ce cadeau inestimable

Pourtant, nous respirons un air de liberté sur une terre qui est encore nôtre. Nous parlons, chantons, trinquons en terrasse en parlant en français parce que ces morts, en défendant la France, ont défendu aussi un mode de vie et une identité. Sans parler des morts, soldats ou résistants, de la Seconde Guerre mondiale à qui on doit de n’être pas dans un 3ème Reich nazi, tous Allemands. Aujourd’hui le refus de la dette bat son plein :« Je ne dois rien à personne ! », comme le surenchérissement victimaire : « Je ne dois rien ET on me doit tout car je suis né lésé, discriminé. Si je vais d’échecs en échecs, c’est de votre faute, ou celle de la société, etc ». Pour accéder à la gratitude et donc aussi au respect, il faut être capable de prendre conscience qu’on est acteur de sa vie, et qu’il y a déjà beaucoup de très bon dans ce qu’on a trouvé, tout cuit, naturel ou normal, et que nous ne méritons pas forcément mieux, par principe. C’est sortir d’un état d’ingratitude infantile, oublieux et inculte. C’est aussi accéder à une joie et un bonheur car la gratitude, l’action de grâce, rendent heureux contrairement à ce que certains pensent. L’admiration et la gratitude sont des aliments essentiels de l’âme. Mais il est vrai qu’aujourd’hui l’ingratitude est un sport valorisé. Nul ne songerait qu’être Français ou le devenir puisse être un cadeau inestimable !

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On peut être Français par défaut ou pour des allocations ou pour le plaisir d’en dire toujours du mal et de la dénigrer. On peut vouloir être Français pour être… député et chercher à liquider la France, la moquer, l’humilier, lui ajuster de force un masque odieux, l’offrir à la détestation et au ressentiment, lui interdire d’avoir des lieux de mémoire, une personnalité, une histoire, des lieux sacrés ou consacrés, d’avoir une langue et une littérature.

Les révolutionnaires crachent sur le visage des jeunes poilus morts à Verdun

Que fait d’autre une députée, je pense à Mme Obono (LFI), qui est non seulement ingrate mais haineuse ? Haïr la personne à qui on doit tout est un processus connu qui d’ailleurs est le symptôme le plus infaillible de la bassesse et de la médiocrité. Non seulement Mme Obono ne reconnaît rien, mais elle invite les immigrés à en faire de même : la France n’est pas « décoloniale », elle est raciste, « islamophobe ». Sa police tue. Elle a « le feu vert pour massacrer des noirs et des arabes », comme j’ai entendu le dire le réalisateur de cinéma Ladj Li… devant la presse américaine. Quelle honte ! Quelle pensée amalgamante, fausse, ignoble ! Propagande non pas simplement infâme, mais d’un gauchisme criminel qui fomente la guerre de tous contre tous. Mme Obono et tous ses amis ne s’en tiennent pas à ce ressentiment permanent ; ils travaillent à criminaliser ceux qui marquent de la gratitude et de la fidélité, ceux qui au fond respectent nos morts. Les déconstructeurs, c’est aussi, mais oui, un crachat sur le visage du jeune poilu mort à Verdun parce qu’il voulait demeurer Français. A défaut de crachat, nos révolutionnaires jetteraient-ils sur lui un tract pour la Palestine victime d’un « génocide » pour donner à ce fossile ancien une leçon de présent révolutionnaire.

Quoi de plus réactionnaire et ridicule que la fidélité, de plus anti-revolutionnaire que la nostalgie, quoi de plus idiot que le sacrifice pour un pays capitaliste et colonial honni en bloc ? Pour un révolutionnaire, il n’y a qu’un seul temps : maintenant. Qu’un seul horizon : un futur unique, auquel personne ne coupera, et dont il faut hâter l’accouchement avec toute la radicalité souhaitable et sans le moindre scrupule démocratique ou humaniste.

