Elle est venue, vêtue d’un blouson noir, encaisser les coups. En vraie femme politique. Elle ? La tête de liste de Reconquête. S’exprimant avec une clarté et une concision que beaucoup devraient lui envier, elle était mercredi, à l’émission de Pascal Praud, pour répondre d’accusations du « crime pensée » orwellien par excellence : celui d’homophobie.
La GPA n’enlève rien à personne, vraiment ?
Son crime, on le connaît. Alors qu’elle devait se réjouir de la naissance de « deux merveilleux enfants » au sein d’un couple de deux « papas », elle a posé la question qui fâche : où est « la maman » ? La réaction de la fâchosphère fut prompte. « Propos dégueulasse… homophobie décomplexée… Je préférerais avoir deux papas plutôt qu’une mère comme Marion Maréchal. » Quant au présentateur, sans donner la parole à son invitée, il a, d’entrée de jeu, amené le curseur de l’entretien sur un terrain tabou, en posant à Marion Maréchal « la » question qui dérange : « Vous étiez pour le mariage pour tous, n’est-ce pas » ? Après cette question et sa réponse, point n’était besoin d’arguments. L’affaire était entendue. Ne fut même pas omis l’intérêt bien compris d’une GPA qui n’enlève rien à personne !
Face à son auditoire pour ne pas dire ces juges, Marion Maréchal a répondu ce que tout le monde sait. Etre « contre » la GPA n’a rien à voir avec l’homophobie. Elle est un commerce. C’est difficile à entendre ? Pas de « oui, mais » : cette pratique est interdite par la loi. En 2017, Macron ne s’est-il pas engagé à maintenir son interdiction « au nom de l’éthique et de la dignité » ?
Encore un mot
Un point à préciser au très bon article de Céline Pina1. Le 23 avril, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la pratique de la GPA, la qualifiant de « traite humaine. » Mais ce texte de condamnation vise une GPA « forcée » sans obligation pour les Etats membres de modifier leur législation pour cela. Autant dire que cette reconnaissance qui n’a aucune valeur contraignante n’est qu’une posture humaniste. Que devient, en effet, « le certificat européen de parentalité » qui reconnaît de facto la GPA ? Il n’est pas aboli. D’où la nécessité de continuer la lutte, comme le fait l’association « Juristes pour l’enfance », dirigée par Aude Mirkovic, juriste et universitaire, signataire de la Déclaration de Casablanca, luttant pour l’abolition universelle de la GPA.
On voit bien l’intérêt de ce buzz autour de ce faire-part de naissance de deux jumelles. Tout le monde le sait que la GPA est un contrat qui chosifie l’enfant. Qu’il est totalement inégalitaire de refuser la GPA quand on accepte la PMA. Sauf qu’il est grand temps, pour le quinquennat qui a du plomb dans l’aile, de titiller l’affect de l’électorat dans le seul domaine— sociétal— où Macron réussit. La GPA est interdite ? Il faut banaliser cette pratique en émouvant l’opinion. En usant de matraquage. Alors, les cas de couples seront si fréquents, si célèbres, si emblématiques, que les cas particuliers feront jurisprudence. Et, au bout d’un temps, la GPA entrée dans les moeurs, sera consacrée par la Chambre.
Un sujet sur lequel les voix sont muselées
Loin de moi l’idée d’accuser les journalistes dont le travail est rendu très difficile par les anathèmes et les condamnations. La liberté d’expression est muselée en France dans les médias et dans la vie politique. Le politiquement correct règne en maître. Louer le ventre d’une femme ne devrait pas faire débat. Qu’il faille du courage pour le dire ouvertement est quand même étonnant. Aussi faut-il saluer celui de Marion Maréchal, la seule femme politique, à poser la question : est-il moralement bon de légaliser la GPA ? Car c’est sa légalisation que l’on prépare à grand prix.
L’accusation d’homophobie est celle du crime pensée par excellence dans le monde orwellien devenu le nôtre. Cette émission, hier, avait un goût désagréable. Peut-on encore le dire librement ?
À l’heure où le mot d’ « emprise » est devenu un lieu commun, pris dans la gangue d’une langue de bois qui dénonce, voici un roman, En vérité Alice de Tiffany Tavernier, qui dit l’expérience singulière d’une femme qui croit sauver un homme grâce à l’amour qu’elle lui porte. Mais c’est un chemin de croix qui va s’ouvrir devant elle.
Alice, à courir après le lapin noir qui ne porte aucun nom et qui s’appellera « il » tout au long du roman, tombe dans un trou où elle essaie, dans un premier temps, de faire son nid en justifiant chaque mauvais geste par une bonne raison. Cela est d’autant plus plausible qu’« il » ne se présente pas comme une brute épaisse, mais comme un homme ayant beaucoup souffert dans son enfance, et qui n’en vient aux mains que tardivement. Comment, dès lors, ne pas croire que la demande incessante de selfies dans la journée accompagnés de trois cœurs, n’est pas le signe d’un amour si grand qu’il a besoin de signes, précisément ? Et quand les propos du monsieur se font acerbes, voire insultants, ne s’excuse-t-il pas immédiatement en pleurant ?
Procédures religieuses et amour ahurissants
C’est ainsi que, dans une solitude qu’accroît l’installation à Paris, notre héroïne argumente sans fin avec elle-même pour se persuader que son amour guérira les blessures de celui qui souffre tant…
Mais il faut manger aussi, et c’est dans une église où elle se trouve par hasard qu’Alice tombe sur une petite annonce proposant un travail dont elle ne comprend pas vraiment la nature mais pour lequel elle postule en désespoir de cause. Il s’agit ni plus ni moins de classer des dossiers de futurs saints à canoniser. Voilà notre héroïne embarquée dans des procédures ahurissantes et bien réelles pour asseoir la validité de tel ou tel candidat au grade supérieur.
Où l’on apprend donc que le serviteur ou la servante de Dieu doit avoir fait preuve, tout au long de sa vie, d’une piété remarquable, que le serviteur n’est pas le vénérable dont l’héroïcité des vertus a été reconnue par l’Église, à condition qu’aucun culte ne lui ait été rendu. Que le vénérable n’est pas encore le bienheureux ou la bienheureuse, auquel ou à laquelle on peut attribuer post mortem, au moins un miracle ou qui est mort(e) en martyre. Et qu’enfin, le bienheureux ou la bienheureuse n’est pas encore un saint ou une sainte, auquel ou à laquelle on peut attribuer au moins deux miracles.
Vous les femmes…
C’est du sérieux, et notre malheureuse Alice se perd quelque peu dans les procédures. Mais cela lui permet d’étudier des vies de saints ou de saintes qui ponctuent le roman et lui donnent un rythme plutôt allègre. Ainsi donc, entre deux crises conjugales qui n’en sont pas encore arrivées aux coups mais qui dépriment sévèrement la future candidate au poste suprême, Alice continue de vouloir sauver un homme dont elle ne remet jamais en question les souvenirs soi-disant traumatisants et qui finiront en poudre de perlimpinpin, tout en classant les dossiers des saints à venir. Et c’est bien l’argumentaire qu’elle déploie qui instruit le plus sur l’âme humaine et sur un cœur féminin en proie à la tentation du sacrifice ; tentation plus courante qu’on ne croit et dont Anne Dufourmantelle avait fait un livre passionnant, pour comprendre ce qui, dans notre civilisation, instaure la femme sacrificielle.
On se doute que la fréquentation des futurs saints va donner un sérieux coup de pouce à l’idée de persévérer sur un chemin dont l’entourage ne cesse d’avertir qu’il est une impasse dangereuse. Et c’est même au moment où Alice commence à douter de son chemin de croix que des voix la remettent sur la voie si l’on peut dire. Et cela pourrait finir ainsi : la jeune femme douce et effacée que la rencontre avec des vies de saints va conforter dans sa passion triste. Eh bien non, cela ne finit pas ainsi, et le coup de théâtre, qui permettra à notre stagiaire au fond de son trou et au milieu de ses dossiers à redresser enfin la tête, et à opposer un non-ferme et définitif à ce qui détruit, vient de là où on l’aurait le moins attendu…
Ce roman qui mélange les registres, qui mêle la trivialité sordide d’un rapport destructeur à des rêves et des passages d’un grand lyrisme lors des souvenirs d’enfance sur un autre continent, ainsi qu’à ces récits de saints comme des petits cailloux pour une petite Poucette qui aurait perdu son chemin, dit l’aventure d’Alice pour remonter du trou où elle était tombée.
En vérité, Alice, de Tiffany Tavernier, chez Sabine Wespieser éditeur. 2024
Fabrice Leggeri, ex-patron de Frontex et numéro 3 sur la liste de Jordan Bardella aux élections européennes du 9 juin, est visé par une plainte judiciaire opportuniste pour complicité de crime contre l’humanité et complicité de torture. Pas moins ! Détails.
La Ligue des Droits de l’Homme, avatar dévoyé de ce qu’elle était censée représenter et défendre à l’origine, de concert avec l’association Utopia 56, bien fidèle quant à elle à ses compromissions idéologiques de baptême, ont déposé une plainte avec constitution de partie civile à l’encontre de Fabrice Leggeri, ex-directeur de l’Agence européenne de garde frontières et garde-côtes – Frontex – où il fut en poste de 2015 à 2022. À noter que la constitution de partie civile met les plaignants à l’abri d’un éventuel classement sans suite par le procureur. L’affaire suivra donc son cours. C’est évidemment cette assurance qui a motivé la précaution prise lors du dépôt.
Accusation abracadabrantesque
L’ancien directeur est accusé « d’avoir participé, soit en les facilitant, soit en les couvrant, au refoulement d’embarcations de migrants par les autorités grecques vers la Turquie ainsi qu’à des interceptions par des gardes-côtes libyens d’embarcations tentant, elles, de rejoindre l’Italie. » Selon les accusateurs, cela aurait donc « facilité la commission de crimes contre l’humanité et de crimes de torture par ces mêmes autorités grecques et libyennes. » La Ligue des Droits de l’Homme en la personne de son président Patrick Baudouin, et Utopia 56 par la voix de son avocat Emmanuel Daoud, basent leur réquisitoire sur des rapports émanant, on s’en doute, d’associations militantes et d’organes tout acquis à la cause de l’immigration sans frontières et se réclamant bien haut de la défense des « droits fondamentaux ». Lesquels ? Évidemment, pas ceux des autorités et des populations grecques de demeurer maîtres chez elles, d’avoir la liberté de choisir qui elles doivent accueillir et dans quelles conditions. On aura compris avec la démarche des plaignants qu’entre prétendre défendre ces droits-là et se rendre coupable de complicité de crimes contre l’humanité, il n’y a qu’un pas désormais vite franchi. Ainsi pour Fabrice Leggeri.
Un esprit malicieux s’aventurerait sans doute à faire valoir la bizarrerie qu’il y a à se voir accusé de tels crimes commis notamment par la Grèce alors que, à ma connaissance et sauf erreur de ma part, celle-ci n’est à ce jour nullement poursuivie sous ce chef d’accusation par les instances internationales compétentes. Comment peut-on être complice d’un coupable non identifié coupable, voilà en quelque sorte la question ? J’avoue que cela dépasse de beaucoup mes faibles capacités de compréhension.
Tout s’explique
Cependant, tout s’éclaire lorsqu’on intègre dans les données du problème le fait que Fabrice Leggeri se trouve placé en troisième position de la liste RN pour les prochaines élections européennes. Ceci explique évidemment cela. La plainte des belles âmes n’est qu’un missile de plus lancé contre la liste Bardella. Le moment le dit assez clairement. M. Leggeri a démissionné de Frontex en 2022. Depuis : rien. Calme plat, du moins sur le plan judiciaire. Et juste au moment où devant la persistance de sondages plus que favorables pour le RN l’inquiétude se meut en panique dans le camp opposé, on lâche les chiens. Au demeurant, le président de la Ligue des Droits de l’Homme, Patrick Baudouin, en livre – naïvement ou cyniquement ? – l’aveu lorsqu’il déclare qu’il y aurait « une concordance de pensée et d’action entre ses fonctions (celles de Fabrice Leggeri) de directeur exécutif à Frontex et son positionnement politique actuel dans le cadre de la liste RN pour les élections européennes. » Propos un tantinet biaisés, voire diffamatoires, d’ailleurs, qui laisseraient entendre qu’être candidat, électeur, soutien ou sympathisant du RN induirait nécessairement, automatiquement, génétiquement allais-je dire, l’adhésion, l’assentiment à des pratiques relevant de crimes contre l’humanité et de torture ! Mine de rien, nous avons là, de la part de ces officines gauchistes et de leurs gourous, une énième expression de la stratégie grossière mais increvable visant à la nazification de l’adversaire. En d’autres termes, il s’agit de faire de la présence de M. Leggeri sur la liste RN un élément à charge, voire le plus grave, en tout cas le plus incriminant, dans le procès intenté. Car, redisons-le, le choix du moment n’est pas neutre. C’est maintenant et non au cours des deux années écoulées depuis le départ de Frontex de l’ex-directeur qu’on met en branle la Grosse Bertha judiciaire. Deux années, soit dit en passant, où , si la Grèce et la Libye sont effectivement coupables de ce que prétendent les accusateurs, leurs crimes contre l’humanité et crimes de torture auront fait des centaines, des milliers d’autres victimes. Aussi, je m’interroge : cette passivité, une telle abstention d’action judiciaire et de vacarme médiatique pendant ces deux années devant de telles atrocités ne pourraient-elles être considérées comme une forme de complicité, elles aussi ?
Les élèves de seconde devront faire un stage de deux semaines en entreprise du 17 au 28 juin. Cette décision a été prise suite aux évènements survenus après la mort de Nahel. Les lycéens recherchent donc actuellement une entreprise pour les accueillir…
Inutile de vous demander de vous souvenir des émeutes de juin 2023. Nous avons tous en mémoire ces images de désolation qui, onze jours durant, ont alimenté les journaux télévisés. Le bilan, chaque jour, s’alourdissait pour atteindre finalement plus d’un millier de blessés (dont 782 agents des forces de l’ordre) et un milliard d’euros de dégâts matériels.
Après le constat est venu le temps de l’analyse. Qui allait-on incriminer cette fois-ci ? Les réseaux sociaux ? L’état psychologique des jeunes ? L’ultra-violence des jeux vidéos ? Oui, probablement ne sont-ils pas innocents mais déjà maintes fois pointés du doigt lors de précédents faits de société. Or il s’agissait, par son ampleur et sa durée, d’un événement assez inédit et à situation exceptionnelle, coupable exceptionnel ! Hors de question pour le gouvernement de creuser des pistes culturelles qui se seraient révélées fort glissantes. Le coup de génie de nos dirigeants a donc été de pointer du doigt un nouveau venu dans le cercle très fermé des boucs émissaires des problèmes sociétaux : le désœuvrement des jeunes !
Le diagnostic a de quoi surprendre : ces émeutiers que l’on avait vu s’acharner sur des bâtiments publics et attaquer des commissariats et mairies à coups de tirs de mortier ne seraient en réalité que des chérubins qui s’ennuyaient. « Bon sang mais c’est bien sûr », comme aurait dit le commissaire Bourrel, « Eussent-ils été à l’école qu’ils ne l’auraient point détruite ! ».
