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Une réac nommée Fourest

Caroline Fourest continue à approuver MeToo mais pointe, dans son nouveau livre, la dérive fanatique de certains de ses zélateurs. Une nuance inadmissible pour les défenseurs de la cause : les néoféministes et la presse comme-il-faut lui tombent dessus. Alerte : Caroline a viré à droite.


Pour la promotion de son livre Le Vertige MeToo, la journaliste et militante féministe Caroline Fourest prend soin de préciser qu’elle ne souhaite pas être récupérée par les anti-MeToo. Elle souhaite rester dans le camp du bien. Elle ne dénonce pas ce mouvement de « libération de la parole », elle pointe les dérives de certains fanatiques.

Social-traître

Raté chère Caroline ! Bienvenue dans le camp du mal. Quiconque émet la moindre nuance sur les méthodes du mouvement est un ennemi du Parti. La guerre des féministes est déclarée ! Et le féminisme « modéré », « raisonnable », celui de Fourest, ne fait pas le poids face au féminisme fasciste du camp woke. Libé, Les Inrocks, Mediapart, L’Obs, Télérama, Arrêt sur image ou encore L’Humanité, tombent à bras raccourcis sur la social-traître. Dans Les Inrocks, on qualifie le livre de Fourest de « brûlot réactionnaire ». Libé déplore son « virage à droite » et l’accuse de « minimiser les violences ». Le journal qui naguère publiait les annonces sexuellement déjantées de la rubrique « Chéri(e)s » lui reproche également de penser que toutes les violences sexuelles n’ont pas la même gravité, donc de nier le « continuum à l’œuvre, c’est-à-dire le lien entre le harcèlement, l’agression sexuelle et le viol qui, ensemble, constituent un système ». Fourest refuse de mettre dans le même panier Monsieur Pélicot et Nicolas Bedos, Émile Louis et Édouard Baer, Harvey Weinstein et Ibrahim Maalouf. En fait, elle n’a tout simplement pas l’air de haïr les hommes. Elle semble même avoir un peu de pitié pour ceux qui sont brûlés en place publique pour une simple accusation sans preuve. Caroline a un petit cœur, et ça, la révolution ne le lui pardonnera pas. On se croirait dans le roman Uranus de Marcel Aymé, dans ce village de Blémont, juste après la guerre, en pleine épuration. Aymé y raconte le climat de terreur, les accusations mensongères, le mal fait au nom du bien. Il raconte également la guerre entre communistes sincères, honnêtes, et communistes zélés, tartuffes utilisant la casquette du Parti pour leurs propres intérêts, pour nuire, pour une petite place et un peu (beaucoup) de pouvoir. La même ambiance délétère transparaît dans certaines déclarations de Fourest : « Comment protéger MeToo de ces opportunistes, de ceux qui l’instrumentalisent, de ceux qui le mettent à toutes les sauces pour régler des comptes, dégager, prendre des postes ? » Eh oui ! La révolution lui échappe, le monstre se retourne contre elle. Je ne m’en réjouis pas. Quoique… je me sens moins seul ! Le traitement qu’elle subit sur certains plateaux me rappelle celui auquel j’ai eu droit lorsque je défendais la tribune de soutien à Gérard Depardieu. Sur le service public, on la reçoit en se bouchant le nez. Dans l’émission « En société », sur France 5, la présentatrice Émilie Tran Nguyen cuisine Fourest : « Donc il faut douter de la parole des femmes ? » Etl’avocate Anne Bouillon de renchérir « Une parole, a priori, ce n’est pas parce qu’elle vient d’une femme qu’elle ne doit pas être crue. Et c’est un peu le message que vous véhiculez. » Caroline est accusée d’accuser toutes les femmes d’être des menteuses ! Comme avec moi et tant d’autres, on lui reproche des propos qu’elle n’a jamais tenus. Nous parlons pourtant clairement. Mais ce que nous disons – et nous ne disons pas la même chose – est aujourd’hui inaudible. On ne veut pas l’entendre, on le déforme, on l’exagère, on le défigure. Je ne serais pas surpris que Caroline Fourest se prenne à son tour son petit MeToo. Non que j’aie eu vent d’un quelconque comportement déplacé de sa part, mais parce que dans la MeToo Family, l’accusation d’agression sexuelle est devenue un instrument de vengeance, de punition.

La meute a changé de camp

Cela fait longtemps que nous autres, anti-MeToo officiels et assumés, disons que les hommes ont peur. On nous a traités de délirants. Fourest, aujourd’hui, ne dit pas autre chose lorsqu’elle parle de « comédiennes qui passent du statut de victime au statut de procureur », qu’elle affirme : « la honte a changé de camp et je m’en réjouis, mais en même temps la meute a changé de camp », ou encore « nous sommes passés d’une société de l’honneur imposant le bâillon à celle de la pureté maniant le bûcher et la délation ». Je le répète ici, les hommes, surtout médiatiques, riches ou puissants, ont peur de se voir accusés publiquement d’agression sexuelle quand bien même ils n’ont rien fait de répréhensible. Qui pourrait envier leur place ? Oui, nous vivons une période trouble. « Des gens qui s’improvisent féministes depuis quinze secondes, depuis que la peur a changé de camp. (…) On a des convertis un peu zélés qui étaient déjà, juste avant, du côté du pouvoir et de l’abus de pouvoir et qui ont juste changé de casquette. » Sur les plateaux de télé pullulent ces résistants de la dernière heure venant gratter leur petite part de pouvoir et leur droit afférent à punir, détruire, humilier. N’oublions pas le propos d’Emmanuelle Devos pour défendre MeToo : « Bien sûr qu’il y a des têtes qui vont tomber qui n’auraient pas dû tomber, mais ça, ce sont les révolutions. C’est comme ça. » Pour des révolutionnaires, un innocent en prison ou banni de la société, ça n’est pas grand-chose.

Blasphématrice!

Fourest se voit vomie, piétinée, calomniée, éjectée du camp féministe. Le féminisme, ce n’est plus elle, c’est Judith Godrèche. Sainte Judith répond à Caroline la blasphématrice, qui ose critiquer ses méthodes : « Aujourd’hui en France, les conservateurs et conservatrices de tous poils osent moins s’opposer frontalement à MeToo. Mais leur tactique c’est de revendiquer un juste milieu, contre les excès de MeToo. (…) Et bien sûr, quand on veut discréditer une victime sans s’en prendre ouvertement à elle, pour ne pas avoir l’air antiféministe, on l’accuse d’être une marionnette. C’est ce qu’on dit de moi. C’est ce qu’elle dit de moi. Mais n’est-ce pas là le sexisme le plus cru ? » Caro a décroché le cocotier ! Décorée du titre de « sexiste » par Sa Majesté Godrèche en personne ! Fourest semble secouée. Bien qu’ayant déjà affronté les catholiques intégristes, les homophobes et les islamistes, c’est, dit-elle, le livre le plus difficile qu’elle ait eu à écrire. Eh bien, qu’elle soit remerciée, car ce livre est un cadeau inestimable pour tous les dissidents de MeToo, une arme qu’ils utiliseront en hurlant – avec force et joie ! – « Et c’est une féministe qui l’écrit ! »

«Chaque euro versé à l’UNRWA est un euro contre la paix»

Israël a interdit à l’UNRWA d’exercer ses activités sur son territoire. L’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, notoirement corrompue par le Hamas, œuvre depuis sa création à délégitimer l’État hébreu, quand elle n’aide pas à le combattre. Le directeur d’UN Watch témoigne.


Basée à Genève, UN Watch est une ONG d’un genre particulier. Fondée en 1993 par un ancien président de l’American Jewish Committee (l’avocat Morris Abram), elle surveille en permanence l’action de l’ONU et apprécie la façon dont elle respecte sa propre Charte. Autant dire que le travail ne manque pas ! Les experts d’UN Watch épinglent régulièrement l’une des principales branches de l’ONU, le Conseil des droits de l’homme, par exemple quand il déroge à ses propres critères d’admission en acceptant des pays comme la Chine, Cuba ou le Venezuela, qui sont évidemment loin de respecter les principes fondateurs de « contribution à la promotion et à la protection des droits de l’homme ». Également dans le collimateur de l’ONG : le traitement pour le moins inéquitable d’Israël. Nous avons interrogé le directeur d’UN Watch, l’avocat canadien Hillel Neuer.


Causeur. Dans les publications d’UN Watch, l’ONU est présentée comme une organisation subissant de plein fouet l’emprise toxique de ses États membres les plus despotiques. N’exagérez-vous pas un peu ?

Hillel Neuer. DR.

Hillel Neuer. 60 % des États membres du Conseil des droits de l’homme sont des régimes autoritaires. Cette position de force leur assure un large pouvoir de nomination dans les instances onusiennes, où l’on retrouve des cadres et des experts qui, quoique souvent occidentaux, partagent leur aversion pour la démocratie et les valeurs libérales. Un cas typique est celui de Jean Ziegler, ce sociologue suisse, altermondialiste et anticapitaliste, qui est depuis 2009 vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme, notamment grâce au parrainage de Cuba. Les institutions de l’ONU ont fini par tomber sous la coupe d’une alliance funeste entre dictateurs et militants ayant en partage la haine de l’Occident.

Pourquoi cette alliance s’acharne-t-elle contre Israël en particulier ?

Parmi les 193 États membres de l’ONU, 56 sont des régimes islamiques et n’ont de cesse de porter devant l’Assemblée générale des résolutions qui condamnent Israël.

Mais ils ne représentent qu’un quart des votes. Ce n’est pas assez pour obtenir la majorité en Assemblée générale…

Le problème, c’est qu’il règne, à l’ONU, la culture du « vote trading » [« commerce du vote », NDLR]. Voici schématiquement comment cela se passe : si vous êtes un État membre et que vous voulez obtenir l’appui des 56 pays islamiques lors d’une délibération qui vous tient à cœur, il vous suffit, en échange, de les soutenir dans l’une des causes qui leur tiennent le plus à cœur, la lutte contre l’ennemi sioniste. À quoi s’ajoutent les moyens de pression économiques dont dispose le monde arabe. De nombreux pays savent qu’ils se procureront plus facilement du gaz et du pétrole auprès des monarchies du Golfe s’ils prennent position contre Israël. Ou qu’ils bénéficieront davantage de la manne d’un fonds souverain comme celui du Qatar. Autre source de motivation : la peur des attentats islamistes. Cette attitude de soumission est très répandue dans les chancelleries, à quelques exceptions près comme celles de la République tchèque, d’Argentine ou des États-Unis. Enfin, certaines positions anti-israéliennes soutenues à l’ONU s’expliquent par une dimension proprement irrationnelle, je veux parler du vieux fonds d’antisémitisme occidental qui remonte bien souvent à la surface.

Parmi les experts occidentaux que vous évoquez, il y en a une particulièrement virulente à l’égard d’Israël. C’est la juriste italienne Francesca Albanese, qui a été nommée en 2022 « Rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 ». Quelle est sa motivation ?

La motivation de tous ces rapporteurs spéciaux est surtout idéologique, car les postes qu’ils occupent ne sont pas rémunérés par l’ONU. Albanese partage sa haine d’Israël avec son époux, l’économiste Massimiliano Calì, ex-conseiller au ministère de l’Économie nationale de l’Autorité palestinienne. Tous les deux adhèrent à l’idéologie anti-occidentale, anti-américaine et anti-israélienne, et manient tous les tropes antisémites classiques, qui consistent à comparer les Israéliens aux nazis et à décrire les juifs comme responsables de leurs propres malheurs – ce qu’on appelle l’« Holocaust inversion ». Dans ses publications sur les réseaux sociaux, Albanese affirme que les États-Unis ou la BBC sont les jouets du « lobby juif ». Elle est également intervenue dans un colloque organisé par le Hamas en novembre 2022. Elle y a déclaré : « Vous avez le droit de résister. » Pire encore, en février dernier, quand Emmanuel Macron a qualifié le 7-Octobre de « plus grand massacre antisémite de notre siècle », elle a objecté sur X (ex-Twitter) : « Les victimes du 7/10 n’ont pas été tuées à cause de leur judaïsme, mais en réaction à l’oppression d’Israël. » D’ailleurs, elle est le seul rapporteur de l’ONU à avoir été condamnée par des Etats-membres – une fois par l’Allemagne et deux fois par la France.

En tout cas, alors qu’il y a plus de 70 experts inconnus nommés par l’ONU, Albanese jouit d’une grande notoriété…

Une chose est sûre : cette notoriété n’est pas le fruit de la compétence. Albanese n’est pas une interlocutrice fiable. Elle ne respecte pas l’obligation, induite par sa fonction, de vérifier les informations qu’elle relaie. Prenez le bombardement de l’hôpital Al-Ahli Arabi à Gaza, le 17 octobre 2023 : elle n’a pas hésité à affirmer que l’auteur était l’armée israélienne alors qu’il s’agissait en réalité du Jihad islamique palestinien. Si Albanese est célèbre, c’est grâce aux tribunes que lui offrent les médias et les campus occidentaux. Elle est régulièrement publiée dans The Guardian et interrogée par France 24. Fin octobre, elle a commencé une tournée aux États-Unis. Au programme : discours au siège de l’ONU devant le Comité des droits de l’homme, puis interventions dans de prestigieuses universités du pays comme Georgetown ou Princeton. UN Watch appelle Washington à l’interdire de séjour sur le sol américain. Le 23 octobre, nous lui avons consacré un rapport de 60 pages, au titre éloquent : « A wolf in sheep’s clothing » [« Un loup déguisé en agneau », NDLR].

Pourquoi UN Watch critique-t-il l’UNRWA, l’agence des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens ? N’accomplit-elle pas une mission essentielle et salutaire ?

L’UNRWA a été créée en 1949 pour aider les Palestiniens déplacés par la guerre de 1948 à se réinstaller dans de nouveaux lieux d’existence où ils pourraient jouir de tous leurs droits. Mais très vite, elle s’est mise au service d’une version pathologique de leur cause. Aujourd’hui encore, des vidéos montrent des écoliers gazaouis, inscrits dans les établissements gérés par l’UNRWA, qui affirment que leur vraie maison n’est pas à Gaza, mais à Haïfa ou à Tel-Aviv. Il faut dire que l’UNRWA conforte leurs parents dans cette idée et que depuis soixante-quinze ans, elle piétine sa mission d’aide à la réinstallation, contrairement au HCR, l’agence des Nations unies qui s’occupe de toutes les autres personnes déplacées dans le monde, et qui réinstalle avec succès les réfugiés syriens, soudanais ou ukrainiens au Canada, en France ou ailleurs, où ils deviennent des citoyens à part entière. L’UNWRA est donc l’ennemie de la solution à deux États, l’ennemie de la paix. Sa collusion avec le Hamas est évidente. Par exemple, il y a peu, encore, le chef du Hamas au Liban, Fathi al-Sharif, n’était autre que le président du syndicat local des professeurs d’école de l’UNRWA. Quand il est mort, tué par une frappe aérienne israélienne le 29 septembre, le Hamas l’a reconnu. De la même façon, l’UNRWA nie avoir été au courant de l’existence d’un tunnel creusé par le Hamas sous son propre siège à Gaza, alors que le parking s’enfonçait notoirement dans le sol…

Comment les dirigeants de l’UNRWA ont-ils pu ignorer ou cacher ces faits ?

Par une forme de complicité dont ils bénéficient en haut lieu. L’UNRWA a invité cette année l’ancienne ministre des Affaires étrangères française, Catherine Colonna, à faire un audit de sa neutralité. Or cette évaluation supposément indépendante a été conduite par des membres de trois instituts scandinaves (l’Institut Raoul Wallenberg en Suède, l’Institut Chr. Michelsen en Norvège et l’Institut danois des droits humains) dont le personnel a pris par le passé des positions anti-Israël et pro-UNRWA connues de tous. De notre côté, nous avons bien essayé d’éclairer Mme Colonna en lui envoyant un document de 25 pages, mais il est resté lettre morte. Son rapport final a été remis à l’ONU le 22 avril et, en dépit de certaines critiques, sa tonalité générale est de déclarer l’UNRWA « irremplaçable et indispensable ». L’objectif de cet audit est de faire changer d’avis les pays occidentaux qui ont suspendu depuis quelques années leur financement de l’UNWRA. Nous alertons régulièrement les ministères des Affaires étrangères de pays comme la France ou le Royaume-Uni quant aux véritables activités de l’UNRWA, mais ils nous ignorent, ce qui pour moi est très significatif.

