Le parti de Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot et Clémentine Autain « épouse toutes les infamies depuis le 7 octobre » a affirmé le philosophe sur BFMTV dimanche.
On va dire que je chipote, que pour être convaincant il faut forcer le trait, que l’approche globale est commode pour frapper les esprits et qu’on a le droit à toutes les exagérations dans l’espace médiatique. Pourtant je ne supporte pas la généralisation quand elle offense la vérité. Quand Raphaël Enthoven soutient que la France insoumise est « le premier parti antisémite de France » (BFMTV), il a tort parce qu’il oublie délibérément les députés LFI qui n’ont jamais été sur la même ligne odieuse que Jean-Luc Mélenchon, qui n’ont jamais « épousé toutes les infamies depuis le 7 octobre ». Cette manière de confondre la partie avec le tout est offensante pour les quelques-uns qui à ma connaissance n’ont jamais tenu de propos honteux. C’est les accabler sous un opprobre partisan qui ne devrait pas les concerner. C’est aussi amplifier l’arrogance perverse du discours authentiquement antisémite, au sein de LFI et de la part de Jean-Luc Mélenchon pour des motifs principalement électoralistes, en laissant croire qu’il exprime la détestation éprouvée par l’ensemble de la France insoumise.
Il ne faut pas tomber dans ce piège même si on attendrait de la part de ceux qui sont toujours demeurés dans la décence éthique et politique une expression plus vive de leur opposition. Ou, même, par un comble de distance indignée, une séparation d’avec ce parti qui, à cause de Jean-Luc Mélenchon, sur beaucoup de sujets, s’est aliéné le respect civique.
La députée LFI Mathilde Panot s’enfuit alors qu’on lui demande si elle considère le Hamas comme une organisation terroriste, 10 octobre 2023. Image : capture d’écran TMC / myTF1
Être anti-Hamas et pro-Gaza, c’est possible !
Sur le plan de l’analyse géopolitique, il est fondamental de permettre à des pensées d’extrême gauche, inscrites durablement dans un cadre républicain et sans la moindre haine d’Israël, de proférer des tentatives de synthèse entre la reconnaissance de la barbarie indépassable du 7 octobre et le souci de la cause palestinienne avec la multitude des morts à Gaza (même non voulues directement par l’État hébreu et son Premier ministre contesté par presque tous). Il ne faut pas oublier non plus que Jean-Luc Mélenchon a été une personnalité à part, parfois pour le meilleur, dans les années passées. Si aujourd’hui il est tombé dans le pire, cela ne tient pas seulement à son rêve renouvelé de l’emporter en 2027, mais surtout à sa volonté de continuer à se ménager un rôle irremplaçable au sein de ses soutiens grâce à ce qu’on pourrait appeler une identité par la provocation constante et le clivage permanent. On imagine comme ce qui déjà est insupportable chez cet être intelligent, devient abject chez ses thuriféraires dénués de ses moyens.
J’entends la question qui m’est implicitement posée. Quels sont donc les députés LFI qui devraient échapper à la stigmatisation, à l’essentialisation voulues par Raphaël Enthoven ? Il me semble que Clémentine Autain, Raquel Garrido, Alexis Corbière, François Ruffin et Manuel Bompard – parmi les plus connus – ne sont jamais tombés dans cette ignominie antisémite et d’autres, dont on parle peu ou pas du tout, avec eux. Cela n’a jamais exclu, de leur part, les analyses politiques les plus percutantes, souvent les plus partiales mais ce n’est pas la même chose que d’avoir consenti à déséquilibrer radicalement la balance, en ayant sur un plateau une compassion exclusive pour les victimes de Gaza et un soutien appuyé au Hamas, l’autre plateau sur la sauvagerie du 7 octobre étant vide.
Autour de Jean-Luc Mélenchon – qui influence d’autant plus que son absence parlementaire soulage – des clones ou des opportunistes se disent qu’après tout, le « lider » qui pour eux reste « maximo » sera encore en lice en 2027 et qu’on ne sait jamais ! À l’encontre de ce groupe, Raphaël Enthoven dénonce comme il convient, sa parole a du sens et éclaire les naïfs. Mais pour tous les autres qu’il noie dans ce naufrage, non.
L’État démissionnaire est le vrai danger, estime Ivan Rioufol, commentant le drame de la tuerie d’Incarville (27) ayant conduit à l’évasion de Mohamed Amara.
Des généraux avaient prévenu le pouvoir
Le délitement : un mot que le pouvoir refuse d’entendre quand il est utilisé à son propos. Pour l’avoir employé dans un manifeste, en avril 2021, vingt généraux en retraite et d’autres vieux soldats s’étaient fait rappeler à l’ordre par le gouvernement. Leur faute ? Avoir écrit trop lucidement: « L’heure est grave, la France est en péril (…) Notre honneur aujourd’hui tient dans la dénonciation du délitement qui frappe notre pays ». Le 13 mai 2023, leur manifestation « pour la Fierté française » avait même été interdite par Gérald Darmanin, qui avait vu derrière ces patriotes des extrémistes factieux. Or les scènes de guerre qui désormais se banalisent, dans le milieu du grand banditisme issu de la contre-société, illustrent l’effondrement de l’État.
« C’est la République qui a été attaquée », a réagi hier Gabriel Attal, Premier ministre, après l’assaut meurtrier contre un convoi pénitentiaire au péage d’Incarville (Eure) (deux agents pénitentiaires tués, trois blessés1) destiné à faire s’évader un trafiquant de drogue, Mohamed Amara, 30 ans. Les grands mots ont été sortis. Cependant la constatation s’impose : Emmanuel Macron n’a rien fait en sept ans pour rétablir l’autorité publique. La France est devenue, à son tour, un acteur du narcotrafic géré par des cartels internationaux, notamment depuis les Émirats Arabes unis. En juillet 2023, aux dires des policiers, c’est cette mafia diversitaire qui avait sifflé, à destination des jeunes émeutiers, la fin de la récréation, et qui avait refusé de leur distribuer les armes de la guerre civile.
Une violence aveugle
Il ne faut rien attendre de la macronie. Elle continuera à tergiverser sur l’ampleur des effondrements et leurs causes. Ce mercredi, sur RTL, le ministre de l’Intérieur a estimé que la « violence désinhibée » des tueurs trouvait sa « source » dans « la consommation de drogue » et dans un dérèglement mondial. Mais c’est oublier une fois de plus le lien entre cette nouvelle hyperviolence, qui se déchaîne contre la République et ses symboles, et l’immigration de masse issue du monde musulman. Ce grand banditisme prend aussi les traits du terrorisme islamiste, qui cherche à déstabiliser les démocraties. Ce n’est pas seulement la subversion des Frères musulmans dans les rouages de la société qui est une évidence. La France est aussi « submergée par les narcotrafiquants », aux dires de la commission d’enquête sénatoriale qui a rendu ses conclusions le jour même de la tuerie. « Le trafic s’infiltre partout, avec pour corollaire une violence exacerbée », écrivent les auteurs du rapport. À dire vrai, leurs révélations n’en sont pas. Déjà, en novembre 2022, la procureure de Paris, Laure Beccuau, avait mis en alerte sur les risques de déstabilisation de l’État de droit et de corruptions d’agents publics.
Éric Dupond-Moretti, qui pleure la mort de ses fonctionnaires, avait traité de « défaitistes » des magistrats marseillais qui avaient avoué leur « guerre perdue » face aux cartels. La France est le théâtre d’une guerre intérieure que le pouvoir ne veut pas voir. Pour la sécurité des Français, l’État démissionnaire est devenu le vrai danger.
La France se félicite d’être pour la cinquième année consécutive le pays le plus attractif d’Europe. Analyse du discours de Versailles d’Emmanuel Macron et perspectives économiques.
« France, terre de champions » ! Les Jeux Olympiques ne sont pas loin… Ce lundi 13 mai se tenait à Versailles la septième édition de « Choose France » : 180 grands patrons étrangers et 60 grands patrons français étaient réunis et 15 milliards d’euros d’investissements ont été annoncés pour 10 000 emplois potentiels dans les années à venir.
Microsoft investira 4 milliards d’euros dans des data centers dédiés au cloud et à l’intelligence artificielle. FertigHy, consortium européen, débloquera 1,3 milliard d’euros pour des engrais azotés sans gaz naturel. Amazon investira de son côté 1,2 milliard d’euros dans le cloud, l’intelligence artificielle et la logistique. Les Japonais de KDDI promettent eux 1 milliard d’euros dans l’intelligence artificielle. Pfizer, AstraZeneca, GSK et autres Novartis mettent 1 milliard d’euros dans l’industrie pharmaceutique et la recherche-développement. La décarbonation, les batteries, l’informatique quantique, les avions électriques à décollage vertical, le raffinage du nickel, les terres rares, Thermomix et la finance (notamment Morgan Stanley, merci au Brexit) ne sont pas en reste. Enfin, les frites surgelées du canadien McCain ont été opportunément mises en avant par une visite présidentielle dans la Marne avant les agapes de Versailles… 56 projets industriels, de recherche-développement et de services divers, sur l’ensemble du territoire en tout. Merci aux investisseurs. Merci à « France 2030 », aussi (54 milliards d’euros), et au crédit d’impôt-recherche, lequel coûte chaque année plus de 6 milliards d’euros au contribuable français (soit autour de 40 milliards d’euros d’ici à 2030, mais c’est une dépense fiscale). L’IRA (Inflation Reduction Act) américain n’a qu’à bien se tenir ! Ces enveloppes financières sont néanmoins bien éloignées des 60 milliards d’euros à financer chaque année, ne serait-ce que pour la transition environnementale en France, soit 300 milliards d’euros sur cinq ans. C’est évidemment beaucoup plus que les quelques 54 milliards d’euros de France 2030. L’année 2024 est le meilleur cru des sept dernières années pour les investissements étrangers en France. Dîner dans la Galerie des glaces pour nos invités étrangers, comme il se doit.
Attractivité française
Derrière ce bel écrin illustrant la dynamique de notre monarchie républicaine, que faut-il retenir ? D’abord, un vrai succès à mettre à l’actif du président. Ne boudons pas notre plaisir. Objectivement, le président a fait fort. Même la Chine est présente à travers la société d’investissement Silk Road Fund (cela ne s’invente pas) pour soutenir les PME européennes. Après le calamiteux quinquennat du néanmoins sympathique François Hollande (Monsieur « Petites blagues » ; « Mon adversaire.., c’est le monde de la finance »), Emmanuel Macron a, contre vents et marées, orienté la France dans une direction « business friendly » : baisse des impôts de production, baisse de l’impôt sur les sociétés pour le porter à 25% (ce qui le rapproche de la moyenne OCDE), prélèvement forfaitaire unique sur les dividendes à hauteur de 30%, réforme du code du travail, suppression de l’ISF, remplacé par un IFI supposé viser les rentes immobilières, réforme à venir des conditions d’accès aux indemnités de chômage. A ces réformes s’ajoute la stabilité des règles fiscales affichées par l’imperturbable Bruno Le Maire, littéraire natif baignant dans le monde brutal mais rationnel du chiffre. La grammaire des affaires est bien connue de la Macronie. Tant mieux, car cela évite aux Français des écarts de route, éminemment préjudiciables à leur pouvoir d’achat. Il faut bien que quelqu’un le souligne.
C’est la cinquième année de suite que la France est considérée comme le pays plus attractif d’Europe pour les investissements étrangers, devant l’Allemagne et le Royaume-Uni (baromètre EY de mai 2024).
Une feuille de route pour la future Commission européenne
Le président s’est fendu d’un discours en anglais de 26 minutes, plus court que d’habitude mais long quand même pour des Anglo-saxons. Un anglais plutôt maîtrisé, bien que l’agréable accent français du président (pour les Anglo-saxons) n’arrive pas à être totalement occulté. C’est quand même mieux que la plupart des politiques français. Le président a en fait déroulé son discours européen Sorbonne 2 du 25 avril dernier, en le musclant. Il a ainsi avancé la nécessité de « streamline bureaucracy ». Étrange formule, qui signifie littéralement « rationnaliser la bureaucratie ». Un sommet de technocratie française affichée pour dompter le dragon bureaucratique européen ! C’est là où l’on perçoit les failles intrinsèques du président. Il a indiqué que son discours Sorbonne 2 sur l’Europe avait vocation à préfigurer la feuille de route de la future Commission européenne. Il est surprenant que cette orientation politique majeure soit indiquée d‘abord dans une enceinte internationale patronale plutôt que directement auprès des citoyens français. Ceci étant, les Français avaient quand même compris. « Chut », le fédéralisme n’est pas loin… Il a, à cet égard, été plus clair et incisif sur la nécessité de changer le modèle économique européen passé : énergie bon marché avec le gaz russe, exportations de produits à forte valeur ajoutée, noyau industriel européen de haute qualité appuyé sur une périphérie européenne à bas coûts, protection géostratégique américaine. Ce sont en fait les faiblesses de l’Allemagne qui sont ainsi décrites. Les relations avec Olaf Scholz ne devraient pas s’améliorer. Le président prône ainsi un nouveau modèle européen, qui tient compte du non-respect par les États-Unis et la Chine des règles de l’OMC (Organisation mondiale du commerce), quant à la concurrence déloyale et aux aides d’État. À raison.