Mauvais diagnostic : mauvaise prescription
Connaissant le goût de nos dirigeants pour le vocabulaire martial, ce ne fut pas une surprise d’entendre Gabriel Attal, en septembre 2023, annoncer une politique de « reconquête du mois de juin ». C’est dans cette optique que fut instaurée l’obligation pour 560 000 lycéens de Seconde générale et technologique d’effectuer un stage en milieu professionnel, la deuxième quinzaine de juin et ce, dès 2024.
Si, d’un mauvais diagnostic, ne peut vraisemblablement découler qu’une mauvaise prescription, l’idée n’en demeure pas moins intéressante car elle répond à un réel besoin : celui de resserrer les liens entre l’École et le monde professionnel. Ces deux entités se révèlent trop souvent déconnectées l’une de l’autre et ne se comprennent pas, faute de parler le même langage. Les conséquences en sont, parmi d’autres, des difficultés d’orientation des jeunes et un manque de vocation ou d’intérêt pour certains corps de métiers qui offrent pourtant de belles perspectives d’avenir avec des possibilités de formations et d’embauches.
Que la mise en place de cette période de stage ne soit pas faite pour les bonnes raisons n’est, cependant, pas sans conséquences. Elle fait figure de mesure isolée et ne semble pas faire partie d’un plan plus vaste et plus cohérent sur les passerelles École/entreprises ni sur l’orientation professionnelle des jeunes. Pour preuve, le gouvernement vient d’annoncer, dans le même temps, qu’à partir du 1er mai 2024, les aides octroyées aux entreprises pour la conclusion de contrats de professionnalisation seront supprimées (200 millions d’économies pour l’État). Tout cela manque cruellement de cohérence, d’autant que ce type de contrat en alternance est très apprécié des entreprises et a fait ses preuves comme vecteur privilégié pour entrer dans la vie active. Peut-être faudrait-il également revaloriser les filières professionnelles qui traînent depuis bien trop longtemps une mauvaise réputation ? Le ministère de l’Éducation nationale a annoncé fin 2023 que l’objectif de ce stage «est de permettre aux élèves de découvrir différentes facettes du monde professionnel pour envisager ensuite un choix d’orientation plus libre, mieux éclairé » mais ne semble pas trouver problématique que ce stage intervienne après le choix de spécialités des lycéens.
SNU pour ceux qui ne trouvent pas une entreprise pour les accueillir
Bien évidemment, ces centaines de milliers d’élèves de Seconde ne vont pas tous trouver une entreprise pour les accueillir, en particulier ceux issus de milieux les plus défavorisés. Là encore, le gouvernement a anticipé cette problématique, et sa solution a de quoi surprendre : deux semaines de SNU (Service National Universel), présenté comme un séjour de « cohésion nationale », pourront se substituer au stage. Peut-on hasarder l’hypothèse que tout cela ne serait que prétexte pour apprendre aux jeunes à marcher au pas ? L’idée n’en demeure pas moins séduisante : un peu d’ordre et de discipline ne peuvent nuire à notre jeunesse mais il s’agirait alors, par souci d’égalité, de généraliser le SNU à tous les élèves de Seconde. Il est amusant d’imaginer les réactions si une telle proposition était venue de l’extrême droite. Nul doute que beaucoup se seraient indignés et auraient probablement dénoncé une mesure autoritaire et réactionnaire…
Notons également que ce stage est, au grand désespoir des entreprises, un stage d’observation et non d’immersion. S’agirait-il seulement d’occuper les jeunes ? Pourquoi ne serait-il pas question d’exiger d’eux qu’ils mettent à la pâte leur fragile petite main, quand dans le même temps, on soupçonne celle-ci d’être à l’origine de dégradations et de tirs de mortier ? Non, un stage d’observation n’est motivant ni pour une jeune personne de 15 ou 16 ans, ni pour l’entreprise qui l’accueille. Celle-ci n’a pas vocation à être une garderie pour adolescents. Si l’on excepte certains secteurs qui nécessitent un personnel habilité, la réalité d’un métier se vit et s’expérimente. Ce n’est que dans l’implication que peut naître une vocation, un projet professionnel, ou même un simple soupçon d’intérêt.
Loin d’être combattu, le désœuvrement des jeunes, si tant est qu’il existe, risque d’être simplement transposé de la rue à l’entreprise. En outre, il n’est pas l’apanage des lycées puisqu’il est, depuis quelques années, le pire cauchemar des services de ressources humaines, ceux-ci étant de plus en plus confrontés à des nouvelles générations d’employés qui ne sont que vaguement concernés par le devenir, la bonne santé ou encore l’image de leur entreprise.
À ceux qui rétorqueraient que tout cela n’est que vocabulaire et que la nuance est faible, je leur opposerais l’image de l’omelette au bacon dans laquelle si la poule n’est que concernée, le porc, lui, est impliqué.
Le grand public ne plébiscite pas la bêtise culpabilisatrice de la culture woke. Il se presse en revanche au musée pour admirer les chefs-d’œuvre de notre histoire de l’art. Il ne peut qu’en sortir grandi.
Nous sommes de plus en plus nombreux à aller au musée voir des expositions. Les nostalgiques de ces lieux autrefois désertés par les foules ont des souvenirs de chefs-d’œuvre rencontrés dans des salles quasi conventuelles, mal éclairées ou, au contraire, baignées de la lumière d’un ciel pur, coupées de l’agitation du monde et de l’empressement du quotidien. Les musées sont passés en peu de temps des couvents aux cathédrales, du recueillement solitaire au pèlerinage de masse, et la demande du public ne cesse de s’accroître. En 2023, 650 000 personnes sont venues visiter la rétrospective « Vermeer » au Rijskmuseum d’Amsterdam ; au premier jour de l’exposition milanaise « Cézanne/Renoir » au PalazzoReale, le 19 mars 2024, 40 000 billets avaient déjà été vendus.
Que viennent chercher ces visiteurs, qu’on désigne du doux nom de touristes, sauf le jour où nous venons nous-mêmes grossir la file d’attente de l’une de ces expositions ? Des propos édifiants sur leur passé (colonisateur), leur présent (discriminatoire) et leur avenir (pollueur) ? Si tel était le cas, ils ne se bousculeraient pas tant pour voir la Peseuse de perles et la Liseuse à la fenêtre du grand maître néerlandais, ou pour admirer les Baigneuses des deux pères de l’impressionnisme dont nous fêtons les cent cinquante ans ce mois-ci. Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), qui ne trouvait « rien de joli comme ce mélange de femmes et d’hommes serrés sur les rochers » de Guernesey, et son ami Paul Cézanne (1839-1906), qui nous a laissé quelques vers commençant par « Voici la jeune femme aux fesses rebondies », n’ont rien de woke. Et à l’heure des reproductions de qualité inédite, on se presse du monde entier pour venir voir leurs toiles en vrai.
Le wokisme est une mode pauvre, une croyance sans pèlerins. Ce sous-catéchisme de la non-discrimination inculqué à la schlague fait le buzz, distrait, et finit par ennuyer. Ce n’est pas devant un tableau de Kehinde Wiley que les gens se prennent en photo, mais devant un Vermeer, un Cézanne ou un Renoir. Le public des musées n’a que faire, à la longue, de toute cette agitation artistique autour des violences faites à la Terre et aux damnés de la terre. Il veut voir La Jeune Fille à la perle ; il veut voir La Baigneuse blonde. Les perles et les images de nus n’ont pourtant jamais été aussi accessibles. On accuse ce public d’aller au musée comme il va au McDo, sans discernement, sans goût et sans culture. L’essentiel n’est pas d’y aller, mais d’en revenir avec des formes et des couleurs qui résonnent au-delà des cimaises.
Le défi des musées : réussir là où l’école (en France du moins) a échoué. Continuer à accueillir les foules pour qu’elles voient, regardent et admirent les œuvres qui font l’histoire de l’art. Ces foules qui ont cessé de lire, depuis longtemps déjà, les chefs-d’œuvre des écrivains qui furent, bien souvent, les amis de ces peintres.
Cela prouverait-il, qu’en matière de censure, la fachosphère est diablement plus efficace que la gauchosphère ? Les éléments de réponse de Didier Desrimais.
Souvenez-vous. Il y a quelques mois, le bide monumental de Avant que les flammes ne s’éteignent – film censé dénoncer les « violences policières » en France avec Camélia Jordana dans le rôle d’Assa Traoré – était soi-disant dû à une campagne de la « fachosphère » sur le site d’Allociné. À cette occasion, la SRF (Société des réalisatrices et des réalisateurs de films) écrivait un communiqué pleurnichard pour dénoncer « une violente campagne de dénigrement relayée par la chaîne CNews et les réseaux sociaux » et des « commentaires haineux imputablesà des groupes d’extrême droite ». [À ce sujet, voir mon article paru le 7 décembre 2023]. Le ridicule ne tuant pas, la SRF a remis ça à propos d’un autre film dont on peut d’ores et déjà dire qu’il sera un des plus gros flops cinématographiques de l’année.
Camille Cottin et Benjamin Biolay, pas « bankable » au box office
Quelques jours pas plus est un film pro-immigration. Comme on pouvait s’y attendre, cette énième production propagandiste est en train de se ramasser une gamelle taille XXL. La présence de Camille Cottin et de Benjamin Biolay dans les rôles principaux n’y change rien : les spectateurs français en ont soupé des leçons de morale cinématographiques et évitent comme la peste tous les films militants et lourdingues qui envahissent les écrans de cinéma pour vanter les supposés bienfaits de l’immigration. Mais pour Télérama, l’explication de cet échec est tout autre : ce film serait la « nouvelle victime des assauts racistes de la fachosphère » et « la cible d’une attaque coordonnée d’internautes d’extrême droite ». Et de renvoyer sur un nouveau communiqué larmoyant de la SRF prétentieusement titré « L’extrême droite attaque la Culture » dans lequel ladite SRF dénonce un « nouvel épisode de dénigrement ». Les réalisateurs mettent en garde : ils craignent de nouvelles « campagnes de censure » – pour ces geignards, toute critique d’un de leurs films équivaut à une censure – s’ils venaient à réaliser d’autres films « mettant en scène des personnes étrangères ou d’origine étrangère vivant en France et ceux questionnant les politiques de maintien de l’ordre ». Les pauvres chéris réclament le soutien des pouvoirs publics, des critiques, des sites spécialisés, de leurs collègues « créateurs » et du public. C’est à pleurer… de rire !
En tout cas, si ce qu’affirment Télérama et la SRF est vrai, on peut dire alors que cette mystérieuse « fachosphère » est d’une efficacité redoutable. On ne compte plus le nombre de films qui lui doivent une carrière écourtée. La liste des bides est trop longue pour être reproduite ici. La Cour des comptes reprochait récemment au milieu cinématographique de taper un peu trop largement dans les différentes caisses d’argent public pour ne réaliser que des daubes ou, pour le dire à la manière diplomatique de Pierre Moscovici, « trop de films qui ne rencontrent pas leur public ». En effet, précisait l’institution chargée de contrôler l’usage qui est fait des deniers publics, un tiers des films réunit aujourd’hui moins de 20 000 spectateurs et seulement 2% des productions soutenues par l’avance sur recettes sont rentabilisées en salle. Grâce à Télérama et à la SRF, nous savons maintenant que ces lamentables résultats sont vraisemblablement dus au travail souterrain et énergique de… la fachosphère.
Les revers de la gauche culturelle
Si cela était avéré, il serait alors possible d’affirmer la chose suivante : la fachosphère est diablement plus efficace que la gauchosphère. La dernière fois que la gauchosphère a voulu s’attaquer bille en tête à un film dont le sujet ne lui plaisait pas, c’était à propos de celui sur Charrette produit par le Puy du Fou, Vaincre ou mourir. Le ban et l’arrière-ban de la gauche politico-médiatique s’étaient alors mis en branle : des journalistes de Libération, du Monde, de Télérama, de L’Obs, de la radio publique, ainsi que des députés et des historiens de gauche se frappèrent la poitrine en poussant des cris désespérés et en dénonçant pêle-mêle une « entreprise réactionnaire », un « message chrétien lourdement asséné », un « conservatisme affiché » ou « un film révisionniste ». Sur les réseaux sociaux, les insultes et les menaces tombèrent comme à Gravelotte. Résultat de cette campagne de critiques enragées : les producteurs et réalisateurs du film, qui considéraient que le succès serait complet si 100 000 spectateurs se déplaçaient dans les salles pour le voir, constatèrent, après une première semaine qui ne promettait rien de bon, que les salles se remplissaient au fur et à mesure que la gauchosphère se déchaînait. Finalement, ce sont presque 300 000 spectateurs qui sont allés voir Vaincre ou mourir – il n’est resté à la gauchosphère que ses yeux pour pleurer.
Ce retour de bâton étonnant semble d’ailleurs devenir une loi du genre. En ce moment, par exemple, la gauchosphère tente d’empêcher par tous les moyens possibles la promotion du livre de Dora Moutot et Marguerite Stern, Transmania. Sous la pression d’associations LGBT et de mouvements d’extrême gauche (comme “Jeunes insoumi.es Lyon”), et au mépris des lois sur la liberté d’expression et de celles sur la publicité, MM. Grégoire et Belliard, adjoints à la mairie de Paris, et M. Doucet, maire de Lyon, ont exigé de la société JCDecaux le retrait des affiches publicitaires sur ce livre dénonçant pourtant fort à propos les dérives de l’idéologie transgenre (cf. l’article de Jeremy Stubbs du 20 avril). L’association SOS Homophobie – subventionnée entre autres par la Ville de Paris – porte plainte contre Dora Moutot et Marguerite Stern pour « leurs propos dans Transmania ». France Inter n’invitera probablement pas ces dernières : la radio publique est trop imprégnée d’idéologie progressiste pour laisser entrer ces louves réactionnaires dans la bergerie woke. Dans la presse écrite, Le Figaro se démarque grâce à Eugénie Bastié qui a sélectionné quelques extraits de Transmania donnant envie d’en lire plus. Malgré les gesticulations de la gauchosphère ou, peut-être, une fois de plus, grâce à elles, Transmania se vend comme des petits pains, en particulier sur les sites de la Fnac et d’Amazon. Sur ce dernier, Transmania est numéro 1 des ventes. Sous le nom ou le pseudo de chaque personne laissant un commentaire sur le livre, il est précisé si l’achat a été effectué sur le site ou non (« Achat vérifié »). Il est intéressant de constater que les commentaires négatifs (qui ne représentent toutefois que 15 % de l’ensemble des commentaires) sont tous, je dis bien tous, rédigés par des personnes n’ayant… pas acheté le livre sur le site en question. Se pourrait-il que Transmania soit la victime d’une « campagne de dénigrement » orchestrée par la gauchosphère ? Nous n’osons y croire. Et pourtant… « Nous n’avons pu organiser aucune dédicace en librairie car ces dernières ont peur des événements, et je les comprends », regrette Dora Moutot dans un entretien donné au Figaro. La gauchosphère ayant de plus en plus de mal à masquer la réalité et à effacer ceux qui en rendent compte, elle enrage. Et devient de plus en plus bête. Tellement bête que son grossier travail de sape se retourne contre elle. Ainsi, rapporte Le Figaro, « les deux militantes féministes remercient, avec ironie, leurs nombreux détracteurs : “C’est grâce à la polémique que nous avons une telle visibilité”. »
La gauche médiatique, malgré le silence de plomb dont elle l’a recouvert, n’a pas su empêcher non plus le succès phénoménal du dernier livre de Gilles-William Goldnadel, Journal de guerre. C’est l’Occident qu’on assassine. Facétieux, ce dernier demande régulièrement aux médias publics en général et à France Inter en particulier de continuer de l’ignorer ; il craint, dit-il, qu’une publicité par trop élogieuse émanant des « autorités d’occultation de l’odieux visuel public » ne soit contre-productive. Il n’a pas tort. Je ne résiste pas à l’envie de revenir, par exemple, sur le cas du film de Julie Navarro. Quelques jours pas plus a bénéficié d’une large promotion, agrémentée de discours lénifiants sur l’immigration heureuse, sur France Inter, France info, Fip et France 5. Résultat : après trois semaines d’exploitation en salles, seuls 45 280 spectateurs sont allés le voir. Ils n’étaient déjà plus que 6100 la troisième semaine. Ça sent le sapin.
