Évoquant ce qu’il est convenu désormais d’appeler « l’affaire Abbé Pierre », Élisabeth Lévy a mille fois raison lorsqu’elle écrit : « On ne condamne pas un mort »[1]. Hélas, il n’est guère davantage concevable de juger et condamner le silence devant une quelconque instance judiciaire. Le silence de la hiérarchie. Celle de l’Église de Rome en l’occurrence, l’entre soi des Très Hauts. Car on sait désormais que ces Très Hauts étaient au courant. Cela au moins depuis le séjour américain brusquement interrompu pour cause de « comportement inapproprié » et plus encore depuis la décision d’envoyer l’intéressé se soumettre à des soins dans un établissement suisse ad hoc.
D’autres institutions ou corporations, face à des transgressions comparables, les ont, elles aussi, hypocritement enfouies sous la chape du silence. Les mondes de l’école, de la politique, du cinéma, des médias, du sport, etc. Certes, mais aucune de ces communautés ne prétend devoir sa légitimité au culte de la vertu, au respect d’une exigence morale dont elles se voudraient être à la fois l’incarnation et la voix. L’Église si. De plus, concernant cette dernière, recourir à l’argument historique selon quoi on ne portait pas hier sur ces choses le même regard qu’aujourd’hui ne tient guère. Depuis ses tout premiers temps, l’Église s’est posée en contemptrice intransigeante du « fameux commerce charnel » et de ses dérives. Dans le même mouvement, elle en désignait la responsable principale, la femme.
La femme coupable de mille maux qui, énoncent doctement les dominicains Institoris et Srenger dans le Malleus Maleficarum – (Le Marteau des Sorcières – 1486) – « proviennent de la passion charnelle qui en elle est insatiable. » On pourrait multiplier à l’infini ce genre de références textuelles. Ce n’est donc pas le vent de l’époque ou l’air du temps qui serait venu, récemment, sensibiliser l’institution à ces sujets.
Dès les années cinquante, en très haut lieu on savait donc pour l’abbé Pierre. De même qu’on savait au sujet d’une autre affaire, plus saisissante encore, celle dont les tristes héros sont les frères Philippe, tous deux dominicains, et qui, bien que démasqués – et plus ou moins condamnés – dès ces mêmes années, ont pu persister jusqu’à une période récente dans leurs entreprises de domination sexuelle. Il faudrait aussi évoquer le silence fait autour de la multiplicité d’actes de pédocriminalité, longtemps étouffés là encore sous une omerta au sommet érigée, pourrait-on dire, en système.
Quel gâchis que ce silence des Très Hauts ! Imaginons combien ils se seraient grandis, et l’institution avec eux, si, brandissant crânement l’étendard qui devrait être le leur, l’étendard de la vertu, ils avaient – eux les premiers ! – encouragé, prêché, organisé, imposé la libération de la parole des victimes ! Autrement dit, s’ils avaient pleinement exercé leur magistère d’autorité morale. Tout simplement.
L’affaire de l’Abbé Pierre repose une énième fois la difficile question du célibat des prêtres.
Adulé puis conspué ! Adoré puis vilipendé, sinon répudié ! C’est là le cruel destin que vit aujourd’hui, après qu’il ait été porté aux nues par les Français, le nom de l’abbé Pierre, désormais voué aux gémonies.
Son délit, à en croire – et personne ne met certes en doute ici leur parole ni la véracité de leurs témoignages – de nombreuses femmes ? Agressions sexuelles, après avoir en outre profité de l’abusive emprise, tant morale que religieuse, qu’il exerçait, impunément en cette époque révolue, sur elles !
Certes, ce genre de pratiques, honteuses à plus d’un titre, s’avère-t-il hautement répréhensible et même, plus simplement encore, condamnable. Personne, ici, ne le nie, ni n’a même la moindre volonté de le minimiser ou de le relativiser en disculpant, a priori, ce célèbre prélat qui, au contraire, aurait normalement dû être, de surcroît, un incontestable modèle pour ses ouailles. Dont acte !
Maîtres censeurs plus que maîtres penseurs
Mais enfin, tout ceci étant dit et admis sans la moindre ambiguïté, devra-t-on, pour autant, rayer de nos mémoires, de nos rues comme de nos collèges, de notre histoire nationale comme de nos places publiques, le nom de celui qui, par-delà même son inacceptable comportement à l’égard de ces femmes, fut aussi, n’en déplaise à ses nouveaux détracteurs et autres maîtres censeurs, bien plus que maîtres penseurs, de tous bords, un Résistant de la première heure, durant la Seconde Guerre mondiale, contre le nazisme, avant de devenir ensuite, auréolé par sa fonction de prêtre, l’un des grands bienfaiteurs auprès des plus malheureux, faibles, pauvres et démunis au sein de la société civile ?
Certes, l’ingratitude, plus encore que ce lâche et confortable oubli de circonstance, s’avère-t-elle souvent – trop souvent, hélas – la paradoxale récompense que les hypocrites de tous poils ont la fâcheuse habitude d’attribuer sans scrupules à ceux pour qui faire le « bien », au sens moral du terme, leur tenait pourtant, au cours de leur humble parcours existentiel, d’inaliénable viatique, sinon d’impératif catégorique. Le Christ lui-même – et c’est un esprit laïc et agnostique tout à la fois qui parle ici – en sait quelque chose, lui qui, après avoir dispensé gracieusement ses bienfaits et autres bénédictions, fut finalement cloué sur la croix plus encore, à l’instar précisément de l’abbé Pierre aujourd’hui, qu’au pilori !
Double postulation simultanée : contre tout manichéisme réducteur, ou l’insondable complexité de l’âme humaine
Davantage : c’est à un étrange manichéisme, où toute nuance conceptuelle s’avère effacée de la simple raison, auquel se livre ainsi ces jours-ci, par cette quasi unanime condamnation de l’abbé Pierre, une certaine vindicte populaire, trop souvent prompte à brûler sans ménagement, et sans autres formes de procès que ses propres et seules certitudes, ses idoles du passé. Ces procureurs soudain improvisés auraient-ils donc oublié aussi, parallèlement à l’outrancière simplification de leur faculté de juger, combien le tréfonds de l’âme humaine peut parfois se révéler également – et c’est là l’un des incompressibles éléments de sa richesse intellectuelle – d’une insondable complexité ?
C’est d’ailleurs là ce qu’écrit, pour qui sait lire entre les lignes et surtout en profondeur, l’un des poètes les plus insignes de notre littérature moderne, Charles Baudelaire, pourtant impie parmi les impies nonobstant sa foncière éducation chrétienne et même catholique, dans Mon cœur mis à nu (1863), l’un de ses deux « journaux intimes » (avec Fusées). De fait, y énonce-t-il à juste titre dans le paragraphe XI, intitulé, très emblématiquement, « Double postulation simultanée » : « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. L’invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade ; celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre. »
Oui : à méditer, cette ultime vérité, tant philosophique que psychologique, au regard de celui, l’abbé Pierre donc, qui fut effectivement, jusqu’à ce que les récentes foudres de cette sorte de nouvelle police des mœurs ne s’abattent aussi violemment sur lui, ce « prêtre selon son cœur », comme le spécifia encore naguère le grand Baudelaire pour définir le poète, de la majorité des Français !
Un lynchage médiatique assorti de wokisme idéologique
Du reste, on reliera également, en guise de complément à cette édifiante lecture, l’admirable roman, centré sur la soumission à la tentation de la chair, de Georges Bernanos, Sous le soleil de Satan (1926), magnifiquement adapté, au cinéma par Maurice Pialat en 1987 et dont le rôle principal fut par ailleurs interprété, de manière non moins magistrale, par – autre récente victime de semblable lynchage mâtiné d’un très idéologique et même sectaire wokisme (l’abominable cancel culture, assortie de ses absurdes « déconstructions » de certains de nos mythes les plus ancrés) – un certain Gérard Depardieu…
Paix donc, malgré cette chasse aux sorcières qu’orchestre de plus en plus ouvertement le dictatoriale bien-pensance de notre pseudo-modernité, à son âme, puisque, mort et enterré depuis dix-sept ans maintenant, il n’a même plus le droit de s’expliquer ni, le cas échéant, de se défendre ou même de s’excuser ! Oui : il est aujourd’hui de prétendus tribunaux populaires ou médiatiques, mal nommés « moraux » ou « civils », qui ont les rances et même nauséabonds relents, d’ancienne et sinistre mémoire, d’inquisition moyenâgeuse sous le fallacieux prétexte de progressisme civilisationnel. Quant à l’authentique pardon, vertu pourtant intrinsèque à la charité chrétienne, ces apparentes bonnes âmes n’en connaissent manifestement pas la transcendantale (à défaut de céleste ou divine) signification, ni le véritable prix. Il faut, pour cela, plus de noblesse d’esprit, de profonde humanité, du sens de la compassion et de générosité d’âme !
Le célibat des prêtres, contraire à la nature humaine ?
Enfin, last but not least, peut-être l’Église catholique elle-même, qui n’est certes pas exempte de responsabilité dans ce genre de dérives sexuelles dont s’est rendu coupable l’abbé Pierre, devrait-elle enfin reconsidérer, sinon carrément annuler sur le plan doctrinal, l’obligatoire et aberrant célibat des prêtres, en tous points contraire aux exigences et pulsions les plus irréductibles de la nature humaine !
Le fondateur du site « Islam & Info », Elias d’Imzalène, déjà visé par une fiche S depuis 2021, a été filmé appelant à « mener l’intifada à Paris » afin de « libérer Jérusalem » lors d’une manifestation propalestinienne, ce dimanche. Selon Europe 1, il a ses entrées chez LFI et à Bruxelles. Quand il ne détourne pas la cause palestinienne, il passe le plus clair de son temps à lutter pour le voile ou contre l »islamophobie » en France.
Dimanche 8 septembre, place de la Nation, à Paris. Lors d’une manifestation propalestinienne intitulée « 11 mois de génocide… stop !», organisée par le collectif « Urgence Palestine », l’un des intervenants s’est fait remarquer à la suite de propos incitant les Parisiens à mener l’« intifada » dans la capitale(voir notre vidéo, en fin d’article).
Incendiaire
Il s’agit d’Elias d’Imzalène, fondateur du site « Islam et Info ». Ce militant islamiste apparait comme l’un des leaders du mouvement Urgence Palestine. Il est également cité dans une note des renseignements ayant motivé la fermeture de la mosquée de Torcy en 2017. Cette mosquée était considérée comme un foyer extrémiste, enseignant le combat contre « les mécréants » et encourageant le djihad.
L’islamiste fiché S, Elias d’Imzalène, qui a appelé à l’intifada dans Paris, a défilé juste derrière deux députés LFI, M. Portes et Mme Hassan. Et c’est pas la première fois, qu’il se retrouve aux cotés de députés #LFI. https://t.co/jWEavmawbfpic.twitter.com/ubiTXVXzgP
Elias Imzalène a donc appelé les manifestants à mener une intifada à Paris. « Est-ce qu’on est prêts à mener l’intifada dans Paris ? Dans nos banlieues ? Dans nos quartiers ? » a-t-il demandé lors de son discours, devant une foule en liesse qui acquiesçait en chœur. « La voie de la libération… démarre de Paris » a-t-il hurlé, avant d’annoncer que « bientôt, Jérusalem sera libérée et nous pourrons prier au masjid al-Aqsa (la mosquée al-Aqsa, à Jérusalem) ». Et de poursuivre : « Le génocide a des complices. Ils s’appellent Biden, ils s’appellent Macron, Macron le voleur d’élections, n’est-ce pas ? On les connaît les voleurs, qui habitent à l’Élysée et à Matignon. On les connaît. Et est-ce qu’on est prêts à les virer, eux aussi ? », a-t-il demandé aux manifestants.
