Le président d’Avocats sans frontières demande l’interdiction de la France insoumise
Contre LFI, une seule solution : la dissolution ! Je sais, c’est gros. Gros comme un parti politique représenté à l’Assemblée nationale. Mais deux vérités juridiques autant que politiques s’imposent si l’on veut s’extraire du carcan psychologique de notre conditionnement médiatique.
Première vérité : si un parti très à droite utilisait la même phraséologie antisémite et violente que la France insoumise, parti quant à lui situé à l’extrême gauche, il aurait été dissous depuis longtemps et n’aurait, par voie de conséquence, pas pu présenter de candidats. Il faut y voir, bien sûr, le bouclier protecteur de ce que j’ai nommé le « privilège rouge ». Un privilège tellement exorbitant que si on n’hésite pas à situer le Rassemblement national à l’extrême droite malgré son recentrage, on s’interdit de placer la France insoumise à l’extrême gauche, malgré sa radicalisation.
Seconde vérité : à quoi sert l’arme juridique de la dissolution dès lors qu’on n’ose pas l’employer contre la plus dangereuse des entités ? Sauf à dire que, lorsque celle-ci est trop grosse, elle ne peut plus tomber, à l’instar des grandes banques prises en flagrant délit de faillite frauduleuse, dont les Anglo-Saxons disent qu’elles sont « too big to fail ».
Nul ne sait plus que votre serviteur combien demander la dissolution des Insoumis est irréaliste et candide. Mais mon goût pour l’équité me commande de la réclamer par principe moral et juridique.
Comment accepter qu’un Thomas Portes, député insoumis, appelle à l’action populaire contre les athlètes israéliens en pleins Jeux olympiques ?
Comment accepter qu’une Mathilde Panot, députée insoumise, ose encore jeter le discrédit contre les policiers mis en cause dans l’affaire Adama Traoré, ce délinquant peint en martyr, alors que lesdits policiers ont été innocentés ?
Comment accepter qu’une Ersilia Soudais, députée insoumise, dont la sottise ne vaut pas excuse, accueille en héros un Salah Hamouri condamné pour avoir tenté d’assassiner un rabbin ?
Comment accepter qu’une Rima Hassan, élue insoumise au Parlement européen, puisse participer en Jordanie à une manifestation pro-Hamas, sous les bannières de l’organisation terroriste et au milieu d’incantations en hommage à son défunt chef ?
Un parti politique qui ne met aucun frein à de telles sorties de route n’est pas digne d’exister dans un régime démocratique. Sauf que l’impunité politique, médiatique et juridique dont il jouit, pour cause non seulement de privilège, mais aussi parce qu’il représente désormais, par sa radicalité identitaire, la frange la plus extrême de la population, et qu’il fait tout pour importer de gré ou de force toujours plus d’extrémistes, prouve que nous ne vivons plus dans un régime démocratique.
Nul ne se hasardera à la demander. Raison de plus pour la proposer. Pas seulement pour l’honneur, mais pour prendre date. La France insoumise n’est pas un parti démocratique. Il est temps d’en tirer les conséquences.
Résistance, volonté, travail, courage : l’été à Béziers n’a cessé de me confronter à des êtres incarnant pleinement et merveilleusement ces qualités. Comme pour mieux me rappeler leur pendant : humilité et force morale. Enseignements d’une défaite en politique.
Liberté
L’été a très mal commencé pour moi. Avec une sévère défaite aux élections législatives. Pas vraiment anticipée, pour être honnête. L’échec a été difficile à avaler. Face à cela, j’avais deux solutions. Non, en fait, il n’y en avait qu’une : se remettre en selle immédiatement. C’est ce que j’ai tenté de faire en repartant travailler à la mairie de Béziers dès 7 h 30 le lendemain matin. En dressant la liste des dossiers importants que je gérais en tant que député. Et que je continuerai à suivre en tant que conseillère municipale. Ne jamais se résigner.
Je refuse de me laisser envahir par l’amertume. J’aime ma ville et les Biterrois. Je continuerai à travailler pour eux. Différemment. Et même si le sentiment d’injustice continue de temps en temps à pointer le bout de son nez, le travail guérit de tout… Plus qu’une chose à faire : savourer pleinement – une fois n’est pas coutume – l’été biterrois. Avec quelques points d’orgue. Et un sentiment de liberté retrouvée.
Résistance
Raimond Trencavel le premier est venu me faire la leçon. Huit siècles plus tard ! En 1209, le vicomte et sa famille règnent sur Béziers, dans un esprit de tolérance peu commun à cette époque – et probablement à la nôtre encore. Alors qu’ils sont souvent persécutés ailleurs, les juifs participent à l’administration de la ville et vivent en bonne entente avec l’ensemble de la population. De même, les cathares, cette minorité pacifique qui a fait sécession avec l’Église, est protégée. Ce n’est du goût ni du roi de France ni du pape de l’époque. Les deux vont donc s’entendre pour réduire à néant cette anomalie, ce Béziers trop libre qui pourrait faire des émules.
Le 22 juillet 1209, c’est l’invasion. Des milliers de Biterrois sont massacrés. « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », aurait dit Simon de Monfort, le prélat du pape, chef de la croisade. Béziers n’est plus qu’un immense hurlement. Une plaie béante. Trencavel est bouleversé. Et décide de défendre ce qu’il est encore possible de défendre. Mais l’ennemi est plus fort. Trencavel, réfugié dans sa citadelle de Carcassonne, est capturé. Débute alors son martyre. Il faut tuer le symbole qu’il est devenu. Il est jeté dans un ignoble trou infesté de vermines. On l’y laissera pourrir, sans aucune pitié. La loi du roi de France règne désormais en Languedoc.
Huit siècles plus tard, justice lui est enfin rendue dans notre ville : une statue de plus de trois mètres de haut de notre ancêtre commun vient d’être érigée en ce mois de juillet, juste à côté de la cathédrale, abritée par les arbres lui offrant une ombre bienvenue en ces chaleurs estivales. Et surtout, nous rappelant que nous sommes les héritiers de cette épopée unique, exceptionnelle et que nous devons en être dignes. Une leçon de courage à méditer…
Jeux olympiques
Non, je ne vous parlerai pas de la cérémonie d’ouverture. Tout a été dit ou presque. On les a tous entendus. Ceux qui l’ont trouvée choquante ; ceux qui l’ont trouvée formidable ; et même ceux qui y ont vu la marque de satan, c’est vous dire… Comme j’ai décidé d’être positive, je ne me souviendrai que de la ferveur du public, de La Marseillaise entonnée à chaque instant, des drapeaux bleu, blanc, rouge agités pour encourager nos sportifs. Et puis, des exploits de Léon Marchand (gageons que son prénom se hissera très vite dans le top 10 des nouveau-nés à venir), des essais d’Antoine Dupont, des médailles d’or homériques de Teddy Riner ou encore des performances de Félix Lebrun… Je suis injuste pour tous nos autres athlètes, mais ils me pardonneront : la moisson a été plus que fructueuse et c’est tant mieux !
Art équestre
Devenu rendez-vous incontournable de l’été à Béziers, nous accueillons chaque année avec un immense plaisir les Folies Gruss. Et pour deux mois. Quel talent ! Quel travail aussi… C’est la première fois que le spectacle sera présenté sans Alexis, le patriarche parti en avril dernier. Stéphane, Maud et Firmin, ses trois enfants, sont là. La conférence de presse déborde d’émotion. Quand les mots se font difficiles pour l’un, un autre prend le relais. Une vraie famille. Qui sait, elle aussi, résister à l’air du temps…
Feria
Pas d’été à Béziers sans sa feria. Cinq jours de fête non-stop, du matin jusque tard dans la nuit. Qui n’a pas vécu sa feria n’est pas un vrai Biterrois. Elle commence par une messe dans les arènes, qui a réuni 6 500 personnes cette année ! Ce qui n’empêche pas les râleurs de service de tempêter comme chaque fois contre le sacro-saint principe de laïcité qui ne serait pas respecté… Chez nous, on les appelle les « anti-tout ». Anti-chasse, anti-corrida, anti-crèche de Noël, anti-messe dans les arènes : le spectre est large et ils n’abandonnent jamais. Nous non plus…
Qui dit feria dit corrida. Dans les arènes, nous croisons Gaël Tchakaloff, qui vient d’écrire un livre sur Léa Vicens, superbe torero à cheval qui a une nouvelle fois triomphé chez nous. L’écrivain a suivi durant un an cette femme hors norme, qui a su, seule, se faire une place dans un monde totalement masculin – on peut dire machiste – et qui ne lui fait pas de cadeau. Où l’on découvre – ou redécouvre – les efforts, la volonté, le courage, la quantité de travail incroyable qu’il lui a fallu fournir pour arriver à ce résultat exceptionnel. Un livre d’autant plus intéressant que Gaël Tchakaloff le dit d’entrée : la corrida lui fait horreur. Ancien matador, devenu banderillero avec Léa Vicens, José Maria résume : « L’art tauromachique inculque la force d’âme. La corrida défend le courage, l’honnêteté, la franchise, la persévérance, le don de soi, l’éthique, le respect de l’autre, de l’animal et de la nature. » Il faudrait peut-être rendre la corrida obligatoire…
Premier ministre
Pendant ce temps, le feuilleton politique de l’été se poursuit. À l’heure où je boucle cette chronique, Emmanuel Macron prend son temps. Et consulte toujours. Je repense à la vie hors norme, exceptionnelle de nos champions olympiques, de la famille Gruss, de Léa Vicens. Et si on invitait le président de la République à venir à Béziers ?
Il faut bien se représenter ce qu’était Verdi en 1893 : fringuant nonagénaire, idolâtré par le peuple italien, adulé de l’Europe cultivée, richissime, le compositeur coule une bucolique mais active retraite de gentilhomme campagnard dans son domaine de Sant’Agata, supervisant les travaux agricoles en entrepreneur avisé – créant un hôpital, faisant assécher des marais… Wagner, son grand rival et exact contemporain, est mort subitement à Venise 10 ans plus tôt. Depuis la création d’Otello à la Scala de Milan en 1887, le compositeur n’a plus écrit d’opéra. Il remanie d’anciennes partitions, fait de la musique religieuse. Verdi n’a pourtant rien d’une momie, mais tout d’une icône : en 1889, la presse milanaise a mis sur pied un grandiose « jubilé Verdi », hommage national au patriarche, indissociablement révéré alors comme artiste et comme patriote, tout autant par l’homme de la rue que par l’austère souverain Umberto 1er (1844-1900). Verdi n’a plus rien à prouver.
Burlesque
Boïto, son fidèle et formidable librettiste, piétine alors depuis pas mal de temps sur un Nerone qu’il n’arrive pas à livrer : cette même année, le voilà donc qui suggère au vieillard une alternative. Pourquoi pas un opéra-bouffe ? Voilà qui distrairait, qui amuserait Verdi dans ses vieux jours, lui qui cinquante ans plus tôt, avec Un jour de règne, s’était essayé à ce genre sans plus jamais y donner suite… Et Boïto de lui envoyer un projet de livret titré Falstaff, adaptation des Joyeuses Commères de Windsor, et des pièces Henri IV et Henri V de Shakespeare – que Verdi vient de relire avec enthousiasme. Or, coup sur coup, le compositeur a perdu deux amis très chers, tous deux plus jeunes que lui : Faccio, directeur de la Scala puis du conservatoire de Parme ; et Muzio, un disciple plus ou moins raté. La claire conscience de son grand âge l’incite à ne plus rien ajourner. Verdi se prend au jeu, travaille d’arrache-pied : la partition sera livrée aux éditions Ricordi le 18 septembre 1893. Totalement démarquée d’un contexte où l’Italie, avec Cavallerieria Rusticana de Mascagni, puis I Pagliacci de Leoncavallo, commence à découvrir les vertus – un peu courtes – du vérisme (soit un réalisme musical puisant ses effets dans la trivialité du quotidien).
Stupéfaction ! Avec Falstaff, ce sont les données mêmes du théâtre lyrique, comme celles du langage musical, qui sont bouleversées. À 90 ans, pour son ultime opéra, Verdi « rajeunit » radicalement un genre toujours menacé de sclérose : Falstaff préfigure l’opéra du XXème siècle. Ici, plus de ces arias ou de ces duos virtuoses dont le bel canto s’était fait la spécialité. Les trames sont rompues, se superposent, se cumulent. L’œuvre est une mosaïque, un kaléidoscope. Réponse tardive à la géniale unité du drame lyrique wagnérien ? Dans Falstaff, la prodigieuse inventivité de la matière musicale se conjugue à la frénésie burlesque de l’intrigue.
Photo : Vincent PONTET
Opéra – comique ? Falstaff est aussi loin de la comédie bourgeoise que du tragique des Vêpres Siciliennes, de Don Carlo ou de Macbeth… Pire : l’honneur et la passion – topos verdiens par excellence – y figurent ici LA cible obsidionale ! Dans les trois actes de l’opera buffa, tout est théâtre, carnaval. Terrassé par les femmes (grands vainqueurs du complot ourdi contre lui), le filou libidinal, ivrogne et obèse reconnaît in fine que « tutto nel mundo è burla – tout au monde n’est que farce » ! Dénouement ironique qui atteste le pessimisme fondamental du génie verdien : renaissant, crépusculaire.
