Voici venue la «guerre scolaire urbaine» alerte Anne Coffinier ! À Paris, sept établissements d’enseignement privés se retrouvent piégés par le plan local d’urbanisme de la mairie.
Le nouveau PLU (plan local d’urbanisme) de la Ville de Paris a prévu de contraindre près de 2000 bâtiments à se transformer à terme, en tout ou partie, en logements sociaux. Techniquement, ces parcelles sont classées en « emplacements réservés » ; on dit ainsi pudiquement qu’elles sont « pastillées » par le PLU. Des établissements publics sont visés, tels que le CROUS de Mabillon, mais aussi des immeubles de bureaux, des immeubles de logement et même – et c’est l’objet de cet article – des établissements d’enseignement privés sous contrat.
Manœuvres immobilières
Les propriétaires institutionnels de bureau ont conduit un lobbying actif et se sont vivement défendus dans les médias. Ils menacent d’utiliser massivement leur droit de « délaissement » pour forcer la Mairie de Paris à reculer. Concrètement, ils prévoient de demander à la Mairie de racheter leur bâtiment et, si elle ne l’avait pas fait dans le délai imparti d’un an, le bâtiment en question serait dépastillé, donc libéré de ses obligations quant aux logements sociaux.
La manœuvre est habile : la Mairie de Paris, déjà lourdement endettée, n’aura pas les moyens financiers d’acheter des centaines de parcelles à Paris, a fortiori dans un contexte également compliqué pour les bailleurs sociaux.
Sept écoles piégées !
Et voilà qu’on découvre qu’au moins sept établissements privés catholiques scolaires sous contrat sont pastillés dans la capitale ! Ces derniers ne pourront ni construire, ni mener une restructuration lourde, ni réaliser une extension, ni surélever un bâtiment, ni réaliser un changement de destination sans devoir créer des habitations dont une partie de logements sociaux pouvant aller jusqu’à 100% de la surface d’habitation créée. Autrement dit, cela signifie que ces derniers seront privés de la possibilité de réaliser tout type de travaux de grande ampleur. Leur développement sera donc gelé.
Mais de quels établissements s’agit-il ? Le collège Saint-Jean Gabriel dans le 4è arrondissement, l’école Saint-Eloi, le collège Sainte-Clotilde et le lycée Saint-Michel de Picpus dans le 12è, mais aussi les groupes scolaires Saint-Vincent de Paul et de Notre-Dame de France dans le 13è arrondissement ainsi que le lycée Saint-Michel des Batignolles dans le 17è. Curieux coup du sort, qui vient dans le contexte de l’annonce de la suspension des subventions de la Ville de Paris à l’école Stanislas, en contradiction avec la loi.
Les écoles pastillées viennent donc d’être invitées par la Direction diocésaine de Paris à protester par écrit, dans le cadre de l’enquête publique ouverte jusqu’au 29 février. En plus de cette étape nécessaire, les établissements catholiques concernés et les parents d’élèves ont évidemment intérêt à faire connaître fortement leur opposition, à l’instar de ce qu’ont fait les foncières et autres propriétaires institutionnels de bureaux, sans quoi ils seront immolés par « notre Drame de Paris », Anne Hidalgo.
Le pas de vague n’est pas possible
En politique, le « pas de vagues » n’est pas une option. En religion, non plus d’ailleurs, mais c’est un autre sujet.
Une fois le PLU adopté, restera la possiblité de l’attaquer au tribunal administratif pour illégalité. N’est-ce pas en effet un détournement de procédure que de classer tant de parcelles en emplacement réservé, alors que la Mairie de Paris sait bien qu’elle est incapable de les racheter lorsque les propriétaires feront valoir en nombre leur droit de délaissement ?
Cet usage offensif du dispositif de pastillage est de la politique. Anne Hidalgo fait même preuve d’innovation en inventant une nouvelle dimension à la guerre scolaire qui se joue maintenant… dans la rue ! Voici en effet venue la « guerre scolaire urbaine ». Comme c’est technique, la Maire de Paris a pu avancer sans être repérée.
Il est quand même inouï que les écoles visées n’aient été prévenues que le 6 février. Au Conseil de Paris, personne n’a identifié cette attaque contre les établissements catholiques sous contrat lorsque le PLU a été examiné. Il faut dire que les parcelles sont nommées uniquement par les numéros de rue et que la loi ne prévoit pas d’obligation pour les mairies de prévenir les propriétaires concernés. Là encore, seuls les initiés pourront agir et sauver la valeur marchande et la liberté d’utilisation de leur propriété. Drôle de conception de la transparence politique et du respect des droits des citoyens, dont pas moins de 40% des enfants sont scolarisés dans les établissements sous contrat parisiens…
Entré en rébellion ouverte contre Washington, le Texas menace les États-Unis d’une nouvelle sécession. Une idée qui fait son chemin chez les Républicains à la veille des élections générales où les Américains sont appelés à renouveler leurs élus. En cas de nouvelle défaite, leur champion, Donald Trump, sera-t-il le nouveau Jefferson Davis fantasmé d’une nouvelle Confédération sudiste à venir ?
Dépeignant une Amérique du Nord plongée dans une guerre civile terrifiante, le film « Civil War » du réalisateur Alex Garland, dont la sortie en salles est programmée dans deux mois, résonne déjà comme une production prophétique dans un pays plus divisé que jamais à l’approche d’élections générales cruciales.
Etats républicains frondeurs
Face à l’afflux de milliers de migrants traversant la frontière mexicaine pour entrer au Texas, cet État du sud des Etats-Unis a décidé en juillet 2023 d’ériger des kilomètres de barbelés et d’installer des barrières flottantes le long du Rio Grande. Une décision qui n’a guère été du goût de Washington. On ne compte désormais plus les morts et blessés qui ont tenté de traverser ce mur du sang pour vivre le rêve américain.
Confronté aux gardes-fédéraux qui lui ont ordonné de démanteler son mur, Greg Abbott, le gouverneur républicain du « Lone Star State », a refusé d’obtempérer. L’affaire a été portée devant la Cour suprême, qui a statué que ceux-ci étaient légalement autorisés à intervenir avec une pince pour couper cette clôture en fer aux pointes acérées. Loin d’être décontenancé par cette décision, Greg Abbott a invoqué son droit « constitutionnel à se défendre et à se protéger contre cette invasion ». Accusant parallèlement le président Joe Biden de « refuser d’appliquer et de violer les lois actuelles sur l’immigration », Abbott a déclaré, dans une lettre publiée le 24 janvier dernier, que le « gouvernement fédéral avait rompu le pacte entre les États-Unis et les États », déclenchant ainsi une tempête médiatique et ravivant les discussions sur la sécession. En outre, 24 autres gouverneurs républicains ont conjointement signé une lettre de soutien au Texas, exprimant ainsi leur rébellion ouverte contre la Maison blanche. Vingt-six procureurs généraux républicains leur ont emboîté le pas en envoyant une lettre similaire au président Biden. « À l’heure actuelle, les cartels, les groupes terroristes et d’autres acteurs malveillants profitent du chaos à la frontière pour orchestrer un afflux massif de personnes. Les gangs utilisent le flux de personnes pour dissimuler leurs membres « prédateurs » lorsqu’ils entrent aux États-Unis », ont dénoncé ces hauts fonctionnaires.
Dangereuse politique
Pour ses détracteurs, Greg Abbott a ressuscité une ancienne théorie qui a encore pignon sur rue dans le Sud des États-Unis (Dixie). Il s’agit de l’idée selon laquelle le gouvernement fédéral tire son pouvoir des États, un argument autrefois utilisé par le politicien sudiste John Calhoun, originaire de Caroline du Sud, considéré comme le père de la sécession des États du Sud en 1861. Bien que ce point de vue ait perdu de sa vigueur après la guerre civile, il a récemment ressurgi avec l’avènement de Donald Trump, dont la présidence (2017-2021) a ravivé l’irrédentisme sécessionniste. Sanford Levinson, professeur de droit et de gouvernement à l’Université du Texas, affirme que la description de la crise frontalière par le gouverneur est « absurde d’un point de vue juridique et dangereuse d’un point de vue politique ». Il soutient qu’Abbott utilise délibérément à mauvais escient le terme « invasion » pour justifier le renforcement des troupes de la Garde nationale à la frontière du Texas, comparant cela à la situation où un président déploierait des troupes pour réprimer la « violence domestique » sur la base d’informations faisant état de violences conjugales généralisées.
Successivement français puis espagnol, le Texas est devenu une possession mexicaine au moment où Mexico a obtenu son indépendance de Madrid en 1821. Peu peuplée et économiquement peu développée, la nouvelle république mexicaine a encouragé l’installation d’Américains afin de transformer l’État. Cependant, des tensions ont rapidement surgi entre les Mexicains et les 300 familles américaines, principalement autour de la question de l’esclavage. En 1835, cette confrontation dégénère en insurrection, se transformant en une véritable révolution contre le pouvoir du général Santa Anna. L’épisode le plus célèbre de cette guerre demeure le siège de Fort Alamo. Face aux rebelles, 600 Mexicains tombent au champ d’honneur contre les Texans, qui enregistrent seulement 200 pertes, dont le célèbre trappeur Davy Crockett. En avril 1836, la bataille de San Jacinto marque un tournant dans l’histoire du Texas. Battus, les Mexicains doivent accorder l’indépendance aux rebelles, qui proclament la République avant de rejoindre les États-Unis une décennie plus tard. C’est en tant qu’État esclavagiste que le Texas rejoindra la Confédération sudiste, liant ainsi son destin à celui-ci. Avant d’être réintégré à l’Union. Aujourd’hui encore, de nombreux nostalgiques de cette période conservent dans leur subconscient le traumatisme de la défaite. En pleine période du mouvement Black Lives Matter (BLM), ils ont réussi à empêcher le déboulonnage des symboles sudistes, contrairement à d’autres États voisins. En face du Capitole à Austin, un monument imposant rend toujours hommage aux héros de la guerre de Sécession.
Néo-sudistes
Ce n’est pas la première fois que le spectre de la sécession plane au-dessus des États-Unis. Bien que ce mouvement demeure encore largement minoritaire, il connaît une forte progression. Selon un sondage récent mené par Redfield & Wilton Strategies, 33% des Texans soutiendraient l’idée séparatiste, un chiffre similaire à celui enregistré en Californie, en Floride et en Géorgie. C’est d’ailleurs parmi les Républicains (66% d’entre eux y sont largement favorables selon une enquête réalisée dans 13 états du Sud) en 2021 que l’on trouve le plus de soutiens à cette cause néo-sudiste (certains mouvements se sont transformés en milices paramilitaires) qui n’hésite pas à agiter les drapeaux de la Confédération lors de manifestations anti-gouvernementales. Les mêmes aperçus lors de l’assaut donné au Capitole par les partisans de l’ancien président Donald Trump qui a tenté de se maintenir au pouvoir en 2021 après avoir échoué à se faire réélire… En 2017, une enquête dirigée par l’institut Zogby International a révélé que 68% des Américains se disaient ouverts à un « divorce national », selon les termes de la députée républicaine Marjorie Taylor Greene.
Cette confrontation entre Greg Abott et Washington n’est cependant pas anodine et dessine l’atmosphère ambiante aux Etats-Unis à la veille des élections générales de novembre 2024 où les Américains sont appelés à renouveler leurs élus. Grand favori de cette présidentielle, le républicain Donald Trump, dont l’ombre n’a jamais cessé de planer au-dessus de la Maison Blanche depuis quatre ans, conserve une certaine aura parmi une partie de l’électorat en dépit de ses multiples ennuis judiciaires. Ce nouveau duel à venir avec Joe Biden suscite des inquiétudes parmi les Américains, car les deux opposants restent constamment au coude à coude dans les sondages. En cas d’une nouvelle défaite de leur champion, les gouverneurs républicains pourraient-ils être tentés de proclamer la sécession de leurs États ?
Dans ses discours, Donald Trump encourage régulièrement ses partisans à considérer leurs opposants démocrates comme des traîtres irrémédiables, des criminels, des satanistes, des pédophiles et des conspirateurs. En faisant volontairement germer l’idée d’une possible sécession dans l’esprit de ses électeurs, le tonitruant milliardaire, qui a récemment confessé que la guerre de Sécession était « horrible et fascinante à la fois » ne chercherait-il pas devenir le leader d’une nouvelle confédération sudiste vidée de tout son substrat yankee ? Une question qui pourrait se poser dans le cas où Donald Trump échouerait à se faire réélire président des États… (dés)Unis.
Le discours du président Macron, le 7 février dernier à Paris, lors de l’hommage aux Français victimes des attaques islamistes en Israël, était très attendu. Analyse.
Mercredi 7 février, dans la cour d’honneur de l’hôtel national des Invalides, en plein cœur de Paris : quarante-deux portraits et trois chaises vides ; quatre mois après le 7 octobre, le Kaddish de Maurice Ravel monte au ciel ; sobriété et recueillement dans un lieu majestueux. En présence des représentants de leurs familles meurtries, la France rend hommage à ses compatriotes victimes du pogrom perpétré en Israël par le Hamas. Le chef de l’État prononce alors un discours, nécessaire, attendu. Cette allocution, eu égard aux circonstances, aurait gagné à être plus mesurée ; moins déclamé. On aurait aussi apprécié qu’elle nous épargnât l’incantatoire célébration d’une unité française qui n’est plus. Le deuil, comme la douleur, aime l’ombre et le repli ; quant à la tragédie, elle exige la vérité.
Certes, rien n’est plus difficile à écrire qu’un discours d’hommage. Il ne doit pas trop sentir la sueur et rester fluide pour paraître sincère. Aussi, celui qui le rédige doit en proscrire la pompe et le tragique superflus, la frisure et l’hyperbole, l’ostentation et la parure qui ne font qu’attirer l’attention sur « les dessous de l’affaire ». La charpente du discours doit rester invisible sous la chair des mots, ses ficelles, écrous ou stratagèmes dissimulés. Si tel n’est pas le cas, et on le vérifie dans l’hommage proféré par Emmanuel Macron, l’auditeur agacé ne voit plus que les limites de l’allocution et en cherche les failles. Quant à l’orateur, qu’il s’interdise de déclamer afin de ne pas donner à son auditoire le fâcheux sentiment qu’il s’écoute parler.
