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L’Argentine à la tronçonneuse

Javier Milei a été élu à la tête de l’Argentine il y a un an. Ces douze derniers mois, l’ancien professeur d’économie a appliqué méthodiquement son programme ultra-libéral. Résultat : l’inflation s’est effondrée, les loyers ont baissé, la monnaie s’est renforcée et le budget est aujourd’hui excédentaire.


Gil Mihaely m’a demandé de faire le point sur un personnage singulier : le nouveau président argentin, Javier Milei, qui a fait campagne en exhibant une tronçonneuse partout où il allait. Par ce geste, il voulait symboliser son intention de nettoyer l’État argentin et de couper toutes les dépenses inutiles.

De quoi souffre ce pays béni des dieux ? Du fait que nos démocraties ont attrapé la vérole.

Nos démocraties représentatives sont en effet devenues des inaptocraties, où ceux qui sont incapables de gouverner sont élus par ceux qui ne veulent pas travailler, afin que les premiers organisent légalement la spoliation de ceux qui acceptent de travailler, au profit des passagers clandestins, les entretenant ainsi dans une oisiveté confortable.

Comme le disait Bastiat : « Quand le pillage devient un mode de vie pour un groupe d’hommes vivant ensemble en société, il se crée alors un système légal qui l’autorise et un code moral qui le glorifie. »

Un pays au fond du gouffre

L’Argentine, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a pratiqué avec constance ce type de gouvernement, passant ainsi de 1945 à 2023 du deuxième rang mondial en termes de niveau de vie à celui des pays les plus pauvres. C’est le pays non communiste qui a vu son niveau de vie régresser le plus au monde en soixante-dix ans, une période durant laquelle nous avons connu une forte croissance mondiale. Rien de quoi être fier.

En 2023, l’Argentine était véritablement au fond du gouffre : l’inflation atteignait 25 % par mois, la monnaie s’effondrait face au dollar (passant en quelques mois de 200 à 1 000 pesos pour un dollar), le pays était en faillite après avoir fait défaut sur des prêts du FMI, octroyés sur ordre de Mme Lagarde, alors présidente du Fonds. Pour compléter ce tableau lugubre, les réserves de change avaient fondu, la balance commerciale enregistrait mois après mois des déficits croissants, et enfin, les déficits budgétaires faisaient pâlir d’envie les inspecteurs des finances français. En résumé, les subventions que les inaptocrates versaient aux paresseux ne couvraient même plus le prix du ticket de métro pour aller les toucher.

C’est dans ce contexte que se sont déroulées les élections, et que le peuple argentin a finalement compris qu’il était temps de changer. C’est à ce moment que Javier Milei et sa tronçonneuse sont apparus. À la surprise générale, il a été élu avec 55 % des voix. Voici ce qu’il a fait une fois en fonction : il a commencé par annoncer des coupes budgétaires de 20 milliards de dollars (soit 5 % du PIB, l’équivalent de 75 milliards d’euros chez nous), avec des réductions de subventions pour les transports publics, l’électricité, le gaz et l’eau. Ensuite, il a procédé à une série de dérégulations par décret présidentiel, avec 300 mesures et 664 articles visant à déréguler le commerce, les services et l’industrie.

À lire aussi, Charles Gave: Abolissons les banques centrales !

Une opération de sauvetage : la loi « omnibus »

Le 27 décembre, cinq semaines après sa victoire électorale, Javier Milei a présenté le projet de loi « omnibus » visant à privatiser des entreprises publiques, dont la grande société pétrolière YPF. Cela a conduit à d’importantes manifestations fin janvier, organisées par les syndicats. Le gouvernement a répondu en menaçant de suspendre les allocations des manifestants et en indiquant qu’il ferait payer aux syndicats les frais de maintien de l’ordre. Cependant, il convient de noter que peu de violences policières ont été observées. Cela montre que l’idée selon laquelle un gouvernement libéral serait forcément très répressif est, dans ce cas précis, erronée.

Sans surprise, Le Monde, Le Monde diplomatique, Télérama, toutes nos chaînes de télévision et les intellectuels français admis à s’exprimer dans les médias ont hurlé que les Argentins allaient tous mourir de faim… Pourquoi sans surprise ? Parce que j’ai déjà vu ce film je ne sais combien de fois… Je l’ai vu avec Margaret Thatcher et la lettre signée en 1981 par 300 économistes britanniques expliquant que sa politique allait mener à la fin de la Grande-Bretagne, au moment même où les marchés financiers atteignaient leur plus bas. Je l’ai vu au Canada, quand le Premier ministre a décidé de réduire tous les budgets ministériels de 20 % d’un seul coup. Les économistes locaux étaient unanimes à prédire une dépression, l’effondrement de la monnaie et du niveau de vie. Non seulement le Canada n’a pas connu de récession immédiatement après, mais il n’y en a pas eu pendant plus de dix ans, et en fin de mandat, Jean Chrétien a baissé les impôts de plus de 100 milliards de dollars (canadiens…).

Enfin, je l’ai vu aux États-Unis, quand Reagan, fraîchement élu, a supprimé les contrôles des prix sur le pétrole, instaurés par Carter. Le prix à la pompe s’est effondré…

… Et tout se passe comme prévu

En réalité, comme le dit le professeur Raoult, les sociétés humaines peuvent être fondées sur la compétence ou sur l’obéissance. Et les organisations fondées sur l’obéissance cherchent toujours à détruire celles fondées sur la compétence. Comme Raymond Boudon l’a dit en réponse à la question « Pourquoi les intellectuels français n’aiment-ils pas le libéralisme ? » : « Parce que, dans un régime libéral, ils seraient payés à leur vraie valeur. »

En Argentine, tout se passe donc comme prévu, c’est-à-dire à l’inverse de ce que prédisaient les intellectuels et économistes universitaires. Après un peu plus d’un an au pouvoir, l’inflation mensuelle est tombée de 25 % à 4 %, le budget est excédentaire, ainsi que les comptes courants. Les loyers ont baissé grâce à l’augmentation de l’offre locative (conséquence de la fin des réglementations visant à protéger les locataires), la monnaie s’est renforcée (de 1 000 à 850 pesos pour un dollar), la bourse est au plus haut, et la popularité de Milei est telle qu’il peut espérer que son parti devienne majoritaire à l’été 2025. Seule ombre au tableau : la pauvreté aurait augmenté, mais tout porte à croire que cela ne durera pas. Pour expliquer cette prévision, je citerai Milton Friedman, autre maître à penser de Milei : « Si vous payez les gens à ne rien faire et si vous taxez ceux qui travaillent, il ne faut pas s’étonner que le chômage augmente. » Le chômage va donc baisser en Argentine, et avec lui, la pauvreté, puisque Javier Milei a décidé de ne plus payer les gens à ne rien faire.

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Syrie: le nouveau casse-tête d’Israël

Après la chute et la fuite de Bachar Al-Assad, Israël a investi la zone de séparation avec la Syrie sur le plateau du Golan. Qu’y font ses militaires, et qu’y ont-ils trouvé?


Vendredi dernier, les postes d’observation de l’armée israélienne dans le Golan ont repéré des mouvements inhabituels parmi les soldats de l’armée syrienne stationnés à quelques centaines de mètres plus à l’est, au-delà de la zone démilitarisée séparant les deux frontières, connue sous les appellations de « ligne Alpha » (côté israélien) et« ligne Bravo » (côté syrien). Cette zone, située sur le plateau du Golan, est placée sous la supervision militaire de la Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement (UNDOF) et bénéficie d’une administration civile syrienne.

La zone tampon, on s’en tamponne depuis longtemps

Dans le cadre de l’accord de désengagement signé en 1974, deux zones de réduction des forces militaires ont été définies de part et d’autre de cette zone tampon, chacune d’environ dix kilomètres de large. Dans la première zone, chaque partie est autorisée à déployer jusqu’à 75 chars et 6 000 soldats, tandis que dans la deuxième zone, il est permis de positionner jusqu’à 450 chars. En outre, il a été strictement convenu qu’aucun missile sol-air ne serait positionné à moins de 25 kilomètres des lignes de séparation, afin de prévenir toute escalade militaire. Pour Israël, cependant, cet équilibre fragile, garantissant une sécurité relative dans cette région sensible, a cessé d’exister à partir du moment où Bachar el-Assad a perdu le contrôle effectif de certaines parties de la Syrie, transférant de facto ses pouvoirs à des acteurs multiples, inconnus et imprévisibles, dont les intentions demeurent incertaines. Ce vide de pouvoir a ajouté une dimension d’instabilité supplémentaire, rendant les engagements passés de plus en plus difficiles à maintenir sur le terrain.

Les militaires syriens, stationnés dans des postes avancés répartis dans la région, ont été observés en train de quitter leurs positions face à la progression des rebelles syriens. Consciente de l’urgence de la situation, l’armée israélienne a donné l’ordre à la division 210 (« Bashan », la division territoriale relevant du Commandement Nord, chargée de la surveillance et de la défense de la frontière avec la Syrie) d’agir rapidement. Le commandant de la division, le brigadier général Yaïr Péli, connaît parfaitement la région. Il habite encore le village où il est né, situé en plein milieu du plateau du Golan, à 5 km de la frontière syrienne. Péli a effectué l’essentiel de son service militaire au sein du régiment Golani (en hébreu « du Golan »), l’unité d’infanterie par excellence du Commandement Nord. En moins de 24 heures, les forces israéliennes se sont déplacées vers l’est, ont franchi la barrière frontalière et pris le contrôle de larges zones stratégiques dans la zone tampon.

Actuellement, quatre groupements tactiques (équipes de combat interarmées) opèrent dans la zone tampon sous la direction de la division. Ces équipes comprennent des forces issues de la brigade des parachutistes, de l’unité Yahalom (spécialisée dans le déminage et la guerre souterraine), des brigades blindées 188 et 7, des forces spéciales, des unités du génie et des équipes de renseignement et de reconnaissance. Cette mission vise à établir une défense proactive dans la zone tampon, à éliminer les menaces à la frontière et, surtout, à empêcher d’autres éléments armés de s’emparer des positions syriennes et de s’y maintenir.

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L’un des groupements principaux, celui de la brigade territoriale 474, continue de tenir des positions clés dans la zone. Lors des patrouilles, les forces ont découvert et confisqué plusieurs chars syriens laissés à l’abandon. Pendant ce temps, d’autres unités mènent des opérations complémentaires. Par exemple, les forces de la brigade de montagne 810 et les combattants de l’unité Shaldag, une unité d’élite de l’armée de l’Air, ont récemment terminé une opération sur le mont Hermon, dans la partie syrienne de la zone tampon. Cette mission a conduit à la saisie d’un poste militaire syrien situé au sommet le plus élevé de la montagne, offrant un champ de vue (de radar et d’écoute) ininterrompu sur le Liban et la Syrie, jusqu’à Damas.

L’une des priorités de Tsahal dans cette opération était le contrôle d’un poste syrien situé sur la colline de Tel Qudna. Ce point offre une vue dominante sur de vastes portions du plateau du Golan israélien. Pendant la guerre civile, des échanges de tirs avaient déjà eu lieu entre les forces israéliennes et syriennes dans cette région. Les parachutistes ont été déployés pour sécuriser ce poste, déjà abandonné par les soldats syriens. Sur place, les forces israéliennes ont trouvé des équipements militaires dont une partie était orientée vers l’ouest, en direction d’Israël, tandis que d’autres visaient l’est, indiquant une préparation en vue de l’arrivée des rebelles.

Les soldats israéliens ont découvert les postes abandonnés dans un état de délabrement avancé. Ces installations rudimentaires étaient dépourvues d’électricité et d’eau. Les soldats syriens semblaient y allumer des feux pour se réchauffer – l’hiver il neige et il fait très froid sur le plateau battu par les vents.

Occupation temporaire

Malgré l’urgence et les incertitudes, Israël insiste sur le caractère temporaire de cette occupation. Les forces sur le terrain ont reçu pour consigne de ne pas intervenir dans les conflits internes syriens, sauf si ces derniers menacent directement les soldats ou les localités israéliens.

Un journaliste d’Haaretz qui a accompagné les forces israéliennes dans la zone démilitarisée, témoigne de la surprise des forces israéliennes face à l’état déplorable des infrastructures militaires syriennes et la faible résistance des soldats syriens, qui semblent avoir abandonné leurs positions en toute hâte. Cette découverte a remis en question les scénarios de menace anticipés par Tsahal concernant l’armée syrienne. Contrairement à des groupes comme le Hamas ou le Hezbollah, qui disposent de forces bien organisées et bien équipées, l’armée syrienne s’est révélée particulièrement faible dans cette région. Pendant des décennies, des générations de militaires israéliens se préparaient à prendre ces positions construites et défendues selon la doctrine soviétique. Ces mythiques « pitas syriens » méritent un petit détour.

Tout commence par le choix d’une colline (d’où leur nom en hébreu « pita », probablement dérivé du mot français « piton »), point névralgique du dispositif. Au sommet de la colline, sont construits les bâtiments principaux : des logements pour les soldats, des installations logistiques et des centres de commandement. Autour de la colline, des tranchées sont creusées pour former un premier cercle défensif. Ces tranchées, parfois profondes et larges, servent à protéger les soldats des tirs ennemis tout en leur offrant des points de tir sécurisés. Plus le poste est important, plus ce réseau de tranchées s’étend. Parallèlement, des talus de terre sont élevés pour offrir une dissimulation supplémentaire contre les tirs d’artillerie et les frappes aériennes.

Dans ces tranchées sont aménagées des positions spécifiques en béton : des postes pour tireurs d’élite, des positions pour mitrailleuses protégées par des abris supérieurs permettant un feu d’enfilade, des postes d’observation et, surtout, des emplacements pour missiles antichars. Ces dernières positions sont particulièrement distinctives, car elles sont ouvertes à l’arrière pour permettre l’évacuation des gaz produits lors du lancement.

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Au-dessus des tranchées, une route circulaire est souvent aménagée. Elle est dissimulée par un talus qui protège les mouvements des véhicules blindés des regards ennemis. Cette route est essentielle pour les manœuvres de chars, qui peuvent se déplacer rapidement autour du poste, répondre à une attaque depuis plusieurs directions ou se replier vers des positions défensives.

Les positions des chars le long de cette route sont soigneusement étudiées. Une configuration particulièrement ingénieuse, appelée « rampe de police », permet au char de rester caché jusqu’à ce qu’il atteigne un point de tir idéal. En montant une rampe inclinée, le canon du char est orienté vers l’extérieur à travers une ouverture discrète. Une fois au sommet de la rampe, le char peut tirer tout en restant partiellement dissimulé, avant de redescendre et de se repositionner derrière le talus.

