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On va dans le mur, tu viens?

Les trois blocs qui se partagent la vie politique partagent aussi une vision folle de l’économie : l’argent public ne coûte rien ! Au-delà de leurs nuances, tous veulent continuer de biberonner les Français à la dépense publique. La cure d’austérité qui vient s’annonce douloureuse. Qui devra s’y coller?


Nous vivions déjà partiellement dans un asile psychiatrique – comment qualifier autrement une société où un barbu invité à la télé peut s’étonner qu’on le prenne d’emblée pour un homme ? S’il avait fait (discrètement) ricaner une majorité de téléspectateurs, une écrasante proportion d’électeurs paraît, en revanche, croire dur comme fer à la magie en matière d’économie. Les trois blocs qui viennent de se disputer les faveurs de l’électorat ont des visions certes différentes, mais néanmoins cousines des finances publiques. Le courant macroniste central se veut l’héritier de quarante ans de gabegie policée. Fanatiques de l’Europe, de ses « valeurs », de l’État de droit, surtout quand il s’agit d’immigration, mais pourtant jamais dans les clous européens dès qu’on aborde le budget de notre État : plus de trois mille milliards de dettes accumulées, six fois plus qu’en 1980, pour des services publics deux fois moins performants – un ratio d’endettement deux fois supérieur aux limites des traités européens qu’en d’autres domaines, on respecte à la lettre –, chapeau bas les artistes. Deux courants sont toutefois perceptibles au sein du bloc central – les crameurs de caisse épanouis canal Martine Aubry ; mais aussi les gabegistes honteux, type Bruno Le Maire, réputé gérer « à l’euro près » le budget mensonger qu’il a fait voter par l’Assemblée. Ce bloc mise en réalité sur la ruine à petit feu du pays et concentre son énergie sur le mistigri de la faillite, à discrètement refiler à la législature suivante. L’ami Bruno, probablement viré de Bercy après sept années de mauvais et déloyaux services, doit secrètement pousser un ouf de soulagement. Il devait trouver 24 milliards d’euros d’économies peu consensuelles. Remettre les clés du ministère des Finances sera pour l’inventeur du chèque rapiéçage d’inspiration cubaine autant un choc qu’un veule soulagement. Il glissera dans la poche de son successeur, avec un sourire, une serviette dans laquelle sera enroulée la patate chaude de l’austérité à venir.

À gauche, un inquiétant nouveau programme commun

Du côté du Nouveau Front populaire, les manœuvres dilatoires du bloc central paraissent depuis longtemps insupportables. Ils n’ont pas la patience des sociaux-démocrates procrastinateurs : pour le NFP, la Ruine, c’est maintenant. Une théorie exposée par le camarade Mélenchon dans Le Figaro – le ruissellement marxiste expliqué aux tout-petits : « La dépense sociale crée du bien-être, lequel permet la consommation qui, elle, produit de l’emploi et des recettes fiscales. » Si la gauche séduit autant, c’est qu’elle surfe sur une religion étatique française durablement établie – l’argent public c’est bien, ça ne coûte rien, sa source est éternelle, loué soit son très Saint Nom – et un toupourmagueulisme de bon aloi, indifférent à l’intérêt général. Plus d’allocations, moins de taxes, plus de vacances, moins de boulot, la retraite juste après le bac (voire au brevet en cas de scolarité pénible). Ses électeurs ont l’air de croire que c’est possible – c’est assez fascinant. Tenter d’expliquer qu’en Europe, nos semblables partent à la retraite à plus de 64 ans en moyenne relève a minima de l’ultralibéralisme, sinon du fascisme. Impossible non plus d’établir une corrélation entre pouvoir d’achat et temps de travail cumulé sur une vie. On constaterait que les Français travaillant moins que les autres, l’appauvrissement ressenti trouverait sans doute là un début d’explication. Pour mieux comprendre cette disette, mais uniquement si on souhaite finir au goulag mélenchoniste, on y ajoutera le poids des dépenses publiques improductives, dans le pays recordman du monde des ronds-points et qui a dû y consacrer entre 8 et 10 milliards. Des sommes folles qu’il aurait pu investir dans l’intelligence artificielle, mais non. Dommage, car l’IA figure le seul véritable espoir pour les tenants de la connerie naturelle made in France. Cette frange gauchiste de l’échiquier politique n’a pas été saisie de la moindre hésitation, alors que la perspective d’une victoire possible se dessinait. Leur programme commun, torché en une nuit, n’a plus les pudeurs d’une gauche productiviste, jadis soucieuse de vaguement réfléchir à la création de richesses, corollaire pourtant indispensable à sa redistribution. Pas une ligne n’y fut consacrée. On rasera donc gratis en se dispensant de produire tout rasoir, avec l’assentiment de millions de blaireaux. Des dingues authentiquement persuadés de vivre dans un enfer « ultralibéral » qui consacre étonnamment 58 % de son PIB à la sphère publique, record à battre.

Bardella-Le Pen : molle démagogie

Beaucoup d’entre eux votent néanmoins, et depuis longtemps, Rassemblement national. D’abord bien sûr en réaction à la démission régalienne du bloc central, mais également par adhésion à la molle démagogie dépensière du tandem Bardella-Le Pen. La retraite à 60 ans, de généreuses baisses de TVA ou des tarifs de l’énergie, tout cela financé sur le dos des immigrés et par la chasse aux allocations abusives de la fraude sociale… Il faut avoir la foi chevillée au corps pour y croire. Quelqu’un au RN a fini également par s’apercevoir que l’horrible euro de l’ignoble Europe avait permis à la France de continuer à faire ce qu’elle sait faire de mieux dans le domaine des dépenses publiques – « Citius, Altius, Fortius ». Esprit olympique, Pierre de Coubertin, médaille d’or – la France éternelle en somme. D’où la décision de ne plus renoncer à la monnaie unique. On portera toutefois au crédit de la droite nationale l’espèce de vertige qui l’a étreinte aux marches du pouvoir. Un puissant rétropédalage digne d’un sprinter désireux de franchir la ligne en marche arrière, en l’espèce, un renvoi aux calendes grecques de ses plus dispendieuses promesses. Ce qui a permis aux médias comme il faut de leur reprocher et le coût de leur programme et son abandon en rase campagne électorale – du pain bénit.

La cure d’austérité qui vient figure l’éléphant au milieu du couloir. La question est moins « quand » – là maintenant – que « qui » pour mener à bien la saignée qui s’annonce et qu’aucune hausse constitutionnellement acceptable de la fiscalité ne pourra jamais équilibrer.

Le nouveau Premier ministre a donc de quoi se faire du mouron, sauf s’il mise cyniquement sur la mise sous tutelle par le FMI du cancre français, méprisé et décrédibilisé par ses pairs. Les pays dits frugaux en ont ras la casquette de cette nation qui prétend être un acteur majeur de l’Europe tout en comptant sur le travail de ses petits camarades pour financer le train de vie d’un État-providence devenu fou. Sa seule excuse, c’est la folie de ses électeurs et la lâcheté de ses élites.

Une tigresse en Roumanie

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Pour son premier film, Andrei Tanase s’égare un peu (et avec lui, le tigre déjà vu dans L’odyssée de Pi)…


Un ours va-t-il dévorer la tigresse baptisée Rihanna qui s’est carapatée du zoo ? Danger public, le fauve erre dans la nature… La directrice du zoo est en vacances en Grèce : à charge de Vera, la vétérinaire en poste, de prendre l’affaire en main. Sur un coup de stress elle a, par mégarde, mal refermé la cage où Rihanna prend sa pitance. Problème supplémentaire, le félin appartient à une bande de sicaires bodybuildés, tatoués de la tête au pied, avec qui ça ne rigole pas. Il est vrai que Vera a des excuses : la veille, elle a surpris Toma, son mari (théâtreux au civil) en plein adultère avec une fille de 19 ans, alors qu’elle, Vera, vient de perdre son bébé trois jours après sa naissance. En plus, comme ce dernier n’est pas baptisé, la religion orthodoxe interdit de le voir enterré dans le cimetière chrétien : Vera tentera de convaincre un prêtre de déroger à la règle… Dans cette accumulation de tracas, la traque du tigre s’organise autour d’elle, armée d’un fusil à lunettes pour tenter d’endormir la bête sans avoir à l’abattre, les policiers quant à eux prêts à le tenir en joue, au cas où… 

On sent bien qu’Andrei Tanase, pour ce premier long métrage, a tenté d’agréger à l’argument central – la chasse au tigre en cavale – nombre d’éléments disparates : le deuil du bébé, le couple en crise, le fonctionnement même du zoo (en panne de médocs), la menace sourde des gangsters qui exigent leur dû, etc., etc. Imbrication improbable de plusieurs entrées, soit beaucoup d’éléments adventices qui, pour construire un scénario à la fois plausible, émouvant et accrocheur, se raccordent maladroitement entre eux. 

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Paul, l’époux infidèle, à un moment donné au cours de la battue, se fait mordre la cheville par un serpent alors qu’il s’est égaré dans la forêt avec sa femme en colère ; pour s’orienter, ils grimpent tous deux sur un arbre. Dans l’entretien avec le réalisateur, pièce maîtresse du dossier de presse, Andrei Tanane commente ainsi la séquence : « L’arbre, le serpent. Paul a été mordu par le serpent et quand il se retrouve avec Véra dans l’arbre, c’est l’arbre de la connaissance ». Pourquoi pas ? À un édifice narratif qui manque de solidité, les symboles offrent parfois l’avantage de servir de tuteurs. Reste que le parallèle entre le fatum de la tigresse et Vera piégée par son destin, manque singulièrement de consistance. 

De même, le nappage d’une B.O. à la tonalité inquiétante (signée Jean-Benoît Dunkel, du groupe Air) peut avoir son utilité pour souligner le climat – fût-ce au prix du poncif formel – quand l’ambiance mollit. Savoir que l’animal dressé, désormais en fin de carrière, qui campe à présent Rihanna fut naguère, en 2012, le héros carnassier du chef-d’œuvre d’Ang Lee L’odyssée de Pi, rendra-t-il Tigresse plus captivant ? Pas sûr. Cela dit, réussir un premier film n’est pas simple. Andrei Tanase, 41 ans, peut mieux faire.         

Tigresse. Film de Andrei Tanase. Avec Catalina Moga, Paul Ipate. Roumanie, Grèce, couleur, 2023. Durée : 1h20. 

En salles le 7 août 2024. 

Henri Bosco, vivant

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Henri Bosco (1888-1976) n’est plus lu. À peine connaît-on son long-seller L’Enfant et la rivière, parce que, au collège, on en étudie quelques extraits pour la dictée. C’est tout… On a tort…


On dit vaguement qu’Henri Bosco a écrit des livres pour enfants, un malentendu qui accroît la désaffection du public. 

Bosco était provençal, il aimait le soleil, les paysages méditerranéens, la sensualité des corps bronzés, la musique du vent, le soir, dans les feuillages jaunis prématurément, le mystère de l’amour. Il faut chercher Dieu dans sa prose poétique ; il s’y cache pour mieux nous ouvrir les portes du paradis. Bosco repose dans le cimetière de Lourmarin (84), à quelques pas de poussière d’Albert Camus. 

C’est l’été, je crois, qu’il est préférable de lire Bosco. J’ai trouvé chez un bouquiniste, Irénée, paru en 1928. D’emblée la fluidité de sa phrase s’impose. « Ce fut à Capri. Un bloc de pierre bleue dans une eau de cristal où nagent des requins pleins de mélancolie. Un funiculaire (très cher) qui grimpe dans les fleurs jusqu’à une terrasse pompéïenne… »

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Irénée apparut alors. « Elle dansait sur la terrasse du funiculaire. » De grâce, ne dites plus, après avoir lu cet incipit, qu’il s’agit d’un auteur pour enfant. Irénée est frêle, « mince comme un crayon » ; elle possède de larges yeux verts et sent le jasmin. Entourée de quatorze jeunes filles inverties, elle plaît au narrateur, le jeune Pierre Lampédouze ; pire, elle l’envoûte, comme un rêve qui vous hante dans la nuit balsamique. Nous sommes à Capri. « Où fuir quand on est dans une île ? » se demande Pierre, amoureux transi. Le secret de son amour ? « Du jour où je vis Irénée, confie-t-il, je sentis dans mon cœur le désir de la fuir. » Le récit nous plonge dans une atmosphère tyrrhénienne saturée de parfums. Pierre est-il le double de l’auteur ? C’est probable. Alors quand il dit que « L’homme est étrange. Tout l’inquiète et le dérange. Il ne vit que de souvenir », il n’est pas faux de comprendre que c’est Bosco qui s’exprime. Le récit se poursuit dans une sorte de somnolence éveillée. On comprend que Pierre soliloque en permanence avec ses « trois ‘’moi’’, celui qui (lui) parle, celui qui (lui) répond, celui qui ne dit rien (…) » Il ne reverra plus Irénée. 