Passé la litanie numérale initiale, le début du discours a sonné juste. Sans trop de fioritures, il faut en convenir, dans la peinture de vies semblables aux nôtres, fauchées par la barbarie. On aurait donc été tenté d’y croire et même de se montrer indulgent envers la puérilité déconcertante qui affleurait déjà subrepticement dans l’expression : « Dieu, lavie, le monde (…) »,« des sourires en forme de promesse », « des rêves plein la tête », si elle n’avait pas été malheureusement accompagnée de l’hyperbole douteuse : « des idéaux dans la houle du monde »,« Des histoires de familleoù s’entrebâillait parfois un gouffre indicible (…) » qu’on a vu culminer dans la peinture du pogrom. Las ! De la cour d’honneur des Invalides à celle du Palais des papes, en Avignon, il n’y a qu’un pas. Emmanuel Macron déclame et voici que l’emphase emporte tout sur son passage : « Les jeunes qui dansaient-là ne savaient pas qu’ils étaient dans la mâchoire de la mort (…) des motos hérissées d’armes allaient fondre sur eux. » ; « Le ciel livide se zèbre de missiles ». Les mots s’emballent ; ils pétaradent dans le silence du recueillement tandis que l’éloquent, servi par un discours boursouflé, s’exhibe. On note au passage que, dans cette sortie de lit du verbe, l’épithète « islamiste » qu’on attendait accolée à « terrorisme » a disparu.
Et puis, pourquoi vouloir célébrer à toute force l’unité des Français dont on sait bien qu’elle a vécu ? Ce discours rebattu qui se veut performatif, lasse. Stérile, il n’est qu’invocatoire et vise à conjurer la terrible réalité ; celle de deux peuples désormais face à face. Qui peut actuellement encore croire qu’il existerait une France « (…) refusant les séparations comme les divisions, refusant l’idée de mort, de chaos et de clivages qui nourrissent les terroristes. » ; une France « unie pour elle-même et pour les autres. »; « unie pour se tenir au-delà des destins et desdifférences (…) »,« unie dans ces moments de souffrance (…) » alors que l’antisémitisme prospère dans nos banlieues, encouragé par une partie de la classe politique ? L’anaphore ne fait rien à l’affaire ; nous n’étions pas, loin s’en faut et nous le déplorons, 68 millions à pleurer nos frères, en ce 7 février. Que penser enfin de l’éternelle injonction au pacifisme et au pardon exigés au nom de Lumières qui éclairent notre pays désormais aussi bien que des chandelles mal mouchées ? « Ceux qui tuent par haine trouveront toujours face à eux ceux qui sont prêts à mourir par amour. » « Jamais en nous, nous ne laisserons prospérer l’esprit de revanche » : après la joue droite, tendez la joue gauche, braves gens. Décidément, nous attendions mieux de ce discours, pour la mémoire de nos frères suppliciés, pour leurs familles dévastées et pour notre pays malmené.
« Il y a de certaines choses dont la médiocrité est insupportable ; la poésie, la musique, la peinture, le discours public. Quel supplice que celui d’entendre déclamer pompeusement un froid discours, ou prononcer de médiocres vers avec toute l’emphase d’un mauvais poète ! » (La Bruyère, Les Caractères,Des ouvrages de l’esprit)
La suppression du droit du sol à Mayotte, voulue par M. Darmanin, a été annoncée avec fracas par un ministre souhaitant apaiser la colère des habitants de l’île excédés. Comme cela nécessite une réforme constitutionnelle et que la gauche dénonce une remise en cause du principe d’égalité entre les citoyens, pourquoi ne pas appliquer le droit du sol sur tout le territoire national ? «Mayotte, c’est le miroir grossissant et en accéléré de la France métropolitaine», a commenté M. Zemmour, sur France 2. Il demande, de concert avec M. Ciotti, que la mesure soit appliquée à toute la France.
« Il ne sera plus possible de devenir Français si on n’est pas soi-même enfant de parent français. »
Un vent frais, vif, tonique, revigorant et sain soufflerait donc enfin de Mayotte ?
À peine descendu de l’avion sur le tarmac de l’aéroport mahorais, M. le ministre de l’Intérieur, tout fier, lançait l’annonce d’une « mesure extrêmement forte, nette, radicale », la suppression du droit du sol. À Mayotte, s’entend, ne nous enflammons pas !
Le 101e département, un paradis transformé en enfer
Ainsi, il ne suffira plus de se donner le grand mal de naître sur l’île pour devenir d’un seul coup d’un seul Français. Il était temps. Oui, il était vraiment temps que du côté de l’Élysée on s’ouvre à l’évidence élémentaire que ce qui se passe là-bas depuis maintenant trop longtemps, depuis aussi qu’un président de la République a eu la grande idée de faire de ce territoire un département français à part entière, n’est plus seulement une immigration un tantinet trop débridée mais quelque chose qui s’apparenterait plutôt à une véritable invasion. Cela nous vient des Comores proches, à portée de canotage, et aussi de l’Afrique dont des échappés volontaires semblent avoir élu campement dans un stade où les disciplines crypto-sportives les plus pratiquées seraient désormais la baston à la machette, le racket, la prostitution et toutes sortes de trafics, les uns plus sordides que les autres.
Les autorités tant métropolitaines que locales l’ont dit et répété, leur but est de lutter efficacement – enfin ! – « contre la délinquance et l’immigration illégale ». Pour ma part, j’aurais préféré une inversion des termes. D’abord « immigration illégale », puis « délinquance ». Cela aurait marqué bien plus explicitement que, là-haut, on parvenait – là aussi enfin! – à établir un lien direct entre les deux phénomènes, reconnaissant dans le second la conséquence directe du premier. On aurait gagné en clarté.
Mais, apparemment nos gouvernants, n’en sont pas encore là. Ce serait un effort mental bien considérable qu’ils auraient à fournir, englués qu’ils sont depuis des lustres dans la cécité pusillanime et et le jeu petit bras sur ces questions-là.
Une et indivisible
On le constate une fois encore. Annonçant sa mesure « extrêmement forte, nette, radicale » Monsieur le ministre prend bien soin de respecter la sacro-sainte loi du « en même temps ». Il ne manque pas au passage de soigner, de cajoler sa gauche afin, sans doute, de ne pas trop défriser quand même, par exemple, le nouveau membre de la dream team, j’ai nommé Mme Belloubet. Dans sa déclaration, il s’empresse en effet de préciser que ladite suppression du droit du sol sera évidemment circonscrite au territoire de Mayotte. On respire. À la Cour Européenne des Droits de l’Homme ont était au bord de l’infarctus collectif. (Ah, si seulement…!)
La faiblesse de ce pouvoir macroniste réside pour une grande part dans son incapacité à raisonner autrement qu’en accommodements circonstanciels sans suite, sans cohérence, dans son acharnement à tituber d’aménagements improvisés en bricolages bâclés, toujours en dépit du bon sens.
L’affaire est cependant des plus simples : si la suppression du droit du sol est, comme cela nous est aujourd’hui affirmé, un excellent moyen de lutter contre la délinquance et l’immigration illégale, que ne la met-on en œuvre partout où sévissent et la délinquance et l’immigration illégale ? Autrement dit, à travers tout le pays, outre-mer comprise. Cela nous aiderait au moins, nous autres pauvres citoyens-électeurs, à nous convaincre que notre chère République est bel et bien « Une et Indivisible ».
Une idéologique soupe au nauséeux (dé)goût de nazisme, s’indigne notre contributeur
Le militantisme écologiste a encore frappé, ce samedi 10 février 2024, à l’encontre de l’art en sa plus noble et haute expression !
C’est à l’un des plus beaux et prestigieux tableaux, intitulé « Le Printemps », exposé au Musée des Beaux-Arts de Lyon, du grand Claude Monet, l’un des maîtres de l’impressionnisme, que ces vandales de l’écologisme, regroupés sous l’abusive étiquette de « Riposte Alimentaire », se sont en effet attaqués cette fois, en l’aspergeant d’une indigeste soupe à nouveau, après s’en être pris de la même et ignoble manière, le 28 janvier dernier, il y a donc deux semaines très exactement, à la sublime « Joconde » de Léonard de Vinci. Vilaine cuisine!
L’écologisme : une trahison, aux couleurs d’intégrisme iconoclaste, de l’écologie
J’emploie par ailleurs ici à dessein et très légitimement, pour qualifier cet honteux et nouveau type de barbarie à stupide connotation pseudo-culturelle, le terme d’« écologisme », plutôt que celui d’« écologie », pour cette simple mais bonne raison que l’écologisme ne s’avère, en réalité, que l’outrancière cristallisation, par son extrémisme, sinon son intégrisme iconoclaste, de la véritable, saine et respectable écologie.
L’écologisme ou, donc, la trahison, comme bon nombre d’idéologies radicales, de l’écologie !
Quand salir la culture équivaut à souiller ses propres idées
Quand, du reste, s’attaquer à l’art, et à ses plus grands chefs-d’œuvre, a-t-il jamais représenté un argument digne de ce nom, rationnel et objectif, pour défendre des idées, aussi nobles soient-elles ? Car, de fait, seuls les régimes dictatoriaux, qu’ils soient d’extrême-gauche ou d’extrême-droite et qu’on les nomme, par-delà tout clivage politico-idéologique, « fascisme », nazisme », communisme ou « stalinisme », se sont honteusement adonnés à ce genre de pratique, particulièrement méprisable sur le plan intellectuel et abject au niveau moral.
Davantage : se rendent-ils donc compte, ces infâmes militants de l’écologisme, que c’est tout d’abord leur propre cause, leur parti et leur personne même, qu’ils souillent et avilissent, par la violence de leur geste, ainsi ? De fait : dégrader la culture ou salir l’art (dans cet odieux cas, au sens premier du terme) était déjà la pratique favorite, de sinistre mémoire, des nazis au siècle dernier lorsqu’ils taxaient certains des meilleurs peintres, en cet obscur temps-là, de « dégénérés » !
Une soupe au nauséeux (de)goût de nazisme
Pis : jeter ainsi cette imbuvable soupe sur une des plus belles toiles de l’impressionnisme, portant en outre l’évocateur, poétique et bucolique titre de « Printemps » (dont tout authentique sympathisant de l’écologie, justement, se devrait donc, au contraire, de se réjouir), œuvre en outre de l’un des plus grands peintres – Claude Monet, donc – de ce courant artistique majeur que fut l’impressionnisme, ne peut que faire penser, hélas, aux pires propagandistes nazis précisément, du style Goebbels ou Göring, lorsqu’ils disaient « sortir leur revolver quand ils entendaient le mot culture » (ce sont du moins là les ignominieuses paroles que le dramaturge allemand Hanns Johst, fervent admirateur d’Hitler, leur attribue fièrement dans sa pièce de théâtre Schlageter, dédiée à un prétendu martyr pré-nazi).
Afficher à ce point son mépris de la culture, tout autant que de l’art, fait effectivement froid dans le dos, par tout ce à quoi renvoie fatalement pareil, fanatique et périlleux réflexe comportemental : la « nazi attitude » !
« Nazi attitude » et « cancel culture » : un wokisme de Talibans, plus encore que d’ayatollahs
Encore un de ces exécrables et dangereux effets pervers du wokisme, donc, cet inqualifiable mais surtout très condamnable geste, à nouveau, de ces deux ignares militantes de cette agressive « Riposte Alimentaire » ? Certes, mais pire encore : la tyrannique « cancel culture », une obscurantiste, criminelle et funeste ambition de talibans, plus encore que d’ayatollahs !
Les élèves ne sont pas les mêmes, disent les pédagos. À élèves différents, pratiques diverses, ajoutent-ils. Oui — mais ils ne disent pas ce que tous les enseignants constatent : les « apprenants » sont désormais incontrôlables.
Ma consœur Mara Goyet, qui enseigne l’Histoire-Géographie, s’est fait connaître au fil des années 2000 par des ouvrages pertinents sur le collège — et écrits avec moins de hargne que les miens, ce qui la rendit plus fréquentable. Entre autres : Collèges de France, Fayard, 2003 ; Tombeau pour le collège, Flammarion, collection Café Voltaire, 2008 ; Collège brutal, Flammarion, collection Café Voltaire, 2012 ; Finir prof. Peut-on se réconcilier avec le collège ?, Robert Laffont, 2023.
Et voici que cette dame, qui sait tenir une classe, confiait à Facebook il y a quelques jours :
« C’est une réflexion un peu étrange que je me suis faite hier soir après une heure de cours un peu éprouvante. Je me suis dit que j’allais y repenser après une « bonne nuit de sommeil ». « Depuis deux ou trois ans, j’ai le sentiment qu’un verrou a sauté. Une partie des élèves nous parle de plus en plus mal. Comme on ne parle ni à un professeur, ni à un adulte. Comme on peut sans doute parler à ses parents en pleine crise d’ado. Et encore. « C’est un mélange de mépris, de contestation, de plainte et de dénonciation de grave injustice. Dans ces moments-là, l’enseignant est à la fois rien et un bourreau. Ce qui est le plus étrange c’est que cela peut venir d’élèves que l’on a aidés, que l’on aime bien, avec lesquels on peut tout à fait avoir un lien. J’ai vécu l’an dernier ce retournement de manière spectaculaire avec une élève que j’aimais et soutenais beaucoup. « J’enseigne depuis 27 ans dont 11 ans en ZEP, je ne découvre donc pas la potentielle violence de certains élèves. Mais là, j’ai le sentiment que c’est un peu différent. Il ne s’agit pas d’altercations ni de confrontations. Cela peut se dérouler dans un contexte serein et cela ne prend pas forcément l’aspect d’une crise. »
Et de s’enquérir : « Vous avez des idées ? »
Déconfiture
Ses pistes personnelles ne sont pas à négliger : « L’idée qui m’est venue hier c’est qu’il y a un lien avec l’assassinat de Samuel Paty. Si la majorité de l’opinion voit désormais le courage, la solitude et l’investissement des enseignants, une autre a pris toute la mesure de leur vulnérabilité. Certains élèves n’aiment pas les victimes. Le terme est une insulte. Une faute. Une faiblesse. Une victime se doit donc d’être victimisée ou méprisée (elle est responsable de son état ; prof est un métier de lâche ; d’ailleurs, lors des minutes de silence pour Samuel Paty, les élèves sont en général polis mais beaucoup ne semblent pas spécialement concernés). Quand on ne se laisse pas faire, il y a un retournement immédiat qui consiste à se victimiser soi-même (« pourquoi moi », « qu’est-ce que j’ai fait », « pourquoi c’est toujours moi », « ça se fait pas »). »
J’ai fait ma petite enquête auprès des collègues en exercice dans des zones difficiles — mais qui ne sont pas forcément labellisées ainsi. L’une met en cause le confinement : en deux ans d’école supprimée ou bancale, les élèves ont perdu l’habitude d’écouter, voire tout simplement d’être assis. Ils s’étonnent encore de ne pas pouvoir se lever pour aller chercher un Coca dans le frigo. Une autre pense à l’extrême féminisation du corps enseignant. Et de préciser — pour mettre les points sur les i : « Quand j’étais en collège en banlieue parisienne, il y a une bonne quinzaine d’années, les collègues femmes et moi avions déjà nettement plus de problèmes de discipline (ou même de statut) que les « collègues hommes ». Et oui, c’est certainement lié aussi (pas seulement mais aussi) à un certain type de public qui a une relation particulière aux femmes, et carrément compliquée aux « femmes de savoir ». » Une autre, qui enseigne en CPGE, note : « Il y a certainement aussi une perte de limites, d’autorité, que mes collègues de prépas scientifiques constatent désormais y compris avec les élèves de ces prépas en cours de maths ou physique. En français ou philo, c’était habituel depuis que j’y suis (14 ans), et cela s’est aggravé. Mais je l’imputais au fait de ne les voir que peu, d’être une matière à faible coefficient — comme la musique ou le dessin en collège… Mais donc les élèves qui n’écoutent pas, ne bossent pas et de surcroît contestent (et s’imaginent qu’ils sont brillants), il y en a désormais en prépas… » Enfin, telle enseignante en IUT se trouve en butte à l’hostilité pas même camouflée des Musulmans locaux, qui ne tolèrent pas qu’une femme leur enseigne quoi que ce soit. Quand de surcroît elle a les cheveux courts, on l’identifie immédiatement comme « gouine », ces adorables bambins adultes n’étant jamais à court d’un cliché. J’ajouterai la prépondérance éducative, à la maison, des théories (et pratiques) de l’enfant-roi, qu’il soit considéré comme HPI (forcément puisqu’il est intenable) ou tout simplement comme le petit mâle auquel ses sœurs et sa mère doivent obéir. La gifle se fait rare, la fessée est proscrite. Il en est à la maison comme à l’école : désormais, on écoute ce que le petit morveux croit avoir à dire : les femmes sont impures et la terre est plate.