Avis aux amateurs de cinéma désirant utiliser judicieusement leur temps et leur argent : le film du réalisateur belgo-marocain Jawad Rhalib, Amal, un esprit libre, est sorti. Ce long-métrage évoque crûment la réalité de l’École confrontée à la montée de l’islamisme. Jean-Paul Brighelli en a fait une critique enthousiaste dans ces colonnes. La Croix, Le Monde et Télérama, en revanche, n’ont guère goûté ce film « trop manichéen » et « sans nuances », selon eux. La palme de la critique vaseuse revient sans conteste à Libération, quotidienqui se surpasse régulièrement quand il s’agit de ne pas voir la triste réalité et les phénomènes qui nous pourrissent la vie : le film de Jawad Rhalib dresserait un « portrait hypocrite et caricatural de l’islamisme homophobe », entre autres âneries. Ce film évite si peu les sujets qui fâchent qu’il rencontre les plus grandes difficultés quant à sa distribution dans certaines banlieues où les propriétaires de salles de cinéma craignent des réactions violentes de la part d’un certain public – comme c’est bizarre ! Mais j’y suis – où avais-je la tête ? – c’est sûrement encore un coup de… la fachosphère !
C’est un phénomène méconnu de beaucoup de Français: figurez-vous que des musulmans quittent la France, pays bien trop inhospitalier. Du moins, c’est ce que constate Le Monde pour le déplorer…
Comme toujours quand s’accumulent les « faits divers » et que la réalité brutale de l’islamisation s’impose dans les médias, l’islamo-gauchisme tente d’allumer des contre-feux et de faire entendre sa complainte victimaire. Ainsi, un récent article du Monde évoquant des musulmans qui envisagent de quitter la France alors qu’ils y sont « bien installés », joue sa partition et rencontre ces jours-ci un certain écho[1].
A sa lecture, on pourrait d’abord être tenté par la compassion vis-à-vis des situations évoquées. Du moins au début du texte. Bien vite, l’absence totale d’évocation des victimes de l’islamisme devient insupportable, tout comme le refus de la moindre remise en cause. En 2014, déjà, Abdennour Bidar écrivait dans sa Lettre ouverte au monde musulman : « Tu te réfugies dans le réflexe de l’autodéfense sans assumer aussi et surtout la responsabilité de l’autocritique. Tu te contentes de t’indigner alors que ce moment aurait été une occasion historique de te remettre en question. » Rien n’a changé.
Une « islamophobie » d’atmosphère dénoncée
Le 7 octobre, par exemple, est mentionné dans le texte du Monde. Quatre fois. Comme un « paroxysme ». Mais pas comme un paroxysme d’horreur perpétrée au cri d’Allah akbar, non, seulement comme un paroxysme de « défiance » envers les musulmans. L’origine d’une « double peine », d’une atmosphère devenue « irrespirable, suffocante. » Pas un mot pour les victimes du Hamas. Pas un mot pour nos concitoyens Juifs. Pas un mot pour dénoncer la haine qui se hurle au nom de la Palestine et de l’islam, et qui pour beaucoup de non-musulmans (et même certains musulmans) rend l’atmosphère nettement plus « irrespirable, suffocante » que ne le fait pour les musulmans une « islamophobie d’atmosphère. »
Pire, un de ceux dont Le Monde rapporte les propos déclare : « Depuis le 7 octobre, je ne parle plus. On me soupçonne de tellement de choses déjà, je ne veux pas que l’on rajoute “antisémite” à la liste. » On en déduit que dans le contexte de la guerre entre Israël et le Hamas, les propos que l’intéressé souhaiterait tenir seraient interprétés comme antisémites par son entourage… voilà qui laisse songeur.
Le texte reconnaît que « plus personne ne nous traite de “sale Arabe” comme dans les années 1970 ou 1980, personne ne nous traite de “sale musulman” non plus, ni ne nous agresse. » Et si des actes perpétrés contre des mosquées sont décrits (des tags, le dépôt d’une tête de sanglier…), en comparaison des crimes du Hamas ou de ceux de Mohamed Merah (que l’article, répétons-le, ne mentionne que pour déplorer le fait qu’ils « ont contribué à dégrader l’image » des musulmans), leur caractère dérisoire prêterait presque à sourire.
Rappelons d’ailleurs qu’en France, les actes anti-sémites et anti-chrétiens sont nettement plus nombreux que les actes anti-musulmans, alors que du côté des auteurs d’actes répréhensibles la proportion est toute autre, le recteur de la Grande Mosquée de Paris lui-même déclarant il y a peu que « 70% à 80% » des détenus dans les prisons françaises sont musulmans…
La litanie des doléances des musulmans français
Mais alors ? La liste des griefs est des plus révélatrices : on y trouve, pêle-mêle, la « loi sur l’interdiction du port de signes religieux ostensibles dans les écoles publiques, en 2004 », en clair la loi sur le voile dans les écoles, l’injonction de « condamner dans la seconde haut et fort les attentats » commis au nom de l’islam, la dissolution du CCIF, les « polémiques » sur le voile et le burqini, l’interdiction de l’abaya et du qamis dans les établissements scolaires, les « fermetures de mosquées », les « attaques, en décembre 2023, contre l’établissement scolaire Averroès ». Diantre ! Les musulmans « bien installés » sur le sort desquels Le Monde voudrait nous faire pleurer seraient donc gênés de devoir condamner les attentats commis au nom de la religion qu’ils choisissent de professer ? Troublés que l’on critique le voile et le burqini ? Dérangés par l’interdiction de l’abaya et du qamis dans les écoles ? Opposés aux fermetures de mosquées considérées comme trop radicales ? Favorables au CCIF et au lycée Averroès, dont la chercheuse Florence Bergeaud-Blackler rappelait les liens avec les Frères Musulmans (voir plus bas) ? Parmi les personnes que nous présente Le Monde, une femme pour qui il était hors de question d’ôter son voile au travail, et qui a donc choisi de travailler à son domicile, sans que l’article ne songe à questionner si peu que ce soit ses priorités. « La France est en train de perdre beaucoup de talents qu’elle a formés » : si ces « talents » sont favorables au CCIF et au port du hijab dans les établissements scolaires, considèrent le port d’un symbole sexiste militant comme indispensable, et trouvent gênant de devoir condamner les attentats islamistes, la perte ne sera pas bien grande ! On serait même tentés d’y voir un début de remigration qui ne serait pas forcément malvenu.
Le lycée Averroès ne sera plus subventionné. Il est pointé du doigt du fait d'irrégularités financière. Cette décision serait "inéquitable et disproportionné" d'après le patron de Sciences Po Lille, Pierre Mathiot qui vient en défense du lycée musulman, un des meilleurs lycées… pic.twitter.com/YGPKhgRzVl
Peut-être y a-t-il une solution fort simple. La France serait horriblement islamophobe, alors qu’il n’y aurait – bien sûr – aucun problème avec l’islam. Soit. Si l’islam ne pose aucun problème, alors il ne devrait pas être problématique de s’en inspirer, n’est-ce pas ? Proposons donc aux musulmans qui trouvent l’atmosphère française « irrespirable, suffocante » que la France, s’ils préfèrent, les traite désormais de la manière dont beaucoup d’Etats musulmans traitent les non-musulmans. Ou mieux encore : de la manière dont la charia exige que soient traités les non-musulmans ! Comment pourraient-ils s’en plaindre ? Ce serait reconnaître qu’ils ont choisi d’adhérer à une idéologie qui pousse à un comportement inacceptable envers les non-musulmans, et donc qu’il y a bel et bien un problème avec l’islam…
A La Sorbonne, le chef de l’Etat a présenté sa nouvelle feuille de route européenne, en dramatisant les enjeux. Selon lui, «nous devons être lucides sur le fait que notre Europe, aujourd’hui, est mortelle. Elle peut mourir et cela dépend uniquement de nos choix, mais ces choix sont à faire maintenant». Il a appelé à une réorientation profonde des paradigmes européens, mais force est de constater que même revisité, tout ce qui faisait la doxa européenne reste. Analyse.
Sept ans après le célèbre discours de la Sorbonne de 2017, Emmanuel Macron a délivré sa nouvelle feuille de route pour l’Europe, ce jeudi 25 avril 2024. Une heure quarante-cinq minutes d’intervention dense et multiforme1. Saluons la constance du propos. Le président avait déjà formulé à l’époque son concept d’Europe puissance et souveraine, avant tout le monde. Aujourd’hui, nous y sommes : sous l’impulsion explicite ou subliminale de la France, et avec bien sûr l’appui de nos petits camarades européens, la physionomie de l’Europe a changé et rejoint l’image idéale projetée en 2017 par notre visionnaire de président. Puissance, prospérité et humanisme.
« Notre Europe est aujourd’hui mortelle »
L’intervention de 2024 prend une dimension assez différente de celle de 2017 (un septennat…), après la période sanitaire de 2020/2021, la guerre aux portes de l’Union européenne et les reconfigurations géostratégiques mondiales Asie/États-Unis/Russie/Sud global. L’Europe est désormais « en danger ». Les grands agrégats macroéconomiques (production, commerce mondial, technologies, innovation, productivité, dette,…) sont en berne. En trente ans, le PIB américain a progressé de 60% contre seulement 30% pour l’Europe. Une civilisation peut disparaître : « Notre Europe est aujourd’hui mortelle ». Thème zemmourien par excellence. La campagne de la liste Renaissance pour les élections européennes est à la peine. L’intervention du président est bienvenue pour tenter de remonter la pente.
Le président prend donc le temps de rappeler les faits d’armes de l’Union européenne ces dernières années : la lutte contre la pandémie, la mobilisation pour l’Ukraine, les renégociations de traités bilatéraux commerciaux (les « clauses miroir », grande invention terminologique porteuse de sens), la réindustrialisation, la décarbonation. Le moment « hamiltonien » européen, qui rappelle la période où les jeunes États-Unis d’Amérique ont accepté un endettement fédéral à la fin du XVIIIème siècle et ont, de fait, scellé le caractère fédéral des États-Unis. Il est vrai que l’Union européenne a accepté pour la première fois en 2020/2021 de s’endetter à son niveau, marquant ainsi l’entrée dans un mouvement l’éloignant de l’Europe des Nations du Traité de Rome de 1957, au profit d’une approche fédérale. Sans le claironner comme il se doit, les populations n’y étant pas favorables. Surtout si on leur avait explicitement posé la question. Le président coche toutes les cases. Humble, il reconnaît d’emblée que tout n’est pas parfait. L’Europe est néanmoins sur la bonne voie. Finies, les contraintes bureaucratiques. Simplifions. En filigrane, finies les surtranspositions. L’énergie ? Concilions le nucléaire et les énergies renouvelables, l’Europe a besoin des deux.
L’agriculture : enterrées les mauvaises manières du Pacte vert, dont on conserve néanmoins les grandes lignes. Place à une Europe qui comprend, aime et aide ses agriculteurs. Le grand ordonnateur français du « Green deal » européen, Pascal Canfin, écologiste ayant rejoint le bateau Renaissance, rase aujourd’hui les murs et ne sait toujours pas s’il sera en position éligible sur la liste Renaissance…
Maîtrisons notre avenir numérique et mettons sous tutelle les GAFA. Thierry Breton, commissaire européen en charge du marché intérieur, était au premier rang de la conférence du jour. Le président serait-il en passe de le soutenir pour la future présidence de la Commission européenne, après avoir soutenu, contre vents et marées, la très autoritaire et controversée Ursula von der Leyen, qui a du reste depuis mis – beaucoup – d’eau dans son vin du Rhin ?
Le président aime dramatiser. La force du bon théâtre. Il en est un zélateur compulsif. C’est certainement une des raisons pour lesquelles les Français ne le détestent pas complètement. Le goût de l’unité de lieu, de temps et d’action. Le président convoque les périls que connaissent les vieilles nations européennes. Il fait de l’Union la vraie chance, pour les peuples européens, de ne pas inéluctablement décliner. Le fédéralisme, vous dis-je ! Il reste en fait en filigrane, car le concept n’a pas bonne presse.
Puissance, prospérité et humanisme
Que faut-il retenir ? Tout ce qui faisait la doxa européenne – libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, ouverture des frontières, refus du protectionnisme, politique de concurrence centrée sur les consommateurs au détriment d’une politique industrielle proprement européenne, vision hégémonique et interprétative des droits de l’homme – est revisité. Croix de bois, croix de fer, nous Européens sommes d’abord souverains, protégeons nos entreprises et nos citoyens du monde extérieur, sécurisons et débureaucratisons. Nous préparons une vraie Europe puissance, prospère et néanmoins humaniste (vive le Pacte asile et migration).
Nous sommes endettés jusqu’à la gorge ? Qu’à cela ne tienne, endettons l’Europe en plus. Nous pourrons ainsi financer les 650 à 1 100 milliards d’euros annuel nécessaires aux investissements climatiques, numériques, en intelligence artificielle, quantiques, productiques, robotiques, biotechnologiques. Promouvons nos industries européennes de défense. Soutenons même une préférence européenne. Et pourquoi pas un bloc anti-missile européen, comme le proposent les Allemands ?
Nouveauté à souligner dans le discours : l’Union des marchés de capitaux. Serpent de mer européen depuis deux décennies, ce thème émerge enfin sur un plan médiatique. L’enjeu : réorienter la forte capacité d’épargne européenne vers les entreprises européennes directement. Ce sont ainsi 300 milliards d’euros par an d’épargne européenne qui partent aux États-Unis et qui reviennent, pour partie, en Europe pour financer tel ou tel investissement américain sur le continent européen. Pourquoi : parce qu’il n’y a pas de marché unifié européen des capitaux à la différence des États-Unis. Enrico Letta, ancien Premier ministre italien (centre gauche) vient de remettre un rapport en ce sens. Le thème va désormais s’intituler « Union de l’épargne et de l’investissement ». C’est un bon début. C’est évidemment plus parlant qu’« Union des marchés de capitaux ». Nous allons pouvoir passer d’un vilain capitalisme rassis au monde sympathique de l’épargne et de l’investissement. De long terme, cela va de soi.
