Au nord de l’Oural, dans l’Iamalo-Nénétsie d’où partent bien des gazoducs qui constituent l’une des sources de la puissance russe, Alexei Navalny est mort dans une colonie pénitentiaire surnommée « Loup polaire ». Extraction des minerais et oppression des hommes semblent résumer la Russie d’aujourd’hui.
Au portail, une inscription « Le bonheur n’est pas loin » qui rappelle celle d’un autre camp, bien plus connu. En hiver, on ne la voit pas, tout est nuit dans ce district arctique où la température est de moins 30°C. Condamné à neuf puis 19 ans d’incarcération, venu de la prison de Vladimir fin décembre (« Je suis votre père Noel », avait-il plaisanté), Navalny a été condamné pour extrémisme, nazisme, diffamation, incitation de mineurs à des activités illégales, vandalisme motivé par la haine et même pour n’avoir pas respecté son contrôle judiciaire. Pour cause : il était alors en réanimation en Allemagne, après l’échec d’une tentative d’empoisonnement par un neurotoxique.
Il narguait encore le juge lors d’une audience peut-être filmée la veille de son décès.
Nier et terrifier
Trouver la cause d’une mort subite nécessite une autopsie, voire des analyses toxicologiques, mais la rétention du corps pendant plusieurs semaines suggère qu’il y a des signes de traumatisme qu’on veut cacher. Une chaine d’informations indépendante prétend qu’une équipe du FSB, l’ancien KGB, était venue dans le camp la veille et que dès le matin les prisonniers savaient que Navalny était mort.
La réactivité des services russes fut impressionnante, comme si tout avait été préparé. Navalny meurt officiellement à 14h17, les services pénitentiaires l’annoncent à 14h19 et dès 14h23 la télévision russe déclare qu’il est mort d’une thrombose coronaire. Pur hasard, le directeur de l’administration pénitentiaire est promu au grade de colonel général le surlendemain. Autre hasard qui n’en est peut-être pas un, le décès a lieu pendant la Conférence de Sécurité de Munich, là où, il y a 17 ans, Poutine a pour la première fois attaqué l’Occident.
La communication du Kremlin est à double détente: nier et terrifier. Cela remonte à loin. L’un des premiers opposants éliminés, oublié aujourd’hui, fut le député Sergueï Iouchenkov, qui enquêtait sur les attentats de 1999 qui avaient entrainé en Tchétchénie une guerre où Poutine s’est forgé la réputation d’homme fort. Il pensait, comme des historiens aujourd’hui, que ces attentats étaient un coup monté par les services secrets. Il fut assassiné en 2003. Les services secrets, la famille de cœur de Vladimir Poutine, dirigent toujours le pays. Certains disent qu’ils le possèdent.
Un opposant qui n’avait pas tout pour plaire à l’Occident
On a beaucoup accusé Navalny d’être un personnage peu recommandable, xénophobe et probablement antisémite. Il a été un nationaliste qui a tenu des propos outrageants sur les habitants du Caucase ou de l’Asie centrale sous prétexte qu’ils prenaient le travail des Russes en acceptant des salaires de misère. Ce discours populiste, il l’a publiquement regretté pour proposer un programme plutôt social-démocrate, mais la propagande n’en a pas tenu compte et Amnesty International l’a sorti de sa liste de prisonniers de conscience.
S’il avait gardé ses anciennes positions, Navalny aurait été un fervent partisan de la guerre contre l’Ukraine. Il en fut un adversaire déterminé.
Son modèle était Natan Sharansky, qu’il a suivi, 40 ans plus tard, avant la Sibérie, dans la grande prison de Vladimir et dont le livre Fear no evil (Ne crains aucun mal) lui a servi de boussole morale. Sharansky a dévoilé leurs échanges dont je résume deux extraits: « Grâce à votre livre, j’ai compris qu’il y a des gens qui ont payé un prix bien plus élevé pour la défense de leurs convictions ». À quoi Sharansky répond « Je vous souhaite, même si c’est dur au niveau physique, de conserver votre liberté intérieure ». Une admiration réciproque…
Quant au bras droit de Navalny, il s’appelle Leonid Volkov et est actuellement réfugié à Vilnius. C’est un brillant informaticien qui a abandonné sa carrière pour le suivre. C’est aussi un Juif orthopraxe.
Navalny est un homme qui, après avoir échappé de justesse à un empoisonnement, téléphone avec un aplomb incroyable à un de ses empoisonneurs et lui fait avouer son crime en public. Il retourne dans son pays en sachant qu’il y sera arrêté, et que la vengeance de Poutine sera d’autant plus impitoyable qu’il vient de le traiter de corrompu dans un film sur son palais de Sotchi.
Peu d’hommes ont choisi, en gardant leur humour comme arme, un emprisonnement dans des conditions terribles où la mort serait probablement au bout du chemin. En restant hors de Russie il savait que sa parole se dévaloriserait, mais il a surestimé son pouvoir de mobilisation des foules. Il n’y a eu que quelques centaines de personnes pour lui rendre hommage en Russie. Elles y couraient de grands risques mais il y en a eu encore moins en Occident où elles n’en couraient aucun. Poutine a gagné en endoctrinant sa population dans un mélange de peur physique, de nostalgie d’un passé mythifié, de rejet de l’étranger, de crainte du changement et d’appétence aux satisfactions matérielles. C’est la recette des dictateurs efficaces. Quant à notre sensibilité d’Occidentaux, il faut reconnaitre qu’elle est fugace pour des victimes dont le sort parait scellé, comme ce fut le cas pour les femmes iraniennes et comme ce l’est aujourd’hui pour les opposants russes. Pour parler comme Trump, qui s’est avantageusement et honteusement comparé à Navalny, celui-ci serait un « loser ». C’est surtout un homme debout, un héros de la liberté.
La social-démocratie n’a plus la cote, à tel point que plusieurs auteurs en prédisent bientôt la fin. Sans doute subit-elle les assauts de ses ennemis intérieurs et extérieurs – Gafam ou États voyous – mais plus probablement se meurt-elle d’avoir organisé sa propre chute.
Lorsqu’Henry Ford monte les marches de l’Élysée en décembre 1964 pour y rencontrer le général de Gaulle, c’est bien sûr le roi de l’automobile qui se montre impressionné par son interlocuteur. Quand Elon Musk ou Mark Zuckerberg rendent visite à Emmanuel Macron, on les sent plus bravaches. En soixante ans, le rapport de forces entre l’élite économique mondiale et notre président social-démocrate, bien que maître du feu nucléaire, s’est inversé. Ainsi, en 1965, le chiffre d’affaires cumulé des cinq plus grandes sociétés de l’époque totalisait 102 milliards d’euros d’aujourd’hui. En comparaison, celui des cinq Gafam affiche 1 350 milliards, treize fois plus – des montants comparables à ceux de pays développés. Ces 1 350 milliards représentent ainsi l’ensemble des recettes de l’État français – les Gafam et notre république bénéficient donc de revenus équivalents. La comparaison s’arrête malheureusement aux encaissements, car si l’on s’intéresse aux résultats, là où la France enregistre un déficit de 125 milliards, Bill Gates et ses homologues dégagent un excédent de… 800 milliards. Quand le Trésor public dispose à un instant t de 100 milliards, les Google et consorts peuvent signer immédiatement un chèque de 900 ! De quoi détendre Mark Zuckerberg à l’idée d’échanger avec notre sympathique président (dont l’assistante a dû sans doute lui rappeler le nom, avant son rendez-vous).
Cette incroyable puissance aux mains de quelques entrepreneurs non élus justifie, au demeurant pleinement les espoirs qui ont pu être mis dans l’Union européenne. Si la France ne fait pas le poids face à eux, l’Europe aurait dû redonner du pouvoir aux social-démocraties qu’elle était censée unir. Sans avoir eu besoin du traité de Lisbonne, l’Europe a su développer les programmes Ariane et Airbus. Depuis cette époque pionnière, particulièrement sur la thématique digitale, c’est le néant ou presque. Il n’existe pas de Google européen, mais Bruxelles s’entiche de la loi RGPD pour limiter le pillage de nos données. Fidèle à sa ligne courtelinesque, l’Union ne semble présente sur le champ de bataille de l’IA que pour en exiger la réglementation urgente – sans la maîtriser. Champion du monde de la bureaucratie, voilà l’avenir radieux que nous propose Thierry Breton – pas plus élu qu’Elon Musk. Xi Jinping, Joe Biden et Kim Jong-un ne doivent pas en dormir la nuit.
Notre inquéitante naïveté numérique
Non seulement, les Gafam disposent d’une puissance financière supérieure au PIB de 80 % des pays membres de l’ONU, mais les outils qu’ils ont développés sapent, en prime, la légitimité de gouvernants obsédés par les « likes » ou les « trending topics ». Le patron de Meta possède en effet, lui aussi, une arme de destruction massive : les réseaux sociaux. Le jeune Américain se trouve à la tête de Facebook, Instagram et, depuis peu, Threads, un concurrent de Twitter. Il a offert à l’humanité la possibilité de tout partager – l’information et le savoir en théorie mais, en pratique, souvent la bêtise la plus crasse. La Silicon Valley a également plongé Homo sapiens dans le règne de l’immédiateté – un présent permanent incompatible avec toute politique tournée vers le moyen ou long terme. Les réseaux sociaux exigent des dirigeants des démocraties des mesures et des succès à court terme irréalistes, du genre « stop oil now ». L’attraction des populismes est décuplée par Facebook ou Twitter, puisque ces outils leur permettent de diffuser un discours cohérent avec leur certitude de pouvoir agir vite et efficacement : Mélenchon souhaitait ainsi taxer à 90 % les revenus supérieurs à 400 000 euros pour régler tous nos maux. Des messages simplistes qui s’épanouissent sur les fils ou les « reels » des simples d’esprit.
Ces technologies, inimaginables en 1965, offrent par ailleurs à tous les États voyous de la planète un accès direct aux populations occidentales. Jamais les Soviétiques n’auraient imaginé inonder l’Occident, en temps réel, de fausses informations. C’est un peu comme si on leur avait confié à l’époque, de temps à autre, les manettes de l’ORTF afin que le camarade Brejnev remplace Pierre Desgraupes.
Mais Poutine, son lointain successeur, n’est pas le seul à se régaler de notre naïveté numérique. La théocratie iranienne, ses séides islamistes, ou la folle dynastie communiste nord-coréenne s’en donnent à cœur joie pour menacer les croisés capitalistes. Et encore ceux-là se sont-ils privés des moyens de la mondialisation – initiée par l’Occident honni. Le total-capitalisme chinois n’a pas commis cette erreur, ni celle de dépendre des Gafam. Il a, au contraire, banni ou censuré les réseaux sociaux américains après avoir fait émerger leurs équivalents connus désormais sous l’acronyme de Batke (ex-BATX). Ils sont à pied d’œuvre pour entamer le match Chine-États-Unis visant le contrôle de l’IA ; l’Europe, bien au chaud, assiste à la rencontre en tribune VIP, avant de reprendre le car pour l’Ehpad.
Et l’Europe, c’est la social-démocratie, avec bien sûr des différences notables entre les quatre points cardinaux du continent. Mais tous partagent l’idée d’un État-providence généreux, grand ordonnateur d’une cohabitation apaisée entre une sphère publique puissante et un marché plus réglementé qu’ailleurs dans le monde. Plus notamment qu’aux États-Unis, où l’égalitarisme et un État omnipotent n’ont jamais été des aspirations collectives légitimes. L’État français, comme ses voisins pourtant mieux gérés, se trouve ainsi engagé dans une opération de sauvetage désespérée de son modèle social. Maintenu en survie artificielle par des taux d’intérêt négligeables, mais menacé par leur remontée et une démographie déclinante, l’État-providence(dense) danse sur un volcan.
Washington peut donc envisager avec plus de sérénité que nous les défis géopolitiques à venir ou la concurrence des Gafam– auxiliaires par essence du FBI ou de la CIA. En revanche, les États-Unis partagent avec les social-démocraties européennes la menace d’une tyrannie des minorités et, singulièrement, cette fois en Europe, celles issues de l’immigration musulmane. Les diasporas chrétiennes sud-américaines qui franchissent le rio Grande prient le même dieu que le locataire de la Maison-Blanche et ils sont majoritairement descendants de colons et non de colonisés. Qui plus est, ils savent qu’ils n’auront droit sur place à aucune allocation, aucun logement, aucun soin s’ils ne trouvent pas un boulot dans les heures qui suivent leur passage de la frontière. Nous ne bénéficions malheureusement pas de ces multiples bénédictions. Aucun de nos vaillants progressistes ne semble en avoir conscience : nos concitoyens noirs sont devenus à leurs yeux des « Blacks » descendants de chimériques esclaves ; les Maghrébins, des Mexicains mangeant moins épicés. Mais tous méritent l’open bar de la protection sociale française, financée par ces (racistes) Français. Beati paupere spiritu.
Sur les deux rives de l’Atlantique, l’équilibre entre intérêt général et droits individuels a été rompu quelque part entre 1970 et 1980. Arbitrer entre droits et devoirs,c’était jadis la définition de la politique, jusqu’à ce que cette dernière perde de vue le bien commun pour ne proposer que l’ajout de nouveaux « droits à » ad nauseam. Cette hypertrophie, déjà problématique en soi, pouvait sans doute s’entendre dans un contexte d’homogénéité culturelle et d’implicite intérêt collectif. En toile de fond de la social-démocratie, le judéo-christianisme et le message laïcisé du Christ, les droits de l’homme, dont on ne trouve nul baptiste dans l’arc arabo-musulman. Mais l’émergence du concept de communautés victimes de stigmatisation ou de racisme a introduit un niveau intermédiaire entre l’individu et le peuple, ce dernier s’effaçant progressivement au profit de l’archipel de communautés décrit par Jérôme Fourquet. Selon Bard, l’IA de Google (et faute d’équivalent européen), « l’occurrence des mots rattachables à l’islam dans les médias français a augmenté de 20 000 % entre 1965 et 2023 ». Difficile d’imaginer que cette archipélisation soit sans conséquence sur les relations entre des îlots hostiles et l’île principale, alias la majorité, le peuple historique, les Français de souche, si l’on est de droite ; la France rance, les beaufs, les racistes, les gilets jaunes si l’on est de gauche ou bobo. Ce communautarisme a rompu le contrat social.
Asile de dingues
Or, la social-démocratie a été conçue pour gérer les rapports de classes en assurant l’égalité des chances et la redistribution entre des individus disposant d’une vision de la famille ou de la nation en maints points comparables. Elle ne s’était pas fixé comme objectif la gestion d’un asile de dingues où un barbu peut prétendre être une femme, pas plus qu’elle n’était prédisposée à chasser les crèches de Noël ou à déboulonner des statues offensantes. Les nations occidentales ont depuis dix ans, au moins, des allures d’unités psychiatriques où l’on peut traiter Churchill ou de Gaulle de « fasciste » et considérer Finkielkraut, Zemmour ou Nétanyahou comme « nazis ». Cette social-démocratie déboussolée exige à présent de la majorité une solidarité sans faille, quoique toujours plus coûteuse, avec des communautés qui la détestent ouvertement, voire aspirent à la réduire à la minorité. Un statut auquel certains souchiens ne verraient aucun inconvénient : le sort actuel des juifs en Occident, ces haïssables « super blancs », devrait modérer leur enthousiasme.
Défendre l’intérêt général impose désormais de défendre la majorité blanche et hétérosexuelle de ce pays – un crime raciste et stigmatisant. Comble de la perversion du système, le fumeux « État de droit » s’oppose sans complexe au bien commun. Il conviendrait en réalité de le requalifier d’État sans droit. Sans celui d’exécuter les OQTF ; de contrôler ses frontières ; de construire des prisons ; d’assurer le maintien de l’ordre ou d’exiger de ses magistrats qu’ils y concourent. Son seul droit est un devoir : fermer les yeux (sa gueule aussi) et payer.