Les raisons d’une déconfiture ne sont jamais uniques. Elles sont multi-factorielles. Mais il y a un axe de lecture qui n’a pas été pris en compte dans cette recherche des causes d’ensauvagement : c’est le facteur-temps. L’évolution vers la sauvagerie et la bestialité n’a pas été régulière. Elle s’est singulièrement accentuée depuis quelques mois. Certes, la situation s’est lentement dégradée depuis une dizaine d’années. Le confinement a donné un coup d’accélérateur — mais au fur et à mesure que l’on reprend en main les élèves laissés en jachère pendant deux ans, cela devrait se tasser. Or, la situation s’est brutalement aggravée à la rentrée de septembre, plus encore à celle de janvier.
Début septembre, certains élèves étaient encore dans l’exaltation de leur joli coup de pseudo-émeute et de vrais pillages de début juillet. Ils avaient fait entendre leur puissance collective, face à des forces de l’ordre qui n’osent plus réagir — et ont d’ailleurs l’ordre de rester passive. Depuis début janvier, c’est bien pire. En cause, le parti-pris pro-Gaza de nombre d’élèves musulmans. Déjà qu’il fallait gérer ceux qui niaient la Shoah (une invention des Juifs, comme chacun sait), il faut désormais faire avec ceux qui affirment que les bébés jetés dans les fours sont un pur mensonge israélien. Encouragés par des leaders politiques qui ne savent plus où ils ont rangé leur gauche, ils arrachent les photos placardées d’otages israéliens, et se lancent dans des campagnes de manifestations systématiques — tous les samedis. Et je passe sur les déferlantes de graffitis et autres bombages. Spontanées, ces manifestations hurlantes ? Je n’en crois rien. Celles qui se déroulent dans la rue, avec haut-parleurs, banderoles et musique, sont soigneusement préparées. Aucune improvisation. Un orchestre clandestin s’est saisi de cette opportunité pour lancer à l’assaut de notre civilisation en général et de l’Ecole en particulier des hordes à intellect minimal et pulsions chauffées à blanc. Le moindre incident, la moindre mauvaise note, la moindre contestation de leur pouvoir de brutes sont autant de prétextes à protestations violentes, qui infailliblement amènent les parents à faire chorus avec leurs chers bambins si malmenés par le Système. Les agressions contre les surveillants, l’administration et les enseignants ne se comptent plus — sinon, chaque semaine, sur les cinq doigts de chaque main. On n’enseignait plus, depuis longtemps, qu’en atmosphère tendue. On ne bosse plus désormais qu’en atmosphère survoltée. En fait, on ne travaille plus du tout.
Il en est des élèves comme des supporters de foot (ce sont d’ailleurs souvent les mêmes) : ils s’alignent sur le comportement et les vociférations des plus bêtes — et le terme de « bête » n’est pas gratuit : ils ont renoncé au langage, ils sont passés à l’étape du cri inarticulé, et désormais l’étape suivante est le coup porté avec une spontanéité touchante… Après « À mort l’arbitre ! », on est passé à « À mort le prof » — et Samuel Paty ou Dominique Bernard portent témoignage du fait que ce ne sont pas des métaphores. Alors, je pose une question très simple : jusqu’à quand les autorités tolèreront-elles que l’on assassine des enseignants — et continueront à s’étonner que l’on ait des problèmes de recrutement ?
Dernier point. Les cours d’« empathie », dans ces circonstances, risquent fort d’avoir un effet négatif. Les proies, désignées à la collectivité, ne connaîtront aucun apaisement — et les enseignants, qui ne sont pas partie prenante de l’empathie universelle, paieront les pots cassés des hormones réfrénées : le harcèlement vis-à-vis des profs, qui sont le fait des élèves et des parents, qui via Pronote envoient des messages insultants aux enseignants et à leur hiérarchie, parfois en pleine nuit, est en expansion lourde. On sait comment cela peut finir.
Quant aux groupes de niveau que devrait générer la fin du collège unique, ils risquent, s’ils ne sont pas gérés d’une main légère et avec beaucoup d’intelligence, avec des passerelles d’un groupe à l’autre tout au long de l’année, d’enfoncer les élèves les plus turbulents — qui sont neuf fois sur dix les plus faibles — dans une spirale descendante. Ils commenceront par dire « Je suis parmi les nuls parce que je suis noir / maghrébin / manouche. Et ils se vengeront. Ils savent qu’ils peuvent compter sur leurs parents, et sur leurs « grands frères ».
Interrogations abyssales. C’est peut-être la raison pour laquelle Mara Goyet, après avoir émis des questionnements fondés, a supprimé de sa page tout ce que j’ai reproduit ici — et que j’avais sauvegardé immédiatement après parution.
Une vague de destructions et de vandalisme frappe les églises canadiennes depuis 2021. La raison? Une fausse rumeur sur les réseaux sociaux.
Une trentaine d’églises incendiées, une soixantaine d’autres vandalisées ou cambriolées : voilà le bilan d’une campagne de destruction qui a sévi au Canada à partir de 2021. Certains des édifices dégradés ont été tagués avec des injonctions telles que : « Déterrez-les », « Ramenez-les chez eux » ou la question « Où sont les enfants ? » De quels enfants s’agit-il ? Tout commence en mai et juin 2021, quand un groupe autochtone en Colombie-Britannique prétend avoir découvert 215 cadavres d’enfants sous une école catholique, tandis qu’un autre groupe, de la province du Saskatchewan, annonce avoir trouvé 751 tombes anonymes dans un cimetière sous l’ancien pensionnat de Marieval. Il s’agirait de corps d’enfants morts à la suite de violences subies dans ces écoles ainsi que dans d’autres partout au Canada.
Ce qui est certain, c’est que ces établissements ont participé à une vaste politique d’assimilation des populations autochtones conduite par le gouvernement canadien du XIXe aux années 1970. Des enfants ont été arrachés à leur famille pour être élevés à la canadienne dans des internats chrétiens, principalement catholiques. La découverte de ces charniers a donné lieu à un déchaînement de passions sur les réseaux sociaux, accompagné d’accusations de crimes contre l’humanité et même de génocide, d’où la prolifération d’actes de vengeance antichrétienne. Sauf que des fouilles conduites depuis par des équipes d’experts sur plusieurs sites, dont celui de Marieval, n’ont pas trouvé de traces de cadavres. D’ailleurs, la seule présence de restes humains ne justifierait pas le récit macabre de violences suivies d’enterrements de masse. S’il est généralement reconnu aujourd’hui que beaucoup des enfants en question ont été mal traités, la vague d’actes criminels contre les églises a été déclenchée par une hystérie collective numérique. Comme l’a dit Jacques Rouillard, professeur émérite à l’université de Montréal, interrogé par le New York Post : « Trop a été dit et fait avant que des preuves ne soient fournies ».
Si l’actualisation de l’intrigue à l’époque contemporaine que nous propose l’Américain Peter Sellars agace, Beatrice di Tenda de Bellini, monté pour la première fois à Paris, vaut le déplacement d’un point de vue lyrique.
On se prend parfois à imaginer ce qu’aurait produit le génie de Bellini si le compositeur sicilien n’était pas mort prématurément, à l’âge du Christ, deux ans après la création de Beatrice di Tenda à la Fenice – un four. En 1831, la Scala donnait Norma (également un fiasco, mais qui lui du moins sera relevé par la postérité). Quatre ans plus tard, Les Puritains, ultime chef-d’œuvre, connaîtra tout à l’inverse un triomphe immédiat, au Théâtre Italien de Paris. Non seulement Beatrice di Tenda n’eut aucun succès (trois représentations !) mais, écrit dans la précipitation, inachevé, il provoquera la brouille définitive de Bellini avec son librettiste attitré, Felice Romani. Le mauvais sort semble s’appesantir sur cette partition, au point qu’il aura fallu attendre 2024 pour voir ce joyau du bel canto entrer au répertoire de l’Opéra de Paris.
Accusation d’adultère fallacieuse
On peut difficilement imaginer intrigue plus noire. À rapprocher du Anna Bolena, écrit par le même Romani pour Donizetti en 1830, elle s’inspire d’une tragédie du dramaturge italien Carlo Tedaldi-Fores, créée à Milan en 1825, elle-même tirée des chroniques du Quattrocento relatant le martyre de l’épouse milanaise du comte de Pavie, plus connue chez nous sous le nom de Béatrice de Ventimille ou Béatrice Lascaris, princesse mise à mort en 1418 par son mari Filippo Maria Visconti, sur l’accusation d’adultère.
Le livret de Romani ne fait nullement abstraction des rapports de pouvoir sous-jacents au conflit passionnel. En plein romantisme, ceux-ci font évidemment écho au contexte révolutionnaire qui secoue l’Europe d’alors, en un temps où la Lombardie-Vénétie commence de résister au joug autrichien. C’est même cette dimension politique qui donne à Beatrice di Tenda un accent déjà puissamment verdien, jusque dans les chœurs (d’hommes, en particulier), lesquels y occupent une place prépondérante, inhabituelle dans la pure tradition belcantiste.
Résumons : veuve, la riche comtesse Béatrice de Tende a épousé en secondes noces Filippo Visconti, tyran dont la maîtresse, Agnese, est secrètement amoureuse du jeune troubadour Orombello. Par jalousie, elle persuade Filippo que sa femme le trompe avec ce dernier. Filippo les fait arrêter tous deux, avant de les soumettre tour à tour à la torture et de les condamner au gibet. Sainte et martyre, Beatrice aura pardonné sa traîtrise à Agnese avant de passer sous le couperet.
Nudes
Le metteur en scène américain Peter Sellars, comme à l’accoutumée, choisit de transposer ce drame atroce à l’époque contemporaine. Il faut se référer au programme pour comprendre l’intention qui y préside, résumée dans un texte liminaire de sa plume. Beatrice, idéaliste et engagée, « finance les services sociaux et les programmes jeunesse » grâce à sa fortune, tandis que Filippo, son mari, terrifiant autocrate et maladivement jaloux, « réprime les jeunes leaders de la génération montante ». Le pot aux roses : « Agnese remet à Filipo l’ordinateur de Beatrice, rempli de photos de Beatrice et d’Orombello qui peuvent être exploitées dans les médias et au tribunal pour étayer une accusation d’adultère ». Tandis que le peuple n’attend, pour se soulever, que le signal d’une Beatrice chastement éprise d’Orombello, Filippo a surpris leur conversation : « le couple coupable est immédiatement arrêté pour adultère ». Au deuxième acte, les bourreaux ont transformé Orombello en légume tuméfié, sanguinolant, flageolant sur une béquille et parcouru de tremblements avant de finir en fauteuil roulant : le supplicié a avoué sous la torture, mais « il se met soudain à crier à toute la Cour qu’elle [Beatrice] est innocente ». Beatrice, devenue aveugle à force d’être frappée, en tunique maculée de sang, menottée, pardonnera à Agnese de les avoir piégés. À la fin, solides pelles en main, « les gardes enterrent le cadavre d’Orombello ». Beatrice, ayant chanté « à un dieu de paix et de pardon », est passée par les armes.
Signé George Tsypin, le décor transpose le château de Binasco en une sorte de cage en résille de métal vert vif figurant un jardin-labyrinthe à l’Italienne, où les sbires, à un moment, s’activeront au sécateur, et sur le mur latéral duquel le petit personnel passera consciencieusement la serpillère, tissus fichés sur de longues tiges… Visuellement, c’est plutôt très moche. Au deuxième acte (le vert s’est changé en rouge par le miracle de l’éclairagiste) un de ces bosquets taillés, au centre du plateau, sert de bureau au tribunal. Les sycophantes du tyran (lui en veston bleu roi) arborent des tenues en cuir noir anthracite, le service d’ordre en uniforme noir ne perd pas une occasion de pointer les menaçantes kalachnikovs sur « tout ce qui bouge » – façon de parler, car les chanteurs, d’un bout à l’autre de l’opéra, resteront désespérément statiques, comme incapables de se déplacer tant soit peu. Exit tout de même la vidéo, vieille signature de la star californienne, et tarte à la crème obligée de toute régie contemporaine… Sellars n’en cède pas moins à tous les poncifs de l’actualisation, dans un mauvais goût superlatif.