Ressentiment post-colonial
De nombreux enfants de l’immigration du Maghreb et d’Afrique subsaharienne ont été élevés dans leur famille et ailleurs, y compris dans certaines mosquées, dans le ressentiment post-colonial. Souvent inconscients de ce qu’ils portent en eux, ils traduisent un esprit de revanche, aggravé et renforcé par la violence qu’ils voient dans le cercle familial et dans le quartier. Les parents ont entendu depuis plusieurs dizaines d’années la litanie d’une France raciste et excluante et qui, de plus, a colonisé le pays d’origine. Ils se voient victimes de discriminations de la part de ce peuple qui a colonisé leurs grands-parents. La guerre d’Algérie et la lutte des indépendances ne sont pas terminées. Le combat pour la Palestine sert de prétexte et de support à ces ressentiments.
Plus encore, il se passe dans notre pays, toutes proportions gardées, à peu près ce qui a lieu au Proche-Orient. Israël également est considérée par la jeunesse des pays arabes comme une puissance colonisatrice qui a volé une terre qui ne lui appartient pas. Cet apartheid qu’on impute à Israël, c’est celui que ressent cette jeunesse de nos quartiers en France-même. Ici comme là-bas, c’est le même ressentiment, la même plainte, la même envie à l’égard de ceux qui ont tout et qui les privent de tout. Là-bas comme ici, la réalité est ignorée au profit d’une propagande victimaire et revancharde. « La police qui tue », c’est l’équivalent de Tsahal dans les territoires « occupés », comme le sont pour beaucoup de ces jeunes leurs quartiers également occupés par les institutions d’un État illégitime. Comment ne pas voir cette ressemblance inquiétante dans les motivations de ces jeunes qui n’hésitent pas à affronter les forces de l’ordre d’un pays qu’ils ne veulent pas respecter, dans beaucoup des vingt-quatre mille refus d’obtempérer par an ? Comment ne pas voir dans ce terrorisme qui a frappé au Bataclan, à Nice et ailleurs, dans ces attaques au couteau qui se multiplient, dans ces agressions pour un regard, une cigarette refusée, une expression de cette haine et de cet esprit de revanche qui ont longtemps couvé et qui éclatent désormais au grand jour ?
Comment peut-on tolérer que de tels propos soient tenus publiquement? Comment ? https://t.co/4VMJPJh4dz
Anne Hidalgo a bien le droit de prendre un arrêté municipal pour limiter la vitesse sur le périphérique parisien. Mais, c’est l’État qui posera les radars et sanctionnera les dépassements de vitesse… De son côté, Valérie Pécresse demande à la Mairie de Paris de renoncer à sa décision, et affirme que le périphérique «n’est pas un axe parisien, mais un axe d’intérêt régional dont 80% des usagers n’habitent pas Paris». Commentaire.
Madame la Maire de Paris, Anne Hidalgo, est une femme qui sait faire preuve d’autorité. Elle vient de le montrer. À partir du 1er octobre, la vitesse autorisée sur le périphérique de la capitale sera de 50km/h au lieu de 70 aujourd’hui. Cela « relève de ma décision » a-t-elle jugé bon de préciser, histoire de bien faire comprendre que, en ces matières, le chef – pardon, la cheffe ! – c’est elle. Et elle seule, non mais !
Je vais vous dire, c’est beau l’autorité si crânement affirmée, si utilement mise en œuvre. 50 km/h et non 70. On frise l’audace révolutionnaire. On est au bord du coup de force autocratique. Pour un peu, on admirerait… Imaginons un instant que la même détermination soit mise en parole, en musique et surtout en actes pour, par exemple, endiguer la déferlante de drogue dans la capitale, la multiplication des squats, ou pour mener à bien l’éradication des (inhumains) campements de migrants qui, justement, me rapporte-t-on, se reforment à peine la flamme olympique soufflée. Et puis, il y a les obstinés de la cambriole qui trouvent ici, dirait-on, une sorte de terrain de jeu tout à fait épatant. Ça n’arrête pas. Soit ils sont en grand nombre et ceci expliquerait cela, soit ils ne sont pas aussi nombreux qu’on pourrait le penser et, dans ce cas, tant d’ardeur au turbin mériterait bien quelques éloges, voire une récompense, genre médaille de la Ville, puisque l’attribuer relève aussi de la décision de la dame sus-évoquée.
Non, rien de tout cela : on se contentera d’exercer une implacable fermeté sur la limitation de vitesse sur le périphérique. Monsieur Philippe nous avait déjà fait le coup de l’autorité sans faille, mais plutôt à la campagne, lui, avec son 80 à l’heure, condamnant de ce fait l’automobiliste à une somnolence dont on s’est bien gardé d’évaluer l’incidence accidentogène (comme on dit quand on se la joue technocrate). Rien de changé en fait, l’automobiliste demeure la cible privilégiée. Pour le 50 hidalgien comme pour le 80 philippien.
Pourquoi tant de vigueur et de rigueur à ce haut niveau de la pyramide politique pour, au fond, des sujets plutôt secondaires ? Tout simplement parce que, me semble-t-il, à l’image du boulevard parisien, leur pouvoir n’est plus que périphérique. Ils n’ont plus la main sur les grandes choses, les grandes affaires, les domaines de première importance, sur ce qui a une véritable et profonde influence sur la vie du pays et des gens. On pourrait penser que cela leur a échappé et leur échappe de plus en plus à mesure que le temps passe. On en arriverait presque à soupçonner que les choix, les décisions déterminantes pour aujourd’hui et demain se prennent ailleurs. Il ne leur resterait donc plus, oui, qu’un pouvoir périphérique, s’exerçant sur de petites choses pour des enjeux plutôt limités. À ce train-là, on peut tout craindre de leur prochaine crise d’autorité. Un permis piéton spécial franchissement des Grands Boulevards, peut-être ?
Le boss de Facebook Mark Zuckerberg a offert à sa femme une curieuse statue.
En permettant aux internautes de retrouver leurs anciens amis et de partager avec eux leurs photos souvenirs, le milliardaire Mark Zuckerberg a construit sa fortune. On ne sait pas vraiment s’il considère Facebook comme un nouvel empire, mais en 2018 « Zuck » a confié au New Yorker qu’il admirait l’empereur Auguste au point de donner ce prénom à l’une de ses enfants. Aussi, pour immortaliser son épouse, Priscilla Chan, il a bien sûr eu une idée plus grandiose qu’un vulgaire cliché photographique. Le 13 août, il s’est vanté sur Instagram d’avoir « renouvelé la tradition romaine des sculptures de femmes », en présentant au monde la statue la représentant qu’il venait d’offrir à sa chère et tendre.
Une œuvre des plus bizarres, en réalité. Mesurant plus de deux mètres de haut, comme si elle était destinée au Forum romain, l’œuvre, commandée à un certain Daniel Arsham, fait plutôt penser à la femme du personnage de dessin animé Shreck, ou à la performance de Philippe Katerine lors la cérémonie d’ouverture des JO. Beaucoup d’internautes l’ont qualifiée de « creepy », mot anglais qui veut dire à la fois « sinistre » et « pervers ». Le style de la statue n’est donc pas vraiment romain, et l’ensemble est d’un mauvais goût qu’on pourrait qualifier de « Silicon kitsch ». Où entreposer une statue aussi massive si nos nouveaux riches venaient à s’en lasser ? Étant donné le nombre de leurs propriétés, Priscilla aura l’embarras du choix. Elle pourra même la planquer dans l’abri atomique post-apocalyptique de 450 mètres carrés, autosuffisant en énergie et en nourriture, que son chéri vient de faire construire à Hawaï. Il faut bien qu’épouser le milliardaire le plus ennuyeux de la planète ait quelques avantages. Cependant, quand les Martiens découvriront la Terre après l’apocalypse, on peut douter qu’ils regarderont la statue avec le même enthousiasme que nous les vestiges de l’Empire romain.
En exclusivité, voici un exemple de courrier-type pour contester efficacement tout avis de contravention abusif dans la capitale, et même ailleurs en France. Résultat garanti… ou pas.
Madame, Monsieur l’officier du ministère public.
Je viens de recevoir une amende, que je trouve particulièrement amère.
Paris a beaucoup de charme, mais aussi quelques désagréments, surtout quand on ose encore rouler à quatre roues. Ce qui, au train où vont les choses, sera bientôt passible du Tribunal pénal international.
Il faut quasiment être un super héros de nos jours pour ne jamais être verbalisé dans la plus belle ville du monde. Un bref moment d’inattention et vous êtes flashé à 32 au lieu de 30 km/h, pendant qu’un cycliste vous double après avoir brûlé son 26e feu rouge de la journée (au moins a-t-il la délicatesse de ne pas vous tirer la langue au passage). Vous souhaitez simplement acheter une baguette, mais ne trouvez aucune place de stationnement disponible à trois kilomètres à la ronde, à moins d’opter pour une place de parking qui vous coûtera quatre fois le prix de votre miche de pain, sans compter le temps (pas le pain) perdu. Du coup, vous tentez le tout pour le tout en espérant que, sur un malentendu, ça peut marcher : vous vous rangez deux minutes en warning à un endroit qui ne gêne personne. Hélas, ça ne marche pas à tous les coups…
Bref, je paie toujours mes contraventions quand j’ai fauté, pour ne pas dire déchatté, en bon citoyen français, râleur mais docile. Je ne paierai en revanche pas, quoi qu’il en coûte comme dirait l’autre, celle que je viens de recevoir. Je vous la fais courte. Fin août dernier, je récupère chez le médecin ma vieille mère qui, du haut de ses 75 balais, ressemble de plus en plus à celle d’Anthony Perkins dans Psychose, mais que j’aime par-dessus tout. On n’a qu’une maman. Des médicaments lui ayant été prescrits par son rebouteux, je me dirige illico vers la pharmacie située place Daumesnil et me retrouve alors dans la même situation que le gars qui veut du pain. Zéro place dispo. Craignant que l’apothicaire ne me ferme la porte au nez vue l’heure tardive (19h58, comme mentionné sur l’avis de contravention), j’opte pour le plan B, celui avec le warning dans un endroit qui ne gêne personne, d’autant que la place Daumesnil est très large. Et avec maman sur le siège passager au cas où. L’opération visiblement illicite doit durer à tout casser 3-4 minutes. À mon retour, je tombe sur un policier municipal véhiculé qui a peut-être vu là une occasion rêvée d’arrondir ses fins de mois. Comme je suis un humaniste, un ami du genre humain, je ne suis pas plus inquiet que cela et me dis que ma brève explication-justification au gardien de la paix – et de la place – l’aura convaincu de ne pas m’infliger une contredanse pour si peu. Ma naïveté me perdra.
Il y a quelque chose d’orwellien, voire d’ubuesque, en tout cas qui ne tourne plus rond dans notre beau pays aujourd’hui. À l’heure où d’innombrables délinquants (voleurs, agresseurs, braqueurs, guetteurs, que sais-je enco(eu)re se voient intimer un simple rappel à la loi désormais plus subtilement nommé « avertissement pénal probatoire », sans débourser le moindre rond et sans autre forme de procès, comment accepter qu’un automobiliste, plutôt bien fait de sa personne qui plus est, doive s’acquitter de la pas très modeste somme de 135 euros pour s’être simplement garé guère plus de 240 secondes (j’ai pris ma calculette) en warning, sans entraver le moins du monde la circulation de quiconque. Je sais que les agents municipaux bénéficient de primes à la fin du mois, en fonction du nombre de verbalisations qu’ils ont perpétrées… pardon, signées. Cette pratique ne donne-elle pas lieu à certaines dérives ? Vous remercierez en tout cas de ma part l’agent verbalisateur 126…1, un sacré numéro celui-ci, dont l’empathie et la mansuétude semblent inversement proportionnelles à la promptitude dans l’exécution d’une prune.
Au-delà de la colère et du désarroi que j’ai pu ressentir dans un premier temps à la réception de cette amende décidément bien amère, je me suis permis de vous narrer ma mésaventure en ne lésinant ni sur l’esprit de dérision, ni sur cet humour que mon ado de fille, allez savoir pourquoi, trouve souvent si lourd. J’espère que vous ne m’en voudrez pas. Vous pouvez même vous estimer heureux : après vous avoir parlé de ma mère et de ma fille, je n’ai pas évoqué ma femme et le reste de ma famille. Comme le disait Alphonse (Allais, pas mon voisin) : ne nous prenons pas au sérieux, il n’y aura aucun survivant.
