Daniel Auteuil prendra-t-il la défense de Grégory Gadebois, accusé du meurtre de sa femme ? Un film judiciaire de facture assez traditionnelle mais tout à fait réussi
On sait bien que Daniel Auteuil est l’un de nos plus grands acteurs, même s’il lui est arrivé de se fourvoyer dans des productions sans grand intérêt. De même que ses premiers pas comme réalisateur avec des adaptations de Pagnol avaient pu laisser dubitatif. Mais il revient avec Le Fil qu’il considère lui-même comme son véritable passage derrière la caméra.
Adapté de la nouvelle Au guet-apens : chroniques de la justice pénale ordinaire de l’avocat pénaliste Jean-Yves Moyart, alias Maître Mô, le scénario trace le portrait d’un avocat, Jean Monnier (Daniel Auteuil), qui prend en charge la défense d’un homme (Grégory Gadebois) accusé du meurtre de sa femme et qu’il croit innocent… Sur une trame assez convenue, Auteuil parvient à tisser les fils d’une relation complexe, entre vérité et culpabilité.
Le film repose beaucoup sur un casting et une direction d’acteurs très inspirés, comme c’est souvent le cas pour des films dirigés par des acteurs : bon sang ne saurait mentir !
Inspirée par le parcours personnel du pianiste et homme d’affaires d’origine libanaise Omar Harfouch, la tournée internationale qui débute se veut une plateforme promouvant la paix et le dialogue interculturel, en transformant l’émotion musicale en engagements concrets pour la paix dans le monde. L’optimiste entrepreneur explique ici sa démarche.
Que peut l’art face aux souffrances de l’humanité ? Rien, balaieront les fatalistes et défaitistes ; tout, répondront les idéalistes. Et si la réponse à cette question digne d’un sujet de philosophie du baccalauréat était, comme souvent en pareille circonstance, à chercher dans la nuance ? Et si, de la même manière que toute forme d’art est, en fonction de son histoire, de sa culture ou de sa sensibilité personnelle, perçue différemment par chaque être humain, le pouvoir de guérison de l’art dépendait, d’abord et avant tout, de la manière dont chacun et chacune d’entre nous crée ou reçoit telle ou telle expression artistique ?
Une œuvre née de l’adversité
C’est cette dernière approche qui, pour le pianiste et compositeur que je suis, s’impose comme une évidence. Né dans un Liban en proie à la guerre civile, c’est dans cette expérience ô combien personnelle et intime de la souffrance humaine que je puise mon inspiration – et comment pourrait-il en être autrement ? Petit garçon, le piano a été mon refuge. Un abri de bois et de cordes derrière lequel l’enfant se calfeutrait en attendant la fin des bombardements. Mais aussi, et surtout, une planche de salut, chaque note apprise en autodidacte s’échappant de l’instrument pour mieux fuir la guerre et panser les blessures, physiques comme émotionnelles, d’un enfant, d’une famille et d’un pays tout entier.
Plus tard, bien plus tard, le destin a bel et bien permis au jeune Omar de quitter, réellement cette fois, cette terre libanaise martyrisée par les hommes. De se réaliser ailleurs, sous d’autres cieux, en Russie, en Ukraine puis en France. Et si la vie et le travail lui ont offert de s’élever au-dessus de sa condition d’origine, jamais l’enfant en lui ne s’est tu. Jamais l’enfant de Tripoli n’a oublié. Jamais les yeux de l’adulte ne se sont détournés de la souffrance, de la division et de la guerre qui ravagent, aujourd’hui plus que jamais, notre monde. C’est de ce parcours, singulier, et de cette sensibilité, personnelle, qu’est né le Concerto pour la paix.
Un message universel de paix
Présentée en première mondiale le 6 mars dernier au Théâtre de Béziers, cette composition pour piano, violon et orchestre se propose, en un unique mouvement de 17 minutes, de transfigurer la douleur du passé en un appel à l’unité et à la réconciliation. Arrangé avec la complicité de mon ami d’enfance Houtaf Khoury, le Concerto pour la paix a été imaginé, dès sa conception orchestrale, comme un reflet du monde pacifié que nous voulons voir advenir ; c’est pourquoi nous avons tenu à ce que des instruments originaires du Moyen-Orient côtoient, au sein même de l’orchestre, les violons et autres instruments à cordes et à vent de la musique classique occidentale. Comment, autrement dit, transmettre un message de paix et d’harmonie si celles-ci ne règnent pas, d’abord, entre les musiciens sur scène ?
Il est impossible, pour les membres d’un orchestre quel qu’il soit, de connaître personnellement et intimement l’ensemble des musiciens avec lesquels ils jouent. Mais il leur est tout aussi impossible, sinon davantage, de jouer ensemble s’ils ne s’écoutent pas, s’ils ne se respectent pas mutuellement, s’ils n’embrassent pas leurs différences – ethniques, religieuses, politiques, etc. Un équilibre fragile, mais un équilibre possible : c’est cette sensation, cette vision, cet espoir que notre Concerto entend, à travers l’émotion musicale, véhiculer au public. Pour que cette émotion se transforme, espérons-le, en actions tangibles. Pour qu’elle inspire, chez celles et ceux qui la reçoivent – et notamment chez les dirigeants politiques –, des projets de réconciliation, de pardon et de paix.
De l’émotion à l’action
L’art n’a pas à être politique, s’écrieront les puristes. Ce serait oublier, pour ne parler que du domaine musical – et sans bien sûr me comparer à ces illustres figures – qu’en leurs temps Chopin, jouant La Polonaise quand le tsar russe entrait en Pologne, ou Tchaïkovski, défiant Napoléon avec son Ouverture solennelle 1812, ne tremblaient pas devant la politisation de leur musique. Réunis le 18 septembre au Théâtre des Champs-Élysées, les quelque 300 décideurs, diplomates et personnalités influentes qui assisteront au Concerto pour la paix seront, à leur tour, appelés à s’engager, très concrètement, pour un monde pacifié.
C’est aussi dans cette perspective que j’ai souhaité inscrire la tournée internationale qui suivra le concert parisien, conçue comme une plateforme encourageant la paix et le dialogue interculturel. Dans cette perspective encore que nous jouerons, en décembre, devant l’assemblée des Nations Unies de Genève. Et dans cette perspective, toujours, que nous poursuivrons : au Vatican, à Shangaï, devant le parlement italien et partout où les femmes et hommes de bonne volonté se montreront prêts à ouvrir leur cœur – à la musique, à l’autre, à la possibilité, toujours remise sur l’établis, d’un monde meilleur. Parce que la paix devient urgente. Que les artistes ne peuvent se taire. Et que nos dirigeants ne peuvent refuser d’entendre.
Partout dans le monde, le retour des frontières signe l’échec des immigrationnistes
La révolte des peuples maltraités sonne la fin des idéologues déjantés. Une même colère existentielle annonce, aux États-Unis comme en Europe, le retour aux frontières protectrices. C’est le rejet des élites déracinées qui pousse Donald Trump vers la victoire contre Kamala Harris, qui a néanmoins réussi son débat de cette nuit. La France, dont le gouvernement de Michel Barnier sera mis sous la surveillance de l’indésirable RN, n’échappe pas à cette révolution conduite par les parias d’hier. L’hypothèse d’un ministère de l’Immigration a été évoquée dès mardi. Mais c’est l’Allemagne qui, lundi, a le plus spectaculairement illustré le revirement des dirigeants universalistes et xénophiles, confrontées à la résistance des autochtones. Répondant à la puissance des votes protestataires de l’Afd en Saxe et en Thuringe en attendant le Brandebourg, le gouvernement d’Olaf Scholz a annoncé le rétablissement des contrôles à ses entrées française, luxembourgeoise, néerlandaise, belge et danoise. Des contrôles existaient déjà aux frontières avec la Pologne, la République tchèque, l’Autriche et la Suisse. Or, en 2015, Angela Merkel avait été unanimement saluée par les perroquets à cartes de presse et les dirigeants brasseurs de nuages pour avoir ouvert son pays à un million de réfugiés syriens et irakiens. Le Point (10 septembre 2015) avait fait sa une sur « L’incroyable Madame Merkel. Si seulement elle était française… ».Le Monde avait salué « la fierté de l’Europe » en réclamant pour elle le prix Nobel de la paix. Anne Hidalgo avait déployé ses banderoles « Bienvenue à Paris », en anglais et en arabe…
L’urgence est de soutenir la libération en cours des esprits. L’emprise des propagandistes dingos doit cesser. Ceux-ci marchent sur la tête depuis près d’un demi-siècle. En 2015, quiconque criait « au fou ! » en observant la légèreté compassionnelle de Merkel était évidemment accusé de racisme par le discours dominant. Ce qui est advenu était pourtant annoncé par les lanceurs d’alerte : terrorisme islamiste, insécurité croissante, flambée de l’antisémitisme musulman. Comme la France, l’Allemagne a été, depuis 2015, la cible de plusieurs attentats islamistes. La dernière attaque au couteau remonte au 24 août, à Solingen : un réfugié syrien y a tué trois personnes. Le 5 septembre, un attentat contre le consulat israélien à Munich a été déjoué. L’Allemagne, qui croyait faire repentance de son racisme hitlérien en s’ouvrant au monde, a importé comme prévu la judéophobie de la culture islamique. En France, l’appel à « mener l’intifada à Paris », lancé dimanche place de la Nation par Elias D’Imzalene (Fiché S), proche de la France insoumise, est venu rappeler aux somnambules que l’islamisme importé, sous les encouragements de la gauche et des organisations antiracistes, est en train d’attiser la guerre civile, selon un processus décrit par votre serviteur dès 2016 (La guerre civile qui vient, Editions Pierre-Guillaume de Roux). Rimbaud avait 17 ans quand il écrivit (Le bateau ivre, 1871) : « Je regrette l’Europe aux anciens parapets ». Les frontières reviennent enfin. La nostalgie est une idée moderne.
Jusqu’à dimanche, le festival de danse de Biarritz, « Le Temps d’aimer », offre une programmation qui fait la part belle aux compagnies osant le répertoire néoclassique. Il n’y a pas que des réussites, mais l’ensemble vaut le détour !
Y a-t-il des festivals pour ville de droite ? Une esthétique, des tendances artistiques plus appréciées par un public votant à droite ? La question peut paraître saugrenue, sinon totalement incongrue. Et pourtant ! Même aujourd’hui, où les lignes de partage entre la droite et la gauche paraissent un peu confuses, un public qui vote à droite pourrait être effectivement bien plus conservateur, moins aventureux qu’un autre qui voterait à gauche. À Biarritz, et dans une contrée où bien des mairies sont tenues par des partis de droite depuis des décennies, le propos paraîtrait cohérent. « Mais cette année les circonscriptions basques ont envoyé trois députés du Nouveau Front populaire à la Chambre et ce qui était peut-être valable il y a dix ans encore ne l’est plus guère avec l’évolution de la population et le rajeunissement du public », observe Thierry Malandain, le directeur de Ballet de Biarritz et du festival de danse baptisé Le Temps d’aimer.
Ballets de Monte-Carlo, Ballet de Schwerin, Ballet de Berne, Ballet de l’Opéra de Metz, Ballet de l’Opéra d’Avignon et même le rejeton abâtardi du Ballet national de Marseille : sans tourner le dos aux petites compagnies de danse dite contemporaine, pour la 34e édition du festival, le chorégraphe Thierry Malandain n’y est pas allé par quatre chemins et a beaucoup donné du côté d’institutions longtemps néo-académiques.
Une programmation réactionnaire ?
Une programmation réactionnaire ? Sans doute, mais pas au sens détestable ou passéiste du terme. Réactionnaire, au sens de réactif. En réaction à ce qui se fait partout ailleurs en France, à Paris surtout où l’on a depuis bien longtemps pris ostensiblement parti pour la danse contemporaine au détriment de la danse dite néo-classique qui fait pratiquement figure, dans les milieux autorisés, de reliquat déshonorant d’un ancien monde dont on a d’ailleurs perdu la mémoire.
Or, si la danse contemporaine a effectivement tenu le haut du pavé tant que les chorégraphes de génie ou de talent foisonnaient, c’est-à-dire dans les dernières décennies du XXe siècle, elle s’est douloureusement tarie pour devenir à son tour tristement académique en obéissant à de nouveaux poncifs, à des procédés obligés qui sont la planche de salut d’innombrables artistes sans talent. De leur côté, les compagnies de ballet se sont fréquemment métamorphosées. Réformé dès les années 1970, mais surtout sous la direction de Yorgos Loukos, le Ballet de Lyon en a été le plus brillant exemple en devenant le héraut de l’élite des chorégraphes modernes toutes tendances confondues. Dans la foulée, après un temps de réflexion assez conséquent tout de même, les compagnies de ballet françaises, souvent liées à des maisons d’opéra, comme à Bordeaux, à Toulouse, à Strasbourg, à Nancy, à Nice… ont abandonné leurs poussiéreux oripeaux pour évoluer et s’ouvrir à des esthétiques plus en accord avec le temps, tout en prêtant d’excellents interprètes à un répertoire contemporain ainsi transfiguré. Sans malheureusement éviter les faux pas : soit en invitant sans discernement des artistes médiocres pour se donner à bon compte une touche de modernité, soit en jetant par-dessus bord, et sans plus de discernement non plus, tout un répertoire néo-classique où il y a des merveilles à sauver ou à ressusciter. Car comme toujours en France, un héritage sans doute de 1793, on croit devoir honnir en bloc ce qu’on adorait hier, comme pour s’acheter une bonne conduite de révolutionnaire.
