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La Grande-Motte: et soudain, Gérald Darmanin a remis sa cravate

L’attentat de samedi à la Grande-Motte, dont le caractère islamiste et antisémite ne fait pas de doute, n’a heureusement pas fait de victime. Certains éditorialistes comme Laurent Joffrin ou Yves Thréard, et certains politiques comme le ministre de l’Intérieur, se risquent aujourd’hui à faire un lien entre l’islamo-gauchisme prêté à l’extrême gauche et les passages à l’acte antisémites.


Devant la gravité des évènements, le ministre de l’Intérieur a ressorti la cravate ! Finies les galéjades un peu démagogiques sur le mode « je ne mets plus de cravate, le petit peuple n’aime pas cette distance entre les élites et lui ». L’heure est grave : le terrorisme islamiste frappe de nouveau en France, et il ne faudrait pas faire une faute de goût.

Grande peur à la Grande-Motte

Samedi 24 août, un homme de nationalité algérienne âgé de 33 ans, en situation régulière sur le territoire national, a incendié deux véhicules dans l’enceinte de la synagogue Beth-Yaacov, à La Grande-Motte (34). Il a également provoqué l’explosion d’une bouteille de gaz, et blessé un policier municipal​. L’enquête commence. Des images de vidéosurveillance le montrent quittant les lieux de l’incident, keffieh sur la tête et drapeau palestinien autour de la taille, portant ce qui semble être des bouteilles d’eau minérale dans les mains. Le soir, le suspect a été arrêté à Nîmes (30) dans la cité de Pissevin, gangrénée par le trafic de drogue, après un échange de tirs avec la police. Lors de cette confrontation, il a été blessé au visage et est depuis hospitalisé, mais ses jours ne sont pas en danger​.

La police n’a pas pu encore l’interroger, mais deux autres personnes de son entourage ont été placées en garde à vue après son interpellation​. Alors que la cité balnéaire de l’Hérault est stupéfaite et inquiète, et que la communauté juive nationale est saisie d’effroi, le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour tentative d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, destructions par moyen dangereux en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste en vue de préparer des crimes d’atteintes aux personnes.

Mais, ailleurs en France, il faut bien reconnaitre que ce n’est pas franchement l’effroi. Heureusement, il n’y a pas eu de morts, observe-t-on. Ouf ! il n’était pas fiché S et même pas clandestin, se rassure-t-on. Les Français auront-ils à regretter demain de ne pas d’avantage s’émouvoir des périls qui menacent en permanence leurs concitoyens de confession juive et poussent même certains à l’émigration ? On peut le craindre.

Une montée inquiétante de l’antisémitisme

Depuis les tueries de Mohammed Merah, et singulièrement depuis les attaques terroristes du Hamas en Israël le 7 octobre, nos compatriotes juifs voient les violences qui s’abattent sur eux augmenter. L’attentat de samedi intervient dans un contexte de tension extrême au Proche-Orient, laquelle a pour conséquence de les voir pris pour cibles par beaucoup d’adversaires d’Israël. Quant à l’extrême gauche, elle met sans arrêt de l’huile sur le feu. Pourtant, nos compatriotes juifs ne sont en rien comptables de la politique du gouvernement israélien – faut-il encore le rappeler ?

Le ministère de l’Intérieur recense déjà 1114 faits antisémites en 2024. 42% concernent des atteintes aux biens, et 58% des attaques aux personnes. Sur les six premiers mois de l’année, les actes antisémites sont en hausse de 73% par rapport à l’année dernière dans l’hexagone. L’année 2023 comptabilisait un total de 1676 actes antisémites commis ; le double par rapport à il y a dix ans.

L’historique des attaques antisémites depuis le 7 octobre est éloquent : le 1er mars, à Paris, Marco, un sexagénaire, a été roué de coups par un Guadeloupéen de 31 ans dans le 20e arrondissement. Il sortait d’une synagogue et portait une kippa. Le 17 mai, un individu armé d’un couteau et d’une barre de fer incendie la synagogue de Rouen (76) avant de s’en prendre aux policiers. Le 15 juin, à Courbevoie (92), une collégienne juive de 12 ans a été injuriée, menacée de mort puis violée par trois autres mineurs. Non loin de là, le 22 juin, six jeunes juifs ont été pris à partie, battus et injuriés dans le centre commercial So Ouest de Levallois-Perret (92). Le 1er juillet, des écoliers étaient à leur tour injuriés et menacés à proximité de leur école élémentaire à Nice (06). Le surveillant qui les accompagnait recevait des coups au visage. Le 6 août, à Montpellier (34), un passager était violemment agressé dans le tramway. Le 14 août, dans le métro parisien, un homme crachait sur une jeune fille et traitait sa famille de « bâtards, salauds » et de « youpins »

Recherche de coupables

« Nous avons échappé à un drame absolu » a déclaré, samedi, le Premier ministre Gabriel Attal, dépêché dans l’Hérault. L’assaillant de la Grande Motte avait semble-t-il une hache, et il se pourrait que le sinistre individu ait en fait raté son action, laquelle semble ne pas du tout relever du coup de folie et avoir été bien préméditée. Le terroriste pourrait s’être trompé sur les horaires de l’office, et avoir prévu de s’en prendre physiquement aux personnes présentes… On aurait ainsi échappé à une véritable hécatombe, selon le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui a expliqué à la télévision dimanche soir que le suspect attendait la sortie des personnes présentes dans l’édifice religieux avec sa hache, mais que l’intervention rapide des gendarmes l’avait heureusement fait fuir.

Si la classe politique a heureusement unanimement condamné les faits, le débat s’est rapidement porté sur ce contexte particulier de montée de l’antisémitisme dans lequel est survenue l’attaque.

 « Ce qui s’est passé ici choque et scandalise tous les républicains de notre pays. Une fois encore, des Français juifs ont été attaqués en raison de leur croyance et cela nous révolte et nous indigne. Tous ensemble, par-delà les clivages politiques, nous devons nous mobiliser et nous dresser contre ces actes, être intraitables » a martelé le Premier ministre démissionnaire. « S’en prendre à un Français juif, c’est s’en prendre à tous les Français »​ a-t-il ajouté. « Pensées pour les fidèles de la synagogue de La Grande-Motte et tous les juifs de notre pays. (…) La lutte contre l’antisémitisme est un combat de chaque instant, celui de la nation unie », a écrit Emmanuel Macron sur Twitter. Il est notable de constater que dans ses premières réactions, l’exécutif n’évoque pas l’islamisme, alors que le suspect portait pourtant keffieh et drapeau palestinien lorsqu’il a commis ses méfaits… Marine Le Pen a de son côté déclaré que « tout doit être fait pour protéger nos compatriotes de confession juive, pris pour cible tous les jours en France. Je leur adresse tout mon soutien et ma solidarité. » Jean-Luc Mélenchon, lui, a dénoncé un « incendie criminel contre la synagogue de La Grande-Motte », un « intolérable crime », avant d’adresser ses « pensées pour les fidèles et les croyants ainsi agressés ». Semblant ménager la partie antisémite de son électorat, il n’évoque évidemment ni l’islamisme ni l’antisémitisme de l’attaque, qui semblent pourtant immédiatement évidents pour tout le monde. Et en parlant de « fidèles », l’extrême gauche semble avoir pour objectif de tracer un signe égal entre antisémitisme et « islamophobie », et évidemment de nier la dimension raciste contenue dans la haine antijuive des terroristes pro-palestiniens. Interrogée hier sur RTL, son alliée dans le Nouveau Front populaire, Marine Tondelier, a reproché l’ambiguïté du vieux chef de l’extrême gauche. « C’est plus clair quand on le fait (de qualifier l’acte d’antisémite) et sûrement faut-il toujours le faire pour qu’il n’y ait plus aucune ambiguïté. Il y a eu beaucoup d’actes antisémites ces derniers mois et sur certains, le mot “antisémitisme” est à poser très clairement. Quand quelqu’un pose une bombe dans une synagogue, il n’y a aucun débat à avoir sur le caractère antisémite », a sermonné la chef des écolos. On apprécie ce pas de côté, mais au bout d’un moment, championne, il serait peut-être plus clair de couper les ponts avec un tel allié dont l’islamo-gauchisme des troupes est désormais tellement documenté !

« Il y a des discours politiques haineux envers les juifs de France et il faut le dénoncer. On voit bien qu’une partie de la gauche, malheureusement, tient ce discours d’encouragement de haine envers nos compatriotes juifs », a estimé le ministre de l’Intérieur lors de son intervention télévisée hier soir. Dans la presse non plus, certains ne s’embarrassent plus à prendre de gants, et chargent l’extrême gauche. L’éditorialiste Laurent Joffrin a ainsi dénoncé ce week-end un « air du temps antisémite », et estimé que l’extrême-gauche portait sa part de responsabilité1. « En adhérant sans ambages aux thèses décoloniales, en passant des alliances tactiques avec tel ou tel groupe proche des islamistes, elle a rangé les Juifs dans la catégorie honnie des « dominants » et l’État d’Israël dans celle des nations coloniales » écrit le journaliste. Pourtant, parler d’impérialisme concernant Israël, quand on voit la taille du tout petit Etat hébreu, isolé, et entouré par un océan de pays musulmans, de l’Afrique à l’Asie, sur un planisphère, c’est tout de même ironique ! « Certes il s’agit de mots et non d’actes. Mais ces mots fournissent un cadre idéologique à la fois cohérent et pervers à la haine antijuive », estime M. Joffrin. Yves Thréard a estimé de son côté dans Le Figaro, que « sous couvert d’antisionisme, [Jean-Luc Mélenchon] porte une immense responsabilité dans la montée des périls », a observé que le leader des Insoumis était incapable d’employer le mot «  juif » pour déplorer l’incendie criminel de La Grande-Motte, a rappelé qu’il avait par le passé qualifié l’antisémitisme en France de « résiduel » et voyait avec sa clique insoumise dans le Hamas un simple mouvement de « résistance »2

Des questions gênantes

Au-delà de ces polémiques politiciennes autour de l’islamo-gauchisme de la France insoumise, des questions que personne n’ose vraiment poser restent en suspens. Et sauf à apporter la preuve que l’assaillant de la Grande-Motte avait sa carte de militant à LFI, il faudrait peut-être se pencher sur ces dernières, plutôt que d’accuser un peu facilement les complaisances du mouvement de Jean-Luc Mélenchon de tous nos maux.

Si l’individu était inconnu des services de renseignements, il était semble-t-il connu des services de police pour usage de stupéfiants et délits routiers. Pourquoi la France accepte-t-elle toujours ce type d’individus sur son sol ? Le ministre de l’Intérieur a révélé que le suspect prévenu était arrivé en France en 2016, et que grâce à sa nouvelle loi immigration, on aurait pu expulser ce genre de ressortissant étranger s’étant rendu coupable de délits sur notre sol. Pourquoi ne l’a-t-il pas été ?

L’individu incriminé est de nationalité algérienne. Il sera intéressant aussi de voir ce que les autorités françaises disent à l’Algérie, ou ce que nos amis algériens racontent autour de cette affaire. Car au-delà de l’antisémitisme, il s’agit bien là d’un attentat commis par un Algérien sur le sol français, ce qui n’est pas de nature à améliorer les relations diplomatiques déjà mal en point des deux côtés de la mer Méditerranée. L’absence de victimes exonère les chancelleries étrangères d’avoir à formuler des messages de condoléances ou de soutien au peuple français, certes. En France comme à l’étranger, on semble s’habituer à ce que l’islamisme nous frappe ces dernières années… Une terrible habitude, malheureusement.

Le prévenu était sur notre sol malgré des délits, car il aurait eu un enfant en France. Une règle qui devrait de nouveau ulcérer tous ceux qui dénoncent une invasion migratoire du pays en provenance d’Afrique et du Maghreb. Dans l’Hérault, à l’exception de Montpellier et de Lunel, la droite nationale a fait un carton dans toutes les circonscriptions aux dernières législatives. Plus au sud, les grandes villes de Perpignan et de Béziers lui sont acquises. L’islamisation du territoire n’est pas pour rien dans ces résultats électoraux. Et en toute logique, la droite nationale pourrait ne pas tarder à s’emparer de nouveau des sujets sensibles entourant l’immigration maghrébine. L’inactivité (on parle de 40%) ou la proportion dans la délinquance ou dans nos prisons des Algériens ou des citoyens ayant là-bas des origines sont des sujets que la terrible affaire de la Grande-Motte pourrait une nouvelle fois soulever.

Les éditorialistes du Monde ou de France inter auront beau nous reparler de « parenthèse enchantée » cette semaine, reste que les Jeux paralympiques vont s’ouvrir dans un pays où une synagogue a été incendiée. Drôle d’ambiance… En Allemagne, après la terrible attaque terroriste de Solingen (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), perpétrée par un Syrien et revendiquée par l’Etat islamique, le gouvernement réfléchit à restreindre le port de couteaux dans l’espace public… En France, alors que l’islamisme d’atmosphère devient étouffant dans de nombreux quartiers, on n’ose jamais vraiment regarder en face l’antisémitisme très répandu dans les pays maghrébins, et sa diffusion dans notre population via l’immigration… Etude après étude, les études de l’IFOP démontrent pourtant que non contents de contester certains fondamentaux républicains, près de la moitié de nos compatriotes musulmans souscrit aux clichés antisémites.


  1. https://lejournal.info/article/un-air-du-temps-antisemite/ ↩︎
  2. https://www.lefigaro.fr/vox/societe/face-a-l-islamisme-radical-et-a-l-islamo-gauchisme-ne-baissons-jamais-la-garde-20240825 ↩︎

Convention nationale démocrate : le duel Trump – Harris est lancé

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La Convention nationale démocrate à Chicago vient de compléter la transformation de Kamala Harris de Vice-présidente mal connue en candidate sérieuse à la présidence des Etats-Unis. Le Parti démocrate semble avoir le vent en poupe. Reste que Mme Harris a toujours besoin de convaincre une majorité des électeurs qu’elle sera compétente sur les dossiers de l’immigration et de l’économie. Analyse de Gabriel Robin. 


Au mois de janvier dernier, désabusée, Nikki Haley déclarait devant ses militants aux primaires républicaines : « Le premier parti à se débarrasser de son candidat gériatrique gagnera ». Les démocrates ont tiré les premiers en poussant Joe Biden à se retirer de la course à sa propre succession. Fragilisé, considéré comme trop âgé, Joseph Robinette Biden Jr a dû se résoudre à abandonner le combat pour la première fois de sa longue et riche vie politique. Et il faut bien admettre que les premiers effets de ce retournement spectaculaire de situation se font déjà sentir. Une vague médiatique semble pousser Kamala Harris depuis lors, ainsi que la convention nationale du Parti démocrate l’a encore montré en cette fin de mois d’août. Pour autant, peut-on dire que l’élection soit déjà jouée et que Donald Trump connaîtra de nouveau le sort de l’élection de 2020 ? Rien n’est encore moins sûr.

Une « Democratic National Convention » réussie mais sans éclat particulier

Les Américains ont, on le sait bien, le sens du spectacle. Organisée au United Center de Chicago, où joue la célèbre équipe de basket des Bulls, la convention nationale du Parti démocrate a réuni tous les ingrédients nécessaires pour une formation politique en ordre de bataille. La ville de Michael Jordan et d’Al Capone, fief historique des époux Obama, est un bastion du parti à l’âne qui a servi d’écrin aux ambitions d’une femme aussi exposée que finalement toujours méconnue. Kamala Harris a beau avoir été pendant quatre ans la vice-présidente des Etats-Unis, elle est restée ce temps-là dans l’ombre de Joe Biden, ne se distinguant guère. Bénéficiant d’un charisme indéniable et de l’aura de son ancienne fonction de procureure générale de Californie de 2011 à 2017, Kamala Harris a tout du personnage dont raffole Hollywood. Métisse d’un père d’origine caribéenne et d’une mère indo-américaine, elle pourrait aussi devenir la première femme à accéder à la fonction suprême.

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Elle est désormais soutenue par tout son parti. Peu enchantés à l’idée de la voir entrer à la Maison-Blanche, les Obama se sont pliés à la réalité et sont apparus souriants pour encourager leur candidate. Ils n’étaient d’ailleurs pas les seuls, puisque la plupart des caciques du parti sont montés sur la scène du United Center pour appeler à la mobilisation générale. Bill Clinton a ainsi pu amuser en se moquant de l’âge de Donald Trump… Peu élégant, mais de bonne guerre après ce que Biden a subi en la matière. Depuis un mois, les dons affluent aussi. Pour le seul mois écoulé, les Démocrates ont reçu plus de 100 millions de dollars de contributions, investis majoritairement dans des spots publicitaires épiques et manichéens. Des chiffres supérieurs à ceux de Trump qui donneront le tournis à des esprits français habitués à des campagnes électorales bien moins dispendieuses.

Le discours de clôture de Kamala Harris aura été globalement réussi, mais il ne restera pas dans les annales. À dire vrai, les observateurs auront surtout été surpris par la qualité de celui dont Joe Biden a gratifié l’audience bien plus que par celui de Mme Harris. Sans être empruntée, cette dernière est apparue assez mécanique, sans idées fortes majeures. Obama avait prospéré avec des propositions chocs, comme l’Obamacare, et sur le slogan « Yes we can », qui ne l’était pas moins. On se souvient tous aussi de la force de Donald Trump en 2016 qui multipliait les saillies et cris de ralliement, tels que « Build the wall » qui est resté dans les mémoires. Le sujet de l’immigration clandestine sera, notons-le, toujours au cœur de cette campagne 2024, alors que les Etats-Unis ont subi une vague impressionnante d’entrées ces dernières années. Les Démocrates ont été fortement critiqués pour leur gestion du problème et Donald Trump entend bien capitaliser dessus. On le constate, la partie n’est pas finie et les Démocrates sont toujours, comme l’a rappelé Kamala Harris elle-même, les « underdogs » de ce scrutin. Reste néanmoins qu’une vague médiatique les porte. La candidature de Kamala Harris a ressuscité un enthousiasme qui était absent pour Joe Biden. Le merchandising se vend énormément et Kamala Harris paraît extrêmement déterminée. Elle doit accomplir un exploit au terme d’une campagne express. Moins clivante que Donald Trump, candidat bénéficiant d’une forte adhésion auprès de sa base et d’un fort rejet dans d’autres segments de la population, elle est aussi perçue comme moins crédible sur des items extrêmement importants pour les électeurs indécis : l’économie et l’immigration. 

Élargir la base : des choix de vice-présidents débattus

Les choix des vice-présidents étaient déterminants cette année. Donald Trump a fait le pari de partir avec JD Vance, ancien républicain « never Trumper » qui a tourné casaque. Auteur d’un livre de mémoires intitulé Hillbilly Elégie, qui a notamment été adapté sur Netflix, JD Vance vient de cette Amérique « périphérique » et déclassée de la Rust belt anciennement démocrate mais qui avait aidé Trump à l’emporter en 2016, soumise aux tourments des opiacés et de la vie en caravanes. Son autobiographie touchante, narrant l’ascension d’un jeune homme né dans la difficulté, la pauvreté et la toxicomanie familiale, a fait de lui un célèbre personnage public. Avec l’aide du milliardaire « transhumaniste » Peter Thiel, pour qui il a travaillé et qui a financé sa carrière politique, il a ensuite été élu plus jeune sénateur des Etats-Unis dans la circonscription de l’Ohio.

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Sur le papier, son profil semblait donc idoine pour Donald Trump, cumulant deux qualités utiles à son élection : un lien avec les financiers de la Silicon Valley et un fort ancrage populaire dans l’Amérique du Midwest où se trouvent plusieurs « États pivots » indispensables à l’obtention d’un nombre suffisant de grands électeurs. La réalité s’est montrée bien plus décevante. Peu à l’aise, JD Vance est la cible de moqueries pour ses discours souvent jugés ratés. Il est aussi perçu comme ambigu politiquement. Sa saillie sur les femmes célibataires vivant avec leurs chats a ainsi été très mal reçue. En outre, son passé d’ancien marine de la « Génération Z » traumatisé par la guerre d’Irak lui a donné une vision sûrement biaisée des réalités géopolitiques de son temps. Fasciné par les milieux conservateurs européens, singulièrement hongrois, il donne à penser que Donald Trump ne cherchera pas à aider le peuple ukrainien dans la défense de sa souveraineté contre l’armée de Poutine. Le retrait de Robert Kennedy Junior, fils de Bobby, en faveur du ticket Trump–Vance, ne démentira pas ce sentiment…  En réponse, Kamala Harris a désigné Tim Walz. Le gouverneur du Minnesota, tenant de l’aile gauche du Parti démocrate, grand défenseur du droit à l’avortement, sujet qui sera aussi capital dans plusieurs « swing states », incarne aussi cette Amérique « moyenne » et populaire. Issu du monde de l’éducation, il est aussi renommé pour son franc-parler et ses facilités de communication sur le terrain. On a d’ailleurs pu le constater lors de la DNC, où il a déclaré « être un meilleur tireur que la grande majorité » des élus républicains mais vouloir protéger les enfants contre la prolifération des armes et les tueries en milieu scolaire.

Un élan et une campagne qui peinent à retrouver un second souffle

S’il est toujours difficile d’établir des parallèles historiques sans commettre d’anachronismes, cette élection accuse quelques ressemblances avec l’élection présidentielle de 1968. Outre le contexte international et les questions de société qui divisaient alors l’Amérique et la divisent encore aujourd’hui, comme si la parenthèse des « civil rights » n’en avait jamais été une mais bien plutôt une révolution permanente, les « faits de jeux » sont proches. En 1968, Lyndon Johnson, qui fut le vice-président de John Fitzgerald Kennedy, avait fini par se retirer au profit de son vice-président Hubert Humphrey finalement battu par le républicain Richard Nixon devançant sur le fil lors des primaires un certain Ronald Reagan. L’élection avait aussi été marquée par l’assassinat de Bobby Kennedy à qui la victoire était promise.