L’ONU est présente au Liban à travers les troupes de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Cette dernière remplit-elle convenablement sa mission ?

De même que le Hamas a corrompu l’UNRWA, le Hezbollah a au moins partiellement corrompu la FINUL. En vertu de la résolution 1701 de l’ONU de 2006, la FINUL devait assurer le désarmement du Hezbollah. Or, non seulement celui-ci n’a pas été désarmé, mais au début du conflit actuel, il disposait de plus d’armes – de missiles notamment – que jamais. Nous avons recueilli le témoignage d’un militaire danois qui affirme que tous les déplacements de la FINUL sont contrôlés et encadrés par le Hezbollah, et que toute plainte à propos des armes du Hezbollah est ignorée par la FINUL.

Quelles sont les solutions selon vous ?

Il faut des changements radicaux. Premièrement, Francesca Albanese devrait être démise de son statut à l’ONU et poursuivie en justice pour antisémitisme et incitation à la haine raciale. Deuxièmement, l’UNRWA, dont le véritable but est de démanteler l’État d’Israël, devrait être dissoute. Chaque euro qui lui est versé est un euro contre la paix. Les activités humanitaires en faveur des Palestiniens peuvent tout à fait être gérées par d’autres agences de l’ONU. Les Gazaouis ne doivent plus être traités comme des réfugiés, mais comme les citoyens des pays où ils vivent. Enfin, troisièmement, il est difficile de voir comment on pourrait sauver la mission de la FINUL. Cette dernière n’inspire plus aucune confiance aux autorités de l’État hébreu, qui ne peuvent pas autoriser les 80 000 réfugiés israéliens du nord du pays à retourner vivre chez eux tant qu’ils seront menacés par le Hezbollah.

Transition d’un genre écolo

En Belgique, les récents propos tenus par le professeur Pierre Stassart sur l’anthropocène, ce fameux désordre planétaire inédit, font réagir. Il les a depuis corrigés. Mais, nous aurions tort de nous moquer de cette polémique en tant que Français.


L’université de Liège vient d’instaurer un nouveau cours portant sur « les questions de durabilité et de transition ». Cet enseignement, obligatoire et interdisciplinaire, comporte des conférences sur « les limites planétaires », des « activités locales en faveur de la durabilité » et des exposés sur « l’éco-anxiété et les changements climatiques ». Un cours a déjà fortement impressionné les étudiants, celui du professeur Pierre Stassart. Ce sociologue de l’environnement affirme ne plus vouloir « masquer les profondes inégalités quant aux responsabilités intrinsèques face aux perturbations environnementales à l’échelle planétaire ». Selon lui, tout est la faute de « l’homme blanc, chrétien et hétérosexuel ».

Alertée par des étudiants, la députée Stéphanie Cortisse a dénoncé la dérive wokiste de l’université de Liège et réclamé des comptes à sa rectrice, Anne-Sophie Nyssen, qui a botté en touche au nom de la liberté académique. De son côté, M. Stassart a assuré que ce qu’il professe est « factuellement validé par la communauté scientifique ». La révolution industrielle serait donc à l’origine d’une nouvelle ère géologique (ou Anthropocène) et aurait été « menée par des hommes blancs mais aussi chrétiens parce que c’est au nom de la religion que l’Europe a colonisé d’autres parties du monde en lui imposant son système capitaliste ».

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À la sottise écolo-woke, le sociologue ajoute l’ignorance historique. Reste l’évocation étrange de l’hétérosexualité. « C’était le modèle de base de l’époque », explique sans rire M. Stassart qui ajoute que, devant les « réactions d’incompréhension », il remplacera dans ses prochains cours le terme « hétérosexuel » par… « patriarcal ».

Cette nouvelle histoire belge aurait pu nous amuser si la folie écolo nous avait épargnés. Après Sciences-Po, l’université Sorbonne Paris Nord imposera prochainement à tous ses étudiants une formation sur la « transition écologique pour un développement soutenable ». Au programme : ateliers « citoyens » sur le climat et séances de réflexion sur « l’accueil des émotions, dont l’éco-anxiété » et sur « la manière de mobiliser sa capacité d’action » – une formation de zadiste, en somme.

Hadrien Clouet: autopsie d’une insanité

Le député d’extrême gauche de Haute-Garonne a qualifié le ministre de l’Intérieur et certains journalistes de « petites frappes fascistes ». Son message visait à soutenir Marie Mesmeur, sa consœur d’Ille-et-Vilaine qui avait elle-même minimisé les incidents survenus aux Pays-Bas lors du match de football entre l’Ajax d’Amsterdam et le Maccabi Tel-Aviv. Au-delà du caractère outrancier de la saillie, la déclaration étonne surtout par sa paresse intellectuelle ou politique. M. Retailleau ayant signalé le tweet à la justice, il pourrait avoir à en répondre devant un tribunal. Analyse.


Il me prend assez souvent l’envie d’analyser, de disséquer des inepties politiques et médiatiques. Selon moi, évidemment, et mes convictions. Et ma conception du langage. Parce que cette habitude me permet de me replonger, toutes proportions gardées, dans l’exercice du commentaire de texte, que je prisais particulièrement durant mes études de lettres supérieures. C’est le député LFI Hadrien Clouet qui s’est fait remarquer par ce tweet inepte : « Le ministre de l’Intérieur et ses journalistes de préfecture sont de petites frappes fascistes ». Bruno Retailleau qui ne laisse plus rien passer dès lors qu’une qualification pénale est possible, a évidemment signalé ce tweet à la justice.

Saillie infecte

Pour qui le lit et est de bonne foi, pourvu en même temps d’une culture historique élémentaire, le premier sentiment qu’il inspire est l’indignation même s’il faut économiser cette dernière en ces temps où on n’a que trop d’opportunités pour l’éprouver.

Mais il faut aller au-delà et se demander comment une telle absurdité a pu germer dans la tête d’un député dont les citoyens qui l’ont honoré par son élection attendaient sans doute autre chose que cette saillie infecte.

Je devine le genre d’argumentation qui pourrait être développé par ses soutiens et par lui-même. On est dans un combat politique et celui-ci justifie tout… Bien sûr que non. L’esprit partisan devient une honte quand il va jusqu’à de telles extrémités. On a le droit de ne pas aimer l’action de Bruno Retailleau mais le devoir d’exprimer autrement son opposition. On est sur un réseau social où insultes et grossièretés remplacent réflexion et courtoisie. Ce n’est pas une raison pour participer à ce délitement et, comme député, ne pas donner l’exemple.

Les outrances de LFI sont quotidiennes

Le groupe LFI s’est fait une spécialité de ces violences par tous moyens. Ce qui compte est de faire parler de soi. Mais je ne crois pas qu’on puisse excuser les insanités de quelques-uns parce que tous les profèrent – ou seraient capables de le faire. Ce n’est pas exact et pour ma part je refuserai toujours de mêler tous les députés LFI dans le même opprobre. Hadrien Clouet, tweetant ainsi, imite les pires de ses collègues. Mais il en est d’autres dont le comportement plus retenu, au moins dans la forme, aurait dû l’inspirer.

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Ces justifications périphériques écartées, cherchons en et chez Hadrien Clouet lui-même les motifs allégués de ce tweet bête et odieux.

Questionné par Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio, il a affirmé que Bruno Retailleau, en ayant dénoncé « les Français de papier », nous avait renvoyé aux années 30 en même temps que son mépris de l’État de droit, selon lui, était scandaleux. Lamentables arguties qui n’atténuent en rien la portée de son tweet infâme! Je ne peux pas croire que, dans son for intérieur, il n’ait pas perçu la sottise de « ses journalistes » et le délire à la fois historique et gravement offensant de « petites frappes fascistes ». S’il n’en était pas conscient, ce serait inquiétant. À partir de quel élément ce député a-t-il osé qualifier de « petites frappes » Bruno Retailleau et ces journalistes ? « Petites frappes » signifiant « délinquant ordinaire, occasionnel (…) jeune voyou, pas trop dangereux », il n’y a rigoureusement aucun lien entre cette disqualification et les personnes ciblées. Convient-il d’admettre que ce député se laisse dériver et que sa jouissance serait d’insulter de la manière la plus aberrante qui soit ? On peut le craindre quand pour faire bonne mesure, il ajoute « fascistes » à petites frappes !

Un propos paresseux

Avec cet adjectif tout est dit, il se substitue paresseusement à une contradiction républicaine : le ministre et les journalistes sont à la fois des délinquants et des partisans du fascisme. L’injure suprême est lancée et Hadrien Clouet n’a plus qu’à constater le résultat de sa totale inculture historique : il a fait le « buzz » et, plus gravement, employé un terme qui à force d’être galvaudé, atténue l’horreur du passé et n’éclaire pas le présent.

Je répugne à m’abandonner à une explication ultime qui s’accorderait avec mon pessimisme sur la nature humaine : Hadrien Clouet ne serait-il pas, en l’occurrence, tout simplement « mauvais », par cette dilection qui nous pousse parfois à franchir voluptueusement les limites de son propre humanisme ?

Ce tweet, en tout cas, est une honte à plus d’un titre. Si j’ai pris la peine de lui consacrer un billet, c’est pour prévenir cette attitude qui consiste à se flatter des insanités qu’on prononce et, dans leur dénonciation, à les noyer dans une sorte de vague réprobation au lieu de s’attacher aux détails de leur ignominie. J’espère que la Justice fera de ce tweet à la fois bête et abject une analyse pertinente.

L’immigration pour financer nos retraites: le tonneau des Danaïdes

Même si de nombreuses études ont tenté de démontrer le contraire, il est vain de faire appel à l’immigration pour pallier au déficit des retraites dans les pays développés. Une analyse d’André-Victor Robert, auteur de La France au bord de l’abîme – les chiffres officiels et les comparaisons internationales (éd. L’Artilleur, 2024)


En dépit de ses effets délétères sur la cohésion nationale, l’immigration est présentée par certains comme un mal nécessaire, pour rééquilibrer la pyramide des âges de la population et ainsi assurer le financement des régimes de retraite.

La possibilité de réguler ou de redresser la structure par âge d’une population a été étudiée en détail, de manière mathématique, par Didier Blanchet, un éminent démographe de l’Ined, en 1988[1]. Dès l’introduction à son article, l’auteur indique que – sauf à envisager un flux d’immigration extrêmement élevé – les effets attendus seront au mieux du second ordre : « Un afflux de migrants dans les tranches d’âges actives à un instant donné peut certes résoudre temporairement un problème de déséquilibre entre population active et retraitée, mais lorsque ces migrants arrivent à l’âge de la retraite, le problème se pose à nouveau et risque de se reposer de façon aggravée. Le but de cet article est de montrer qu’il en est effectivement ainsi, que ce type de politique conduit en effet, de façon générale, à des cycles de flux migratoires de forte amplitude. » L’auteur montre même que pour des valeurs assez plausibles des paramètres de son modèle, un flux toujours plus important d’immigrés, qui tend vers l’infini, est nécessaire pour obtenir le résultat d’une structure par âge stable : cela s’apparente à vouloir remplir le tonneau des Danaïdes.

Preuves par l’absurde

Une autre méthode, pour étudier la possibilité de recourir à l’immigration pour contrer la tendance spontanée au vieillissement de la population d’un pays, consiste à projeter les évolutions futures de la population de ce pays, sous des hypothèses raisonnables de fécondité et de mortalité, et à calculer le nombre d’entrées de migrants – avec une répartition par âge des immigrants au moment de leur entrée supposée stable dans la durée – qui serait nécessaire pour stabiliser la structure par âge du pays. Les Nations Unies se sont livrées à un exercice de projections démographiques de ce style en 2000. Pour la France, le flux migratoire alors estimé nécessaire pour stabiliser le rapport entre la population d’âge actif et la population de plus de 65 ans était de 1,3 million de personnes (!) chaque année de 2010 à 2025 puis 2,4 millions de 2025 à 2050, ce qui est évidemment irréaliste (Michèle Tribalat, 2010). Accessoirement, ce scénario conduirait à un triplement de la population totale de la France d’ici 2050 ! Des flux migratoires encore plus importants seraient nécessaires dans les pays à fécondité faible comme l’Italie ou l’Allemagne. Le cas extrême était celui de la Corée du sud, pays à fécondité extrêmement faible (0,72 enfant par femme en 2023), qui ne réussirait à stabiliser ce ratio qu’en important sur l’ensemble de la période de projection l’équivalent de la population mondiale ! Ajoutons qu’il ne suffit pas de maintenir constant le rapport entre la population des 15-64 ans et celle des plus de 65 ans pour assurer l’équilibre des régimes de retraite : dans cette perspective, le taux d’emploi, c’est-à-dire la part de la population qui est en emploi, au sein des 15-64 ans, est tout aussi important. Or, en France, au sein de la population immigrée d’âge actif, le taux d’emploi des femmes est traditionnellement très faible, et le taux d’emploi des hommes est significativement en deçà du taux d’emploi des hommes autochtones.

Les projections des Nations Unies constituent donc une « preuve par l’absurde » de l’intuition exposée et développée mathématiquement par Blanchet (1988). Il est cocasse (ou triste) que certains responsables politiques (cela a été le cas – entre autres – de François Bayrou et de Jean-Paul Delevoye) aient retenu une lecture au premier degré des projections de l’ONU et en aient tiré argument pour prôner un recours accru à l’immigration, puisque ces projections montrent précisément en quoi la démarche est vaine.

A relire : Causeur: Tous retraités! Le dernier rêve français

Xavier Chojnicki et Lionel Ragot ont tenté en 2012 de chiffrer l’impact sur le déficit des retraites de volumes d’immigration plus raisonnables. L’impact en est évidemment modeste, légèrement positif en l’occurrence, mais de manière transitoire, et instable à long terme, à l’horizon du départ en retraite des immigrés – ce qui là aussi est cohérent avec les travaux séminaux de Blanchet sur la question[2]

On peut aussi s’intéresser plus largement à l’impact des immigrés sur nos finances publiques, avec une approche comptable de la question, c’est-à-dire en tentant d’identifier ce que coûtent les immigrés et ce qu’ils rapportent. De nombreux travaux de chiffrage ont été menés sur cette question, sans jamais aboutir à un résultat solide, comme nous allons le voir, car le nombre d’hypothèses à émettre pour mener l’exercice est élevé et certaines de ces hypothèses ont un impact considérable sur les résultats. On peut ainsi arriver à peu près à n’importe quel résultat, fortement positif ou fortement négatif (entre -100 et +100 Md€ par an pour la France), en sélectionnant ses hypothèses de manière astucieuse.

Tout d’abord, quelles recettes / dépenses intégrer au calcul ? La prise en compte de l’impôt sur le revenu, des prestations sociales, des retraites et des dépenses d’éducation va de soi, toutes les études que nous avons pu consulter en tiennent compte, de manière plus ou moins précise. Mais faut-il aller au-delà et prendre en compte des dépenses telles que les effectifs de police et de justice nécessaires pour juguler ou traiter le surcroît de criminalité des immigrés, ou encore les subventions au logement social versées aux immigrés sous la forme de loyers inférieurs à ceux du marché locatif privé ? On rappelle que, au vu des statistiques régulièrement diffusées par les ministères de l’Intérieur et de la Justice, le pourcentage de personnes mises en cause dans des affaires délictuelles ou criminelles, ainsi que le pourcentage de personnes incarcérées, sont environ trois fois plus élevés pour les personnes de nationalité étrangère que pour celles de nationalité française (dont une partie est immigrée!). On rappelle aussi que la moitié des ménages d’origine maghrébine sont logés dans le parc social, alors que c’est le cas de « seulement » 15 % des ménages autochtones. Pourtant certaines études les excluent de leur champ d’investigation.

Certaines dépenses, comme la défense nationale ou les chaînes audiovisuelles de service public, ont le caractère de « bien public pur » au sens où leur montant dépend relativement peu du niveau de la population. Pour de telles dépenses, on peut soit en affecter la même quote-part à tout individu, qu’il soit autochtone ou immigré, soit les répartir entre les seuls autochtones au motif que les immigrés, quel que soit leur nombre, en bénéficient sans devoir faire subir un surcoût à la collectivité. Néanmoins, dans un pays comme la France où la majeure partie des immigrés qui arrivent – en dehors de ceux qui transitent vers d’autres pays – le font avec l’intention de s’établir durablement en France, et dont les enfants sont appelés à bénéficier de la nationalité française en vertu du droit du sol, est-il encore justifié de ne pas leur imputer une partie des dépenses relatives à la défense ?