J’espère que mon argumentaire imparable vous incitera à faire preuve d’une certaine indulgence à mon égard, celle-là même dont votre collègue assermenté et numéroté paraît dénué. Sachant qu’en cas de réponse négative, et sans aucunement vouloir vous mettre la pression, je suis prêt à faire valoir mes droits jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme si nécessaire. Voire à me faire hara-kiri, question de principe.
Veuillez recevoir, Madame, Monsieur l’officier du ministère public, patati, patata…
Les révélations sur l’Abbé Pierre se poursuivent. Le regard libre d’Elisabeth Lévy.
Affaire Abbé Pierre. Peut-on juger un mort ? Désolée de vous décevoir, mais je préfère vous prévenir tout de suite : je n’ai pas de réponse claire à cette question. Je suis même embarrassée. D’abord, je précise que je n’ai aucune sympathie particulière pour l’Abbé Pierre depuis longtemps, un parce que je me méfie des communicants de la charité (que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche… etc), ensuite parce qu’il avait fermement défendu son ami négationniste Garaudy (et ça, il le revendiquait). Disons-le par euphémisme : l’abbé n’était pas un grand sympathisant des juifs. Bref, je n’ai jamais idolâtré l’Abbé Pierre. Par ailleurs, les témoignages que nous découvrons sur son comportement passé sont complétement accablants.
Révélations post-mortem
Il y a d’abord eu début juillet le rapport de l’entreprise de Caroline de Haas[1], avec sept femmes qui déclaraient avoir subi des agressions et des comportements inappropriés entre 1970 et 2005. Hier, la « cellule d’investigation » de Radio France apporte son nouveau lot de révélations sur une vingtaine de victimes[2] (il y est là notamment carrément question d’un viol pour une femme, et une autre affaire concerne une mineure). On apprend aussi qu’en mai 1955, un voyage de l’Abbé aux Etats-Unis et au Canada a été écourté dans des conditions assez rocambolesques pour cause de scandales sexuels. Il aurait plus tard été exfiltré dans une clinique psychiatrique en Suisse. Ses relations « ambigües » avec les femmes, comme disent ses anciens proches, étaient donc connues. Martin Hirsch, qui a lui-même dirigé la fondation Abbé Pierre, parlait d’un « secret d’Emmaüs ». Évidemment, ces nouvelles informations ont suscité une condamnation générale, et la course à l’échalote de la révélation reprend… Tout le monde veut faire valoir son témoignage. Quant à la Fondation Abbé Pierre-Emmaüs, elle décide de changer de nom. C’est compréhensible : c’est ce que ferait n’importe quelle marque prise dans ce type de tourmente.
Mais alors pourquoi sommes-nous un peu gênés ?
Premièrement, on a beau trouver ces histoires de l’Abbé tout à fait déplorables, comme toujours, observons que nous jugeons un homme d’hier et des comportements d’hier avec nos critères d’aujourd’hui. Dans les années 50, ces comportements n’étaient pas jugés de la même façon qu’aujourd’hui par la société. Hier, on voulait étouffer ces scandales, en particulier dans l’Église. Les langues se délient alors que la statue est déjà tombée.
Ensuite, nous mélangeons agressions sexuelles présumées (voire un cas de viol présumé) et des liaisons. L’abbé Pierre était une star ; il attirait certaines femmes, certaines lui couraient après. Concernant ces fameuses « liaisons », c’est sûrement une transgression de la loi divine, mais cela ne veut pas dire qu’il a forcément agressé toutes les femmes concernées. Devant la Justice, l’Abbé Pierre pourrait se défendre, et un juge lui demanderait de s’expliquer. Il pourrait expliquer comment il en est arrivé à ces comportements, donner sa version, parler de son enfance ou de ses pulsions, que sais-je. Mais dans un procès post-mortem, il n’y a pas de défense. Donc c’est un lynchage. Et tout le monde rivalise dans l’indignation sans risque, puisque plus on est sévère, plus on est vertueux.
Je t’écoute ≠ je te crois
Vous me direz qu’on porte aussi des jugements sur Napoléon ou Attila. Le temps a fait son œuvre. Peut-être, mais Henri Grouès, en revanche, n’est pas tout à fait un personnage historique encore. Il faut donc écouter les victimes présumées, mais aussi avoir le courage de leur dire la vérité : elles n’obtiendront jamais justice. On ne condamne pas un mort. Cette affaire doit également nous faire réfléchir. Cet homme était une icône, il figurait parmi les personnalités préférées des Français pendant des années. Cela devrait au moins nous inciter à être plus regardants sur les vendeurs de bons sentiments dont nous faisons des idoles. On peut être un symbole humanitaire et un sale type.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy, la directrice de Causeur, dans la matinale animée par Jean-Jacques Bourdin.
Le PS, tiraillé entre la social-démocratie et les sirènes révolutionnaires, cultive un complexe moral et intellectuel vis-à-vis de LFI. Le parti de Jean-Luc Mélenchon est devenu le moteur d’une famille politique déchirée, tout juste capable de s’entendre quand ses intérêts électoraux convergent.
Quel lien y a-t-il entre un Jean-Luc Mélenchon hégémonique qui, au soir du deuxième tour des législatives, a martelé sur un ton rageur « le Nouveau Front populaire appliquera son programme, rien que son programme, mais tout son programme » et un Raphaël Glucksmann, qui veut rompre avec LFI et souhaite, dans son interview au Point, « tourner la page Macron et Mélenchon » ? Qu’est-ce qui les rassemble par-delà cette improbable tambouille électorale qui a permis un résultat que seul un scrutin à la proportionnelle intégrale aurait enrayé ?
Quand le Nouveau Front populaire se mettait d’accord pour soutenir Mme Castets
Le choix du NFP de Lucie Castets pour Matignon en dit long sur le climat de folie qui s’est emparé de toute la classe politique, de l’impasse dans laquelle elle se trouve. Cette parfaite inconnue, énarque non élue de la Ville de Paris, est devenue l’improbable point de convergence d’une gauche réunie, mais incapable de désigner l’un de ses leaders. Parce que tous lorgnent sur 2027. Et peu importe si ces temps agités exigent plus que jamais un Premier ministre populaire, prompt à rassurer, capable d’affronter la tempête dans l’Hémicycle.
Le cartel électoral du Nouveau Front populaire, qui a permis à ses composantes (LFI, PS, PCF, Écologistes) de sauver un grand nombre de fauteuils de députés lors des dernières élections législatives et de briguer le poste de Premier ministre, nous a offert, depuis, le spectacle déplorable de ses profondes divisions. La photo de ses leaders se rendant tous ensemble à l’Élysée, après des semaines de manigances et d’invectives publiques, pendant la « parenthèse magique » des JO, n’est pas sans rappeler l’image ironique des protagonistes du film de Luis Buñuel, Le Charme discret de la bourgeoisie, marchant côte à côte sur une route isolée, unis malgré eux par-delà leurs déchirements et leurs frasques.
Il est loin, le temps où François Mitterrand régnait sur le pays durant deux septennats, moyennant tout de même deux cohabitations. La dénonciation, dans Le Coup d’État permanent (Plon), d’une dérive toute-puissante de la pratique du pouvoir, celle à ses yeux du général de Gaulle, remonte déjà à soixante ans ! Le leader socialiste la jugeait trop éloignée du président-arbitre voulu, selon lui, par l’esprit de la Constitution de 1958. Il faut se remettre en mémoire que François Mitterrand a réussi à se faire élire en 1981 à la faveur d’un programme commun, avec pour principal allié le tout-puissant Parti communiste français. Le PCF, alors mené d’une main de fer soviétique par l’hypermédiatique Georges Marchais, pesait encore plus de 4 millions de voix. Nous étions alors en pleine guerre froide, dans un monde hermétiquement séparé par un rideau de fer. Le 10 mai, 51,75 % des électeurs disaient oui aux 110 propositions du candidat de l’union de la gauche, soit à la louche un électeur sur deux, ce qui portait en soi le germe de futures alternances. François Mitterrand a réussi à faire voter l’abolition de la peine de mort, avancée sociétale majeure, une loi de nationalisation de grandes entreprises dans des secteurs stratégiques comme la sidérurgie, l’armement, l’espace, la finance, ou encore un programme ambitieux de réindustrialisation, abandonné deux années plus tard, rattrapé par la réalité économique et la crise. Le rêve commun des socialistes, communistes et radicaux de gauche sombra dans le tournant de la rigueur.
La France connaissait donc déjà, il y a quarante ans, une vie politique chavirée, parfois chaotique, valsant d’un bord à l’autre, marquée par une présidentialisation excessive. C’est le passage à l’élection au suffrage universel direct du président de la République, validé par le référendum de 1962, qui a tout changé. Les pouvoirs, de fait, ont été concentrés à l’Élysée. Aucun président n’a résisté à cette « hyperprésidentialisation », pas même ceux qui l’ont critiquée, de François Mitterrand à François Hollande. Ce qui est reproché à Emmanuel Macron, mais aussi à Nicolas Sarkozy avant lui, n’est que la continuation d’une dérive constatée chez tous leurs prédécesseurs, y compris le fondateur de Ve République.
Il est indéniable que la gauche a porté un certain nombre de transformations importantes au cours de ses différentes périodes au pouvoir. La réduction du temps de travail, proposition numéro 23 en 1981, mesure clivante dans l’opinion, évidemment soutenue par ceux qui en bénéficient, s’est faite en deux étapes : d’abord, en 1982, le passage à 39 heures ; puis, vingt années plus tard, l’instauration complète des 35 heures par Martine Aubry, ministre de l’Emploi et de la Solidarité du gouvernement de Lionel Jospin, Premier ministre d’un quinquennat de cohabitation imposé au président Jacques Chirac à la suite de sa dissolution ratée de 1997. La gauche pouvait alors gouverner grâce à sa nette victoire et une majorité de 319 députés à l’Assemblée nationale, dont 250 socialistes et apparentés. Le seul PS comptait alors bien plus de députés que chacun des trois grands blocs qui constituent l’actuel Hémicycle. À titre de comparaison, le NFP qui a revendiqué la victoire en cette année 2024 plafonne à 193 élus, dont 72 seulement estampillés La France insoumise.
Les législatives, pas de vainqueurs, que des vaincus
Nous en arrivons au grand enseignement de ce scrutin-surprise de « clarification » voulu par le président Emmanuel Macron, à l’aune de ce que nous avons connu il y a un quart de siècle : il n’y a pas de vainqueur, que des vaincus. Le NFP, bricolage de deuxième tour censé briser une irrépressible vague Rassemblement national, a certes gagné le plus grand nombre d’élus – mais avec un peu moins de 10 millions de voix au premier tour contre plus de 10,5 millions pour le seul RN, grand perdant du scrutin. Le parti présidentiel Ensemble pour la République, arrivé deuxième, n’a pas réussi à retrouver de majorité absolue, expression évidente d’une sanction sévère de la politique du chef de l’État. Et la droite républicaine, issue de la grande famille gaulliste, réduite au rôle d’éventuel supplétif avec une quarantaine de sièges seulement, a activé le mode survie.
Mais comment donc le NFP peut-il alors revendiquer cette victoire par défaut, qui ne résiste pas une seconde à la réalité des chiffres, « succès » fondé sur des calculs d’appareils et des retraits tactiques circonscription par circonscription ? Les électeurs sont en droit de se sentir massivement lassés, floués ou encore en colère, c’est selon, face à une classe politique boutiquière et au spectacle qu’elle donne dans les médias. Ils ont donc pu, une fois de plus, pointer un système en décalage, qui n’avance plus, et un mode de scrutin qui ne traduit plus exactement l’état de l’opinion publique.