Datée d’il y a déjà un quart de siècle, la mise en scène « dix – neuviémisée » de Dominique Pitoiset vieillit décidément aussi bien que Giuseppe Verdi. L’Opéra Bastille n’avait pas donné cette régie millésimée 1999 depuis… 2017 ! La transposition de l’intrigue élisabéthaine dans une pluvieuse Angleterre fin-de-siècle où coulisse latéralement – unique décor en extérieur couvrant les trois actes – une façade de briques salie par le charbon, maculée d’enseignes peintes alignant : garage non loin d’un tacot rutilant, hôtellerie de la Jarretière, maison de Ford, parc de Windsor, égout où dégringolera, jeté par la fenêtre, le panier dissimulant le pauvre Falstaff, – tout cela fonctionne parfaitement.
A contre-courant de la doxa néoféministe
Littérale et lisible, la mise en scène, une fois n’est pas coutume, ne fait pas fi des accessoires imposés par le livret (le paravent, les bois de cerf du burlesque carnaval mythologique, au troisième acte…). Il y a tout lieu de se satisfaire qu’en 2024 l’on échappe encore, miracle, à une relecture woke de l’ultime chef-d’œuvre verdien qui réduira un jour (je vous en fais le pari) le pataud, pochard, lubrique, candide et bedonnant Falstaff aux dimensions d’un « senior prédateur sexuel » coupable d’ »agression sexuelle et sexiste », et les mégères qui font clan contre lui, à l’expression d’une « parole » reconquise, enfin donnée à la « Femme invisibilisée » contre la domination masculine.
À contre-courant exact de l’envahissante doxa féministe, cette cinquième reprise bienvenue associe l’irrésistible contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux dans le rôle de Mrs Quickly, qu’elle connaît par cœur et dont elle sait rendre de sa voix tout à la fois ample et nette la faconde impayable ; Federica Guida, qui succède à Julie Fuchs en impeccable Nanetta ; le jeune baryton ukrainien Andrii Kymach pour chanter Ford, d’un timbre métallique qui colle au personnage enragé de jalousie ; le ténor péruvien Ivan Ayon-Rivas, à peine trentenaire, dont on découvre la fraîcheur et la belle clarté sonore, en Fenton ; mais surtout, outre la commère Mrs Meg Page campée par la mezzo (formée à Paris) Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, et Mrs Alice Ford sous les traits de la soprano américaine Olivia Boen (laquelle débute donc chez nous avec succès), la palme du spectacle revient incontestablement au rôle – titre : en « Sir John », le baryton italien Ambrogio Maestri (« Michonnet », en janvier dernier, à l’Opéra-Bastille, dans Adriana Lecouvreur) fait un Falstaff inoubliable. Au pupitre, le chef danois Michael Schonwandt imprime à la partition toute la vivacité et la rondeur requises, auxquels, ici à leur meilleur, les chœurs de l’Opéra de Paris prêtent également leur concours.
Sur le manuscrit original de sa partition Verdi griffonnait, à l’adresse de son éditeur Ricordi : « Va, va, vecchio John…Cammina per la tua via finchè tu puoi ». « Va, va, vieux John… Va ton chemin tant que tu le peux »…
Falstaff, comédie lyrique en trois actes de Giuseppe Verdi. Direction : Michael Schonwandt. Orchestre et chœur de l’Opéra national de Paris. Mise en scène : Dominique Pitoiset. Avec Ambrogio Maestri (Falstaff), Andrei Kymach (Ford), Ivàn Ayon-Rivas (Fenton), Frederica Guida (Nanetta), Marie-Nicole Lemieux (Mrs Quickly)…
Opéra-Bastille les 18, 21, 24, 27, 30 septembre 2024 à 19h30. Le 15 septembre à 14h30. Durée : 2h40.
Daniel Auteuil prendra-t-il la défense de Grégory Gadebois, accusé du meurtre de sa femme ? Un film judiciaire de facture assez traditionnelle mais tout à fait réussi
On sait bien que Daniel Auteuil est l’un de nos plus grands acteurs, même s’il lui est arrivé de se fourvoyer dans des productions sans grand intérêt. De même que ses premiers pas comme réalisateur avec des adaptations de Pagnol avaient pu laisser dubitatif. Mais il revient avec Le Fil qu’il considère lui-même comme son véritable passage derrière la caméra.
Adapté de la nouvelle Au guet-apens : chroniques de la justice pénale ordinaire de l’avocat pénaliste Jean-Yves Moyart, alias Maître Mô, le scénario trace le portrait d’un avocat, Jean Monnier (Daniel Auteuil), qui prend en charge la défense d’un homme (Grégory Gadebois) accusé du meurtre de sa femme et qu’il croit innocent… Sur une trame assez convenue, Auteuil parvient à tisser les fils d’une relation complexe, entre vérité et culpabilité.
Le film repose beaucoup sur un casting et une direction d’acteurs très inspirés, comme c’est souvent le cas pour des films dirigés par des acteurs : bon sang ne saurait mentir !
Inspirée par le parcours personnel du pianiste et homme d’affaires d’origine libanaise Omar Harfouch, la tournée internationale qui débute se veut une plateforme promouvant la paix et le dialogue interculturel, en transformant l’émotion musicale en engagements concrets pour la paix dans le monde. L’optimiste entrepreneur explique ici sa démarche.
Que peut l’art face aux souffrances de l’humanité ? Rien, balaieront les fatalistes et défaitistes ; tout, répondront les idéalistes. Et si la réponse à cette question digne d’un sujet de philosophie du baccalauréat était, comme souvent en pareille circonstance, à chercher dans la nuance ? Et si, de la même manière que toute forme d’art est, en fonction de son histoire, de sa culture ou de sa sensibilité personnelle, perçue différemment par chaque être humain, le pouvoir de guérison de l’art dépendait, d’abord et avant tout, de la manière dont chacun et chacune d’entre nous crée ou reçoit telle ou telle expression artistique ?
Une œuvre née de l’adversité
C’est cette dernière approche qui, pour le pianiste et compositeur que je suis, s’impose comme une évidence. Né dans un Liban en proie à la guerre civile, c’est dans cette expérience ô combien personnelle et intime de la souffrance humaine que je puise mon inspiration – et comment pourrait-il en être autrement ? Petit garçon, le piano a été mon refuge. Un abri de bois et de cordes derrière lequel l’enfant se calfeutrait en attendant la fin des bombardements. Mais aussi, et surtout, une planche de salut, chaque note apprise en autodidacte s’échappant de l’instrument pour mieux fuir la guerre et panser les blessures, physiques comme émotionnelles, d’un enfant, d’une famille et d’un pays tout entier.
Plus tard, bien plus tard, le destin a bel et bien permis au jeune Omar de quitter, réellement cette fois, cette terre libanaise martyrisée par les hommes. De se réaliser ailleurs, sous d’autres cieux, en Russie, en Ukraine puis en France. Et si la vie et le travail lui ont offert de s’élever au-dessus de sa condition d’origine, jamais l’enfant en lui ne s’est tu. Jamais l’enfant de Tripoli n’a oublié. Jamais les yeux de l’adulte ne se sont détournés de la souffrance, de la division et de la guerre qui ravagent, aujourd’hui plus que jamais, notre monde. C’est de ce parcours, singulier, et de cette sensibilité, personnelle, qu’est né le Concerto pour la paix.
Un message universel de paix
Présentée en première mondiale le 6 mars dernier au Théâtre de Béziers, cette composition pour piano, violon et orchestre se propose, en un unique mouvement de 17 minutes, de transfigurer la douleur du passé en un appel à l’unité et à la réconciliation. Arrangé avec la complicité de mon ami d’enfance Houtaf Khoury, le Concerto pour la paix a été imaginé, dès sa conception orchestrale, comme un reflet du monde pacifié que nous voulons voir advenir ; c’est pourquoi nous avons tenu à ce que des instruments originaires du Moyen-Orient côtoient, au sein même de l’orchestre, les violons et autres instruments à cordes et à vent de la musique classique occidentale. Comment, autrement dit, transmettre un message de paix et d’harmonie si celles-ci ne règnent pas, d’abord, entre les musiciens sur scène ?
Il est impossible, pour les membres d’un orchestre quel qu’il soit, de connaître personnellement et intimement l’ensemble des musiciens avec lesquels ils jouent. Mais il leur est tout aussi impossible, sinon davantage, de jouer ensemble s’ils ne s’écoutent pas, s’ils ne se respectent pas mutuellement, s’ils n’embrassent pas leurs différences – ethniques, religieuses, politiques, etc. Un équilibre fragile, mais un équilibre possible : c’est cette sensation, cette vision, cet espoir que notre Concerto entend, à travers l’émotion musicale, véhiculer au public. Pour que cette émotion se transforme, espérons-le, en actions tangibles. Pour qu’elle inspire, chez celles et ceux qui la reçoivent – et notamment chez les dirigeants politiques –, des projets de réconciliation, de pardon et de paix.
De l’émotion à l’action
L’art n’a pas à être politique, s’écrieront les puristes. Ce serait oublier, pour ne parler que du domaine musical – et sans bien sûr me comparer à ces illustres figures – qu’en leurs temps Chopin, jouant La Polonaise quand le tsar russe entrait en Pologne, ou Tchaïkovski, défiant Napoléon avec son Ouverture solennelle 1812, ne tremblaient pas devant la politisation de leur musique. Réunis le 18 septembre au Théâtre des Champs-Élysées, les quelque 300 décideurs, diplomates et personnalités influentes qui assisteront au Concerto pour la paix seront, à leur tour, appelés à s’engager, très concrètement, pour un monde pacifié.
C’est aussi dans cette perspective que j’ai souhaité inscrire la tournée internationale qui suivra le concert parisien, conçue comme une plateforme encourageant la paix et le dialogue interculturel. Dans cette perspective encore que nous jouerons, en décembre, devant l’assemblée des Nations Unies de Genève. Et dans cette perspective, toujours, que nous poursuivrons : au Vatican, à Shangaï, devant le parlement italien et partout où les femmes et hommes de bonne volonté se montreront prêts à ouvrir leur cœur – à la musique, à l’autre, à la possibilité, toujours remise sur l’établis, d’un monde meilleur. Parce que la paix devient urgente. Que les artistes ne peuvent se taire. Et que nos dirigeants ne peuvent refuser d’entendre.
Partout dans le monde, le retour des frontières signe l’échec des immigrationnistes
La révolte des peuples maltraités sonne la fin des idéologues déjantés. Une même colère existentielle annonce, aux États-Unis comme en Europe, le retour aux frontières protectrices. C’est le rejet des élites déracinées qui pousse Donald Trump vers la victoire contre Kamala Harris, qui a néanmoins réussi son débat de cette nuit. La France, dont le gouvernement de Michel Barnier sera mis sous la surveillance de l’indésirable RN, n’échappe pas à cette révolution conduite par les parias d’hier. L’hypothèse d’un ministère de l’Immigration a été évoquée dès mardi. Mais c’est l’Allemagne qui, lundi, a le plus spectaculairement illustré le revirement des dirigeants universalistes et xénophiles, confrontées à la résistance des autochtones. Répondant à la puissance des votes protestataires de l’Afd en Saxe et en Thuringe en attendant le Brandebourg, le gouvernement d’Olaf Scholz a annoncé le rétablissement des contrôles à ses entrées française, luxembourgeoise, néerlandaise, belge et danoise. Des contrôles existaient déjà aux frontières avec la Pologne, la République tchèque, l’Autriche et la Suisse. Or, en 2015, Angela Merkel avait été unanimement saluée par les perroquets à cartes de presse et les dirigeants brasseurs de nuages pour avoir ouvert son pays à un million de réfugiés syriens et irakiens. Le Point (10 septembre 2015) avait fait sa une sur « L’incroyable Madame Merkel. Si seulement elle était française… ».Le Monde avait salué « la fierté de l’Europe » en réclamant pour elle le prix Nobel de la paix. Anne Hidalgo avait déployé ses banderoles « Bienvenue à Paris », en anglais et en arabe…
L’urgence est de soutenir la libération en cours des esprits. L’emprise des propagandistes dingos doit cesser. Ceux-ci marchent sur la tête depuis près d’un demi-siècle. En 2015, quiconque criait « au fou ! » en observant la légèreté compassionnelle de Merkel était évidemment accusé de racisme par le discours dominant. Ce qui est advenu était pourtant annoncé par les lanceurs d’alerte : terrorisme islamiste, insécurité croissante, flambée de l’antisémitisme musulman. Comme la France, l’Allemagne a été, depuis 2015, la cible de plusieurs attentats islamistes. La dernière attaque au couteau remonte au 24 août, à Solingen : un réfugié syrien y a tué trois personnes. Le 5 septembre, un attentat contre le consulat israélien à Munich a été déjoué. L’Allemagne, qui croyait faire repentance de son racisme hitlérien en s’ouvrant au monde, a importé comme prévu la judéophobie de la culture islamique. En France, l’appel à « mener l’intifada à Paris », lancé dimanche place de la Nation par Elias D’Imzalene (Fiché S), proche de la France insoumise, est venu rappeler aux somnambules que l’islamisme importé, sous les encouragements de la gauche et des organisations antiracistes, est en train d’attiser la guerre civile, selon un processus décrit par votre serviteur dès 2016 (La guerre civile qui vient, Editions Pierre-Guillaume de Roux). Rimbaud avait 17 ans quand il écrivit (Le bateau ivre, 1871) : « Je regrette l’Europe aux anciens parapets ». Les frontières reviennent enfin. La nostalgie est une idée moderne.
Jusqu’à dimanche, le festival de danse de Biarritz, « Le Temps d’aimer », offre une programmation qui fait la part belle aux compagnies osant le répertoire néoclassique. Il n’y a pas que des réussites, mais l’ensemble vaut le détour !