Bien seul dans le paysage
C’est un peu contre cet abandon d’une danse pensée, écrite, mais encore exécutée par des danseurs de qualité comme le sont ceux de sa propre compagnie, que s’érige Thierry Malandain, désormais bien seul dans le paysage. Contre cette inculture généralisée qui touche en premier chef ceux qui se sont intronisés chorégraphes, mais qui n’ont ni vocabulaire, ni savoir faire, ni même la moindre idée de la construction d’un ouvrage, et que bénit un ministère de la Culture destructeur, sans vision, sans projet, aux mains de médiocres dont on ne mesurera jamais assez la sottise et les effets de nuisance.
Le malheur a toutefois voulu que les premiers spectacles du festival qui fait accourir un public de quelque 33 000 spectateurs, fidèle, mais aussi renouvelé, patiemment construit au fil des années à coup de répétitions publiques, de travail dans les écoles, de manifestations ouvertes à tous, un public venu d’un vaste territoire qui court de l’Espagne aux Landes, le malheur a voulu que les spectacles qu’on a pu voir aient été franchement médiocres et qu’ils donnent cruellement raison aux détracteurs des troupes néo-académiques. Entre la production du Ballet de Berne censée évoquer l’univers mental de Don Quichotte, l’une des choses les plus creuses, les plus insignifiantes qu’on ait pu voir dans une vie de spectateur déjà fort longue, confiée à un « chorégraphe » et à un « compositeur » taïwanais, et celui exhibé par une troupe espagnole, Kor Sia, prétendant évoquer Pétrarque par une gymnastique d’une affolante indigence, le bilan n’est guère heureux. Et ce n’est pas le Ballet de Schwerin qui le fait franchement basculer.
La duchesse d’Orléans
Schwerin ! En France, on n’en avait plus entendu parler depuis 1837, date du mariage du duc d’Orléans, le fils ainé du roi des Français, avec la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin, aïeule de presque tous les princes d’Orléans d’aujourd’hui.
La petite capitale du Land de Mecklembourg-Poméranie, Schwerin, a évidemment son Théâtre d’État et son ballet comme toutes les villes allemandes de quelque dignité. C’est ici une compagnie néo-classique sans grande envergure, mais tout à fait honorable, porteuse d’un spectacle construit sur des pages de Jean-Sébastien Bach et parfaitement représentatif de ce que peut produire une telle formation : quelque chose qui n’est pas insupportable, mais tellement fade, tellement incolore, en un mot parfaitement inutile, qu’on se demande à quoi peut bien servir cette troupe de danseurs, sinon à faire ainsi évoluer sans fâcheuse surprise la digestion vespérale des bourgeois du Mecklembourg qui d’ailleurs ne doivent même plus savoir que leur Hélène devait devenir reine des Français. Près de San Sebastian, où l’on a présenté la production mecklembourgeoise avant qu’elle ne soit affichée à Biarritz, en plein cœur du Pays-Basque espagnol où le festival a l’intelligence de rayonner en brisant les antiques frontières, le public a accueilli cette soupe tiède avec le même généreux enthousiasme que s’il avait découvert un chef d’œuvre.
De ces premières journées de festival réchappe un seul ouvrage : un duo amoureux, « Crocodile », créé au Théâtre de Bayonne et signé par un artiste basque, Martin Harriague. Une introspection sensible, tout en gestes furtifs, tendres et délicats. Comme Harriague est un enfant du pays, la tendance est de faire de ce duo un miracle. C’est excessif. Il lui manque une force dramatique, une tension qui le porterait à une autre dimension. Mais il n’en n’est pas moins vrai que cette broderie fébrile est honnête, raffinée, qu’elle procède d’une vraie sincérité, même si cette sincérité peut avoir quelque chose de troublant en faisant entrer à l’excès le spectateur dans l’intimité du chorégraphe.
« Crocodile » de Martin Harriague
Un public qui explose
Outre le fait que la création chorégraphique s’effondre avec de pseudos artistes qui se multiplient à l’envi et qui sont coupablement encouragés par des aides multiples venues des pouvoirs publics, trop minces pour leur permettre de subsister, mais trop nombreuses pour ne pas encourager une inflation de prétentions à être un créateur, la cherté galopante des productions, des voyages, des séjours rendent aujourd’hui bien difficile la réalisation du festival. Selon Thierry Malandain : « Avec beaucoup d’argent que nous n’avons pas, nous pourrions faire venir de grandes compagnies et des programmes irréprochables. Bien souvent, de surcroît, le mois de septembre est pour elles l’époque où la saison débute dans leurs villes d’attache, ce qui les empêche de voyager. Alors que nous sommes exposés de toutes parts à des pressions régionales considérables, notre rôle est de faire découvrir au public les multiples tendances du monde chorégraphique. Mais aussi de soutenir des auteurs nouveaux ou des compagnies comme celle de l’Opéra de Metz à qui des tournées hors les murs confèrent une visibilité qui en impose aux pouvoirs publics qui les subventionnent. »
En attendant, la 34e édition du festival se répand cette année dans une douzaine de villes du Pays-Basque. Et se propage jusqu’à Pau. Dans la région, grâce à un travail de longue haleine, le public de la danse s’accroît, explose même. À telle enseigne que les salles des villes voisines, à commencer par le majestueux Théâtre de Bayonne, se sont toutes mises à programmer des spectacles chorégraphiques pour répondre à la demande du public. Et ce sont les directeurs du Ballet de Biarritz, Thierry Malandain et Yves Kordian, qui sont à l’origine de ce phénomène avec les danseurs de la troupe, en forgeant cette réussite avec autant de passion que de diplomatie.
Le festival est assez éclectique pour reconnaître aussi le talent d’un Thomas Lebrun. Car c’est avec un ouvrage de ce dernier, L’Envahissement de l’être et l’intrépide réalisation de La Mégère apprivoisée que Jean-Christophe Maillot avait magnifiquement chorégraphiée pour le Ballet du Bolchoï, à Moscou et que les Ballets de Monte Carlo ont aussi à leur répertoire, que va s’achever le festival de danse de Biarritz sur des notes brillantes. On découvrira encore le travail du Ballet de Metz, qui désormais s’émancipe de la tutelle du théâtre lyrique auquel il est attaché.
Festival de Danse de Biarritz – Le Temps d’aimer. Jusqu’au 16 septembre www.letempsdaimer.com / 05 59 22 44 66
Par temps de guerre, on oublie les lubies alimentaires ou sur le genre habituellement promues à Bruxelles.
L’Ukraine, depuis février 2022, est devenue le poste avancé de l’Europe contre le despotisme poutinien. Ursula von der Leyen mouille ainsi la chemise (en soie de muga) pour que les 27 pays de l’Union apportent tout le concours nécessaire à la défense des « valeurs européennes » dont Zelinsky est désormais le parangon.
Conformément aux dites valeurs, on imagine dans les tranchées du Donbass, non sans fierté, ces milliers d’hommes déconstruits faisant appel à la part féminine qui sommeillait en eux, dans le but de repousser les soldat-(e)-s russes. On suppute également la discipline de fer qui a dû immédiatement se mettre en place, afin de ne pas mégenrer les éventuels prisonniers adverses capturés sur le front. On se prend à rêver d’un cliché de type Reichstag 1945 digne de celui du photographe soviétique Evgueni Khaldeï, immortalisant les militaires ukrainiens hissant, cette fois au sommet du Kremlin, un autre drapeau, l’arc-en-ciel des fiertés LGBT. Il se murmure d’ailleurs qu’un commando transgenre, épaulé par une brigade non genrée, aurait pris en étau (humm) une division soviétique basée à Koursk, bardée de cuir et de chaînes (l’affrontement n’aurait été ni très viril ni très correct au demeurant).
Côté popote, la traçabilité des gamelles de tout fantassin ne peut qu’être assurée, conformément à la directive européenne JR-55-q27 (alinéa 12), ainsi que la fourniture alternative d’un plat végan ou hallal, au troufion-(e) membre d’une minorité gustative ou religieuse. Sauf, évidemment, en cas d’attaque nucléaire survenue moins de trente minutes avant le service du plat chaud. On soulignera à cette occasion le pragmatisme normatif bruxellois, bien éloigné des clichés populistes.
Renseignements pris, il semblerait que l’Europe mise tout sur la testostérone de mâles sévèrement burnés, qui entendent bien que leurs femmes ne soient pas violées par les Russes – mais qui exigent en revanche que la soupe leur soit servie à l’heure lorsqu’ils rentrent du front. Les « valeurs européennes », c’est quand même plutôt par temps calme, globalement.
Mardi 10 septembre la LFP (Ligue de Football Professionnel) a réélu à sa tête Vincent Labrune, un président forcément empêché: les vrais dirigeants sont les investisseurs étrangers qui ont racheté la majorité des clubs français, une OPA qui a décidé le Sénat à ouvrir une enquête.
Connaissez-vous l’honorable James Zhou ? En 2016 cet homme d’affaires chinois a racheté l’AJ Auxerre, le club bourguignon dont l’emblématique Guy Roux a assuré la notoriété pendant 44 ans… À Marseille, c’est l’Américain Frank McCourt qui est aujourd’hui propriétaire de l’OM, dont Bernard Tapie avait fait un grand d’Europe. Du côté de Saint-Etienne, les Verts, légendes des années 70, sont désormais la propriété du groupe canadien Kilmer Sports. Dans la capitale des Gaules, Jean-Michel Aulas, président du club durant 36 ans, a fini par vendre l’Olympique lyonnais à l’Américain John Textor. Promenade des Anglais, le big boss de l’OGC Nice est of course le très british sir Jim Ratcliffe. À Monaco, c’est le Russe Dmitri Rybolovlev qui dirige le club de la principauté. Le Havre, doyen des clubs français, est tombée dans l’escarcelle de l’Américain Vincent Volpe. À Paris, depuis 1991 le Qatar préside aux destinées du PSG, qu’il s’est offert pour le prestige d’associer l’émirat à la ville-lumière.
Venez comme vous êtes…
Strasbourg et Toulouse ont été rachetés par BlueCo et RedBird, des groupes d’investisseurs américains, Lille par un fonds de placement luxembourgeois. Le RC Lens appartient à un Franco-libano-arménien, le FC Nantes à un Franco-polonais, le SCO Angers à un Franco-algérien… Bref, sur les 18 clubs qui participent à la ligue 1, le championnat de France de football organisé par la LFP, il n’y a que quatre clubs qui naviguent sous pavillon français, Montpellier, Brest, Reims et Rennes.
Pour couronner le tout, le championnat a pour nom officiel « la ligue McDonald’s », les matches sont diffusés en France par le groupe anglais DAZN, et pour sauver les meubles, la LFP s’est associée au fonds luxembourgeois CVC, qui a avancé 1,5 milliard d’euros dans l’affaire, ce qui fait de ce groupe le grand argentier du foot français.
Sur le terrain, les étrangers sont également majoritaires. D’après le site autorisé Transfertmarket, sur les 494 joueurs qui participent à la saison 24/25, 298 sont étrangers, soit 60,3%. Qui représentent 75 nationalités ! En février dernier, la Ligue donnait des exemples. Le club qui comptait alors le plus d’étrangers était l’OM : 25 sur un effectif de 37 joueurs, composant ainsi une étonnante tour de Babel avec 12 Français, 3 Camerounais, 3 Marocains, 3 Sénégalais, 2 Argentins, 2 Belges, 2 Espagnols, 2 Suisses, 1 Anglais, 1 Brésilien, 1 Centrafricain, 1 Congolais, 1 Ivoirien, 1 Gabonais, 1 Panaméen et 1 Portugais !
Paradoxe : les meilleurs joueurs français évoluent à l’étranger, où ils touchent des salaires mirobolants que les clubs français (sauf le PSG qatari) ne peuvent leur offrir. Lors du dernier Euro de football, disputé en juin dernier, sur les 25 joueurs sélectionnés en équipe de France, 17 étaient sous-contrat à l’étranger…
L’arbitre est étranger !
Le décor ainsi planté, on peut se demander pourquoi (hormis le Qatar qui a investi à Paris pour valoriser son image) les investisseurs étrangers misent sur un foot français qui n’est rentable ni au niveau sportif (depuis l’OM de Tapie en 93 et le PSG de Canal Plus en 96, aucun club français n’a gagné une coupe d’Europe), ni sur le plan financier, puisque tous les clubs sont sur la corde raide, à l’exception du PSG qatari.