C’est un véritable programme pluriannuel européen qu’a présenté Emmanuel Macron, avec cinq volets : un marché européen de l’électricité stable et acceptable en termes de coûts facturés, fondé sur les énergies renouvelables et le nucléaire ; un marché européen unique intégré à finaliser (télécom, banque-finance,…) ; un vrai agenda de politique industrielle en Europe, pour créer les conditions d’une souveraineté européenne ; un agenda commercial, privilégiant la réciprocité entre pays, en particulier au niveau des exigences environnementales ; la recherche et l’innovation au cœur de la croissance future (l’objectif de 3% du PIB de l’agenda de Lisbonne est réitéré).
Il s’agit de passer à un nouveau modèle économique européen, fondé sur l’investissement, l’innovation et la croissance. En développant les marchés de capitaux et en synchronisant l’application des règles qui président aux sphères de la banque et de l’assurance, comme aux États-Unis. Bâle 2 et Solvency 3 pour les initiés. Un programme à vrai dire assez en ligne avec les souverainistes européens, sauf sur le thème de l’endettement fédéral. Emmanuel Macron et Marine Le Pen, même combat ?
Et avec la perspective de doubler le budget européen…C’est là où le bât blesse. Pour répondre aux besoins d’investissement des 1 000 milliards d’euros par an en Europe, il n’y a pas mille solutions. Soit on fait appel à l’épargne privée européenne (qui « s’égare » pour 300 milliards d’euros chaque année en Amérique du Nord), soit on mobilise la Banque centrale européenne, avec des dispositifs ad hoc (les divers courants de la « Théorie monétaire moderne » regorgent de solutions techniques…). Les États sont en effet trop endettés (à part les États frugaux) pour augmenter leurs contributions annuelles à l’Union européenne. Le président va devoir prendre sa canne et son chapeau auprès des 27, s’il veut convaincre avec son moment hamiltonien (l’endettement fédéral).
Enfin notons quelques orientations intéressantes sur un plan franco-français. Le président Macron réitère sa volonté de poursuivre les réformes en France, tant dans le domaine de l’emploi, de l’éducation, de la formation ainsi que des simplifications administratives. Un nouveau dispositif de garantie pour les projets industriels sera mis en place en 2025, pouvant aller jusqu’à 50 % de l’enveloppe de financement des projets concernés. C’est une décision pertinente, dispositif qu’avait du reste déjà esquissé Marine Le Pen à l’automne 2021 (peu de personnes l’avait noté) dans son programme économique, dont du reste seul un tiers de ses dispositions, entérinées dès juin 2021, ont été publiquement annoncées. C’est à l’évidence une bonne méthode pour mobiliser la signature de l’État français, sans le saigner avec de la dette publique à effet immédiat.
À souligner aussi les PINM : Projets d’Intérêt National Majeur. Personne n’en parle. Pourtant, le dispositif permet de dépasser les obscures contraintes administrativo-institutionnelles qui bloquent tout projet industriel ou agro-industriel en France pendant de nombreuses années. Il faut saluer cette démarche qui permet de replacer au niveau de l’État les autorisations administratives pour l’implantation de projets significatifs, générateurs de croissance et d’emplois. Devant l’incohérence, l’incompétence et la démagogie crasses d’organisations de défense tous azimuts, convoquant pourtant des impératifs reconnus par tous dans les domaines de l’environnement et de la biodiversité, et la pusillanimité de collectivités territoriales paralysées par leurs accointances locales. L’État doit affirmer, à juste titre, sa capacité à imposer une cohérence nationale.
Enfin, le président évoque Paris, en tant que seconde place boursière dans le monde à travers Euronext. À l’origine, un haut fonctionnaire méconnu, Jean-François Théodore, que l’on ne remerciera jamais assez de ses visions stratégiques et de ses mises en œuvre opérationnelles, à la base du succès actuel de la Bourse de Paris. Il n’empêche que les actionnaires de TotalÉnergies ont tout intérêt à faire coter leur société à New York s’ils veulent bénéficier des multiples boursiers américains, quel que soit le désagrément de voir un grand groupe français avec une cotation principale hors de France. Le président n’est pas d’accord, bien sûr. Il vient du reste de laisser filtrer l’information qu’il n’était pas opposé à la cession de la Société générale, mal valorisée en bourse, à un grand groupe bancaire européen. Il est vrai que l’inspection des finances a vu la direction de la banque lui échapper, avec la nomination à la direction générale d’un « vulgaire » trader, Slawomir Krupa, à la suite de Frédéric Oudéa, ancien inspecteur général des finances, par ailleurs époux de l’actuelle ministre en charge des Sports et des Jeux olympiques, camarade de promo du président…
La photographie est belle. Qu’en est-il sur le fond ?
Dix ans pour réindustrialiser la France
Le cabinet EY indique 1194 investissements étrangers en France en 2023, avec potentiellement 40 000 emplois potentiels dans les années à venir. Incontestable. En 2023, il y a eu 201 créations nettes d’usines. Incontestable. Trois fois plus en France qu’au Royaume Uni. Six fois plus qu’en Allemagne. Incontestable. Le cabinet Trendeo est plus circonspect. Les créations d’emplois dans le domaine industriel pour les investissements étrangers au Royaume-Uni sont plus importantes qu’en France pour des volumes d’investissements similaires.
De fait, l’industrie en France ne représente plus que 16,8 % du PIB (données Banque mondiale 2022), au même niveau que le Royaume-Uni (16,7 %), nettement en dessous de l’Italie (23,8 %) et de l’Allemagne (26,9 %). Une différence significative – 10 points de PIB – qui explique en bonne partie les différends franco-allemands. En termes quantitatifs, l’industrie française représente 443 milliards d’euros tandis que l’Allemagne est à 1040 milliards d’euros, soit plus du double. Ce sont aujourd’hui 2,9 millions d’emplois industriels en France contre 7,5 millions en Allemagne. Cela change la perspective.
Serge Tchuruk, président d’Alcatel de 1995 à 2008, qui appelait à se débarrasser des usines en France, devrait certainement être conduit à assumer une forte responsabilité dans la situation française catastrophique d’aujourd’hui sur le plan industriel. Dommage pour un X-Armement, qui a donc désarmé la France sur le plan industriel. Le corps de l’Armement a heureusement hébergé et héberge encore en son sein parmi les plus grands commis de l’État français. Ce n’est du reste pas pour rien que le président n’a pas encore tranché sur la suppression des corps techniques, dont les Mines, après la suppression de l’ENA, remplacée par l’ineffable INSP (Nathalie Loiseau a été la directrice de l’ENA jusqu’en 2017, c’est tout dire, après des monuments d’intelligence comme Simon Nora ou Roger Fauroux).
D’ici à ce que l’industrie française revienne à 20 % du PIB et que le déficit commercial extérieur se résorbe, il va dès lors probablement se passer pas mal de temps. Mais c’est une affaire de détermination de long terme. Il y faut à l’évidence une volonté politique. 2027, bien sûr. Les élections européennes qui se tiennent dans moins d’un mois seront un révélateur des forces partisanes en présence. Quels que soient les résultats, la France aura à gérer sa descente aux enfers, industrielle et agricole. Ce ne sont évidemment pas les 15 milliards d’euros d’investissements industriels de Choose France 2024 qui vont changer la donne à court terme.
La productivité européenne est en berne. Depuis 1995, la productivité, mesurée par le ratio [PIB par heure de travail], a cru de +1,7 % par an aux États-Unis, alors qu’elle a baissé de -0,9 % par an en Europe. Ce qui explique la dégringolade du PIB par habitant des Européens (34 160 USD en 2022 pour l’Union européenne) relativement par rapport à celui des Américains (62 789 USD, soit un niveau de + 84 % plus élevé). Ainsi que les questions de pouvoir d’achat des Français.
Le vrai problème français, c’est en effet la productivité. Les causes sont à trouver principalement dans le sous-investissement en numérique, robotique et innovation, dans l’inadaptation du système éducatif et de formation professionnelle français ainsi que… dans les lointaines trente-cinq heures de Martine Aubry, qui sont incidemment l’idée originelle de l’excellent Dominique Strauss-Kahn. C’est aussi une des principales causes de la baisse d’efficience des services publics, en particulier dans le domaine de la santé. Qui le souligne ? Aucun parti dit de gouvernement en tout cas.
Avons-nous la moindre chance de revenir dans les clous ? Oui, si nous mobilisons les énergies des uns et des autres ainsi que les financements publics et privés de façon pertinente. Encore faut-il être en mesure de le faire avec pragmatisme. Et cela demandera une décennie.
Il y a là une ingénierie particulière du financement de projet, industriel, agricole ou environnemental, mobilisant les énergies publiques et privées avec la masse critique macro-économique nécessaire, à la base de la croissance, de l’emploi et du pouvoir d’achat des Français. Le politique qui comprendra comment cela marche sur un plan pratique, et qui mettra en place les dispositifs publics qui s’imposent, gagnera en 2027. Ce n’est, hélas, pas encore dans les tuyaux…
Le festival de Cannes s’est ouvert hier soir et, dès son coup d’envoi, cette 77e édition s’est présentée sous le signe de la balance : des listes de noms d’acteurs-prédateurs circulent sous le manteau et seront exposées à la vindicte de la Croisette. Dans le cinéma comme ailleurs, l’homme blanc est coupable, forcément coupable.
Les castrateurs bien-pensants ont donc hier déclaré ouverte la soixante-dix-septième édition du Festival de Cannes – respectueux de la grammaire, je laisse le sujet au masculin. Triste cérémonie ! Le défilé du tapis rouge a été relégué au second plan (la presse est édifiante) ; l’actualité du soir, c’était une nouvelle exécution publique – celle d’Alain Sarde –, le « virus d’une rumeur » – dixit Raphaël Quenard –, Godrèche moquant Lindon, enfin Camille Cottin soutenant courageusement la loi contre les violences sexuelles, proposée par cent cinquante personnalités dans une récente tribune. Au fait, le Code pénal, depuis des temps immémoriaux, incrimine déjà ce genre d’agression, plutôt fort sévèrement, d’ailleurs ; encore faudrait-il vouloir le faire appliquer ; mais peut-être appelle-t-on carrément une loi pénalisant la virilité ?
Une du quotidien « Le Monde » du 15 mai 2024, où 147 personnalités signent un texte en faveur du mouvement « MeToo » et posent sur une photo présentée par le journal comme « historique ».
Témoignages non contradictoires
On dit le public de Cannes particulièrement difficile ; comment ne le serait-il pas, lorsque l’on suspend au plafond du Palais mille épées de Damoclès par-dessus ses têtes mâles ! La guillotine aura de la besogne, le cinéma tremble : on parle moins cette année du septième art que de rumeurs de listes qui font frémir. Les acteurs, les réalisateurs, les producteurs les plus en vue (le contraire eût été étonnant, n’est-ce pas ?), nommés dans les « enquêtes » impitoyablement, violeurs systémiques, représentants du patriarcat oppressif, devront parait-il répondre de leurs agressions désordonnées – car décidément, à écouter les témoignages non-contradictoires, ils agressent passionnément, ces hommes blancs hétérosexuels ! La présidence a d’ores et déjà annoncé qu’elle traitera les affaires au cas par cas, et veillera à ne pas confondre les œuvres et les accusés dans une même infamie : vœu pieux ! L’odeur du stupre fait palpiter les narines carnassières des accusateurs publics ; ils se lèchent les babines. Vraiment, on se croirait en 1794, quand le Tribunal révolutionnaire jugeait à deux extrêmes, la mort ou l’innocence ; quand Robespierre à la Convention dressait des listes d’ennemis de la Révolution, le sang sur la bouche, et promettait de les révéler au moment opportun – on sait comment tout cela finit : tremblez donc, calomniateur.ices, votre tour viendra !
La parole des femmes est sacrée, disent-ils. C’est fort galant, de placer les femmes sur un tel piédestal, qu’elles deviennent l’incarnation de la Vérité ; c’est aussi fort ignorant des mécanismes profonds de la nature humaine – et à ce titre l’on ne recommandera jamais assez aux électeurs de gauche la lecture de nos grands moralistes plutôt que de Rousseau (Jean-Jacques), particulièrement La Bruyère et La Rochefoucauld. Là ils apprendront, on l’espère, que l’homme (ou la femme) est ainsi fait, qu’une dénonciation peut être moins un acte de bravoure, qu’une manière intéressante de faire tomber un rival – d’où l’importance de la présomption d’innocence. Hélas ! En dépit de toute intelligence, on veut maintenant « élargir » la notion de consentement, et même on évoque des présomptions de culpabilité. Pourtant, les disculpations s’enchaînent : Norman Thavaud, Luc Besson, Kevin Spacey, Ary Abittan, Nicolas Hulot, Gérald Darmanin, Johnny Depp, et j’en passe[1] !