La vraie question posée aujourd’hui, au regard de ce qui a été accompli par le passé, est non pas de se demander si la gauche, déjà largement défaite aux élections européennes qui ont précédé, s’y étant présentée en ordre dispersé, a gagné ces législatives, mais si elle a encore aujourd’hui… des idées.
Le programme mis sur la table, largement d’inspiration insoumise, propose le SMIC à 1 600 euros net, 14 tranches d’impôt sur le revenu, le rétablissement de l’ISF, la suppression de la « flat tax », l’abrogation de la réforme des retraites, de celle de l’assurance-chômage, l’abrogation de la loi immigration accompagnée de régularisations massives… De quoi braquer le Parlement ! En toile de fond se profile la bataille du budget, premier crash-test du nouveau gouvernement post-législatives. Gabriel Attal, Premier ministre sortant, dans ses lettres plafonds envoyées dans les ministères, avait maintenu un niveau de dépenses de l’État identique à celui prévu pour 2024. Là où le NFP veut engager une hausse importante des dépenses publiques, qu’il entend compenser par des hausses d’impôts pour les « ultra-riches », les entreprises, les successions, les transactions financières… Comment revendiquer un tel programme validé par 28 % seulement des électeurs ? Quel serait le niveau d’acceptabilité sociale d’un projet accepté par moins d’un Français sur trois ? Que devient le fait majoritaire, élément constitutif de notre vie démocratique au détour d’un scrutin incompris et sans résultat réel, avec une France insoumise qui menace le président de destitution et rejette toute idée de gouvernement d’union nationale et de grande coalition, y compris avec les partis qui ont participé au « front républicain » contre le RN ?
Et puis il y a eu LA ligne de fracture majeure, qui aurait dû rendre impossible tout accord NFP aux législatives : LFI qui, en grande partie, a refusé de qualifier de terroriste l’attaque du 7 octobre perpétrée par le Hamas contre Israël, préférant parler d’acte de résistance pour ce qui aura été l’élément déclenchant de l’inéluctable et terrible guerre menée en réponse par Tsahal à Gaza, avec les ravages que l’on sait au sein de la population civile palestinienne. Les prises de position antisionistes et pro-Hamas répétées de Rima Hassan, élue députée européenne insoumise, ont semé le trouble à gauche. Le sujet a été largement invisibilisé le temps d’une campagne, parce que certains élus ne voulaient pas perdre leur siège. Et tant pis s’ils y ont laissé un morceau de leur âme, toute honte bue. La gauche raisonnable doit également prendre ses distances avec cette vague wokiste insistante, qui a notamment abdiqué devant un frérisme musulman conquérant, désireux d’imposer en France un voile qui va à l’encontre du combat des femmes pour une liberté si chèrement acquise. Sans parler des grands élus des communautés urbaines qui ne supportent plus ce fatras idéologique pesant, mais ne peuvent plus se passer des voix insoumises, dans la perspective des prochaines municipales.
La difficulté pour la gauche dite « de gouvernement », Parti socialiste en tête, est qu’elle subit le diktat d’une France insoumise qui aura su imposer sa vraie dynamique de rupture, sa capacité à produire des idées épousant le contexte de polarisation extrême du débat public.
On en arrive au mal dont souffre le PS, ce complexe intellectuel et moral vis-à-vis de LFI évoqué plus haut. Intellectuel, face à des Insoumis qui mènent le débat haut et fort, multipliant les propositions-chocs et versant régulièrement dans une radicalité théorisée par un Jean-Luc Mélenchon désireux de renverser la table, soufflant sur les braises de la colère populaire, appliquant le coup d’éclat permanent pour attirer la lumière à lui. Le PS, divisé, apathique, en est réduit à jouer la force modératrice, celle d’à côté, fermant les yeux sur les outrances, de peur d’être balayé sur le terrain électoral. Complexe moral ensuite, avec le sentiment d’avoir trahi entre 2012 et 2017 : fermeture des hauts fourneaux d’ArcelorMittal Florange, loi travail, déchéance de nationalité… le quinquennat Hollande a donné Macron, une forme d’hybridation entre la social-démocratie de François Mitterrand et le modernisme libéral de Valéry Giscard d’Estaing, dilemme mortifère.
La gauche unie telle que nous l’avons connue en 1981 et ses avatars n’existent plus. Ils ne reviendront pas. Le Parti socialiste, s’il veut renaître de ses cendres, doit se mettre au travail, renoncer à son logiciel des années 1990, tourner le dos aux compromissions, ne plus redouter les défaites. La social-démocratie, si elle veut survivre, peut s’inspirer de l’exemple étranger, la manière dont le Parti démocrate américain sait se réinventer au travers de la candidature de Kamala Harris. Il en va de la gauche comme de la politique dans son ensemble : qu’elle continue à regarder son nombril sans savoir « parler aux gens » et l’élection de 2027 sera pliée. Front républicain ou pas. La digue cédera.
Pendant que Jordan Bardella indique que le RN met Michel Barnier « sous surveillance », la gauche fait preuve à son égard d’un dogmatisme et d’un sectarisme sans nuance.
Même si ce n’est pas une cohabitation stricto sensu, cela doit y ressembler ! Je comprends bien le souci du Premier ministre de montrer qu’il est ouvert, à l’écoute, qu’il n’a pas l’intention de ne nommer que des ministres de droite et qu’il veut ménager le président de la République. Mais ce dernier a perdu, à la suite de ses échecs, beaucoup de son pouvoir même si sa légitimité reste entière et ce n’est pas cette ridicule procédure en destitution qui démontrera le contraire !
Droite délicate
S’il a fallu du temps à la droite républicaine pour empêcher Emmanuel Macron de mener le je et le jeu, je ne voudrais pas que, par délicatesse, et malgré l’impudence démocratique du RN qui prétend le placer « sous surveillance », le Premier ministre oubliât que le peuple attend beaucoup de lui. Les citoyens n’ont pas à rentrer dans les jeux d’appareils, les combinaisons parlementaires et les mille difficultés que Michel Barnier va devoir affronter. Dans des domaines cruciaux qu’il a d’ailleurs lui-même mis en évidence – sécurité, justice, immigration, pouvoir d’achat notamment -, notre pays ne peut se permettre d’atermoyer. Rien ne serait pire que d’avoir la déprimante certitude que la chance inouïe donnée à la droite républicaine ne va servir à rien. Et que le courage politique demeurera aussi rare sous Michel Barnier qu’avec certains de ses prédécesseurs.
Ce n’est pas de la gauche ni de l’extrême gauche que le Premier ministre aura à espérer, sinon le moindre soutien, du moins une compréhension minimale compte tenu de l’état de la France. Olivier Faure et Marine Tondelier n’ont déçu que ceux qui s’illusionnaient sur eux et le député François Hollande, engoncé dans une discipline de parti, reste pour l’instant dans le moule[1]. Il ne tentera rien pour une rénovation de la pensée et de la pratique socialistes. Pour ceux qui s’imaginaient que l’opposition politique du Nouveau Front populaire pourrait s’imprégner d’une sorte de correction républicaine souhaitant bonne chance au nouveau Premier ministre, par sollicitude à l’égard du pays, quelle déception ! L’accueil qui lui a été réservé, d’un dogmatisme et d’un sectarisme sans nuance, a au contraire révélé le manque tragique de femmes ou d’hommes d’État dans le camp de cet extrémisme, pourtant moins fustigé que celui d’en face… Michel Barnier mènera son action de redressement et de vérité en n’étant pas tétanisé, je l’espère, par ceux qui au RN ou dans le macronisme, n’ont pour seule envie que l’alternance d’un pouce levé ou baissé, ou la menace intermittente d’une épée de Damoclès. Si ces partis s’adonnent à cette comédie, ils seront responsables et coupables de non-assistance à pays en danger. Jouer sur les maux sera une honte. Que le Premier ministre soit attentif au fait que, pour que tout change, il sera impérieux de tout changer !
[1] François Hollande a confirmé au micro de France inter qu’il voterait une éventuelle motion de censure contre le gouvernement de Michel Barnier avec cet argument : « Quand un gouvernement va être de droite, sur une politique de droite, soutenu par l’extrême droite, comment voulez-vous que des hommes et des femmes de gauche y participent ? » NDLR
Les LR se sont ralliés au conseil de Nicolas Sarkozy, favorable à la cohabitation avec Emmanuel Macron. Mais, ils se fourvoieraient s’ils devaient devenir la bouée de sauvetage d’un président dont les Français ne veulent plus.
Et le vainqueur est… l’indésirable RN. Le monde politique finissant voulait écarter ce parti trop populaire, en abusant de petits arrangements entre amis. Mais les réalités électorales sont têtues : elles viennent de le consacrer dans son rôle le plus confortable : celui d’arbitre suprême. Le RN n’aura pas même à se colleter avec la situation budgétaire calamiteuse créée par Emmanuel Macron, sinon pour abaisser le pouce quand il lui plaira. La nomination de Michel Barnier comme Premier ministre, jeudi, n’a été rendue possible qu’après l’agrément du premier parti de France et l’échec de la tentative de putsch du Nouveau Front populaire. Cette dernière formation – assemblage brinquebalant de mélenchonistes, communistes, socialistes, écologistes – se disait partout victorieuse des législatives en dépit des 3 millions de voix qui la séparent du RN. Samedi, à Paris, cette extrême gauche tonitruante n’a rassemblé que 26 000 manifestants pour protester contre la « trahison démocratique » représentée par la désignation de Barnier. Certes, ce dernier est assurément le produit d’une crise démocratique : son parti, les LR, n’aligne que 47 députés et n’avait pas atteint 5% lors de la dernière présidentielle. C’est un couple d’éclopés qui s’est formé in extremis entre Macron et Barnier, dont le nom était en réserve depuis juillet au moins. Mais cette nomination, fragile dans sa durée, amène à tirer deux premiers constats de décès : celui du macronisme, et celui du front républicain. En effet, c’est en rupture avec le « nouveau monde » promu par Macron que Barnier s’est inscrit dès ses premiers mots, jeudi face à l’impétueux Gabriel Attal. Quant au cordon sanitaire, il s’est vite retourné contre LFI, son principal promoteur, aujourd’hui considéré comme « dangereux pour la démocratie » par 69% des sondés, soit une hausse de 12 points (Le Monde, 30 août).
Dans la cohabitation qui se dessine, il est un tabou qui pourrait aussi sauter : celui de l’impossible rapprochement entre Les Républicains de Laurent Wauquiez et le RN de Marine Le Pen. Si Barnier veut s’inscrire dans le temps et différer ainsi la possible démission du chef de l’Etat (relire mon billet du 4 septembre), il doit non seulement tourner la page du macronisme, mais mener une politique en adéquation avec les attentes de la vraie droite, dont 80% des électeurs ont rejoint le RN. Les LR ont accepté in fine, en avalisant la nomination de Barnier, de revoir leur doctrine qui refusait toute collaboration avec Macron. Ils se sont ralliés au conseil de Nicolas Sarkozy, favorable à une participation gouvernementale. Mais les LR se fourvoieraient s’ils devaient devenir la bouée de sauvetage d’un président dont les Français ne veulent plus.
S’ils veulent continuer d’exister, les LR vont être contraints de se rapprocher du RN, afin de mener une politique qui lui soit acceptable et le dissuade d’utiliser la censure comme un couperet. Les sujets liés à l’immigration, à l’insécurité, au poids bureaucratique, à l’endettement, à la proportionnelle sont autant de thèmes qui peuvent devenir des terrains d’entente entre les droites et préparer leurs dirigeants, prisonniers de leurs dogmes, à s’unir contre un système en faillite.
Barnier, homme prudent, aura-t-il l’audace d’affronter le politiquement correct macronien, ses médias et leurs grands clercs ? Samedi, il a consacré son premier déplacement à une visite de l’hôpital Necker, à Paris. L’occasion pour lui de placer la santé parmi ses priorités. Ce terrain est assurément consensuel. Mais c’est la France, malade de sa classe politique démissionnaire, qu’il s’agit de soigner.