Pour compléter ces dispositifs mobiles, des « chars enterrés » sont parfois installés autour du poste. Ces chars, immobilisés et enfouis dans le sol, ont leur canon orienté vers l’extérieur, prêt à tirer sur une menace. Ce système, bien que fixe, permet d’accroître la puissance de feu et d’assurer une défense continue, même si les blindés mobiles doivent se déplacer pour répondre à une attaque ailleurs. Jadis considérés comme des obstacles redoutables, ces « pita » ont été laissés à l’abandon bien avant la chute du régime, témoignant d’un long processus de déliquescence de l’armée de terre d’Assad et de la marginalisation de ce front dans les priorités du régime depuis le déclenchement de la guerre civile. Pendant la dernière décennie, le Golan a davantage intéressé le Hezbollah et l’Iran que le gouvernement syrien.

Jusqu’à l’offensive des rebelles, la frontière était relativement calme, maintenue avec un minimum de forces israéliennes. Désormais, la Syrie est devenue la principale zone d’opération pour Tsahal. Cependant, aujourd’hui, contrairement à la guerre civile de 2011, aucun signe de fumée ou d’explosion n’est visible sur le plateau. Dans le Golan, les activistes encore présents semblent eux aussi désorientés face à la situation et à son évolution. En tout cas, ils se préparent davantage à des dangers venant de l’intérieur qu’à des menaces venant du voisin à l’ouest. Bien que l’objectif israélien soit de maintenir une présence tactique temporaire, la durée de cette opération reste incertaine. Pour l’instant, Tsahal poursuit le renforcement de ses positions dans la zone tampon, tout en maintenant une vigilance renforcée face aux évolutions rapides et imprévisibles de la situation dans cette région stratégique. La décision de déclarer caduc l’Accord de désengagement signé entre Israël et la Syrie le 31 mai 1974, est lourde de conséquences. Surtout, elle traduit la grande méfiance israélienne vis-à-vis les forces qui ont détrôné les Assad. L’ombre de la surprise du 7-Octobre plane encore lourdement sur les forces déployées sur le terrain ainsi que sur les décideurs à Jérusalem.

Anastasia Colosimo: plus couillue que ses délateurs

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La conseillère de Macron, fille de l’éditeur bien connu Jean-François Colosimo, se voit reprocher des propos vulgaires. Des journaux sérieux vont jusqu’à l’accuser d’outrage sexiste et de menaces. Les journalistes sont décidément des êtres bien sensibles…


Au cœur d’une actualité internationale surchargée, certains médias ont réussi à trouver le temps de s’intéresser au langage fleuri de la « conseillère presse internationale » d’Emmanuel Macron.

Ils ont même littéralement inventé un « Colosimogate », pour quelques tournures de phrase légèrement grossières tenues dans un contexte privé. Un petit bout de femme à lunettes rondes à double foyer est devenu, en un instant, le symbole d’une macronie arrogante et déconnectée, voire des méthodes fascistes que l’Élysée emploierait contre d’humbles et toujours courtois journalistes.

http://twitter.com/ELevyCauseur/status/1863970594728948085

Une histoire sans queue ni tête

Des messages dégradants et méchants, constituant un harcèlement caractérisé, ont depuis visé Anastasia Colosimo sur les réseaux sociaux. L’essayiste qui aurait dit, oh malheur, avoir envisagé de voter pour Marine Le Pen en 2017, travaille depuis janvier 2023 avec Emmanuel Macron. Âgée de 34 ans, elle est chargée de traduire les positions de l’Élysée sur les grands enjeux internationaux, enjeux ô combien nombreux. Une tâche peu évidente tant ces questions font l’objet d’une constante désinformation mais aussi de multiples incompréhensions. De quoi susciter quelques inimitiés, et quelques disputes, assurément. Normal. Mais, la profession de journaliste compte de nombreuses petites natures que les méthodes de Mademoiselle Colosimo « choquent ».

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Comme souvent dans ce genre d’histoires complaisamment relayées par les médias, nous sommes sûrement face à un cas de rivalité personnelle. Un petit peu comme si un conflit entre collègues de bureau vous concernant faisait la une des actualités ! Mademoiselle serait « sexiste » et « menaçante ». Elle aurait notamment dit à un journaliste : « Tu dois avoir une grosse queue d’homme courageux, j’aimerais bien la voir, la sentir, la toucher ». Le pauvre, sûrement traumatisé par cette réplique, s’est empressé de rapporter tout ça au Nouvel Obs. Répondre directement et en personne à l’essayiste au service du président de la République ? Cela demandait vraisemblablement trop de caractère. Au point qu’on doute maintenant de la taille de la queue que l’infortuné cache finalement dans son pantalon… De nos jours, il est apparemment devenu impossible de se défendre soi-même d’une attaque – même verbale. Nous sommes tellement lyophilisés, que la moindre offense ne peut se régler que par des plaintes devant le tribunal médiatique, des fuites savamment orchestrées sur les réseaux sociaux ou des jérémiades à la direction des ressources humaines.

Culture du viol

Quant au contexte exact dans lequel ces phrases ont été prononcées, nous n’en saurons évidemment rien. Il a été décrété que tout cela était totalement gratuit et à prendre au premier degré. Car, comme le rapporte Le Nouvel Obs, le père de cette machiste en jupons est Jean-François Colosimo, lequel est « lui-même connu pour ses intérêts rapprochés avec le journal Valeurs Actuelles ». Brrr… On se demande bien ce que peut signifier cette culpabilité par association. Les journalistes de gauche auraient-ils un mur des cons dans leur salon, sur lequel ils lancent des fléchettes ?

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Personnellement, si tout ce qu’on en dit est vrai, je la trouve plutôt marrante, cette Anastasia Colosimo. Qu’une fille de son âge puisse balancer à un prêtre du catéchisme cathodique « Tu fais de la merde et tu pisses autour » a son petit fumet séduisant de bar PMU des années 80. On l’imagine nerveuse, façon petite dure en tailleur noir un peu froissé, s’emportant après les chroniqueurs de BFM TV un pastis à la main. Que la communicante nous secoue tous ces fourbes, ça ne peut pas leur faire de mal ! Les Français n’en peuvent plus des faux self, des discours lisses et des hypocrites. Qui adopte toujours un comportement parfaitement approprié dans un cadre privé et / ou professionnel ? Qui ne lâche jamais un « connard » à un enquiquineur ? Toute personne saine et normalement constituée devrait toujours préférer une franche insulte en face-à-face à des calomnies dans le dos. Un peu de vérité, un peu de drôlerie voire un peu de vulgarité ne fait pas de mal. De plus, admettez qu’Anastasia Colosimo fait tout cela avec une certaine inventivité ! 

Dans le journal Le Monde, on apprenait aussi récemment qu’Emmanuel Macron aime chantonner du Michel Sardou dans les couloirs de l’Élysée. De quoi faire dire à Edwy Plenel que le président de la République serait nostalgique du « bon temps des colonies » et défenseur de la culture du viol, puisqu’il est bien connu que le narrateur des Villes de Solitude se confond avec l’interprète Sardou. Alexis Corbière, qui comme Le Nouvel Obs ou Le Monde se situe à gauche de l’échiquier politique, et qui adore le chanteur, a dû être heureux d’apprendre qu’il défendait le droit au viol !

Les bûchers de la liberté

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La Syrie pour les Nuls

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Syrie. Israël a joué un rôle clé en affaiblissant l’Iran et le Hezbollah par ses frappes ciblées, contribuant ainsi indirectement à l’effondrement du projet d’axe chiite et au succès des islamistes.


La chute d’Assad a entrainé un torrent de commentaires. Nouvelle malchance pour Emmanuel Macron, elle a rejeté dans l’ombre le haut fait de sa présidence, à savoir le pari réussi de la reconstruction de Notre-Dame. 

Les noms de ceux qui sont aujourd’hui les maitres d’une Syrie où régnait depuis 54 ans une dynastie impitoyable, protégée par deux régimes qui font peur, la Russie et l’Iran, étaient inconnus il y a quinze jours. Ils se sont emparés d’un couloir stratégique fait de quatre grandes villes du nord au sud dont l’existence remonte à la nuit des temps, Alep, Hama, Homs et Damas, qui ont été le centre de l’empire omeyyade et les bastions de l’islam contre les croisés. 

Révolution arabe en retard

En août 2012, Obama avait déclaré que l’utilisation d’armes chimiques par la Syrie constituerait une «ligne rouge» à ne pas franchir. Un an plus tard, alors qu’une attaque aux gaz neurotoxiques avait fait des milliers de victimes, le même Obama préféra un «deal» naïf, moralement et politiquement désastreux, à une opération militaire, et accepta une proposition de Poutine qui marquait le retour russe au Moyen-Orient. La Syrie s’engageait à liquider ses stocks d’armes chimiques. Inutile de préciser qu’elle ne l’a pas fait, et il faut saluer l’opération aérienne israélienne actuelle de destruction de ces stocks.

Les experts ne donnaient pas cher à Assad quand la guerre civile a commencé dans l’été 2011, alors qu’étaient renversés ses collègues Ben Ali, Moubarak et Kadhafi en Tunisie, Egypte et Libye. Ils se sont trompés et ils n’ont pas non plus prévu l’écroulement actuel du régime. 

Assad fut soutenu massivement par l’Iran, puis, depuis 2015 par la Russie, qui prétendait lutter contre un terrorisme soutenu par les occidentaux,  mélangeant à dessein les opposants modérés à Assad et les milices islamistes radicales. 

Cette guerre a été terrible, 500 000 morts, encore plus de blessés et mutilés. En combinant les 7 millions de réfugiés et les 7 millions de déplacés internes, plus de la moitié des Syriens se sont enfuis, vingt fois plus que les réfugiés palestiniens de 1948. Depuis près de 10 ans, les réfugiés syriens en Turquie donnent à Erdogan un levier de chantage sur l’Europe, qu’il a utilisé magistralement.

La poche d’Idlib

Le régime de Bachar ne contrôlait pas tout le territoire syrien. Au nord-ouest, jouxtant la frontière et sous protection turque, c’était la poche d’Idlib d’où sont partis les insurgés. Sa population avait triplé lors de la guerre civile et atteignait 4 millions de personnes, deux fois plus d’habitants qu’à Gaza, mais sur une superficie 10 fois supérieure. Les troupes syriennes, malgré l’aide russe, n’étaient pas parvenues à prendre cette poche. Entre les parrains turc et russe, un «gentlemen’s agreement» avait été signé en 2018 car Erdogan était trop utile à Poutine pour qu’il laisse éclater une vraie guerre. La passivité actuelle de la Russie vient aussi de ce choix de préserver ses relations avec la Turquie.

Le mouvement HTS (Hayat Tahrir al-Cham, HTS ou HTC suivant qu’on transcrit le mot Sham «Syrie» avec un S ou un C) qui contrôle Idlib, et aujourd’hui la Syrie, est qualifié de terroriste non seulement par les États-Unis, mais par la Turquie qui le soutient par ailleurs, continuel double jeu de Erdogan. On dit que le financement du HTS provient en grande partie du Qatar….

Le chef de HTS depuis sa création il y a douze ans sous le nom d’al Nosra, est Abou Mohamed al-Joulani, fils d’une famille de la bourgeoisie syrienne, qui coche toutes les cases du djihadisme: prison d’Abu Ghraib, allégeance au sanguinaire Abu Moussab al Zarqawi, puis à Abu Bakr al-Baghdadi, le chef de Daech, puis à Ayman al Zawahiri, successeur de Ben Laden à al-Qaida, mais depuis plusieurs années, il semble bien avoir rompu avec ces mouvements qui prônent le djihad global. Il dit vouloir se concentrer sur la situation en Syrie. Dans ce cas, il lui reste fort à faire, car peu de pays sont dans un état économiquement et humainement aussi catastrophique.

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Le gouvernement du Rojava

Parmi les organisations coopérant avec HTS, il y a l’Armée nationale Syrienne, un nom trompeur pour des milices entièrement à la solde de la Turquie. Elles seront le fer de lance d’une offensive probable contre les Kurdes qui occupent un grand territoire au Nord Est de la Syrie, qu’ils appellent le Rojava. Là se trouvent le pétrole syrien et les prisons où sont détenus les djihadistes de Daech. L’Union démocratique, le parti kurde modéré qui y prédomine est considérée par Erdogan comme un faux nez du PKK, son ennemi juré.

Les Kurdes ont été les meilleurs alliés de l’Occident dans la lutte contre Daech et les Américains ont gardé 900 soldats dans la région, ainsi que, tout près en Jordanie et à la frontière irakienne, la Tour 22, une importante base militaire.

Le 10 décembre, HTS a repris aux troupes de Bashar, Deir el Zohr, la grande ville de l’Est syrien, et vient ainsi au contact des Kurdes. Un face-à-face avec les Américains alors qu’il a fait reculer les Russes ne peut que faire plaisir à Erdogan. Il est possible, probable même, que les Américains refuseront l’affrontement et que les jours de l’autonomie kurde au Rojava sont comptés.

Le massif des Alaouites

Provenant des montagnes à l’ouest du pays, les Alaouites forment 10% de la population syrienne, les Assad en font partie.

C’est une secte ésotérique historiquement méprisée par l’islam sunnite. Leur vénération pour Ali, gendre du Prophète, mais surtout, l’intérêt d’une alliance avec Hafez el-Assad, ennemi acharné de l’Irakien Saddam Hussein, avec qui Khomeini était en guerre, avait poussé ce dernier à proclamer opportunément dans une fatwa que les Alaouites faisaient partie du chiisme duodécimain, celui de l’Iran. 

L’excellence des relations des sunnites du Hamas avec l’Iran et le régime Assad ne se transpose pas aux fondamentalistes sunnites syriens. Ceux-ci gardent la mémoire du massacre de Hama en 1982 perpétré par Hafez el-Assad contre les Frères Musulmans. Pour Joulani, les Alaouites sont des hérétiques, même s’il déclare ne pas vouloir s’en prendre à eux. Quant aux Iraniens, le saccage de leur ambassade dit l’hostilité populaire.  Le lien syrien entre l’Iran et le Hezbollah est donc rompu et il est à prévoir que des règlements de compte auront lieu à Téhéran à la suite de l’anéantissement du grand projet d’axe chiite.

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Quelques remarques

Aujourd’hui, des témoignages indiquant que la charia n’est pas appliquée à Idlib avec rigueur s’ajoutent aux déclarations apaisantes de Joulani et alimentent les espoirs des optimistes. Les pessimistes rappellent les illusions sur l’arrivée de «Talibans modérés» à Kaboul et les plus anciens se souviennent des déclarations sur la liberté qu’allait apporter l’ayatollah Khomeini au peuple iranien. 