Y a-t-il des festivals pour ville de droite ? Une esthétique, des tendances artistiques plus appréciées par un public votant à droite ? La question peut paraître saugrenue, sinon totalement incongrue. Et pourtant ! Même aujourd’hui, où les lignes de partage entre la droite et la gauche paraissent un peu confuses, un public qui vote à droite pourrait être effectivement bien plus conservateur, moins aventureux qu’un autre qui voterait à gauche. À Biarritz, et dans une contrée où bien des mairies sont tenues par des partis de droite depuis des décennies, le propos paraîtrait cohérent. « Mais cette année les circonscriptions basques ont envoyé trois députés du Nouveau Front populaire à la Chambre et ce qui était peut-être valable il y a dix ans encore ne l’est plus guère avec l’évolution de la population et le rajeunissement du public », observe Thierry Malandain, le directeur de Ballet de Biarritz et du festival de danse baptisé Le Temps d’aimer.
Ballets de Monte-Carlo, Ballet de Schwerin, Ballet de Berne, Ballet de l’Opéra de Metz, Ballet de l’Opéra d’Avignon et même le rejeton abâtardi du Ballet national de Marseille : sans tourner le dos aux petites compagnies de danse dite contemporaine, pour la 34e édition du festival, le chorégraphe Thierry Malandain n’y est pas allé par quatre chemins et a beaucoup donné du côté d’institutions longtemps néo-académiques.
Une programmation réactionnaire ?
Une programmation réactionnaire ? Sans doute, mais pas au sens détestable ou passéiste du terme. Réactionnaire, au sens de réactif. En réaction à ce qui se fait partout ailleurs en France, à Paris surtout où l’on a depuis bien longtemps pris ostensiblement parti pour la danse contemporaine au détriment de la danse dite néo-classique qui fait pratiquement figure, dans les milieux autorisés, de reliquat déshonorant d’un ancien monde dont on a d’ailleurs perdu la mémoire.
Or, si la danse contemporaine a effectivement tenu le haut du pavé tant que les chorégraphes de génie ou de talent foisonnaient, c’est-à-dire dans les dernières décennies du XXe siècle, elle s’est douloureusement tarie pour devenir à son tour tristement académique en obéissant à de nouveaux poncifs, à des procédés obligés qui sont la planche de salut d’innombrables artistes sans talent. De leur côté, les compagnies de ballet se sont fréquemment métamorphosées. Réformé dès les années 1970, mais surtout sous la direction de Yorgos Loukos, le Ballet de Lyon en a été le plus brillant exemple en devenant le héraut de l’élite des chorégraphes modernes toutes tendances confondues. Dans la foulée, après un temps de réflexion assez conséquent tout de même, les compagnies de ballet françaises, souvent liées à des maisons d’opéra, comme à Bordeaux, à Toulouse, à Strasbourg, à Nancy, à Nice… ont abandonné leurs poussiéreux oripeaux pour évoluer et s’ouvrir à des esthétiques plus en accord avec le temps, tout en prêtant d’excellents interprètes à un répertoire contemporain ainsi transfiguré. Sans malheureusement éviter les faux pas : soit en invitant sans discernement des artistes médiocres pour se donner à bon compte une touche de modernité, soit en jetant par-dessus bord, et sans plus de discernement non plus, tout un répertoire néo-classique où il y a des merveilles à sauver ou à ressusciter. Car comme toujours en France, un héritage sans doute de 1793, on croit devoir honnir en bloc ce qu’on adorait hier, comme pour s’acheter une bonne conduite de révolutionnaire.
Bien seul dans le paysage
C’est un peu contre cet abandon d’une danse pensée, écrite, mais encore exécutée par des danseurs de qualité comme le sont ceux de sa propre compagnie, que s’érige Thierry Malandain, désormais bien seul dans le paysage. Contre cette inculture généralisée qui touche en premier chef ceux qui se sont intronisés chorégraphes, mais qui n’ont ni vocabulaire, ni savoir faire, ni même la moindre idée de la construction d’un ouvrage, et que bénit un ministère de la Culture destructeur, sans vision, sans projet, aux mains de médiocres dont on ne mesurera jamais assez la sottise et les effets de nuisance.
Le malheur a toutefois voulu que les premiers spectacles du festival qui fait accourir un public de quelque 33 000 spectateurs, fidèle, mais aussi renouvelé, patiemment construit au fil des années à coup de répétitions publiques, de travail dans les écoles, de manifestations ouvertes à tous, un public venu d’un vaste territoire qui court de l’Espagne aux Landes, le malheur a voulu que les spectacles qu’on a pu voir aient été franchement médiocres et qu’ils donnent cruellement raison aux détracteurs des troupes néo-académiques. Entre la production du Ballet de Berne censée évoquer l’univers mental de Don Quichotte, l’une des choses les plus creuses, les plus insignifiantes qu’on ait pu voir dans une vie de spectateur déjà fort longue, confiée à un « chorégraphe » et à un « compositeur » taïwanais, et celui exhibé par une troupe espagnole, Kor Sia, prétendant évoquer Pétrarque par une gymnastique d’une affolante indigence, le bilan n’est guère heureux. Et ce n’est pas le Ballet de Schwerin qui le fait franchement basculer.
La duchesse d’Orléans
Schwerin ! En France, on n’en avait plus entendu parler depuis 1837, date du mariage du duc d’Orléans, le fils ainé du roi des Français, avec la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin, aïeule de presque tous les princes d’Orléans d’aujourd’hui.
La petite capitale du Land de Mecklembourg-Poméranie, Schwerin, a évidemment son Théâtre d’État et son ballet comme toutes les villes allemandes de quelque dignité. C’est ici une compagnie néo-classique sans grande envergure, mais tout à fait honorable, porteuse d’un spectacle construit sur des pages de Jean-Sébastien Bach et parfaitement représentatif de ce que peut produire une telle formation : quelque chose qui n’est pas insupportable, mais tellement fade, tellement incolore, en un mot parfaitement inutile, qu’on se demande à quoi peut bien servir cette troupe de danseurs, sinon à faire ainsi évoluer sans fâcheuse surprise la digestion vespérale des bourgeois du Mecklembourg qui d’ailleurs ne doivent même plus savoir que leur Hélène devait devenir reine des Français. Près de San Sebastian, où l’on a présenté la production mecklembourgeoise avant qu’elle ne soit affichée à Biarritz, en plein cœur du Pays-Basque espagnol où le festival a l’intelligence de rayonner en brisant les antiques frontières, le public a accueilli cette soupe tiède avec le même généreux enthousiasme que s’il avait découvert un chef d’œuvre.
De ces premières journées de festival réchappe un seul ouvrage : un duo amoureux, « Crocodile », créé au Théâtre de Bayonne et signé par un artiste basque, Martin Harriague. Une introspection sensible, tout en gestes furtifs, tendres et délicats. Comme Harriague est un enfant du pays, la tendance est de faire de ce duo un miracle. C’est excessif. Il lui manque une force dramatique, une tension qui le porterait à une autre dimension. Mais il n’en n’est pas moins vrai que cette broderie fébrile est honnête, raffinée, qu’elle procède d’une vraie sincérité, même si cette sincérité peut avoir quelque chose de troublant en faisant entrer à l’excès le spectateur dans l’intimité du chorégraphe.
« Crocodile » de Martin Harriague
Un public qui explose
Outre le fait que la création chorégraphique s’effondre avec de pseudos artistes qui se multiplient à l’envi et qui sont coupablement encouragés par des aides multiples venues des pouvoirs publics, trop minces pour leur permettre de subsister, mais trop nombreuses pour ne pas encourager une inflation de prétentions à être un créateur, la cherté galopante des productions, des voyages, des séjours rendent aujourd’hui bien difficile la réalisation du festival. Selon Thierry Malandain : « Avec beaucoup d’argent que nous n’avons pas, nous pourrions faire venir de grandes compagnies et des programmes irréprochables. Bien souvent, de surcroît, le mois de septembre est pour elles l’époque où la saison débute dans leurs villes d’attache, ce qui les empêche de voyager. Alors que nous sommes exposés de toutes parts à des pressions régionales considérables, notre rôle est de faire découvrir au public les multiples tendances du monde chorégraphique. Mais aussi de soutenir des auteurs nouveaux ou des compagnies comme celle de l’Opéra de Metz à qui des tournées hors les murs confèrent une visibilité qui en impose aux pouvoirs publics qui les subventionnent. »
En attendant, la 34e édition du festival se répand cette année dans une douzaine de villes du Pays-Basque. Et se propage jusqu’à Pau. Dans la région, grâce à un travail de longue haleine, le public de la danse s’accroît, explose même. À telle enseigne que les salles des villes voisines, à commencer par le majestueux Théâtre de Bayonne, se sont toutes mises à programmer des spectacles chorégraphiques pour répondre à la demande du public. Et ce sont les directeurs du Ballet de Biarritz, Thierry Malandain et Yves Kordian, qui sont à l’origine de ce phénomène avec les danseurs de la troupe, en forgeant cette réussite avec autant de passion que de diplomatie.
Le festival est assez éclectique pour reconnaître aussi le talent d’un Thomas Lebrun. Car c’est avec un ouvrage de ce dernier, L’Envahissement de l’être et l’intrépide réalisation de La Mégère apprivoisée que Jean-Christophe Maillot avait magnifiquement chorégraphiée pour le Ballet du Bolchoï, à Moscou et que les Ballets de Monte Carlo ont aussi à leur répertoire, que va s’achever le festival de danse de Biarritz sur des notes brillantes. On découvrira encore le travail du Ballet de Metz, qui désormais s’émancipe de la tutelle du théâtre lyrique auquel il est attaché.
Festival de Danse de Biarritz – Le Temps d’aimer. Jusqu’au 16 septembre www.letempsdaimer.com / 05 59 22 44 66
Par temps de guerre, on oublie les lubies alimentaires ou sur le genre habituellement promues à Bruxelles.
L’Ukraine, depuis février 2022, est devenue le poste avancé de l’Europe contre le despotisme poutinien. Ursula von der Leyen mouille ainsi la chemise (en soie de muga) pour que les 27 pays de l’Union apportent tout le concours nécessaire à la défense des « valeurs européennes » dont Zelinsky est désormais le parangon.
Conformément aux dites valeurs, on imagine dans les tranchées du Donbass, non sans fierté, ces milliers d’hommes déconstruits faisant appel à la part féminine qui sommeillait en eux, dans le but de repousser les soldat-(e)-s russes. On suppute également la discipline de fer qui a dû immédiatement se mettre en place, afin de ne pas mégenrer les éventuels prisonniers adverses capturés sur le front. On se prend à rêver d’un cliché de type Reichstag 1945 digne de celui du photographe soviétique Evgueni Khaldeï, immortalisant les militaires ukrainiens hissant, cette fois au sommet du Kremlin, un autre drapeau, l’arc-en-ciel des fiertés LGBT. Il se murmure d’ailleurs qu’un commando transgenre, épaulé par une brigade non genrée, aurait pris en étau (humm) une division soviétique basée à Koursk, bardée de cuir et de chaînes (l’affrontement n’aurait été ni très viril ni très correct au demeurant).
Côté popote, la traçabilité des gamelles de tout fantassin ne peut qu’être assurée, conformément à la directive européenne JR-55-q27 (alinéa 12), ainsi que la fourniture alternative d’un plat végan ou hallal, au troufion-(e) membre d’une minorité gustative ou religieuse. Sauf, évidemment, en cas d’attaque nucléaire survenue moins de trente minutes avant le service du plat chaud. On soulignera à cette occasion le pragmatisme normatif bruxellois, bien éloigné des clichés populistes.
Renseignements pris, il semblerait que l’Europe mise tout sur la testostérone de mâles sévèrement burnés, qui entendent bien que leurs femmes ne soient pas violées par les Russes – mais qui exigent en revanche que la soupe leur soit servie à l’heure lorsqu’ils rentrent du front. Les « valeurs européennes », c’est quand même plutôt par temps calme, globalement.
Mardi 10 septembre la LFP (Ligue de Football Professionnel) a réélu à sa tête Vincent Labrune, un président forcément empêché: les vrais dirigeants sont les investisseurs étrangers qui ont racheté la majorité des clubs français, une OPA qui a décidé le Sénat à ouvrir une enquête.
Connaissez-vous l’honorable James Zhou ? En 2016 cet homme d’affaires chinois a racheté l’AJ Auxerre, le club bourguignon dont l’emblématique Guy Roux a assuré la notoriété pendant 44 ans… À Marseille, c’est l’Américain Frank McCourt qui est aujourd’hui propriétaire de l’OM, dont Bernard Tapie avait fait un grand d’Europe. Du côté de Saint-Etienne, les Verts, légendes des années 70, sont désormais la propriété du groupe canadien Kilmer Sports. Dans la capitale des Gaules, Jean-Michel Aulas, président du club durant 36 ans, a fini par vendre l’Olympique lyonnais à l’Américain John Textor. Promenade des Anglais, le big boss de l’OGC Nice est of course le très british sir Jim Ratcliffe. À Monaco, c’est le Russe Dmitri Rybolovlev qui dirige le club de la principauté. Le Havre, doyen des clubs français, est tombée dans l’escarcelle de l’Américain Vincent Volpe. À Paris, depuis 1991 le Qatar préside aux destinées du PSG, qu’il s’est offert pour le prestige d’associer l’émirat à la ville-lumière.
Venez comme vous êtes…
Strasbourg et Toulouse ont été rachetés par BlueCo et RedBird, des groupes d’investisseurs américains, Lille par un fonds de placement luxembourgeois. Le RC Lens appartient à un Franco-libano-arménien, le FC Nantes à un Franco-polonais, le SCO Angers à un Franco-algérien… Bref, sur les 18 clubs qui participent à la ligue 1, le championnat de France de football organisé par la LFP, il n’y a que quatre clubs qui naviguent sous pavillon français, Montpellier, Brest, Reims et Rennes.