En revanche, on observe que ces investisseurs multiplient les transferts, je vends quatre joueurs et j’en achète cinq, ou inversement, flux et reflux d’argent permanents, avec des transactions où des commissions sont systématiquement versées, à des intermédiaires dont les comptes numérotés à l’étranger peuvent cacher l’identité des réels bénéficiaires.
Dans d’autres secteurs, comme les casinos ou les sites asiatiques de paris, on parlerait de machine à laver l’argent sale… Mais dans le foot, c’est bien connu, il n’y a pas de matches truqués, pas de dopage, pas de blanchiment d’argent…
Le Sénat a néanmoins jugé nécessaire de diligenter une commission d’enquête « sur l’intervention des fonds d’investissement dans le football professionnel français », dont les conclusions seront connues dans six mois.
À en croire médias et réseaux sociaux, les Américains sont au bord de la guerre civile. Des sujets de société tels que l’avortement et le port d’armes séparent les démocrates des républicains. Cependant, derrière les effets de manche et les concours d’invectives, leurs états-majors ont compris que les électeurs aspirent à un certain centrisme.
Si on se fie aux discours publics du personnel politique américain, la détestation entre le Parti républicain et le Parti démocrate est à son comble aux États-Unis.
Le Parti républicain, qui sert depuis plusieurs générations de maison commune aux conservateurs, s’est éloigné de sa tradition calme et pondérée, pour se transformer en cohorte de soutien au mouvement MAGA (« Make America Great Again »), conformément au slogan proposé par le génie du marketing Donald Trump. De sorte que la majorité des responsables républicains d’aujourd’hui se proclament anti-inclusifs, anti-clandestins, anti-avortement, anti-confinement, pro-armes à feu (« pro-gun »), parfois pro-Poutine et toujours pro-Israël.
Le Parti démocrate, quant à lui, patrie présumée des ouvriers, des minorités pauvres et des élites libérales, est obsédé par l’inclusion raciale et sexuelle, prône la régularisation des sans-papiers et veut bien sûr autoriser l’IVG à l’échelle fédérale. Les dirigeants démocrates sont généralement pro-Ukraine, parfois pro-Gaza et souvent excédés par Israël. Tous sont favorables à la réglementation des armes à feu.
Le temps est révolu où les deux appareils se contentaient d’éprouver l’un envers l’autre un sentiment de supériorité bonhomme, comme dans le cadre d’un championnat sportif. L’heure est aujourd’hui à la haine réciproque.
La promotion des politiques dites de « Diversity Equity Inclusion » en question dans les deux camps
Cependant, cette haine commence à paraître artificiellement exagérée. Derrière la surenchère des propos d’estrade et des posts sur les réseaux sociaux, les électorats sont en train de se ramollir discrètement. Certes, la « base » de Trump ne démobilise pas, menée par la quinzaine de députés presque plus trumpiens que Trump lui-même, j’ai nommé le « Freedom Caucus », dont les vingt membres n’ont pas suscité de nouveaux ralliements. Quant aux démocrates, ils étaient, il est vrai encore récemment, en proie au gauchisme le plus caricatural. Mais depuis quelques semaines, la modération politique de Kamala Harris s’est imposée dans les rangs du parti. Les députés wokes, qui forment une « squad » de neuf membres, dont Ilhan Omar, Rashida Tlaib et Alexandria Ocasio-Cortez, n’ont plus le vent en poupe. Il n’y aura d’ailleurs bientôt plus que sept « squadistes », puisque deux des moins connus ont perdu leur investiture, au profit de collègues plus modérés.
Dès le lendemain de l’attentat contre Trump, quand Biden a appelé à la retenue, les états-majors ont pris conscience de l’aspiration des Américains à davantage de centrisme. On peut gager que la victoire du 5 novembre reviendra à celui des deux candidats qui l’aura le mieux compris, et saura le mieux réorienter sa propagande. Certes, de nombreux sujets continuent de diviser violemment les Américains. Parmi eux : le droit à l’avortement ; la promotion des politiques dites de « Diversity Equity Inclusion », « DEI », nouveau nom de la discrimination positive ; la nécessité pour les mâles blancs hétérosexuels de faire repentance à l’égard des Noirs, des femmes, des minorités sexuelles et des Amérindiens ; la transidentité (« pas d’hommes dans le sport féminin », a notamment déclaré Trump) ; la question palestinienne ; l’expulsion massive des clandestins ; le confinement, le port du masque et l’imposition du vaccin en cas de recrudescence du Covid-19.
Notons que, s’agissant des armes à feu, le débat est sans objet, la victoire politique appartenant d’ores et déjà aux conservateurs, malgré une tendance contraire au sein de l’opinion. Environ 60 % des Américains sont favorables à une régulation accrue de la vente et de la détention d’armes, les autres sondés étant soit favorables aux quelques contrôles légers existants ou carrément contre toute régulation. Les candidats conservateurs, inconditionnellement financés par le lobby des armes, estiment que toute restriction sur l’achat d’une arme est liberticide, y compris les procédures banales de vérification de casier judiciaire. Tout candidat favorable même à de légères restrictions voit sa campagne minée par le lobby des armes. Jamais le Congrès n’est parvenu à voter une réelle régulation, si bien que tout le monde peut facilement acheter un AR-15, le fusil automatique dont s’est servi le tireur qui a atteint Donald Trump à l’oreille en juillet.
Donald Trump et son colistier le sénateur de l’Ohio, J. D. Vance, à la convention républicaine de Milwaukee, 16 juillet 2024 Photo: Annabelle Gordon/CNP Photo/SIPA
Il faut aussi mentionner un autre point de division entre les Américains : la question de la centralisation du pouvoir. De nombreux habitants des États du Sud, ces territoires qui ont résisté à la déségrégation raciale dans les années 1960, sont attachés à la notion de « States Rights » (les droits des 50 États). Leur problème actuel est de mettre fin à l’interventionnisme fédéral progressiste sur les questions sociétales comme celle de l’IVG. Or, pour son hypothétique deuxième mandat, Donald Trump semble ambitionner lui aussi de renforcer les pouvoirs de la Maison-Blanche et de Washington. Les documents de campagne disponibles sur la plateforme officielle du parti républicain et le « Project 2025 » édité par le think tank conservateur The Heritage Foundation recommandent un interventionnisme présidentiel hypermusclé. Dans ce dossier, les marqueurs idéologiques sont en train d’évoluer, voire de s’inverser : les républicains MAGA semblent résolus à ne distribuer que quelques vagues pouvoirs symboliques aux États fédérés tout en instituant de nouvelles prérogatives fédérales. Pour l’heure, les autonomistes conservateurs n’ont ni le temps ni l’envie d’aller jusqu’au bout de la question. Ils auront tout loisir d’y penser plus tard en cas de victoire de leur candidat.
Aujourd’hui les invectives demeurent donc encore au cœur du discours des candidats. Mais pour combien de temps encore, et avec quelle intensité ? Pour Donald Trump, Kamala Harris est une « gauchiste radicale » et une corrompue puisque Joe Biden l’est aussi à ses yeux. De son côté, Harris dépeint Trump comme un harceleur sexuel, un escroc et un séditieux, en plus d’être un ennemi des minorités sexuelles et ethniques. Biden lui-même répétait sans cesse que Trump était un menteur.
À l’étage du dessous, c’est-à-dire si on se penche sur le cas des deux candidats à la vice-présidence, le démocrate Tim Walz et le républicain J. D. Vance, c’est une autre musique qui se joue : chacun rivalise dans l’art de paraître plus rural-populiste que l’autre.
Walz et Vance, colistiers scrutés par l’opinion publique américaine
Tim Walz, colistier de Kamala Harris et gouverneur démocrate du Minnesota, est un progressiste pur sucre. Cet ancien instituteur, militaire de réserve, chasseur et pêcheur, issu d’une famille modeste d’agriculteurs, a pratiquement interdit la « thérapie de conversion » dans son État, c’est-à-dire la pratique consistant à changer des homosexuels en hétérosexuels. Il est également favorable à l’avortement comme droit pour toute femme. Enfin, après la mort de George Floyd en 2020, il a rétabli l’ordre public en mobilisant de son propre chef la garde nationale. Ce faisant, il a essayé de se créer une niche : quelqu’un qui sait être de gauche sans être entièrement relié à la cause woke. Il renoue avec une vieille tradition de bon sens populaire du Midwest.
Face à lui, J. D. Vance, sénateur de l’Ohio, élevé par une mère célibataire accro aux opiacés et à l’alcool, met en avant son passage dans les US Marines. Après quelques années comme juriste, il a écrit en 2016 un livre remarqué, Hillbilly Elegy (littéralement : « Élégie pour les ploucs montagnards »), dans lequel il présente Trump comme un usurpateur trompant les pauvres Blancs du Sud. Mais au bout de quelques années, Vance a opéré une volte-face spectaculaire, pour devenir un fervent soutien du milliardaire… Un revirement dont il n’a pas honte. Bien au contraire, le docteur en droit de l’université de Yale est un adepte de la « rédemption ». Le 17 juillet, dans son discours à la convention de Milwaukee, qui l’a désigné colistier de Donald Trump, il a d’ailleurs salué la guérison de sa mère, « propre et sobre depuis dix ans ». Des paroles typiques de la religion évangélique dans laquelle il a été élevé ; mais pour le moins étonnantes quand on sait que Vance s’est converti au catholicisme et a épousé une juriste hindoue.
Autre point de divergences entre démocrates et républicains : l’environnement. Trump qualifie d’arnaque les mesures écologiques de Biden, alors que les emplois verts ne cessent de se multiplier aux États-Unis. Pour lui, les automobiles électriques, celles-là mêmes qui sont fabriquées par son sympathisant Elon Musk, le patron de Tesla, sont une aberration économique… Côté démocrate, Kamala Harris vante les mérites des énergies renouvelables, et parle d’indépendance énergétique internationale, non sans accents nationalistes.
Les Américains des deux bords peuvent-ils s’y retrouver en fin de compte ? Sur l’avortement, une majorité d’Américains dans tous les sondages sont favorables au droit de choisir pour les femmes. Pendant combien de temps l’interdiction rampante introduite par la Cour suprême peut-elle être maintenue ? Il est vrai que Donald Trump lui-même rétropédale : il ne souhaite plus une loi fédérale interdisant l’IVG, renvoyant dès lors la décision à chaque État fédéré.
Le 6 août 2024 à Philadelphie, lors de son premier meeting de campagne, Tim Walz a répété un message qu’il ne cessait de déclamer depuis plusieurs semaines : les républicains sont « weird » (« bizarres »). « Vance est allé à l’université de Yale, c’est ça un homme du peuple ? a-t-il notamment déclaré. Lui et Trump sont diablement weird. » Un mot qui a fait mouche dans les sondages. Depuis, Trump et Vance tentent de retourner le weird contre l’envoyeur, mais même les commentateurs de la chaîne conservatrice Fox News estiment que cette tactique n’a pas marché.
Ce qui est vraiment weird, c’est plutôt la faille grandissante entre les attentes des Américains raisonnables des deux bords, et la propagande clivante des candidats. Y a-t-il vraiment deux Amériques qui se haïssent à mort ? Beaucoup le pensent. Une moitié des Américains, sondés en mai par une étude conduite par l’Institut Rasmussen, redoutent que des violences armées se produisent dans le pays de leur vivant. La tension exacerbée entre les états-majors de droite et de gauche peut-elle aboutir à un scénario de guerre de Sécession (1861-1865) ? Possible, mais de moins en moins plausible. Les Américains ne semblent pas désireux de s’entretuer comme en 1861-1865. Ils ont vu le résultat : 700 000 morts.
Évoquant ce qu’il est convenu désormais d’appeler « l’affaire Abbé Pierre », Élisabeth Lévy a mille fois raison lorsqu’elle écrit : « On ne condamne pas un mort »[1]. Hélas, il n’est guère davantage concevable de juger et condamner le silence devant une quelconque instance judiciaire. Le silence de la hiérarchie. Celle de l’Église de Rome en l’occurrence, l’entre soi des Très Hauts. Car on sait désormais que ces Très Hauts étaient au courant. Cela au moins depuis le séjour américain brusquement interrompu pour cause de « comportement inapproprié » et plus encore depuis la décision d’envoyer l’intéressé se soumettre à des soins dans un établissement suisse ad hoc.
D’autres institutions ou corporations, face à des transgressions comparables, les ont, elles aussi, hypocritement enfouies sous la chape du silence. Les mondes de l’école, de la politique, du cinéma, des médias, du sport, etc. Certes, mais aucune de ces communautés ne prétend devoir sa légitimité au culte de la vertu, au respect d’une exigence morale dont elles se voudraient être à la fois l’incarnation et la voix. L’Église si. De plus, concernant cette dernière, recourir à l’argument historique selon quoi on ne portait pas hier sur ces choses le même regard qu’aujourd’hui ne tient guère. Depuis ses tout premiers temps, l’Église s’est posée en contemptrice intransigeante du « fameux commerce charnel » et de ses dérives. Dans le même mouvement, elle en désignait la responsable principale, la femme.