Évoquant ce qu’il est convenu désormais d’appeler « l’affaire Abbé Pierre », Élisabeth Lévy a mille fois raison lorsqu’elle écrit : « On ne condamne pas un mort »[1]. Hélas, il n’est guère davantage concevable de juger et condamner le silence devant une quelconque instance judiciaire. Le silence de la hiérarchie. Celle de l’Église de Rome en l’occurrence, l’entre soi des Très Hauts. Car on sait désormais que ces Très Hauts étaient au courant. Cela au moins depuis le séjour américain brusquement interrompu pour cause de « comportement inapproprié » et plus encore depuis la décision d’envoyer l’intéressé se soumettre à des soins dans un établissement suisse ad hoc.
D’autres institutions ou corporations, face à des transgressions comparables, les ont, elles aussi, hypocritement enfouies sous la chape du silence. Les mondes de l’école, de la politique, du cinéma, des médias, du sport, etc. Certes, mais aucune de ces communautés ne prétend devoir sa légitimité au culte de la vertu, au respect d’une exigence morale dont elles se voudraient être à la fois l’incarnation et la voix. L’Église si. De plus, concernant cette dernière, recourir à l’argument historique selon quoi on ne portait pas hier sur ces choses le même regard qu’aujourd’hui ne tient guère. Depuis ses tout premiers temps, l’Église s’est posée en contemptrice intransigeante du « fameux commerce charnel » et de ses dérives. Dans le même mouvement, elle en désignait la responsable principale, la femme.
La femme coupable de mille maux qui, énoncent doctement les dominicains Institoris et Srenger dans le Malleus Maleficarum – (Le Marteau des Sorcières – 1486) – « proviennent de la passion charnelle qui en elle est insatiable. » On pourrait multiplier à l’infini ce genre de références textuelles. Ce n’est donc pas le vent de l’époque ou l’air du temps qui serait venu, récemment, sensibiliser l’institution à ces sujets.
Dès les années cinquante, en très haut lieu on savait donc pour l’abbé Pierre. De même qu’on savait au sujet d’une autre affaire, plus saisissante encore, celle dont les tristes héros sont les frères Philippe, tous deux dominicains, et qui, bien que démasqués – et plus ou moins condamnés – dès ces mêmes années, ont pu persister jusqu’à une période récente dans leurs entreprises de domination sexuelle. Il faudrait aussi évoquer le silence fait autour de la multiplicité d’actes de pédocriminalité, longtemps étouffés là encore sous une omerta au sommet érigée, pourrait-on dire, en système.
Quel gâchis que ce silence des Très Hauts ! Imaginons combien ils se seraient grandis, et l’institution avec eux, si, brandissant crânement l’étendard qui devrait être le leur, l’étendard de la vertu, ils avaient – eux les premiers ! – encouragé, prêché, organisé, imposé la libération de la parole des victimes ! Autrement dit, s’ils avaient pleinement exercé leur magistère d’autorité morale. Tout simplement.
L’affaire de l’Abbé Pierre repose une énième fois la difficile question du célibat des prêtres.
Adulé puis conspué ! Adoré puis vilipendé, sinon répudié ! C’est là le cruel destin que vit aujourd’hui, après qu’il ait été porté aux nues par les Français, le nom de l’abbé Pierre, désormais voué aux gémonies.
Son délit, à en croire – et personne ne met certes en doute ici leur parole ni la véracité de leurs témoignages – de nombreuses femmes ? Agressions sexuelles, après avoir en outre profité de l’abusive emprise, tant morale que religieuse, qu’il exerçait, impunément en cette époque révolue, sur elles !
Certes, ce genre de pratiques, honteuses à plus d’un titre, s’avère-t-il hautement répréhensible et même, plus simplement encore, condamnable. Personne, ici, ne le nie, ni n’a même la moindre volonté de le minimiser ou de le relativiser en disculpant, a priori, ce célèbre prélat qui, au contraire, aurait normalement dû être, de surcroît, un incontestable modèle pour ses ouailles. Dont acte !
Maîtres censeurs plus que maîtres penseurs
Mais enfin, tout ceci étant dit et admis sans la moindre ambiguïté, devra-t-on, pour autant, rayer de nos mémoires, de nos rues comme de nos collèges, de notre histoire nationale comme de nos places publiques, le nom de celui qui, par-delà même son inacceptable comportement à l’égard de ces femmes, fut aussi, n’en déplaise à ses nouveaux détracteurs et autres maîtres censeurs, bien plus que maîtres penseurs, de tous bords, un Résistant de la première heure, durant la Seconde Guerre mondiale, contre le nazisme, avant de devenir ensuite, auréolé par sa fonction de prêtre, l’un des grands bienfaiteurs auprès des plus malheureux, faibles, pauvres et démunis au sein de la société civile ?
Certes, l’ingratitude, plus encore que ce lâche et confortable oubli de circonstance, s’avère-t-elle souvent – trop souvent, hélas – la paradoxale récompense que les hypocrites de tous poils ont la fâcheuse habitude d’attribuer sans scrupules à ceux pour qui faire le « bien », au sens moral du terme, leur tenait pourtant, au cours de leur humble parcours existentiel, d’inaliénable viatique, sinon d’impératif catégorique. Le Christ lui-même – et c’est un esprit laïc et agnostique tout à la fois qui parle ici – en sait quelque chose, lui qui, après avoir dispensé gracieusement ses bienfaits et autres bénédictions, fut finalement cloué sur la croix plus encore, à l’instar précisément de l’abbé Pierre aujourd’hui, qu’au pilori !
Double postulation simultanée : contre tout manichéisme réducteur, ou l’insondable complexité de l’âme humaine
Davantage : c’est à un étrange manichéisme, où toute nuance conceptuelle s’avère effacée de la simple raison, auquel se livre ainsi ces jours-ci, par cette quasi unanime condamnation de l’abbé Pierre, une certaine vindicte populaire, trop souvent prompte à brûler sans ménagement, et sans autres formes de procès que ses propres et seules certitudes, ses idoles du passé. Ces procureurs soudain improvisés auraient-ils donc oublié aussi, parallèlement à l’outrancière simplification de leur faculté de juger, combien le tréfonds de l’âme humaine peut parfois se révéler également – et c’est là l’un des incompressibles éléments de sa richesse intellectuelle – d’une insondable complexité ?
C’est d’ailleurs là ce qu’écrit, pour qui sait lire entre les lignes et surtout en profondeur, l’un des poètes les plus insignes de notre littérature moderne, Charles Baudelaire, pourtant impie parmi les impies nonobstant sa foncière éducation chrétienne et même catholique, dans Mon cœur mis à nu (1863), l’un de ses deux « journaux intimes » (avec Fusées). De fait, y énonce-t-il à juste titre dans le paragraphe XI, intitulé, très emblématiquement, « Double postulation simultanée » : « Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. L’invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade ; celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre. »
Oui : à méditer, cette ultime vérité, tant philosophique que psychologique, au regard de celui, l’abbé Pierre donc, qui fut effectivement, jusqu’à ce que les récentes foudres de cette sorte de nouvelle police des mœurs ne s’abattent aussi violemment sur lui, ce « prêtre selon son cœur », comme le spécifia encore naguère le grand Baudelaire pour définir le poète, de la majorité des Français !
Un lynchage médiatique assorti de wokisme idéologique
Du reste, on reliera également, en guise de complément à cette édifiante lecture, l’admirable roman, centré sur la soumission à la tentation de la chair, de Georges Bernanos, Sous le soleil de Satan (1926), magnifiquement adapté, au cinéma par Maurice Pialat en 1987 et dont le rôle principal fut par ailleurs interprété, de manière non moins magistrale, par – autre récente victime de semblable lynchage mâtiné d’un très idéologique et même sectaire wokisme (l’abominable cancel culture, assortie de ses absurdes « déconstructions » de certains de nos mythes les plus ancrés) – un certain Gérard Depardieu…
Paix donc, malgré cette chasse aux sorcières qu’orchestre de plus en plus ouvertement le dictatoriale bien-pensance de notre pseudo-modernité, à son âme, puisque, mort et enterré depuis dix-sept ans maintenant, il n’a même plus le droit de s’expliquer ni, le cas échéant, de se défendre ou même de s’excuser ! Oui : il est aujourd’hui de prétendus tribunaux populaires ou médiatiques, mal nommés « moraux » ou « civils », qui ont les rances et même nauséabonds relents, d’ancienne et sinistre mémoire, d’inquisition moyenâgeuse sous le fallacieux prétexte de progressisme civilisationnel. Quant à l’authentique pardon, vertu pourtant intrinsèque à la charité chrétienne, ces apparentes bonnes âmes n’en connaissent manifestement pas la transcendantale (à défaut de céleste ou divine) signification, ni le véritable prix. Il faut, pour cela, plus de noblesse d’esprit, de profonde humanité, du sens de la compassion et de générosité d’âme !
Le célibat des prêtres, contraire à la nature humaine ?
Enfin, last but not least, peut-être l’Église catholique elle-même, qui n’est certes pas exempte de responsabilité dans ce genre de dérives sexuelles dont s’est rendu coupable l’abbé Pierre, devrait-elle enfin reconsidérer, sinon carrément annuler sur le plan doctrinal, l’obligatoire et aberrant célibat des prêtres, en tous points contraire aux exigences et pulsions les plus irréductibles de la nature humaine !
Le fondateur du site « Islam & Info », Elias d’Imzalène, déjà visé par une fiche S depuis 2021, a été filmé appelant à « mener l’intifada à Paris » afin de « libérer Jérusalem » lors d’une manifestation propalestinienne, ce dimanche. Selon Europe 1, il a ses entrées chez LFI et à Bruxelles. Quand il ne détourne pas la cause palestinienne, il passe le plus clair de son temps à lutter pour le voile ou contre l »islamophobie » en France.
Dimanche 8 septembre, place de la Nation, à Paris. Lors d’une manifestation propalestinienne intitulée « 11 mois de génocide… stop !», organisée par le collectif « Urgence Palestine », l’un des intervenants s’est fait remarquer à la suite de propos incitant les Parisiens à mener l’« intifada » dans la capitale(voir notre vidéo, en fin d’article).
Incendiaire
Il s’agit d’Elias d’Imzalène, fondateur du site « Islam et Info ». Ce militant islamiste apparait comme l’un des leaders du mouvement Urgence Palestine. Il est également cité dans une note des renseignements ayant motivé la fermeture de la mosquée de Torcy en 2017. Cette mosquée était considérée comme un foyer extrémiste, enseignant le combat contre « les mécréants » et encourageant le djihad.
L’islamiste fiché S, Elias d’Imzalène, qui a appelé à l’intifada dans Paris, a défilé juste derrière deux députés LFI, M. Portes et Mme Hassan. Et c’est pas la première fois, qu’il se retrouve aux cotés de députés #LFI. https://t.co/jWEavmawbfpic.twitter.com/ubiTXVXzgP
Elias Imzalène a donc appelé les manifestants à mener une intifada à Paris. « Est-ce qu’on est prêts à mener l’intifada dans Paris ? Dans nos banlieues ? Dans nos quartiers ? » a-t-il demandé lors de son discours, devant une foule en liesse qui acquiesçait en chœur. « La voie de la libération… démarre de Paris » a-t-il hurlé, avant d’annoncer que « bientôt, Jérusalem sera libérée et nous pourrons prier au masjid al-Aqsa (la mosquée al-Aqsa, à Jérusalem) ». Et de poursuivre : « Le génocide a des complices. Ils s’appellent Biden, ils s’appellent Macron, Macron le voleur d’élections, n’est-ce pas ? On les connaît les voleurs, qui habitent à l’Élysée et à Matignon. On les connaît. Et est-ce qu’on est prêts à les virer, eux aussi ? », a-t-il demandé aux manifestants.