Bien, du moins… sur le plan musical
Si cette première production parisienne de Beatrice di Tenda est sauvée, c’est par ces arias, duos ou trios immortels, tous sublimement chantés. Les chœurs de l’Opéra de Paris ne sont pas en reste. Au prix de très légers décalages au début, ils sonnent magnifiquement. À la baguette, le chef britannique Mark Wigglesworth, sur un tempo semble-t-il assez lent, qui magnifie l’expressivité de l’orchestre. Dans le rôle-titre, la soprano américaine Tamara Wilson, que beaucoup ont déjà applaudie tout récemment ici même dans Turandot, se montre aussi à l’aise que dans Puccini, à la fois impériale dans les aigus les plus redoutables que délicate dans le phrasé legato et dans les roulades vertigineuses de la partition. Le baryton hawaïen Quinn Kelsey, qui a surtout beaucoup chanté Verdi, fait merveille dans le rôle du sinistre Filippo Visconti. Quant aux deux frères Pati, ténors natifs de Samoa, Pene en Orombello et Amitai dans le second rôle de l’ami Anichino, ils déploient leurs talents jumeaux sans faillir. Seule la mezzo Theresa Kronthaler, qu’on découvre à l’Opéra de Paris, manque sensiblement de puissance d’émission, dans les rares airs confiés au personnage d’Agnese de Maino.
On se demande bien pourquoi les pages extraordinaires de Beatrice di Tenda n’ont pas passé la rampe pendant si longtemps. Il nous est expliqué, dans le programme, que la version proposée ici rétablit l’opéra au plus proche de l’original, à partir de la partition autographe de Bellini, y incluant ses repentirs et recommandations d’exécution : justice est faite – au moins sur le plan musical.
Beatrice di Tenda. Opéra seria en deux actes de Vincenzo Bellini (1833). Direction : Mark Wigglesworth. Mise en scène : Peter Sellars. Orchestre et chœurs de l’Opéra de Paris. Avec Quinn Kelsey, Tamara Wilson, Theresa Kronthaler, Pene Pati, Amital Pati, Taesung Lee. Opéra-Bastille les 13, 15, 23, 28 février, 2 et 7 mars, 19h30. Le 18 février, 14h30. Durée: environ 3h20
Ce n’est pas avec un « plan de lutte contre l’infertilité » que le chef de l’État pourra stopper la chute de la natalité française. Le choix d’Emmanuel Macron de résister au RN par une « lutte contre l’immigration clandestine » avalise l’immigration légale, avec le soutien du Conseil constitutionnel. Tout reste en place pour achever la dilution du pays…
L’effacement : à son tour, Emmanuel Macron a évoqué ce risque suicidaire lors de sa conférence de presse du 16 janvier. Mais il s’est arrêté en chemin, excluant la France d’une possible disparition. Le président ne craint que pour l’Europe, bousculée par le chamboulement planétaire qui déboulonne l’hégémonie occidentale et invite l’UE à en rabattre. Pourtant, c’est plus dramatiquement la nation épuisée qui se vide de son peuple, comme un corps perd son sang. La révolte paysanne est celle de ce monde qui ne veut pas mourir. Or l’hémorragie, causée par une baisse des naissances des autochtones qu’une démographie musulmane prolifique est appelée à compenser, satisfait les immigrationnistes au pouvoir, pour qui un homme en vaut un autre. En 2022, un tiers des bébés avait au moins un parent né hors de l’Union européenne. Entre 2000 et 2022, les naissances issues de deux parents nés à l’étranger ont augmenté de 72 %. Si la femme française ne fait plus que 1,68 enfant, l’immigrée algérienne, avec 3,69 enfants, est plus féconde que l’Algérienne (3 enfants), selon Nicolas Pouvreau-Monti, cofondateur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (Le Figaro, 15 janvier). À ce rythme, trois ou quatre générations devraient suffire pour qu’il ne reste plus que des traces éparses de la France française, réduite à être visitée par des Franciens venus d’ailleurs, dans ses « réserves » exotiques.
Le grand effacement fait partie des mots interdits que Macron s’exerce désormais à prononcer, comme il reprendrait un refrain paillard. La transgression est son frisson. Son Premier ministre, Gabriel Attal, promet pareillement de « garder notre identité française ». Mais tous deux évitent d’évoquerl a substitution, sous leurs yeux clos, d’un peuple par un autre, d’une civilisation par une autre. Or ce qui s’observe est non seulement une libanisation de la nation jadis homogène, mais un remplacement ethnique et culturel. Il n’est d’ailleurs permis que de s’en réjouir, au risque d’être accusé de racisme et de xénophobie. À la crise de la natalité (baisse de près de 7 % en 2023) s’ajoutent la pression migratoire (depuis 1999, augmentation de 153 % des titres de séjour et de 227 % des demandes d’asile, soit près de 500 000 arrivées par an), une émigration des plus jeunes(54 % des 18-25 ans seraient prêts à quitter la France), un exode de ceux qui fuient l’antisémitisme coranique et un islam laissé en paix dans ses colonisations qui s’étendent. Ce n’est pas en lançant un« plan de lutte contre l’infertilité » et un « congé de naissance » ouvert aux parents des deux sexes que le chef de l’État peut espérer faire obstacle à cette disparition de l’esprit français, chassé par la technique et ses robots. Le choix de Macron de résister au RN par une « lutte contre l’immigration clandestine » avalise l’immigration légale, avec le soutien du Conseil constitutionnel. Tout reste en place pour achever la dilution du pays.
L’urgence est de stopper la liquidation de la France, promue par l’idéologie mondialiste qui continue d’imprégner le sommet de l’État. Le temps presse. Mais il est encore possible, à condition d’un sursaut politique, d’endiguer la conquête démographique du pays et de résister à son asphyxie. Même si le Français, sous couvert « d’affrication linguistique » (Libération), a déjà pris l’accent arabe des cités auprès d’une jeunesse mimétique, je ne me résous pas àla prophétie de Chateaubriand (Mémoires d’outre-tombe) : « Des peuplades de l’Orénoque n’existent plus ; il n’est resté de leur dialecte qu’une douzaine de mots prononcés dans la cime des arbres par des perroquets redevenus libres, comme la grive d’Agrippine gazouillait des mots grecs sur les balustrades des palais romains. Tel sera tôt ou tard le sort de nos jargons modernes, débris du grec et du latin. Quelque corbeau, envolé de la cage du dernier curé franco-gaulois, dira, du haut d’un clocher en ruine, à des peuples étrangers nos successeurs : “Agréez les accents d’une voix qui vous fut connue ; vous mettrez fin à tous ces discours.” » Majoritaires restent encore les Français qui ne veulent pas connaître le sort du dernier des Mohicans. Doivent-ils au moins croire Macron quand il assure aussi, mimant Éric Ciotti et Éric Zemmour, vouloir se battre « pour que la France reste la France » ? Pas davantage. Son déni des faits reste plus fort que son engagement à « continuer à présider au réel ».
Pour le chef de l’État, « le réel est reporté à une date ultérieure » (copyright Philippe Muray). Récuser, comme l’a fait le président le 16 janvier, le lien entre l’immigration et les émeutes urbaines de juillet aura suffi en effet à disqualifier sa tentative d’approche réaliste et son apparent virage conservateur dans la composition de son gouvernement, rejoint par Rachida Dati (ex-LR). Les réseaux sociaux et l’oisiveté des jeunes, ces raisons par lui invoquées, ne peuvent occulter ce que fut l’insurrection d’une population issue du Maghreb et de l’Afrique noire, et ses cibles qui symbolisaient la France (écoles, bibliothèques, mairies, etc.). Dès lors, qualifier le RN de « parti du mensonge » relève chez Macron d’un procédé puéril et réversible. Ce procès signe son renoncement à affronter le terrain. « Une idéologie s’achève quand elle n’a plus de mots pour décrire le réel », a noté Michel Maffesoli. La macronie est dans cette faillite qu’elle partage avec tout un monde qui « marche sur la tête », pour reprendre le slogan de la colère agricole. La grande disparition leur est promise.
Le naufrage du camp du Bien, décrédibilisé par ses contre-vérités sur un irénique « vivre-ensemble », porte la promesse d’une libération des indignations. Les agriculteurs en colère ouvrent la voie. Observer ces « progressistes » qui fuient l’école publique au profit du privé dit leur tartufferie. Le wokisme est désormais contesté aux États-Unis, y compris dans le temple de l’université d’Harvard.L’Allemagne s’affole de constater que, sous la pression islamiste, « les juifs n’ont jamais été autant en danger depuis l’Holocauste » (Le Figaro, 23 décembre). La révolution du Réel est le meilleur allié de ceux qui, derrière les paysans, refusent la tyrannie des idéologues. Il leur reste à reprendre le pouvoir.
Après la trêve des confiseurs, l’Assemblée reprend ses travaux, sur fond de remaniement et de révolte agricole… Ambiance.
« Sauter au plafond »
Tout ça pour ça… Le Conseil constitutionnel vient de censurer plus d’un tiers des articles de la loi sur l’immigration votée par le Parlement avant Noël. Celle-là même que les Français avaient pourtant plébiscitée à 70 %… Cette décision me laisse un goût amer dans la bouche. Une véritable claque pour les représentants des Français au Parlement ! La prochaine fois, le chef de l’État devrait être encore plus direct. Plutôt que de demander au Conseil constitutionnel de censurer les mesures qui ne le font pas « sauter au plafond », il pourrait lui proposer de rédiger lui-même la loi. On gagnerait du temps.
Collabo !
On est toujours le collabo de quelqu’un… Fabien Roussel l’a appris à ses dépens, qui a dû être extrait d’une des manifs organisées contre la loi pour l’immigration à Paris le 21 janvier. Aux cris de « Roussel collabo ! », « Roussel n’est pas un bon camarade » ou encore « Roussel casse-toi ! », le député et secrétaire national du Parti communiste français s’est fait insulter, bousculer et finalement exfiltrer lors d’une manifestation… du syndicat CGT. Avant de trouver refuge à l’Assemblée nationale. Avec des amis comme ça…
Uniforme à l’école
Une des premières mesures annoncées par le ministre de l’Éducation nationale d’alors, Gabriel Attal, était l’expérimentation de l’uniforme à l’école. Le maire de Béziers a immédiatement candidaté, lui qui avait déjà tenté semblable mesure en 2014, juste après son élection. Et les premiers uniformes – et non pas « tenues uniques » comme les appelle Emmanuel Macron – sont arrivés pour essayage : exit le « jean/tee-shirt » préconisé par certains. Chez nous, à Béziers, les élèves et leurs parents ont choisi le pantalon pour les garçons, la jupe plissée pour les filles et, pour tous… le blazer très « british » avec blason aux couleurs de la ville et de l’école, s’il vous plaît ! L’effet magique d’Harry Potter.
Depuis son élection au perchoir, la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet a administré un nombre record de sanctions disciplinaires à des députés. Ce qui lui a immédiatement valu un petit surnom par le député écologiste Benjamin Lucas. Allez, un indice, il est vice-président du groupe d’amitié France-Corée du Nord (eh non, ce n’est pas une blague !). Vous avez deviné ? La « Kim Jong-un du perchoir ». Tout en nuances…
Double langage
C’est un sujet de discussion récurrent à l’Assemblée nationale. Pour qui faire une minute de silence ? On se souvient que le jeune Nahel – « ce petit ange parti trop tôt », dixit Kylian Mbappé– y avait eu droit immédiatement. Thomas, lui, a dû attendre plusieurs jours avant qu’elle ne lui soit « accordée ». En ce jour de manifestation agricole, le groupe communiste a réclamé une minute de silence au Palais-Bourbon – refusée « faute de consensus » – en hommage à Alexandra, cette jeune agricultrice morte sur un barrage routier dans l’Ariège… Il paraît que c’est le groupe Renaissance qui n’en a pas voulu. Insupportable de les entendre ensuite évoquer le « sentiment de relégation, de mépris et de déclassement » qui touche les agriculteurs…
IVG dans la Constitution
Huit heures de débats pour savoir s’il est opportun ou non d’inscrire « la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse » dans la Constitution. Des débats juridiques, souvent techniques. Et de temps en temps aussi, caricaturaux. Mathilde Panot propose de remplacer le mot « femme » par « toute personne en situation de grossesse ». Histoire de ne pas braquer les transsexuels… Évidemment, on n’échappe pas non plus à la séquence « Radio ma vie », avec les témoignages personnels comme « je pense à Élisabeth, ma tante » ou autres « j’ai avorté et je l’ai très bien vécu »… Le sommet est atteint hors de l’Hémicycle lorsque Sophie Marceau attaque Gérard Larcher – il a eu l’outrecuidance d’estimer que l’IVG n’était pas menacée en France : « Vous représentez le patriarcat dans toute sa splendeur : suffisant, rétrograde et hypocrite. Vous faites honte à notre société française. » À vous faire craindre le matriarcat.
Indécence
L’Assemblée l’a acté : elle augmente de 5,4 % les frais de mandat des élus de la chambre basse « pour faire face à l’inflation ». Votée par tous les groupes politiques, à l’exception des Insoumis et des socialistes qui se sont abstenus. La présidente de l’Assemblée a cru bon se défendre en rappelant que « les dépenses liées à l’AFM [allocation des frais de mandat] font l’objet d’un contrôle de la part du déontologue[…] et les montants nonutilisés sont reversés par les députés à l’Assemblée, à l’issue du mandat ». Au moment où les agriculteurs manifestent pour gagner leur vie décemment, ça manque un peu de… décence.
Mais où est passée Élisabeth Borne ? Après deux semaines de vacances, la voilà de retour à l’Assemblée. Pas pour de grands échanges d’idées politiques, mais pour de vulgaires questions logistiques. L’ex-Première ministre devrait en effet se voir attribuer l’un des bureaux du Palais-Bourbon réservés aux « anciens ayant occupé des fonctions prestigieuses ». Se pose également la question – essentielle pour les Français – de sa place dans l’hémicycle. Et ce n’est pas terminé ! À l’heure où j’écris ces lignes, 18 membres de l’ancien gouvernement – Olivier Véran, Olivier Dussopt, Clément Beaune entre autres – sont encore dans l’expectative et pourraient devoir revenir au Palais-Bourbon lorsque le remaniement sera terminé. Mais où donc les loger ? Des querelles d’égos en perspective…
Viticulteurs
Six heures du matin. Au péage de Béziers Ouest. Ils sont là, avec leurs tracteurs. Parfois en famille. Nos vignerons n’en peuvent plus. Ils vivent mal. Les jeunes n’ont plus envie de reprendre les exploitations de leurs parents. Le vin s’accumule dans les chais. Ils sont en colère. Je suis là pour leur dire mon soutien mais aussi, surtout, mon amitié, mon affection. Nous nous voyons tout au long de l’année. Et pas que pour parler de vigne. Ils sont la chair de notre Sud, de ce qui est devenu mon Sud. Un député, ça sert aussi à ça. Être aux côtés de ses amis. Sans calcul. Juste là.