La femme coupable de mille maux qui, énoncent doctement les dominicains Institoris et Srenger dans le Malleus Maleficarum – (Le Marteau des Sorcières – 1486) – « proviennent de la passion charnelle qui en elle est insatiable. » On pourrait multiplier à l’infini ce genre de références textuelles. Ce n’est donc pas le vent de l’époque ou l’air du temps qui serait venu, récemment, sensibiliser l’institution à ces sujets.
Dès les années cinquante, en très haut lieu on savait donc pour l’abbé Pierre. De même qu’on savait au sujet d’une autre affaire, plus saisissante encore, celle dont les tristes héros sont les frères Philippe, tous deux dominicains, et qui, bien que démasqués – et plus ou moins condamnés – dès ces mêmes années, ont pu persister jusqu’à une période récente dans leurs entreprises de domination sexuelle. Il faudrait aussi évoquer le silence fait autour de la multiplicité d’actes de pédocriminalité, longtemps étouffés là encore sous une omerta au sommet érigée, pourrait-on dire, en système.
Quel gâchis que ce silence des Très Hauts ! Imaginons combien ils se seraient grandis, et l’institution avec eux, si, brandissant crânement l’étendard qui devrait être le leur, l’étendard de la vertu, ils avaient – eux les premiers ! – encouragé, prêché, organisé, imposé la libération de la parole des victimes ! Autrement dit, s’ils avaient pleinement exercé leur magistère d’autorité morale. Tout simplement.
L’affaire de l’Abbé Pierre repose une énième fois la difficile question du célibat des prêtres.
Adulé puis conspué ! Adoré puis vilipendé, sinon répudié ! C’est là le cruel destin que vit aujourd’hui, après qu’il ait été porté aux nues par les Français, le nom de l’abbé Pierre, désormais voué aux gémonies.
Son délit, à en croire – et personne ne met certes en doute ici leur parole ni la véracité de leurs témoignages – de nombreuses femmes ? Agressions sexuelles, après avoir en outre profité de l’abusive emprise, tant morale que religieuse, qu’il exerçait, impunément en cette époque révolue, sur elles !
Certes, ce genre de pratiques, honteuses à plus d’un titre, s’avère-t-il hautement répréhensible et même, plus simplement encore, condamnable. Personne, ici, ne le nie, ni n’a même la moindre volonté de le minimiser ou de le relativiser en disculpant, a priori, ce célèbre prélat qui, au contraire, aurait normalement dû être, de surcroît, un incontestable modèle pour ses ouailles. Dont acte !
Maîtres censeurs plus que maîtres penseurs
Mais enfin, tout ceci étant dit et admis sans la moindre ambiguïté, devra-t-on, pour autant, rayer de nos mémoires, de nos rues comme de nos collèges, de notre histoire nationale comme de nos places publiques, le nom de celui qui, par-delà même son inacceptable comportement à l’égard de ces femmes, fut aussi, n’en déplaise à ses nouveaux détracteurs et autres maîtres censeurs, bien plus que maîtres penseurs, de tous bords, un Résistant de la première heure, durant la Seconde Guerre mondiale, contre le nazisme, avant de devenir ensuite, auréolé par sa fonction de prêtre, l’un des grands bienfaiteurs auprès des plus malheureux, faibles, pauvres et démunis au sein de la société civile ?
Certes, l’ingratitude, plus encore que ce lâche et confortable oubli de circonstance, s’avère-t-elle souvent – trop souvent, hélas – la paradoxale récompense que les hypocrites de tous poils ont la fâcheuse habitude d’attribuer sans scrupules à ceux pour qui faire le « bien », au sens moral du terme, leur tenait pourtant, au cours de leur humble parcours existentiel, d’inaliénable viatique, sinon d’impératif catégorique. Le Christ lui-même – et c’est un esprit laïc et agnostique tout à la fois qui parle ici – en sait quelque chose, lui qui, après avoir dispensé gracieusement ses bienfaits et autres bénédictions, fut finalement cloué sur la croix plus encore, à l’instar précisément de l’abbé Pierre aujourd’hui, qu’au pilori !
Double postulation simultanée : contre tout manichéisme réducteur, ou l’insondable complexité de l’âme humaine
Davantage : c’est à un étrange manichéisme, où toute nuance conceptuelle s’avère effacée de la simple raison, auquel se livre ainsi ces jours-ci, par cette quasi unanime condamnation de l’abbé Pierre, une certaine vindicte populaire, trop souvent prompte à brûler sans ménagement, et sans autres formes de procès que ses propres et seules certitudes, ses idoles du passé. Ces procureurs soudain improvisés auraient-ils donc oublié aussi, parallèlement à l’outrancière simplification de leur faculté de juger, combien le tréfonds de l’âme humaine peut parfois se révéler également – et c’est là l’un des incompressibles éléments de sa richesse intellectuelle – d’une insondable complexité ?
C’est d’ailleurs là ce qu’écrit, pour qui sait lire entre les lignes et surtout en profondeur, l’un des poètes les plus insignes de notre littérature moderne, Charles Baudelaire, pourtant impie parmi les impies nonobstant sa foncière éducation chrétienne et même catholique, dans Mon cœur mis à nu (1863), l’un de ses deux « journaux intimes » (avec Fusées). De fait, y énonce-t-il à juste titre dans le paragraphe XI, intitulé, très emblématiquement, « Double postulation simultanée » : « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. L’invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade ; celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre. »
Oui : à méditer, cette ultime vérité, tant philosophique que psychologique, au regard de celui, l’abbé Pierre donc, qui fut effectivement, jusqu’à ce que les récentes foudres de cette sorte de nouvelle police des mœurs ne s’abattent aussi violemment sur lui, ce « prêtre selon son cœur », comme le spécifia encore naguère le grand Baudelaire pour définir le poète, de la majorité des Français !
Un lynchage médiatique assorti de wokisme idéologique
Du reste, on reliera également, en guise de complément à cette édifiante lecture, l’admirable roman, centré sur la soumission à la tentation de la chair, de Georges Bernanos, Sous le soleil de Satan (1926), magnifiquement adapté, au cinéma par Maurice Pialat en 1987 et dont le rôle principal fut par ailleurs interprété, de manière non moins magistrale, par – autre récente victime de semblable lynchage mâtiné d’un très idéologique et même sectaire wokisme (l’abominable cancel culture, assortie de ses absurdes « déconstructions » de certains de nos mythes les plus ancrés) – un certain Gérard Depardieu…
Paix donc, malgré cette chasse aux sorcières qu’orchestre de plus en plus ouvertement le dictatoriale bien-pensance de notre pseudo-modernité, à son âme, puisque, mort et enterré depuis dix-sept ans maintenant, il n’a même plus le droit de s’expliquer ni, le cas échéant, de se défendre ou même de s’excuser ! Oui : il est aujourd’hui de prétendus tribunaux populaires ou médiatiques, mal nommés « moraux » ou « civils », qui ont les rances et même nauséabonds relents, d’ancienne et sinistre mémoire, d’inquisition moyenâgeuse sous le fallacieux prétexte de progressisme civilisationnel. Quant à l’authentique pardon, vertu pourtant intrinsèque à la charité chrétienne, ces apparentes bonnes âmes n’en connaissent manifestement pas la transcendantale (à défaut de céleste ou divine) signification, ni le véritable prix. Il faut, pour cela, plus de noblesse d’esprit, de profonde humanité, du sens de la compassion et de générosité d’âme !
Le célibat des prêtres, contraire à la nature humaine ?
Enfin, last but not least, peut-être l’Église catholique elle-même, qui n’est certes pas exempte de responsabilité dans ce genre de dérives sexuelles dont s’est rendu coupable l’abbé Pierre, devrait-elle enfin reconsidérer, sinon carrément annuler sur le plan doctrinal, l’obligatoire et aberrant célibat des prêtres, en tous points contraire aux exigences et pulsions les plus irréductibles de la nature humaine !
Le fondateur du site « Islam & Info », Elias d’Imzalène, déjà visé par une fiche S depuis 2021, a été filmé appelant à « mener l’intifada à Paris » afin de « libérer Jérusalem » lors d’une manifestation propalestinienne, ce dimanche. Selon Europe 1, il a ses entrées chez LFI et à Bruxelles. Quand il ne détourne pas la cause palestinienne, il passe le plus clair de son temps à lutter pour le voile ou contre l »islamophobie » en France.
Dimanche 8 septembre, place de la Nation, à Paris. Lors d’une manifestation propalestinienne intitulée « 11 mois de génocide… stop !», organisée par le collectif « Urgence Palestine », l’un des intervenants s’est fait remarquer à la suite de propos incitant les Parisiens à mener l’« intifada » dans la capitale(voir notre vidéo, en fin d’article).
Incendiaire
Il s’agit d’Elias d’Imzalène, fondateur du site « Islam et Info ». Ce militant islamiste apparait comme l’un des leaders du mouvement Urgence Palestine. Il est également cité dans une note des renseignements ayant motivé la fermeture de la mosquée de Torcy en 2017. Cette mosquée était considérée comme un foyer extrémiste, enseignant le combat contre « les mécréants » et encourageant le djihad.
L’islamiste fiché S, Elias d’Imzalène, qui a appelé à l’intifada dans Paris, a défilé juste derrière deux députés LFI, M. Portes et Mme Hassan. Et c’est pas la première fois, qu’il se retrouve aux cotés de députés #LFI. https://t.co/jWEavmawbfpic.twitter.com/ubiTXVXzgP
Elias Imzalène a donc appelé les manifestants à mener une intifada à Paris. « Est-ce qu’on est prêts à mener l’intifada dans Paris ? Dans nos banlieues ? Dans nos quartiers ? » a-t-il demandé lors de son discours, devant une foule en liesse qui acquiesçait en chœur. « La voie de la libération… démarre de Paris » a-t-il hurlé, avant d’annoncer que « bientôt, Jérusalem sera libérée et nous pourrons prier au masjid al-Aqsa (la mosquée al-Aqsa, à Jérusalem) ». Et de poursuivre : « Le génocide a des complices. Ils s’appellent Biden, ils s’appellent Macron, Macron le voleur d’élections, n’est-ce pas ? On les connaît les voleurs, qui habitent à l’Élysée et à Matignon. On les connaît. Et est-ce qu’on est prêts à les virer, eux aussi ? », a-t-il demandé aux manifestants.
Ressentiment post-colonial
De nombreux enfants de l’immigration du Maghreb et d’Afrique subsaharienne ont été élevés dans leur famille et ailleurs, y compris dans certaines mosquées, dans le ressentiment post-colonial. Souvent inconscients de ce qu’ils portent en eux, ils traduisent un esprit de revanche, aggravé et renforcé par la violence qu’ils voient dans le cercle familial et dans le quartier. Les parents ont entendu depuis plusieurs dizaines d’années la litanie d’une France raciste et excluante et qui, de plus, a colonisé le pays d’origine. Ils se voient victimes de discriminations de la part de ce peuple qui a colonisé leurs grands-parents. La guerre d’Algérie et la lutte des indépendances ne sont pas terminées. Le combat pour la Palestine sert de prétexte et de support à ces ressentiments.
Plus encore, il se passe dans notre pays, toutes proportions gardées, à peu près ce qui a lieu au Proche-Orient. Israël également est considérée par la jeunesse des pays arabes comme une puissance colonisatrice qui a volé une terre qui ne lui appartient pas. Cet apartheid qu’on impute à Israël, c’est celui que ressent cette jeunesse de nos quartiers en France-même. Ici comme là-bas, c’est le même ressentiment, la même plainte, la même envie à l’égard de ceux qui ont tout et qui les privent de tout. Là-bas comme ici, la réalité est ignorée au profit d’une propagande victimaire et revancharde. « La police qui tue », c’est l’équivalent de Tsahal dans les territoires « occupés », comme le sont pour beaucoup de ces jeunes leurs quartiers également occupés par les institutions d’un État illégitime. Comment ne pas voir cette ressemblance inquiétante dans les motivations de ces jeunes qui n’hésitent pas à affronter les forces de l’ordre d’un pays qu’ils ne veulent pas respecter, dans beaucoup des vingt-quatre mille refus d’obtempérer par an ? Comment ne pas voir dans ce terrorisme qui a frappé au Bataclan, à Nice et ailleurs, dans ces attaques au couteau qui se multiplient, dans ces agressions pour un regard, une cigarette refusée, une expression de cette haine et de cet esprit de revanche qui ont longtemps couvé et qui éclatent désormais au grand jour ?