Des personnes attendant au centre de Pôle Emploi, à Paris le 13 novembre 2017 © CHAMUSSY/SIPA

Enfin et surtout, le calcul peut être réalisé sur une année donnée, ou sur une période de temps sensiblement plus longue, pouvant atteindre 50 ou 100 ans. Lorsque l’on raisonne à un instant donné, et si à ce moment-là le nombre d’immigrés est en croissance et que les migrants sont majoritairement d’âge actif (ce qui est le cas pour la France à présent), on néglige dans les calculs le fait qu’il faudra plus tard payer des retraites à ceux d’entre eux qui travaillent. Si l’on raisonne sur une période de long terme, il faut retenir un taux d’actualisation pour comparer les flux de recettes et de dépenses aujourd’hui et ceux à une date future, et le choix du taux d’actualisation (en général : le taux d’intérêt, mais lequel ?) a un impact considérable sur les résultats.

L’immigration : chaudement recommandée par l’OCDE

Les études qui tendent à faire apparaître un bénéfice comptable de l’immigration sont en général celles qui retiennent un périmètre relativement restreint de recettes et dépenses, et qui raisonnent sur un horizon de court terme plutôt qu’un horizon de long terme. Ainsi, l’étude de l’OCDE de 2021, largement commentée – mais de manière biaisée – dans les médias mainstream à l’occasion de sa sortie, qui raisonne uniquement en instantané, dégage-t-elle pour la France un solde très légèrement positif (+0,25 % du PIB) lorsque les biens publics ne sont pas pris en compte dans les calculs, mais sensiblement plus négatif (-0,85 %  du PIB) lorsque ceux-ci sont pris en compte. Encore convient-il de signaler que l’étude de l’OCDE, par exemple, n’intègre : ni la sur-criminalité des immigrés, ni les subventions dont bénéficient ceux d’entre eux (nombreux) qui résident dans le logement social sous forme de loyers inférieurs à ceux du marché, ni les surcoûts en matière d’éducation que la France subit à devoir scolariser dans un dispositif spécifique les élèves immigrés allophones (dispositif qui concerne pas moins de 70 000 élèves d’origine étrangère), ni les aides sociales locales dont le décompte est – il est vrai – difficile !

A relire: Immigration et démographie urbaine: les cartes à peine croyables de France Stratégie

Par ailleurs, les études de sensibilité aux paramètres présentent l’intérêt de montrer que le solde recettes / dépenses pour la collectivité induit par la présence des immigrés dépend fortement (en instantané mais aussi à long terme) de leur niveau de qualification, ce qui est assez intuitif puisque ceux d’entre eux qui sont très qualifiés sont moins exposés au chômage et perçoivent des salaires plus élevés que ceux qui sont peu qualifiés : les premiers paient donc en règle générale davantage d’impôts et sont moins susceptibles de dépendre des aides sociales que les seconds. L’immigration de main d’œuvre est aussi a priori plus bénéfique du point de vue des finances publiques que l’immigration de regroupement familial, car dans le second cas la France doit supporter les dépenses d’éducation des enfants du foyer. En outre, si le conjoint est inactif, la famille est davantage exposée au risque de dépendre des aides sociales versées sous conditions de ressources. Or, la France, depuis soixante ans, n’est pas très regardante sur le niveau de qualification de ses immigrés, et son immigration est très majoritairement une immigration familiale plutôt qu’une immigration de main d’œuvre, de sorte qu’on peut penser que notre pays n’a pas retenu les options migratoires les plus à même de contribuer le plus positivement – ou le moins négativement – au solde des finances publiques.

En outre, le système de protection sociale français est relativement généreux en comparaison de celui d’autres pays européens, le risque existe en conséquence que les migrants peu employables et / ou peu désireux de contribuer à l’effort productif se dirigent préférentiellement vers la France plutôt que vers d’autres pays moins généreux. L’économiste américain George Borjas (1999) a mis en évidence l’existence d’un tel phénomène d’« anti-sélection » en matière migratoire dans le cas des états-Unis (entre Etats et comtés), il y a peu de chances qu’un tel effet n’existe pas aussi entre pays européens.


Références

Blanchet Didier (1988) : « Immigration et régulation de la structure par âge d’une population », Population, n°2, pp. 293-309 

Borjas George J. (1999) : « Immigration and the Welfare Magnet », Journal of Labor Economics, Vol. 17, n°4 ;

Chojnicki Xavier et Lionel Ragot (2012) : « Immigration, vieillissement démographique et financement de la protection sociale », Revue économique, Vol. 63, n°3, pp. 501-512 ;

OCDE (2021) : « Perspectives des migrations internationales », https://www.oecd.org/fr/publications/perspectives-des-migrations-internationales-2021_da2bbd99-fr.html


[1] Blanchet Didier (1988) : « Immigration et régulation de la structure par âge d’une population », Population, n°2, pp. 293-309 

[2] Chojnicki Xavier et Lionel Ragot (2012) : « Immigration, vieillissement démographique et financement de la protection sociale », Revue économique, Vol. 63, n°3, pp. 501-512 

Un tranquille Pessoa

Pessoa-Since I’ve been me, mise en scène par Robert Wilson au Théâtre de la Ville, est une production aussi esthétique qu’aimablement inutile…


Ce n’est pas Robert Wilson qui est allé à Fernando Pessoa. C’est Pessoa qui est allé à Wilson ! Et sans doute à l’instigation d’Emmanuel Demarcy-Mota, Portugais par sa mère, directeur du Théâtre de la Ville et du Festival d’Automne, et coproducteur de ce spectacle intitulé Pessoa-Since I’ve been me.
Mais comment Wilson, entouré, servi par ses lieutenants, a-t-il répondu à cette proposition aussi séduisante que périlleuse ?
En usant de son savoir-faire, de la magnificence de ses lumières, de la beauté de sa scénographie, de l’éclat de ses couleurs, en peaufinant des images impeccables. Bref, en déployant la panoplie d’une esthétique généralement irréprochable appliquée à tous les genres qu’il aborde, que ce soit de l’opéra ou du théâtre, avec la ferme constance d’une maison de luxe qui tient à sa réputation et à la bonne tenue de ses produits manufacturés.

© Lucie Jansch

Qu’a-t-on appris cependant sur Pessoa avec ce spectacle ? Rien ou pas grand-chose. Et ce n’est pas en lançant à la volée de multiples citations puisées dans les textes du poète et de ses doubles, ses « hétéronymes », et répétées à l’envi par les interprètes en portugais, en français, en anglais ou même en italien, qu’on en dit long sur le personnage ou sur l’auteur.

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Le premier tableau avec ses six levers de soleil successifs est assurément très beau. Et les six acteurs, danseurs ou chanteurs (Aline Belibi, Rodrigo Ferreira, Klaus Martini, Sofia Menci, Gianfranco Poddighe, Janaïna Suaudeau) incarnant sous les traits de Groucho Marx, d’une hétaïre de film d’avant-guerre ou d’un facétieux pantin les divers « moi » de l’écrivain, apparaissent dans la foulée comme dans une parade de foire ou sur une scène de Broadway. Ils entourent avec une folle énergie la frêle Maria de Medeiros grimée en Pessoa lui-même… dans un travestissement qui fait tout de même un peu fête de patronage.

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Et quoi ? Que reste-t-il de ce spectacle qui parvient à n’être qu’un aimable divertissement balançant entre la comédie musicale et la parade de cirque ? Rien ou presque. C’est le type-même de production parfaitement inutile, au fond illisible, ne faisant rien que de fournir du travail à des artistes de qualité et à faire quelque effet sur le programme de la saison d’un théâtre, avec les noms d’un poète aujourd’hui légendaire et de ce Bob Wilson qui révolutionna le monde théâtral au siècle dernier et tente aujourd’hui de survivre à sa gloire d’hier.


Pessoa-Since I’ve been me. Théâtre de la Ville. Jusqu’au 16 novembre 2024. https://www.theatredelaville-paris.com/

Football: Belgique-Israël, le dangereux précédent

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Nous recevrons demain l’équipe d’Israël au Stade de France. Un important dispositif de sécurité sera déployé. Nos voisins belges, eux, ont renoncé à organiser pareille rencontre sur leur sol.


Tandis que la France s’apprête à affronter Israël, ce jeudi au Stade de France, en espérant que l’on retienne uniquement le volet sportif de la confrontation, une rencontre récente entre la Belgique et Israël avait dû être délocalisée en… Hongrie. 

Soumission

Dans le cadre de la Ligue des Nations, compétition par ailleurs hautement inutile et obéissant aux impératifs du foot business, la Belgique évoluait donc à domicile, le 6 septembre dernier, au Nagyerdei Stadion de Debrecen, à 200 kilomètres à l’est de Budapest. Les autorités belges s’étaient alors montrées incapables d’assurer la sécurité de la délégation israélienne. Comment s’en étonner dans un pays où un parti islamiste progresse (jusqu’à 10% des voix à Bruxelles), où les communistes entrent dans les majorités communales et où les manifestations de soutien à la Palestine sont le théâtre de slogans antisémites ?

Le délitement de la Belgique et de sa capitale, en même temps que sa soumission à l’islamisme, apparaissait au grand jour, mais ce qui aurait dû provoquer un scandale national fut effacé par l’indifférence générale, comme si le pays était déjà habitué à ne plus être chez lui sur son propre sol. Tel un symbole, la rencontre eut lieu dans la Hongrie de Viktor Orbán, honni par les responsables politiques qui ont permis l’islamisation de la capitale belge. Les événements donnent pourtant, chaque jour, raison au Premier ministre magyar et tort aux édiles bruxellois. 

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Si les partis, organisations et autres groupuscules de gauche et de son extrême se sont réjouis, pour des raisons que l’on devine, de l’annulation du match en terres bruxelloises, la Belgique avait créé un dangereux précédent. Deux mois plus tard, un peu plus au nord, à Amsterdam, les supporters du Maccabi Tel-Aviv furent lynchés au cours d’une « chasse aux juifs » dont tout indique qu’elle fut préméditée. Il s’est pourtant trouvé des personnes pour « justifier », « remettre dans le contexte » voire « soutenir » les auteurs des ratonnades, comme si, finalement, les victimes l’avaient bien cherché. Nous ne sommes pas des habitués de la reductio ad hitlerum, mais l’air du temps rappelle de plus en plus l’air pestilentiel de l’Allemagne de la fin des années 1930. 

Les Diables rouges et les Bleus ne prennent pas position

Le sport est désormais un contexte comme un autre pour s’attaquer aux juifs dans une haine que peine à camoufler la double pirouette verbale que sont l’antisionisme et l’appel à la paix – rhétorique utilisée par les supporters du néo-PSG, c’est-à-dire qatari, pour justifier leur tifo représentant un combattant palestinien et une carte du Proche-Orient sans Israël. En remontant dans le temps, on se souvient, de façon plus dramatique encore, que onze athlètes israéliens furent assassinés lors d’une prise d’otage en plein cours des Jeux olympiques de 1972 à Munich. On n’a pas le souvenir qu’un Diable rouge – surnom donné aux joueurs de l’équipe nationale belge de football – ait eu, il y a deux mois, un mot de solidarité pour ses confrères israéliens. À ce stade, aucun Français n’a exprimé de soutien envers ses homologues qui sont avant tout des sportifs et que l’on devine perturbés par le contexte. Mais les Bleus d’ordinaire fort diserts avaient probablement mieux à faire: trouver une tenue excentrique pour leur arrivée au centre d’entraînement de Clairefontaine.

Il veut fonder des « cyber-pays »

Créer de nouveaux pays où l’administration sera entièrement gérée par l’intelligence artificielle, c’est le grand projet de l’entrepreneur Balaji Srinivasan. Vivement demain ?


Alors que le libéralisme peut être défini comme le projet de limiter l’emprise des pouvoirs publics sur la vie des citoyens, le rêve des libertariens, lui, consiste à carrément se passer d’État. Pour ce faire, certains milliardaires de la Silicon Valley ambitionnent sérieusement de créer des « cyber-pays ».

Le principe : racheter de vastes territoires et y établir des républiques autonomes dont les lois seraient entièrement privées et l’administration gérée par intelligence artificielle. Quant aux demandes de naturalisation, elles se feraient en quelques clics et moyennant finances, aussi simplement qu’on s’abonne à Netflix. Fantasme de geek ? Pas si sûr. L’entrepreneur américain Balaji Srinivasan, star mondiale des cryptotechnologies, que ses fans appellent tout simplement « Balaji », vient d’ouvrir en Malaisie The Network School, une école censée former les futurs dirigeants des cyber-pays. Qu’on se rassure : d’après la BBC, il est demandé aux étudiants de souscrire aux valeurs occidentales… Les cours sont dispensés à Forest City, une ville nouvelle située au bord du détroit de Johor, à seulement trois kilomètres des côtes de Singapour. La première promotion de l’école compte 150 élèves. « On a créé de nouvelles communautés comme Facebook, de nouvelles monnaies comme le bitcoin ; on peut donc créer de nouveaux pays », s’est enthousiasmé Balaji lors de la conférence de lancement de l’école à Amsterdam. Reste toutefois une question : où est-il possible de créer un cyber-pays ? Pour certains, Donald Trump a peut-être donné la réponse. Le 14 septembre, lors d’un meeting à Las Vegas, le candidat républicain à la Maison-Blanche a promis que, s’il était élu, il libérerait des terres fédérales au Nevada afin d’y « créer de nouvelles zones spéciales avec des impôts et une réglementation ultra-faibles ».

Ce plan, a-t-il déclaré, s’inscrit dans la tradition de « l’esprit pionnier et du rêve américain ». Les mauvaises langues parleront plutôt d’une autre tradition yankee : les républiques bananières.

Quand le FN était écolo

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Le Front national, bastion anti-écologique ? Maître de conférences en science politique à l’université de Perpignan, Jean Jacob tord le cou à cette fake news institutionnelle.


Le 25 juin dernier, dans un entretien accordé au site universitaire en ligne The Conversation, l’historien Stéphane François faisait une assertion pour le moins curieuse : « le Front national (FN), sous la présidence de Jean-Marie Le Pen, n’a jamais eu d’intérêt marqué pour l’écologie ». Déjà dans Le Monde, le 25 mars 2021, il affirmait : « Jean-Marie Le Pen ne s’y est jamais intéressé et considérait l’écologie comme une préoccupation de “bobo” ». Toujours dans Le Monde d’ailleurs, l’essayiste Pierre Madelin abondait dans le même sens en prétendant, le 6 juin 2023, que Jean-Marie Le Pen avait été « généralement hostile à la protection de l’environnement (…) ».

Une enquête et une lecture sérieuses des textes publiés par le parti à la flamme et son leader auraient pourtant évité la propagation de ces fausses informations. Jean-Marie Le Pen a souvent emprunté une démarche proche de l’écologie – une science centrée sur les relations réciproques entre un ou des êtres vivants et leur environnement – pour conforter ses propres convictions politiques. Souvent de façon subliminale – l’intérêt du FN pour le monde animal n’étant pas innocent, des leçons souvent rudes transpirant de son observation… – et parfois de façon explicite.

Ordre naturel

La parution en 1984 de l’ouvrage Les Français d’abord, signé par Jean-Marie Le Pen aux éditions Carrère-Michel Lafon l’illustre. Pour légitimer sa vision du monde, le fondateur du FN y rappelait que la droite s’est de longue date montrée attentive à « l’ordre naturel » (p. 71). Pour Jean-Marie Le Pen, celui-ci est rude, car les hommes et les peuples sont, écrit-il, « soumis à la dure loi pour la vie et l’espace » (p. 75). Partout, l’homme doit travailler une nature qui n’est pas toujours bienveillante. L’Europe y aurait, sur ce point, excellé, mais jusqu’à verser dans une forme de scientisme et de vanité (p. 159), lui faisant oublier Dieu.

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Pour Jean-Marie Le Pen, il faudrait davantage veiller à pérenniser désormais les équilibres subtils dégagés au fil du temps, qui ont abouti à différentes modalités de vivre-ensemble. « Toute la civilisation a consisté à affiner, à améliorer, à sauver la diversité du monde vivant » (p. 185), et non pas à trop se mélanger. C’est que Jean-Marie Le Pen restait convaincu de l’existence de races, ethnies et cultures différentes (p. 167). Il faut donc selon lui veiller à ne pas subir une « submersion » migratoire (p. 99). Contre le jacobinisme, Jean-Marie Le Pen valorise le régionalisme (p. 194), les communautés hiérarchisées.