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De quel côté penchera le balancier cette fois-ci ? Donald Trump n’est pas comme Nixon une surprise. Il en est à sa troisième campagne d’affilée. La première fut triomphale. La seconde s’acheva par un scandale qui faillit mettre un terme à son aventure politique. Pour gagner, les démocrates doivent être très au-dessus dans le vote populaire. De fait, l’élection de 2020 fut extrêmement serrée, se jouant à quelques milliers de voix dans plusieurs « swing states », alors que Biden jouissait d’une avance de 7 millions de voix dans le vote populaire. Entre 1992 et nos jours, aucun Républicain n’a eu le vote populaire hormis Bush en 2004 contre John Kerry. La répartition du collège électoral favorise les Républicains. Il faudra donc que Kamala Harris bombarde les 7 « swing states » où l’élection se jouera : l’Arizona, le Nevada, le Wisconsin, le Michigan, la Géorgie, la Pennsylvanie et la Caroline du Nord. En 2020, Biden avait créé la surprise en Géorgie. Elle pourrait se répéter. Il l’avait aussi emporté dans le Michigan, en Pennsylvanie et dans le Wisconsin, alors que Trump y avait battu Clinton en 2016.

La différence est que l’attrait de la nouveauté semble bénéficier aux Démocrates. Axée plutôt sur le « bashing », la campagne de Donald Trump risque de mobiliser les siens mais pourrait effrayer l’électorat indécis. Un pronostic : si Harris rassure sur l’économie et l’immigration, elle gagnera avec une large avance. Réponse en novembre.

Un Quinze-août médical

La médecine en France aujourd’hui est celle d’un pays tout simplement moins riche qu’il n’était autrefois. Et cette médecine elle-même est divisée en catégories différentes dont certaines sont moins performantes que d’autres. Ces problèmes sont particulièrement visibles le 15 août. Récit et analyse du médecin, Jean Lacau St Guily.


A mon ami JC, qui, tout jeune et prospère qu’il soit, a un peu galéré pour se faire soigner le 15 août.

Ce Quinze-août d’une année incertaine a été une fois de plus pénible dans les hôpitaux français. Les professionnels en poste essayent de le faire savoir et même les pouvoirs publics consentent à le reconnaître, peut-être parce que, démissionnaires, les ministres concernés peuvent dire officiellement qu’ils sont impuissants. Il est peut-être temps de manger le morceau : c’est notre pauvreté collective que les uns après les autres nous expérimentons en médecine comme ailleurs, pauvreté d’un pays qui fut riche, pauvreté désormais française, mais relative bien sûr. Dans les années de prospérité, celles des années soixante, soixante-dix et immédiatement suivantes, nous avions de tout en abondance partout, ce qui est un marqueur de richesse ; l’égalité républicaine était un mot compris de tout citoyen. C’est de médecine que je parle, on ne pourra pas me taxer de sortir de ma zone de compétence quoique j’aie bien des choses à dire sur le reste.

Il fut un temps, on allait voir le médecin quand ça nous chantait, à temps et à contretemps ; il était tout proche, il travaillait jusqu’à minuit, faisait des visites à domicile, sa femme prenait les appels en ville, l’hôpital était rude mais accueillant, on n’attendait pas plus de quelques jours et ça ne coûtait rien depuis des décennies grâce à l’Assurance maladie. Nous vivions dans l’abondance et l’inconscience de ce que l’on dépensait pour nous soigner.

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On entendit parler à partir du dernier quart du XX° siècle de l’explosion des coûts, puis de la médecine à deux vitesses (il y en avait qui payait plus pour avoir une médecine premium, tandis que les autres devaient se contenter d’une médecine publique qui restait d’excellente qualité). Maintenant, les médecins spécialistes comme généralistes sont introuvables, loin dans l’espace et dans le temps, et l’on découvre le maquis des dépassements, des remboursements périlleux et des mutuelles incertaines. Aux pauvres, mais plus généralement à ceux que saisit brutalement la maladie grave ou le symptôme incompréhensible, reste à atterrir ou à échouer aux Urgences, royaume de l’aléatoire ; incertitude des urgences certes, mais au moins il y a de la lumière la nuit et le 15 août, et c’est pourquoi y convergent tout le monde, pauvres qui ne connaissent personne, qui n’ont pas de médecin dans leur famille ou d’infirmiers dans leurs manches, comme riches, eux aussi nouveaux pauvres de la médecine, parce que passé disons 19h voire 20h (encore bien au-delà des heures de bureau), les médecins (des riches comme des pauvres, de l’hosto ou de la ville) font comme tout le monde, ils rentrent à la maison et ne se laissent plus dévorer autant qu’aux trente glorieuses.

Il faut vraiment en 2024 avoir une vue claire de ce que l’on peut attendre de la médecine :

  • Il y a une médecine de prestation technique. C’est celle dont on peut encore attendre le meilleur : chirurgie froide et technologique, cardiologie interventionnelle, prise en charge en urgence (moins de 6 heures et si possible 3 heures) des accidents vasculaires cérébraux, médecine spécialisée. Médecine de vitrine recherchée par les établissements de santé, celle des progrès technologiques, de la rentabilité médicale et industrielle, des profits, des succès médicaux, des classements des magazines, des médecins starifiés. Elle donne de grandes satisfactions au patient atteint d’une affection sérieuse et qui trouve une réponse compétente et visible (chirurgie orthopédique, ophtalmologie, otologie, stents coronariens etc.). Elle est la fierté de la médecine française, mais elle ne soigne pas l’otite du petit, la toux du vieux et tous les ennuis du quotidien.
  • Il y a la médecine de tous les jours, celle où les médecins manquent : généralistes comme spécialistes, dont l’absence ou l’inaccessibilité déterminent les fameux déserts médicaux. Ils commencent à Paris où les généralistes disparaissent mais sont terribles dans toutes les petites villes et les campagnes… Fin de la médecine de proximité. Cette situation explique retards diagnostiques, cancers détectés tard, psychotiques à la rue et attentes possiblement mortelles aux urgences. S’y ajoutent des pénuries tournantes de produits auparavant banals : antibiotiques, antalgiques… sources d’anxiété, marqueurs d’une pauvreté qui s’installe, d’une dépendance de producteurs étrangers. Il y a là-dedans l’habitude de consulter pour un rien ; un écrivain qui avait bien compris la médecine du moindre symptôme, Jules Romains auteur de Dr Knock, écrivait (dans Les Hommes de bonne volonté) : « Bien sûr, s’il s’écoutait comme d’autres, il aurait ses petits malaises, ses inquiétudes. Il faut avoir la sagesse de comprendre que le mouvement de la vie dans les organes ne peut pas se faire sans un peu de grincements et de secousses… ». Autrement dit, arrêtez de solliciter la médecine dès que la gorge vous gratte ou que le derrière vous démange. De toute façon, vous ne trouverez plus de médecins en mesure de vous écouter.
  • En revanche, il y a l’indispensable médecine des maladies chroniques graves, à commencer par le cancer, la gériatrie, la psychiatrie, qui ne peut plus répondre aux besoins ; un nombre croissant de patients entrent dans ces prises en charge longues par les urgences. A côté des prestations médicales technologiques, la cancérologie et toutes les maladies chroniques lourdes ont besoin d’une très importante médecine de support, de soutien, d’aide, qui mobilise des dispositifs sociaux mais plus encore des médecins et des professionnels de santé, et fait appel aux aidants familiaux. Tous ces dispositifs sont très affaiblis actuellement dans le tissu territorial français, sachant que beaucoup de patients reçoivent les soins techniques loin de leur domicile.

En résumé, l’appauvrissement français s’exprime à travers l’impossibilité de faire face aux demandes multiples liées aux moindres symptômes. Il faudrait admettre de ne pas tout mettre sur le même plan. Les choix sanitaires lourds doivent rester dictés par la complexité des prises en charge de situations pathologiques graves (répondant aux problèmes de santé publique liés aux maladies cardio-vasculaires, neurologiques, cancéreuses, ou consécutifs au vieillissement) avec une vision de la médecine comme technique ou ensemble de techniques à appliquer à des maladies ou à des situations pathologiques. Mais la médecine doit tenir compte aussi des spécificités sociales et territoriales. La réduction du nombre de médecins formés a été déterminée par l’idée que c’était la présence de médecins qui générait de l’activité médicale. Le nombre de médecins formés en France a été réduit mais la demande de médecine technologique n’a cessé de croître, obligeant à une importation de personnels de santé formés ailleurs. Ainsi, contrairement à une idée reçue fréquente, le nombre de médecins en France n’a pas diminué sur plusieurs décennies mais leurs exercices, sociologie, géographie d’implantation non contrainte et mode de vie ont changé.

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Bon finalement, JC a été plutôt chanceux : munis des bons conseils à distance d’un professeur de médecine de ses amis, après quelques détours (Privé puis Urgences du Privé-Participant-au-Service-Public puis transfert dans un service d’orthopédie du Public parisien), il a pu se faire traiter de sa fracture tassement vertébrale hyper douloureuse là où il fallait, dans un délai correct (trois jours tout compris). Comme galère, ça aurait pu être pire. Il a donc bénéficié du premier groupe de ma typologie : celle de la médecine technique, « one-shot », celle qui nous fait dire que décidément en France on a une bonne médecine. Il est vite rentré chez lui, se réjouissant de la gentillesse et de la compétence des professionnels rencontrés. Il s’est évité errements et attente interminable dans des urgences générales, il a très vite pu être pris en charge par les bons spécialistes. Et je ne crois pas que cela lui ait coûté grand-chose, compte tenu des compétences remarquables mobilisées. Comme quoi quand même, le 15 août, c’est bien d’avoir la possibilité de connaître tout de suite le bon mode d’emploi et d’être orienté au plus vite vers les bonnes voies d’accès. La médecine à deux vitesses est celle de l’information valide. Et c’est mieux évidemment lorsqu’on tombe malade dans une grande ville avec plusieurs accueils d’urgences, dans un désert médical qui reste moins désertique que la France du Centre ou Mayotte dont on parle ces jours-ci en même temps que de Brest, Carpentras, Nantes, Belfort, Laval, Saint-Brieuc, et « une cinquantaine d’hôpitaux en tension », à travers la France, petites et grandes villes réunies.

Mais qui est ce Kennedy qui roule pour Trump?

Présidentielle américaine. Le ralliement de Robert F. Kennedy Junior en faveur de Donald Trump peut-il permettre au candidat républicain de rebondir? Il est le neveu de John Fitzgerald Kennedy, 35e président des États-Unis (1961-1963). Portrait et analyse.


Après près d’un an d’une course solitaire qui l’a vu se froisser avec les membres de sa famille et ses anciens camarades démocrates, Robert F. Kennedy Jr. renonce à l’élection présidentielle en ralliant Donald Trump. Ce désistement au profit du candidat républicain et son opposition frontale à Kamala Harris bénéficierait à Donald Trump, mais uniquement sous certaines conditions…

Kennedy, première victime de la Kamala-mania !

Dans un premier temps impliqué dans la primaire démocrate face à Joe Biden, Robert Kennedy a décidé de se présenter en tant que candidat indépendant l’année dernière. Sa campagne, soutenue par certains grands donateurs conservateurs, avait démarré avec la promesse de renverser le statuquo et de sortir du bipartisme.

Ses thèmes de campagne n’ont pas été consensuels, avec notamment la défiance à l’encontre des institutions, ou le scepticisme envers la vaccination. Cette campagne n’a jamais réussi à gagner en importance dans l’opinion publique américaine, mais RFK est crédité d’une base solide et hétérogène évaluée à 4% de l’électorat, 50% en provenance des Républicains séduits par son discours sur les libertés publiques et fondamentales, et 50% en provenance des Démocrates séduits par son discours sur les services publics et l’environnement.

Robert F. Kennedy est la première victime de la Kamala-mania.

D’une part, Kamala Harris a immédiatement réduit son socle électoral. Si ce dernier dispose toujours d’un socle à 4% du vote populaire, il était crédité de 8% du vote populaire… avant le retrait de Joe Biden. En effet, issu de la plus grande famille démocrate des États-Unis, RFK avait réussi à attirer une partie de l’électorat démocrate déçu par Joe Biden et se cherchant une nouvelle incarnation… Seulement, Kamala Harris a réussi à ramener vers elle cet électorat. D’autre part, l’attraction de Kamala Harris a également attiré des éventuels nouveaux soutiens financiers. Or, Robert F. Kennedy manquait de moyens financiers. En tant qu’indépendant, ses ressources limitées ont été principalement utilisées pour tenter de s’inscrire dans un maximum d’États ou de se défendre face aux différentes actions intentées contre sa campagne. Ce manque de fonds a empêché Kennedy de faire campagne correctement et d’organiser de grandes réunions publiques comme ses concurrents, hypothéquant ses chances de bien figurer lors de l’élection de novembre puisqu’il n’a pas pu remplir son utilité de vote : offrir à tous les Américains une alternative viable au bipartisme.

Le choix de soutenir Trump 

Le ralliement de Robert Kennedy Jr en faveur de Donald Trump n’avait rien d’évident. Issu du parti démocrate, il a bien tenté de se rapprocher dans un premier temps de la campagne de Kamala Harris. Surtout, RFK dispose de plusieurs points de divergence avec Donald Trump. D’un côté, sur la forme, il s’est souvent opposé à l’establishment républicain par le passé, y compris sous l’administration Trump. De l’autre, sur le fond, les deux divergent sur de nombreux points structurants comme l’écologie où RFK reste proche des positions démocrates, lorsque Donald Trump voit les différents plans de l’administration Biden, comme l’IRA[1], comme des « Green Scams » (escroqueries vertes) !

Ce ralliement n’est pas partagé par toute son équipe ainsi que par ses proches. En effet, plusieurs de ses soutiens souhaitent continuer le combat et implanter durablement une troisième force politique aux États-Unis comme sa colistière, Nicole Shanahan. Leur objectif est de maintenir ce qui fonde l’utilité du mouvement, à savoir la fin du bipartisme aux États-Unis. Ainsi, Robert F. Kennedy peut donner l’impression d’avoir joué son avenir personnel plutôt que ce projet collectif… À ce titre, il se pourrait qu’il obtienne une place dans l’administration, telle que le poste de procureur général, comme son père dans les années 1960.

Un ralliement utile, mais sous conditions

Le ralliement de Robert F. Kennedy présente un intérêt électoral certain pour Donald Trump.
Son retrait pourrait directement lui bénéficier, notamment en faisant revenir à la maison certains électeurs Républicains proches de la base de Trump, voire une partie d’anciens démocrates profondément déçus par le bilan de l’administration Biden. Même un très léger regain dans les sondages (+0,5 point) emporterait deux conséquences favorables pour Donald Trump. D’une part, ce report pourrait se montrer capital au niveau du vote populaire, sachant que Kamala Harris ne dispose que d’une avance modérée dans les sondages (+2 points), lorsque les dernières élections présidentielles américaines montrent que les Démocrates ne peuvent pas l’emporter avec une si faible avance au niveau du vote populaire compte tenu du fait que l’élection se joue au niveau des États (on se souvient de l’exemple d’Hillary Clinton). D’autre part, ce report sera précieux dans certains swings states, où l’écart entre Trump et Harris est faible selon les dernières enquêtes d’opinion (moins de 1 point, et où la décision finale se jouera à quelques milliers de voix). Ainsi, la campagne de Trump pourrait être relancée après avoir été éclipsée par celle de Harris depuis plusieurs semaines.

En revanche, ce ralliement pourrait aussi présenter des désagréments pour le milliardaire investi par les Républicains. Ainsi, pour être pleinement favorable à Donald Trump, ce ralliement doit répondre à trois conditions.

1) En premier lieu, ce ralliement de RFK ne doit pas constituer un front populiste qui pourra sur-mobiliser l’électorat démocrate et surtout faire pencher vers Harris les indécis et indépendants effrayés par les discours anti-institutions et anti-vaccination de RFK.

2) De plus, il ne doit pas éclipser les autres soutiens majeurs obtenus par Donald Trump. En effet, ce dernier a cherché durant toute la campagne de se donner une image professionnelle sur de nombreux points, notamment concernant l’économie en s’attirant les bonnes faveurs d’Elon Musk et selon certaines rumeurs de Jamie Dimon, PDG de la Banque J.P. Morgan.

3) Enfin, Donald Trump doit éviter que les électeurs de RFK séduits par son anticonformisme et sa voie originale et indépendante ne se tournent finalement vers… l’abstention. Car sinon, le milliardaire obtiendrait tous les désagréments du ralliement de RFK sans en obtenir les avantages !

En définitive, les implications du retrait de Robert F. Kennedy Jr. ne sont pas claires pour le moment, et il faudra attendre quelques jours pour en connaitre les conséquences directes, positives ou négatives, alors que la campagne présidentielle est déjà marquée par une forte volatilité.


[1] L’Inflation Reduction Act est une loi américaine sur la réduction de l’inflation promulguée le 16 août 2022. L’IRA mobilise sur dix ans 369 milliards de dollars pour soutenir l’industrie verte.

Alain Delon n’était pas que beau !

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L’acteur français était connu pour sa beauté mais il n’était pas que beau. Celui qui a su le mettre en scène le mieux, c’est le génial Luchino Visconti. Le billet de Philippe Bilger.


C’est entendu, Alain Delon était d’une incroyable, d’une indépassable beauté. Il appartenait à cette catégorie d’êtres qui apparaissent, tels des miracles, dans notre monde humain, tellement hors concours sur le plan esthétique que nul, aussi séduisant qu’il puisse se trouver, n’aurait risqué le ridicule de se comparer à lui.

Mais cette beauté, venue comme un don, une grâce, surgie des mystères de l’hérédité, il n’en était pas responsable. Elle lui a permis d’assouvir aisément, naturellement sa passion des femmes qui, tout au long de sa vie, ont succombé à son apparence mais pas seulement à cette magnifique superficialité. Ce serait une grave erreur que de réduire ainsi Alain Delon qui demeurera dans la mémoire et le cœur de beaucoup de ses admirateurs pour l’acteur génial qu’il a su être quand des réalisateurs de haute volée ont tiré le meilleur de lui-même.

Alain Delon est aussi ce qu’on en a fait

Pour ma part, j’ai toujours préféré au Delon marmoréen de Jean-Pierre Melville le Delon élégant, charmant, en mouvement, très expressif, du Guépard et dans un autre registre de Rocco et ses frères. Luchino Visconti est sans doute, à cause de son immense personnalité toute de finesse, de compréhension, d’empathie et de culture, le metteur en scène qui a le mieux appréhendé ce qu’Alain Delon avait d’unique. Grâce à lui, il a échappé à sa propre caricature, exploitant au contraire à fond sa spontanéité et cette fabuleuse aisance face à la caméra. Joseph Losey, René Clément et Jean-Pierre Melville (autrement) ont réussi aussi, et d’autres également dans des films plus ordinaires, à donner à Alain Delon l’écrin technique et dramatique dont il avait besoin pour irradier.

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Il importe qu’on n’oublie pas l’essentiel chez Alain Delon : venu au cinéma par amour pour une femme qui le lui avait demandé, il a édifié une carrière qui a fait de lui un monstre sacré parce que, derrière toutes ses représentations, il y avait cette étincelle d’identité qui constitue le comédien unique. Monstre sacré mais aussi, d’une certaine manière, sacré monstre, tant, dans les mille péripéties d’une existence bien remplie, heureuse parfois, sombre souvent, Alain Delon s’est toujours présenté tel qu’il était avec cette de roideur élégante, désinvolte, paradoxale, provocatrice, courageuse, patriote. On s’est parfois moqué de lui avec cette dérision qui n’était que le masque aigre de la jalousie. Trop de dons, trop de succès, trop d’aura ! J’ai par exemple toujours apprécié chez lui son caractère qui, contre tous les progressistes, l’a incité à mettre en avant son amour de la France – il l’a démontré par sa générosité ciblée – et de la vie militaire puisqu’il a affirmé que la meilleure période de son existence avait été son engagement. Oui, Alain Delon était beau mais il a été bien plus que cela !

Le Mur des cons

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LA PAROLE, RIEN QU'ELLE

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L’héritage antisémite de l’extrême gauche française

Le faux complot « des blouses blanches » est la dernière purge antisémite orchestrée par Staline. A l’époque, l’Humanité l’appelait le « Grand Staline »…


Le 13 janvier 1953, la Pravda, l’organe officiel du Kremlin, publiait un article fracassant fidèlement – servilement – repris in extenso le lendemain dans L’Humanité, le quotidien du Parti Communiste Français. On y révélait l’existence d’un complot visant à éliminer un à un les plus hauts dirigeants de l’État, et conséquemment l’État communiste lui-même. Le complot suprême, en quelque sorte, celui qui devait être le couronnement de tous ceux – ils sont nombreux – que le pouvoir en place – Staline en tête – se glorifiait d’avoir déjoués et réprimés depuis la révolution d’octobre 1917.

« La sécurité de l’État a démasqué un groupe de médecins criminels. À la solde des services secrets américains et du « Joint Distribution Committee » sioniste, ils cherchaient à attenter à la vie des dirigeants soviétiques », titre et sous-titre le quotidien communiste français avant de poursuivre avec le texte même de la Pravda.