Bien sûr, les petits rapporteurs, qui courent au tribunal au moindre prétexte, éreintent commodément la justice dès qu’elle ne marche pas dans leur sens. Un tel est-il déclaré innocent ? La magistrature fait partie du système, elle est complice de la culture du viol. Tel autre a-t-il bénéficié de la prescription ? C’est un agresseur dangereux relâché dans la nature. J’en profite ici pour rappeler aux disciples de Saint-Just que la prescription n’est pas une faveur accordée aux coupables, mais un délai au-delà duquel s’applique le droit à l’oubli. La prescription n’empêche pas la peine : elle empêche le procès. Donc, celui qui en jouit est toujours présumé innocent, et rien, surtout pas les réseaux sociaux, ne permet de le déclarer auteur des faits qui lui sont reprochés. Je rappellerai aussi aux enfants de la Révolution que la présomption d’innocence est un droit sacré qui distingue une société servile d’une société libre, et qui ne doit souffrir aucune exception. À ce titre, acclamer les larmes aux yeux les sycophantes qui dénoncent les réalisateurs, producteurs et autres hommes de pouvoir, pour des raisons dont on se demande si elles ne sont pas économiques plutôt que victimaires, c’est terrible, pour une nation qui depuis le triomphe des Jacobins a le mot de « Liberté » inscrit aux frontons de toutes ses mairies. À ce titre aussi, Jacques Doillon, Gérard Depardieu, Alain Sarde sont innocents ; les déprogrammer, c’est les condamner au mépris des droits de la défense, et c’est piétiner barbarement ces libertés fondamentales, dont l’école de la République nous rebat pourtant les oreilles ; les priver des fruits de leur travail, même à titre de « précaution », c’est faire le jeu des idéologies totalitaires, où l’intérêt personnel prime toujours la justice. Où étiez-vous donc hier soir, zélateurs habituels du Progrès ? C’eût été pour le coup vraiment rebelle, de défendre sur le tapis rouge la présomption d’innocence !
Le monde du cinéma est devenu affligeant. Au nom de la lutte féministe, on organise le triomphe des intérêts personnels sur le respect des libertés fondamentales ; mais les bonnes intentions des renversements de la vieille époque ne doivent pas masquer leur cynisme, et leur culte en retard de la Vertu, leurs vices humains, trop humains.
Roman Polanski relaxé hier: la terreur MeToo se fracasse contre le roc Polanski. Le commentaire d’Elisabeth Lévy sur Sud Radio
Selon le chroniqueur de CNews et du Figaro, Mathieu Bock-Côté, la Belgique francophone est la région la moins démocratique d’Europe. Illustration par la campagne électorale pour les élections du 9 juin, européennes, mais aussi fédérales et régionales au plat pays. La tête de liste de la N-VA en Wallonie, Drieu Godefridi (notre photo), y est boycottée par les médias…
À l’Europe, les Wallons n’auront pas le choix de l’équivalent des Républicains, du Rassemblement national ou de Reconquête. Leur choix le plus « à droite » possible sera le Mouvement réformateur (auquel appartient Charles Michel, le président du Conseil européen), qui siège dans le même groupe (Renew) que les macronistes au Parlement européen…
La droite nationale n’a pas droit de cité en Belgique francophone
Sur les réseaux sociaux, le parti Chez Nous, proche du Rassemblement national, qui se définit comme « patriote », est le plus influent des comptes politiques en Belgique francophone. Cependant, soumis à un strict « cordon sanitaire » – inconstitutionnel – il n’a aucune visibilité dans les médias traditionnels (télévision, radio et presse écrite). Pourtant, selon les derniers sondages, ce parti représente la même sensibilité que 30% des électeurs en France (le Rassemblement national) et aux Pays-Bas (le PVV de Geert Wilders) et 24% en Flandre (le Vlaams Belang).
La N-VA, un mouvement nationaliste flamand, est le premier parti politique de Belgique au parlement fédéral. L’annonce, pour la première fois, du dépôt de listes francophones par ce parti a été couverte par les médias, mais son leader francophone, Drieu Godefridi, fait l’objet d’un boycott personnel des trois chaînes de télévisions nationales francophones. Pourquoi ? Décidé par qui ? Selon quels critères ? Le mystère est total. Il semble que ce soit son opposition radicale au Pacte vert européen et son soutien passé à Donald Trump qui justifie cet opprobre, mais nul ne le sait vraiment, aucune loi, aucune autorité ne décidant qui fait l’objet d’un cordon sanitaire. Le marxiste Parti des Travailleurs de Belgique (PTB) reste, lui, traité comme un parti normal.
Le nucléaire, question interdite également
Autre limitation, les très populaires « tests électoraux » en ligne que proposent la plupart des médias, censés révéler le parti dont vous êtes le plus proche. Ni Chez Nous, ni la N-VA n’en font partie malgré les propositions que cette dernière est la seule à présenter : confédéralisme, moratoire sur l’asile, équilibre budgétaire, choix de l’énergie nucléaire. En 2019, lors des dernières élections, tous les partis francophones représentés au parlement étaient pour la sortie du nucléaire en… 2025. Il n’y a donc eu aucun débat sur ce thème majeur.
En outre, le système avantage outrageusement les partis déjà représentés qui bénéficient d’un généreux soutien public. Les autres mouvements politiques ne peuvent recevoir des dons que de particuliers, plafonnés à 500 euros par personne (contre 7 500€ en France). A moins que leurs candidats ne disposent d’une fortune personnelle, ils ne peuvent donc pas financer correctement leur campagne.
Intimidation
La Belgique est une particratie. Au sein d’une même liste d’un parti, les candidats sont en compétition les uns avec les autres, mais les plafonds de dépenses électorales autorisées ne sont pas les mêmes pour tous ; certains, choisis par le parti, peuvent dépenser davantage. De plus, un système de « suppléants », permet de choisir ceux qui siégeront à la place des députés, devenus ministres, au détriment de candidats « effectifs » plus populaires, détournant ainsi le choix des électeurs.
En France, selon les sondages, 45% des électeurs s’apprêtent à voter pour les Républicains, le Rassemblement national ou Reconquête, trois positionnements politiques qui ne sont pas représentés en Belgique francophone. Faut-il croire que les Belges francophones, Wallons ou Bruxellois, sont à ce point différents des Français ou des Flamands dont 45% au moins votent pour des partis nationalistes ? Ou plutôt, sans médias de droite, et sans jamais entendre autre chose que le clapotis de la bien-pensance, ne seraient-ils pas endoctrinés, biberonnés, intimidés contre une « extrême-droite » totalement fantasmée, mais néanmoins omniprésente dans le débat public belge ?
On sort de certains spectacles en se disant : tout ça pour ça ? C’est le cas de « Ink », de et avec Dimitris Papaioannou. Si la performance des danseurs est remarquable, on cherche la cohérence de l’ensemble…
C’est donc cela, le travail de Dimitris Papaioannou ! Ce n’est donc que cela !
Voilà tant d’années qu’on lui tresse des couronnes de laurier, qu’on lui adresse d’exaltants dithyrambes, comme cela se faisait jadis à Athènes pour les athlètes, les poètes ou les sculpteurs. Mais ce que l’on découvre dans ce spectacle qui aura fait le tour du monde apparaît bien confus et bien peu convaincant.
H2O
La mise en scène d’«Ink » est assurément d’une saisissante complexité technique. Pour ses deux interprètes, (Suka Horn et Dimitris Papaioannou), elle représente un défi permanent. Leur tâche est d’une telle difficulté que l’on ne peut que s’incliner devant des performances physiques et une endurance à couper le souffle.
Obscur comme l’encre, cerné de rideaux noirs légers comme un souffle, prêts à se dissoudre dans l’air ou à se gonfler de façon spectaculaire, le plateau suffoque sous un lancinant jet d’eau qui l’envahit, le noie et nous noie avec lui. Gainé de noir dans des vêtements détrempés, chose fort imprudente, soit dit en passant, si l’on est sujet aux rhumatismes, Dimitris Papaioannou règne, un peu laborieusement d’ailleurs, sur cet univers de robinets, de tuyaux et de sphères où l’eau est omniprésente, débordante, asphyxiante même, avant que n’apparaisse le corps nu de sa victime rampant sous de transparentes plaques de plastique qui recouvrent le sol noyé. Et le voir, ce corps nu, évoluer péniblement, puis être violemment maintenu dans sa prison semi-rigide, est presque une torture pour le spectateur.
Avis de recherche : cohérence et propos du spectacle…
Tout l’ouvrage est une succession sibylline de tableaux sans unité évidente. Et même si leur exécution périlleuse force l’admiration, il est difficile de ne pas se dire qu’ils ne sont qu’une suite d’idées trouvées pêle-mêle au cours de manipulations, d’improvisations, d’essais désormais emboîtés bout à bout sans grand souci de cohérence, sans qu’ils soient soutenus par un propos solide. Entre les deux protagonistes, unis dans un rapport de force à première vue malsain, comme teinté de sadisme ou de rude sexualité, il faut que règne une complicité aussi intime qu’intense pour mener à bien ce parcours scénique d’une difficulté inouïe. L’âpreté de certaines scènes, la difficulté de répondre aux embûches auxquelles se heurte principalement l’homme nu, en impose. Recourant parfois à des trucs un peu éculés, mais assurément très efficaces, ou tout au contraire à des images extrêmement originales et voulues superbes qui font appel à la virtuosité de Horn, Papaioannou donne toutefois le sentiment pénible qu’elles se succèdent, ces scènes, sans véritable raison, avec une certaine gratuité.
Il serait difficile, dans « Ink », de ne pas voir exposée toute une fantasmagorie sexuelle où l’on apprend que la présence d’une pieuvre (factice) faisant office de cache-sexe pour l’homme nu est le symbole d’une libido brûlante. Mais, sans être une vieille fille puritaine et frustrée, faut-il vraiment devoir admirer le fait que l’homme en noir extirpe un slip de son bas-ventre pour le lancer à l’homme nu qui s’en couvrira furtivement avant de le relancer à son dominateur qui le glissera à nouveau sur son sexe ? Faut-il qu’un metteur-en-scène expose si crûment des pulsions à peine voilées ou sublimées et que l’on doive saluer sans réserve cette franchise imposée ? Et faut-il que l’on soit à ce point amoureux de soi-même pour exposer sans fard l’étrangeté d’une sexualité complexe ? La liberté de tout dire, de tout montrer est certes fondamentale au théâtre. Mais en user sans limite est parfois lassant. À l’image de la plupart des productions actuelles, lesquelles ne manquent pas cependant de rencontrer un vif succès public à une époque où l’on se satisfait de la seule apparence, sans trop se questionner sur le fond des choses, « Ink » apparaît comme dépourvu de substance. Comme un étalage narcissique que ne rachète pas vraiment l’engagement des interprètes.
« Ink », de Dimitris Papaioannou. Jusqu’au 15 mai. Théâtre de la Ville : 01 42 74 22 77.
‘Comment décourager un homme en trois étapes’: le tutoriel anti-viols venu du Nord qui a fait éclater de rire les Scandinaves et contribué à la montée du très populiste Parti des Finlandais.
Comment une femme peut-elle décourager un agresseur sexuel ? Des vidéos tournées en Finlande apportent une réponse. Un clip datant de 2020 et posté sur TikTok est redevenu viral à la fin du mois de mars de cette année. Il montre trois femmes à lunettes et deux hommes baraqués qui se dandinent sur une musique sortie d’un jeu vidéo des années 1980. Avec une chorégraphie répétitive, censée démontrer des gestes de refus, les danseurs chantent en boucle la même formule en anglais permettant aux femmes de calmer les ardeurs de tout assaillant potentiel : « Stop ! Don’t touch me there ! This is my no-no square. » (« Arrêtez ! Ne me touchez pas là ! Ceci est mon espace vital interdit. ») La vidéo a été réalisée à la suite d’un scandale qui a éclaté fin 2018 à Oulu, la plus grande ville du nord de la Finlande. Une bande de demandeurs d’asile, originaires du Moyen-Orient et d’Asie centrale, perpétrait des viols collectifs sur des filles mineures. L’année suivante, une étude commandée par le gouvernement finlandais a trouvé que les individus nés à l’étranger étaient surreprésentés parmi les accusés de viol. Bien que ne constituant que 7 % de la population, ils représentaient 38 % des suspects. La vidéo de 2020 avait un précédent.
Une autre, diffusée sur la télévision publique en 2016, mais devenue virale cette année en même temps que la première, montrait comment décourager un agresseur en trois étapes. Une jeune blonde qui longe une rue enneigée où elle est poursuivie par un homme (blanc, naturellement) se retourne et dit : « Non ! » Face à l’insistance de son poursuivant, elle brandit sa main protégée du froid par une moufle pour le stopper. Quand il passe outre, elle réussit enfin à le chasser en le repoussant avec son sac à main. Ce clip a été diffusé en réaction à un autre scandale concernant des agressions sexuelles commises par des migrants lors des célébrations du Nouvel An à Helsinki en 2015. Quand ces vidéos ont suscité l’hilarité des internautes autour de la planète cette année, beaucoup ont cru à un poisson d’avril, tellement ce type de message est éloigné de la réalité. La mollesse de la réaction des autorités à l’époque a contribué à la montée du très populiste Parti des Finlandais, aujourd’hui présent dans la coalition de droite qui gouverne le pays.
Emmanuel Macron est décidément sur tous les fronts, voilà qu’il annonce la mise en place d’une mission parlementaire sur la ménopause.
Au moment où l’égalité hommes femmes, un objectif louable, mobilise entre autres tout ce que le féminisme compte de pasionarias, le gouvernement et tout particulièrement le président de la République ne souhaitent pas être en reste ! Le magazine Elle a publié une interview d’Emmanuel Macron qui ne sait plus où donner de la tête pour protéger la femme, cette espèce animale en danger, incapable de se prendre en main, ignorante de son propre corps, en proie à un corps médical qui n’est pas toujours à la hauteur et ne saurait pas nous informer. On hésite entre irritation et ricanement, stupéfaites devant cette condescendance qui frise l’abus de position dominante.