Paul Carton et Alexis Carrel, deux médecins un peu oubliés

Pour asseoir scientifiquement son propos – qui élude très largement la dimension coopérative de monde vivant – Jean-Marie Le Pen se référait en 1984 (p. 90) à deux… médecins – Paul Carton et Alexis Carrel – qui s’étaient l’un et l’autre caractérisés par leurs positions politiques radicales.

Paul Carton (1875-1947) a été un grand contempteur de la médecine contemporaine, trop analytique à ses yeux. Il a multiplié livres et brochures vantant les mérites d’une vie plus saine loin de la surconsommation, en adéquation avec un ordre naturel créé par Dieu. En 1944, il a eu l’occasion de fustiger sur plus de 200 pages Le Faux Naturisme de Jean-Jacques Rousseau, en revalorisant pour sa part une base chrétienne, loin du paganisme allemand.

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Alexis Carrel (1873-1944), récipiendaire en 1912 du prix Nobel de médecine, a pour sa part défrayé la chronique pour ses propos pugnaces et eugénistes. En 1935, dans un ouvrage fameux, L’homme, cet inconnu publié chez Plon, il s’émouvait des travers de l’homo oeconomicus (p. 3), de l’avachissement contemporain et – scientifiquement – des ravages d’un dualisme cartésien. Convaincu de la supériorité de l’homme sur la femme (p. 104) et des succès de la « race blanche » (p. 128), il se proposera dans l’urgence d’œuvrer pour la perpétuation d’une élite (p. 363). Au besoin par une forme d’eugénisme en faveur d’une « aristocratie biologique héréditaire » (p. 367) voire une euthanasie par gaz pour les plus criminels (p. 388).

Hostile au nucléaire

La brochure d’une vingtaine de pages La vraie opposition : le Front national éditée au milieu des années 1980 est moins catégorique mais tout aussi soucieuse d’écologie. Le parti frontiste s’y montre tout particulièrement inquiet de l’essor tant de l’arme atomique que de l’énergie nucléaire. « Face au terrible danger nucléaire » (p. 16) qui pourrait se traduire par une « vitrification du territoire national », le FN prône alors une politique publique de construction d’abris. Quant au nucléaire civil, le Front National « ne manifeste aucune gêne à dénoncer les graves dangers et incertitudes liés à l’utilisation comme à l’avenir des centrales nucléaires. Opposé au tout nucléaire, il considère que l’accent doit prioritairement être mis sur les énergies nouvelles pour garantir à la France son indépendance énergétique » (p. 29).

Dans un long entretien accordé à Présent du 18 août 1989, Jean-Marie Le Pen évoque en outre le risque provoqué par « le déversement calorique des centrales nucléaires, en particulier, (qui) a pour conséquence de modifier les constitutifs des fleuves et d’aider au réchauffement ». Il y perçoit aussi plus globalement la probabilité de voir se multiplier les réfugiés climatiques, environnementaux. « C’est la pauvreté, la sécheresse, la désertification qui provoquent les grandes migrations. »

En 1990, l’organisation d’un colloque du FN à Nice sur l’écologie puis la parution d’un numéro d’Identité Revue d’études nationales consacré à « Repenser l’écologie » ne font ainsi qu’amplifier une réflexion latente. Dans son éditorial, Jean-Marie Le Pen s’y propose désormais de « dépolluer les têtes ». Jean-Jacques Rousseau y est d’emblée stigmatisé, pour avoir prétendument oublié les obligations morales et sociales. Pour Jean-Marie Le Pen, il faut défendre une véritable « politique de la vie ».

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Dans un discours prononcé le 11 février 2007, le candidat à la présidence Jean-Marie Le Pen réitère longuement sa foi écologiste, en plaidant à nouveau pour le respect de l’ordre naturel tout en fustigeant le productivisme et le matérialisme d’autres courants politiques. Mais la perspective de voir la France devoir se soumettre à des contraintes climatiques internationales le pousse aussi à y adjoindre des réserves proches du climato-scepticisme. Sa crainte du nucléaire s’y est également singulièrement émoussée. Toutefois, d’autres trouvailles technologiques (éoliennes…) pourraient pareillement améliorer l’environnement.

Un localisme technophile…

Avec Marine Le Pen, le FN devenu RN semble perdre sa boussole au gré des ralliements. En 2011, l’écologie enracinée chère à la Nouvelle droite néo-païenne y fait une apparition aussi fracassante qu’éphémère, à l’image de son porte-parole Laurent Ozon, chantre du localisme. Des figures plus nuancées suppléeront à son éviction. Avec le poids croissant de Florian Philippot – venu des rangs du scientisme chevènementiste – les nostalgies ruralistes d’un Jean-Marie Le Pen semblent ensuite passer de mode. Mais c’était compter sans l’apparition d’un essayiste mondain publié dans Le Monde et chez Gallimard, le consultant Hervé Juvin. Féru d’ethnologie et d’écologie enracinée, détracteur d’un capitalisme prédateur, devenu collaborateur de la revue Eléments, c’est cet autre défenseur du « localisme » que Jordan Bardella fera élire député européen en 2019.

Le volet écologique du « projet pour la France de Marine Le Pen » offrira ainsi un mélange déconcertant de considérations philosophiques sur les mérites du « localisme » et les méfaits d’une « croissance » illimitée (p. 17) mâtinées d’un scientisme euphorique (« inventer, innover, transformer ! » (p. 7) qui ne froissera pas son électorat. Hervé Juvin évincé à son tour, le RN changera à nouveau son fusil d’épaule. Ainsi, Jordan Bardella tentera de rassurer le patronat le 18 avril 2024, en se prononçant pour « la croissance, la croissance et la croissance ». Illimitée ?


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Marine Le Pen au procès des assistants parlementaires FN: «J’ai donné ma vie à la vie politique»

Lors de son dernier interrogatoire devant les juges, la semaine dernière, Madame Le Pen a confirmé qu’elle était candidate à l’élection présidentielle de 2027. A la barre, elle a démonté point par point et de façon convaincante toute idée de “système” de détournement des fonds européens. Elle semble en revanche penser qu’un système s’est mis en branle contre son mouvement, dès que ce dernier a commencé à prendre trop d’importance dans les urnes… Elle risque une peine d’inéligibilité (loi Sapin de 2016) voire de prison, et une amende d’un million d’euros.


Après six semaines de procès, Marine Le Pen était de nouveau appelée à la barre la semaine dernière, mais cette fois-ci sous le chef d’accusation de complicité de détournement de fonds publics en tant qu’ex-présidente du Front national, personne morale mise en cause pour la période de la prévention allant du 16 janvier 2011 au 31 décembre 2016.
La magistrate Bénédicte de Perthuis a annoncé que « la question que l’on aura à se poser pour la complicité est : est-ce qu’il y avait un système de gestion centralisée des enveloppes d’assistants parlementaires qui auraient travaillé pour le Front national, et non pas pour les eurodéputés ? Et qui supervisait cette gestion centralisée des enveloppes ? »
À la barre, l’ancienne avocate, vêtue d’un tailleur pantalon et juchée sur de hauts talons,  dénonce en propos liminaire une instruction faite uniquement à charge, ayant permis que « des dizaines de milliers de messages de dizaines de personnes soient aspirés ». C’est « la pêche au chalut », raille l’élue du Pas-de-Calais. « Depuis un mois et demi, j’ai quand même le sentiment que l’on tourne autour d’une dizaine de mails ou de SMS que l’on considère mal rédigés ou maladroits, mais que cela ne reste qu’une dizaine de mails sur des dizaines de milliers ». On racle les fonds, et on voit ce que l’on a pris dans le filet judiciaire, et l’on ne  présente bien sûr que les pièces à charge. Pugnace, la chef des députés RN à l’Assemblée nationale s’attache pendant plusieurs heures à démonter chaque chef d’accusation.

« La centralisation est dans la culture du Front national »

Concernant la mutualisation du travail des assistants parlementaires des eurodéputés, Marine Le Pen justifie cette mutualisation indispensable à l’exercice des mandats alors qu’ils n’étaient que trois lors de la 7è législature (2009/2014) : Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch et elle. Pour la 8è législature (2014/2019), la chef de l’opposition tient à rappeler le contexte particulier de l’élection. « C’est une situation périlleuse d’arriver avec vingt députés novices sur vingt-trois, sans le support technique d’un groupe. Un groupe, cela permet d’avoir une cinquantaine de salariés qui sont chargés intrinsèquement du travail mutualisé… Quand on est non-inscrits (et donc sans groupe), on ne peut pas faire autrement que de mettre en place cette mutualisation du travail. » Concernant les transferts d’assistants sur les différents eurodéputés, cela s’explique par le travail en pool, les campagnes électorales ou encore par la vie politique elle-même, faite d’égos mais aussi parfois d’inimitiés. La vie politique est un sport de combat, fait d’espoirs, d’échecs, de victoires, de trahisons, et aussi de fidélité, raconte Mme Le Pen.
L’ancienne avocate démonte cette idée de “système”, à partir du moment où la totalité des contrats ne se retrouvent pas dans l’ordonnance de renvoi. « Peut-il y avoir “système” pour l’un, et pas par pour l’autre ? Ce serait là un drôle de “système”! » Jamais le Parlement européen n’est venu dire à la délégation française frontiste que Charles Van Houtte avait trop de procurations à son nom. « Encore aujourd’hui, nous avons 30 députés (au Parlement européen), qui ont tous donné une procuration à une jeune assistante », déclare Marine Le Pen pour preuve de bonne foi. Quant à « la centralisation, (elle) est dans la culture du Front national. De force, car trouver un prestataire qui accepte de travailler avec le Front national est compliqué », avoue Marine Le Pen. Mais aussi « de gré », car « c’est performant ». «On centralise les candidatures, on centralise la maquette des documents, on centralise le choix des imprimeurs (…), car nous sommes les réassureurs de nos candidats et de nos élus, et parfois ça fait mal (…). Quand les candidats font moins de 5%, le parti prend en charge, et nous sommes les seuls à faire cela. Car nous avons des candidats souvent d’origine modeste qui n’ont pas les moyens de faire face à une perte ».

 « Il y a autant de tâches possibles que d’assistants parlementaires »

Concernant la localisation reprochée d’assistants européens au siège du FN, il faut noter qu’aujourd’hui encore des collaborateurs d’eurodéputés ont leurs bureaux au siège du parti. Le Parlement européen demande simplement la rédaction d’une convention de mise à disposition dudit bureau. Il n’y a donc rien de suspect, insiste Marine Le Pen. De fait, rien ne prouve que les assistants aient travaillé directement pour le parti. L’audit des comptes du FN – tous validés par les commissaires aux comptes et la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques – montre que la masse salariale du parti n’a pas baissé, mais au contraire n’a cessé d’augmenter lors de la période de la prévention. Concernant les employés eux-mêmes, seuls quatre salariés du FN, dont un à mi-temps, sont devenus assistants parlementaires sur toute la période. L’accusation de « vases communicants » entre des salariés du parti sur des postes d’assistants d’eurodéputés se réduit donc à peau de chagrin.  
Marine Le Pen assume ensuite que le graphiste du mouvement soit assistant parlementaire. « Il met en forme les images, les visuels, pour faire la promotion de l’ensemble des députés (…) Cela n’a rien d’extraordinaire.» La cheffe de la droite nationale rappelle qu’être assistant parlementaire est un statut qui ne dit rien du contenu du travail. « Il y a autant de tâches possibles que d’assistants parlementaires. Cela va de la secrétaire au rédacteur de discours, du juriste au graphiste, du garde du corps à celui qui tient la permanence. À l’Assemblée nationale, j’ai un assistant parlementaire qui est photographe. Il prend des photographies de l’ensemble des députés pour nourrir les réseaux sociaux » témoigne encore la députée.Le Parlement européen voudrait-il limiter le travail des députés et de ses collaborateurs ?

« Le député fait de la politique, et l’assistant l’assiste dans cette activité politique »

« Le député est-il seulement un législateur, ou aussi un politique ? » Pour appuyer sa démonstration sur l’indissociabilité du travail parlementaire du travail politique, la présidente du groupe RN joint aux débats une lettre du déontologue de l’Assemblée nationale, laquelle confirme que les frais des assistants pour un congrès politique sont bien  pris en charge par l’enveloppe parlementaire. « Le député fait de la politique et l’assistant l’assiste dans cette activité politique », martèle Marine Le Pen. S’il n’en était pas de même pour les eurodéputés, l’ancienne avocate estime que « cela poserait un vrai problème de droit, car cela voudrait donc dire que le député européen a moins de droits que le député national (…) Ne peut-on pas avoir une fonction politique, lorsque l’on est assistant parlementaire ? Quel conflit d’intérêt peut-il exister entre un député et son parti, ou un assistant parlementaire et son parti? Ils œuvrent pour les mêmes idées, ils ont fait campagne ensemble. »
L’élu, l’assistant, sont des politiques où qu’ils se trouvent, a argumenté la défense pendant tout ce procès. À Bruxelles ou Paris, les assistants parlementaires ont travaillé pour la France, même lorsqu’ils vont « au fin fond de la cambrousse », selon l’expression dédaigneuse employée par la présidente du tribunal.

« Où sont mes instructions?… Il n’y en a pas »

Accusée d’avoir imposé le recrutement de certains assistants parlementaires, la chef de file de l’opposition renvoie le tribunal dans les cordes : « Où sont mes instructions?Il n’y en a pas. » Au contraire, l’élue du Pas-de-Calais cite un mail où elle répondait à la demande d’embauche de Loup Viallet par l’eurodéputé Dominique Bilde : « C’est qui ?» interrogeait-elle alors.
Néanmoins, Marine Le Pen assume son rôle de dirigeante politique qui exerce parfois « un droit de veto », pour éviter le recrutement de « personnes politiquement toxiques » ou « apparaissant nuisibles au mouvement ». La candidate à la présidentielle fixe sa ligne : « Je ne veux pas de gens issus d’un groupuscule, je ne veux pas de gens qui expriment une radicalité, je ne veux pas de gens qui ont tenu des propos absolument contraires à la vision que défend le Rassemblement national. Je ne veux pas d’incompétents, certains sont notoires ». Reproche-t-on aux chefs de cheffer ?

Le tribunal évoque la réunion de juin 2014 durant laquelle Marine Le Pen aurait demandé aux eurodéputés de ne choisir qu’un seul assistant, les autres étant dédiés au mouvement. L’accusation s’appuie entre autres sur le témoignage d’Aymeric Chauprade, mais celui-ci est revenu, dans un communiqué de presse, sur ses premières déclarations qu’il dit avoir faites sous la pression judiciaire et dans un esprit de vengeance. Marine Le Pen dénonce, là encore, une instruction faite uniquement à charge. Ils étaient vingt-trois eurodéputés, et on ne présente que deux témoignages à charge de personnes qui ont été en conflit et ont été exclues de la délégation française. A contrario, pourquoi le tribunal ne retient-il pas les témoignages de Rachida Dati, Brice Hortefeux et d’autres eurodéputés qui confirment la présence des assistants frontistes au Parlement ?

Mais vous êtes fous !

Marine Le Pen s’étonne d’une « instruction déloyale ».
Avec le peu d’éléments présentés, qu’on « puisse tirer de cela (sa) culpabilité (…) je trouve cela fou ».
La voix grave, enfin, l’élue s’enflamme : « Je risque dix ans de prison, un million d’euros d’amende si ce n’est plus avec cette prévention à géométrie variable. Je suis une dirigeante politique. J’ai donné ma vie à la vie politique. Je demande un acte d’instruction, d’une simplicité absolue, on me le refuse. Et on me confronte à une dizaine de mails sur plus de 10 000. Où sont mes instructions ?» La candidate à l’élection présidentielle de 2027 pointe le risque inouï que fait encourir la pénalisation de ces contrats d’assistants parlementaires qui, au demeurant, ont tous été effectués. Si, conformément à la loi du 11 décembre 2016, l’obligation d’une peine d’inéligibilité devait s’appliquer, cela aurait une conséquence retentissante sur la vie politique française alors que Marine le Pen est aujourd’hui donnée en tête de toutes les enquêtes d’opinions.

Une réac nommée Fourest

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Caroline Fourest © Hannah Assouline

Caroline Fourest continue à approuver MeToo mais pointe, dans son nouveau livre, la dérive fanatique de certains de ses zélateurs. Une nuance inadmissible pour les défenseurs de la cause : les néoféministes et la presse comme-il-faut lui tombent dessus. Alerte : Caroline a viré à droite.