« L’agence Tass a publié aujourd’hui une information au sujet de l’arrestation d’un groupe de médecins saboteurs. Ce groupe terroriste […] se proposait d’abréger la vie de militants actifs de l’Union Soviétique au moyen de traitements nocifs […] Se couvrant du titre noble et élevé de médecin, d’homme de science, ces criminels et ces assassins foulaient aux pieds le drapeau sacré de la science. S’engageant dans la voie de crimes monstrueux, ils ont profané l’honneur du nom de savant. Les camarades Jdanov et Chterbakov sont tombés victimes de cette bande de bêtes féroces à face humaine […]. Ils (ces médecins) avaient été recrutés par une filiale des services d’espionnage américains, l’organisation nationaliste bourgeoise juive internationale « Joint ». Le sale visage de cette organisation sioniste d’espionnage, qui couvrait sa vile activité sous le masque de la bienfaisance, a été été entièrement dévoilé ». Il s’agit du fameux complot dit « des blouses blanches ».

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Quelques semaines plus tard, en avril 1953, Churchill adresse à Eisenhower, le président des États Unis, une lettre dans laquelle il écrit : « Rien ne m’a davantage impressionné que l’histoire des médecins ». À n’en pas douter, il subodorait que ce complot-là était d’une tout autre envergure que les précédents, et que ses implications, ses conséquences auraient pu être sans commune mesure avec ce qu’on avait connu jusque là. « Si le complot contre les médecins juifs avait abouti, l’histoire du monde aurait été changée », écrivent Jonathan Brent et Vladimir P. Naumov dans leur étude très fouillée, très argumentée de cette affaire, au demeurant fort complexe[1]. S’il avait abouti, son caractère violemment antisémite aurait eu des conséquences tragiques pour la population juive de l’Union Soviétique[2], retenue prisonnière. Ses implications étaient encore plus grandes que celles du procès du Comité Antifasciste Juif ou de l’abrogation des droits des Juifs qui eurent lieu durant la campagne anti-cosmopolite, en 1947-1948. Un fait parmi d’autres, significatif cependant : 1948, cette année-là, Staline impose le divorce à l’épouse – juive – de Molotov et la fait incarcérer, coupable de s’être entretenue en yiddish avec la représentante de l’État d’Israël nouvellement nommée, Golda Meir, lors d’une réception.

L’éliminable vermine

Au mois d’août 1952, à l’issue d’un procès secret – parodie de justice, on s’en doute – les membres dirigeants de ce comité antifasciste furent exécutés. Quant à la Campagne anti-cosmopolite évoquée, particulièrement violente, elle fut conduite par le camarade Jdanov, mentionné plus haut, celui-là même qui devait mener par ailleurs avec une égale brutalité la répression contre les milieux culturels et scientifiques, avec pour cible première les Juifs. Car il n’est pas inutile de préciser que l’antisémitisme stalinien se nourrit aussi d’une aberration culturelle, scientifique. Celle-ci a un nom : Lyssenko, le « Staline de la biologie » selon l’expression de l’historien Adam Ulam. Le tout puissant Lyssenko, l’imposteur qui prétendait avoir créé des variétés de blé et de légumineuses capables de protéger à jamais les populations soviétiques des famines et pénuries endémiques. Le charlatan est alors au faîte de sa douteuse gloire. Ses délires scientifiques sont promus par Staline vérités intangibles, incontestables, universelles. Quiconque les critique, les conteste devient par le fait même un ennemi de l’Union Soviétique et de son peuple. Lors du séminaire de l’Académie des sciences agricoles de l’été 1948, Lyssenko conclut son interminable et imbuvable prédication par cette envolée : « Gloire au grand Staline, chef du peuple et Coryphée de l’avant-garde de la science ». Il ne pouvait faire moins. Il est bien évident que, dans ce contexte d’un obscurantisme préfigurant à maints égards l’ineptie wokiste d’aujourd’hui – puisqu’il s’agissait déjà de dénier toute pertinence à la science dite bourgeoise – les communautés culturelles, médicales, scientifiques non infestées par ce virus, juives mais pas seulement, étaient à considérer comme de la vermine, tout juste bonne à être étouffée, radicalement éliminée.

Cependant la traque allait bien au-delà des hautes sphères savantes. Des comités de « vigilance », autrement dit de délation, se constituèrent un peu partout avec mission de dénoncer les Juifs et les « douteux ». Entre octobre et janvier 1953, des centaines de médecins furent arrêtés. À la même période, quatre nouveaux camps de concentration sont mis en chantier aux confins de l’URSS, destinés aux « criminels les plus dangereux ». Il semble donc évident que Staline forme alors un projet de déportation de masse. Quant à la technique des procès, elle se trouve admirablement résumée dans les propos du camarade Rioumine, zélé inquisiteur en chef : « Votre arrestation suffit à établir votre culpabilité, et je ne veux pas entendre la moindre discussion à ce sujet ». Beria, psychopathe terrifiant, rival de Staline, n’est pas en reste dans ce registre qui clamait avec fierté : « Confiez-moi un prisonnier pour une nuit et je lui ferai avouer qu’il est le roi d’Angleterre ». 

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L’article de la Pravda et sa copie conforme de L’Humanité nous livrent en réalité le schéma très exact de la stratégie communiste en matière de purge. Dans sa première partie, révélation du prétendu complot. Vient ensuite l’accusation d’impéritie des services – police politique, renseignement et autres – enfin, incompétence des personnels politiques qui ont nommé ces incapables. Donc, nécessité de faire le ménage à chaque étage. La purge stalinienne fonctionne toujours ainsi, c’est une purge à tiroirs, un enchaînement diabolique qui permet d’acquérir et de conserver « la garantie totale » de pérennisation du système que Boukharine appelait de ses vœux. Ainsi, à chaque purge, le dictateur suprême élimine ses rivaux potentiels, fait grimper de nouvelles têtes qui à leur tour tomberont en temps utile.

La légitimé révolutionnaire ne reposant pas dans son principe sur la représentation électorale, encore moins sur un quelconque droit divin, n’a pour seul fondement que la lutte. La sacro-sainte lutte. Elle est ce qui nourrit, justifie, sacralise la réalité révolutionnaire. Elle lui est nécessaire. Elle lui est consubstantielle. D’où l’obligation permanente, tant en interne qu’en externe, de trouver un ennemi à combattre. Les koulaks, les paysans « cupides » dans les années vingt, les trotskystes dix ans plus tard, puis la purge finale, les Juifs. Inexorablement, on devait arriver à cet aboutissement logique, le Juif considéré en tant que coupable paroxystique, cristallisant commodément le faisceau d’accusations utiles : liens avec l’étranger du fait de la diaspora, éducation culturelle différente pour ne pas dire divergente, donc suspecte, hostilité religieuse séculaire, compromission économique, etc. Staline ne fait en cela que rejoindre Hitler. Derrière sa purge finale une « solution finale » peu ou prou démarquée de celle des nazis se profilait-elle ? Nous ne le saurons jamais avec certitude, la mort du Petit Père des Peuples, survenue – très opportunément – le 4 mars 1953 mettant fin à ce délire conspirationniste sans précédent qu’aura été le « complot des blouses blanches ». Un complot fabriqué de toutes pièces, un chef d’œuvre effrayant de cynisme, de sadisme, de violence, de cruauté.

La clique arrivée ensuite au pouvoir – Malenkov, Béria, Molotov, Kroutchev… – s’empressera de faire machine arrière, dédouanant et libérant les médecins détenus ainsi que leurs épouses. Bien sûr, ils y vont eux aussi de leur purge. Ils liquident dans la foulée tous ceux qui ont joué un rôle dans l’affaire, dont le camarade Rioumine pour ne citer ici que lui. Les nouveaux dirigeants se sont-ils finalement effrayés de la tournure que risquait de prendre cette folie ? Ont-ils quelque chose à voir avec la mort de Staline ? Nul ne sait. Même si Béria, suivant le cortège funéraire du dictateur, se serait laissé aller à se vanter de l’avoir envoyé ad patres. 

Staline a son fan-club post-mortem

Le 7 avril 1953 paraît un nouvel article dans la Pravda, toujours aussi scrupuleusement repris dans L’Humanité : « Les professeurs et médecins sont complètement lavés des accusations dont ils étaient l’objet et ont été libérés », lit-on. Professeurs et médecins qui se trouvent désignés ailleurs dans l’article comme autant de « personnalités éminentes de la médecine soviétique ». Il est intéressant de constater que, pas plus dans le long article de la Pravda que dans sa réplique de L’Humanité, il n’est fait référence à leur qualité de Juifs. Coupables, ils l’étaient, Juifs. Innocents, ils ne le sont plus. Ainsi, voilà passée à la trappe l’hystérie antisémite de cette abominable conspiration ! Nous sommes en 1953. Tant de « pudeur », en France, a tout de même de quoi surprendre. Peu auparavant, la presse communiste avait couvert en grand les obsèques de Staline. « Deuil pour tous les peuples qui expriment dans le recueillement leur immense amour pour Le Grand Staline », titre sobrement L’Humanité dans son édition spéciale du 6 mars. On peut y lire également, dans un long hommage signé Jacques Duclos : « Les enseignements de Staline éclairent notre route, nous rappellent l’impérieuse nécessité de la fidélité aux principes du Parti, de la lutte sans merci contre les déviations de la ligne marxiste-léniniste (…) Nous nous efforçons, suivant la trace du meilleur stalinien français, Maurice Thorez, d’être dignes nous aussi du beau titre de staliniens ». « Le beau titre de stalinien ». No comment! Plus tard, Molotov se fendra de cette prédiction glaçante : « Staline sera réhabilité, cela va sans dire ! » Le pire est qu’on ne peut exclure, aujourd’hui, avec certitude cette riante perspective.


[1] Cf. Le Dernier Crime de Staline – retour sur le complot des blouses blanches. Calmann-Lévy 2006.

[2] et des démocraties populaires.

La machine à démonter le temps

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Jean-Paul Brighelli et Alain de Benoist dissèquent avec précision les idéologies aux commandes de la machine à broyer le passé, mais l’existence de ces grands courants dévastateurs et le zèle des contremaîtres à la manœuvre ne doivent pas absoudre le citoyen de base de sa responsabilité dans la lubrification de cette machine à démonter le temps.


Dans un article récent Jean-Paul Brighelli, inspiré par l’éditorial d’Alain de Benoist, nous rappelle une nouvelle fois que « derrière cette éradication scolaire de l’Histoire, il y a le rêve des européanistes de liquider la mémoire de la France ». Ces deux auteurs ont depuis longtemps parfaitement cerné et explicité les cheminements idéologiques qui font du passé, ici, un « motif de repentance » et là, un récit à effacer. Dans nos écoles primaires, les ravages sont effectivement palpables. Ils affectent désormais, chez les jeunes élèves, la construction du rapport au temps mais ne sont pas les seuls facteurs de sa désagrégation.

Ceux qui ont eu la curiosité d’ouvrir les derniers livres d’histoire conçus pour le primaire ont pu prendre conscience de l’effet dévastateur des programmes concoctés sous le quinquennat Hollande. Cette explosion de la chronologie des faits en un vaste collage déstructuré d’images, construit, au mieux, un kaléidoscope lacunaire dans l’esprit des élèves. Ils n’apprennent plus l’Histoire, ils « questionnent le temps », cultivant insidieusement l’idée que seul compte le fait de poser la question et que, la réponse se trouvant dans quelque Wikipédia dématérialisé, l’effort d’une mémorisation structurée est inutile. A cette pixellisation de l’Histoire, s’ajoutent les effets délétères d’une soumission aux écrans toujours plus importante : zapping permanent et culture de l’impulsion verbale ramènent peu à peu nos cerveaux vers l’instantanéité et le caractère périssable du langage propre à l’Homme d’avant l’invention de l’écriture.

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La dissolution des repères atteint jusqu’au temps de l’école qui, aujourd’hui, ne fait plus sens. L’obligation d’ouvrir la porte à tout retardataire et l’absence de moyens de sanctionner les parents désinvoltes permettent arrivées et départs à la carte. Portés par l’individualisme et la société des loisirs, les tarifs promotionnels de voyage tiennent lieu de justificatifs pour amputer le temps scolaire de façon significative, par des départs en vacances aléatoires. L’ordre donné d’une « relation usagers » apaisée, devenu critère d’évaluation des enseignants et directeurs, a fini par les contraindre à accepter de faire de l’exceptionnel, une règle.

Mais à ce relativisme de planning et à la destruction orchestrée de l’apprentissage de l’histoire de France, motivée par des pédago-idéologues soucieux de faire du passé table rase, s’ajoutent également les gouttes d’eau d’initiatives individuelles. Dans nos écoles, par petites touches, sous la pression communautaire ou par simple anticipation d’un risque potentiel de conflit, s’effacent les marqueurs temporels de notre culture. Ce peut être les contes traditionnels, vecteurs de lien intergénérationnel et éléments de transmission du patrimoine qui disparaissent au profit d’éphémères produits de littérature enfantine, car leur étude obligatoire a été retirée des programmes de maternelle par Najat Vallaud-Belkacem. Ailleurs, c’est Noël qui disparaît : plus de sapins à colorier, encore moins d’étoiles. Là, plus de frises sur les œufs de Pâques, plus de couronnes, ni de galettes. Le monde enseignant se découvre la racine chrétienne honteuse, même lorsqu’elle est sécularisée et que ses effets sont purement culturels. Ce même questionnement s’invite chez certains acteurs du monde politique qui s’interrogent publiquement sur le caractère discriminant de jours fériés pourtant eux aussi amplement sécularisés.  Désormais, c’est au tour de la fête des mères et de celle des pères d’être effacées ou renommées « fête des gens qu’on aime » par des enseignants trop frileux pour simplement proposer aux enfants de couples homosexuels de faire deux cadeaux. Il est pourtant paradoxal de refuser de garder la tradition de certaines fêtes au nom d’une minorité qui a souhaité elle-même voir ses unions appelées selon le terme traditionnel de « mariage ».

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L’utopie du paradis multiculturaliste est à ce prix : chacun doit pouvoir vivre selon son tempo. La volonté de faire rayonner le mythe d’une diversité joyeuse conduit le décisionnaire politique comme certains acteurs de terrain à faire disparaître les points de frictions potentiels. Dès lors, l’écrin commun ne peut se concevoir qu’a minima et l’effacement des références temporelles est en marche : fragmentation du passé, relativisme du présent. Il est particulièrement cruel de constater que l’école, qui fut, jusqu’à il y a peu, le lieu de construction d’un référentiel partagé, devient un outil de dissolution et d’effacement des marqueurs traditionnels du temps français. Le temps, cette impalpable dimension qui se matérialise au quotidien dans un référentiel différent selon les points du globe et les époques, est une des incarnations du commun qui unissent une société. Il participe de cet « imaginaire des peuples » dont la déstabilisation peut, selon Stéphane Rozès, conduire à des tensions ou à la guerre.  Face à un tel constat, expliciter les forces idéologiques à la manœuvre pour « vaporiser » le passé est un premier axe d’action. Refuser, à son petit niveau, le grand effacement en est un autre. Les discrètes résistances enseignantes pour maintenir un enseignement substantiel de l’Histoire malgré les programmes indigents doivent se vivre la tête haute, la lecture doit se pratiquer dans des documentaires historiques et des textes du patrimoine, les frises chronologiques richement illustrées doivent tapisser les murs des classes. De leur côté, les parents d’élèves doivent oser manifester leur désappointement lorsque les fêtes qui rythment avec profit le temps des enfants ou les contes qui unissent les générations disparaissent. Soyons donc, chacun, grain de sable et non lubrifiant dans les rouages de la machine à démonter le temps dont les intellectuels nous ont démontré la présence.

L'école sous emprise

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Sonya Zadig : risquer son corps et sa vie à parler haut et droit

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Le livre de Sonya Zadig, À corps retrouvé, troisième et dernier d’une trilogie, se prétend « roman », un cadre littéraire qui protège l’auteur en posant comme préalable que toute ressemblance avec la réalité ne pourrait être que fortuite.


Toute ressemblance avec la réalité, d’accord, mais quid de l’inconscient de l’auteur ?

L’avantage pour le lecteur, quand un « roman » est écrit par une psy, c’est que l’auteur inclut dans la forme l’explication du fond. Dans le cas de Zadig il y a un bonus poésie : « J’avais renoncé à ma terre natale, je n’avais pas d’autre possibilité; afin de réchapper à la douleur de l’exil et aux morsures de la nostalgie, j’avais enfermé toute cette histoire à double tour dans un coffret à mémoire ».

La lecture des opus précédents a lié la pathologie dont souffrait l’auteur à sa relation avec son père. D’où son exil. À la mort du paternel, elle s’est sentie libérée, mais « inlassablement insatisfaite et couramment à cran, comme si sa mort, m’ayant dépossédée de son regard insistant sur tous mes faits et gestes, s’était ressuscité tel quel en moi ».

On s’en voudrait d’appliquer de la psychologie de café du commerce à une pro de la psy, mais cette insatisfaction n’était-elle pas plutôt liée au fait que plus jamais son père ne serait en mesure d’admettre le mal qu’il lui avait fait? Notre époque se pique de remettre la psychanalyse en question.[1] Pourtant, cette méthode thérapeutique a encore de beaux jours devant elle : « L’inanalysable était mon corps, l’exil m’avait expropriée de ma langue et donc de mon corps, mon territoire intime devenait au fil du temps une terre en friche, abandonnée à tous les vents, une mélancolie entêtante était devenue dès lors ma compagne, ma partenaire de vie, j’étais opératoire, je vivais certes, mais avec déplétion, je le savais et j’avais épuisé tous les remèdes pour y échapper ». Quand on lit ces lignes, on pense à ce que David Ben Gourion, premier Premier ministre israélien identifiait comme la condition de la renaissance de son État « la force qui a rendu possible le rétablissement de notre État […], le lien spirituel profond avec la patrie antique d’Israël, avec la langue hébraïque dans laquelle est rédigé le Livre des livres ».[2] 

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Ce n’est pas la seule fois où Sonya Zadig, athée née musulmane, fait preuve d’une étrange proximité avec le judaïsme ou Israël : « La nostalgie d’un passé que j’avais pourtant détesté revenait sans cesse me hanter », comme il hante aussi certains de ses amis juifs originaires de Tunisie. Quand elle parle de sa nostalgie pour son passé détesté, on voit le mécanisme qui soude les enfants battus à leurs parents… et les Juifs persécutés à leurs bourreaux.

Et puisqu’on parle d’enfants malheureux, sachant que le mariage et les enfants étaient la seule destinée d’une femme en terre d’islam, Zadig « craignai(t) » de « céder sur mon désir en rejoignant le destin qui m’avait été prédit ». Elle a été surprise de constater « qu’être mère n’ensevelissait nullement la femme, mais l’augmentait ». Il est courant d’additionner ses différentes identités (privée, professionnelle, sociale…) pour construire un tout supérieur à la somme de ses composantes. Sonya Zadig, elle, a exalté même la partie maternelle de son tout ! Sa nounou, Chrifa, l’avait accueillie lorsqu’elle avait tout juste un an et « que je passais mes jours et mes nuits à hurler ma désaide et le désamour de ma mère ».

L’exemple offert par une « mère insuffisamment bonne », pour reprendre l’expression de Donald Winnicott, conduit plus souvent à l’imitation qu’à la contradiction. Zadig est tombée du bon côté du contre-exemple : « N’ayant pas reçu de recettes sur la manière d’être mère, j’ai simplement inversé en son contraire tout ce qui de l’éducation ou de la non-éducation m’a été transmis »… Jusqu’à tomber dans l’excès inverse : « En voulant enrayer le climat insécure dans lequel j’ai grandi, je les [ses enfants] ai protégés du monde jusqu’à le leur rendre cotonneux et candide ». Mais élever ses enfants avec trop d’amour, est-ce vraiment « mal les élever » ? Leur mère s’est retrouvée « exilée de la langue » par son choix de ne leur parler qu’en français, pour éviter qu’ils entendent sa langue paternelle, celle dans laquelle son père l’interpelait : « Ya Sonya ! », « Eh toi, Sonya ! ». Elle interprétait cette interjection comme une mise à distance, une mise à l’écart. Jusqu’à l’intervention d’Aldo Naouri, autre psy de classe olympique, grâce à qui la fille de l’apostat a eu une épiphanie : et si le « tu » derrière le « eh toi » avait été une injonction non pas paradoxale, mais libératrice ? « Hé TOI ! Ya Sonya, pars ! Sors de cette oumma, réussis là où j’ai échoué. Va, vis et deviens ! »[3]

Printemps arabe et retour aux sources

Le printemps arabe a ramené Sonya Zadig au pays paternel : « mes loyautés que je croyais enterrées s’exhumaient au fur et à mesure que les événements de ce que l’on avait dénommé le Printemps arabe circulaient sur les ondes ». Elle doutait quand même de son issue : l’islam étant antinomique du progrès, comment un pays musulman pourrait-il faire l’expérience de la démocratie, ce péché qui permet aux hommes de prendre des décisions réservées à Allah ? Malgré les doutes, cette « étincelle de l’histoire, ce printemps au milieu de l’hiver » avait aussi dégelé son amour pour la… patrie et lui avait fait signer un traité de paix avec elle-même. Elle voulait, par son retour, « apporter quelque chose à la Tunisie, je voulais pouvoir y retourner légitimement, car lorsqu’on quitte un pays ou quelqu’un depuis si longtemps, revenir sans raison valable friserait l’inconvenance ». Revenir, mais surtout sans en jouir, en payant une dette. Comme les dhimmis, « protégés de l’islam », soumis à un impôt spécial pour être autorisés à vivre dans l’humiliation permanente ?