Les femmes françaises doivent être parées pour le « réarmement démographique » !
Au lendemain de la visite du président chinois, le président de la République, chef de guerre, face à des élections europénnes qu’il ne maîtrise pas, doit-il vraiment s’attacher brusquement aux questions les plus intimes du sexe féminin, dans une réflexion sur le bas-ventre ? Oui, car la condition féminine est menacée de risques gynécologiques, entend-on ! Risques tels qu’ils nécessitent de mobiliser l’Assemblée nationale pour qu’elle instaure incessamment une « mission parlementaire sur la ménopause » (sic). Nous devrions déjà être assistées pour nos règles douloureuses, ignorées semble-t-il des patrons et patronnes ! Il faut donc que l’on nous accorde un jour de congé en complément du télétravail possible pour nos menstruations… comme si depuis toujours cette question ne s’était pas réglée – c’est le cas de le dire ! – entre salariés et employeurs ? Mettons de côté les vraies pathologies comme l’endométriose qui font très justement l’objet de l’attention des médecins. Au point où l’on en est, on s’attend à ce que des « ièlles» ou transgenres crient à la discrimination : qui sont les femmes ? Il vaut mieux en rire qu’en pleurer…
Tout cela aurait, semble-t-il, un objectif sous-jacent plus subtil : ne faudrait-il pas nous remettre en bonne condition de pondeuses et donc veiller sur nos organes ? Le président nous a averties : nous ne produisons plus assez de bébés, le taux de reproduction diminue, mais l’État veille. Ainsi allons-nous dès l’âge de 20 ans faire un « check-up de fertilité » (obligatoire ?!) contrôlant notre réserve ovarienne et, parité oblige, un spermogramme pour l’espèce dite masculine.
On va par ailleurs mettre le paquet pour donner envie de bébés et pour que les pères aident mieux les mères dès la naissance du bébé avec un congé de paternité plus adapté et mieux payé, un peu moins long semble-t-il. Sur le sujet, on n’a rien demandé à personne : ni aux femmes, ni aux futurs pères, ni aux employeurs, ni aux jeunes couples… Et le désir dans tout cela ? On attend avec intérêt une intervention en la matière, est-ce que cela passera avant le projet européen de dissuasion nucléaire ?
L’État ira-t-il jusqu’à s’occuper du planning de nos weekends?
Toujours dans ce bel élan, et toujours dans Elle, le président de la République s’emporte contre ces pères irresponsables qui, divorcés ou séparés, ne respectent pas leur devoir de père en ne prenant pas les enfants lorsqu’il y a garde partagée ; il faudrait le leur imposer et on serait a priori toutes d’accord sur leur responsabilité, mais comment ? il fallait sans doute qu’Emmanuel Macron s’en saisisse avec une conviction inversement proportionnelle à son irréalisme confondant, car sans lui rien n’avance, qu’on se le dise ! Donc, on va peut-être punir ces pères inconscients ? « Devoir de visite obligatoire », car c’est « intolérable » ajoute le chef de famille (pardon le chef de l’État), que la maman qui avait un projet pour le week-end doive y renoncer parce que le père ne vient pas chercher les enfants le vendredi soir (sic). Personne ne sait comment le gouvernement va résoudre la question. La presse féminine et les psychologues sont en alerte, car c’est négliger un problème beaucoup plus grave que doivent affronter les mères et les enfants : le désintérêt voire le non-amour du père pour ses enfants. Lutter contre cela est mission quasi impossible, et en outre difficile et dangereux, car faut-il forcer les pères indifférents ou hostiles à s’occuper d’enfants ? Et les mères : sont-elles vraiment toutes des saintes ? Quels traumatismes risque-t-on d’infliger à l’enfant ? Quelles mauvaises relations peuvent s’établir pendant des prises en charges non consenties mais forcées ? Vaste sujet. Pendant ce temps-là, on agit pour faciliter l’accès à l’avortement au maximum.
Ces interventions civilisationnelles, cet autoritarisme physiologique, cette absence de pudeur, cette vision matérialiste pseudo-médicale imposée dans ce qu’il y a de plus intime, sont pour beaucoup extrêmement choquants. Il y a une forme de bonne éducation à ne pas s’épancher sur ses maux de ventre en général, hommes ou femmes !
Rajoutez à cela un peu d’éducation sexuelle dès l’âge de cinq ans à l’école, histoire entre autres de s’assurer que l’enfant assume et choisit bien son sexe, et nous basculons dans un monde sans repères, dépourvu de bon sens, d’intimité et de responsabilité individuelle. Tout se vaut et tout se revendique. Le pire étant que nous sommes menacés « en même temps » par un monde qui flirte avec la décadence, la guerre, le racisme et la haine. Alors, Monsieur le président de la République, n’outrepassez pas votre rôle et ce pour quoi nous vous avons élu : s’il vous plaît, occupez-vous de ce qui vous concerne, il y a tellement à faire ! N’abaissez pas la fonction présidentielle en vous transformant en homme à tout faire. Faites-vous si peu confiance aux Françaises, aux entrepreneuses, aux médecins, aux citoyens ? Comme dirait l’autre : le général De Gaulle ne nous parlait pas de nos règles !
Tout le monde en convient : de nos jours, pour les délinquants de tout acabit, pour les terroristes et apprentis terroristes, la vie humaine ne pèse pas plus qu’une cacahuète desséchée. Autrement dit rien. On égorge, on viole, on flingue, on massacre à coups de poings, à coups de pieds, à coups de manche de pioche et de batte de base-ball, on défigure, on cogne à tout-va pour un oui, pour un non. Pour un refus de clope, pour un regard mal interprété, une jupe trop courte, une chevelure trop libre, un rouge à lèvres trop rouge, un cabas de vieille dame, le fond de poche du petit vieux qui passe par là, etc, etc. On se déchaîne sur la compagne, l’ex-compagne, ou encore celle qui ne le sera jamais parce qu’elle ose dire non. Et on la tabasse à mort. Pour la punir. La punir de quoi ? D’être une femme. Et de ne pas se résigner à n’être que ce que ces monstres voudraient qu’elle soit, une chose, un élément de cheptel ? Car, oui, nous en sommes arrivés à ce point de régression barbare. Et puis retentit ici et là, de plus en plus souvent, le concerto pour kalachnikov et Glock 42, agrémenté d’entractes barbecue où l’on crame le pourri du clan d’en face, le gêneur dans le jeu de la grande distribution, genre came à tous les étages.
La vie, donc, ne vaut plus rien. (Si ce n’est d’être vécue, voulons-nous croire encore.) Il est donc temps de la re-sacraliser. Ni plus ni moins. Re-sacraliser l’intégrité physique de tout individu. On prêchera lâchement que c’est affaire d’éducation, que c’est à l’école d’y pourvoir. Soit, ce n’est pas faux. Mais le résultat risque de se faire attendre. Au moins une ou deux bonnes générations si ce n’est davantage. Il y a, me semble-t-il, une manière de s’y prendre beaucoup plus efficace et surtout plus rapide. Il s’agit tout bonnement de dissocier toute atteinte à l’intégrité physique des autres formes de délits et de crimes. En clair, dès qu’il y a coups, plaies et bosses, sang versé, atteinte sexuelle ou autre, bref dès que l’intégrité physique aura été, si peu que ce soit, menacée, altérée, le coupable devra être bien certain qu’il aura à purger sa peine non pas, comme aujourd’hui, dans un établissement où se mêle le tout-venant, mais dans une prison spécifique, régie par des règlements disciplinaires – draconiens – eux aussi spécifiques, une taule tenue par un personnel pénitentiaire spécialement formé. Histoire de bien montrer à tous et à chacun – je dis bien à tous et à chacun, à chaque citoyen, turbulent, paisible ou potentiellement délinquant – que s’en prendre physiquement à une personne, ou pire encore attenter à sa vie, n’est absolument pas de même nature que tout autre délit. Et c’est bien cette différence de nature qui, selon moi, doit fonder, justifier, légitimer la différence de traitement pénitentiaire. Cela, dès la première violence physique. Il faut en effet impérativement que notre société se donne les moyens de faire bien comprendre au citoyen qu’écoper, même à durée égale, d’une peine de prison pour vol de bijoux à l’étalage n’a rien à voir avec une incarcération pour coups et blessures. Encore une fois, il s’agit d’une différence de nature. Or, aujourd’hui, rien n’est fait pour matérialiser cette différence pourtant abyssale dans l’esprit du public. Commençons donc par ce chantier-là. Ce serait déjà un premier pas considérable. Le président de la République a trois ans devant lui pour s’y coller. Voilà bien une réforme qui lui permettrait d’entrer pour de bon dans l’histoire, lui qui, nous dit-on, en rêve à longueur de nuits. Et de jours.
Dans une note intitulée « L’État-guichet, un modèle à bout de souffle dans une France qui a cessé de produire », Jérôme Fourquet dressait hier un tableau accablant de notre économie dans Le Figaro. Les analyses du sondeur vedette de l’IFOP sur l’état du pays plongent notre directrice de la rédaction dans une sévère dépression.
À la fin de la lecture de cette note[1], on a tendance à se dire que c’est mort. Depuis 40 ans, on se raconte des histoires ! Le titre de l’étude est « L’État-guichet, un modèle à bout de souffle dans une France qui a cessé de produire », mais cela aurait aussi bien pu être « La France soviétisée ». Nous vivons dans une réalité parallèle, dans un monde presque aussi fantasmé que celui du plan quinquennal de Staline. Dans cette réalité parallèle, la production de richesses ne dépend pas de capacités individuelles et collectives concrètes mais d’une décision venue d’en haut. À la fin, il suffit toujours d’ajouter des zéros à la dette pour être à l’équilibre. La différence avec l’URSS, c’est que « Big Brother » est gentil. Il prend soin de nous. Et il peut vivre à crédit.
Deux tendances lourdes et mortifères
Ce modèle, assumé par tous les gouvernements de gauche comme de droite depuis 50 ans, et que Jérôme Fourquet qualifie de « stato-consumériste », articule deux tendances : – La croyance séculaire dans la toute-puissance de l’État, qui, il est vrai, a construit la nation en France; – Le choix d’une économie plutôt fondée sur la consommation que sur la production. Comme nous ne produisons pas assez de valeur ajoutée par rapport à que nous consommons, nous subventionnons à tour de bras. C’est la logique du chèque, du guichet. Avec à la clé de multiples usines à gaz qui s’empilent les unes sur les autres, et un enfer bureaucratique pour tous. À ce titre, je renvoie le lecteur à l’impayable paragraphe sur le bonus de réparation textile dernièrement mis en place par le gouvernement dans le texte publié par Le Figaro. Oui, des énarques ont travaillé là-dessus ! Et désormais en France, si vous faites réparer votre jean, vous avez droit à 4,32€, sûrement après avoir rempli un formulaire de dix pages.
Le résultat de cette mécanique implacable est inévitable : puisqu’on consomme plus que ce qu’on produit, il faut emprunter. Et à la fin, on vend les bijoux de famille (40% du CAC40 est ainsi détenu par des non-résidents). Toute l’arnaque de la communication autour de « Choose France » est là. Dans ce cadre, notre attractivité signifie en réalité : « Venez chez nous, il y a des affaires à faire. On brade, et vous pourrez toujours délocaliser plus tard ».
Pourquoi la France a-t-elle fait pareils choix ?
Parce que c’était facile, pardi ! Et surtout, parce que nous citoyens le demandions. Il est trop simple de tout mettre sur le dos des gouvernants, lesquels n’ont fait que céder à nos demandes en permanence. Dorénavant, nous passons notre temps à leur présenter l’interminable liste de nos droits acquis. Il ne s’agit plus seulement des droits fondamentaux comme la sécurité, la liberté d’aller et venir ou la liberté de s’exprimer, mais le droit au logement, au bonheur, au diplôme, et au travail mais pas trop. Voilà la grande affaire des Français depuis 40 ans: travailler moins. Rappelons qu’à partir de 1981, les trois gouvernements de Pierre Mauroy avaient mis en place un ministère du Temps libre. Nous sommes drogués à la dépense publique. Comme l’écrit Jérôme Fourquet, « le métabolisme profond de la société française ne sait plus fonctionner sans cet apport ». Evidemment, cela a eu des effets anthropologiques : cela nous a fait perdre collectivement le goût de l’effort et nous a transformés en récriminateurs à qui la société doit toujours quelque chose. Nous hurlons à la mort pour six mois de travail en plus (souvenez-vous de la dernière réforme des retraites, en 2023) ou dix euros d’alloc’ en moins (souvenez-vous du psychodrame des APL, en 2021). Et nous habillons nos ressentiments de considérations sur l’égalité, véritable obsession française. Ce mensonge orwellien d’un pays qui peut s’affranchir des pesanteurs et rapports de forces de l’économie n’a pas été imposé d’en haut, mais il est célébré par la gauche triomphante et est accepté par tous. Si nous sommes en train de sortir de l’Histoire, c’est parce que depuis 40 ans, nous avons tous préféré nous raconter des histoires.