Comment peut-on tolérer que de tels propos soient tenus publiquement? Comment ? https://t.co/4VMJPJh4dz
Daniel Auteuil prendra-t-il la défense de Grégory Gadebois, accusé du meurtre de sa femme ? Un film judiciaire de facture assez traditionnelle mais tout à fait réussi
On sait bien que Daniel Auteuil est l’un de nos plus grands acteurs, même s’il lui est arrivé de se fourvoyer dans des productions sans grand intérêt. De même que ses premiers pas comme réalisateur avec des adaptations de Pagnol avaient pu laisser dubitatif. Mais il revient avec Le Fil qu’il considère lui-même comme son véritable passage derrière la caméra.
Adapté de la nouvelle Au guet-apens : chroniques de la justice pénale ordinaire de l’avocat pénaliste Jean-Yves Moyart, alias Maître Mô, le scénario trace le portrait d’un avocat, Jean Monnier (Daniel Auteuil), qui prend en charge la défense d’un homme (Grégory Gadebois) accusé du meurtre de sa femme et qu’il croit innocent… Sur une trame assez convenue, Auteuil parvient à tisser les fils d’une relation complexe, entre vérité et culpabilité.
Le film repose beaucoup sur un casting et une direction d’acteurs très inspirés, comme c’est souvent le cas pour des films dirigés par des acteurs : bon sang ne saurait mentir !
Inspirée par le parcours personnel du pianiste et homme d’affaires d’origine libanaise Omar Harfouch, la tournée internationale qui débute se veut une plateforme promouvant la paix et le dialogue interculturel, en transformant l’émotion musicale en engagements concrets pour la paix dans le monde. L’optimiste entrepreneur explique ici sa démarche.
Que peut l’art face aux souffrances de l’humanité ? Rien, balaieront les fatalistes et défaitistes ; tout, répondront les idéalistes. Et si la réponse à cette question digne d’un sujet de philosophie du baccalauréat était, comme souvent en pareille circonstance, à chercher dans la nuance ? Et si, de la même manière que toute forme d’art est, en fonction de son histoire, de sa culture ou de sa sensibilité personnelle, perçue différemment par chaque être humain, le pouvoir de guérison de l’art dépendait, d’abord et avant tout, de la manière dont chacun et chacune d’entre nous crée ou reçoit telle ou telle expression artistique ?
Une œuvre née de l’adversité
C’est cette dernière approche qui, pour le pianiste et compositeur que je suis, s’impose comme une évidence. Né dans un Liban en proie à la guerre civile, c’est dans cette expérience ô combien personnelle et intime de la souffrance humaine que je puise mon inspiration – et comment pourrait-il en être autrement ? Petit garçon, le piano a été mon refuge. Un abri de bois et de cordes derrière lequel l’enfant se calfeutrait en attendant la fin des bombardements. Mais aussi, et surtout, une planche de salut, chaque note apprise en autodidacte s’échappant de l’instrument pour mieux fuir la guerre et panser les blessures, physiques comme émotionnelles, d’un enfant, d’une famille et d’un pays tout entier.
Plus tard, bien plus tard, le destin a bel et bien permis au jeune Omar de quitter, réellement cette fois, cette terre libanaise martyrisée par les hommes. De se réaliser ailleurs, sous d’autres cieux, en Russie, en Ukraine puis en France. Et si la vie et le travail lui ont offert de s’élever au-dessus de sa condition d’origine, jamais l’enfant en lui ne s’est tu. Jamais l’enfant de Tripoli n’a oublié. Jamais les yeux de l’adulte ne se sont détournés de la souffrance, de la division et de la guerre qui ravagent, aujourd’hui plus que jamais, notre monde. C’est de ce parcours, singulier, et de cette sensibilité, personnelle, qu’est né le Concerto pour la paix.
Un message universel de paix
Présentée en première mondiale le 6 mars dernier au Théâtre de Béziers, cette composition pour piano, violon et orchestre se propose, en un unique mouvement de 17 minutes, de transfigurer la douleur du passé en un appel à l’unité et à la réconciliation. Arrangé avec la complicité de mon ami d’enfance Houtaf Khoury, le Concerto pour la paix a été imaginé, dès sa conception orchestrale, comme un reflet du monde pacifié que nous voulons voir advenir ; c’est pourquoi nous avons tenu à ce que des instruments originaires du Moyen-Orient côtoient, au sein même de l’orchestre, les violons et autres instruments à cordes et à vent de la musique classique occidentale. Comment, autrement dit, transmettre un message de paix et d’harmonie si celles-ci ne règnent pas, d’abord, entre les musiciens sur scène ?
Il est impossible, pour les membres d’un orchestre quel qu’il soit, de connaître personnellement et intimement l’ensemble des musiciens avec lesquels ils jouent. Mais il leur est tout aussi impossible, sinon davantage, de jouer ensemble s’ils ne s’écoutent pas, s’ils ne se respectent pas mutuellement, s’ils n’embrassent pas leurs différences – ethniques, religieuses, politiques, etc. Un équilibre fragile, mais un équilibre possible : c’est cette sensation, cette vision, cet espoir que notre Concerto entend, à travers l’émotion musicale, véhiculer au public. Pour que cette émotion se transforme, espérons-le, en actions tangibles. Pour qu’elle inspire, chez celles et ceux qui la reçoivent – et notamment chez les dirigeants politiques –, des projets de réconciliation, de pardon et de paix.
De l’émotion à l’action
L’art n’a pas à être politique, s’écrieront les puristes. Ce serait oublier, pour ne parler que du domaine musical – et sans bien sûr me comparer à ces illustres figures – qu’en leurs temps Chopin, jouant La Polonaise quand le tsar russe entrait en Pologne, ou Tchaïkovski, défiant Napoléon avec son Ouverture solennelle 1812, ne tremblaient pas devant la politisation de leur musique. Réunis le 18 septembre au Théâtre des Champs-Élysées, les quelque 300 décideurs, diplomates et personnalités influentes qui assisteront au Concerto pour la paix seront, à leur tour, appelés à s’engager, très concrètement, pour un monde pacifié.
C’est aussi dans cette perspective que j’ai souhaité inscrire la tournée internationale qui suivra le concert parisien, conçue comme une plateforme encourageant la paix et le dialogue interculturel. Dans cette perspective encore que nous jouerons, en décembre, devant l’assemblée des Nations Unies de Genève. Et dans cette perspective, toujours, que nous poursuivrons : au Vatican, à Shangaï, devant le parlement italien et partout où les femmes et hommes de bonne volonté se montreront prêts à ouvrir leur cœur – à la musique, à l’autre, à la possibilité, toujours remise sur l’établis, d’un monde meilleur. Parce que la paix devient urgente. Que les artistes ne peuvent se taire. Et que nos dirigeants ne peuvent refuser d’entendre.
Partout dans le monde, le retour des frontières signe l’échec des immigrationnistes
La révolte des peuples maltraités sonne la fin des idéologues déjantés. Une même colère existentielle annonce, aux États-Unis comme en Europe, le retour aux frontières protectrices. C’est le rejet des élites déracinées qui pousse Donald Trump vers la victoire contre Kamala Harris, qui a néanmoins réussi son débat de cette nuit. La France, dont le gouvernement de Michel Barnier sera mis sous la surveillance de l’indésirable RN, n’échappe pas à cette révolution conduite par les parias d’hier. L’hypothèse d’un ministère de l’Immigration a été évoquée dès mardi. Mais c’est l’Allemagne qui, lundi, a le plus spectaculairement illustré le revirement des dirigeants universalistes et xénophiles, confrontées à la résistance des autochtones. Répondant à la puissance des votes protestataires de l’Afd en Saxe et en Thuringe en attendant le Brandebourg, le gouvernement d’Olaf Scholz a annoncé le rétablissement des contrôles à ses entrées française, luxembourgeoise, néerlandaise, belge et danoise. Des contrôles existaient déjà aux frontières avec la Pologne, la République tchèque, l’Autriche et la Suisse. Or, en 2015, Angela Merkel avait été unanimement saluée par les perroquets à cartes de presse et les dirigeants brasseurs de nuages pour avoir ouvert son pays à un million de réfugiés syriens et irakiens. Le Point (10 septembre 2015) avait fait sa une sur « L’incroyable Madame Merkel. Si seulement elle était française… ».Le Monde avait salué « la fierté de l’Europe » en réclamant pour elle le prix Nobel de la paix. Anne Hidalgo avait déployé ses banderoles « Bienvenue à Paris », en anglais et en arabe…
L’urgence est de soutenir la libération en cours des esprits. L’emprise des propagandistes dingos doit cesser. Ceux-ci marchent sur la tête depuis près d’un demi-siècle. En 2015, quiconque criait « au fou ! » en observant la légèreté compassionnelle de Merkel était évidemment accusé de racisme par le discours dominant. Ce qui est advenu était pourtant annoncé par les lanceurs d’alerte : terrorisme islamiste, insécurité croissante, flambée de l’antisémitisme musulman. Comme la France, l’Allemagne a été, depuis 2015, la cible de plusieurs attentats islamistes. La dernière attaque au couteau remonte au 24 août, à Solingen : un réfugié syrien y a tué trois personnes. Le 5 septembre, un attentat contre le consulat israélien à Munich a été déjoué. L’Allemagne, qui croyait faire repentance de son racisme hitlérien en s’ouvrant au monde, a importé comme prévu la judéophobie de la culture islamique. En France, l’appel à « mener l’intifada à Paris », lancé dimanche place de la Nation par Elias D’Imzalene (Fiché S), proche de la France insoumise, est venu rappeler aux somnambules que l’islamisme importé, sous les encouragements de la gauche et des organisations antiracistes, est en train d’attiser la guerre civile, selon un processus décrit par votre serviteur dès 2016 (La guerre civile qui vient, Editions Pierre-Guillaume de Roux). Rimbaud avait 17 ans quand il écrivit (Le bateau ivre, 1871) : « Je regrette l’Europe aux anciens parapets ». Les frontières reviennent enfin. La nostalgie est une idée moderne.
Jusqu’à dimanche, le festival de danse de Biarritz, « Le Temps d’aimer », offre une programmation qui fait la part belle aux compagnies osant le répertoire néoclassique. Il n’y a pas que des réussites, mais l’ensemble vaut le détour !
Y a-t-il des festivals pour ville de droite ? Une esthétique, des tendances artistiques plus appréciées par un public votant à droite ? La question peut paraître saugrenue, sinon totalement incongrue. Et pourtant ! Même aujourd’hui, où les lignes de partage entre la droite et la gauche paraissent un peu confuses, un public qui vote à droite pourrait être effectivement bien plus conservateur, moins aventureux qu’un autre qui voterait à gauche. À Biarritz, et dans une contrée où bien des mairies sont tenues par des partis de droite depuis des décennies, le propos paraîtrait cohérent. « Mais cette année les circonscriptions basques ont envoyé trois députés du Nouveau Front populaire à la Chambre et ce qui était peut-être valable il y a dix ans encore ne l’est plus guère avec l’évolution de la population et le rajeunissement du public », observe Thierry Malandain, le directeur de Ballet de Biarritz et du festival de danse baptisé Le Temps d’aimer.
Ballets de Monte-Carlo, Ballet de Schwerin, Ballet de Berne, Ballet de l’Opéra de Metz, Ballet de l’Opéra d’Avignon et même le rejeton abâtardi du Ballet national de Marseille : sans tourner le dos aux petites compagnies de danse dite contemporaine, pour la 34e édition du festival, le chorégraphe Thierry Malandain n’y est pas allé par quatre chemins et a beaucoup donné du côté d’institutions longtemps néo-académiques.
Une programmation réactionnaire ?
Une programmation réactionnaire ? Sans doute, mais pas au sens détestable ou passéiste du terme. Réactionnaire, au sens de réactif. En réaction à ce qui se fait partout ailleurs en France, à Paris surtout où l’on a depuis bien longtemps pris ostensiblement parti pour la danse contemporaine au détriment de la danse dite néo-classique qui fait pratiquement figure, dans les milieux autorisés, de reliquat déshonorant d’un ancien monde dont on a d’ailleurs perdu la mémoire.
Or, si la danse contemporaine a effectivement tenu le haut du pavé tant que les chorégraphes de génie ou de talent foisonnaient, c’est-à-dire dans les dernières décennies du XXe siècle, elle s’est douloureusement tarie pour devenir à son tour tristement académique en obéissant à de nouveaux poncifs, à des procédés obligés qui sont la planche de salut d’innombrables artistes sans talent. De leur côté, les compagnies de ballet se sont fréquemment métamorphosées. Réformé dès les années 1970, mais surtout sous la direction de Yorgos Loukos, le Ballet de Lyon en a été le plus brillant exemple en devenant le héraut de l’élite des chorégraphes modernes toutes tendances confondues. Dans la foulée, après un temps de réflexion assez conséquent tout de même, les compagnies de ballet françaises, souvent liées à des maisons d’opéra, comme à Bordeaux, à Toulouse, à Strasbourg, à Nancy, à Nice… ont abandonné leurs poussiéreux oripeaux pour évoluer et s’ouvrir à des esthétiques plus en accord avec le temps, tout en prêtant d’excellents interprètes à un répertoire contemporain ainsi transfiguré. Sans malheureusement éviter les faux pas : soit en invitant sans discernement des artistes médiocres pour se donner à bon compte une touche de modernité, soit en jetant par-dessus bord, et sans plus de discernement non plus, tout un répertoire néo-classique où il y a des merveilles à sauver ou à ressusciter. Car comme toujours en France, un héritage sans doute de 1793, on croit devoir honnir en bloc ce qu’on adorait hier, comme pour s’acheter une bonne conduite de révolutionnaire.