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Revenir, c’était aussi revivre la façon dont la société tunisienne traitait les enfants : leur rôle était d’obéir et de devenir factotum pour tous les adultes : « la soumission et la servitude s’inculquent dès le berceau ».

Fille d’un couple dysfonctionnel, la petite Sonya avait à peine douze ans lorsqu’elle rasa la barbe d’Allah « pour installer à sa place celle du père de la psychanalyse ». Devenir, elle-même, psychanalyste fut un passage à l’acte.

De la révolution comme catharsis personnelle

Il n’y a pas de révolution sans violence, pas de lutte pour la justice sans injustice, pas de changement de régime sans retour du refoulé : violence, manifestations, répression… Venue à Tunis avec une équipe française pour travailler sur « les invariants psychiques de la dépression, […] essayer d’épingler à travers les entretiens avec les patients la variable culturelle afin d’améliorer nos pratiques avec la population d’origine maghrébine en France », Sonya Zadig n’était pas  dupe de son jargon : « la dimension ethno-psychiatrique était à l’époque leur violon d’Ingres ».

Le visage est ce que les femmes doivent cacher pour empêcher les hommes, car dans l’islam, un homme ça ne s’empêche pas (contrairement à ce que préconisait Camus), cela empêche qu’on lui impose une tentation.

Le droit à la différence n’est jamais loin de la différence des droits et l’ethnopsychiatrie de l’assignation identitaire. Ce qu’elle espérait surtout découvrir, c’était ce qui poussait les femmes à servir de courroie de transmission à leur propre servitude. Et aussi : « saisiraient-elles cette embellie de l’histoire pour vider le ciel de ce dieu tyrannique ? » Les journalistes prennent le pouls d’un nouveau pays en interrogeant leur chauffeur de taxi. Le premier que Zadig rencontra réussit à la réduire au silence par « les clameurs effroyables des versets coraniques » qui  l’avaient poussée à quitter son pays.

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En astronomie, la révolution a le sens d’une orbite. En l’occurrence, la révolution sociale du printemps arabe s’achevait sur un hiver islamique. La philosophie est œcuménique, la preuve par Sonya Zadig citant le philosophe juif, Emmanuel Levinas, pour chercher à comprendre l’agressivité de son chauffeur de taxi… Les sociétés de la clôture sont celles qui ne posent pas de questions ouvertes. L’islam en est l’exemple type. Et Levinas son contraire : le visage, dont Levinas met en avant la fonction d’altérité, est ce que les femmes doivent cacher pour empêcher les hommes, car dans l’islam, un homme ça ne s’empêche pas (contrairement à ce que préconisait Camus), cela empêche qu’on lui impose une tentation.

Cas cliniques et clinique du cas Zadig

La présentation des cas cliniques est toujours un grand moment pour les étudiants en psychiatrie et en psychologie. Les quatre femmes présentées par « Docteur Sonya » en apportent une ample démonstration : « Warda ou le féminin fané, Latifa ou la disparition d’un corps, Feiruz ou le sacrifice de Hagar[4], Kahina : le corps mélancolique ou l’impossible perte ». La psychanalyste, elle aussi, a vécu une catharsis. Pas sur le divan, mais sur la tombe de son père, où elle a pris la décision de « vouloir vivre un exil heureux ». Être libre ! Sauf qu’en revenant du cimetière, toute à la pensée de cette liberté, elle a failli être violée par un groupe de jeunes : « Inti kahba, labssa roba zeda, nhibou nikouk yamalhat ! (T’es une pute, toi !  T’es en robe en plus, ce qu’on veut, c’est te baiser, espèce de putain !) ». Sa liberté virtuelle en danger ne survécut que grâce au hurlement qu’elle poussa, cri à la fois primal et élaboré, qui ameuta le responsable du cimetière et fit fuir ses agresseurs. À l’inverse, ses patientes lui avaient mis du baume au cœur : « Toutes ces femmes qui ont eu la générosité de me dire mezza voce « Vous avez eu raison de partir, il n’y a rien pour vous ici ! » m’ont aidée à franchir le pas et à clore définitivement le dossier nostalgie ».

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Le contre-transfert a été aussi utile à la psy que le transfert à ses patientes. Mais ayant pacifié sa relation avec son pays d’origine, Sonya Zadig avait aussi compris que sa liberté réelle passait par la France, car la révolution avait accouché de l’islam, la boucle était bouclée, et les Tunisiennes continueraient à la boucler. Le diagnostic était le même pour le pays et ses habitants : « Le cœur du problème demeure l’impossibilité pour un sujet de s’individuer, puisqu’il s’agit pour tous de s’agglutiner, tel un corps relié au service de l’idole mahométane et sous la férule d’Allah ; un individu qui n’a pas veillé à faire émerger son individualité ne peut en aucun cas se soucier de préserver la démocratie. Le souci de soi et le souci de la cité sont intimement liés ».

La psychanalyse, comme l’éducation réussie, permet à l’enfant de partir

Sonya Zadig, elle, s’est détachée : « J’ai compris que je n’étais plus une déplacée, mais que je m’étais déplacée. […] J’étais venue confirmer que j’avais fui ce pays pour ne pas devenir folle, ces femmes sont une version possible de ce que j’aurais pu devenir si je n’étais pas partie ». Après le diagnostic, l’ordonnance : « Réinterroger surtout le rapport au pouvoir, aux droits des citoyens, à la liberté de conscience, il faudrait déraciner la haine du féminin qui n’est rien d’autre que la haine de l’altérité ».

Si Zadig s’y sent bien, elle mesure aussi la fragilité de son pays d’adoption, dont beaucoup d’enfants entretiennent « la haine de la France et de son honneur ». Jusque dans son foyer, elle prit « acte avec effroi de la pénétration des signifiants islamiques… Au nom de quelle tolérance avait-on voulu réduire les Français à leurs origines sociale, ethnique et religieuse ? Depuis quand parler la langue de Molière était-il devenu risible, voire « chelou » ? »

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Les parents de tous les enfants français devraient être saisis du même effroi en constatant les mêmes symptômes linguistiques chez leurs enfants. Ce stigmate est exporté par les zones de non droit, qui portent mal leur nom, car « zone de non-droit ne veut rien dire, parce qu’il y a bien un droit : celui du plus fort. Un droit, une loi et même des usages ». Comme Zohra Bitan, Abnousse Shamani, Lydia Kebbab, Fathia Boudjalat et d’autres, Sonya Zadig risque son corps et sa vie à parler haut et droit. Ces femmes ont le courage de parler, car elles sont les seules à savoir par le vécu ce que préparent LFI et leurs alliés islamo-compatibles, prêts à tout pour le pouvoir. Il faut les écouter, avec autant d’attention qu’un psychanalyste écoute son analysant !

À corps retrouvé

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À corps perdu

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Soumise: Récit

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[1] www.lexpress.fr/idees-et-debats/faut-il-en-finir-avec-la-psychanalyse-les-verites-sur-une-passion-francaise-YJ2H4S7THRFUTCFNPSHIDWXSPM/

[2] www.amazon.fr/LEtat-dIsra%C3%ABl-lavenir-peuple-Juif/dp/B0DC5LWV26/

[3] Titre d’un film de Radu Mihaileanu, racontant l’histoire d’un enfant éthiopien adopté par des Juifs au moment de l’opération Moïse (novembre 1984-janvier 1985). Hé hé !

[4] Dans la Bible, la servante de Sarah et la mère d’Ismaël.


Sophia Chikirou, le « martyr » du Hamas et la chute de la maison Mélenchon

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Pendant l’été, des adversaires naïfs de Jean-Luc Mélenchon ont espéré que l’islamo-gauchisme de sa prochissime conseillère, Sophia Chikirou, pouvait enfin les faire tomber. Raté.


La corruption de LFI par l’idéologie islamo-gauchiste devenait-elle soudain trop voyante ? Au cœur de l’été, Sophia Chikirou a été contrainte de corriger le tir, après avoir diffusé à la va-vite des publications douteuses sur ses réseaux sociaux. « Je ne soutiens pas le Hamas, ni sa branche politique élue à Gaza dont je ne partage en rien le projet islamiste », a assuré la députée d’extrême gauche, le 4 août, dans Libération. Ça va mieux en le disant…

C’est la faute à l’extrême droite

Trois jours plus tôt, l’élue de Paris publiait sur son compte Instagram privé un hommage au chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, tué à Téhéran le 31 juillet, émanant du collectif « Urgence Palestine ». On pouvait notamment y lire qu’après avoir échappé à quatre tentatives d’assassinat, « Dieu scellait [son] martyr comme il l’avait toujours souhaité », ou que la « résistance » n’en était que renforcée… « Je ne partage en rien le projet islamiste », dit donc l’élue française. Essayons de traduire sa pensée : on pourrait comprendre la démarche du projet politique du Hamas – lequel s’est résumé, le 7 octobre, à massacrer et enlever des civils israéliens – mais en revanche son projet théocratique est vraiment trop méchant !? « J’ai partagé cela comme une information. J’ai supprimé ces visuels […] dès que l’extrême droite a commencé à m’attaquer sur les réseaux sociaux et à monter en épingle une polémique. Je m’inquiète des réactions agressives et disproportionnées et déplore de voir des médias servir une telle opération », s’est ensuite justifiée l’élue de Paris.

Or, contrairement à ce qu’elle affirme, il n’y a pas eu que l’extrême droite et la presse pour tomber sur notre Insoumise-Calimero : « Sophia Chikirou n’engage qu’elle même par ses provocations, qui ont pour seul effet de susciter des polémiques qui minent le travail collectif » s’était indigné Olivier Faure, le chef du PS, parti moribond allié à LFI dans le Nouveau Front populaire (NFP). « Abject », avait surenchéri la présidente de la région Occitanie Carole Delga, voyant dans les publications de Mme Chikirou une « apologie du terrorisme » et carrément le « porte-voix de la haine des juifs ». Pendant que la guerre fait rage au Proche-Orient, M. Faure et Mme Delga n’oublient pas que la gauche doit avant tout nous trouver un Premier ministre pour Matignon…

« L’hommage de Mme Chikirou au chef politique du Hamas devrait la mettre au ban de la vie politique. Cette forme de complaisance, récurrente dans son parti, ne doit pas trouver sa place dans notre République. Nous saisissons notre commission juridique », a annoncé de son côté la LICRA.

L’Union des étudiants juifs de France a quant à elle déposé une plainte pour apologie du terrorisme contre la députée LFI. « Je suis pour la discussion de tout avec tout le monde, mais comment discuter quand certains glorifient le terrorisme ? » s’est demandé son président Samuel Lejoyeux, dans les colonnes du Point, expliquant que l’élue se rendait coupable de détournement de la cause palestinienne, d’importation du conflit en France et de glorification du terrorisme.

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Il espère pouvoir la traîner au tribunal. Car le chef politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, qui aimait se présenter comme un « enfant du peuple » alors qu’il avait détourné avec sa clique guerrière de fous d’Allah des millions de dollars d’aide destinés à Gaza, était bien en responsabilité quand son organisation a attaqué Israël sur son territoire le 7 octobre 2023, faisant 1200 victimes et plus de 3000 blessés – il s’est d’ailleurs vu délivrer un mandat d’arrêt par la CPI pour cette raison par la suite. On se souvient aussi que les caméras d’Al-Jazeera avaient montré au monde entier le sulfureux personnage en train de prier, à Doha (Qatar), alors que son mouvement était en train de commettre les tueries. Enfin, il n’est pas inutile de rappeler à Mme Chikirou que le Hamas est bien officiellement considéré comme organisation terroriste par l’Union européenne ou les Etats-Unis d’Amérique.

Pas une brebis galeuse

Jean-Luc Mélenchon n’a pas estimé nécessaire de venir au secours de sa proche conseillère en gratifiant les lecteurs de son blog d’un billet ad hoc. Ces derniers temps, le vieux chef préfère y détailler son grand projet de destitution du président Macron, qu’il surnomme « capitaine du Titanic », plutôt que d’évoquer la Palestine. Dans nos médias, pourtant souvent si prompts à l’indignation, l’hommage honteux de Mme Chikirou au chef du Hamas a été finalement assez peu commenté, et la polémique est vite retombée. Effervescence des Jeux olympiques, sans doute. Dès le lundi 5 août, les journaux n’abordaient déjà plus le sujet, comme s’il était admis que les excès des Insoumis ne devaient plus indigner l’opinion, ou comme si tout le monde avait compris que LFI était bien le porte-voix du Hamas dans l’hexagone ! Plutôt révoltant…

Car oui : Mme Chikirou est loin d’être une marginale au sein de son parti, qui par bien des aspects prend parfois l’allure d’un véritable « Club des amis » du Hamas. On se souvient des propos hésitants de Mathilde Panot, en conférence de presse à l’Assemblée nationale, ou de Danièle Obono, au micro de Jean-Jacques Bourdin, en octobre dernier. Les deux politiciennes se refusaient à accoler l’adjectif « terroriste » aux exactions palestiniennes, préférant parler de « crimes de guerre », et renvoyant ainsi dos à dos la dictature théocratique du Hamas et le gouvernement israélien, lequel a été prié par les Insoumis de ne pas répliquer dès le lendemain des attaques terroristes.

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D’autres Insoumis, imprégnés d’analyses décoloniales mal ingurgitées, comme l’impayable Ersilia Soudais, voient en fait dans le Hamas un mouvement de résistance comme un autre qui combattrait le « colonialisme » et l’« impérialisme ». Dès qu’on lui tend le micro, la députée de Seine-et-Marne dénonce un soi-disant « génocide », quand ce n’est plus un « apartheid », ou le processus de colonisation en Cisjordanie – ce qui est déjà beaucoup plus légitime. Mais elle fait également de nombreux faux pas, par exemple quand elle plaide pour l’arrêt des « arrestations massives de Palestiniens » et pour leur libération générale, le jour même où Israël arrête la militante Ahed Tamimi, laquelle appelait au meurtre des Juifs dans des termes particulièrement choquants : « Nous allons vous massacrer. Ce qu’Hitler vous a fait est une plaisanterie par rapport à ce que nous allons vous faire, nous boirons votre sang et mangerons votre crâne ».

Quant à son grand ami, le député de Seine-Saint-Denis Thomas Portes, il est difficile de tenir à jour la liste de ses contestables actions militantes dans le dossier épineux du conflit au Proche-Orient. Il a d’abord participé à des manifestations propalestiniennes interdites à Paris. Puis, il a défendu la thèse complotiste affirmant que « Nétanyahou et ses complices » auraient délibérément laissé se produire l’attaque du 7 octobre (une accusation qui inverse le statut des victimes et des bourreaux, et qui exonère donc opportunément les assassins du Hamas de la responsabilité de leurs crimes). Enfin, avant le début des JO, il a encore fait parler de lui en appelant à se mobiliser contre la présence des athlètes israéliens à Paris, affirmant que « les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus ». 

Le géographe suédois Andreas Malm, auteur de Comment saboter un pipeline ?, figure actuellement parmi les maîtres à penser de LFI. Il était encore invité fin mars par Clémence Guetté, à l’institut La Boétie, l’Académie des Insoumis fondée par M. Mélenchon. En avril, évoquant le 7 octobre, ce grand penseur a carrément déclaré : « La première chose que nous avons dite dans ces premières heures n’était pas tant des mots que des cris de jubilation. Ceux d’entre nous qui ont vécu leur vie avec et à travers la question de la Palestine ne pouvaient pas réagir autrement aux scènes de la résistance prenant d’assaut le checkpoint d’Erez », ajoutant : « La résistance armée qui se déroule à Gaza est héroïque ».

Et on ne peut terminer cet inventaire des délires insoumis concernant la guerre à Gaza sans évoquer la nouvelle coqueluche de LFI : Rima Hassan. Récemment élue eurodéputée, elle est également ciblée par une plainte pour avoir dit au média Le Crayon que l’action du Hamas était « légitime », et par une autre émanant de son collègue François-Xavier Bellamy (LR) pour menaces. Et elle a été aperçue ces derniers jours à Amman (Jordanie) aux côtés de Taha Bouhafs, parmi une foule manifestant pour Gaza. Critiquée, l’élue assure qu’elle ne savait pas que certains rendaient hommage à Ismaïl Haniyeh. En effet, évidemment, les slogans et pancartes brandies à cette occasion ne faisaient pas dans la nuance…

Nouvelle France

Hollandisme comparé à des punaises de lit, discours de Fabien Roussel comparés à ceux de Jacques Doriot, anciens collègues qualifiés de « tafioles de merde », pétition dénonçant son autoritarisme au sein de Le Media dont elle a finalement dû lâcher les rênes, rumeurs sur la nature véritable de sa relation avec Jean-Luc Mélenchon… Mme Chikirou a l’habitude d’avoir mauvaise presse ! Mais, ses adversaires ont eu tort de se réjouir, et d’imaginer qu’elle pourrait entrainer le vieux leader dans sa chute avec son faux pas de l’été. Toutes les navrantes péripéties insoumises énumérées ci-dessus expliquent que la polémique Chikirou ne puisse pas vraiment prendre dans l’opinion ; elle est noyée dans un océan de dérives islamo-gauchistes.

Autrefois, l’extrême gauche française avait une passion coupable pour des tyrans qui, au moins, prétendaient porter un message d’égalité ou de « justice sociale » (Staline, Castro, Mao, Maduro…). Désormais, elle peut s’enticher des oppresseurs d’un régime islamique pas bien différent de Daesh. Ce n’est vraiment pas glorieux. La compromission des autres partis de gauche (PC, Verts, PS) avec LFI n’en est que plus honteuse.

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Les Insoumis assurent bien sûr qu’ils sont en pointe dans la lutte contre le racisme, ou que la laïcité est à leurs yeux très importante. Mais, selon eux, l’électeur pense paradoxalement selon son sang et ses origines, et dès que le conflit en Israël passera au second plan, ils ne manqueront pas de nous expliquer de nouveau à quel point la France est « islamophobe ». La « créolisation » merveilleuse de la France se poursuit. Et LFI drague en permanence un nouvel électorat baroque constitué notamment de néo-voilées ou de barbus des « quartiers populaires » acceptant de participer à notre jeu démocratique. Reste qu’à 73 ans, Jean-Luc Mélenchon n’est pas certain de voir cette « Nouvelle France » permettre à son mouvement de devenir majoritaire dans les urnes. Mais Sophia Chikirou, 45 ans, a, elle, encore une longue carrière politique devant elle.

Non, l’extrême gauche n’est pas « stupide »!

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L’humoriste Sophia Aram a-t-elle raison de qualifier LFI de « stupide » ? Cette dernière est certes dangereuse, mais pas « stupide », ce qui ne fait qu’augmenter sa capacité de nuisance. Le billet de Philippe Bilger.


À l’issue d’une polémique où Sophia Aram a eu mille fois raison, il est difficile de résister à la tentation de sous-estimer l’adversaire, de le tourner en dérision. Il me semble que c’est ce que l’humoriste a fait en déclarant que « l’extrême gauche était totalitaire et stupide » (Le Point).

D’abord le totalitarisme peut être critiqué de mille manières mais il est rare que son support essentiel soit la bêtise. En général il sait ce qu’il fait même si les chemins qu’il emprunte sont calamiteux. Qualifier l’extrême gauche de « stupide » est l’ancrer dans un registre qui permettrait en principe de la combattre aisément. Alors qu’il suffit de constater l’aura persistante de LFI, malgré ses excès, ses outrances et son refus de nommer comme il convient les réalités meurtrières et terroristes, pour s’inquiéter de son succès durable dans l’espace politique. Rien, dans sa stratégie, n’est accompli par hasard. L’esprit collectif, largement inspiré et façonné par Jean-Luc Mélenchon, ne constitue pas LFI comme « stupide » mais comme dangereuse, entêtée et cohérente. Rien de ce qui est de nature à subvertir les bases de la démocratie classique et à bouleverser la vie parlementaire ne lui échappe.

Sous-estimer serait le pire danger

J’ajoute, en me référant aux députés de LFI qui paraissent être principalement visés par Sophia Aram, que pour un Louis Boyard et un élu fiché S infiniment problématiques, il y a dans ce groupe des personnalités peut-être discutables mais dont aucune ne peut être traitée de « stupide ». Je dirais même que certaines sont redoutablement intelligentes et perverses au sens où elles parviennent à occulter leur nocivité derrière une apparence ostentatoirement désordonnée et perturbatrice.

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Enfin, je suis persuadé que LFI ne cesse d’être confortée dans ce qu’elle a de pire par l’opprobre constant sur le RN et le refus de placer au moins sur le même plan ces deux extrémités partisanes apparemment contradictoires. Sophia Aram, en qualifiant l’extrême gauche de « stupide », atténue sensiblement ce que le grief d’être totalitaire aurait pu avoir d’accablant. En la réduisant à une exclusive pauvreté intellectuelle et politique, elle banalise sa nuisance et le péril que LFI fait courir à une démocratie équilibrée. Rien ne doit faire plus plaisir à l’extrême gauche que d’être ainsi sous-estimée par un esprit habituellement lucide.

Le Mur des cons

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LA PAROLE, RIEN QU'ELLE

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La Grande-Motte: et soudain, Gérald Darmanin a remis sa cravate

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Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin sur France 2, 25 août 2024. DR.

L’attentat de samedi à la Grande-Motte, dont le caractère islamiste et antisémite ne fait pas de doute, n’a heureusement pas fait de victime. Certains éditorialistes comme Laurent Joffrin ou Yves Thréard, et certains politiques comme le ministre de l’Intérieur, se risquent aujourd’hui à faire un lien entre l’islamo-gauchisme prêté à l’extrême gauche et les passages à l’acte antisémites.