Le parti de Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot et Clémentine Autain « épouse toutes les infamies depuis le 7 octobre » a affirmé le philosophe sur BFMTV dimanche.
On va dire que je chipote, que pour être convaincant il faut forcer le trait, que l’approche globale est commode pour frapper les esprits et qu’on a le droit à toutes les exagérations dans l’espace médiatique. Pourtant je ne supporte pas la généralisation quand elle offense la vérité. Quand Raphaël Enthoven soutient que la France insoumise est « le premier parti antisémite de France » (BFMTV), il a tort parce qu’il oublie délibérément les députés LFI qui n’ont jamais été sur la même ligne odieuse que Jean-Luc Mélenchon, qui n’ont jamais « épousé toutes les infamies depuis le 7 octobre ». Cette manière de confondre la partie avec le tout est offensante pour les quelques-uns qui à ma connaissance n’ont jamais tenu de propos honteux. C’est les accabler sous un opprobre partisan qui ne devrait pas les concerner. C’est aussi amplifier l’arrogance perverse du discours authentiquement antisémite, au sein de LFI et de la part de Jean-Luc Mélenchon pour des motifs principalement électoralistes, en laissant croire qu’il exprime la détestation éprouvée par l’ensemble de la France insoumise.
Il ne faut pas tomber dans ce piège même si on attendrait de la part de ceux qui sont toujours demeurés dans la décence éthique et politique une expression plus vive de leur opposition. Ou, même, par un comble de distance indignée, une séparation d’avec ce parti qui, à cause de Jean-Luc Mélenchon, sur beaucoup de sujets, s’est aliéné le respect civique.
La députée LFI Mathilde Panot s’enfuit alors qu’on lui demande si elle considère le Hamas comme une organisation terroriste, 10 octobre 2023. Image : capture d’écran TMC / myTF1
Être anti-Hamas et pro-Gaza, c’est possible !
Sur le plan de l’analyse géopolitique, il est fondamental de permettre à des pensées d’extrême gauche, inscrites durablement dans un cadre républicain et sans la moindre haine d’Israël, de proférer des tentatives de synthèse entre la reconnaissance de la barbarie indépassable du 7 octobre et le souci de la cause palestinienne avec la multitude des morts à Gaza (même non voulues directement par l’État hébreu et son Premier ministre contesté par presque tous). Il ne faut pas oublier non plus que Jean-Luc Mélenchon a été une personnalité à part, parfois pour le meilleur, dans les années passées. Si aujourd’hui il est tombé dans le pire, cela ne tient pas seulement à son rêve renouvelé de l’emporter en 2027, mais surtout à sa volonté de continuer à se ménager un rôle irremplaçable au sein de ses soutiens grâce à ce qu’on pourrait appeler une identité par la provocation constante et le clivage permanent. On imagine comme ce qui déjà est insupportable chez cet être intelligent, devient abject chez ses thuriféraires dénués de ses moyens.
J’entends la question qui m’est implicitement posée. Quels sont donc les députés LFI qui devraient échapper à la stigmatisation, à l’essentialisation voulues par Raphaël Enthoven ? Il me semble que Clémentine Autain, Raquel Garrido, Alexis Corbière, François Ruffin et Manuel Bompard – parmi les plus connus – ne sont jamais tombés dans cette ignominie antisémite et d’autres, dont on parle peu ou pas du tout, avec eux. Cela n’a jamais exclu, de leur part, les analyses politiques les plus percutantes, souvent les plus partiales mais ce n’est pas la même chose que d’avoir consenti à déséquilibrer radicalement la balance, en ayant sur un plateau une compassion exclusive pour les victimes de Gaza et un soutien appuyé au Hamas, l’autre plateau sur la sauvagerie du 7 octobre étant vide.
Autour de Jean-Luc Mélenchon – qui influence d’autant plus que son absence parlementaire soulage – des clones ou des opportunistes se disent qu’après tout, le « lider » qui pour eux reste « maximo » sera encore en lice en 2027 et qu’on ne sait jamais ! À l’encontre de ce groupe, Raphaël Enthoven dénonce comme il convient, sa parole a du sens et éclaire les naïfs. Mais pour tous les autres qu’il noie dans ce naufrage, non.
L’État démissionnaire est le vrai danger, estime Ivan Rioufol, commentant le drame de la tuerie d’Incarville (27) ayant conduit à l’évasion de Mohamed Amara.
Des généraux avaient prévenu le pouvoir
Le délitement : un mot que le pouvoir refuse d’entendre quand il est utilisé à son propos. Pour l’avoir employé dans un manifeste, en avril 2021, vingt généraux en retraite et d’autres vieux soldats s’étaient fait rappeler à l’ordre par le gouvernement. Leur faute ? Avoir écrit trop lucidement: « L’heure est grave, la France est en péril (…) Notre honneur aujourd’hui tient dans la dénonciation du délitement qui frappe notre pays ». Le 13 mai 2023, leur manifestation « pour la Fierté française » avait même été interdite par Gérald Darmanin, qui avait vu derrière ces patriotes des extrémistes factieux. Or les scènes de guerre qui désormais se banalisent, dans le milieu du grand banditisme issu de la contre-société, illustrent l’effondrement de l’État.
« C’est la République qui a été attaquée », a réagi hier Gabriel Attal, Premier ministre, après l’assaut meurtrier contre un convoi pénitentiaire au péage d’Incarville (Eure) (deux agents pénitentiaires tués, trois blessés1) destiné à faire s’évader un trafiquant de drogue, Mohamed Amara, 30 ans. Les grands mots ont été sortis. Cependant la constatation s’impose : Emmanuel Macron n’a rien fait en sept ans pour rétablir l’autorité publique. La France est devenue, à son tour, un acteur du narcotrafic géré par des cartels internationaux, notamment depuis les Émirats Arabes unis. En juillet 2023, aux dires des policiers, c’est cette mafia diversitaire qui avait sifflé, à destination des jeunes émeutiers, la fin de la récréation, et qui avait refusé de leur distribuer les armes de la guerre civile.
Une violence aveugle
Il ne faut rien attendre de la macronie. Elle continuera à tergiverser sur l’ampleur des effondrements et leurs causes. Ce mercredi, sur RTL, le ministre de l’Intérieur a estimé que la « violence désinhibée » des tueurs trouvait sa « source » dans « la consommation de drogue » et dans un dérèglement mondial. Mais c’est oublier une fois de plus le lien entre cette nouvelle hyperviolence, qui se déchaîne contre la République et ses symboles, et l’immigration de masse issue du monde musulman. Ce grand banditisme prend aussi les traits du terrorisme islamiste, qui cherche à déstabiliser les démocraties. Ce n’est pas seulement la subversion des Frères musulmans dans les rouages de la société qui est une évidence. La France est aussi « submergée par les narcotrafiquants », aux dires de la commission d’enquête sénatoriale qui a rendu ses conclusions le jour même de la tuerie. « Le trafic s’infiltre partout, avec pour corollaire une violence exacerbée », écrivent les auteurs du rapport. À dire vrai, leurs révélations n’en sont pas. Déjà, en novembre 2022, la procureure de Paris, Laure Beccuau, avait mis en alerte sur les risques de déstabilisation de l’État de droit et de corruptions d’agents publics.
Éric Dupond-Moretti, qui pleure la mort de ses fonctionnaires, avait traité de « défaitistes » des magistrats marseillais qui avaient avoué leur « guerre perdue » face aux cartels. La France est le théâtre d’une guerre intérieure que le pouvoir ne veut pas voir. Pour la sécurité des Français, l’État démissionnaire est devenu le vrai danger.
La France se félicite d’être pour la cinquième année consécutive le pays le plus attractif d’Europe. Analyse du discours de Versailles d’Emmanuel Macron et perspectives économiques.
« France, terre de champions » ! Les Jeux Olympiques ne sont pas loin… Ce lundi 13 mai se tenait à Versailles la septième édition de « Choose France » : 180 grands patrons étrangers et 60 grands patrons français étaient réunis et 15 milliards d’euros d’investissements ont été annoncés pour 10 000 emplois potentiels dans les années à venir.
Microsoft investira 4 milliards d’euros dans des data centers dédiés au cloud et à l’intelligence artificielle. FertigHy, consortium européen, débloquera 1,3 milliard d’euros pour des engrais azotés sans gaz naturel. Amazon investira de son côté 1,2 milliard d’euros dans le cloud, l’intelligence artificielle et la logistique. Les Japonais de KDDI promettent eux 1 milliard d’euros dans l’intelligence artificielle. Pfizer, AstraZeneca, GSK et autres Novartis mettent 1 milliard d’euros dans l’industrie pharmaceutique et la recherche-développement. La décarbonation, les batteries, l’informatique quantique, les avions électriques à décollage vertical, le raffinage du nickel, les terres rares, Thermomix et la finance (notamment Morgan Stanley, merci au Brexit) ne sont pas en reste. Enfin, les frites surgelées du canadien McCain ont été opportunément mises en avant par une visite présidentielle dans la Marne avant les agapes de Versailles… 56 projets industriels, de recherche-développement et de services divers, sur l’ensemble du territoire en tout. Merci aux investisseurs. Merci à « France 2030 », aussi (54 milliards d’euros), et au crédit d’impôt-recherche, lequel coûte chaque année plus de 6 milliards d’euros au contribuable français (soit autour de 40 milliards d’euros d’ici à 2030, mais c’est une dépense fiscale). L’IRA (Inflation Reduction Act) américain n’a qu’à bien se tenir ! Ces enveloppes financières sont néanmoins bien éloignées des 60 milliards d’euros à financer chaque année, ne serait-ce que pour la transition environnementale en France, soit 300 milliards d’euros sur cinq ans. C’est évidemment beaucoup plus que les quelques 54 milliards d’euros de France 2030. L’année 2024 est le meilleur cru des sept dernières années pour les investissements étrangers en France. Dîner dans la Galerie des glaces pour nos invités étrangers, comme il se doit.
Attractivité française
Derrière ce bel écrin illustrant la dynamique de notre monarchie républicaine, que faut-il retenir ? D’abord, un vrai succès à mettre à l’actif du président. Ne boudons pas notre plaisir. Objectivement, le président a fait fort. Même la Chine est présente à travers la société d’investissement Silk Road Fund (cela ne s’invente pas) pour soutenir les PME européennes. Après le calamiteux quinquennat du néanmoins sympathique François Hollande (Monsieur « Petites blagues » ; « Mon adversaire.., c’est le monde de la finance »), Emmanuel Macron a, contre vents et marées, orienté la France dans une direction « business friendly » : baisse des impôts de production, baisse de l’impôt sur les sociétés pour le porter à 25% (ce qui le rapproche de la moyenne OCDE), prélèvement forfaitaire unique sur les dividendes à hauteur de 30%, réforme du code du travail, suppression de l’ISF, remplacé par un IFI supposé viser les rentes immobilières, réforme à venir des conditions d’accès aux indemnités de chômage. A ces réformes s’ajoute la stabilité des règles fiscales affichées par l’imperturbable Bruno Le Maire, littéraire natif baignant dans le monde brutal mais rationnel du chiffre. La grammaire des affaires est bien connue de la Macronie. Tant mieux, car cela évite aux Français des écarts de route, éminemment préjudiciables à leur pouvoir d’achat. Il faut bien que quelqu’un le souligne.
C’est la cinquième année de suite que la France est considérée comme le pays plus attractif d’Europe pour les investissements étrangers, devant l’Allemagne et le Royaume-Uni (baromètre EY de mai 2024).
Une feuille de route pour la future Commission européenne
Le président s’est fendu d’un discours en anglais de 26 minutes, plus court que d’habitude mais long quand même pour des Anglo-saxons. Un anglais plutôt maîtrisé, bien que l’agréable accent français du président (pour les Anglo-saxons) n’arrive pas à être totalement occulté. C’est quand même mieux que la plupart des politiques français. Le président a en fait déroulé son discours européen Sorbonne 2 du 25 avril dernier, en le musclant. Il a ainsi avancé la nécessité de « streamline bureaucracy ». Étrange formule, qui signifie littéralement « rationnaliser la bureaucratie ». Un sommet de technocratie française affichée pour dompter le dragon bureaucratique européen ! C’est là où l’on perçoit les failles intrinsèques du président. Il a indiqué que son discours Sorbonne 2 sur l’Europe avait vocation à préfigurer la feuille de route de la future Commission européenne. Il est surprenant que cette orientation politique majeure soit indiquée d‘abord dans une enceinte internationale patronale plutôt que directement auprès des citoyens français. Ceci étant, les Français avaient quand même compris. « Chut », le fédéralisme n’est pas loin… Il a, à cet égard, été plus clair et incisif sur la nécessité de changer le modèle économique européen passé : énergie bon marché avec le gaz russe, exportations de produits à forte valeur ajoutée, noyau industriel européen de haute qualité appuyé sur une périphérie européenne à bas coûts, protection géostratégique américaine. Ce sont en fait les faiblesses de l’Allemagne qui sont ainsi décrites. Les relations avec Olaf Scholz ne devraient pas s’améliorer. Le président prône ainsi un nouveau modèle européen, qui tient compte du non-respect par les États-Unis et la Chine des règles de l’OMC (Organisation mondiale du commerce), quant à la concurrence déloyale et aux aides d’État. À raison.