La seconde partie s’ouvre sur la baie de Naples. Un an a passé. Le narrateur est seul et Irénée l’accompagne en pensée. La nuit sucrée où « les jeunes filles enlacées sont revenues sur la terrasse, molles, les mains encore humides d’eau », délivrera-t-elle son secret ? Aphrodite détient la réponse. Naïveté, perversion, goût de l’imprévisible, jeux sensuels, s’entremêlent sans cesse. Laissons-nous porter par le surréalisme solaire de Bosco jusqu’au vertige, sous l’autorité amicale de Max Jacob, mort en 1944, à Drancy.

Henri Bosco, Irénée, Collection L’Imaginaire, Gallimard. 224 pages.

Macron fait compliqué, Attal simple!

Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, décidée par le président Macron, les relations avec le Premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, se sont tendues. Ce dernier semble vouloir de plus en plus s’émanciper…


La parenthèse festive et sportive des Jeux olympiques ne fait oublier à personne que la situation politique de la France est préoccupante, étrange. Nous approchons peu à peu du moment où le président de la République devra choisir le nouveau Premier ministre. Emmanuel Macron se trouve à Brégançon pour y réfléchir et, si les conseils ne lui manquent pas, pour l’heure aucune solution ne se dégage de manière irréfutable.

Drôles d’oiseaux

Ce n’est pas l’arrogance de Lucie Castets qui va le convaincre : il l’a d’ailleurs déjà rejetée et il a bien fait. Son intronisation par le Nouveau Front populaire ne l’a pas entourée comme par magie de légitimité et de compétence. Gérald Darmanin se fait le défenseur de Xavier Bertrand qu’il estime tout à fait adapté au poste. Peut-être le président y songe-t-il ?

Par ailleurs on a Laurent Wauquiez qui, au mieux avec Gabriel Attal, était prêt à s’engager pour la Droite républicaine dans un pacte articulé sur quelques mesures essentielles mais en excluant toute participation gouvernementale. Autrement dit, M. Wauquiez s’arrêtait au milieu du gué : ni indépendance totale ni vrai soutien opératoire comme l’avait souhaité Nicolas Sarkozy. La pire des tactiques à mon sens : Laurent Wauquiez toujours aussi attentiste parce qu’il est encombré de son ambition présidentielle et qu’il a des rivaux de haute volée qui lui dameront le pion.

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Du côté de la macronie, et du groupe parlementaire qu’il préside, Gabriel Attal aspire à une coagulation de projets où l’empathie qu’il a suscitée auprès de beaucoup de députés de son camp en les sauvant pourra être exploitée. D’autant plus qu’il est hors de question pour lui de retrouver Matignon.

Comme si le paysage national n’était pas assez compliqué, le président de la République l’a complexifié davantage en rêvant d’un Premier ministre consensuel, apprécié par la droite et la gauche, mais enrichi par « un parfum de cohabitation ». L’oiseau rare donc, pour ne pas dire impossible !

Attal ne veut plus être le petit frère de Macron

Emmanuel Macron se débat dans des difficultés extrêmes – qu’il a lui-même causées en grande partie -, la tête lourde, toute grâce envolée, avec un discrédit à la fois politique (beaucoup de ses soutiens sont déçus) et populaire (une majorité de citoyens lui est hostile).

Pendant ce temps, Gabriel Attal, au contraire, du ministère de l’Éducation nationale à Matignon, de Matignon à ses suites où son courroux l’a incité à prendre son autonomie et à substituer sa formidable activité à l’atonie d’un président incertain, se trouve partout, fait feu de tout bois, a réponse à tout, sourit à tous et fait preuve d’allégresse comme si la France allait bien ou comme si déjà elle n’attendait que lui. De tous les événements qui suscitent la lumière, il n’est jamais éloigné pour en recueillir sa part. On peut l’accuser de tout ce qu’on voudra, blâmer sa superficialité, son approche délibérément séductrice, sa manière de tout appréhender légèrement pour ne jamais se confronter à cette angoissante question, à cette interrogation fondamentale qui, tôt ou tard, pourtant, imposera une réponse : suis-je un homme d’État ?

Pour l’instant, Gabriel Attal me fait songer à un chevau-léger irrésistible, presque trop talentueux pour être honnête, efficace, ambitieux, parfois désinvolte mais tout lui est pardonné (il fait ouvrir le Conseil économique, social et environnemental, place d’Iéna, spécialement pour Stéphane Séjourné et lui, afin de mieux voir le feu d’artifice tiré depuis la Tour Eiffel, selon Mediapart).

Gabriel Attal se remplit au fil des semaines et des mois d’une densité ne rendant plus absurdes ses espérances, d’une volonté et d’une constance le faisant craindre désormais, irrigué par le sentiment qu’il est l’un de ceux que le futur n’abandonnera pas sur le bord de la route. Emmanuel Macron a besoin des autres pour les dominer : n’est-il pas meilleur qu’eux ? Gabriel Attal a besoin des autres pour mieux s’aimer : ne lui donnent-ils pas sans cesse la preuve dont il a besoin ?

Paul de Saint Sernin, un nouveau spécimen d’humoriste

Didier Desrimais se penche sur cet intéressant cas


Paul de Saint Sernin est un humoriste officiant sur France 2. Comme beaucoup de ses compères du service public, il n’est pas drôle. Son but n’est d’ailleurs pas de faire rire mais de ricaner et de faire ricaner – dans ce cas, rien de mieux que l’entre-soi d’une émission de la télévision publique animée par une dame patronnesse de la bonne gauche culturelle ayant pour invités des sportifs qui ont fait barrage contre qui vous savez. 

À l’antenne chaque soir pendant les JO et la canicule, il fait le plus souvent le choix de la facilité

Dans l’émission “Quels Jeux !” du 27 juillet animée par Léa Salamé, Paul de Saint Sernin s’est attaqué à Marion Maréchal devant une Marie-José Perec resplendissante de bêtise et des rugbymen de l’équipe de France de rugby à VII conformes à l’idée qu’on peut se faire de certains sportifs dès qu’ils sortent de leur domaine de compétence et se prennent pour des redresseurs de conscience politique. Photo à l’appui, l’humoriste a donc imaginé Marion Maréchal devant son écran, le soir de la retransmission de la cérémonie d’ouverture des JO : au fur et à mesure que défilent les vidéos montrant « deux Arabes » (Jamel Debbouze et Zinedine Zidane), des drag-queens se balançant sur des perches ou les « deux Noirs » (Marie-José Pérec et Teddy Riner) allumant la vasque olympique, le visage de Marion Maréchal est déformé, la jolie coquetterie dans l’œil devient un affreux strabisme, du sang coule de son nez. « J’ai des images exclusives de Marion Maréchal après la cérémonie », avertit alors le boute-en-train : un cercueil bringuebalé sur les épaules de danseurs noirs remplit l’écran. Antoine Dupont ricane. Léa Salamé est aux anges. Le public applaudit mécaniquement. Le comique se bave dessus de contentement. Fin du gag pourri. 

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Gag pourri reposant d’ailleurs sur un présupposé erroné : Marion Maréchal serait raciste et n’aurait pas apprécié cette cérémonie parce qu’il y avait des « Arabes » et des « Noirs ».  Or, contrairement au bouffon télévisuel visiblement influencé par l’idéologie racialiste et décolonialiste, à aucun moment l’eurodéputée n’a fait allusion à l’origine ou à la couleur de peau des artistes ou sportifs français ayant participé à cette calamité qu’elle juge surtout être « une propagande woke grossière ». Elle précise sur X : « Difficile d’apprécier les rares tableaux réussis entre Marie-Antoinette décapitée, le trouple qui s’embrasse, des drag-queens, l’humiliation de la Garde républicaine obligée de danser sur du Aya Nakamura, la laideur générale des costumes et des chorégraphies. » De nombreuses personnalités ont partagé cet avis ; se moquer d’elles aurait demandé un réel talent comique et un peu de travail – Saint Sernin a préféré la facilité en ciblant Marion Maréchal, laquelle bénéficie d’un traitement de faveur, appelons ça comme ça, sur l’audiovisuel public. Ceci étant dit, imaginons un instant ce qui se serait passé si, sur n’importe quel autre sujet, le même genre de saynète – mais avec, par exemple, les portraits violemment déformés de Marine Tondelier, Sandrine Rousseau ou Danièle Obono, et un texte aussi fielleux et haineux sur ces dames que celui du trublion de France 2 sur Marion Maréchal – avait été diffusé sur CNews ou C8. Pas besoin de faire un dessin ! Les féministes gauchisantes les plus en vue auraient demandé à la Justice, à l’Arcom, au Conseil d’État de s’en mêler et auraient vraisemblablement obtenu gain de cause. Notons au passage que ces mêmes féministes n’ont pas cru bon de relever la présence inopportune et envahissante de JoeyStarr lors de l’entretien en duplex de la judokate Clarisse Agbegnenou par Léa Salamé – le rappeur a pourtant une solide réputation en matière d’agressions sur les femmes, en plus de quelques autres faits violents sur des inconnus ou des animaux. Mais la gauche « anti-bourgeoise » et rebellocrate a toujours été fascinée par les voyous.  

Quotidien, matinale d’Inter, talk-shows de Léa Salamé : partout, la même fausse irrévérence

Paul de Saint Sernin n’est pas un voyou. Ni un humoriste. Mais il s’imagine être drôle et subversif parce qu’il dézingue Marion Maréchal devant un parterre de castors. Pourtant, j’aime trop la liberté d’expression pour me joindre à ceux qui, trouvant « nullissime » ou « consternant » ce triste sire, réclament son renvoi. Je regrette bien sûr que ce fantoche soit rémunéré avec une partie de mes impôts. Je me console en me disant que c’est le prix à payer pour voir jusqu’où sont capables d’aller patauger certains amuseurs publics. Charline Vanhoenacker nous en avait déjà donné une petite idée ; elle va d’ailleurs continuer à barboter sur la radio publique – la direction de France Inter, pas rancunière, a en effet renouvelé son contrat pour la rentrée. Paul de Saint Sernin semble très prometteur. Je devine un plongeur de compétition, capable d’aller remuer la crasse dans des profondeurs de caniveau encore inconnues et d’en extirper quelques idées charognardes pouvant servir de prétextes à des sketchs fastidieux, médiocres et insipides. En plus de France 2, cet athlète du rire faisandé a déjà fait quelques piges sur France Inter. Bref, il fait partie de la grande famille des comiques subventionnés. Dès que j’aurai un peu de temps, je me consacrerai d’ailleurs à l’étude de cette caste – un travail ethnologique s’impose : j’étudierai par conséquent ses mœurs médiatiques, ses coutumes tribales, ses croyances, son influence sur les milieux culturels et politiques, et même son rôle dans l’amélioration du jeu théâtral de Léa Salamé, en particulier lorsqu’elle fait semblant d’être offusquée par certains propos scabreux ou carrément dégueulasses. 

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Je prévois d’ores et déjà d’extraire de ce fastidieux travail des généralités concernant son incapacité à faire rire de bon cœur, sa tendance à militer grossièrement à gauche et à prendre systématiquement les gens de droite pour des abrutis ou des fachos, sa connivence avec la presse bien-pensante, sa prétention à donner des leçons à la terre entière, son allégeance aux idéologies à la mode, son conformisme rebellocratique, etc. Relisant ces lignes, je m’aperçois que le travail est déjà à moitié fait. Que dire de plus ? Sinon que derrière cet humour préfabriqué, c’est bien un esprit de sérieux – le pire, celui qui relève du dogme établi – qui anime cette caste à genoux devant le pouvoir, quel qu’il soit. Saint Sernin sait ce qu’il fait lorsqu’il éreinte Marion Maréchal de la manière la plus avilissante qui soit – la mine réjouie de Léa Salamé, le sourire imbécile de Marie-José Perec, les ricanements des invités sur le plateau lui ont montré qu’il était sur la bonne voie si son ambition est de perdurer dans les médias publics, au service de la rebellocratie institutionnelle. 

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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One, two, three, viva l’hyperandrogénie!

Deux pains dans la tronche et puis s’en va… Aux Jeux olympiques, la boxeuse italienne Angela Carini a abandonné face à l’Algérienne Imane Khelif au bout de 46 secondes.


Pour l’instant, l’ambiance de bacchanales s’était limitée à la cérémonie d’ouverture. Dionysos bleu et femmes à barbe ont fait de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques parisiens un carnaval dont il a été dit mille choses. Une autre menace pesait sur le rendez-vous sportif : la qualification d’athlètes transgenres dans les compétitions sportives. Ce jeudi 1er août, la performance de la boxeuse algérienne Imane Khelif face à l’Italienne Angela Carini, pose question.