Bien seul dans le paysage
C’est un peu contre cet abandon d’une danse pensée, écrite, mais encore exécutée par des danseurs de qualité comme le sont ceux de sa propre compagnie, que s’érige Thierry Malandain, désormais bien seul dans le paysage. Contre cette inculture généralisée qui touche en premier chef ceux qui se sont intronisés chorégraphes, mais qui n’ont ni vocabulaire, ni savoir faire, ni même la moindre idée de la construction d’un ouvrage, et que bénit un ministère de la Culture destructeur, sans vision, sans projet, aux mains de médiocres dont on ne mesurera jamais assez la sottise et les effets de nuisance.
Le malheur a toutefois voulu que les premiers spectacles du festival qui fait accourir un public de quelque 33 000 spectateurs, fidèle, mais aussi renouvelé, patiemment construit au fil des années à coup de répétitions publiques, de travail dans les écoles, de manifestations ouvertes à tous, un public venu d’un vaste territoire qui court de l’Espagne aux Landes, le malheur a voulu que les spectacles qu’on a pu voir aient été franchement médiocres et qu’ils donnent cruellement raison aux détracteurs des troupes néo-académiques. Entre la production du Ballet de Berne censée évoquer l’univers mental de Don Quichotte, l’une des choses les plus creuses, les plus insignifiantes qu’on ait pu voir dans une vie de spectateur déjà fort longue, confiée à un « chorégraphe » et à un « compositeur » taïwanais, et celui exhibé par une troupe espagnole, Kor Sia, prétendant évoquer Pétrarque par une gymnastique d’une affolante indigence, le bilan n’est guère heureux. Et ce n’est pas le Ballet de Schwerin qui le fait franchement basculer.
La duchesse d’Orléans
Schwerin ! En France, on n’en avait plus entendu parler depuis 1837, date du mariage du duc d’Orléans, le fils ainé du roi des Français, avec la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin, aïeule de presque tous les princes d’Orléans d’aujourd’hui.
La petite capitale du Land de Mecklembourg-Poméranie, Schwerin, a évidemment son Théâtre d’État et son ballet comme toutes les villes allemandes de quelque dignité. C’est ici une compagnie néo-classique sans grande envergure, mais tout à fait honorable, porteuse d’un spectacle construit sur des pages de Jean-Sébastien Bach et parfaitement représentatif de ce que peut produire une telle formation : quelque chose qui n’est pas insupportable, mais tellement fade, tellement incolore, en un mot parfaitement inutile, qu’on se demande à quoi peut bien servir cette troupe de danseurs, sinon à faire ainsi évoluer sans fâcheuse surprise la digestion vespérale des bourgeois du Mecklembourg qui d’ailleurs ne doivent même plus savoir que leur Hélène devait devenir reine des Français. Près de San Sebastian, où l’on a présenté la production mecklembourgeoise avant qu’elle ne soit affichée à Biarritz, en plein cœur du Pays-Basque espagnol où le festival a l’intelligence de rayonner en brisant les antiques frontières, le public a accueilli cette soupe tiède avec le même généreux enthousiasme que s’il avait découvert un chef d’œuvre.
De ces premières journées de festival réchappe un seul ouvrage : un duo amoureux, « Crocodile », créé au Théâtre de Bayonne et signé par un artiste basque, Martin Harriague. Une introspection sensible, tout en gestes furtifs, tendres et délicats. Comme Harriague est un enfant du pays, la tendance est de faire de ce duo un miracle. C’est excessif. Il lui manque une force dramatique, une tension qui le porterait à une autre dimension. Mais il n’en n’est pas moins vrai que cette broderie fébrile est honnête, raffinée, qu’elle procède d’une vraie sincérité, même si cette sincérité peut avoir quelque chose de troublant en faisant entrer à l’excès le spectateur dans l’intimité du chorégraphe.
« Crocodile » de Martin Harriague
Un public qui explose
Outre le fait que la création chorégraphique s’effondre avec de pseudos artistes qui se multiplient à l’envi et qui sont coupablement encouragés par des aides multiples venues des pouvoirs publics, trop minces pour leur permettre de subsister, mais trop nombreuses pour ne pas encourager une inflation de prétentions à être un créateur, la cherté galopante des productions, des voyages, des séjours rendent aujourd’hui bien difficile la réalisation du festival. Selon Thierry Malandain : « Avec beaucoup d’argent que nous n’avons pas, nous pourrions faire venir de grandes compagnies et des programmes irréprochables. Bien souvent, de surcroît, le mois de septembre est pour elles l’époque où la saison débute dans leurs villes d’attache, ce qui les empêche de voyager. Alors que nous sommes exposés de toutes parts à des pressions régionales considérables, notre rôle est de faire découvrir au public les multiples tendances du monde chorégraphique. Mais aussi de soutenir des auteurs nouveaux ou des compagnies comme celle de l’Opéra de Metz à qui des tournées hors les murs confèrent une visibilité qui en impose aux pouvoirs publics qui les subventionnent. »
En attendant, la 34e édition du festival se répand cette année dans une douzaine de villes du Pays-Basque. Et se propage jusqu’à Pau. Dans la région, grâce à un travail de longue haleine, le public de la danse s’accroît, explose même. À telle enseigne que les salles des villes voisines, à commencer par le majestueux Théâtre de Bayonne, se sont toutes mises à programmer des spectacles chorégraphiques pour répondre à la demande du public. Et ce sont les directeurs du Ballet de Biarritz, Thierry Malandain et Yves Kordian, qui sont à l’origine de ce phénomène avec les danseurs de la troupe, en forgeant cette réussite avec autant de passion que de diplomatie.
Le festival est assez éclectique pour reconnaître aussi le talent d’un Thomas Lebrun. Car c’est avec un ouvrage de ce dernier, L’Envahissement de l’être et l’intrépide réalisation de La Mégère apprivoisée que Jean-Christophe Maillot avait magnifiquement chorégraphiée pour le Ballet du Bolchoï, à Moscou et que les Ballets de Monte Carlo ont aussi à leur répertoire, que va s’achever le festival de danse de Biarritz sur des notes brillantes. On découvrira encore le travail du Ballet de Metz, qui désormais s’émancipe de la tutelle du théâtre lyrique auquel il est attaché.
Festival de Danse de Biarritz – Le Temps d’aimer. Jusqu’au 16 septembre www.letempsdaimer.com / 05 59 22 44 66
Par temps de guerre, on oublie les lubies alimentaires ou sur le genre habituellement promues à Bruxelles.
L’Ukraine, depuis février 2022, est devenue le poste avancé de l’Europe contre le despotisme poutinien. Ursula von der Leyen mouille ainsi la chemise (en soie de muga) pour que les 27 pays de l’Union apportent tout le concours nécessaire à la défense des « valeurs européennes » dont Zelinsky est désormais le parangon.
Conformément aux dites valeurs, on imagine dans les tranchées du Donbass, non sans fierté, ces milliers d’hommes déconstruits faisant appel à la part féminine qui sommeillait en eux, dans le but de repousser les soldat-(e)-s russes. On suppute également la discipline de fer qui a dû immédiatement se mettre en place, afin de ne pas mégenrer les éventuels prisonniers adverses capturés sur le front. On se prend à rêver d’un cliché de type Reichstag 1945 digne de celui du photographe soviétique Evgueni Khaldeï, immortalisant les militaires ukrainiens hissant, cette fois au sommet du Kremlin, un autre drapeau, l’arc-en-ciel des fiertés LGBT. Il se murmure d’ailleurs qu’un commando transgenre, épaulé par une brigade non genrée, aurait pris en étau (humm) une division soviétique basée à Koursk, bardée de cuir et de chaînes (l’affrontement n’aurait été ni très viril ni très correct au demeurant).
Côté popote, la traçabilité des gamelles de tout fantassin ne peut qu’être assurée, conformément à la directive européenne JR-55-q27 (alinéa 12), ainsi que la fourniture alternative d’un plat végan ou hallal, au troufion-(e) membre d’une minorité gustative ou religieuse. Sauf, évidemment, en cas d’attaque nucléaire survenue moins de trente minutes avant le service du plat chaud. On soulignera à cette occasion le pragmatisme normatif bruxellois, bien éloigné des clichés populistes.
Renseignements pris, il semblerait que l’Europe mise tout sur la testostérone de mâles sévèrement burnés, qui entendent bien que leurs femmes ne soient pas violées par les Russes – mais qui exigent en revanche que la soupe leur soit servie à l’heure lorsqu’ils rentrent du front. Les « valeurs européennes », c’est quand même plutôt par temps calme, globalement.
Mardi 10 septembre la LFP (Ligue de Football Professionnel) a réélu à sa tête Vincent Labrune, un président forcément empêché: les vrais dirigeants sont les investisseurs étrangers qui ont racheté la majorité des clubs français, une OPA qui a décidé le Sénat à ouvrir une enquête.
Connaissez-vous l’honorable James Zhou ? En 2016 cet homme d’affaires chinois a racheté l’AJ Auxerre, le club bourguignon dont l’emblématique Guy Roux a assuré la notoriété pendant 44 ans… À Marseille, c’est l’Américain Frank McCourt qui est aujourd’hui propriétaire de l’OM, dont Bernard Tapie avait fait un grand d’Europe. Du côté de Saint-Etienne, les Verts, légendes des années 70, sont désormais la propriété du groupe canadien Kilmer Sports. Dans la capitale des Gaules, Jean-Michel Aulas, président du club durant 36 ans, a fini par vendre l’Olympique lyonnais à l’Américain John Textor. Promenade des Anglais, le big boss de l’OGC Nice est of course le très british sir Jim Ratcliffe. À Monaco, c’est le Russe Dmitri Rybolovlev qui dirige le club de la principauté. Le Havre, doyen des clubs français, est tombée dans l’escarcelle de l’Américain Vincent Volpe. À Paris, depuis 1991 le Qatar préside aux destinées du PSG, qu’il s’est offert pour le prestige d’associer l’émirat à la ville-lumière.
Venez comme vous êtes…
Strasbourg et Toulouse ont été rachetés par BlueCo et RedBird, des groupes d’investisseurs américains, Lille par un fonds de placement luxembourgeois. Le RC Lens appartient à un Franco-libano-arménien, le FC Nantes à un Franco-polonais, le SCO Angers à un Franco-algérien… Bref, sur les 18 clubs qui participent à la ligue 1, le championnat de France de football organisé par la LFP, il n’y a que quatre clubs qui naviguent sous pavillon français, Montpellier, Brest, Reims et Rennes.
Pour couronner le tout, le championnat a pour nom officiel « la ligue McDonald’s », les matches sont diffusés en France par le groupe anglais DAZN, et pour sauver les meubles, la LFP s’est associée au fonds luxembourgeois CVC, qui a avancé 1,5 milliard d’euros dans l’affaire, ce qui fait de ce groupe le grand argentier du foot français.
Sur le terrain, les étrangers sont également majoritaires. D’après le site autorisé Transfertmarket, sur les 494 joueurs qui participent à la saison 24/25, 298 sont étrangers, soit 60,3%. Qui représentent 75 nationalités ! En février dernier, la Ligue donnait des exemples. Le club qui comptait alors le plus d’étrangers était l’OM : 25 sur un effectif de 37 joueurs, composant ainsi une étonnante tour de Babel avec 12 Français, 3 Camerounais, 3 Marocains, 3 Sénégalais, 2 Argentins, 2 Belges, 2 Espagnols, 2 Suisses, 1 Anglais, 1 Brésilien, 1 Centrafricain, 1 Congolais, 1 Ivoirien, 1 Gabonais, 1 Panaméen et 1 Portugais !
Paradoxe : les meilleurs joueurs français évoluent à l’étranger, où ils touchent des salaires mirobolants que les clubs français (sauf le PSG qatari) ne peuvent leur offrir. Lors du dernier Euro de football, disputé en juin dernier, sur les 25 joueurs sélectionnés en équipe de France, 17 étaient sous-contrat à l’étranger…
L’arbitre est étranger !
Le décor ainsi planté, on peut se demander pourquoi (hormis le Qatar qui a investi à Paris pour valoriser son image) les investisseurs étrangers misent sur un foot français qui n’est rentable ni au niveau sportif (depuis l’OM de Tapie en 93 et le PSG de Canal Plus en 96, aucun club français n’a gagné une coupe d’Europe), ni sur le plan financier, puisque tous les clubs sont sur la corde raide, à l’exception du PSG qatari.