Immigration ou solidarité
Michel Wieviorka nous l’avait bien dit en 2009, à l’occasion du (honteux, bien sûr) débat sur l’identité française : « L’identité nationale, c’est la Sécurité sociale. » Néanmoins, la promettre à toute l’Afrique, c’est en réalité la condamner à la faillite, donc mentir aux Africains et accessoirement trahir les Français qui la financent. C’est ce qu’ont compris les Danois : entre immigration et solidarité, il faudra choisir. Ils ont commencé à prendre de fermes mesures pour décourager les immigrés, entraînant une chute spectaculaire de 50 % des demandes d’asile entre 2021 et 2022. En France, le think tank Contribuables associés estime à 54 milliards le coût annuel de l’immigration, sans que personne ne soit capable de chiffrer celui de la fracture culturelle. Contrairement aux autres allocations et dépenses publiques, dont les réductions seront politiquement douloureuses, voilà une source d’économie consensuelle. L’adhésion des Français aux mesurettes de la dernière loi anti-immigration (70 % y sont favorables) tend à valider cette hypothèse. La social-démocratie danoise nous montre donc le premier obstacle à franchir pour espérer sauver une organisation sociale à la disparition de laquelle seuls les sots applaudiront. L’Europe de l’Ouest et du Nord a offert pendant une quarantaine d’années un havre enviable – ils ne sont pas nombreux, ici, à lorgner sur le modèle social américain, au demeurant paradisiaque si l’on est riche et bien portant. Jusqu’à ce que cette Europe décide, en se passant de toute onction du suffrage universel, de devenir une démocratie théorique, soucieuse de complaire en priorité aux minorités allogènes et à leurs défenseurs. Une social-allocratie [1] à l’avenir sombre, si elle persiste à s’autodétruire avec la même application.
Brigitte Macron et Stéphane Séjourné nous sont présentés comme les artisans du dégel des relations diplomatiques franco-marocaines. Le ministre des Affaires étrangères se rendra dans le royaume dimanche.
Les relations franco-marocaines n’ont pas été parfaites ces dernières années, émaillées par des brouilles et des incompréhensions évitables. Il semblerait pourtant qu’un réchauffement progressif commence à se faire sentir. Ainsi, la visite des trois sœurs de Mohammed VI à Brigitte Macron est un signal faible des tentatives de rétablir cette relation historique qui a toujours été profitable aux deux parties. Dans la même optique, Stéphane Séjourné est attendu à Rabat le 25 février. Cette rencontre constituera la première entre le nouvellement nommé ministre des Affaires étrangères, qui a fort à faire sur les terrains européens, africains et moyen-orientaux, et son homologue Nasser Bourita.
Lever les incompréhensions
En jeu, le rétablissement d’un dialogue sain entre les deux pays de la façade atlantique qui pourrait éventuellement préparer le terrain à une visite d’Emmanuel Macron dans le royaume qui fêtera cette année le 25ème anniversaire du couronnement de Mohamed VI. Il se dit d’ailleurs que les deux ambassadeurs respectifs, Samira Sitaïl et Christophe Lecourtier, joueraient un rôle essentiel dans cette reprise de contact. Une reprise importante pour la France, l’Espagne étant aussi de son côté en train de tenter de lancer une nouvelle dynamique dans sa relation bilatérale avec son voisin du sud, par l’intermédiaire du Premier ministre Pedro Sánchez qui saisit notamment l’opportunité offerte par la co-organisation de la Coupe du monde 2030 de football qui verra pour la première fois certains de ses matchs être joués sur le continent africain. Une première qui constitue aussi, il faut l’admettre, un coup de maître pour la péninsule ibérique et le Maroc.
Tout cela explique aussi sûrement l’enthousiasme de l’Élysée qui a publié sur Instagram via son compte officiel le message suivant : « Dans la continuité des relations d’amitié historique entre la France et le Royaume du Maroc, Madame Brigitte Macron a reçu Leurs Altesses Royales les Princesses Lalla Meryem, Lalla Asmaa et Lalla Hasnaa. Le Président Emmanuel Macron est venu les saluer ». Pourtant, la désignation de Stéphane Séjourné au Quai d’Orsay inquiétait les spécialistes de la question. En effet, durant son mandat européen à la tête du groupe Renaissance, certains votes du nouveau ministre avaient suscité l’incompréhension à Rabat. Stéphane Séjourné, à qui il a été demandé par l’Élysée de s’investir personnellement dans cette relation, l’a résumé en une formule lapidaire : « Il y avait des incompréhensions qui ont amené à une difficulté ». L’objectif est donc clair : lever ces incompréhensions.
Jalousies vis-à-vis d’Alger
Parmi celles-ci, des sujets hautement politiques comme la question de l’activité des séparatistes du Polisario au Sahara ou encore des liens franco-algériens perçus comme étant asymétriques. Avançant à pas feutrés sur le Sahara, Stéphane Séjourné semble vouloir promouvoir une solution diplomatique allant dans le sens des revendications du royaume chérifien pour « regagner la confiance » marocaine : « Dans le passé, on a toujours été au rendez-vous, même sur les dossiers les plus sensibles comme le Sahara occidental, où le soutien clair et constant de la France au plan d’autonomie marocain est une réalité depuis 2007 »[1].
Fragile, cette relation recouvre pourtant des enjeux de grande importance pour les deux pays que la géographie comme l’histoire ne peuvent qu’amener à converger. En phase de modernisation de sa vie économique et sociale, le Maroc prépare notamment une grande réforme de son code de la famille qui rejaillira sur le statut juridique des femmes, expliquant d’ailleurs sûrement la visite des sœurs du roi auprès de Brigitte Macron. La lutte contre le terrorisme islamiste ou encore l’immigration en provenance du Sahel demandent aussi des approches internationales dans un monde sous tension, soumis aux soubresauts militaires. Passage essentiel pour l’Afrique de l’Ouest, le Maroc est désormais incontournable dans le cadre des projets de co-développement économiques avec le continent sud mais aussi un partenaire pour la France dans ses relations avec les pays du Sahel et du CEDEAO. Aux échecs, il ne faut pas perdre un cavalier. Gageons que notre diplomatie l’a enfin compris.
La doyenne de nos dernières grandes actrices, Micheline Presle, vient de nous quitter à l’âge de 101 ans. Elle aura eu une belle vie, et une magnifique carrière. En effet, c’est le fameux réalisateur Georg Wilhelm Pabst, celui-là même qui fit tourner Louise Brooks, qui lança Micheline Chassagne, de son vrai nom, en 1940. Sa carrière se poursuivit jusqu’en 2016 avec Je veux être actrice de Frédéric Sojcher. Elle fut la muse des plus grands réalisateurs du siècle dernier, dont Autant-Lara, dans son chef-d’œuvre: Le diable au corps, d’après le roman de Raymond Radiguet. Elle fit également quelques incursions dans le cinéma d’auteur, avec notamment Paul Vecchiali. Micheline était sur tous les fronts, boulimique de son art. Cependant, dans le cœur des français, elle restera à jamais Eve, le délicieux personnage du non moins délicieux feuilleton : Les saintes chéries, si symbolique des Trente Glorieuses. Enfin, nous ne résistons pas au plaisir de citer Jean Gabin : « Quand on te regarde, on te pardonne tout », lui avait-il dit. Pour célébrer son centenaire, en septembre 2022, votre magazine préféré lui avait consacré un portrait. En hommage à Madame Presle, nous le rediffusons ce matin.
La doyenne du cinéma français a traversé le XXe siècle sur les planches et devant les caméras, en alternant les rôles comiques et tragiques. Une carrière guidée par une bonne étoile. Le 22 août, Micheline Presle a eu 100 ans. Danielle Darrieux et Michèle Morgan disparues, elle est désormais la doyenne du cinéma français. Lui rendre hommage me tenait à cœur pour deux raisons : la première, très personnelle, est que ma grand-mère lui ressemblait beaucoup ; l’autre, plus sérieuse, est qu’elle a toujours été une actrice atypique. Micheline Presle a dû en effet se trouver une place entre ses deux illustres contemporaines, entre l’aura quasi hitchcockienne de Michèle Morgan et l’estampille « qualité France » de Danielle Darrieux. De quoi la rendre intéressante. Elle a toujours brouillé les pistes, totalement libre, refusant même un premier rôle dans un film de Clouzot – qui n’a pas vu le jour –, pour partir en vacances. Tour à tour tragique et drôle, elle a su exploiter à merveille sa vis comica dans Les Saintes Chéries, délicieux feuilleton des années soixante de Nicole de Buron, où elle campe Ève, une mère de famille un peu fofolle, aux côtés de Daniel Gélin, nonchalant et désabusé à souhait. Elle gagne alors, sur le tard, le statut d’actrice populaire, de celles qui rassurent et rendent la vie plus légère. On ne sait comment germe l’idée de devenir actrice dans la tête des jeunes filles de bonne famille. Chez les bonnes sœurs, la petite Micheline Chassagne a été le trublion de service : « Chassagne, vous finirez sur les planches ! » lui jette un jour au visage une religieuse qui ne croyait pas si bien dire.
Elle débute au cinéma à 16 ans, dans Jeunes filles en détresse, avec Pabst, celui-là même qui avait lancé Louise Brooks avec Loulou. Dans « Gros Plan », un portrait que lui consacre la télévision en 1958, elle raconte avec désinvolture avoir eu beaucoup de chance au début de sa carrière, chance qu’elle a accueillie avec candeur, sans se poser trop de questions. « Et puis la chance s’est lassée », dit-elle. En effet, à la fin des années cinquante, alors que s’amorce la Nouvelle Vague, il n’est pas de bon ton d’employer des actrices d’avant-guerre. Mais un bon génie, honni de cette Nouvelle Vague, croise sa route, c’est Claude Autant-Lara. Le réalisateur la consacre « vedette du moment » avec Le Diable au corps, d’après l’admirable roman de Raymond Radiguet. Elle y incarne Marthe, une jeune mariée qui file le parfait amour avec un jeune lycéen, le temps d’une guerre. Elle y est merveilleuse de grâce et de gravité. Avec Gérard Philipe, ils forment un couple sidérant de beauté et de tragique contenu. On retrouve dans ce film toutes les qualités de jeu de Mademoiselle Presle : son sens de la retenue et de la frivolité, avec toujours cette ombre de mélancolie dans son beau regard vif. À 100 ans, dont soixante-quinze passés sur les planches et autant sur les plateaux de cinéma (124 films !), ce regard n’a pas changé. « Regardez ce que vous me faites faire ! À cause de vous j’ai retiré mon chapeau ! » Cette réplique du Diable au corps, qui s’adresse à Gérard Philipe alors que commencent leurs amours condamnées, résume à elle seule la personnalité de cette actrice singulière.
Alors que l’époque est marquée par une américanisation des débats et que fleurissent sur Internet des fake news, l’information demeure une ressource capitale, et un terrain d’affrontements où le pluralisme est davantage garanti par le choix offert aux téléspectateurs que par des règles de représentativité inapplicables – car ne tenant plus compte des réalités idéologiques.
Qu’est-ce que le « pluralisme » ? Notion molle, le « pluralisme » revient constamment sur le devant de la scène. Véritable mantra de la vie politico-médiatique, et pas seulement, le pluralisme semble l’horizon indépassable des sociétés plurielles. Mais qu’entend-on par-là exactement ? En saisissant la justice administrative à propos de la chaîne CNews en 2022, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) a ouvert un débat qui risque peut-être de lui échapper.
Valeurs actuelles, février 2024Libération, juin 2021
En novembre 2021, RSF demandait à ce qui était alors le CSA (devenu Arcom en janvier 2022) de mettre en demeure CNews sur le fondement de la loi du 30 septembre 1986 portant sur la liberté de communication. Ce texte détermine que les chaînes de télévision doivent « assurer l’honnêteté, le pluralisme et l’indépendance de l’information ». Le bureau exécutif de RSF estimait alors que le CSA-Arcom devait obliger CNews à respecter ses « obligations légales » et que la chaîne n’était désormais plus un média d’information mais d’opinion. L’Arcom ayant refusé, RSF a saisi le Conseil d’État qui s’est finalement prononcé sur les principes du contrôle exercé par l’Arcom en la matière.
Le cadeau empoisonné du Conseil d’État à l’Arcom
Rendue mardi 13 février, la décision du Conseil d’Etat présente une interprétation discutée et discutable de la loi de 1986, puisque la haute autorité administrative a ordonné à l’Arcom de « réexaminer dans un délai de six mois le respect par la chaîne CNews de ses obligations ». L’innovation de la décision tient dans les critères choisis par le juge administratif pour qualifier « la diversité des courants de pensée et d’opinions». Alors que l’Arcom ne décompte que le temps de paroles des personnalités politiques de métier, le Conseil d’Etat a affirmé que le contrôle du respect du pluralisme devait aussi s’appliquer aux « chroniqueurs, animateurs et invités » des émissions.
Sont notamment visées en filigrane des personnalités telles qu’Éric Zemmour, qui avait tardé à se déclarer candidat à la présidentielle à l’automne 2021, ou encore Philippe de Villiers désormais retraité de la politique et reconverti comme chroniqueur. Mais alors, pourquoi ne viser que CNews ? Roselyne Bachelot occupe sur BFMTV une position similaire à celle de Philippe de Villiers, par exemple, sans que grand monde ne s’en émeuve. En outre, les positions politiques peuvent évoluer avec le temps. Jacques Toubon était un homme de droite affirmé dans les années 1980, souvent directement confronté à un Julien Dray sorti du Parti socialiste et qui a glissé vers le centre au fil du temps.
Débat du jour: pourra-t-on encore débattre demain ?
De même, s’il est aisé de déterminer la sensibilité des politiques de métier, puisqu’ils sont encartés, il n’en est absolument pas de même avec les chroniqueurs et journalistes. A fortiori de nos jours, où les sujets transversaux sont légion et écartèlent le champ politique. Qui est aujourd’hui d’une gauche ou d’une droite chimiquement pures ? Qui peut dire s’il y a des points de vue de « droite » et de « gauche » parfaitement identifiables sur des questions aussi sensibles que l’écologie, les relations internationales, les mœurs ou l’économie ? Les sociétés liquides créent des cercles idéologiques rhizomatiques qui se croisent. Il est tout à fait possible d’être très à droite sur les questions d’immigration et aligné avec Raphaël Glucksman en affaires internationales. De la même manière, des partisans de la décroissance économique et écologique peuvent être de parfaits conservateurs de droite sur tous les autres sujets.
L’authentique pluralisme de 2024 ne correspond absolument plus aux critères des années 1980, désormais parfaitement anachroniques. Le Conseil d’Etat a ouvert une boite de Pandore qui pourrait entrainer une reconfiguration majeure des médias audiovisuels classiques et profiter aux plateformes numériques. Car, CNews est en effet une chaine d’information présentant une sensibilité plus proche de la « droite », comme France Inter est un média d’information du service public dont la majorité des chroniqueurs sont plus proches de la « gauche ».
L’apparition des réseaux sociaux et l’américanisation progressive du débat public, lui-même radicalisé lors de la campagne présidentielle de 2016 ayant opposé Donald Trump à Hillary Clinton, ont créé des bulles informationnelles asymétriques. L’information n’est plus un monopole d’Etat comme du temps de l’ORTF, mais bien une ressource capitale et un terrain d’affrontements où le pluralisme est garanti par le choix offert aux téléspectateurs plus que par des règles de représentativité inapplicables, car ne tenant plus compte des réalités. Le seul sujet valable qui devrait concerner les autorités en la matière est la lutte contre les fausses informations et la rétention d’informations. La composition des plateaux est du ressort des patrons de chaines et des programmateurs dans une société libérale, hors politiques de métier.
Les chancelleries occidentales ont beau émettre dernièrement des doutes quant aux dernières actions de Tsahal à Gaza, elles savent très bien qu’Israël fait le sale boulot. L’analyse de Liliane Messika.
Pendant que les dirigeants occidentaux font du crowdfunding de suffrages, Israël continue de se poser en rempart de notre civilisation devant la barbarie des ennemis auxquels ils font les yeux doux.
Les méchants sont ceux qui sauvent les otages et fournissent l’électricité
Deux cent mille manifestants pro-Hamas à Londres, ça a dû faire jaunir de jalousie les compañeros amateurs de « Judios no Pasaran ! » En France, nous sommes plus modérés : le soutien à l’agressé israélien s’est fait du bout des lèvres et l’entrain des supporters de l’équipe Shoah – 2 est plutôt mou dans la population générale.
Pendant ce temps, sur le terrain, les Forces de défense israéliennes avancent au sud de la Bande de Gaza et divulguent de nouvelles preuves de la bestialité du Hamas.
« Les Israéliens ne respectent rien, ils attaquent même les hôpitaux » scandent les Bisounours noctambules[1]. En Lisa Macheiner (coordinatrice de projet de Médecins sans frontières à Gaza) dans le texte : « Les hôpitaux devraient être considérés comme des lieux sûrs et ne devraient jamais avoir à être évacués »[2].
De fait, sans cesser de traquer les terroristes qui opèrent depuis l’intérieur de l’hôpital Nasser à Khan Younis, Tsahal a fourni, le 16 février, de la nourriture, du carburant et de l’eau à cet hôpital, ainsi qu’un générateur alternatif pour assurer son alimentation électrique en attendant que son propre générateur soit réparé[3].