Pour la promotion de son livre Le Vertige MeToo, la journaliste et militante féministe Caroline Fourest prend soin de préciser qu’elle ne souhaite pas être récupérée par les anti-MeToo. Elle souhaite rester dans le camp du bien. Elle ne dénonce pas ce mouvement de « libération de la parole », elle pointe les dérives de certains fanatiques.

Social-traître

Raté chère Caroline ! Bienvenue dans le camp du mal. Quiconque émet la moindre nuance sur les méthodes du mouvement est un ennemi du Parti. La guerre des féministes est déclarée ! Et le féminisme « modéré », « raisonnable », celui de Fourest, ne fait pas le poids face au féminisme fasciste du camp woke. Libé, Les Inrocks, Mediapart, L’Obs, Télérama, Arrêt sur image ou encore L’Humanité, tombent à bras raccourcis sur la social-traître. Dans Les Inrocks, on qualifie le livre de Fourest de « brûlot réactionnaire ». Libé déplore son « virage à droite » et l’accuse de « minimiser les violences ». Le journal qui naguère publiait les annonces sexuellement déjantées de la rubrique « Chéri(e)s » lui reproche également de penser que toutes les violences sexuelles n’ont pas la même gravité, donc de nier le « continuum à l’œuvre, c’est-à-dire le lien entre le harcèlement, l’agression sexuelle et le viol qui, ensemble, constituent un système ». Fourest refuse de mettre dans le même panier Monsieur Pélicot et Nicolas Bedos, Émile Louis et Édouard Baer, Harvey Weinstein et Ibrahim Maalouf. En fait, elle n’a tout simplement pas l’air de haïr les hommes. Elle semble même avoir un peu de pitié pour ceux qui sont brûlés en place publique pour une simple accusation sans preuve. Caroline a un petit cœur, et ça, la révolution ne le lui pardonnera pas. On se croirait dans le roman Uranus de Marcel Aymé, dans ce village de Blémont, juste après la guerre, en pleine épuration. Aymé y raconte le climat de terreur, les accusations mensongères, le mal fait au nom du bien. Il raconte également la guerre entre communistes sincères, honnêtes, et communistes zélés, tartuffes utilisant la casquette du Parti pour leurs propres intérêts, pour nuire, pour une petite place et un peu (beaucoup) de pouvoir. La même ambiance délétère transparaît dans certaines déclarations de Fourest : « Comment protéger MeToo de ces opportunistes, de ceux qui l’instrumentalisent, de ceux qui le mettent à toutes les sauces pour régler des comptes, dégager, prendre des postes ? » Eh oui ! La révolution lui échappe, le monstre se retourne contre elle. Je ne m’en réjouis pas. Quoique… je me sens moins seul ! Le traitement qu’elle subit sur certains plateaux me rappelle celui auquel j’ai eu droit lorsque je défendais la tribune de soutien à Gérard Depardieu. Sur le service public, on la reçoit en se bouchant le nez. Dans l’émission « En société », sur France 5, la présentatrice Émilie Tran Nguyen cuisine Fourest : « Donc il faut douter de la parole des femmes ? » Etl’avocate Anne Bouillon de renchérir « Une parole, a priori, ce n’est pas parce qu’elle vient d’une femme qu’elle ne doit pas être crue. Et c’est un peu le message que vous véhiculez. » Caroline est accusée d’accuser toutes les femmes d’être des menteuses ! Comme avec moi et tant d’autres, on lui reproche des propos qu’elle n’a jamais tenus. Nous parlons pourtant clairement. Mais ce que nous disons – et nous ne disons pas la même chose – est aujourd’hui inaudible. On ne veut pas l’entendre, on le déforme, on l’exagère, on le défigure. Je ne serais pas surpris que Caroline Fourest se prenne à son tour son petit MeToo. Non que j’aie eu vent d’un quelconque comportement déplacé de sa part, mais parce que dans la MeToo Family, l’accusation d’agression sexuelle est devenue un instrument de vengeance, de punition.

La meute a changé de camp

Cela fait longtemps que nous autres, anti-MeToo officiels et assumés, disons que les hommes ont peur. On nous a traités de délirants. Fourest, aujourd’hui, ne dit pas autre chose lorsqu’elle parle de « comédiennes qui passent du statut de victime au statut de procureur », qu’elle affirme : « la honte a changé de camp et je m’en réjouis, mais en même temps la meute a changé de camp », ou encore « nous sommes passés d’une société de l’honneur imposant le bâillon à celle de la pureté maniant le bûcher et la délation ». Je le répète ici, les hommes, surtout médiatiques, riches ou puissants, ont peur de se voir accusés publiquement d’agression sexuelle quand bien même ils n’ont rien fait de répréhensible. Qui pourrait envier leur place ? Oui, nous vivons une période trouble. « Des gens qui s’improvisent féministes depuis quinze secondes, depuis que la peur a changé de camp. (…) On a des convertis un peu zélés qui étaient déjà, juste avant, du côté du pouvoir et de l’abus de pouvoir et qui ont juste changé de casquette. » Sur les plateaux de télé pullulent ces résistants de la dernière heure venant gratter leur petite part de pouvoir et leur droit afférent à punir, détruire, humilier. N’oublions pas le propos d’Emmanuelle Devos pour défendre MeToo : « Bien sûr qu’il y a des têtes qui vont tomber qui n’auraient pas dû tomber, mais ça, ce sont les révolutions. C’est comme ça. » Pour des révolutionnaires, un innocent en prison ou banni de la société, ça n’est pas grand-chose.

Blasphématrice!

Fourest se voit vomie, piétinée, calomniée, éjectée du camp féministe. Le féminisme, ce n’est plus elle, c’est Judith Godrèche. Sainte Judith répond à Caroline la blasphématrice, qui ose critiquer ses méthodes : « Aujourd’hui en France, les conservateurs et conservatrices de tous poils osent moins s’opposer frontalement à MeToo. Mais leur tactique c’est de revendiquer un juste milieu, contre les excès de MeToo. (…) Et bien sûr, quand on veut discréditer une victime sans s’en prendre ouvertement à elle, pour ne pas avoir l’air antiféministe, on l’accuse d’être une marionnette. C’est ce qu’on dit de moi. C’est ce qu’elle dit de moi. Mais n’est-ce pas là le sexisme le plus cru ? » Caro a décroché le cocotier ! Décorée du titre de « sexiste » par Sa Majesté Godrèche en personne ! Fourest semble secouée. Bien qu’ayant déjà affronté les catholiques intégristes, les homophobes et les islamistes, c’est, dit-elle, le livre le plus difficile qu’elle ait eu à écrire. Eh bien, qu’elle soit remerciée, car ce livre est un cadeau inestimable pour tous les dissidents de MeToo, une arme qu’ils utiliseront en hurlant – avec force et joie ! – « Et c’est une féministe qui l’écrit ! »

«Chaque euro versé à l’UNRWA est un euro contre la paix»

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Distribution de nourriture aux Palestiniens de Gaza au centre de distribution de l'UNRWA à Deir al-Balah, 28 septembre 2024 © Omar Ashtawy/AP/SIPA

Israël a interdit à l’UNRWA d’exercer ses activités sur son territoire. L’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens, notoirement corrompue par le Hamas, œuvre depuis sa création à délégitimer l’État hébreu, quand elle n’aide pas à le combattre. Le directeur d’UN Watch témoigne.


Basée à Genève, UN Watch est une ONG d’un genre particulier. Fondée en 1993 par un ancien président de l’American Jewish Committee (l’avocat Morris Abram), elle surveille en permanence l’action de l’ONU et apprécie la façon dont elle respecte sa propre Charte. Autant dire que le travail ne manque pas ! Les experts d’UN Watch épinglent régulièrement l’une des principales branches de l’ONU, le Conseil des droits de l’homme, par exemple quand il déroge à ses propres critères d’admission en acceptant des pays comme la Chine, Cuba ou le Venezuela, qui sont évidemment loin de respecter les principes fondateurs de « contribution à la promotion et à la protection des droits de l’homme ». Également dans le collimateur de l’ONG : le traitement pour le moins inéquitable d’Israël. Nous avons interrogé le directeur d’UN Watch, l’avocat canadien Hillel Neuer.


Causeur. Dans les publications d’UN Watch, l’ONU est présentée comme une organisation subissant de plein fouet l’emprise toxique de ses États membres les plus despotiques. N’exagérez-vous pas un peu ?

Hillel Neuer. DR.

Hillel Neuer. 60 % des États membres du Conseil des droits de l’homme sont des régimes autoritaires. Cette position de force leur assure un large pouvoir de nomination dans les instances onusiennes, où l’on retrouve des cadres et des experts qui, quoique souvent occidentaux, partagent leur aversion pour la démocratie et les valeurs libérales. Un cas typique est celui de Jean Ziegler, ce sociologue suisse, altermondialiste et anticapitaliste, qui est depuis 2009 vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme, notamment grâce au parrainage de Cuba. Les institutions de l’ONU ont fini par tomber sous la coupe d’une alliance funeste entre dictateurs et militants ayant en partage la haine de l’Occident.

Pourquoi cette alliance s’acharne-t-elle contre Israël en particulier ?

Parmi les 193 États membres de l’ONU, 56 sont des régimes islamiques et n’ont de cesse de porter devant l’Assemblée générale des résolutions qui condamnent Israël.

Mais ils ne représentent qu’un quart des votes. Ce n’est pas assez pour obtenir la majorité en Assemblée générale…

Le problème, c’est qu’il règne, à l’ONU, la culture du « vote trading » [« commerce du vote », NDLR]. Voici schématiquement comment cela se passe : si vous êtes un État membre et que vous voulez obtenir l’appui des 56 pays islamiques lors d’une délibération qui vous tient à cœur, il vous suffit, en échange, de les soutenir dans l’une des causes qui leur tiennent le plus à cœur, la lutte contre l’ennemi sioniste. À quoi s’ajoutent les moyens de pression économiques dont dispose le monde arabe. De nombreux pays savent qu’ils se procureront plus facilement du gaz et du pétrole auprès des monarchies du Golfe s’ils prennent position contre Israël. Ou qu’ils bénéficieront davantage de la manne d’un fonds souverain comme celui du Qatar. Autre source de motivation : la peur des attentats islamistes. Cette attitude de soumission est très répandue dans les chancelleries, à quelques exceptions près comme celles de la République tchèque, d’Argentine ou des États-Unis. Enfin, certaines positions anti-israéliennes soutenues à l’ONU s’expliquent par une dimension proprement irrationnelle, je veux parler du vieux fonds d’antisémitisme occidental qui remonte bien souvent à la surface.

Parmi les experts occidentaux que vous évoquez, il y en a une particulièrement virulente à l’égard d’Israël. C’est la juriste italienne Francesca Albanese, qui a été nommée en 2022 « Rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 ». Quelle est sa motivation ?

La motivation de tous ces rapporteurs spéciaux est surtout idéologique, car les postes qu’ils occupent ne sont pas rémunérés par l’ONU. Albanese partage sa haine d’Israël avec son époux, l’économiste Massimiliano Calì, ex-conseiller au ministère de l’Économie nationale de l’Autorité palestinienne. Tous les deux adhèrent à l’idéologie anti-occidentale, anti-américaine et anti-israélienne, et manient tous les tropes antisémites classiques, qui consistent à comparer les Israéliens aux nazis et à décrire les juifs comme responsables de leurs propres malheurs – ce qu’on appelle l’« Holocaust inversion ». Dans ses publications sur les réseaux sociaux, Albanese affirme que les États-Unis ou la BBC sont les jouets du « lobby juif ». Elle est également intervenue dans un colloque organisé par le Hamas en novembre 2022. Elle y a déclaré : « Vous avez le droit de résister. » Pire encore, en février dernier, quand Emmanuel Macron a qualifié le 7-Octobre de « plus grand massacre antisémite de notre siècle », elle a objecté sur X (ex-Twitter) : « Les victimes du 7/10 n’ont pas été tuées à cause de leur judaïsme, mais en réaction à l’oppression d’Israël. » D’ailleurs, elle est le seul rapporteur de l’ONU à avoir été condamnée par des Etats-membres – une fois par l’Allemagne et deux fois par la France.

En tout cas, alors qu’il y a plus de 70 experts inconnus nommés par l’ONU, Albanese jouit d’une grande notoriété…

Une chose est sûre : cette notoriété n’est pas le fruit de la compétence. Albanese n’est pas une interlocutrice fiable. Elle ne respecte pas l’obligation, induite par sa fonction, de vérifier les informations qu’elle relaie. Prenez le bombardement de l’hôpital Al-Ahli Arabi à Gaza, le 17 octobre 2023 : elle n’a pas hésité à affirmer que l’auteur était l’armée israélienne alors qu’il s’agissait en réalité du Jihad islamique palestinien. Si Albanese est célèbre, c’est grâce aux tribunes que lui offrent les médias et les campus occidentaux. Elle est régulièrement publiée dans The Guardian et interrogée par France 24. Fin octobre, elle a commencé une tournée aux États-Unis. Au programme : discours au siège de l’ONU devant le Comité des droits de l’homme, puis interventions dans de prestigieuses universités du pays comme Georgetown ou Princeton. UN Watch appelle Washington à l’interdire de séjour sur le sol américain. Le 23 octobre, nous lui avons consacré un rapport de 60 pages, au titre éloquent : « A wolf in sheep’s clothing » [« Un loup déguisé en agneau », NDLR].

Pourquoi UN Watch critique-t-il l’UNRWA, l’agence des Nations unies chargée des réfugiés palestiniens ? N’accomplit-elle pas une mission essentielle et salutaire ?

L’UNRWA a été créée en 1949 pour aider les Palestiniens déplacés par la guerre de 1948 à se réinstaller dans de nouveaux lieux d’existence où ils pourraient jouir de tous leurs droits. Mais très vite, elle s’est mise au service d’une version pathologique de leur cause. Aujourd’hui encore, des vidéos montrent des écoliers gazaouis, inscrits dans les établissements gérés par l’UNRWA, qui affirment que leur vraie maison n’est pas à Gaza, mais à Haïfa ou à Tel-Aviv. Il faut dire que l’UNRWA conforte leurs parents dans cette idée et que depuis soixante-quinze ans, elle piétine sa mission d’aide à la réinstallation, contrairement au HCR, l’agence des Nations unies qui s’occupe de toutes les autres personnes déplacées dans le monde, et qui réinstalle avec succès les réfugiés syriens, soudanais ou ukrainiens au Canada, en France ou ailleurs, où ils deviennent des citoyens à part entière. L’UNWRA est donc l’ennemie de la solution à deux États, l’ennemie de la paix. Sa collusion avec le Hamas est évidente. Par exemple, il y a peu, encore, le chef du Hamas au Liban, Fathi al-Sharif, n’était autre que le président du syndicat local des professeurs d’école de l’UNRWA. Quand il est mort, tué par une frappe aérienne israélienne le 29 septembre, le Hamas l’a reconnu. De la même façon, l’UNRWA nie avoir été au courant de l’existence d’un tunnel creusé par le Hamas sous son propre siège à Gaza, alors que le parking s’enfonçait notoirement dans le sol…

Comment les dirigeants de l’UNRWA ont-ils pu ignorer ou cacher ces faits ?

Par une forme de complicité dont ils bénéficient en haut lieu. L’UNRWA a invité cette année l’ancienne ministre des Affaires étrangères française, Catherine Colonna, à faire un audit de sa neutralité. Or cette évaluation supposément indépendante a été conduite par des membres de trois instituts scandinaves (l’Institut Raoul Wallenberg en Suède, l’Institut Chr. Michelsen en Norvège et l’Institut danois des droits humains) dont le personnel a pris par le passé des positions anti-Israël et pro-UNRWA connues de tous. De notre côté, nous avons bien essayé d’éclairer Mme Colonna en lui envoyant un document de 25 pages, mais il est resté lettre morte. Son rapport final a été remis à l’ONU le 22 avril et, en dépit de certaines critiques, sa tonalité générale est de déclarer l’UNRWA « irremplaçable et indispensable ». L’objectif de cet audit est de faire changer d’avis les pays occidentaux qui ont suspendu depuis quelques années leur financement de l’UNWRA. Nous alertons régulièrement les ministères des Affaires étrangères de pays comme la France ou le Royaume-Uni quant aux véritables activités de l’UNRWA, mais ils nous ignorent, ce qui pour moi est très significatif.

L’ONU est présente au Liban à travers les troupes de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Cette dernière remplit-elle convenablement sa mission ?