C’est un véritable programme pluriannuel européen qu’a présenté Emmanuel Macron, avec cinq volets : un marché européen de l’électricité stable et acceptable en termes de coûts facturés, fondé sur les énergies renouvelables et le nucléaire ; un marché européen unique intégré à finaliser (télécom, banque-finance,…) ; un vrai agenda de politique industrielle en Europe, pour créer les conditions d’une souveraineté européenne ; un agenda commercial, privilégiant la réciprocité entre pays, en particulier au niveau des exigences environnementales ; la recherche et l’innovation au cœur de la croissance future (l’objectif de 3% du PIB de l’agenda de Lisbonne est réitéré).
Il s’agit de passer à un nouveau modèle économique européen, fondé sur l’investissement, l’innovation et la croissance. En développant les marchés de capitaux et en synchronisant l’application des règles qui président aux sphères de la banque et de l’assurance, comme aux États-Unis. Bâle 2 et Solvency 3 pour les initiés. Un programme à vrai dire assez en ligne avec les souverainistes européens, sauf sur le thème de l’endettement fédéral. Emmanuel Macron et Marine Le Pen, même combat ?
Et avec la perspective de doubler le budget européen…C’est là où le bât blesse. Pour répondre aux besoins d’investissement des 1 000 milliards d’euros par an en Europe, il n’y a pas mille solutions. Soit on fait appel à l’épargne privée européenne (qui « s’égare » pour 300 milliards d’euros chaque année en Amérique du Nord), soit on mobilise la Banque centrale européenne, avec des dispositifs ad hoc (les divers courants de la « Théorie monétaire moderne » regorgent de solutions techniques…). Les États sont en effet trop endettés (à part les États frugaux) pour augmenter leurs contributions annuelles à l’Union européenne. Le président va devoir prendre sa canne et son chapeau auprès des 27, s’il veut convaincre avec son moment hamiltonien (l’endettement fédéral).
Enfin notons quelques orientations intéressantes sur un plan franco-français. Le président Macron réitère sa volonté de poursuivre les réformes en France, tant dans le domaine de l’emploi, de l’éducation, de la formation ainsi que des simplifications administratives. Un nouveau dispositif de garantie pour les projets industriels sera mis en place en 2025, pouvant aller jusqu’à 50 % de l’enveloppe de financement des projets concernés. C’est une décision pertinente, dispositif qu’avait du reste déjà esquissé Marine Le Pen à l’automne 2021 (peu de personnes l’avait noté) dans son programme économique, dont du reste seul un tiers de ses dispositions, entérinées dès juin 2021, ont été publiquement annoncées. C’est à l’évidence une bonne méthode pour mobiliser la signature de l’État français, sans le saigner avec de la dette publique à effet immédiat.
À souligner aussi les PINM : Projets d’Intérêt National Majeur. Personne n’en parle. Pourtant, le dispositif permet de dépasser les obscures contraintes administrativo-institutionnelles qui bloquent tout projet industriel ou agro-industriel en France pendant de nombreuses années. Il faut saluer cette démarche qui permet de replacer au niveau de l’État les autorisations administratives pour l’implantation de projets significatifs, générateurs de croissance et d’emplois. Devant l’incohérence, l’incompétence et la démagogie crasses d’organisations de défense tous azimuts, convoquant pourtant des impératifs reconnus par tous dans les domaines de l’environnement et de la biodiversité, et la pusillanimité de collectivités territoriales paralysées par leurs accointances locales. L’État doit affirmer, à juste titre, sa capacité à imposer une cohérence nationale.
Enfin, le président évoque Paris, en tant que seconde place boursière dans le monde à travers Euronext. À l’origine, un haut fonctionnaire méconnu, Jean-François Théodore, que l’on ne remerciera jamais assez de ses visions stratégiques et de ses mises en œuvre opérationnelles, à la base du succès actuel de la Bourse de Paris. Il n’empêche que les actionnaires de TotalÉnergies ont tout intérêt à faire coter leur société à New York s’ils veulent bénéficier des multiples boursiers américains, quel que soit le désagrément de voir un grand groupe français avec une cotation principale hors de France. Le président n’est pas d’accord, bien sûr. Il vient du reste de laisser filtrer l’information qu’il n’était pas opposé à la cession de la Société générale, mal valorisée en bourse, à un grand groupe bancaire européen. Il est vrai que l’inspection des finances a vu la direction de la banque lui échapper, avec la nomination à la direction générale d’un « vulgaire » trader, Slawomir Krupa, à la suite de Frédéric Oudéa, ancien inspecteur général des finances, par ailleurs époux de l’actuelle ministre en charge des Sports et des Jeux olympiques, camarade de promo du président…
La photographie est belle. Qu’en est-il sur le fond ?
Dix ans pour réindustrialiser la France
Le cabinet EY indique 1194 investissements étrangers en France en 2023, avec potentiellement 40 000 emplois potentiels dans les années à venir. Incontestable. En 2023, il y a eu 201 créations nettes d’usines. Incontestable. Trois fois plus en France qu’au Royaume Uni. Six fois plus qu’en Allemagne. Incontestable. Le cabinet Trendeo est plus circonspect. Les créations d’emplois dans le domaine industriel pour les investissements étrangers au Royaume-Uni sont plus importantes qu’en France pour des volumes d’investissements similaires.
De fait, l’industrie en France ne représente plus que 16,8 % du PIB (données Banque mondiale 2022), au même niveau que le Royaume-Uni (16,7 %), nettement en dessous de l’Italie (23,8 %) et de l’Allemagne (26,9 %). Une différence significative – 10 points de PIB – qui explique en bonne partie les différends franco-allemands. En termes quantitatifs, l’industrie française représente 443 milliards d’euros tandis que l’Allemagne est à 1040 milliards d’euros, soit plus du double. Ce sont aujourd’hui 2,9 millions d’emplois industriels en France contre 7,5 millions en Allemagne. Cela change la perspective.
Serge Tchuruk, président d’Alcatel de 1995 à 2008, qui appelait à se débarrasser des usines en France, devrait certainement être conduit à assumer une forte responsabilité dans la situation française catastrophique d’aujourd’hui sur le plan industriel. Dommage pour un X-Armement, qui a donc désarmé la France sur le plan industriel. Le corps de l’Armement a heureusement hébergé et héberge encore en son sein parmi les plus grands commis de l’État français. Ce n’est du reste pas pour rien que le président n’a pas encore tranché sur la suppression des corps techniques, dont les Mines, après la suppression de l’ENA, remplacée par l’ineffable INSP (Nathalie Loiseau a été la directrice de l’ENA jusqu’en 2017, c’est tout dire, après des monuments d’intelligence comme Simon Nora ou Roger Fauroux).
D’ici à ce que l’industrie française revienne à 20 % du PIB et que le déficit commercial extérieur se résorbe, il va dès lors probablement se passer pas mal de temps. Mais c’est une affaire de détermination de long terme. Il y faut à l’évidence une volonté politique. 2027, bien sûr. Les élections européennes qui se tiennent dans moins d’un mois seront un révélateur des forces partisanes en présence. Quels que soient les résultats, la France aura à gérer sa descente aux enfers, industrielle et agricole. Ce ne sont évidemment pas les 15 milliards d’euros d’investissements industriels de Choose France 2024 qui vont changer la donne à court terme.
La productivité européenne est en berne. Depuis 1995, la productivité, mesurée par le ratio [PIB par heure de travail], a cru de +1,7 % par an aux États-Unis, alors qu’elle a baissé de -0,9 % par an en Europe. Ce qui explique la dégringolade du PIB par habitant des Européens (34 160 USD en 2022 pour l’Union européenne) relativement par rapport à celui des Américains (62 789 USD, soit un niveau de + 84 % plus élevé). Ainsi que les questions de pouvoir d’achat des Français.
Le vrai problème français, c’est en effet la productivité. Les causes sont à trouver principalement dans le sous-investissement en numérique, robotique et innovation, dans l’inadaptation du système éducatif et de formation professionnelle français ainsi que… dans les lointaines trente-cinq heures de Martine Aubry, qui sont incidemment l’idée originelle de l’excellent Dominique Strauss-Kahn. C’est aussi une des principales causes de la baisse d’efficience des services publics, en particulier dans le domaine de la santé. Qui le souligne ? Aucun parti dit de gouvernement en tout cas.
Avons-nous la moindre chance de revenir dans les clous ? Oui, si nous mobilisons les énergies des uns et des autres ainsi que les financements publics et privés de façon pertinente. Encore faut-il être en mesure de le faire avec pragmatisme. Et cela demandera une décennie.
Il y a là une ingénierie particulière du financement de projet, industriel, agricole ou environnemental, mobilisant les énergies publiques et privées avec la masse critique macro-économique nécessaire, à la base de la croissance, de l’emploi et du pouvoir d’achat des Français. Le politique qui comprendra comment cela marche sur un plan pratique, et qui mettra en place les dispositifs publics qui s’imposent, gagnera en 2027. Ce n’est, hélas, pas encore dans les tuyaux…
Le festival de Cannes s’est ouvert hier soir et, dès son coup d’envoi, cette 77e édition s’est présentée sous le signe de la balance : des listes de noms d’acteurs-prédateurs circulent sous le manteau et seront exposées à la vindicte de la Croisette. Dans le cinéma comme ailleurs, l’homme blanc est coupable, forcément coupable.
Les castrateurs bien-pensants ont donc hier déclaré ouverte la soixante-dix-septième édition du Festival de Cannes – respectueux de la grammaire, je laisse le sujet au masculin. Triste cérémonie ! Le défilé du tapis rouge a été relégué au second plan (la presse est édifiante) ; l’actualité du soir, c’était une nouvelle exécution publique – celle d’Alain Sarde –, le « virus d’une rumeur » – dixit Raphaël Quenard –, Godrèche moquant Lindon, enfin Camille Cottin soutenant courageusement la loi contre les violences sexuelles, proposée par cent cinquante personnalités dans une récente tribune. Au fait, le Code pénal, depuis des temps immémoriaux, incrimine déjà ce genre d’agression, plutôt fort sévèrement, d’ailleurs ; encore faudrait-il vouloir le faire appliquer ; mais peut-être appelle-t-on carrément une loi pénalisant la virilité ?
Une du quotidien « Le Monde » du 15 mai 2024, où 147 personnalités signent un texte en faveur du mouvement « MeToo » et posent sur une photo présentée par le journal comme « historique ».
Témoignages non contradictoires
On dit le public de Cannes particulièrement difficile ; comment ne le serait-il pas, lorsque l’on suspend au plafond du Palais mille épées de Damoclès par-dessus ses têtes mâles ! La guillotine aura de la besogne, le cinéma tremble : on parle moins cette année du septième art que de rumeurs de listes qui font frémir. Les acteurs, les réalisateurs, les producteurs les plus en vue (le contraire eût été étonnant, n’est-ce pas ?), nommés dans les « enquêtes » impitoyablement, violeurs systémiques, représentants du patriarcat oppressif, devront parait-il répondre de leurs agressions désordonnées – car décidément, à écouter les témoignages non-contradictoires, ils agressent passionnément, ces hommes blancs hétérosexuels ! La présidence a d’ores et déjà annoncé qu’elle traitera les affaires au cas par cas, et veillera à ne pas confondre les œuvres et les accusés dans une même infamie : vœu pieux ! L’odeur du stupre fait palpiter les narines carnassières des accusateurs publics ; ils se lèchent les babines. Vraiment, on se croirait en 1794, quand le Tribunal révolutionnaire jugeait à deux extrêmes, la mort ou l’innocence ; quand Robespierre à la Convention dressait des listes d’ennemis de la Révolution, le sang sur la bouche, et promettait de les révéler au moment opportun – on sait comment tout cela finit : tremblez donc, calomniateur.ices, votre tour viendra !
La parole des femmes est sacrée, disent-ils. C’est fort galant, de placer les femmes sur un tel piédestal, qu’elles deviennent l’incarnation de la Vérité ; c’est aussi fort ignorant des mécanismes profonds de la nature humaine – et à ce titre l’on ne recommandera jamais assez aux électeurs de gauche la lecture de nos grands moralistes plutôt que de Rousseau (Jean-Jacques), particulièrement La Bruyère et La Rochefoucauld. Là ils apprendront, on l’espère, que l’homme (ou la femme) est ainsi fait, qu’une dénonciation peut être moins un acte de bravoure, qu’une manière intéressante de faire tomber un rival – d’où l’importance de la présomption d’innocence. Hélas ! En dépit de toute intelligence, on veut maintenant « élargir » la notion de consentement, et même on évoque des présomptions de culpabilité. Pourtant, les disculpations s’enchaînent : Norman Thavaud, Luc Besson, Kevin Spacey, Ary Abittan, Nicolas Hulot, Gérald Darmanin, Johnny Depp, et j’en passe[1] !