Une bonne paire de claques dans la gueule

C’est un risque et une dérive contre lesquels Julien Odoul, député RN de l’Yonne, nous avait mis en garde il y a un an : l’apparition de transgenres dans les épreuves olympiques. « En favorisant l’inclusion des athlètes transgenres, on accepte de facto l’exclusion des athlètes féminines. C’est injuste et révoltant ! », avait-il rappelé. Pour l’instant, aucune épreuve olympique n’avait semblé entachée de doute. Et puis il y a eu ce combat de boxe. Angela Carini, casque bleu sur le crâne, contre Imane Khelif, avec ses grands bras musclés. La joute ne restera pas comme un monument d’indécision sportive. Sonnée par un marron sévère, l’athlète italienne a dû abandonner la partie au bout de quarante-six secondes. Écœurée, elle répète « Non è giusto. Non è giusto! » (ce n’est pas juste) et tombe en larmes.

Sans contrefaçon je suis un garçon

Mais d’où sort son adversaire du jour ? En mars 2023, Imane Khelif avait été disqualifiée des mondiaux de boxe amateure organisés à New Delhi, pour « non-respect des critères d’éligibilité ». Tout en se refusant à violer le secret médical, la Fédération internationale de boxe avait détecté chez l’athlète un taux de testostérone anormalement élevé. La jolie notion d’ « hyperandrogénie » avait été employée. En mettant les pieds dans le plat, l’athlète serait née avec des chromosomes XY, information confirmée à l’époque par le président de la Fédération internationale, Umar Kremlev. L’athlète avait dénoncé un complot : « Des gens ont conspiré contre l’Algérie pour que notre drapeau ne soit pas hissé et pour que la médaille d’or ne lui revienne pas ».

Le CIO semble disposer de critères bien moins stricts. Dès la naissance de la polémique, il est d’ailleurs monté au créneau pour défendre la sportive : « Toute personne a le droit de pratiquer un sport sans discrimination, a expliqué le CIO dans son communiqué. Tous les athlètes participant au tournoi de boxe des Jeux de Paris respectent les règles d’éligibilité et d’inscription à la compétition, ainsi que toutes les règles médicales applicables établies par l’Unité de Boxe Paris 2024. Comme pour les compétitions de boxe olympiques précédentes, le sexe et l’âge des athlètes sont basés sur leur passeport ». 

Le monde à l’envers

On se demande si le CIO, en cédant aux caprices des idéologies à la mode, ne scie pas la branche sur lequel il est assis. Si la tendance se généralisait, quel intérêt auront les téléspectateurs à s’assoir devant les épreuves féminines, quel intérêt les chaînes auront à acheter les droits de diffusion ? 

De toute façon, depuis la cérémonie d’ouverture controversée, tout est renversé, c’est le monde à l’envers. Au village olympique, la délégation britannique, qui se plaignait de la nourriture servie, a même engagé son propre cuisinier !

L’ostracisation du RN met notre démocratie sous cloche

Alors que Marine Le Pen profitait depuis deux ans d’une dynamique favorable, le RN n’est pas parvenu à obtenir une majorité à l’Assemblée nationale. Les partis dits de gouvernement ont d’abord fait alliance ou barrage contre lui, puis ils ont organisé sa non-représentation au niveau des postes clés de l’Assemblée nationale… Sonnés par cette récente déconvenue électorale, Jordan Bardella et Marine Le Pen savent que la parole du peuple a été bafouée, que la démocratie n’a pas vraiment été respectée, pour des raisons relevant de la “morale” voire des années 30, mais ils estiment que “pour gagner, il [leur] faut être irréprochables”. M. Bardella doit ainsi opérer un “travail de fond” sur le mouvement et “entamer un processus de déconcentration”1. Analyse.


La séquence politique que nous traversons n’en finit plus de surprendre et de nous enfoncer vers les ténèbres de l’inversion des valeurs, des accusations et de la morale… Celui qui agresse est sanctifié, celui qui se défend ou qui tente de faire valoir ses droits est marqué du sceau de l’infamie, comme en témoigne la récente intervention de Sandrine Rousseau (Ecologistes) à l’attention de François-Xavier Bellamy (LR), mettant en garde contre le harcèlement que subirait… Rima Hassan (LFI), alors que c’est bien cette dernière qui menace le premier qui porte logiquement plainte. Espérons que la justice aura cette logique et ne tombera pas dans le marasme actuel, où ceux qui hurlent et intimident ont raison face à ceux qui dérangent autant par leur bonne tenue que par leurs idées. Car le nœud du problème est bien là ! 

Normalisation jamais achevée

Comment pouvait-on exclure du débat public les politiques, qui par leur respect des institutions et leur constance dans leur posture démocratique, avaient prouvé depuis plusieurs années qu’ils n’étaient pas la bête immonde annonciatrice du désastre à venir si nous leur donnions les clés du pays ? Les élections législatives ont été commentées par de nombreuses personnes et je n’aurai pas la prétention d’avoir de nouvelles analyses meilleures que les précédentes. En revanche, ce qui m’interpelle et me désole pour notre avenir, tant au niveau sociétal que politique, est que les partis dits de gouvernement ont cadenassé le discours et se sont enfermés de fait dans une position qu’ils ne peuvent plus quitter sans pertes et fracas. 

Ainsi, en plaçant la morale au-dessus du fait politique et de la recherche du bien commun, ils se sont tous, des Socialistes aux Républicains, plongés dans une logique de l’inversion qui jusque-là était l’apanage de l’extrême gauche. Là, adoubée dans sa posture incroyablement provocatrice, faite de violences verbales, d’accusations en tout genre et de retournement de la charge, cette gauche jusqu’au-boutiste se voit privilégiée face à l’autre extrémité de l’échiquier politique qui n’a pourtant plus d’extrême que sa place dans l’hémicycle du Palais Bourbon. 

Le peuple a voté et une nouvelle fois, de façon claire et davantage que les précédentes, a décidé de mettre en avant la droite nationale, en tête tant aux élections européennes qu’au premier tour des législatives, cela malgré l’alliance plus qu’improbable de toute la gauche. Des outrances passées à l’Assemblée nationale aux positions scandaleuses sur le conflit entre Israël et le Hamas, rien ne sera retenu contre cette gauche extrême qui préfère l’invective au débat d’idées et sème le trouble en France en accusant le camp d’en face de se défendre et de mettre la pagaille. La bordélisation de la société dans son ensemble est à l’œuvre, et comme cela arrange la majorité sortante, toute la classe politique s’en accommode à l’exception du Rassemblement national.

A lire aussi, Philippe Guibert: «Nous ne sommes pas dans les années 1930»

L’opposition est saine dans notre société ; cela montre une maturité à débattre et à décider ensemble pour l’avenir de notre pays et de notre rapport au monde. Mais cette opposition qui doit s’effectuer sur le terrain des idées a dérivé sur des postures morales, voire moralisatrices, interdisant tout débat s’il n’entre pas dans le champ des possibilités retenues par cette bien-pensance. Aussi, quand nous ajoutons les dérives moralisatrices aux débordements déjà mentionnés, nous ne pouvons plus discuter de notre avenir sans commencer par montrer patte blanche afin d’avoir le droit à la parole. Voilà le vrai problème et l’impasse montée de toutes pièces par notre classe politique, davantage attachée aux postures et aux postes d’élus qu’à l’avenir de notre pays et au discours sur le bien commun. 

Postures

Nous devons absolument retrouver notre capacité à discuter des sujets qui nous concernent tous, à débattre des idées et à décider ensuite des solutions à envisager, loin de toute posture morale et de tout positionnement qui empêchent le traitement des vrais problèmes.

Ceci pour deux raisons essentielles qui se réfèrent à notre État de droit et à notre exercice de la démocratie. Car quand le droit est convoqué, on nous répond très logiquement que ce qui est légal n’est pas forcément moral et que la morale dépend de chacun, alors que nous sommes très attachés à notre égalité devant la justice qui n’a pas à s’en mêler. Si nous jugeons notre exercice de la démocratie de façon morale, alors nous ne sommes plus égaux devant ce droit fondamental qui est de faire porter sa voix avec la même valeur que celle de ceux qui nous entourent. Ainsi, placer le débat politique sur les postures morales voire moralisatrices, accusant les gens qui penseraient différemment d’être de méchants citoyens incapables de comprendre l’évidence, donc idiots en plus d’être méchants, est non seulement contraire à l’esprit de nos lois, mais est (volontairement ?) un appel à les transgresser. Car si les citoyens qui s’expriment légalement dans une élection démocratique pour des partis qui sont légaux, en votant pour des personnalités politiques qui ont déjà démontré leur capacité et leur volonté de respecter les institutions et les décisions prises par la majorité, si ces citoyens sont ostracisés et sommés de se taire, il est évident que les souffrances générées par cette mise à l’écart de la société ne resteront pas silencieuses. Comment peut-on expliquer la veille qu’il faut aller voter, que c’est un droit et même un devoir… et le lendemain placer plus de dix millions de personnes dans les oubliettes des urnes ? Le peuple français est un gentil peuple, il acceptera la sentence et partira en vacances sans rien dire… 

Prenons garde tout de même au réveil douloureux et à la force que confèrent les sentiments d’injustice et d’impuissance trop longtemps intériorisés qui pourraient ressortir de façon explosive. 

La responsabilité de la situation politique bloquée du pays est à porter au crédit (devrais-je dire au discrédit) de la classe politique de gouvernement. Les Français ont mal voté… Nous avons assisté à une confiscation du débat pour cause de « mal pensance » d’un tiers des électeurs auxquels rien ne sera épargné, ni les accusations en fascisme, ni la honte d’être soi-disant contre l’Autre, ni le bannissement de nombreux endroits si ces électeurs venaient à divulguer leur vote. C’est l’exact contraire de la démocratie. 

Discutons des idées, définissons les mots, à commencer par « extrême droite » et fasciste, puis interdisons les partis qui seraient antidémocratiques afin que tous les électeurs puissent s’exprimer dans le respect de notre État de droit, c’est-à-dire avec une voix qui a autant de valeur que celle du voisin. Mais de grâce, qu’on ne nous explique plus qu’il y a des sous-électeurs, que leur parole est malsaine et qu’elle ne doit donc pas compter ! On a organisé l’invisibilité de ces voix, et ensuite, bien sûr, on voudrait que tout se passe bien dans notre beau vivre-ensemble… Attention : s’il y a des sous électeurs qui votent massivement pour des sous députés, il faudra ouvrir les yeux et s’apercevoir que nous sommes devenus une sous-démocratie !


  1. https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/marine-le-pen-pour-gagner-il-nous-faut-etre-irreprochables ↩︎

«Nous ne sommes pas dans les années 1930»

Pour l’ex-directeur du service d’information du gouvernement sous François Hollande, le PS commet une erreur gravissime en se laissant dominer par LFI. « Une rupture dans l’histoire de la gauche depuis l’affaire Dreyfus », selon lui.


Causeur. Au fond, quel est le sens de cette dissolution ? Et en a-t-elle seulement un ? La quasi-unanimité de la classe dirigeante l’a qualifiée d’insensée…

Philippe Guibert. Il est très révélateur que ce retour devant le peuple ait été jugé « insensé ». Cette réaction montre combien notre classe dirigeante s’était accoutumée à l’idée d’un système qui permet de gouverner sinon sans le peuple, du moins avec un peuple contraint. Avant même l’arrivée d’Emmanuel Macron en 2017, le quinquennat et le calendrier électoral aidant, il n’était plus nécessaire de rassembler deux Français sur trois, comme disait Giscard en son temps, pour exercer le pouvoir. Il suffisait de réunir entre 25 % et 30 % des voix au premier tour, d’obtenir une majorité de rejet au second et, les Français déjugeant rarement le président qu’ils viennent d’élire, celui-ci obtenait une majorité absolue ou relative au Parlement.

Ce mécanisme que vous décrivez est en tous points conforme à la Constitution. Pourquoi s’en offusquer ?

Cette gouvernance minoritaire est certes parfaitement légale, mais elle fragilise profondément notre démocratie et son chef, et au fond la légitimité du pouvoir. Jusque-là, les présidents jugeaient qu’ils pouvaient mener la politique qu’ils souhaitaient sans avoir besoin de retourner devant le peuple entre deux scrutins présidentiels. Mais Emmanuel Macron a constaté avec les européennes que ça ne marchait plus, que le budget 2025 était impossible à présenter sans se faire censurer à l’Assemblée, ou faire descendre les Français dans la rue. Le  système était au bout du rouleau.

Vous qui venez de la gauche, du PS en particulier, comment avez-vous réagi à la formation en trois jours du Nouveau Front populaire, cette Nupes 2 ? 

Avec un profond malaise, et même un sentiment de colère. Je n’ignore rien des tractations politiques, des nécessités de sauver des sièges, de la tambouille politique et électorale. Mais il est impossible de cacher sous le tapis ce qui s’est passé depuis deux ans avec LFI ! Sans parler du NPA… Il y a là une rupture dans ce qui a été la gauche depuis l’affaire Dreyfus. C’était sous-jacent avant le 7 octobre, c’est patent depuis le 7 octobre. Cette union de la gauche, après la Nupes, s’est faite sous emprise idéologique de la gauche la plus radicale. C’est la première fois dans l’histoire des unions de la gauche.