Autre position majeure, qui passera probablement inaperçue pour le grand public. La BCE (Banque Centrale Européenne) est appelée à intégrer un « objectif de croissance, voire un objectif de décarbonation », au-delà de sa mission relative à la maîtrise de l’inflation. Le président ouvre la boîte de Pandore. À juste titre, à vrai dire. C’est là que l’on peut voir qu’il est bon dans cette capacité hors norme à anticiper ce qu’il faut faire sur un plan public. Il n’y a pas un seul politique français ou européen de bon niveau à l’avoir compris. Derrière cette proposition, il y a la perspective de financer la transition environnementale via la BCE, sans passer par l’endettement des États. La monnaie est une convention, tout le monde le sait (en tout cas, au moins, les spécialistes de politique monétaire). Pour la dette française, c’est évidemment majeur. Les besoins annuels d’investissement européens se rapprochent du trilliard d’euros par an et sont sans commune mesure avec les 50 milliards d’euros sur cinq ans prévus par le dispositif France Industrie. Avec de tels chiffres, il vaut mieux passer par la capacité de création monétaire de la BCE pour y arriver, sans endetter les États. Ceci est une remarque très LFI, c’est vrai. Comme quoi, ils n’ont pas toujours tort !
Triangulation souverainiste
Tout se passe enfin comme si le président avait intégré l’ensemble des critiques des souverainistes et populistes de tous poils pour en faire une brillante synthèse et présenter une nouvelle doctrine d’action. La sienne. Celle des bons Européens. Fédéraliste sans le dire mais en préparant l’avènement d’une Union européenne supervisant les nations, disposant d’une taille critique et au-dessus de la mêlée. En termes socio-politiques, cela s’appelle de la triangulation. Quand on y songe, le discours 2024 du président est consensuel sur le plan des principes énoncés. Il est dans son rôle de père de la nation. Qui aujourd’hui est contre l’indépendance, la souveraineté, l’innovation, la protection de la planète, les circuits courts, le programme Erasmus ?
Discours et action
Là où le bât blesse, c’est la mise en œuvre, l’exécution dans les détails et dans le temps. La magnifique intervention du président de 2024 après celle de 2017 n’arrive plus, hélas, à cacher une foncière incapacité à « délivrer ». Une délivrance aux deux sens du terme. Mais peut-on lui en faire grief, quand on pressent la même incapacité d’action de ses contradicteurs ? Nous touchons là le problème majeur du président : il ne peut pas tout faire tout seul, pourtant il ne s’entoure pas de ceux qui pourraient utilement l’épauler, et, contradiction intrinsèque, il estime qu’il n’est pas bien servi par ses proches. C’est bien connu. Un homme politique s’entoure des personnes qui ne lui font pas d’ombre. À l’inverse, un bon chef d’entreprise s’entoure de personnes plus compétentes que lui, chacun dans son domaine. L’action publique : Stanislas Guérini, sympathique ministre en charge de la fonction publique (HEC, comme sa prédécesseure, Amélie de Montchalin, cela ne s’invente pas pour piloter des agents publics !), a du pain sur la planche pour remettre d’aplomb la fonction publique, qui est évidemment à la base de la réussite des services publics et de la maîtrise des comptes. Et donc des perspectives en matière de prélèvements obligatoire et de dette. Voici une vraie ligne directrice pour les années à venir : que le meilleur des deux sphères, publique et privée, soit au rendez-vous.
À l’heure actuelle, les pires détracteurs d’Israël en Occident accusent ses forces militaires de perpétrer un « génocide » contre les Palestiniens de Gaza, pendant que même les gouvernements qui sont ses alliés demandent à l’État juif de faire preuve de retenue dans ses opérations contre le Hamas afin d’épargner les vies des civils. Pourtant, on peut légitimement se demander si les puissances occidentales ont elles-mêmes pris tellement de précautions dans leurs propres campagnes militaires et pourquoi on se montre toujours plus exigeant envers Israël qu’envers d’autres pays – ou soi-même.
À Raqqa, à Mossoul, avons-nous prévenu les civils de nos bombardements par flyers ou par textos afin qu’ils fuient les zones de combat ? Alors qu’Israël s’apprête à investir Rafah non sans évacuer préalablement les civils vers des « îlots humanitaires » dans le centre de Gaza, observons que l’exigence de « proportionnalité » c’est toujours pour les Israéliens…
Or imaginez un instant que le Hamas ait établi sa base au Grand-Duché de Luxembourg. Qu’elle ait occis l’équivalent de 6 000 Français à Longwy, Thionville et Metz, qu’aurait fait la France ? Probablement à peu près la même chose qu’Israël : investir le territoire luxembourgeois et éradiquer l’organisation terroriste avec son cortège de victimes collatérales. On demande à Israël de résoudre une équation impossible : se défendre mais ne faire aucune victime civile palestinienne. Ce qui est tout simplement impossible. Comme si en Serbie, en Libye et en Afghanistan, l’OTAN, la France et les États-Unis et la « communauté internationale », respectivement, n’avaient pas tué d’enfants ni de vieillards…
Les puissances sunnites demandeuses d’un accord avec Israël
En enlevant des nourrissons et en violant des femmes, le Hamas s’est mis hors de la communauté des croyants. Tuer un innocent, c’est tuer tous les musulmans, dit le Coran. Comment des dizaines de milliers d’Arabes sunnites peuvent-ils manifester en faveur de ce mouvement, proxy de l’ennemi héréditaire chiite ? Voyez la timidité des régimes arabes dans leur critique d’Israël, voyez comment la Jordanie et l’Arabie saoudite ont prêté main forte à la protection de l’espace aérien israélien face à l’attaque sans précédent de l’Iran…
L’élimination du Hamas, proche des Frères musulmans, serait applaudie chez les voisins sunnites d’Israël : l’Égypte a mis ses propres Frères musulmans en prison après qu’ils aient gagné les élections. Mais depuis 1967, l’Égypte refuse obstinément de gérer Gaza. Elle préfère laisser les Israéliens gérer le tropisme terroriste des Palestiniens : depuis que ceux-ci ont déstabilisé le fragile équilibre ethnico-religieux libanais, personne n’en veut dans le monde arabe.
L’Arabie saoudite se démène avec les Houtis chiites du Yémen. Chacun, comme le Maroc et la Jordanie, craint le djihadisme islamiste comme la peste. L’Algérie a expérimenté ses fous de Dieu (le FIS) avec son cortège de 200 000 morts dans les années 90 et qui, eux-aussi, étaient d’une violence inouïe, décapitant des bébés. Aucun pays arabe ne veut tuer les Accords d’Abraham… conscient que le 7 octobre avait pour but de faire imploser le rapprochement arabo-israélien.
Les Européens doivent reconnaître que leur aide humanitaire est massivement détournée par le Hamas. Le rapport Colonna qui dédouane l’UNWRA de ses compromissions fait fi des preuves avancées par UN Watch. On sait que rien ne se fait à Gaza sans l’accord du Hamas. L’Union devrait au contraire se réjouir d’une bande de Gaza pacifiée par Israël dans laquelle elle pourrait financer de véritables ambulances et non des transports de troupe déguisés. Si l’organisation terroriste venait à disparaître, les Gazaouis seraient sans doute les premiers à bénéficier de la prospérité retrouvée. Une chance inespérée de faire enfin de Gaza une « Singapour en Méditerranée ». En cas de cessez-le-feu intempestif, la survie du Hamas serait en revanche catastrophique pour l’Autorité palestinienne qui perdrait tout crédit en Cisjordanie.
La Palestine, une idéologie
Au lieu de quoi la Palestine demeure l’horizon indépassable du camp du Bien. L’« antisionisme compassionnel » rapporte des voix, permet aux antisémites de parader sur les plateaux de télé en citant le quotidien israélien d’extrême gauche Haaretz, véritable cape d’invisibilité : il suffit de remplacer « boycott des Juifs » par « boycott de l’État juif ». Quand des terroristes palestiniens tuent des Juifs, ils sont considérés comme des résistants.
Peu importe que la Charte du Hamas porte en elle une intention génocidaire univoque, le Palestinien, même en uniforme hamassiste, est devenu depuis 30 ans le parangon de l’opprimé, le « nouveau Juif » en quelque sorte. On a basculé dans l’irrationnel. Dans les dîners en ville, soutenir Israël vous range dans le camp génocidaire. Chacun semble porter un intérêt obsessionnel pour le sort des Palestiniens, sans égard pour celui des otages israéliens et inversement proportionnel au sort des Juifs de diaspora, condamnés à l’exil intérieur. Si Israël était un Etat arabe, par contre, la cause palestinienne n’existerait même pas : ce seraient des Arabes tuant d’autres Arabes. Personne n’en parlerait. Qui se souvient des milliers de Palestiniens massacrés par la Jordanie ?
« Les fils d’un peuple supplicié devraient savoir se tenir à table »
Aujourd’hui, les Ouïgours musulmans sont « sinisés » de force dans des camps de concentration chinois, les Rohingyas musulmans ont été pourchassés par le Myanmar… Les 300 000 Syriens tués par leur propre président… Sans réaction de la « rue arabe » ou des islamo-gauchistes. Seuls comptent les Palestiniens occupés par des Juifs. Si les Chinois étaient juifs, qui sait ? Peut-être que BDS boycotterait le « Made in China » ?
Quant au décompte des victimes, comment accorder un quelconque crédit au « ministère de la Santé du Hamas » ? Le Pentagone fait état de 25 000 morts, Israël décompte 13 000 terroristes tués, soit 12 000 civils. C’est évidemment dramatique mais ce n’est pas un génocide. Aurions-nous fait mieux dans une ville-Etat sillonnée de 1 000 km de tunnels dont les entrées et sorties sont adossées aux hôpitaux ? Pour limiter la casse, Israël a choisi justement d’exposer ses fantassins, la plupart âgés entre 18 et 25 ans, fruits de la conscription et sel de la nation.
Il y a plus de vingt ans, Françoise Giroud écrivait déjà dans Le Monde (13 juin 2002) : « Avec une rapidité remarquable, dès la première pierre de la seconde Intifada, un retournement s’est produit, saisissant, qui serait inexplicable sans le tableau de fond sur lequel il s’inscrit. Enfin ! On a le droit de dire du mal des Juifs ! À Paris, les personnes de bon goût ne comptent que les morts palestiniens. Quand on arrive aux autres, on ne sait plus compter. D’ailleurs, ce sont des goujats… Les fils d’un peuple supplicié devraient savoir se tenir à table, je veux dire à la guerre, et prendre les coups sans les rendre. » L’analyse de François Giroud n’a pas pris une ride : on exige depuis des mois d’ailleurs un cessez-le feu des Israéliens alors que l’éradication du Hamas est loin d’être terminée. Aurions-nous osé demander la même chose à Churchill et Roosevelt au printemps de 1945 ? Ils auraient répondu : il faut d’abord finir le travail.
Le Premier ministre a brisé un tabou sémantique en dénonçant la charia comme l’origine de nombreuses violences en France, notamment à l’école. À la presse désormais de s’emparer de ce mot, qui a le mérite de la justesse et de la précision.
Comme à l’accoutumée, il a éludé le sujet. Le 9 avril dernier à l’Assemblée, Éric Dupond-Moretti répondait à une question sur le décès de Shemseddine, un collégien de Viry-Châtillon (91) lynché à mort une semaine plus tôt par une bande de jeunes qui voulaient le punir d’avoir eu des échanges avec la sœur de deux d’entre eux. Aux yeux de ses agresseurs, l’adolescent méritait d’être roué de coups car il avait enfreint un interdit sexuel prescrit par l’islam.
Le garde des Sceaux a un train de retard
Mais pas question pour le garde des Sceaux d’évoquer cette dimension de l’affaire. « Il n’y a pas de crime d’honneur, que des crimes d’horreur » a-t-il préféré lancer, croyant sans doute qu’un effet de manche suffisait. Notons quand même que, dans ce dossier, “Aquitator” a renoncé au vocabulaire froidement juridique dont il se prévaut d’habitude. Lui qui, dès sa prise de fonction Place-Vendôme en 2020, invitait les Français à ne pas céder au « sentiment » d’insécurité s’est pourtant épanché sur « l’horreur » – c’est-à-dire un sentiment – que lui a inspiré ce terrible fait divers. Comme quoi il n’est jamais trop tard pour comprendre et partager les émotions de ses concitoyens.
Soigneusement contourné par le ministre de la Justice, le problème n’en reste pas moins posé: de quoi un tel homicide est-il le nom ? Le système médiatico-politique éprouve un certain malaise à parler des agressions entre musulmans dans notre pays quand elles sont liées à la religion. Une autre actualité récente illustre cette difficulté à nommer les choses : la mort à Bordeaux, le 10 avril, d’un Algérien suite à des coups de couteau assénés par un Afghan furieux de le voir boire de la bière au sortir du ramadan.
Dans cette affaire comme dans celle de Viry-Châtillon, les termes “terrorisme” ou “islamisme”, qui désignent des entreprises criminelles dont les auteurs revendiquent la visée politique, ne sont pas adaptés. La notion de violences “intra-ethnique” ou “intra-communautaires” n’est pas davantage satisfaisante, car elle élude en revanche le mobile religieux, pourtant essentiel si l’on veut comprendre le phénomène.
Gabriel Attal, bien dans son époque !
Aussi Gabriel Attal a-t-il visé juste quand, interrogé par Apolline de Malherbe le 18 avril sur BFMTV au sujet de la violence à l’école, il a évoqué, avec plus de courage que les autres membres de son gouvernement, « des groupes plus ou moins organisés qui cherchent à faire un entrisme islamiste », qui prônent « les préceptes de la charia ». Découlant du Coran et de la Sunna (paroles et actes de Mahomet), la charia définit les droits et devoirs, individuels et collectifs, des musulmans. Comme tout système moral, elle varie dans le temps et l’espace, fait l’objet de débats d’interprétation, et ne saurait donc être vue comme un code figé.
Une chose est pourtant certaine: un grand nombre des règles chariatiques, telles qu’elles sont appliquées par plusieurs États musulmans, sont incompatibles avec les lois françaises. Or ce sont ces règles anti-républicaines, notamment relatives à la liberté sexuelle, à la consommation d’alcool ou à la tenue vestimentaires, que certains essaient d’imposer dans notre pays par l’intimidation, le passage à tabac, voire l’assassinat.
Dans l’affaire de Bordeaux, Le Monde a titré : “Un meurtre lié à la consommation d’alcool des victimes le soir de l’Aïd”. Il aurait été plus honnête et pertinent d’écrire: “un meurtre chariatique”. Car à force d’éviter des mots qui fâchent, le journal du soir en devient presque complaisant. Aurait-il osé évoquer, au sujet d’une agression sexuelle, “un viol lié au port de la minijupe de la victime” ?
Marion Maréchal sur CNews, critiquée pour un tweet sur la GPA, 24 avril 2024. Capture YouTube.