Bien sûr, les petits rapporteurs, qui courent au tribunal au moindre prétexte, éreintent commodément la justice dès qu’elle ne marche pas dans leur sens. Un tel est-il déclaré innocent ? La magistrature fait partie du système, elle est complice de la culture du viol. Tel autre a-t-il bénéficié de la prescription ? C’est un agresseur dangereux relâché dans la nature. J’en profite ici pour rappeler aux disciples de Saint-Just que la prescription n’est pas une faveur accordée aux coupables, mais un délai au-delà duquel s’applique le droit à l’oubli. La prescription n’empêche pas la peine : elle empêche le procès. Donc, celui qui en jouit est toujours présumé innocent, et rien, surtout pas les réseaux sociaux, ne permet de le déclarer auteur des faits qui lui sont reprochés. Je rappellerai aussi aux enfants de la Révolution que la présomption d’innocence est un droit sacré qui distingue une société servile d’une société libre, et qui ne doit souffrir aucune exception. À ce titre, acclamer les larmes aux yeux les sycophantes qui dénoncent les réalisateurs, producteurs et autres hommes de pouvoir, pour des raisons dont on se demande si elles ne sont pas économiques plutôt que victimaires, c’est terrible, pour une nation qui depuis le triomphe des Jacobins a le mot de « Liberté » inscrit aux frontons de toutes ses mairies. À ce titre aussi, Jacques Doillon, Gérard Depardieu, Alain Sarde sont innocents ; les déprogrammer, c’est les condamner au mépris des droits de la défense, et c’est piétiner barbarement ces libertés fondamentales, dont l’école de la République nous rebat pourtant les oreilles ; les priver des fruits de leur travail, même à titre de « précaution », c’est faire le jeu des idéologies totalitaires, où l’intérêt personnel prime toujours la justice. Où étiez-vous donc hier soir, zélateurs habituels du Progrès ? C’eût été pour le coup vraiment rebelle, de défendre sur le tapis rouge la présomption d’innocence !
Le monde du cinéma est devenu affligeant. Au nom de la lutte féministe, on organise le triomphe des intérêts personnels sur le respect des libertés fondamentales ; mais les bonnes intentions des renversements de la vieille époque ne doivent pas masquer leur cynisme, et leur culte en retard de la Vertu, leurs vices humains, trop humains.
Roman Polanski relaxé hier: la terreur MeToo se fracasse contre le roc Polanski. Le commentaire d’Elisabeth Lévy sur Sud Radio
Selon le chroniqueur de CNews et du Figaro, Mathieu Bock-Côté, la Belgique francophone est la région la moins démocratique d’Europe. Illustration par la campagne électorale pour les élections du 9 juin, européennes, mais aussi fédérales et régionales au plat pays. La tête de liste de la N-VA en Wallonie, Drieu Godefridi (notre photo), y est boycottée par les médias…
À l’Europe, les Wallons n’auront pas le choix de l’équivalent des Républicains, du Rassemblement national ou de Reconquête. Leur choix le plus « à droite » possible sera le Mouvement réformateur (auquel appartient Charles Michel, le président du Conseil européen), qui siège dans le même groupe (Renew) que les macronistes au Parlement européen…
La droite nationale n’a pas droit de cité en Belgique francophone
Sur les réseaux sociaux, le parti Chez Nous, proche du Rassemblement national, qui se définit comme « patriote », est le plus influent des comptes politiques en Belgique francophone. Cependant, soumis à un strict « cordon sanitaire » – inconstitutionnel – il n’a aucune visibilité dans les médias traditionnels (télévision, radio et presse écrite). Pourtant, selon les derniers sondages, ce parti représente la même sensibilité que 30% des électeurs en France (le Rassemblement national) et aux Pays-Bas (le PVV de Geert Wilders) et 24% en Flandre (le Vlaams Belang).
La N-VA, un mouvement nationaliste flamand, est le premier parti politique de Belgique au parlement fédéral. L’annonce, pour la première fois, du dépôt de listes francophones par ce parti a été couverte par les médias, mais son leader francophone, Drieu Godefridi, fait l’objet d’un boycott personnel des trois chaînes de télévisions nationales francophones. Pourquoi ? Décidé par qui ? Selon quels critères ? Le mystère est total. Il semble que ce soit son opposition radicale au Pacte vert européen et son soutien passé à Donald Trump qui justifie cet opprobre, mais nul ne le sait vraiment, aucune loi, aucune autorité ne décidant qui fait l’objet d’un cordon sanitaire. Le marxiste Parti des Travailleurs de Belgique (PTB) reste, lui, traité comme un parti normal.
Le nucléaire, question interdite également
Autre limitation, les très populaires « tests électoraux » en ligne que proposent la plupart des médias, censés révéler le parti dont vous êtes le plus proche. Ni Chez Nous, ni la N-VA n’en font partie malgré les propositions que cette dernière est la seule à présenter : confédéralisme, moratoire sur l’asile, équilibre budgétaire, choix de l’énergie nucléaire. En 2019, lors des dernières élections, tous les partis francophones représentés au parlement étaient pour la sortie du nucléaire en… 2025. Il n’y a donc eu aucun débat sur ce thème majeur.
En outre, le système avantage outrageusement les partis déjà représentés qui bénéficient d’un généreux soutien public. Les autres mouvements politiques ne peuvent recevoir des dons que de particuliers, plafonnés à 500 euros par personne (contre 7 500€ en France). A moins que leurs candidats ne disposent d’une fortune personnelle, ils ne peuvent donc pas financer correctement leur campagne.
Intimidation
La Belgique est une particratie. Au sein d’une même liste d’un parti, les candidats sont en compétition les uns avec les autres, mais les plafonds de dépenses électorales autorisées ne sont pas les mêmes pour tous ; certains, choisis par le parti, peuvent dépenser davantage. De plus, un système de « suppléants », permet de choisir ceux qui siégeront à la place des députés, devenus ministres, au détriment de candidats « effectifs » plus populaires, détournant ainsi le choix des électeurs.
En France, selon les sondages, 45% des électeurs s’apprêtent à voter pour les Républicains, le Rassemblement national ou Reconquête, trois positionnements politiques qui ne sont pas représentés en Belgique francophone. Faut-il croire que les Belges francophones, Wallons ou Bruxellois, sont à ce point différents des Français ou des Flamands dont 45% au moins votent pour des partis nationalistes ? Ou plutôt, sans médias de droite, et sans jamais entendre autre chose que le clapotis de la bien-pensance, ne seraient-ils pas endoctrinés, biberonnés, intimidés contre une « extrême-droite » totalement fantasmée, mais néanmoins omniprésente dans le débat public belge ?
On sort de certains spectacles en se disant : tout ça pour ça ? C’est le cas de « Ink », de et avec Dimitris Papaioannou. Si la performance des danseurs est remarquable, on cherche la cohérence de l’ensemble…
C’est donc cela, le travail de Dimitris Papaioannou ! Ce n’est donc que cela !
Voilà tant d’années qu’on lui tresse des couronnes de laurier, qu’on lui adresse d’exaltants dithyrambes, comme cela se faisait jadis à Athènes pour les athlètes, les poètes ou les sculpteurs. Mais ce que l’on découvre dans ce spectacle qui aura fait le tour du monde apparaît bien confus et bien peu convaincant.
H2O
La mise en scène d’«Ink » est assurément d’une saisissante complexité technique. Pour ses deux interprètes, (Suka Horn et Dimitris Papaioannou), elle représente un défi permanent. Leur tâche est d’une telle difficulté que l’on ne peut que s’incliner devant des performances physiques et une endurance à couper le souffle.
Obscur comme l’encre, cerné de rideaux noirs légers comme un souffle, prêts à se dissoudre dans l’air ou à se gonfler de façon spectaculaire, le plateau suffoque sous un lancinant jet d’eau qui l’envahit, le noie et nous noie avec lui. Gainé de noir dans des vêtements détrempés, chose fort imprudente, soit dit en passant, si l’on est sujet aux rhumatismes, Dimitris Papaioannou règne, un peu laborieusement d’ailleurs, sur cet univers de robinets, de tuyaux et de sphères où l’eau est omniprésente, débordante, asphyxiante même, avant que n’apparaisse le corps nu de sa victime rampant sous de transparentes plaques de plastique qui recouvrent le sol noyé. Et le voir, ce corps nu, évoluer péniblement, puis être violemment maintenu dans sa prison semi-rigide, est presque une torture pour le spectateur.
Avis de recherche : cohérence et propos du spectacle…
Tout l’ouvrage est une succession sibylline de tableaux sans unité évidente. Et même si leur exécution périlleuse force l’admiration, il est difficile de ne pas se dire qu’ils ne sont qu’une suite d’idées trouvées pêle-mêle au cours de manipulations, d’improvisations, d’essais désormais emboîtés bout à bout sans grand souci de cohérence, sans qu’ils soient soutenus par un propos solide. Entre les deux protagonistes, unis dans un rapport de force à première vue malsain, comme teinté de sadisme ou de rude sexualité, il faut que règne une complicité aussi intime qu’intense pour mener à bien ce parcours scénique d’une difficulté inouïe. L’âpreté de certaines scènes, la difficulté de répondre aux embûches auxquelles se heurte principalement l’homme nu, en impose. Recourant parfois à des trucs un peu éculés, mais assurément très efficaces, ou tout au contraire à des images extrêmement originales et voulues superbes qui font appel à la virtuosité de Horn, Papaioannou donne toutefois le sentiment pénible qu’elles se succèdent, ces scènes, sans véritable raison, avec une certaine gratuité.
Il serait difficile, dans « Ink », de ne pas voir exposée toute une fantasmagorie sexuelle où l’on apprend que la présence d’une pieuvre (factice) faisant office de cache-sexe pour l’homme nu est le symbole d’une libido brûlante. Mais, sans être une vieille fille puritaine et frustrée, faut-il vraiment devoir admirer le fait que l’homme en noir extirpe un slip de son bas-ventre pour le lancer à l’homme nu qui s’en couvrira furtivement avant de le relancer à son dominateur qui le glissera à nouveau sur son sexe ? Faut-il qu’un metteur-en-scène expose si crûment des pulsions à peine voilées ou sublimées et que l’on doive saluer sans réserve cette franchise imposée ? Et faut-il que l’on soit à ce point amoureux de soi-même pour exposer sans fard l’étrangeté d’une sexualité complexe ? La liberté de tout dire, de tout montrer est certes fondamentale au théâtre. Mais en user sans limite est parfois lassant. À l’image de la plupart des productions actuelles, lesquelles ne manquent pas cependant de rencontrer un vif succès public à une époque où l’on se satisfait de la seule apparence, sans trop se questionner sur le fond des choses, « Ink » apparaît comme dépourvu de substance. Comme un étalage narcissique que ne rachète pas vraiment l’engagement des interprètes.
« Ink », de Dimitris Papaioannou. Jusqu’au 15 mai. Théâtre de la Ville : 01 42 74 22 77.
‘Comment décourager un homme en trois étapes’: le tutoriel anti-viols venu du Nord qui a fait éclater de rire les Scandinaves et contribué à la montée du très populiste Parti des Finlandais.
Comment une femme peut-elle décourager un agresseur sexuel ? Des vidéos tournées en Finlande apportent une réponse. Un clip datant de 2020 et posté sur TikTok est redevenu viral à la fin du mois de mars de cette année. Il montre trois femmes à lunettes et deux hommes baraqués qui se dandinent sur une musique sortie d’un jeu vidéo des années 1980. Avec une chorégraphie répétitive, censée démontrer des gestes de refus, les danseurs chantent en boucle la même formule en anglais permettant aux femmes de calmer les ardeurs de tout assaillant potentiel : « Stop ! Don’t touch me there ! This is my no-no square. » (« Arrêtez ! Ne me touchez pas là ! Ceci est mon espace vital interdit. ») La vidéo a été réalisée à la suite d’un scandale qui a éclaté fin 2018 à Oulu, la plus grande ville du nord de la Finlande. Une bande de demandeurs d’asile, originaires du Moyen-Orient et d’Asie centrale, perpétrait des viols collectifs sur des filles mineures. L’année suivante, une étude commandée par le gouvernement finlandais a trouvé que les individus nés à l’étranger étaient surreprésentés parmi les accusés de viol. Bien que ne constituant que 7 % de la population, ils représentaient 38 % des suspects. La vidéo de 2020 avait un précédent.
Une autre, diffusée sur la télévision publique en 2016, mais devenue virale cette année en même temps que la première, montrait comment décourager un agresseur en trois étapes. Une jeune blonde qui longe une rue enneigée où elle est poursuivie par un homme (blanc, naturellement) se retourne et dit : « Non ! » Face à l’insistance de son poursuivant, elle brandit sa main protégée du froid par une moufle pour le stopper. Quand il passe outre, elle réussit enfin à le chasser en le repoussant avec son sac à main. Ce clip a été diffusé en réaction à un autre scandale concernant des agressions sexuelles commises par des migrants lors des célébrations du Nouvel An à Helsinki en 2015. Quand ces vidéos ont suscité l’hilarité des internautes autour de la planète cette année, beaucoup ont cru à un poisson d’avril, tellement ce type de message est éloigné de la réalité. La mollesse de la réaction des autorités à l’époque a contribué à la montée du très populiste Parti des Finlandais, aujourd’hui présent dans la coalition de droite qui gouverne le pays.
Emmanuel Macron est décidément sur tous les fronts, voilà qu’il annonce la mise en place d’une mission parlementaire sur la ménopause.
Au moment où l’égalité hommes femmes, un objectif louable, mobilise entre autres tout ce que le féminisme compte de pasionarias, le gouvernement et tout particulièrement le président de la République ne souhaitent pas être en reste ! Le magazine Elle a publié une interview d’Emmanuel Macron qui ne sait plus où donner de la tête pour protéger la femme, cette espèce animale en danger, incapable de se prendre en main, ignorante de son propre corps, en proie à un corps médical qui n’est pas toujours à la hauteur et ne saurait pas nous informer. On hésite entre irritation et ricanement, stupéfaites devant cette condescendance qui frise l’abus de position dominante.