De même que le Hamas a corrompu l’UNRWA, le Hezbollah a au moins partiellement corrompu la FINUL. En vertu de la résolution 1701 de l’ONU de 2006, la FINUL devait assurer le désarmement du Hezbollah. Or, non seulement celui-ci n’a pas été désarmé, mais au début du conflit actuel, il disposait de plus d’armes – de missiles notamment – que jamais. Nous avons recueilli le témoignage d’un militaire danois qui affirme que tous les déplacements de la FINUL sont contrôlés et encadrés par le Hezbollah, et que toute plainte à propos des armes du Hezbollah est ignorée par la FINUL.

Quelles sont les solutions selon vous ?

Il faut des changements radicaux. Premièrement, Francesca Albanese devrait être démise de son statut à l’ONU et poursuivie en justice pour antisémitisme et incitation à la haine raciale. Deuxièmement, l’UNRWA, dont le véritable but est de démanteler l’État d’Israël, devrait être dissoute. Chaque euro qui lui est versé est un euro contre la paix. Les activités humanitaires en faveur des Palestiniens peuvent tout à fait être gérées par d’autres agences de l’ONU. Les Gazaouis ne doivent plus être traités comme des réfugiés, mais comme les citoyens des pays où ils vivent. Enfin, troisièmement, il est difficile de voir comment on pourrait sauver la mission de la FINUL. Cette dernière n’inspire plus aucune confiance aux autorités de l’État hébreu, qui ne peuvent pas autoriser les 80 000 réfugiés israéliens du nord du pays à retourner vivre chez eux tant qu’ils seront menacés par le Hezbollah.

Transition d’un genre écolo

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DR.

En Belgique, les récents propos tenus par le professeur Pierre Stassart sur l’anthropocène, ce fameux désordre planétaire inédit, font réagir. Il les a depuis corrigés. Mais, nous aurions tort de nous moquer de cette polémique en tant que Français.


L’université de Liège vient d’instaurer un nouveau cours portant sur « les questions de durabilité et de transition ». Cet enseignement, obligatoire et interdisciplinaire, comporte des conférences sur « les limites planétaires », des « activités locales en faveur de la durabilité » et des exposés sur « l’éco-anxiété et les changements climatiques ». Un cours a déjà fortement impressionné les étudiants, celui du professeur Pierre Stassart. Ce sociologue de l’environnement affirme ne plus vouloir « masquer les profondes inégalités quant aux responsabilités intrinsèques face aux perturbations environnementales à l’échelle planétaire ». Selon lui, tout est la faute de « l’homme blanc, chrétien et hétérosexuel ».

Alertée par des étudiants, la députée Stéphanie Cortisse a dénoncé la dérive wokiste de l’université de Liège et réclamé des comptes à sa rectrice, Anne-Sophie Nyssen, qui a botté en touche au nom de la liberté académique. De son côté, M. Stassart a assuré que ce qu’il professe est « factuellement validé par la communauté scientifique ». La révolution industrielle serait donc à l’origine d’une nouvelle ère géologique (ou Anthropocène) et aurait été « menée par des hommes blancs mais aussi chrétiens parce que c’est au nom de la religion que l’Europe a colonisé d’autres parties du monde en lui imposant son système capitaliste ».

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À la sottise écolo-woke, le sociologue ajoute l’ignorance historique. Reste l’évocation étrange de l’hétérosexualité. « C’était le modèle de base de l’époque », explique sans rire M. Stassart qui ajoute que, devant les « réactions d’incompréhension », il remplacera dans ses prochains cours le terme « hétérosexuel » par… « patriarcal ».

Cette nouvelle histoire belge aurait pu nous amuser si la folie écolo nous avait épargnés. Après Sciences-Po, l’université Sorbonne Paris Nord imposera prochainement à tous ses étudiants une formation sur la « transition écologique pour un développement soutenable ». Au programme : ateliers « citoyens » sur le climat et séances de réflexion sur « l’accueil des émotions, dont l’éco-anxiété » et sur « la manière de mobiliser sa capacité d’action » – une formation de zadiste, en somme.

Hadrien Clouet: autopsie d’une insanité

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Le député toulousain LFI Hadrien Clouet, novembre 2022 © Juliette Avot/SIPA

Le député d’extrême gauche de Haute-Garonne a qualifié le ministre de l’Intérieur et certains journalistes de « petites frappes fascistes ». Son message visait à soutenir Marie Mesmeur, sa consœur d’Ille-et-Vilaine qui avait elle-même minimisé les incidents survenus aux Pays-Bas lors du match de football entre l’Ajax d’Amsterdam et le Maccabi Tel-Aviv. Au-delà du caractère outrancier de la saillie, la déclaration étonne surtout par sa paresse intellectuelle ou politique. M. Retailleau ayant signalé le tweet à la justice, il pourrait avoir à en répondre devant un tribunal. Analyse.


Il me prend assez souvent l’envie d’analyser, de disséquer des inepties politiques et médiatiques. Selon moi, évidemment, et mes convictions. Et ma conception du langage. Parce que cette habitude me permet de me replonger, toutes proportions gardées, dans l’exercice du commentaire de texte, que je prisais particulièrement durant mes études de lettres supérieures. C’est le député LFI Hadrien Clouet qui s’est fait remarquer par ce tweet inepte : « Le ministre de l’Intérieur et ses journalistes de préfecture sont de petites frappes fascistes ». Bruno Retailleau qui ne laisse plus rien passer dès lors qu’une qualification pénale est possible, a évidemment signalé ce tweet à la justice.

Saillie infecte

Pour qui le lit et est de bonne foi, pourvu en même temps d’une culture historique élémentaire, le premier sentiment qu’il inspire est l’indignation même s’il faut économiser cette dernière en ces temps où on n’a que trop d’opportunités pour l’éprouver.

Mais il faut aller au-delà et se demander comment une telle absurdité a pu germer dans la tête d’un député dont les citoyens qui l’ont honoré par son élection attendaient sans doute autre chose que cette saillie infecte.

Je devine le genre d’argumentation qui pourrait être développé par ses soutiens et par lui-même. On est dans un combat politique et celui-ci justifie tout… Bien sûr que non. L’esprit partisan devient une honte quand il va jusqu’à de telles extrémités. On a le droit de ne pas aimer l’action de Bruno Retailleau mais le devoir d’exprimer autrement son opposition. On est sur un réseau social où insultes et grossièretés remplacent réflexion et courtoisie. Ce n’est pas une raison pour participer à ce délitement et, comme député, ne pas donner l’exemple.

Les outrances de LFI sont quotidiennes

Le groupe LFI s’est fait une spécialité de ces violences par tous moyens. Ce qui compte est de faire parler de soi. Mais je ne crois pas qu’on puisse excuser les insanités de quelques-uns parce que tous les profèrent – ou seraient capables de le faire. Ce n’est pas exact et pour ma part je refuserai toujours de mêler tous les députés LFI dans le même opprobre. Hadrien Clouet, tweetant ainsi, imite les pires de ses collègues. Mais il en est d’autres dont le comportement plus retenu, au moins dans la forme, aurait dû l’inspirer.

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Ces justifications périphériques écartées, cherchons en et chez Hadrien Clouet lui-même les motifs allégués de ce tweet bête et odieux.

Questionné par Jean-Jacques Bourdin sur Sud Radio, il a affirmé que Bruno Retailleau, en ayant dénoncé « les Français de papier », nous avait renvoyé aux années 30 en même temps que son mépris de l’État de droit, selon lui, était scandaleux. Lamentables arguties qui n’atténuent en rien la portée de son tweet infâme! Je ne peux pas croire que, dans son for intérieur, il n’ait pas perçu la sottise de « ses journalistes » et le délire à la fois historique et gravement offensant de « petites frappes fascistes ». S’il n’en était pas conscient, ce serait inquiétant. À partir de quel élément ce député a-t-il osé qualifier de « petites frappes » Bruno Retailleau et ces journalistes ? « Petites frappes » signifiant « délinquant ordinaire, occasionnel (…) jeune voyou, pas trop dangereux », il n’y a rigoureusement aucun lien entre cette disqualification et les personnes ciblées. Convient-il d’admettre que ce député se laisse dériver et que sa jouissance serait d’insulter de la manière la plus aberrante qui soit ? On peut le craindre quand pour faire bonne mesure, il ajoute « fascistes » à petites frappes !

Un propos paresseux

Avec cet adjectif tout est dit, il se substitue paresseusement à une contradiction républicaine : le ministre et les journalistes sont à la fois des délinquants et des partisans du fascisme. L’injure suprême est lancée et Hadrien Clouet n’a plus qu’à constater le résultat de sa totale inculture historique : il a fait le « buzz » et, plus gravement, employé un terme qui à force d’être galvaudé, atténue l’horreur du passé et n’éclaire pas le présent.

Je répugne à m’abandonner à une explication ultime qui s’accorderait avec mon pessimisme sur la nature humaine : Hadrien Clouet ne serait-il pas, en l’occurrence, tout simplement « mauvais », par cette dilection qui nous pousse parfois à franchir voluptueusement les limites de son propre humanisme ?

Ce tweet, en tout cas, est une honte à plus d’un titre. Si j’ai pris la peine de lui consacrer un billet, c’est pour prévenir cette attitude qui consiste à se flatter des insanités qu’on prononce et, dans leur dénonciation, à les noyer dans une sorte de vague réprobation au lieu de s’attacher aux détails de leur ignominie. J’espère que la Justice fera de ce tweet à la fois bête et abject une analyse pertinente.

L’immigration pour financer nos retraites: le tonneau des Danaïdes

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Conférence de l'ONU sur les migrations à Marrakech, Maroc, mardi 11 décembre 2018 © Mosa'ab Elshamy/AP/SIPA

Même si de nombreuses études ont tenté de démontrer le contraire, il est vain de faire appel à l’immigration pour pallier au déficit des retraites dans les pays développés. Une analyse d’André-Victor Robert, auteur de La France au bord de l’abîme – les chiffres officiels et les comparaisons internationales (éd. L’Artilleur, 2024)


En dépit de ses effets délétères sur la cohésion nationale, l’immigration est présentée par certains comme un mal nécessaire, pour rééquilibrer la pyramide des âges de la population et ainsi assurer le financement des régimes de retraite.

La possibilité de réguler ou de redresser la structure par âge d’une population a été étudiée en détail, de manière mathématique, par Didier Blanchet, un éminent démographe de l’Ined, en 1988[1]. Dès l’introduction à son article, l’auteur indique que – sauf à envisager un flux d’immigration extrêmement élevé – les effets attendus seront au mieux du second ordre : « Un afflux de migrants dans les tranches d’âges actives à un instant donné peut certes résoudre temporairement un problème de déséquilibre entre population active et retraitée, mais lorsque ces migrants arrivent à l’âge de la retraite, le problème se pose à nouveau et risque de se reposer de façon aggravée. Le but de cet article est de montrer qu’il en est effectivement ainsi, que ce type de politique conduit en effet, de façon générale, à des cycles de flux migratoires de forte amplitude. » L’auteur montre même que pour des valeurs assez plausibles des paramètres de son modèle, un flux toujours plus important d’immigrés, qui tend vers l’infini, est nécessaire pour obtenir le résultat d’une structure par âge stable : cela s’apparente à vouloir remplir le tonneau des Danaïdes.

Preuves par l’absurde

Une autre méthode, pour étudier la possibilité de recourir à l’immigration pour contrer la tendance spontanée au vieillissement de la population d’un pays, consiste à projeter les évolutions futures de la population de ce pays, sous des hypothèses raisonnables de fécondité et de mortalité, et à calculer le nombre d’entrées de migrants – avec une répartition par âge des immigrants au moment de leur entrée supposée stable dans la durée – qui serait nécessaire pour stabiliser la structure par âge du pays. Les Nations Unies se sont livrées à un exercice de projections démographiques de ce style en 2000. Pour la France, le flux migratoire alors estimé nécessaire pour stabiliser le rapport entre la population d’âge actif et la population de plus de 65 ans était de 1,3 million de personnes (!) chaque année de 2010 à 2025 puis 2,4 millions de 2025 à 2050, ce qui est évidemment irréaliste (Michèle Tribalat, 2010). Accessoirement, ce scénario conduirait à un triplement de la population totale de la France d’ici 2050 ! Des flux migratoires encore plus importants seraient nécessaires dans les pays à fécondité faible comme l’Italie ou l’Allemagne. Le cas extrême était celui de la Corée du sud, pays à fécondité extrêmement faible (0,72 enfant par femme en 2023), qui ne réussirait à stabiliser ce ratio qu’en important sur l’ensemble de la période de projection l’équivalent de la population mondiale ! Ajoutons qu’il ne suffit pas de maintenir constant le rapport entre la population des 15-64 ans et celle des plus de 65 ans pour assurer l’équilibre des régimes de retraite : dans cette perspective, le taux d’emploi, c’est-à-dire la part de la population qui est en emploi, au sein des 15-64 ans, est tout aussi important. Or, en France, au sein de la population immigrée d’âge actif, le taux d’emploi des femmes est traditionnellement très faible, et le taux d’emploi des hommes est significativement en deçà du taux d’emploi des hommes autochtones.

Les projections des Nations Unies constituent donc une « preuve par l’absurde » de l’intuition exposée et développée mathématiquement par Blanchet (1988). Il est cocasse (ou triste) que certains responsables politiques (cela a été le cas – entre autres – de François Bayrou et de Jean-Paul Delevoye) aient retenu une lecture au premier degré des projections de l’ONU et en aient tiré argument pour prôner un recours accru à l’immigration, puisque ces projections montrent précisément en quoi la démarche est vaine.

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Xavier Chojnicki et Lionel Ragot ont tenté en 2012 de chiffrer l’impact sur le déficit des retraites de volumes d’immigration plus raisonnables. L’impact en est évidemment modeste, légèrement positif en l’occurrence, mais de manière transitoire, et instable à long terme, à l’horizon du départ en retraite des immigrés – ce qui là aussi est cohérent avec les travaux séminaux de Blanchet sur la question[2]

On peut aussi s’intéresser plus largement à l’impact des immigrés sur nos finances publiques, avec une approche comptable de la question, c’est-à-dire en tentant d’identifier ce que coûtent les immigrés et ce qu’ils rapportent. De nombreux travaux de chiffrage ont été menés sur cette question, sans jamais aboutir à un résultat solide, comme nous allons le voir, car le nombre d’hypothèses à émettre pour mener l’exercice est élevé et certaines de ces hypothèses ont un impact considérable sur les résultats. On peut ainsi arriver à peu près à n’importe quel résultat, fortement positif ou fortement négatif (entre -100 et +100 Md€ par an pour la France), en sélectionnant ses hypothèses de manière astucieuse.

Tout d’abord, quelles recettes / dépenses intégrer au calcul ? La prise en compte de l’impôt sur le revenu, des prestations sociales, des retraites et des dépenses d’éducation va de soi, toutes les études que nous avons pu consulter en tiennent compte, de manière plus ou moins précise. Mais faut-il aller au-delà et prendre en compte des dépenses telles que les effectifs de police et de justice nécessaires pour juguler ou traiter le surcroît de criminalité des immigrés, ou encore les subventions au logement social versées aux immigrés sous la forme de loyers inférieurs à ceux du marché locatif privé ? On rappelle que, au vu des statistiques régulièrement diffusées par les ministères de l’Intérieur et de la Justice, le pourcentage de personnes mises en cause dans des affaires délictuelles ou criminelles, ainsi que le pourcentage de personnes incarcérées, sont environ trois fois plus élevés pour les personnes de nationalité étrangère que pour celles de nationalité française (dont une partie est immigrée!). On rappelle aussi que la moitié des ménages d’origine maghrébine sont logés dans le parc social, alors que c’est le cas de « seulement » 15 % des ménages autochtones. Pourtant certaines études les excluent de leur champ d’investigation.

Certaines dépenses, comme la défense nationale ou les chaînes audiovisuelles de service public, ont le caractère de « bien public pur » au sens où leur montant dépend relativement peu du niveau de la population. Pour de telles dépenses, on peut soit en affecter la même quote-part à tout individu, qu’il soit autochtone ou immigré, soit les répartir entre les seuls autochtones au motif que les immigrés, quel que soit leur nombre, en bénéficient sans devoir faire subir un surcoût à la collectivité. Néanmoins, dans un pays comme la France où la majeure partie des immigrés qui arrivent – en dehors de ceux qui transitent vers d’autres pays – le font avec l’intention de s’établir durablement en France, et dont les enfants sont appelés à bénéficier de la nationalité française en vertu du droit du sol, est-il encore justifié de ne pas leur imputer une partie des dépenses relatives à la défense ?