Le porte-parole de l’armée, Daniel Hagari, a déclaré que les troupes y avaient également trouvé des explosifs, des grenades et des mortiers et que, au mois de janvier, une roquette avait été tirée depuis l’intérieur de l’établissement hospitalier. Les Israéliens y ont aussi mis à jour une salle de commandement, un complexe de renseignements et d’interrogatoires et un poste de police.[4]
À l’appui, ils ont diffusé des images de l’interrogatoire d’un agent du Hamas capturé, avouant que 10 otages minimum avaient été détenus dans l’enceinte de l’hôpital[5].
Le porte-parole a rappelé les découvertes dans les hôpitaux al-Shifa, Rantisi, et al-Amal, qui font de l’hôpital Nasser une énième preuve que « le Hamas utilise systématiquement les hôpitaux comme plaques tournantes du terrorisme. … Selon les évaluations des services de renseignement et les informations que nous avons recueillies sur le terrain, plus de 85 % des principaux établissements médicaux de Gaza ont été utilisés par le Hamas pour des opérations terroristes. [6] »
Les deux photos ci-dessous légendent en blanc, les installations médicales et en rouge, les installations militaires qui se partageaient l’hôpital de Khan Younis[7].
Tartarin se fâchera si les médicaments n’arrivent pas à leurs destinataires
En fouillant l’hôpital Nasser, les soldats israéliens n’ont pas trouvé que des armes, mais aussi des médicaments. Dans un hôpital, cela n’a rien d’anormal, sauf que ceux-là portaient des étiquettes aux noms des otages.
Ces médicaments, plusieurs dizaines de caisses, provenaient soit du stock envoyé par les proches d’otages kidnappés au kibboutz Nir Oz,[8] soit de la fourniture de la France via le Qatar : « L’origine des médicaments et leur utilisation font l’objet d’une enquête », a expliqué le porte-parole de Tsahal.
On n’a pas oublié l’engagement de notre ministre des Affaires étrangères : « la non-délivrance de ces médicaments pourrait avoir de « graves conséquences »[9]. La non précision sur le type de preuves de délivrance attendues et des « graves conséquences » lui laisse une large marge de manœuvre pour plaider la responsabilité sans culpabilité (ou vice versa), mais c’est silence radio après la découverte des médicaments non livrés.
Pinocchio prétend vouloir diriger les non-opérations sur le terrain
Israël ne doit pas lancer d’opération militaire à Rafah, sans un plan « crédible » de protection des civils, a expliqué le stratège Joe Biden à Benjamin Netanyahu, le 11 février 2024[10].
Côté égyptien, la frontière avec Gaza a été lourdement fortifiée par des murs de béton en surface et en sous-sol et par une zone tampon de 5 kilomètres de large. L’Égypte a aussi menacé de suspendre son traité de paix avec Israël si des troupes israéliennes entraient dans Rafah.
Les Palestinolâtres qui s’imaginent voir là une défense des intérêts de leurs mascottes se trompent lourdement. Si le blocus est plus rigoureux du côté égyptien qu’israélien, c’est parce que le raïs Abdel Fattah al-Sissi, instruit par l’expérience et insensible à l’opinion des Gentils Organisateurs occidentaux de manifs, applique une politique zéro-Palestinien de son côté du poste frontière de Rafah. Les fortifications en témoignent.
Biden n’est pas dupe, il sait bien que ses menaces n’empêcheront pas Netanyahou de poursuivre sa guerre d’éradication du Hamas. Cette offensive a, d’ailleurs, permis à Israël de libérer deux otages à Rafah même, le lendemain de la déclaration de Biden.
Cet appel ne s’adressait, en réalité pas à Israël, mais à la gauche de la gauche du parti démocrate, qui est à la démocratie américaine ce que LFI est à la française : un fossoyeur.
Le président américain a raison de prendre au sérieux les agitatrices Rashida Tlaib, Ilhan Omar et leurs copines en hidjab, car il a son Saint-Denis, qui se nomme Dearborn, dans son 93, alias le Michigan. Le 5 février 2024, le maire de la riante cité de Dearborn, Abdullah Hammoud, a organisé un rassemblement pour la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien.
On y a entendu le président être traité de « cancer dans notre pays »…
… et une promesse de victoire, « ici à Washington et là-bas en Palestine ».
Biden sait très bien ce que veut dire le slogan « From the river to the sea, Palestine will be free », du fleuve à la mer, la Palestine sera libérée. Traduction US : « From New York to San Francisco, Islamerica will be free », ce qui donne en français « De Calais à Marseille, la France sera décolonisée. »
Dans l’espoir d’éviter cela, au moins pendant la durée de son mandat, Biden fait comme Macron : des caresses aux dictateurs ennemis en présentiel et des menaces aux alliés objectifs démocratiques en distanciel.
Angélisme
Les Israéliens ont longtemps voulu croire que s’ils étaient très très gentils avec leurs ennemis, ceux-ci leur pardonneraient d’exister. Cette illusion n’a pas dépassé le 7 octobre : elle ne peut perdurer que dans les pays européens où la force n’a pas encore anéanti une part suffisante de la population.
« L’endiguement et la retenue au fil du temps traduisent une aversion à l’usage de la force, mais dans une région où la culture politique valorise l’usage de la force, ce comportement est vu comme une faiblesse.[11] » Cette analyse est celle du Professeur Efraïm Inbar, président de l’Institut d’Études sur la Sécurité et les Stratégies de Jérusalem (JISS). Cela dit, point n’est besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre que la grenouille n’a aucune chance contre le scorpion, si elle l’autorise à monter sur son dos.
Les Français en sont conscients. Leurs dirigeants probablement aussi, mais ils préfèrent passer pour les gentils aux yeux de la gauche, qu’avoir raison avec Aron. Combien de professeurs le paieront de leur vie, combien de Français s’exileront pour ne plus en subir les conséquences ? Vous le saurez, chers lecteurs, en regardant les résultats des élections européennes le 9 juin prochain.
Le paysage médiatique fantasmé par Christophe Deloire, directeur de Reporters sans Frontières et garde-chiourme du politiquement admis, existe déjà aux frontières de l’Hexagone : en Belgique francophone, le petit milieu qui s’accapare les plateaux télévisés, les radios et les colonnes des gazettes, pense exactement la même chose sur à peu près tous les sujets. La nuance déjà est d’extrême droite. Et donc interdite.
Un « débat » ressemble à peu près à ceci sur la RTBF (radio-télévision publique) ou sur RTL (chaîne privée) : autour d’un animateur mielleux et complaisant, parlementent le président du Parti socialiste, son homologue libéral (adepte du « en même temps » : un coup au centre-gauche, pour ne pas fâcher ses partenaires de coalition, un coup au centre-droit, c’est-à-dire aux confins du fascisme), un « centriste engagé » (catégorie politique qui existe bel et bien en Wallonie !), une néo-féministe également écolo-islamo-wokiste et un journaliste progressiste. Parfois, le ton monte, pour « montrer sa différence » qui n’existe que dans cet éphémère éclat de voix.
Tous ronronnent leur progressisme, leur tropisme immigrationniste, leur préoccupation pour la planète, leur amour de la diversité, leurs critiques plus ou moins larvées envers Israël quand il ne s’agit pas de leur complaisance pour le Hamas, et, par-dessus tout (le combat des combats), leur crainte de voir l’extrême droite rompre les digues qui l’isolent du monde fréquentable. Tous gouverneront ensemble dans une coalition multipartite, y compris le journaliste qui finira, pour respecter une tradition belge, par rejoindre le parti traditionnel le plus offrant.
En revanche, en raison du sacro-saint cordon sanitaire, vous ne verrez, ni n’entendrez, ni ne lirez, dans les médias, des personnalités comme Drieu Godefridi, intellectuel francophone, Alain Destexhe, auteur d’essais et ancien élu libéral-conservateur qui a lancé sa formation en 2019 avant de se retirer de la politique active, Jérôme Munier, président du parti Chez Nous, ou moi-même. J’ose croire, avec un brin d’immodestie, que nous avons chacun de quoi élever le niveau de la discussion avec nos spécificités, nos intelligences, notre verve, parfois notre humour, et, surtout, notre son de cloche qui risquerait de réveiller les bien-pensants.
La conséquence, quand tous les bretteurs sont acquis aux mêmes idées, est la baisse en qualité du débat, dénué de fulgurances, d’éloquence, de culture. La bêtise y règne en souveraine. Le nivellement se fait par le très bas et le consensus. Les invités, entend-on souvent chez l’homme de la rue, sont « toujours les mêmes ». Et quand on est un citoyen, il vaut forcément mieux, pour avoir l’oreille des journalistes, être clandestin, casseur antifa, se sentir discriminé, ou créer la gare de Mons avec des allumettes (à défaut que le vraie soit terminée), que se revendiquer patriote, conservateur ou populiste.
Tout le petit monde acquis au politiquement correct s’étonne de la baisse des audiences et du désintérêt du grand public, mais n’a pas à s’en inquiéter. C’est que les médias sont grassement subventionnés : rien que la RTBF mobilise 300 millions d’argent public chaque année. Le nouveau-venu LN24, chaîne d’information en continu, préfère se contenter d’audiences catastrophiques et de finances peu reluisantes, qu’oser la pluralité et être un CNews à la belge.
Au bout du compte, dans ce monde où Saint-Just aurait triomphé de Voltaire, il demeure une impression de vivre dans une tyrannie de la pensée unique, avec ses ordonnateurs et ses petits flics hyperactifs sur les réseaux sociaux, chassant tous en meute, et surjouant leurs fausses indignations pour ne pas être, à leur tour, victimes de la curée. Et pour les mal-pensants, une impression, en guise de consolation, celle d’être des belluaires des temps modernes.
La droite nationale ou patriote, obnubilée par la question migratoire, doit rapidement se pencher sur les autres problèmes de la jeunesse française, paupérisée et en proie à des injonctions contradictoires dingues et vertigineuses.
La droite patriote, toutes étiquettes confondues, a fait le plein sur l’immigration. Le message est passé : les Français qui devaient comprendre ont compris, les autres ne sont pas encore prêts ou ne le seront jamais.
Le grand déclassement
Il est temps de rajouter une autre corde à son arc et de parler à d’autres Français, ceux qui sont touchés de plein fouet par le déclassement social et par le mal-être émotionnel. Personne ne leur parle vraiment à ces Français, jeunes souvent, qui voient le monde se retourner contre eux pour les broyer. Petits-fils de boomers, ils sont nés vingt ans trop tard. Ils ont beau avoir des diplômes, ils n’ont décidément pas le même pouvoir d’achat que leurs parents. Ils ont le plus grand mal à se loger, certains ont même du mal à se nourrir correctement : ils gagnent leur vie certes mais pas assez pour manger une nourriture saine, s’acheter des fruits et des légumes. Certains sont BAC+4 ou BAC+5, mais ils occupent des emplois inutiles où ils n’ont aucune marge de manœuvre. Ils ont beau être cadres intermédiaires ou cadres supérieurs, ils sont pieds et poings liés par le CRM et la « compliance » qui en font de simples exécutants. On leur a dit qu’ils seraient une élite s’ils travaillaient beaucoup et bien, et ils se retrouvent, la trentaine passée, en train de remplir des questionnaires d’évaluation 360°.
Ils participent d’un moment incroyable de notre civilisation : ces hommes et ces femmes peuvent changer de sexe, ils peuvent échanger des nudes avec des inconnus, mais ils n’auront probablement pas de quoi s’acheter un appartement. Ils ont beau étudier, ils n’auront pas accès à la classe moyenne. Classe moyenne qui disparaît au passage, ouvrant la voie devant une France où ne subsisteront plus que les gagnants et les perdants. Autre définition du tiers-monde. Sauf que notre tiers-monde à nous n’a que le mot jouissance à la bouche, une jouissance impossible sans argent et sans carrière véritable.
Génération Prozac
De quoi devenir dingue. Et ils sont en train de le devenir. L’épidémie de la dépression est là mais personne ne veut la voir en face, car elle inflige un terrible camouflet à notre époque qui rend les gens malheureux. Les dépressions commencent de plus en plus tôt, même des enfants en souffrent maintenant. Même des enfants se suicident. Notre société va mal. Elle souffre d’un problème mental inédit : l’effondrement des défenses mentales qui rendaient la vie acceptable, voire désirable, à nos parents et grands-parents.
Nous vivons un grand massacre. Les femmes sont laminées par les injonctions contradictoires. Elles doivent s’amuser à fond et réussir professionnellement. Elles doivent être « faciles » et dominer les hommes. Elles doivent multiplier les partenaires et vivre intensément le grand amour. Elles doivent être « bonnes » et cesser de s’épiler. Elles doivent être « girly » et agressives. Leurs ancêtres ne devaient pas résoudre une équation aussi compliquée. Elles vivaient leur féminité tout simplement, elles pouvaient compter sur les hommes pour cela.
À partir de cette ligne, Sandrine Rousseau arrête de lire
Or, les hommes aujourd’hui tombent comme les poilus dans la Somme, sous le coup d’un gaz moutarde d’un genre nouveau. Le venin est hormonal désormais : ils doivent être des hommes déconstruits, fragiles et niais, mais on attend d’eux qu’ils aient le charisme du mâle alpha. Ils doivent réussir dans la vie mais on leur interdit les vertus viriles comme l’ambition et l’honneur. Ils apprennent à faire l’amour en regardant des viols nommés films pornos, mais le spectre d’un #metoo les poursuivra tant qu’ils auront une vie sexuelle actuelle. On leur parle d’égalité homme-femme mais ils voient bien que leur parole ne vaut rien face à une femme qui les accuse sauf s’ils sont ministres ou trafiquants de drogue. Dans les deux cas, les femmes supposément battues ou molestées se rétractent et les magistrats s’abstiennent. Enfin, ils sont inutiles à leurs femmes qu’ils sont incapables de défendre contre les agressions, par manque de vigueur physique mais aussi parce que les magistrats ne supportent pas la légitime défense : aux yeux d’un juge, il vaut mieux être mort que traduit en justice pour avoir tué son assaillant.
La crise culturelle
Les deux, hommes et femmes, sont privés de culture. Hanouna a remplacé Pivot. Il n’y a plus de transmission. Les jeunes d’aujourd’hui grandissent dans un pays neuf, né de la dernière pluie. Ils sont privés des nourritures spirituelles de leurs ancêtres, ils ne trouvent plus la sérénité en regardant les paysages de leur beau pays, ils ne ressentent plus l’impression douce et consolante d’être chez-soi quand ils marchent à l’ombre des monuments. Ils sont largués dans le monde comme des enfants abandonnés dans un orphelinat soviétique. Comment peuvent-ils être heureux ?
Tout, absolument tout, peut les terrasser car ils sont creux et secs. Ils sont à jeun de tout ce qui importe, de tout ce qui rend fort.
Il n’y a pas que le grand remplacement dans la vie. Il y a aussi le grand désenchantement, mélange du grand déclassement et du grand effondrement mental. En ressort une tristesse immense qui peut être un ingrédient politique de premier plan pour la conquête du pouvoir.
Ces jeunes qui souffrent ne connaissent des idées patriotes que la lutte identitaire et la souveraineté. Or, leur identité est la souffrance elle-même. Et la souveraineté est une notion exotique à leurs yeux, sachant qu’ils ne sont même pas souverains d’eux-mêmes.
La plupart ne vote probablement pas. Certains font n’importe quoi comme voter LFI ou écologistes : ils donnent des coups de poing dans le vide. Inutiles de leur en tenir rigueur, ils ont besoin d’empathie et de douceur.
Il n’y a aucune fatalité. Ils rejoindront le camp patriote le jour où il les convaincra que leur cause est entendue. Leur cause personnelle, égoïste et intime, pas la cause française.
Un bon point de départ pour se rapprocher de cet univers souterrain qui forme la musique de fond de notre société est de lire Marion Messina. Son roman Faux Départ rend compte avec brio de la détresse d’une jeune Grenobloise anéantie, en quelques mois, par une université en faillite et un marché du travail inhumain.
80 ans après son exécution par les nazis, le résistant Missak Manouchian va entrer au Panthéon, mercredi 21 février, aux côtés de son épouse Mélinée. La cérémonie d’hommage, présidée par Emmanuel Macron, commencera peu après 18 heures, en présence du Premier ministre arménien Nikol Pachinian.