Devant la gravité des évènements, le ministre de l’Intérieur a ressorti la cravate ! Finies les galéjades un peu démagogiques sur le mode « je ne mets plus de cravate, le petit peuple n’aime pas cette distance entre les élites et lui ». L’heure est grave : le terrorisme islamiste frappe de nouveau en France, et il ne faudrait pas faire une faute de goût.

Grande peur à la Grande-Motte

Samedi 24 août, un homme de nationalité algérienne âgé de 33 ans, en situation régulière sur le territoire national, a incendié deux véhicules dans l’enceinte de la synagogue Beth-Yaacov, à La Grande-Motte (34). Il a également provoqué l’explosion d’une bouteille de gaz, et blessé un policier municipal​. L’enquête commence. Des images de vidéosurveillance le montrent quittant les lieux de l’incident, keffieh sur la tête et drapeau palestinien autour de la taille, portant ce qui semble être des bouteilles d’eau minérale dans les mains. Le soir, le suspect a été arrêté à Nîmes (30) dans la cité de Pissevin, gangrénée par le trafic de drogue, après un échange de tirs avec la police. Lors de cette confrontation, il a été blessé au visage et est depuis hospitalisé, mais ses jours ne sont pas en danger​.

La police n’a pas pu encore l’interroger, mais deux autres personnes de son entourage ont été placées en garde à vue après son interpellation​. Alors que la cité balnéaire de l’Hérault est stupéfaite et inquiète, et que la communauté juive nationale est saisie d’effroi, le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour tentative d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, destructions par moyen dangereux en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste en vue de préparer des crimes d’atteintes aux personnes.

Mais, ailleurs en France, il faut bien reconnaitre que ce n’est pas franchement l’effroi. Heureusement, il n’y a pas eu de morts, observe-t-on. Ouf ! il n’était pas fiché S et même pas clandestin, se rassure-t-on. Les Français auront-ils à regretter demain de ne pas d’avantage s’émouvoir des périls qui menacent en permanence leurs concitoyens de confession juive et poussent même certains à l’émigration ? On peut le craindre.

Une montée inquiétante de l’antisémitisme

Depuis les tueries de Mohammed Merah, et singulièrement depuis les attaques terroristes du Hamas en Israël le 7 octobre, nos compatriotes juifs voient les violences qui s’abattent sur eux augmenter. L’attentat de samedi intervient dans un contexte de tension extrême au Proche-Orient, laquelle a pour conséquence de les voir pris pour cibles par beaucoup d’adversaires d’Israël. Quant à l’extrême gauche, elle met sans arrêt de l’huile sur le feu. Pourtant, nos compatriotes juifs ne sont en rien comptables de la politique du gouvernement israélien – faut-il encore le rappeler ?

Le ministère de l’Intérieur recense déjà 1114 faits antisémites en 2024. 42% concernent des atteintes aux biens, et 58% des attaques aux personnes. Sur les six premiers mois de l’année, les actes antisémites sont en hausse de 73% par rapport à l’année dernière dans l’hexagone. L’année 2023 comptabilisait un total de 1676 actes antisémites commis ; le double par rapport à il y a dix ans.

L’historique des attaques antisémites depuis le 7 octobre est éloquent : le 1er mars, à Paris, Marco, un sexagénaire, a été roué de coups par un Guadeloupéen de 31 ans dans le 20e arrondissement. Il sortait d’une synagogue et portait une kippa. Le 17 mai, un individu armé d’un couteau et d’une barre de fer incendie la synagogue de Rouen (76) avant de s’en prendre aux policiers. Le 15 juin, à Courbevoie (92), une collégienne juive de 12 ans a été injuriée, menacée de mort puis violée par trois autres mineurs. Non loin de là, le 22 juin, six jeunes juifs ont été pris à partie, battus et injuriés dans le centre commercial So Ouest de Levallois-Perret (92). Le 1er juillet, des écoliers étaient à leur tour injuriés et menacés à proximité de leur école élémentaire à Nice (06). Le surveillant qui les accompagnait recevait des coups au visage. Le 6 août, à Montpellier (34), un passager était violemment agressé dans le tramway. Le 14 août, dans le métro parisien, un homme crachait sur une jeune fille et traitait sa famille de « bâtards, salauds » et de « youpins »

Recherche de coupables

« Nous avons échappé à un drame absolu » a déclaré, samedi, le Premier ministre Gabriel Attal, dépêché dans l’Hérault. L’assaillant de la Grande Motte avait semble-t-il une hache, et il se pourrait que le sinistre individu ait en fait raté son action, laquelle semble ne pas du tout relever du coup de folie et avoir été bien préméditée. Le terroriste pourrait s’être trompé sur les horaires de l’office, et avoir prévu de s’en prendre physiquement aux personnes présentes… On aurait ainsi échappé à une véritable hécatombe, selon le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui a expliqué à la télévision dimanche soir que le suspect attendait la sortie des personnes présentes dans l’édifice religieux avec sa hache, mais que l’intervention rapide des gendarmes l’avait heureusement fait fuir.

Si la classe politique a heureusement unanimement condamné les faits, le débat s’est rapidement porté sur ce contexte particulier de montée de l’antisémitisme dans lequel est survenue l’attaque.

 « Ce qui s’est passé ici choque et scandalise tous les républicains de notre pays. Une fois encore, des Français juifs ont été attaqués en raison de leur croyance et cela nous révolte et nous indigne. Tous ensemble, par-delà les clivages politiques, nous devons nous mobiliser et nous dresser contre ces actes, être intraitables » a martelé le Premier ministre démissionnaire. « S’en prendre à un Français juif, c’est s’en prendre à tous les Français »​ a-t-il ajouté. « Pensées pour les fidèles de la synagogue de La Grande-Motte et tous les juifs de notre pays. (…) La lutte contre l’antisémitisme est un combat de chaque instant, celui de la nation unie », a écrit Emmanuel Macron sur Twitter. Il est notable de constater que dans ses premières réactions, l’exécutif n’évoque pas l’islamisme, alors que le suspect portait pourtant keffieh et drapeau palestinien lorsqu’il a commis ses méfaits… Marine Le Pen a de son côté déclaré que « tout doit être fait pour protéger nos compatriotes de confession juive, pris pour cible tous les jours en France. Je leur adresse tout mon soutien et ma solidarité. » Jean-Luc Mélenchon, lui, a dénoncé un « incendie criminel contre la synagogue de La Grande-Motte », un « intolérable crime », avant d’adresser ses « pensées pour les fidèles et les croyants ainsi agressés ». Semblant ménager la partie antisémite de son électorat, il n’évoque évidemment ni l’islamisme ni l’antisémitisme de l’attaque, qui semblent pourtant immédiatement évidents pour tout le monde. Et en parlant de « fidèles », l’extrême gauche semble avoir pour objectif de tracer un signe égal entre antisémitisme et « islamophobie », et évidemment de nier la dimension raciste contenue dans la haine antijuive des terroristes pro-palestiniens. Interrogée hier sur RTL, son alliée dans le Nouveau Front populaire, Marine Tondelier, a reproché l’ambiguïté du vieux chef de l’extrême gauche. « C’est plus clair quand on le fait (de qualifier l’acte d’antisémite) et sûrement faut-il toujours le faire pour qu’il n’y ait plus aucune ambiguïté. Il y a eu beaucoup d’actes antisémites ces derniers mois et sur certains, le mot “antisémitisme” est à poser très clairement. Quand quelqu’un pose une bombe dans une synagogue, il n’y a aucun débat à avoir sur le caractère antisémite », a sermonné la chef des écolos. On apprécie ce pas de côté, mais au bout d’un moment, championne, il serait peut-être plus clair de couper les ponts avec un tel allié dont l’islamo-gauchisme des troupes est désormais tellement documenté !

« Il y a des discours politiques haineux envers les juifs de France et il faut le dénoncer. On voit bien qu’une partie de la gauche, malheureusement, tient ce discours d’encouragement de haine envers nos compatriotes juifs », a estimé le ministre de l’Intérieur lors de son intervention télévisée hier soir. Dans la presse non plus, certains ne s’embarrassent plus à prendre de gants, et chargent l’extrême gauche. L’éditorialiste Laurent Joffrin a ainsi dénoncé ce week-end un « air du temps antisémite », et estimé que l’extrême-gauche portait sa part de responsabilité1. « En adhérant sans ambages aux thèses décoloniales, en passant des alliances tactiques avec tel ou tel groupe proche des islamistes, elle a rangé les Juifs dans la catégorie honnie des « dominants » et l’État d’Israël dans celle des nations coloniales » écrit le journaliste. Pourtant, parler d’impérialisme concernant Israël, quand on voit la taille du tout petit Etat hébreu, isolé, et entouré par un océan de pays musulmans, de l’Afrique à l’Asie, sur un planisphère, c’est tout de même ironique ! « Certes il s’agit de mots et non d’actes. Mais ces mots fournissent un cadre idéologique à la fois cohérent et pervers à la haine antijuive », estime M. Joffrin. Yves Thréard a estimé de son côté dans Le Figaro, que « sous couvert d’antisionisme, [Jean-Luc Mélenchon] porte une immense responsabilité dans la montée des périls », a observé que le leader des Insoumis était incapable d’employer le mot «  juif » pour déplorer l’incendie criminel de La Grande-Motte, a rappelé qu’il avait par le passé qualifié l’antisémitisme en France de « résiduel » et voyait avec sa clique insoumise dans le Hamas un simple mouvement de « résistance »2

Des questions gênantes

Au-delà de ces polémiques politiciennes autour de l’islamo-gauchisme de la France insoumise, des questions que personne n’ose vraiment poser restent en suspens. Et sauf à apporter la preuve que l’assaillant de la Grande-Motte avait sa carte de militant à LFI, il faudrait peut-être se pencher sur ces dernières, plutôt que d’accuser un peu facilement les complaisances du mouvement de Jean-Luc Mélenchon de tous nos maux.

Si l’individu était inconnu des services de renseignements, il était semble-t-il connu des services de police pour usage de stupéfiants et délits routiers. Pourquoi la France accepte-t-elle toujours ce type d’individus sur son sol ? Le ministre de l’Intérieur a révélé que le suspect prévenu était arrivé en France en 2016, et que grâce à sa nouvelle loi immigration, on aurait pu expulser ce genre de ressortissant étranger s’étant rendu coupable de délits sur notre sol. Pourquoi ne l’a-t-il pas été ?

L’individu incriminé est de nationalité algérienne. Il sera intéressant aussi de voir ce que les autorités françaises disent à l’Algérie, ou ce que nos amis algériens racontent autour de cette affaire. Car au-delà de l’antisémitisme, il s’agit bien là d’un attentat commis par un Algérien sur le sol français, ce qui n’est pas de nature à améliorer les relations diplomatiques déjà mal en point des deux côtés de la mer Méditerranée. L’absence de victimes exonère les chancelleries étrangères d’avoir à formuler des messages de condoléances ou de soutien au peuple français, certes. En France comme à l’étranger, on semble s’habituer à ce que l’islamisme nous frappe ces dernières années… Une terrible habitude, malheureusement.

Le prévenu était sur notre sol malgré des délits, car il aurait eu un enfant en France. Une règle qui devrait de nouveau ulcérer tous ceux qui dénoncent une invasion migratoire du pays en provenance d’Afrique et du Maghreb. Dans l’Hérault, à l’exception de Montpellier et de Lunel, la droite nationale a fait un carton dans toutes les circonscriptions aux dernières législatives. Plus au sud, les grandes villes de Perpignan et de Béziers lui sont acquises. L’islamisation du territoire n’est pas pour rien dans ces résultats électoraux. Et en toute logique, la droite nationale pourrait ne pas tarder à s’emparer de nouveau des sujets sensibles entourant l’immigration maghrébine. L’inactivité (on parle de 40%) ou la proportion dans la délinquance ou dans nos prisons des Algériens ou des citoyens ayant là-bas des origines sont des sujets que la terrible affaire de la Grande-Motte pourrait une nouvelle fois soulever.

Les éditorialistes du Monde ou de France inter auront beau nous reparler de « parenthèse enchantée » cette semaine, reste que les Jeux paralympiques vont s’ouvrir dans un pays où une synagogue a été incendiée. Drôle d’ambiance… En Allemagne, après la terrible attaque terroriste de Solingen (Rhénanie-du-Nord-Westphalie), perpétrée par un Syrien et revendiquée par l’Etat islamique, le gouvernement réfléchit à restreindre le port de couteaux dans l’espace public… En France, alors que l’islamisme d’atmosphère devient étouffant dans de nombreux quartiers, on n’ose jamais vraiment regarder en face l’antisémitisme très répandu dans les pays maghrébins, et sa diffusion dans notre population via l’immigration… Etude après étude, les études de l’IFOP démontrent pourtant que non contents de contester certains fondamentaux républicains, près de la moitié de nos compatriotes musulmans souscrit aux clichés antisémites.


  1. https://lejournal.info/article/un-air-du-temps-antisemite/ ↩︎
  2. https://www.lefigaro.fr/vox/societe/face-a-l-islamisme-radical-et-a-l-islamo-gauchisme-ne-baissons-jamais-la-garde-20240825 ↩︎

Convention nationale démocrate : le duel Trump – Harris est lancé

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Kamala Harris à la fin de la Convention nationale démocrate, Chicago, le 22 août 2024. Erin Hooley/AP/SIPA

La Convention nationale démocrate à Chicago vient de compléter la transformation de Kamala Harris de Vice-présidente mal connue en candidate sérieuse à la présidence des Etats-Unis. Le Parti démocrate semble avoir le vent en poupe. Reste que Mme Harris a toujours besoin de convaincre une majorité des électeurs qu’elle sera compétente sur les dossiers de l’immigration et de l’économie. Analyse de Gabriel Robin. 


Au mois de janvier dernier, désabusée, Nikki Haley déclarait devant ses militants aux primaires républicaines : « Le premier parti à se débarrasser de son candidat gériatrique gagnera ». Les démocrates ont tiré les premiers en poussant Joe Biden à se retirer de la course à sa propre succession. Fragilisé, considéré comme trop âgé, Joseph Robinette Biden Jr a dû se résoudre à abandonner le combat pour la première fois de sa longue et riche vie politique. Et il faut bien admettre que les premiers effets de ce retournement spectaculaire de situation se font déjà sentir. Une vague médiatique semble pousser Kamala Harris depuis lors, ainsi que la convention nationale du Parti démocrate l’a encore montré en cette fin de mois d’août. Pour autant, peut-on dire que l’élection soit déjà jouée et que Donald Trump connaîtra de nouveau le sort de l’élection de 2020 ? Rien n’est encore moins sûr.

Une « Democratic National Convention » réussie mais sans éclat particulier

Les Américains ont, on le sait bien, le sens du spectacle. Organisée au United Center de Chicago, où joue la célèbre équipe de basket des Bulls, la convention nationale du Parti démocrate a réuni tous les ingrédients nécessaires pour une formation politique en ordre de bataille. La ville de Michael Jordan et d’Al Capone, fief historique des époux Obama, est un bastion du parti à l’âne qui a servi d’écrin aux ambitions d’une femme aussi exposée que finalement toujours méconnue. Kamala Harris a beau avoir été pendant quatre ans la vice-présidente des Etats-Unis, elle est restée ce temps-là dans l’ombre de Joe Biden, ne se distinguant guère. Bénéficiant d’un charisme indéniable et de l’aura de son ancienne fonction de procureure générale de Californie de 2011 à 2017, Kamala Harris a tout du personnage dont raffole Hollywood. Métisse d’un père d’origine caribéenne et d’une mère indo-américaine, elle pourrait aussi devenir la première femme à accéder à la fonction suprême.

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Elle est désormais soutenue par tout son parti. Peu enchantés à l’idée de la voir entrer à la Maison-Blanche, les Obama se sont pliés à la réalité et sont apparus souriants pour encourager leur candidate. Ils n’étaient d’ailleurs pas les seuls, puisque la plupart des caciques du parti sont montés sur la scène du United Center pour appeler à la mobilisation générale. Bill Clinton a ainsi pu amuser en se moquant de l’âge de Donald Trump… Peu élégant, mais de bonne guerre après ce que Biden a subi en la matière. Depuis un mois, les dons affluent aussi. Pour le seul mois écoulé, les Démocrates ont reçu plus de 100 millions de dollars de contributions, investis majoritairement dans des spots publicitaires épiques et manichéens. Des chiffres supérieurs à ceux de Trump qui donneront le tournis à des esprits français habitués à des campagnes électorales bien moins dispendieuses.

Le discours de clôture de Kamala Harris aura été globalement réussi, mais il ne restera pas dans les annales. À dire vrai, les observateurs auront surtout été surpris par la qualité de celui dont Joe Biden a gratifié l’audience bien plus que par celui de Mme Harris. Sans être empruntée, cette dernière est apparue assez mécanique, sans idées fortes majeures. Obama avait prospéré avec des propositions chocs, comme l’Obamacare, et sur le slogan « Yes we can », qui ne l’était pas moins. On se souvient tous aussi de la force de Donald Trump en 2016 qui multipliait les saillies et cris de ralliement, tels que « Build the wall » qui est resté dans les mémoires. Le sujet de l’immigration clandestine sera, notons-le, toujours au cœur de cette campagne 2024, alors que les Etats-Unis ont subi une vague impressionnante d’entrées ces dernières années. Les Démocrates ont été fortement critiqués pour leur gestion du problème et Donald Trump entend bien capitaliser dessus. On le constate, la partie n’est pas finie et les Démocrates sont toujours, comme l’a rappelé Kamala Harris elle-même, les « underdogs » de ce scrutin. Reste néanmoins qu’une vague médiatique les porte. La candidature de Kamala Harris a ressuscité un enthousiasme qui était absent pour Joe Biden. Le merchandising se vend énormément et Kamala Harris paraît extrêmement déterminée. Elle doit accomplir un exploit au terme d’une campagne express. Moins clivante que Donald Trump, candidat bénéficiant d’une forte adhésion auprès de sa base et d’un fort rejet dans d’autres segments de la population, elle est aussi perçue comme moins crédible sur des items extrêmement importants pour les électeurs indécis : l’économie et l’immigration. 

Élargir la base : des choix de vice-présidents débattus

Les choix des vice-présidents étaient déterminants cette année. Donald Trump a fait le pari de partir avec JD Vance, ancien républicain « never Trumper » qui a tourné casaque. Auteur d’un livre de mémoires intitulé Hillbilly Elégie, qui a notamment été adapté sur Netflix, JD Vance vient de cette Amérique « périphérique » et déclassée de la Rust belt anciennement démocrate mais qui avait aidé Trump à l’emporter en 2016, soumise aux tourments des opiacés et de la vie en caravanes. Son autobiographie touchante, narrant l’ascension d’un jeune homme né dans la difficulté, la pauvreté et la toxicomanie familiale, a fait de lui un célèbre personnage public. Avec l’aide du milliardaire « transhumaniste » Peter Thiel, pour qui il a travaillé et qui a financé sa carrière politique, il a ensuite été élu plus jeune sénateur des Etats-Unis dans la circonscription de l’Ohio.

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Sur le papier, son profil semblait donc idoine pour Donald Trump, cumulant deux qualités utiles à son élection : un lien avec les financiers de la Silicon Valley et un fort ancrage populaire dans l’Amérique du Midwest où se trouvent plusieurs « États pivots » indispensables à l’obtention d’un nombre suffisant de grands électeurs. La réalité s’est montrée bien plus décevante. Peu à l’aise, JD Vance est la cible de moqueries pour ses discours souvent jugés ratés. Il est aussi perçu comme ambigu politiquement. Sa saillie sur les femmes célibataires vivant avec leurs chats a ainsi été très mal reçue. En outre, son passé d’ancien marine de la « Génération Z » traumatisé par la guerre d’Irak lui a donné une vision sûrement biaisée des réalités géopolitiques de son temps. Fasciné par les milieux conservateurs européens, singulièrement hongrois, il donne à penser que Donald Trump ne cherchera pas à aider le peuple ukrainien dans la défense de sa souveraineté contre l’armée de Poutine. Le retrait de Robert Kennedy Junior, fils de Bobby, en faveur du ticket Trump–Vance, ne démentira pas ce sentiment…  En réponse, Kamala Harris a désigné Tim Walz. Le gouverneur du Minnesota, tenant de l’aile gauche du Parti démocrate, grand défenseur du droit à l’avortement, sujet qui sera aussi capital dans plusieurs « swing states », incarne aussi cette Amérique « moyenne » et populaire. Issu du monde de l’éducation, il est aussi renommé pour son franc-parler et ses facilités de communication sur le terrain. On a d’ailleurs pu le constater lors de la DNC, où il a déclaré « être un meilleur tireur que la grande majorité » des élus républicains mais vouloir protéger les enfants contre la prolifération des armes et les tueries en milieu scolaire.

Un élan et une campagne qui peinent à retrouver un second souffle

S’il est toujours difficile d’établir des parallèles historiques sans commettre d’anachronismes, cette élection accuse quelques ressemblances avec l’élection présidentielle de 1968. Outre le contexte international et les questions de société qui divisaient alors l’Amérique et la divisent encore aujourd’hui, comme si la parenthèse des « civil rights » n’en avait jamais été une mais bien plutôt une révolution permanente, les « faits de jeux » sont proches. En 1968, Lyndon Johnson, qui fut le vice-président de John Fitzgerald Kennedy, avait fini par se retirer au profit de son vice-président Hubert Humphrey finalement battu par le républicain Richard Nixon devançant sur le fil lors des primaires un certain Ronald Reagan. L’élection avait aussi été marquée par l’assassinat de Bobby Kennedy à qui la victoire était promise.