Ne peut-on pas entendre ceux qui disent qu’il faut parfois accepter de s’allier avec Staline pour contrer Hitler ?

Ressusciter la mythologie antifasciste face au RN est à mon avis une erreur d’analyse : nous ne sommes pas dans les années 1930 ! Les mouvements dits d’extrême droite ne sont pas fascistes, ils sont populistes, au sein de démocraties qui ont multiplié les contre-pouvoirs ! Ce sont des mouvements souvent identitaires, dont le moteur est le rejet de l’immigration, et qui puisent leurs électorats d’abord dans le socle sociologique de la gauche de jadis : les classes populaires. Cela aurait dû susciter depuis longtemps une réflexion de la part de la gauche. Il n’en a rien été. Qui s’intéressera aux électeurs lepénistes pour les faire revenir vers une gauche républicaine ? C’est là la clef, mais ce sera un travail de très longue haleine…

Philippe Guibert, Gulliver enchaîné : le déclin du chef politique en France, Le Cerf, 2024.

Gulliver enchaîné: Le déclin du chef politique en France

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Chapeau Léon l’empereur !

Toute la presse nationale du jour est dithyrambique au sujet des records de notre nageur Léon Marchand. Même Causeur s’y colle, alors…


Impérial, en effet, ce gamin qui, tel Lucky Luke Colt au poing, nage plus vite que son ombre. La France n’attendait que cela, un événement transcendant, le truc qui fait qu’on passe soudain de l’événement à l’épopée. Dans ce registre, nous ne pouvions espérer mieux que ce qui se produit sous nos yeux ces heures-ci. Sortis des eaux, à la manière d’une divinité antique, voilà que naissent une légende, un héros, une icône qu’on peut acclamer, admirer, aduler sans partage, sans calcul, avec une joie saine, pure, intègre, une joie d’enfant. Je persiste, la France avait grand besoin de cela. Elle était en manque d’admiration. Je veux dire d’objet ou de sujet digne d’admiration. Elle l’a. 

Elle l’a avec ce garçon, Léon Marchand, impérial comme je l’ai dit, souriant, sympathique, sobre dans le triomphe, simple dans sa gloire. Tout s’est arrêté pour le suivre. Les autres épreuves ici ou là ont suspendu leur vol, un match de foot amical a été interrompu. Encore une fois, on est bien au-delà de l’événement proprement dit. Il s’agit du bonheur. Du bonheur dans son acception la plus exceptionnelle : le bonheur national. Dès lors, quoi qu’il advienne au tableau des victoires, des médailles, des échecs, ces Jeux auront été un moment privilégié dans notre France du moment. 

Ils ont leur empereur, disais-je. Ils ont aussi leur reine. Paris et ses beautés, ses monuments admirables. Son patrimoine exceptionnel exposé, offert à la terre entière qui s’en émerveille si l’on se réfère à la presse étrangère. Ce patrimoine rare, unique, peut-être bien sauvé grâce à cela, grâce aux Jeux, de la furie déconstructrice de certains. Je veux y croire… Il faudrait citer tous les sites. L’escrime au Grand Palais devient un peu plus que de l’escrime, comme si cet art de grâce avait trouvé enfin le seul lieu vraiment digne de lui. L’équitation sur fond du sublime Versailles nous est donnée en majesté. Et les courses, à vélo, à pied, à la nage, dans les rues, sur les places, dans le fleuve… Car même la Seine, capricieuse jusqu’à la dernière minute ainsi que le sont volontiers les altesses et les stars, a bien voulu jouer le jeu. 

De surcroît, je n’oublierai pas un autre roi. Le roi Nadal, qui s’en va certes, mais sans rien perdre de sa couronne. Au contraire. Jusqu’au bout il aura honoré de sa présence la terre ocre de Roland Garros. Il y est né voilà longtemps déjà. Il y a grandi. Il la quitte à présent, géant devenu. Grandissime à jamais.

Cela dit, tous ces sportifs, ces athlètes du monde entier sont à féliciter, à remercier. Ils nous réveillent de l’apathie qui nous gagnait, qui nous grignotait peu à peu. Ils nous invitent, mine de rien, à bouger. À se remuer. Ils nous rappellent que, comme disait en son temps Léonard de Vinci, tout est mouvement, la vie est mouvement. Or, comment prouve-t-on le mouvement de manière irréfutable ? Bien évidemment, en marchant. N’est-ce-pas Léon ?

Prestige de l’Iran, Jeux et lendemains qui déchantent

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L’envoi d’une roquette qui a tué douze enfants dans le village druze de Majdal Shams, a été suivi de l’élimination du chef militaire du Hezbollah à Beyrouth. Hier matin, nous avons appris qu’à Téhéran un missile d’une extraordinaire précision avait entrainé la mort d’Ismail Haniyeh dans l’appartement secret que lui avaient aménagé les dirigeants iraniens. 

Mort d’un tyran

Haniyeh, outrageusement présenté par certains comme un dirigeant modéré, avait pu, avant de mourir, faire son plein de chants de mort contre Israël au cours de la cérémonie d’inauguration du nouveau président iranien. On ne peut pas imaginer de coup plus cinglant porté au prestige de l’Iran. 

Alors, c’est par un athlète iranien qui n’y participe pas que je vais entamer cette chronique sur la cérémonie d’inauguration des Jeux Olympiques. L’haltérophile Mostafa Rajaei aurait été un des favoris dans sa catégorie, mais il a commis l’an dernier un crime irréparable aux Championnats du Monde en Pologne : il a serré la main d’un concurrent israélien. De ce fait, il a été banni à vie de son pays. Cela n’empêche pas l’Iran, qui a signé une charte olympique interdisant d’utiliser les athlètes à des fins de propagande, de participer aux Jeux de Paris et de prétendre, évidemment, que la présence israélienne violerait cette charte. 

Je faisais partie des innombrables sceptiques sur ces Jeux et je reconnais avec plaisir que leur organisation est jusqu’à maintenant parfaite.
J’ai été globalement émerveillé par la cérémonie d’ouverture, son originalité, sa qualité visuelle, le professionnalisme des artistes et la minutie de la mise en scène que la pluie a finalement magnifiée, donnant des rives de la Seine une image de rêve.
Le spectacle mêlait le mystère à la parodie, transformait le kitch en grand art et la dérision élaguait du passé ses branches trop… compassées. 

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Beaucoup de sous-entendus du spectacle m’ont échappé, car leurs références n’étaient pas les miennes, comme celles des mangas ou de Assassin’s creed. Je ne comprenais rien aux paroles de Aya Nakamura (j’ai lu leur traduction en français depuis) mais la voir se trémousser avec les Gardes républicains devant l’Académie française, temple du langage officiel, m’a paru un clin d’œil joyeusement burlesque. 

En revanche, devant Marie-Antoinette portant sa tête coupée, j’ai pensé, référence discutable, mais qu’importe, à Saint Denis, qui avait, dit la légende porté sa tête jusqu’au lieu qui prit son nom et qui devint la nécropole des Rois de France avant de devenir un des foyers d’une nouvelle France qui se moque éperdument de ce passé… 

Beaucoup de gens ont protesté contre la caricature de la Cène, le tableau de Leonard de Vinci

Patrick Boucheron, le correspondant historique de Thomas Jolly, enseigne que l’histoire n’est pas rigide et que les sens des événements sont multiples. On peut appliquer cette phrase à tous les épisodes de la cérémonie d’inauguration et notamment à l’épisode dit « Festivité » dont on a dit que c’était la caricature de la Cène de Leonard de Vinci, et par là une attaque directe du christianisme.

Je ne crois pas trop ceux qui prétendent que la seule référence était un tableau à Dijon de van Bijlert, un peintre caravagesque du XVIIe siècle. Ce dernier avait lui aussi certainement pensé à la Cène de Leonard en composant son tableau. Il voulait provoquer le public catholique de sa ville d’Utrecht, mais pas trop et de façon acceptable en son temps, en peignant une bacchanale, avec la structure de la Cène. Pour la petite histoire, c’est à Rome, la ville des Papes, en pleine Contre-Réforme, que van Bijlert avait appris à détourner la représentation des épisodes du christianisme de leur description canonique.
Le spectacle de Dionysos presque nu en face des drag queens ne montre en réalité ni table, ni convives, mais la disposition des personnages immobiles évoque immanquablement la Cène de Leonard. C’est là une façon de montrer que nous réagissons suivant nos références culturelles, mais que celles-ci ne sont pas forcément pertinentes. 

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En tout cas, le spectacle a entrainé un communiqué de la conférence des évêques de France, une censure dans de nombreux pays, une protestation de Jean-Luc Mélenchon et des excuses du Comité d’organisation, sans compter les critiques nombreuses à droite, ainsi que les invectives des poutiniens de toute obédience. 
Sans compter non plus les menaces à l’égard de la femme qui avait pris la soi-disant place du Christ, et qui se trouve être juive, militante lesbienne et anti-grossophobe, ce dernier combat étant le plus difficile dans la société telle qu’elle est aujourd’hui.
Je n’ai pas aimé cette partie du spectacle, mais je ne parviens pas à en être vraiment choqué. Pasolini en a fait d’autres et l’exigence d’une laïcité qui préserve la liberté s’impose en France, pays de Rabelais et de la loi de 1905. 
Mais ce n’est pas par hasard que Mélenchon et l’institut al-Azhar se retrouvent sur la même longueur d’onde : c’est que derrière une satire – éventuelle – de Jésus, ils voient venir la satire de Mahomet. Les évêques français, eux, constatent qu’il est dans le vent de se moquer des chrétiens, alors que, bien qu’ils ne le disent pas explicitement, la peur impose le silence s’agissant de l’islam. Le spectacle est ambigu, mais ce n’est qu’un spectacle.

Le message de la cérémonie d’inauguration est assumé. Patrick Boucheron l’a explicité. C’est une France de la diversité, de l’inclusivité comme on dit aujourd’hui, que les réalisateurs ont voulu promouvoir. En un sens ces Jeux se présenteraient comme l’absolu inverse des Jeux de Berlin, glorification de la race germanique. 

Conformisme intolérant

C’est sur le papier un magnifique projet, mais il ne faut pas esquiver ses faiblesses. Trop de liberté peut tuer la liberté, l’ode à la diversité a souvent évolué vers le conformisme le plus intolérant. 

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La France d’aujourd’hui est diverse, chacun le sait et on se prend à être surpris que la vedette du rugby à VII porte le nom très bizarre de… Antoine Dupont. Alors existe-t-il quelque chose d’un peu intemporel, ou du moins poli par le temps, qu’on peut appeler la culture française ? Non, répondait Emmanuel Macron au début de son premier mandat, il n’y a pas de culture française, il y a des cultures en France.
Cette vision d’un pays supermarché sans épaisseur historique n’est certainement pas celle des auteurs de la cérémonie d’ouverture dont l’un enseigne l’histoire au Collège de France et un autre a travaillé sur le théâtre de Shakespeare et de l’Antiquité. Mais la connaissance de l’histoire s’est effondrée dans la jeunesse d’aujourd’hui.

J’ai aimé le spectacle de l’inauguration car dans toutes les dérives, clins d’œil et travestissements, je pouvais me remémorer l’histoire de notre pays et replacer au rang d’un humour rafraichissant les libertés prises avec les faits. 
Qu’en est-il pour des générations qui vivent dans un hyperprésent où la connaissance du passé parait un fardeau inutile? Les penseurs postmodernes ont détricoté les a priori cachés de la fabrication de l’histoire, mais on a jeté le bébé avec l’eau du bain. Tout désormais se vaut et ce qui aurait dû stimuler la critique a engendré l’hyperméfiance. Cela s’appelle le woke et le spectacle l’assume. Or, s’il n’y a pas de limite à la destruction des codes, se méfier de tout conduit à s’enticher du pire.
Heureusement, la déconstruction n’a pas empêché le public de vibrer dans la joie, tout ambiguë qu’elle soit à l’analyse psychologique, de la communion sportive, ni de s’unir dans des moments de grâce tels l’allumage de la flamme olympique et le chant de Céline Dion. 
Ce fut une magnifique cérémonie, mais je ne crois pas que le monde dont elle nous préconise l’émergence ne soit que celui des lendemains qui chantent…

On va dans le mur, tu viens?

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Débat télévisé entre Jordan Bardella, Olivier Faure et Gabriel Attal, à trois jours du premier tour des élections législatives, 27 juin 2024 © MOURAD ALLILI/SIPA

Les trois blocs qui se partagent la vie politique partagent aussi une vision folle de l’économie : l’argent public ne coûte rien ! Au-delà de leurs nuances, tous veulent continuer de biberonner les Français à la dépense publique. La cure d’austérité qui vient s’annonce douloureuse. Qui devra s’y coller?