Voici venue la «guerre scolaire urbaine» alerte Anne Coffinier ! À Paris, sept établissements d’enseignement privés se retrouvent piégés par le plan local d’urbanisme de la mairie.
Le nouveau PLU (plan local d’urbanisme) de la Ville de Paris a prévu de contraindre près de 2000 bâtiments à se transformer à terme, en tout ou partie, en logements sociaux. Techniquement, ces parcelles sont classées en « emplacements réservés » ; on dit ainsi pudiquement qu’elles sont « pastillées » par le PLU. Des établissements publics sont visés, tels que le CROUS de Mabillon, mais aussi des immeubles de bureaux, des immeubles de logement et même – et c’est l’objet de cet article – des établissements d’enseignement privés sous contrat.
Manœuvres immobilières
Les propriétaires institutionnels de bureau ont conduit un lobbying actif et se sont vivement défendus dans les médias. Ils menacent d’utiliser massivement leur droit de « délaissement » pour forcer la Mairie de Paris à reculer. Concrètement, ils prévoient de demander à la Mairie de racheter leur bâtiment et, si elle ne l’avait pas fait dans le délai imparti d’un an, le bâtiment en question serait dépastillé, donc libéré de ses obligations quant aux logements sociaux.
La manœuvre est habile : la Mairie de Paris, déjà lourdement endettée, n’aura pas les moyens financiers d’acheter des centaines de parcelles à Paris, a fortiori dans un contexte également compliqué pour les bailleurs sociaux.
Sept écoles piégées !
Et voilà qu’on découvre qu’au moins sept établissements privés catholiques scolaires sous contrat sont pastillés dans la capitale ! Ces derniers ne pourront ni construire, ni mener une restructuration lourde, ni réaliser une extension, ni surélever un bâtiment, ni réaliser un changement de destination sans devoir créer des habitations dont une partie de logements sociaux pouvant aller jusqu’à 100% de la surface d’habitation créée. Autrement dit, cela signifie que ces derniers seront privés de la possibilité de réaliser tout type de travaux de grande ampleur. Leur développement sera donc gelé.
Mais de quels établissements s’agit-il ? Le collège Saint-Jean Gabriel dans le 4è arrondissement, l’école Saint-Eloi, le collège Sainte-Clotilde et le lycée Saint-Michel de Picpus dans le 12è, mais aussi les groupes scolaires Saint-Vincent de Paul et de Notre-Dame de France dans le 13è arrondissement ainsi que le lycée Saint-Michel des Batignolles dans le 17è. Curieux coup du sort, qui vient dans le contexte de l’annonce de la suspension des subventions de la Ville de Paris à l’école Stanislas, en contradiction avec la loi.
Les écoles pastillées viennent donc d’être invitées par la Direction diocésaine de Paris à protester par écrit, dans le cadre de l’enquête publique ouverte jusqu’au 29 février. En plus de cette étape nécessaire, les établissements catholiques concernés et les parents d’élèves ont évidemment intérêt à faire connaître fortement leur opposition, à l’instar de ce qu’ont fait les foncières et autres propriétaires institutionnels de bureaux, sans quoi ils seront immolés par « notre Drame de Paris », Anne Hidalgo.
Le pas de vague n’est pas possible
En politique, le « pas de vagues » n’est pas une option. En religion, non plus d’ailleurs, mais c’est un autre sujet.
Une fois le PLU adopté, restera la possiblité de l’attaquer au tribunal administratif pour illégalité. N’est-ce pas en effet un détournement de procédure que de classer tant de parcelles en emplacement réservé, alors que la Mairie de Paris sait bien qu’elle est incapable de les racheter lorsque les propriétaires feront valoir en nombre leur droit de délaissement ?
Cet usage offensif du dispositif de pastillage est de la politique. Anne Hidalgo fait même preuve d’innovation en inventant une nouvelle dimension à la guerre scolaire qui se joue maintenant… dans la rue ! Voici en effet venue la « guerre scolaire urbaine ». Comme c’est technique, la Maire de Paris a pu avancer sans être repérée.
Il est quand même inouï que les écoles visées n’aient été prévenues que le 6 février. Au Conseil de Paris, personne n’a identifié cette attaque contre les établissements catholiques sous contrat lorsque le PLU a été examiné. Il faut dire que les parcelles sont nommées uniquement par les numéros de rue et que la loi ne prévoit pas d’obligation pour les mairies de prévenir les propriétaires concernés. Là encore, seuls les initiés pourront agir et sauver la valeur marchande et la liberté d’utilisation de leur propriété. Drôle de conception de la transparence politique et du respect des droits des citoyens, dont pas moins de 40% des enfants sont scolarisés dans les établissements sous contrat parisiens…
Entré en rébellion ouverte contre Washington, le Texas menace les États-Unis d’une nouvelle sécession. Une idée qui fait son chemin chez les Républicains à la veille des élections générales où les Américains sont appelés à renouveler leurs élus. En cas de nouvelle défaite, leur champion, Donald Trump, sera-t-il le nouveau Jefferson Davis fantasmé d’une nouvelle Confédération sudiste à venir ?
Dépeignant une Amérique du Nord plongée dans une guerre civile terrifiante, le film « Civil War » du réalisateur Alex Garland, dont la sortie en salles est programmée dans deux mois, résonne déjà comme une production prophétique dans un pays plus divisé que jamais à l’approche d’élections générales cruciales.
Etats républicains frondeurs
Face à l’afflux de milliers de migrants traversant la frontière mexicaine pour entrer au Texas, cet État du sud des Etats-Unis a décidé en juillet 2023 d’ériger des kilomètres de barbelés et d’installer des barrières flottantes le long du Rio Grande. Une décision qui n’a guère été du goût de Washington. On ne compte désormais plus les morts et blessés qui ont tenté de traverser ce mur du sang pour vivre le rêve américain.
Confronté aux gardes-fédéraux qui lui ont ordonné de démanteler son mur, Greg Abbott, le gouverneur républicain du « Lone Star State », a refusé d’obtempérer. L’affaire a été portée devant la Cour suprême, qui a statué que ceux-ci étaient légalement autorisés à intervenir avec une pince pour couper cette clôture en fer aux pointes acérées. Loin d’être décontenancé par cette décision, Greg Abbott a invoqué son droit « constitutionnel à se défendre et à se protéger contre cette invasion ». Accusant parallèlement le président Joe Biden de « refuser d’appliquer et de violer les lois actuelles sur l’immigration », Abbott a déclaré, dans une lettre publiée le 24 janvier dernier, que le « gouvernement fédéral avait rompu le pacte entre les États-Unis et les États », déclenchant ainsi une tempête médiatique et ravivant les discussions sur la sécession. En outre, 24 autres gouverneurs républicains ont conjointement signé une lettre de soutien au Texas, exprimant ainsi leur rébellion ouverte contre la Maison blanche. Vingt-six procureurs généraux républicains leur ont emboîté le pas en envoyant une lettre similaire au président Biden. « À l’heure actuelle, les cartels, les groupes terroristes et d’autres acteurs malveillants profitent du chaos à la frontière pour orchestrer un afflux massif de personnes. Les gangs utilisent le flux de personnes pour dissimuler leurs membres « prédateurs » lorsqu’ils entrent aux États-Unis », ont dénoncé ces hauts fonctionnaires.
Dangereuse politique
Pour ses détracteurs, Greg Abbott a ressuscité une ancienne théorie qui a encore pignon sur rue dans le Sud des États-Unis (Dixie). Il s’agit de l’idée selon laquelle le gouvernement fédéral tire son pouvoir des États, un argument autrefois utilisé par le politicien sudiste John Calhoun, originaire de Caroline du Sud, considéré comme le père de la sécession des États du Sud en 1861. Bien que ce point de vue ait perdu de sa vigueur après la guerre civile, il a récemment ressurgi avec l’avènement de Donald Trump, dont la présidence (2017-2021) a ravivé l’irrédentisme sécessionniste. Sanford Levinson, professeur de droit et de gouvernement à l’Université du Texas, affirme que la description de la crise frontalière par le gouverneur est « absurde d’un point de vue juridique et dangereuse d’un point de vue politique ». Il soutient qu’Abbott utilise délibérément à mauvais escient le terme « invasion » pour justifier le renforcement des troupes de la Garde nationale à la frontière du Texas, comparant cela à la situation où un président déploierait des troupes pour réprimer la « violence domestique » sur la base d’informations faisant état de violences conjugales généralisées.
Successivement français puis espagnol, le Texas est devenu une possession mexicaine au moment où Mexico a obtenu son indépendance de Madrid en 1821. Peu peuplée et économiquement peu développée, la nouvelle république mexicaine a encouragé l’installation d’Américains afin de transformer l’État. Cependant, des tensions ont rapidement surgi entre les Mexicains et les 300 familles américaines, principalement autour de la question de l’esclavage. En 1835, cette confrontation dégénère en insurrection, se transformant en une véritable révolution contre le pouvoir du général Santa Anna. L’épisode le plus célèbre de cette guerre demeure le siège de Fort Alamo. Face aux rebelles, 600 Mexicains tombent au champ d’honneur contre les Texans, qui enregistrent seulement 200 pertes, dont le célèbre trappeur Davy Crockett. En avril 1836, la bataille de San Jacinto marque un tournant dans l’histoire du Texas. Battus, les Mexicains doivent accorder l’indépendance aux rebelles, qui proclament la République avant de rejoindre les États-Unis une décennie plus tard. C’est en tant qu’État esclavagiste que le Texas rejoindra la Confédération sudiste, liant ainsi son destin à celui-ci. Avant d’être réintégré à l’Union. Aujourd’hui encore, de nombreux nostalgiques de cette période conservent dans leur subconscient le traumatisme de la défaite. En pleine période du mouvement Black Lives Matter (BLM), ils ont réussi à empêcher le déboulonnage des symboles sudistes, contrairement à d’autres États voisins. En face du Capitole à Austin, un monument imposant rend toujours hommage aux héros de la guerre de Sécession.
Néo-sudistes
Ce n’est pas la première fois que le spectre de la sécession plane au-dessus des États-Unis. Bien que ce mouvement demeure encore largement minoritaire, il connaît une forte progression. Selon un sondage récent mené par Redfield & Wilton Strategies, 33% des Texans soutiendraient l’idée séparatiste, un chiffre similaire à celui enregistré en Californie, en Floride et en Géorgie. C’est d’ailleurs parmi les Républicains (66% d’entre eux y sont largement favorables selon une enquête réalisée dans 13 états du Sud) en 2021 que l’on trouve le plus de soutiens à cette cause néo-sudiste (certains mouvements se sont transformés en milices paramilitaires) qui n’hésite pas à agiter les drapeaux de la Confédération lors de manifestations anti-gouvernementales. Les mêmes aperçus lors de l’assaut donné au Capitole par les partisans de l’ancien président Donald Trump qui a tenté de se maintenir au pouvoir en 2021 après avoir échoué à se faire réélire… En 2017, une enquête dirigée par l’institut Zogby International a révélé que 68% des Américains se disaient ouverts à un « divorce national », selon les termes de la députée républicaine Marjorie Taylor Greene.
Cette confrontation entre Greg Abott et Washington n’est cependant pas anodine et dessine l’atmosphère ambiante aux Etats-Unis à la veille des élections générales de novembre 2024 où les Américains sont appelés à renouveler leurs élus. Grand favori de cette présidentielle, le républicain Donald Trump, dont l’ombre n’a jamais cessé de planer au-dessus de la Maison Blanche depuis quatre ans, conserve une certaine aura parmi une partie de l’électorat en dépit de ses multiples ennuis judiciaires. Ce nouveau duel à venir avec Joe Biden suscite des inquiétudes parmi les Américains, car les deux opposants restent constamment au coude à coude dans les sondages. En cas d’une nouvelle défaite de leur champion, les gouverneurs républicains pourraient-ils être tentés de proclamer la sécession de leurs États ?
Dans ses discours, Donald Trump encourage régulièrement ses partisans à considérer leurs opposants démocrates comme des traîtres irrémédiables, des criminels, des satanistes, des pédophiles et des conspirateurs. En faisant volontairement germer l’idée d’une possible sécession dans l’esprit de ses électeurs, le tonitruant milliardaire, qui a récemment confessé que la guerre de Sécession était « horrible et fascinante à la fois » ne chercherait-il pas devenir le leader d’une nouvelle confédération sudiste vidée de tout son substrat yankee ? Une question qui pourrait se poser dans le cas où Donald Trump échouerait à se faire réélire président des États… (dés)Unis.
Le discours du président Macron, le 7 février dernier à Paris, lors de l’hommage aux Français victimes des attaques islamistes en Israël, était très attendu. Analyse.
Mercredi 7 février, dans la cour d’honneur de l’hôtel national des Invalides, en plein cœur de Paris : quarante-deux portraits et trois chaises vides ; quatre mois après le 7 octobre, le Kaddish de Maurice Ravel monte au ciel ; sobriété et recueillement dans un lieu majestueux. En présence des représentants de leurs familles meurtries, la France rend hommage à ses compatriotes victimes du pogrom perpétré en Israël par le Hamas. Le chef de l’État prononce alors un discours, nécessaire, attendu. Cette allocution, eu égard aux circonstances, aurait gagné à être plus mesurée ; moins déclamé. On aurait aussi apprécié qu’elle nous épargnât l’incantatoire célébration d’une unité française qui n’est plus. Le deuil, comme la douleur, aime l’ombre et le repli ; quant à la tragédie, elle exige la vérité.
Certes, rien n’est plus difficile à écrire qu’un discours d’hommage. Il ne doit pas trop sentir la sueur et rester fluide pour paraître sincère. Aussi, celui qui le rédige doit en proscrire la pompe et le tragique superflus, la frisure et l’hyperbole, l’ostentation et la parure qui ne font qu’attirer l’attention sur « les dessous de l’affaire ». La charpente du discours doit rester invisible sous la chair des mots, ses ficelles, écrous ou stratagèmes dissimulés. Si tel n’est pas le cas, et on le vérifie dans l’hommage proféré par Emmanuel Macron, l’auditeur agacé ne voit plus que les limites de l’allocution et en cherche les failles. Quant à l’orateur, qu’il s’interdise de déclamer afin de ne pas donner à son auditoire le fâcheux sentiment qu’il s’écoute parler.
