La loi de Réconciliation nationale, citée par Kamel Daoud en exergue de son roman, punit d’un emprisonnement de trois à cinq ans « quiconque qui, par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise et instrumentalise les blessures de la tragédie nationale… » Autant dire que le romancier de Meursault : contre-enquête (2013) est désormais tricard dans son propre pays. Peut-être l’obtention du Goncourt — un pari de notre chroniqueur — et la certitude d’avoir écrit un grand livre le consoleront de cet exil imposé.
Notre collaborateur Jean-Paul Brighelli vient parallèlement de publier L’école sous emprise, dont Céline Pina rend compte ici NDLR•
En 1994, j’enseignais au lycée de Corbeil-Essonnes, mère de toutes les ZEP, coincé entre la cité (maghrébine) des Tarterêts et celle de Mauconseil, bastion majoritairement africain. Un jour, un élève de Première pas très intelligent lança, en plein cours : « Moi, j’suis au GIA, M’sieur ! » « Eh bien, nous savions tous que tu étais un crétin, nous savons désormais que tu es aussi un futur assassin. » Le Groupement Islamique Armé était la plus radicale des factions qui se disputaient alors l’Algérie, après la dissolution du Front Islamique du Salut, qui avait inopportunément remporté les élections de 1990. Les « Tangos » (les moudjahidines islamiques) et les « Charlie » (l’armée algérienne, tout aussi portée aux exactions) se disputèrent pendant dix ans, à grands coups de massacres, le territoire et le pouvoir. 200, 300, 500 000 morts ? Aucun bilan n’a réellement été tiré de ces dix ans d’horreurs, que Kamel Daoud s’emploie à ressusciter en passant par la voix d’une femme qui parle au fœtus dont elle hésite à se débarrasser.
(Comment, un homme qui parle au féminin ? N’a-t-il pas honte de procéder à une appropriation pareille ? Non — d’autant qu’il le fait à la perfection).
Les lois algériennes sur l’avortement sont parmi les plus restrictives au monde. De très nombreuses femmes avaient été violées par les combattants de ces années noires — mais l’Assemblée nationale refusa d’inscrire le viol parmi les motifs autorisés d’avortement. Quand on veut conquérir le monde avec le ventre de ses femmes, on fait feu de tout zob.
Aube / Fajr, « coincée entre l’envie de te tuer et celle de te parler sans fin », parle donc au petit amas de cellules dont elle peut encore se débarrasser. Elle lui raconte comment elle en est arrivée à vivre avec une canule plantée dans ce qu’il lui reste de larynx : un soldat d’Allah a bien tenté de lui trancher la gorge, comme à sa sœur, mais l’a partiellement ratée. Elle avait alors cinq ou six ans, on l’a rafistolée comme on a pu, avec un barbelé dessiné sur sa gorge. Elle arbore ce sourire kabyle (« le sourire n’a pas de dents, juste des points de suture, une quinzaine ; c’est une longue grimace, une balafre ahurissante ») et parle d’une voix feutrée, car ses cordes vocales aussi ont été partiellement coupées. Une manie, chez ces bons apôtres, que l’usage inconsidéré du couteau : « L’année où est né mon « sourire », par exemple, on avait égorgé plus d’hommes que de moutons. » Projet insensé que le sien : « Comment te dire la guerre, dit-elle à sa fille-en-devenir, sans te salir ou te montrer des monstres et te les mettre dans la bouche, un par un, pour te les faire mâcher et avaler ? » C’est justement là le projet de ce livre terrible. « Ici, il ne reste rien de la guerre que les égorgeurs de Dieu ont menée il y a quelques années. Rien que moi, avec ma longue histoire qui s’enroule et se déroule, t’enveloppant comme une corde nourricière. C’est ce qui rend les gens si nerveux autour de moi quand ils me croisent au bas de l’immeuble. Peut-être qu’ils se doutent que, par le trou de ma gorge, ce sont les centaines de milliers de morts de la guerre civile algérienne qui les toisent. »
Les houris sont les créatures éternellement vierges que la tradition coranique promet aux vrais croyants après leur mort. 72 en général, mais selon les versions, ça peut aller jusqu’à 5000. C’est curieux, cette manie des vierges, dans l’islam. Être le premier, être le seul. Faut-il croire Trevanian, qui dans Shibumi affirme : « La virginité est capitale pour les Arabes, qui craignent avec raison les comparaisons. » Déflorer une femme est rarement une partie de plaisir, ni pour l’un, ni pour l’autre — alors 72 ad libitum… Quant à ce que les femmes auront à se mettre sous la dent au Paradis d’Allah, le Coran est muet sur ce point. Mais est-ce qu’elles comptent ? « Entends-tu les hommes dehors dans le café ? Leur Dieu leur conseille de se laver le corps après avoir étreint nos corps interdits à la lumière du jour. Ils appellent ça « la grande ablution », car nous sommes la grande salissure. » La condition des femmes est l’une des multiples abominations de l’islam : « Je t’évite de naître pour t’éviter de mourir à chaque instant », dit-elle à son enfant-en-devenir.
Cela, c’est la première partie du roman. Les voix ensuite se diversifient : ainsi, ce libraire errant, qui va de village en village vendre des livres de cuisine et des exemplaires du Coran — car on lui interdit tout le reste. Il suffit de lui donner une date pour que sa mémoire dévide les massacres de ce jour-là. Kamel Daoud arrive alors au niveau du plus grand livre de guerre jamais écrit, le Tombeau pour cinq cent mille soldats de Pierre Guyotat que Gallimard publia en 1967. Des alignements de massacres. Parce qu’enfin, la guerre est d’abord cela : des litanies indicibles auxquelles il faut donner une voix.
Les jurés du Goncourt, qui ont sélectionné Houris dans leur première sélection, seraient bien avisés de donner à Kamel Daoud, couronné jadis pour le Goncourt du meilleur premier roman, un prix qui mettra en lumière ce que l’histoire officielle — celle qu’enseignent les manuels scolaires et, chez nous, les pédagogues qui refusent de parler de la traite saharienne ou des razzias opérées sur les côtes européennes — tente en vain de glisser sous le tapis de prière.
Kamel Daoud, Houris, Gallimard, septembre 2024, 412 p.
Selon l’ancienne actrice porno reconvertie philosophe de l’intime, même « déconstruits » les hommes n’ont toujours rien compris…
Ovidie est une ex-actrice porno reconvertie dans le féminisme, adulée par Télérama et la radio publique. Conceptrice d’ouvrages insignifiants sur la soi-disant société hétéronormative ou la prétendue masculinité toxique, elle a récemment co-signé La Fabrique du prince charmant, un roman-photo censé dénoncer l’homme faussement déconstruit et le patriarcat toujours triomphant. Pour en parler, le philosophe Charles Pépin l’a reçue sur France Inter, le 7 août. Après avoir narré « l’histoire d’un homme blanc, hétéro, d’environ cinquante ans » qui, la tête dans les nuages, ne voit pas les femmes qu’il croise sur le trottoir, les obligeant ainsi à s’écarter sur son passage, l’animateur radiophonique s’interroge : ce comportement est-il celui d’un doux rêveur ou celui d’un homme « porté par des siècles de société patriarcale » ? Ovidie, on s’en doute, a la réponse. M. Pépin abonde d’ailleurs dans son sens : si certains hommes se sont rendu compte de « leurs privilèges », d’autres, en revanche, « sombrent dans un déni absolu ».
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Heureusement, la spécialiste des « codes du porno et de l’intime » veille au grain, affirme M. Pépin. En plus de « décentrer le regard pour produire une réflexion sur le sexisme », l’ex-star du X pratiquerait « une philosophie au sens de la dialectique socratique ». Bref, suggère Pépin, Ovidie est une penseuse de haut vol. Raison pour laquelle il n’hésite pas à lui poser l’épineuse question qui le tarabuste depuis des années : que faire pour sortir vraiment du patriarcat ? « Il s’agit de reprogrammer nos imaginaires », proclame alors notre penseuse, les synapses en fusion. Mais attention, ajoute-t-elle, « un certain nombre d’hommes n’y parviennent pas, car s’ils s’y essaient, ils pensent dans tous les cas être dans le bon camp, celui du bien, en pérennisant de vieux codes qui nécessitent d’être de toute façon déconstruits ». Malgré l’opacité du propos, chacun aura compris que l’homme, quoi qu’il fasse, a toujours tout faux. C’est d’ailleurs l’intérêt de la chose – sinon, de quoi vivrait Mme Delsart, alias Ovidie ?
Retour sur la curieuse et épidermique réaction du LFI Sébastien Delogu, confronté à la RN Edwige Diaz.
Edwige Diaz et Sébastien Delogu sont, non pas dans un bateau, mais sur le plateau de BFMTV où ils sont invités à débattre. La première nommée est députée Rassemblement national de la 11ème circonscription de la Gironde, le second élu de La France Insoumise dans la 7ème de Marseille.
On ne me touche pas !
Voilà bien que, Mme Diaz, cherchant très aimablement à inviter son interlocuteur à ne pas l’interrompre à tout bout de champ comme il le fait, se laisse aller à, de sa main, effleurer son bras. Que n’a-t-elle osé là ! Crispation outragée de son voisin de plateau qui, très ostensiblement, se raidit, se cabre, se détourne. Il en serait presque à exiger qu’on fasse appel aux services de décontamination. Les deux journalistes en charge de l’émission, Olivier Truchot et Alain Marschall, ne manquent pas de souligner le ridicule d’un tel comportement. « On ne me touche pas ! On ne me touche pas ! » s’offusque alors le soi-disant offensé, la prétendue victime de l’épouvantable agression. Va-t-il saisir les tribunaux pour harcèlement, violence à caractère sexuel, gestes déplacés, atteintes à son intégrité physique ? On ne peut l’exclure.
🚨🇨🇵 FLASH – Sébastien Delogu refuse d'être touché par une femme députée Edwige Diaz (RN) sur le plateau de BFMTV. pic.twitter.com/NKrOaZGQGK
Il reste à tenter d’expliquer cette réaction épidermique, au sens propre du terme. J’avoue mon incapacité à comprendre une telle répulsion devant le geste, plutôt sympathique et apaisant, d’une femme, au demeurant charmante. Moi, voyez-vous, je serais plutôt du genre à en redemander. Mais bon. Je ne suis ni député, ni – encore moins – LFI.
Gestes barrières
Il me manque, pour cela, le logiciel mental qui, très probablement, doit permettre d’expliquer la brutalité du rejet. Un logiciel dans lequel RN équivaut à peste brune, donc à un risque majeur de contagion, même au plus léger contact. Ce serait aussi la raison pour laquelle on se refuse, tout aussi ostensiblement, à serrer la main des élus RN à l’Assemblée nationale. Il y a de la prévention sanitaire dans cette sottise effrayante. Il y a aussi du vade retro satanas, puisque, selon la bible mélenchonienne, l’assimilation du RN à la peste se trouve enrichie d’une accusation d’inféodation aux œuvres du Malin. On pourrait penser que ce ne sont que des mots. On se tromperait. Ce genre de venin fait inexorablement son chemin dans certains esprits. Et quand, quasiment d’un bord à l’autre du spectre politique, on mobilise – non sans succès – les foules pour « faire barrage », il entre bien là-dedans une part de cet obscurantisme, de cet impensé totalement irrationnel. Barrage contre quoi ? Contre la peste brune, contre les armées du démon ? Ce n’est pas exprimé ainsi, certes. Mais cela s’entend tout de même au-delà des propos convenus, et des arguments fabriqués.
« On ne me touche pas ! » piaille donc le pauvre homme. Ce faisant, il excipe d’une illusoire qualité d’intouchable. Et c’est aussi sans aucun doute cette débile conviction qui l’a conduit, voilà peu, à se permettre d’emprunter à contre-sens et à toute vitesse un couloir de bus dans son aire électorale de Marseille. « On ne me touche pas ! » Aura-t-il probablement lancé aux policiers l’interpellant. Ça n’a pas marché. Pour que ça fonctionne à tous les coups, il faudra qu’il attende que lui et ses camarades aient pris le pouvoir. Alors là, ils se régaleront ! Nous autres, beaucoup moins.
L’ancien candidat à la primaire LR de 2022 a été nommé hier Premier ministre. L’union des droites ne viendrait-elle pas, en catimini, d’avoir lieu ?
Jadis, il existait un nom consacré pour des journées comme celle d’hier. On parlait de mariage de raison. Le genre d’union célébrée en toute discrétion, sans bouquets de fleur ni vin d’honneur. Hier à Matignon, même si personne n’osait le dire, l’évidence était dans tous les esprits : cet été la France a fauté. Alors qu’elle semblait avoir obéi à ses directeurs de conscience en faisant impeccablement barrage aux assauts d’un jeune premier nommé Jordan, la Gauloise réfractaire s’est en réalité bel et bien donnée à la droite. L’analyse de son hémicycle ne laisse aucun doute à ce sujet. Il a fallu des semaines pour accepter la honteuse mésalliance. Mais, qu’on le veuille ou non, France et conservatisme vont devoir faire un bout de chemin ensemble.
Barnier, le gendre idéal
Problème : la belle famille – j’ai nommé le clan désuni de la droite – est à couteaux tirés. Incapable de s’entendre depuis des décennies. Une bonne partie de ses membres, et non des moindres, en particulier la branche Le Pen, ont d’ailleurs prévenu qu’ils ne participaient pas à la noce. On se contentera donc de leur approbation du bout des lèvres, et c’est déjà un exploit… Il faut dire qu’ils auraient eu mauvaise grâce de venir perturber la cérémonie. Depuis cinquante ans qu’il occupe les postes les plus variés de la vie politique (conseiller général, député, sénateur, ministre, commissaire européen), l’heureux élu, un certain Michel Barnier, ne leur a jamais manqué de respect.
Et puis, il a beau être le prototype de l’apparatchik chiraquien, européiste et soporifique, il y a dans le style Barnier, quelque chose de rigide et de vieille France qui n’est pas pour déplaire au RN. Hier, dans son discours d’investiture, le Savoyard a d’ailleurs salué à sa manière les grands absents du jour en prononçant tous les mots de l’infréquentabilité : “sécurité”, « maîtrise de l’immigration », “sentiment d’abandon et d’injustice”. Bien sûr, beaucoup pensent que son physique et ses manières de gendre idéal ne suffiront pas à sauver les apparences, et que l’accord tacite avec la droite populiste explosera en plein vol dès les premières turbulences venues. Mais est-il interdit de rêver ? Et de se souvenir que, jadis, les mariages de raison faisaient les foyers les plus solides et les plus heureux ?
Les vieux mariés
Alors rêvons un peu. Et constatons que ce n’est pas la première fois, dans l’histoire récente, que nous assistons à des réconciliations, que dis-je à des résurrections, auxquelles plus personne ne croyait. Prenez l’Otan. D’aucuns la disaient en état de mort cérébrale… Depuis deux ans pourtant, toute l’Europe, ou presque, lui dit et redit son amour. Prenez aussi les frères Gallagher, qui, après des années de haine, vont reconstituer le groupe de rock Oasis. Prenez, enfin et surtout, des fleurons de notre culture populaire tels que Michel Sardou, la Renault 17 et Intervilles, dont les prochains retours viennent d’être annoncés coup sur coup cette semaine. Les esprits chagrins déploreront sans doute que le premier revienne sur scène dans une pièce de théâtre et pas pour un tour de chant, que la seconde ait troqué le bon vieux moteur au gazole contre la technologie électrique, et que la nouvelle version de l’émission créée par Guy Lux ait renoncé aux joutes de vachettes. Michel Barnier c’est un peu cela au fond : la droite sans gazole ni vachettes. Mais la droite quand même.