Elle est venue, vêtue d’un blouson noir, encaisser les coups. En vraie femme politique. Elle ? La tête de liste de Reconquête. S’exprimant avec une clarté et une concision que beaucoup devraient lui envier, elle était mercredi, à l’émission de Pascal Praud, pour répondre d’accusations du « crime pensée » orwellien par excellence : celui d’homophobie.
La GPA n’enlève rien à personne, vraiment ?
Son crime, on le connaît. Alors qu’elle devait se réjouir de la naissance de « deux merveilleux enfants » au sein d’un couple de deux « papas », elle a posé la question qui fâche : où est « la maman » ? La réaction de la fâchosphère fut prompte. « Propos dégueulasse… homophobie décomplexée… Je préférerais avoir deux papas plutôt qu’une mère comme Marion Maréchal. » Quant au présentateur, sans donner la parole à son invitée, il a, d’entrée de jeu, amené le curseur de l’entretien sur un terrain tabou, en posant à Marion Maréchal « la » question qui dérange : « Vous étiez pour le mariage pour tous, n’est-ce pas » ? Après cette question et sa réponse, point n’était besoin d’arguments. L’affaire était entendue. Ne fut même pas omis l’intérêt bien compris d’une GPA qui n’enlève rien à personne !
Face à son auditoire pour ne pas dire ces juges, Marion Maréchal a répondu ce que tout le monde sait. Etre « contre » la GPA n’a rien à voir avec l’homophobie. Elle est un commerce. C’est difficile à entendre ? Pas de « oui, mais » : cette pratique est interdite par la loi. En 2017, Macron ne s’est-il pas engagé à maintenir son interdiction « au nom de l’éthique et de la dignité » ?
Encore un mot
Un point à préciser au très bon article de Céline Pina1. Le 23 avril, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la pratique de la GPA, la qualifiant de « traite humaine. » Mais ce texte de condamnation vise une GPA « forcée » sans obligation pour les Etats membres de modifier leur législation pour cela. Autant dire que cette reconnaissance qui n’a aucune valeur contraignante n’est qu’une posture humaniste. Que devient, en effet, « le certificat européen de parentalité » qui reconnaît de facto la GPA ? Il n’est pas aboli. D’où la nécessité de continuer la lutte, comme le fait l’association « Juristes pour l’enfance », dirigée par Aude Mirkovic, juriste et universitaire, signataire de la Déclaration de Casablanca, luttant pour l’abolition universelle de la GPA.
On voit bien l’intérêt de ce buzz autour de ce faire-part de naissance de deux jumelles. Tout le monde le sait que la GPA est un contrat qui chosifie l’enfant. Qu’il est totalement inégalitaire de refuser la GPA quand on accepte la PMA. Sauf qu’il est grand temps, pour le quinquennat qui a du plomb dans l’aile, de titiller l’affect de l’électorat dans le seul domaine— sociétal— où Macron réussit. La GPA est interdite ? Il faut banaliser cette pratique en émouvant l’opinion. En usant de matraquage. Alors, les cas de couples seront si fréquents, si célèbres, si emblématiques, que les cas particuliers feront jurisprudence. Et, au bout d’un temps, la GPA entrée dans les moeurs, sera consacrée par la Chambre.
Un sujet sur lequel les voix sont muselées
Loin de moi l’idée d’accuser les journalistes dont le travail est rendu très difficile par les anathèmes et les condamnations. La liberté d’expression est muselée en France dans les médias et dans la vie politique. Le politiquement correct règne en maître. Louer le ventre d’une femme ne devrait pas faire débat. Qu’il faille du courage pour le dire ouvertement est quand même étonnant. Aussi faut-il saluer celui de Marion Maréchal, la seule femme politique, à poser la question : est-il moralement bon de légaliser la GPA ? Car c’est sa légalisation que l’on prépare à grand prix.
L’accusation d’homophobie est celle du crime pensée par excellence dans le monde orwellien devenu le nôtre. Cette émission, hier, avait un goût désagréable. Peut-on encore le dire librement ?
À l’heure où le mot d’ « emprise » est devenu un lieu commun, pris dans la gangue d’une langue de bois qui dénonce, voici un roman, En vérité Alice de Tiffany Tavernier, qui dit l’expérience singulière d’une femme qui croit sauver un homme grâce à l’amour qu’elle lui porte. Mais c’est un chemin de croix qui va s’ouvrir devant elle.
Alice, à courir après le lapin noir qui ne porte aucun nom et qui s’appellera « il » tout au long du roman, tombe dans un trou où elle essaie, dans un premier temps, de faire son nid en justifiant chaque mauvais geste par une bonne raison. Cela est d’autant plus plausible qu’« il » ne se présente pas comme une brute épaisse, mais comme un homme ayant beaucoup souffert dans son enfance, et qui n’en vient aux mains que tardivement. Comment, dès lors, ne pas croire que la demande incessante de selfies dans la journée accompagnés de trois cœurs, n’est pas le signe d’un amour si grand qu’il a besoin de signes, précisément ? Et quand les propos du monsieur se font acerbes, voire insultants, ne s’excuse-t-il pas immédiatement en pleurant ?
Procédures religieuses et amour ahurissants
C’est ainsi que, dans une solitude qu’accroît l’installation à Paris, notre héroïne argumente sans fin avec elle-même pour se persuader que son amour guérira les blessures de celui qui souffre tant…
Mais il faut manger aussi, et c’est dans une église où elle se trouve par hasard qu’Alice tombe sur une petite annonce proposant un travail dont elle ne comprend pas vraiment la nature mais pour lequel elle postule en désespoir de cause. Il s’agit ni plus ni moins de classer des dossiers de futurs saints à canoniser. Voilà notre héroïne embarquée dans des procédures ahurissantes et bien réelles pour asseoir la validité de tel ou tel candidat au grade supérieur.
Où l’on apprend donc que le serviteur ou la servante de Dieu doit avoir fait preuve, tout au long de sa vie, d’une piété remarquable, que le serviteur n’est pas le vénérable dont l’héroïcité des vertus a été reconnue par l’Église, à condition qu’aucun culte ne lui ait été rendu. Que le vénérable n’est pas encore le bienheureux ou la bienheureuse, auquel ou à laquelle on peut attribuer post mortem, au moins un miracle ou qui est mort(e) en martyre. Et qu’enfin, le bienheureux ou la bienheureuse n’est pas encore un saint ou une sainte, auquel ou à laquelle on peut attribuer au moins deux miracles.
Vous les femmes…
C’est du sérieux, et notre malheureuse Alice se perd quelque peu dans les procédures. Mais cela lui permet d’étudier des vies de saints ou de saintes qui ponctuent le roman et lui donnent un rythme plutôt allègre. Ainsi donc, entre deux crises conjugales qui n’en sont pas encore arrivées aux coups mais qui dépriment sévèrement la future candidate au poste suprême, Alice continue de vouloir sauver un homme dont elle ne remet jamais en question les souvenirs soi-disant traumatisants et qui finiront en poudre de perlimpinpin, tout en classant les dossiers des saints à venir. Et c’est bien l’argumentaire qu’elle déploie qui instruit le plus sur l’âme humaine et sur un cœur féminin en proie à la tentation du sacrifice ; tentation plus courante qu’on ne croit et dont Anne Dufourmantelle avait fait un livre passionnant, pour comprendre ce qui, dans notre civilisation, instaure la femme sacrificielle.
On se doute que la fréquentation des futurs saints va donner un sérieux coup de pouce à l’idée de persévérer sur un chemin dont l’entourage ne cesse d’avertir qu’il est une impasse dangereuse. Et c’est même au moment où Alice commence à douter de son chemin de croix que des voix la remettent sur la voie si l’on peut dire. Et cela pourrait finir ainsi : la jeune femme douce et effacée que la rencontre avec des vies de saints va conforter dans sa passion triste. Eh bien non, cela ne finit pas ainsi, et le coup de théâtre, qui permettra à notre stagiaire au fond de son trou et au milieu de ses dossiers à redresser enfin la tête, et à opposer un non-ferme et définitif à ce qui détruit, vient de là où on l’aurait le moins attendu…
Ce roman qui mélange les registres, qui mêle la trivialité sordide d’un rapport destructeur à des rêves et des passages d’un grand lyrisme lors des souvenirs d’enfance sur un autre continent, ainsi qu’à ces récits de saints comme des petits cailloux pour une petite Poucette qui aurait perdu son chemin, dit l’aventure d’Alice pour remonter du trou où elle était tombée.
En vérité, Alice, de Tiffany Tavernier, chez Sabine Wespieser éditeur. 2024
Fabrice Leggeri, ex-patron de Frontex et numéro 3 sur la liste de Jordan Bardella aux élections européennes du 9 juin, est visé par une plainte judiciaire opportuniste pour complicité de crime contre l’humanité et complicité de torture. Pas moins ! Détails.
La Ligue des Droits de l’Homme, avatar dévoyé de ce qu’elle était censée représenter et défendre à l’origine, de concert avec l’association Utopia 56, bien fidèle quant à elle à ses compromissions idéologiques de baptême, ont déposé une plainte avec constitution de partie civile à l’encontre de Fabrice Leggeri, ex-directeur de l’Agence européenne de garde frontières et garde-côtes – Frontex – où il fut en poste de 2015 à 2022. À noter que la constitution de partie civile met les plaignants à l’abri d’un éventuel classement sans suite par le procureur. L’affaire suivra donc son cours. C’est évidemment cette assurance qui a motivé la précaution prise lors du dépôt.
Accusation abracadabrantesque
L’ancien directeur est accusé « d’avoir participé, soit en les facilitant, soit en les couvrant, au refoulement d’embarcations de migrants par les autorités grecques vers la Turquie ainsi qu’à des interceptions par des gardes-côtes libyens d’embarcations tentant, elles, de rejoindre l’Italie. » Selon les accusateurs, cela aurait donc « facilité la commission de crimes contre l’humanité et de crimes de torture par ces mêmes autorités grecques et libyennes. » La Ligue des Droits de l’Homme en la personne de son président Patrick Baudouin, et Utopia 56 par la voix de son avocat Emmanuel Daoud, basent leur réquisitoire sur des rapports émanant, on s’en doute, d’associations militantes et d’organes tout acquis à la cause de l’immigration sans frontières et se réclamant bien haut de la défense des « droits fondamentaux ». Lesquels ? Évidemment, pas ceux des autorités et des populations grecques de demeurer maîtres chez elles, d’avoir la liberté de choisir qui elles doivent accueillir et dans quelles conditions. On aura compris avec la démarche des plaignants qu’entre prétendre défendre ces droits-là et se rendre coupable de complicité de crimes contre l’humanité, il n’y a qu’un pas désormais vite franchi. Ainsi pour Fabrice Leggeri.
Un esprit malicieux s’aventurerait sans doute à faire valoir la bizarrerie qu’il y a à se voir accusé de tels crimes commis notamment par la Grèce alors que, à ma connaissance et sauf erreur de ma part, celle-ci n’est à ce jour nullement poursuivie sous ce chef d’accusation par les instances internationales compétentes. Comment peut-on être complice d’un coupable non identifié coupable, voilà en quelque sorte la question ? J’avoue que cela dépasse de beaucoup mes faibles capacités de compréhension.
Tout s’explique
Cependant, tout s’éclaire lorsqu’on intègre dans les données du problème le fait que Fabrice Leggeri se trouve placé en troisième position de la liste RN pour les prochaines élections européennes. Ceci explique évidemment cela. La plainte des belles âmes n’est qu’un missile de plus lancé contre la liste Bardella. Le moment le dit assez clairement. M. Leggeri a démissionné de Frontex en 2022. Depuis : rien. Calme plat, du moins sur le plan judiciaire. Et juste au moment où devant la persistance de sondages plus que favorables pour le RN l’inquiétude se meut en panique dans le camp opposé, on lâche les chiens. Au demeurant, le président de la Ligue des Droits de l’Homme, Patrick Baudouin, en livre – naïvement ou cyniquement ? – l’aveu lorsqu’il déclare qu’il y aurait « une concordance de pensée et d’action entre ses fonctions (celles de Fabrice Leggeri) de directeur exécutif à Frontex et son positionnement politique actuel dans le cadre de la liste RN pour les élections européennes. » Propos un tantinet biaisés, voire diffamatoires, d’ailleurs, qui laisseraient entendre qu’être candidat, électeur, soutien ou sympathisant du RN induirait nécessairement, automatiquement, génétiquement allais-je dire, l’adhésion, l’assentiment à des pratiques relevant de crimes contre l’humanité et de torture ! Mine de rien, nous avons là, de la part de ces officines gauchistes et de leurs gourous, une énième expression de la stratégie grossière mais increvable visant à la nazification de l’adversaire. En d’autres termes, il s’agit de faire de la présence de M. Leggeri sur la liste RN un élément à charge, voire le plus grave, en tout cas le plus incriminant, dans le procès intenté. Car, redisons-le, le choix du moment n’est pas neutre. C’est maintenant et non au cours des deux années écoulées depuis le départ de Frontex de l’ex-directeur qu’on met en branle la Grosse Bertha judiciaire. Deux années, soit dit en passant, où , si la Grèce et la Libye sont effectivement coupables de ce que prétendent les accusateurs, leurs crimes contre l’humanité et crimes de torture auront fait des centaines, des milliers d’autres victimes. Aussi, je m’interroge : cette passivité, une telle abstention d’action judiciaire et de vacarme médiatique pendant ces deux années devant de telles atrocités ne pourraient-elles être considérées comme une forme de complicité, elles aussi ?
Les élèves de seconde devront faire un stage de deux semaines en entreprise du 17 au 28 juin. Cette décision a été prise suite aux évènements survenus après la mort de Nahel. Les lycéens recherchent donc actuellement une entreprise pour les accueillir…
Inutile de vous demander de vous souvenir des émeutes de juin 2023. Nous avons tous en mémoire ces images de désolation qui, onze jours durant, ont alimenté les journaux télévisés. Le bilan, chaque jour, s’alourdissait pour atteindre finalement plus d’un millier de blessés (dont 782 agents des forces de l’ordre) et un milliard d’euros de dégâts matériels.
Après le constat est venu le temps de l’analyse. Qui allait-on incriminer cette fois-ci ? Les réseaux sociaux ? L’état psychologique des jeunes ? L’ultra-violence des jeux vidéos ? Oui, probablement ne sont-ils pas innocents mais déjà maintes fois pointés du doigt lors de précédents faits de société. Or il s’agissait, par son ampleur et sa durée, d’un événement assez inédit et à situation exceptionnelle, coupable exceptionnel ! Hors de question pour le gouvernement de creuser des pistes culturelles qui se seraient révélées fort glissantes. Le coup de génie de nos dirigeants a donc été de pointer du doigt un nouveau venu dans le cercle très fermé des boucs émissaires des problèmes sociétaux : le désœuvrement des jeunes !
Le diagnostic a de quoi surprendre : ces émeutiers que l’on avait vu s’acharner sur des bâtiments publics et attaquer des commissariats et mairies à coups de tirs de mortier ne seraient en réalité que des chérubins qui s’ennuyaient. « Bon sang mais c’est bien sûr », comme aurait dit le commissaire Bourrel, « Eussent-ils été à l’école qu’ils ne l’auraient point détruite ! ».