Passé la litanie numérale initiale, le début du discours a sonné juste. Sans trop de fioritures, il faut en convenir, dans la peinture de vies semblables aux nôtres, fauchées par la barbarie. On aurait donc été tenté d’y croire et même de se montrer indulgent envers la puérilité déconcertante qui affleurait déjà subrepticement dans l’expression : « Dieu, lavie, le monde (…) »,« des sourires en forme de promesse », « des rêves plein la tête », si elle n’avait pas été malheureusement accompagnée de l’hyperbole douteuse : « des idéaux dans la houle du monde »,« Des histoires de familleoù s’entrebâillait parfois un gouffre indicible (…) » qu’on a vu culminer dans la peinture du pogrom. Las ! De la cour d’honneur des Invalides à celle du Palais des papes, en Avignon, il n’y a qu’un pas. Emmanuel Macron déclame et voici que l’emphase emporte tout sur son passage : « Les jeunes qui dansaient-là ne savaient pas qu’ils étaient dans la mâchoire de la mort (…) des motos hérissées d’armes allaient fondre sur eux. » ; « Le ciel livide se zèbre de missiles ». Les mots s’emballent ; ils pétaradent dans le silence du recueillement tandis que l’éloquent, servi par un discours boursouflé, s’exhibe. On note au passage que, dans cette sortie de lit du verbe, l’épithète « islamiste » qu’on attendait accolée à « terrorisme » a disparu.
Et puis, pourquoi vouloir célébrer à toute force l’unité des Français dont on sait bien qu’elle a vécu ? Ce discours rebattu qui se veut performatif, lasse. Stérile, il n’est qu’invocatoire et vise à conjurer la terrible réalité ; celle de deux peuples désormais face à face. Qui peut actuellement encore croire qu’il existerait une France « (…) refusant les séparations comme les divisions, refusant l’idée de mort, de chaos et de clivages qui nourrissent les terroristes. » ; une France « unie pour elle-même et pour les autres. »; « unie pour se tenir au-delà des destins et desdifférences (…) »,« unie dans ces moments de souffrance (…) » alors que l’antisémitisme prospère dans nos banlieues, encouragé par une partie de la classe politique ? L’anaphore ne fait rien à l’affaire ; nous n’étions pas, loin s’en faut et nous le déplorons, 68 millions à pleurer nos frères, en ce 7 février. Que penser enfin de l’éternelle injonction au pacifisme et au pardon exigés au nom de Lumières qui éclairent notre pays désormais aussi bien que des chandelles mal mouchées ? « Ceux qui tuent par haine trouveront toujours face à eux ceux qui sont prêts à mourir par amour. » « Jamais en nous, nous ne laisserons prospérer l’esprit de revanche » : après la joue droite, tendez la joue gauche, braves gens. Décidément, nous attendions mieux de ce discours, pour la mémoire de nos frères suppliciés, pour leurs familles dévastées et pour notre pays malmené.
« Il y a de certaines choses dont la médiocrité est insupportable ; la poésie, la musique, la peinture, le discours public. Quel supplice que celui d’entendre déclamer pompeusement un froid discours, ou prononcer de médiocres vers avec toute l’emphase d’un mauvais poète ! » (La Bruyère, Les Caractères,Des ouvrages de l’esprit)
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin et la ministre déléguée chargée des Outre-mer Marie Guévenoux, Mayotte, 11 février 2024. Photo DR.
La suppression du droit du sol à Mayotte, voulue par M. Darmanin, a été annoncée avec fracas par un ministre souhaitant apaiser la colère des habitants de l’île excédés. Comme cela nécessite une réforme constitutionnelle et que la gauche dénonce une remise en cause du principe d’égalité entre les citoyens, pourquoi ne pas appliquer le droit du sol sur tout le territoire national ? «Mayotte, c’est le miroir grossissant et en accéléré de la France métropolitaine», a commenté M. Zemmour, sur France 2. Il demande, de concert avec M. Ciotti, que la mesure soit appliquée à toute la France.
« Il ne sera plus possible de devenir Français si on n’est pas soi-même enfant de parent français. »
Un vent frais, vif, tonique, revigorant et sain soufflerait donc enfin de Mayotte ?
À peine descendu de l’avion sur le tarmac de l’aéroport mahorais, M. le ministre de l’Intérieur, tout fier, lançait l’annonce d’une « mesure extrêmement forte, nette, radicale », la suppression du droit du sol. À Mayotte, s’entend, ne nous enflammons pas !
Le 101e département, un paradis transformé en enfer
Ainsi, il ne suffira plus de se donner le grand mal de naître sur l’île pour devenir d’un seul coup d’un seul Français. Il était temps. Oui, il était vraiment temps que du côté de l’Élysée on s’ouvre à l’évidence élémentaire que ce qui se passe là-bas depuis maintenant trop longtemps, depuis aussi qu’un président de la République a eu la grande idée de faire de ce territoire un département français à part entière, n’est plus seulement une immigration un tantinet trop débridée mais quelque chose qui s’apparenterait plutôt à une véritable invasion. Cela nous vient des Comores proches, à portée de canotage, et aussi de l’Afrique dont des échappés volontaires semblent avoir élu campement dans un stade où les disciplines crypto-sportives les plus pratiquées seraient désormais la baston à la machette, le racket, la prostitution et toutes sortes de trafics, les uns plus sordides que les autres.
Les autorités tant métropolitaines que locales l’ont dit et répété, leur but est de lutter efficacement – enfin ! – « contre la délinquance et l’immigration illégale ». Pour ma part, j’aurais préféré une inversion des termes. D’abord « immigration illégale », puis « délinquance ». Cela aurait marqué bien plus explicitement que, là-haut, on parvenait – là aussi enfin! – à établir un lien direct entre les deux phénomènes, reconnaissant dans le second la conséquence directe du premier. On aurait gagné en clarté.
Mais, apparemment nos gouvernants, n’en sont pas encore là. Ce serait un effort mental bien considérable qu’ils auraient à fournir, englués qu’ils sont depuis des lustres dans la cécité pusillanime et et le jeu petit bras sur ces questions-là.
Une et indivisible
On le constate une fois encore. Annonçant sa mesure « extrêmement forte, nette, radicale » Monsieur le ministre prend bien soin de respecter la sacro-sainte loi du « en même temps ». Il ne manque pas au passage de soigner, de cajoler sa gauche afin, sans doute, de ne pas trop défriser quand même, par exemple, le nouveau membre de la dream team, j’ai nommé Mme Belloubet. Dans sa déclaration, il s’empresse en effet de préciser que ladite suppression du droit du sol sera évidemment circonscrite au territoire de Mayotte. On respire. À la Cour Européenne des Droits de l’Homme ont était au bord de l’infarctus collectif. (Ah, si seulement…!)
La faiblesse de ce pouvoir macroniste réside pour une grande part dans son incapacité à raisonner autrement qu’en accommodements circonstanciels sans suite, sans cohérence, dans son acharnement à tituber d’aménagements improvisés en bricolages bâclés, toujours en dépit du bon sens.
L’affaire est cependant des plus simples : si la suppression du droit du sol est, comme cela nous est aujourd’hui affirmé, un excellent moyen de lutter contre la délinquance et l’immigration illégale, que ne la met-on en œuvre partout où sévissent et la délinquance et l’immigration illégale ? Autrement dit, à travers tout le pays, outre-mer comprise. Cela nous aiderait au moins, nous autres pauvres citoyens-électeurs, à nous convaincre que notre chère République est bel et bien « Une et Indivisible ».
Une idéologique soupe au nauséeux (dé)goût de nazisme, s’indigne notre contributeur
Le militantisme écologiste a encore frappé, ce samedi 10 février 2024, à l’encontre de l’art en sa plus noble et haute expression !
C’est à l’un des plus beaux et prestigieux tableaux, intitulé « Le Printemps », exposé au Musée des Beaux-Arts de Lyon, du grand Claude Monet, l’un des maîtres de l’impressionnisme, que ces vandales de l’écologisme, regroupés sous l’abusive étiquette de « Riposte Alimentaire », se sont en effet attaqués cette fois, en l’aspergeant d’une indigeste soupe à nouveau, après s’en être pris de la même et ignoble manière, le 28 janvier dernier, il y a donc deux semaines très exactement, à la sublime « Joconde » de Léonard de Vinci. Vilaine cuisine!
L’écologisme : une trahison, aux couleurs d’intégrisme iconoclaste, de l’écologie
J’emploie par ailleurs ici à dessein et très légitimement, pour qualifier cet honteux et nouveau type de barbarie à stupide connotation pseudo-culturelle, le terme d’« écologisme », plutôt que celui d’« écologie », pour cette simple mais bonne raison que l’écologisme ne s’avère, en réalité, que l’outrancière cristallisation, par son extrémisme, sinon son intégrisme iconoclaste, de la véritable, saine et respectable écologie.
L’écologisme ou, donc, la trahison, comme bon nombre d’idéologies radicales, de l’écologie !
Quand salir la culture équivaut à souiller ses propres idées
Quand, du reste, s’attaquer à l’art, et à ses plus grands chefs-d’œuvre, a-t-il jamais représenté un argument digne de ce nom, rationnel et objectif, pour défendre des idées, aussi nobles soient-elles ? Car, de fait, seuls les régimes dictatoriaux, qu’ils soient d’extrême-gauche ou d’extrême-droite et qu’on les nomme, par-delà tout clivage politico-idéologique, « fascisme », nazisme », communisme ou « stalinisme », se sont honteusement adonnés à ce genre de pratique, particulièrement méprisable sur le plan intellectuel et abject au niveau moral.
Davantage : se rendent-ils donc compte, ces infâmes militants de l’écologisme, que c’est tout d’abord leur propre cause, leur parti et leur personne même, qu’ils souillent et avilissent, par la violence de leur geste, ainsi ? De fait : dégrader la culture ou salir l’art (dans cet odieux cas, au sens premier du terme) était déjà la pratique favorite, de sinistre mémoire, des nazis au siècle dernier lorsqu’ils taxaient certains des meilleurs peintres, en cet obscur temps-là, de « dégénérés » !
Une soupe au nauséeux (de)goût de nazisme
Pis : jeter ainsi cette imbuvable soupe sur une des plus belles toiles de l’impressionnisme, portant en outre l’évocateur, poétique et bucolique titre de « Printemps » (dont tout authentique sympathisant de l’écologie, justement, se devrait donc, au contraire, de se réjouir), œuvre en outre de l’un des plus grands peintres – Claude Monet, donc – de ce courant artistique majeur que fut l’impressionnisme, ne peut que faire penser, hélas, aux pires propagandistes nazis précisément, du style Goebbels ou Göring, lorsqu’ils disaient « sortir leur revolver quand ils entendaient le mot culture » (ce sont du moins là les ignominieuses paroles que le dramaturge allemand Hanns Johst, fervent admirateur d’Hitler, leur attribue fièrement dans sa pièce de théâtre Schlageter, dédiée à un prétendu martyr pré-nazi).
Afficher à ce point son mépris de la culture, tout autant que de l’art, fait effectivement froid dans le dos, par tout ce à quoi renvoie fatalement pareil, fanatique et périlleux réflexe comportemental : la « nazi attitude » !
« Nazi attitude » et « cancel culture » : un wokisme de Talibans, plus encore que d’ayatollahs
Encore un de ces exécrables et dangereux effets pervers du wokisme, donc, cet inqualifiable mais surtout très condamnable geste, à nouveau, de ces deux ignares militantes de cette agressive « Riposte Alimentaire » ? Certes, mais pire encore : la tyrannique « cancel culture », une obscurantiste, criminelle et funeste ambition de talibans, plus encore que d’ayatollahs !
Les élèves ne sont pas les mêmes, disent les pédagos. À élèves différents, pratiques diverses, ajoutent-ils. Oui — mais ils ne disent pas ce que tous les enseignants constatent : les « apprenants » sont désormais incontrôlables.
Ma consœur Mara Goyet, qui enseigne l’Histoire-Géographie, s’est fait connaître au fil des années 2000 par des ouvrages pertinents sur le collège — et écrits avec moins de hargne que les miens, ce qui la rendit plus fréquentable. Entre autres : Collèges de France, Fayard, 2003 ; Tombeau pour le collège, Flammarion, collection Café Voltaire, 2008 ; Collège brutal, Flammarion, collection Café Voltaire, 2012 ; Finir prof. Peut-on se réconcilier avec le collège ?, Robert Laffont, 2023.
Et voici que cette dame, qui sait tenir une classe, confiait à Facebook il y a quelques jours :
« C’est une réflexion un peu étrange que je me suis faite hier soir après une heure de cours un peu éprouvante. Je me suis dit que j’allais y repenser après une « bonne nuit de sommeil ». « Depuis deux ou trois ans, j’ai le sentiment qu’un verrou a sauté. Une partie des élèves nous parle de plus en plus mal. Comme on ne parle ni à un professeur, ni à un adulte. Comme on peut sans doute parler à ses parents en pleine crise d’ado. Et encore. « C’est un mélange de mépris, de contestation, de plainte et de dénonciation de grave injustice. Dans ces moments-là, l’enseignant est à la fois rien et un bourreau. Ce qui est le plus étrange c’est que cela peut venir d’élèves que l’on a aidés, que l’on aime bien, avec lesquels on peut tout à fait avoir un lien. J’ai vécu l’an dernier ce retournement de manière spectaculaire avec une élève que j’aimais et soutenais beaucoup. « J’enseigne depuis 27 ans dont 11 ans en ZEP, je ne découvre donc pas la potentielle violence de certains élèves. Mais là, j’ai le sentiment que c’est un peu différent. Il ne s’agit pas d’altercations ni de confrontations. Cela peut se dérouler dans un contexte serein et cela ne prend pas forcément l’aspect d’une crise. »
Et de s’enquérir : « Vous avez des idées ? »
Déconfiture
Ses pistes personnelles ne sont pas à négliger : « L’idée qui m’est venue hier c’est qu’il y a un lien avec l’assassinat de Samuel Paty. Si la majorité de l’opinion voit désormais le courage, la solitude et l’investissement des enseignants, une autre a pris toute la mesure de leur vulnérabilité. Certains élèves n’aiment pas les victimes. Le terme est une insulte. Une faute. Une faiblesse. Une victime se doit donc d’être victimisée ou méprisée (elle est responsable de son état ; prof est un métier de lâche ; d’ailleurs, lors des minutes de silence pour Samuel Paty, les élèves sont en général polis mais beaucoup ne semblent pas spécialement concernés). Quand on ne se laisse pas faire, il y a un retournement immédiat qui consiste à se victimiser soi-même (« pourquoi moi », « qu’est-ce que j’ai fait », « pourquoi c’est toujours moi », « ça se fait pas »). »
J’ai fait ma petite enquête auprès des collègues en exercice dans des zones difficiles — mais qui ne sont pas forcément labellisées ainsi. L’une met en cause le confinement : en deux ans d’école supprimée ou bancale, les élèves ont perdu l’habitude d’écouter, voire tout simplement d’être assis. Ils s’étonnent encore de ne pas pouvoir se lever pour aller chercher un Coca dans le frigo. Une autre pense à l’extrême féminisation du corps enseignant. Et de préciser — pour mettre les points sur les i : « Quand j’étais en collège en banlieue parisienne, il y a une bonne quinzaine d’années, les collègues femmes et moi avions déjà nettement plus de problèmes de discipline (ou même de statut) que les « collègues hommes ». Et oui, c’est certainement lié aussi (pas seulement mais aussi) à un certain type de public qui a une relation particulière aux femmes, et carrément compliquée aux « femmes de savoir ». » Une autre, qui enseigne en CPGE, note : « Il y a certainement aussi une perte de limites, d’autorité, que mes collègues de prépas scientifiques constatent désormais y compris avec les élèves de ces prépas en cours de maths ou physique. En français ou philo, c’était habituel depuis que j’y suis (14 ans), et cela s’est aggravé. Mais je l’imputais au fait de ne les voir que peu, d’être une matière à faible coefficient — comme la musique ou le dessin en collège… Mais donc les élèves qui n’écoutent pas, ne bossent pas et de surcroît contestent (et s’imaginent qu’ils sont brillants), il y en a désormais en prépas… » Enfin, telle enseignante en IUT se trouve en butte à l’hostilité pas même camouflée des Musulmans locaux, qui ne tolèrent pas qu’une femme leur enseigne quoi que ce soit. Quand de surcroît elle a les cheveux courts, on l’identifie immédiatement comme « gouine », ces adorables bambins adultes n’étant jamais à court d’un cliché. J’ajouterai la prépondérance éducative, à la maison, des théories (et pratiques) de l’enfant-roi, qu’il soit considéré comme HPI (forcément puisqu’il est intenable) ou tout simplement comme le petit mâle auquel ses sœurs et sa mère doivent obéir. La gifle se fait rare, la fessée est proscrite. Il en est à la maison comme à l’école : désormais, on écoute ce que le petit morveux croit avoir à dire : les femmes sont impures et la terre est plate.