Aujourd’hui aussi, il y a unanimité en France sur l’horreur du règne des Assad. Mais dans le passé, les complaisances furent nombreuses et ne se limitent certainement pas à Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon. Quant à l’ONU, suivant UN Watch, l’Assemblée Générale a voté depuis 2015 156 résolutions contre Israël et 11 contre la Syrie. Assad a été réélu en 2021 avec 95% des voix et ce truquage, finalement internationalement banal, n’a entrainé  aucune sanction.

Bachar al-Assad a été un mauvais dictateur qui avait la cruauté, mais pas l’intuition du rapport de forces. Laissant son armée en déshérence, il s’est reposé sur ses protecteurs, qu’il s’est de plus parfois mis à dos. La Russie ne lui a offert qu’un asile «humanitaire». Comme elle veut préserver sa base navale de Tartous, la seule en Méditerranée, et sa base aérienne de Hmeimim, près de Lattaquié, elle a vite accepté le changement de drapeau sur l’Ambassade de Syrie à Moscou.

Enfin, chacun comprend que l’évaporation du Hezbollah et des forces iraniennes a été provoquée par les coups qu’Israël leur a portés, facteur majeur et paradoxal du succès des islamistes. Ceux-ci sont désormais à la frontière d’un Golan d’où est issu leur chef, car Joulani signifie en dialecte syrien, l’homme du Golan. Mais pour Israël, cette proximité est gérable et tout ce qui affaiblit l’Iran est bon à prendre…

Pour Boualem Sansal

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« La gauche n’aime pas la liberté ! » se désole notre directrice de la rédaction au micro de Sud Radio


Boualem Sansal reste en prison. La Cour d’Appel d’Alger a rejeté son appel hier. En son absence, et en l’absence de son avocat français, interdit d’entrer en Algérie. Depuis le 16 novembre, un écrivain français est détenu par la justice algérienne, poursuivi pour « atteinte à l’unité nationale » et « complot contre la sûreté de l’État ». Il risque la perpétuité. Personne n’a eu de contact avec lui sinon ses avocats algériens commis d’office.
Ses crimes: des écrits, des propos et son irrévérence assumée et joyeuse envers l’islam et envers le régime algérien. Je connais peu d’hommes aussi libres.
Il est otage de la crise franco-algérienne. Son arrestation est un bras d’honneur des Algériens après le tournant marocain et notre reconnaissance du Sahara oriental. Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris (sous tutelle directe d’Alger depuis 1982), longtemps présenté comme un modéré, n’a pas eu un mot pour son collègue de l’Académie des sciences d’outre-mer. Et tous les réseaux algériens en France répètent les éléments de langage du régime de façon assez dégoutante.
La France officielle s’agite en sous-main, mais semble tétanisée. Pas de vagues. Ne les énervons pas. Pour l’instant, cette stratégie de l’hyper-prudence et du silence s’est avérée inefficace. Sommes-nous capables d’utiliser nos moyens de pressions réels : visas, traité de 1968, comptes de la nomenklatura algérienne ?

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Pour Arnaud Benedetti, directeur de la Revue Politique et Parlementaire, qui organise une soirée de soutien lundi à Paris, le plus grand danger est l’ensevelissement dans l’indifférence. Il y a pire que l’oubli : certains, toute honte bue, en profitent pour cracher sur l’écrivain. Comme Sandrine Rousseau, au micro de Sud Radio, il y a deux jours.

C’était le pompon de l’abjection. J’ai bondi quand je l’ai entendue. Sansal n’a pas à être en prison MAIS ses positions relèvent de l’extrême droite et du suprémacisme, nous a-t-elle dit. Selon la députée, il dirait qu’une civilisation est supérieure à une autre. Cela prouve qu’elle n’a jamais lu une ligne de lui et récite sa leçon. Elle aurait certainement dit aussi que Soljenitsyne était trop anticommuniste et Salman Rushdie islamophobe. Son tweet a d’ailleurs été publié par TSA, un des médias aux ordres du gouvernement algérien – à sa place j’aurais honte. Commentaire : vous voyez bien, cet écrivain d’extrême droite ne fait pas l’unanimité en France.
Je vois là une faillite morale de presque toute la gauche. Un écrivain est accusé de crime-pensée comme on dit dans 1984, emprisonné parce qu’il est libre et ose défier un pouvoir prédateur et dictatorial, et c’est le silence radio chez LFI et les Ecolos. Au PS, c’est service minimum à quelques voix près (M. Guedj, M. Delafosse, Mme Delga). Nos personnalités politiques de toute la vieille gauche sont doublement gênées : un peu complaisantes avec la dictature algérienne par repentance coloniale, et aussi un peu complaisantes avec l’islam politique par ailleurs. C’est exactement comme après Charlie. C’est pas bien de tuer des journalistes, MAIS ils n’auraient pas dû… Je vois là-dedans de la lâcheté, du cynisme et surtout, une haine sidérante de la liberté. Cette gauche a déjà le déshonneur, j’espère que les Français lui infligeront vite la défaite qu’elle mérite.

Comite.soutien.boualem.sansal@gmail.com
16 décembre à 20 h, 4 boulevard de Strasbourg, Paris


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio

Marine Le Pen, les citoyens et les analystes…

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Les éditorialistes nous disaient ces derniers jours que Marine Le Pen s’était fait hara-kiri en votant la mention de censure du gouvernement avec les LFIstes. Un sondage d’opinion effectué après le vote de la censure montre au contraire qu’elle creuse l’écart et se placerait nettement devant ses adversaires si l’élection présidentielle se tenait dimanche. Mme Le Pen a déclaré à Télématin: « Je pense que les responsables politiques et les commentateurs devraient être prudents dans leurs analyses (…) Il ne faut pas qu’ils prennent leurs rêves pour la réalité ».


Un sondage Fiducial / Sud Radio / Figaro Magazine fait après la motion de censure, place Marine Le Pen au premier tour de la future élection présidentielle, avec 36 % face à Édouard Philippe qui serait à 25 % ; et à 38 % devant un Gabriel Attal à 20 %.

Les politologues désavoués

Nous sommes encore loin de 2027 mais ce sondage est éclairant pour peu que les bouleversements et les incertitudes politiques ne conduisent pas le président de la République à jeter l’éponge avant l’heure. Même s’il l’a totalement exclu récemment, cela n’avait pas toujours été sa position.

Ce sondage semble démontrer qu’il faut davantage faire confiance aux personnalités publiques en lice pour demain qu’aux analystes et aux politologues. Il est clair qu’avec son intuition, Marine Le Pen a mieux perçu les humeurs et les désirs de son électorat que tous ceux qui, en chambre, bâtissaient des théories et concluaient péremptoirement que le vote de la motion de censure par le Rassemblement national allait lui faire perdre sa respectabilité durement conquise et décourager une part de ses militants. Apparemment c’est l’inverse, sans surestimer le caractère évidemment très ponctuel de ce sondage.

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Il est facile de comprendre l’erreur assez constante des journalistes politiques dans leur approche du RN. En effet, à quelques exceptions près, ils sont enclins à confondre leurs désirs avec la réalité. Ils perçoivent mal celle-ci parce qu’elle a le grand tort de ne pas se plier à leurs vœux. C’est un mouvement subtil qui, paraissant ne pas exclure lucidité et bonne foi, les conduit pourtant souvent à faire passer leurs convictions avant les froides constatations qui devraient être les leurs.

On me pardonnera mais les émissions où les analyses les plus pertinentes ont été faites sur Marine Le Pen, le vote de la motion de censure et ses conséquences possibles, ont été celles de CNews, notamment à « l’Heure des pros », par Gérard Carreyrou.

Marine satisfaite de sa « médaille d’or de l’opposition »

Il me paraît malheureusement inéluctable que la manière étrange dont le RN est traité – il n’a pas été convié aux échanges élyséens auxquels Marine Le Pen dit qu’elle ne se serait pas rendue : la dignité affirme refuser ce qui ne lui a pas été proposé ! – va amplifier son influence et lui donner, comme sa candidate l’a affirmé, la médaille d’or de l’opposition. Quoi de mieux pour un parti qui, tout en cherchant à se normaliser – au point parfois de se banaliser – se retrouve, grâce au président de la République qui n’est plus à une volte près, gratifié du statut de dissident et d’exclu !

Ce sondage dément les analyses des spécialistes parce que les citoyens mêlent à leur adhésion une infinité de considérations (soutien au RN, hostilité à l’encontre d’Emmanuel Macron, médiocrité des autres partis, volonté éperdue de changement) qui ne sont pas appréhendées dans leur globalité. Mais il ne garantit pas que Marine Le Pen sera élue en 2027.

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Si elle est remarquable tactiquement et politiquement pendant le trajet, je continue à penser que sa limite est de ne jamais l’être le jour J, arrivée à destination. Comme s’il y avait quelque chose chez elle qui la perturbait, la peur de gagner ? Non pas qu’elle ne le veuille pas, comme son père il y a des années, mais l’imminence de la victoire à portée démocratique l’entrave au lieu de la stimuler.

J’ai toujours éprouvé dans la vie intellectuelle, judiciaire, politique et médiatique une certaine méfiance à l’égard des prétendus sachants, des experts qualifiés, des doctes journalistes, de tous ceux qui prétendent nous enseigner ce que notre esprit, notre sensibilité et notre culture nous ont déjà appris. Ce n’est pas ce sondage qui me guérira…

Les blâmés de la République

Improductifs, profiteurs, paresseux, bien payés, bénéficiant d’une retraite dorée et d’arrêts maladie indus : par temps de crise, les fonctionnaires ont mauvaise presse. L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy s’érige contre les caricatures qui font porter le chapeau de la dette et de l’inertie française aux seuls agents publics.


Les boucs émissaires sont de retour. Tout le monde a le sien et chacun en a même plusieurs. Il y en a toujours eu. Ils prolifèrent particulièrement dans les pays en crise, où le besoin de trouver des responsables à ses malheurs se répand au fur et à mesure que la vie devient plus difficile pour un nombre croissant de citoyens. Cette recherche de coupables transforme les sociétés malades en creuset de rancœurs et de jalousies. C’est comme cela, c’est la nature humaine. On a beau être pétri de rationalité, on agit comme si, en se débarrassant du coupable désigné, on allait guérir de ses souffrances.

La haine du fonctionnaire est partout

Le problème c’est qu’en général le bouc émissaire est innocent. Heureusement, on ne le tue pas, sauf quand la violence collective dérape. Mais enfin l’animosité est bien là. Parmi les boucs émissaires qui pullulent de nos jours, il y a le fonctionnaire. Ah, comme nous serions heureux si nous pouvions nous en débarrasser ! C’est un vampire suçant le sang des travailleurs qui gagnent difficilement de quoi vivre à la sueur de leur front. Son salaire, c’est l’argent de nos impôts. C’est un fainéant, bardé de privilèges, toujours en arrêt maladie, qui a la garantie de l’emploi à vie avec un salaire plus élevé, une retraite plus avantageuse que tout le monde et dont la charge creuse nos déficits, alourdit notre dette et plombe l’avenir de nos enfants.

Comme si le fonctionnaire ne payait pas d’impôts, faisait toujours semblant d’être malade, nageait dans l’opulence, ne produisait rien et n’avait pas d’enfants qui devront rembourser la dette ! J’exagère ? Non. Il suffit d’écouter ce qui se raconte au café du coin et se dit sur les plateaux de télévision, à l’Assemblée nationale, dans le gouvernement, dans certains partis, de lire ce qui est écrit dans les journaux : la haine du fonctionnaire est partout, comme la haine de l’État, parmi bien d’autres haines, il est vrai. Haine qu’une partie de la classe politique nourrit pour détourner d’elle la colère populaire suscitée par ses défaillances bien réelles, s’évertuant cyniquement à diviser pour régner – ce qui est la pire des politiques qui soit. Travailleurs indépendants contre salariés, retraités contre actifs, urbains contre ruraux, banlieusards contre habitants des centres-villes, salauds de pauvres contre salauds de riches, salariés du privé contre ceux du public…

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Qu’importe que les fautes du bouc émissaire soient imaginaires. Plus le mensonge est gros et mieux il passe. Que l’actualité nous livre un vrai coupable, fraudeur, tricheur, profiteur, délinquant, et tous ceux qui lui ressemblent deviennent coupables : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère! » Un fonctionnaire est coupable, ils le sont tous, car le fonctionnaire n’a pas de nom, ni de visage, il n’est qu’un statut, un statut de privilégié. On se demande pourquoi avec tous les privilèges qu’on lui prête, on peine tant à en recruter dans la plupart des métiers de la fonction publique, raison pour laquelle le nombre de candidats aux concours, donc leur sélectivité, s’est effondré.

Et si c’était parce que leurs conditions de travail se sont considérablement dégradées comme celles des policiers, des enseignants, des soignants, dans un État ravagé par les lubies du management et les cost-killers, dont les méthodes tuent les services publics autant que les entreprises ? Parce qu’à qualification égale, ils sont moins bien payés que dans le privé avec un écart qui se creuse quand on monte dans la hiérarchie des qualifications ? Parce que le point d’indice de la fonction publique a été gelé de 2010 à 2023 et que cela a considérablement amputé leur pouvoir d’achat en début de carrière ?

Un drôle de privilège

En 2023, on a fini par revaloriser le point d’indice, mais de moins que l’inflation de l’année, et beaucoup de gens ont crié au scandale et dénoncé un cadeau aux fonctionnaires. Quel cadeau ? Plus le mensonge est gros… On me dira qu’ils se rattrapent sur leur retraite avec un mode de calcul beaucoup plus favorable que celui du privé. On oublie que ce mode de calcul est destiné à compenser le fait que les primes, qui représentent une partie très importante de la rémunération, ne sont pas prises en compte et qu’en définitive, le taux de remplacement du salaire est à peu près le même. Encore un privilège qui n’existe pas. Qu’importe la vérité. Plus le mensonge est gros…

Ah, mais il y a aussi les arrêts maladie. Le fonctionnaire territorial, ce fainéant, « ce pelé, ce galeux », comme dirait La Fontaine, en prendrait beaucoup plus que le salarié du privé, qui a trois jours de carence quand l’agent public n’en a qu’un. C’est ce que dit un rapport officiel. Privilège inacceptable ! Sauf que ce rapport dit aussi que les agents de l’État et de la fonction publique hospitalière n’en prennent pas plus que les salariés du privé.

Enfin, il paraît que le fonctionnaire ne produit rien et que seuls les emplois dans les entreprises apportent de la richesse. Cela voudrait dire que l’infirmière libérale produirait de la richesse tandis que l’infirmière de l’hôpital ne serait qu’une charge; que l’agent de sécurité salarié d’une entreprise privée produirait de la richesse tandis que le policier ne serait qu’une charge; que l’enseignant du privé produirait de la richesse et que celui du public ne serait qu’une charge. Et que dire du chauffeur du bus scolaire engagé par la mairie, de plus en plus difficile à trouver, et sans lequel beaucoup d’enfants ne pourraient pas aller à l’école et de parents arriver à l’heure à leur travail ? A-t-on jamais vu un raisonnement économique plus absurde que celui qui fait de l’agent public un improductif qui se gaverait de nos impôts ? Plus le mensonge est gros…

Je conclurai ce billet d’humeur en remarquant que ceux qui tapent sans arrêt sur les agents publics passent leur temps à en réclamer davantage pour les soigner, les protéger, les secourir, faire rouler les trains, instruire leurs enfants et pour tant d’autres choses.