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De quel côté penchera le balancier cette fois-ci ? Donald Trump n’est pas comme Nixon une surprise. Il en est à sa troisième campagne d’affilée. La première fut triomphale. La seconde s’acheva par un scandale qui faillit mettre un terme à son aventure politique. Pour gagner, les démocrates doivent être très au-dessus dans le vote populaire. De fait, l’élection de 2020 fut extrêmement serrée, se jouant à quelques milliers de voix dans plusieurs « swing states », alors que Biden jouissait d’une avance de 7 millions de voix dans le vote populaire. Entre 1992 et nos jours, aucun Républicain n’a eu le vote populaire hormis Bush en 2004 contre John Kerry. La répartition du collège électoral favorise les Républicains. Il faudra donc que Kamala Harris bombarde les 7 « swing states » où l’élection se jouera : l’Arizona, le Nevada, le Wisconsin, le Michigan, la Géorgie, la Pennsylvanie et la Caroline du Nord. En 2020, Biden avait créé la surprise en Géorgie. Elle pourrait se répéter. Il l’avait aussi emporté dans le Michigan, en Pennsylvanie et dans le Wisconsin, alors que Trump y avait battu Clinton en 2016.

La différence est que l’attrait de la nouveauté semble bénéficier aux Démocrates. Axée plutôt sur le « bashing », la campagne de Donald Trump risque de mobiliser les siens mais pourrait effrayer l’électorat indécis. Un pronostic : si Harris rassure sur l’économie et l’immigration, elle gagnera avec une large avance. Réponse en novembre.

Un Quinze-août médical

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Service des urgences ENFANTS et ADULTES au CHU de Nantes, 05/08/2024. ADIL BENAYACHE/SIPA

La médecine en France aujourd’hui est celle d’un pays tout simplement moins riche qu’il n’était autrefois. Et cette médecine elle-même est divisée en catégories différentes dont certaines sont moins performantes que d’autres. Ces problèmes sont particulièrement visibles le 15 août. Récit et analyse du médecin, Jean Lacau St Guily.


A mon ami JC, qui, tout jeune et prospère qu’il soit, a un peu galéré pour se faire soigner le 15 août.

Ce Quinze-août d’une année incertaine a été une fois de plus pénible dans les hôpitaux français. Les professionnels en poste essayent de le faire savoir et même les pouvoirs publics consentent à le reconnaître, peut-être parce que, démissionnaires, les ministres concernés peuvent dire officiellement qu’ils sont impuissants. Il est peut-être temps de manger le morceau : c’est notre pauvreté collective que les uns après les autres nous expérimentons en médecine comme ailleurs, pauvreté d’un pays qui fut riche, pauvreté désormais française, mais relative bien sûr. Dans les années de prospérité, celles des années soixante, soixante-dix et immédiatement suivantes, nous avions de tout en abondance partout, ce qui est un marqueur de richesse ; l’égalité républicaine était un mot compris de tout citoyen. C’est de médecine que je parle, on ne pourra pas me taxer de sortir de ma zone de compétence quoique j’aie bien des choses à dire sur le reste.

Il fut un temps, on allait voir le médecin quand ça nous chantait, à temps et à contretemps ; il était tout proche, il travaillait jusqu’à minuit, faisait des visites à domicile, sa femme prenait les appels en ville, l’hôpital était rude mais accueillant, on n’attendait pas plus de quelques jours et ça ne coûtait rien depuis des décennies grâce à l’Assurance maladie. Nous vivions dans l’abondance et l’inconscience de ce que l’on dépensait pour nous soigner.

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On entendit parler à partir du dernier quart du XX° siècle de l’explosion des coûts, puis de la médecine à deux vitesses (il y en avait qui payait plus pour avoir une médecine premium, tandis que les autres devaient se contenter d’une médecine publique qui restait d’excellente qualité). Maintenant, les médecins spécialistes comme généralistes sont introuvables, loin dans l’espace et dans le temps, et l’on découvre le maquis des dépassements, des remboursements périlleux et des mutuelles incertaines. Aux pauvres, mais plus généralement à ceux que saisit brutalement la maladie grave ou le symptôme incompréhensible, reste à atterrir ou à échouer aux Urgences, royaume de l’aléatoire ; incertitude des urgences certes, mais au moins il y a de la lumière la nuit et le 15 août, et c’est pourquoi y convergent tout le monde, pauvres qui ne connaissent personne, qui n’ont pas de médecin dans leur famille ou d’infirmiers dans leurs manches, comme riches, eux aussi nouveaux pauvres de la médecine, parce que passé disons 19h voire 20h (encore bien au-delà des heures de bureau), les médecins (des riches comme des pauvres, de l’hosto ou de la ville) font comme tout le monde, ils rentrent à la maison et ne se laissent plus dévorer autant qu’aux trente glorieuses.

Il faut vraiment en 2024 avoir une vue claire de ce que l’on peut attendre de la médecine :

  • Il y a une médecine de prestation technique. C’est celle dont on peut encore attendre le meilleur : chirurgie froide et technologique, cardiologie interventionnelle, prise en charge en urgence (moins de 6 heures et si possible 3 heures) des accidents vasculaires cérébraux, médecine spécialisée. Médecine de vitrine recherchée par les établissements de santé, celle des progrès technologiques, de la rentabilité médicale et industrielle, des profits, des succès médicaux, des classements des magazines, des médecins starifiés. Elle donne de grandes satisfactions au patient atteint d’une affection sérieuse et qui trouve une réponse compétente et visible (chirurgie orthopédique, ophtalmologie, otologie, stents coronariens etc.). Elle est la fierté de la médecine française, mais elle ne soigne pas l’otite du petit, la toux du vieux et tous les ennuis du quotidien.
  • Il y a la médecine de tous les jours, celle où les médecins manquent : généralistes comme spécialistes, dont l’absence ou l’inaccessibilité déterminent les fameux déserts médicaux. Ils commencent à Paris où les généralistes disparaissent mais sont terribles dans toutes les petites villes et les campagnes… Fin de la médecine de proximité. Cette situation explique retards diagnostiques, cancers détectés tard, psychotiques à la rue et attentes possiblement mortelles aux urgences. S’y ajoutent des pénuries tournantes de produits auparavant banals : antibiotiques, antalgiques… sources d’anxiété, marqueurs d’une pauvreté qui s’installe, d’une dépendance de producteurs étrangers. Il y a là-dedans l’habitude de consulter pour un rien ; un écrivain qui avait bien compris la médecine du moindre symptôme, Jules Romains auteur de Dr Knock, écrivait (dans Les Hommes de bonne volonté) : « Bien sûr, s’il s’écoutait comme d’autres, il aurait ses petits malaises, ses inquiétudes. Il faut avoir la sagesse de comprendre que le mouvement de la vie dans les organes ne peut pas se faire sans un peu de grincements et de secousses… ». Autrement dit, arrêtez de solliciter la médecine dès que la gorge vous gratte ou que le derrière vous démange. De toute façon, vous ne trouverez plus de médecins en mesure de vous écouter.
  • En revanche, il y a l’indispensable médecine des maladies chroniques graves, à commencer par le cancer, la gériatrie, la psychiatrie, qui ne peut plus répondre aux besoins ; un nombre croissant de patients entrent dans ces prises en charge longues par les urgences. A côté des prestations médicales technologiques, la cancérologie et toutes les maladies chroniques lourdes ont besoin d’une très importante médecine de support, de soutien, d’aide, qui mobilise des dispositifs sociaux mais plus encore des médecins et des professionnels de santé, et fait appel aux aidants familiaux. Tous ces dispositifs sont très affaiblis actuellement dans le tissu territorial français, sachant que beaucoup de patients reçoivent les soins techniques loin de leur domicile.

En résumé, l’appauvrissement français s’exprime à travers l’impossibilité de faire face aux demandes multiples liées aux moindres symptômes. Il faudrait admettre de ne pas tout mettre sur le même plan. Les choix sanitaires lourds doivent rester dictés par la complexité des prises en charge de situations pathologiques graves (répondant aux problèmes de santé publique liés aux maladies cardio-vasculaires, neurologiques, cancéreuses, ou consécutifs au vieillissement) avec une vision de la médecine comme technique ou ensemble de techniques à appliquer à des maladies ou à des situations pathologiques. Mais la médecine doit tenir compte aussi des spécificités sociales et territoriales. La réduction du nombre de médecins formés a été déterminée par l’idée que c’était la présence de médecins qui générait de l’activité médicale. Le nombre de médecins formés en France a été réduit mais la demande de médecine technologique n’a cessé de croître, obligeant à une importation de personnels de santé formés ailleurs. Ainsi, contrairement à une idée reçue fréquente, le nombre de médecins en France n’a pas diminué sur plusieurs décennies mais leurs exercices, sociologie, géographie d’implantation non contrainte et mode de vie ont changé.

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Bon finalement, JC a été plutôt chanceux : munis des bons conseils à distance d’un professeur de médecine de ses amis, après quelques détours (Privé puis Urgences du Privé-Participant-au-Service-Public puis transfert dans un service d’orthopédie du Public parisien), il a pu se faire traiter de sa fracture tassement vertébrale hyper douloureuse là où il fallait, dans un délai correct (trois jours tout compris). Comme galère, ça aurait pu être pire. Il a donc bénéficié du premier groupe de ma typologie : celle de la médecine technique, « one-shot », celle qui nous fait dire que décidément en France on a une bonne médecine. Il est vite rentré chez lui, se réjouissant de la gentillesse et de la compétence des professionnels rencontrés. Il s’est évité errements et attente interminable dans des urgences générales, il a très vite pu être pris en charge par les bons spécialistes. Et je ne crois pas que cela lui ait coûté grand-chose, compte tenu des compétences remarquables mobilisées. Comme quoi quand même, le 15 août, c’est bien d’avoir la possibilité de connaître tout de suite le bon mode d’emploi et d’être orienté au plus vite vers les bonnes voies d’accès. La médecine à deux vitesses est celle de l’information valide. Et c’est mieux évidemment lorsqu’on tombe malade dans une grande ville avec plusieurs accueils d’urgences, dans un désert médical qui reste moins désertique que la France du Centre ou Mayotte dont on parle ces jours-ci en même temps que de Brest, Carpentras, Nantes, Belfort, Laval, Saint-Brieuc, et « une cinquantaine d’hôpitaux en tension », à travers la France, petites et grandes villes réunies.

Mais qui est ce Kennedy qui roule pour Trump?

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Robert F. Kennedy Jr et Donald Trump, Glendale, Arizona, 23 août 2024 © Evan Vucci/AP/SIPA

Présidentielle américaine. Le ralliement de Robert F. Kennedy Junior en faveur de Donald Trump peut-il permettre au candidat républicain de rebondir? Il est le neveu de John Fitzgerald Kennedy, 35e président des États-Unis (1961-1963). Portrait et analyse.


Après près d’un an d’une course solitaire qui l’a vu se froisser avec les membres de sa famille et ses anciens camarades démocrates, Robert F. Kennedy Jr. renonce à l’élection présidentielle en ralliant Donald Trump. Ce désistement au profit du candidat républicain et son opposition frontale à Kamala Harris bénéficierait à Donald Trump, mais uniquement sous certaines conditions…

Kennedy, première victime de la Kamala-mania !

Dans un premier temps impliqué dans la primaire démocrate face à Joe Biden, Robert Kennedy a décidé de se présenter en tant que candidat indépendant l’année dernière. Sa campagne, soutenue par certains grands donateurs conservateurs, avait démarré avec la promesse de renverser le statuquo et de sortir du bipartisme.

Ses thèmes de campagne n’ont pas été consensuels, avec notamment la défiance à l’encontre des institutions, ou le scepticisme envers la vaccination. Cette campagne n’a jamais réussi à gagner en importance dans l’opinion publique américaine, mais RFK est crédité d’une base solide et hétérogène évaluée à 4% de l’électorat, 50% en provenance des Républicains séduits par son discours sur les libertés publiques et fondamentales, et 50% en provenance des Démocrates séduits par son discours sur les services publics et l’environnement.

Robert F. Kennedy est la première victime de la Kamala-mania.

D’une part, Kamala Harris a immédiatement réduit son socle électoral. Si ce dernier dispose toujours d’un socle à 4% du vote populaire, il était crédité de 8% du vote populaire… avant le retrait de Joe Biden. En effet, issu de la plus grande famille démocrate des États-Unis, RFK avait réussi à attirer une partie de l’électorat démocrate déçu par Joe Biden et se cherchant une nouvelle incarnation… Seulement, Kamala Harris a réussi à ramener vers elle cet électorat. D’autre part, l’attraction de Kamala Harris a également attiré des éventuels nouveaux soutiens financiers. Or, Robert F. Kennedy manquait de moyens financiers. En tant qu’indépendant, ses ressources limitées ont été principalement utilisées pour tenter de s’inscrire dans un maximum d’États ou de se défendre face aux différentes actions intentées contre sa campagne. Ce manque de fonds a empêché Kennedy de faire campagne correctement et d’organiser de grandes réunions publiques comme ses concurrents, hypothéquant ses chances de bien figurer lors de l’élection de novembre puisqu’il n’a pas pu remplir son utilité de vote : offrir à tous les Américains une alternative viable au bipartisme.

Le choix de soutenir Trump 

Le ralliement de Robert Kennedy Jr en faveur de Donald Trump n’avait rien d’évident. Issu du parti démocrate, il a bien tenté de se rapprocher dans un premier temps de la campagne de Kamala Harris. Surtout, RFK dispose de plusieurs points de divergence avec Donald Trump. D’un côté, sur la forme, il s’est souvent opposé à l’establishment républicain par le passé, y compris sous l’administration Trump. De l’autre, sur le fond, les deux divergent sur de nombreux points structurants comme l’écologie où RFK reste proche des positions démocrates, lorsque Donald Trump voit les différents plans de l’administration Biden, comme l’IRA[1], comme des « Green Scams » (escroqueries vertes) !

Ce ralliement n’est pas partagé par toute son équipe ainsi que par ses proches. En effet, plusieurs de ses soutiens souhaitent continuer le combat et implanter durablement une troisième force politique aux États-Unis comme sa colistière, Nicole Shanahan. Leur objectif est de maintenir ce qui fonde l’utilité du mouvement, à savoir la fin du bipartisme aux États-Unis. Ainsi, Robert F. Kennedy peut donner l’impression d’avoir joué son avenir personnel plutôt que ce projet collectif… À ce titre, il se pourrait qu’il obtienne une place dans l’administration, telle que le poste de procureur général, comme son père dans les années 1960.

Un ralliement utile, mais sous conditions

Le ralliement de Robert F. Kennedy présente un intérêt électoral certain pour Donald Trump.
Son retrait pourrait directement lui bénéficier, notamment en faisant revenir à la maison certains électeurs Républicains proches de la base de Trump, voire une partie d’anciens démocrates profondément déçus par le bilan de l’administration Biden. Même un très léger regain dans les sondages (+0,5 point) emporterait deux conséquences favorables pour Donald Trump. D’une part, ce report pourrait se montrer capital au niveau du vote populaire, sachant que Kamala Harris ne dispose que d’une avance modérée dans les sondages (+2 points), lorsque les dernières élections présidentielles américaines montrent que les Démocrates ne peuvent pas l’emporter avec une si faible avance au niveau du vote populaire compte tenu du fait que l’élection se joue au niveau des États (on se souvient de l’exemple d’Hillary Clinton). D’autre part, ce report sera précieux dans certains swings states, où l’écart entre Trump et Harris est faible selon les dernières enquêtes d’opinion (moins de 1 point, et où la décision finale se jouera à quelques milliers de voix). Ainsi, la campagne de Trump pourrait être relancée après avoir été éclipsée par celle de Harris depuis plusieurs semaines.

En revanche, ce ralliement pourrait aussi présenter des désagréments pour le milliardaire investi par les Républicains. Ainsi, pour être pleinement favorable à Donald Trump, ce ralliement doit répondre à trois conditions.

1) En premier lieu, ce ralliement de RFK ne doit pas constituer un front populiste qui pourra sur-mobiliser l’électorat démocrate et surtout faire pencher vers Harris les indécis et indépendants effrayés par les discours anti-institutions et anti-vaccination de RFK.

2) De plus, il ne doit pas éclipser les autres soutiens majeurs obtenus par Donald Trump. En effet, ce dernier a cherché durant toute la campagne de se donner une image professionnelle sur de nombreux points, notamment concernant l’économie en s’attirant les bonnes faveurs d’Elon Musk et selon certaines rumeurs de Jamie Dimon, PDG de la Banque J.P. Morgan.

3) Enfin, Donald Trump doit éviter que les électeurs de RFK séduits par son anticonformisme et sa voie originale et indépendante ne se tournent finalement vers… l’abstention. Car sinon, le milliardaire obtiendrait tous les désagréments du ralliement de RFK sans en obtenir les avantages !

En définitive, les implications du retrait de Robert F. Kennedy Jr. ne sont pas claires pour le moment, et il faudra attendre quelques jours pour en connaitre les conséquences directes, positives ou négatives, alors que la campagne présidentielle est déjà marquée par une forte volatilité.


[1] L’Inflation Reduction Act est une loi américaine sur la réduction de l’inflation promulguée le 16 août 2022. L’IRA mobilise sur dix ans 369 milliards de dollars pour soutenir l’industrie verte.

Alain Delon n’était pas que beau !

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Alain Delon dans ses bureaux à Paris, 2019 © ERIC DESSONS/JDD/SIPA

L’acteur français était connu pour sa beauté mais il n’était pas que beau. Celui qui a su le mettre en scène le mieux, c’est le génial Luchino Visconti. Le billet de Philippe Bilger.


C’est entendu, Alain Delon était d’une incroyable, d’une indépassable beauté. Il appartenait à cette catégorie d’êtres qui apparaissent, tels des miracles, dans notre monde humain, tellement hors concours sur le plan esthétique que nul, aussi séduisant qu’il puisse se trouver, n’aurait risqué le ridicule de se comparer à lui.

Mais cette beauté, venue comme un don, une grâce, surgie des mystères de l’hérédité, il n’en était pas responsable. Elle lui a permis d’assouvir aisément, naturellement sa passion des femmes qui, tout au long de sa vie, ont succombé à son apparence mais pas seulement à cette magnifique superficialité. Ce serait une grave erreur que de réduire ainsi Alain Delon qui demeurera dans la mémoire et le cœur de beaucoup de ses admirateurs pour l’acteur génial qu’il a su être quand des réalisateurs de haute volée ont tiré le meilleur de lui-même.

Alain Delon est aussi ce qu’on en a fait

Pour ma part, j’ai toujours préféré au Delon marmoréen de Jean-Pierre Melville le Delon élégant, charmant, en mouvement, très expressif, du Guépard et dans un autre registre de Rocco et ses frères. Luchino Visconti est sans doute, à cause de son immense personnalité toute de finesse, de compréhension, d’empathie et de culture, le metteur en scène qui a le mieux appréhendé ce qu’Alain Delon avait d’unique. Grâce à lui, il a échappé à sa propre caricature, exploitant au contraire à fond sa spontanéité et cette fabuleuse aisance face à la caméra. Joseph Losey, René Clément et Jean-Pierre Melville (autrement) ont réussi aussi, et d’autres également dans des films plus ordinaires, à donner à Alain Delon l’écrin technique et dramatique dont il avait besoin pour irradier.

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Il importe qu’on n’oublie pas l’essentiel chez Alain Delon : venu au cinéma par amour pour une femme qui le lui avait demandé, il a édifié une carrière qui a fait de lui un monstre sacré parce que, derrière toutes ses représentations, il y avait cette étincelle d’identité qui constitue le comédien unique. Monstre sacré mais aussi, d’une certaine manière, sacré monstre, tant, dans les mille péripéties d’une existence bien remplie, heureuse parfois, sombre souvent, Alain Delon s’est toujours présenté tel qu’il était avec cette de roideur élégante, désinvolte, paradoxale, provocatrice, courageuse, patriote. On s’est parfois moqué de lui avec cette dérision qui n’était que le masque aigre de la jalousie. Trop de dons, trop de succès, trop d’aura ! J’ai par exemple toujours apprécié chez lui son caractère qui, contre tous les progressistes, l’a incité à mettre en avant son amour de la France – il l’a démontré par sa générosité ciblée – et de la vie militaire puisqu’il a affirmé que la meilleure période de son existence avait été son engagement. Oui, Alain Delon était beau mais il a été bien plus que cela !

Le Mur des cons

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LA PAROLE, RIEN QU'ELLE

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L’héritage antisémite de l’extrême gauche française

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Exposition sur le "complot des blouses blanches" à Moscou © Alexey Filippov/SPUTNIK/SIPA

Le faux complot « des blouses blanches » est la dernière purge antisémite orchestrée par Staline. A l’époque, l’Humanité l’appelait le « Grand Staline »…


Le 13 janvier 1953, la Pravda, l’organe officiel du Kremlin, publiait un article fracassant fidèlement – servilement – repris in extenso le lendemain dans L’Humanité, le quotidien du Parti Communiste Français. On y révélait l’existence d’un complot visant à éliminer un à un les plus hauts dirigeants de l’État, et conséquemment l’État communiste lui-même. Le complot suprême, en quelque sorte, celui qui devait être le couronnement de tous ceux – ils sont nombreux – que le pouvoir en place – Staline en tête – se glorifiait d’avoir déjoués et réprimés depuis la révolution d’octobre 1917.

« La sécurité de l’État a démasqué un groupe de médecins criminels. À la solde des services secrets américains et du « Joint Distribution Committee » sioniste, ils cherchaient à attenter à la vie des dirigeants soviétiques », titre et sous-titre le quotidien communiste français avant de poursuivre avec le texte même de la Pravda.