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Mme Obono, ou j’aurais pu dire M. Guiraud, voudraient, on le sait à présent, une France « créolisée »: islamisée à marche forcée, et multiculturelle, après liquidation du substrat culturel chrétien, avec peut-être la remise en cause de la mécréance, de l’athéisme ou du blasphème (islamophobes), de la pensée des Lumières (pour des raisons ethnocentriques) et, bien sûr, de la galanterie, qui offense le féminisme et choque les musulmans les plus rigoristes ! Une France multiculturelle, encore, après mise en pièces de cette vieille laïcité qui nous donne la paix : voilà qui est inédit pour un programme de « gauche ». Je pense notamment à l’école. La formation politique de Mme Obono et de M. Guiraud osa ainsi prétendre que l’interdiction de l’abaya était une mesure raciste et « islamophobe », comme toujours. En outre, la « cancellation » des auteurs de toute l’histoire suspectés de racisme, sexisme, apologie du viol, colonialisme, suprémacisme, homophobie, islamophobie, est au programme. Bref, tout le monde ! Peintres, sculpteurs, écrivains, musiciens, ethnologues, généraux, hommes d’Etat, philosophes, rois, humanistes : tous seront sur la sellette pour finir au pilori et à la casse. Mme Obono, Française depuis 2011, douze ans donc, veut changer la France de la cave au grenier comme dirait Mélenchon. En vérité non pas la changer mais bien plus la faire cesser d’être : l’anéantissement est rebaptisé aujourd’hui « déconstruction ». Peut-être que sans la France, Mme Obono ne serait rien, et qu’il est donc logique qu’elle veuille se venger ?

Mots d’autrefois

Une civilisation ne vit pourtant sans quelques idéaux, quelques fictions sublimes, ou des romans nationaux – qui d’ailleurs n’excluent pas l’histoire scientifique et critique, ni le décentrement. Qui a inventé le décentrement et le regard extérieur distancié et ironique du Persan, sa phénoménologie naïve qui interroge nos évidences, fait surgir nos vices ou nos absurdités, relativise notre perception et rappelle donc à la considération de l’Autre et de son point de vue ? Montesquieu ! Mais « serment », « fierté », « honneur » sont des mots d’autrefois, comme Montesquieu est un auteur d’hier.

Ceux qui aujourd’hui crachent sur le patriotisme (l’amour des siens n’est pas la haine des autres, disait Gary, opposant le patriotisme au nationalisme), ceux qui le tournent en dérision comme s’il était une valeur obsolète et caduque, tout juste bonne à alimenter des thèmes d’extrême-droite ou « réactionnaires », jettent une boue noire et hideuse sur les visages des jeunes gens, si brûlants de vie, qui tombèrent sous la mitraille. Quelle autre religion est plus forte que celle qui nous lie à nos morts et par laquelle on dialogue sans cesse avec eux ? Nous marchons sur un sol sédimenté par l’histoire. Il n’est même pas sûr que nos révolutionnaires somnambuliques sachent ce qu’ils font, tant ils sont oublieux des choses du passé. Ils n’ont même plus les moyens de circonscrire l’étendue et de sonder la profondeur, le volume, de ce qu’ils ignorent.  C’est au fond leur oubli lui-même qu’ils sont en train de ne plus percevoir comme tel. Pourtant, contrer les forces de l’oubli, c’est contrer la barbarie. Il ne faut pas claquer la porte du monde aux disparus, aux grands hommes, écrivains, poètes, artistes, scientifiques, mais aussi à tous ceux, inconnus parfois, qui se sont sacrifiés pour nous.

Ceux de 14

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Elisabeth Lévy, après l’affaire Moundir: « Je ne suis pas en porcelaine »

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Dans le talk-show de Cyril Hanouna sur C8, Elisabeth Lévy prise à partie, 13 novembre 2023. DR.

Notre directrice réagit aux nombreux messages reçus aujourd’hui suite à son passage hier soir chez Cyril Hanouna. Le prix Nobel de la Paix pour Elisabeth Lévy, vite!


Mon face-à-face avec trois butors, hier, à TPMP, a dû être encore plus pénible à voir qu’à vivre.

L’adrénaline aidant, j’ai surtout pensé à ne pas m’énerver et ce moment irréel est finalement passé très vite. D’ailleurs, je ne regrette pas d’y être allée.

Primo, il ne faut pas laisser le terrain à des dénégateurs de bas étage : les téléspectateurs sont visiblement plus réceptifs à une argumentation rationnelle qu’à mon trio de procureurs qui enfilaient des éléments de langage sans queue ni tête. Deuxio, je n’ai jamais reçu autant de messages de soutien après une émission. Des amis et des inconnus me parlent de mon courage, se désolent que j’aie dû subir ça, s’inquiètent pour moi. C’est probablement la première fois qu’on me félicite autant pour mon sang-froid. Si ça se trouve, je vais avoir le prix Nobel de la Paix. J’ai préféré ignorer les provocations, les mensonges du dénommé Moundir et ses sordides allusions – « Vous connaissez Dachau ? » – car la seule réponse qui me venait était un chapelet d’injures.

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Merci à tous pour ces encouragements et ces marques d’affection qui me donnent du cœur au ventre pour les prochaines batailles. Cela dit, je ne suis pas en porcelaine, je ne suis pas une victime, ou alors nous le sommes tous, condamnés que nous sommes à vivre-ensemble avec de tels zozos.