Ah, « mon cher et vieux pays » perdu dans ses contradictions, les mensonges de ses faux prophètes et les vieux démons des sociétés malades !

A la septième fois, les murailles tombèrent

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La bande d’hystériques de Noémie Merlant et Céline Sciamma

En s’attaquant au cinéma de genre, Noémie Merlant pensait-elle défendre le genre féminin ? Raté


Noémie Merlant est comédienne. Depuis peu, Noémie Merlant est cinéaste. Demain, peut-être, sera-t-elle aux côtés d’Adèle Haenel la porte-parole du féminisme au cinéma. Pour l’instant, elle nous arrive avec sa deuxième réalisation explicitement intitulée Les Femmes au balcon, une fiction marseillaise qui se veut un film de genre, en l’occurrence très genré : tous les hommes y sont des crétins décérébrés. Jusque-là tout va bien. Mais Noémie Merlant s’est-elle bien rendu compte que toutes les femmes qui leur font face ne valent pas mieux ? On nous rétorquera qu’elles prennent symboliquement le pouvoir, qu’elles deviennent les moteurs de l’histoire et de l’Histoire. Vraiment ? À la bêtise masculine succède l’imbécillité féminine… La belle affaire ! Rien ne vient sauver ces pauvres personnages qui crient, hurlent et se déchaînent pour un rien. Et pour rien.


Emmanuel Macron et le programme de 1965

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On hésite en haut lieu quant au nom du futur Premier ministre. Notre chroniqueur prend de son côté le parti d’en rire.


1965. Année d’élections présidentielles d’importance et de conséquences historiques s’il en fut jamais. À l’issue du premier tour de scrutin, le général De Gaulle se trouve mis en ballotage par le candidat de gauche François Mitterrand. Surprise, surprise ! Le pays ne s’attendait guère à cela. Face à face pour le second tour entre deux hommes d’exception, certes, mais aussi deux programmes. Cependant, gardons-nous d’oublier que, pendant un temps, un troisième menu des réjouissances républicaines avait été proposé aux Français, porté par un candidat surgi de nulle part bien qu’il fît depuis deux décennies les délices de nombre de citoyens, toutes classes sociales et tous bords politiques confondus. Il est vrai que ce personnage officiait jusqu’alors dans un registre bien différent.

Cet inattendu troisième homme lança officiellement sa campagne le 9 février 1965 lors d’une conférence de presse à laquelle assistait le tout Paris de l’époque. On se pressait là pour entendre l’orateur développer sa vision des choses, exposer son plan pour la comète France, présenter sa formation politique. L’intitulé retenu pour le parti avait également de quoi surprendre : Mouvement Ondulatoire Unifié. C’était nouveau, cela changeait des appellations habituelles. Il faut dire que le génial inventeur de la chose sortait lui-même de l’ordinaire. Son nom, Pierre Dac, l’âme et l’esprit du regretté organe de presse l’Os à Moelle, alors la substantifique lecture des garnements de mon espèce.

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Le slogan lancé ce jour-là et qui fut bientôt sur toutes les lèvres : « Les temps sont durs, votez M.O.U. »

Eh bien, ne pourrait-on pas considérer que c’est en quelque sorte cette ligne que semble vouloir suivre notre actuel président de la République, explorant à grand renfort de consultations les cinquante nuances de Mou à sa disposition ? Il n’en manque pas. Du mou extrême centre, du mou droite honteuse, du mou gauche repentie, du mou hybride carpe-lapin. Quel que soit le chanceux sorti du chapeau, on peut être sûr d’une chose : il y aura de l’ondulatoire dans le mouvement et de l’unifié de façade. En un mot comme en cent, l’intégral du troisième programme de 1965 mis en œuvre à soixante ans de distance. De quoi enchanter, notre Pierre Dac, jusqu’à ce jour indiscutablement le maître absolu de la discipline. À moins, bien sûr, qu’à force de se montrer si obstiné en loufoquerie dans sa conduite des affaires, le président ne finisse par le détrôner. On ne peut exclure que ce ne soit-là son ultime ambition. Il aime tant être le premier en tout !

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La « solution à deux États », tarte à la crème diplomatique

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Depuis des décennies, le mirage de la « solution à deux États » s’impose comme une évidence politique. Pourtant, derrière ce concept séduisant se cache une manipulation historique. Entre réécritures de l’Histoire, instrumentalisation des faits et dévoiement des idéaux, cette idée, présentée comme une réponse pacifique, s’avère être une menace existentielle pour l’État juif. Retour sur un siècle d’escroquerie intellectuelle et politique.


De Marine Le Pen à François Ruffin, en passant par les centristes et les habitués des plateaux télé, tous semblent s’abreuver depuis des années et sans retenue au doux poison de la « solution à deux États ». Ce stupéfiant, déguisé en vertu suprême, a trompé leur raison et effacé toute mémoire historique.Plus tragique encore, même certains Juifs – visiblement oubliés par la dignité – en deviennent les porteurs zélés, comme pour parachever l’absurdité du spectacle.

Un mirage touchant

Ces derniers jours, une grande nouvelle ravit les adeptes du palestinisme, le tandem Macron-Ben Salmane va « accompagner la création d’un État arabe en Palestine ». Mirage touchant qui repose sur une routine bien huilée : ignorer les faits, falsifier l’Histoire et remodeler la réalité au profit d’une cause prétendument juste.

Sur les plateaux télévisés, dans les amphithéâtres des universités et jusque dans les travées de l’Assemblée nationale, la grande réécriture bat son plein. On voudrait nous faire croire que les Juifs sont apparus ex nihilo en 1948, armés jusqu’aux dents, pour déraciner un peuple innocent et conquérir en quelques jours un « pays » qui n’aurait jamais été le leur.

Stop ! Il est temps d’interrompre ce délire et de mettre fin à cette amnésie collective volontairement entretenue.

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La création d’un État arabe en Palestine n’est rien d’autre qu’un Cheval de Troie, savamment conçu au XXe siècle, pour légitimer poliment – mais sûrement – la haine du Juif. Il est donc urgent de comprendre pourquoi cet État, présenté comme une solution miracle, constitue en réalité une menace existentielle pour Israël et les Juifs de la Diaspora.

Pour mesurer l’ampleur de cette escroquerie palestinienne, il suffit de remonter à 1917. Cette année-là, la Déclaration Balfour engage la Grande-Bretagne à établir un foyer national juif en Palestine. Le mandat britannique sur la Palestine naît en 1920 : ce vaste territoire inclut ce qui deviendra plus tard Israël et la Jordanie. Cette promesse intervient après des siècles de colonisation ottomane et arabe.

Les Arabes arrivés en Palestine au VIIe siècle lors des conquêtes musulmanes étaient, pour l’immense majorité d’entre eux nomades et indistincts dans leur langue comme dans leur culture des autres tribus arabes de la région. Pourtant, malgré des siècles d’occupation de cette terre, jamais l’idée d’un « État palestinien » ne leur effleura l’esprit, ni à l’ouest ni à l’est du Jourdain. Aucun « État palestinien » n’a jamais existé…

Erreurs

Le retour des Juifs en Palestine change radicalement la donne. Ce territoire, laissé en grande partie à l’abandon, retrouve une fertilité et une prospérité économique inédites, fruits des efforts sionistes. Bien que les Arabes locaux profitent de ces exploits, ils voient d’un très mauvais œil le retour de ces Juifs exilés. Leur principal grief ? Ces derniers mettent à mal le panarabisme et refusent désormais la dhimmitude traditionnelle, ce statut de subordination imposé par la charia qui évite la mort.

Pour calmer les « tensions » – un mot si pratique pour euphémiser les violences arabes –, les Britanniques trahissent peu à peu l’esprit de la Déclaration Balfour. En 1922, ils décident même de diviser le mandat sur la Palestine. En guise de « remerciement » au roi Abdallah d’Arabie, fraîchement défait dans une guerre tribale et allié de la Triple Entente pendant la Grande guerre, les Britanniques lui offrent sur un plateau 77% du mandat palestinien. Cette portion devient la Transjordanie, qui deviendra le royaume hachémite de Jordanie en 1946.

Imaginez un instant que la Transjordanie ait conservé le nom de Palestine. Quel soulagement cela aurait été ! Aujourd’hui, toute discussion sur un « État arabe palestinien » serait définitivement classée. Mais non. Ce flou sémantique, né d’une simple décision de renommage, a permis l’émergence du grand coup de bluff contemporain : la revendication d’un État arabe supplémentaire à l’ouest du Jourdain.

La vérité, pourtant, est limpide. La Palestine fut divisée en 1922. À l’est du Jourdain, un État arabe a vu le jour : la Transjordanie, future Jordanie. À l’ouest, les Juifs du Yichouv, convaincus que ce partage mettrait fin aux revendications arabes, ont commis le péché – presque biblique – de croire aux vertus des concessions territoriales pour vivre en paix.

Mais l’avenir leur montrera qu’ils se sont lourdement trompés. Non seulement cette paix est restée une chimère, mais cette erreur sémantique – ne pas avoir conservé le nom « Palestine » pour la Transjordanie – a ouvert la voie à une invention : celle d’un nationalisme palestinien, conçu non pas pour justifier l’existence d’un nouvel État arabe, mais pour la destruction pure et simple d’Israël.

Quand le grand mufti pactisait avec les nazis

Depuis lors, Israël fait face à une campagne incessante d’hostilité : guerres, attentats, boycotts et pressions internationales. Sous le prétexte habile d’une « autodétermination palestinienne », le monde exige un deuxième partage de l’ancienne Palestine britannique, comme si celui de 1922 n’avait pas suffi à grignoter le territoire juif.

Pour obtenir une paix réelle, deux options s’offrent aux Arabes : accepter de vivre dans l’État-nation du peuple juif ou bien émigrer en Jordanie, le véritable Etat arabe palestinien.

L’autre raison qui accompagne l’illégitimité politique de l’État arabe en Palestine réside dans l’antisémitisme constant qui traverse le palestinisme. « Dis-moi qui sont tes leaders, et je te dirai qui tu es » : connaître ceux qui incarnent cette « cause » permet de faire toute la lumière sur la malhonnêteté de ce combat.

Dans les années 1930, il n’existait pas de nationalisme palestinien à proprement parler. Celui-ci se confondait avec le panarabisme porté en partie par le Grand Mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini. Ce dernier rêvait d’un bloc panarabe incluant l’Irak, la Syrie, la Palestine et l’Égypte. À l’image des ambitions expansionnistes de l’Allemagne en Europe ou du Japon en Extrême-Orient, il envisageait un empire arabe au Moyen-Orient. La présence juive en Palestine représentait un obstacle majeur à ce projet. Pour y faire face, al-Husseini incitait régulièrement à la violence antisémite, comme en témoigne le terrible pogrom de 1929 à Hébron, commis par ses sbires.

Toute la politique arabe d’al-Husseini en Palestine peut se résumer par ses propos tenus le 21 janvier 1944 devant des SS bosniaques musulmans : « Les Juifs sont les pires ennemis des musulmans. Il existe des similitudes entre les principes de l’islam et ceux du national-socialisme. ».

Après 1948, l’identité arabe palestinienne demeure ambiguë et rattachée à la grande nation arabe. Contrairement à ce que prétendent les partisans de la « cause palestinienne », le conflit au Proche-Orient ne trouve pas son origine dans une aspiration des Arabes palestiniens à créer un État. Cette idée, selon laquelle le conflit découlerait d’un refus israélien d’accepter la création d’un État arabe palestinien depuis 76 ans, relève du fantasme.

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En effet en 1964, seize ans après la création d’Israël, l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) voit le jour. Mais curieusement, à ce moment-là, la Judée-Samarie alias Cisjordanie est sous contrôle jordanien, et Gaza, sous domination égyptienne. Alors, pourquoi créer une organisation « de libération » quand il n’y a rien à « libérer » sous contrôle israélien ? La réponse est simple : l’OLP n’a jamais eu pour objectif un État aux côtés d’Israël, mais bien à la place d’Israël : une Palestine exclusivement arabe, où les quelques Juifs autorisés à rester seraient de bons Dhimmis…

Cette volonté d’extermination n’était pas cachée. À ce propos, Ahmed Choukairy, premier président de l’OLP, déclarait joyeusement le 23 mai 1967 sur Radio Damas : « Il n’y aura pratiquement aucun survivant juif. » Une promesse ambitieuse, mais la guerre des Six Jours allait refroidir ses ardeurs.

Son successeur, le criminel Yasser Arafat, a repris la même ligne, avec un sens aigu de la duplicité. Bien qu’ayant reçu le prix Nobel de la paix, Arafat n’a jamais prononcé le mot « paix » en arabe. Il utilisait en revanche le terme houdna, désignant une trêve temporaire en islam, destinée à préparer les prochaines offensives. Après les accords de la soumission juive à Oslo, présentés en Occident comme une percée remarquable vers la paix, Arafat déclarait à Stockholm : « Nous planifions l’élimination de l’État d’Israël et l’établissement d’un État purement palestinien. Nous rendrons la vie insupportable pour les Juifs par une guerre psychologique et une explosion de population. »

Les accords d’Oslo, tout comme le don du Goush Kativ (bande de Gaza) en 2005, n’ont été qu’un piège supplémentaire pour Israël. Ces gestes de bonne volonté, salués avec naïveté en Occident, ont coûté des milliers de vies juives et affaibli la dissuasion israélienne. Le massacre génocidaire du 7-Octobre 2023 illustre tragiquement où mènent ces concessions. Mais certains continueront sans doute à dire qu’il faut encore « tendre la main » – peut-être pour mieux se la faire couper.

Pour conclure, quoi de mieux que les belles paroles de feu Hussein de Jordanie, à un quotidien arabe paraissant à Paris, An-Nhar al-Arabi w’al-Daouli, le 26 décembre 1981 : « La vérité, c’est que la Jordanie c’est la Palestine, et la Palestine c’est la Jordanie. »

L’Argentine à la tronçonneuse

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Le président argentin Javier Milei sonne la cloche d'ouverture de la Bourse de New York (NYSE), 23 septembre 2024. Un geste fort pour marquer l'ouverture de l'Argentine aux marchés mondiaux © AP Photo/Seth Wenig/SIPA

Javier Milei a été élu à la tête de l’Argentine il y a un an. Ces douze derniers mois, l’ancien professeur d’économie a appliqué méthodiquement son programme ultra-libéral. Résultat : l’inflation s’est effondrée, les loyers ont baissé, la monnaie s’est renforcée et le budget est aujourd’hui excédentaire.