Causeur. Les élections n’ont pas sacré la reine du bal désignée par les sondages… Pourquoi le RN a-t-il perdu ?
Eric Zemmour. La coalition des partisans du cordon sanitaire a évidemment bloqué sa dynamique. Ce grand retour des castors a étonnement fonctionné. Peut-être grâce aux failles du RN. Depuis des mois, il se disait prêt, avec le fameux « plan Matignon », les 577 candidats déjà sélectionnés, les textes de loi qui auraient déjà été rédigés, etc. La campagne a montré que les dirigeants du RN n’étaient pas prêts. Ils ont changé de programme tous les jours et sont restés sans voix devant les polémiques lancées par leurs adversaires. Car la dédiabolisation leur coupe la voix. Qu’est-ce que la dédiabolisation ? C’est le fait de renoncer à des idées que la gauche estime inacceptables. C’est donc la soumission à l’idéologie de gauche. C’est le pari que fait Marine Le Pen depuis douze ans maintenant, et que je critiquais déjà du temps où j’écrivais au Figaro. Les concessions qu’elle fait à la gauche ne seront jamais assez nombreuses. La gauche ne donnera jamais quitus au RN. Ce n’est jamais assez ; une soumission en entraîne une autre et à la fin que reste-t-il ?
En dehors de ce que veut la gauche, faut-il regretter l’antisémitisme de fin de banquet et autre rivarolades pétainistes de Jean-Marie Le Pen ? Êtes-vous choqué que Marine Le Pen ait déclaré que le nazisme était une abomination ?
Rejeter les quelques nazillons du FN, vous appelez ça une stratégie ? C’est une évidence. Mais faire croire que Marine Le Pen a dénazifié le FN, c’est encore une fois tomber dans le piège de la gauche. Le FN n’était pas un parti de nazis. La nazification de patriotes absolument pas nazis est une des stratégies les plus classiques de la gauche depuis les années 1930. C’est même Staline qui l’a inventée et suggérée à tous les partis communistes européens. Je parle donc d’une machine infernale : de la dédiabolisation qui fait de la gauche l’ultima ratio de la bienséance, rôle qu’elle s’octroie depuis la Révolution française. Faire de la dédiabolisation une stratégie, c’est lui reconnaître ce magistère. Et ça ne sert à rien. Il a suffi de vingt-quatre heures entre le soir du premier tour et le lendemain pour rediaboliser comme jamais le RN. Alors qu’est-ce qu’on tire de ces élections pour aller de l’avant ? Marine Le Pen en tire qu’il faut aller plus loin dans la dédiabolisation, j’en tire qu’il faut aller plus loin dans la crédibilité et l’affirmation de nos idées. La situation est de plus en plus critique, ce n’est pas le moment de mollir. Chez Reconquête nous allons travailler d’arrache-pied sur la formation de nos cadres et l’élaboration d’un nouveau programme.
En tout cas, votre union des droites a du plomb dans l’aile.
Vous avez raison ! Pour faire l’union des droites, comme son nom l’indique, il faut des gens qui veulent s’unir et des gens de droite. Les LR se disent de droite, mais ne veulent pas s’unir. Le RN ne se dit pas de droite et ne veut pas non plus d’alliance avec Reconquête. J’ai décidé de ne plus parler de tactique ! L’union des droites, c’est un moyen, pas un objectif. L’objectif, c’est de sauver la France. Je trouverai d’autres moyens.
Jordan Bardella et Marine Le Pen au palais de l’Élysée, après leur entretien avec Emmanuel Macron en vue de la nomination du prochain Premier ministre, 26 août 2024 ISA HARSIN/SIPA
Qu’avez-vous pensé de l’épisode Ciotti ?
Ciotti a tenté une union avec le RN et je le félicite d’avoir essayé de rompre le cordon sanitaire. Malheureusement, le reste des LR n’a pas eu son courage et le cordon sanitaire est revenu, plus fort que jamais. Au passage, on a assisté à une opération vérité : tous les leaders de LR ont reconnu, une fois de plus, qu’ils demeuraient des centristes, proches d’Emmanuel Macron.
Aujourd’hui, le paysage médiatique est beaucoup plus ouvert qu’il y a trente ans : il y a les médias Bolloré… et Causeur ! Pourquoi la gauche, beaucoup moins florissante électoralement, conserve-t-elle son hégémonie culturelle ?
Nos idées ont désormais un diffuseur médiatique non négligeable. D’ailleurs, nos adversaires ont compris qu’il fallait d’urgence attaquer le diffuseur. Mais la gauche conserve l’hégémonie culturelle, car elle tient l’école, l’université, les médias, la justice, le cinéma, le monde de la culture, les financements publics, la plupart des réseaux sociaux et leur pouvoir de censure. Avec cela, la gauche endoctrine la masse, en particulier, les jeunes générations, comme au temps de la Révolution culturelle chinoise, quand les jeunes étaient instruits contre leurs propres parents ! Vous voyez, l’hégémonie culturelle n’a pas besoin de la majorité électorale, même si elle la prépare.
L’attaque terroriste contre la synagogue de La Grande-Motte montre que la haine des juifs, attisée par une partie de la gauche, est aujourd’hui décomplexée. Beaucoup de Français juifs se demandent s’il y a un avenir pour eux en France. Et vous ?
Beaucoup de Français se demandent s’il y a un avenir pour les Français en France ! Si on veut lutter contre l’antisémitisme, il faut arrêter l’immigration musulmane. C’est un principe de précaution. Il y a un antisémitisme culturel systémique, comme on dit, dans le monde musulman. C’est un phénomène très documenté, notamment par l’historien Georges Bensoussan, spécialiste du monde arabe, ou par David Littman qui raconte la condition des juifs au Maghreb. Plus il y aura de musulmans en France, plus il y aura d’antisémitisme. On était sorti de l’antisémitisme européen depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on l’a ramené nous-mêmes sur notre sol par l’immigration. Il faut arrêter.
Revenons à vous. Beaucoup de gens semblent partager votre diagnostic. Pourquoi ne vous élisent-ils pas reine du bal ?
Permettez-moi l’optimisme : c’est déjà un progrès ! C’est même la première étape. Il y a quelques années, on me contestait le diagnostic. Je pense tout simplement que l’élection présidentielle structure la vie politique et les rapports de forces pour les cinq années qui suivent. Il y a comme une inertie attachée à ce résultat. En arrivant deuxième en 2022, Marine Le Pen a pris la tête de l’opposition. On peut faire beaucoup de choses pendant cinq ans, mais pas renverser cette hiérarchie. En 2027, les compteurs seront remis à zéro, les Français seront disponibles, comme à chaque élection présidentielle, pour écouter et comparer : l’électorat redevient mobile. Les jeux seront à nouveau ouverts. D’ici là, revenons aux fondamentaux : les idées, les convictions, les tempéraments. C’est ce qui fait l’essence de la politique, pas les partis, ni les sondages.
Cependant, n’êtes-vous pas un peu obsessionnel ? Tout n’entre pas dans le tuyau du grand remplacement.
C’est vous qui parlez ! Pour vous taquiner, je dirais qu’obsédé vient du latin obsedare qui signifie assiéger. Oui, je pense que la France est assiégée par une civilisation étrangère et qu’il est tout à fait légitime d’être obsédé par cela. Je ne cherche pas à faire entrer tous les problèmes dans une théorie, mais certains grands phénomènes historiques s’imposent et transforment tout. Prenons l’exemple de l’école. Ce n’est pas l’immigration qui a causé son effondrement, c’est l’idéologie. À partir de 1945, dans tous les pays occidentaux, on a subordonné le principe de méritocratie à l’objectif supérieur de démocratisation et de réduction des inégalités. Mais l’arrivée de millions d’enfants issus de cultures maghrébines ou africaines, avec des parents qui parlaient très mal français et, pour la plupart, n’avaient pas le culte du savoir, a aggravé les choses. Les idéologues de gauche se sont employés à adapter l’enseignement à ce nouveau public ; cela a produit un effet boule de neige. De même, l’immigration n’est pas responsable de la désindustrialisation française, de la baisse du temps de travail, de la baisse de la compétitivité, de l’insistance mise sur la consommation au détriment de la production : tout cela, c’est l’œuvre des élites françaises. Mais le fait est que beaucoup d’immigrés ne travaillent pas (le taux d’inactivité est de 40 % chez les Algériens contre 26 % chez les Français) et qu’on fait venir des immigrés pour consommer, que cette consommation n’est pas financée par leur travail, mais par les allocations sociales, que l’on finance par la dette. Enfin, on s’étonne que nos services publics n’aient plus l’efficacité d’antan, et bien sûr que les 35 heures, la bureaucratisation et la tyrannie des normes n’y sont pas pour rien. Mais on oublie qu’ils subissent aussi l’arrivée annuelle de 500 000 personnes, très consommatrices de services publics. Ils ploient sous le nombre. En somme, comme pour l’école, les immigrés aggravent nos propres problèmes.
Du point de vue de l’immigré, il est légitime de chercher à venir en France.
C’est rationnel, mais ce n’est pas moral.
Ce n’est pas immoral.
Je trouve que si. C’est immoral de quitter son pays plutôt que de l’aider à devenir plus fort. C’est immoral de profiter d’un pays, voire de l’attaquer, alors que ce pays vous a accueilli.
La plupart des êtres humains sont immoraux dans ce cas, car la plupart privilégient le sort de leurs enfants à celui de leur pays.
Ce n’est pas vrai. En 1914, les Français n’ont pas fait ce calcul-là, ils n’ont pas émigré en masse. Et ils ont construit un pays magnifique pour leurs enfants.
Campement de migrants devant la mairie du 18e arrondissement de Paris, demandant « une mise à l’abri » à la veille de l’ouverture des Jeux olympiques de Paris, 24 juillet 2024. SOPA Images/SIPA
L’étranger qui vient en France n’est pas responsable du système qui a été mis en place pour l’attirer. Pourquoi attaquer les immigrés plutôt que l’immigration?
Une fois qu’ils sont chez nous, ils ont une responsabilité individuelle. Au nom de quoi n’aurait-on pas le droit de critiquer ceux des immigrés qui profitent de notre générosité sans travailler, ou ceux qui violent, qui poignardent et qui tuent ? Mais s’ils sont là, c’est bien de la faute de la politique française. Et il faut dire que notre système devient de plus en plus fou ! Pendant l’été, la Cour nationale du droit d’asile a décidé que TOUTES les femmes afghanes pouvaient bénéficier du droit d’asile en France, du fait de leur traitement par les talibans. C’est-à-dire qu’il n’y a même plus besoin d’examen individuel de leur cas ! Elles obtiennent d’office le statut de réfugiée ! N’oubliez pas que grâce au regroupement familial, les enfants et les maris pourront également les rejoindre en France. En clair, grâce à nos juges, les 40 millions d’Afghans sont désormais les bienvenus en France !
Beaucoup de femmes afghanes méritent la protection de nos lois, non ?
Votre esprit de contradiction vous égare ! Je ne sais pas si vous mesurez ce que je viens de vous dire. Les femmes afghanes sont victimes de l’islam depuis mille ans, est-ce pour cela qu’il faut accueillir toutes les femmes afghanes ? Et puis toutes les femmes du monde musulman, et tous les homosexuels ? Cela va faire du monde ! Le droit d’asile,c’est Victor Hugo et Soljenitsyne. Ce n’est pas tous les persécutés des pays musulmans. Au nom de quoi les gens de la CNDA peuvent-ils prendre de telles décisions qui engagent le paysplus que toute décision prise par le Parlement ? Ces gens n’ont pas été élus, personne ne les connaît. C’est un scandale démocratique.
Faisons un détour par l’Angleterre et les émeutes. Cela ne va pas aider votre combat contre l’immigration que des gens agressent des immigrés dans les rues.
Qu’ont dit ces émeutiers anglais ? Enough is enough – « trop, c’est trop ». Un fils de migrants rwandais venait d’assassiner trois fillettes. Et ce n’est pas la première affaire de ce genre qui émeut l’Angleterre ! Le peuple britannique a voulu sortir de l’UE pour arrêter l’immigration. Et les élites anglaises ont stoppé l’immigration européenne, mais accru l’immigration extra-européenne. C’est contre cette entourloupe que les Anglais se révoltent. Cette révolte est légitime dans son objet. Et immédiatement, des militants d’extrême gauche et des islamo-gauchistes, renforcés par la police anglaise, sont partis de toute l’Europe pour faire le coup de poing contre ces Anglais. La justice a été d’une rare férocité avec ces gens qui défendaient le droit de l’Angleterre de rester l’Angleterre.
Beaucoup de Français redoutent comme vous de voir la France qu’ils aiment disparaître, mais voudraient des solutions douces.
La solution que je propose est beaucoup plus douce que celle qui consiste à laisser le djihad se développer sur notre sol, à accepter l’ambiance de guerre civile, à mentir effrontément sur la nature de l’immigration musulmane et, in fine, un jour, et bien trop tard, se résoudre à intervenir de manière violente, dramatique – ou bien, car ce sera la seule alternative, à être vaincus. Je fais tout pour nous l’épargner. Je pense que les Français ont compris que je ferai ce que je dis. Ils savent que chez les autres, ce n’est que du théâtre et que, contrairement à eux, j’aurai le tempérament nécessaire pour régler la question.
Prétendez-vous sauver la France contre elle-même ?
Le général de Gaulle dit : « La seule fatalité, ce sont des peuples qui n’ont plus la force de se tenir debout et qui se couchent pour mourir. » C’est pour conjurer cette fatalité que je me suis engagé en politique.
Il se dit beaucoup que vous êtes un bon analyste, mais un mauvais politique.
J’entends la critique. Si la politique, c’est changer d’avis tous les jours parce que les sondages changent, faire des coups, dire et ne pas faire, oui, je ne suis pas un bon politicien. Mon ami Gilles-William Goldnadel avait dit : « Zemmour ne sera jamais un vrai politicien parce qu’il ne veut pas mentir. » Je le remercie pour ce beau compliment !
Quelle piètre opinion de la politique !
Qui a permis à l’immigration et à l’islam de conquérir la France ? La politique, contre l’avis des Français. Qui a effacé les frontières ? La politique, contre l’avis des Français. Qui a fait des travailleurs des esclaves du fisc ? La politique, contre l’avis des Français. Et peu importe que ce soit la droite ou la gauche, car c’est encore et toujours la politique, la matrice unique de nos malheurs.