Pour couronner le tout, le championnat a pour nom officiel « la ligue McDonald’s », les matches sont diffusés en France par le groupe anglais DAZN, et pour sauver les meubles, la LFP s’est associée au fonds luxembourgeois CVC, qui a avancé 1,5 milliard d’euros dans l’affaire, ce qui fait de ce groupe le grand argentier du foot français.
Sur le terrain, les étrangers sont également majoritaires. D’après le site autorisé Transfertmarket, sur les 494 joueurs qui participent à la saison 24/25, 298 sont étrangers, soit 60,3%. Qui représentent 75 nationalités ! En février dernier, la Ligue donnait des exemples. Le club qui comptait alors le plus d’étrangers était l’OM : 25 sur un effectif de 37 joueurs, composant ainsi une étonnante tour de Babel avec 12 Français, 3 Camerounais, 3 Marocains, 3 Sénégalais, 2 Argentins, 2 Belges, 2 Espagnols, 2 Suisses, 1 Anglais, 1 Brésilien, 1 Centrafricain, 1 Congolais, 1 Ivoirien, 1 Gabonais, 1 Panaméen et 1 Portugais !
Paradoxe : les meilleurs joueurs français évoluent à l’étranger, où ils touchent des salaires mirobolants que les clubs français (sauf le PSG qatari) ne peuvent leur offrir. Lors du dernier Euro de football, disputé en juin dernier, sur les 25 joueurs sélectionnés en équipe de France, 17 étaient sous-contrat à l’étranger…
L’arbitre est étranger !
Le décor ainsi planté, on peut se demander pourquoi (hormis le Qatar qui a investi à Paris pour valoriser son image) les investisseurs étrangers misent sur un foot français qui n’est rentable ni au niveau sportif (depuis l’OM de Tapie en 93 et le PSG de Canal Plus en 96, aucun club français n’a gagné une coupe d’Europe), ni sur le plan financier, puisque tous les clubs sont sur la corde raide, à l’exception du PSG qatari.
En revanche, on observe que ces investisseurs multiplient les transferts, je vends quatre joueurs et j’en achète cinq, ou inversement, flux et reflux d’argent permanents, avec des transactions où des commissions sont systématiquement versées, à des intermédiaires dont les comptes numérotés à l’étranger peuvent cacher l’identité des réels bénéficiaires.
Dans d’autres secteurs, comme les casinos ou les sites asiatiques de paris, on parlerait de machine à laver l’argent sale… Mais dans le foot, c’est bien connu, il n’y a pas de matches truqués, pas de dopage, pas de blanchiment d’argent…
Le Sénat a néanmoins jugé nécessaire de diligenter une commission d’enquête « sur l’intervention des fonds d’investissement dans le football professionnel français », dont les conclusions seront connues dans six mois.
À en croire médias et réseaux sociaux, les Américains sont au bord de la guerre civile. Des sujets de société tels que l’avortement et le port d’armes séparent les démocrates des républicains. Cependant, derrière les effets de manche et les concours d’invectives, leurs états-majors ont compris que les électeurs aspirent à un certain centrisme.
Si on se fie aux discours publics du personnel politique américain, la détestation entre le Parti républicain et le Parti démocrate est à son comble aux États-Unis.
Le Parti républicain, qui sert depuis plusieurs générations de maison commune aux conservateurs, s’est éloigné de sa tradition calme et pondérée, pour se transformer en cohorte de soutien au mouvement MAGA (« Make America Great Again »), conformément au slogan proposé par le génie du marketing Donald Trump. De sorte que la majorité des responsables républicains d’aujourd’hui se proclament anti-inclusifs, anti-clandestins, anti-avortement, anti-confinement, pro-armes à feu (« pro-gun »), parfois pro-Poutine et toujours pro-Israël.
Le Parti démocrate, quant à lui, patrie présumée des ouvriers, des minorités pauvres et des élites libérales, est obsédé par l’inclusion raciale et sexuelle, prône la régularisation des sans-papiers et veut bien sûr autoriser l’IVG à l’échelle fédérale. Les dirigeants démocrates sont généralement pro-Ukraine, parfois pro-Gaza et souvent excédés par Israël. Tous sont favorables à la réglementation des armes à feu.
Le temps est révolu où les deux appareils se contentaient d’éprouver l’un envers l’autre un sentiment de supériorité bonhomme, comme dans le cadre d’un championnat sportif. L’heure est aujourd’hui à la haine réciproque.
La promotion des politiques dites de « Diversity Equity Inclusion » en question dans les deux camps
Cependant, cette haine commence à paraître artificiellement exagérée. Derrière la surenchère des propos d’estrade et des posts sur les réseaux sociaux, les électorats sont en train de se ramollir discrètement. Certes, la « base » de Trump ne démobilise pas, menée par la quinzaine de députés presque plus trumpiens que Trump lui-même, j’ai nommé le « Freedom Caucus », dont les vingt membres n’ont pas suscité de nouveaux ralliements. Quant aux démocrates, ils étaient, il est vrai encore récemment, en proie au gauchisme le plus caricatural. Mais depuis quelques semaines, la modération politique de Kamala Harris s’est imposée dans les rangs du parti. Les députés wokes, qui forment une « squad » de neuf membres, dont Ilhan Omar, Rashida Tlaib et Alexandria Ocasio-Cortez, n’ont plus le vent en poupe. Il n’y aura d’ailleurs bientôt plus que sept « squadistes », puisque deux des moins connus ont perdu leur investiture, au profit de collègues plus modérés.
Dès le lendemain de l’attentat contre Trump, quand Biden a appelé à la retenue, les états-majors ont pris conscience de l’aspiration des Américains à davantage de centrisme. On peut gager que la victoire du 5 novembre reviendra à celui des deux candidats qui l’aura le mieux compris, et saura le mieux réorienter sa propagande. Certes, de nombreux sujets continuent de diviser violemment les Américains. Parmi eux : le droit à l’avortement ; la promotion des politiques dites de « Diversity Equity Inclusion », « DEI », nouveau nom de la discrimination positive ; la nécessité pour les mâles blancs hétérosexuels de faire repentance à l’égard des Noirs, des femmes, des minorités sexuelles et des Amérindiens ; la transidentité (« pas d’hommes dans le sport féminin », a notamment déclaré Trump) ; la question palestinienne ; l’expulsion massive des clandestins ; le confinement, le port du masque et l’imposition du vaccin en cas de recrudescence du Covid-19.
Notons que, s’agissant des armes à feu, le débat est sans objet, la victoire politique appartenant d’ores et déjà aux conservateurs, malgré une tendance contraire au sein de l’opinion. Environ 60 % des Américains sont favorables à une régulation accrue de la vente et de la détention d’armes, les autres sondés étant soit favorables aux quelques contrôles légers existants ou carrément contre toute régulation. Les candidats conservateurs, inconditionnellement financés par le lobby des armes, estiment que toute restriction sur l’achat d’une arme est liberticide, y compris les procédures banales de vérification de casier judiciaire. Tout candidat favorable même à de légères restrictions voit sa campagne minée par le lobby des armes. Jamais le Congrès n’est parvenu à voter une réelle régulation, si bien que tout le monde peut facilement acheter un AR-15, le fusil automatique dont s’est servi le tireur qui a atteint Donald Trump à l’oreille en juillet.
Donald Trump et son colistier le sénateur de l’Ohio, J. D. Vance, à la convention républicaine de Milwaukee, 16 juillet 2024 Photo: Annabelle Gordon/CNP Photo/SIPA
Il faut aussi mentionner un autre point de division entre les Américains : la question de la centralisation du pouvoir. De nombreux habitants des États du Sud, ces territoires qui ont résisté à la déségrégation raciale dans les années 1960, sont attachés à la notion de « States Rights » (les droits des 50 États). Leur problème actuel est de mettre fin à l’interventionnisme fédéral progressiste sur les questions sociétales comme celle de l’IVG. Or, pour son hypothétique deuxième mandat, Donald Trump semble ambitionner lui aussi de renforcer les pouvoirs de la Maison-Blanche et de Washington. Les documents de campagne disponibles sur la plateforme officielle du parti républicain et le « Project 2025 » édité par le think tank conservateur The Heritage Foundation recommandent un interventionnisme présidentiel hypermusclé. Dans ce dossier, les marqueurs idéologiques sont en train d’évoluer, voire de s’inverser : les républicains MAGA semblent résolus à ne distribuer que quelques vagues pouvoirs symboliques aux États fédérés tout en instituant de nouvelles prérogatives fédérales. Pour l’heure, les autonomistes conservateurs n’ont ni le temps ni l’envie d’aller jusqu’au bout de la question. Ils auront tout loisir d’y penser plus tard en cas de victoire de leur candidat.
Aujourd’hui les invectives demeurent donc encore au cœur du discours des candidats. Mais pour combien de temps encore, et avec quelle intensité ? Pour Donald Trump, Kamala Harris est une « gauchiste radicale » et une corrompue puisque Joe Biden l’est aussi à ses yeux. De son côté, Harris dépeint Trump comme un harceleur sexuel, un escroc et un séditieux, en plus d’être un ennemi des minorités sexuelles et ethniques. Biden lui-même répétait sans cesse que Trump était un menteur.
À l’étage du dessous, c’est-à-dire si on se penche sur le cas des deux candidats à la vice-présidence, le démocrate Tim Walz et le républicain J. D. Vance, c’est une autre musique qui se joue : chacun rivalise dans l’art de paraître plus rural-populiste que l’autre.
Walz et Vance, colistiers scrutés par l’opinion publique américaine
Tim Walz, colistier de Kamala Harris et gouverneur démocrate du Minnesota, est un progressiste pur sucre. Cet ancien instituteur, militaire de réserve, chasseur et pêcheur, issu d’une famille modeste d’agriculteurs, a pratiquement interdit la « thérapie de conversion » dans son État, c’est-à-dire la pratique consistant à changer des homosexuels en hétérosexuels. Il est également favorable à l’avortement comme droit pour toute femme. Enfin, après la mort de George Floyd en 2020, il a rétabli l’ordre public en mobilisant de son propre chef la garde nationale. Ce faisant, il a essayé de se créer une niche : quelqu’un qui sait être de gauche sans être entièrement relié à la cause woke. Il renoue avec une vieille tradition de bon sens populaire du Midwest.
Face à lui, J. D. Vance, sénateur de l’Ohio, élevé par une mère célibataire accro aux opiacés et à l’alcool, met en avant son passage dans les US Marines. Après quelques années comme juriste, il a écrit en 2016 un livre remarqué, Hillbilly Elegy (littéralement : « Élégie pour les ploucs montagnards »), dans lequel il présente Trump comme un usurpateur trompant les pauvres Blancs du Sud. Mais au bout de quelques années, Vance a opéré une volte-face spectaculaire, pour devenir un fervent soutien du milliardaire… Un revirement dont il n’a pas honte. Bien au contraire, le docteur en droit de l’université de Yale est un adepte de la « rédemption ». Le 17 juillet, dans son discours à la convention de Milwaukee, qui l’a désigné colistier de Donald Trump, il a d’ailleurs salué la guérison de sa mère, « propre et sobre depuis dix ans ». Des paroles typiques de la religion évangélique dans laquelle il a été élevé ; mais pour le moins étonnantes quand on sait que Vance s’est converti au catholicisme et a épousé une juriste hindoue.
Autre point de divergences entre démocrates et républicains : l’environnement. Trump qualifie d’arnaque les mesures écologiques de Biden, alors que les emplois verts ne cessent de se multiplier aux États-Unis. Pour lui, les automobiles électriques, celles-là mêmes qui sont fabriquées par son sympathisant Elon Musk, le patron de Tesla, sont une aberration économique… Côté démocrate, Kamala Harris vante les mérites des énergies renouvelables, et parle d’indépendance énergétique internationale, non sans accents nationalistes.
Les Américains des deux bords peuvent-ils s’y retrouver en fin de compte ? Sur l’avortement, une majorité d’Américains dans tous les sondages sont favorables au droit de choisir pour les femmes. Pendant combien de temps l’interdiction rampante introduite par la Cour suprême peut-elle être maintenue ? Il est vrai que Donald Trump lui-même rétropédale : il ne souhaite plus une loi fédérale interdisant l’IVG, renvoyant dès lors la décision à chaque État fédéré.
Le 6 août 2024 à Philadelphie, lors de son premier meeting de campagne, Tim Walz a répété un message qu’il ne cessait de déclamer depuis plusieurs semaines : les républicains sont « weird » (« bizarres »). « Vance est allé à l’université de Yale, c’est ça un homme du peuple ? a-t-il notamment déclaré. Lui et Trump sont diablement weird. » Un mot qui a fait mouche dans les sondages. Depuis, Trump et Vance tentent de retourner le weird contre l’envoyeur, mais même les commentateurs de la chaîne conservatrice Fox News estiment que cette tactique n’a pas marché.
Ce qui est vraiment weird, c’est plutôt la faille grandissante entre les attentes des Américains raisonnables des deux bords, et la propagande clivante des candidats. Y a-t-il vraiment deux Amériques qui se haïssent à mort ? Beaucoup le pensent. Une moitié des Américains, sondés en mai par une étude conduite par l’Institut Rasmussen, redoutent que des violences armées se produisent dans le pays de leur vivant. La tension exacerbée entre les états-majors de droite et de gauche peut-elle aboutir à un scénario de guerre de Sécession (1861-1865) ? Possible, mais de moins en moins plausible. Les Américains ne semblent pas désireux de s’entretuer comme en 1861-1865. Ils ont vu le résultat : 700 000 morts.