Gil Mihaely m’a demandé de faire le point sur un personnage singulier : le nouveau président argentin, Javier Milei, qui a fait campagne en exhibant une tronçonneuse partout où il allait. Par ce geste, il voulait symboliser son intention de nettoyer l’État argentin et de couper toutes les dépenses inutiles.

De quoi souffre ce pays béni des dieux ? Du fait que nos démocraties ont attrapé la vérole.

Nos démocraties représentatives sont en effet devenues des inaptocraties, où ceux qui sont incapables de gouverner sont élus par ceux qui ne veulent pas travailler, afin que les premiers organisent légalement la spoliation de ceux qui acceptent de travailler, au profit des passagers clandestins, les entretenant ainsi dans une oisiveté confortable.

Comme le disait Bastiat : « Quand le pillage devient un mode de vie pour un groupe d’hommes vivant ensemble en société, il se crée alors un système légal qui l’autorise et un code moral qui le glorifie. »

Un pays au fond du gouffre

L’Argentine, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, a pratiqué avec constance ce type de gouvernement, passant ainsi de 1945 à 2023 du deuxième rang mondial en termes de niveau de vie à celui des pays les plus pauvres. C’est le pays non communiste qui a vu son niveau de vie régresser le plus au monde en soixante-dix ans, une période durant laquelle nous avons connu une forte croissance mondiale. Rien de quoi être fier.

En 2023, l’Argentine était véritablement au fond du gouffre : l’inflation atteignait 25 % par mois, la monnaie s’effondrait face au dollar (passant en quelques mois de 200 à 1 000 pesos pour un dollar), le pays était en faillite après avoir fait défaut sur des prêts du FMI, octroyés sur ordre de Mme Lagarde, alors présidente du Fonds. Pour compléter ce tableau lugubre, les réserves de change avaient fondu, la balance commerciale enregistrait mois après mois des déficits croissants, et enfin, les déficits budgétaires faisaient pâlir d’envie les inspecteurs des finances français. En résumé, les subventions que les inaptocrates versaient aux paresseux ne couvraient même plus le prix du ticket de métro pour aller les toucher.

C’est dans ce contexte que se sont déroulées les élections, et que le peuple argentin a finalement compris qu’il était temps de changer. C’est à ce moment que Javier Milei et sa tronçonneuse sont apparus. À la surprise générale, il a été élu avec 55 % des voix. Voici ce qu’il a fait une fois en fonction : il a commencé par annoncer des coupes budgétaires de 20 milliards de dollars (soit 5 % du PIB, l’équivalent de 75 milliards d’euros chez nous), avec des réductions de subventions pour les transports publics, l’électricité, le gaz et l’eau. Ensuite, il a procédé à une série de dérégulations par décret présidentiel, avec 300 mesures et 664 articles visant à déréguler le commerce, les services et l’industrie.

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Une opération de sauvetage : la loi « omnibus »

Le 27 décembre, cinq semaines après sa victoire électorale, Javier Milei a présenté le projet de loi « omnibus » visant à privatiser des entreprises publiques, dont la grande société pétrolière YPF. Cela a conduit à d’importantes manifestations fin janvier, organisées par les syndicats. Le gouvernement a répondu en menaçant de suspendre les allocations des manifestants et en indiquant qu’il ferait payer aux syndicats les frais de maintien de l’ordre. Cependant, il convient de noter que peu de violences policières ont été observées. Cela montre que l’idée selon laquelle un gouvernement libéral serait forcément très répressif est, dans ce cas précis, erronée.

Sans surprise, Le Monde, Le Monde diplomatique, Télérama, toutes nos chaînes de télévision et les intellectuels français admis à s’exprimer dans les médias ont hurlé que les Argentins allaient tous mourir de faim… Pourquoi sans surprise ? Parce que j’ai déjà vu ce film je ne sais combien de fois… Je l’ai vu avec Margaret Thatcher et la lettre signée en 1981 par 300 économistes britanniques expliquant que sa politique allait mener à la fin de la Grande-Bretagne, au moment même où les marchés financiers atteignaient leur plus bas. Je l’ai vu au Canada, quand le Premier ministre a décidé de réduire tous les budgets ministériels de 20 % d’un seul coup. Les économistes locaux étaient unanimes à prédire une dépression, l’effondrement de la monnaie et du niveau de vie. Non seulement le Canada n’a pas connu de récession immédiatement après, mais il n’y en a pas eu pendant plus de dix ans, et en fin de mandat, Jean Chrétien a baissé les impôts de plus de 100 milliards de dollars (canadiens…).

Enfin, je l’ai vu aux États-Unis, quand Reagan, fraîchement élu, a supprimé les contrôles des prix sur le pétrole, instaurés par Carter. Le prix à la pompe s’est effondré…

… Et tout se passe comme prévu

En réalité, comme le dit le professeur Raoult, les sociétés humaines peuvent être fondées sur la compétence ou sur l’obéissance. Et les organisations fondées sur l’obéissance cherchent toujours à détruire celles fondées sur la compétence. Comme Raymond Boudon l’a dit en réponse à la question « Pourquoi les intellectuels français n’aiment-ils pas le libéralisme ? » : « Parce que, dans un régime libéral, ils seraient payés à leur vraie valeur. »

En Argentine, tout se passe donc comme prévu, c’est-à-dire à l’inverse de ce que prédisaient les intellectuels et économistes universitaires. Après un peu plus d’un an au pouvoir, l’inflation mensuelle est tombée de 25 % à 4 %, le budget est excédentaire, ainsi que les comptes courants. Les loyers ont baissé grâce à l’augmentation de l’offre locative (conséquence de la fin des réglementations visant à protéger les locataires), la monnaie s’est renforcée (de 1 000 à 850 pesos pour un dollar), la bourse est au plus haut, et la popularité de Milei est telle qu’il peut espérer que son parti devienne majoritaire à l’été 2025. Seule ombre au tableau : la pauvreté aurait augmenté, mais tout porte à croire que cela ne durera pas. Pour expliquer cette prévision, je citerai Milton Friedman, autre maître à penser de Milei : « Si vous payez les gens à ne rien faire et si vous taxez ceux qui travaillent, il ne faut pas s’étonner que le chômage augmente. » Le chômage va donc baisser en Argentine, et avec lui, la pauvreté, puisque Javier Milei a décidé de ne plus payer les gens à ne rien faire.

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Syrie: le nouveau casse-tête d’Israël

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Véhicule blindé israélien franchissant la barrière de sécurité près de la ligne dite Alpha, qui sépare le plateau du Golan contrôlé par Israël de la Syrie, dans la ville de Majdal Shams, 12 décembre 2024 © Matias Delacroix/AP/SIPA

Après la chute et la fuite de Bachar Al-Assad, Israël a investi la zone de séparation avec la Syrie sur le plateau du Golan. Qu’y font ses militaires, et qu’y ont-ils trouvé?


Vendredi dernier, les postes d’observation de l’armée israélienne dans le Golan ont repéré des mouvements inhabituels parmi les soldats de l’armée syrienne stationnés à quelques centaines de mètres plus à l’est, au-delà de la zone démilitarisée séparant les deux frontières, connue sous les appellations de « ligne Alpha » (côté israélien) et« ligne Bravo » (côté syrien). Cette zone, située sur le plateau du Golan, est placée sous la supervision militaire de la Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement (UNDOF) et bénéficie d’une administration civile syrienne.

La zone tampon, on s’en tamponne depuis longtemps

Dans le cadre de l’accord de désengagement signé en 1974, deux zones de réduction des forces militaires ont été définies de part et d’autre de cette zone tampon, chacune d’environ dix kilomètres de large. Dans la première zone, chaque partie est autorisée à déployer jusqu’à 75 chars et 6 000 soldats, tandis que dans la deuxième zone, il est permis de positionner jusqu’à 450 chars. En outre, il a été strictement convenu qu’aucun missile sol-air ne serait positionné à moins de 25 kilomètres des lignes de séparation, afin de prévenir toute escalade militaire. Pour Israël, cependant, cet équilibre fragile, garantissant une sécurité relative dans cette région sensible, a cessé d’exister à partir du moment où Bachar el-Assad a perdu le contrôle effectif de certaines parties de la Syrie, transférant de facto ses pouvoirs à des acteurs multiples, inconnus et imprévisibles, dont les intentions demeurent incertaines. Ce vide de pouvoir a ajouté une dimension d’instabilité supplémentaire, rendant les engagements passés de plus en plus difficiles à maintenir sur le terrain.

Les militaires syriens, stationnés dans des postes avancés répartis dans la région, ont été observés en train de quitter leurs positions face à la progression des rebelles syriens. Consciente de l’urgence de la situation, l’armée israélienne a donné l’ordre à la division 210 (« Bashan », la division territoriale relevant du Commandement Nord, chargée de la surveillance et de la défense de la frontière avec la Syrie) d’agir rapidement. Le commandant de la division, le brigadier général Yaïr Péli, connaît parfaitement la région. Il habite encore le village où il est né, situé en plein milieu du plateau du Golan, à 5 km de la frontière syrienne. Péli a effectué l’essentiel de son service militaire au sein du régiment Golani (en hébreu « du Golan »), l’unité d’infanterie par excellence du Commandement Nord. En moins de 24 heures, les forces israéliennes se sont déplacées vers l’est, ont franchi la barrière frontalière et pris le contrôle de larges zones stratégiques dans la zone tampon.

Actuellement, quatre groupements tactiques (équipes de combat interarmées) opèrent dans la zone tampon sous la direction de la division. Ces équipes comprennent des forces issues de la brigade des parachutistes, de l’unité Yahalom (spécialisée dans le déminage et la guerre souterraine), des brigades blindées 188 et 7, des forces spéciales, des unités du génie et des équipes de renseignement et de reconnaissance. Cette mission vise à établir une défense proactive dans la zone tampon, à éliminer les menaces à la frontière et, surtout, à empêcher d’autres éléments armés de s’emparer des positions syriennes et de s’y maintenir.

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L’un des groupements principaux, celui de la brigade territoriale 474, continue de tenir des positions clés dans la zone. Lors des patrouilles, les forces ont découvert et confisqué plusieurs chars syriens laissés à l’abandon. Pendant ce temps, d’autres unités mènent des opérations complémentaires. Par exemple, les forces de la brigade de montagne 810 et les combattants de l’unité Shaldag, une unité d’élite de l’armée de l’Air, ont récemment terminé une opération sur le mont Hermon, dans la partie syrienne de la zone tampon. Cette mission a conduit à la saisie d’un poste militaire syrien situé au sommet le plus élevé de la montagne, offrant un champ de vue (de radar et d’écoute) ininterrompu sur le Liban et la Syrie, jusqu’à Damas.

L’une des priorités de Tsahal dans cette opération était le contrôle d’un poste syrien situé sur la colline de Tel Qudna. Ce point offre une vue dominante sur de vastes portions du plateau du Golan israélien. Pendant la guerre civile, des échanges de tirs avaient déjà eu lieu entre les forces israéliennes et syriennes dans cette région. Les parachutistes ont été déployés pour sécuriser ce poste, déjà abandonné par les soldats syriens. Sur place, les forces israéliennes ont trouvé des équipements militaires dont une partie était orientée vers l’ouest, en direction d’Israël, tandis que d’autres visaient l’est, indiquant une préparation en vue de l’arrivée des rebelles.

Les soldats israéliens ont découvert les postes abandonnés dans un état de délabrement avancé. Ces installations rudimentaires étaient dépourvues d’électricité et d’eau. Les soldats syriens semblaient y allumer des feux pour se réchauffer – l’hiver il neige et il fait très froid sur le plateau battu par les vents.

Occupation temporaire

Malgré l’urgence et les incertitudes, Israël insiste sur le caractère temporaire de cette occupation. Les forces sur le terrain ont reçu pour consigne de ne pas intervenir dans les conflits internes syriens, sauf si ces derniers menacent directement les soldats ou les localités israéliens.

Un journaliste d’Haaretz qui a accompagné les forces israéliennes dans la zone démilitarisée, témoigne de la surprise des forces israéliennes face à l’état déplorable des infrastructures militaires syriennes et la faible résistance des soldats syriens, qui semblent avoir abandonné leurs positions en toute hâte. Cette découverte a remis en question les scénarios de menace anticipés par Tsahal concernant l’armée syrienne. Contrairement à des groupes comme le Hamas ou le Hezbollah, qui disposent de forces bien organisées et bien équipées, l’armée syrienne s’est révélée particulièrement faible dans cette région. Pendant des décennies, des générations de militaires israéliens se préparaient à prendre ces positions construites et défendues selon la doctrine soviétique. Ces mythiques « pitas syriens » méritent un petit détour.

Tout commence par le choix d’une colline (d’où leur nom en hébreu « pita », probablement dérivé du mot français « piton »), point névralgique du dispositif. Au sommet de la colline, sont construits les bâtiments principaux : des logements pour les soldats, des installations logistiques et des centres de commandement. Autour de la colline, des tranchées sont creusées pour former un premier cercle défensif. Ces tranchées, parfois profondes et larges, servent à protéger les soldats des tirs ennemis tout en leur offrant des points de tir sécurisés. Plus le poste est important, plus ce réseau de tranchées s’étend. Parallèlement, des talus de terre sont élevés pour offrir une dissimulation supplémentaire contre les tirs d’artillerie et les frappes aériennes.

Dans ces tranchées sont aménagées des positions spécifiques en béton : des postes pour tireurs d’élite, des positions pour mitrailleuses protégées par des abris supérieurs permettant un feu d’enfilade, des postes d’observation et, surtout, des emplacements pour missiles antichars. Ces dernières positions sont particulièrement distinctives, car elles sont ouvertes à l’arrière pour permettre l’évacuation des gaz produits lors du lancement.

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Au-dessus des tranchées, une route circulaire est souvent aménagée. Elle est dissimulée par un talus qui protège les mouvements des véhicules blindés des regards ennemis. Cette route est essentielle pour les manœuvres de chars, qui peuvent se déplacer rapidement autour du poste, répondre à une attaque depuis plusieurs directions ou se replier vers des positions défensives.

Les positions des chars le long de cette route sont soigneusement étudiées. Une configuration particulièrement ingénieuse, appelée « rampe de police », permet au char de rester caché jusqu’à ce qu’il atteigne un point de tir idéal. En montant une rampe inclinée, le canon du char est orienté vers l’extérieur à travers une ouverture discrète. Une fois au sommet de la rampe, le char peut tirer tout en restant partiellement dissimulé, avant de redescendre et de se repositionner derrière le talus.