Le problème de la France, c’est cette politique. La politique qui brise la liberté, la vérité, la créativité, la prospérité, la souveraineté. La politique qui torture la pensée du peuple à coups de mensonges. La politique qui s’est insérée dans les moindres interstices de notre vie privée. La politique qui paralyse l’action du peuple à coups de lois et de prélèvements. La politique qui envahit tout, s’empare de tout, détourne tout, tord tout, dénature tout, abîme tout, annule tout. La politique qui ruine le pays. La politique qui remplace le pays. La politique qui déclasse le pays. La politique qui embrigade le pays. La politique est l’ennemie du peuple. Une révolution antipolitique est nécessaire.
Vous, l’admirateur de Churchill, Napoléon, De Gaulle, ne croyez plus à la politique pour civiliser les conflits ?
Ce que les Français appellent « la politique » en 2024, ce n’est ni Churchill face au nazisme, ni Napoléon recréant le Droit, ni De Gaulle rendant à la France sa grandeur. Ce qu’ils appellent « la politique », c’est un labyrinthe sans fin d’hypocrisies, d’incompétences et de ratages. Ils veulent abattre les murs de ce labyrinthe. Moi aussi. Je veux le faire avec eux et pour eux. Et nous retrouverons peut-être un jour la grande politique, mais pas avant. Il faut sortir le pays du « Tout est politique » imposé par les soixante-huitards ! Ils ont tout politisé, ils ont tout dénaturé, ils nous enferment dans une logique totalitaire. Il faut dépolitiser l’école, la culture, le cinéma, l’économie, la chambre à coucher, l’humour, les relations entre les hommes et les femmes, la fiscalité, la famille, la propriété, l’écologie, la justice. Il faut dépolitiser tout ce qui a été tragiquement politisé par la gauche. Vous allez m’entendre le dire souvent dans les mois qui viennent : la politique est l’ennemie du peuple. Ce n’est pas une formule en l’air. C’est ce que pensent les Français. Nous allons faire tomber cette Bastille.
Depuis des années, Michel Barnier, notre nouveau Premier ministre, était considéré comme un « technocrate fade » un peu mou par les vieux briscards de la politique. Mais il pourrait agréablement nous surprendre, observe Céline Pina.
Enfin nous avons un Premier ministre. Michel Barnier a gagné le Koh-Lanta de la nomination. Les Hunger games macroniens ont un vainqueur et la France un nouveau Premier ministre !
Combien de temps tiendra-t-il ?
La série n’a pas été passionnante. On a perdu beaucoup de temps avec un personnage secondaire mais particulièrement insistant, Lucie Castets, qui a créé moults rebondissements mais peu d’enthousiasme. La première saison de ce mauvais feuilleton a ainsi été consacrée à l’élagage de la distribution. L’élimination des héros, souvent par leur propre entourage et par la grâce de la traîtrise, fédère toujours les spectateurs, à défaut d’inspirer l’électeur. La deuxième saison qui s’ouvre devrait se pencher sur le parcours de l’élu, enfin du « designated survivor ». Et disons-le, au vu du contexte politique incertain, l’échec est probable et laisse penser que la troisième saison ne verra jamais le jour, et qu’il faut se préparer à l’arrêt de la franchise.
Les élections législatives n’ayant été gagnées par personne, trouver un homme susceptible de ne pas être victime d’une motion de censure sitôt nommé relevait de la gageure dans un pays divisé où chaque formation politique est sous pression de militants radicaux. Voilà pourquoi nous nous sommes longtemps crus dans une représentation interminable d’En attendant Godot tant cette nomination était espérée et pourtant n’aboutissait jamais. Et pour cause.
Cette pièce sur l’absurdité de la condition humaine parle de notre réalité politique. Attendre Godot, c’est espérer que le monde va changer, tout en étant conscient que cet espoir est ridicule, surtout quand on n’agit jamais pour influer sur son cours. Attendre Godot, c’est la quête de l’hyper-solution. Cette idée absurde qui consiste à penser que l’on peut résoudre tous ses problèmes grâce à une seule équation. Un exemple : vous êtes mal dans votre peau, mal à l’aise avec votre sexualité, votre lien à autrui et votre relation au monde ? Changez-donc de sexe et vous serez en accord avec vous-même. Vous doutez que cela marche, et vous pensez qu’assez rapidement la personne se retrouvera confrontée aux mêmes problèmes que ceux qu’elle a tenté de fuir ? C’est exact. L’hyper-solution mène à l’échec car elle est la négation de la vie.
La panacée n’existe pas, c’est une fuite en avant dans l’illusion. L’existence est un combat au quotidien, combat perpétuellement renouvelé dont l’issue est de surcroit fatale… La quête d’une hyper-solution est une posture immature car elle nie la condition humaine, la nécessité de construire et de se construire. Nous n’avons pas de baguette magique et il n’y a pas de sauveur. Mais il peut y avoir des hommes debout. Et nous en avons besoin.
Un choix cohérent
Le choix de Michel Barnier a sa cohérence. L’homme a une véritable expérience internationale, et son poste de négociateur du Brexit a démontré ses qualités diplomatiques et sa fermeté. Plusieurs fois ministre, il connait bien la France et a souvent été apprécié dans l’exercice de ses fonctions. Elu local et chef d’exécutifs locaux, il a l’expérience du terrain et est ancré sur un territoire. Il y a une histoire à raconter autour de cette nomination qui tente de conjuguer profil technocratique et épaisseur politique. Même si le technocrate est plus visible chez Michel Barnier que le produit du terroir.
Sa nomination intervient à un moment où la gauche s’est ridiculisée : après avoir tenté d’imposer un personnage sans histoire ni envergure à la tête du pays en s’inventant une victoire qui n’existe pas, le PS a abattu le seul homme qui pouvait tenter de créer une coalition, Bernard Cazeneuve. Se faisant, il a prouvé que les deux gauches étaient effectivement irréconciliables et que la seule manière d’envisager un avenir passe par l’élimination de la gauche républicaine de Cazeneuve au bénéfice d’une gauche aux penchants totalitaires et antisémites, celle de LFI. Ce terrain ayant été dégagé, la candidature d’une personnalité de droite cadrait mieux avec les attentes des Français et leur vote. Or, dans ce cadre, l’imprimatur du RN était nécessaire. Exit donc Xavier Bertrand, qui s’était posé en caution morale face au risque fasciste qu’il imputait au RN. Un profil comme Michel Barnier, qui n’a jamais insulté personne tout en sachant affronter les situations de tension, devenait la clé d’un possible.
N’avoir jamais insulté personne parait un peu terne comme image politique ? On a vu que Michel Barnier ne se résumait pas à cela, mais il n’en reste pas moins que ce « détail » est de grande importance. Ne dit-on pas que le divin se cache dans les petites choses ? Or la tenue est exactement ce qui manque aujourd’hui en politique. Celle-ci s’incarne aujourd’hui dans des personnages qui paraissent dépourvus de vergogne, de limites et d’éducation. Les Delogu, Léaument, Soudais et autres Guiraud ont abimé l’image de l’Assemblée nationale à force de vociférations et de violences, Jean-Luc Mélenchon est devenu une caricature d’imprécateur, une grande partie de la gauche assène toujours des leçons de maintien alors qu’elle fraie avec les islamo-gauchistes. On n’est pas mieux loti du côté du pouvoir avec un président adulescent et irresponsable, largement comptable de l’impasse politique où ses caprices nous ont placés. Quant à la droite, la tragi-comédie des LR lors des législatives l’a rendu peu attractive et même un tantinet ridicule. Elle ne s’en est pas encore remise.
Ce n’est pas un président de droite qui parlait de « sans-dents »…
Dans ce cadre où tous ceux qui se poussent du col montrent plus leurs limites que leurs atouts, le « terne » Michel Barnier ne s’en est pas mal sorti. Sa passation de pouvoir entre lui et Gabriel Attal était touchante et digne. Et surtout y affleurait une forme de sincérité et de simplicité extrêmement intéressante. On était loin des mots ronflants dont l’emphase et la puissance servent avant tout à masquer la réalité de l’inaction du pouvoir. Certains se sont beaucoup moqués de l’expression « les gens d’en bas ». Surtout à gauche. Alors même que cette gauche les méprise et n’écoute plus ces gens depuis longtemps, tant elle est persuadée que le peuple est con et qu’elle a les meilleures solutions pour faire son bonheur malgré lui. Eh bien curieusement, c’est le techno qui trouve la voix de la sincérité pour en parler. Son expression était peut-être un peu vieillotte, datée, ancien monde, mais les accents dans la voix du Savoyard montraient qu’il croyait aux mots qu’il prononçait, là où trop souvent les politiques utilisent les mots comme des leurres. Il y avait là quelque chose d’apaisant et de rassurant dans les premiers pas de cet homme placé par les circonstances au poste de Premier ministre.
Il n’en reste pas moins que le chantier qui s’ouvre devant lui est titanesque et qu’aucune des conditions ne sont remplies pour qu’il puisse espérer réussir. Il n’a pas de majorité, et doit gérer un président dont le discernement est inversement proportionnel à sa capacité d’initiative, et qui est en plus prompt à mettre des excréments dans le ventilateur, même dans sa propre maison. Notre problème est qu’une situation politique bloquée c’est comme une cocotte-minute sous pression. Il faut donc gagner du temps pour empêcher que la logique de tension que cela implique ne finisse par affaiblir considérablement l’Elysée. Il faut donner au monde politique un os à ronger et une tête à faire tomber autre que celle d’Emmanuel Macron. Il faut donc occuper les médias et leur fournir un abcès de fixation. Mais à part se donner le temps de bien compter les briques en attendant de se prendre le mur, que peut faire Michel Barnier ? Dans une société fracturée où dans la perspective de 2027 chacun va vouloir donner des gages aux plus radicaux de son camp, la conjonction de l’hystérisation des enjeux et de l’impuissance du politique risque d’exacerber frustrations et revendications alors même que la crise budgétaire et les menaces extérieures réduisent toute marge de manœuvre. Face à ces réalités, si Michel Barnier arrive déjà à relancer le dialogue entre les forces politiques et à prendre en compte les attentes des Français sans brutaliser la société, il aura fait œuvre utile et aura amené quelques grammes d’espoir dans un monde de brutes.
Le Top 14 reprend ses droits ce week-end avec, déjà, d’alléchantes affiches : tout commencera par une Peña Baiona au stade Jean Dauger où les locaux de l’Aviron bayonnais affronteront les Catalans de Perpignan, avant de se poursuivre avec la rencontre des outsiders entre La Rochelle et Toulon et de se terminer avec l’opposition entre les nouveaux venus de Vannes et le favori toulousain. La compétition domestique de rugby est un de ces rares plaisirs où les rivalités picrocholines, les mêlées viriles et les troisièmes mi-temps arrosées sont encore admises. Après la professionnalisation édictée en 1995, le rugby semble pourtant aujourd’hui à un nouveau tournant, entre devoir de modernisation et risque de s’y perdre.
Bien sûr, nous ne devrions jamais comparer deux sports, tant chacun de ceux-ci possède ses lettres de noblesse, son histoire, ses drames et ses champions, mais la tentation est grande d’opposer les ballons rond et ovale. Et, en matière de football, les derniers mois furent féconds de ce que la post-modernité produit de plus vil : saga autour du transfert de Mbappé, profusion de rencontres jusqu’à l’indigestion et à des horaires improbables, multipropriétés, stades hypermodernes et hyperconnectés répondant au nom de richissimes sponsors, règne des stats, pour se terminer par le tirage récent de la Champions League où la seule chose qui fut comprise de tous est qu’elle favoriserait les mastodontes au détriment de la glorieuse incertitude du sport – sans laquelle celui-ci n’est plus qu’un spectacle.
Le rugby, qui tire sa filiation de la phéninde grecque et de l’harpastum romain[1], autant que du jeu de soule qui mettait aux prises des villages voisins, n’est évidemment pas à l’abri de connaître le même sort. Si on voue une admiration sans borne pour les exploits du Stade toulousain, sa domination outrageante ne manque pas de soulever quelques inquiétudes dans une discipline où les lauriers se répartissent à peu près équitablement – en dehors de quelques sagas, dont celle de Béziers dans les années 70 sous la houlette de Raoul Barrière. La starification, malgré lui, du brillant et modeste Antoine Dupont tranche avec un sport éminemment collectif. L’argent prend une place toujours croissante et on espère ne pas voir advenir le « rugby business », avec des « maillots third » floqués au nom de joueurs négociant leur transfert sous d’autres horizons, des droits vendus à l’encan, des abonnements hors de prix, des compétitions qui se multiplient et des bagarres dans les tribunes… Certains signaux n’ont pas manqué d’inquiéter ces derniers mois.
La modernisation est inévitable et ne fait que suivre l’évolution de la société. Il y a d’ailleurs bien longtemps que l’Ovalie a tranché avec les origines sociales liées à ses berceaux : pour simplifier à l’excès, le rugby était d’extraction noble en Angleterre où il fut la chasse gardée de la gentry ; étudiante en Irlande, aux abords du Trinity College et d’autres écoles réservées aux élites ; populaire au Pays de Galles où dockers, mineurs et métallurgistes mélangèrent leur sueur à la suie et à la houille ; paysanne en Ecosse, où il gagna rapidement les campagnes. On ne retrouve plus guère de tout cela aujourd’hui et il est d’ailleurs sans doute utopique d’espérer que le sport de Webb Ellis garde éternellement ses particularismes.
Mais que ses acteurs, des joueurs aux dirigeants, n’en dénaturent pas l’essence et conservent ce qui fait le charme de la discipline. Le rugby, c’est avant tout un sport de territoire qui se conquiert par des combats et des actions de génie : ses mêlées, au cours desquelles les casques s’entrechoquent au son des instructions données par l’arbitre (« flexion », « liez », « jeu ») en même temps que les râles se dégagent de ce troupeau si peu moutonnier ; ses ballons envoyés à l’autre bout du terrain avant qu’ils ne reviennent, comme pour sacraliser le principe de l’éternel retour ; ses essais enfin et surtout, anodins ou entrés dans l’histoire, comme celui de Gareth Edwards avec les Barbarians en 1973. Le rugby, ce sont des traditions : le folklore chanté en tribune et accompagné des fanfares et bandas du Sud-Ouest, le haka des guerriers néo-zélandais qui tranche avec le jeu souvent châtié de générations de All Blacks qui ont honoré de leur talent la toison noire frappée d’une fougère ou encore les hymnes lors du tournoi des Six nations, dont le Flower of Scotland entamé à la cornemuse et terminé a capella ou le magnifique Land of my Father repris par les chœurs gallois.
Le rugby, ce sont les troisièmes mi-temps qui adoucissent les rivalités cristallisées à l’ombre des poteaux plantés en plein cœur de territoires où le soleil se cache rarement. Le rugby, ce sont des grandes voix, de Roger Couderc, de Thierry Gilardi et aujourd’hui de Jean Abeilhou et de Matthieu Lartot ; et des écrivains qui ont rehaussé par leur plume la dimension épique de ce sport, d’Antoine Blondin à Denis Tillinac qui retrouvaient sans doute dans l’Ovalie leur monde de hussards. Le rugby, ce sont aussi les joueurs fidjiens, samoans et tongiens venus apporter un vent frais et féroce, les feuilles jaunes de Midi Olympique qui s’envolent sur les terrasses des sous-préfectures, un mélange de petits et de gros, des stades portant encore le nom de joueurs et de dirigeants et les Narbonne-Carcassone annoncés avec l’accent du terroir. Le rugby, ce sont les yeux d’Emilie. Et mille autres choses dont on espère qu’elles ne commencent pas à tourner rond ou carré.