En revanche, on observe que ces investisseurs multiplient les transferts, je vends quatre joueurs et j’en achète cinq, ou inversement, flux et reflux d’argent permanents, avec des transactions où des commissions sont systématiquement versées, à des intermédiaires dont les comptes numérotés à l’étranger peuvent cacher l’identité des réels bénéficiaires.
Dans d’autres secteurs, comme les casinos ou les sites asiatiques de paris, on parlerait de machine à laver l’argent sale… Mais dans le foot, c’est bien connu, il n’y a pas de matches truqués, pas de dopage, pas de blanchiment d’argent…
Le Sénat a néanmoins jugé nécessaire de diligenter une commission d’enquête « sur l’intervention des fonds d’investissement dans le football professionnel français », dont les conclusions seront connues dans six mois.
À en croire médias et réseaux sociaux, les Américains sont au bord de la guerre civile. Des sujets de société tels que l’avortement et le port d’armes séparent les démocrates des républicains. Cependant, derrière les effets de manche et les concours d’invectives, leurs états-majors ont compris que les électeurs aspirent à un certain centrisme.
Si on se fie aux discours publics du personnel politique américain, la détestation entre le Parti républicain et le Parti démocrate est à son comble aux États-Unis.
Le Parti républicain, qui sert depuis plusieurs générations de maison commune aux conservateurs, s’est éloigné de sa tradition calme et pondérée, pour se transformer en cohorte de soutien au mouvement MAGA (« Make America Great Again »), conformément au slogan proposé par le génie du marketing Donald Trump. De sorte que la majorité des responsables républicains d’aujourd’hui se proclament anti-inclusifs, anti-clandestins, anti-avortement, anti-confinement, pro-armes à feu (« pro-gun »), parfois pro-Poutine et toujours pro-Israël.
Le Parti démocrate, quant à lui, patrie présumée des ouvriers, des minorités pauvres et des élites libérales, est obsédé par l’inclusion raciale et sexuelle, prône la régularisation des sans-papiers et veut bien sûr autoriser l’IVG à l’échelle fédérale. Les dirigeants démocrates sont généralement pro-Ukraine, parfois pro-Gaza et souvent excédés par Israël. Tous sont favorables à la réglementation des armes à feu.
Le temps est révolu où les deux appareils se contentaient d’éprouver l’un envers l’autre un sentiment de supériorité bonhomme, comme dans le cadre d’un championnat sportif. L’heure est aujourd’hui à la haine réciproque.
La promotion des politiques dites de « Diversity Equity Inclusion » en question dans les deux camps
Cependant, cette haine commence à paraître artificiellement exagérée. Derrière la surenchère des propos d’estrade et des posts sur les réseaux sociaux, les électorats sont en train de se ramollir discrètement. Certes, la « base » de Trump ne démobilise pas, menée par la quinzaine de députés presque plus trumpiens que Trump lui-même, j’ai nommé le « Freedom Caucus », dont les vingt membres n’ont pas suscité de nouveaux ralliements. Quant aux démocrates, ils étaient, il est vrai encore récemment, en proie au gauchisme le plus caricatural. Mais depuis quelques semaines, la modération politique de Kamala Harris s’est imposée dans les rangs du parti. Les députés wokes, qui forment une « squad » de neuf membres, dont Ilhan Omar, Rashida Tlaib et Alexandria Ocasio-Cortez, n’ont plus le vent en poupe. Il n’y aura d’ailleurs bientôt plus que sept « squadistes », puisque deux des moins connus ont perdu leur investiture, au profit de collègues plus modérés.
Dès le lendemain de l’attentat contre Trump, quand Biden a appelé à la retenue, les états-majors ont pris conscience de l’aspiration des Américains à davantage de centrisme. On peut gager que la victoire du 5 novembre reviendra à celui des deux candidats qui l’aura le mieux compris, et saura le mieux réorienter sa propagande. Certes, de nombreux sujets continuent de diviser violemment les Américains. Parmi eux : le droit à l’avortement ; la promotion des politiques dites de « Diversity Equity Inclusion », « DEI », nouveau nom de la discrimination positive ; la nécessité pour les mâles blancs hétérosexuels de faire repentance à l’égard des Noirs, des femmes, des minorités sexuelles et des Amérindiens ; la transidentité (« pas d’hommes dans le sport féminin », a notamment déclaré Trump) ; la question palestinienne ; l’expulsion massive des clandestins ; le confinement, le port du masque et l’imposition du vaccin en cas de recrudescence du Covid-19.
Notons que, s’agissant des armes à feu, le débat est sans objet, la victoire politique appartenant d’ores et déjà aux conservateurs, malgré une tendance contraire au sein de l’opinion. Environ 60 % des Américains sont favorables à une régulation accrue de la vente et de la détention d’armes, les autres sondés étant soit favorables aux quelques contrôles légers existants ou carrément contre toute régulation. Les candidats conservateurs, inconditionnellement financés par le lobby des armes, estiment que toute restriction sur l’achat d’une arme est liberticide, y compris les procédures banales de vérification de casier judiciaire. Tout candidat favorable même à de légères restrictions voit sa campagne minée par le lobby des armes. Jamais le Congrès n’est parvenu à voter une réelle régulation, si bien que tout le monde peut facilement acheter un AR-15, le fusil automatique dont s’est servi le tireur qui a atteint Donald Trump à l’oreille en juillet.
Donald Trump et son colistier le sénateur de l’Ohio, J. D. Vance, à la convention républicaine de Milwaukee, 16 juillet 2024 Photo: Annabelle Gordon/CNP Photo/SIPA
Il faut aussi mentionner un autre point de division entre les Américains : la question de la centralisation du pouvoir. De nombreux habitants des États du Sud, ces territoires qui ont résisté à la déségrégation raciale dans les années 1960, sont attachés à la notion de « States Rights » (les droits des 50 États). Leur problème actuel est de mettre fin à l’interventionnisme fédéral progressiste sur les questions sociétales comme celle de l’IVG. Or, pour son hypothétique deuxième mandat, Donald Trump semble ambitionner lui aussi de renforcer les pouvoirs de la Maison-Blanche et de Washington. Les documents de campagne disponibles sur la plateforme officielle du parti républicain et le « Project 2025 » édité par le think tank conservateur The Heritage Foundation recommandent un interventionnisme présidentiel hypermusclé. Dans ce dossier, les marqueurs idéologiques sont en train d’évoluer, voire de s’inverser : les républicains MAGA semblent résolus à ne distribuer que quelques vagues pouvoirs symboliques aux États fédérés tout en instituant de nouvelles prérogatives fédérales. Pour l’heure, les autonomistes conservateurs n’ont ni le temps ni l’envie d’aller jusqu’au bout de la question. Ils auront tout loisir d’y penser plus tard en cas de victoire de leur candidat.
Aujourd’hui les invectives demeurent donc encore au cœur du discours des candidats. Mais pour combien de temps encore, et avec quelle intensité ? Pour Donald Trump, Kamala Harris est une « gauchiste radicale » et une corrompue puisque Joe Biden l’est aussi à ses yeux. De son côté, Harris dépeint Trump comme un harceleur sexuel, un escroc et un séditieux, en plus d’être un ennemi des minorités sexuelles et ethniques. Biden lui-même répétait sans cesse que Trump était un menteur.
À l’étage du dessous, c’est-à-dire si on se penche sur le cas des deux candidats à la vice-présidence, le démocrate Tim Walz et le républicain J. D. Vance, c’est une autre musique qui se joue : chacun rivalise dans l’art de paraître plus rural-populiste que l’autre.
Walz et Vance, colistiers scrutés par l’opinion publique américaine
Tim Walz, colistier de Kamala Harris et gouverneur démocrate du Minnesota, est un progressiste pur sucre. Cet ancien instituteur, militaire de réserve, chasseur et pêcheur, issu d’une famille modeste d’agriculteurs, a pratiquement interdit la « thérapie de conversion » dans son État, c’est-à-dire la pratique consistant à changer des homosexuels en hétérosexuels. Il est également favorable à l’avortement comme droit pour toute femme. Enfin, après la mort de George Floyd en 2020, il a rétabli l’ordre public en mobilisant de son propre chef la garde nationale. Ce faisant, il a essayé de se créer une niche : quelqu’un qui sait être de gauche sans être entièrement relié à la cause woke. Il renoue avec une vieille tradition de bon sens populaire du Midwest.
Face à lui, J. D. Vance, sénateur de l’Ohio, élevé par une mère célibataire accro aux opiacés et à l’alcool, met en avant son passage dans les US Marines. Après quelques années comme juriste, il a écrit en 2016 un livre remarqué, Hillbilly Elegy (littéralement : « Élégie pour les ploucs montagnards »), dans lequel il présente Trump comme un usurpateur trompant les pauvres Blancs du Sud. Mais au bout de quelques années, Vance a opéré une volte-face spectaculaire, pour devenir un fervent soutien du milliardaire… Un revirement dont il n’a pas honte. Bien au contraire, le docteur en droit de l’université de Yale est un adepte de la « rédemption ». Le 17 juillet, dans son discours à la convention de Milwaukee, qui l’a désigné colistier de Donald Trump, il a d’ailleurs salué la guérison de sa mère, « propre et sobre depuis dix ans ». Des paroles typiques de la religion évangélique dans laquelle il a été élevé ; mais pour le moins étonnantes quand on sait que Vance s’est converti au catholicisme et a épousé une juriste hindoue.
Autre point de divergences entre démocrates et républicains : l’environnement. Trump qualifie d’arnaque les mesures écologiques de Biden, alors que les emplois verts ne cessent de se multiplier aux États-Unis. Pour lui, les automobiles électriques, celles-là mêmes qui sont fabriquées par son sympathisant Elon Musk, le patron de Tesla, sont une aberration économique… Côté démocrate, Kamala Harris vante les mérites des énergies renouvelables, et parle d’indépendance énergétique internationale, non sans accents nationalistes.
Les Américains des deux bords peuvent-ils s’y retrouver en fin de compte ? Sur l’avortement, une majorité d’Américains dans tous les sondages sont favorables au droit de choisir pour les femmes. Pendant combien de temps l’interdiction rampante introduite par la Cour suprême peut-elle être maintenue ? Il est vrai que Donald Trump lui-même rétropédale : il ne souhaite plus une loi fédérale interdisant l’IVG, renvoyant dès lors la décision à chaque État fédéré.
Le 6 août 2024 à Philadelphie, lors de son premier meeting de campagne, Tim Walz a répété un message qu’il ne cessait de déclamer depuis plusieurs semaines : les républicains sont « weird » (« bizarres »). « Vance est allé à l’université de Yale, c’est ça un homme du peuple ? a-t-il notamment déclaré. Lui et Trump sont diablement weird. » Un mot qui a fait mouche dans les sondages. Depuis, Trump et Vance tentent de retourner le weird contre l’envoyeur, mais même les commentateurs de la chaîne conservatrice Fox News estiment que cette tactique n’a pas marché.
Ce qui est vraiment weird, c’est plutôt la faille grandissante entre les attentes des Américains raisonnables des deux bords, et la propagande clivante des candidats. Y a-t-il vraiment deux Amériques qui se haïssent à mort ? Beaucoup le pensent. Une moitié des Américains, sondés en mai par une étude conduite par l’Institut Rasmussen, redoutent que des violences armées se produisent dans le pays de leur vivant. La tension exacerbée entre les états-majors de droite et de gauche peut-elle aboutir à un scénario de guerre de Sécession (1861-1865) ? Possible, mais de moins en moins plausible. Les Américains ne semblent pas désireux de s’entretuer comme en 1861-1865. Ils ont vu le résultat : 700 000 morts.
Évoquant ce qu’il est convenu désormais d’appeler « l’affaire Abbé Pierre », Élisabeth Lévy a mille fois raison lorsqu’elle écrit : « On ne condamne pas un mort »[1]. Hélas, il n’est guère davantage concevable de juger et condamner le silence devant une quelconque instance judiciaire. Le silence de la hiérarchie. Celle de l’Église de Rome en l’occurrence, l’entre soi des Très Hauts. Car on sait désormais que ces Très Hauts étaient au courant. Cela au moins depuis le séjour américain brusquement interrompu pour cause de « comportement inapproprié » et plus encore depuis la décision d’envoyer l’intéressé se soumettre à des soins dans un établissement suisse ad hoc.
D’autres institutions ou corporations, face à des transgressions comparables, les ont, elles aussi, hypocritement enfouies sous la chape du silence. Les mondes de l’école, de la politique, du cinéma, des médias, du sport, etc. Certes, mais aucune de ces communautés ne prétend devoir sa légitimité au culte de la vertu, au respect d’une exigence morale dont elles se voudraient être à la fois l’incarnation et la voix. L’Église si. De plus, concernant cette dernière, recourir à l’argument historique selon quoi on ne portait pas hier sur ces choses le même regard qu’aujourd’hui ne tient guère. Depuis ses tout premiers temps, l’Église s’est posée en contemptrice intransigeante du « fameux commerce charnel » et de ses dérives. Dans le même mouvement, elle en désignait la responsable principale, la femme.