Pour compléter ces dispositifs mobiles, des « chars enterrés » sont parfois installés autour du poste. Ces chars, immobilisés et enfouis dans le sol, ont leur canon orienté vers l’extérieur, prêt à tirer sur une menace. Ce système, bien que fixe, permet d’accroître la puissance de feu et d’assurer une défense continue, même si les blindés mobiles doivent se déplacer pour répondre à une attaque ailleurs. Jadis considérés comme des obstacles redoutables, ces « pita » ont été laissés à l’abandon bien avant la chute du régime, témoignant d’un long processus de déliquescence de l’armée de terre d’Assad et de la marginalisation de ce front dans les priorités du régime depuis le déclenchement de la guerre civile. Pendant la dernière décennie, le Golan a davantage intéressé le Hezbollah et l’Iran que le gouvernement syrien.

Jusqu’à l’offensive des rebelles, la frontière était relativement calme, maintenue avec un minimum de forces israéliennes. Désormais, la Syrie est devenue la principale zone d’opération pour Tsahal. Cependant, aujourd’hui, contrairement à la guerre civile de 2011, aucun signe de fumée ou d’explosion n’est visible sur le plateau. Dans le Golan, les activistes encore présents semblent eux aussi désorientés face à la situation et à son évolution. En tout cas, ils se préparent davantage à des dangers venant de l’intérieur qu’à des menaces venant du voisin à l’ouest. Bien que l’objectif israélien soit de maintenir une présence tactique temporaire, la durée de cette opération reste incertaine. Pour l’instant, Tsahal poursuit le renforcement de ses positions dans la zone tampon, tout en maintenant une vigilance renforcée face aux évolutions rapides et imprévisibles de la situation dans cette région stratégique. La décision de déclarer caduc l’Accord de désengagement signé entre Israël et la Syrie le 31 mai 1974, est lourde de conséquences. Surtout, elle traduit la grande méfiance israélienne vis-à-vis les forces qui ont détrôné les Assad. L’ombre de la surprise du 7-Octobre plane encore lourdement sur les forces déployées sur le terrain ainsi que sur les décideurs à Jérusalem.

Anastasia Colosimo: plus couillue que ses délateurs

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Anastasia Colosimo, au palais de l'Elysée, à Paris, 14 mai 2024 © Jacques Witt/SIPA

La conseillère de Macron, fille de l’éditeur bien connu Jean-François Colosimo, se voit reprocher des propos vulgaires. Des journaux sérieux vont jusqu’à l’accuser d’outrage sexiste et de menaces. Les journalistes sont décidément des êtres bien sensibles…


Au cœur d’une actualité internationale surchargée, certains médias ont réussi à trouver le temps de s’intéresser au langage fleuri de la « conseillère presse internationale » d’Emmanuel Macron.

Ils ont même littéralement inventé un « Colosimogate », pour quelques tournures de phrase légèrement grossières tenues dans un contexte privé. Un petit bout de femme à lunettes rondes à double foyer est devenu, en un instant, le symbole d’une macronie arrogante et déconnectée, voire des méthodes fascistes que l’Élysée emploierait contre d’humbles et toujours courtois journalistes.

http://twitter.com/ELevyCauseur/status/1863970594728948085

Une histoire sans queue ni tête

Des messages dégradants et méchants, constituant un harcèlement caractérisé, ont depuis visé Anastasia Colosimo sur les réseaux sociaux. L’essayiste qui aurait dit, oh malheur, avoir envisagé de voter pour Marine Le Pen en 2017, travaille depuis janvier 2023 avec Emmanuel Macron. Âgée de 34 ans, elle est chargée de traduire les positions de l’Élysée sur les grands enjeux internationaux, enjeux ô combien nombreux. Une tâche peu évidente tant ces questions font l’objet d’une constante désinformation mais aussi de multiples incompréhensions. De quoi susciter quelques inimitiés, et quelques disputes, assurément. Normal. Mais, la profession de journaliste compte de nombreuses petites natures que les méthodes de Mademoiselle Colosimo « choquent ».

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Comme souvent dans ce genre d’histoires complaisamment relayées par les médias, nous sommes sûrement face à un cas de rivalité personnelle. Un petit peu comme si un conflit entre collègues de bureau vous concernant faisait la une des actualités ! Mademoiselle serait « sexiste » et « menaçante ». Elle aurait notamment dit à un journaliste : « Tu dois avoir une grosse queue d’homme courageux, j’aimerais bien la voir, la sentir, la toucher ». Le pauvre, sûrement traumatisé par cette réplique, s’est empressé de rapporter tout ça au Nouvel Obs. Répondre directement et en personne à l’essayiste au service du président de la République ? Cela demandait vraisemblablement trop de caractère. Au point qu’on doute maintenant de la taille de la queue que l’infortuné cache finalement dans son pantalon… De nos jours, il est apparemment devenu impossible de se défendre soi-même d’une attaque – même verbale. Nous sommes tellement lyophilisés, que la moindre offense ne peut se régler que par des plaintes devant le tribunal médiatique, des fuites savamment orchestrées sur les réseaux sociaux ou des jérémiades à la direction des ressources humaines.

Culture du viol

Quant au contexte exact dans lequel ces phrases ont été prononcées, nous n’en saurons évidemment rien. Il a été décrété que tout cela était totalement gratuit et à prendre au premier degré. Car, comme le rapporte Le Nouvel Obs, le père de cette machiste en jupons est Jean-François Colosimo, lequel est « lui-même connu pour ses intérêts rapprochés avec le journal Valeurs Actuelles ». Brrr… On se demande bien ce que peut signifier cette culpabilité par association. Les journalistes de gauche auraient-ils un mur des cons dans leur salon, sur lequel ils lancent des fléchettes ?

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Personnellement, si tout ce qu’on en dit est vrai, je la trouve plutôt marrante, cette Anastasia Colosimo. Qu’une fille de son âge puisse balancer à un prêtre du catéchisme cathodique « Tu fais de la merde et tu pisses autour » a son petit fumet séduisant de bar PMU des années 80. On l’imagine nerveuse, façon petite dure en tailleur noir un peu froissé, s’emportant après les chroniqueurs de BFM TV un pastis à la main. Que la communicante nous secoue tous ces fourbes, ça ne peut pas leur faire de mal ! Les Français n’en peuvent plus des faux self, des discours lisses et des hypocrites. Qui adopte toujours un comportement parfaitement approprié dans un cadre privé et / ou professionnel ? Qui ne lâche jamais un « connard » à un enquiquineur ? Toute personne saine et normalement constituée devrait toujours préférer une franche insulte en face-à-face à des calomnies dans le dos. Un peu de vérité, un peu de drôlerie voire un peu de vulgarité ne fait pas de mal. De plus, admettez qu’Anastasia Colosimo fait tout cela avec une certaine inventivité ! 

Dans le journal Le Monde, on apprenait aussi récemment qu’Emmanuel Macron aime chantonner du Michel Sardou dans les couloirs de l’Élysée. De quoi faire dire à Edwy Plenel que le président de la République serait nostalgique du « bon temps des colonies » et défenseur de la culture du viol, puisqu’il est bien connu que le narrateur des Villes de Solitude se confond avec l’interprète Sardou. Alexis Corbière, qui comme Le Nouvel Obs ou Le Monde se situe à gauche de l’échiquier politique, et qui adore le chanteur, a dû être heureux d’apprendre qu’il défendait le droit au viol !

Les bûchers de la liberté

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La Syrie pour les Nuls

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Un rebelle utilise un chargeur de fusil d'assaut pour détruire une photo de l'ancien président Bachar al-Assad le 9 décembre 2024 au poste frontière syro-libanais près de Jdaidit Yabws, en Syrie © Daniel Carde/ZUMA Press Wire/Shutterstock (14994973k)

Syrie. Israël a joué un rôle clé en affaiblissant l’Iran et le Hezbollah par ses frappes ciblées, contribuant ainsi indirectement à l’effondrement du projet d’axe chiite et au succès des islamistes.


La chute d’Assad a entrainé un torrent de commentaires. Nouvelle malchance pour Emmanuel Macron, elle a rejeté dans l’ombre le haut fait de sa présidence, à savoir le pari réussi de la reconstruction de Notre-Dame. 

Les noms de ceux qui sont aujourd’hui les maitres d’une Syrie où régnait depuis 54 ans une dynastie impitoyable, protégée par deux régimes qui font peur, la Russie et l’Iran, étaient inconnus il y a quinze jours. Ils se sont emparés d’un couloir stratégique fait de quatre grandes villes du nord au sud dont l’existence remonte à la nuit des temps, Alep, Hama, Homs et Damas, qui ont été le centre de l’empire omeyyade et les bastions de l’islam contre les croisés. 

Révolution arabe en retard

En août 2012, Obama avait déclaré que l’utilisation d’armes chimiques par la Syrie constituerait une «ligne rouge» à ne pas franchir. Un an plus tard, alors qu’une attaque aux gaz neurotoxiques avait fait des milliers de victimes, le même Obama préféra un «deal» naïf, moralement et politiquement désastreux, à une opération militaire, et accepta une proposition de Poutine qui marquait le retour russe au Moyen-Orient. La Syrie s’engageait à liquider ses stocks d’armes chimiques. Inutile de préciser qu’elle ne l’a pas fait, et il faut saluer l’opération aérienne israélienne actuelle de destruction de ces stocks.

Les experts ne donnaient pas cher à Assad quand la guerre civile a commencé dans l’été 2011, alors qu’étaient renversés ses collègues Ben Ali, Moubarak et Kadhafi en Tunisie, Egypte et Libye. Ils se sont trompés et ils n’ont pas non plus prévu l’écroulement actuel du régime. 

Assad fut soutenu massivement par l’Iran, puis, depuis 2015 par la Russie, qui prétendait lutter contre un terrorisme soutenu par les occidentaux,  mélangeant à dessein les opposants modérés à Assad et les milices islamistes radicales. 

Cette guerre a été terrible, 500 000 morts, encore plus de blessés et mutilés. En combinant les 7 millions de réfugiés et les 7 millions de déplacés internes, plus de la moitié des Syriens se sont enfuis, vingt fois plus que les réfugiés palestiniens de 1948. Depuis près de 10 ans, les réfugiés syriens en Turquie donnent à Erdogan un levier de chantage sur l’Europe, qu’il a utilisé magistralement.

La poche d’Idlib

Le régime de Bachar ne contrôlait pas tout le territoire syrien. Au nord-ouest, jouxtant la frontière et sous protection turque, c’était la poche d’Idlib d’où sont partis les insurgés. Sa population avait triplé lors de la guerre civile et atteignait 4 millions de personnes, deux fois plus d’habitants qu’à Gaza, mais sur une superficie 10 fois supérieure. Les troupes syriennes, malgré l’aide russe, n’étaient pas parvenues à prendre cette poche. Entre les parrains turc et russe, un «gentlemen’s agreement» avait été signé en 2018 car Erdogan était trop utile à Poutine pour qu’il laisse éclater une vraie guerre. La passivité actuelle de la Russie vient aussi de ce choix de préserver ses relations avec la Turquie.

Le mouvement HTS (Hayat Tahrir al-Cham, HTS ou HTC suivant qu’on transcrit le mot Sham «Syrie» avec un S ou un C) qui contrôle Idlib, et aujourd’hui la Syrie, est qualifié de terroriste non seulement par les États-Unis, mais par la Turquie qui le soutient par ailleurs, continuel double jeu de Erdogan. On dit que le financement du HTS provient en grande partie du Qatar….

Le chef de HTS depuis sa création il y a douze ans sous le nom d’al Nosra, est Abou Mohamed al-Joulani, fils d’une famille de la bourgeoisie syrienne, qui coche toutes les cases du djihadisme: prison d’Abu Ghraib, allégeance au sanguinaire Abu Moussab al Zarqawi, puis à Abu Bakr al-Baghdadi, le chef de Daech, puis à Ayman al Zawahiri, successeur de Ben Laden à al-Qaida, mais depuis plusieurs années, il semble bien avoir rompu avec ces mouvements qui prônent le djihad global. Il dit vouloir se concentrer sur la situation en Syrie. Dans ce cas, il lui reste fort à faire, car peu de pays sont dans un état économiquement et humainement aussi catastrophique.

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Le gouvernement du Rojava

Parmi les organisations coopérant avec HTS, il y a l’Armée nationale Syrienne, un nom trompeur pour des milices entièrement à la solde de la Turquie. Elles seront le fer de lance d’une offensive probable contre les Kurdes qui occupent un grand territoire au Nord Est de la Syrie, qu’ils appellent le Rojava. Là se trouvent le pétrole syrien et les prisons où sont détenus les djihadistes de Daech. L’Union démocratique, le parti kurde modéré qui y prédomine est considérée par Erdogan comme un faux nez du PKK, son ennemi juré.

Les Kurdes ont été les meilleurs alliés de l’Occident dans la lutte contre Daech et les Américains ont gardé 900 soldats dans la région, ainsi que, tout près en Jordanie et à la frontière irakienne, la Tour 22, une importante base militaire.

Le 10 décembre, HTS a repris aux troupes de Bashar, Deir el Zohr, la grande ville de l’Est syrien, et vient ainsi au contact des Kurdes. Un face-à-face avec les Américains alors qu’il a fait reculer les Russes ne peut que faire plaisir à Erdogan. Il est possible, probable même, que les Américains refuseront l’affrontement et que les jours de l’autonomie kurde au Rojava sont comptés.

Le massif des Alaouites

Provenant des montagnes à l’ouest du pays, les Alaouites forment 10% de la population syrienne, les Assad en font partie.

C’est une secte ésotérique historiquement méprisée par l’islam sunnite. Leur vénération pour Ali, gendre du Prophète, mais surtout, l’intérêt d’une alliance avec Hafez el-Assad, ennemi acharné de l’Irakien Saddam Hussein, avec qui Khomeini était en guerre, avait poussé ce dernier à proclamer opportunément dans une fatwa que les Alaouites faisaient partie du chiisme duodécimain, celui de l’Iran. 

L’excellence des relations des sunnites du Hamas avec l’Iran et le régime Assad ne se transpose pas aux fondamentalistes sunnites syriens. Ceux-ci gardent la mémoire du massacre de Hama en 1982 perpétré par Hafez el-Assad contre les Frères Musulmans. Pour Joulani, les Alaouites sont des hérétiques, même s’il déclare ne pas vouloir s’en prendre à eux. Quant aux Iraniens, le saccage de leur ambassade dit l’hostilité populaire.  Le lien syrien entre l’Iran et le Hezbollah est donc rompu et il est à prévoir que des règlements de compte auront lieu à Téhéran à la suite de l’anéantissement du grand projet d’axe chiite.