Si le huis-clos ferroviaire est exploité de longue date par le Septième art (cf. parmi les films à suspense relativement récents Dernier train pour Busan, Le Transperce neige, Bullet Train, Compartiment n°6, Unstoppable et j’en passe…), il est des trajets grande ligne que le cinéma sait rendre particulièrement éprouvants. Je ne recommande pas aux âmes sensibles de monter dans le Rajdani Express pour New-Dehli où vous embarque le cinéaste indien Nikhil Nagesh Bhat: au terminus, après 1h45 à grande vitesse et sans escale, le spectateur arrive à quai, mais quelque peu secoué par le voyage.
Mais que fait la Sûreté ferroviaire?
Tout commence par la célébration des fiançailles d’une innocente demoiselle, Tulika, fille d’un richissime magnat des transports, élevée (et vêtue) dans la bonne tradition hindoue, en vue de son mariage « arrangé », comme on dit – les mœurs étant ce qu’elles sont dans le sous-continent indien. Mais Tulika en pince secrètement pour Amrit, bel et athlétique capitaine des commandos de la police – l’équivalent du GIGN, on présume. Rêvant de fuir avec sa dulcinée, l’ardent, viril et juvénile barbu s’incruste avec son frère Viresh dans le train qui ramène incognito à Dehli le grand patron et les siens (femme, neveux et enfants). Patatras, un gang de « dacoïts » (ces bandes de brigands hors caste qui font le charme du pacifique pays de Gandhi) s’est infiltré parmi les passagers : technologiquement performants, en actionnant un appareil brouilleur habilement planqué dans un sac de voyage, ils ont coupé la connexion de tous les smartphones, désamorcé les alarmes et le système de freinage d’urgence : bref, le TGV est en roue libre. Avec, à l’intérieur, cette tribu de malfrats qui passe illico à l’action, détroussant les voyageurs terrorisés. À la tête (brûlée) des méchants, Fani, le psychotique rejeton du chef de bande, à qui vient rapidement l’idée de kidnapper Tulika contre rançon, dès lors qu’il a identifié la présence, dans le convoi, de l’opulente famille bien connue des médias.
Houlà, le sang d’Amrit ne fait qu’un tour si l’on s’en prend à l’objet de son cœur ! Et nous voilà barré pour une castagne homérique : seul contre tous, Amrit parviendra-t-il à sauver ses protégés du carnage ? Vous le saurez si, d’abord, vous acceptez de vous enfiler non-stop cent cinq minutes de sport de combat assaisonné d’une sanglante boucherie : doigts fracturés, éviscérations, énucléations, égorgements, pendaisons, trépanations, amputations, emboutissages, écrabouillage par frottement du visage au sol à 200km/h, meurtres au marteau, au revolver, à la hache – le clou étant assurément le trépas par ingestion du gaz d’un extincteur ou, mieux encore, par avalement d’un flacon entier de recharge de briquet, consciencieusement incendiée – ce qui s’appelle mourir à petit feu. La violence hyperbolique de ces hallucinants corps-à-corps graduellement montés en gamme, aux rebondissements orchestrés avec maestria, vous tient scotché au siège, sourire en coin. Car jamais Kill ne se prend au sérieux : son maniérisme très maîtrisé joue de façon réjouissante avec les codes de l’esthétique « Bollywood » – bande-son sirupeuse, ralentis émollients, flash-backs édulcorés sur le rêve sabordé de ces noces idéales… Vertigineux !
Pour autant que l’expression « film de genre » n’ait pas encore été dénaturée par la phraséologie woke, Kill en offre une saine quintessence. A noter que, présenté en avant-première à l’ouverture de l’Étrange festival (qui fête à Paris cette année, au Forum des Images comme toujours, sa 30ème édition – du 3 au 15 octobre), le film y est projeté une fois encore ce samedi 7 octobre à 14h15, quelques jours avant sa sortie dans les salles. À noter aussi, pour les amateurs, qu’on peut voir sur Netflix deux autres films de Nikhil Nagesh Bhat: Hugdang (2022) – mais uniquement sous-titré anglais – et le délicieux BrijMohan Amar Rahe (2018) – sous-titré en français, celui-ci. Cinéphiles, à vos écrans !
Kill. Film indien de Nikhil Nagesh Bhat. Inde, couleur, 2023. Durée : 1h45. En salles le 11 septembre 2024.
Après une longue période de flottement – sept semaines d’attente et de pénibles rebondissements – la droite a finalement réussi à étouffer la gauche. À ceux de nos lecteurs que la petite tambouille politicienne française n’ennuie pas assez, nous expliquons ici pourquoi le président Macron a finalement choisi le Savoyard Michel Barnier.
Les esprits lucides et pragmatiques le savaient bien : il était impossible à la gauche de gouverner dans son incarnation du Nouveau Front populaire. De fait, elle aurait été immédiatement censurée par les deux tiers restants de l’Assemblée nationale, soit le centre et la droite.
Emmanuel Macron n’a d’ailleurs jamais eu l’intention de confier Matignon à la gauche. Rien ne pouvait l’en empêcher puisque le cartel des gauches n’a pas obtenu de majorité, même relative, et ne pouvait nouer aucune alliance pour élargir sa base. Pis encore, son « alliance » était particulièrement fragile, le discours radical et sans compromis de La France Insoumise suscitant le rejet d’une bonne part des Français mais aussi de cadres historiques du Parti socialiste.
L’équation posée à Emmanuel Macron était donc simple. Deux options s’offraient à lui. La première était incarnée par Bernard Cazeneuve. Elle impliquait de détacher une partie du PS du bloc du Nouveau Front populaire tout en négociant avec Les Républicains pour qu’ils ne censurent pas. Compliqué. La seconde demandait de nommer un Premier ministre issu de la droite classique qui n’entraine pas automatiquement une censure du Rassemblement national sans trop susciter de rejet dans les rangs macronistes.
L’option Xavier Bertrand ayant été immédiatement repoussée par Marine Le Pen – les deux personnalités nordistes se détestant cordialement depuis de nombreuses années -, Emmanuel Macron a fait le choix de désigner Michel Barnier. Il a ainsi humilié la gauche comme rarement dans son histoire. Il a fait payer à ce camp son absence totale de volonté de compromis et entériné qu’il était plus simple de négocier avec le Rassemblement national. Disons-le, l’arrivée de Michel Barnier n’aurait pas été possible sans l’accord de Marine Le Pen, devenue centrale dans cette Assemblée nationale avec ses 140 députés.
Marine Le Pen : « Que le futur Premier ministre ne nous traite pas comme des pestiférés »
Plus malin encore, cette dernière a fait savoir immédiatement qu’elle ne participerait pas au gouvernement, mais qu’elle allait déposer un cahier de doléances sur des thématiques qui lui sont chères, dont l’immigration, la sécurité et le pouvoir d’achat. S’il ne s’agit pas ici d’un pacte de gouvernement comme celui négocié par Laurent Wauquiez avec l’Élysée, il y a là un genre de pacte de bonne intelligence parlementaire. Tous les acteurs de cette habile manœuvre politique pourront se targuer d’avoir évité à la France un gouvernement de gauche très engagé à un moment où nous ne pouvons absolument pas nous le permettre.
La dette est en roue libre, la France étant même menacée par une « procédure pour dette excessive » lancée par la Commission européenne. Nous aurons 110 milliards d’économies à faire, le tout sans augmenter une charge fiscale déjà tout particulièrement étouffante. Une mission complexe où les qualités de Michel Barnier pourraient s’avérer très utiles. Ce dernier fut en effet l’homme des négociations du Brexit, dont il a tiré un fort intéressant ouvrage intitulé La Grande Illusion – Journal secret du Brexit (2016-2020) chez Gallimard.
Européen convaincu, Michel Barnier sait pourtant cibler les défauts de notre Europe. Lors des primaires des Républicains de 2021, il avait notamment déclaré : « Sur l’immigration, il faut retrouver notre souveraineté juridique pour ne plus être soumis aux arrêts de la CJUE ou de la CEDH ». Il entendait même proposer un référendum sur la question aux Français en cas d’élection à la présidence de la République. Décrit comme courtois, Michel Barnier représente l’ancien monde – ce qui est en soi une défaite pour le « nouveau », mais passons. Dans une période de troubles, il est sûrement intéressant d’avoir un faiseur à Matignon plutôt qu’un diseur.
La droite dit merci au NFP
La situation qui se présente à lui sera néanmoins d’une complexité inouïe. Le parlement est divisé, les Français ne le sont pas moins. Un véritable homme d’Etat peut s’en sortir, surtout quand il connait bien le fonctionnement interne des partis et la « tambouille ». Bien sûr, il faut s’attendre à ce que la gauche soit totalement déchaînée, à ce qu’elle provoque même un troisième tour social dans la rue, en s’opposant à tout et surtout à ce qui pourrait être bien. Le retour à la réalité sera rude pour les cadors des plateaux de télévision, après avoir joué la comédie en soutenant Lucie Castets. La France est majoritairement à droite et cela inclut les 11 millions d’électeurs du Rassemblement national. Pour la première fois, ses électeurs seront peut-être partiellement entendus par un gouvernement respectueux et capable de compromis.
La gauche dénonce un coup de force qu’elle a elle-même voulu tenter. On serait même tenté de répondre avec un peu d’ironie que son jusqu’au boutisme a plus fait pour l’union des droites, qui ne peut passer que par le centre, que ce que les caciques de la droite ont fait en trente ans…
Le Front Populaire des élections a fait place à un rassemblement – national, serait-on tenté d’écrire – contre la gauche au parlement, savamment ourdi par un Emmanuel Macron trop heureux de garder son pré-carré international. Soyons honnêtes : ce qui est présenté comme une cohabitation ne peut pas totalement en être une avec le soutien des députés du parti présidentiel au nouveau Premier ministre. Il s’agit plutôt d’une « coalibitation » dans laquelle la droite sera le centre, quelque part entre Ensemble et le Rassemblement national… Durable ? Nous le verrons bien.
L’ancien chef du parti travailliste, Jeremy Corbyn, s’est associé à quatre députés indépendants pro-Gaza pour former une nouvelle alliance au parlement britannique.
« Dis-moi pour qui tu aimes voter, je te dirai qui tu hais ». Cette formule est aussi valable en français qu’en espagnol (du Venezuela) et en anglais.
Covid vaincu, mais virus antisémite toujours vivace
Jeremy Corbyn n’est pas devenu un pipole de notre côté de la Manche seulement grâce à son amitié particulière avec Mélenchon. «On commence tout juste notre histoire avec Corbyn[1]» avaitdéclaré l’islamo-gauchiste hexagonal en chef, en novembre 2018.
Corbyn est paru en Une dans quelques médias français, quand il était à la tête du Labour Party, le parti travailliste. Mais il a poussé le bouchon de l’antisémitisme si fort au fond du flacon d’élixir que cela a fait sauter le parti tout entier.
À l’inverse, les Français peuvent être fiers de leur corbyneau hexagonal : alors qu’il était donné sub-claquant par les sondeurs d’âmes et de cœurs populaires, not’Jean-Luc a séduit les populistes germanopratins par sa présentation palestinolâtre du monde. Il les a conduits à voter avec enthousiasme pour une coalition de bric, de broc et d’anti-israélisme.
C’est ainsi que le sous-marin de l’islamisme français est remonté à la surface aussi vite qu’un suppositoire en marche arrière.
Le ciment le plus solide de son nouveau Bas-du-Front populaire était la haine d’Israël : on ne change pas une équipe qui gagne. Mais il n’a pas résisté aux divergences concernant tous les autres sujets. Macron comptait là-dessus : on n’apprend pas à un vieux Machiavel à faire des grises masses ce qu’il veut ! Le résultat, c’est que deux mois après le deuxième tour qui a porté les espoirs mélanchoniens au zénith, le Premier ministre désigné par le roi Louie-Emmanuel[2] est un second couteau qui ne lui fera pas d’ombre : Michel Barnier a été député, puis commissaire européen à la politique régionale de 1999 à 2014. Ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Raffarin, puis de l’Agriculture et de la Pêche sous Nicolas Sarkozy, il a toutes les qualités requises : l’européanisme béat et le dos rond-de-cuir.
Corbyn est une punaise de lit : on le met à la porte, il rentre par la fenêtre
La tentative de « ses amis du Hamas et du Hezbollah[3]» pour lui sauver la mise n’avait pas mieux réussi que celle de son alter ego, invoquant le célafautojuifs, en Mélenchon dans le texte : « il a dû subir sans secours la grossière accusation d’antisémitisme à travers le grand rabbin d’Angleterre et les divers réseaux d’influence du Likoud [4]».
Corbyn est quand même toujours député à Islington North. Il a juste changé d’étiquette en 2020. Du 9 juin 1983 au 29 octobre 2020, c’était avec le label travailliste[5]. Mais se retrouver simple député quand on a été le leader charismatique d’un parti pendant cinq ans (12 septembre 2015-4 avril 2020), ça vous laisse un goût de nostalgie.
Alors Corbyn a repris la stratégie de Pepitosu corazon[6] : il s’est allié avec quatre autres élus indépendants, Shockat Adam, Ayoub Khan, Adnan Hussain et Iqbal Mohamed, qui militent sur des plateformes pro-palestiniennes. Sans surprise, leur « Alliance indépendante » a vocation à obtenir un embargo sur les armes à destination d’Israël et elle cherche à recruter des alliés au Labour Party, qui n’a pas été purgé de tous ses antisémites, malgré l’action du nouveau boss, devenu depuis Premier ministre, Keir Starmer.
On dit de Starmer qu’il est sioniste, mais il est surtout mou. On ne parle pas de sa vie sexuelle, seulement de son engagement vis-à-vis d’Israël. Lorsque David Lammy, le secrétaire d’État travailliste, a succombé à son tropisme palestinien et imposé un embargo sur les armes à destination de l’État juif[7], au moment où celui-ci est menacé sur tous les fronts par les islamistes, Starmer n’a pas discuté. Au contraire, il a défendu l’embargo, le qualifiant de « décision juridique, pas politique ». C’est pourquoi il ne le considère pas comme un changement dans le soutien du Royaume-Uni au droit d’Israël à l’autodéfense.
L’Angleterre a quitté l’Union européenne, mais les liens sont encore forts entre nos deux pays : la nouvelle Alliance indépendante british a beaucoup en commun avec la France Insoumise-à-la-démocratie et il y a du Macron dans le management chèvre-et-en-même-temps-chou de Keir Starmer.
[6] Les deux compères échangent en espagnol, car Mélenchon n’a pas voulu apprendre la langue des gringos. – https://www.liberation.fr/planete/2018/09/24/jean-luc-melenchon-avec-corbyn-c-est-le-debut-de-notre-histoire_1680944/
La loi de Réconciliation nationale, citée par Kamel Daoud en exergue de son roman, punit d’un emprisonnement de trois à cinq ans « quiconque qui, par ses déclarations, écrits ou tout autre acte, utilise et instrumentalise les blessures de la tragédie nationale… » Autant dire que le romancier de Meursault : contre-enquête (2013) est désormais tricard dans son propre pays. Peut-être l’obtention du Goncourt — un pari de notre chroniqueur — et la certitude d’avoir écrit un grand livre le consoleront de cet exil imposé.