En France, les « résistants » en chaise longue plastronnent. Mais ils affrontent des ombres, en alertant sur un fascisme fantasmé. Le ridicule leur est promis. N’est pas Alexeï Navalny qui veut. Qu’on l’apprécie ou pas, l’opposant russe a laissé sa vie, dans sa prison-goulag, pour s’opposer à Vladimir Poutine et à sa dérive autocratique. Le courage de Navalny ne peut lui être enlevé. Son épouse, Ioulia Navalnaïa, est également remarquable. Elle s’est engagée à poursuivre le combat de son mari en rappelant ses mots : « Ce n’est pas honteux de faire peu. C’est honteux de ne rien faire, ou de vous laisser intimider ». Le lanceur d’alerte Julian Assange, incarcéré en Grande-Bretagne, fait partie de ces personalités dont on devine qu’elles ne reculeront pas face aux pressions et à l’adversité. En comparaison, les guignolades de ceux qui, en France, hurlent en meute au retour de l’extrême droite et de la bête immonde révèlent l’effondrement de l’esprit critique. La presse de gauche se garde, majoritairement, de barrer la route au totalitarisme islamiste et à son entreprise de conquête. Elle est en revanche intarissable contre la droite, quand elle se rend coupable de dire des vérités interdites. Pour s’être cru dépositaire d’une vigilance démocratique appliquée à l’audiovisuel, Christophe Deloire, patron de Reporters sans Frontières, s’est transformé, sous les applaudissements de la caste, en dénonciateur de la liberté d’expression sur CNews et en valet des intérêts d’Emmanuel Macron dans l’organisation des futurs états-généraux de l’information, voulus par le président. Ce dernier s’inquiète notamment de la « commoditisation » (sic) (entendre : banalisation) du journalisme. Tout est bidon chez ces résistants d’opérette.
Le chef de l’Etat fait partie de ces poseurs, bras ballants devant les vrais dangers. Son choix d’exclure le RN et Reconquête de « l’arc républicain » (L’Humanité, lundi) relève du procédé stalinien de la diabolisation.
Son appel à la « décence », pour dissuader (en vain) Marine Le Pen d’assister ce mercredi à la panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian, est une autre manière de traquer des fantômes pour faire passer le RN pour un mouvement fascistoïde. Ces manipulations disent la petitesse du pouvoir. Les trucages invitent à relativiser la résistance du Parti communiste, qui pactisa avec l’Allemagne nazie de 1939 à 1941. Faut-il rappeler à L’Humanité, qui se rengorge de l’hommage rendu ainsi aux résistants communistes et étrangers, la démarche initiée par Jacques Duclos en juin 1940 auprès d’Otto Abetz, proche d’Hitler, pour refaire paraître le journal, au nom notamment de la lutte contre le « juif Mandel » ? Faut-il rappeler ses dithyrambes après la mort de Staline ? Et les dizaines de millions de morts jamais expiés, aucun équivalent du procès de Nuremberg n’étant venu demander des comptes à cette idéologie totalitaire ? Ce mercredi dans Le Figaro[1], l’historien du communisme, Stéphane Courtois, rappelle que Manouchian fut un « modeste résistant » dont « la vraie patrie était l’URSS ». Reste la question : les vrais résistants, s’il en reste, sauront-ils enfin se faire entendre ?
Selon l’essayiste québécois, les néoféministes ne cherchent pas simplement à bannir le sexisme. Elles rêvent de proscrire la sexualité, voire d’abolir la différence des sexes. C’est aussi ça, Le Totalitarisme sans le goulag.
Causeur. Le titre de votre livre appelle une question évidente : le totalitarisme sans le goulag, c’est mieux qu’avec, non ?
Mathieu Bock-Coté. Naturellement, cela va de soi, mais c’est du totalitarisme quand même, pour peu qu’on comprenne que ce dernier est inscrit dans la matrice de la modernité et en représente une tentation insurmontable. La modernité génère la tentation totalitaire et la tentation totalitaire génère l’esprit de procès. Nous pensions le totalitarisme intrinsèquement dépendant des techniques de domination monstrueuse propres au XXe siècle. Aujourd’hui, il n’a pas besoin de tuer, il lui suffit d’imposer comme un Bien ultime la transparence sociale intégrale, qui légitime le contrôle des pensées, des arrière-pensées, des discours, des comportements au quotidien, en plus de transformer la société en camp de rééducation à ciel ouvert. Cela donne une conception standardisée, interchangeable, ennuyeuse de l’existence.
En vous lisant, j’ai été frappée par les similitudes entre le régime diversitaire et l’un de ses alliés, qu’on peut appeler le « régime féminitaire », ainsi que par les similitudes entre eux et leur ancêtre soviétique. Mais vous traitez plus longuement le militantisme trans…
Ce qui m’intéresse, ce sont les zones de friction, où l’idéologie dominante se révèle dans sa radicalité violente. Le néoféminisme est omniprésent, avec le soupçon généralisé jeté sur le désir entre les sexes – et je l’aborde dans mon livre. Toutefois, là où le régime veut nous forcer à franchir les barrières de la logique, c’est sur la question du genre. Nous obliger à dire qu’un homme peut être enceint revient, comme le disait Orwell, à nous imposer de croire que « deux plus deux égale cinq ».
En tout cas, ces luttes convergent dans la haine du même ennemi : l’extrême droite, incarnée par l’homme blanc.
Dans mon précédent livre, La Révolution racialiste, je citais Pauline Harmange, auteur de Moi les hommes, je les déteste, pour qui la détestation des hommes est une condition essentielle de l’émancipation. En effet, l’immigrationnisme et le néoféminisme maudissent la même figure : l’homme blanc de plus de 50 ans qui ne cherche pas à devenir un allié. D’ailleurs, même le repenti/converti qui veut devenir l’allié des minorités – c’est un titre à part entière – est à jamais marqué par une tache indélébile, sa couleur de peau et son sexe biologique. Et le couperet peut s’abattre sur des hommes de gauche. Je n’ai pas une sympathie exagérée pour Julien Bayou, mais il a été la proie d’un comité de la terreur militante…
D’un club d’ex qui se montaient le bourrichon.
On oublie, dans ces affaires, que l’être humain est fondamentalement vengeur, mesquin, capable du pire. La présomption d’innocence est au contraire fondée sur une connaissance intime du cœur humain. Si les militants veulent la faire tomber, c’est parce qu’elle est le dernier pilier libéral de notre système juridique auquel ils veulent substituer quelque chose ressemblant terriblement à la justice révolutionnaire. À la limite, ils admettent la présomption d’innocence devant les tribunaux, mais cela ne vaut pas pour la société. Voyez l’enthousiasme qu’ils mettent à faire tomber des têtes, surtout quand il s’agit de gloires déclinantes.
L’étendard des femmes masque évidemment une haine du désir masculin – pas seulement hétérosexuel d’ailleurs.
Sur le plan symbolique, le désir masculin hétérosexuel est tout de même spécifiquement ciblé, frappé d’illégitimité constitutive. La logique coloniale est appliquée aux rapports entre hommes et femmes. Les femmes doivent se décoloniser. Le désir est l’amorce du viol. Je me souviens d’un article dans Libé où une jeune fille célébrait la sexualité sans pénétration, ce que son copain disait respecter, et qui s’en faisait même une fierté. Ils appelaient ça, si je me souviens bien, une sexualité n’étant plus phallocentrée. Je leur souhaite bien de la joie.
Des Blancs qui font repentance restent assez rares chez nous où la vision raciale du monde peine à s’implanter. En revanche, les hommes qui clament leur adoration pour Metoo sont légion.
Parce que c’est une condition de survie en société. De plus, chacun se demande s’il n’a pas un vague crime sur la conscience dans une société qui a inventé le retrait de consentement a posteriori. Le périmètre de la liberté d’expression se réfracte. Dans l’espace public qui est le nôtre, un homme peut à la limite dénoncer les dérives de Metoo, mais seules les femmes peuvent en critiquer le principe. Ce mouvement nous oblige à dire ce qui va de soi, alors je le dirai aussi : je condamne, comme tous les êtres civilisés du monde, les agressions, le non-respect du consentement. Et ainsi de suite.
Mais vous savez qu’il ne s’agit pas de ça ! Diriez-vous que Metoo est un bloc ?
Dès l’origine, le cri de ralliement de Metoo a été « on vous croit », qui abolit les règles élémentaires de la société libérale. Dans la foulée, on a confondu dans le même opprobre le dragueur lourd, aussi peu recommandable soit-il, et Weinstein. Enfin, d’un point de vue anthropologique et philosophique, ce mouvement veut en finir avec la part sombre et inavouable du désir et de l’amour. Les nouveaux chiens de garde rêvent d’une humanité programmable, délivrée des passions. En effet, les passions sont dangereuses. Et excitantes. J’ajoute que je ne suis toujours pas parvenu à comprendre le concept d’emprise. Je le croyais indissociable de l’amour. Mais dans un monde qui rêve de rapports transparents, aseptisés et hygiéniques entre les sexes, ce n’est plus le cas.
Dans votre précédent livre, vous considériez qu’avec l’affaire George Floyd, le régime diversitaire connaissait son « moment 1793 ». La guillotine féministe n’est pas en reste.
Et elle n’est pas sans efficacité. La figure inaugurale des guillotinés, le « porc zéro », c’est Éric Brion. Il a évidemment été grossier et ses remarques à Sandra Muller étaient plus que déplacées. Cela dit, il a été rayé de la société pour cela – pour grossièreté. À ceux qui disent qu’il n’y a pas de révolution sans victimes collatérales, je réponds qu’il n’est pas anecdotique que dès l’origine de cette révolution, on trouve une confusion entre la grossièreté et l’agression.
Aujourd’hui, vous pouvez être excommunié pour une pétition. Raison pour laquelle les signataires de la tribune Depardieu se sont débinés en bande organisée.
Quand Emmanuel Macron a pris la défense de Depardieu, le récit public a tangué. D’autant qu’avec raison, ils furent nombreux, car c’était là l’essentiel, à se porter à la défense de la filmographie de Depardieu, contre ceux qui rêvaient de l’effacer de la grande histoire du cinéma. Pour ce qui est des signataires de la tribune à laquelle vous faites référence, ils ont oublié que la morale d’hier, leur morale, n’avait plus cours. C’est le drame de beaucoup d’hommes de gauche. S’ils restent fidèles à leurs valeurs les plus essentielles, ils sont expulsés de la gauche – la gauche est une purge permanente. Alors pour demeurer à gauche, beaucoup adoptent la nouvelle religion avec un fanatisme redoublé. Après un « dérapage » raciste ou sexiste, le rituel de réintroduction dans la cité exige que le repenti soit plus virulent que ses dénonciateurs. En Amérique du Nord, c’est un classique. J’ai déjà évoqué ce chanteur qui avait dit : « Je me contrefiche de la parité, je veux les meilleurs musiciens. » Il a dû s’excuser. D’abord, « je suis un homme blanc », ensuite « mes amies féministes m’ont fait prendre conscience de mes privilèges, mais c’est déjà difficile d’être une femme aujourd’hui donc je vais me rééduquer moi-même et devenir un allié ».
Toutes les nuances de la droite sont hostiles au régime diversitaire, alors qu’elles sont divisées sur les enjeux de Metoo. Mes amis de la droite catho se méfient de la liberté des mœurs.
Vous êtes un peu sévère, la droite catho a une connaissance intime de la bête humaine, et si elle croit à la vertu civilisatrice des mœurs, elle ne se fait pas trop d’illusion non plus sur la bête humaine – j’ajouterais que sachant l’homme habité par le péché, elle n’est pas surprise de le voir pécheur. Nous avons, je crois, les mêmes amis dans la droite catho, mais ils me semblent bien plus conscients de la complexité humaine que vous ne le suggérez. J’ajoute qu’ils ne sont pas hostiles aux blagues grivoises, ce qui tombe bien, car je les aime bien aussi !
Parallèlement à l’extension continue du domaine du racisme, on assiste à l’extension continue du domaine du viol.
Nous avons perdu le sens du « pas d’amalgame » : nous entrons dans la même catégorie le regard insistant, la drague, la drague lourde, l’agression et le viol. Donc si je vous ai regardée quinze secondes de trop, et que vous y avez détecté la possibilité d’un désir, nous sommes déjà engagés dans un processus de viol. Surtout en milieu professionnel, où c’est assimilable à une tentative d’intimidation et d’asservissement. Ces gens-là nous condamnent à un monde désexualisé, puritain, désagréable et insultant.
Comme dans les pays communistes ou islamistes, on se cachera pour vivre normalement.
Impossible quand l’intime est considéré comme du public occulté. Cela dit, permettez-moi de vous raconter un souvenir : dans les suites du mouvement Metoo, je me souviens d’une jeune femme expliquant qu’un homme s’engageant dans une histoire avec une femme sans lui dire qu’il était déjà en couple pouvait être accusé d’avoir falsifié les règles du consentement, car il n’avait pas été parfaitement clair sur sa situation – il y aurait, dans cette histoire, un vice de consentement.
Cela fait des siècles que les hommes mentent pour avoir du sexe.
C’est fini ! Nous vivons sous le règne de la transparence intégrale.
La vraie vie va continuer comme avant.
Non, cette révolution emporte tout, la jeune génération a basculé dans un néopuritanisme véritable. Vous me direz que le sens commun suffit à déconstruire ces âneries, mais quand le sens commun n’est pas soutenu par un discours philosophique ou idéologique, il finit par s’effriter.
Fournir une armature intellectuelle à la résistance naturelle de la vie concrète, vous vous y employez. Mais pourquoi la société s’écrase-t-elle devant des minorités militantes ?
Ce sont les minorités fanatiques qui font les révolutions. La radicalisation féministe et la radicalisation diversitaire sont l’œuvre d’avant-gardes. Quand je parle de totalitarisme, ce n’est pas une métaphore : des dissidents, nous en avons, nous aurons des enfants qui dénonceront leurs parents. Et déjà, les journalistes qui se vouent à traquer le surgissement, dans le vocabulaire, de termes non autorisés font office de commissaires politiques.
Les révolutions précédentes avaient des moyens de coercition.
En une journée, on peut perdre sa vie, sa carrière, sa femme, ses enfants, ses amis, son emploi, ce n’est pas rien comme répression. Cela peut conduire au suicide.
Tous les totalitarismes ont fini par s’écrouler. Que faire ? comme disait Lénine…
Je crois à la politique et à la dissidence. La contre-société qui s’organise sous le signe de l’amitié a créé les premiers espaces de liberté véritables. Des gens peuvent se rassembler et vivre dans les interstices de la société. Et il suffit par ailleurs de quelques médias libres pour redonner une impulsion démocratique à une société.
La société française semble avoir un peu plus d’anticorps que les sociétés nord-américaines.
La société québécoise n’a pas du tout le même rapport au désir : il ne circule pas aussi librement dans la société qu’en France. C’est le drame d’une société sans État indépendant, la fonction verticale régalienne a été occupée par des Anglais, leurs serviles serviteurs locaux ou des prêtres en robe. Résultat, la virilité ne s’est jamais particulièrement développée au Québec, sauf à travers la figure du bûcheron taiseux. Ici, des femmes partagent votre manière de voir le monde, la vie et les hommes : au Québec, celles qui pensent comme vous sont condamnées au chuchotement. Cela dit, on voit aussi monter une droite masculiniste affligeante. Sans virilité, il ne reste que la masculinité primitive. Comme idiots utiles, on ne fait pas mieux.
Une société délivrée de la sexualité, cela me paraissait impossible, mais Muray avait raison. Le féminisme pudibond veut sortir de l’Histoire et revenir à l’humanité d’avant la Chute – d’où son acharnement à nier la différence des sexes.
En effet, il n’y a plus ni hommes, ni bêtes mais un magma de vivant indifférencié, l’être humain étant le plus toxique des êtres vivants. L’humanité délivrée de la fracture inaugurale entre sexes, entre civilisations, entre peuples, entre nations, c’est le fantasme de toutes les révolutions, et elles sont prêtes à aller très loin pour l’imposer.
Que répondez-vous à ceux qui disent que ça passera ?
Que ça ne passe pas du tout. Alors peut-être que, dans un siècle, ce sera passé, mais pour les générations actuelles, cette norme sociale est étouffante.
Tout de même, on ne risque pas la mort physique. Avons-nous perdu l’amour de la liberté ?
Dans tous mes livres depuis 2007, ma grande question est celle de l’identité. Dans celui-là, pour la première fois, la grande question est celle de la liberté. Car c’est elle qui est aujourd’hui piétinée.
Mathieu Bock-Côté, Le Totalitarisme sans le goulag, Stock, 2023.