Nous vivions déjà partiellement dans un asile psychiatrique – comment qualifier autrement une société où un barbu invité à la télé peut s’étonner qu’on le prenne d’emblée pour un homme ? S’il avait fait (discrètement) ricaner une majorité de téléspectateurs, une écrasante proportion d’électeurs paraît, en revanche, croire dur comme fer à la magie en matière d’économie. Les trois blocs qui viennent de se disputer les faveurs de l’électorat ont des visions certes différentes, mais néanmoins cousines des finances publiques. Le courant macroniste central se veut l’héritier de quarante ans de gabegie policée. Fanatiques de l’Europe, de ses « valeurs », de l’État de droit, surtout quand il s’agit d’immigration, mais pourtant jamais dans les clous européens dès qu’on aborde le budget de notre État : plus de trois mille milliards de dettes accumulées, six fois plus qu’en 1980, pour des services publics deux fois moins performants – un ratio d’endettement deux fois supérieur aux limites des traités européens qu’en d’autres domaines, on respecte à la lettre –, chapeau bas les artistes. Deux courants sont toutefois perceptibles au sein du bloc central – les crameurs de caisse épanouis canal Martine Aubry ; mais aussi les gabegistes honteux, type Bruno Le Maire, réputé gérer « à l’euro près » le budget mensonger qu’il a fait voter par l’Assemblée. Ce bloc mise en réalité sur la ruine à petit feu du pays et concentre son énergie sur le mistigri de la faillite, à discrètement refiler à la législature suivante. L’ami Bruno, probablement viré de Bercy après sept années de mauvais et déloyaux services, doit secrètement pousser un ouf de soulagement. Il devait trouver 24 milliards d’euros d’économies peu consensuelles. Remettre les clés du ministère des Finances sera pour l’inventeur du chèque rapiéçage d’inspiration cubaine autant un choc qu’un veule soulagement. Il glissera dans la poche de son successeur, avec un sourire, une serviette dans laquelle sera enroulée la patate chaude de l’austérité à venir.

À gauche, un inquiétant nouveau programme commun

Du côté du Nouveau Front populaire, les manœuvres dilatoires du bloc central paraissent depuis longtemps insupportables. Ils n’ont pas la patience des sociaux-démocrates procrastinateurs : pour le NFP, la Ruine, c’est maintenant. Une théorie exposée par le camarade Mélenchon dans Le Figaro – le ruissellement marxiste expliqué aux tout-petits : « La dépense sociale crée du bien-être, lequel permet la consommation qui, elle, produit de l’emploi et des recettes fiscales. » Si la gauche séduit autant, c’est qu’elle surfe sur une religion étatique française durablement établie – l’argent public c’est bien, ça ne coûte rien, sa source est éternelle, loué soit son très Saint Nom – et un toupourmagueulisme de bon aloi, indifférent à l’intérêt général. Plus d’allocations, moins de taxes, plus de vacances, moins de boulot, la retraite juste après le bac (voire au brevet en cas de scolarité pénible). Ses électeurs ont l’air de croire que c’est possible – c’est assez fascinant. Tenter d’expliquer qu’en Europe, nos semblables partent à la retraite à plus de 64 ans en moyenne relève a minima de l’ultralibéralisme, sinon du fascisme. Impossible non plus d’établir une corrélation entre pouvoir d’achat et temps de travail cumulé sur une vie. On constaterait que les Français travaillant moins que les autres, l’appauvrissement ressenti trouverait sans doute là un début d’explication. Pour mieux comprendre cette disette, mais uniquement si on souhaite finir au goulag mélenchoniste, on y ajoutera le poids des dépenses publiques improductives, dans le pays recordman du monde des ronds-points et qui a dû y consacrer entre 8 et 10 milliards. Des sommes folles qu’il aurait pu investir dans l’intelligence artificielle, mais non. Dommage, car l’IA figure le seul véritable espoir pour les tenants de la connerie naturelle made in France. Cette frange gauchiste de l’échiquier politique n’a pas été saisie de la moindre hésitation, alors que la perspective d’une victoire possible se dessinait. Leur programme commun, torché en une nuit, n’a plus les pudeurs d’une gauche productiviste, jadis soucieuse de vaguement réfléchir à la création de richesses, corollaire pourtant indispensable à sa redistribution. Pas une ligne n’y fut consacrée. On rasera donc gratis en se dispensant de produire tout rasoir, avec l’assentiment de millions de blaireaux. Des dingues authentiquement persuadés de vivre dans un enfer « ultralibéral » qui consacre étonnamment 58 % de son PIB à la sphère publique, record à battre.

Bardella-Le Pen : molle démagogie

Beaucoup d’entre eux votent néanmoins, et depuis longtemps, Rassemblement national. D’abord bien sûr en réaction à la démission régalienne du bloc central, mais également par adhésion à la molle démagogie dépensière du tandem Bardella-Le Pen. La retraite à 60 ans, de généreuses baisses de TVA ou des tarifs de l’énergie, tout cela financé sur le dos des immigrés et par la chasse aux allocations abusives de la fraude sociale… Il faut avoir la foi chevillée au corps pour y croire. Quelqu’un au RN a fini également par s’apercevoir que l’horrible euro de l’ignoble Europe avait permis à la France de continuer à faire ce qu’elle sait faire de mieux dans le domaine des dépenses publiques – « Citius, Altius, Fortius ». Esprit olympique, Pierre de Coubertin, médaille d’or – la France éternelle en somme. D’où la décision de ne plus renoncer à la monnaie unique. On portera toutefois au crédit de la droite nationale l’espèce de vertige qui l’a étreinte aux marches du pouvoir. Un puissant rétropédalage digne d’un sprinter désireux de franchir la ligne en marche arrière, en l’espèce, un renvoi aux calendes grecques de ses plus dispendieuses promesses. Ce qui a permis aux médias comme il faut de leur reprocher et le coût de leur programme et son abandon en rase campagne électorale – du pain bénit.

La cure d’austérité qui vient figure l’éléphant au milieu du couloir. La question est moins « quand » – là maintenant – que « qui » pour mener à bien la saignée qui s’annonce et qu’aucune hausse constitutionnellement acceptable de la fiscalité ne pourra jamais équilibrer.

Le nouveau Premier ministre a donc de quoi se faire du mouron, sauf s’il mise cyniquement sur la mise sous tutelle par le FMI du cancre français, méprisé et décrédibilisé par ses pairs. Les pays dits frugaux en ont ras la casquette de cette nation qui prétend être un acteur majeur de l’Europe tout en comptant sur le travail de ses petits camarades pour financer le train de vie d’un État-providence devenu fou. Sa seule excuse, c’est la folie de ses électeurs et la lâcheté de ses élites.

Une tigresse en Roumanie

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Tigresse, un film de Andrei Tănase © Photos Condor Films

Pour son premier film, Andrei Tanase s’égare un peu (et avec lui, le tigre déjà vu dans L’odyssée de Pi)…


Un ours va-t-il dévorer la tigresse baptisée Rihanna qui s’est carapatée du zoo ? Danger public, le fauve erre dans la nature… La directrice du zoo est en vacances en Grèce : à charge de Vera, la vétérinaire en poste, de prendre l’affaire en main. Sur un coup de stress elle a, par mégarde, mal refermé la cage où Rihanna prend sa pitance. Problème supplémentaire, le félin appartient à une bande de sicaires bodybuildés, tatoués de la tête au pied, avec qui ça ne rigole pas. Il est vrai que Vera a des excuses : la veille, elle a surpris Toma, son mari (théâtreux au civil) en plein adultère avec une fille de 19 ans, alors qu’elle, Vera, vient de perdre son bébé trois jours après sa naissance. En plus, comme ce dernier n’est pas baptisé, la religion orthodoxe interdit de le voir enterré dans le cimetière chrétien : Vera tentera de convaincre un prêtre de déroger à la règle… Dans cette accumulation de tracas, la traque du tigre s’organise autour d’elle, armée d’un fusil à lunettes pour tenter d’endormir la bête sans avoir à l’abattre, les policiers quant à eux prêts à le tenir en joue, au cas où… 

On sent bien qu’Andrei Tanase, pour ce premier long métrage, a tenté d’agréger à l’argument central – la chasse au tigre en cavale – nombre d’éléments disparates : le deuil du bébé, le couple en crise, le fonctionnement même du zoo (en panne de médocs), la menace sourde des gangsters qui exigent leur dû, etc., etc. Imbrication improbable de plusieurs entrées, soit beaucoup d’éléments adventices qui, pour construire un scénario à la fois plausible, émouvant et accrocheur, se raccordent maladroitement entre eux. 

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Paul, l’époux infidèle, à un moment donné au cours de la battue, se fait mordre la cheville par un serpent alors qu’il s’est égaré dans la forêt avec sa femme en colère ; pour s’orienter, ils grimpent tous deux sur un arbre. Dans l’entretien avec le réalisateur, pièce maîtresse du dossier de presse, Andrei Tanane commente ainsi la séquence : « L’arbre, le serpent. Paul a été mordu par le serpent et quand il se retrouve avec Véra dans l’arbre, c’est l’arbre de la connaissance ». Pourquoi pas ? À un édifice narratif qui manque de solidité, les symboles offrent parfois l’avantage de servir de tuteurs. Reste que le parallèle entre le fatum de la tigresse et Vera piégée par son destin, manque singulièrement de consistance. 

De même, le nappage d’une B.O. à la tonalité inquiétante (signée Jean-Benoît Dunkel, du groupe Air) peut avoir son utilité pour souligner le climat – fût-ce au prix du poncif formel – quand l’ambiance mollit. Savoir que l’animal dressé, désormais en fin de carrière, qui campe à présent Rihanna fut naguère, en 2012, le héros carnassier du chef-d’œuvre d’Ang Lee L’odyssée de Pi, rendra-t-il Tigresse plus captivant ? Pas sûr. Cela dit, réussir un premier film n’est pas simple. Andrei Tanase, 41 ans, peut mieux faire.         

Tigresse. Film de Andrei Tanase. Avec Catalina Moga, Paul Ipate. Roumanie, Grèce, couleur, 2023. Durée : 1h20. 

En salles le 7 août 2024. 

Henri Bosco, vivant

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Wikimedia commons

Henri Bosco (1888-1976) n’est plus lu. À peine connaît-on son long-seller L’Enfant et la rivière, parce que, au collège, on en étudie quelques extraits pour la dictée. C’est tout… On a tort…


On dit vaguement qu’Henri Bosco a écrit des livres pour enfants, un malentendu qui accroît la désaffection du public. 

Bosco était provençal, il aimait le soleil, les paysages méditerranéens, la sensualité des corps bronzés, la musique du vent, le soir, dans les feuillages jaunis prématurément, le mystère de l’amour. Il faut chercher Dieu dans sa prose poétique ; il s’y cache pour mieux nous ouvrir les portes du paradis. Bosco repose dans le cimetière de Lourmarin (84), à quelques pas de poussière d’Albert Camus. 

C’est l’été, je crois, qu’il est préférable de lire Bosco. J’ai trouvé chez un bouquiniste, Irénée, paru en 1928. D’emblée la fluidité de sa phrase s’impose. « Ce fut à Capri. Un bloc de pierre bleue dans une eau de cristal où nagent des requins pleins de mélancolie. Un funiculaire (très cher) qui grimpe dans les fleurs jusqu’à une terrasse pompéïenne… »

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Irénée apparut alors. « Elle dansait sur la terrasse du funiculaire. » De grâce, ne dites plus, après avoir lu cet incipit, qu’il s’agit d’un auteur pour enfant. Irénée est frêle, « mince comme un crayon » ; elle possède de larges yeux verts et sent le jasmin. Entourée de quatorze jeunes filles inverties, elle plaît au narrateur, le jeune Pierre Lampédouze ; pire, elle l’envoûte, comme un rêve qui vous hante dans la nuit balsamique. Nous sommes à Capri. « Où fuir quand on est dans une île ? » se demande Pierre, amoureux transi. Le secret de son amour ? « Du jour où je vis Irénée, confie-t-il, je sentis dans mon cœur le désir de la fuir. » Le récit nous plonge dans une atmosphère tyrrhénienne saturée de parfums. Pierre est-il le double de l’auteur ? C’est probable. Alors quand il dit que « L’homme est étrange. Tout l’inquiète et le dérange. Il ne vit que de souvenir », il n’est pas faux de comprendre que c’est Bosco qui s’exprime. Le récit se poursuit dans une sorte de somnolence éveillée. On comprend que Pierre soliloque en permanence avec ses « trois ‘’moi’’, celui qui (lui) parle, celui qui (lui) répond, celui qui ne dit rien (…) » Il ne reverra plus Irénée. 