Notre collaborateur Jean-Paul Brighelli vient parallèlement de publier L’école sous emprise, dont Céline Pina rend compte ici NDLR•
En 1994, j’enseignais au lycée de Corbeil-Essonnes, mère de toutes les ZEP, coincé entre la cité (maghrébine) des Tarterêts et celle de Mauconseil, bastion majoritairement africain. Un jour, un élève de Première pas très intelligent lança, en plein cours : « Moi, j’suis au GIA, M’sieur ! » « Eh bien, nous savions tous que tu étais un crétin, nous savons désormais que tu es aussi un futur assassin. » Le Groupement Islamique Armé était la plus radicale des factions qui se disputaient alors l’Algérie, après la dissolution du Front Islamique du Salut, qui avait inopportunément remporté les élections de 1990. Les « Tangos » (les moudjahidines islamiques) et les « Charlie » (l’armée algérienne, tout aussi portée aux exactions) se disputèrent pendant dix ans, à grands coups de massacres, le territoire et le pouvoir. 200, 300, 500 000 morts ? Aucun bilan n’a réellement été tiré de ces dix ans d’horreurs, que Kamel Daoud s’emploie à ressusciter en passant par la voix d’une femme qui parle au fœtus dont elle hésite à se débarrasser.
(Comment, un homme qui parle au féminin ? N’a-t-il pas honte de procéder à une appropriation pareille ? Non — d’autant qu’il le fait à la perfection).
Les lois algériennes sur l’avortement sont parmi les plus restrictives au monde. De très nombreuses femmes avaient été violées par les combattants de ces années noires — mais l’Assemblée nationale refusa d’inscrire le viol parmi les motifs autorisés d’avortement. Quand on veut conquérir le monde avec le ventre de ses femmes, on fait feu de tout zob.
Aube / Fajr, « coincée entre l’envie de te tuer et celle de te parler sans fin », parle donc au petit amas de cellules dont elle peut encore se débarrasser. Elle lui raconte comment elle en est arrivée à vivre avec une canule plantée dans ce qu’il lui reste de larynx : un soldat d’Allah a bien tenté de lui trancher la gorge, comme à sa sœur, mais l’a partiellement ratée. Elle avait alors cinq ou six ans, on l’a rafistolée comme on a pu, avec un barbelé dessiné sur sa gorge. Elle arbore ce sourire kabyle (« le sourire n’a pas de dents, juste des points de suture, une quinzaine ; c’est une longue grimace, une balafre ahurissante ») et parle d’une voix feutrée, car ses cordes vocales aussi ont été partiellement coupées. Une manie, chez ces bons apôtres, que l’usage inconsidéré du couteau : « L’année où est né mon « sourire », par exemple, on avait égorgé plus d’hommes que de moutons. » Projet insensé que le sien : « Comment te dire la guerre, dit-elle à sa fille-en-devenir, sans te salir ou te montrer des monstres et te les mettre dans la bouche, un par un, pour te les faire mâcher et avaler ? » C’est justement là le projet de ce livre terrible. « Ici, il ne reste rien de la guerre que les égorgeurs de Dieu ont menée il y a quelques années. Rien que moi, avec ma longue histoire qui s’enroule et se déroule, t’enveloppant comme une corde nourricière. C’est ce qui rend les gens si nerveux autour de moi quand ils me croisent au bas de l’immeuble. Peut-être qu’ils se doutent que, par le trou de ma gorge, ce sont les centaines de milliers de morts de la guerre civile algérienne qui les toisent. »
Les houris sont les créatures éternellement vierges que la tradition coranique promet aux vrais croyants après leur mort. 72 en général, mais selon les versions, ça peut aller jusqu’à 5000. C’est curieux, cette manie des vierges, dans l’islam. Être le premier, être le seul. Faut-il croire Trevanian, qui dans Shibumi affirme : « La virginité est capitale pour les Arabes, qui craignent avec raison les comparaisons. » Déflorer une femme est rarement une partie de plaisir, ni pour l’un, ni pour l’autre — alors 72 ad libitum… Quant à ce que les femmes auront à se mettre sous la dent au Paradis d’Allah, le Coran est muet sur ce point. Mais est-ce qu’elles comptent ? « Entends-tu les hommes dehors dans le café ? Leur Dieu leur conseille de se laver le corps après avoir étreint nos corps interdits à la lumière du jour. Ils appellent ça « la grande ablution », car nous sommes la grande salissure. » La condition des femmes est l’une des multiples abominations de l’islam : « Je t’évite de naître pour t’éviter de mourir à chaque instant », dit-elle à son enfant-en-devenir.
Cela, c’est la première partie du roman. Les voix ensuite se diversifient : ainsi, ce libraire errant, qui va de village en village vendre des livres de cuisine et des exemplaires du Coran — car on lui interdit tout le reste. Il suffit de lui donner une date pour que sa mémoire dévide les massacres de ce jour-là. Kamel Daoud arrive alors au niveau du plus grand livre de guerre jamais écrit, le Tombeau pour cinq cent mille soldats de Pierre Guyotat que Gallimard publia en 1967. Des alignements de massacres. Parce qu’enfin, la guerre est d’abord cela : des litanies indicibles auxquelles il faut donner une voix.
Les jurés du Goncourt, qui ont sélectionné Houris dans leur première sélection, seraient bien avisés de donner à Kamel Daoud, couronné jadis pour le Goncourt du meilleur premier roman, un prix qui mettra en lumière ce que l’histoire officielle — celle qu’enseignent les manuels scolaires et, chez nous, les pédagogues qui refusent de parler de la traite saharienne ou des razzias opérées sur les côtes européennes — tente en vain de glisser sous le tapis de prière.
Kamel Daoud, Houris, Gallimard, septembre 2024, 412 p.
Selon l’ancienne actrice porno reconvertie philosophe de l’intime, même « déconstruits » les hommes n’ont toujours rien compris…
Ovidie est une ex-actrice porno reconvertie dans le féminisme, adulée par Télérama et la radio publique. Conceptrice d’ouvrages insignifiants sur la soi-disant société hétéronormative ou la prétendue masculinité toxique, elle a récemment co-signé La Fabrique du prince charmant, un roman-photo censé dénoncer l’homme faussement déconstruit et le patriarcat toujours triomphant. Pour en parler, le philosophe Charles Pépin l’a reçue sur France Inter, le 7 août. Après avoir narré « l’histoire d’un homme blanc, hétéro, d’environ cinquante ans » qui, la tête dans les nuages, ne voit pas les femmes qu’il croise sur le trottoir, les obligeant ainsi à s’écarter sur son passage, l’animateur radiophonique s’interroge : ce comportement est-il celui d’un doux rêveur ou celui d’un homme « porté par des siècles de société patriarcale » ? Ovidie, on s’en doute, a la réponse. M. Pépin abonde d’ailleurs dans son sens : si certains hommes se sont rendu compte de « leurs privilèges », d’autres, en revanche, « sombrent dans un déni absolu ».
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Heureusement, la spécialiste des « codes du porno et de l’intime » veille au grain, affirme M. Pépin. En plus de « décentrer le regard pour produire une réflexion sur le sexisme », l’ex-star du X pratiquerait « une philosophie au sens de la dialectique socratique ». Bref, suggère Pépin, Ovidie est une penseuse de haut vol. Raison pour laquelle il n’hésite pas à lui poser l’épineuse question qui le tarabuste depuis des années : que faire pour sortir vraiment du patriarcat ? « Il s’agit de reprogrammer nos imaginaires », proclame alors notre penseuse, les synapses en fusion. Mais attention, ajoute-t-elle, « un certain nombre d’hommes n’y parviennent pas, car s’ils s’y essaient, ils pensent dans tous les cas être dans le bon camp, celui du bien, en pérennisant de vieux codes qui nécessitent d’être de toute façon déconstruits ». Malgré l’opacité du propos, chacun aura compris que l’homme, quoi qu’il fasse, a toujours tout faux. C’est d’ailleurs l’intérêt de la chose – sinon, de quoi vivrait Mme Delsart, alias Ovidie ?
Retour sur la curieuse et épidermique réaction du LFI Sébastien Delogu, confronté à la RN Edwige Diaz.
Edwige Diaz et Sébastien Delogu sont, non pas dans un bateau, mais sur le plateau de BFMTV où ils sont invités à débattre. La première nommée est députée Rassemblement national de la 11ème circonscription de la Gironde, le second élu de La France Insoumise dans la 7ème de Marseille.
On ne me touche pas !
Voilà bien que, Mme Diaz, cherchant très aimablement à inviter son interlocuteur à ne pas l’interrompre à tout bout de champ comme il le fait, se laisse aller à, de sa main, effleurer son bras. Que n’a-t-elle osé là ! Crispation outragée de son voisin de plateau qui, très ostensiblement, se raidit, se cabre, se détourne. Il en serait presque à exiger qu’on fasse appel aux services de décontamination. Les deux journalistes en charge de l’émission, Olivier Truchot et Alain Marschall, ne manquent pas de souligner le ridicule d’un tel comportement. « On ne me touche pas ! On ne me touche pas ! » s’offusque alors le soi-disant offensé, la prétendue victime de l’épouvantable agression. Va-t-il saisir les tribunaux pour harcèlement, violence à caractère sexuel, gestes déplacés, atteintes à son intégrité physique ? On ne peut l’exclure.
🚨🇨🇵 FLASH – Sébastien Delogu refuse d'être touché par une femme députée Edwige Diaz (RN) sur le plateau de BFMTV. pic.twitter.com/NKrOaZGQGK
Il reste à tenter d’expliquer cette réaction épidermique, au sens propre du terme. J’avoue mon incapacité à comprendre une telle répulsion devant le geste, plutôt sympathique et apaisant, d’une femme, au demeurant charmante. Moi, voyez-vous, je serais plutôt du genre à en redemander. Mais bon. Je ne suis ni député, ni – encore moins – LFI.
Gestes barrières
Il me manque, pour cela, le logiciel mental qui, très probablement, doit permettre d’expliquer la brutalité du rejet. Un logiciel dans lequel RN équivaut à peste brune, donc à un risque majeur de contagion, même au plus léger contact. Ce serait aussi la raison pour laquelle on se refuse, tout aussi ostensiblement, à serrer la main des élus RN à l’Assemblée nationale. Il y a de la prévention sanitaire dans cette sottise effrayante. Il y a aussi du vade retro satanas, puisque, selon la bible mélenchonienne, l’assimilation du RN à la peste se trouve enrichie d’une accusation d’inféodation aux œuvres du Malin. On pourrait penser que ce ne sont que des mots. On se tromperait. Ce genre de venin fait inexorablement son chemin dans certains esprits. Et quand, quasiment d’un bord à l’autre du spectre politique, on mobilise – non sans succès – les foules pour « faire barrage », il entre bien là-dedans une part de cet obscurantisme, de cet impensé totalement irrationnel. Barrage contre quoi ? Contre la peste brune, contre les armées du démon ? Ce n’est pas exprimé ainsi, certes. Mais cela s’entend tout de même au-delà des propos convenus, et des arguments fabriqués.
« On ne me touche pas ! » piaille donc le pauvre homme. Ce faisant, il excipe d’une illusoire qualité d’intouchable. Et c’est aussi sans aucun doute cette débile conviction qui l’a conduit, voilà peu, à se permettre d’emprunter à contre-sens et à toute vitesse un couloir de bus dans son aire électorale de Marseille. « On ne me touche pas ! » Aura-t-il probablement lancé aux policiers l’interpellant. Ça n’a pas marché. Pour que ça fonctionne à tous les coups, il faudra qu’il attende que lui et ses camarades aient pris le pouvoir. Alors là, ils se régaleront ! Nous autres, beaucoup moins.
Les vachettes d'Intervilles, Michel Sardou et la Renault 17. DR.
L’ancien candidat à la primaire LR de 2022 a été nommé hier Premier ministre. L’union des droites ne viendrait-elle pas, en catimini, d’avoir lieu ?
Jadis, il existait un nom consacré pour des journées comme celle d’hier. On parlait de mariage de raison. Le genre d’union célébrée en toute discrétion, sans bouquets de fleur ni vin d’honneur. Hier à Matignon, même si personne n’osait le dire, l’évidence était dans tous les esprits : cet été la France a fauté. Alors qu’elle semblait avoir obéi à ses directeurs de conscience en faisant impeccablement barrage aux assauts d’un jeune premier nommé Jordan, la Gauloise réfractaire s’est en réalité bel et bien donnée à la droite. L’analyse de son hémicycle ne laisse aucun doute à ce sujet. Il a fallu des semaines pour accepter la honteuse mésalliance. Mais, qu’on le veuille ou non, France et conservatisme vont devoir faire un bout de chemin ensemble.
Barnier, le gendre idéal
Problème : la belle famille – j’ai nommé le clan désuni de la droite – est à couteaux tirés. Incapable de s’entendre depuis des décennies. Une bonne partie de ses membres, et non des moindres, en particulier la branche Le Pen, ont d’ailleurs prévenu qu’ils ne participaient pas à la noce. On se contentera donc de leur approbation du bout des lèvres, et c’est déjà un exploit… Il faut dire qu’ils auraient eu mauvaise grâce de venir perturber la cérémonie. Depuis cinquante ans qu’il occupe les postes les plus variés de la vie politique (conseiller général, député, sénateur, ministre, commissaire européen), l’heureux élu, un certain Michel Barnier, ne leur a jamais manqué de respect.
Et puis, il a beau être le prototype de l’apparatchik chiraquien, européiste et soporifique, il y a dans le style Barnier, quelque chose de rigide et de vieille France qui n’est pas pour déplaire au RN. Hier, dans son discours d’investiture, le Savoyard a d’ailleurs salué à sa manière les grands absents du jour en prononçant tous les mots de l’infréquentabilité : “sécurité”, « maîtrise de l’immigration », “sentiment d’abandon et d’injustice”. Bien sûr, beaucoup pensent que son physique et ses manières de gendre idéal ne suffiront pas à sauver les apparences, et que l’accord tacite avec la droite populiste explosera en plein vol dès les premières turbulences venues. Mais est-il interdit de rêver ? Et de se souvenir que, jadis, les mariages de raison faisaient les foyers les plus solides et les plus heureux ?
Les vieux mariés
Alors rêvons un peu. Et constatons que ce n’est pas la première fois, dans l’histoire récente, que nous assistons à des réconciliations, que dis-je à des résurrections, auxquelles plus personne ne croyait. Prenez l’Otan. D’aucuns la disaient en état de mort cérébrale… Depuis deux ans pourtant, toute l’Europe, ou presque, lui dit et redit son amour. Prenez aussi les frères Gallagher, qui, après des années de haine, vont reconstituer le groupe de rock Oasis. Prenez, enfin et surtout, des fleurons de notre culture populaire tels que Michel Sardou, la Renault 17 et Intervilles, dont les prochains retours viennent d’être annoncés coup sur coup cette semaine. Les esprits chagrins déploreront sans doute que le premier revienne sur scène dans une pièce de théâtre et pas pour un tour de chant, que la seconde ait troqué le bon vieux moteur au gazole contre la technologie électrique, et que la nouvelle version de l’émission créée par Guy Lux ait renoncé aux joutes de vachettes. Michel Barnier c’est un peu cela au fond : la droite sans gazole ni vachettes. Mais la droite quand même.