Ressentiment post-colonial
De nombreux enfants de l’immigration du Maghreb et d’Afrique subsaharienne ont été élevés dans leur famille et ailleurs, y compris dans certaines mosquées, dans le ressentiment post-colonial. Souvent inconscients de ce qu’ils portent en eux, ils traduisent un esprit de revanche, aggravé et renforcé par la violence qu’ils voient dans le cercle familial et dans le quartier. Les parents ont entendu depuis plusieurs dizaines d’années la litanie d’une France raciste et excluante et qui, de plus, a colonisé le pays d’origine. Ils se voient victimes de discriminations de la part de ce peuple qui a colonisé leurs grands-parents. La guerre d’Algérie et la lutte des indépendances ne sont pas terminées. Le combat pour la Palestine sert de prétexte et de support à ces ressentiments.
Plus encore, il se passe dans notre pays, toutes proportions gardées, à peu près ce qui a lieu au Proche-Orient. Israël également est considérée par la jeunesse des pays arabes comme une puissance colonisatrice qui a volé une terre qui ne lui appartient pas. Cet apartheid qu’on impute à Israël, c’est celui que ressent cette jeunesse de nos quartiers en France-même. Ici comme là-bas, c’est le même ressentiment, la même plainte, la même envie à l’égard de ceux qui ont tout et qui les privent de tout. Là-bas comme ici, la réalité est ignorée au profit d’une propagande victimaire et revancharde. « La police qui tue », c’est l’équivalent de Tsahal dans les territoires « occupés », comme le sont pour beaucoup de ces jeunes leurs quartiers également occupés par les institutions d’un État illégitime. Comment ne pas voir cette ressemblance inquiétante dans les motivations de ces jeunes qui n’hésitent pas à affronter les forces de l’ordre d’un pays qu’ils ne veulent pas respecter, dans beaucoup des vingt-quatre mille refus d’obtempérer par an ? Comment ne pas voir dans ce terrorisme qui a frappé au Bataclan, à Nice et ailleurs, dans ces attaques au couteau qui se multiplient, dans ces agressions pour un regard, une cigarette refusée, une expression de cette haine et de cet esprit de revanche qui ont longtemps couvé et qui éclatent désormais au grand jour ?
Comment peut-on tolérer que de tels propos soient tenus publiquement? Comment ? https://t.co/4VMJPJh4dz
Anne Hidalgo a bien le droit de prendre un arrêté municipal pour limiter la vitesse sur le périphérique parisien. Mais, c’est l’État qui posera les radars et sanctionnera les dépassements de vitesse… De son côté, Valérie Pécresse demande à la Mairie de Paris de renoncer à sa décision, et affirme que le périphérique «n’est pas un axe parisien, mais un axe d’intérêt régional dont 80% des usagers n’habitent pas Paris». Commentaire.
Madame la Maire de Paris, Anne Hidalgo, est une femme qui sait faire preuve d’autorité. Elle vient de le montrer. À partir du 1er octobre, la vitesse autorisée sur le périphérique de la capitale sera de 50km/h au lieu de 70 aujourd’hui. Cela « relève de ma décision » a-t-elle jugé bon de préciser, histoire de bien faire comprendre que, en ces matières, le chef – pardon, la cheffe ! – c’est elle. Et elle seule, non mais !
Je vais vous dire, c’est beau l’autorité si crânement affirmée, si utilement mise en œuvre. 50 km/h et non 70. On frise l’audace révolutionnaire. On est au bord du coup de force autocratique. Pour un peu, on admirerait… Imaginons un instant que la même détermination soit mise en parole, en musique et surtout en actes pour, par exemple, endiguer la déferlante de drogue dans la capitale, la multiplication des squats, ou pour mener à bien l’éradication des (inhumains) campements de migrants qui, justement, me rapporte-t-on, se reforment à peine la flamme olympique soufflée. Et puis, il y a les obstinés de la cambriole qui trouvent ici, dirait-on, une sorte de terrain de jeu tout à fait épatant. Ça n’arrête pas. Soit ils sont en grand nombre et ceci expliquerait cela, soit ils ne sont pas aussi nombreux qu’on pourrait le penser et, dans ce cas, tant d’ardeur au turbin mériterait bien quelques éloges, voire une récompense, genre médaille de la Ville, puisque l’attribuer relève aussi de la décision de la dame sus-évoquée.
Non, rien de tout cela : on se contentera d’exercer une implacable fermeté sur la limitation de vitesse sur le périphérique. Monsieur Philippe nous avait déjà fait le coup de l’autorité sans faille, mais plutôt à la campagne, lui, avec son 80 à l’heure, condamnant de ce fait l’automobiliste à une somnolence dont on s’est bien gardé d’évaluer l’incidence accidentogène (comme on dit quand on se la joue technocrate). Rien de changé en fait, l’automobiliste demeure la cible privilégiée. Pour le 50 hidalgien comme pour le 80 philippien.
Pourquoi tant de vigueur et de rigueur à ce haut niveau de la pyramide politique pour, au fond, des sujets plutôt secondaires ? Tout simplement parce que, me semble-t-il, à l’image du boulevard parisien, leur pouvoir n’est plus que périphérique. Ils n’ont plus la main sur les grandes choses, les grandes affaires, les domaines de première importance, sur ce qui a une véritable et profonde influence sur la vie du pays et des gens. On pourrait penser que cela leur a échappé et leur échappe de plus en plus à mesure que le temps passe. On en arriverait presque à soupçonner que les choix, les décisions déterminantes pour aujourd’hui et demain se prennent ailleurs. Il ne leur resterait donc plus, oui, qu’un pouvoir périphérique, s’exerçant sur de petites choses pour des enjeux plutôt limités. À ce train-là, on peut tout craindre de leur prochaine crise d’autorité. Un permis piéton spécial franchissement des Grands Boulevards, peut-être ?
Le boss de Facebook Mark Zuckerberg a offert à sa femme une curieuse statue.
En permettant aux internautes de retrouver leurs anciens amis et de partager avec eux leurs photos souvenirs, le milliardaire Mark Zuckerberg a construit sa fortune. On ne sait pas vraiment s’il considère Facebook comme un nouvel empire, mais en 2018 « Zuck » a confié au New Yorker qu’il admirait l’empereur Auguste au point de donner ce prénom à l’une de ses enfants. Aussi, pour immortaliser son épouse, Priscilla Chan, il a bien sûr eu une idée plus grandiose qu’un vulgaire cliché photographique. Le 13 août, il s’est vanté sur Instagram d’avoir « renouvelé la tradition romaine des sculptures de femmes », en présentant au monde la statue la représentant qu’il venait d’offrir à sa chère et tendre.
Une œuvre des plus bizarres, en réalité. Mesurant plus de deux mètres de haut, comme si elle était destinée au Forum romain, l’œuvre, commandée à un certain Daniel Arsham, fait plutôt penser à la femme du personnage de dessin animé Shreck, ou à la performance de Philippe Katerine lors la cérémonie d’ouverture des JO. Beaucoup d’internautes l’ont qualifiée de « creepy », mot anglais qui veut dire à la fois « sinistre » et « pervers ». Le style de la statue n’est donc pas vraiment romain, et l’ensemble est d’un mauvais goût qu’on pourrait qualifier de « Silicon kitsch ». Où entreposer une statue aussi massive si nos nouveaux riches venaient à s’en lasser ? Étant donné le nombre de leurs propriétés, Priscilla aura l’embarras du choix. Elle pourra même la planquer dans l’abri atomique post-apocalyptique de 450 mètres carrés, autosuffisant en énergie et en nourriture, que son chéri vient de faire construire à Hawaï. Il faut bien qu’épouser le milliardaire le plus ennuyeux de la planète ait quelques avantages. Cependant, quand les Martiens découvriront la Terre après l’apocalypse, on peut douter qu’ils regarderont la statue avec le même enthousiasme que nous les vestiges de l’Empire romain.
En exclusivité, voici un exemple de courrier-type pour contester efficacement tout avis de contravention abusif dans la capitale, et même ailleurs en France. Résultat garanti… ou pas.
Madame, Monsieur l’officier du ministère public.
Je viens de recevoir une amende, que je trouve particulièrement amère.
Paris a beaucoup de charme, mais aussi quelques désagréments, surtout quand on ose encore rouler à quatre roues. Ce qui, au train où vont les choses, sera bientôt passible du Tribunal pénal international.
Il faut quasiment être un super héros de nos jours pour ne jamais être verbalisé dans la plus belle ville du monde. Un bref moment d’inattention et vous êtes flashé à 32 au lieu de 30 km/h, pendant qu’un cycliste vous double après avoir brûlé son 26e feu rouge de la journée (au moins a-t-il la délicatesse de ne pas vous tirer la langue au passage). Vous souhaitez simplement acheter une baguette, mais ne trouvez aucune place de stationnement disponible à trois kilomètres à la ronde, à moins d’opter pour une place de parking qui vous coûtera quatre fois le prix de votre miche de pain, sans compter le temps (pas le pain) perdu. Du coup, vous tentez le tout pour le tout en espérant que, sur un malentendu, ça peut marcher : vous vous rangez deux minutes en warning à un endroit qui ne gêne personne. Hélas, ça ne marche pas à tous les coups…
Bref, je paie toujours mes contraventions quand j’ai fauté, pour ne pas dire déchatté, en bon citoyen français, râleur mais docile. Je ne paierai en revanche pas, quoi qu’il en coûte comme dirait l’autre, celle que je viens de recevoir. Je vous la fais courte. Fin août dernier, je récupère chez le médecin ma vieille mère qui, du haut de ses 75 balais, ressemble de plus en plus à celle d’Anthony Perkins dans Psychose, mais que j’aime par-dessus tout. On n’a qu’une maman. Des médicaments lui ayant été prescrits par son rebouteux, je me dirige illico vers la pharmacie située place Daumesnil et me retrouve alors dans la même situation que le gars qui veut du pain. Zéro place dispo. Craignant que l’apothicaire ne me ferme la porte au nez vue l’heure tardive (19h58, comme mentionné sur l’avis de contravention), j’opte pour le plan B, celui avec le warning dans un endroit qui ne gêne personne, d’autant que la place Daumesnil est très large. Et avec maman sur le siège passager au cas où. L’opération visiblement illicite doit durer à tout casser 3-4 minutes. À mon retour, je tombe sur un policier municipal véhiculé qui a peut-être vu là une occasion rêvée d’arrondir ses fins de mois. Comme je suis un humaniste, un ami du genre humain, je ne suis pas plus inquiet que cela et me dis que ma brève explication-justification au gardien de la paix – et de la place – l’aura convaincu de ne pas m’infliger une contredanse pour si peu. Ma naïveté me perdra.
Il y a quelque chose d’orwellien, voire d’ubuesque, en tout cas qui ne tourne plus rond dans notre beau pays aujourd’hui. À l’heure où d’innombrables délinquants (voleurs, agresseurs, braqueurs, guetteurs, que sais-je enco(eu)re se voient intimer un simple rappel à la loi désormais plus subtilement nommé « avertissement pénal probatoire », sans débourser le moindre rond et sans autre forme de procès, comment accepter qu’un automobiliste, plutôt bien fait de sa personne qui plus est, doive s’acquitter de la pas très modeste somme de 135 euros pour s’être simplement garé guère plus de 240 secondes (j’ai pris ma calculette) en warning, sans entraver le moins du monde la circulation de quiconque. Je sais que les agents municipaux bénéficient de primes à la fin du mois, en fonction du nombre de verbalisations qu’ils ont perpétrées… pardon, signées. Cette pratique ne donne-elle pas lieu à certaines dérives ? Vous remercierez en tout cas de ma part l’agent verbalisateur 126…1, un sacré numéro celui-ci, dont l’empathie et la mansuétude semblent inversement proportionnelles à la promptitude dans l’exécution d’une prune.
Au-delà de la colère et du désarroi que j’ai pu ressentir dans un premier temps à la réception de cette amende décidément bien amère, je me suis permis de vous narrer ma mésaventure en ne lésinant ni sur l’esprit de dérision, ni sur cet humour que mon ado de fille, allez savoir pourquoi, trouve souvent si lourd. J’espère que vous ne m’en voudrez pas. Vous pouvez même vous estimer heureux : après vous avoir parlé de ma mère et de ma fille, je n’ai pas évoqué ma femme et le reste de ma famille. Comme le disait Alphonse (Allais, pas mon voisin) : ne nous prenons pas au sérieux, il n’y aura aucun survivant.