Au nord de l’Oural, dans l’Iamalo-Nénétsie d’où partent bien des gazoducs qui constituent l’une des sources de la puissance russe, Alexei Navalny est mort dans une colonie pénitentiaire surnommée « Loup polaire ». Extraction des minerais et oppression des hommes semblent résumer la Russie d’aujourd’hui.
Au portail, une inscription « Le bonheur n’est pas loin » qui rappelle celle d’un autre camp, bien plus connu. En hiver, on ne la voit pas, tout est nuit dans ce district arctique où la température est de moins 30°C. Condamné à neuf puis 19 ans d’incarcération, venu de la prison de Vladimir fin décembre (« Je suis votre père Noel », avait-il plaisanté), Navalny a été condamné pour extrémisme, nazisme, diffamation, incitation de mineurs à des activités illégales, vandalisme motivé par la haine et même pour n’avoir pas respecté son contrôle judiciaire. Pour cause : il était alors en réanimation en Allemagne, après l’échec d’une tentative d’empoisonnement par un neurotoxique.
Il narguait encore le juge lors d’une audience peut-être filmée la veille de son décès.
Nier et terrifier
Trouver la cause d’une mort subite nécessite une autopsie, voire des analyses toxicologiques, mais la rétention du corps pendant plusieurs semaines suggère qu’il y a des signes de traumatisme qu’on veut cacher. Une chaine d’informations indépendante prétend qu’une équipe du FSB, l’ancien KGB, était venue dans le camp la veille et que dès le matin les prisonniers savaient que Navalny était mort.
La réactivité des services russes fut impressionnante, comme si tout avait été préparé. Navalny meurt officiellement à 14h17, les services pénitentiaires l’annoncent à 14h19 et dès 14h23 la télévision russe déclare qu’il est mort d’une thrombose coronaire. Pur hasard, le directeur de l’administration pénitentiaire est promu au grade de colonel général le surlendemain. Autre hasard qui n’en est peut-être pas un, le décès a lieu pendant la Conférence de Sécurité de Munich, là où, il y a 17 ans, Poutine a pour la première fois attaqué l’Occident.
La communication du Kremlin est à double détente: nier et terrifier. Cela remonte à loin. L’un des premiers opposants éliminés, oublié aujourd’hui, fut le député Sergueï Iouchenkov, qui enquêtait sur les attentats de 1999 qui avaient entrainé en Tchétchénie une guerre où Poutine s’est forgé la réputation d’homme fort. Il pensait, comme des historiens aujourd’hui, que ces attentats étaient un coup monté par les services secrets. Il fut assassiné en 2003. Les services secrets, la famille de cœur de Vladimir Poutine, dirigent toujours le pays. Certains disent qu’ils le possèdent.
Un opposant qui n’avait pas tout pour plaire à l’Occident
On a beaucoup accusé Navalny d’être un personnage peu recommandable, xénophobe et probablement antisémite. Il a été un nationaliste qui a tenu des propos outrageants sur les habitants du Caucase ou de l’Asie centrale sous prétexte qu’ils prenaient le travail des Russes en acceptant des salaires de misère. Ce discours populiste, il l’a publiquement regretté pour proposer un programme plutôt social-démocrate, mais la propagande n’en a pas tenu compte et Amnesty International l’a sorti de sa liste de prisonniers de conscience.
S’il avait gardé ses anciennes positions, Navalny aurait été un fervent partisan de la guerre contre l’Ukraine. Il en fut un adversaire déterminé.
Son modèle était Natan Sharansky, qu’il a suivi, 40 ans plus tard, avant la Sibérie, dans la grande prison de Vladimir et dont le livre Fear no evil (Ne crains aucun mal) lui a servi de boussole morale. Sharansky a dévoilé leurs échanges dont je résume deux extraits: « Grâce à votre livre, j’ai compris qu’il y a des gens qui ont payé un prix bien plus élevé pour la défense de leurs convictions ». À quoi Sharansky répond « Je vous souhaite, même si c’est dur au niveau physique, de conserver votre liberté intérieure ». Une admiration réciproque…
Quant au bras droit de Navalny, il s’appelle Leonid Volkov et est actuellement réfugié à Vilnius. C’est un brillant informaticien qui a abandonné sa carrière pour le suivre. C’est aussi un Juif orthopraxe.
Navalny est un homme qui, après avoir échappé de justesse à un empoisonnement, téléphone avec un aplomb incroyable à un de ses empoisonneurs et lui fait avouer son crime en public. Il retourne dans son pays en sachant qu’il y sera arrêté, et que la vengeance de Poutine sera d’autant plus impitoyable qu’il vient de le traiter de corrompu dans un film sur son palais de Sotchi.
Peu d’hommes ont choisi, en gardant leur humour comme arme, un emprisonnement dans des conditions terribles où la mort serait probablement au bout du chemin. En restant hors de Russie il savait que sa parole se dévaloriserait, mais il a surestimé son pouvoir de mobilisation des foules. Il n’y a eu que quelques centaines de personnes pour lui rendre hommage en Russie. Elles y couraient de grands risques mais il y en a eu encore moins en Occident où elles n’en couraient aucun. Poutine a gagné en endoctrinant sa population dans un mélange de peur physique, de nostalgie d’un passé mythifié, de rejet de l’étranger, de crainte du changement et d’appétence aux satisfactions matérielles. C’est la recette des dictateurs efficaces. Quant à notre sensibilité d’Occidentaux, il faut reconnaitre qu’elle est fugace pour des victimes dont le sort parait scellé, comme ce fut le cas pour les femmes iraniennes et comme ce l’est aujourd’hui pour les opposants russes. Pour parler comme Trump, qui s’est avantageusement et honteusement comparé à Navalny, celui-ci serait un « loser ». C’est surtout un homme debout, un héros de la liberté.
La social-démocratie n’a plus la cote, à tel point que plusieurs auteurs en prédisent bientôt la fin. Sans doute subit-elle les assauts de ses ennemis intérieurs et extérieurs – Gafam ou États voyous – mais plus probablement se meurt-elle d’avoir organisé sa propre chute.
Lorsqu’Henry Ford monte les marches de l’Élysée en décembre 1964 pour y rencontrer le général de Gaulle, c’est bien sûr le roi de l’automobile qui se montre impressionné par son interlocuteur. Quand Elon Musk ou Mark Zuckerberg rendent visite à Emmanuel Macron, on les sent plus bravaches. En soixante ans, le rapport de forces entre l’élite économique mondiale et notre président social-démocrate, bien que maître du feu nucléaire, s’est inversé. Ainsi, en 1965, le chiffre d’affaires cumulé des cinq plus grandes sociétés de l’époque totalisait 102 milliards d’euros d’aujourd’hui. En comparaison, celui des cinq Gafam affiche 1 350 milliards, treize fois plus – des montants comparables à ceux de pays développés. Ces 1 350 milliards représentent ainsi l’ensemble des recettes de l’État français – les Gafam et notre république bénéficient donc de revenus équivalents. La comparaison s’arrête malheureusement aux encaissements, car si l’on s’intéresse aux résultats, là où la France enregistre un déficit de 125 milliards, Bill Gates et ses homologues dégagent un excédent de… 800 milliards. Quand le Trésor public dispose à un instant t de 100 milliards, les Google et consorts peuvent signer immédiatement un chèque de 900 ! De quoi détendre Mark Zuckerberg à l’idée d’échanger avec notre sympathique président (dont l’assistante a dû sans doute lui rappeler le nom, avant son rendez-vous).
Cette incroyable puissance aux mains de quelques entrepreneurs non élus justifie, au demeurant pleinement les espoirs qui ont pu être mis dans l’Union européenne. Si la France ne fait pas le poids face à eux, l’Europe aurait dû redonner du pouvoir aux social-démocraties qu’elle était censée unir. Sans avoir eu besoin du traité de Lisbonne, l’Europe a su développer les programmes Ariane et Airbus. Depuis cette époque pionnière, particulièrement sur la thématique digitale, c’est le néant ou presque. Il n’existe pas de Google européen, mais Bruxelles s’entiche de la loi RGPD pour limiter le pillage de nos données. Fidèle à sa ligne courtelinesque, l’Union ne semble présente sur le champ de bataille de l’IA que pour en exiger la réglementation urgente – sans la maîtriser. Champion du monde de la bureaucratie, voilà l’avenir radieux que nous propose Thierry Breton – pas plus élu qu’Elon Musk. Xi Jinping, Joe Biden et Kim Jong-un ne doivent pas en dormir la nuit.
Notre inquéitante naïveté numérique
Non seulement, les Gafam disposent d’une puissance financière supérieure au PIB de 80 % des pays membres de l’ONU, mais les outils qu’ils ont développés sapent, en prime, la légitimité de gouvernants obsédés par les « likes » ou les « trending topics ». Le patron de Meta possède en effet, lui aussi, une arme de destruction massive : les réseaux sociaux. Le jeune Américain se trouve à la tête de Facebook, Instagram et, depuis peu, Threads, un concurrent de Twitter. Il a offert à l’humanité la possibilité de tout partager – l’information et le savoir en théorie mais, en pratique, souvent la bêtise la plus crasse. La Silicon Valley a également plongé Homo sapiens dans le règne de l’immédiateté – un présent permanent incompatible avec toute politique tournée vers le moyen ou long terme. Les réseaux sociaux exigent des dirigeants des démocraties des mesures et des succès à court terme irréalistes, du genre « stop oil now ». L’attraction des populismes est décuplée par Facebook ou Twitter, puisque ces outils leur permettent de diffuser un discours cohérent avec leur certitude de pouvoir agir vite et efficacement : Mélenchon souhaitait ainsi taxer à 90 % les revenus supérieurs à 400 000 euros pour régler tous nos maux. Des messages simplistes qui s’épanouissent sur les fils ou les « reels » des simples d’esprit.
Ces technologies, inimaginables en 1965, offrent par ailleurs à tous les États voyous de la planète un accès direct aux populations occidentales. Jamais les Soviétiques n’auraient imaginé inonder l’Occident, en temps réel, de fausses informations. C’est un peu comme si on leur avait confié à l’époque, de temps à autre, les manettes de l’ORTF afin que le camarade Brejnev remplace Pierre Desgraupes.
Mais Poutine, son lointain successeur, n’est pas le seul à se régaler de notre naïveté numérique. La théocratie iranienne, ses séides islamistes, ou la folle dynastie communiste nord-coréenne s’en donnent à cœur joie pour menacer les croisés capitalistes. Et encore ceux-là se sont-ils privés des moyens de la mondialisation – initiée par l’Occident honni. Le total-capitalisme chinois n’a pas commis cette erreur, ni celle de dépendre des Gafam. Il a, au contraire, banni ou censuré les réseaux sociaux américains après avoir fait émerger leurs équivalents connus désormais sous l’acronyme de Batke (ex-BATX). Ils sont à pied d’œuvre pour entamer le match Chine-États-Unis visant le contrôle de l’IA ; l’Europe, bien au chaud, assiste à la rencontre en tribune VIP, avant de reprendre le car pour l’Ehpad.
Et l’Europe, c’est la social-démocratie, avec bien sûr des différences notables entre les quatre points cardinaux du continent. Mais tous partagent l’idée d’un État-providence généreux, grand ordonnateur d’une cohabitation apaisée entre une sphère publique puissante et un marché plus réglementé qu’ailleurs dans le monde. Plus notamment qu’aux États-Unis, où l’égalitarisme et un État omnipotent n’ont jamais été des aspirations collectives légitimes. L’État français, comme ses voisins pourtant mieux gérés, se trouve ainsi engagé dans une opération de sauvetage désespérée de son modèle social. Maintenu en survie artificielle par des taux d’intérêt négligeables, mais menacé par leur remontée et une démographie déclinante, l’État-providence(dense) danse sur un volcan.
Washington peut donc envisager avec plus de sérénité que nous les défis géopolitiques à venir ou la concurrence des Gafam– auxiliaires par essence du FBI ou de la CIA. En revanche, les États-Unis partagent avec les social-démocraties européennes la menace d’une tyrannie des minorités et, singulièrement, cette fois en Europe, celles issues de l’immigration musulmane. Les diasporas chrétiennes sud-américaines qui franchissent le rio Grande prient le même dieu que le locataire de la Maison-Blanche et ils sont majoritairement descendants de colons et non de colonisés. Qui plus est, ils savent qu’ils n’auront droit sur place à aucune allocation, aucun logement, aucun soin s’ils ne trouvent pas un boulot dans les heures qui suivent leur passage de la frontière. Nous ne bénéficions malheureusement pas de ces multiples bénédictions. Aucun de nos vaillants progressistes ne semble en avoir conscience : nos concitoyens noirs sont devenus à leurs yeux des « Blacks » descendants de chimériques esclaves ; les Maghrébins, des Mexicains mangeant moins épicés. Mais tous méritent l’open bar de la protection sociale française, financée par ces (racistes) Français. Beati paupere spiritu.
Sur les deux rives de l’Atlantique, l’équilibre entre intérêt général et droits individuels a été rompu quelque part entre 1970 et 1980. Arbitrer entre droits et devoirs,c’était jadis la définition de la politique, jusqu’à ce que cette dernière perde de vue le bien commun pour ne proposer que l’ajout de nouveaux « droits à » ad nauseam. Cette hypertrophie, déjà problématique en soi, pouvait sans doute s’entendre dans un contexte d’homogénéité culturelle et d’implicite intérêt collectif. En toile de fond de la social-démocratie, le judéo-christianisme et le message laïcisé du Christ, les droits de l’homme, dont on ne trouve nul baptiste dans l’arc arabo-musulman. Mais l’émergence du concept de communautés victimes de stigmatisation ou de racisme a introduit un niveau intermédiaire entre l’individu et le peuple, ce dernier s’effaçant progressivement au profit de l’archipel de communautés décrit par Jérôme Fourquet. Selon Bard, l’IA de Google (et faute d’équivalent européen), « l’occurrence des mots rattachables à l’islam dans les médias français a augmenté de 20 000 % entre 1965 et 2023 ». Difficile d’imaginer que cette archipélisation soit sans conséquence sur les relations entre des îlots hostiles et l’île principale, alias la majorité, le peuple historique, les Français de souche, si l’on est de droite ; la France rance, les beaufs, les racistes, les gilets jaunes si l’on est de gauche ou bobo. Ce communautarisme a rompu le contrat social.
Asile de dingues
Or, la social-démocratie a été conçue pour gérer les rapports de classes en assurant l’égalité des chances et la redistribution entre des individus disposant d’une vision de la famille ou de la nation en maints points comparables. Elle ne s’était pas fixé comme objectif la gestion d’un asile de dingues où un barbu peut prétendre être une femme, pas plus qu’elle n’était prédisposée à chasser les crèches de Noël ou à déboulonner des statues offensantes. Les nations occidentales ont depuis dix ans, au moins, des allures d’unités psychiatriques où l’on peut traiter Churchill ou de Gaulle de « fasciste » et considérer Finkielkraut, Zemmour ou Nétanyahou comme « nazis ». Cette social-démocratie déboussolée exige à présent de la majorité une solidarité sans faille, quoique toujours plus coûteuse, avec des communautés qui la détestent ouvertement, voire aspirent à la réduire à la minorité. Un statut auquel certains souchiens ne verraient aucun inconvénient : le sort actuel des juifs en Occident, ces haïssables « super blancs », devrait modérer leur enthousiasme.
Défendre l’intérêt général impose désormais de défendre la majorité blanche et hétérosexuelle de ce pays – un crime raciste et stigmatisant. Comble de la perversion du système, le fumeux « État de droit » s’oppose sans complexe au bien commun. Il conviendrait en réalité de le requalifier d’État sans droit. Sans celui d’exécuter les OQTF ; de contrôler ses frontières ; de construire des prisons ; d’assurer le maintien de l’ordre ou d’exiger de ses magistrats qu’ils y concourent. Son seul droit est un devoir : fermer les yeux (sa gueule aussi) et payer.