Causeur. Les élections n’ont pas sacré la reine du bal désignée par les sondages… Pourquoi le RN a-t-il perdu ?
Eric Zemmour. La coalition des partisans du cordon sanitaire a évidemment bloqué sa dynamique. Ce grand retour des castors a étonnement fonctionné. Peut-être grâce aux failles du RN. Depuis des mois, il se disait prêt, avec le fameux « plan Matignon », les 577 candidats déjà sélectionnés, les textes de loi qui auraient déjà été rédigés, etc. La campagne a montré que les dirigeants du RN n’étaient pas prêts. Ils ont changé de programme tous les jours et sont restés sans voix devant les polémiques lancées par leurs adversaires. Car la dédiabolisation leur coupe la voix. Qu’est-ce que la dédiabolisation ? C’est le fait de renoncer à des idées que la gauche estime inacceptables. C’est donc la soumission à l’idéologie de gauche. C’est le pari que fait Marine Le Pen depuis douze ans maintenant, et que je critiquais déjà du temps où j’écrivais au Figaro. Les concessions qu’elle fait à la gauche ne seront jamais assez nombreuses. La gauche ne donnera jamais quitus au RN. Ce n’est jamais assez ; une soumission en entraîne une autre et à la fin que reste-t-il ?
En dehors de ce que veut la gauche, faut-il regretter l’antisémitisme de fin de banquet et autre rivarolades pétainistes de Jean-Marie Le Pen ? Êtes-vous choqué que Marine Le Pen ait déclaré que le nazisme était une abomination ?
Rejeter les quelques nazillons du FN, vous appelez ça une stratégie ? C’est une évidence. Mais faire croire que Marine Le Pen a dénazifié le FN, c’est encore une fois tomber dans le piège de la gauche. Le FN n’était pas un parti de nazis. La nazification de patriotes absolument pas nazis est une des stratégies les plus classiques de la gauche depuis les années 1930. C’est même Staline qui l’a inventée et suggérée à tous les partis communistes européens. Je parle donc d’une machine infernale : de la dédiabolisation qui fait de la gauche l’ultima ratio de la bienséance, rôle qu’elle s’octroie depuis la Révolution française. Faire de la dédiabolisation une stratégie, c’est lui reconnaître ce magistère. Et ça ne sert à rien. Il a suffi de vingt-quatre heures entre le soir du premier tour et le lendemain pour rediaboliser comme jamais le RN. Alors qu’est-ce qu’on tire de ces élections pour aller de l’avant ? Marine Le Pen en tire qu’il faut aller plus loin dans la dédiabolisation, j’en tire qu’il faut aller plus loin dans la crédibilité et l’affirmation de nos idées. La situation est de plus en plus critique, ce n’est pas le moment de mollir. Chez Reconquête nous allons travailler d’arrache-pied sur la formation de nos cadres et l’élaboration d’un nouveau programme.
En tout cas, votre union des droites a du plomb dans l’aile.
Vous avez raison ! Pour faire l’union des droites, comme son nom l’indique, il faut des gens qui veulent s’unir et des gens de droite. Les LR se disent de droite, mais ne veulent pas s’unir. Le RN ne se dit pas de droite et ne veut pas non plus d’alliance avec Reconquête. J’ai décidé de ne plus parler de tactique ! L’union des droites, c’est un moyen, pas un objectif. L’objectif, c’est de sauver la France. Je trouverai d’autres moyens.
Jordan Bardella et Marine Le Pen au palais de l’Élysée, après leur entretien avec Emmanuel Macron en vue de la nomination du prochain Premier ministre, 26 août 2024 ISA HARSIN/SIPA
Qu’avez-vous pensé de l’épisode Ciotti ?
Ciotti a tenté une union avec le RN et je le félicite d’avoir essayé de rompre le cordon sanitaire. Malheureusement, le reste des LR n’a pas eu son courage et le cordon sanitaire est revenu, plus fort que jamais. Au passage, on a assisté à une opération vérité : tous les leaders de LR ont reconnu, une fois de plus, qu’ils demeuraient des centristes, proches d’Emmanuel Macron.
Aujourd’hui, le paysage médiatique est beaucoup plus ouvert qu’il y a trente ans : il y a les médias Bolloré… et Causeur ! Pourquoi la gauche, beaucoup moins florissante électoralement, conserve-t-elle son hégémonie culturelle ?
Nos idées ont désormais un diffuseur médiatique non négligeable. D’ailleurs, nos adversaires ont compris qu’il fallait d’urgence attaquer le diffuseur. Mais la gauche conserve l’hégémonie culturelle, car elle tient l’école, l’université, les médias, la justice, le cinéma, le monde de la culture, les financements publics, la plupart des réseaux sociaux et leur pouvoir de censure. Avec cela, la gauche endoctrine la masse, en particulier, les jeunes générations, comme au temps de la Révolution culturelle chinoise, quand les jeunes étaient instruits contre leurs propres parents ! Vous voyez, l’hégémonie culturelle n’a pas besoin de la majorité électorale, même si elle la prépare.
L’attaque terroriste contre la synagogue de La Grande-Motte montre que la haine des juifs, attisée par une partie de la gauche, est aujourd’hui décomplexée. Beaucoup de Français juifs se demandent s’il y a un avenir pour eux en France. Et vous ?
Beaucoup de Français se demandent s’il y a un avenir pour les Français en France ! Si on veut lutter contre l’antisémitisme, il faut arrêter l’immigration musulmane. C’est un principe de précaution. Il y a un antisémitisme culturel systémique, comme on dit, dans le monde musulman. C’est un phénomène très documenté, notamment par l’historien Georges Bensoussan, spécialiste du monde arabe, ou par David Littman qui raconte la condition des juifs au Maghreb. Plus il y aura de musulmans en France, plus il y aura d’antisémitisme. On était sorti de l’antisémitisme européen depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on l’a ramené nous-mêmes sur notre sol par l’immigration. Il faut arrêter.
Revenons à vous. Beaucoup de gens semblent partager votre diagnostic. Pourquoi ne vous élisent-ils pas reine du bal ?
Permettez-moi l’optimisme : c’est déjà un progrès ! C’est même la première étape. Il y a quelques années, on me contestait le diagnostic. Je pense tout simplement que l’élection présidentielle structure la vie politique et les rapports de forces pour les cinq années qui suivent. Il y a comme une inertie attachée à ce résultat. En arrivant deuxième en 2022, Marine Le Pen a pris la tête de l’opposition. On peut faire beaucoup de choses pendant cinq ans, mais pas renverser cette hiérarchie. En 2027, les compteurs seront remis à zéro, les Français seront disponibles, comme à chaque élection présidentielle, pour écouter et comparer : l’électorat redevient mobile. Les jeux seront à nouveau ouverts. D’ici là, revenons aux fondamentaux : les idées, les convictions, les tempéraments. C’est ce qui fait l’essence de la politique, pas les partis, ni les sondages.
Cependant, n’êtes-vous pas un peu obsessionnel ? Tout n’entre pas dans le tuyau du grand remplacement.
C’est vous qui parlez ! Pour vous taquiner, je dirais qu’obsédé vient du latin obsedare qui signifie assiéger. Oui, je pense que la France est assiégée par une civilisation étrangère et qu’il est tout à fait légitime d’être obsédé par cela. Je ne cherche pas à faire entrer tous les problèmes dans une théorie, mais certains grands phénomènes historiques s’imposent et transforment tout. Prenons l’exemple de l’école. Ce n’est pas l’immigration qui a causé son effondrement, c’est l’idéologie. À partir de 1945, dans tous les pays occidentaux, on a subordonné le principe de méritocratie à l’objectif supérieur de démocratisation et de réduction des inégalités. Mais l’arrivée de millions d’enfants issus de cultures maghrébines ou africaines, avec des parents qui parlaient très mal français et, pour la plupart, n’avaient pas le culte du savoir, a aggravé les choses. Les idéologues de gauche se sont employés à adapter l’enseignement à ce nouveau public ; cela a produit un effet boule de neige. De même, l’immigration n’est pas responsable de la désindustrialisation française, de la baisse du temps de travail, de la baisse de la compétitivité, de l’insistance mise sur la consommation au détriment de la production : tout cela, c’est l’œuvre des élites françaises. Mais le fait est que beaucoup d’immigrés ne travaillent pas (le taux d’inactivité est de 40 % chez les Algériens contre 26 % chez les Français) et qu’on fait venir des immigrés pour consommer, que cette consommation n’est pas financée par leur travail, mais par les allocations sociales, que l’on finance par la dette. Enfin, on s’étonne que nos services publics n’aient plus l’efficacité d’antan, et bien sûr que les 35 heures, la bureaucratisation et la tyrannie des normes n’y sont pas pour rien. Mais on oublie qu’ils subissent aussi l’arrivée annuelle de 500 000 personnes, très consommatrices de services publics. Ils ploient sous le nombre. En somme, comme pour l’école, les immigrés aggravent nos propres problèmes.
Du point de vue de l’immigré, il est légitime de chercher à venir en France.
C’est rationnel, mais ce n’est pas moral.
Ce n’est pas immoral.
Je trouve que si. C’est immoral de quitter son pays plutôt que de l’aider à devenir plus fort. C’est immoral de profiter d’un pays, voire de l’attaquer, alors que ce pays vous a accueilli.
La plupart des êtres humains sont immoraux dans ce cas, car la plupart privilégient le sort de leurs enfants à celui de leur pays.
Ce n’est pas vrai. En 1914, les Français n’ont pas fait ce calcul-là, ils n’ont pas émigré en masse. Et ils ont construit un pays magnifique pour leurs enfants.
Campement de migrants devant la mairie du 18e arrondissement de Paris, demandant « une mise à l’abri » à la veille de l’ouverture des Jeux olympiques de Paris, 24 juillet 2024. SOPA Images/SIPA
L’étranger qui vient en France n’est pas responsable du système qui a été mis en place pour l’attirer. Pourquoi attaquer les immigrés plutôt que l’immigration?
Une fois qu’ils sont chez nous, ils ont une responsabilité individuelle. Au nom de quoi n’aurait-on pas le droit de critiquer ceux des immigrés qui profitent de notre générosité sans travailler, ou ceux qui violent, qui poignardent et qui tuent ? Mais s’ils sont là, c’est bien de la faute de la politique française. Et il faut dire que notre système devient de plus en plus fou ! Pendant l’été, la Cour nationale du droit d’asile a décidé que TOUTES les femmes afghanes pouvaient bénéficier du droit d’asile en France, du fait de leur traitement par les talibans. C’est-à-dire qu’il n’y a même plus besoin d’examen individuel de leur cas ! Elles obtiennent d’office le statut de réfugiée ! N’oubliez pas que grâce au regroupement familial, les enfants et les maris pourront également les rejoindre en France. En clair, grâce à nos juges, les 40 millions d’Afghans sont désormais les bienvenus en France !
Beaucoup de femmes afghanes méritent la protection de nos lois, non ?
Votre esprit de contradiction vous égare ! Je ne sais pas si vous mesurez ce que je viens de vous dire. Les femmes afghanes sont victimes de l’islam depuis mille ans, est-ce pour cela qu’il faut accueillir toutes les femmes afghanes ? Et puis toutes les femmes du monde musulman, et tous les homosexuels ? Cela va faire du monde ! Le droit d’asile,c’est Victor Hugo et Soljenitsyne. Ce n’est pas tous les persécutés des pays musulmans. Au nom de quoi les gens de la CNDA peuvent-ils prendre de telles décisions qui engagent le paysplus que toute décision prise par le Parlement ? Ces gens n’ont pas été élus, personne ne les connaît. C’est un scandale démocratique.
Faisons un détour par l’Angleterre et les émeutes. Cela ne va pas aider votre combat contre l’immigration que des gens agressent des immigrés dans les rues.
Qu’ont dit ces émeutiers anglais ? Enough is enough – « trop, c’est trop ». Un fils de migrants rwandais venait d’assassiner trois fillettes. Et ce n’est pas la première affaire de ce genre qui émeut l’Angleterre ! Le peuple britannique a voulu sortir de l’UE pour arrêter l’immigration. Et les élites anglaises ont stoppé l’immigration européenne, mais accru l’immigration extra-européenne. C’est contre cette entourloupe que les Anglais se révoltent. Cette révolte est légitime dans son objet. Et immédiatement, des militants d’extrême gauche et des islamo-gauchistes, renforcés par la police anglaise, sont partis de toute l’Europe pour faire le coup de poing contre ces Anglais. La justice a été d’une rare férocité avec ces gens qui défendaient le droit de l’Angleterre de rester l’Angleterre.
Beaucoup de Français redoutent comme vous de voir la France qu’ils aiment disparaître, mais voudraient des solutions douces.
La solution que je propose est beaucoup plus douce que celle qui consiste à laisser le djihad se développer sur notre sol, à accepter l’ambiance de guerre civile, à mentir effrontément sur la nature de l’immigration musulmane et, in fine, un jour, et bien trop tard, se résoudre à intervenir de manière violente, dramatique – ou bien, car ce sera la seule alternative, à être vaincus. Je fais tout pour nous l’épargner. Je pense que les Français ont compris que je ferai ce que je dis. Ils savent que chez les autres, ce n’est que du théâtre et que, contrairement à eux, j’aurai le tempérament nécessaire pour régler la question.
Prétendez-vous sauver la France contre elle-même ?
Le général de Gaulle dit : « La seule fatalité, ce sont des peuples qui n’ont plus la force de se tenir debout et qui se couchent pour mourir. » C’est pour conjurer cette fatalité que je me suis engagé en politique.
Il se dit beaucoup que vous êtes un bon analyste, mais un mauvais politique.
J’entends la critique. Si la politique, c’est changer d’avis tous les jours parce que les sondages changent, faire des coups, dire et ne pas faire, oui, je ne suis pas un bon politicien. Mon ami Gilles-William Goldnadel avait dit : « Zemmour ne sera jamais un vrai politicien parce qu’il ne veut pas mentir. » Je le remercie pour ce beau compliment !
Quelle piètre opinion de la politique !
Qui a permis à l’immigration et à l’islam de conquérir la France ? La politique, contre l’avis des Français. Qui a effacé les frontières ? La politique, contre l’avis des Français. Qui a fait des travailleurs des esclaves du fisc ? La politique, contre l’avis des Français. Et peu importe que ce soit la droite ou la gauche, car c’est encore et toujours la politique, la matrice unique de nos malheurs.