J’espère que mon argumentaire imparable vous incitera à faire preuve d’une certaine indulgence à mon égard, celle-là même dont votre collègue assermenté et numéroté paraît dénué. Sachant qu’en cas de réponse négative, et sans aucunement vouloir vous mettre la pression, je suis prêt à faire valoir mes droits jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme si nécessaire. Voire à me faire hara-kiri, question de principe.
Veuillez recevoir, Madame, Monsieur l’officier du ministère public, patati, patata…
Les révélations sur l’Abbé Pierre se poursuivent. Le regard libre d’Elisabeth Lévy.
Affaire Abbé Pierre. Peut-on juger un mort ? Désolée de vous décevoir, mais je préfère vous prévenir tout de suite : je n’ai pas de réponse claire à cette question. Je suis même embarrassée. D’abord, je précise que je n’ai aucune sympathie particulière pour l’Abbé Pierre depuis longtemps, un parce que je me méfie des communicants de la charité (que ta main droite ignore ce que fait ta main gauche… etc), ensuite parce qu’il avait fermement défendu son ami négationniste Garaudy (et ça, il le revendiquait). Disons-le par euphémisme : l’abbé n’était pas un grand sympathisant des juifs. Bref, je n’ai jamais idolâtré l’Abbé Pierre. Par ailleurs, les témoignages que nous découvrons sur son comportement passé sont complétement accablants.
Révélations post-mortem
Il y a d’abord eu début juillet le rapport de l’entreprise de Caroline de Haas[1], avec sept femmes qui déclaraient avoir subi des agressions et des comportements inappropriés entre 1970 et 2005. Hier, la « cellule d’investigation » de Radio France apporte son nouveau lot de révélations sur une vingtaine de victimes[2] (il y est là notamment carrément question d’un viol pour une femme, et une autre affaire concerne une mineure). On apprend aussi qu’en mai 1955, un voyage de l’Abbé aux Etats-Unis et au Canada a été écourté dans des conditions assez rocambolesques pour cause de scandales sexuels. Il aurait plus tard été exfiltré dans une clinique psychiatrique en Suisse. Ses relations « ambigües » avec les femmes, comme disent ses anciens proches, étaient donc connues. Martin Hirsch, qui a lui-même dirigé la fondation Abbé Pierre, parlait d’un « secret d’Emmaüs ». Évidemment, ces nouvelles informations ont suscité une condamnation générale, et la course à l’échalote de la révélation reprend… Tout le monde veut faire valoir son témoignage. Quant à la Fondation Abbé Pierre-Emmaüs, elle décide de changer de nom. C’est compréhensible : c’est ce que ferait n’importe quelle marque prise dans ce type de tourmente.
Mais alors pourquoi sommes-nous un peu gênés ?
Premièrement, on a beau trouver ces histoires de l’Abbé tout à fait déplorables, comme toujours, observons que nous jugeons un homme d’hier et des comportements d’hier avec nos critères d’aujourd’hui. Dans les années 50, ces comportements n’étaient pas jugés de la même façon qu’aujourd’hui par la société. Hier, on voulait étouffer ces scandales, en particulier dans l’Église. Les langues se délient alors que la statue est déjà tombée.
Ensuite, nous mélangeons agressions sexuelles présumées (voire un cas de viol présumé) et des liaisons. L’abbé Pierre était une star ; il attirait certaines femmes, certaines lui couraient après. Concernant ces fameuses « liaisons », c’est sûrement une transgression de la loi divine, mais cela ne veut pas dire qu’il a forcément agressé toutes les femmes concernées. Devant la Justice, l’Abbé Pierre pourrait se défendre, et un juge lui demanderait de s’expliquer. Il pourrait expliquer comment il en est arrivé à ces comportements, donner sa version, parler de son enfance ou de ses pulsions, que sais-je. Mais dans un procès post-mortem, il n’y a pas de défense. Donc c’est un lynchage. Et tout le monde rivalise dans l’indignation sans risque, puisque plus on est sévère, plus on est vertueux.
Je t’écoute ≠ je te crois
Vous me direz qu’on porte aussi des jugements sur Napoléon ou Attila. Le temps a fait son œuvre. Peut-être, mais Henri Grouès, en revanche, n’est pas tout à fait un personnage historique encore. Il faut donc écouter les victimes présumées, mais aussi avoir le courage de leur dire la vérité : elles n’obtiendront jamais justice. On ne condamne pas un mort. Cette affaire doit également nous faire réfléchir. Cet homme était une icône, il figurait parmi les personnalités préférées des Français pendant des années. Cela devrait au moins nous inciter à être plus regardants sur les vendeurs de bons sentiments dont nous faisons des idoles. On peut être un symbole humanitaire et un sale type.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy, la directrice de Causeur, dans la matinale animée par Jean-Jacques Bourdin.
Le PS, tiraillé entre la social-démocratie et les sirènes révolutionnaires, cultive un complexe moral et intellectuel vis-à-vis de LFI. Le parti de Jean-Luc Mélenchon est devenu le moteur d’une famille politique déchirée, tout juste capable de s’entendre quand ses intérêts électoraux convergent.
Quel lien y a-t-il entre un Jean-Luc Mélenchon hégémonique qui, au soir du deuxième tour des législatives, a martelé sur un ton rageur « le Nouveau Front populaire appliquera son programme, rien que son programme, mais tout son programme » et un Raphaël Glucksmann, qui veut rompre avec LFI et souhaite, dans son interview au Point, « tourner la page Macron et Mélenchon » ? Qu’est-ce qui les rassemble par-delà cette improbable tambouille électorale qui a permis un résultat que seul un scrutin à la proportionnelle intégrale aurait enrayé ?
Quand le Nouveau Front populaire se mettait d’accord pour soutenir Mme Castets
Le choix du NFP de Lucie Castets pour Matignon en dit long sur le climat de folie qui s’est emparé de toute la classe politique, de l’impasse dans laquelle elle se trouve. Cette parfaite inconnue, énarque non élue de la Ville de Paris, est devenue l’improbable point de convergence d’une gauche réunie, mais incapable de désigner l’un de ses leaders. Parce que tous lorgnent sur 2027. Et peu importe si ces temps agités exigent plus que jamais un Premier ministre populaire, prompt à rassurer, capable d’affronter la tempête dans l’Hémicycle.
Le cartel électoral du Nouveau Front populaire, qui a permis à ses composantes (LFI, PS, PCF, Écologistes) de sauver un grand nombre de fauteuils de députés lors des dernières élections législatives et de briguer le poste de Premier ministre, nous a offert, depuis, le spectacle déplorable de ses profondes divisions. La photo de ses leaders se rendant tous ensemble à l’Élysée, après des semaines de manigances et d’invectives publiques, pendant la « parenthèse magique » des JO, n’est pas sans rappeler l’image ironique des protagonistes du film de Luis Buñuel, Le Charme discret de la bourgeoisie, marchant côte à côte sur une route isolée, unis malgré eux par-delà leurs déchirements et leurs frasques.
Il est loin, le temps où François Mitterrand régnait sur le pays durant deux septennats, moyennant tout de même deux cohabitations. La dénonciation, dans Le Coup d’État permanent (Plon), d’une dérive toute-puissante de la pratique du pouvoir, celle à ses yeux du général de Gaulle, remonte déjà à soixante ans ! Le leader socialiste la jugeait trop éloignée du président-arbitre voulu, selon lui, par l’esprit de la Constitution de 1958. Il faut se remettre en mémoire que François Mitterrand a réussi à se faire élire en 1981 à la faveur d’un programme commun, avec pour principal allié le tout-puissant Parti communiste français. Le PCF, alors mené d’une main de fer soviétique par l’hypermédiatique Georges Marchais, pesait encore plus de 4 millions de voix. Nous étions alors en pleine guerre froide, dans un monde hermétiquement séparé par un rideau de fer. Le 10 mai, 51,75 % des électeurs disaient oui aux 110 propositions du candidat de l’union de la gauche, soit à la louche un électeur sur deux, ce qui portait en soi le germe de futures alternances. François Mitterrand a réussi à faire voter l’abolition de la peine de mort, avancée sociétale majeure, une loi de nationalisation de grandes entreprises dans des secteurs stratégiques comme la sidérurgie, l’armement, l’espace, la finance, ou encore un programme ambitieux de réindustrialisation, abandonné deux années plus tard, rattrapé par la réalité économique et la crise. Le rêve commun des socialistes, communistes et radicaux de gauche sombra dans le tournant de la rigueur.
La France connaissait donc déjà, il y a quarante ans, une vie politique chavirée, parfois chaotique, valsant d’un bord à l’autre, marquée par une présidentialisation excessive. C’est le passage à l’élection au suffrage universel direct du président de la République, validé par le référendum de 1962, qui a tout changé. Les pouvoirs, de fait, ont été concentrés à l’Élysée. Aucun président n’a résisté à cette « hyperprésidentialisation », pas même ceux qui l’ont critiquée, de François Mitterrand à François Hollande. Ce qui est reproché à Emmanuel Macron, mais aussi à Nicolas Sarkozy avant lui, n’est que la continuation d’une dérive constatée chez tous leurs prédécesseurs, y compris le fondateur de Ve République.
Il est indéniable que la gauche a porté un certain nombre de transformations importantes au cours de ses différentes périodes au pouvoir. La réduction du temps de travail, proposition numéro 23 en 1981, mesure clivante dans l’opinion, évidemment soutenue par ceux qui en bénéficient, s’est faite en deux étapes : d’abord, en 1982, le passage à 39 heures ; puis, vingt années plus tard, l’instauration complète des 35 heures par Martine Aubry, ministre de l’Emploi et de la Solidarité du gouvernement de Lionel Jospin, Premier ministre d’un quinquennat de cohabitation imposé au président Jacques Chirac à la suite de sa dissolution ratée de 1997. La gauche pouvait alors gouverner grâce à sa nette victoire et une majorité de 319 députés à l’Assemblée nationale, dont 250 socialistes et apparentés. Le seul PS comptait alors bien plus de députés que chacun des trois grands blocs qui constituent l’actuel Hémicycle. À titre de comparaison, le NFP qui a revendiqué la victoire en cette année 2024 plafonne à 193 élus, dont 72 seulement estampillés La France insoumise.
Les législatives, pas de vainqueurs, que des vaincus
Nous en arrivons au grand enseignement de ce scrutin-surprise de « clarification » voulu par le président Emmanuel Macron, à l’aune de ce que nous avons connu il y a un quart de siècle : il n’y a pas de vainqueur, que des vaincus. Le NFP, bricolage de deuxième tour censé briser une irrépressible vague Rassemblement national, a certes gagné le plus grand nombre d’élus – mais avec un peu moins de 10 millions de voix au premier tour contre plus de 10,5 millions pour le seul RN, grand perdant du scrutin. Le parti présidentiel Ensemble pour la République, arrivé deuxième, n’a pas réussi à retrouver de majorité absolue, expression évidente d’une sanction sévère de la politique du chef de l’État. Et la droite républicaine, issue de la grande famille gaulliste, réduite au rôle d’éventuel supplétif avec une quarantaine de sièges seulement, a activé le mode survie.
Mais comment donc le NFP peut-il alors revendiquer cette victoire par défaut, qui ne résiste pas une seconde à la réalité des chiffres, « succès » fondé sur des calculs d’appareils et des retraits tactiques circonscription par circonscription ? Les électeurs sont en droit de se sentir massivement lassés, floués ou encore en colère, c’est selon, face à une classe politique boutiquière et au spectacle qu’elle donne dans les médias. Ils ont donc pu, une fois de plus, pointer un système en décalage, qui n’avance plus, et un mode de scrutin qui ne traduit plus exactement l’état de l’opinion publique.