Mauvais diagnostic : mauvaise prescription
Connaissant le goût de nos dirigeants pour le vocabulaire martial, ce ne fut pas une surprise d’entendre Gabriel Attal, en septembre 2023, annoncer une politique de « reconquête du mois de juin ». C’est dans cette optique que fut instaurée l’obligation pour 560 000 lycéens de Seconde générale et technologique d’effectuer un stage en milieu professionnel, la deuxième quinzaine de juin et ce, dès 2024.
Si, d’un mauvais diagnostic, ne peut vraisemblablement découler qu’une mauvaise prescription, l’idée n’en demeure pas moins intéressante car elle répond à un réel besoin : celui de resserrer les liens entre l’École et le monde professionnel. Ces deux entités se révèlent trop souvent déconnectées l’une de l’autre et ne se comprennent pas, faute de parler le même langage. Les conséquences en sont, parmi d’autres, des difficultés d’orientation des jeunes et un manque de vocation ou d’intérêt pour certains corps de métiers qui offrent pourtant de belles perspectives d’avenir avec des possibilités de formations et d’embauches.
Que la mise en place de cette période de stage ne soit pas faite pour les bonnes raisons n’est, cependant, pas sans conséquences. Elle fait figure de mesure isolée et ne semble pas faire partie d’un plan plus vaste et plus cohérent sur les passerelles École/entreprises ni sur l’orientation professionnelle des jeunes. Pour preuve, le gouvernement vient d’annoncer, dans le même temps, qu’à partir du 1er mai 2024, les aides octroyées aux entreprises pour la conclusion de contrats de professionnalisation seront supprimées (200 millions d’économies pour l’État). Tout cela manque cruellement de cohérence, d’autant que ce type de contrat en alternance est très apprécié des entreprises et a fait ses preuves comme vecteur privilégié pour entrer dans la vie active. Peut-être faudrait-il également revaloriser les filières professionnelles qui traînent depuis bien trop longtemps une mauvaise réputation ? Le ministère de l’Éducation nationale a annoncé fin 2023 que l’objectif de ce stage «est de permettre aux élèves de découvrir différentes facettes du monde professionnel pour envisager ensuite un choix d’orientation plus libre, mieux éclairé » mais ne semble pas trouver problématique que ce stage intervienne après le choix de spécialités des lycéens.
SNU pour ceux qui ne trouvent pas une entreprise pour les accueillir
Bien évidemment, ces centaines de milliers d’élèves de Seconde ne vont pas tous trouver une entreprise pour les accueillir, en particulier ceux issus de milieux les plus défavorisés. Là encore, le gouvernement a anticipé cette problématique, et sa solution a de quoi surprendre : deux semaines de SNU (Service National Universel), présenté comme un séjour de « cohésion nationale », pourront se substituer au stage. Peut-on hasarder l’hypothèse que tout cela ne serait que prétexte pour apprendre aux jeunes à marcher au pas ? L’idée n’en demeure pas moins séduisante : un peu d’ordre et de discipline ne peuvent nuire à notre jeunesse mais il s’agirait alors, par souci d’égalité, de généraliser le SNU à tous les élèves de Seconde. Il est amusant d’imaginer les réactions si une telle proposition était venue de l’extrême droite. Nul doute que beaucoup se seraient indignés et auraient probablement dénoncé une mesure autoritaire et réactionnaire…
Notons également que ce stage est, au grand désespoir des entreprises, un stage d’observation et non d’immersion. S’agirait-il seulement d’occuper les jeunes ? Pourquoi ne serait-il pas question d’exiger d’eux qu’ils mettent à la pâte leur fragile petite main, quand dans le même temps, on soupçonne celle-ci d’être à l’origine de dégradations et de tirs de mortier ? Non, un stage d’observation n’est motivant ni pour une jeune personne de 15 ou 16 ans, ni pour l’entreprise qui l’accueille. Celle-ci n’a pas vocation à être une garderie pour adolescents. Si l’on excepte certains secteurs qui nécessitent un personnel habilité, la réalité d’un métier se vit et s’expérimente. Ce n’est que dans l’implication que peut naître une vocation, un projet professionnel, ou même un simple soupçon d’intérêt.
Loin d’être combattu, le désœuvrement des jeunes, si tant est qu’il existe, risque d’être simplement transposé de la rue à l’entreprise. En outre, il n’est pas l’apanage des lycées puisqu’il est, depuis quelques années, le pire cauchemar des services de ressources humaines, ceux-ci étant de plus en plus confrontés à des nouvelles générations d’employés qui ne sont que vaguement concernés par le devenir, la bonne santé ou encore l’image de leur entreprise.
À ceux qui rétorqueraient que tout cela n’est que vocabulaire et que la nuance est faible, je leur opposerais l’image de l’omelette au bacon dans laquelle si la poule n’est que concernée, le porc, lui, est impliqué.
Le grand public ne plébiscite pas la bêtise culpabilisatrice de la culture woke. Il se presse en revanche au musée pour admirer les chefs-d’œuvre de notre histoire de l’art. Il ne peut qu’en sortir grandi.
Nous sommes de plus en plus nombreux à aller au musée voir des expositions. Les nostalgiques de ces lieux autrefois désertés par les foules ont des souvenirs de chefs-d’œuvre rencontrés dans des salles quasi conventuelles, mal éclairées ou, au contraire, baignées de la lumière d’un ciel pur, coupées de l’agitation du monde et de l’empressement du quotidien. Les musées sont passés en peu de temps des couvents aux cathédrales, du recueillement solitaire au pèlerinage de masse, et la demande du public ne cesse de s’accroître. En 2023, 650 000 personnes sont venues visiter la rétrospective « Vermeer » au Rijskmuseum d’Amsterdam ; au premier jour de l’exposition milanaise « Cézanne/Renoir » au PalazzoReale, le 19 mars 2024, 40 000 billets avaient déjà été vendus.
Que viennent chercher ces visiteurs, qu’on désigne du doux nom de touristes, sauf le jour où nous venons nous-mêmes grossir la file d’attente de l’une de ces expositions ? Des propos édifiants sur leur passé (colonisateur), leur présent (discriminatoire) et leur avenir (pollueur) ? Si tel était le cas, ils ne se bousculeraient pas tant pour voir la Peseuse de perles et la Liseuse à la fenêtre du grand maître néerlandais, ou pour admirer les Baigneuses des deux pères de l’impressionnisme dont nous fêtons les cent cinquante ans ce mois-ci. Pierre-Auguste Renoir (1841-1919), qui ne trouvait « rien de joli comme ce mélange de femmes et d’hommes serrés sur les rochers » de Guernesey, et son ami Paul Cézanne (1839-1906), qui nous a laissé quelques vers commençant par « Voici la jeune femme aux fesses rebondies », n’ont rien de woke. Et à l’heure des reproductions de qualité inédite, on se presse du monde entier pour venir voir leurs toiles en vrai.
Le wokisme est une mode pauvre, une croyance sans pèlerins. Ce sous-catéchisme de la non-discrimination inculqué à la schlague fait le buzz, distrait, et finit par ennuyer. Ce n’est pas devant un tableau de Kehinde Wiley que les gens se prennent en photo, mais devant un Vermeer, un Cézanne ou un Renoir. Le public des musées n’a que faire, à la longue, de toute cette agitation artistique autour des violences faites à la Terre et aux damnés de la terre. Il veut voir La Jeune Fille à la perle ; il veut voir La Baigneuse blonde. Les perles et les images de nus n’ont pourtant jamais été aussi accessibles. On accuse ce public d’aller au musée comme il va au McDo, sans discernement, sans goût et sans culture. L’essentiel n’est pas d’y aller, mais d’en revenir avec des formes et des couleurs qui résonnent au-delà des cimaises.
Le défi des musées : réussir là où l’école (en France du moins) a échoué. Continuer à accueillir les foules pour qu’elles voient, regardent et admirent les œuvres qui font l’histoire de l’art. Ces foules qui ont cessé de lire, depuis longtemps déjà, les chefs-d’œuvre des écrivains qui furent, bien souvent, les amis de ces peintres.
Cela prouverait-il, qu’en matière de censure, la fachosphère est diablement plus efficace que la gauchosphère ? Les éléments de réponse de Didier Desrimais.
Souvenez-vous. Il y a quelques mois, le bide monumental de Avant que les flammes ne s’éteignent – film censé dénoncer les « violences policières » en France avec Camélia Jordana dans le rôle d’Assa Traoré – était soi-disant dû à une campagne de la « fachosphère » sur le site d’Allociné. À cette occasion, la SRF (Société des réalisatrices et des réalisateurs de films) écrivait un communiqué pleurnichard pour dénoncer « une violente campagne de dénigrement relayée par la chaîne CNews et les réseaux sociaux » et des « commentaires haineux imputablesà des groupes d’extrême droite ». [À ce sujet, voir mon article paru le 7 décembre 2023]. Le ridicule ne tuant pas, la SRF a remis ça à propos d’un autre film dont on peut d’ores et déjà dire qu’il sera un des plus gros flops cinématographiques de l’année.
Camille Cottin et Benjamin Biolay, pas « bankable » au box office
Quelques jours pas plus est un film pro-immigration. Comme on pouvait s’y attendre, cette énième production propagandiste est en train de se ramasser une gamelle taille XXL. La présence de Camille Cottin et de Benjamin Biolay dans les rôles principaux n’y change rien : les spectateurs français en ont soupé des leçons de morale cinématographiques et évitent comme la peste tous les films militants et lourdingues qui envahissent les écrans de cinéma pour vanter les supposés bienfaits de l’immigration. Mais pour Télérama, l’explication de cet échec est tout autre : ce film serait la « nouvelle victime des assauts racistes de la fachosphère » et « la cible d’une attaque coordonnée d’internautes d’extrême droite ». Et de renvoyer sur un nouveau communiqué larmoyant de la SRF prétentieusement titré « L’extrême droite attaque la Culture » dans lequel ladite SRF dénonce un « nouvel épisode de dénigrement ». Les réalisateurs mettent en garde : ils craignent de nouvelles « campagnes de censure » – pour ces geignards, toute critique d’un de leurs films équivaut à une censure – s’ils venaient à réaliser d’autres films « mettant en scène des personnes étrangères ou d’origine étrangère vivant en France et ceux questionnant les politiques de maintien de l’ordre ». Les pauvres chéris réclament le soutien des pouvoirs publics, des critiques, des sites spécialisés, de leurs collègues « créateurs » et du public. C’est à pleurer… de rire !
En tout cas, si ce qu’affirment Télérama et la SRF est vrai, on peut dire alors que cette mystérieuse « fachosphère » est d’une efficacité redoutable. On ne compte plus le nombre de films qui lui doivent une carrière écourtée. La liste des bides est trop longue pour être reproduite ici. La Cour des comptes reprochait récemment au milieu cinématographique de taper un peu trop largement dans les différentes caisses d’argent public pour ne réaliser que des daubes ou, pour le dire à la manière diplomatique de Pierre Moscovici, « trop de films qui ne rencontrent pas leur public ». En effet, précisait l’institution chargée de contrôler l’usage qui est fait des deniers publics, un tiers des films réunit aujourd’hui moins de 20 000 spectateurs et seulement 2% des productions soutenues par l’avance sur recettes sont rentabilisées en salle. Grâce à Télérama et à la SRF, nous savons maintenant que ces lamentables résultats sont vraisemblablement dus au travail souterrain et énergique de… la fachosphère.
Les revers de la gauche culturelle
Si cela était avéré, il serait alors possible d’affirmer la chose suivante : la fachosphère est diablement plus efficace que la gauchosphère. La dernière fois que la gauchosphère a voulu s’attaquer bille en tête à un film dont le sujet ne lui plaisait pas, c’était à propos de celui sur Charrette produit par le Puy du Fou, Vaincre ou mourir. Le ban et l’arrière-ban de la gauche politico-médiatique s’étaient alors mis en branle : des journalistes de Libération, du Monde, de Télérama, de L’Obs, de la radio publique, ainsi que des députés et des historiens de gauche se frappèrent la poitrine en poussant des cris désespérés et en dénonçant pêle-mêle une « entreprise réactionnaire », un « message chrétien lourdement asséné », un « conservatisme affiché » ou « un film révisionniste ». Sur les réseaux sociaux, les insultes et les menaces tombèrent comme à Gravelotte. Résultat de cette campagne de critiques enragées : les producteurs et réalisateurs du film, qui considéraient que le succès serait complet si 100 000 spectateurs se déplaçaient dans les salles pour le voir, constatèrent, après une première semaine qui ne promettait rien de bon, que les salles se remplissaient au fur et à mesure que la gauchosphère se déchaînait. Finalement, ce sont presque 300 000 spectateurs qui sont allés voir Vaincre ou mourir – il n’est resté à la gauchosphère que ses yeux pour pleurer.
Ce retour de bâton étonnant semble d’ailleurs devenir une loi du genre. En ce moment, par exemple, la gauchosphère tente d’empêcher par tous les moyens possibles la promotion du livre de Dora Moutot et Marguerite Stern, Transmania. Sous la pression d’associations LGBT et de mouvements d’extrême gauche (comme “Jeunes insoumi.es Lyon”), et au mépris des lois sur la liberté d’expression et de celles sur la publicité, MM. Grégoire et Belliard, adjoints à la mairie de Paris, et M. Doucet, maire de Lyon, ont exigé de la société JCDecaux le retrait des affiches publicitaires sur ce livre dénonçant pourtant fort à propos les dérives de l’idéologie transgenre (cf. l’article de Jeremy Stubbs du 20 avril). L’association SOS Homophobie – subventionnée entre autres par la Ville de Paris – porte plainte contre Dora Moutot et Marguerite Stern pour « leurs propos dans Transmania ». France Inter n’invitera probablement pas ces dernières : la radio publique est trop imprégnée d’idéologie progressiste pour laisser entrer ces louves réactionnaires dans la bergerie woke. Dans la presse écrite, Le Figaro se démarque grâce à Eugénie Bastié qui a sélectionné quelques extraits de Transmania donnant envie d’en lire plus. Malgré les gesticulations de la gauchosphère ou, peut-être, une fois de plus, grâce à elles, Transmania se vend comme des petits pains, en particulier sur les sites de la Fnac et d’Amazon. Sur ce dernier, Transmania est numéro 1 des ventes. Sous le nom ou le pseudo de chaque personne laissant un commentaire sur le livre, il est précisé si l’achat a été effectué sur le site ou non (« Achat vérifié »). Il est intéressant de constater que les commentaires négatifs (qui ne représentent toutefois que 15 % de l’ensemble des commentaires) sont tous, je dis bien tous, rédigés par des personnes n’ayant… pas acheté le livre sur le site en question. Se pourrait-il que Transmania soit la victime d’une « campagne de dénigrement » orchestrée par la gauchosphère ? Nous n’osons y croire. Et pourtant… « Nous n’avons pu organiser aucune dédicace en librairie car ces dernières ont peur des événements, et je les comprends », regrette Dora Moutot dans un entretien donné au Figaro. La gauchosphère ayant de plus en plus de mal à masquer la réalité et à effacer ceux qui en rendent compte, elle enrage. Et devient de plus en plus bête. Tellement bête que son grossier travail de sape se retourne contre elle. Ainsi, rapporte Le Figaro, « les deux militantes féministes remercient, avec ironie, leurs nombreux détracteurs : “C’est grâce à la polémique que nous avons une telle visibilité”. »
La gauche médiatique, malgré le silence de plomb dont elle l’a recouvert, n’a pas su empêcher non plus le succès phénoménal du dernier livre de Gilles-William Goldnadel, Journal de guerre. C’est l’Occident qu’on assassine. Facétieux, ce dernier demande régulièrement aux médias publics en général et à France Inter en particulier de continuer de l’ignorer ; il craint, dit-il, qu’une publicité par trop élogieuse émanant des « autorités d’occultation de l’odieux visuel public » ne soit contre-productive. Il n’a pas tort. Je ne résiste pas à l’envie de revenir, par exemple, sur le cas du film de Julie Navarro. Quelques jours pas plus a bénéficié d’une large promotion, agrémentée de discours lénifiants sur l’immigration heureuse, sur France Inter, France info, Fip et France 5. Résultat : après trois semaines d’exploitation en salles, seuls 45 280 spectateurs sont allés le voir. Ils n’étaient déjà plus que 6100 la troisième semaine. Ça sent le sapin.