La seconde partie s’ouvre sur la baie de Naples. Un an a passé. Le narrateur est seul et Irénée l’accompagne en pensée. La nuit sucrée où « les jeunes filles enlacées sont revenues sur la terrasse, molles, les mains encore humides d’eau », délivrera-t-elle son secret ? Aphrodite détient la réponse. Naïveté, perversion, goût de l’imprévisible, jeux sensuels, s’entremêlent sans cesse. Laissons-nous porter par le surréalisme solaire de Bosco jusqu’au vertige, sous l’autorité amicale de Max Jacob, mort en 1944, à Drancy.

Henri Bosco, Irénée, Collection L’Imaginaire, Gallimard. 224 pages.

Macron fait compliqué, Attal simple!

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Le Premier ministre Gabriel Attal sur le camp militaire Alain Mimoun, Jeux olympiques de Paris, 1er août 2024 © Lafargue / POOL/SIPA

Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale, décidée par le président Macron, les relations avec le Premier ministre démissionnaire, Gabriel Attal, se sont tendues. Ce dernier semble vouloir de plus en plus s’émanciper…


La parenthèse festive et sportive des Jeux olympiques ne fait oublier à personne que la situation politique de la France est préoccupante, étrange. Nous approchons peu à peu du moment où le président de la République devra choisir le nouveau Premier ministre. Emmanuel Macron se trouve à Brégançon pour y réfléchir et, si les conseils ne lui manquent pas, pour l’heure aucune solution ne se dégage de manière irréfutable.

Drôles d’oiseaux

Ce n’est pas l’arrogance de Lucie Castets qui va le convaincre : il l’a d’ailleurs déjà rejetée et il a bien fait. Son intronisation par le Nouveau Front populaire ne l’a pas entourée comme par magie de légitimité et de compétence. Gérald Darmanin se fait le défenseur de Xavier Bertrand qu’il estime tout à fait adapté au poste. Peut-être le président y songe-t-il ?

Par ailleurs on a Laurent Wauquiez qui, au mieux avec Gabriel Attal, était prêt à s’engager pour la Droite républicaine dans un pacte articulé sur quelques mesures essentielles mais en excluant toute participation gouvernementale. Autrement dit, M. Wauquiez s’arrêtait au milieu du gué : ni indépendance totale ni vrai soutien opératoire comme l’avait souhaité Nicolas Sarkozy. La pire des tactiques à mon sens : Laurent Wauquiez toujours aussi attentiste parce qu’il est encombré de son ambition présidentielle et qu’il a des rivaux de haute volée qui lui dameront le pion.

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Du côté de la macronie, et du groupe parlementaire qu’il préside, Gabriel Attal aspire à une coagulation de projets où l’empathie qu’il a suscitée auprès de beaucoup de députés de son camp en les sauvant pourra être exploitée. D’autant plus qu’il est hors de question pour lui de retrouver Matignon.

Comme si le paysage national n’était pas assez compliqué, le président de la République l’a complexifié davantage en rêvant d’un Premier ministre consensuel, apprécié par la droite et la gauche, mais enrichi par « un parfum de cohabitation ». L’oiseau rare donc, pour ne pas dire impossible !

Attal ne veut plus être le petit frère de Macron

Emmanuel Macron se débat dans des difficultés extrêmes – qu’il a lui-même causées en grande partie -, la tête lourde, toute grâce envolée, avec un discrédit à la fois politique (beaucoup de ses soutiens sont déçus) et populaire (une majorité de citoyens lui est hostile).

Pendant ce temps, Gabriel Attal, au contraire, du ministère de l’Éducation nationale à Matignon, de Matignon à ses suites où son courroux l’a incité à prendre son autonomie et à substituer sa formidable activité à l’atonie d’un président incertain, se trouve partout, fait feu de tout bois, a réponse à tout, sourit à tous et fait preuve d’allégresse comme si la France allait bien ou comme si déjà elle n’attendait que lui. De tous les événements qui suscitent la lumière, il n’est jamais éloigné pour en recueillir sa part. On peut l’accuser de tout ce qu’on voudra, blâmer sa superficialité, son approche délibérément séductrice, sa manière de tout appréhender légèrement pour ne jamais se confronter à cette angoissante question, à cette interrogation fondamentale qui, tôt ou tard, pourtant, imposera une réponse : suis-je un homme d’État ?

Pour l’instant, Gabriel Attal me fait songer à un chevau-léger irrésistible, presque trop talentueux pour être honnête, efficace, ambitieux, parfois désinvolte mais tout lui est pardonné (il fait ouvrir le Conseil économique, social et environnemental, place d’Iéna, spécialement pour Stéphane Séjourné et lui, afin de mieux voir le feu d’artifice tiré depuis la Tour Eiffel, selon Mediapart).

Gabriel Attal se remplit au fil des semaines et des mois d’une densité ne rendant plus absurdes ses espérances, d’une volonté et d’une constance le faisant craindre désormais, irrigué par le sentiment qu’il est l’un de ceux que le futur n’abandonnera pas sur le bord de la route. Emmanuel Macron a besoin des autres pour les dominer : n’est-il pas meilleur qu’eux ? Gabriel Attal a besoin des autres pour mieux s’aimer : ne lui donnent-ils pas sans cesse la preuve dont il a besoin ?

Paul de Saint Sernin, un nouveau spécimen d’humoriste

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Paul de Saint Sernin, Léa Salame et Laurent Luyat, conférence de presse de France télévisions pour les JO, Paris, 11 juin 2024 © JP PARIENTE/SIPA

Didier Desrimais se penche sur cet intéressant cas


Paul de Saint Sernin est un humoriste officiant sur France 2. Comme beaucoup de ses compères du service public, il n’est pas drôle. Son but n’est d’ailleurs pas de faire rire mais de ricaner et de faire ricaner – dans ce cas, rien de mieux que l’entre-soi d’une émission de la télévision publique animée par une dame patronnesse de la bonne gauche culturelle ayant pour invités des sportifs qui ont fait barrage contre qui vous savez. 

À l’antenne chaque soir pendant les JO et la canicule, il fait le plus souvent le choix de la facilité

Dans l’émission “Quels Jeux !” du 27 juillet animée par Léa Salamé, Paul de Saint Sernin s’est attaqué à Marion Maréchal devant une Marie-José Perec resplendissante de bêtise et des rugbymen de l’équipe de France de rugby à VII conformes à l’idée qu’on peut se faire de certains sportifs dès qu’ils sortent de leur domaine de compétence et se prennent pour des redresseurs de conscience politique. Photo à l’appui, l’humoriste a donc imaginé Marion Maréchal devant son écran, le soir de la retransmission de la cérémonie d’ouverture des JO : au fur et à mesure que défilent les vidéos montrant « deux Arabes » (Jamel Debbouze et Zinedine Zidane), des drag-queens se balançant sur des perches ou les « deux Noirs » (Marie-José Pérec et Teddy Riner) allumant la vasque olympique, le visage de Marion Maréchal est déformé, la jolie coquetterie dans l’œil devient un affreux strabisme, du sang coule de son nez. « J’ai des images exclusives de Marion Maréchal après la cérémonie », avertit alors le boute-en-train : un cercueil bringuebalé sur les épaules de danseurs noirs remplit l’écran. Antoine Dupont ricane. Léa Salamé est aux anges. Le public applaudit mécaniquement. Le comique se bave dessus de contentement. Fin du gag pourri. 

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Gag pourri reposant d’ailleurs sur un présupposé erroné : Marion Maréchal serait raciste et n’aurait pas apprécié cette cérémonie parce qu’il y avait des « Arabes » et des « Noirs ».  Or, contrairement au bouffon télévisuel visiblement influencé par l’idéologie racialiste et décolonialiste, à aucun moment l’eurodéputée n’a fait allusion à l’origine ou à la couleur de peau des artistes ou sportifs français ayant participé à cette calamité qu’elle juge surtout être « une propagande woke grossière ». Elle précise sur X : « Difficile d’apprécier les rares tableaux réussis entre Marie-Antoinette décapitée, le trouple qui s’embrasse, des drag-queens, l’humiliation de la Garde républicaine obligée de danser sur du Aya Nakamura, la laideur générale des costumes et des chorégraphies. » De nombreuses personnalités ont partagé cet avis ; se moquer d’elles aurait demandé un réel talent comique et un peu de travail – Saint Sernin a préféré la facilité en ciblant Marion Maréchal, laquelle bénéficie d’un traitement de faveur, appelons ça comme ça, sur l’audiovisuel public. Ceci étant dit, imaginons un instant ce qui se serait passé si, sur n’importe quel autre sujet, le même genre de saynète – mais avec, par exemple, les portraits violemment déformés de Marine Tondelier, Sandrine Rousseau ou Danièle Obono, et un texte aussi fielleux et haineux sur ces dames que celui du trublion de France 2 sur Marion Maréchal – avait été diffusé sur CNews ou C8. Pas besoin de faire un dessin ! Les féministes gauchisantes les plus en vue auraient demandé à la Justice, à l’Arcom, au Conseil d’État de s’en mêler et auraient vraisemblablement obtenu gain de cause. Notons au passage que ces mêmes féministes n’ont pas cru bon de relever la présence inopportune et envahissante de JoeyStarr lors de l’entretien en duplex de la judokate Clarisse Agbegnenou par Léa Salamé – le rappeur a pourtant une solide réputation en matière d’agressions sur les femmes, en plus de quelques autres faits violents sur des inconnus ou des animaux. Mais la gauche « anti-bourgeoise » et rebellocrate a toujours été fascinée par les voyous.  

Quotidien, matinale d’Inter, talk-shows de Léa Salamé : partout, la même fausse irrévérence

Paul de Saint Sernin n’est pas un voyou. Ni un humoriste. Mais il s’imagine être drôle et subversif parce qu’il dézingue Marion Maréchal devant un parterre de castors. Pourtant, j’aime trop la liberté d’expression pour me joindre à ceux qui, trouvant « nullissime » ou « consternant » ce triste sire, réclament son renvoi. Je regrette bien sûr que ce fantoche soit rémunéré avec une partie de mes impôts. Je me console en me disant que c’est le prix à payer pour voir jusqu’où sont capables d’aller patauger certains amuseurs publics. Charline Vanhoenacker nous en avait déjà donné une petite idée ; elle va d’ailleurs continuer à barboter sur la radio publique – la direction de France Inter, pas rancunière, a en effet renouvelé son contrat pour la rentrée. Paul de Saint Sernin semble très prometteur. Je devine un plongeur de compétition, capable d’aller remuer la crasse dans des profondeurs de caniveau encore inconnues et d’en extirper quelques idées charognardes pouvant servir de prétextes à des sketchs fastidieux, médiocres et insipides. En plus de France 2, cet athlète du rire faisandé a déjà fait quelques piges sur France Inter. Bref, il fait partie de la grande famille des comiques subventionnés. Dès que j’aurai un peu de temps, je me consacrerai d’ailleurs à l’étude de cette caste – un travail ethnologique s’impose : j’étudierai par conséquent ses mœurs médiatiques, ses coutumes tribales, ses croyances, son influence sur les milieux culturels et politiques, et même son rôle dans l’amélioration du jeu théâtral de Léa Salamé, en particulier lorsqu’elle fait semblant d’être offusquée par certains propos scabreux ou carrément dégueulasses. 

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Je prévois d’ores et déjà d’extraire de ce fastidieux travail des généralités concernant son incapacité à faire rire de bon cœur, sa tendance à militer grossièrement à gauche et à prendre systématiquement les gens de droite pour des abrutis ou des fachos, sa connivence avec la presse bien-pensante, sa prétention à donner des leçons à la terre entière, son allégeance aux idéologies à la mode, son conformisme rebellocratique, etc. Relisant ces lignes, je m’aperçois que le travail est déjà à moitié fait. Que dire de plus ? Sinon que derrière cet humour préfabriqué, c’est bien un esprit de sérieux – le pire, celui qui relève du dogme établi – qui anime cette caste à genoux devant le pouvoir, quel qu’il soit. Saint Sernin sait ce qu’il fait lorsqu’il éreinte Marion Maréchal de la manière la plus avilissante qui soit – la mine réjouie de Léa Salamé, le sourire imbécile de Marie-José Perec, les ricanements des invités sur le plateau lui ont montré qu’il était sur la bonne voie si son ambition est de perdurer dans les médias publics, au service de la rebellocratie institutionnelle. 

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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One, two, three, viva l’hyperandrogénie!

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© John Locher/AP/SIPA

Deux pains dans la tronche et puis s’en va… Aux Jeux olympiques, la boxeuse italienne Angela Carini a abandonné face à l’Algérienne Imane Khelif au bout de 46 secondes.


Pour l’instant, l’ambiance de bacchanales s’était limitée à la cérémonie d’ouverture. Dionysos bleu et femmes à barbe ont fait de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques parisiens un carnaval dont il a été dit mille choses. Une autre menace pesait sur le rendez-vous sportif : la qualification d’athlètes transgenres dans les compétitions sportives. Ce jeudi 1er août, la performance de la boxeuse algérienne Imane Khelif face à l’Italienne Angela Carini, pose question.