Les raisons d’une déconfiture ne sont jamais uniques. Elles sont multi-factorielles. Mais il y a un axe de lecture qui n’a pas été pris en compte dans cette recherche des causes d’ensauvagement : c’est le facteur-temps. L’évolution vers la sauvagerie et la bestialité n’a pas été régulière. Elle s’est singulièrement accentuée depuis quelques mois. Certes, la situation s’est lentement dégradée depuis une dizaine d’années. Le confinement a donné un coup d’accélérateur — mais au fur et à mesure que l’on reprend en main les élèves laissés en jachère pendant deux ans, cela devrait se tasser. Or, la situation s’est brutalement aggravée à la rentrée de septembre, plus encore à celle de janvier.
Début septembre, certains élèves étaient encore dans l’exaltation de leur joli coup de pseudo-émeute et de vrais pillages de début juillet. Ils avaient fait entendre leur puissance collective, face à des forces de l’ordre qui n’osent plus réagir — et ont d’ailleurs l’ordre de rester passive. Depuis début janvier, c’est bien pire. En cause, le parti-pris pro-Gaza de nombre d’élèves musulmans. Déjà qu’il fallait gérer ceux qui niaient la Shoah (une invention des Juifs, comme chacun sait), il faut désormais faire avec ceux qui affirment que les bébés jetés dans les fours sont un pur mensonge israélien. Encouragés par des leaders politiques qui ne savent plus où ils ont rangé leur gauche, ils arrachent les photos placardées d’otages israéliens, et se lancent dans des campagnes de manifestations systématiques — tous les samedis. Et je passe sur les déferlantes de graffitis et autres bombages. Spontanées, ces manifestations hurlantes ? Je n’en crois rien. Celles qui se déroulent dans la rue, avec haut-parleurs, banderoles et musique, sont soigneusement préparées. Aucune improvisation. Un orchestre clandestin s’est saisi de cette opportunité pour lancer à l’assaut de notre civilisation en général et de l’Ecole en particulier des hordes à intellect minimal et pulsions chauffées à blanc. Le moindre incident, la moindre mauvaise note, la moindre contestation de leur pouvoir de brutes sont autant de prétextes à protestations violentes, qui infailliblement amènent les parents à faire chorus avec leurs chers bambins si malmenés par le Système. Les agressions contre les surveillants, l’administration et les enseignants ne se comptent plus — sinon, chaque semaine, sur les cinq doigts de chaque main. On n’enseignait plus, depuis longtemps, qu’en atmosphère tendue. On ne bosse plus désormais qu’en atmosphère survoltée. En fait, on ne travaille plus du tout.
Il en est des élèves comme des supporters de foot (ce sont d’ailleurs souvent les mêmes) : ils s’alignent sur le comportement et les vociférations des plus bêtes — et le terme de « bête » n’est pas gratuit : ils ont renoncé au langage, ils sont passés à l’étape du cri inarticulé, et désormais l’étape suivante est le coup porté avec une spontanéité touchante… Après « À mort l’arbitre ! », on est passé à « À mort le prof » — et Samuel Paty ou Dominique Bernard portent témoignage du fait que ce ne sont pas des métaphores. Alors, je pose une question très simple : jusqu’à quand les autorités tolèreront-elles que l’on assassine des enseignants — et continueront à s’étonner que l’on ait des problèmes de recrutement ?
Dernier point. Les cours d’« empathie », dans ces circonstances, risquent fort d’avoir un effet négatif. Les proies, désignées à la collectivité, ne connaîtront aucun apaisement — et les enseignants, qui ne sont pas partie prenante de l’empathie universelle, paieront les pots cassés des hormones réfrénées : le harcèlement vis-à-vis des profs, qui sont le fait des élèves et des parents, qui via Pronote envoient des messages insultants aux enseignants et à leur hiérarchie, parfois en pleine nuit, est en expansion lourde. On sait comment cela peut finir.
Quant aux groupes de niveau que devrait générer la fin du collège unique, ils risquent, s’ils ne sont pas gérés d’une main légère et avec beaucoup d’intelligence, avec des passerelles d’un groupe à l’autre tout au long de l’année, d’enfoncer les élèves les plus turbulents — qui sont neuf fois sur dix les plus faibles — dans une spirale descendante. Ils commenceront par dire « Je suis parmi les nuls parce que je suis noir / maghrébin / manouche. Et ils se vengeront. Ils savent qu’ils peuvent compter sur leurs parents, et sur leurs « grands frères ».
Interrogations abyssales. C’est peut-être la raison pour laquelle Mara Goyet, après avoir émis des questionnements fondés, a supprimé de sa page tout ce que j’ai reproduit ici — et que j’avais sauvegardé immédiatement après parution.
Une vague de destructions et de vandalisme frappe les églises canadiennes depuis 2021. La raison? Une fausse rumeur sur les réseaux sociaux.
Une trentaine d’églises incendiées, une soixantaine d’autres vandalisées ou cambriolées : voilà le bilan d’une campagne de destruction qui a sévi au Canada à partir de 2021. Certains des édifices dégradés ont été tagués avec des injonctions telles que : « Déterrez-les », « Ramenez-les chez eux » ou la question « Où sont les enfants ? » De quels enfants s’agit-il ? Tout commence en mai et juin 2021, quand un groupe autochtone en Colombie-Britannique prétend avoir découvert 215 cadavres d’enfants sous une école catholique, tandis qu’un autre groupe, de la province du Saskatchewan, annonce avoir trouvé 751 tombes anonymes dans un cimetière sous l’ancien pensionnat de Marieval. Il s’agirait de corps d’enfants morts à la suite de violences subies dans ces écoles ainsi que dans d’autres partout au Canada.
Ce qui est certain, c’est que ces établissements ont participé à une vaste politique d’assimilation des populations autochtones conduite par le gouvernement canadien du XIXe aux années 1970. Des enfants ont été arrachés à leur famille pour être élevés à la canadienne dans des internats chrétiens, principalement catholiques. La découverte de ces charniers a donné lieu à un déchaînement de passions sur les réseaux sociaux, accompagné d’accusations de crimes contre l’humanité et même de génocide, d’où la prolifération d’actes de vengeance antichrétienne. Sauf que des fouilles conduites depuis par des équipes d’experts sur plusieurs sites, dont celui de Marieval, n’ont pas trouvé de traces de cadavres. D’ailleurs, la seule présence de restes humains ne justifierait pas le récit macabre de violences suivies d’enterrements de masse. S’il est généralement reconnu aujourd’hui que beaucoup des enfants en question ont été mal traités, la vague d’actes criminels contre les églises a été déclenchée par une hystérie collective numérique. Comme l’a dit Jacques Rouillard, professeur émérite à l’université de Montréal, interrogé par le New York Post : « Trop a été dit et fait avant que des preuves ne soient fournies ».
Si l’actualisation de l’intrigue à l’époque contemporaine que nous propose l’Américain Peter Sellars agace, Beatrice di Tenda de Bellini, monté pour la première fois à Paris, vaut le déplacement d’un point de vue lyrique.
On se prend parfois à imaginer ce qu’aurait produit le génie de Bellini si le compositeur sicilien n’était pas mort prématurément, à l’âge du Christ, deux ans après la création de Beatrice di Tenda à la Fenice – un four. En 1831, la Scala donnait Norma (également un fiasco, mais qui lui du moins sera relevé par la postérité). Quatre ans plus tard, Les Puritains, ultime chef-d’œuvre, connaîtra tout à l’inverse un triomphe immédiat, au Théâtre Italien de Paris. Non seulement Beatrice di Tenda n’eut aucun succès (trois représentations !) mais, écrit dans la précipitation, inachevé, il provoquera la brouille définitive de Bellini avec son librettiste attitré, Felice Romani. Le mauvais sort semble s’appesantir sur cette partition, au point qu’il aura fallu attendre 2024 pour voir ce joyau du bel canto entrer au répertoire de l’Opéra de Paris.
Accusation d’adultère fallacieuse
On peut difficilement imaginer intrigue plus noire. À rapprocher du Anna Bolena, écrit par le même Romani pour Donizetti en 1830, elle s’inspire d’une tragédie du dramaturge italien Carlo Tedaldi-Fores, créée à Milan en 1825, elle-même tirée des chroniques du Quattrocento relatant le martyre de l’épouse milanaise du comte de Pavie, plus connue chez nous sous le nom de Béatrice de Ventimille ou Béatrice Lascaris, princesse mise à mort en 1418 par son mari Filippo Maria Visconti, sur l’accusation d’adultère.
Le livret de Romani ne fait nullement abstraction des rapports de pouvoir sous-jacents au conflit passionnel. En plein romantisme, ceux-ci font évidemment écho au contexte révolutionnaire qui secoue l’Europe d’alors, en un temps où la Lombardie-Vénétie commence de résister au joug autrichien. C’est même cette dimension politique qui donne à Beatrice di Tenda un accent déjà puissamment verdien, jusque dans les chœurs (d’hommes, en particulier), lesquels y occupent une place prépondérante, inhabituelle dans la pure tradition belcantiste.
Résumons : veuve, la riche comtesse Béatrice de Tende a épousé en secondes noces Filippo Visconti, tyran dont la maîtresse, Agnese, est secrètement amoureuse du jeune troubadour Orombello. Par jalousie, elle persuade Filippo que sa femme le trompe avec ce dernier. Filippo les fait arrêter tous deux, avant de les soumettre tour à tour à la torture et de les condamner au gibet. Sainte et martyre, Beatrice aura pardonné sa traîtrise à Agnese avant de passer sous le couperet.
Nudes
Le metteur en scène américain Peter Sellars, comme à l’accoutumée, choisit de transposer ce drame atroce à l’époque contemporaine. Il faut se référer au programme pour comprendre l’intention qui y préside, résumée dans un texte liminaire de sa plume. Beatrice, idéaliste et engagée, « finance les services sociaux et les programmes jeunesse » grâce à sa fortune, tandis que Filippo, son mari, terrifiant autocrate et maladivement jaloux, « réprime les jeunes leaders de la génération montante ». Le pot aux roses : « Agnese remet à Filipo l’ordinateur de Beatrice, rempli de photos de Beatrice et d’Orombello qui peuvent être exploitées dans les médias et au tribunal pour étayer une accusation d’adultère ». Tandis que le peuple n’attend, pour se soulever, que le signal d’une Beatrice chastement éprise d’Orombello, Filippo a surpris leur conversation : « le couple coupable est immédiatement arrêté pour adultère ». Au deuxième acte, les bourreaux ont transformé Orombello en légume tuméfié, sanguinolant, flageolant sur une béquille et parcouru de tremblements avant de finir en fauteuil roulant : le supplicié a avoué sous la torture, mais « il se met soudain à crier à toute la Cour qu’elle [Beatrice] est innocente ». Beatrice, devenue aveugle à force d’être frappée, en tunique maculée de sang, menottée, pardonnera à Agnese de les avoir piégés. À la fin, solides pelles en main, « les gardes enterrent le cadavre d’Orombello ». Beatrice, ayant chanté « à un dieu de paix et de pardon », est passée par les armes.
Signé George Tsypin, le décor transpose le château de Binasco en une sorte de cage en résille de métal vert vif figurant un jardin-labyrinthe à l’Italienne, où les sbires, à un moment, s’activeront au sécateur, et sur le mur latéral duquel le petit personnel passera consciencieusement la serpillère, tissus fichés sur de longues tiges… Visuellement, c’est plutôt très moche. Au deuxième acte (le vert s’est changé en rouge par le miracle de l’éclairagiste) un de ces bosquets taillés, au centre du plateau, sert de bureau au tribunal. Les sycophantes du tyran (lui en veston bleu roi) arborent des tenues en cuir noir anthracite, le service d’ordre en uniforme noir ne perd pas une occasion de pointer les menaçantes kalachnikovs sur « tout ce qui bouge » – façon de parler, car les chanteurs, d’un bout à l’autre de l’opéra, resteront désespérément statiques, comme incapables de se déplacer tant soit peu. Exit tout de même la vidéo, vieille signature de la star californienne, et tarte à la crème obligée de toute régie contemporaine… Sellars n’en cède pas moins à tous les poncifs de l’actualisation, dans un mauvais goût superlatif.