Le président d’Avocats sans frontières demande l’interdiction de la France insoumise
Contre LFI, une seule solution : la dissolution ! Je sais, c’est gros. Gros comme un parti politique représenté à l’Assemblée nationale. Mais deux vérités juridiques autant que politiques s’imposent si l’on veut s’extraire du carcan psychologique de notre conditionnement médiatique.
Première vérité : si un parti très à droite utilisait la même phraséologie antisémite et violente que la France insoumise, parti quant à lui situé à l’extrême gauche, il aurait été dissous depuis longtemps et n’aurait, par voie de conséquence, pas pu présenter de candidats. Il faut y voir, bien sûr, le bouclier protecteur de ce que j’ai nommé le « privilège rouge ». Un privilège tellement exorbitant que si on n’hésite pas à situer le Rassemblement national à l’extrême droite malgré son recentrage, on s’interdit de placer la France insoumise à l’extrême gauche, malgré sa radicalisation.
Seconde vérité : à quoi sert l’arme juridique de la dissolution dès lors qu’on n’ose pas l’employer contre la plus dangereuse des entités ? Sauf à dire que, lorsque celle-ci est trop grosse, elle ne peut plus tomber, à l’instar des grandes banques prises en flagrant délit de faillite frauduleuse, dont les Anglo-Saxons disent qu’elles sont « too big to fail ».
Nul ne sait plus que votre serviteur combien demander la dissolution des Insoumis est irréaliste et candide. Mais mon goût pour l’équité me commande de la réclamer par principe moral et juridique.
Comment accepter qu’un Thomas Portes, député insoumis, appelle à l’action populaire contre les athlètes israéliens en pleins Jeux olympiques ?
Comment accepter qu’une Mathilde Panot, députée insoumise, ose encore jeter le discrédit contre les policiers mis en cause dans l’affaire Adama Traoré, ce délinquant peint en martyr, alors que lesdits policiers ont été innocentés ?
Comment accepter qu’une Ersilia Soudais, députée insoumise, dont la sottise ne vaut pas excuse, accueille en héros un Salah Hamouri condamné pour avoir tenté d’assassiner un rabbin ?
Comment accepter qu’une Rima Hassan, élue insoumise au Parlement européen, puisse participer en Jordanie à une manifestation pro-Hamas, sous les bannières de l’organisation terroriste et au milieu d’incantations en hommage à son défunt chef ?
Un parti politique qui ne met aucun frein à de telles sorties de route n’est pas digne d’exister dans un régime démocratique. Sauf que l’impunité politique, médiatique et juridique dont il jouit, pour cause non seulement de privilège, mais aussi parce qu’il représente désormais, par sa radicalité identitaire, la frange la plus extrême de la population, et qu’il fait tout pour importer de gré ou de force toujours plus d’extrémistes, prouve que nous ne vivons plus dans un régime démocratique.
Nul ne se hasardera à la demander. Raison de plus pour la proposer. Pas seulement pour l’honneur, mais pour prendre date. La France insoumise n’est pas un parti démocratique. Il est temps d’en tirer les conséquences.
Résistance, volonté, travail, courage : l’été à Béziers n’a cessé de me confronter à des êtres incarnant pleinement et merveilleusement ces qualités. Comme pour mieux me rappeler leur pendant : humilité et force morale. Enseignements d’une défaite en politique.
Liberté
L’été a très mal commencé pour moi. Avec une sévère défaite aux élections législatives. Pas vraiment anticipée, pour être honnête. L’échec a été difficile à avaler. Face à cela, j’avais deux solutions. Non, en fait, il n’y en avait qu’une : se remettre en selle immédiatement. C’est ce que j’ai tenté de faire en repartant travailler à la mairie de Béziers dès 7 h 30 le lendemain matin. En dressant la liste des dossiers importants que je gérais en tant que député. Et que je continuerai à suivre en tant que conseillère municipale. Ne jamais se résigner.
Je refuse de me laisser envahir par l’amertume. J’aime ma ville et les Biterrois. Je continuerai à travailler pour eux. Différemment. Et même si le sentiment d’injustice continue de temps en temps à pointer le bout de son nez, le travail guérit de tout… Plus qu’une chose à faire : savourer pleinement – une fois n’est pas coutume – l’été biterrois. Avec quelques points d’orgue. Et un sentiment de liberté retrouvée.
Résistance
Raimond Trencavel le premier est venu me faire la leçon. Huit siècles plus tard ! En 1209, le vicomte et sa famille règnent sur Béziers, dans un esprit de tolérance peu commun à cette époque – et probablement à la nôtre encore. Alors qu’ils sont souvent persécutés ailleurs, les juifs participent à l’administration de la ville et vivent en bonne entente avec l’ensemble de la population. De même, les cathares, cette minorité pacifique qui a fait sécession avec l’Église, est protégée. Ce n’est du goût ni du roi de France ni du pape de l’époque. Les deux vont donc s’entendre pour réduire à néant cette anomalie, ce Béziers trop libre qui pourrait faire des émules.
Le 22 juillet 1209, c’est l’invasion. Des milliers de Biterrois sont massacrés. « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », aurait dit Simon de Monfort, le prélat du pape, chef de la croisade. Béziers n’est plus qu’un immense hurlement. Une plaie béante. Trencavel est bouleversé. Et décide de défendre ce qu’il est encore possible de défendre. Mais l’ennemi est plus fort. Trencavel, réfugié dans sa citadelle de Carcassonne, est capturé. Débute alors son martyre. Il faut tuer le symbole qu’il est devenu. Il est jeté dans un ignoble trou infesté de vermines. On l’y laissera pourrir, sans aucune pitié. La loi du roi de France règne désormais en Languedoc.
Huit siècles plus tard, justice lui est enfin rendue dans notre ville : une statue de plus de trois mètres de haut de notre ancêtre commun vient d’être érigée en ce mois de juillet, juste à côté de la cathédrale, abritée par les arbres lui offrant une ombre bienvenue en ces chaleurs estivales. Et surtout, nous rappelant que nous sommes les héritiers de cette épopée unique, exceptionnelle et que nous devons en être dignes. Une leçon de courage à méditer…
Jeux olympiques
Non, je ne vous parlerai pas de la cérémonie d’ouverture. Tout a été dit ou presque. On les a tous entendus. Ceux qui l’ont trouvée choquante ; ceux qui l’ont trouvée formidable ; et même ceux qui y ont vu la marque de satan, c’est vous dire… Comme j’ai décidé d’être positive, je ne me souviendrai que de la ferveur du public, de La Marseillaise entonnée à chaque instant, des drapeaux bleu, blanc, rouge agités pour encourager nos sportifs. Et puis, des exploits de Léon Marchand (gageons que son prénom se hissera très vite dans le top 10 des nouveau-nés à venir), des essais d’Antoine Dupont, des médailles d’or homériques de Teddy Riner ou encore des performances de Félix Lebrun… Je suis injuste pour tous nos autres athlètes, mais ils me pardonneront : la moisson a été plus que fructueuse et c’est tant mieux !
Art équestre
Devenu rendez-vous incontournable de l’été à Béziers, nous accueillons chaque année avec un immense plaisir les Folies Gruss. Et pour deux mois. Quel talent ! Quel travail aussi… C’est la première fois que le spectacle sera présenté sans Alexis, le patriarche parti en avril dernier. Stéphane, Maud et Firmin, ses trois enfants, sont là. La conférence de presse déborde d’émotion. Quand les mots se font difficiles pour l’un, un autre prend le relais. Une vraie famille. Qui sait, elle aussi, résister à l’air du temps…
Feria
Pas d’été à Béziers sans sa feria. Cinq jours de fête non-stop, du matin jusque tard dans la nuit. Qui n’a pas vécu sa feria n’est pas un vrai Biterrois. Elle commence par une messe dans les arènes, qui a réuni 6 500 personnes cette année ! Ce qui n’empêche pas les râleurs de service de tempêter comme chaque fois contre le sacro-saint principe de laïcité qui ne serait pas respecté… Chez nous, on les appelle les « anti-tout ». Anti-chasse, anti-corrida, anti-crèche de Noël, anti-messe dans les arènes : le spectre est large et ils n’abandonnent jamais. Nous non plus…
Qui dit feria dit corrida. Dans les arènes, nous croisons Gaël Tchakaloff, qui vient d’écrire un livre sur Léa Vicens, superbe torero à cheval qui a une nouvelle fois triomphé chez nous. L’écrivain a suivi durant un an cette femme hors norme, qui a su, seule, se faire une place dans un monde totalement masculin – on peut dire machiste – et qui ne lui fait pas de cadeau. Où l’on découvre – ou redécouvre – les efforts, la volonté, le courage, la quantité de travail incroyable qu’il lui a fallu fournir pour arriver à ce résultat exceptionnel. Un livre d’autant plus intéressant que Gaël Tchakaloff le dit d’entrée : la corrida lui fait horreur. Ancien matador, devenu banderillero avec Léa Vicens, José Maria résume : « L’art tauromachique inculque la force d’âme. La corrida défend le courage, l’honnêteté, la franchise, la persévérance, le don de soi, l’éthique, le respect de l’autre, de l’animal et de la nature. » Il faudrait peut-être rendre la corrida obligatoire…
Premier ministre
Pendant ce temps, le feuilleton politique de l’été se poursuit. À l’heure où je boucle cette chronique, Emmanuel Macron prend son temps. Et consulte toujours. Je repense à la vie hors norme, exceptionnelle de nos champions olympiques, de la famille Gruss, de Léa Vicens. Et si on invitait le président de la République à venir à Béziers ?
Il faut bien se représenter ce qu’était Verdi en 1893 : fringuant nonagénaire, idolâtré par le peuple italien, adulé de l’Europe cultivée, richissime, le compositeur coule une bucolique mais active retraite de gentilhomme campagnard dans son domaine de Sant’Agata, supervisant les travaux agricoles en entrepreneur avisé – créant un hôpital, faisant assécher des marais… Wagner, son grand rival et exact contemporain, est mort subitement à Venise 10 ans plus tôt. Depuis la création d’Otello à la Scala de Milan en 1887, le compositeur n’a plus écrit d’opéra. Il remanie d’anciennes partitions, fait de la musique religieuse. Verdi n’a pourtant rien d’une momie, mais tout d’une icône : en 1889, la presse milanaise a mis sur pied un grandiose « jubilé Verdi », hommage national au patriarche, indissociablement révéré alors comme artiste et comme patriote, tout autant par l’homme de la rue que par l’austère souverain Umberto 1er (1844-1900). Verdi n’a plus rien à prouver.
Burlesque
Boïto, son fidèle et formidable librettiste, piétine alors depuis pas mal de temps sur un Nerone qu’il n’arrive pas à livrer : cette même année, le voilà donc qui suggère au vieillard une alternative. Pourquoi pas un opéra-bouffe ? Voilà qui distrairait, qui amuserait Verdi dans ses vieux jours, lui qui cinquante ans plus tôt, avec Un jour de règne, s’était essayé à ce genre sans plus jamais y donner suite… Et Boïto de lui envoyer un projet de livret titré Falstaff, adaptation des Joyeuses Commères de Windsor, et des pièces Henri IV et Henri V de Shakespeare – que Verdi vient de relire avec enthousiasme. Or, coup sur coup, le compositeur a perdu deux amis très chers, tous deux plus jeunes que lui : Faccio, directeur de la Scala puis du conservatoire de Parme ; et Muzio, un disciple plus ou moins raté. La claire conscience de son grand âge l’incite à ne plus rien ajourner. Verdi se prend au jeu, travaille d’arrache-pied : la partition sera livrée aux éditions Ricordi le 18 septembre 1893. Totalement démarquée d’un contexte où l’Italie, avec Cavallerieria Rusticana de Mascagni, puis I Pagliacci de Leoncavallo, commence à découvrir les vertus – un peu courtes – du vérisme (soit un réalisme musical puisant ses effets dans la trivialité du quotidien).
Stupéfaction ! Avec Falstaff, ce sont les données mêmes du théâtre lyrique, comme celles du langage musical, qui sont bouleversées. À 90 ans, pour son ultime opéra, Verdi « rajeunit » radicalement un genre toujours menacé de sclérose : Falstaff préfigure l’opéra du XXème siècle. Ici, plus de ces arias ou de ces duos virtuoses dont le bel canto s’était fait la spécialité. Les trames sont rompues, se superposent, se cumulent. L’œuvre est une mosaïque, un kaléidoscope. Réponse tardive à la géniale unité du drame lyrique wagnérien ? Dans Falstaff, la prodigieuse inventivité de la matière musicale se conjugue à la frénésie burlesque de l’intrigue.
Photo : Vincent PONTET
Opéra – comique ? Falstaff est aussi loin de la comédie bourgeoise que du tragique des Vêpres Siciliennes, de Don Carlo ou de Macbeth… Pire : l’honneur et la passion – topos verdiens par excellence – y figurent ici LA cible obsidionale ! Dans les trois actes de l’opera buffa, tout est théâtre, carnaval. Terrassé par les femmes (grands vainqueurs du complot ourdi contre lui), le filou libidinal, ivrogne et obèse reconnaît in fine que « tutto nel mundo è burla – tout au monde n’est que farce » ! Dénouement ironique qui atteste le pessimisme fondamental du génie verdien : renaissant, crépusculaire.
Datée d’il y a déjà un quart de siècle, la mise en scène « dix – neuviémisée » de Dominique Pitoiset vieillit décidément aussi bien que Giuseppe Verdi. L’Opéra Bastille n’avait pas donné cette régie millésimée 1999 depuis… 2017 ! La transposition de l’intrigue élisabéthaine dans une pluvieuse Angleterre fin-de-siècle où coulisse latéralement – unique décor en extérieur couvrant les trois actes – une façade de briques salie par le charbon, maculée d’enseignes peintes alignant : garage non loin d’un tacot rutilant, hôtellerie de la Jarretière, maison de Ford, parc de Windsor, égout où dégringolera, jeté par la fenêtre, le panier dissimulant le pauvre Falstaff, – tout cela fonctionne parfaitement.