Immigration ou solidarité
Michel Wieviorka nous l’avait bien dit en 2009, à l’occasion du (honteux, bien sûr) débat sur l’identité française : « L’identité nationale, c’est la Sécurité sociale. » Néanmoins, la promettre à toute l’Afrique, c’est en réalité la condamner à la faillite, donc mentir aux Africains et accessoirement trahir les Français qui la financent. C’est ce qu’ont compris les Danois : entre immigration et solidarité, il faudra choisir. Ils ont commencé à prendre de fermes mesures pour décourager les immigrés, entraînant une chute spectaculaire de 50 % des demandes d’asile entre 2021 et 2022. En France, le think tank Contribuables associés estime à 54 milliards le coût annuel de l’immigration, sans que personne ne soit capable de chiffrer celui de la fracture culturelle. Contrairement aux autres allocations et dépenses publiques, dont les réductions seront politiquement douloureuses, voilà une source d’économie consensuelle. L’adhésion des Français aux mesurettes de la dernière loi anti-immigration (70 % y sont favorables) tend à valider cette hypothèse. La social-démocratie danoise nous montre donc le premier obstacle à franchir pour espérer sauver une organisation sociale à la disparition de laquelle seuls les sots applaudiront. L’Europe de l’Ouest et du Nord a offert pendant une quarantaine d’années un havre enviable – ils ne sont pas nombreux, ici, à lorgner sur le modèle social américain, au demeurant paradisiaque si l’on est riche et bien portant. Jusqu’à ce que cette Europe décide, en se passant de toute onction du suffrage universel, de devenir une démocratie théorique, soucieuse de complaire en priorité aux minorités allogènes et à leurs défenseurs. Une social-allocratie [1] à l’avenir sombre, si elle persiste à s’autodétruire avec la même application.
Brigitte Macron avec les princesses du Maroc Lalla Meryem, Lalla Asmaa et Lalla Hasnaa, Paris, 20 février 2024. Image : Instagram de l'Elysée.
Brigitte Macron et Stéphane Séjourné nous sont présentés comme les artisans du dégel des relations diplomatiques franco-marocaines. Le ministre des Affaires étrangères se rendra dans le royaume dimanche.
Les relations franco-marocaines n’ont pas été parfaites ces dernières années, émaillées par des brouilles et des incompréhensions évitables. Il semblerait pourtant qu’un réchauffement progressif commence à se faire sentir. Ainsi, la visite des trois sœurs de Mohammed VI à Brigitte Macron est un signal faible des tentatives de rétablir cette relation historique qui a toujours été profitable aux deux parties. Dans la même optique, Stéphane Séjourné est attendu à Rabat le 25 février. Cette rencontre constituera la première entre le nouvellement nommé ministre des Affaires étrangères, qui a fort à faire sur les terrains européens, africains et moyen-orientaux, et son homologue Nasser Bourita.
Lever les incompréhensions
En jeu, le rétablissement d’un dialogue sain entre les deux pays de la façade atlantique qui pourrait éventuellement préparer le terrain à une visite d’Emmanuel Macron dans le royaume qui fêtera cette année le 25ème anniversaire du couronnement de Mohamed VI. Il se dit d’ailleurs que les deux ambassadeurs respectifs, Samira Sitaïl et Christophe Lecourtier, joueraient un rôle essentiel dans cette reprise de contact. Une reprise importante pour la France, l’Espagne étant aussi de son côté en train de tenter de lancer une nouvelle dynamique dans sa relation bilatérale avec son voisin du sud, par l’intermédiaire du Premier ministre Pedro Sánchez qui saisit notamment l’opportunité offerte par la co-organisation de la Coupe du monde 2030 de football qui verra pour la première fois certains de ses matchs être joués sur le continent africain. Une première qui constitue aussi, il faut l’admettre, un coup de maître pour la péninsule ibérique et le Maroc.
Tout cela explique aussi sûrement l’enthousiasme de l’Élysée qui a publié sur Instagram via son compte officiel le message suivant : « Dans la continuité des relations d’amitié historique entre la France et le Royaume du Maroc, Madame Brigitte Macron a reçu Leurs Altesses Royales les Princesses Lalla Meryem, Lalla Asmaa et Lalla Hasnaa. Le Président Emmanuel Macron est venu les saluer ». Pourtant, la désignation de Stéphane Séjourné au Quai d’Orsay inquiétait les spécialistes de la question. En effet, durant son mandat européen à la tête du groupe Renaissance, certains votes du nouveau ministre avaient suscité l’incompréhension à Rabat. Stéphane Séjourné, à qui il a été demandé par l’Élysée de s’investir personnellement dans cette relation, l’a résumé en une formule lapidaire : « Il y avait des incompréhensions qui ont amené à une difficulté ». L’objectif est donc clair : lever ces incompréhensions.
Jalousies vis-à-vis d’Alger
Parmi celles-ci, des sujets hautement politiques comme la question de l’activité des séparatistes du Polisario au Sahara ou encore des liens franco-algériens perçus comme étant asymétriques. Avançant à pas feutrés sur le Sahara, Stéphane Séjourné semble vouloir promouvoir une solution diplomatique allant dans le sens des revendications du royaume chérifien pour « regagner la confiance » marocaine : « Dans le passé, on a toujours été au rendez-vous, même sur les dossiers les plus sensibles comme le Sahara occidental, où le soutien clair et constant de la France au plan d’autonomie marocain est une réalité depuis 2007 »[1].
Fragile, cette relation recouvre pourtant des enjeux de grande importance pour les deux pays que la géographie comme l’histoire ne peuvent qu’amener à converger. En phase de modernisation de sa vie économique et sociale, le Maroc prépare notamment une grande réforme de son code de la famille qui rejaillira sur le statut juridique des femmes, expliquant d’ailleurs sûrement la visite des sœurs du roi auprès de Brigitte Macron. La lutte contre le terrorisme islamiste ou encore l’immigration en provenance du Sahel demandent aussi des approches internationales dans un monde sous tension, soumis aux soubresauts militaires. Passage essentiel pour l’Afrique de l’Ouest, le Maroc est désormais incontournable dans le cadre des projets de co-développement économiques avec le continent sud mais aussi un partenaire pour la France dans ses relations avec les pays du Sahel et du CEDEAO. Aux échecs, il ne faut pas perdre un cavalier. Gageons que notre diplomatie l’a enfin compris.
La doyenne de nos dernières grandes actrices, Micheline Presle, vient de nous quitter à l’âge de 101 ans. Elle aura eu une belle vie, et une magnifique carrière. En effet, c’est le fameux réalisateur Georg Wilhelm Pabst, celui-là même qui fit tourner Louise Brooks, qui lança Micheline Chassagne, de son vrai nom, en 1940. Sa carrière se poursuivit jusqu’en 2016 avec Je veux être actrice de Frédéric Sojcher. Elle fut la muse des plus grands réalisateurs du siècle dernier, dont Autant-Lara, dans son chef-d’œuvre: Le diable au corps, d’après le roman de Raymond Radiguet. Elle fit également quelques incursions dans le cinéma d’auteur, avec notamment Paul Vecchiali. Micheline était sur tous les fronts, boulimique de son art. Cependant, dans le cœur des français, elle restera à jamais Eve, le délicieux personnage du non moins délicieux feuilleton : Les saintes chéries, si symbolique des Trente Glorieuses. Enfin, nous ne résistons pas au plaisir de citer Jean Gabin : « Quand on te regarde, on te pardonne tout », lui avait-il dit. Pour célébrer son centenaire, en septembre 2022, votre magazine préféré lui avait consacré un portrait. En hommage à Madame Presle, nous le rediffusons ce matin.
La doyenne du cinéma français a traversé le XXe siècle sur les planches et devant les caméras, en alternant les rôles comiques et tragiques. Une carrière guidée par une bonne étoile. Le 22 août, Micheline Presle a eu 100 ans. Danielle Darrieux et Michèle Morgan disparues, elle est désormais la doyenne du cinéma français. Lui rendre hommage me tenait à cœur pour deux raisons : la première, très personnelle, est que ma grand-mère lui ressemblait beaucoup ; l’autre, plus sérieuse, est qu’elle a toujours été une actrice atypique. Micheline Presle a dû en effet se trouver une place entre ses deux illustres contemporaines, entre l’aura quasi hitchcockienne de Michèle Morgan et l’estampille « qualité France » de Danielle Darrieux. De quoi la rendre intéressante. Elle a toujours brouillé les pistes, totalement libre, refusant même un premier rôle dans un film de Clouzot – qui n’a pas vu le jour –, pour partir en vacances. Tour à tour tragique et drôle, elle a su exploiter à merveille sa vis comica dans Les Saintes Chéries, délicieux feuilleton des années soixante de Nicole de Buron, où elle campe Ève, une mère de famille un peu fofolle, aux côtés de Daniel Gélin, nonchalant et désabusé à souhait. Elle gagne alors, sur le tard, le statut d’actrice populaire, de celles qui rassurent et rendent la vie plus légère. On ne sait comment germe l’idée de devenir actrice dans la tête des jeunes filles de bonne famille. Chez les bonnes sœurs, la petite Micheline Chassagne a été le trublion de service : « Chassagne, vous finirez sur les planches ! » lui jette un jour au visage une religieuse qui ne croyait pas si bien dire.
Elle débute au cinéma à 16 ans, dans Jeunes filles en détresse, avec Pabst, celui-là même qui avait lancé Louise Brooks avec Loulou. Dans « Gros Plan », un portrait que lui consacre la télévision en 1958, elle raconte avec désinvolture avoir eu beaucoup de chance au début de sa carrière, chance qu’elle a accueillie avec candeur, sans se poser trop de questions. « Et puis la chance s’est lassée », dit-elle. En effet, à la fin des années cinquante, alors que s’amorce la Nouvelle Vague, il n’est pas de bon ton d’employer des actrices d’avant-guerre. Mais un bon génie, honni de cette Nouvelle Vague, croise sa route, c’est Claude Autant-Lara. Le réalisateur la consacre « vedette du moment » avec Le Diable au corps, d’après l’admirable roman de Raymond Radiguet. Elle y incarne Marthe, une jeune mariée qui file le parfait amour avec un jeune lycéen, le temps d’une guerre. Elle y est merveilleuse de grâce et de gravité. Avec Gérard Philipe, ils forment un couple sidérant de beauté et de tragique contenu. On retrouve dans ce film toutes les qualités de jeu de Mademoiselle Presle : son sens de la retenue et de la frivolité, avec toujours cette ombre de mélancolie dans son beau regard vif. À 100 ans, dont soixante-quinze passés sur les planches et autant sur les plateaux de cinéma (124 films !), ce regard n’a pas changé. « Regardez ce que vous me faites faire ! À cause de vous j’ai retiré mon chapeau ! » Cette réplique du Diable au corps, qui s’adresse à Gérard Philipe alors que commencent leurs amours condamnées, résume à elle seule la personnalité de cette actrice singulière.
Alors que l’époque est marquée par une américanisation des débats et que fleurissent sur Internet des fake news, l’information demeure une ressource capitale, et un terrain d’affrontements où le pluralisme est davantage garanti par le choix offert aux téléspectateurs que par des règles de représentativité inapplicables – car ne tenant plus compte des réalités idéologiques.
Qu’est-ce que le « pluralisme » ? Notion molle, le « pluralisme » revient constamment sur le devant de la scène. Véritable mantra de la vie politico-médiatique, et pas seulement, le pluralisme semble l’horizon indépassable des sociétés plurielles. Mais qu’entend-on par-là exactement ? En saisissant la justice administrative à propos de la chaîne CNews en 2022, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) a ouvert un débat qui risque peut-être de lui échapper.
Valeurs actuelles, février 2024Libération, juin 2021
En novembre 2021, RSF demandait à ce qui était alors le CSA (devenu Arcom en janvier 2022) de mettre en demeure CNews sur le fondement de la loi du 30 septembre 1986 portant sur la liberté de communication. Ce texte détermine que les chaînes de télévision doivent « assurer l’honnêteté, le pluralisme et l’indépendance de l’information ». Le bureau exécutif de RSF estimait alors que le CSA-Arcom devait obliger CNews à respecter ses « obligations légales » et que la chaîne n’était désormais plus un média d’information mais d’opinion. L’Arcom ayant refusé, RSF a saisi le Conseil d’État qui s’est finalement prononcé sur les principes du contrôle exercé par l’Arcom en la matière.
Le cadeau empoisonné du Conseil d’État à l’Arcom
Rendue mardi 13 février, la décision du Conseil d’Etat présente une interprétation discutée et discutable de la loi de 1986, puisque la haute autorité administrative a ordonné à l’Arcom de « réexaminer dans un délai de six mois le respect par la chaîne CNews de ses obligations ». L’innovation de la décision tient dans les critères choisis par le juge administratif pour qualifier « la diversité des courants de pensée et d’opinions». Alors que l’Arcom ne décompte que le temps de paroles des personnalités politiques de métier, le Conseil d’Etat a affirmé que le contrôle du respect du pluralisme devait aussi s’appliquer aux « chroniqueurs, animateurs et invités » des émissions.
Sont notamment visées en filigrane des personnalités telles qu’Éric Zemmour, qui avait tardé à se déclarer candidat à la présidentielle à l’automne 2021, ou encore Philippe de Villiers désormais retraité de la politique et reconverti comme chroniqueur. Mais alors, pourquoi ne viser que CNews ? Roselyne Bachelot occupe sur BFMTV une position similaire à celle de Philippe de Villiers, par exemple, sans que grand monde ne s’en émeuve. En outre, les positions politiques peuvent évoluer avec le temps. Jacques Toubon était un homme de droite affirmé dans les années 1980, souvent directement confronté à un Julien Dray sorti du Parti socialiste et qui a glissé vers le centre au fil du temps.
Débat du jour: pourra-t-on encore débattre demain ?
De même, s’il est aisé de déterminer la sensibilité des politiques de métier, puisqu’ils sont encartés, il n’en est absolument pas de même avec les chroniqueurs et journalistes. A fortiori de nos jours, où les sujets transversaux sont légion et écartèlent le champ politique. Qui est aujourd’hui d’une gauche ou d’une droite chimiquement pures ? Qui peut dire s’il y a des points de vue de « droite » et de « gauche » parfaitement identifiables sur des questions aussi sensibles que l’écologie, les relations internationales, les mœurs ou l’économie ? Les sociétés liquides créent des cercles idéologiques rhizomatiques qui se croisent. Il est tout à fait possible d’être très à droite sur les questions d’immigration et aligné avec Raphaël Glucksman en affaires internationales. De la même manière, des partisans de la décroissance économique et écologique peuvent être de parfaits conservateurs de droite sur tous les autres sujets.
L’authentique pluralisme de 2024 ne correspond absolument plus aux critères des années 1980, désormais parfaitement anachroniques. Le Conseil d’Etat a ouvert une boite de Pandore qui pourrait entrainer une reconfiguration majeure des médias audiovisuels classiques et profiter aux plateformes numériques. Car, CNews est en effet une chaine d’information présentant une sensibilité plus proche de la « droite », comme France Inter est un média d’information du service public dont la majorité des chroniqueurs sont plus proches de la « gauche ».
L’apparition des réseaux sociaux et l’américanisation progressive du débat public, lui-même radicalisé lors de la campagne présidentielle de 2016 ayant opposé Donald Trump à Hillary Clinton, ont créé des bulles informationnelles asymétriques. L’information n’est plus un monopole d’Etat comme du temps de l’ORTF, mais bien une ressource capitale et un terrain d’affrontements où le pluralisme est garanti par le choix offert aux téléspectateurs plus que par des règles de représentativité inapplicables, car ne tenant plus compte des réalités. Le seul sujet valable qui devrait concerner les autorités en la matière est la lutte contre les fausses informations et la rétention d’informations. La composition des plateaux est du ressort des patrons de chaines et des programmateurs dans une société libérale, hors politiques de métier.
Les chancelleries occidentales ont beau émettre dernièrement des doutes quant aux dernières actions de Tsahal à Gaza, elles savent très bien qu’Israël fait le sale boulot. L’analyse de Liliane Messika.
Pendant que les dirigeants occidentaux font du crowdfunding de suffrages, Israël continue de se poser en rempart de notre civilisation devant la barbarie des ennemis auxquels ils font les yeux doux.
Les méchants sont ceux qui sauvent les otages et fournissent l’électricité
Deux cent mille manifestants pro-Hamas à Londres, ça a dû faire jaunir de jalousie les compañeros amateurs de « Judios no Pasaran ! » En France, nous sommes plus modérés : le soutien à l’agressé israélien s’est fait du bout des lèvres et l’entrain des supporters de l’équipe Shoah – 2 est plutôt mou dans la population générale.
Pendant ce temps, sur le terrain, les Forces de défense israéliennes avancent au sud de la Bande de Gaza et divulguent de nouvelles preuves de la bestialité du Hamas.
« Les Israéliens ne respectent rien, ils attaquent même les hôpitaux » scandent les Bisounours noctambules[1]. En Lisa Macheiner (coordinatrice de projet de Médecins sans frontières à Gaza) dans le texte : « Les hôpitaux devraient être considérés comme des lieux sûrs et ne devraient jamais avoir à être évacués »[2].
De fait, sans cesser de traquer les terroristes qui opèrent depuis l’intérieur de l’hôpital Nasser à Khan Younis, Tsahal a fourni, le 16 février, de la nourriture, du carburant et de l’eau à cet hôpital, ainsi qu’un générateur alternatif pour assurer son alimentation électrique en attendant que son propre générateur soit réparé[3].