Bien, du moins… sur le plan musical
Si cette première production parisienne de Beatrice di Tenda est sauvée, c’est par ces arias, duos ou trios immortels, tous sublimement chantés. Les chœurs de l’Opéra de Paris ne sont pas en reste. Au prix de très légers décalages au début, ils sonnent magnifiquement. À la baguette, le chef britannique Mark Wigglesworth, sur un tempo semble-t-il assez lent, qui magnifie l’expressivité de l’orchestre. Dans le rôle-titre, la soprano américaine Tamara Wilson, que beaucoup ont déjà applaudie tout récemment ici même dans Turandot, se montre aussi à l’aise que dans Puccini, à la fois impériale dans les aigus les plus redoutables que délicate dans le phrasé legato et dans les roulades vertigineuses de la partition. Le baryton hawaïen Quinn Kelsey, qui a surtout beaucoup chanté Verdi, fait merveille dans le rôle du sinistre Filippo Visconti. Quant aux deux frères Pati, ténors natifs de Samoa, Pene en Orombello et Amitai dans le second rôle de l’ami Anichino, ils déploient leurs talents jumeaux sans faillir. Seule la mezzo Theresa Kronthaler, qu’on découvre à l’Opéra de Paris, manque sensiblement de puissance d’émission, dans les rares airs confiés au personnage d’Agnese de Maino.
On se demande bien pourquoi les pages extraordinaires de Beatrice di Tenda n’ont pas passé la rampe pendant si longtemps. Il nous est expliqué, dans le programme, que la version proposée ici rétablit l’opéra au plus proche de l’original, à partir de la partition autographe de Bellini, y incluant ses repentirs et recommandations d’exécution : justice est faite – au moins sur le plan musical.
Beatrice di Tenda. Opéra seria en deux actes de Vincenzo Bellini (1833). Direction : Mark Wigglesworth. Mise en scène : Peter Sellars. Orchestre et chœurs de l’Opéra de Paris. Avec Quinn Kelsey, Tamara Wilson, Theresa Kronthaler, Pene Pati, Amital Pati, Taesung Lee. Opéra-Bastille les 13, 15, 23, 28 février, 2 et 7 mars, 19h30. Le 18 février, 14h30. Durée: environ 3h20
Ce n’est pas avec un « plan de lutte contre l’infertilité » que le chef de l’État pourra stopper la chute de la natalité française. Le choix d’Emmanuel Macron de résister au RN par une « lutte contre l’immigration clandestine » avalise l’immigration légale, avec le soutien du Conseil constitutionnel. Tout reste en place pour achever la dilution du pays…
L’effacement : à son tour, Emmanuel Macron a évoqué ce risque suicidaire lors de sa conférence de presse du 16 janvier. Mais il s’est arrêté en chemin, excluant la France d’une possible disparition. Le président ne craint que pour l’Europe, bousculée par le chamboulement planétaire qui déboulonne l’hégémonie occidentale et invite l’UE à en rabattre. Pourtant, c’est plus dramatiquement la nation épuisée qui se vide de son peuple, comme un corps perd son sang. La révolte paysanne est celle de ce monde qui ne veut pas mourir. Or l’hémorragie, causée par une baisse des naissances des autochtones qu’une démographie musulmane prolifique est appelée à compenser, satisfait les immigrationnistes au pouvoir, pour qui un homme en vaut un autre. En 2022, un tiers des bébés avait au moins un parent né hors de l’Union européenne. Entre 2000 et 2022, les naissances issues de deux parents nés à l’étranger ont augmenté de 72 %. Si la femme française ne fait plus que 1,68 enfant, l’immigrée algérienne, avec 3,69 enfants, est plus féconde que l’Algérienne (3 enfants), selon Nicolas Pouvreau-Monti, cofondateur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (Le Figaro, 15 janvier). À ce rythme, trois ou quatre générations devraient suffire pour qu’il ne reste plus que des traces éparses de la France française, réduite à être visitée par des Franciens venus d’ailleurs, dans ses « réserves » exotiques.
Le grand effacement fait partie des mots interdits que Macron s’exerce désormais à prononcer, comme il reprendrait un refrain paillard. La transgression est son frisson. Son Premier ministre, Gabriel Attal, promet pareillement de « garder notre identité française ». Mais tous deux évitent d’évoquerl a substitution, sous leurs yeux clos, d’un peuple par un autre, d’une civilisation par une autre. Or ce qui s’observe est non seulement une libanisation de la nation jadis homogène, mais un remplacement ethnique et culturel. Il n’est d’ailleurs permis que de s’en réjouir, au risque d’être accusé de racisme et de xénophobie. À la crise de la natalité (baisse de près de 7 % en 2023) s’ajoutent la pression migratoire (depuis 1999, augmentation de 153 % des titres de séjour et de 227 % des demandes d’asile, soit près de 500 000 arrivées par an), une émigration des plus jeunes(54 % des 18-25 ans seraient prêts à quitter la France), un exode de ceux qui fuient l’antisémitisme coranique et un islam laissé en paix dans ses colonisations qui s’étendent. Ce n’est pas en lançant un« plan de lutte contre l’infertilité » et un « congé de naissance » ouvert aux parents des deux sexes que le chef de l’État peut espérer faire obstacle à cette disparition de l’esprit français, chassé par la technique et ses robots. Le choix de Macron de résister au RN par une « lutte contre l’immigration clandestine » avalise l’immigration légale, avec le soutien du Conseil constitutionnel. Tout reste en place pour achever la dilution du pays.
L’urgence est de stopper la liquidation de la France, promue par l’idéologie mondialiste qui continue d’imprégner le sommet de l’État. Le temps presse. Mais il est encore possible, à condition d’un sursaut politique, d’endiguer la conquête démographique du pays et de résister à son asphyxie. Même si le Français, sous couvert « d’affrication linguistique » (Libération), a déjà pris l’accent arabe des cités auprès d’une jeunesse mimétique, je ne me résous pas àla prophétie de Chateaubriand (Mémoires d’outre-tombe) : « Des peuplades de l’Orénoque n’existent plus ; il n’est resté de leur dialecte qu’une douzaine de mots prononcés dans la cime des arbres par des perroquets redevenus libres, comme la grive d’Agrippine gazouillait des mots grecs sur les balustrades des palais romains. Tel sera tôt ou tard le sort de nos jargons modernes, débris du grec et du latin. Quelque corbeau, envolé de la cage du dernier curé franco-gaulois, dira, du haut d’un clocher en ruine, à des peuples étrangers nos successeurs : “Agréez les accents d’une voix qui vous fut connue ; vous mettrez fin à tous ces discours.” » Majoritaires restent encore les Français qui ne veulent pas connaître le sort du dernier des Mohicans. Doivent-ils au moins croire Macron quand il assure aussi, mimant Éric Ciotti et Éric Zemmour, vouloir se battre « pour que la France reste la France » ? Pas davantage. Son déni des faits reste plus fort que son engagement à « continuer à présider au réel ».
Pour le chef de l’État, « le réel est reporté à une date ultérieure » (copyright Philippe Muray). Récuser, comme l’a fait le président le 16 janvier, le lien entre l’immigration et les émeutes urbaines de juillet aura suffi en effet à disqualifier sa tentative d’approche réaliste et son apparent virage conservateur dans la composition de son gouvernement, rejoint par Rachida Dati (ex-LR). Les réseaux sociaux et l’oisiveté des jeunes, ces raisons par lui invoquées, ne peuvent occulter ce que fut l’insurrection d’une population issue du Maghreb et de l’Afrique noire, et ses cibles qui symbolisaient la France (écoles, bibliothèques, mairies, etc.). Dès lors, qualifier le RN de « parti du mensonge » relève chez Macron d’un procédé puéril et réversible. Ce procès signe son renoncement à affronter le terrain. « Une idéologie s’achève quand elle n’a plus de mots pour décrire le réel », a noté Michel Maffesoli. La macronie est dans cette faillite qu’elle partage avec tout un monde qui « marche sur la tête », pour reprendre le slogan de la colère agricole. La grande disparition leur est promise.
Le naufrage du camp du Bien, décrédibilisé par ses contre-vérités sur un irénique « vivre-ensemble », porte la promesse d’une libération des indignations. Les agriculteurs en colère ouvrent la voie. Observer ces « progressistes » qui fuient l’école publique au profit du privé dit leur tartufferie. Le wokisme est désormais contesté aux États-Unis, y compris dans le temple de l’université d’Harvard.L’Allemagne s’affole de constater que, sous la pression islamiste, « les juifs n’ont jamais été autant en danger depuis l’Holocauste » (Le Figaro, 23 décembre). La révolution du Réel est le meilleur allié de ceux qui, derrière les paysans, refusent la tyrannie des idéologues. Il leur reste à reprendre le pouvoir.
Après la trêve des confiseurs, l’Assemblée reprend ses travaux, sur fond de remaniement et de révolte agricole… Ambiance.
« Sauter au plafond »
Tout ça pour ça… Le Conseil constitutionnel vient de censurer plus d’un tiers des articles de la loi sur l’immigration votée par le Parlement avant Noël. Celle-là même que les Français avaient pourtant plébiscitée à 70 %… Cette décision me laisse un goût amer dans la bouche. Une véritable claque pour les représentants des Français au Parlement ! La prochaine fois, le chef de l’État devrait être encore plus direct. Plutôt que de demander au Conseil constitutionnel de censurer les mesures qui ne le font pas « sauter au plafond », il pourrait lui proposer de rédiger lui-même la loi. On gagnerait du temps.
Collabo !
On est toujours le collabo de quelqu’un… Fabien Roussel l’a appris à ses dépens, qui a dû être extrait d’une des manifs organisées contre la loi pour l’immigration à Paris le 21 janvier. Aux cris de « Roussel collabo ! », « Roussel n’est pas un bon camarade » ou encore « Roussel casse-toi ! », le député et secrétaire national du Parti communiste français s’est fait insulter, bousculer et finalement exfiltrer lors d’une manifestation… du syndicat CGT. Avant de trouver refuge à l’Assemblée nationale. Avec des amis comme ça…
Uniforme à l’école
Une des premières mesures annoncées par le ministre de l’Éducation nationale d’alors, Gabriel Attal, était l’expérimentation de l’uniforme à l’école. Le maire de Béziers a immédiatement candidaté, lui qui avait déjà tenté semblable mesure en 2014, juste après son élection. Et les premiers uniformes – et non pas « tenues uniques » comme les appelle Emmanuel Macron – sont arrivés pour essayage : exit le « jean/tee-shirt » préconisé par certains. Chez nous, à Béziers, les élèves et leurs parents ont choisi le pantalon pour les garçons, la jupe plissée pour les filles et, pour tous… le blazer très « british » avec blason aux couleurs de la ville et de l’école, s’il vous plaît ! L’effet magique d’Harry Potter.
Depuis son élection au perchoir, la présidente de l’Assemblée Yaël Braun-Pivet a administré un nombre record de sanctions disciplinaires à des députés. Ce qui lui a immédiatement valu un petit surnom par le député écologiste Benjamin Lucas. Allez, un indice, il est vice-président du groupe d’amitié France-Corée du Nord (eh non, ce n’est pas une blague !). Vous avez deviné ? La « Kim Jong-un du perchoir ». Tout en nuances…
Double langage
C’est un sujet de discussion récurrent à l’Assemblée nationale. Pour qui faire une minute de silence ? On se souvient que le jeune Nahel – « ce petit ange parti trop tôt », dixit Kylian Mbappé– y avait eu droit immédiatement. Thomas, lui, a dû attendre plusieurs jours avant qu’elle ne lui soit « accordée ». En ce jour de manifestation agricole, le groupe communiste a réclamé une minute de silence au Palais-Bourbon – refusée « faute de consensus » – en hommage à Alexandra, cette jeune agricultrice morte sur un barrage routier dans l’Ariège… Il paraît que c’est le groupe Renaissance qui n’en a pas voulu. Insupportable de les entendre ensuite évoquer le « sentiment de relégation, de mépris et de déclassement » qui touche les agriculteurs…
IVG dans la Constitution
Huit heures de débats pour savoir s’il est opportun ou non d’inscrire « la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse » dans la Constitution. Des débats juridiques, souvent techniques. Et de temps en temps aussi, caricaturaux. Mathilde Panot propose de remplacer le mot « femme » par « toute personne en situation de grossesse ». Histoire de ne pas braquer les transsexuels… Évidemment, on n’échappe pas non plus à la séquence « Radio ma vie », avec les témoignages personnels comme « je pense à Élisabeth, ma tante » ou autres « j’ai avorté et je l’ai très bien vécu »… Le sommet est atteint hors de l’Hémicycle lorsque Sophie Marceau attaque Gérard Larcher – il a eu l’outrecuidance d’estimer que l’IVG n’était pas menacée en France : « Vous représentez le patriarcat dans toute sa splendeur : suffisant, rétrograde et hypocrite. Vous faites honte à notre société française. » À vous faire craindre le matriarcat.
Indécence
L’Assemblée l’a acté : elle augmente de 5,4 % les frais de mandat des élus de la chambre basse « pour faire face à l’inflation ». Votée par tous les groupes politiques, à l’exception des Insoumis et des socialistes qui se sont abstenus. La présidente de l’Assemblée a cru bon se défendre en rappelant que « les dépenses liées à l’AFM [allocation des frais de mandat] font l’objet d’un contrôle de la part du déontologue[…] et les montants nonutilisés sont reversés par les députés à l’Assemblée, à l’issue du mandat ». Au moment où les agriculteurs manifestent pour gagner leur vie décemment, ça manque un peu de… décence.
Mais où est passée Élisabeth Borne ? Après deux semaines de vacances, la voilà de retour à l’Assemblée. Pas pour de grands échanges d’idées politiques, mais pour de vulgaires questions logistiques. L’ex-Première ministre devrait en effet se voir attribuer l’un des bureaux du Palais-Bourbon réservés aux « anciens ayant occupé des fonctions prestigieuses ». Se pose également la question – essentielle pour les Français – de sa place dans l’hémicycle. Et ce n’est pas terminé ! À l’heure où j’écris ces lignes, 18 membres de l’ancien gouvernement – Olivier Véran, Olivier Dussopt, Clément Beaune entre autres – sont encore dans l’expectative et pourraient devoir revenir au Palais-Bourbon lorsque le remaniement sera terminé. Mais où donc les loger ? Des querelles d’égos en perspective…
Viticulteurs
Six heures du matin. Au péage de Béziers Ouest. Ils sont là, avec leurs tracteurs. Parfois en famille. Nos vignerons n’en peuvent plus. Ils vivent mal. Les jeunes n’ont plus envie de reprendre les exploitations de leurs parents. Le vin s’accumule dans les chais. Ils sont en colère. Je suis là pour leur dire mon soutien mais aussi, surtout, mon amitié, mon affection. Nous nous voyons tout au long de l’année. Et pas que pour parler de vigne. Ils sont la chair de notre Sud, de ce qui est devenu mon Sud. Un député, ça sert aussi à ça. Être aux côtés de ses amis. Sans calcul. Juste là.