La femme coupable de mille maux qui, énoncent doctement les dominicains Institoris et Srenger dans le Malleus Maleficarum – (Le Marteau des Sorcières – 1486) – « proviennent de la passion charnelle qui en elle est insatiable. » On pourrait multiplier à l’infini ce genre de références textuelles. Ce n’est donc pas le vent de l’époque ou l’air du temps qui serait venu, récemment, sensibiliser l’institution à ces sujets.
Dès les années cinquante, en très haut lieu on savait donc pour l’abbé Pierre. De même qu’on savait au sujet d’une autre affaire, plus saisissante encore, celle dont les tristes héros sont les frères Philippe, tous deux dominicains, et qui, bien que démasqués – et plus ou moins condamnés – dès ces mêmes années, ont pu persister jusqu’à une période récente dans leurs entreprises de domination sexuelle. Il faudrait aussi évoquer le silence fait autour de la multiplicité d’actes de pédocriminalité, longtemps étouffés là encore sous une omerta au sommet érigée, pourrait-on dire, en système.
Quel gâchis que ce silence des Très Hauts ! Imaginons combien ils se seraient grandis, et l’institution avec eux, si, brandissant crânement l’étendard qui devrait être le leur, l’étendard de la vertu, ils avaient – eux les premiers ! – encouragé, prêché, organisé, imposé la libération de la parole des victimes ! Autrement dit, s’ils avaient pleinement exercé leur magistère d’autorité morale. Tout simplement.
L’affaire de l’Abbé Pierre repose une énième fois la difficile question du célibat des prêtres.
Adulé puis conspué ! Adoré puis vilipendé, sinon répudié ! C’est là le cruel destin que vit aujourd’hui, après qu’il ait été porté aux nues par les Français, le nom de l’abbé Pierre, désormais voué aux gémonies.
Son délit, à en croire – et personne ne met certes en doute ici leur parole ni la véracité de leurs témoignages – de nombreuses femmes ? Agressions sexuelles, après avoir en outre profité de l’abusive emprise, tant morale que religieuse, qu’il exerçait, impunément en cette époque révolue, sur elles !
Certes, ce genre de pratiques, honteuses à plus d’un titre, s’avère-t-il hautement répréhensible et même, plus simplement encore, condamnable. Personne, ici, ne le nie, ni n’a même la moindre volonté de le minimiser ou de le relativiser en disculpant, a priori, ce célèbre prélat qui, au contraire, aurait normalement dû être, de surcroît, un incontestable modèle pour ses ouailles. Dont acte !
Maîtres censeurs plus que maîtres penseurs
Mais enfin, tout ceci étant dit et admis sans la moindre ambiguïté, devra-t-on, pour autant, rayer de nos mémoires, de nos rues comme de nos collèges, de notre histoire nationale comme de nos places publiques, le nom de celui qui, par-delà même son inacceptable comportement à l’égard de ces femmes, fut aussi, n’en déplaise à ses nouveaux détracteurs et autres maîtres censeurs, bien plus que maîtres penseurs, de tous bords, un Résistant de la première heure, durant la Seconde Guerre mondiale, contre le nazisme, avant de devenir ensuite, auréolé par sa fonction de prêtre, l’un des grands bienfaiteurs auprès des plus malheureux, faibles, pauvres et démunis au sein de la société civile ?
Certes, l’ingratitude, plus encore que ce lâche et confortable oubli de circonstance, s’avère-t-elle souvent – trop souvent, hélas – la paradoxale récompense que les hypocrites de tous poils ont la fâcheuse habitude d’attribuer sans scrupules à ceux pour qui faire le « bien », au sens moral du terme, leur tenait pourtant, au cours de leur humble parcours existentiel, d’inaliénable viatique, sinon d’impératif catégorique. Le Christ lui-même – et c’est un esprit laïc et agnostique tout à la fois qui parle ici – en sait quelque chose, lui qui, après avoir dispensé gracieusement ses bienfaits et autres bénédictions, fut finalement cloué sur la croix plus encore, à l’instar précisément de l’abbé Pierre aujourd’hui, qu’au pilori !
Double postulation simultanée : contre tout manichéisme réducteur, ou l’insondable complexité de l’âme humaine
Davantage : c’est à un étrange manichéisme, où toute nuance conceptuelle s’avère effacée de la simple raison, auquel se livre ainsi ces jours-ci, par cette quasi unanime condamnation de l’abbé Pierre, une certaine vindicte populaire, trop souvent prompte à brûler sans ménagement, et sans autres formes de procès que ses propres et seules certitudes, ses idoles du passé. Ces procureurs soudain improvisés auraient-ils donc oublié aussi, parallèlement à l’outrancière simplification de leur faculté de juger, combien le tréfonds de l’âme humaine peut parfois se révéler également – et c’est là l’un des incompressibles éléments de sa richesse intellectuelle – d’une insondable complexité ?
C’est d’ailleurs là ce qu’écrit, pour qui sait lire entre les lignes et surtout en profondeur, l’un des poètes les plus insignes de notre littérature moderne, Charles Baudelaire, pourtant impie parmi les impies nonobstant sa foncière éducation chrétienne et même catholique, dans Mon cœur mis à nu (1863), l’un de ses deux « journaux intimes » (avec Fusées). De fait, y énonce-t-il à juste titre dans le paragraphe XI, intitulé, très emblématiquement, « Double postulation simultanée » : « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. L’invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade ; celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre. »
Oui : à méditer, cette ultime vérité, tant philosophique que psychologique, au regard de celui, l’abbé Pierre donc, qui fut effectivement, jusqu’à ce que les récentes foudres de cette sorte de nouvelle police des mœurs ne s’abattent aussi violemment sur lui, ce « prêtre selon son cœur », comme le spécifia encore naguère le grand Baudelaire pour définir le poète, de la majorité des Français !
Un lynchage médiatique assorti de wokisme idéologique
Du reste, on reliera également, en guise de complément à cette édifiante lecture, l’admirable roman, centré sur la soumission à la tentation de la chair, de Georges Bernanos, Sous le soleil de Satan (1926), magnifiquement adapté, au cinéma par Maurice Pialat en 1987 et dont le rôle principal fut par ailleurs interprété, de manière non moins magistrale, par – autre récente victime de semblable lynchage mâtiné d’un très idéologique et même sectaire wokisme (l’abominable cancel culture, assortie de ses absurdes « déconstructions » de certains de nos mythes les plus ancrés) – un certain Gérard Depardieu…
Paix donc, malgré cette chasse aux sorcières qu’orchestre de plus en plus ouvertement le dictatoriale bien-pensance de notre pseudo-modernité, à son âme, puisque, mort et enterré depuis dix-sept ans maintenant, il n’a même plus le droit de s’expliquer ni, le cas échéant, de se défendre ou même de s’excuser ! Oui : il est aujourd’hui de prétendus tribunaux populaires ou médiatiques, mal nommés « moraux » ou « civils », qui ont les rances et même nauséabonds relents, d’ancienne et sinistre mémoire, d’inquisition moyenâgeuse sous le fallacieux prétexte de progressisme civilisationnel. Quant à l’authentique pardon, vertu pourtant intrinsèque à la charité chrétienne, ces apparentes bonnes âmes n’en connaissent manifestement pas la transcendantale (à défaut de céleste ou divine) signification, ni le véritable prix. Il faut, pour cela, plus de noblesse d’esprit, de profonde humanité, du sens de la compassion et de générosité d’âme !
Le célibat des prêtres, contraire à la nature humaine ?
Enfin, last but not least, peut-être l’Église catholique elle-même, qui n’est certes pas exempte de responsabilité dans ce genre de dérives sexuelles dont s’est rendu coupable l’abbé Pierre, devrait-elle enfin reconsidérer, sinon carrément annuler sur le plan doctrinal, l’obligatoire et aberrant célibat des prêtres, en tous points contraire aux exigences et pulsions les plus irréductibles de la nature humaine !
Le fondateur du site « Islam & Info », Elias d’Imzalène, déjà visé par une fiche S depuis 2021, a été filmé appelant à « mener l’intifada à Paris » afin de « libérer Jérusalem » lors d’une manifestation propalestinienne, ce dimanche. Selon Europe 1, il a ses entrées chez LFI et à Bruxelles. Quand il ne détourne pas la cause palestinienne, il passe le plus clair de son temps à lutter pour le voile ou contre l »islamophobie » en France.
Dimanche 8 septembre, place de la Nation, à Paris. Lors d’une manifestation propalestinienne intitulée « 11 mois de génocide… stop !», organisée par le collectif « Urgence Palestine », l’un des intervenants s’est fait remarquer à la suite de propos incitant les Parisiens à mener l’« intifada » dans la capitale(voir notre vidéo, en fin d’article).
Incendiaire
Il s’agit d’Elias d’Imzalène, fondateur du site « Islam et Info ». Ce militant islamiste apparait comme l’un des leaders du mouvement Urgence Palestine. Il est également cité dans une note des renseignements ayant motivé la fermeture de la mosquée de Torcy en 2017. Cette mosquée était considérée comme un foyer extrémiste, enseignant le combat contre « les mécréants » et encourageant le djihad.
L’islamiste fiché S, Elias d’Imzalène, qui a appelé à l’intifada dans Paris, a défilé juste derrière deux députés LFI, M. Portes et Mme Hassan. Et c’est pas la première fois, qu’il se retrouve aux cotés de députés #LFI. https://t.co/jWEavmawbfpic.twitter.com/ubiTXVXzgP
Elias Imzalène a donc appelé les manifestants à mener une intifada à Paris. « Est-ce qu’on est prêts à mener l’intifada dans Paris ? Dans nos banlieues ? Dans nos quartiers ? » a-t-il demandé lors de son discours, devant une foule en liesse qui acquiesçait en chœur. « La voie de la libération… démarre de Paris » a-t-il hurlé, avant d’annoncer que « bientôt, Jérusalem sera libérée et nous pourrons prier au masjid al-Aqsa (la mosquée al-Aqsa, à Jérusalem) ». Et de poursuivre : « Le génocide a des complices. Ils s’appellent Biden, ils s’appellent Macron, Macron le voleur d’élections, n’est-ce pas ? On les connaît les voleurs, qui habitent à l’Élysée et à Matignon. On les connaît. Et est-ce qu’on est prêts à les virer, eux aussi ? », a-t-il demandé aux manifestants.
Ressentiment post-colonial
De nombreux enfants de l’immigration du Maghreb et d’Afrique subsaharienne ont été élevés dans leur famille et ailleurs, y compris dans certaines mosquées, dans le ressentiment post-colonial. Souvent inconscients de ce qu’ils portent en eux, ils traduisent un esprit de revanche, aggravé et renforcé par la violence qu’ils voient dans le cercle familial et dans le quartier. Les parents ont entendu depuis plusieurs dizaines d’années la litanie d’une France raciste et excluante et qui, de plus, a colonisé le pays d’origine. Ils se voient victimes de discriminations de la part de ce peuple qui a colonisé leurs grands-parents. La guerre d’Algérie et la lutte des indépendances ne sont pas terminées. Le combat pour la Palestine sert de prétexte et de support à ces ressentiments.
Plus encore, il se passe dans notre pays, toutes proportions gardées, à peu près ce qui a lieu au Proche-Orient. Israël également est considérée par la jeunesse des pays arabes comme une puissance colonisatrice qui a volé une terre qui ne lui appartient pas. Cet apartheid qu’on impute à Israël, c’est celui que ressent cette jeunesse de nos quartiers en France-même. Ici comme là-bas, c’est le même ressentiment, la même plainte, la même envie à l’égard de ceux qui ont tout et qui les privent de tout. Là-bas comme ici, la réalité est ignorée au profit d’une propagande victimaire et revancharde. « La police qui tue », c’est l’équivalent de Tsahal dans les territoires « occupés », comme le sont pour beaucoup de ces jeunes leurs quartiers également occupés par les institutions d’un État illégitime. Comment ne pas voir cette ressemblance inquiétante dans les motivations de ces jeunes qui n’hésitent pas à affronter les forces de l’ordre d’un pays qu’ils ne veulent pas respecter, dans beaucoup des vingt-quatre mille refus d’obtempérer par an ? Comment ne pas voir dans ce terrorisme qui a frappé au Bataclan, à Nice et ailleurs, dans ces attaques au couteau qui se multiplient, dans ces agressions pour un regard, une cigarette refusée, une expression de cette haine et de cet esprit de revanche qui ont longtemps couvé et qui éclatent désormais au grand jour ?
Comment peut-on tolérer que de tels propos soient tenus publiquement? Comment ? https://t.co/4VMJPJh4dz