Avis aux amateurs de cinéma désirant utiliser judicieusement leur temps et leur argent : le film du réalisateur belgo-marocain Jawad Rhalib, Amal, un esprit libre, est sorti. Ce long-métrage évoque crûment la réalité de l’École confrontée à la montée de l’islamisme. Jean-Paul Brighelli en a fait une critique enthousiaste dans ces colonnes. La Croix, Le Monde et Télérama, en revanche, n’ont guère goûté ce film « trop manichéen » et « sans nuances », selon eux. La palme de la critique vaseuse revient sans conteste à Libération, quotidienqui se surpasse régulièrement quand il s’agit de ne pas voir la triste réalité et les phénomènes qui nous pourrissent la vie : le film de Jawad Rhalib dresserait un « portrait hypocrite et caricatural de l’islamisme homophobe », entre autres âneries. Ce film évite si peu les sujets qui fâchent qu’il rencontre les plus grandes difficultés quant à sa distribution dans certaines banlieues où les propriétaires de salles de cinéma craignent des réactions violentes de la part d’un certain public – comme c’est bizarre ! Mais j’y suis – où avais-je la tête ? – c’est sûrement encore un coup de… la fachosphère !
C’est un phénomène méconnu de beaucoup de Français: figurez-vous que des musulmans quittent la France, pays bien trop inhospitalier. Du moins, c’est ce que constate Le Monde pour le déplorer…
Comme toujours quand s’accumulent les « faits divers » et que la réalité brutale de l’islamisation s’impose dans les médias, l’islamo-gauchisme tente d’allumer des contre-feux et de faire entendre sa complainte victimaire. Ainsi, un récent article du Monde évoquant des musulmans qui envisagent de quitter la France alors qu’ils y sont « bien installés », joue sa partition et rencontre ces jours-ci un certain écho[1].
A sa lecture, on pourrait d’abord être tenté par la compassion vis-à-vis des situations évoquées. Du moins au début du texte. Bien vite, l’absence totale d’évocation des victimes de l’islamisme devient insupportable, tout comme le refus de la moindre remise en cause. En 2014, déjà, Abdennour Bidar écrivait dans sa Lettre ouverte au monde musulman : « Tu te réfugies dans le réflexe de l’autodéfense sans assumer aussi et surtout la responsabilité de l’autocritique. Tu te contentes de t’indigner alors que ce moment aurait été une occasion historique de te remettre en question. » Rien n’a changé.
Une « islamophobie » d’atmosphère dénoncée
Le 7 octobre, par exemple, est mentionné dans le texte du Monde. Quatre fois. Comme un « paroxysme ». Mais pas comme un paroxysme d’horreur perpétrée au cri d’Allah akbar, non, seulement comme un paroxysme de « défiance » envers les musulmans. L’origine d’une « double peine », d’une atmosphère devenue « irrespirable, suffocante. » Pas un mot pour les victimes du Hamas. Pas un mot pour nos concitoyens Juifs. Pas un mot pour dénoncer la haine qui se hurle au nom de la Palestine et de l’islam, et qui pour beaucoup de non-musulmans (et même certains musulmans) rend l’atmosphère nettement plus « irrespirable, suffocante » que ne le fait pour les musulmans une « islamophobie d’atmosphère. »
Pire, un de ceux dont Le Monde rapporte les propos déclare : « Depuis le 7 octobre, je ne parle plus. On me soupçonne de tellement de choses déjà, je ne veux pas que l’on rajoute “antisémite” à la liste. » On en déduit que dans le contexte de la guerre entre Israël et le Hamas, les propos que l’intéressé souhaiterait tenir seraient interprétés comme antisémites par son entourage… voilà qui laisse songeur.
Le texte reconnaît que « plus personne ne nous traite de “sale Arabe” comme dans les années 1970 ou 1980, personne ne nous traite de “sale musulman” non plus, ni ne nous agresse. » Et si des actes perpétrés contre des mosquées sont décrits (des tags, le dépôt d’une tête de sanglier…), en comparaison des crimes du Hamas ou de ceux de Mohamed Merah (que l’article, répétons-le, ne mentionne que pour déplorer le fait qu’ils « ont contribué à dégrader l’image » des musulmans), leur caractère dérisoire prêterait presque à sourire.
Rappelons d’ailleurs qu’en France, les actes anti-sémites et anti-chrétiens sont nettement plus nombreux que les actes anti-musulmans, alors que du côté des auteurs d’actes répréhensibles la proportion est toute autre, le recteur de la Grande Mosquée de Paris lui-même déclarant il y a peu que « 70% à 80% » des détenus dans les prisons françaises sont musulmans…
La litanie des doléances des musulmans français
Mais alors ? La liste des griefs est des plus révélatrices : on y trouve, pêle-mêle, la « loi sur l’interdiction du port de signes religieux ostensibles dans les écoles publiques, en 2004 », en clair la loi sur le voile dans les écoles, l’injonction de « condamner dans la seconde haut et fort les attentats » commis au nom de l’islam, la dissolution du CCIF, les « polémiques » sur le voile et le burqini, l’interdiction de l’abaya et du qamis dans les établissements scolaires, les « fermetures de mosquées », les « attaques, en décembre 2023, contre l’établissement scolaire Averroès ». Diantre ! Les musulmans « bien installés » sur le sort desquels Le Monde voudrait nous faire pleurer seraient donc gênés de devoir condamner les attentats commis au nom de la religion qu’ils choisissent de professer ? Troublés que l’on critique le voile et le burqini ? Dérangés par l’interdiction de l’abaya et du qamis dans les écoles ? Opposés aux fermetures de mosquées considérées comme trop radicales ? Favorables au CCIF et au lycée Averroès, dont la chercheuse Florence Bergeaud-Blackler rappelait les liens avec les Frères Musulmans (voir plus bas) ? Parmi les personnes que nous présente Le Monde, une femme pour qui il était hors de question d’ôter son voile au travail, et qui a donc choisi de travailler à son domicile, sans que l’article ne songe à questionner si peu que ce soit ses priorités. « La France est en train de perdre beaucoup de talents qu’elle a formés » : si ces « talents » sont favorables au CCIF et au port du hijab dans les établissements scolaires, considèrent le port d’un symbole sexiste militant comme indispensable, et trouvent gênant de devoir condamner les attentats islamistes, la perte ne sera pas bien grande ! On serait même tentés d’y voir un début de remigration qui ne serait pas forcément malvenu.
Le lycée Averroès ne sera plus subventionné. Il est pointé du doigt du fait d'irrégularités financière. Cette décision serait "inéquitable et disproportionné" d'après le patron de Sciences Po Lille, Pierre Mathiot qui vient en défense du lycée musulman, un des meilleurs lycées… pic.twitter.com/YGPKhgRzVl
Peut-être y a-t-il une solution fort simple. La France serait horriblement islamophobe, alors qu’il n’y aurait – bien sûr – aucun problème avec l’islam. Soit. Si l’islam ne pose aucun problème, alors il ne devrait pas être problématique de s’en inspirer, n’est-ce pas ? Proposons donc aux musulmans qui trouvent l’atmosphère française « irrespirable, suffocante » que la France, s’ils préfèrent, les traite désormais de la manière dont beaucoup d’Etats musulmans traitent les non-musulmans. Ou mieux encore : de la manière dont la charia exige que soient traités les non-musulmans ! Comment pourraient-ils s’en plaindre ? Ce serait reconnaître qu’ils ont choisi d’adhérer à une idéologie qui pousse à un comportement inacceptable envers les non-musulmans, et donc qu’il y a bel et bien un problème avec l’islam…
A La Sorbonne, le chef de l’Etat a présenté sa nouvelle feuille de route européenne, en dramatisant les enjeux. Selon lui, «nous devons être lucides sur le fait que notre Europe, aujourd’hui, est mortelle. Elle peut mourir et cela dépend uniquement de nos choix, mais ces choix sont à faire maintenant». Il a appelé à une réorientation profonde des paradigmes européens, mais force est de constater que même revisité, tout ce qui faisait la doxa européenne reste. Analyse.
Sept ans après le célèbre discours de la Sorbonne de 2017, Emmanuel Macron a délivré sa nouvelle feuille de route pour l’Europe, ce jeudi 25 avril 2024. Une heure quarante-cinq minutes d’intervention dense et multiforme1. Saluons la constance du propos. Le président avait déjà formulé à l’époque son concept d’Europe puissance et souveraine, avant tout le monde. Aujourd’hui, nous y sommes : sous l’impulsion explicite ou subliminale de la France, et avec bien sûr l’appui de nos petits camarades européens, la physionomie de l’Europe a changé et rejoint l’image idéale projetée en 2017 par notre visionnaire de président. Puissance, prospérité et humanisme.
« Notre Europe est aujourd’hui mortelle »
L’intervention de 2024 prend une dimension assez différente de celle de 2017 (un septennat…), après la période sanitaire de 2020/2021, la guerre aux portes de l’Union européenne et les reconfigurations géostratégiques mondiales Asie/États-Unis/Russie/Sud global. L’Europe est désormais « en danger ». Les grands agrégats macroéconomiques (production, commerce mondial, technologies, innovation, productivité, dette,…) sont en berne. En trente ans, le PIB américain a progressé de 60% contre seulement 30% pour l’Europe. Une civilisation peut disparaître : « Notre Europe est aujourd’hui mortelle ». Thème zemmourien par excellence. La campagne de la liste Renaissance pour les élections européennes est à la peine. L’intervention du président est bienvenue pour tenter de remonter la pente.
Le président prend donc le temps de rappeler les faits d’armes de l’Union européenne ces dernières années : la lutte contre la pandémie, la mobilisation pour l’Ukraine, les renégociations de traités bilatéraux commerciaux (les « clauses miroir », grande invention terminologique porteuse de sens), la réindustrialisation, la décarbonation. Le moment « hamiltonien » européen, qui rappelle la période où les jeunes États-Unis d’Amérique ont accepté un endettement fédéral à la fin du XVIIIème siècle et ont, de fait, scellé le caractère fédéral des États-Unis. Il est vrai que l’Union européenne a accepté pour la première fois en 2020/2021 de s’endetter à son niveau, marquant ainsi l’entrée dans un mouvement l’éloignant de l’Europe des Nations du Traité de Rome de 1957, au profit d’une approche fédérale. Sans le claironner comme il se doit, les populations n’y étant pas favorables. Surtout si on leur avait explicitement posé la question. Le président coche toutes les cases. Humble, il reconnaît d’emblée que tout n’est pas parfait. L’Europe est néanmoins sur la bonne voie. Finies, les contraintes bureaucratiques. Simplifions. En filigrane, finies les surtranspositions. L’énergie ? Concilions le nucléaire et les énergies renouvelables, l’Europe a besoin des deux.
L’agriculture : enterrées les mauvaises manières du Pacte vert, dont on conserve néanmoins les grandes lignes. Place à une Europe qui comprend, aime et aide ses agriculteurs. Le grand ordonnateur français du « Green deal » européen, Pascal Canfin, écologiste ayant rejoint le bateau Renaissance, rase aujourd’hui les murs et ne sait toujours pas s’il sera en position éligible sur la liste Renaissance…
Maîtrisons notre avenir numérique et mettons sous tutelle les GAFA. Thierry Breton, commissaire européen en charge du marché intérieur, était au premier rang de la conférence du jour. Le président serait-il en passe de le soutenir pour la future présidence de la Commission européenne, après avoir soutenu, contre vents et marées, la très autoritaire et controversée Ursula von der Leyen, qui a du reste depuis mis – beaucoup – d’eau dans son vin du Rhin ?
Le président aime dramatiser. La force du bon théâtre. Il en est un zélateur compulsif. C’est certainement une des raisons pour lesquelles les Français ne le détestent pas complètement. Le goût de l’unité de lieu, de temps et d’action. Le président convoque les périls que connaissent les vieilles nations européennes. Il fait de l’Union la vraie chance, pour les peuples européens, de ne pas inéluctablement décliner. Le fédéralisme, vous dis-je ! Il reste en fait en filigrane, car le concept n’a pas bonne presse.
Puissance, prospérité et humanisme
Que faut-il retenir ? Tout ce qui faisait la doxa européenne – libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, ouverture des frontières, refus du protectionnisme, politique de concurrence centrée sur les consommateurs au détriment d’une politique industrielle proprement européenne, vision hégémonique et interprétative des droits de l’homme – est revisité. Croix de bois, croix de fer, nous Européens sommes d’abord souverains, protégeons nos entreprises et nos citoyens du monde extérieur, sécurisons et débureaucratisons. Nous préparons une vraie Europe puissance, prospère et néanmoins humaniste (vive le Pacte asile et migration).
Nous sommes endettés jusqu’à la gorge ? Qu’à cela ne tienne, endettons l’Europe en plus. Nous pourrons ainsi financer les 650 à 1 100 milliards d’euros annuel nécessaires aux investissements climatiques, numériques, en intelligence artificielle, quantiques, productiques, robotiques, biotechnologiques. Promouvons nos industries européennes de défense. Soutenons même une préférence européenne. Et pourquoi pas un bloc anti-missile européen, comme le proposent les Allemands ?
Nouveauté à souligner dans le discours : l’Union des marchés de capitaux. Serpent de mer européen depuis deux décennies, ce thème émerge enfin sur un plan médiatique. L’enjeu : réorienter la forte capacité d’épargne européenne vers les entreprises européennes directement. Ce sont ainsi 300 milliards d’euros par an d’épargne européenne qui partent aux États-Unis et qui reviennent, pour partie, en Europe pour financer tel ou tel investissement américain sur le continent européen. Pourquoi : parce qu’il n’y a pas de marché unifié européen des capitaux à la différence des États-Unis. Enrico Letta, ancien Premier ministre italien (centre gauche) vient de remettre un rapport en ce sens. Le thème va désormais s’intituler « Union de l’épargne et de l’investissement ». C’est un bon début. C’est évidemment plus parlant qu’« Union des marchés de capitaux ». Nous allons pouvoir passer d’un vilain capitalisme rassis au monde sympathique de l’épargne et de l’investissement. De long terme, cela va de soi.