La séquence complète, d’une vingtaine de minutes, avec les arguments de la patronne, peut être visionnée sur le site de C8 ici

Révélations de Vincent Peillon: les cathos lui ont fait vivre l’enfer!

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Le socialiste Vincent Peillon en 2012. D.R.

On se souvient mal du transparent Vincent Peillon. On a tort. Nommé en 2012, sous la présidence de François Hollande, ministre de l´Éducation nationale, ce professeur de philosophie a activement participé au programme de destruction de l’école – il faudrait s’en souvenir. Une de ses grandes œuvres a été de remplacer, dans le cadre d’une ronflante « Refondation de l’École de la République », les catastrophiques IUFM (Instituts universitaires de formation des maîtres) par les désastreuses ESPE (Écoles supérieures du professorat et de l’éducation). Les futurs enseignants découvrirent à cette occasion la « psychologie de l’apprenant » et les plus inédites trouvailles des « sciences de l’éducation » échafaudées par l’indéracinable Philippe Meirieu. La création de ces ESPE faisait suite à la réforme sur les rythmes scolaires portée par le même ministre, réforme qui entendait allonger le temps scolaire et « désanctuariser la classe » en entérinant la diminution des heures d’apprentissage de la lecture et du calcul pour les remplacer par du temps passé en « ateliers » abordant, par exemple, je vous le donne en mille… le tri des déchets. L’objectif inavoué de ces réformes créées à la va-vite et sans aucune concertation ? Continuer la transformation de l’école en une gigantesque garderie sociale, masquer la baisse générale du niveau, remplacer le professeur, expert dans sa discipline, par l’enseignant multi-tâches susceptible d’animer une classe et de participer à un projet éducatif mettant en valeur les capacités d’adaptation de la communauté éducative pour lutter entre autres contre… les stéréotypes de genre et autres inégalités sociétales.

Ennemis imaginaires

Ce jeudi 6 novembre 2023, sur LCP Assemblée nationale, Vincent Peillon a tenu à rappeler qu’il avait été l’initiateur de la lutte contre les stéréotypes de genre à l’école. Doctement, l’ancien ministre a pu affirmer, sans rencontrer aucune résistance sur le plateau, que « nous sommes un pays où il n’y a pas de femmes scientifiques ». Toutes les femmes françaises ayant poursuivi avec succès des études scientifiques pour devenir médecins, biologistes, physiciennes, chimistes, ingénieurs ou astronautes ont dû se demander de quel pays parlait M. Peillon. Mais le meilleur, si j’ose dire, était à venir. Dans la foulée de cette assertion stupide, le professeur Peillon est revenu sur son engagement pour la laïcité et les causes dites sociétales lorsqu’il était ministre et sur les terribles ennemis qu’il rencontra alors sur sa route : « Lorsque j’ai voulu introduire […] une lutte contre les stéréotypes de genre, ce n’était pas l’islam radical – il y en avait peu – que j’avais en face de moi, mais des catholiques exacerbés et d’une violence sans limite ». Vincent Peillon n’est jamais en retard d’une ineptie, surtout lorsqu’il s’agit de dissimuler la véritable menace qui pesait déjà à l’époque – nous sommes en 2012 ! – sur notre société en général et sur l’école en particulier, à savoir l’influence grandissante de l’islamisme, influence parfaitement documentée dans l’ouvrage dirigé par Georges Bensoussan, Les Territoires perdus de la République (2002) – ouvrage bien entendu ignoré, voire dénoncé par les médias mainstream et certains représentants politiques – puis dans le rapport Obin (2004), rapport enterré par le ministre de l’Éducation nationale de l’époque, François Fillon. Peillon, comme toute la gauche immigrationniste, ne veut pas voir le danger réel et s’invente des ennemis : quand ce n’est pas l’extrême droite et son ventre fécond, ce sont les catholiques et leurs redoutables milices ! 

A lire aussi, du même auteur: Le “monde de la culture”, “L’Humanité” et “Rivarol” sont dans un bateau…

Revenons sur cette lutte contre les stéréotypes de genre dont est si fier l’ancien ministre et qui l’ont vu se colleter, dit-il, avec des cathos fanatiques. En 2012, Najat Vallaud-Belkacem, l’idéologique ministre des Droits des femmes, commande à l’IGAS un rapport sur l’égalité entre les filles et les garçons à l’école en proclamant que « la cible des enfants de moins de trois ans se doit d’être au cœur des politiques publiques dans la mesure où les assignations à des identités sexuées se jouent très précocement ». Lutte contre les inégalités entre les filles et les garçons, lutte contre l’homophobie, respect des orientations et des identités sexuelles…