A contre-courant de la doxa néoféministe
Littérale et lisible, la mise en scène, une fois n’est pas coutume, ne fait pas fi des accessoires imposés par le livret (le paravent, les bois de cerf du burlesque carnaval mythologique, au troisième acte…). Il y a tout lieu de se satisfaire qu’en 2024 l’on échappe encore, miracle, à une relecture woke de l’ultime chef-d’œuvre verdien qui réduira un jour (je vous en fais le pari) le pataud, pochard, lubrique, candide et bedonnant Falstaff aux dimensions d’un « senior prédateur sexuel » coupable d’ »agression sexuelle et sexiste », et les mégères qui font clan contre lui, à l’expression d’une « parole » reconquise, enfin donnée à la « Femme invisibilisée » contre la domination masculine.
À contre-courant exact de l’envahissante doxa féministe, cette cinquième reprise bienvenue associe l’irrésistible contralto québécoise Marie-Nicole Lemieux dans le rôle de Mrs Quickly, qu’elle connaît par cœur et dont elle sait rendre de sa voix tout à la fois ample et nette la faconde impayable ; Federica Guida, qui succède à Julie Fuchs en impeccable Nanetta ; le jeune baryton ukrainien Andrii Kymach pour chanter Ford, d’un timbre métallique qui colle au personnage enragé de jalousie ; le ténor péruvien Ivan Ayon-Rivas, à peine trentenaire, dont on découvre la fraîcheur et la belle clarté sonore, en Fenton ; mais surtout, outre la commère Mrs Meg Page campée par la mezzo (formée à Paris) Marie-Andrée Bouchard-Lesieur, et Mrs Alice Ford sous les traits de la soprano américaine Olivia Boen (laquelle débute donc chez nous avec succès), la palme du spectacle revient incontestablement au rôle – titre : en « Sir John », le baryton italien Ambrogio Maestri (« Michonnet », en janvier dernier, à l’Opéra-Bastille, dans Adriana Lecouvreur) fait un Falstaff inoubliable. Au pupitre, le chef danois Michael Schonwandt imprime à la partition toute la vivacité et la rondeur requises, auxquels, ici à leur meilleur, les chœurs de l’Opéra de Paris prêtent également leur concours.
Sur le manuscrit original de sa partition Verdi griffonnait, à l’adresse de son éditeur Ricordi : « Va, va, vecchio John…Cammina per la tua via finchè tu puoi ». « Va, va, vieux John… Va ton chemin tant que tu le peux »…
Falstaff, comédie lyrique en trois actes de Giuseppe Verdi. Direction : Michael Schonwandt. Orchestre et chœur de l’Opéra national de Paris. Mise en scène : Dominique Pitoiset. Avec Ambrogio Maestri (Falstaff), Andrei Kymach (Ford), Ivàn Ayon-Rivas (Fenton), Frederica Guida (Nanetta), Marie-Nicole Lemieux (Mrs Quickly)…
Opéra-Bastille les 18, 21, 24, 27, 30 septembre 2024 à 19h30. Le 15 septembre à 14h30. Durée : 2h40.
Daniel Auteuil prendra-t-il la défense de Grégory Gadebois, accusé du meurtre de sa femme ? Un film judiciaire de facture assez traditionnelle mais tout à fait réussi
On sait bien que Daniel Auteuil est l’un de nos plus grands acteurs, même s’il lui est arrivé de se fourvoyer dans des productions sans grand intérêt. De même que ses premiers pas comme réalisateur avec des adaptations de Pagnol avaient pu laisser dubitatif. Mais il revient avec Le Fil qu’il considère lui-même comme son véritable passage derrière la caméra.
Adapté de la nouvelle Au guet-apens : chroniques de la justice pénale ordinaire de l’avocat pénaliste Jean-Yves Moyart, alias Maître Mô, le scénario trace le portrait d’un avocat, Jean Monnier (Daniel Auteuil), qui prend en charge la défense d’un homme (Grégory Gadebois) accusé du meurtre de sa femme et qu’il croit innocent… Sur une trame assez convenue, Auteuil parvient à tisser les fils d’une relation complexe, entre vérité et culpabilité.
Le film repose beaucoup sur un casting et une direction d’acteurs très inspirés, comme c’est souvent le cas pour des films dirigés par des acteurs : bon sang ne saurait mentir !
Inspirée par le parcours personnel du pianiste et homme d’affaires d’origine libanaise Omar Harfouch, la tournée internationale qui débute se veut une plateforme promouvant la paix et le dialogue interculturel, en transformant l’émotion musicale en engagements concrets pour la paix dans le monde. L’optimiste entrepreneur explique ici sa démarche.
Que peut l’art face aux souffrances de l’humanité ? Rien, balaieront les fatalistes et défaitistes ; tout, répondront les idéalistes. Et si la réponse à cette question digne d’un sujet de philosophie du baccalauréat était, comme souvent en pareille circonstance, à chercher dans la nuance ? Et si, de la même manière que toute forme d’art est, en fonction de son histoire, de sa culture ou de sa sensibilité personnelle, perçue différemment par chaque être humain, le pouvoir de guérison de l’art dépendait, d’abord et avant tout, de la manière dont chacun et chacune d’entre nous crée ou reçoit telle ou telle expression artistique ?
Une œuvre née de l’adversité
C’est cette dernière approche qui, pour le pianiste et compositeur que je suis, s’impose comme une évidence. Né dans un Liban en proie à la guerre civile, c’est dans cette expérience ô combien personnelle et intime de la souffrance humaine que je puise mon inspiration – et comment pourrait-il en être autrement ? Petit garçon, le piano a été mon refuge. Un abri de bois et de cordes derrière lequel l’enfant se calfeutrait en attendant la fin des bombardements. Mais aussi, et surtout, une planche de salut, chaque note apprise en autodidacte s’échappant de l’instrument pour mieux fuir la guerre et panser les blessures, physiques comme émotionnelles, d’un enfant, d’une famille et d’un pays tout entier.
Plus tard, bien plus tard, le destin a bel et bien permis au jeune Omar de quitter, réellement cette fois, cette terre libanaise martyrisée par les hommes. De se réaliser ailleurs, sous d’autres cieux, en Russie, en Ukraine puis en France. Et si la vie et le travail lui ont offert de s’élever au-dessus de sa condition d’origine, jamais l’enfant en lui ne s’est tu. Jamais l’enfant de Tripoli n’a oublié. Jamais les yeux de l’adulte ne se sont détournés de la souffrance, de la division et de la guerre qui ravagent, aujourd’hui plus que jamais, notre monde. C’est de ce parcours, singulier, et de cette sensibilité, personnelle, qu’est né le Concerto pour la paix.
Un message universel de paix
Présentée en première mondiale le 6 mars dernier au Théâtre de Béziers, cette composition pour piano, violon et orchestre se propose, en un unique mouvement de 17 minutes, de transfigurer la douleur du passé en un appel à l’unité et à la réconciliation. Arrangé avec la complicité de mon ami d’enfance Houtaf Khoury, le Concerto pour la paix a été imaginé, dès sa conception orchestrale, comme un reflet du monde pacifié que nous voulons voir advenir ; c’est pourquoi nous avons tenu à ce que des instruments originaires du Moyen-Orient côtoient, au sein même de l’orchestre, les violons et autres instruments à cordes et à vent de la musique classique occidentale. Comment, autrement dit, transmettre un message de paix et d’harmonie si celles-ci ne règnent pas, d’abord, entre les musiciens sur scène ?
Il est impossible, pour les membres d’un orchestre quel qu’il soit, de connaître personnellement et intimement l’ensemble des musiciens avec lesquels ils jouent. Mais il leur est tout aussi impossible, sinon davantage, de jouer ensemble s’ils ne s’écoutent pas, s’ils ne se respectent pas mutuellement, s’ils n’embrassent pas leurs différences – ethniques, religieuses, politiques, etc. Un équilibre fragile, mais un équilibre possible : c’est cette sensation, cette vision, cet espoir que notre Concerto entend, à travers l’émotion musicale, véhiculer au public. Pour que cette émotion se transforme, espérons-le, en actions tangibles. Pour qu’elle inspire, chez celles et ceux qui la reçoivent – et notamment chez les dirigeants politiques –, des projets de réconciliation, de pardon et de paix.
De l’émotion à l’action
L’art n’a pas à être politique, s’écrieront les puristes. Ce serait oublier, pour ne parler que du domaine musical – et sans bien sûr me comparer à ces illustres figures – qu’en leurs temps Chopin, jouant La Polonaise quand le tsar russe entrait en Pologne, ou Tchaïkovski, défiant Napoléon avec son Ouverture solennelle 1812, ne tremblaient pas devant la politisation de leur musique. Réunis le 18 septembre au Théâtre des Champs-Élysées, les quelque 300 décideurs, diplomates et personnalités influentes qui assisteront au Concerto pour la paix seront, à leur tour, appelés à s’engager, très concrètement, pour un monde pacifié.
C’est aussi dans cette perspective que j’ai souhaité inscrire la tournée internationale qui suivra le concert parisien, conçue comme une plateforme encourageant la paix et le dialogue interculturel. Dans cette perspective encore que nous jouerons, en décembre, devant l’assemblée des Nations Unies de Genève. Et dans cette perspective, toujours, que nous poursuivrons : au Vatican, à Shangaï, devant le parlement italien et partout où les femmes et hommes de bonne volonté se montreront prêts à ouvrir leur cœur – à la musique, à l’autre, à la possibilité, toujours remise sur l’établis, d’un monde meilleur. Parce que la paix devient urgente. Que les artistes ne peuvent se taire. Et que nos dirigeants ne peuvent refuser d’entendre.
Partout dans le monde, le retour des frontières signe l’échec des immigrationnistes
La révolte des peuples maltraités sonne la fin des idéologues déjantés. Une même colère existentielle annonce, aux États-Unis comme en Europe, le retour aux frontières protectrices. C’est le rejet des élites déracinées qui pousse Donald Trump vers la victoire contre Kamala Harris, qui a néanmoins réussi son débat de cette nuit. La France, dont le gouvernement de Michel Barnier sera mis sous la surveillance de l’indésirable RN, n’échappe pas à cette révolution conduite par les parias d’hier. L’hypothèse d’un ministère de l’Immigration a été évoquée dès mardi. Mais c’est l’Allemagne qui, lundi, a le plus spectaculairement illustré le revirement des dirigeants universalistes et xénophiles, confrontées à la résistance des autochtones. Répondant à la puissance des votes protestataires de l’Afd en Saxe et en Thuringe en attendant le Brandebourg, le gouvernement d’Olaf Scholz a annoncé le rétablissement des contrôles à ses entrées française, luxembourgeoise, néerlandaise, belge et danoise. Des contrôles existaient déjà aux frontières avec la Pologne, la République tchèque, l’Autriche et la Suisse. Or, en 2015, Angela Merkel avait été unanimement saluée par les perroquets à cartes de presse et les dirigeants brasseurs de nuages pour avoir ouvert son pays à un million de réfugiés syriens et irakiens. Le Point (10 septembre 2015) avait fait sa une sur « L’incroyable Madame Merkel. Si seulement elle était française… ».Le Monde avait salué « la fierté de l’Europe » en réclamant pour elle le prix Nobel de la paix. Anne Hidalgo avait déployé ses banderoles « Bienvenue à Paris », en anglais et en arabe…
L’urgence est de soutenir la libération en cours des esprits. L’emprise des propagandistes dingos doit cesser. Ceux-ci marchent sur la tête depuis près d’un demi-siècle. En 2015, quiconque criait « au fou ! » en observant la légèreté compassionnelle de Merkel était évidemment accusé de racisme par le discours dominant. Ce qui est advenu était pourtant annoncé par les lanceurs d’alerte : terrorisme islamiste, insécurité croissante, flambée de l’antisémitisme musulman. Comme la France, l’Allemagne a été, depuis 2015, la cible de plusieurs attentats islamistes. La dernière attaque au couteau remonte au 24 août, à Solingen : un réfugié syrien y a tué trois personnes. Le 5 septembre, un attentat contre le consulat israélien à Munich a été déjoué. L’Allemagne, qui croyait faire repentance de son racisme hitlérien en s’ouvrant au monde, a importé comme prévu la judéophobie de la culture islamique. En France, l’appel à « mener l’intifada à Paris », lancé dimanche place de la Nation par Elias D’Imzalene (Fiché S), proche de la France insoumise, est venu rappeler aux somnambules que l’islamisme importé, sous les encouragements de la gauche et des organisations antiracistes, est en train d’attiser la guerre civile, selon un processus décrit par votre serviteur dès 2016 (La guerre civile qui vient, Editions Pierre-Guillaume de Roux). Rimbaud avait 17 ans quand il écrivit (Le bateau ivre, 1871) : « Je regrette l’Europe aux anciens parapets ». Les frontières reviennent enfin. La nostalgie est une idée moderne.
Jusqu’à dimanche, le festival de danse de Biarritz, « Le Temps d’aimer », offre une programmation qui fait la part belle aux compagnies osant le répertoire néoclassique. Il n’y a pas que des réussites, mais l’ensemble vaut le détour !