La vraie question posée aujourd’hui, au regard de ce qui a été accompli par le passé, est non pas de se demander si la gauche, déjà largement défaite aux élections européennes qui ont précédé, s’y étant présentée en ordre dispersé, a gagné ces législatives, mais si elle a encore aujourd’hui… des idées.
Le programme mis sur la table, largement d’inspiration insoumise, propose le SMIC à 1 600 euros net, 14 tranches d’impôt sur le revenu, le rétablissement de l’ISF, la suppression de la « flat tax », l’abrogation de la réforme des retraites, de celle de l’assurance-chômage, l’abrogation de la loi immigration accompagnée de régularisations massives… De quoi braquer le Parlement ! En toile de fond se profile la bataille du budget, premier crash-test du nouveau gouvernement post-législatives. Gabriel Attal, Premier ministre sortant, dans ses lettres plafonds envoyées dans les ministères, avait maintenu un niveau de dépenses de l’État identique à celui prévu pour 2024. Là où le NFP veut engager une hausse importante des dépenses publiques, qu’il entend compenser par des hausses d’impôts pour les « ultra-riches », les entreprises, les successions, les transactions financières… Comment revendiquer un tel programme validé par 28 % seulement des électeurs ? Quel serait le niveau d’acceptabilité sociale d’un projet accepté par moins d’un Français sur trois ? Que devient le fait majoritaire, élément constitutif de notre vie démocratique au détour d’un scrutin incompris et sans résultat réel, avec une France insoumise qui menace le président de destitution et rejette toute idée de gouvernement d’union nationale et de grande coalition, y compris avec les partis qui ont participé au « front républicain » contre le RN ?
Et puis il y a eu LA ligne de fracture majeure, qui aurait dû rendre impossible tout accord NFP aux législatives : LFI qui, en grande partie, a refusé de qualifier de terroriste l’attaque du 7 octobre perpétrée par le Hamas contre Israël, préférant parler d’acte de résistance pour ce qui aura été l’élément déclenchant de l’inéluctable et terrible guerre menée en réponse par Tsahal à Gaza, avec les ravages que l’on sait au sein de la population civile palestinienne. Les prises de position antisionistes et pro-Hamas répétées de Rima Hassan, élue députée européenne insoumise, ont semé le trouble à gauche. Le sujet a été largement invisibilisé le temps d’une campagne, parce que certains élus ne voulaient pas perdre leur siège. Et tant pis s’ils y ont laissé un morceau de leur âme, toute honte bue. La gauche raisonnable doit également prendre ses distances avec cette vague wokiste insistante, qui a notamment abdiqué devant un frérisme musulman conquérant, désireux d’imposer en France un voile qui va à l’encontre du combat des femmes pour une liberté si chèrement acquise. Sans parler des grands élus des communautés urbaines qui ne supportent plus ce fatras idéologique pesant, mais ne peuvent plus se passer des voix insoumises, dans la perspective des prochaines municipales.
La difficulté pour la gauche dite « de gouvernement », Parti socialiste en tête, est qu’elle subit le diktat d’une France insoumise qui aura su imposer sa vraie dynamique de rupture, sa capacité à produire des idées épousant le contexte de polarisation extrême du débat public.
On en arrive au mal dont souffre le PS, ce complexe intellectuel et moral vis-à-vis de LFI évoqué plus haut. Intellectuel, face à des Insoumis qui mènent le débat haut et fort, multipliant les propositions-chocs et versant régulièrement dans une radicalité théorisée par un Jean-Luc Mélenchon désireux de renverser la table, soufflant sur les braises de la colère populaire, appliquant le coup d’éclat permanent pour attirer la lumière à lui. Le PS, divisé, apathique, en est réduit à jouer la force modératrice, celle d’à côté, fermant les yeux sur les outrances, de peur d’être balayé sur le terrain électoral. Complexe moral ensuite, avec le sentiment d’avoir trahi entre 2012 et 2017 : fermeture des hauts fourneaux d’ArcelorMittal Florange, loi travail, déchéance de nationalité… le quinquennat Hollande a donné Macron, une forme d’hybridation entre la social-démocratie de François Mitterrand et le modernisme libéral de Valéry Giscard d’Estaing, dilemme mortifère.
La gauche unie telle que nous l’avons connue en 1981 et ses avatars n’existent plus. Ils ne reviendront pas. Le Parti socialiste, s’il veut renaître de ses cendres, doit se mettre au travail, renoncer à son logiciel des années 1990, tourner le dos aux compromissions, ne plus redouter les défaites. La social-démocratie, si elle veut survivre, peut s’inspirer de l’exemple étranger, la manière dont le Parti démocrate américain sait se réinventer au travers de la candidature de Kamala Harris. Il en va de la gauche comme de la politique dans son ensemble : qu’elle continue à regarder son nombril sans savoir « parler aux gens » et l’élection de 2027 sera pliée. Front républicain ou pas. La digue cédera.
Pendant que Jordan Bardella indique que le RN met Michel Barnier « sous surveillance », la gauche fait preuve à son égard d’un dogmatisme et d’un sectarisme sans nuance.
Même si ce n’est pas une cohabitation stricto sensu, cela doit y ressembler ! Je comprends bien le souci du Premier ministre de montrer qu’il est ouvert, à l’écoute, qu’il n’a pas l’intention de ne nommer que des ministres de droite et qu’il veut ménager le président de la République. Mais ce dernier a perdu, à la suite de ses échecs, beaucoup de son pouvoir même si sa légitimité reste entière et ce n’est pas cette ridicule procédure en destitution qui démontrera le contraire !
Droite délicate
S’il a fallu du temps à la droite républicaine pour empêcher Emmanuel Macron de mener le je et le jeu, je ne voudrais pas que, par délicatesse, et malgré l’impudence démocratique du RN qui prétend le placer « sous surveillance », le Premier ministre oubliât que le peuple attend beaucoup de lui. Les citoyens n’ont pas à rentrer dans les jeux d’appareils, les combinaisons parlementaires et les mille difficultés que Michel Barnier va devoir affronter. Dans des domaines cruciaux qu’il a d’ailleurs lui-même mis en évidence – sécurité, justice, immigration, pouvoir d’achat notamment -, notre pays ne peut se permettre d’atermoyer. Rien ne serait pire que d’avoir la déprimante certitude que la chance inouïe donnée à la droite républicaine ne va servir à rien. Et que le courage politique demeurera aussi rare sous Michel Barnier qu’avec certains de ses prédécesseurs.
Ce n’est pas de la gauche ni de l’extrême gauche que le Premier ministre aura à espérer, sinon le moindre soutien, du moins une compréhension minimale compte tenu de l’état de la France. Olivier Faure et Marine Tondelier n’ont déçu que ceux qui s’illusionnaient sur eux et le député François Hollande, engoncé dans une discipline de parti, reste pour l’instant dans le moule[1]. Il ne tentera rien pour une rénovation de la pensée et de la pratique socialistes. Pour ceux qui s’imaginaient que l’opposition politique du Nouveau Front populaire pourrait s’imprégner d’une sorte de correction républicaine souhaitant bonne chance au nouveau Premier ministre, par sollicitude à l’égard du pays, quelle déception ! L’accueil qui lui a été réservé, d’un dogmatisme et d’un sectarisme sans nuance, a au contraire révélé le manque tragique de femmes ou d’hommes d’État dans le camp de cet extrémisme, pourtant moins fustigé que celui d’en face… Michel Barnier mènera son action de redressement et de vérité en n’étant pas tétanisé, je l’espère, par ceux qui au RN ou dans le macronisme, n’ont pour seule envie que l’alternance d’un pouce levé ou baissé, ou la menace intermittente d’une épée de Damoclès. Si ces partis s’adonnent à cette comédie, ils seront responsables et coupables de non-assistance à pays en danger. Jouer sur les maux sera une honte. Que le Premier ministre soit attentif au fait que, pour que tout change, il sera impérieux de tout changer !
[1] François Hollande a confirmé au micro de France inter qu’il voterait une éventuelle motion de censure contre le gouvernement de Michel Barnier avec cet argument : « Quand un gouvernement va être de droite, sur une politique de droite, soutenu par l’extrême droite, comment voulez-vous que des hommes et des femmes de gauche y participent ? » NDLR
Les LR se sont ralliés au conseil de Nicolas Sarkozy, favorable à la cohabitation avec Emmanuel Macron. Mais, ils se fourvoieraient s’ils devaient devenir la bouée de sauvetage d’un président dont les Français ne veulent plus.
Et le vainqueur est… l’indésirable RN. Le monde politique finissant voulait écarter ce parti trop populaire, en abusant de petits arrangements entre amis. Mais les réalités électorales sont têtues : elles viennent de le consacrer dans son rôle le plus confortable : celui d’arbitre suprême. Le RN n’aura pas même à se colleter avec la situation budgétaire calamiteuse créée par Emmanuel Macron, sinon pour abaisser le pouce quand il lui plaira. La nomination de Michel Barnier comme Premier ministre, jeudi, n’a été rendue possible qu’après l’agrément du premier parti de France et l’échec de la tentative de putsch du Nouveau Front populaire. Cette dernière formation – assemblage brinquebalant de mélenchonistes, communistes, socialistes, écologistes – se disait partout victorieuse des législatives en dépit des 3 millions de voix qui la séparent du RN. Samedi, à Paris, cette extrême gauche tonitruante n’a rassemblé que 26 000 manifestants pour protester contre la « trahison démocratique » représentée par la désignation de Barnier. Certes, ce dernier est assurément le produit d’une crise démocratique : son parti, les LR, n’aligne que 47 députés et n’avait pas atteint 5% lors de la dernière présidentielle. C’est un couple d’éclopés qui s’est formé in extremis entre Macron et Barnier, dont le nom était en réserve depuis juillet au moins. Mais cette nomination, fragile dans sa durée, amène à tirer deux premiers constats de décès : celui du macronisme, et celui du front républicain. En effet, c’est en rupture avec le « nouveau monde » promu par Macron que Barnier s’est inscrit dès ses premiers mots, jeudi face à l’impétueux Gabriel Attal. Quant au cordon sanitaire, il s’est vite retourné contre LFI, son principal promoteur, aujourd’hui considéré comme « dangereux pour la démocratie » par 69% des sondés, soit une hausse de 12 points (Le Monde, 30 août).
Dans la cohabitation qui se dessine, il est un tabou qui pourrait aussi sauter : celui de l’impossible rapprochement entre Les Républicains de Laurent Wauquiez et le RN de Marine Le Pen. Si Barnier veut s’inscrire dans le temps et différer ainsi la possible démission du chef de l’Etat (relire mon billet du 4 septembre), il doit non seulement tourner la page du macronisme, mais mener une politique en adéquation avec les attentes de la vraie droite, dont 80% des électeurs ont rejoint le RN. Les LR ont accepté in fine, en avalisant la nomination de Barnier, de revoir leur doctrine qui refusait toute collaboration avec Macron. Ils se sont ralliés au conseil de Nicolas Sarkozy, favorable à une participation gouvernementale. Mais les LR se fourvoieraient s’ils devaient devenir la bouée de sauvetage d’un président dont les Français ne veulent plus.
S’ils veulent continuer d’exister, les LR vont être contraints de se rapprocher du RN, afin de mener une politique qui lui soit acceptable et le dissuade d’utiliser la censure comme un couperet. Les sujets liés à l’immigration, à l’insécurité, au poids bureaucratique, à l’endettement, à la proportionnelle sont autant de thèmes qui peuvent devenir des terrains d’entente entre les droites et préparer leurs dirigeants, prisonniers de leurs dogmes, à s’unir contre un système en faillite.
Barnier, homme prudent, aura-t-il l’audace d’affronter le politiquement correct macronien, ses médias et leurs grands clercs ? Samedi, il a consacré son premier déplacement à une visite de l’hôpital Necker, à Paris. L’occasion pour lui de placer la santé parmi ses priorités. Ce terrain est assurément consensuel. Mais c’est la France, malade de sa classe politique démissionnaire, qu’il s’agit de soigner.