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Quelques remarques

Aujourd’hui, des témoignages indiquant que la charia n’est pas appliquée à Idlib avec rigueur s’ajoutent aux déclarations apaisantes de Joulani et alimentent les espoirs des optimistes. Les pessimistes rappellent les illusions sur l’arrivée de «Talibans modérés» à Kaboul et les plus anciens se souviennent des déclarations sur la liberté qu’allait apporter l’ayatollah Khomeini au peuple iranien. 

Aujourd’hui aussi, il y a unanimité en France sur l’horreur du règne des Assad. Mais dans le passé, les complaisances furent nombreuses et ne se limitent certainement pas à Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon. Quant à l’ONU, suivant UN Watch, l’Assemblée Générale a voté depuis 2015 156 résolutions contre Israël et 11 contre la Syrie. Assad a été réélu en 2021 avec 95% des voix et ce truquage, finalement internationalement banal, n’a entrainé  aucune sanction.

Bachar al-Assad a été un mauvais dictateur qui avait la cruauté, mais pas l’intuition du rapport de forces. Laissant son armée en déshérence, il s’est reposé sur ses protecteurs, qu’il s’est de plus parfois mis à dos. La Russie ne lui a offert qu’un asile «humanitaire». Comme elle veut préserver sa base navale de Tartous, la seule en Méditerranée, et sa base aérienne de Hmeimim, près de Lattaquié, elle a vite accepté le changement de drapeau sur l’Ambassade de Syrie à Moscou.

Enfin, chacun comprend que l’évaporation du Hezbollah et des forces iraniennes a été provoquée par les coups qu’Israël leur a portés, facteur majeur et paradoxal du succès des islamistes. Ceux-ci sont désormais à la frontière d’un Golan d’où est issu leur chef, car Joulani signifie en dialecte syrien, l’homme du Golan. Mais pour Israël, cette proximité est gérable et tout ce qui affaiblit l’Iran est bon à prendre…

Pour Boualem Sansal

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Boualem Sansal © Hannah Assouline

« La gauche n’aime pas la liberté ! » se désole notre directrice de la rédaction au micro de Sud Radio


Boualem Sansal reste en prison. La Cour d’Appel d’Alger a rejeté son appel hier. En son absence, et en l’absence de son avocat français, interdit d’entrer en Algérie. Depuis le 16 novembre, un écrivain français est détenu par la justice algérienne, poursuivi pour « atteinte à l’unité nationale » et « complot contre la sûreté de l’État ». Il risque la perpétuité. Personne n’a eu de contact avec lui sinon ses avocats algériens commis d’office.
Ses crimes: des écrits, des propos et son irrévérence assumée et joyeuse envers l’islam et envers le régime algérien. Je connais peu d’hommes aussi libres.
Il est otage de la crise franco-algérienne. Son arrestation est un bras d’honneur des Algériens après le tournant marocain et notre reconnaissance du Sahara oriental. Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris (sous tutelle directe d’Alger depuis 1982), longtemps présenté comme un modéré, n’a pas eu un mot pour son collègue de l’Académie des sciences d’outre-mer. Et tous les réseaux algériens en France répètent les éléments de langage du régime de façon assez dégoutante.
La France officielle s’agite en sous-main, mais semble tétanisée. Pas de vagues. Ne les énervons pas. Pour l’instant, cette stratégie de l’hyper-prudence et du silence s’est avérée inefficace. Sommes-nous capables d’utiliser nos moyens de pressions réels : visas, traité de 1968, comptes de la nomenklatura algérienne ?

À lire aussi, Arnaud Benedetti: Qui a peur de Boualem Sansal?

Pour Arnaud Benedetti, directeur de la Revue Politique et Parlementaire, qui organise une soirée de soutien lundi à Paris, le plus grand danger est l’ensevelissement dans l’indifférence. Il y a pire que l’oubli : certains, toute honte bue, en profitent pour cracher sur l’écrivain. Comme Sandrine Rousseau, au micro de Sud Radio, il y a deux jours.

C’était le pompon de l’abjection. J’ai bondi quand je l’ai entendue. Sansal n’a pas à être en prison MAIS ses positions relèvent de l’extrême droite et du suprémacisme, nous a-t-elle dit. Selon la députée, il dirait qu’une civilisation est supérieure à une autre. Cela prouve qu’elle n’a jamais lu une ligne de lui et récite sa leçon. Elle aurait certainement dit aussi que Soljenitsyne était trop anticommuniste et Salman Rushdie islamophobe. Son tweet a d’ailleurs été publié par TSA, un des médias aux ordres du gouvernement algérien – à sa place j’aurais honte. Commentaire : vous voyez bien, cet écrivain d’extrême droite ne fait pas l’unanimité en France.
Je vois là une faillite morale de presque toute la gauche. Un écrivain est accusé de crime-pensée comme on dit dans 1984, emprisonné parce qu’il est libre et ose défier un pouvoir prédateur et dictatorial, et c’est le silence radio chez LFI et les Ecolos. Au PS, c’est service minimum à quelques voix près (M. Guedj, M. Delafosse, Mme Delga). Nos personnalités politiques de toute la vieille gauche sont doublement gênées : un peu complaisantes avec la dictature algérienne par repentance coloniale, et aussi un peu complaisantes avec l’islam politique par ailleurs. C’est exactement comme après Charlie. C’est pas bien de tuer des journalistes, MAIS ils n’auraient pas dû… Je vois là-dedans de la lâcheté, du cynisme et surtout, une haine sidérante de la liberté. Cette gauche a déjà le déshonneur, j’espère que les Français lui infligeront vite la défaite qu’elle mérite.

Comite.soutien.boualem.sansal@gmail.com
16 décembre à 20 h, 4 boulevard de Strasbourg, Paris


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio

Marine Le Pen, les citoyens et les analystes…

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10 juillet 2024 © Tom Nicholson/Shutterstock/SIPA

Les éditorialistes nous disaient ces derniers jours que Marine Le Pen s’était fait hara-kiri en votant la mention de censure du gouvernement avec les LFIstes. Un sondage d’opinion effectué après le vote de la censure montre au contraire qu’elle creuse l’écart et se placerait nettement devant ses adversaires si l’élection présidentielle se tenait dimanche. Mme Le Pen a déclaré à Télématin: « Je pense que les responsables politiques et les commentateurs devraient être prudents dans leurs analyses (…) Il ne faut pas qu’ils prennent leurs rêves pour la réalité ».


Un sondage Fiducial / Sud Radio / Figaro Magazine fait après la motion de censure, place Marine Le Pen au premier tour de la future élection présidentielle, avec 36 % face à Édouard Philippe qui serait à 25 % ; et à 38 % devant un Gabriel Attal à 20 %.

Les politologues désavoués

Nous sommes encore loin de 2027 mais ce sondage est éclairant pour peu que les bouleversements et les incertitudes politiques ne conduisent pas le président de la République à jeter l’éponge avant l’heure. Même s’il l’a totalement exclu récemment, cela n’avait pas toujours été sa position.

Ce sondage semble démontrer qu’il faut davantage faire confiance aux personnalités publiques en lice pour demain qu’aux analystes et aux politologues. Il est clair qu’avec son intuition, Marine Le Pen a mieux perçu les humeurs et les désirs de son électorat que tous ceux qui, en chambre, bâtissaient des théories et concluaient péremptoirement que le vote de la motion de censure par le Rassemblement national allait lui faire perdre sa respectabilité durement conquise et décourager une part de ses militants. Apparemment c’est l’inverse, sans surestimer le caractère évidemment très ponctuel de ce sondage.

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Il est facile de comprendre l’erreur assez constante des journalistes politiques dans leur approche du RN. En effet, à quelques exceptions près, ils sont enclins à confondre leurs désirs avec la réalité. Ils perçoivent mal celle-ci parce qu’elle a le grand tort de ne pas se plier à leurs vœux. C’est un mouvement subtil qui, paraissant ne pas exclure lucidité et bonne foi, les conduit pourtant souvent à faire passer leurs convictions avant les froides constatations qui devraient être les leurs.

On me pardonnera mais les émissions où les analyses les plus pertinentes ont été faites sur Marine Le Pen, le vote de la motion de censure et ses conséquences possibles, ont été celles de CNews, notamment à « l’Heure des pros », par Gérard Carreyrou.

Marine satisfaite de sa « médaille d’or de l’opposition »

Il me paraît malheureusement inéluctable que la manière étrange dont le RN est traité – il n’a pas été convié aux échanges élyséens auxquels Marine Le Pen dit qu’elle ne se serait pas rendue : la dignité affirme refuser ce qui ne lui a pas été proposé ! – va amplifier son influence et lui donner, comme sa candidate l’a affirmé, la médaille d’or de l’opposition. Quoi de mieux pour un parti qui, tout en cherchant à se normaliser – au point parfois de se banaliser – se retrouve, grâce au président de la République qui n’est plus à une volte près, gratifié du statut de dissident et d’exclu !

Ce sondage dément les analyses des spécialistes parce que les citoyens mêlent à leur adhésion une infinité de considérations (soutien au RN, hostilité à l’encontre d’Emmanuel Macron, médiocrité des autres partis, volonté éperdue de changement) qui ne sont pas appréhendées dans leur globalité. Mais il ne garantit pas que Marine Le Pen sera élue en 2027.

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Si elle est remarquable tactiquement et politiquement pendant le trajet, je continue à penser que sa limite est de ne jamais l’être le jour J, arrivée à destination. Comme s’il y avait quelque chose chez elle qui la perturbait, la peur de gagner ? Non pas qu’elle ne le veuille pas, comme son père il y a des années, mais l’imminence de la victoire à portée démocratique l’entrave au lieu de la stimuler.

J’ai toujours éprouvé dans la vie intellectuelle, judiciaire, politique et médiatique une certaine méfiance à l’égard des prétendus sachants, des experts qualifiés, des doctes journalistes, de tous ceux qui prétendent nous enseigner ce que notre esprit, notre sensibilité et notre culture nous ont déjà appris. Ce n’est pas ce sondage qui me guérira…

Les blâmés de la République

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Grève du personnel de l'hôpital Pierre-Oudot de Bourgoin-Jallieu (Isère), pour protester contre les conditions de travail et les restrictions budgétaires dans les hôpitaux publics, 24 mars 2022 © Mourad ALLILI/SIPA

Improductifs, profiteurs, paresseux, bien payés, bénéficiant d’une retraite dorée et d’arrêts maladie indus : par temps de crise, les fonctionnaires ont mauvaise presse. L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy s’érige contre les caricatures qui font porter le chapeau de la dette et de l’inertie française aux seuls agents publics.


Les boucs émissaires sont de retour. Tout le monde a le sien et chacun en a même plusieurs. Il y en a toujours eu. Ils prolifèrent particulièrement dans les pays en crise, où le besoin de trouver des responsables à ses malheurs se répand au fur et à mesure que la vie devient plus difficile pour un nombre croissant de citoyens. Cette recherche de coupables transforme les sociétés malades en creuset de rancœurs et de jalousies. C’est comme cela, c’est la nature humaine. On a beau être pétri de rationalité, on agit comme si, en se débarrassant du coupable désigné, on allait guérir de ses souffrances.

La haine du fonctionnaire est partout

Le problème c’est qu’en général le bouc émissaire est innocent. Heureusement, on ne le tue pas, sauf quand la violence collective dérape. Mais enfin l’animosité est bien là. Parmi les boucs émissaires qui pullulent de nos jours, il y a le fonctionnaire. Ah, comme nous serions heureux si nous pouvions nous en débarrasser ! C’est un vampire suçant le sang des travailleurs qui gagnent difficilement de quoi vivre à la sueur de leur front. Son salaire, c’est l’argent de nos impôts. C’est un fainéant, bardé de privilèges, toujours en arrêt maladie, qui a la garantie de l’emploi à vie avec un salaire plus élevé, une retraite plus avantageuse que tout le monde et dont la charge creuse nos déficits, alourdit notre dette et plombe l’avenir de nos enfants.

Comme si le fonctionnaire ne payait pas d’impôts, faisait toujours semblant d’être malade, nageait dans l’opulence, ne produisait rien et n’avait pas d’enfants qui devront rembourser la dette ! J’exagère ? Non. Il suffit d’écouter ce qui se raconte au café du coin et se dit sur les plateaux de télévision, à l’Assemblée nationale, dans le gouvernement, dans certains partis, de lire ce qui est écrit dans les journaux : la haine du fonctionnaire est partout, comme la haine de l’État, parmi bien d’autres haines, il est vrai. Haine qu’une partie de la classe politique nourrit pour détourner d’elle la colère populaire suscitée par ses défaillances bien réelles, s’évertuant cyniquement à diviser pour régner – ce qui est la pire des politiques qui soit. Travailleurs indépendants contre salariés, retraités contre actifs, urbains contre ruraux, banlieusards contre habitants des centres-villes, salauds de pauvres contre salauds de riches, salariés du privé contre ceux du public…

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Qu’importe que les fautes du bouc émissaire soient imaginaires. Plus le mensonge est gros et mieux il passe. Que l’actualité nous livre un vrai coupable, fraudeur, tricheur, profiteur, délinquant, et tous ceux qui lui ressemblent deviennent coupables : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère! » Un fonctionnaire est coupable, ils le sont tous, car le fonctionnaire n’a pas de nom, ni de visage, il n’est qu’un statut, un statut de privilégié. On se demande pourquoi avec tous les privilèges qu’on lui prête, on peine tant à en recruter dans la plupart des métiers de la fonction publique, raison pour laquelle le nombre de candidats aux concours, donc leur sélectivité, s’est effondré.

Et si c’était parce que leurs conditions de travail se sont considérablement dégradées comme celles des policiers, des enseignants, des soignants, dans un État ravagé par les lubies du management et les cost-killers, dont les méthodes tuent les services publics autant que les entreprises ? Parce qu’à qualification égale, ils sont moins bien payés que dans le privé avec un écart qui se creuse quand on monte dans la hiérarchie des qualifications ? Parce que le point d’indice de la fonction publique a été gelé de 2010 à 2023 et que cela a considérablement amputé leur pouvoir d’achat en début de carrière ?

Un drôle de privilège

En 2023, on a fini par revaloriser le point d’indice, mais de moins que l’inflation de l’année, et beaucoup de gens ont crié au scandale et dénoncé un cadeau aux fonctionnaires. Quel cadeau ? Plus le mensonge est gros… On me dira qu’ils se rattrapent sur leur retraite avec un mode de calcul beaucoup plus favorable que celui du privé. On oublie que ce mode de calcul est destiné à compenser le fait que les primes, qui représentent une partie très importante de la rémunération, ne sont pas prises en compte et qu’en définitive, le taux de remplacement du salaire est à peu près le même. Encore un privilège qui n’existe pas. Qu’importe la vérité. Plus le mensonge est gros…

Ah, mais il y a aussi les arrêts maladie. Le fonctionnaire territorial, ce fainéant, « ce pelé, ce galeux », comme dirait La Fontaine, en prendrait beaucoup plus que le salarié du privé, qui a trois jours de carence quand l’agent public n’en a qu’un. C’est ce que dit un rapport officiel. Privilège inacceptable ! Sauf que ce rapport dit aussi que les agents de l’État et de la fonction publique hospitalière n’en prennent pas plus que les salariés du privé.