Y a-t-il des festivals pour ville de droite ? Une esthétique, des tendances artistiques plus appréciées par un public votant à droite ? La question peut paraître saugrenue, sinon totalement incongrue. Et pourtant ! Même aujourd’hui, où les lignes de partage entre la droite et la gauche paraissent un peu confuses, un public qui vote à droite pourrait être effectivement bien plus conservateur, moins aventureux qu’un autre qui voterait à gauche. À Biarritz, et dans une contrée où bien des mairies sont tenues par des partis de droite depuis des décennies, le propos paraîtrait cohérent. « Mais cette année les circonscriptions basques ont envoyé trois députés du Nouveau Front populaire à la Chambre et ce qui était peut-être valable il y a dix ans encore ne l’est plus guère avec l’évolution de la population et le rajeunissement du public », observe Thierry Malandain, le directeur de Ballet de Biarritz et du festival de danse baptisé Le Temps d’aimer.
Ballets de Monte-Carlo, Ballet de Schwerin, Ballet de Berne, Ballet de l’Opéra de Metz, Ballet de l’Opéra d’Avignon et même le rejeton abâtardi du Ballet national de Marseille : sans tourner le dos aux petites compagnies de danse dite contemporaine, pour la 34e édition du festival, le chorégraphe Thierry Malandain n’y est pas allé par quatre chemins et a beaucoup donné du côté d’institutions longtemps néo-académiques.
Une programmation réactionnaire ?
Une programmation réactionnaire ? Sans doute, mais pas au sens détestable ou passéiste du terme. Réactionnaire, au sens de réactif. En réaction à ce qui se fait partout ailleurs en France, à Paris surtout où l’on a depuis bien longtemps pris ostensiblement parti pour la danse contemporaine au détriment de la danse dite néo-classique qui fait pratiquement figure, dans les milieux autorisés, de reliquat déshonorant d’un ancien monde dont on a d’ailleurs perdu la mémoire.
Or, si la danse contemporaine a effectivement tenu le haut du pavé tant que les chorégraphes de génie ou de talent foisonnaient, c’est-à-dire dans les dernières décennies du XXe siècle, elle s’est douloureusement tarie pour devenir à son tour tristement académique en obéissant à de nouveaux poncifs, à des procédés obligés qui sont la planche de salut d’innombrables artistes sans talent. De leur côté, les compagnies de ballet se sont fréquemment métamorphosées. Réformé dès les années 1970, mais surtout sous la direction de Yorgos Loukos, le Ballet de Lyon en a été le plus brillant exemple en devenant le héraut de l’élite des chorégraphes modernes toutes tendances confondues. Dans la foulée, après un temps de réflexion assez conséquent tout de même, les compagnies de ballet françaises, souvent liées à des maisons d’opéra, comme à Bordeaux, à Toulouse, à Strasbourg, à Nancy, à Nice… ont abandonné leurs poussiéreux oripeaux pour évoluer et s’ouvrir à des esthétiques plus en accord avec le temps, tout en prêtant d’excellents interprètes à un répertoire contemporain ainsi transfiguré. Sans malheureusement éviter les faux pas : soit en invitant sans discernement des artistes médiocres pour se donner à bon compte une touche de modernité, soit en jetant par-dessus bord, et sans plus de discernement non plus, tout un répertoire néo-classique où il y a des merveilles à sauver ou à ressusciter. Car comme toujours en France, un héritage sans doute de 1793, on croit devoir honnir en bloc ce qu’on adorait hier, comme pour s’acheter une bonne conduite de révolutionnaire.
Bien seul dans le paysage
C’est un peu contre cet abandon d’une danse pensée, écrite, mais encore exécutée par des danseurs de qualité comme le sont ceux de sa propre compagnie, que s’érige Thierry Malandain, désormais bien seul dans le paysage. Contre cette inculture généralisée qui touche en premier chef ceux qui se sont intronisés chorégraphes, mais qui n’ont ni vocabulaire, ni savoir faire, ni même la moindre idée de la construction d’un ouvrage, et que bénit un ministère de la Culture destructeur, sans vision, sans projet, aux mains de médiocres dont on ne mesurera jamais assez la sottise et les effets de nuisance.
Le malheur a toutefois voulu que les premiers spectacles du festival qui fait accourir un public de quelque 33 000 spectateurs, fidèle, mais aussi renouvelé, patiemment construit au fil des années à coup de répétitions publiques, de travail dans les écoles, de manifestations ouvertes à tous, un public venu d’un vaste territoire qui court de l’Espagne aux Landes, le malheur a voulu que les spectacles qu’on a pu voir aient été franchement médiocres et qu’ils donnent cruellement raison aux détracteurs des troupes néo-académiques. Entre la production du Ballet de Berne censée évoquer l’univers mental de Don Quichotte, l’une des choses les plus creuses, les plus insignifiantes qu’on ait pu voir dans une vie de spectateur déjà fort longue, confiée à un « chorégraphe » et à un « compositeur » taïwanais, et celui exhibé par une troupe espagnole, Kor Sia, prétendant évoquer Pétrarque par une gymnastique d’une affolante indigence, le bilan n’est guère heureux. Et ce n’est pas le Ballet de Schwerin qui le fait franchement basculer.
La duchesse d’Orléans
Schwerin ! En France, on n’en avait plus entendu parler depuis 1837, date du mariage du duc d’Orléans, le fils ainé du roi des Français, avec la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwerin, aïeule de presque tous les princes d’Orléans d’aujourd’hui.
La petite capitale du Land de Mecklembourg-Poméranie, Schwerin, a évidemment son Théâtre d’État et son ballet comme toutes les villes allemandes de quelque dignité. C’est ici une compagnie néo-classique sans grande envergure, mais tout à fait honorable, porteuse d’un spectacle construit sur des pages de Jean-Sébastien Bach et parfaitement représentatif de ce que peut produire une telle formation : quelque chose qui n’est pas insupportable, mais tellement fade, tellement incolore, en un mot parfaitement inutile, qu’on se demande à quoi peut bien servir cette troupe de danseurs, sinon à faire ainsi évoluer sans fâcheuse surprise la digestion vespérale des bourgeois du Mecklembourg qui d’ailleurs ne doivent même plus savoir que leur Hélène devait devenir reine des Français. Près de San Sebastian, où l’on a présenté la production mecklembourgeoise avant qu’elle ne soit affichée à Biarritz, en plein cœur du Pays-Basque espagnol où le festival a l’intelligence de rayonner en brisant les antiques frontières, le public a accueilli cette soupe tiède avec le même généreux enthousiasme que s’il avait découvert un chef d’œuvre.
De ces premières journées de festival réchappe un seul ouvrage : un duo amoureux, « Crocodile », créé au Théâtre de Bayonne et signé par un artiste basque, Martin Harriague. Une introspection sensible, tout en gestes furtifs, tendres et délicats. Comme Harriague est un enfant du pays, la tendance est de faire de ce duo un miracle. C’est excessif. Il lui manque une force dramatique, une tension qui le porterait à une autre dimension. Mais il n’en n’est pas moins vrai que cette broderie fébrile est honnête, raffinée, qu’elle procède d’une vraie sincérité, même si cette sincérité peut avoir quelque chose de troublant en faisant entrer à l’excès le spectateur dans l’intimité du chorégraphe.
« Crocodile » de Martin Harriague
Un public qui explose
Outre le fait que la création chorégraphique s’effondre avec de pseudos artistes qui se multiplient à l’envi et qui sont coupablement encouragés par des aides multiples venues des pouvoirs publics, trop minces pour leur permettre de subsister, mais trop nombreuses pour ne pas encourager une inflation de prétentions à être un créateur, la cherté galopante des productions, des voyages, des séjours rendent aujourd’hui bien difficile la réalisation du festival. Selon Thierry Malandain : « Avec beaucoup d’argent que nous n’avons pas, nous pourrions faire venir de grandes compagnies et des programmes irréprochables. Bien souvent, de surcroît, le mois de septembre est pour elles l’époque où la saison débute dans leurs villes d’attache, ce qui les empêche de voyager. Alors que nous sommes exposés de toutes parts à des pressions régionales considérables, notre rôle est de faire découvrir au public les multiples tendances du monde chorégraphique. Mais aussi de soutenir des auteurs nouveaux ou des compagnies comme celle de l’Opéra de Metz à qui des tournées hors les murs confèrent une visibilité qui en impose aux pouvoirs publics qui les subventionnent. »
En attendant, la 34e édition du festival se répand cette année dans une douzaine de villes du Pays-Basque. Et se propage jusqu’à Pau. Dans la région, grâce à un travail de longue haleine, le public de la danse s’accroît, explose même. À telle enseigne que les salles des villes voisines, à commencer par le majestueux Théâtre de Bayonne, se sont toutes mises à programmer des spectacles chorégraphiques pour répondre à la demande du public. Et ce sont les directeurs du Ballet de Biarritz, Thierry Malandain et Yves Kordian, qui sont à l’origine de ce phénomène avec les danseurs de la troupe, en forgeant cette réussite avec autant de passion que de diplomatie.
Le festival est assez éclectique pour reconnaître aussi le talent d’un Thomas Lebrun. Car c’est avec un ouvrage de ce dernier, L’Envahissement de l’être et l’intrépide réalisation de La Mégère apprivoisée que Jean-Christophe Maillot avait magnifiquement chorégraphiée pour le Ballet du Bolchoï, à Moscou et que les Ballets de Monte Carlo ont aussi à leur répertoire, que va s’achever le festival de danse de Biarritz sur des notes brillantes. On découvrira encore le travail du Ballet de Metz, qui désormais s’émancipe de la tutelle du théâtre lyrique auquel il est attaché.
Festival de Danse de Biarritz – Le Temps d’aimer. Jusqu’au 16 septembre www.letempsdaimer.com / 05 59 22 44 66
Par temps de guerre, on oublie les lubies alimentaires ou sur le genre habituellement promues à Bruxelles.
L’Ukraine, depuis février 2022, est devenue le poste avancé de l’Europe contre le despotisme poutinien. Ursula von der Leyen mouille ainsi la chemise (en soie de muga) pour que les 27 pays de l’Union apportent tout le concours nécessaire à la défense des « valeurs européennes » dont Zelinsky est désormais le parangon.
Conformément aux dites valeurs, on imagine dans les tranchées du Donbass, non sans fierté, ces milliers d’hommes déconstruits faisant appel à la part féminine qui sommeillait en eux, dans le but de repousser les soldat-(e)-s russes. On suppute également la discipline de fer qui a dû immédiatement se mettre en place, afin de ne pas mégenrer les éventuels prisonniers adverses capturés sur le front. On se prend à rêver d’un cliché de type Reichstag 1945 digne de celui du photographe soviétique Evgueni Khaldeï, immortalisant les militaires ukrainiens hissant, cette fois au sommet du Kremlin, un autre drapeau, l’arc-en-ciel des fiertés LGBT. Il se murmure d’ailleurs qu’un commando transgenre, épaulé par une brigade non genrée, aurait pris en étau (humm) une division soviétique basée à Koursk, bardée de cuir et de chaînes (l’affrontement n’aurait été ni très viril ni très correct au demeurant).
Côté popote, la traçabilité des gamelles de tout fantassin ne peut qu’être assurée, conformément à la directive européenne JR-55-q27 (alinéa 12), ainsi que la fourniture alternative d’un plat végan ou hallal, au troufion-(e) membre d’une minorité gustative ou religieuse. Sauf, évidemment, en cas d’attaque nucléaire survenue moins de trente minutes avant le service du plat chaud. On soulignera à cette occasion le pragmatisme normatif bruxellois, bien éloigné des clichés populistes.
Renseignements pris, il semblerait que l’Europe mise tout sur la testostérone de mâles sévèrement burnés, qui entendent bien que leurs femmes ne soient pas violées par les Russes – mais qui exigent en revanche que la soupe leur soit servie à l’heure lorsqu’ils rentrent du front. Les « valeurs européennes », c’est quand même plutôt par temps calme, globalement.
Mardi 10 septembre la LFP (Ligue de Football Professionnel) a réélu à sa tête Vincent Labrune, un président forcément empêché: les vrais dirigeants sont les investisseurs étrangers qui ont racheté la majorité des clubs français, une OPA qui a décidé le Sénat à ouvrir une enquête.
Connaissez-vous l’honorable James Zhou ? En 2016 cet homme d’affaires chinois a racheté l’AJ Auxerre, le club bourguignon dont l’emblématique Guy Roux a assuré la notoriété pendant 44 ans… À Marseille, c’est l’Américain Frank McCourt qui est aujourd’hui propriétaire de l’OM, dont Bernard Tapie avait fait un grand d’Europe. Du côté de Saint-Etienne, les Verts, légendes des années 70, sont désormais la propriété du groupe canadien Kilmer Sports. Dans la capitale des Gaules, Jean-Michel Aulas, président du club durant 36 ans, a fini par vendre l’Olympique lyonnais à l’Américain John Textor. Promenade des Anglais, le big boss de l’OGC Nice est of course le très british sir Jim Ratcliffe. À Monaco, c’est le Russe Dmitri Rybolovlev qui dirige le club de la principauté. Le Havre, doyen des clubs français, est tombée dans l’escarcelle de l’Américain Vincent Volpe. À Paris, depuis 1991 le Qatar préside aux destinées du PSG, qu’il s’est offert pour le prestige d’associer l’émirat à la ville-lumière.
Venez comme vous êtes…
Strasbourg et Toulouse ont été rachetés par BlueCo et RedBird, des groupes d’investisseurs américains, Lille par un fonds de placement luxembourgeois. Le RC Lens appartient à un Franco-libano-arménien, le FC Nantes à un Franco-polonais, le SCO Angers à un Franco-algérien… Bref, sur les 18 clubs qui participent à la ligue 1, le championnat de France de football organisé par la LFP, il n’y a que quatre clubs qui naviguent sous pavillon français, Montpellier, Brest, Reims et Rennes.