Une bonne paire de claques dans la gueule

C’est un risque et une dérive contre lesquels Julien Odoul, député RN de l’Yonne, nous avait mis en garde il y a un an : l’apparition de transgenres dans les épreuves olympiques. « En favorisant l’inclusion des athlètes transgenres, on accepte de facto l’exclusion des athlètes féminines. C’est injuste et révoltant ! », avait-il rappelé. Pour l’instant, aucune épreuve olympique n’avait semblé entachée de doute. Et puis il y a eu ce combat de boxe. Angela Carini, casque bleu sur le crâne, contre Imane Khelif, avec ses grands bras musclés. La joute ne restera pas comme un monument d’indécision sportive. Sonnée par un marron sévère, l’athlète italienne a dû abandonner la partie au bout de quarante-six secondes. Écœurée, elle répète « Non è giusto. Non è giusto! » (ce n’est pas juste) et tombe en larmes.

Sans contrefaçon je suis un garçon

Mais d’où sort son adversaire du jour ? En mars 2023, Imane Khelif avait été disqualifiée des mondiaux de boxe amateure organisés à New Delhi, pour « non-respect des critères d’éligibilité ». Tout en se refusant à violer le secret médical, la Fédération internationale de boxe avait détecté chez l’athlète un taux de testostérone anormalement élevé. La jolie notion d’ « hyperandrogénie » avait été employée. En mettant les pieds dans le plat, l’athlète serait née avec des chromosomes XY, information confirmée à l’époque par le président de la Fédération internationale, Umar Kremlev. L’athlète avait dénoncé un complot : « Des gens ont conspiré contre l’Algérie pour que notre drapeau ne soit pas hissé et pour que la médaille d’or ne lui revienne pas ».

Le CIO semble disposer de critères bien moins stricts. Dès la naissance de la polémique, il est d’ailleurs monté au créneau pour défendre la sportive : « Toute personne a le droit de pratiquer un sport sans discrimination, a expliqué le CIO dans son communiqué. Tous les athlètes participant au tournoi de boxe des Jeux de Paris respectent les règles d’éligibilité et d’inscription à la compétition, ainsi que toutes les règles médicales applicables établies par l’Unité de Boxe Paris 2024. Comme pour les compétitions de boxe olympiques précédentes, le sexe et l’âge des athlètes sont basés sur leur passeport ». 

Le monde à l’envers

On se demande si le CIO, en cédant aux caprices des idéologies à la mode, ne scie pas la branche sur lequel il est assis. Si la tendance se généralisait, quel intérêt auront les téléspectateurs à s’assoir devant les épreuves féminines, quel intérêt les chaînes auront à acheter les droits de diffusion ? 

De toute façon, depuis la cérémonie d’ouverture controversée, tout est renversé, c’est le monde à l’envers. Au village olympique, la délégation britannique, qui se plaignait de la nourriture servie, a même engagé son propre cuisinier !

L’ostracisation du RN met notre démocratie sous cloche

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Marine Le Pen et Jordan Bardella photographiés à Paris, mars 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Alors que Marine Le Pen profitait depuis deux ans d’une dynamique favorable, le RN n’est pas parvenu à obtenir une majorité à l’Assemblée nationale. Les partis dits de gouvernement ont d’abord fait alliance ou barrage contre lui, puis ils ont organisé sa non-représentation au niveau des postes clés de l’Assemblée nationale… Sonnés par cette récente déconvenue électorale, Jordan Bardella et Marine Le Pen savent que la parole du peuple a été bafouée, que la démocratie n’a pas vraiment été respectée, pour des raisons relevant de la “morale” voire des années 30, mais ils estiment que “pour gagner, il [leur] faut être irréprochables”. M. Bardella doit ainsi opérer un “travail de fond” sur le mouvement et “entamer un processus de déconcentration”1. Analyse.


La séquence politique que nous traversons n’en finit plus de surprendre et de nous enfoncer vers les ténèbres de l’inversion des valeurs, des accusations et de la morale… Celui qui agresse est sanctifié, celui qui se défend ou qui tente de faire valoir ses droits est marqué du sceau de l’infamie, comme en témoigne la récente intervention de Sandrine Rousseau (Ecologistes) à l’attention de François-Xavier Bellamy (LR), mettant en garde contre le harcèlement que subirait… Rima Hassan (LFI), alors que c’est bien cette dernière qui menace le premier qui porte logiquement plainte. Espérons que la justice aura cette logique et ne tombera pas dans le marasme actuel, où ceux qui hurlent et intimident ont raison face à ceux qui dérangent autant par leur bonne tenue que par leurs idées. Car le nœud du problème est bien là ! 

Normalisation jamais achevée

Comment pouvait-on exclure du débat public les politiques, qui par leur respect des institutions et leur constance dans leur posture démocratique, avaient prouvé depuis plusieurs années qu’ils n’étaient pas la bête immonde annonciatrice du désastre à venir si nous leur donnions les clés du pays ? Les élections législatives ont été commentées par de nombreuses personnes et je n’aurai pas la prétention d’avoir de nouvelles analyses meilleures que les précédentes. En revanche, ce qui m’interpelle et me désole pour notre avenir, tant au niveau sociétal que politique, est que les partis dits de gouvernement ont cadenassé le discours et se sont enfermés de fait dans une position qu’ils ne peuvent plus quitter sans pertes et fracas. 

Ainsi, en plaçant la morale au-dessus du fait politique et de la recherche du bien commun, ils se sont tous, des Socialistes aux Républicains, plongés dans une logique de l’inversion qui jusque-là était l’apanage de l’extrême gauche. Là, adoubée dans sa posture incroyablement provocatrice, faite de violences verbales, d’accusations en tout genre et de retournement de la charge, cette gauche jusqu’au-boutiste se voit privilégiée face à l’autre extrémité de l’échiquier politique qui n’a pourtant plus d’extrême que sa place dans l’hémicycle du Palais Bourbon. 

Le peuple a voté et une nouvelle fois, de façon claire et davantage que les précédentes, a décidé de mettre en avant la droite nationale, en tête tant aux élections européennes qu’au premier tour des législatives, cela malgré l’alliance plus qu’improbable de toute la gauche. Des outrances passées à l’Assemblée nationale aux positions scandaleuses sur le conflit entre Israël et le Hamas, rien ne sera retenu contre cette gauche extrême qui préfère l’invective au débat d’idées et sème le trouble en France en accusant le camp d’en face de se défendre et de mettre la pagaille. La bordélisation de la société dans son ensemble est à l’œuvre, et comme cela arrange la majorité sortante, toute la classe politique s’en accommode à l’exception du Rassemblement national.

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L’opposition est saine dans notre société ; cela montre une maturité à débattre et à décider ensemble pour l’avenir de notre pays et de notre rapport au monde. Mais cette opposition qui doit s’effectuer sur le terrain des idées a dérivé sur des postures morales, voire moralisatrices, interdisant tout débat s’il n’entre pas dans le champ des possibilités retenues par cette bien-pensance. Aussi, quand nous ajoutons les dérives moralisatrices aux débordements déjà mentionnés, nous ne pouvons plus discuter de notre avenir sans commencer par montrer patte blanche afin d’avoir le droit à la parole. Voilà le vrai problème et l’impasse montée de toutes pièces par notre classe politique, davantage attachée aux postures et aux postes d’élus qu’à l’avenir de notre pays et au discours sur le bien commun. 

Postures

Nous devons absolument retrouver notre capacité à discuter des sujets qui nous concernent tous, à débattre des idées et à décider ensuite des solutions à envisager, loin de toute posture morale et de tout positionnement qui empêchent le traitement des vrais problèmes.

Ceci pour deux raisons essentielles qui se réfèrent à notre État de droit et à notre exercice de la démocratie. Car quand le droit est convoqué, on nous répond très logiquement que ce qui est légal n’est pas forcément moral et que la morale dépend de chacun, alors que nous sommes très attachés à notre égalité devant la justice qui n’a pas à s’en mêler. Si nous jugeons notre exercice de la démocratie de façon morale, alors nous ne sommes plus égaux devant ce droit fondamental qui est de faire porter sa voix avec la même valeur que celle de ceux qui nous entourent. Ainsi, placer le débat politique sur les postures morales voire moralisatrices, accusant les gens qui penseraient différemment d’être de méchants citoyens incapables de comprendre l’évidence, donc idiots en plus d’être méchants, est non seulement contraire à l’esprit de nos lois, mais est (volontairement ?) un appel à les transgresser. Car si les citoyens qui s’expriment légalement dans une élection démocratique pour des partis qui sont légaux, en votant pour des personnalités politiques qui ont déjà démontré leur capacité et leur volonté de respecter les institutions et les décisions prises par la majorité, si ces citoyens sont ostracisés et sommés de se taire, il est évident que les souffrances générées par cette mise à l’écart de la société ne resteront pas silencieuses. Comment peut-on expliquer la veille qu’il faut aller voter, que c’est un droit et même un devoir… et le lendemain placer plus de dix millions de personnes dans les oubliettes des urnes ? Le peuple français est un gentil peuple, il acceptera la sentence et partira en vacances sans rien dire… 

Prenons garde tout de même au réveil douloureux et à la force que confèrent les sentiments d’injustice et d’impuissance trop longtemps intériorisés qui pourraient ressortir de façon explosive. 

La responsabilité de la situation politique bloquée du pays est à porter au crédit (devrais-je dire au discrédit) de la classe politique de gouvernement. Les Français ont mal voté… Nous avons assisté à une confiscation du débat pour cause de « mal pensance » d’un tiers des électeurs auxquels rien ne sera épargné, ni les accusations en fascisme, ni la honte d’être soi-disant contre l’Autre, ni le bannissement de nombreux endroits si ces électeurs venaient à divulguer leur vote. C’est l’exact contraire de la démocratie. 

Discutons des idées, définissons les mots, à commencer par « extrême droite » et fasciste, puis interdisons les partis qui seraient antidémocratiques afin que tous les électeurs puissent s’exprimer dans le respect de notre État de droit, c’est-à-dire avec une voix qui a autant de valeur que celle du voisin. Mais de grâce, qu’on ne nous explique plus qu’il y a des sous-électeurs, que leur parole est malsaine et qu’elle ne doit donc pas compter ! On a organisé l’invisibilité de ces voix, et ensuite, bien sûr, on voudrait que tout se passe bien dans notre beau vivre-ensemble… Attention : s’il y a des sous électeurs qui votent massivement pour des sous députés, il faudra ouvrir les yeux et s’apercevoir que nous sommes devenus une sous-démocratie !


  1. https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/marine-le-pen-pour-gagner-il-nous-faut-etre-irreprochables ↩︎

«Nous ne sommes pas dans les années 1930»

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Le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon, Paris, 7 juillet 2024 © J.E.E/SIPA

Pour l’ex-directeur du service d’information du gouvernement sous François Hollande, le PS commet une erreur gravissime en se laissant dominer par LFI. « Une rupture dans l’histoire de la gauche depuis l’affaire Dreyfus », selon lui.


Causeur. Au fond, quel est le sens de cette dissolution ? Et en a-t-elle seulement un ? La quasi-unanimité de la classe dirigeante l’a qualifiée d’insensée…

Philippe Guibert. Il est très révélateur que ce retour devant le peuple ait été jugé « insensé ». Cette réaction montre combien notre classe dirigeante s’était accoutumée à l’idée d’un système qui permet de gouverner sinon sans le peuple, du moins avec un peuple contraint. Avant même l’arrivée d’Emmanuel Macron en 2017, le quinquennat et le calendrier électoral aidant, il n’était plus nécessaire de rassembler deux Français sur trois, comme disait Giscard en son temps, pour exercer le pouvoir. Il suffisait de réunir entre 25 % et 30 % des voix au premier tour, d’obtenir une majorité de rejet au second et, les Français déjugeant rarement le président qu’ils viennent d’élire, celui-ci obtenait une majorité absolue ou relative au Parlement.

Ce mécanisme que vous décrivez est en tous points conforme à la Constitution. Pourquoi s’en offusquer ?

Cette gouvernance minoritaire est certes parfaitement légale, mais elle fragilise profondément notre démocratie et son chef, et au fond la légitimité du pouvoir. Jusque-là, les présidents jugeaient qu’ils pouvaient mener la politique qu’ils souhaitaient sans avoir besoin de retourner devant le peuple entre deux scrutins présidentiels. Mais Emmanuel Macron a constaté avec les européennes que ça ne marchait plus, que le budget 2025 était impossible à présenter sans se faire censurer à l’Assemblée, ou faire descendre les Français dans la rue. Le  système était au bout du rouleau.

Vous qui venez de la gauche, du PS en particulier, comment avez-vous réagi à la formation en trois jours du Nouveau Front populaire, cette Nupes 2 ? 