Le porte-parole de l’armée, Daniel Hagari, a déclaré que les troupes y avaient également trouvé des explosifs, des grenades et des mortiers et que, au mois de janvier, une roquette avait été tirée depuis l’intérieur de l’établissement hospitalier. Les Israéliens y ont aussi mis à jour une salle de commandement, un complexe de renseignements et d’interrogatoires et un poste de police.[4]
À l’appui, ils ont diffusé des images de l’interrogatoire d’un agent du Hamas capturé, avouant que 10 otages minimum avaient été détenus dans l’enceinte de l’hôpital[5].
Le porte-parole a rappelé les découvertes dans les hôpitaux al-Shifa, Rantisi, et al-Amal, qui font de l’hôpital Nasser une énième preuve que « le Hamas utilise systématiquement les hôpitaux comme plaques tournantes du terrorisme. … Selon les évaluations des services de renseignement et les informations que nous avons recueillies sur le terrain, plus de 85 % des principaux établissements médicaux de Gaza ont été utilisés par le Hamas pour des opérations terroristes. [6] »
Les deux photos ci-dessous légendent en blanc, les installations médicales et en rouge, les installations militaires qui se partageaient l’hôpital de Khan Younis[7].
Tartarin se fâchera si les médicaments n’arrivent pas à leurs destinataires
En fouillant l’hôpital Nasser, les soldats israéliens n’ont pas trouvé que des armes, mais aussi des médicaments. Dans un hôpital, cela n’a rien d’anormal, sauf que ceux-là portaient des étiquettes aux noms des otages.
Ces médicaments, plusieurs dizaines de caisses, provenaient soit du stock envoyé par les proches d’otages kidnappés au kibboutz Nir Oz,[8] soit de la fourniture de la France via le Qatar : « L’origine des médicaments et leur utilisation font l’objet d’une enquête », a expliqué le porte-parole de Tsahal.
On n’a pas oublié l’engagement de notre ministre des Affaires étrangères : « la non-délivrance de ces médicaments pourrait avoir de « graves conséquences »[9]. La non précision sur le type de preuves de délivrance attendues et des « graves conséquences » lui laisse une large marge de manœuvre pour plaider la responsabilité sans culpabilité (ou vice versa), mais c’est silence radio après la découverte des médicaments non livrés.
Pinocchio prétend vouloir diriger les non-opérations sur le terrain
Israël ne doit pas lancer d’opération militaire à Rafah, sans un plan « crédible » de protection des civils, a expliqué le stratège Joe Biden à Benjamin Netanyahu, le 11 février 2024[10].
Côté égyptien, la frontière avec Gaza a été lourdement fortifiée par des murs de béton en surface et en sous-sol et par une zone tampon de 5 kilomètres de large. L’Égypte a aussi menacé de suspendre son traité de paix avec Israël si des troupes israéliennes entraient dans Rafah.
Les Palestinolâtres qui s’imaginent voir là une défense des intérêts de leurs mascottes se trompent lourdement. Si le blocus est plus rigoureux du côté égyptien qu’israélien, c’est parce que le raïs Abdel Fattah al-Sissi, instruit par l’expérience et insensible à l’opinion des Gentils Organisateurs occidentaux de manifs, applique une politique zéro-Palestinien de son côté du poste frontière de Rafah. Les fortifications en témoignent.
Biden n’est pas dupe, il sait bien que ses menaces n’empêcheront pas Netanyahou de poursuivre sa guerre d’éradication du Hamas. Cette offensive a, d’ailleurs, permis à Israël de libérer deux otages à Rafah même, le lendemain de la déclaration de Biden.
Cet appel ne s’adressait, en réalité pas à Israël, mais à la gauche de la gauche du parti démocrate, qui est à la démocratie américaine ce que LFI est à la française : un fossoyeur.
Le président américain a raison de prendre au sérieux les agitatrices Rashida Tlaib, Ilhan Omar et leurs copines en hidjab, car il a son Saint-Denis, qui se nomme Dearborn, dans son 93, alias le Michigan. Le 5 février 2024, le maire de la riante cité de Dearborn, Abdullah Hammoud, a organisé un rassemblement pour la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien.
On y a entendu le président être traité de « cancer dans notre pays »…
… et une promesse de victoire, « ici à Washington et là-bas en Palestine ».
Biden sait très bien ce que veut dire le slogan « From the river to the sea, Palestine will be free », du fleuve à la mer, la Palestine sera libérée. Traduction US : « From New York to San Francisco, Islamerica will be free », ce qui donne en français « De Calais à Marseille, la France sera décolonisée. »
Dans l’espoir d’éviter cela, au moins pendant la durée de son mandat, Biden fait comme Macron : des caresses aux dictateurs ennemis en présentiel et des menaces aux alliés objectifs démocratiques en distanciel.
Angélisme
Les Israéliens ont longtemps voulu croire que s’ils étaient très très gentils avec leurs ennemis, ceux-ci leur pardonneraient d’exister. Cette illusion n’a pas dépassé le 7 octobre : elle ne peut perdurer que dans les pays européens où la force n’a pas encore anéanti une part suffisante de la population.
« L’endiguement et la retenue au fil du temps traduisent une aversion à l’usage de la force, mais dans une région où la culture politique valorise l’usage de la force, ce comportement est vu comme une faiblesse.[11] » Cette analyse est celle du Professeur Efraïm Inbar, président de l’Institut d’Études sur la Sécurité et les Stratégies de Jérusalem (JISS). Cela dit, point n’est besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre que la grenouille n’a aucune chance contre le scorpion, si elle l’autorise à monter sur son dos.
Les Français en sont conscients. Leurs dirigeants probablement aussi, mais ils préfèrent passer pour les gentils aux yeux de la gauche, qu’avoir raison avec Aron. Combien de professeurs le paieront de leur vie, combien de Français s’exileront pour ne plus en subir les conséquences ? Vous le saurez, chers lecteurs, en regardant les résultats des élections européennes le 9 juin prochain.
Le paysage médiatique fantasmé par Christophe Deloire, directeur de Reporters sans Frontières et garde-chiourme du politiquement admis, existe déjà aux frontières de l’Hexagone : en Belgique francophone, le petit milieu qui s’accapare les plateaux télévisés, les radios et les colonnes des gazettes, pense exactement la même chose sur à peu près tous les sujets. La nuance déjà est d’extrême droite. Et donc interdite.
Un « débat » ressemble à peu près à ceci sur la RTBF (radio-télévision publique) ou sur RTL (chaîne privée) : autour d’un animateur mielleux et complaisant, parlementent le président du Parti socialiste, son homologue libéral (adepte du « en même temps » : un coup au centre-gauche, pour ne pas fâcher ses partenaires de coalition, un coup au centre-droit, c’est-à-dire aux confins du fascisme), un « centriste engagé » (catégorie politique qui existe bel et bien en Wallonie !), une néo-féministe également écolo-islamo-wokiste et un journaliste progressiste. Parfois, le ton monte, pour « montrer sa différence » qui n’existe que dans cet éphémère éclat de voix.
Tous ronronnent leur progressisme, leur tropisme immigrationniste, leur préoccupation pour la planète, leur amour de la diversité, leurs critiques plus ou moins larvées envers Israël quand il ne s’agit pas de leur complaisance pour le Hamas, et, par-dessus tout (le combat des combats), leur crainte de voir l’extrême droite rompre les digues qui l’isolent du monde fréquentable. Tous gouverneront ensemble dans une coalition multipartite, y compris le journaliste qui finira, pour respecter une tradition belge, par rejoindre le parti traditionnel le plus offrant.
En revanche, en raison du sacro-saint cordon sanitaire, vous ne verrez, ni n’entendrez, ni ne lirez, dans les médias, des personnalités comme Drieu Godefridi, intellectuel francophone, Alain Destexhe, auteur d’essais et ancien élu libéral-conservateur qui a lancé sa formation en 2019 avant de se retirer de la politique active, Jérôme Munier, président du parti Chez Nous, ou moi-même. J’ose croire, avec un brin d’immodestie, que nous avons chacun de quoi élever le niveau de la discussion avec nos spécificités, nos intelligences, notre verve, parfois notre humour, et, surtout, notre son de cloche qui risquerait de réveiller les bien-pensants.
La conséquence, quand tous les bretteurs sont acquis aux mêmes idées, est la baisse en qualité du débat, dénué de fulgurances, d’éloquence, de culture. La bêtise y règne en souveraine. Le nivellement se fait par le très bas et le consensus. Les invités, entend-on souvent chez l’homme de la rue, sont « toujours les mêmes ». Et quand on est un citoyen, il vaut forcément mieux, pour avoir l’oreille des journalistes, être clandestin, casseur antifa, se sentir discriminé, ou créer la gare de Mons avec des allumettes (à défaut que le vraie soit terminée), que se revendiquer patriote, conservateur ou populiste.
Tout le petit monde acquis au politiquement correct s’étonne de la baisse des audiences et du désintérêt du grand public, mais n’a pas à s’en inquiéter. C’est que les médias sont grassement subventionnés : rien que la RTBF mobilise 300 millions d’argent public chaque année. Le nouveau-venu LN24, chaîne d’information en continu, préfère se contenter d’audiences catastrophiques et de finances peu reluisantes, qu’oser la pluralité et être un CNews à la belge.
Au bout du compte, dans ce monde où Saint-Just aurait triomphé de Voltaire, il demeure une impression de vivre dans une tyrannie de la pensée unique, avec ses ordonnateurs et ses petits flics hyperactifs sur les réseaux sociaux, chassant tous en meute, et surjouant leurs fausses indignations pour ne pas être, à leur tour, victimes de la curée. Et pour les mal-pensants, une impression, en guise de consolation, celle d’être des belluaires des temps modernes.
La droite nationale ou patriote, obnubilée par la question migratoire, doit rapidement se pencher sur les autres problèmes de la jeunesse française, paupérisée et en proie à des injonctions contradictoires dingues et vertigineuses.
La droite patriote, toutes étiquettes confondues, a fait le plein sur l’immigration. Le message est passé : les Français qui devaient comprendre ont compris, les autres ne sont pas encore prêts ou ne le seront jamais.
Le grand déclassement
Il est temps de rajouter une autre corde à son arc et de parler à d’autres Français, ceux qui sont touchés de plein fouet par le déclassement social et par le mal-être émotionnel. Personne ne leur parle vraiment à ces Français, jeunes souvent, qui voient le monde se retourner contre eux pour les broyer. Petits-fils de boomers, ils sont nés vingt ans trop tard. Ils ont beau avoir des diplômes, ils n’ont décidément pas le même pouvoir d’achat que leurs parents. Ils ont le plus grand mal à se loger, certains ont même du mal à se nourrir correctement : ils gagnent leur vie certes mais pas assez pour manger une nourriture saine, s’acheter des fruits et des légumes. Certains sont BAC+4 ou BAC+5, mais ils occupent des emplois inutiles où ils n’ont aucune marge de manœuvre. Ils ont beau être cadres intermédiaires ou cadres supérieurs, ils sont pieds et poings liés par le CRM et la « compliance » qui en font de simples exécutants. On leur a dit qu’ils seraient une élite s’ils travaillaient beaucoup et bien, et ils se retrouvent, la trentaine passée, en train de remplir des questionnaires d’évaluation 360°.
Ils participent d’un moment incroyable de notre civilisation : ces hommes et ces femmes peuvent changer de sexe, ils peuvent échanger des nudes avec des inconnus, mais ils n’auront probablement pas de quoi s’acheter un appartement. Ils ont beau étudier, ils n’auront pas accès à la classe moyenne. Classe moyenne qui disparaît au passage, ouvrant la voie devant une France où ne subsisteront plus que les gagnants et les perdants. Autre définition du tiers-monde. Sauf que notre tiers-monde à nous n’a que le mot jouissance à la bouche, une jouissance impossible sans argent et sans carrière véritable.
Génération Prozac
De quoi devenir dingue. Et ils sont en train de le devenir. L’épidémie de la dépression est là mais personne ne veut la voir en face, car elle inflige un terrible camouflet à notre époque qui rend les gens malheureux. Les dépressions commencent de plus en plus tôt, même des enfants en souffrent maintenant. Même des enfants se suicident. Notre société va mal. Elle souffre d’un problème mental inédit : l’effondrement des défenses mentales qui rendaient la vie acceptable, voire désirable, à nos parents et grands-parents.
Nous vivons un grand massacre. Les femmes sont laminées par les injonctions contradictoires. Elles doivent s’amuser à fond et réussir professionnellement. Elles doivent être « faciles » et dominer les hommes. Elles doivent multiplier les partenaires et vivre intensément le grand amour. Elles doivent être « bonnes » et cesser de s’épiler. Elles doivent être « girly » et agressives. Leurs ancêtres ne devaient pas résoudre une équation aussi compliquée. Elles vivaient leur féminité tout simplement, elles pouvaient compter sur les hommes pour cela.
À partir de cette ligne, Sandrine Rousseau arrête de lire
Or, les hommes aujourd’hui tombent comme les poilus dans la Somme, sous le coup d’un gaz moutarde d’un genre nouveau. Le venin est hormonal désormais : ils doivent être des hommes déconstruits, fragiles et niais, mais on attend d’eux qu’ils aient le charisme du mâle alpha. Ils doivent réussir dans la vie mais on leur interdit les vertus viriles comme l’ambition et l’honneur. Ils apprennent à faire l’amour en regardant des viols nommés films pornos, mais le spectre d’un #metoo les poursuivra tant qu’ils auront une vie sexuelle actuelle. On leur parle d’égalité homme-femme mais ils voient bien que leur parole ne vaut rien face à une femme qui les accuse sauf s’ils sont ministres ou trafiquants de drogue. Dans les deux cas, les femmes supposément battues ou molestées se rétractent et les magistrats s’abstiennent. Enfin, ils sont inutiles à leurs femmes qu’ils sont incapables de défendre contre les agressions, par manque de vigueur physique mais aussi parce que les magistrats ne supportent pas la légitime défense : aux yeux d’un juge, il vaut mieux être mort que traduit en justice pour avoir tué son assaillant.
La crise culturelle
Les deux, hommes et femmes, sont privés de culture. Hanouna a remplacé Pivot. Il n’y a plus de transmission. Les jeunes d’aujourd’hui grandissent dans un pays neuf, né de la dernière pluie. Ils sont privés des nourritures spirituelles de leurs ancêtres, ils ne trouvent plus la sérénité en regardant les paysages de leur beau pays, ils ne ressentent plus l’impression douce et consolante d’être chez-soi quand ils marchent à l’ombre des monuments. Ils sont largués dans le monde comme des enfants abandonnés dans un orphelinat soviétique. Comment peuvent-ils être heureux ?
Tout, absolument tout, peut les terrasser car ils sont creux et secs. Ils sont à jeun de tout ce qui importe, de tout ce qui rend fort.
Il n’y a pas que le grand remplacement dans la vie. Il y a aussi le grand désenchantement, mélange du grand déclassement et du grand effondrement mental. En ressort une tristesse immense qui peut être un ingrédient politique de premier plan pour la conquête du pouvoir.
Ces jeunes qui souffrent ne connaissent des idées patriotes que la lutte identitaire et la souveraineté. Or, leur identité est la souffrance elle-même. Et la souveraineté est une notion exotique à leurs yeux, sachant qu’ils ne sont même pas souverains d’eux-mêmes.
La plupart ne vote probablement pas. Certains font n’importe quoi comme voter LFI ou écologistes : ils donnent des coups de poing dans le vide. Inutiles de leur en tenir rigueur, ils ont besoin d’empathie et de douceur.
Il n’y a aucune fatalité. Ils rejoindront le camp patriote le jour où il les convaincra que leur cause est entendue. Leur cause personnelle, égoïste et intime, pas la cause française.
Un bon point de départ pour se rapprocher de cet univers souterrain qui forme la musique de fond de notre société est de lire Marion Messina. Son roman Faux Départ rend compte avec brio de la détresse d’une jeune Grenobloise anéantie, en quelques mois, par une université en faillite et un marché du travail inhumain.
80 ans après son exécution par les nazis, le résistant Missak Manouchian va entrer au Panthéon, mercredi 21 février, aux côtés de son épouse Mélinée. La cérémonie d’hommage, présidée par Emmanuel Macron, commencera peu après 18 heures, en présence du Premier ministre arménien Nikol Pachinian.