Pour couronner le tout, le championnat a pour nom officiel « la ligue McDonald’s », les matches sont diffusés en France par le groupe anglais DAZN, et pour sauver les meubles, la LFP s’est associée au fonds luxembourgeois CVC, qui a avancé 1,5 milliard d’euros dans l’affaire, ce qui fait de ce groupe le grand argentier du foot français.
Sur le terrain, les étrangers sont également majoritaires. D’après le site autorisé Transfertmarket, sur les 494 joueurs qui participent à la saison 24/25, 298 sont étrangers, soit 60,3%. Qui représentent 75 nationalités ! En février dernier, la Ligue donnait des exemples. Le club qui comptait alors le plus d’étrangers était l’OM : 25 sur un effectif de 37 joueurs, composant ainsi une étonnante tour de Babel avec 12 Français, 3 Camerounais, 3 Marocains, 3 Sénégalais, 2 Argentins, 2 Belges, 2 Espagnols, 2 Suisses, 1 Anglais, 1 Brésilien, 1 Centrafricain, 1 Congolais, 1 Ivoirien, 1 Gabonais, 1 Panaméen et 1 Portugais !
Paradoxe : les meilleurs joueurs français évoluent à l’étranger, où ils touchent des salaires mirobolants que les clubs français (sauf le PSG qatari) ne peuvent leur offrir. Lors du dernier Euro de football, disputé en juin dernier, sur les 25 joueurs sélectionnés en équipe de France, 17 étaient sous-contrat à l’étranger…
L’arbitre est étranger !
Le décor ainsi planté, on peut se demander pourquoi (hormis le Qatar qui a investi à Paris pour valoriser son image) les investisseurs étrangers misent sur un foot français qui n’est rentable ni au niveau sportif (depuis l’OM de Tapie en 93 et le PSG de Canal Plus en 96, aucun club français n’a gagné une coupe d’Europe), ni sur le plan financier, puisque tous les clubs sont sur la corde raide, à l’exception du PSG qatari.
En revanche, on observe que ces investisseurs multiplient les transferts, je vends quatre joueurs et j’en achète cinq, ou inversement, flux et reflux d’argent permanents, avec des transactions où des commissions sont systématiquement versées, à des intermédiaires dont les comptes numérotés à l’étranger peuvent cacher l’identité des réels bénéficiaires.
Dans d’autres secteurs, comme les casinos ou les sites asiatiques de paris, on parlerait de machine à laver l’argent sale… Mais dans le foot, c’est bien connu, il n’y a pas de matches truqués, pas de dopage, pas de blanchiment d’argent…
Le Sénat a néanmoins jugé nécessaire de diligenter une commission d’enquête « sur l’intervention des fonds d’investissement dans le football professionnel français », dont les conclusions seront connues dans six mois.
À en croire médias et réseaux sociaux, les Américains sont au bord de la guerre civile. Des sujets de société tels que l’avortement et le port d’armes séparent les démocrates des républicains. Cependant, derrière les effets de manche et les concours d’invectives, leurs états-majors ont compris que les électeurs aspirent à un certain centrisme.
Si on se fie aux discours publics du personnel politique américain, la détestation entre le Parti républicain et le Parti démocrate est à son comble aux États-Unis.
Le Parti républicain, qui sert depuis plusieurs générations de maison commune aux conservateurs, s’est éloigné de sa tradition calme et pondérée, pour se transformer en cohorte de soutien au mouvement MAGA (« Make America Great Again »), conformément au slogan proposé par le génie du marketing Donald Trump. De sorte que la majorité des responsables républicains d’aujourd’hui se proclament anti-inclusifs, anti-clandestins, anti-avortement, anti-confinement, pro-armes à feu (« pro-gun »), parfois pro-Poutine et toujours pro-Israël.
Le Parti démocrate, quant à lui, patrie présumée des ouvriers, des minorités pauvres et des élites libérales, est obsédé par l’inclusion raciale et sexuelle, prône la régularisation des sans-papiers et veut bien sûr autoriser l’IVG à l’échelle fédérale. Les dirigeants démocrates sont généralement pro-Ukraine, parfois pro-Gaza et souvent excédés par Israël. Tous sont favorables à la réglementation des armes à feu.
Le temps est révolu où les deux appareils se contentaient d’éprouver l’un envers l’autre un sentiment de supériorité bonhomme, comme dans le cadre d’un championnat sportif. L’heure est aujourd’hui à la haine réciproque.
La promotion des politiques dites de « Diversity Equity Inclusion » en question dans les deux camps
Cependant, cette haine commence à paraître artificiellement exagérée. Derrière la surenchère des propos d’estrade et des posts sur les réseaux sociaux, les électorats sont en train de se ramollir discrètement. Certes, la « base » de Trump ne démobilise pas, menée par la quinzaine de députés presque plus trumpiens que Trump lui-même, j’ai nommé le « Freedom Caucus », dont les vingt membres n’ont pas suscité de nouveaux ralliements. Quant aux démocrates, ils étaient, il est vrai encore récemment, en proie au gauchisme le plus caricatural. Mais depuis quelques semaines, la modération politique de Kamala Harris s’est imposée dans les rangs du parti. Les députés wokes, qui forment une « squad » de neuf membres, dont Ilhan Omar, Rashida Tlaib et Alexandria Ocasio-Cortez, n’ont plus le vent en poupe. Il n’y aura d’ailleurs bientôt plus que sept « squadistes », puisque deux des moins connus ont perdu leur investiture, au profit de collègues plus modérés.
Dès le lendemain de l’attentat contre Trump, quand Biden a appelé à la retenue, les états-majors ont pris conscience de l’aspiration des Américains à davantage de centrisme. On peut gager que la victoire du 5 novembre reviendra à celui des deux candidats qui l’aura le mieux compris, et saura le mieux réorienter sa propagande. Certes, de nombreux sujets continuent de diviser violemment les Américains. Parmi eux : le droit à l’avortement ; la promotion des politiques dites de « Diversity Equity Inclusion », « DEI », nouveau nom de la discrimination positive ; la nécessité pour les mâles blancs hétérosexuels de faire repentance à l’égard des Noirs, des femmes, des minorités sexuelles et des Amérindiens ; la transidentité (« pas d’hommes dans le sport féminin », a notamment déclaré Trump) ; la question palestinienne ; l’expulsion massive des clandestins ; le confinement, le port du masque et l’imposition du vaccin en cas de recrudescence du Covid-19.
Notons que, s’agissant des armes à feu, le débat est sans objet, la victoire politique appartenant d’ores et déjà aux conservateurs, malgré une tendance contraire au sein de l’opinion. Environ 60 % des Américains sont favorables à une régulation accrue de la vente et de la détention d’armes, les autres sondés étant soit favorables aux quelques contrôles légers existants ou carrément contre toute régulation. Les candidats conservateurs, inconditionnellement financés par le lobby des armes, estiment que toute restriction sur l’achat d’une arme est liberticide, y compris les procédures banales de vérification de casier judiciaire. Tout candidat favorable même à de légères restrictions voit sa campagne minée par le lobby des armes. Jamais le Congrès n’est parvenu à voter une réelle régulation, si bien que tout le monde peut facilement acheter un AR-15, le fusil automatique dont s’est servi le tireur qui a atteint Donald Trump à l’oreille en juillet.
Donald Trump et son colistier le sénateur de l’Ohio, J. D. Vance, à la convention républicaine de Milwaukee, 16 juillet 2024 Photo: Annabelle Gordon/CNP Photo/SIPA
Il faut aussi mentionner un autre point de division entre les Américains : la question de la centralisation du pouvoir. De nombreux habitants des États du Sud, ces territoires qui ont résisté à la déségrégation raciale dans les années 1960, sont attachés à la notion de « States Rights » (les droits des 50 États). Leur problème actuel est de mettre fin à l’interventionnisme fédéral progressiste sur les questions sociétales comme celle de l’IVG. Or, pour son hypothétique deuxième mandat, Donald Trump semble ambitionner lui aussi de renforcer les pouvoirs de la Maison-Blanche et de Washington. Les documents de campagne disponibles sur la plateforme officielle du parti républicain et le « Project 2025 » édité par le think tank conservateur The Heritage Foundation recommandent un interventionnisme présidentiel hypermusclé. Dans ce dossier, les marqueurs idéologiques sont en train d’évoluer, voire de s’inverser : les républicains MAGA semblent résolus à ne distribuer que quelques vagues pouvoirs symboliques aux États fédérés tout en instituant de nouvelles prérogatives fédérales. Pour l’heure, les autonomistes conservateurs n’ont ni le temps ni l’envie d’aller jusqu’au bout de la question. Ils auront tout loisir d’y penser plus tard en cas de victoire de leur candidat.
Aujourd’hui les invectives demeurent donc encore au cœur du discours des candidats. Mais pour combien de temps encore, et avec quelle intensité ? Pour Donald Trump, Kamala Harris est une « gauchiste radicale » et une corrompue puisque Joe Biden l’est aussi à ses yeux. De son côté, Harris dépeint Trump comme un harceleur sexuel, un escroc et un séditieux, en plus d’être un ennemi des minorités sexuelles et ethniques. Biden lui-même répétait sans cesse que Trump était un menteur.
À l’étage du dessous, c’est-à-dire si on se penche sur le cas des deux candidats à la vice-présidence, le démocrate Tim Walz et le républicain J. D. Vance, c’est une autre musique qui se joue : chacun rivalise dans l’art de paraître plus rural-populiste que l’autre.
Walz et Vance, colistiers scrutés par l’opinion publique américaine
Tim Walz, colistier de Kamala Harris et gouverneur démocrate du Minnesota, est un progressiste pur sucre. Cet ancien instituteur, militaire de réserve, chasseur et pêcheur, issu d’une famille modeste d’agriculteurs, a pratiquement interdit la « thérapie de conversion » dans son État, c’est-à-dire la pratique consistant à changer des homosexuels en hétérosexuels. Il est également favorable à l’avortement comme droit pour toute femme. Enfin, après la mort de George Floyd en 2020, il a rétabli l’ordre public en mobilisant de son propre chef la garde nationale. Ce faisant, il a essayé de se créer une niche : quelqu’un qui sait être de gauche sans être entièrement relié à la cause woke. Il renoue avec une vieille tradition de bon sens populaire du Midwest.
Face à lui, J. D. Vance, sénateur de l’Ohio, élevé par une mère célibataire accro aux opiacés et à l’alcool, met en avant son passage dans les US Marines. Après quelques années comme juriste, il a écrit en 2016 un livre remarqué, Hillbilly Elegy (littéralement : « Élégie pour les ploucs montagnards »), dans lequel il présente Trump comme un usurpateur trompant les pauvres Blancs du Sud. Mais au bout de quelques années, Vance a opéré une volte-face spectaculaire, pour devenir un fervent soutien du milliardaire… Un revirement dont il n’a pas honte. Bien au contraire, le docteur en droit de l’université de Yale est un adepte de la « rédemption ». Le 17 juillet, dans son discours à la convention de Milwaukee, qui l’a désigné colistier de Donald Trump, il a d’ailleurs salué la guérison de sa mère, « propre et sobre depuis dix ans ». Des paroles typiques de la religion évangélique dans laquelle il a été élevé ; mais pour le moins étonnantes quand on sait que Vance s’est converti au catholicisme et a épousé une juriste hindoue.
Autre point de divergences entre démocrates et républicains : l’environnement. Trump qualifie d’arnaque les mesures écologiques de Biden, alors que les emplois verts ne cessent de se multiplier aux États-Unis. Pour lui, les automobiles électriques, celles-là mêmes qui sont fabriquées par son sympathisant Elon Musk, le patron de Tesla, sont une aberration économique… Côté démocrate, Kamala Harris vante les mérites des énergies renouvelables, et parle d’indépendance énergétique internationale, non sans accents nationalistes.
Les Américains des deux bords peuvent-ils s’y retrouver en fin de compte ? Sur l’avortement, une majorité d’Américains dans tous les sondages sont favorables au droit de choisir pour les femmes. Pendant combien de temps l’interdiction rampante introduite par la Cour suprême peut-elle être maintenue ? Il est vrai que Donald Trump lui-même rétropédale : il ne souhaite plus une loi fédérale interdisant l’IVG, renvoyant dès lors la décision à chaque État fédéré.
Le 6 août 2024 à Philadelphie, lors de son premier meeting de campagne, Tim Walz a répété un message qu’il ne cessait de déclamer depuis plusieurs semaines : les républicains sont « weird » (« bizarres »). « Vance est allé à l’université de Yale, c’est ça un homme du peuple ? a-t-il notamment déclaré. Lui et Trump sont diablement weird. » Un mot qui a fait mouche dans les sondages. Depuis, Trump et Vance tentent de retourner le weird contre l’envoyeur, mais même les commentateurs de la chaîne conservatrice Fox News estiment que cette tactique n’a pas marché.
Ce qui est vraiment weird, c’est plutôt la faille grandissante entre les attentes des Américains raisonnables des deux bords, et la propagande clivante des candidats. Y a-t-il vraiment deux Amériques qui se haïssent à mort ? Beaucoup le pensent. Une moitié des Américains, sondés en mai par une étude conduite par l’Institut Rasmussen, redoutent que des violences armées se produisent dans le pays de leur vivant. La tension exacerbée entre les états-majors de droite et de gauche peut-elle aboutir à un scénario de guerre de Sécession (1861-1865) ? Possible, mais de moins en moins plausible. Les Américains ne semblent pas désireux de s’entretuer comme en 1861-1865. Ils ont vu le résultat : 700 000 morts.