M. Peillon, désireux de complaire à sa jeune collègue et d’être dans l’air du temps, rédige dans la foulée une circulaire destinée aux recteurs d’académie. Ces derniers sont invités à favoriser « les interventions en milieu scolaire des associations qui luttent contre les préjugés homophobes » et à « relayer avec la plus grande énergie la campagne de communication relative à la “Ligne Azur”, ligne d’écoute pour les jeunes en questionnement à l’égard de leur orientation sexuelle ou de leurs identités sexuelles. » Quelques parents et enseignants ont alors la curiosité d’aller jeter un coup d’œil sur le site de l’association “Azur”. En plus d’un glossaire expliquant les nouveaux mots issus de la novlangue sur le genre, le lesbianisme y est vivement encouragé dans un livret numérique comportant, à la rubrique “Tombe la culotte”, des photos ne laissant aucun doute sur l’orientation sexuelle de damoiselles tout de cuir vêtues et armées de godemichets, tandis que les garçons, eux, sont invités à user de drogues « festives » et désinhibitrices pour combattre leur homophobie en expérimentant des pratiques homosexuelles. C’est à ce moment-là surtout que M. Peillon va être confronté aux affreux, aux vilains, aux féroces catholiques. En effet, la Confédération nationale des associations familiales catholiques se tourne vers le Conseil d’État pour faire annuler cette incroyable circulaire – et obtient gain de cause. Car ce qu’oublie de dire Vincent Peillon sur le plateau de LCP, c’est que, en plus des « catholiques exacerbés », c’est un Conseil d’État passablement énervé qui lui remontera les bretelles en s’appuyant sur la note impitoyable rédigée par le rapporteur public Rémi Keller : « La brochure (du site Azur) fait l’éloge du sado-masochisme, de l’échangisme et du libertinage, et décrit en détail des pratiques sexuelles diverses, dans des termes crus que nous serions fort gênés de reprendre dans cette enceinte et qui sont manifestement inadaptés aux élèves – et pas seulement les plus jeunes. […] Plus grave encore, le site encourage des pratiques interdites par la loi, et encourage à des comportements sexuels particuliers. Comment ne pas comprendre que des parents – et des enfants – soient choqués à la lecture des contenus que nous avons évoqués ? […] Ce n’est pas faire preuve d’une pudibonderie excessive que de constater que la présentation quasiment pornographique de certaines activités sexuelles est manifestement inadaptée aux élèves et qu’elle n’a certainement pas sa place dans les établissements d’enseignement secondaire. On ne peut que s’étonner de la légèreté du ministre qui a encouragé des enfants – parfois âgés de dix ans à peine – à consulter ce site. »1 Le Conseil d’État, « exacerbé et d’une violence sans limite », décida de châtier publiquement le ministre en annulant purement et simplement sa circulaire au motif d’une atteinte au principe de neutralité scolaire et à la liberté de conscience des élèves et de leurs parents. 

L’abaya, l’islamo-gauchisme, pas un problème

Après cette déroute, Vincent Peillon, au lieu de se faire oublier, tentera l’aventure présidentielle en se présentant à la primaire de gauche en 2017. Résumé succinct : brouilles intestines, programme inexistant, campagne ectoplasmique, candidat avec le charisme d’une huître ou d’Olivier Faure. Résultat : écrabouillé au premier tour, Vincent Peillon se mettra au service du vainqueur du second tour… son très éphémère et tout aussi nuisible et incompétent successeur au ministère de l’Éducation nationale, Benoît Hamon, lequel sera logiquement pulvérisé à son tour lors des présidentielles.

Le recyclage politique étant infini, Vincent Peillon a été nommé, en 2021, conseiller maître expert en service extraordinaire à la Cour des comptes. Fort de cette éminente fonction, l’arrogant pérore sur les plateaux de télé. Il y livre des argumentations consternantes avec le même ton condescendant que celui qu’il maniait lorsqu’il était ministre. Ainsi, sur le même plateau de LCP, a-t-il pu évacuer d’un revers de main les notions d’islamo-gauchisme et d’entrisme islamique à l’école en affirmant que « nous avons toute une jeunesse sur notre territoire à gérer, c’est un peu plus complexe que, uniquement, les bouts de tissus de 200 personnes et la stigmatisation d’une population ». Du Peillon pur jus, démago et totalement déconnecté du monde réel.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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  1. Pour une information complète sur ce sujet, nous renvoyons à l’article d’Anne-Marie Le Pourhiet intitulé L’insoutenable légèreté de Vincent Peillon, paru dans ces colonnes le 16 janvier 2017, dont nous avons extrait la substantifique moelle. ↩︎