Le problème de la France, c’est cette politique. La politique qui brise la liberté, la vérité, la créativité, la prospérité, la souveraineté. La politique qui torture la pensée du peuple à coups de mensonges. La politique qui s’est insérée dans les moindres interstices de notre vie privée. La politique qui paralyse l’action du peuple à coups de lois et de prélèvements. La politique qui envahit tout, s’empare de tout, détourne tout, tord tout, dénature tout, abîme tout, annule tout. La politique qui ruine le pays. La politique qui remplace le pays. La politique qui déclasse le pays. La politique qui embrigade le pays. La politique est l’ennemie du peuple. Une révolution antipolitique est nécessaire.
Vous, l’admirateur de Churchill, Napoléon, De Gaulle, ne croyez plus à la politique pour civiliser les conflits ?
Ce que les Français appellent « la politique » en 2024, ce n’est ni Churchill face au nazisme, ni Napoléon recréant le Droit, ni De Gaulle rendant à la France sa grandeur. Ce qu’ils appellent « la politique », c’est un labyrinthe sans fin d’hypocrisies, d’incompétences et de ratages. Ils veulent abattre les murs de ce labyrinthe. Moi aussi. Je veux le faire avec eux et pour eux. Et nous retrouverons peut-être un jour la grande politique, mais pas avant. Il faut sortir le pays du « Tout est politique » imposé par les soixante-huitards ! Ils ont tout politisé, ils ont tout dénaturé, ils nous enferment dans une logique totalitaire. Il faut dépolitiser l’école, la culture, le cinéma, l’économie, la chambre à coucher, l’humour, les relations entre les hommes et les femmes, la fiscalité, la famille, la propriété, l’écologie, la justice. Il faut dépolitiser tout ce qui a été tragiquement politisé par la gauche. Vous allez m’entendre le dire souvent dans les mois qui viennent : la politique est l’ennemie du peuple. Ce n’est pas une formule en l’air. C’est ce que pensent les Français. Nous allons faire tomber cette Bastille.
Depuis des années, Michel Barnier, notre nouveau Premier ministre, était considéré comme un « technocrate fade » un peu mou par les vieux briscards de la politique. Mais il pourrait agréablement nous surprendre, observe Céline Pina.
Enfin nous avons un Premier ministre. Michel Barnier a gagné le Koh-Lanta de la nomination. Les Hunger games macroniens ont un vainqueur et la France un nouveau Premier ministre !
Combien de temps tiendra-t-il ?
La série n’a pas été passionnante. On a perdu beaucoup de temps avec un personnage secondaire mais particulièrement insistant, Lucie Castets, qui a créé moults rebondissements mais peu d’enthousiasme. La première saison de ce mauvais feuilleton a ainsi été consacrée à l’élagage de la distribution. L’élimination des héros, souvent par leur propre entourage et par la grâce de la traîtrise, fédère toujours les spectateurs, à défaut d’inspirer l’électeur. La deuxième saison qui s’ouvre devrait se pencher sur le parcours de l’élu, enfin du « designated survivor ». Et disons-le, au vu du contexte politique incertain, l’échec est probable et laisse penser que la troisième saison ne verra jamais le jour, et qu’il faut se préparer à l’arrêt de la franchise.
Les élections législatives n’ayant été gagnées par personne, trouver un homme susceptible de ne pas être victime d’une motion de censure sitôt nommé relevait de la gageure dans un pays divisé où chaque formation politique est sous pression de militants radicaux. Voilà pourquoi nous nous sommes longtemps crus dans une représentation interminable d’En attendant Godot tant cette nomination était espérée et pourtant n’aboutissait jamais. Et pour cause.
Cette pièce sur l’absurdité de la condition humaine parle de notre réalité politique. Attendre Godot, c’est espérer que le monde va changer, tout en étant conscient que cet espoir est ridicule, surtout quand on n’agit jamais pour influer sur son cours. Attendre Godot, c’est la quête de l’hyper-solution. Cette idée absurde qui consiste à penser que l’on peut résoudre tous ses problèmes grâce à une seule équation. Un exemple : vous êtes mal dans votre peau, mal à l’aise avec votre sexualité, votre lien à autrui et votre relation au monde ? Changez-donc de sexe et vous serez en accord avec vous-même. Vous doutez que cela marche, et vous pensez qu’assez rapidement la personne se retrouvera confrontée aux mêmes problèmes que ceux qu’elle a tenté de fuir ? C’est exact. L’hyper-solution mène à l’échec car elle est la négation de la vie.
La panacée n’existe pas, c’est une fuite en avant dans l’illusion. L’existence est un combat au quotidien, combat perpétuellement renouvelé dont l’issue est de surcroit fatale… La quête d’une hyper-solution est une posture immature car elle nie la condition humaine, la nécessité de construire et de se construire. Nous n’avons pas de baguette magique et il n’y a pas de sauveur. Mais il peut y avoir des hommes debout. Et nous en avons besoin.
Un choix cohérent
Le choix de Michel Barnier a sa cohérence. L’homme a une véritable expérience internationale, et son poste de négociateur du Brexit a démontré ses qualités diplomatiques et sa fermeté. Plusieurs fois ministre, il connait bien la France et a souvent été apprécié dans l’exercice de ses fonctions. Elu local et chef d’exécutifs locaux, il a l’expérience du terrain et est ancré sur un territoire. Il y a une histoire à raconter autour de cette nomination qui tente de conjuguer profil technocratique et épaisseur politique. Même si le technocrate est plus visible chez Michel Barnier que le produit du terroir.
Sa nomination intervient à un moment où la gauche s’est ridiculisée : après avoir tenté d’imposer un personnage sans histoire ni envergure à la tête du pays en s’inventant une victoire qui n’existe pas, le PS a abattu le seul homme qui pouvait tenter de créer une coalition, Bernard Cazeneuve. Se faisant, il a prouvé que les deux gauches étaient effectivement irréconciliables et que la seule manière d’envisager un avenir passe par l’élimination de la gauche républicaine de Cazeneuve au bénéfice d’une gauche aux penchants totalitaires et antisémites, celle de LFI. Ce terrain ayant été dégagé, la candidature d’une personnalité de droite cadrait mieux avec les attentes des Français et leur vote. Or, dans ce cadre, l’imprimatur du RN était nécessaire. Exit donc Xavier Bertrand, qui s’était posé en caution morale face au risque fasciste qu’il imputait au RN. Un profil comme Michel Barnier, qui n’a jamais insulté personne tout en sachant affronter les situations de tension, devenait la clé d’un possible.
N’avoir jamais insulté personne parait un peu terne comme image politique ? On a vu que Michel Barnier ne se résumait pas à cela, mais il n’en reste pas moins que ce « détail » est de grande importance. Ne dit-on pas que le divin se cache dans les petites choses ? Or la tenue est exactement ce qui manque aujourd’hui en politique. Celle-ci s’incarne aujourd’hui dans des personnages qui paraissent dépourvus de vergogne, de limites et d’éducation. Les Delogu, Léaument, Soudais et autres Guiraud ont abimé l’image de l’Assemblée nationale à force de vociférations et de violences, Jean-Luc Mélenchon est devenu une caricature d’imprécateur, une grande partie de la gauche assène toujours des leçons de maintien alors qu’elle fraie avec les islamo-gauchistes. On n’est pas mieux loti du côté du pouvoir avec un président adulescent et irresponsable, largement comptable de l’impasse politique où ses caprices nous ont placés. Quant à la droite, la tragi-comédie des LR lors des législatives l’a rendu peu attractive et même un tantinet ridicule. Elle ne s’en est pas encore remise.
Ce n’est pas un président de droite qui parlait de « sans-dents »…
Dans ce cadre où tous ceux qui se poussent du col montrent plus leurs limites que leurs atouts, le « terne » Michel Barnier ne s’en est pas mal sorti. Sa passation de pouvoir entre lui et Gabriel Attal était touchante et digne. Et surtout y affleurait une forme de sincérité et de simplicité extrêmement intéressante. On était loin des mots ronflants dont l’emphase et la puissance servent avant tout à masquer la réalité de l’inaction du pouvoir. Certains se sont beaucoup moqués de l’expression « les gens d’en bas ». Surtout à gauche. Alors même que cette gauche les méprise et n’écoute plus ces gens depuis longtemps, tant elle est persuadée que le peuple est con et qu’elle a les meilleures solutions pour faire son bonheur malgré lui. Eh bien curieusement, c’est le techno qui trouve la voix de la sincérité pour en parler. Son expression était peut-être un peu vieillotte, datée, ancien monde, mais les accents dans la voix du Savoyard montraient qu’il croyait aux mots qu’il prononçait, là où trop souvent les politiques utilisent les mots comme des leurres. Il y avait là quelque chose d’apaisant et de rassurant dans les premiers pas de cet homme placé par les circonstances au poste de Premier ministre.
Il n’en reste pas moins que le chantier qui s’ouvre devant lui est titanesque et qu’aucune des conditions ne sont remplies pour qu’il puisse espérer réussir. Il n’a pas de majorité, et doit gérer un président dont le discernement est inversement proportionnel à sa capacité d’initiative, et qui est en plus prompt à mettre des excréments dans le ventilateur, même dans sa propre maison. Notre problème est qu’une situation politique bloquée c’est comme une cocotte-minute sous pression. Il faut donc gagner du temps pour empêcher que la logique de tension que cela implique ne finisse par affaiblir considérablement l’Elysée. Il faut donner au monde politique un os à ronger et une tête à faire tomber autre que celle d’Emmanuel Macron. Il faut donc occuper les médias et leur fournir un abcès de fixation. Mais à part se donner le temps de bien compter les briques en attendant de se prendre le mur, que peut faire Michel Barnier ? Dans une société fracturée où dans la perspective de 2027 chacun va vouloir donner des gages aux plus radicaux de son camp, la conjonction de l’hystérisation des enjeux et de l’impuissance du politique risque d’exacerber frustrations et revendications alors même que la crise budgétaire et les menaces extérieures réduisent toute marge de manœuvre. Face à ces réalités, si Michel Barnier arrive déjà à relancer le dialogue entre les forces politiques et à prendre en compte les attentes des Français sans brutaliser la société, il aura fait œuvre utile et aura amené quelques grammes d’espoir dans un monde de brutes.
Le Top 14 reprend ses droits ce week-end avec, déjà, d’alléchantes affiches : tout commencera par une Peña Baiona au stade Jean Dauger où les locaux de l’Aviron bayonnais affronteront les Catalans de Perpignan, avant de se poursuivre avec la rencontre des outsiders entre La Rochelle et Toulon et de se terminer avec l’opposition entre les nouveaux venus de Vannes et le favori toulousain. La compétition domestique de rugby est un de ces rares plaisirs où les rivalités picrocholines, les mêlées viriles et les troisièmes mi-temps arrosées sont encore admises. Après la professionnalisation édictée en 1995, le rugby semble pourtant aujourd’hui à un nouveau tournant, entre devoir de modernisation et risque de s’y perdre.
Bien sûr, nous ne devrions jamais comparer deux sports, tant chacun de ceux-ci possède ses lettres de noblesse, son histoire, ses drames et ses champions, mais la tentation est grande d’opposer les ballons rond et ovale. Et, en matière de football, les derniers mois furent féconds de ce que la post-modernité produit de plus vil : saga autour du transfert de Mbappé, profusion de rencontres jusqu’à l’indigestion et à des horaires improbables, multipropriétés, stades hypermodernes et hyperconnectés répondant au nom de richissimes sponsors, règne des stats, pour se terminer par le tirage récent de la Champions League où la seule chose qui fut comprise de tous est qu’elle favoriserait les mastodontes au détriment de la glorieuse incertitude du sport – sans laquelle celui-ci n’est plus qu’un spectacle.
Le rugby, qui tire sa filiation de la phéninde grecque et de l’harpastum romain[1], autant que du jeu de soule qui mettait aux prises des villages voisins, n’est évidemment pas à l’abri de connaître le même sort. Si on voue une admiration sans borne pour les exploits du Stade toulousain, sa domination outrageante ne manque pas de soulever quelques inquiétudes dans une discipline où les lauriers se répartissent à peu près équitablement – en dehors de quelques sagas, dont celle de Béziers dans les années 70 sous la houlette de Raoul Barrière. La starification, malgré lui, du brillant et modeste Antoine Dupont tranche avec un sport éminemment collectif. L’argent prend une place toujours croissante et on espère ne pas voir advenir le « rugby business », avec des « maillots third » floqués au nom de joueurs négociant leur transfert sous d’autres horizons, des droits vendus à l’encan, des abonnements hors de prix, des compétitions qui se multiplient et des bagarres dans les tribunes… Certains signaux n’ont pas manqué d’inquiéter ces derniers mois.
La modernisation est inévitable et ne fait que suivre l’évolution de la société. Il y a d’ailleurs bien longtemps que l’Ovalie a tranché avec les origines sociales liées à ses berceaux : pour simplifier à l’excès, le rugby était d’extraction noble en Angleterre où il fut la chasse gardée de la gentry ; étudiante en Irlande, aux abords du Trinity College et d’autres écoles réservées aux élites ; populaire au Pays de Galles où dockers, mineurs et métallurgistes mélangèrent leur sueur à la suie et à la houille ; paysanne en Ecosse, où il gagna rapidement les campagnes. On ne retrouve plus guère de tout cela aujourd’hui et il est d’ailleurs sans doute utopique d’espérer que le sport de Webb Ellis garde éternellement ses particularismes.
Mais que ses acteurs, des joueurs aux dirigeants, n’en dénaturent pas l’essence et conservent ce qui fait le charme de la discipline. Le rugby, c’est avant tout un sport de territoire qui se conquiert par des combats et des actions de génie : ses mêlées, au cours desquelles les casques s’entrechoquent au son des instructions données par l’arbitre (« flexion », « liez », « jeu ») en même temps que les râles se dégagent de ce troupeau si peu moutonnier ; ses ballons envoyés à l’autre bout du terrain avant qu’ils ne reviennent, comme pour sacraliser le principe de l’éternel retour ; ses essais enfin et surtout, anodins ou entrés dans l’histoire, comme celui de Gareth Edwards avec les Barbarians en 1973. Le rugby, ce sont des traditions : le folklore chanté en tribune et accompagné des fanfares et bandas du Sud-Ouest, le haka des guerriers néo-zélandais qui tranche avec le jeu souvent châtié de générations de All Blacks qui ont honoré de leur talent la toison noire frappée d’une fougère ou encore les hymnes lors du tournoi des Six nations, dont le Flower of Scotland entamé à la cornemuse et terminé a capella ou le magnifique Land of my Father repris par les chœurs gallois.
Le rugby, ce sont les troisièmes mi-temps qui adoucissent les rivalités cristallisées à l’ombre des poteaux plantés en plein cœur de territoires où le soleil se cache rarement. Le rugby, ce sont des grandes voix, de Roger Couderc, de Thierry Gilardi et aujourd’hui de Jean Abeilhou et de Matthieu Lartot ; et des écrivains qui ont rehaussé par leur plume la dimension épique de ce sport, d’Antoine Blondin à Denis Tillinac qui retrouvaient sans doute dans l’Ovalie leur monde de hussards. Le rugby, ce sont aussi les joueurs fidjiens, samoans et tongiens venus apporter un vent frais et féroce, les feuilles jaunes de Midi Olympique qui s’envolent sur les terrasses des sous-préfectures, un mélange de petits et de gros, des stades portant encore le nom de joueurs et de dirigeants et les Narbonne-Carcassone annoncés avec l’accent du terroir. Le rugby, ce sont les yeux d’Emilie. Et mille autres choses dont on espère qu’elles ne commencent pas à tourner rond ou carré.