« L’agence Tass a publié aujourd’hui une information au sujet de l’arrestation d’un groupe de médecins saboteurs. Ce groupe terroriste […] se proposait d’abréger la vie de militants actifs de l’Union Soviétique au moyen de traitements nocifs […] Se couvrant du titre noble et élevé de médecin, d’homme de science, ces criminels et ces assassins foulaient aux pieds le drapeau sacré de la science. S’engageant dans la voie de crimes monstrueux, ils ont profané l’honneur du nom de savant. Les camarades Jdanov et Chterbakov sont tombés victimes de cette bande de bêtes féroces à face humaine […]. Ils (ces médecins) avaient été recrutés par une filiale des services d’espionnage américains, l’organisation nationaliste bourgeoise juive internationale « Joint ». Le sale visage de cette organisation sioniste d’espionnage, qui couvrait sa vile activité sous le masque de la bienfaisance, a été été entièrement dévoilé ». Il s’agit du fameux complot dit « des blouses blanches ».

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Quelques semaines plus tard, en avril 1953, Churchill adresse à Eisenhower, le président des États Unis, une lettre dans laquelle il écrit : « Rien ne m’a davantage impressionné que l’histoire des médecins ». À n’en pas douter, il subodorait que ce complot-là était d’une tout autre envergure que les précédents, et que ses implications, ses conséquences auraient pu être sans commune mesure avec ce qu’on avait connu jusque là. « Si le complot contre les médecins juifs avait abouti, l’histoire du monde aurait été changée », écrivent Jonathan Brent et Vladimir P. Naumov dans leur étude très fouillée, très argumentée de cette affaire, au demeurant fort complexe[1]. S’il avait abouti, son caractère violemment antisémite aurait eu des conséquences tragiques pour la population juive de l’Union Soviétique[2], retenue prisonnière. Ses implications étaient encore plus grandes que celles du procès du Comité Antifasciste Juif ou de l’abrogation des droits des Juifs qui eurent lieu durant la campagne anti-cosmopolite, en 1947-1948. Un fait parmi d’autres, significatif cependant : 1948, cette année-là, Staline impose le divorce à l’épouse – juive – de Molotov et la fait incarcérer, coupable de s’être entretenue en yiddish avec la représentante de l’État d’Israël nouvellement nommée, Golda Meir, lors d’une réception.

L’éliminable vermine

Au mois d’août 1952, à l’issue d’un procès secret – parodie de justice, on s’en doute – les membres dirigeants de ce comité antifasciste furent exécutés. Quant à la Campagne anti-cosmopolite évoquée, particulièrement violente, elle fut conduite par le camarade Jdanov, mentionné plus haut, celui-là même qui devait mener par ailleurs avec une égale brutalité la répression contre les milieux culturels et scientifiques, avec pour cible première les Juifs. Car il n’est pas inutile de préciser que l’antisémitisme stalinien se nourrit aussi d’une aberration culturelle, scientifique. Celle-ci a un nom : Lyssenko, le « Staline de la biologie » selon l’expression de l’historien Adam Ulam. Le tout puissant Lyssenko, l’imposteur qui prétendait avoir créé des variétés de blé et de légumineuses capables de protéger à jamais les populations soviétiques des famines et pénuries endémiques. Le charlatan est alors au faîte de sa douteuse gloire. Ses délires scientifiques sont promus par Staline vérités intangibles, incontestables, universelles. Quiconque les critique, les conteste devient par le fait même un ennemi de l’Union Soviétique et de son peuple. Lors du séminaire de l’Académie des sciences agricoles de l’été 1948, Lyssenko conclut son interminable et imbuvable prédication par cette envolée : « Gloire au grand Staline, chef du peuple et Coryphée de l’avant-garde de la science ». Il ne pouvait faire moins. Il est bien évident que, dans ce contexte d’un obscurantisme préfigurant à maints égards l’ineptie wokiste d’aujourd’hui – puisqu’il s’agissait déjà de dénier toute pertinence à la science dite bourgeoise – les communautés culturelles, médicales, scientifiques non infestées par ce virus, juives mais pas seulement, étaient à considérer comme de la vermine, tout juste bonne à être étouffée, radicalement éliminée.

Cependant la traque allait bien au-delà des hautes sphères savantes. Des comités de « vigilance », autrement dit de délation, se constituèrent un peu partout avec mission de dénoncer les Juifs et les « douteux ». Entre octobre et janvier 1953, des centaines de médecins furent arrêtés. À la même période, quatre nouveaux camps de concentration sont mis en chantier aux confins de l’URSS, destinés aux « criminels les plus dangereux ». Il semble donc évident que Staline forme alors un projet de déportation de masse. Quant à la technique des procès, elle se trouve admirablement résumée dans les propos du camarade Rioumine, zélé inquisiteur en chef : « Votre arrestation suffit à établir votre culpabilité, et je ne veux pas entendre la moindre discussion à ce sujet ». Beria, psychopathe terrifiant, rival de Staline, n’est pas en reste dans ce registre qui clamait avec fierté : « Confiez-moi un prisonnier pour une nuit et je lui ferai avouer qu’il est le roi d’Angleterre ». 

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L’article de la Pravda et sa copie conforme de L’Humanité nous livrent en réalité le schéma très exact de la stratégie communiste en matière de purge. Dans sa première partie, révélation du prétendu complot. Vient ensuite l’accusation d’impéritie des services – police politique, renseignement et autres – enfin, incompétence des personnels politiques qui ont nommé ces incapables. Donc, nécessité de faire le ménage à chaque étage. La purge stalinienne fonctionne toujours ainsi, c’est une purge à tiroirs, un enchaînement diabolique qui permet d’acquérir et de conserver « la garantie totale » de pérennisation du système que Boukharine appelait de ses vœux. Ainsi, à chaque purge, le dictateur suprême élimine ses rivaux potentiels, fait grimper de nouvelles têtes qui à leur tour tomberont en temps utile.

La légitimé révolutionnaire ne reposant pas dans son principe sur la représentation électorale, encore moins sur un quelconque droit divin, n’a pour seul fondement que la lutte. La sacro-sainte lutte. Elle est ce qui nourrit, justifie, sacralise la réalité révolutionnaire. Elle lui est nécessaire. Elle lui est consubstantielle. D’où l’obligation permanente, tant en interne qu’en externe, de trouver un ennemi à combattre. Les koulaks, les paysans « cupides » dans les années vingt, les trotskystes dix ans plus tard, puis la purge finale, les Juifs. Inexorablement, on devait arriver à cet aboutissement logique, le Juif considéré en tant que coupable paroxystique, cristallisant commodément le faisceau d’accusations utiles : liens avec l’étranger du fait de la diaspora, éducation culturelle différente pour ne pas dire divergente, donc suspecte, hostilité religieuse séculaire, compromission économique, etc. Staline ne fait en cela que rejoindre Hitler. Derrière sa purge finale une « solution finale » peu ou prou démarquée de celle des nazis se profilait-elle ? Nous ne le saurons jamais avec certitude, la mort du Petit Père des Peuples, survenue – très opportunément – le 4 mars 1953 mettant fin à ce délire conspirationniste sans précédent qu’aura été le « complot des blouses blanches ». Un complot fabriqué de toutes pièces, un chef d’œuvre effrayant de cynisme, de sadisme, de violence, de cruauté.

La clique arrivée ensuite au pouvoir – Malenkov, Béria, Molotov, Kroutchev… – s’empressera de faire machine arrière, dédouanant et libérant les médecins détenus ainsi que leurs épouses. Bien sûr, ils y vont eux aussi de leur purge. Ils liquident dans la foulée tous ceux qui ont joué un rôle dans l’affaire, dont le camarade Rioumine pour ne citer ici que lui. Les nouveaux dirigeants se sont-ils finalement effrayés de la tournure que risquait de prendre cette folie ? Ont-ils quelque chose à voir avec la mort de Staline ? Nul ne sait. Même si Béria, suivant le cortège funéraire du dictateur, se serait laissé aller à se vanter de l’avoir envoyé ad patres. 

Staline a son fan-club post-mortem

Le 7 avril 1953 paraît un nouvel article dans la Pravda, toujours aussi scrupuleusement repris dans L’Humanité : « Les professeurs et médecins sont complètement lavés des accusations dont ils étaient l’objet et ont été libérés », lit-on. Professeurs et médecins qui se trouvent désignés ailleurs dans l’article comme autant de « personnalités éminentes de la médecine soviétique ». Il est intéressant de constater que, pas plus dans le long article de la Pravda que dans sa réplique de L’Humanité, il n’est fait référence à leur qualité de Juifs. Coupables, ils l’étaient, Juifs. Innocents, ils ne le sont plus. Ainsi, voilà passée à la trappe l’hystérie antisémite de cette abominable conspiration ! Nous sommes en 1953. Tant de « pudeur », en France, a tout de même de quoi surprendre. Peu auparavant, la presse communiste avait couvert en grand les obsèques de Staline. « Deuil pour tous les peuples qui expriment dans le recueillement leur immense amour pour Le Grand Staline », titre sobrement L’Humanité dans son édition spéciale du 6 mars. On peut y lire également, dans un long hommage signé Jacques Duclos : « Les enseignements de Staline éclairent notre route, nous rappellent l’impérieuse nécessité de la fidélité aux principes du Parti, de la lutte sans merci contre les déviations de la ligne marxiste-léniniste (…) Nous nous efforçons, suivant la trace du meilleur stalinien français, Maurice Thorez, d’être dignes nous aussi du beau titre de staliniens ». « Le beau titre de stalinien ». No comment! Plus tard, Molotov se fendra de cette prédiction glaçante : « Staline sera réhabilité, cela va sans dire ! » Le pire est qu’on ne peut exclure, aujourd’hui, avec certitude cette riante perspective.


[1] Cf. Le Dernier Crime de Staline – retour sur le complot des blouses blanches. Calmann-Lévy 2006.

[2] et des démocraties populaires.

La machine à démonter le temps

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La ministre de l'education nationale réunit 25 ministres de l'education de l'union européenne pour la promotion de l'education à la citoyenneté et aux valeurs communes de liberté, de tolérance et de non discrimination, en presence du chef de l'Etat. 17/03/2015 TAVERNIER-POOL/SIPA

Jean-Paul Brighelli et Alain de Benoist dissèquent avec précision les idéologies aux commandes de la machine à broyer le passé, mais l’existence de ces grands courants dévastateurs et le zèle des contremaîtres à la manœuvre ne doivent pas absoudre le citoyen de base de sa responsabilité dans la lubrification de cette machine à démonter le temps.


Dans un article récent Jean-Paul Brighelli, inspiré par l’éditorial d’Alain de Benoist, nous rappelle une nouvelle fois que « derrière cette éradication scolaire de l’Histoire, il y a le rêve des européanistes de liquider la mémoire de la France ». Ces deux auteurs ont depuis longtemps parfaitement cerné et explicité les cheminements idéologiques qui font du passé, ici, un « motif de repentance » et là, un récit à effacer. Dans nos écoles primaires, les ravages sont effectivement palpables. Ils affectent désormais, chez les jeunes élèves, la construction du rapport au temps mais ne sont pas les seuls facteurs de sa désagrégation.

Ceux qui ont eu la curiosité d’ouvrir les derniers livres d’histoire conçus pour le primaire ont pu prendre conscience de l’effet dévastateur des programmes concoctés sous le quinquennat Hollande. Cette explosion de la chronologie des faits en un vaste collage déstructuré d’images, construit, au mieux, un kaléidoscope lacunaire dans l’esprit des élèves. Ils n’apprennent plus l’Histoire, ils « questionnent le temps », cultivant insidieusement l’idée que seul compte le fait de poser la question et que, la réponse se trouvant dans quelque Wikipédia dématérialisé, l’effort d’une mémorisation structurée est inutile. A cette pixellisation de l’Histoire, s’ajoutent les effets délétères d’une soumission aux écrans toujours plus importante : zapping permanent et culture de l’impulsion verbale ramènent peu à peu nos cerveaux vers l’instantanéité et le caractère périssable du langage propre à l’Homme d’avant l’invention de l’écriture.

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La dissolution des repères atteint jusqu’au temps de l’école qui, aujourd’hui, ne fait plus sens. L’obligation d’ouvrir la porte à tout retardataire et l’absence de moyens de sanctionner les parents désinvoltes permettent arrivées et départs à la carte. Portés par l’individualisme et la société des loisirs, les tarifs promotionnels de voyage tiennent lieu de justificatifs pour amputer le temps scolaire de façon significative, par des départs en vacances aléatoires. L’ordre donné d’une « relation usagers » apaisée, devenu critère d’évaluation des enseignants et directeurs, a fini par les contraindre à accepter de faire de l’exceptionnel, une règle.

Mais à ce relativisme de planning et à la destruction orchestrée de l’apprentissage de l’histoire de France, motivée par des pédago-idéologues soucieux de faire du passé table rase, s’ajoutent également les gouttes d’eau d’initiatives individuelles. Dans nos écoles, par petites touches, sous la pression communautaire ou par simple anticipation d’un risque potentiel de conflit, s’effacent les marqueurs temporels de notre culture. Ce peut être les contes traditionnels, vecteurs de lien intergénérationnel et éléments de transmission du patrimoine qui disparaissent au profit d’éphémères produits de littérature enfantine, car leur étude obligatoire a été retirée des programmes de maternelle par Najat Vallaud-Belkacem. Ailleurs, c’est Noël qui disparaît : plus de sapins à colorier, encore moins d’étoiles. Là, plus de frises sur les œufs de Pâques, plus de couronnes, ni de galettes. Le monde enseignant se découvre la racine chrétienne honteuse, même lorsqu’elle est sécularisée et que ses effets sont purement culturels. Ce même questionnement s’invite chez certains acteurs du monde politique qui s’interrogent publiquement sur le caractère discriminant de jours fériés pourtant eux aussi amplement sécularisés.  Désormais, c’est au tour de la fête des mères et de celle des pères d’être effacées ou renommées « fête des gens qu’on aime » par des enseignants trop frileux pour simplement proposer aux enfants de couples homosexuels de faire deux cadeaux. Il est pourtant paradoxal de refuser de garder la tradition de certaines fêtes au nom d’une minorité qui a souhaité elle-même voir ses unions appelées selon le terme traditionnel de « mariage ».

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L’utopie du paradis multiculturaliste est à ce prix : chacun doit pouvoir vivre selon son tempo. La volonté de faire rayonner le mythe d’une diversité joyeuse conduit le décisionnaire politique comme certains acteurs de terrain à faire disparaître les points de frictions potentiels. Dès lors, l’écrin commun ne peut se concevoir qu’a minima et l’effacement des références temporelles est en marche : fragmentation du passé, relativisme du présent. Il est particulièrement cruel de constater que l’école, qui fut, jusqu’à il y a peu, le lieu de construction d’un référentiel partagé, devient un outil de dissolution et d’effacement des marqueurs traditionnels du temps français. Le temps, cette impalpable dimension qui se matérialise au quotidien dans un référentiel différent selon les points du globe et les époques, est une des incarnations du commun qui unissent une société. Il participe de cet « imaginaire des peuples » dont la déstabilisation peut, selon Stéphane Rozès, conduire à des tensions ou à la guerre.  Face à un tel constat, expliciter les forces idéologiques à la manœuvre pour « vaporiser » le passé est un premier axe d’action. Refuser, à son petit niveau, le grand effacement en est un autre. Les discrètes résistances enseignantes pour maintenir un enseignement substantiel de l’Histoire malgré les programmes indigents doivent se vivre la tête haute, la lecture doit se pratiquer dans des documentaires historiques et des textes du patrimoine, les frises chronologiques richement illustrées doivent tapisser les murs des classes. De leur côté, les parents d’élèves doivent oser manifester leur désappointement lorsque les fêtes qui rythment avec profit le temps des enfants ou les contes qui unissent les générations disparaissent. Soyons donc, chacun, grain de sable et non lubrifiant dans les rouages de la machine à démonter le temps dont les intellectuels nous ont démontré la présence.

L'école sous emprise

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Sonya Zadig : risquer son corps et sa vie à parler haut et droit

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Sonya Zadig © Capture d'écran Youtube/ Sonya Zadig

Le livre de Sonya Zadig, À corps retrouvé, troisième et dernier d’une trilogie, se prétend « roman », un cadre littéraire qui protège l’auteur en posant comme préalable que toute ressemblance avec la réalité ne pourrait être que fortuite.


Toute ressemblance avec la réalité, d’accord, mais quid de l’inconscient de l’auteur ?

L’avantage pour le lecteur, quand un « roman » est écrit par une psy, c’est que l’auteur inclut dans la forme l’explication du fond. Dans le cas de Zadig il y a un bonus poésie : « J’avais renoncé à ma terre natale, je n’avais pas d’autre possibilité; afin de réchapper à la douleur de l’exil et aux morsures de la nostalgie, j’avais enfermé toute cette histoire à double tour dans un coffret à mémoire ».

La lecture des opus précédents a lié la pathologie dont souffrait l’auteur à sa relation avec son père. D’où son exil. À la mort du paternel, elle s’est sentie libérée, mais « inlassablement insatisfaite et couramment à cran, comme si sa mort, m’ayant dépossédée de son regard insistant sur tous mes faits et gestes, s’était ressuscité tel quel en moi ».

On s’en voudrait d’appliquer de la psychologie de café du commerce à une pro de la psy, mais cette insatisfaction n’était-elle pas plutôt liée au fait que plus jamais son père ne serait en mesure d’admettre le mal qu’il lui avait fait? Notre époque se pique de remettre la psychanalyse en question.[1] Pourtant, cette méthode thérapeutique a encore de beaux jours devant elle : « L’inanalysable était mon corps, l’exil m’avait expropriée de ma langue et donc de mon corps, mon territoire intime devenait au fil du temps une terre en friche, abandonnée à tous les vents, une mélancolie entêtante était devenue dès lors ma compagne, ma partenaire de vie, j’étais opératoire, je vivais certes, mais avec déplétion, je le savais et j’avais épuisé tous les remèdes pour y échapper ». Quand on lit ces lignes, on pense à ce que David Ben Gourion, premier Premier ministre israélien identifiait comme la condition de la renaissance de son État « la force qui a rendu possible le rétablissement de notre État […], le lien spirituel profond avec la patrie antique d’Israël, avec la langue hébraïque dans laquelle est rédigé le Livre des livres ».[2] 

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Ce n’est pas la seule fois où Sonya Zadig, athée née musulmane, fait preuve d’une étrange proximité avec le judaïsme ou Israël : « La nostalgie d’un passé que j’avais pourtant détesté revenait sans cesse me hanter », comme il hante aussi certains de ses amis juifs originaires de Tunisie. Quand elle parle de sa nostalgie pour son passé détesté, on voit le mécanisme qui soude les enfants battus à leurs parents… et les Juifs persécutés à leurs bourreaux.

Et puisqu’on parle d’enfants malheureux, sachant que le mariage et les enfants étaient la seule destinée d’une femme en terre d’islam, Zadig « craignai(t) » de « céder sur mon désir en rejoignant le destin qui m’avait été prédit ». Elle a été surprise de constater « qu’être mère n’ensevelissait nullement la femme, mais l’augmentait ». Il est courant d’additionner ses différentes identités (privée, professionnelle, sociale…) pour construire un tout supérieur à la somme de ses composantes. Sonya Zadig, elle, a exalté même la partie maternelle de son tout ! Sa nounou, Chrifa, l’avait accueillie lorsqu’elle avait tout juste un an et « que je passais mes jours et mes nuits à hurler ma désaide et le désamour de ma mère ».

L’exemple offert par une « mère insuffisamment bonne », pour reprendre l’expression de Donald Winnicott, conduit plus souvent à l’imitation qu’à la contradiction. Zadig est tombée du bon côté du contre-exemple : « N’ayant pas reçu de recettes sur la manière d’être mère, j’ai simplement inversé en son contraire tout ce qui de l’éducation ou de la non-éducation m’a été transmis »… Jusqu’à tomber dans l’excès inverse : « En voulant enrayer le climat insécure dans lequel j’ai grandi, je les [ses enfants] ai protégés du monde jusqu’à le leur rendre cotonneux et candide ». Mais élever ses enfants avec trop d’amour, est-ce vraiment « mal les élever » ? Leur mère s’est retrouvée « exilée de la langue » par son choix de ne leur parler qu’en français, pour éviter qu’ils entendent sa langue paternelle, celle dans laquelle son père l’interpelait : « Ya Sonya ! », « Eh toi, Sonya ! ». Elle interprétait cette interjection comme une mise à distance, une mise à l’écart. Jusqu’à l’intervention d’Aldo Naouri, autre psy de classe olympique, grâce à qui la fille de l’apostat a eu une épiphanie : et si le « tu » derrière le « eh toi » avait été une injonction non pas paradoxale, mais libératrice ? « Hé TOI ! Ya Sonya, pars ! Sors de cette oumma, réussis là où j’ai échoué. Va, vis et deviens ! »[3]

Printemps arabe et retour aux sources

Le printemps arabe a ramené Sonya Zadig au pays paternel : « mes loyautés que je croyais enterrées s’exhumaient au fur et à mesure que les événements de ce que l’on avait dénommé le Printemps arabe circulaient sur les ondes ». Elle doutait quand même de son issue : l’islam étant antinomique du progrès, comment un pays musulman pourrait-il faire l’expérience de la démocratie, ce péché qui permet aux hommes de prendre des décisions réservées à Allah ? Malgré les doutes, cette « étincelle de l’histoire, ce printemps au milieu de l’hiver » avait aussi dégelé son amour pour la… patrie et lui avait fait signer un traité de paix avec elle-même. Elle voulait, par son retour, « apporter quelque chose à la Tunisie, je voulais pouvoir y retourner légitimement, car lorsqu’on quitte un pays ou quelqu’un depuis si longtemps, revenir sans raison valable friserait l’inconvenance ». Revenir, mais surtout sans en jouir, en payant une dette. Comme les dhimmis, « protégés de l’islam », soumis à un impôt spécial pour être autorisés à vivre dans l’humiliation permanente ?