En France, les « résistants » en chaise longue plastronnent. Mais ils affrontent des ombres, en alertant sur un fascisme fantasmé. Le ridicule leur est promis. N’est pas Alexeï Navalny qui veut. Qu’on l’apprécie ou pas, l’opposant russe a laissé sa vie, dans sa prison-goulag, pour s’opposer à Vladimir Poutine et à sa dérive autocratique. Le courage de Navalny ne peut lui être enlevé. Son épouse, Ioulia Navalnaïa, est également remarquable. Elle s’est engagée à poursuivre le combat de son mari en rappelant ses mots : « Ce n’est pas honteux de faire peu. C’est honteux de ne rien faire, ou de vous laisser intimider ». Le lanceur d’alerte Julian Assange, incarcéré en Grande-Bretagne, fait partie de ces personalités dont on devine qu’elles ne reculeront pas face aux pressions et à l’adversité. En comparaison, les guignolades de ceux qui, en France, hurlent en meute au retour de l’extrême droite et de la bête immonde révèlent l’effondrement de l’esprit critique. La presse de gauche se garde, majoritairement, de barrer la route au totalitarisme islamiste et à son entreprise de conquête. Elle est en revanche intarissable contre la droite, quand elle se rend coupable de dire des vérités interdites. Pour s’être cru dépositaire d’une vigilance démocratique appliquée à l’audiovisuel, Christophe Deloire, patron de Reporters sans Frontières, s’est transformé, sous les applaudissements de la caste, en dénonciateur de la liberté d’expression sur CNews et en valet des intérêts d’Emmanuel Macron dans l’organisation des futurs états-généraux de l’information, voulus par le président. Ce dernier s’inquiète notamment de la « commoditisation » (sic) (entendre : banalisation) du journalisme. Tout est bidon chez ces résistants d’opérette.
Le chef de l’Etat fait partie de ces poseurs, bras ballants devant les vrais dangers. Son choix d’exclure le RN et Reconquête de « l’arc républicain » (L’Humanité, lundi) relève du procédé stalinien de la diabolisation.
Son appel à la « décence », pour dissuader (en vain) Marine Le Pen d’assister ce mercredi à la panthéonisation de Missak et Mélinée Manouchian, est une autre manière de traquer des fantômes pour faire passer le RN pour un mouvement fascistoïde. Ces manipulations disent la petitesse du pouvoir. Les trucages invitent à relativiser la résistance du Parti communiste, qui pactisa avec l’Allemagne nazie de 1939 à 1941. Faut-il rappeler à L’Humanité, qui se rengorge de l’hommage rendu ainsi aux résistants communistes et étrangers, la démarche initiée par Jacques Duclos en juin 1940 auprès d’Otto Abetz, proche d’Hitler, pour refaire paraître le journal, au nom notamment de la lutte contre le « juif Mandel » ? Faut-il rappeler ses dithyrambes après la mort de Staline ? Et les dizaines de millions de morts jamais expiés, aucun équivalent du procès de Nuremberg n’étant venu demander des comptes à cette idéologie totalitaire ? Ce mercredi dans Le Figaro[1], l’historien du communisme, Stéphane Courtois, rappelle que Manouchian fut un « modeste résistant » dont « la vraie patrie était l’URSS ». Reste la question : les vrais résistants, s’il en reste, sauront-ils enfin se faire entendre ?
Selon l’essayiste québécois, les néoféministes ne cherchent pas simplement à bannir le sexisme. Elles rêvent de proscrire la sexualité, voire d’abolir la différence des sexes. C’est aussi ça, Le Totalitarisme sans le goulag.
Causeur. Le titre de votre livre appelle une question évidente : le totalitarisme sans le goulag, c’est mieux qu’avec, non ?
Mathieu Bock-Coté. Naturellement, cela va de soi, mais c’est du totalitarisme quand même, pour peu qu’on comprenne que ce dernier est inscrit dans la matrice de la modernité et en représente une tentation insurmontable. La modernité génère la tentation totalitaire et la tentation totalitaire génère l’esprit de procès. Nous pensions le totalitarisme intrinsèquement dépendant des techniques de domination monstrueuse propres au XXe siècle. Aujourd’hui, il n’a pas besoin de tuer, il lui suffit d’imposer comme un Bien ultime la transparence sociale intégrale, qui légitime le contrôle des pensées, des arrière-pensées, des discours, des comportements au quotidien, en plus de transformer la société en camp de rééducation à ciel ouvert. Cela donne une conception standardisée, interchangeable, ennuyeuse de l’existence.
En vous lisant, j’ai été frappée par les similitudes entre le régime diversitaire et l’un de ses alliés, qu’on peut appeler le « régime féminitaire », ainsi que par les similitudes entre eux et leur ancêtre soviétique. Mais vous traitez plus longuement le militantisme trans…
Ce qui m’intéresse, ce sont les zones de friction, où l’idéologie dominante se révèle dans sa radicalité violente. Le néoféminisme est omniprésent, avec le soupçon généralisé jeté sur le désir entre les sexes – et je l’aborde dans mon livre. Toutefois, là où le régime veut nous forcer à franchir les barrières de la logique, c’est sur la question du genre. Nous obliger à dire qu’un homme peut être enceint revient, comme le disait Orwell, à nous imposer de croire que « deux plus deux égale cinq ».
En tout cas, ces luttes convergent dans la haine du même ennemi : l’extrême droite, incarnée par l’homme blanc.
Dans mon précédent livre, La Révolution racialiste, je citais Pauline Harmange, auteur de Moi les hommes, je les déteste, pour qui la détestation des hommes est une condition essentielle de l’émancipation. En effet, l’immigrationnisme et le néoféminisme maudissent la même figure : l’homme blanc de plus de 50 ans qui ne cherche pas à devenir un allié. D’ailleurs, même le repenti/converti qui veut devenir l’allié des minorités – c’est un titre à part entière – est à jamais marqué par une tache indélébile, sa couleur de peau et son sexe biologique. Et le couperet peut s’abattre sur des hommes de gauche. Je n’ai pas une sympathie exagérée pour Julien Bayou, mais il a été la proie d’un comité de la terreur militante…
D’un club d’ex qui se montaient le bourrichon.
On oublie, dans ces affaires, que l’être humain est fondamentalement vengeur, mesquin, capable du pire. La présomption d’innocence est au contraire fondée sur une connaissance intime du cœur humain. Si les militants veulent la faire tomber, c’est parce qu’elle est le dernier pilier libéral de notre système juridique auquel ils veulent substituer quelque chose ressemblant terriblement à la justice révolutionnaire. À la limite, ils admettent la présomption d’innocence devant les tribunaux, mais cela ne vaut pas pour la société. Voyez l’enthousiasme qu’ils mettent à faire tomber des têtes, surtout quand il s’agit de gloires déclinantes.
L’étendard des femmes masque évidemment une haine du désir masculin – pas seulement hétérosexuel d’ailleurs.
Sur le plan symbolique, le désir masculin hétérosexuel est tout de même spécifiquement ciblé, frappé d’illégitimité constitutive. La logique coloniale est appliquée aux rapports entre hommes et femmes. Les femmes doivent se décoloniser. Le désir est l’amorce du viol. Je me souviens d’un article dans Libé où une jeune fille célébrait la sexualité sans pénétration, ce que son copain disait respecter, et qui s’en faisait même une fierté. Ils appelaient ça, si je me souviens bien, une sexualité n’étant plus phallocentrée. Je leur souhaite bien de la joie.
Des Blancs qui font repentance restent assez rares chez nous où la vision raciale du monde peine à s’implanter. En revanche, les hommes qui clament leur adoration pour Metoo sont légion.
Parce que c’est une condition de survie en société. De plus, chacun se demande s’il n’a pas un vague crime sur la conscience dans une société qui a inventé le retrait de consentement a posteriori. Le périmètre de la liberté d’expression se réfracte. Dans l’espace public qui est le nôtre, un homme peut à la limite dénoncer les dérives de Metoo, mais seules les femmes peuvent en critiquer le principe. Ce mouvement nous oblige à dire ce qui va de soi, alors je le dirai aussi : je condamne, comme tous les êtres civilisés du monde, les agressions, le non-respect du consentement. Et ainsi de suite.
Mais vous savez qu’il ne s’agit pas de ça ! Diriez-vous que Metoo est un bloc ?
Dès l’origine, le cri de ralliement de Metoo a été « on vous croit », qui abolit les règles élémentaires de la société libérale. Dans la foulée, on a confondu dans le même opprobre le dragueur lourd, aussi peu recommandable soit-il, et Weinstein. Enfin, d’un point de vue anthropologique et philosophique, ce mouvement veut en finir avec la part sombre et inavouable du désir et de l’amour. Les nouveaux chiens de garde rêvent d’une humanité programmable, délivrée des passions. En effet, les passions sont dangereuses. Et excitantes. J’ajoute que je ne suis toujours pas parvenu à comprendre le concept d’emprise. Je le croyais indissociable de l’amour. Mais dans un monde qui rêve de rapports transparents, aseptisés et hygiéniques entre les sexes, ce n’est plus le cas.
Dans votre précédent livre, vous considériez qu’avec l’affaire George Floyd, le régime diversitaire connaissait son « moment 1793 ». La guillotine féministe n’est pas en reste.
Et elle n’est pas sans efficacité. La figure inaugurale des guillotinés, le « porc zéro », c’est Éric Brion. Il a évidemment été grossier et ses remarques à Sandra Muller étaient plus que déplacées. Cela dit, il a été rayé de la société pour cela – pour grossièreté. À ceux qui disent qu’il n’y a pas de révolution sans victimes collatérales, je réponds qu’il n’est pas anecdotique que dès l’origine de cette révolution, on trouve une confusion entre la grossièreté et l’agression.
Aujourd’hui, vous pouvez être excommunié pour une pétition. Raison pour laquelle les signataires de la tribune Depardieu se sont débinés en bande organisée.
Quand Emmanuel Macron a pris la défense de Depardieu, le récit public a tangué. D’autant qu’avec raison, ils furent nombreux, car c’était là l’essentiel, à se porter à la défense de la filmographie de Depardieu, contre ceux qui rêvaient de l’effacer de la grande histoire du cinéma. Pour ce qui est des signataires de la tribune à laquelle vous faites référence, ils ont oublié que la morale d’hier, leur morale, n’avait plus cours. C’est le drame de beaucoup d’hommes de gauche. S’ils restent fidèles à leurs valeurs les plus essentielles, ils sont expulsés de la gauche – la gauche est une purge permanente. Alors pour demeurer à gauche, beaucoup adoptent la nouvelle religion avec un fanatisme redoublé. Après un « dérapage » raciste ou sexiste, le rituel de réintroduction dans la cité exige que le repenti soit plus virulent que ses dénonciateurs. En Amérique du Nord, c’est un classique. J’ai déjà évoqué ce chanteur qui avait dit : « Je me contrefiche de la parité, je veux les meilleurs musiciens. » Il a dû s’excuser. D’abord, « je suis un homme blanc », ensuite « mes amies féministes m’ont fait prendre conscience de mes privilèges, mais c’est déjà difficile d’être une femme aujourd’hui donc je vais me rééduquer moi-même et devenir un allié ».
Toutes les nuances de la droite sont hostiles au régime diversitaire, alors qu’elles sont divisées sur les enjeux de Metoo. Mes amis de la droite catho se méfient de la liberté des mœurs.
Vous êtes un peu sévère, la droite catho a une connaissance intime de la bête humaine, et si elle croit à la vertu civilisatrice des mœurs, elle ne se fait pas trop d’illusion non plus sur la bête humaine – j’ajouterais que sachant l’homme habité par le péché, elle n’est pas surprise de le voir pécheur. Nous avons, je crois, les mêmes amis dans la droite catho, mais ils me semblent bien plus conscients de la complexité humaine que vous ne le suggérez. J’ajoute qu’ils ne sont pas hostiles aux blagues grivoises, ce qui tombe bien, car je les aime bien aussi !
Parallèlement à l’extension continue du domaine du racisme, on assiste à l’extension continue du domaine du viol.
Nous avons perdu le sens du « pas d’amalgame » : nous entrons dans la même catégorie le regard insistant, la drague, la drague lourde, l’agression et le viol. Donc si je vous ai regardée quinze secondes de trop, et que vous y avez détecté la possibilité d’un désir, nous sommes déjà engagés dans un processus de viol. Surtout en milieu professionnel, où c’est assimilable à une tentative d’intimidation et d’asservissement. Ces gens-là nous condamnent à un monde désexualisé, puritain, désagréable et insultant.
Comme dans les pays communistes ou islamistes, on se cachera pour vivre normalement.
Impossible quand l’intime est considéré comme du public occulté. Cela dit, permettez-moi de vous raconter un souvenir : dans les suites du mouvement Metoo, je me souviens d’une jeune femme expliquant qu’un homme s’engageant dans une histoire avec une femme sans lui dire qu’il était déjà en couple pouvait être accusé d’avoir falsifié les règles du consentement, car il n’avait pas été parfaitement clair sur sa situation – il y aurait, dans cette histoire, un vice de consentement.
Cela fait des siècles que les hommes mentent pour avoir du sexe.
C’est fini ! Nous vivons sous le règne de la transparence intégrale.
La vraie vie va continuer comme avant.
Non, cette révolution emporte tout, la jeune génération a basculé dans un néopuritanisme véritable. Vous me direz que le sens commun suffit à déconstruire ces âneries, mais quand le sens commun n’est pas soutenu par un discours philosophique ou idéologique, il finit par s’effriter.
Fournir une armature intellectuelle à la résistance naturelle de la vie concrète, vous vous y employez. Mais pourquoi la société s’écrase-t-elle devant des minorités militantes ?
Ce sont les minorités fanatiques qui font les révolutions. La radicalisation féministe et la radicalisation diversitaire sont l’œuvre d’avant-gardes. Quand je parle de totalitarisme, ce n’est pas une métaphore : des dissidents, nous en avons, nous aurons des enfants qui dénonceront leurs parents. Et déjà, les journalistes qui se vouent à traquer le surgissement, dans le vocabulaire, de termes non autorisés font office de commissaires politiques.
Les révolutions précédentes avaient des moyens de coercition.
En une journée, on peut perdre sa vie, sa carrière, sa femme, ses enfants, ses amis, son emploi, ce n’est pas rien comme répression. Cela peut conduire au suicide.
Tous les totalitarismes ont fini par s’écrouler. Que faire ? comme disait Lénine…
Je crois à la politique et à la dissidence. La contre-société qui s’organise sous le signe de l’amitié a créé les premiers espaces de liberté véritables. Des gens peuvent se rassembler et vivre dans les interstices de la société. Et il suffit par ailleurs de quelques médias libres pour redonner une impulsion démocratique à une société.
La société française semble avoir un peu plus d’anticorps que les sociétés nord-américaines.
La société québécoise n’a pas du tout le même rapport au désir : il ne circule pas aussi librement dans la société qu’en France. C’est le drame d’une société sans État indépendant, la fonction verticale régalienne a été occupée par des Anglais, leurs serviles serviteurs locaux ou des prêtres en robe. Résultat, la virilité ne s’est jamais particulièrement développée au Québec, sauf à travers la figure du bûcheron taiseux. Ici, des femmes partagent votre manière de voir le monde, la vie et les hommes : au Québec, celles qui pensent comme vous sont condamnées au chuchotement. Cela dit, on voit aussi monter une droite masculiniste affligeante. Sans virilité, il ne reste que la masculinité primitive. Comme idiots utiles, on ne fait pas mieux.
Une société délivrée de la sexualité, cela me paraissait impossible, mais Muray avait raison. Le féminisme pudibond veut sortir de l’Histoire et revenir à l’humanité d’avant la Chute – d’où son acharnement à nier la différence des sexes.
En effet, il n’y a plus ni hommes, ni bêtes mais un magma de vivant indifférencié, l’être humain étant le plus toxique des êtres vivants. L’humanité délivrée de la fracture inaugurale entre sexes, entre civilisations, entre peuples, entre nations, c’est le fantasme de toutes les révolutions, et elles sont prêtes à aller très loin pour l’imposer.
Que répondez-vous à ceux qui disent que ça passera ?
Que ça ne passe pas du tout. Alors peut-être que, dans un siècle, ce sera passé, mais pour les générations actuelles, cette norme sociale est étouffante.
Tout de même, on ne risque pas la mort physique. Avons-nous perdu l’amour de la liberté ?
Dans tous mes livres depuis 2007, ma grande question est celle de l’identité. Dans celui-là, pour la première fois, la grande question est celle de la liberté. Car c’est elle qui est aujourd’hui piétinée.
Mathieu Bock-Côté, Le Totalitarisme sans le goulag, Stock, 2023.