Autre position majeure, qui passera probablement inaperçue pour le grand public. La BCE (Banque Centrale Européenne) est appelée à intégrer un « objectif de croissance, voire un objectif de décarbonation », au-delà de sa mission relative à la maîtrise de l’inflation. Le président ouvre la boîte de Pandore. À juste titre, à vrai dire. C’est là que l’on peut voir qu’il est bon dans cette capacité hors norme à anticiper ce qu’il faut faire sur un plan public. Il n’y a pas un seul politique français ou européen de bon niveau à l’avoir compris. Derrière cette proposition, il y a la perspective de financer la transition environnementale via la BCE, sans passer par l’endettement des États. La monnaie est une convention, tout le monde le sait (en tout cas, au moins, les spécialistes de politique monétaire). Pour la dette française, c’est évidemment majeur. Les besoins annuels d’investissement européens se rapprochent du trilliard d’euros par an et sont sans commune mesure avec les 50 milliards d’euros sur cinq ans prévus par le dispositif France Industrie. Avec de tels chiffres, il vaut mieux passer par la capacité de création monétaire de la BCE pour y arriver, sans endetter les États. Ceci est une remarque très LFI, c’est vrai. Comme quoi, ils n’ont pas toujours tort !
Triangulation souverainiste
Tout se passe enfin comme si le président avait intégré l’ensemble des critiques des souverainistes et populistes de tous poils pour en faire une brillante synthèse et présenter une nouvelle doctrine d’action. La sienne. Celle des bons Européens. Fédéraliste sans le dire mais en préparant l’avènement d’une Union européenne supervisant les nations, disposant d’une taille critique et au-dessus de la mêlée. En termes socio-politiques, cela s’appelle de la triangulation. Quand on y songe, le discours 2024 du président est consensuel sur le plan des principes énoncés. Il est dans son rôle de père de la nation. Qui aujourd’hui est contre l’indépendance, la souveraineté, l’innovation, la protection de la planète, les circuits courts, le programme Erasmus ?
Discours et action
Là où le bât blesse, c’est la mise en œuvre, l’exécution dans les détails et dans le temps. La magnifique intervention du président de 2024 après celle de 2017 n’arrive plus, hélas, à cacher une foncière incapacité à « délivrer ». Une délivrance aux deux sens du terme. Mais peut-on lui en faire grief, quand on pressent la même incapacité d’action de ses contradicteurs ? Nous touchons là le problème majeur du président : il ne peut pas tout faire tout seul, pourtant il ne s’entoure pas de ceux qui pourraient utilement l’épauler, et, contradiction intrinsèque, il estime qu’il n’est pas bien servi par ses proches. C’est bien connu. Un homme politique s’entoure des personnes qui ne lui font pas d’ombre. À l’inverse, un bon chef d’entreprise s’entoure de personnes plus compétentes que lui, chacun dans son domaine. L’action publique : Stanislas Guérini, sympathique ministre en charge de la fonction publique (HEC, comme sa prédécesseure, Amélie de Montchalin, cela ne s’invente pas pour piloter des agents publics !), a du pain sur la planche pour remettre d’aplomb la fonction publique, qui est évidemment à la base de la réussite des services publics et de la maîtrise des comptes. Et donc des perspectives en matière de prélèvements obligatoire et de dette. Voici une vraie ligne directrice pour les années à venir : que le meilleur des deux sphères, publique et privée, soit au rendez-vous.
À l’heure actuelle, les pires détracteurs d’Israël en Occident accusent ses forces militaires de perpétrer un « génocide » contre les Palestiniens de Gaza, pendant que même les gouvernements qui sont ses alliés demandent à l’État juif de faire preuve de retenue dans ses opérations contre le Hamas afin d’épargner les vies des civils. Pourtant, on peut légitimement se demander si les puissances occidentales ont elles-mêmes pris tellement de précautions dans leurs propres campagnes militaires et pourquoi on se montre toujours plus exigeant envers Israël qu’envers d’autres pays – ou soi-même.
À Raqqa, à Mossoul, avons-nous prévenu les civils de nos bombardements par flyers ou par textos afin qu’ils fuient les zones de combat ? Alors qu’Israël s’apprête à investir Rafah non sans évacuer préalablement les civils vers des « îlots humanitaires » dans le centre de Gaza, observons que l’exigence de « proportionnalité » c’est toujours pour les Israéliens…
Or imaginez un instant que le Hamas ait établi sa base au Grand-Duché de Luxembourg. Qu’elle ait occis l’équivalent de 6 000 Français à Longwy, Thionville et Metz, qu’aurait fait la France ? Probablement à peu près la même chose qu’Israël : investir le territoire luxembourgeois et éradiquer l’organisation terroriste avec son cortège de victimes collatérales. On demande à Israël de résoudre une équation impossible : se défendre mais ne faire aucune victime civile palestinienne. Ce qui est tout simplement impossible. Comme si en Serbie, en Libye et en Afghanistan, l’OTAN, la France et les États-Unis et la « communauté internationale », respectivement, n’avaient pas tué d’enfants ni de vieillards…
Les puissances sunnites demandeuses d’un accord avec Israël
En enlevant des nourrissons et en violant des femmes, le Hamas s’est mis hors de la communauté des croyants. Tuer un innocent, c’est tuer tous les musulmans, dit le Coran. Comment des dizaines de milliers d’Arabes sunnites peuvent-ils manifester en faveur de ce mouvement, proxy de l’ennemi héréditaire chiite ? Voyez la timidité des régimes arabes dans leur critique d’Israël, voyez comment la Jordanie et l’Arabie saoudite ont prêté main forte à la protection de l’espace aérien israélien face à l’attaque sans précédent de l’Iran…
L’élimination du Hamas, proche des Frères musulmans, serait applaudie chez les voisins sunnites d’Israël : l’Égypte a mis ses propres Frères musulmans en prison après qu’ils aient gagné les élections. Mais depuis 1967, l’Égypte refuse obstinément de gérer Gaza. Elle préfère laisser les Israéliens gérer le tropisme terroriste des Palestiniens : depuis que ceux-ci ont déstabilisé le fragile équilibre ethnico-religieux libanais, personne n’en veut dans le monde arabe.
L’Arabie saoudite se démène avec les Houtis chiites du Yémen. Chacun, comme le Maroc et la Jordanie, craint le djihadisme islamiste comme la peste. L’Algérie a expérimenté ses fous de Dieu (le FIS) avec son cortège de 200 000 morts dans les années 90 et qui, eux-aussi, étaient d’une violence inouïe, décapitant des bébés. Aucun pays arabe ne veut tuer les Accords d’Abraham… conscient que le 7 octobre avait pour but de faire imploser le rapprochement arabo-israélien.
Les Européens doivent reconnaître que leur aide humanitaire est massivement détournée par le Hamas. Le rapport Colonna qui dédouane l’UNWRA de ses compromissions fait fi des preuves avancées par UN Watch. On sait que rien ne se fait à Gaza sans l’accord du Hamas. L’Union devrait au contraire se réjouir d’une bande de Gaza pacifiée par Israël dans laquelle elle pourrait financer de véritables ambulances et non des transports de troupe déguisés. Si l’organisation terroriste venait à disparaître, les Gazaouis seraient sans doute les premiers à bénéficier de la prospérité retrouvée. Une chance inespérée de faire enfin de Gaza une « Singapour en Méditerranée ». En cas de cessez-le-feu intempestif, la survie du Hamas serait en revanche catastrophique pour l’Autorité palestinienne qui perdrait tout crédit en Cisjordanie.
La Palestine, une idéologie
Au lieu de quoi la Palestine demeure l’horizon indépassable du camp du Bien. L’« antisionisme compassionnel » rapporte des voix, permet aux antisémites de parader sur les plateaux de télé en citant le quotidien israélien d’extrême gauche Haaretz, véritable cape d’invisibilité : il suffit de remplacer « boycott des Juifs » par « boycott de l’État juif ». Quand des terroristes palestiniens tuent des Juifs, ils sont considérés comme des résistants.
Peu importe que la Charte du Hamas porte en elle une intention génocidaire univoque, le Palestinien, même en uniforme hamassiste, est devenu depuis 30 ans le parangon de l’opprimé, le « nouveau Juif » en quelque sorte. On a basculé dans l’irrationnel. Dans les dîners en ville, soutenir Israël vous range dans le camp génocidaire. Chacun semble porter un intérêt obsessionnel pour le sort des Palestiniens, sans égard pour celui des otages israéliens et inversement proportionnel au sort des Juifs de diaspora, condamnés à l’exil intérieur. Si Israël était un Etat arabe, par contre, la cause palestinienne n’existerait même pas : ce seraient des Arabes tuant d’autres Arabes. Personne n’en parlerait. Qui se souvient des milliers de Palestiniens massacrés par la Jordanie ?
« Les fils d’un peuple supplicié devraient savoir se tenir à table »
Aujourd’hui, les Ouïgours musulmans sont « sinisés » de force dans des camps de concentration chinois, les Rohingyas musulmans ont été pourchassés par le Myanmar… Les 300 000 Syriens tués par leur propre président… Sans réaction de la « rue arabe » ou des islamo-gauchistes. Seuls comptent les Palestiniens occupés par des Juifs. Si les Chinois étaient juifs, qui sait ? Peut-être que BDS boycotterait le « Made in China » ?
Quant au décompte des victimes, comment accorder un quelconque crédit au « ministère de la Santé du Hamas » ? Le Pentagone fait état de 25 000 morts, Israël décompte 13 000 terroristes tués, soit 12 000 civils. C’est évidemment dramatique mais ce n’est pas un génocide. Aurions-nous fait mieux dans une ville-Etat sillonnée de 1 000 km de tunnels dont les entrées et sorties sont adossées aux hôpitaux ? Pour limiter la casse, Israël a choisi justement d’exposer ses fantassins, la plupart âgés entre 18 et 25 ans, fruits de la conscription et sel de la nation.
Il y a plus de vingt ans, Françoise Giroud écrivait déjà dans Le Monde (13 juin 2002) : « Avec une rapidité remarquable, dès la première pierre de la seconde Intifada, un retournement s’est produit, saisissant, qui serait inexplicable sans le tableau de fond sur lequel il s’inscrit. Enfin ! On a le droit de dire du mal des Juifs ! À Paris, les personnes de bon goût ne comptent que les morts palestiniens. Quand on arrive aux autres, on ne sait plus compter. D’ailleurs, ce sont des goujats… Les fils d’un peuple supplicié devraient savoir se tenir à table, je veux dire à la guerre, et prendre les coups sans les rendre. » L’analyse de François Giroud n’a pas pris une ride : on exige depuis des mois d’ailleurs un cessez-le feu des Israéliens alors que l’éradication du Hamas est loin d’être terminée. Aurions-nous osé demander la même chose à Churchill et Roosevelt au printemps de 1945 ? Ils auraient répondu : il faut d’abord finir le travail.
Le Premier ministre Gabriel Attal sur l'antenne de BFMTV, 18 avril 2024. DR.
Le Premier ministre a brisé un tabou sémantique en dénonçant la charia comme l’origine de nombreuses violences en France, notamment à l’école. À la presse désormais de s’emparer de ce mot, qui a le mérite de la justesse et de la précision.
Comme à l’accoutumée, il a éludé le sujet. Le 9 avril dernier à l’Assemblée, Éric Dupond-Moretti répondait à une question sur le décès de Shemseddine, un collégien de Viry-Châtillon (91) lynché à mort une semaine plus tôt par une bande de jeunes qui voulaient le punir d’avoir eu des échanges avec la sœur de deux d’entre eux. Aux yeux de ses agresseurs, l’adolescent méritait d’être roué de coups car il avait enfreint un interdit sexuel prescrit par l’islam.
Le garde des Sceaux a un train de retard
Mais pas question pour le garde des Sceaux d’évoquer cette dimension de l’affaire. « Il n’y a pas de crime d’honneur, que des crimes d’horreur » a-t-il préféré lancer, croyant sans doute qu’un effet de manche suffisait. Notons quand même que, dans ce dossier, “Aquitator” a renoncé au vocabulaire froidement juridique dont il se prévaut d’habitude. Lui qui, dès sa prise de fonction Place-Vendôme en 2020, invitait les Français à ne pas céder au « sentiment » d’insécurité s’est pourtant épanché sur « l’horreur » – c’est-à-dire un sentiment – que lui a inspiré ce terrible fait divers. Comme quoi il n’est jamais trop tard pour comprendre et partager les émotions de ses concitoyens.
Soigneusement contourné par le ministre de la Justice, le problème n’en reste pas moins posé: de quoi un tel homicide est-il le nom ? Le système médiatico-politique éprouve un certain malaise à parler des agressions entre musulmans dans notre pays quand elles sont liées à la religion. Une autre actualité récente illustre cette difficulté à nommer les choses : la mort à Bordeaux, le 10 avril, d’un Algérien suite à des coups de couteau assénés par un Afghan furieux de le voir boire de la bière au sortir du ramadan.
Dans cette affaire comme dans celle de Viry-Châtillon, les termes “terrorisme” ou “islamisme”, qui désignent des entreprises criminelles dont les auteurs revendiquent la visée politique, ne sont pas adaptés. La notion de violences “intra-ethnique” ou “intra-communautaires” n’est pas davantage satisfaisante, car elle élude en revanche le mobile religieux, pourtant essentiel si l’on veut comprendre le phénomène.
Gabriel Attal, bien dans son époque !
Aussi Gabriel Attal a-t-il visé juste quand, interrogé par Apolline de Malherbe le 18 avril sur BFMTV au sujet de la violence à l’école, il a évoqué, avec plus de courage que les autres membres de son gouvernement, « des groupes plus ou moins organisés qui cherchent à faire un entrisme islamiste », qui prônent « les préceptes de la charia ». Découlant du Coran et de la Sunna (paroles et actes de Mahomet), la charia définit les droits et devoirs, individuels et collectifs, des musulmans. Comme tout système moral, elle varie dans le temps et l’espace, fait l’objet de débats d’interprétation, et ne saurait donc être vue comme un code figé.
Une chose est pourtant certaine: un grand nombre des règles chariatiques, telles qu’elles sont appliquées par plusieurs États musulmans, sont incompatibles avec les lois françaises. Or ce sont ces règles anti-républicaines, notamment relatives à la liberté sexuelle, à la consommation d’alcool ou à la tenue vestimentaires, que certains essaient d’imposer dans notre pays par l’intimidation, le passage à tabac, voire l’assassinat.
Dans l’affaire de Bordeaux, Le Monde a titré : “Un meurtre lié à la consommation d’alcool des victimes le soir de l’Aïd”. Il aurait été plus honnête et pertinent d’écrire: “un meurtre chariatique”. Car à force d’éviter des mots qui fâchent, le journal du soir en devient presque complaisant. Aurait-il osé évoquer, au sujet d’une agression sexuelle, “un viol lié au port de la minijupe de la victime” ?