Avec un profond malaise, et même un sentiment de colère. Je n’ignore rien des tractations politiques, des nécessités de sauver des sièges, de la tambouille politique et électorale. Mais il est impossible de cacher sous le tapis ce qui s’est passé depuis deux ans avec LFI ! Sans parler du NPA… Il y a là une rupture dans ce qui a été la gauche depuis l’affaire Dreyfus. C’était sous-jacent avant le 7 octobre, c’est patent depuis le 7 octobre. Cette union de la gauche, après la Nupes, s’est faite sous emprise idéologique de la gauche la plus radicale. C’est la première fois dans l’histoire des unions de la gauche.

Ne peut-on pas entendre ceux qui disent qu’il faut parfois accepter de s’allier avec Staline pour contrer Hitler ?

Ressusciter la mythologie antifasciste face au RN est à mon avis une erreur d’analyse : nous ne sommes pas dans les années 1930 ! Les mouvements dits d’extrême droite ne sont pas fascistes, ils sont populistes, au sein de démocraties qui ont multiplié les contre-pouvoirs ! Ce sont des mouvements souvent identitaires, dont le moteur est le rejet de l’immigration, et qui puisent leurs électorats d’abord dans le socle sociologique de la gauche de jadis : les classes populaires. Cela aurait dû susciter depuis longtemps une réflexion de la part de la gauche. Il n’en a rien été. Qui s’intéressera aux électeurs lepénistes pour les faire revenir vers une gauche républicaine ? C’est là la clef, mais ce sera un travail de très longue haleine…

Philippe Guibert, Gulliver enchaîné : le déclin du chef politique en France, Le Cerf, 2024.

Gulliver enchaîné: Le déclin du chef politique en France

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Chapeau Léon l’empereur !

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Léon Marchand, démi finale 200 m papillon, Nanterre, 31 juillet 2024 Ashley Landis/AP/SIPA

Toute la presse nationale du jour est dithyrambique au sujet des records de notre nageur Léon Marchand. Même Causeur s’y colle, alors…


Impérial, en effet, ce gamin qui, tel Lucky Luke Colt au poing, nage plus vite que son ombre. La France n’attendait que cela, un événement transcendant, le truc qui fait qu’on passe soudain de l’événement à l’épopée. Dans ce registre, nous ne pouvions espérer mieux que ce qui se produit sous nos yeux ces heures-ci. Sortis des eaux, à la manière d’une divinité antique, voilà que naissent une légende, un héros, une icône qu’on peut acclamer, admirer, aduler sans partage, sans calcul, avec une joie saine, pure, intègre, une joie d’enfant. Je persiste, la France avait grand besoin de cela. Elle était en manque d’admiration. Je veux dire d’objet ou de sujet digne d’admiration. Elle l’a. 

Elle l’a avec ce garçon, Léon Marchand, impérial comme je l’ai dit, souriant, sympathique, sobre dans le triomphe, simple dans sa gloire. Tout s’est arrêté pour le suivre. Les autres épreuves ici ou là ont suspendu leur vol, un match de foot amical a été interrompu. Encore une fois, on est bien au-delà de l’événement proprement dit. Il s’agit du bonheur. Du bonheur dans son acception la plus exceptionnelle : le bonheur national. Dès lors, quoi qu’il advienne au tableau des victoires, des médailles, des échecs, ces Jeux auront été un moment privilégié dans notre France du moment. 

Ils ont leur empereur, disais-je. Ils ont aussi leur reine. Paris et ses beautés, ses monuments admirables. Son patrimoine exceptionnel exposé, offert à la terre entière qui s’en émerveille si l’on se réfère à la presse étrangère. Ce patrimoine rare, unique, peut-être bien sauvé grâce à cela, grâce aux Jeux, de la furie déconstructrice de certains. Je veux y croire… Il faudrait citer tous les sites. L’escrime au Grand Palais devient un peu plus que de l’escrime, comme si cet art de grâce avait trouvé enfin le seul lieu vraiment digne de lui. L’équitation sur fond du sublime Versailles nous est donnée en majesté. Et les courses, à vélo, à pied, à la nage, dans les rues, sur les places, dans le fleuve… Car même la Seine, capricieuse jusqu’à la dernière minute ainsi que le sont volontiers les altesses et les stars, a bien voulu jouer le jeu. 

De surcroît, je n’oublierai pas un autre roi. Le roi Nadal, qui s’en va certes, mais sans rien perdre de sa couronne. Au contraire. Jusqu’au bout il aura honoré de sa présence la terre ocre de Roland Garros. Il y est né voilà longtemps déjà. Il y a grandi. Il la quitte à présent, géant devenu. Grandissime à jamais.

Cela dit, tous ces sportifs, ces athlètes du monde entier sont à féliciter, à remercier. Ils nous réveillent de l’apathie qui nous gagnait, qui nous grignotait peu à peu. Ils nous invitent, mine de rien, à bouger. À se remuer. Ils nous rappellent que, comme disait en son temps Léonard de Vinci, tout est mouvement, la vie est mouvement. Or, comment prouve-t-on le mouvement de manière irréfutable ? Bien évidemment, en marchant. N’est-ce-pas Léon ?

Prestige de l’Iran, Jeux et lendemains qui déchantent

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Paris, 26 juillet 2024 © Kirsty Wigglesworth/AP/SIPA

L’envoi d’une roquette qui a tué douze enfants dans le village druze de Majdal Shams, a été suivi de l’élimination du chef militaire du Hezbollah à Beyrouth. Hier matin, nous avons appris qu’à Téhéran un missile d’une extraordinaire précision avait entrainé la mort d’Ismail Haniyeh dans l’appartement secret que lui avaient aménagé les dirigeants iraniens. 

Mort d’un tyran

Haniyeh, outrageusement présenté par certains comme un dirigeant modéré, avait pu, avant de mourir, faire son plein de chants de mort contre Israël au cours de la cérémonie d’inauguration du nouveau président iranien. On ne peut pas imaginer de coup plus cinglant porté au prestige de l’Iran. 

Alors, c’est par un athlète iranien qui n’y participe pas que je vais entamer cette chronique sur la cérémonie d’inauguration des Jeux Olympiques. L’haltérophile Mostafa Rajaei aurait été un des favoris dans sa catégorie, mais il a commis l’an dernier un crime irréparable aux Championnats du Monde en Pologne : il a serré la main d’un concurrent israélien. De ce fait, il a été banni à vie de son pays. Cela n’empêche pas l’Iran, qui a signé une charte olympique interdisant d’utiliser les athlètes à des fins de propagande, de participer aux Jeux de Paris et de prétendre, évidemment, que la présence israélienne violerait cette charte. 

Je faisais partie des innombrables sceptiques sur ces Jeux et je reconnais avec plaisir que leur organisation est jusqu’à maintenant parfaite.
J’ai été globalement émerveillé par la cérémonie d’ouverture, son originalité, sa qualité visuelle, le professionnalisme des artistes et la minutie de la mise en scène que la pluie a finalement magnifiée, donnant des rives de la Seine une image de rêve.
Le spectacle mêlait le mystère à la parodie, transformait le kitch en grand art et la dérision élaguait du passé ses branches trop… compassées. 

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Beaucoup de sous-entendus du spectacle m’ont échappé, car leurs références n’étaient pas les miennes, comme celles des mangas ou de Assassin’s creed. Je ne comprenais rien aux paroles de Aya Nakamura (j’ai lu leur traduction en français depuis) mais la voir se trémousser avec les Gardes républicains devant l’Académie française, temple du langage officiel, m’a paru un clin d’œil joyeusement burlesque. 

En revanche, devant Marie-Antoinette portant sa tête coupée, j’ai pensé, référence discutable, mais qu’importe, à Saint Denis, qui avait, dit la légende porté sa tête jusqu’au lieu qui prit son nom et qui devint la nécropole des Rois de France avant de devenir un des foyers d’une nouvelle France qui se moque éperdument de ce passé… 

Beaucoup de gens ont protesté contre la caricature de la Cène, le tableau de Leonard de Vinci

Patrick Boucheron, le correspondant historique de Thomas Jolly, enseigne que l’histoire n’est pas rigide et que les sens des événements sont multiples. On peut appliquer cette phrase à tous les épisodes de la cérémonie d’inauguration et notamment à l’épisode dit « Festivité » dont on a dit que c’était la caricature de la Cène de Leonard de Vinci, et par là une attaque directe du christianisme.

Je ne crois pas trop ceux qui prétendent que la seule référence était un tableau à Dijon de van Bijlert, un peintre caravagesque du XVIIe siècle. Ce dernier avait lui aussi certainement pensé à la Cène de Leonard en composant son tableau. Il voulait provoquer le public catholique de sa ville d’Utrecht, mais pas trop et de façon acceptable en son temps, en peignant une bacchanale, avec la structure de la Cène. Pour la petite histoire, c’est à Rome, la ville des Papes, en pleine Contre-Réforme, que van Bijlert avait appris à détourner la représentation des épisodes du christianisme de leur description canonique.
Le spectacle de Dionysos presque nu en face des drag queens ne montre en réalité ni table, ni convives, mais la disposition des personnages immobiles évoque immanquablement la Cène de Leonard. C’est là une façon de montrer que nous réagissons suivant nos références culturelles, mais que celles-ci ne sont pas forcément pertinentes. 

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En tout cas, le spectacle a entrainé un communiqué de la conférence des évêques de France, une censure dans de nombreux pays, une protestation de Jean-Luc Mélenchon et des excuses du Comité d’organisation, sans compter les critiques nombreuses à droite, ainsi que les invectives des poutiniens de toute obédience. 
Sans compter non plus les menaces à l’égard de la femme qui avait pris la soi-disant place du Christ, et qui se trouve être juive, militante lesbienne et anti-grossophobe, ce dernier combat étant le plus difficile dans la société telle qu’elle est aujourd’hui.
Je n’ai pas aimé cette partie du spectacle, mais je ne parviens pas à en être vraiment choqué. Pasolini en a fait d’autres et l’exigence d’une laïcité qui préserve la liberté s’impose en France, pays de Rabelais et de la loi de 1905. 
Mais ce n’est pas par hasard que Mélenchon et l’institut al-Azhar se retrouvent sur la même longueur d’onde : c’est que derrière une satire – éventuelle – de Jésus, ils voient venir la satire de Mahomet. Les évêques français, eux, constatent qu’il est dans le vent de se moquer des chrétiens, alors que, bien qu’ils ne le disent pas explicitement, la peur impose le silence s’agissant de l’islam. Le spectacle est ambigu, mais ce n’est qu’un spectacle.

Le message de la cérémonie d’inauguration est assumé. Patrick Boucheron l’a explicité. C’est une France de la diversité, de l’inclusivité comme on dit aujourd’hui, que les réalisateurs ont voulu promouvoir. En un sens ces Jeux se présenteraient comme l’absolu inverse des Jeux de Berlin, glorification de la race germanique. 

Conformisme intolérant

C’est sur le papier un magnifique projet, mais il ne faut pas esquiver ses faiblesses. Trop de liberté peut tuer la liberté, l’ode à la diversité a souvent évolué vers le conformisme le plus intolérant. 

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La France d’aujourd’hui est diverse, chacun le sait et on se prend à être surpris que la vedette du rugby à VII porte le nom très bizarre de… Antoine Dupont. Alors existe-t-il quelque chose d’un peu intemporel, ou du moins poli par le temps, qu’on peut appeler la culture française ? Non, répondait Emmanuel Macron au début de son premier mandat, il n’y a pas de culture française, il y a des cultures en France.
Cette vision d’un pays supermarché sans épaisseur historique n’est certainement pas celle des auteurs de la cérémonie d’ouverture dont l’un enseigne l’histoire au Collège de France et un autre a travaillé sur le théâtre de Shakespeare et de l’Antiquité. Mais la connaissance de l’histoire s’est effondrée dans la jeunesse d’aujourd’hui.

J’ai aimé le spectacle de l’inauguration car dans toutes les dérives, clins d’œil et travestissements, je pouvais me remémorer l’histoire de notre pays et replacer au rang d’un humour rafraichissant les libertés prises avec les faits. 
Qu’en est-il pour des générations qui vivent dans un hyperprésent où la connaissance du passé parait un fardeau inutile? Les penseurs postmodernes ont détricoté les a priori cachés de la fabrication de l’histoire, mais on a jeté le bébé avec l’eau du bain. Tout désormais se vaut et ce qui aurait dû stimuler la critique a engendré l’hyperméfiance. Cela s’appelle le woke et le spectacle l’assume. Or, s’il n’y a pas de limite à la destruction des codes, se méfier de tout conduit à s’enticher du pire.
Heureusement, la déconstruction n’a pas empêché le public de vibrer dans la joie, tout ambiguë qu’elle soit à l’analyse psychologique, de la communion sportive, ni de s’unir dans des moments de grâce tels l’allumage de la flamme olympique et le chant de Céline Dion. 
Ce fut une magnifique cérémonie, mais je ne crois pas que le monde dont elle nous préconise l’émergence ne soit que celui des lendemains qui chantent…