"Kill" de Nikhil Nagesh Bhat(2024) Original Factory / Sikhya Entertainement
Phobiques du chemin de fer, s’abstenir.
Si le huis-clos ferroviaire est exploité de longue date par le Septième art (cf. parmi les films à suspense relativement récents Dernier train pour Busan, Le Transperce neige, Bullet Train, Compartiment n°6, Unstoppable et j’en passe…), il est des trajets grande ligne que le cinéma sait rendre particulièrement éprouvants. Je ne recommande pas aux âmes sensibles de monter dans le Rajdani Express pour New-Dehli où vous embarque le cinéaste indien Nikhil Nagesh Bhat: au terminus, après 1h45 à grande vitesse et sans escale, le spectateur arrive à quai, mais quelque peu secoué par le voyage.
Mais que fait la Sûreté ferroviaire?
Tout commence par la célébration des fiançailles d’une innocente demoiselle, Tulika, fille d’un richissime magnat des transports, élevée (et vêtue) dans la bonne tradition hindoue, en vue de son mariage « arrangé », comme on dit – les mœurs étant ce qu’elles sont dans le sous-continent indien. Mais Tulika en pince secrètement pour Amrit, bel et athlétique capitaine des commandos de la police – l’équivalent du GIGN, on présume. Rêvant de fuir avec sa dulcinée, l’ardent, viril et juvénile barbu s’incruste avec son frère Viresh dans le train qui ramène incognito à Dehli le grand patron et les siens (femme, neveux et enfants). Patatras, un gang de « dacoïts » (ces bandes de brigands hors caste qui font le charme du pacifique pays de Gandhi) s’est infiltré parmi les passagers : technologiquement performants, en actionnant un appareil brouilleur habilement planqué dans un sac de voyage, ils ont coupé la connexion de tous les smartphones, désamorcé les alarmes et le système de freinage d’urgence : bref, le TGV est en roue libre. Avec, à l’intérieur, cette tribu de malfrats qui passe illico à l’action, détroussant les voyageurs terrorisés. À la tête (brûlée) des méchants, Fani, le psychotique rejeton du chef de bande, à qui vient rapidement l’idée de kidnapper Tulika contre rançon, dès lors qu’il a identifié la présence, dans le convoi, de l’opulente famille bien connue des médias.
Houlà, le sang d’Amrit ne fait qu’un tour si l’on s’en prend à l’objet de son cœur ! Et nous voilà barré pour une castagne homérique : seul contre tous, Amrit parviendra-t-il à sauver ses protégés du carnage ? Vous le saurez si, d’abord, vous acceptez de vous enfiler non-stop cent cinq minutes de sport de combat assaisonné d’une sanglante boucherie : doigts fracturés, éviscérations, énucléations, égorgements, pendaisons, trépanations, amputations, emboutissages, écrabouillage par frottement du visage au sol à 200km/h, meurtres au marteau, au revolver, à la hache – le clou étant assurément le trépas par ingestion du gaz d’un extincteur ou, mieux encore, par avalement d’un flacon entier de recharge de briquet, consciencieusement incendiée – ce qui s’appelle mourir à petit feu. La violence hyperbolique de ces hallucinants corps-à-corps graduellement montés en gamme, aux rebondissements orchestrés avec maestria, vous tient scotché au siège, sourire en coin. Car jamais Kill ne se prend au sérieux : son maniérisme très maîtrisé joue de façon réjouissante avec les codes de l’esthétique « Bollywood » – bande-son sirupeuse, ralentis émollients, flash-backs édulcorés sur le rêve sabordé de ces noces idéales… Vertigineux !
Pour autant que l’expression « film de genre » n’ait pas encore été dénaturée par la phraséologie woke, Kill en offre une saine quintessence. A noter que, présenté en avant-première à l’ouverture de l’Étrange festival (qui fête à Paris cette année, au Forum des Images comme toujours, sa 30ème édition – du 3 au 15 octobre), le film y est projeté une fois encore ce samedi 7 octobre à 14h15, quelques jours avant sa sortie dans les salles. À noter aussi, pour les amateurs, qu’on peut voir sur Netflix deux autres films de Nikhil Nagesh Bhat: Hugdang (2022) – mais uniquement sous-titré anglais – et le délicieux BrijMohan Amar Rahe (2018) – sous-titré en français, celui-ci. Cinéphiles, à vos écrans !
Kill. Film indien de Nikhil Nagesh Bhat. Inde, couleur, 2023. Durée : 1h45. En salles le 11 septembre 2024.
Après une longue période de flottement – sept semaines d’attente et de pénibles rebondissements – la droite a finalement réussi à étouffer la gauche. À ceux de nos lecteurs que la petite tambouille politicienne française n’ennuie pas assez, nous expliquons ici pourquoi le président Macron a finalement choisi le Savoyard Michel Barnier.
Les esprits lucides et pragmatiques le savaient bien : il était impossible à la gauche de gouverner dans son incarnation du Nouveau Front populaire. De fait, elle aurait été immédiatement censurée par les deux tiers restants de l’Assemblée nationale, soit le centre et la droite.
Emmanuel Macron n’a d’ailleurs jamais eu l’intention de confier Matignon à la gauche. Rien ne pouvait l’en empêcher puisque le cartel des gauches n’a pas obtenu de majorité, même relative, et ne pouvait nouer aucune alliance pour élargir sa base. Pis encore, son « alliance » était particulièrement fragile, le discours radical et sans compromis de La France Insoumise suscitant le rejet d’une bonne part des Français mais aussi de cadres historiques du Parti socialiste.
L’équation posée à Emmanuel Macron était donc simple. Deux options s’offraient à lui. La première était incarnée par Bernard Cazeneuve. Elle impliquait de détacher une partie du PS du bloc du Nouveau Front populaire tout en négociant avec Les Républicains pour qu’ils ne censurent pas. Compliqué. La seconde demandait de nommer un Premier ministre issu de la droite classique qui n’entraine pas automatiquement une censure du Rassemblement national sans trop susciter de rejet dans les rangs macronistes.
L’option Xavier Bertrand ayant été immédiatement repoussée par Marine Le Pen – les deux personnalités nordistes se détestant cordialement depuis de nombreuses années -, Emmanuel Macron a fait le choix de désigner Michel Barnier. Il a ainsi humilié la gauche comme rarement dans son histoire. Il a fait payer à ce camp son absence totale de volonté de compromis et entériné qu’il était plus simple de négocier avec le Rassemblement national. Disons-le, l’arrivée de Michel Barnier n’aurait pas été possible sans l’accord de Marine Le Pen, devenue centrale dans cette Assemblée nationale avec ses 140 députés.
Marine Le Pen : « Que le futur Premier ministre ne nous traite pas comme des pestiférés »
Plus malin encore, cette dernière a fait savoir immédiatement qu’elle ne participerait pas au gouvernement, mais qu’elle allait déposer un cahier de doléances sur des thématiques qui lui sont chères, dont l’immigration, la sécurité et le pouvoir d’achat. S’il ne s’agit pas ici d’un pacte de gouvernement comme celui négocié par Laurent Wauquiez avec l’Élysée, il y a là un genre de pacte de bonne intelligence parlementaire. Tous les acteurs de cette habile manœuvre politique pourront se targuer d’avoir évité à la France un gouvernement de gauche très engagé à un moment où nous ne pouvons absolument pas nous le permettre.
La dette est en roue libre, la France étant même menacée par une « procédure pour dette excessive » lancée par la Commission européenne. Nous aurons 110 milliards d’économies à faire, le tout sans augmenter une charge fiscale déjà tout particulièrement étouffante. Une mission complexe où les qualités de Michel Barnier pourraient s’avérer très utiles. Ce dernier fut en effet l’homme des négociations du Brexit, dont il a tiré un fort intéressant ouvrage intitulé La Grande Illusion – Journal secret du Brexit (2016-2020) chez Gallimard.
Européen convaincu, Michel Barnier sait pourtant cibler les défauts de notre Europe. Lors des primaires des Républicains de 2021, il avait notamment déclaré : « Sur l’immigration, il faut retrouver notre souveraineté juridique pour ne plus être soumis aux arrêts de la CJUE ou de la CEDH ». Il entendait même proposer un référendum sur la question aux Français en cas d’élection à la présidence de la République. Décrit comme courtois, Michel Barnier représente l’ancien monde – ce qui est en soi une défaite pour le « nouveau », mais passons. Dans une période de troubles, il est sûrement intéressant d’avoir un faiseur à Matignon plutôt qu’un diseur.
La droite dit merci au NFP
La situation qui se présente à lui sera néanmoins d’une complexité inouïe. Le parlement est divisé, les Français ne le sont pas moins. Un véritable homme d’Etat peut s’en sortir, surtout quand il connait bien le fonctionnement interne des partis et la « tambouille ». Bien sûr, il faut s’attendre à ce que la gauche soit totalement déchaînée, à ce qu’elle provoque même un troisième tour social dans la rue, en s’opposant à tout et surtout à ce qui pourrait être bien. Le retour à la réalité sera rude pour les cadors des plateaux de télévision, après avoir joué la comédie en soutenant Lucie Castets. La France est majoritairement à droite et cela inclut les 11 millions d’électeurs du Rassemblement national. Pour la première fois, ses électeurs seront peut-être partiellement entendus par un gouvernement respectueux et capable de compromis.
La gauche dénonce un coup de force qu’elle a elle-même voulu tenter. On serait même tenté de répondre avec un peu d’ironie que son jusqu’au boutisme a plus fait pour l’union des droites, qui ne peut passer que par le centre, que ce que les caciques de la droite ont fait en trente ans…
Le Front Populaire des élections a fait place à un rassemblement – national, serait-on tenté d’écrire – contre la gauche au parlement, savamment ourdi par un Emmanuel Macron trop heureux de garder son pré-carré international. Soyons honnêtes : ce qui est présenté comme une cohabitation ne peut pas totalement en être une avec le soutien des députés du parti présidentiel au nouveau Premier ministre. Il s’agit plutôt d’une « coalibitation » dans laquelle la droite sera le centre, quelque part entre Ensemble et le Rassemblement national… Durable ? Nous le verrons bien.
L’ancien chef du parti travailliste, Jeremy Corbyn, s’est associé à quatre députés indépendants pro-Gaza pour former une nouvelle alliance au parlement britannique.
« Dis-moi pour qui tu aimes voter, je te dirai qui tu hais ». Cette formule est aussi valable en français qu’en espagnol (du Venezuela) et en anglais.
Covid vaincu, mais virus antisémite toujours vivace
Jeremy Corbyn n’est pas devenu un pipole de notre côté de la Manche seulement grâce à son amitié particulière avec Mélenchon. «On commence tout juste notre histoire avec Corbyn[1]» avaitdéclaré l’islamo-gauchiste hexagonal en chef, en novembre 2018.
Corbyn est paru en Une dans quelques médias français, quand il était à la tête du Labour Party, le parti travailliste. Mais il a poussé le bouchon de l’antisémitisme si fort au fond du flacon d’élixir que cela a fait sauter le parti tout entier.
À l’inverse, les Français peuvent être fiers de leur corbyneau hexagonal : alors qu’il était donné sub-claquant par les sondeurs d’âmes et de cœurs populaires, not’Jean-Luc a séduit les populistes germanopratins par sa présentation palestinolâtre du monde. Il les a conduits à voter avec enthousiasme pour une coalition de bric, de broc et d’anti-israélisme.
C’est ainsi que le sous-marin de l’islamisme français est remonté à la surface aussi vite qu’un suppositoire en marche arrière.
Le ciment le plus solide de son nouveau Bas-du-Front populaire était la haine d’Israël : on ne change pas une équipe qui gagne. Mais il n’a pas résisté aux divergences concernant tous les autres sujets. Macron comptait là-dessus : on n’apprend pas à un vieux Machiavel à faire des grises masses ce qu’il veut ! Le résultat, c’est que deux mois après le deuxième tour qui a porté les espoirs mélanchoniens au zénith, le Premier ministre désigné par le roi Louie-Emmanuel[2] est un second couteau qui ne lui fera pas d’ombre : Michel Barnier a été député, puis commissaire européen à la politique régionale de 1999 à 2014. Ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Raffarin, puis de l’Agriculture et de la Pêche sous Nicolas Sarkozy, il a toutes les qualités requises : l’européanisme béat et le dos rond-de-cuir.
Corbyn est une punaise de lit : on le met à la porte, il rentre par la fenêtre
La tentative de « ses amis du Hamas et du Hezbollah[3]» pour lui sauver la mise n’avait pas mieux réussi que celle de son alter ego, invoquant le célafautojuifs, en Mélenchon dans le texte : « il a dû subir sans secours la grossière accusation d’antisémitisme à travers le grand rabbin d’Angleterre et les divers réseaux d’influence du Likoud [4]».
Corbyn est quand même toujours député à Islington North. Il a juste changé d’étiquette en 2020. Du 9 juin 1983 au 29 octobre 2020, c’était avec le label travailliste[5]. Mais se retrouver simple député quand on a été le leader charismatique d’un parti pendant cinq ans (12 septembre 2015-4 avril 2020), ça vous laisse un goût de nostalgie.
Alors Corbyn a repris la stratégie de Pepitosu corazon[6] : il s’est allié avec quatre autres élus indépendants, Shockat Adam, Ayoub Khan, Adnan Hussain et Iqbal Mohamed, qui militent sur des plateformes pro-palestiniennes. Sans surprise, leur « Alliance indépendante » a vocation à obtenir un embargo sur les armes à destination d’Israël et elle cherche à recruter des alliés au Labour Party, qui n’a pas été purgé de tous ses antisémites, malgré l’action du nouveau boss, devenu depuis Premier ministre, Keir Starmer.
On dit de Starmer qu’il est sioniste, mais il est surtout mou. On ne parle pas de sa vie sexuelle, seulement de son engagement vis-à-vis d’Israël. Lorsque David Lammy, le secrétaire d’État travailliste, a succombé à son tropisme palestinien et imposé un embargo sur les armes à destination de l’État juif[7], au moment où celui-ci est menacé sur tous les fronts par les islamistes, Starmer n’a pas discuté. Au contraire, il a défendu l’embargo, le qualifiant de « décision juridique, pas politique ». C’est pourquoi il ne le considère pas comme un changement dans le soutien du Royaume-Uni au droit d’Israël à l’autodéfense.
L’Angleterre a quitté l’Union européenne, mais les liens sont encore forts entre nos deux pays : la nouvelle Alliance indépendante british a beaucoup en commun avec la France Insoumise-à-la-démocratie et il y a du Macron dans le management chèvre-et-en-même-temps-chou de Keir Starmer.
[6] Les deux compères échangent en espagnol, car Mélenchon n’a pas voulu apprendre la langue des gringos. – https://www.liberation.fr/planete/2018/09/24/jean-luc-melenchon-avec-corbyn-c-est-le-debut-de-notre-histoire_1680944/