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Revenir, c’était aussi revivre la façon dont la société tunisienne traitait les enfants : leur rôle était d’obéir et de devenir factotum pour tous les adultes : « la soumission et la servitude s’inculquent dès le berceau ».

Fille d’un couple dysfonctionnel, la petite Sonya avait à peine douze ans lorsqu’elle rasa la barbe d’Allah « pour installer à sa place celle du père de la psychanalyse ». Devenir, elle-même, psychanalyste fut un passage à l’acte.

De la révolution comme catharsis personnelle

Il n’y a pas de révolution sans violence, pas de lutte pour la justice sans injustice, pas de changement de régime sans retour du refoulé : violence, manifestations, répression… Venue à Tunis avec une équipe française pour travailler sur « les invariants psychiques de la dépression, […] essayer d’épingler à travers les entretiens avec les patients la variable culturelle afin d’améliorer nos pratiques avec la population d’origine maghrébine en France », Sonya Zadig n’était pas  dupe de son jargon : « la dimension ethno-psychiatrique était à l’époque leur violon d’Ingres ».

Le visage est ce que les femmes doivent cacher pour empêcher les hommes, car dans l’islam, un homme ça ne s’empêche pas (contrairement à ce que préconisait Camus), cela empêche qu’on lui impose une tentation.

Le droit à la différence n’est jamais loin de la différence des droits et l’ethnopsychiatrie de l’assignation identitaire. Ce qu’elle espérait surtout découvrir, c’était ce qui poussait les femmes à servir de courroie de transmission à leur propre servitude. Et aussi : « saisiraient-elles cette embellie de l’histoire pour vider le ciel de ce dieu tyrannique ? » Les journalistes prennent le pouls d’un nouveau pays en interrogeant leur chauffeur de taxi. Le premier que Zadig rencontra réussit à la réduire au silence par « les clameurs effroyables des versets coraniques » qui  l’avaient poussée à quitter son pays.

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En astronomie, la révolution a le sens d’une orbite. En l’occurrence, la révolution sociale du printemps arabe s’achevait sur un hiver islamique. La philosophie est œcuménique, la preuve par Sonya Zadig citant le philosophe juif, Emmanuel Levinas, pour chercher à comprendre l’agressivité de son chauffeur de taxi… Les sociétés de la clôture sont celles qui ne posent pas de questions ouvertes. L’islam en est l’exemple type. Et Levinas son contraire : le visage, dont Levinas met en avant la fonction d’altérité, est ce que les femmes doivent cacher pour empêcher les hommes, car dans l’islam, un homme ça ne s’empêche pas (contrairement à ce que préconisait Camus), cela empêche qu’on lui impose une tentation.

Cas cliniques et clinique du cas Zadig

La présentation des cas cliniques est toujours un grand moment pour les étudiants en psychiatrie et en psychologie. Les quatre femmes présentées par « Docteur Sonya » en apportent une ample démonstration : « Warda ou le féminin fané, Latifa ou la disparition d’un corps, Feiruz ou le sacrifice de Hagar[4], Kahina : le corps mélancolique ou l’impossible perte ». La psychanalyste, elle aussi, a vécu une catharsis. Pas sur le divan, mais sur la tombe de son père, où elle a pris la décision de « vouloir vivre un exil heureux ». Être libre ! Sauf qu’en revenant du cimetière, toute à la pensée de cette liberté, elle a failli être violée par un groupe de jeunes : « Inti kahba, labssa roba zeda, nhibou nikouk yamalhat ! (T’es une pute, toi !  T’es en robe en plus, ce qu’on veut, c’est te baiser, espèce de putain !) ». Sa liberté virtuelle en danger ne survécut que grâce au hurlement qu’elle poussa, cri à la fois primal et élaboré, qui ameuta le responsable du cimetière et fit fuir ses agresseurs. À l’inverse, ses patientes lui avaient mis du baume au cœur : « Toutes ces femmes qui ont eu la générosité de me dire mezza voce « Vous avez eu raison de partir, il n’y a rien pour vous ici ! » m’ont aidée à franchir le pas et à clore définitivement le dossier nostalgie ».

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Le contre-transfert a été aussi utile à la psy que le transfert à ses patientes. Mais ayant pacifié sa relation avec son pays d’origine, Sonya Zadig avait aussi compris que sa liberté réelle passait par la France, car la révolution avait accouché de l’islam, la boucle était bouclée, et les Tunisiennes continueraient à la boucler. Le diagnostic était le même pour le pays et ses habitants : « Le cœur du problème demeure l’impossibilité pour un sujet de s’individuer, puisqu’il s’agit pour tous de s’agglutiner, tel un corps relié au service de l’idole mahométane et sous la férule d’Allah ; un individu qui n’a pas veillé à faire émerger son individualité ne peut en aucun cas se soucier de préserver la démocratie. Le souci de soi et le souci de la cité sont intimement liés ».

La psychanalyse, comme l’éducation réussie, permet à l’enfant de partir

Sonya Zadig, elle, s’est détachée : « J’ai compris que je n’étais plus une déplacée, mais que je m’étais déplacée. […] J’étais venue confirmer que j’avais fui ce pays pour ne pas devenir folle, ces femmes sont une version possible de ce que j’aurais pu devenir si je n’étais pas partie ». Après le diagnostic, l’ordonnance : « Réinterroger surtout le rapport au pouvoir, aux droits des citoyens, à la liberté de conscience, il faudrait déraciner la haine du féminin qui n’est rien d’autre que la haine de l’altérité ».

Si Zadig s’y sent bien, elle mesure aussi la fragilité de son pays d’adoption, dont beaucoup d’enfants entretiennent « la haine de la France et de son honneur ». Jusque dans son foyer, elle prit « acte avec effroi de la pénétration des signifiants islamiques… Au nom de quelle tolérance avait-on voulu réduire les Français à leurs origines sociale, ethnique et religieuse ? Depuis quand parler la langue de Molière était-il devenu risible, voire « chelou » ? »

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Les parents de tous les enfants français devraient être saisis du même effroi en constatant les mêmes symptômes linguistiques chez leurs enfants. Ce stigmate est exporté par les zones de non droit, qui portent mal leur nom, car « zone de non-droit ne veut rien dire, parce qu’il y a bien un droit : celui du plus fort. Un droit, une loi et même des usages ». Comme Zohra Bitan, Abnousse Shamani, Lydia Kebbab, Fathia Boudjalat et d’autres, Sonya Zadig risque son corps et sa vie à parler haut et droit. Ces femmes ont le courage de parler, car elles sont les seules à savoir par le vécu ce que préparent LFI et leurs alliés islamo-compatibles, prêts à tout pour le pouvoir. Il faut les écouter, avec autant d’attention qu’un psychanalyste écoute son analysant !

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[1] www.lexpress.fr/idees-et-debats/faut-il-en-finir-avec-la-psychanalyse-les-verites-sur-une-passion-francaise-YJ2H4S7THRFUTCFNPSHIDWXSPM/

[2] www.amazon.fr/LEtat-dIsra%C3%ABl-lavenir-peuple-Juif/dp/B0DC5LWV26/

[3] Titre d’un film de Radu Mihaileanu, racontant l’histoire d’un enfant éthiopien adopté par des Juifs au moment de l’opération Moïse (novembre 1984-janvier 1985). Hé hé !

[4] Dans la Bible, la servante de Sarah et la mère d’Ismaël.


Sophia Chikirou, le « martyr » du Hamas et la chute de la maison Mélenchon

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Sophia Chikirou et Jean-Luc Mélenchon, aux journées d'été de la France insoumise en 2023 à Valence © Alain ROBERT/SIPA

Pendant l’été, des adversaires naïfs de Jean-Luc Mélenchon ont espéré que l’islamo-gauchisme de sa prochissime conseillère, Sophia Chikirou, pouvait enfin les faire tomber. Raté.


La corruption de LFI par l’idéologie islamo-gauchiste devenait-elle soudain trop voyante ? Au cœur de l’été, Sophia Chikirou a été contrainte de corriger le tir, après avoir diffusé à la va-vite des publications douteuses sur ses réseaux sociaux. « Je ne soutiens pas le Hamas, ni sa branche politique élue à Gaza dont je ne partage en rien le projet islamiste », a assuré la députée d’extrême gauche, le 4 août, dans Libération. Ça va mieux en le disant…

C’est la faute à l’extrême droite

Trois jours plus tôt, l’élue de Paris publiait sur son compte Instagram privé un hommage au chef du Hamas, Ismaïl Haniyeh, tué à Téhéran le 31 juillet, émanant du collectif « Urgence Palestine ». On pouvait notamment y lire qu’après avoir échappé à quatre tentatives d’assassinat, « Dieu scellait [son] martyr comme il l’avait toujours souhaité », ou que la « résistance » n’en était que renforcée… « Je ne partage en rien le projet islamiste », dit donc l’élue française. Essayons de traduire sa pensée : on pourrait comprendre la démarche du projet politique du Hamas – lequel s’est résumé, le 7 octobre, à massacrer et enlever des civils israéliens – mais en revanche son projet théocratique est vraiment trop méchant !? « J’ai partagé cela comme une information. J’ai supprimé ces visuels […] dès que l’extrême droite a commencé à m’attaquer sur les réseaux sociaux et à monter en épingle une polémique. Je m’inquiète des réactions agressives et disproportionnées et déplore de voir des médias servir une telle opération », s’est ensuite justifiée l’élue de Paris.

Or, contrairement à ce qu’elle affirme, il n’y a pas eu que l’extrême droite et la presse pour tomber sur notre Insoumise-Calimero : « Sophia Chikirou n’engage qu’elle même par ses provocations, qui ont pour seul effet de susciter des polémiques qui minent le travail collectif » s’était indigné Olivier Faure, le chef du PS, parti moribond allié à LFI dans le Nouveau Front populaire (NFP). « Abject », avait surenchéri la présidente de la région Occitanie Carole Delga, voyant dans les publications de Mme Chikirou une « apologie du terrorisme » et carrément le « porte-voix de la haine des juifs ». Pendant que la guerre fait rage au Proche-Orient, M. Faure et Mme Delga n’oublient pas que la gauche doit avant tout nous trouver un Premier ministre pour Matignon…

« L’hommage de Mme Chikirou au chef politique du Hamas devrait la mettre au ban de la vie politique. Cette forme de complaisance, récurrente dans son parti, ne doit pas trouver sa place dans notre République. Nous saisissons notre commission juridique », a annoncé de son côté la LICRA.

L’Union des étudiants juifs de France a quant à elle déposé une plainte pour apologie du terrorisme contre la députée LFI. « Je suis pour la discussion de tout avec tout le monde, mais comment discuter quand certains glorifient le terrorisme ? » s’est demandé son président Samuel Lejoyeux, dans les colonnes du Point, expliquant que l’élue se rendait coupable de détournement de la cause palestinienne, d’importation du conflit en France et de glorification du terrorisme.

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Il espère pouvoir la traîner au tribunal. Car le chef politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, qui aimait se présenter comme un « enfant du peuple » alors qu’il avait détourné avec sa clique guerrière de fous d’Allah des millions de dollars d’aide destinés à Gaza, était bien en responsabilité quand son organisation a attaqué Israël sur son territoire le 7 octobre 2023, faisant 1200 victimes et plus de 3000 blessés – il s’est d’ailleurs vu délivrer un mandat d’arrêt par la CPI pour cette raison par la suite. On se souvient aussi que les caméras d’Al-Jazeera avaient montré au monde entier le sulfureux personnage en train de prier, à Doha (Qatar), alors que son mouvement était en train de commettre les tueries. Enfin, il n’est pas inutile de rappeler à Mme Chikirou que le Hamas est bien officiellement considéré comme organisation terroriste par l’Union européenne ou les Etats-Unis d’Amérique.

Pas une brebis galeuse

Jean-Luc Mélenchon n’a pas estimé nécessaire de venir au secours de sa proche conseillère en gratifiant les lecteurs de son blog d’un billet ad hoc. Ces derniers temps, le vieux chef préfère y détailler son grand projet de destitution du président Macron, qu’il surnomme « capitaine du Titanic », plutôt que d’évoquer la Palestine. Dans nos médias, pourtant souvent si prompts à l’indignation, l’hommage honteux de Mme Chikirou au chef du Hamas a été finalement assez peu commenté, et la polémique est vite retombée. Effervescence des Jeux olympiques, sans doute. Dès le lundi 5 août, les journaux n’abordaient déjà plus le sujet, comme s’il était admis que les excès des Insoumis ne devaient plus indigner l’opinion, ou comme si tout le monde avait compris que LFI était bien le porte-voix du Hamas dans l’hexagone ! Plutôt révoltant…

Car oui : Mme Chikirou est loin d’être une marginale au sein de son parti, qui par bien des aspects prend parfois l’allure d’un véritable « Club des amis » du Hamas. On se souvient des propos hésitants de Mathilde Panot, en conférence de presse à l’Assemblée nationale, ou de Danièle Obono, au micro de Jean-Jacques Bourdin, en octobre dernier. Les deux politiciennes se refusaient à accoler l’adjectif « terroriste » aux exactions palestiniennes, préférant parler de « crimes de guerre », et renvoyant ainsi dos à dos la dictature théocratique du Hamas et le gouvernement israélien, lequel a été prié par les Insoumis de ne pas répliquer dès le lendemain des attaques terroristes.

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D’autres Insoumis, imprégnés d’analyses décoloniales mal ingurgitées, comme l’impayable Ersilia Soudais, voient en fait dans le Hamas un mouvement de résistance comme un autre qui combattrait le « colonialisme » et l’« impérialisme ». Dès qu’on lui tend le micro, la députée de Seine-et-Marne dénonce un soi-disant « génocide », quand ce n’est plus un « apartheid », ou le processus de colonisation en Cisjordanie – ce qui est déjà beaucoup plus légitime. Mais elle fait également de nombreux faux pas, par exemple quand elle plaide pour l’arrêt des « arrestations massives de Palestiniens » et pour leur libération générale, le jour même où Israël arrête la militante Ahed Tamimi, laquelle appelait au meurtre des Juifs dans des termes particulièrement choquants : « Nous allons vous massacrer. Ce qu’Hitler vous a fait est une plaisanterie par rapport à ce que nous allons vous faire, nous boirons votre sang et mangerons votre crâne ».

Quant à son grand ami, le député de Seine-Saint-Denis Thomas Portes, il est difficile de tenir à jour la liste de ses contestables actions militantes dans le dossier épineux du conflit au Proche-Orient. Il a d’abord participé à des manifestations propalestiniennes interdites à Paris. Puis, il a défendu la thèse complotiste affirmant que « Nétanyahou et ses complices » auraient délibérément laissé se produire l’attaque du 7 octobre (une accusation qui inverse le statut des victimes et des bourreaux, et qui exonère donc opportunément les assassins du Hamas de la responsabilité de leurs crimes). Enfin, avant le début des JO, il a encore fait parler de lui en appelant à se mobiliser contre la présence des athlètes israéliens à Paris, affirmant que « les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus ». 

Le géographe suédois Andreas Malm, auteur de Comment saboter un pipeline ?, figure actuellement parmi les maîtres à penser de LFI. Il était encore invité fin mars par Clémence Guetté, à l’institut La Boétie, l’Académie des Insoumis fondée par M. Mélenchon. En avril, évoquant le 7 octobre, ce grand penseur a carrément déclaré : « La première chose que nous avons dite dans ces premières heures n’était pas tant des mots que des cris de jubilation. Ceux d’entre nous qui ont vécu leur vie avec et à travers la question de la Palestine ne pouvaient pas réagir autrement aux scènes de la résistance prenant d’assaut le checkpoint d’Erez », ajoutant : « La résistance armée qui se déroule à Gaza est héroïque ».

Et on ne peut terminer cet inventaire des délires insoumis concernant la guerre à Gaza sans évoquer la nouvelle coqueluche de LFI : Rima Hassan. Récemment élue eurodéputée, elle est également ciblée par une plainte pour avoir dit au média Le Crayon que l’action du Hamas était « légitime », et par une autre émanant de son collègue François-Xavier Bellamy (LR) pour menaces. Et elle a été aperçue ces derniers jours à Amman (Jordanie) aux côtés de Taha Bouhafs, parmi une foule manifestant pour Gaza. Critiquée, l’élue assure qu’elle ne savait pas que certains rendaient hommage à Ismaïl Haniyeh. En effet, évidemment, les slogans et pancartes brandies à cette occasion ne faisaient pas dans la nuance…

Nouvelle France

Hollandisme comparé à des punaises de lit, discours de Fabien Roussel comparés à ceux de Jacques Doriot, anciens collègues qualifiés de « tafioles de merde », pétition dénonçant son autoritarisme au sein de Le Media dont elle a finalement dû lâcher les rênes, rumeurs sur la nature véritable de sa relation avec Jean-Luc Mélenchon… Mme Chikirou a l’habitude d’avoir mauvaise presse ! Mais, ses adversaires ont eu tort de se réjouir, et d’imaginer qu’elle pourrait entrainer le vieux leader dans sa chute avec son faux pas de l’été. Toutes les navrantes péripéties insoumises énumérées ci-dessus expliquent que la polémique Chikirou ne puisse pas vraiment prendre dans l’opinion ; elle est noyée dans un océan de dérives islamo-gauchistes.

Autrefois, l’extrême gauche française avait une passion coupable pour des tyrans qui, au moins, prétendaient porter un message d’égalité ou de « justice sociale » (Staline, Castro, Mao, Maduro…). Désormais, elle peut s’enticher des oppresseurs d’un régime islamique pas bien différent de Daesh. Ce n’est vraiment pas glorieux. La compromission des autres partis de gauche (PC, Verts, PS) avec LFI n’en est que plus honteuse.

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Les Insoumis assurent bien sûr qu’ils sont en pointe dans la lutte contre le racisme, ou que la laïcité est à leurs yeux très importante. Mais, selon eux, l’électeur pense paradoxalement selon son sang et ses origines, et dès que le conflit en Israël passera au second plan, ils ne manqueront pas de nous expliquer de nouveau à quel point la France est « islamophobe ». La « créolisation » merveilleuse de la France se poursuit. Et LFI drague en permanence un nouvel électorat baroque constitué notamment de néo-voilées ou de barbus des « quartiers populaires » acceptant de participer à notre jeu démocratique. Reste qu’à 73 ans, Jean-Luc Mélenchon n’est pas certain de voir cette « Nouvelle France » permettre à son mouvement de devenir majoritaire dans les urnes. Mais Sophia Chikirou, 45 ans, a, elle, encore une longue carrière politique devant elle.

Non, l’extrême gauche n’est pas « stupide »!

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L'humoriste Sophia Aram à la 35e cérémonie des Molières, le 6 juillet 2024 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

L’humoriste Sophia Aram a-t-elle raison de qualifier LFI de « stupide » ? Cette dernière est certes dangereuse, mais pas « stupide », ce qui ne fait qu’augmenter sa capacité de nuisance. Le billet de Philippe Bilger.


À l’issue d’une polémique où Sophia Aram a eu mille fois raison, il est difficile de résister à la tentation de sous-estimer l’adversaire, de le tourner en dérision. Il me semble que c’est ce que l’humoriste a fait en déclarant que « l’extrême gauche était totalitaire et stupide » (Le Point).

D’abord le totalitarisme peut être critiqué de mille manières mais il est rare que son support essentiel soit la bêtise. En général il sait ce qu’il fait même si les chemins qu’il emprunte sont calamiteux. Qualifier l’extrême gauche de « stupide » est l’ancrer dans un registre qui permettrait en principe de la combattre aisément. Alors qu’il suffit de constater l’aura persistante de LFI, malgré ses excès, ses outrances et son refus de nommer comme il convient les réalités meurtrières et terroristes, pour s’inquiéter de son succès durable dans l’espace politique. Rien, dans sa stratégie, n’est accompli par hasard. L’esprit collectif, largement inspiré et façonné par Jean-Luc Mélenchon, ne constitue pas LFI comme « stupide » mais comme dangereuse, entêtée et cohérente. Rien de ce qui est de nature à subvertir les bases de la démocratie classique et à bouleverser la vie parlementaire ne lui échappe.

Sous-estimer serait le pire danger

J’ajoute, en me référant aux députés de LFI qui paraissent être principalement visés par Sophia Aram, que pour un Louis Boyard et un élu fiché S infiniment problématiques, il y a dans ce groupe des personnalités peut-être discutables mais dont aucune ne peut être traitée de « stupide ». Je dirais même que certaines sont redoutablement intelligentes et perverses au sens où elles parviennent à occulter leur nocivité derrière une apparence ostentatoirement désordonnée et perturbatrice.

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Enfin, je suis persuadé que LFI ne cesse d’être confortée dans ce qu’elle a de pire par l’opprobre constant sur le RN et le refus de placer au moins sur le même plan ces deux extrémités partisanes apparemment contradictoires. Sophia Aram, en qualifiant l’extrême gauche de « stupide », atténue sensiblement ce que le grief d’être totalitaire aurait pu avoir d’accablant. En la réduisant à une exclusive pauvreté intellectuelle et politique, elle banalise sa nuisance et le péril que LFI fait courir à une démocratie équilibrée. Rien ne doit faire plus plaisir à l’extrême gauche que d’être ainsi sous-estimée par un esprit habituellement lucide.

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