Les femmes françaises doivent être parées pour le « réarmement démographique » !
Au lendemain de la visite du président chinois, le président de la République, chef de guerre, face à des élections europénnes qu’il ne maîtrise pas, doit-il vraiment s’attacher brusquement aux questions les plus intimes du sexe féminin, dans une réflexion sur le bas-ventre ? Oui, car la condition féminine est menacée de risques gynécologiques, entend-on ! Risques tels qu’ils nécessitent de mobiliser l’Assemblée nationale pour qu’elle instaure incessamment une « mission parlementaire sur la ménopause » (sic). Nous devrions déjà être assistées pour nos règles douloureuses, ignorées semble-t-il des patrons et patronnes ! Il faut donc que l’on nous accorde un jour de congé en complément du télétravail possible pour nos menstruations… comme si depuis toujours cette question ne s’était pas réglée – c’est le cas de le dire ! – entre salariés et employeurs ? Mettons de côté les vraies pathologies comme l’endométriose qui font très justement l’objet de l’attention des médecins. Au point où l’on en est, on s’attend à ce que des « ièlles» ou transgenres crient à la discrimination : qui sont les femmes ? Il vaut mieux en rire qu’en pleurer…
Tout cela aurait, semble-t-il, un objectif sous-jacent plus subtil : ne faudrait-il pas nous remettre en bonne condition de pondeuses et donc veiller sur nos organes ? Le président nous a averties : nous ne produisons plus assez de bébés, le taux de reproduction diminue, mais l’État veille. Ainsi allons-nous dès l’âge de 20 ans faire un « check-up de fertilité » (obligatoire ?!) contrôlant notre réserve ovarienne et, parité oblige, un spermogramme pour l’espèce dite masculine.
On va par ailleurs mettre le paquet pour donner envie de bébés et pour que les pères aident mieux les mères dès la naissance du bébé avec un congé de paternité plus adapté et mieux payé, un peu moins long semble-t-il. Sur le sujet, on n’a rien demandé à personne : ni aux femmes, ni aux futurs pères, ni aux employeurs, ni aux jeunes couples… Et le désir dans tout cela ? On attend avec intérêt une intervention en la matière, est-ce que cela passera avant le projet européen de dissuasion nucléaire ?
L’État ira-t-il jusqu’à s’occuper du planning de nos weekends?
Toujours dans ce bel élan, et toujours dans Elle, le président de la République s’emporte contre ces pères irresponsables qui, divorcés ou séparés, ne respectent pas leur devoir de père en ne prenant pas les enfants lorsqu’il y a garde partagée ; il faudrait le leur imposer et on serait a priori toutes d’accord sur leur responsabilité, mais comment ? il fallait sans doute qu’Emmanuel Macron s’en saisisse avec une conviction inversement proportionnelle à son irréalisme confondant, car sans lui rien n’avance, qu’on se le dise ! Donc, on va peut-être punir ces pères inconscients ? « Devoir de visite obligatoire », car c’est « intolérable » ajoute le chef de famille (pardon le chef de l’État), que la maman qui avait un projet pour le week-end doive y renoncer parce que le père ne vient pas chercher les enfants le vendredi soir (sic). Personne ne sait comment le gouvernement va résoudre la question. La presse féminine et les psychologues sont en alerte, car c’est négliger un problème beaucoup plus grave que doivent affronter les mères et les enfants : le désintérêt voire le non-amour du père pour ses enfants. Lutter contre cela est mission quasi impossible, et en outre difficile et dangereux, car faut-il forcer les pères indifférents ou hostiles à s’occuper d’enfants ? Et les mères : sont-elles vraiment toutes des saintes ? Quels traumatismes risque-t-on d’infliger à l’enfant ? Quelles mauvaises relations peuvent s’établir pendant des prises en charges non consenties mais forcées ? Vaste sujet. Pendant ce temps-là, on agit pour faciliter l’accès à l’avortement au maximum.
Ces interventions civilisationnelles, cet autoritarisme physiologique, cette absence de pudeur, cette vision matérialiste pseudo-médicale imposée dans ce qu’il y a de plus intime, sont pour beaucoup extrêmement choquants. Il y a une forme de bonne éducation à ne pas s’épancher sur ses maux de ventre en général, hommes ou femmes !
Rajoutez à cela un peu d’éducation sexuelle dès l’âge de cinq ans à l’école, histoire entre autres de s’assurer que l’enfant assume et choisit bien son sexe, et nous basculons dans un monde sans repères, dépourvu de bon sens, d’intimité et de responsabilité individuelle. Tout se vaut et tout se revendique. Le pire étant que nous sommes menacés « en même temps » par un monde qui flirte avec la décadence, la guerre, le racisme et la haine. Alors, Monsieur le président de la République, n’outrepassez pas votre rôle et ce pour quoi nous vous avons élu : s’il vous plaît, occupez-vous de ce qui vous concerne, il y a tellement à faire ! N’abaissez pas la fonction présidentielle en vous transformant en homme à tout faire. Faites-vous si peu confiance aux Françaises, aux entrepreneuses, aux médecins, aux citoyens ? Comme dirait l’autre : le général De Gaulle ne nous parlait pas de nos règles !
Tout le monde en convient : de nos jours, pour les délinquants de tout acabit, pour les terroristes et apprentis terroristes, la vie humaine ne pèse pas plus qu’une cacahuète desséchée. Autrement dit rien. On égorge, on viole, on flingue, on massacre à coups de poings, à coups de pieds, à coups de manche de pioche et de batte de base-ball, on défigure, on cogne à tout-va pour un oui, pour un non. Pour un refus de clope, pour un regard mal interprété, une jupe trop courte, une chevelure trop libre, un rouge à lèvres trop rouge, un cabas de vieille dame, le fond de poche du petit vieux qui passe par là, etc, etc. On se déchaîne sur la compagne, l’ex-compagne, ou encore celle qui ne le sera jamais parce qu’elle ose dire non. Et on la tabasse à mort. Pour la punir. La punir de quoi ? D’être une femme. Et de ne pas se résigner à n’être que ce que ces monstres voudraient qu’elle soit, une chose, un élément de cheptel ? Car, oui, nous en sommes arrivés à ce point de régression barbare. Et puis retentit ici et là, de plus en plus souvent, le concerto pour kalachnikov et Glock 42, agrémenté d’entractes barbecue où l’on crame le pourri du clan d’en face, le gêneur dans le jeu de la grande distribution, genre came à tous les étages.
La vie, donc, ne vaut plus rien. (Si ce n’est d’être vécue, voulons-nous croire encore.) Il est donc temps de la re-sacraliser. Ni plus ni moins. Re-sacraliser l’intégrité physique de tout individu. On prêchera lâchement que c’est affaire d’éducation, que c’est à l’école d’y pourvoir. Soit, ce n’est pas faux. Mais le résultat risque de se faire attendre. Au moins une ou deux bonnes générations si ce n’est davantage. Il y a, me semble-t-il, une manière de s’y prendre beaucoup plus efficace et surtout plus rapide. Il s’agit tout bonnement de dissocier toute atteinte à l’intégrité physique des autres formes de délits et de crimes. En clair, dès qu’il y a coups, plaies et bosses, sang versé, atteinte sexuelle ou autre, bref dès que l’intégrité physique aura été, si peu que ce soit, menacée, altérée, le coupable devra être bien certain qu’il aura à purger sa peine non pas, comme aujourd’hui, dans un établissement où se mêle le tout-venant, mais dans une prison spécifique, régie par des règlements disciplinaires – draconiens – eux aussi spécifiques, une taule tenue par un personnel pénitentiaire spécialement formé. Histoire de bien montrer à tous et à chacun – je dis bien à tous et à chacun, à chaque citoyen, turbulent, paisible ou potentiellement délinquant – que s’en prendre physiquement à une personne, ou pire encore attenter à sa vie, n’est absolument pas de même nature que tout autre délit. Et c’est bien cette différence de nature qui, selon moi, doit fonder, justifier, légitimer la différence de traitement pénitentiaire. Cela, dès la première violence physique. Il faut en effet impérativement que notre société se donne les moyens de faire bien comprendre au citoyen qu’écoper, même à durée égale, d’une peine de prison pour vol de bijoux à l’étalage n’a rien à voir avec une incarcération pour coups et blessures. Encore une fois, il s’agit d’une différence de nature. Or, aujourd’hui, rien n’est fait pour matérialiser cette différence pourtant abyssale dans l’esprit du public. Commençons donc par ce chantier-là. Ce serait déjà un premier pas considérable. Le président de la République a trois ans devant lui pour s’y coller. Voilà bien une réforme qui lui permettrait d’entrer pour de bon dans l’histoire, lui qui, nous dit-on, en rêve à longueur de nuits. Et de jours.
Dans une note intitulée « L’État-guichet, un modèle à bout de souffle dans une France qui a cessé de produire », Jérôme Fourquet dressait hier un tableau accablant de notre économie dans Le Figaro. Les analyses du sondeur vedette de l’IFOP sur l’état du pays plongent notre directrice de la rédaction dans une sévère dépression.
À la fin de la lecture de cette note[1], on a tendance à se dire que c’est mort. Depuis 40 ans, on se raconte des histoires ! Le titre de l’étude est « L’État-guichet, un modèle à bout de souffle dans une France qui a cessé de produire », mais cela aurait aussi bien pu être « La France soviétisée ». Nous vivons dans une réalité parallèle, dans un monde presque aussi fantasmé que celui du plan quinquennal de Staline. Dans cette réalité parallèle, la production de richesses ne dépend pas de capacités individuelles et collectives concrètes mais d’une décision venue d’en haut. À la fin, il suffit toujours d’ajouter des zéros à la dette pour être à l’équilibre. La différence avec l’URSS, c’est que « Big Brother » est gentil. Il prend soin de nous. Et il peut vivre à crédit.
Deux tendances lourdes et mortifères
Ce modèle, assumé par tous les gouvernements de gauche comme de droite depuis 50 ans, et que Jérôme Fourquet qualifie de « stato-consumériste », articule deux tendances : – La croyance séculaire dans la toute-puissance de l’État, qui, il est vrai, a construit la nation en France; – Le choix d’une économie plutôt fondée sur la consommation que sur la production. Comme nous ne produisons pas assez de valeur ajoutée par rapport à que nous consommons, nous subventionnons à tour de bras. C’est la logique du chèque, du guichet. Avec à la clé de multiples usines à gaz qui s’empilent les unes sur les autres, et un enfer bureaucratique pour tous. À ce titre, je renvoie le lecteur à l’impayable paragraphe sur le bonus de réparation textile dernièrement mis en place par le gouvernement dans le texte publié par Le Figaro. Oui, des énarques ont travaillé là-dessus ! Et désormais en France, si vous faites réparer votre jean, vous avez droit à 4,32€, sûrement après avoir rempli un formulaire de dix pages.
Le résultat de cette mécanique implacable est inévitable : puisqu’on consomme plus que ce qu’on produit, il faut emprunter. Et à la fin, on vend les bijoux de famille (40% du CAC40 est ainsi détenu par des non-résidents). Toute l’arnaque de la communication autour de « Choose France » est là. Dans ce cadre, notre attractivité signifie en réalité : « Venez chez nous, il y a des affaires à faire. On brade, et vous pourrez toujours délocaliser plus tard ».
Pourquoi la France a-t-elle fait pareils choix ?
Parce que c’était facile, pardi ! Et surtout, parce que nous citoyens le demandions. Il est trop simple de tout mettre sur le dos des gouvernants, lesquels n’ont fait que céder à nos demandes en permanence. Dorénavant, nous passons notre temps à leur présenter l’interminable liste de nos droits acquis. Il ne s’agit plus seulement des droits fondamentaux comme la sécurité, la liberté d’aller et venir ou la liberté de s’exprimer, mais le droit au logement, au bonheur, au diplôme, et au travail mais pas trop. Voilà la grande affaire des Français depuis 40 ans: travailler moins. Rappelons qu’à partir de 1981, les trois gouvernements de Pierre Mauroy avaient mis en place un ministère du Temps libre. Nous sommes drogués à la dépense publique. Comme l’écrit Jérôme Fourquet, « le métabolisme profond de la société française ne sait plus fonctionner sans cet apport ». Evidemment, cela a eu des effets anthropologiques : cela nous a fait perdre collectivement le goût de l’effort et nous a transformés en récriminateurs à qui la société doit toujours quelque chose. Nous hurlons à la mort pour six mois de travail en plus (souvenez-vous de la dernière réforme des retraites, en 2023) ou dix euros d’alloc’ en moins (souvenez-vous du psychodrame des APL, en 2021). Et nous habillons nos ressentiments de considérations sur l’égalité, véritable obsession française. Ce mensonge orwellien d’un pays qui peut s’affranchir des pesanteurs et rapports de forces de l’économie n’a pas été imposé d’en haut, mais il est célébré par la gauche triomphante et est accepté par tous. Si nous sommes en train de sortir de l’Histoire, c’est parce que depuis 40 ans, nous avons tous préféré nous raconter des histoires.