Des personnes attendant au centre de Pôle Emploi, à Paris le 13 novembre 2017 © CHAMUSSY/SIPA

Enfin et surtout, le calcul peut être réalisé sur une année donnée, ou sur une période de temps sensiblement plus longue, pouvant atteindre 50 ou 100 ans. Lorsque l’on raisonne à un instant donné, et si à ce moment-là le nombre d’immigrés est en croissance et que les migrants sont majoritairement d’âge actif (ce qui est le cas pour la France à présent), on néglige dans les calculs le fait qu’il faudra plus tard payer des retraites à ceux d’entre eux qui travaillent. Si l’on raisonne sur une période de long terme, il faut retenir un taux d’actualisation pour comparer les flux de recettes et de dépenses aujourd’hui et ceux à une date future, et le choix du taux d’actualisation (en général : le taux d’intérêt, mais lequel ?) a un impact considérable sur les résultats.

L’immigration : chaudement recommandée par l’OCDE

Les études qui tendent à faire apparaître un bénéfice comptable de l’immigration sont en général celles qui retiennent un périmètre relativement restreint de recettes et dépenses, et qui raisonnent sur un horizon de court terme plutôt qu’un horizon de long terme. Ainsi, l’étude de l’OCDE de 2021, largement commentée – mais de manière biaisée – dans les médias mainstream à l’occasion de sa sortie, qui raisonne uniquement en instantané, dégage-t-elle pour la France un solde très légèrement positif (+0,25 % du PIB) lorsque les biens publics ne sont pas pris en compte dans les calculs, mais sensiblement plus négatif (-0,85 %  du PIB) lorsque ceux-ci sont pris en compte. Encore convient-il de signaler que l’étude de l’OCDE, par exemple, n’intègre : ni la sur-criminalité des immigrés, ni les subventions dont bénéficient ceux d’entre eux (nombreux) qui résident dans le logement social sous forme de loyers inférieurs à ceux du marché, ni les surcoûts en matière d’éducation que la France subit à devoir scolariser dans un dispositif spécifique les élèves immigrés allophones (dispositif qui concerne pas moins de 70 000 élèves d’origine étrangère), ni les aides sociales locales dont le décompte est – il est vrai – difficile !

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Par ailleurs, les études de sensibilité aux paramètres présentent l’intérêt de montrer que le solde recettes / dépenses pour la collectivité induit par la présence des immigrés dépend fortement (en instantané mais aussi à long terme) de leur niveau de qualification, ce qui est assez intuitif puisque ceux d’entre eux qui sont très qualifiés sont moins exposés au chômage et perçoivent des salaires plus élevés que ceux qui sont peu qualifiés : les premiers paient donc en règle générale davantage d’impôts et sont moins susceptibles de dépendre des aides sociales que les seconds. L’immigration de main d’œuvre est aussi a priori plus bénéfique du point de vue des finances publiques que l’immigration de regroupement familial, car dans le second cas la France doit supporter les dépenses d’éducation des enfants du foyer. En outre, si le conjoint est inactif, la famille est davantage exposée au risque de dépendre des aides sociales versées sous conditions de ressources. Or, la France, depuis soixante ans, n’est pas très regardante sur le niveau de qualification de ses immigrés, et son immigration est très majoritairement une immigration familiale plutôt qu’une immigration de main d’œuvre, de sorte qu’on peut penser que notre pays n’a pas retenu les options migratoires les plus à même de contribuer le plus positivement – ou le moins négativement – au solde des finances publiques.

En outre, le système de protection sociale français est relativement généreux en comparaison de celui d’autres pays européens, le risque existe en conséquence que les migrants peu employables et / ou peu désireux de contribuer à l’effort productif se dirigent préférentiellement vers la France plutôt que vers d’autres pays moins généreux. L’économiste américain George Borjas (1999) a mis en évidence l’existence d’un tel phénomène d’« anti-sélection » en matière migratoire dans le cas des états-Unis (entre Etats et comtés), il y a peu de chances qu’un tel effet n’existe pas aussi entre pays européens.


Références

Blanchet Didier (1988) : « Immigration et régulation de la structure par âge d’une population », Population, n°2, pp. 293-309 

Borjas George J. (1999) : « Immigration and the Welfare Magnet », Journal of Labor Economics, Vol. 17, n°4 ;

Chojnicki Xavier et Lionel Ragot (2012) : « Immigration, vieillissement démographique et financement de la protection sociale », Revue économique, Vol. 63, n°3, pp. 501-512 ;

OCDE (2021) : « Perspectives des migrations internationales », https://www.oecd.org/fr/publications/perspectives-des-migrations-internationales-2021_da2bbd99-fr.html


[1] Blanchet Didier (1988) : « Immigration et régulation de la structure par âge d’une population », Population, n°2, pp. 293-309 

[2] Chojnicki Xavier et Lionel Ragot (2012) : « Immigration, vieillissement démographique et financement de la protection sociale », Revue économique, Vol. 63, n°3, pp. 501-512 

Un tranquille Pessoa

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© Lucie Jansch

Pessoa-Since I’ve been me, mise en scène par Robert Wilson au Théâtre de la Ville, est une production aussi esthétique qu’aimablement inutile…


Ce n’est pas Robert Wilson qui est allé à Fernando Pessoa. C’est Pessoa qui est allé à Wilson ! Et sans doute à l’instigation d’Emmanuel Demarcy-Mota, Portugais par sa mère, directeur du Théâtre de la Ville et du Festival d’Automne, et coproducteur de ce spectacle intitulé Pessoa-Since I’ve been me.
Mais comment Wilson, entouré, servi par ses lieutenants, a-t-il répondu à cette proposition aussi séduisante que périlleuse ?
En usant de son savoir-faire, de la magnificence de ses lumières, de la beauté de sa scénographie, de l’éclat de ses couleurs, en peaufinant des images impeccables. Bref, en déployant la panoplie d’une esthétique généralement irréprochable appliquée à tous les genres qu’il aborde, que ce soit de l’opéra ou du théâtre, avec la ferme constance d’une maison de luxe qui tient à sa réputation et à la bonne tenue de ses produits manufacturés.

© Lucie Jansch

Qu’a-t-on appris cependant sur Pessoa avec ce spectacle ? Rien ou pas grand-chose. Et ce n’est pas en lançant à la volée de multiples citations puisées dans les textes du poète et de ses doubles, ses « hétéronymes », et répétées à l’envi par les interprètes en portugais, en français, en anglais ou même en italien, qu’on en dit long sur le personnage ou sur l’auteur.

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Le premier tableau avec ses six levers de soleil successifs est assurément très beau. Et les six acteurs, danseurs ou chanteurs (Aline Belibi, Rodrigo Ferreira, Klaus Martini, Sofia Menci, Gianfranco Poddighe, Janaïna Suaudeau) incarnant sous les traits de Groucho Marx, d’une hétaïre de film d’avant-guerre ou d’un facétieux pantin les divers « moi » de l’écrivain, apparaissent dans la foulée comme dans une parade de foire ou sur une scène de Broadway. Ils entourent avec une folle énergie la frêle Maria de Medeiros grimée en Pessoa lui-même… dans un travestissement qui fait tout de même un peu fête de patronage.

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Et quoi ? Que reste-t-il de ce spectacle qui parvient à n’être qu’un aimable divertissement balançant entre la comédie musicale et la parade de cirque ? Rien ou presque. C’est le type-même de production parfaitement inutile, au fond illisible, ne faisant rien que de fournir du travail à des artistes de qualité et à faire quelque effet sur le programme de la saison d’un théâtre, avec les noms d’un poète aujourd’hui légendaire et de ce Bob Wilson qui révolutionna le monde théâtral au siècle dernier et tente aujourd’hui de survivre à sa gloire d’hier.


Pessoa-Since I’ve been me. Théâtre de la Ville. Jusqu’au 16 novembre 2024. https://www.theatredelaville-paris.com/

Football: Belgique-Israël, le dangereux précédent

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Le sélectionneur de la Belgique, Domenico Tedesco, Belgique-Israël, Debrecen, Hongrie, 6 septembre 2024 © Denes Erdos/AP/SIPA

Nous recevrons demain l’équipe d’Israël au Stade de France. Un important dispositif de sécurité sera déployé. Nos voisins belges, eux, ont renoncé à organiser pareille rencontre sur leur sol.


Tandis que la France s’apprête à affronter Israël, ce jeudi au Stade de France, en espérant que l’on retienne uniquement le volet sportif de la confrontation, une rencontre récente entre la Belgique et Israël avait dû être délocalisée en… Hongrie. 

Soumission

Dans le cadre de la Ligue des Nations, compétition par ailleurs hautement inutile et obéissant aux impératifs du foot business, la Belgique évoluait donc à domicile, le 6 septembre dernier, au Nagyerdei Stadion de Debrecen, à 200 kilomètres à l’est de Budapest. Les autorités belges s’étaient alors montrées incapables d’assurer la sécurité de la délégation israélienne. Comment s’en étonner dans un pays où un parti islamiste progresse (jusqu’à 10% des voix à Bruxelles), où les communistes entrent dans les majorités communales et où les manifestations de soutien à la Palestine sont le théâtre de slogans antisémites ?

Le délitement de la Belgique et de sa capitale, en même temps que sa soumission à l’islamisme, apparaissait au grand jour, mais ce qui aurait dû provoquer un scandale national fut effacé par l’indifférence générale, comme si le pays était déjà habitué à ne plus être chez lui sur son propre sol. Tel un symbole, la rencontre eut lieu dans la Hongrie de Viktor Orbán, honni par les responsables politiques qui ont permis l’islamisation de la capitale belge. Les événements donnent pourtant, chaque jour, raison au Premier ministre magyar et tort aux édiles bruxellois. 

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Si les partis, organisations et autres groupuscules de gauche et de son extrême se sont réjouis, pour des raisons que l’on devine, de l’annulation du match en terres bruxelloises, la Belgique avait créé un dangereux précédent. Deux mois plus tard, un peu plus au nord, à Amsterdam, les supporters du Maccabi Tel-Aviv furent lynchés au cours d’une « chasse aux juifs » dont tout indique qu’elle fut préméditée. Il s’est pourtant trouvé des personnes pour « justifier », « remettre dans le contexte » voire « soutenir » les auteurs des ratonnades, comme si, finalement, les victimes l’avaient bien cherché. Nous ne sommes pas des habitués de la reductio ad hitlerum, mais l’air du temps rappelle de plus en plus l’air pestilentiel de l’Allemagne de la fin des années 1930. 

Les Diables rouges et les Bleus ne prennent pas position

Le sport est désormais un contexte comme un autre pour s’attaquer aux juifs dans une haine que peine à camoufler la double pirouette verbale que sont l’antisionisme et l’appel à la paix – rhétorique utilisée par les supporters du néo-PSG, c’est-à-dire qatari, pour justifier leur tifo représentant un combattant palestinien et une carte du Proche-Orient sans Israël. En remontant dans le temps, on se souvient, de façon plus dramatique encore, que onze athlètes israéliens furent assassinés lors d’une prise d’otage en plein cours des Jeux olympiques de 1972 à Munich. On n’a pas le souvenir qu’un Diable rouge – surnom donné aux joueurs de l’équipe nationale belge de football – ait eu, il y a deux mois, un mot de solidarité pour ses confrères israéliens. À ce stade, aucun Français n’a exprimé de soutien envers ses homologues qui sont avant tout des sportifs et que l’on devine perturbés par le contexte. Mais les Bleus d’ordinaire fort diserts avaient probablement mieux à faire: trouver une tenue excentrique pour leur arrivée au centre d’entraînement de Clairefontaine.

Il veut fonder des « cyber-pays »

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Balaji Srinivasan DR.

Créer de nouveaux pays où l’administration sera entièrement gérée par l’intelligence artificielle, c’est le grand projet de l’entrepreneur Balaji Srinivasan. Vivement demain ?


Alors que le libéralisme peut être défini comme le projet de limiter l’emprise des pouvoirs publics sur la vie des citoyens, le rêve des libertariens, lui, consiste à carrément se passer d’État. Pour ce faire, certains milliardaires de la Silicon Valley ambitionnent sérieusement de créer des « cyber-pays ».

Le principe : racheter de vastes territoires et y établir des républiques autonomes dont les lois seraient entièrement privées et l’administration gérée par intelligence artificielle. Quant aux demandes de naturalisation, elles se feraient en quelques clics et moyennant finances, aussi simplement qu’on s’abonne à Netflix. Fantasme de geek ? Pas si sûr. L’entrepreneur américain Balaji Srinivasan, star mondiale des cryptotechnologies, que ses fans appellent tout simplement « Balaji », vient d’ouvrir en Malaisie The Network School, une école censée former les futurs dirigeants des cyber-pays. Qu’on se rassure : d’après la BBC, il est demandé aux étudiants de souscrire aux valeurs occidentales… Les cours sont dispensés à Forest City, une ville nouvelle située au bord du détroit de Johor, à seulement trois kilomètres des côtes de Singapour. La première promotion de l’école compte 150 élèves. « On a créé de nouvelles communautés comme Facebook, de nouvelles monnaies comme le bitcoin ; on peut donc créer de nouveaux pays », s’est enthousiasmé Balaji lors de la conférence de lancement de l’école à Amsterdam. Reste toutefois une question : où est-il possible de créer un cyber-pays ? Pour certains, Donald Trump a peut-être donné la réponse. Le 14 septembre, lors d’un meeting à Las Vegas, le candidat républicain à la Maison-Blanche a promis que, s’il était élu, il libérerait des terres fédérales au Nevada afin d’y « créer de nouvelles zones spéciales avec des impôts et une réglementation ultra-faibles ».

Ce plan, a-t-il déclaré, s’inscrit dans la tradition de « l’esprit pionnier et du rêve américain ». Les mauvaises langues parleront plutôt d’une autre tradition yankee : les républiques bananières.

Quand le FN était écolo

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Jean-Marie Le Pen photographié à Paris, avril 2002 © REMY DE LA MAUVINIERE/AP/SIPA

Le Front national, bastion anti-écologique ? Maître de conférences en science politique à l’université de Perpignan, Jean Jacob tord le cou à cette fake news institutionnelle.


Le 25 juin dernier, dans un entretien accordé au site universitaire en ligne The Conversation, l’historien Stéphane François faisait une assertion pour le moins curieuse : « le Front national (FN), sous la présidence de Jean-Marie Le Pen, n’a jamais eu d’intérêt marqué pour l’écologie ». Déjà dans Le Monde, le 25 mars 2021, il affirmait : « Jean-Marie Le Pen ne s’y est jamais intéressé et considérait l’écologie comme une préoccupation de “bobo” ». Toujours dans Le Monde d’ailleurs, l’essayiste Pierre Madelin abondait dans le même sens en prétendant, le 6 juin 2023, que Jean-Marie Le Pen avait été « généralement hostile à la protection de l’environnement (…) ».

Une enquête et une lecture sérieuses des textes publiés par le parti à la flamme et son leader auraient pourtant évité la propagation de ces fausses informations. Jean-Marie Le Pen a souvent emprunté une démarche proche de l’écologie – une science centrée sur les relations réciproques entre un ou des êtres vivants et leur environnement – pour conforter ses propres convictions politiques. Souvent de façon subliminale – l’intérêt du FN pour le monde animal n’étant pas innocent, des leçons souvent rudes transpirant de son observation… – et parfois de façon explicite.

Ordre naturel

La parution en 1984 de l’ouvrage Les Français d’abord, signé par Jean-Marie Le Pen aux éditions Carrère-Michel Lafon l’illustre. Pour légitimer sa vision du monde, le fondateur du FN y rappelait que la droite s’est de longue date montrée attentive à « l’ordre naturel » (p. 71). Pour Jean-Marie Le Pen, celui-ci est rude, car les hommes et les peuples sont, écrit-il, « soumis à la dure loi pour la vie et l’espace » (p. 75). Partout, l’homme doit travailler une nature qui n’est pas toujours bienveillante. L’Europe y aurait, sur ce point, excellé, mais jusqu’à verser dans une forme de scientisme et de vanité (p. 159), lui faisant oublier Dieu.

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Pour Jean-Marie Le Pen, il faudrait davantage veiller à pérenniser désormais les équilibres subtils dégagés au fil du temps, qui ont abouti à différentes modalités de vivre-ensemble. « Toute la civilisation a consisté à affiner, à améliorer, à sauver la diversité du monde vivant » (p. 185), et non pas à trop se mélanger. C’est que Jean-Marie Le Pen restait convaincu de l’existence de races, ethnies et cultures différentes (p. 167). Il faut donc selon lui veiller à ne pas subir une « submersion » migratoire (p. 99). Contre le jacobinisme, Jean-Marie Le Pen valorise le régionalisme (p. 194), les communautés hiérarchisées.

Paul Carton et Alexis Carrel, deux médecins un peu oubliés

Pour asseoir scientifiquement son propos – qui élude très largement la dimension coopérative de monde vivant – Jean-Marie Le Pen se référait en 1984 (p. 90) à deux… médecins – Paul Carton et Alexis Carrel – qui s’étaient l’un et l’autre caractérisés par leurs positions politiques radicales.

Paul Carton (1875-1947) a été un grand contempteur de la médecine contemporaine, trop analytique à ses yeux. Il a multiplié livres et brochures vantant les mérites d’une vie plus saine loin de la surconsommation, en adéquation avec un ordre naturel créé par Dieu. En 1944, il a eu l’occasion de fustiger sur plus de 200 pages Le Faux Naturisme de Jean-Jacques Rousseau, en revalorisant pour sa part une base chrétienne, loin du paganisme allemand.

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Alexis Carrel (1873-1944), récipiendaire en 1912 du prix Nobel de médecine, a pour sa part défrayé la chronique pour ses propos pugnaces et eugénistes. En 1935, dans un ouvrage fameux, L’homme, cet inconnu publié chez Plon, il s’émouvait des travers de l’homo oeconomicus (p. 3), de l’avachissement contemporain et – scientifiquement – des ravages d’un dualisme cartésien. Convaincu de la supériorité de l’homme sur la femme (p. 104) et des succès de la « race blanche » (p. 128), il se proposera dans l’urgence d’œuvrer pour la perpétuation d’une élite (p. 363). Au besoin par une forme d’eugénisme en faveur d’une « aristocratie biologique héréditaire » (p. 367) voire une euthanasie par gaz pour les plus criminels (p. 388).

Hostile au nucléaire

La brochure d’une vingtaine de pages La vraie opposition : le Front national éditée au milieu des années 1980 est moins catégorique mais tout aussi soucieuse d’écologie. Le parti frontiste s’y montre tout particulièrement inquiet de l’essor tant de l’arme atomique que de l’énergie nucléaire. « Face au terrible danger nucléaire » (p. 16) qui pourrait se traduire par une « vitrification du territoire national », le FN prône alors une politique publique de construction d’abris. Quant au nucléaire civil, le Front National « ne manifeste aucune gêne à dénoncer les graves dangers et incertitudes liés à l’utilisation comme à l’avenir des centrales nucléaires. Opposé au tout nucléaire, il considère que l’accent doit prioritairement être mis sur les énergies nouvelles pour garantir à la France son indépendance énergétique » (p. 29).

Dans un long entretien accordé à Présent du 18 août 1989, Jean-Marie Le Pen évoque en outre le risque provoqué par « le déversement calorique des centrales nucléaires, en particulier, (qui) a pour conséquence de modifier les constitutifs des fleuves et d’aider au réchauffement ». Il y perçoit aussi plus globalement la probabilité de voir se multiplier les réfugiés climatiques, environnementaux. « C’est la pauvreté, la sécheresse, la désertification qui provoquent les grandes migrations. »

En 1990, l’organisation d’un colloque du FN à Nice sur l’écologie puis la parution d’un numéro d’Identité Revue d’études nationales consacré à « Repenser l’écologie » ne font ainsi qu’amplifier une réflexion latente. Dans son éditorial, Jean-Marie Le Pen s’y propose désormais de « dépolluer les têtes ». Jean-Jacques Rousseau y est d’emblée stigmatisé, pour avoir prétendument oublié les obligations morales et sociales. Pour Jean-Marie Le Pen, il faut défendre une véritable « politique de la vie ».

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Dans un discours prononcé le 11 février 2007, le candidat à la présidence Jean-Marie Le Pen réitère longuement sa foi écologiste, en plaidant à nouveau pour le respect de l’ordre naturel tout en fustigeant le productivisme et le matérialisme d’autres courants politiques. Mais la perspective de voir la France devoir se soumettre à des contraintes climatiques internationales le pousse aussi à y adjoindre des réserves proches du climato-scepticisme. Sa crainte du nucléaire s’y est également singulièrement émoussée. Toutefois, d’autres trouvailles technologiques (éoliennes…) pourraient pareillement améliorer l’environnement.

Un localisme technophile…

Avec Marine Le Pen, le FN devenu RN semble perdre sa boussole au gré des ralliements. En 2011, l’écologie enracinée chère à la Nouvelle droite néo-païenne y fait une apparition aussi fracassante qu’éphémère, à l’image de son porte-parole Laurent Ozon, chantre du localisme. Des figures plus nuancées suppléeront à son éviction. Avec le poids croissant de Florian Philippot – venu des rangs du scientisme chevènementiste – les nostalgies ruralistes d’un Jean-Marie Le Pen semblent ensuite passer de mode. Mais c’était compter sans l’apparition d’un essayiste mondain publié dans Le Monde et chez Gallimard, le consultant Hervé Juvin. Féru d’ethnologie et d’écologie enracinée, détracteur d’un capitalisme prédateur, devenu collaborateur de la revue Eléments, c’est cet autre défenseur du « localisme » que Jordan Bardella fera élire député européen en 2019.

Le volet écologique du « projet pour la France de Marine Le Pen » offrira ainsi un mélange déconcertant de considérations philosophiques sur les mérites du « localisme » et les méfaits d’une « croissance » illimitée (p. 17) mâtinées d’un scientisme euphorique (« inventer, innover, transformer ! » (p. 7) qui ne froissera pas son électorat. Hervé Juvin évincé à son tour, le RN changera à nouveau son fusil d’épaule. Ainsi, Jordan Bardella tentera de rassurer le patronat le 18 avril 2024, en se prononçant pour « la croissance, la croissance et la croissance ». Illimitée ?


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Marine Le Pen au procès des assistants parlementaires FN: «J’ai donné ma vie à la vie politique»

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Marine Le Pen à Paris au procès des assistants FN au Parlement européen, 6 novembre 2024 © Aurelien Morissard/AP/SIPA

Lors de son dernier interrogatoire devant les juges, la semaine dernière, Madame Le Pen a confirmé qu’elle était candidate à l’élection présidentielle de 2027. A la barre, elle a démonté point par point et de façon convaincante toute idée de “système” de détournement des fonds européens. Elle semble en revanche penser qu’un système s’est mis en branle contre son mouvement, dès que ce dernier a commencé à prendre trop d’importance dans les urnes… Elle risque une peine d’inéligibilité (loi Sapin de 2016) voire de prison, et une amende d’un million d’euros.


Après six semaines de procès, Marine Le Pen était de nouveau appelée à la barre la semaine dernière, mais cette fois-ci sous le chef d’accusation de complicité de détournement de fonds publics en tant qu’ex-présidente du Front national, personne morale mise en cause pour la période de la prévention allant du 16 janvier 2011 au 31 décembre 2016.
La magistrate Bénédicte de Perthuis a annoncé que « la question que l’on aura à se poser pour la complicité est : est-ce qu’il y avait un système de gestion centralisée des enveloppes d’assistants parlementaires qui auraient travaillé pour le Front national, et non pas pour les eurodéputés ? Et qui supervisait cette gestion centralisée des enveloppes ? »
À la barre, l’ancienne avocate, vêtue d’un tailleur pantalon et juchée sur de hauts talons,  dénonce en propos liminaire une instruction faite uniquement à charge, ayant permis que « des dizaines de milliers de messages de dizaines de personnes soient aspirés ». C’est « la pêche au chalut », raille l’élue du Pas-de-Calais. « Depuis un mois et demi, j’ai quand même le sentiment que l’on tourne autour d’une dizaine de mails ou de SMS que l’on considère mal rédigés ou maladroits, mais que cela ne reste qu’une dizaine de mails sur des dizaines de milliers ». On racle les fonds, et on voit ce que l’on a pris dans le filet judiciaire, et l’on ne  présente bien sûr que les pièces à charge. Pugnace, la chef des députés RN à l’Assemblée nationale s’attache pendant plusieurs heures à démonter chaque chef d’accusation.

« La centralisation est dans la culture du Front national »

Concernant la mutualisation du travail des assistants parlementaires des eurodéputés, Marine Le Pen justifie cette mutualisation indispensable à l’exercice des mandats alors qu’ils n’étaient que trois lors de la 7è législature (2009/2014) : Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch et elle. Pour la 8è législature (2014/2019), la chef de l’opposition tient à rappeler le contexte particulier de l’élection. « C’est une situation périlleuse d’arriver avec vingt députés novices sur vingt-trois, sans le support technique d’un groupe. Un groupe, cela permet d’avoir une cinquantaine de salariés qui sont chargés intrinsèquement du travail mutualisé… Quand on est non-inscrits (et donc sans groupe), on ne peut pas faire autrement que de mettre en place cette mutualisation du travail. » Concernant les transferts d’assistants sur les différents eurodéputés, cela s’explique par le travail en pool, les campagnes électorales ou encore par la vie politique elle-même, faite d’égos mais aussi parfois d’inimitiés. La vie politique est un sport de combat, fait d’espoirs, d’échecs, de victoires, de trahisons, et aussi de fidélité, raconte Mme Le Pen.
L’ancienne avocate démonte cette idée de “système”, à partir du moment où la totalité des contrats ne se retrouvent pas dans l’ordonnance de renvoi. « Peut-il y avoir “système” pour l’un, et pas par pour l’autre ? Ce serait là un drôle de “système”! » Jamais le Parlement européen n’est venu dire à la délégation française frontiste que Charles Van Houtte avait trop de procurations à son nom. « Encore aujourd’hui, nous avons 30 députés (au Parlement européen), qui ont tous donné une procuration à une jeune assistante », déclare Marine Le Pen pour preuve de bonne foi. Quant à « la centralisation, (elle) est dans la culture du Front national. De force, car trouver un prestataire qui accepte de travailler avec le Front national est compliqué », avoue Marine Le Pen. Mais aussi « de gré », car « c’est performant ». «On centralise les candidatures, on centralise la maquette des documents, on centralise le choix des imprimeurs (…), car nous sommes les réassureurs de nos candidats et de nos élus, et parfois ça fait mal (…). Quand les candidats font moins de 5%, le parti prend en charge, et nous sommes les seuls à faire cela. Car nous avons des candidats souvent d’origine modeste qui n’ont pas les moyens de faire face à une perte ».

 « Il y a autant de tâches possibles que d’assistants parlementaires »

Concernant la localisation reprochée d’assistants européens au siège du FN, il faut noter qu’aujourd’hui encore des collaborateurs d’eurodéputés ont leurs bureaux au siège du parti. Le Parlement européen demande simplement la rédaction d’une convention de mise à disposition dudit bureau. Il n’y a donc rien de suspect, insiste Marine Le Pen. De fait, rien ne prouve que les assistants aient travaillé directement pour le parti. L’audit des comptes du FN – tous validés par les commissaires aux comptes et la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques – montre que la masse salariale du parti n’a pas baissé, mais au contraire n’a cessé d’augmenter lors de la période de la prévention. Concernant les employés eux-mêmes, seuls quatre salariés du FN, dont un à mi-temps, sont devenus assistants parlementaires sur toute la période. L’accusation de « vases communicants » entre des salariés du parti sur des postes d’assistants d’eurodéputés se réduit donc à peau de chagrin.  
Marine Le Pen assume ensuite que le graphiste du mouvement soit assistant parlementaire. « Il met en forme les images, les visuels, pour faire la promotion de l’ensemble des députés (…) Cela n’a rien d’extraordinaire.» La cheffe de la droite nationale rappelle qu’être assistant parlementaire est un statut qui ne dit rien du contenu du travail. « Il y a autant de tâches possibles que d’assistants parlementaires. Cela va de la secrétaire au rédacteur de discours, du juriste au graphiste, du garde du corps à celui qui tient la permanence. À l’Assemblée nationale, j’ai un assistant parlementaire qui est photographe. Il prend des photographies de l’ensemble des députés pour nourrir les réseaux sociaux » témoigne encore la députée.Le Parlement européen voudrait-il limiter le travail des députés et de ses collaborateurs ?

« Le député fait de la politique, et l’assistant l’assiste dans cette activité politique »

« Le député est-il seulement un législateur, ou aussi un politique ? » Pour appuyer sa démonstration sur l’indissociabilité du travail parlementaire du travail politique, la présidente du groupe RN joint aux débats une lettre du déontologue de l’Assemblée nationale, laquelle confirme que les frais des assistants pour un congrès politique sont bien  pris en charge par l’enveloppe parlementaire. « Le député fait de la politique et l’assistant l’assiste dans cette activité politique », martèle Marine Le Pen. S’il n’en était pas de même pour les eurodéputés, l’ancienne avocate estime que « cela poserait un vrai problème de droit, car cela voudrait donc dire que le député européen a moins de droits que le député national (…) Ne peut-on pas avoir une fonction politique, lorsque l’on est assistant parlementaire ? Quel conflit d’intérêt peut-il exister entre un député et son parti, ou un assistant parlementaire et son parti? Ils œuvrent pour les mêmes idées, ils ont fait campagne ensemble. »
L’élu, l’assistant, sont des politiques où qu’ils se trouvent, a argumenté la défense pendant tout ce procès. À Bruxelles ou Paris, les assistants parlementaires ont travaillé pour la France, même lorsqu’ils vont « au fin fond de la cambrousse », selon l’expression dédaigneuse employée par la présidente du tribunal.

« Où sont mes instructions?… Il n’y en a pas »

Accusée d’avoir imposé le recrutement de certains assistants parlementaires, la chef de file de l’opposition renvoie le tribunal dans les cordes : « Où sont mes instructions?Il n’y en a pas. » Au contraire, l’élue du Pas-de-Calais cite un mail où elle répondait à la demande d’embauche de Loup Viallet par l’eurodéputé Dominique Bilde : « C’est qui ?» interrogeait-elle alors.
Néanmoins, Marine Le Pen assume son rôle de dirigeante politique qui exerce parfois « un droit de veto », pour éviter le recrutement de « personnes politiquement toxiques » ou « apparaissant nuisibles au mouvement ». La candidate à la présidentielle fixe sa ligne : « Je ne veux pas de gens issus d’un groupuscule, je ne veux pas de gens qui expriment une radicalité, je ne veux pas de gens qui ont tenu des propos absolument contraires à la vision que défend le Rassemblement national. Je ne veux pas d’incompétents, certains sont notoires ». Reproche-t-on aux chefs de cheffer ?

Le tribunal évoque la réunion de juin 2014 durant laquelle Marine Le Pen aurait demandé aux eurodéputés de ne choisir qu’un seul assistant, les autres étant dédiés au mouvement. L’accusation s’appuie entre autres sur le témoignage d’Aymeric Chauprade, mais celui-ci est revenu, dans un communiqué de presse, sur ses premières déclarations qu’il dit avoir faites sous la pression judiciaire et dans un esprit de vengeance. Marine Le Pen dénonce, là encore, une instruction faite uniquement à charge. Ils étaient vingt-trois eurodéputés, et on ne présente que deux témoignages à charge de personnes qui ont été en conflit et ont été exclues de la délégation française. A contrario, pourquoi le tribunal ne retient-il pas les témoignages de Rachida Dati, Brice Hortefeux et d’autres eurodéputés qui confirment la présence des assistants frontistes au Parlement ?

Mais vous êtes fous !

Marine Le Pen s’étonne d’une « instruction déloyale ».
Avec le peu d’éléments présentés, qu’on « puisse tirer de cela (sa) culpabilité (…) je trouve cela fou ».
La voix grave, enfin, l’élue s’enflamme : « Je risque dix ans de prison, un million d’euros d’amende si ce n’est plus avec cette prévention à géométrie variable. Je suis une dirigeante politique. J’ai donné ma vie à la vie politique. Je demande un acte d’instruction, d’une simplicité absolue, on me le refuse. Et on me confronte à une dizaine de mails sur plus de 10 000. Où sont mes instructions ?» La candidate à l’élection présidentielle de 2027 pointe le risque inouï que fait encourir la pénalisation de ces contrats d’assistants parlementaires qui, au demeurant, ont tous été effectués. Si, conformément à la loi du 11 décembre 2016, l’obligation d’une peine d’inéligibilité devait s’appliquer, cela aurait une conséquence retentissante sur la vie politique française alors que Marine le Pen est aujourd’hui donnée en tête de toutes les enquêtes d’opinions.