Enfin, il paraît que le fonctionnaire ne produit rien et que seuls les emplois dans les entreprises apportent de la richesse. Cela voudrait dire que l’infirmière libérale produirait de la richesse tandis que l’infirmière de l’hôpital ne serait qu’une charge; que l’agent de sécurité salarié d’une entreprise privée produirait de la richesse tandis que le policier ne serait qu’une charge; que l’enseignant du privé produirait de la richesse et que celui du public ne serait qu’une charge. Et que dire du chauffeur du bus scolaire engagé par la mairie, de plus en plus difficile à trouver, et sans lequel beaucoup d’enfants ne pourraient pas aller à l’école et de parents arriver à l’heure à leur travail ? A-t-on jamais vu un raisonnement économique plus absurde que celui qui fait de l’agent public un improductif qui se gaverait de nos impôts ? Plus le mensonge est gros…

Je conclurai ce billet d’humeur en remarquant que ceux qui tapent sans arrêt sur les agents publics passent leur temps à en réclamer davantage pour les soigner, les protéger, les secourir, faire rouler les trains, instruire leurs enfants et pour tant d’autres choses.

Ah, « mon cher et vieux pays » perdu dans ses contradictions, les mensonges de ses faux prophètes et les vieux démons des sociétés malades !

A la septième fois, les murailles tombèrent

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La bande d’hystériques de Noémie Merlant et Céline Sciamma

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© Tandem

En s’attaquant au cinéma de genre, Noémie Merlant pensait-elle défendre le genre féminin ? Raté


Noémie Merlant est comédienne. Depuis peu, Noémie Merlant est cinéaste. Demain, peut-être, sera-t-elle aux côtés d’Adèle Haenel la porte-parole du féminisme au cinéma. Pour l’instant, elle nous arrive avec sa deuxième réalisation explicitement intitulée Les Femmes au balcon, une fiction marseillaise qui se veut un film de genre, en l’occurrence très genré : tous les hommes y sont des crétins décérébrés. Jusque-là tout va bien. Mais Noémie Merlant s’est-elle bien rendu compte que toutes les femmes qui leur font face ne valent pas mieux ? On nous rétorquera qu’elles prennent symboliquement le pouvoir, qu’elles deviennent les moteurs de l’histoire et de l’Histoire. Vraiment ? À la bêtise masculine succède l’imbécillité féminine… La belle affaire ! Rien ne vient sauver ces pauvres personnages qui crient, hurlent et se déchaînent pour un rien. Et pour rien.


Emmanuel Macron et le programme de 1965

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L'humoriste français Pierre Dac (1893-1975). DR.

On hésite en haut lieu quant au nom du futur Premier ministre. Notre chroniqueur prend de son côté le parti d’en rire.


1965. Année d’élections présidentielles d’importance et de conséquences historiques s’il en fut jamais. À l’issue du premier tour de scrutin, le général De Gaulle se trouve mis en ballotage par le candidat de gauche François Mitterrand. Surprise, surprise ! Le pays ne s’attendait guère à cela. Face à face pour le second tour entre deux hommes d’exception, certes, mais aussi deux programmes. Cependant, gardons-nous d’oublier que, pendant un temps, un troisième menu des réjouissances républicaines avait été proposé aux Français, porté par un candidat surgi de nulle part bien qu’il fît depuis deux décennies les délices de nombre de citoyens, toutes classes sociales et tous bords politiques confondus. Il est vrai que ce personnage officiait jusqu’alors dans un registre bien différent.

Cet inattendu troisième homme lança officiellement sa campagne le 9 février 1965 lors d’une conférence de presse à laquelle assistait le tout Paris de l’époque. On se pressait là pour entendre l’orateur développer sa vision des choses, exposer son plan pour la comète France, présenter sa formation politique. L’intitulé retenu pour le parti avait également de quoi surprendre : Mouvement Ondulatoire Unifié. C’était nouveau, cela changeait des appellations habituelles. Il faut dire que le génial inventeur de la chose sortait lui-même de l’ordinaire. Son nom, Pierre Dac, l’âme et l’esprit du regretté organe de presse l’Os à Moelle, alors la substantifique lecture des garnements de mon espèce.

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Le slogan lancé ce jour-là et qui fut bientôt sur toutes les lèvres : « Les temps sont durs, votez M.O.U. »

Eh bien, ne pourrait-on pas considérer que c’est en quelque sorte cette ligne que semble vouloir suivre notre actuel président de la République, explorant à grand renfort de consultations les cinquante nuances de Mou à sa disposition ? Il n’en manque pas. Du mou extrême centre, du mou droite honteuse, du mou gauche repentie, du mou hybride carpe-lapin. Quel que soit le chanceux sorti du chapeau, on peut être sûr d’une chose : il y aura de l’ondulatoire dans le mouvement et de l’unifié de façade. En un mot comme en cent, l’intégral du troisième programme de 1965 mis en œuvre à soixante ans de distance. De quoi enchanter, notre Pierre Dac, jusqu’à ce jour indiscutablement le maître absolu de la discipline. À moins, bien sûr, qu’à force de se montrer si obstiné en loufoquerie dans sa conduite des affaires, le président ne finisse par le détrôner. On ne peut exclure que ce ne soit-là son ultime ambition. Il aime tant être le premier en tout !

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La « solution à deux États », tarte à la crème diplomatique

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Tel Aviv © DR

Depuis des décennies, le mirage de la « solution à deux États » s’impose comme une évidence politique. Pourtant, derrière ce concept séduisant se cache une manipulation historique. Entre réécritures de l’Histoire, instrumentalisation des faits et dévoiement des idéaux, cette idée, présentée comme une réponse pacifique, s’avère être une menace existentielle pour l’État juif. Retour sur un siècle d’escroquerie intellectuelle et politique.


De Marine Le Pen à François Ruffin, en passant par les centristes et les habitués des plateaux télé, tous semblent s’abreuver depuis des années et sans retenue au doux poison de la « solution à deux États ». Ce stupéfiant, déguisé en vertu suprême, a trompé leur raison et effacé toute mémoire historique.Plus tragique encore, même certains Juifs – visiblement oubliés par la dignité – en deviennent les porteurs zélés, comme pour parachever l’absurdité du spectacle.

Un mirage touchant

Ces derniers jours, une grande nouvelle ravit les adeptes du palestinisme, le tandem Macron-Ben Salmane va « accompagner la création d’un État arabe en Palestine ». Mirage touchant qui repose sur une routine bien huilée : ignorer les faits, falsifier l’Histoire et remodeler la réalité au profit d’une cause prétendument juste.

Sur les plateaux télévisés, dans les amphithéâtres des universités et jusque dans les travées de l’Assemblée nationale, la grande réécriture bat son plein. On voudrait nous faire croire que les Juifs sont apparus ex nihilo en 1948, armés jusqu’aux dents, pour déraciner un peuple innocent et conquérir en quelques jours un « pays » qui n’aurait jamais été le leur.

Stop ! Il est temps d’interrompre ce délire et de mettre fin à cette amnésie collective volontairement entretenue.

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La création d’un État arabe en Palestine n’est rien d’autre qu’un Cheval de Troie, savamment conçu au XXe siècle, pour légitimer poliment – mais sûrement – la haine du Juif. Il est donc urgent de comprendre pourquoi cet État, présenté comme une solution miracle, constitue en réalité une menace existentielle pour Israël et les Juifs de la Diaspora.

Pour mesurer l’ampleur de cette escroquerie palestinienne, il suffit de remonter à 1917. Cette année-là, la Déclaration Balfour engage la Grande-Bretagne à établir un foyer national juif en Palestine. Le mandat britannique sur la Palestine naît en 1920 : ce vaste territoire inclut ce qui deviendra plus tard Israël et la Jordanie. Cette promesse intervient après des siècles de colonisation ottomane et arabe.

Les Arabes arrivés en Palestine au VIIe siècle lors des conquêtes musulmanes étaient, pour l’immense majorité d’entre eux nomades et indistincts dans leur langue comme dans leur culture des autres tribus arabes de la région. Pourtant, malgré des siècles d’occupation de cette terre, jamais l’idée d’un « État palestinien » ne leur effleura l’esprit, ni à l’ouest ni à l’est du Jourdain. Aucun « État palestinien » n’a jamais existé…

Erreurs

Le retour des Juifs en Palestine change radicalement la donne. Ce territoire, laissé en grande partie à l’abandon, retrouve une fertilité et une prospérité économique inédites, fruits des efforts sionistes. Bien que les Arabes locaux profitent de ces exploits, ils voient d’un très mauvais œil le retour de ces Juifs exilés. Leur principal grief ? Ces derniers mettent à mal le panarabisme et refusent désormais la dhimmitude traditionnelle, ce statut de subordination imposé par la charia qui évite la mort.

Pour calmer les « tensions » – un mot si pratique pour euphémiser les violences arabes –, les Britanniques trahissent peu à peu l’esprit de la Déclaration Balfour. En 1922, ils décident même de diviser le mandat sur la Palestine. En guise de « remerciement » au roi Abdallah d’Arabie, fraîchement défait dans une guerre tribale et allié de la Triple Entente pendant la Grande guerre, les Britanniques lui offrent sur un plateau 77% du mandat palestinien. Cette portion devient la Transjordanie, qui deviendra le royaume hachémite de Jordanie en 1946.

Imaginez un instant que la Transjordanie ait conservé le nom de Palestine. Quel soulagement cela aurait été ! Aujourd’hui, toute discussion sur un « État arabe palestinien » serait définitivement classée. Mais non. Ce flou sémantique, né d’une simple décision de renommage, a permis l’émergence du grand coup de bluff contemporain : la revendication d’un État arabe supplémentaire à l’ouest du Jourdain.

La vérité, pourtant, est limpide. La Palestine fut divisée en 1922. À l’est du Jourdain, un État arabe a vu le jour : la Transjordanie, future Jordanie. À l’ouest, les Juifs du Yichouv, convaincus que ce partage mettrait fin aux revendications arabes, ont commis le péché – presque biblique – de croire aux vertus des concessions territoriales pour vivre en paix.

Mais l’avenir leur montrera qu’ils se sont lourdement trompés. Non seulement cette paix est restée une chimère, mais cette erreur sémantique – ne pas avoir conservé le nom « Palestine » pour la Transjordanie – a ouvert la voie à une invention : celle d’un nationalisme palestinien, conçu non pas pour justifier l’existence d’un nouvel État arabe, mais pour la destruction pure et simple d’Israël.

Quand le grand mufti pactisait avec les nazis

Depuis lors, Israël fait face à une campagne incessante d’hostilité : guerres, attentats, boycotts et pressions internationales. Sous le prétexte habile d’une « autodétermination palestinienne », le monde exige un deuxième partage de l’ancienne Palestine britannique, comme si celui de 1922 n’avait pas suffi à grignoter le territoire juif.

Pour obtenir une paix réelle, deux options s’offrent aux Arabes : accepter de vivre dans l’État-nation du peuple juif ou bien émigrer en Jordanie, le véritable Etat arabe palestinien.

L’autre raison qui accompagne l’illégitimité politique de l’État arabe en Palestine réside dans l’antisémitisme constant qui traverse le palestinisme. « Dis-moi qui sont tes leaders, et je te dirai qui tu es » : connaître ceux qui incarnent cette « cause » permet de faire toute la lumière sur la malhonnêteté de ce combat.

Dans les années 1930, il n’existait pas de nationalisme palestinien à proprement parler. Celui-ci se confondait avec le panarabisme porté en partie par le Grand Mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini. Ce dernier rêvait d’un bloc panarabe incluant l’Irak, la Syrie, la Palestine et l’Égypte. À l’image des ambitions expansionnistes de l’Allemagne en Europe ou du Japon en Extrême-Orient, il envisageait un empire arabe au Moyen-Orient. La présence juive en Palestine représentait un obstacle majeur à ce projet. Pour y faire face, al-Husseini incitait régulièrement à la violence antisémite, comme en témoigne le terrible pogrom de 1929 à Hébron, commis par ses sbires.

Toute la politique arabe d’al-Husseini en Palestine peut se résumer par ses propos tenus le 21 janvier 1944 devant des SS bosniaques musulmans : « Les Juifs sont les pires ennemis des musulmans. Il existe des similitudes entre les principes de l’islam et ceux du national-socialisme. ».

Après 1948, l’identité arabe palestinienne demeure ambiguë et rattachée à la grande nation arabe. Contrairement à ce que prétendent les partisans de la « cause palestinienne », le conflit au Proche-Orient ne trouve pas son origine dans une aspiration des Arabes palestiniens à créer un État. Cette idée, selon laquelle le conflit découlerait d’un refus israélien d’accepter la création d’un État arabe palestinien depuis 76 ans, relève du fantasme.

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En effet en 1964, seize ans après la création d’Israël, l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) voit le jour. Mais curieusement, à ce moment-là, la Judée-Samarie alias Cisjordanie est sous contrôle jordanien, et Gaza, sous domination égyptienne. Alors, pourquoi créer une organisation « de libération » quand il n’y a rien à « libérer » sous contrôle israélien ? La réponse est simple : l’OLP n’a jamais eu pour objectif un État aux côtés d’Israël, mais bien à la place d’Israël : une Palestine exclusivement arabe, où les quelques Juifs autorisés à rester seraient de bons Dhimmis…

Cette volonté d’extermination n’était pas cachée. À ce propos, Ahmed Choukairy, premier président de l’OLP, déclarait joyeusement le 23 mai 1967 sur Radio Damas : « Il n’y aura pratiquement aucun survivant juif. » Une promesse ambitieuse, mais la guerre des Six Jours allait refroidir ses ardeurs.

Son successeur, le criminel Yasser Arafat, a repris la même ligne, avec un sens aigu de la duplicité. Bien qu’ayant reçu le prix Nobel de la paix, Arafat n’a jamais prononcé le mot « paix » en arabe. Il utilisait en revanche le terme houdna, désignant une trêve temporaire en islam, destinée à préparer les prochaines offensives. Après les accords de la soumission juive à Oslo, présentés en Occident comme une percée remarquable vers la paix, Arafat déclarait à Stockholm : « Nous planifions l’élimination de l’État d’Israël et l’établissement d’un État purement palestinien. Nous rendrons la vie insupportable pour les Juifs par une guerre psychologique et une explosion de population. »

Les accords d’Oslo, tout comme le don du Goush Kativ (bande de Gaza) en 2005, n’ont été qu’un piège supplémentaire pour Israël. Ces gestes de bonne volonté, salués avec naïveté en Occident, ont coûté des milliers de vies juives et affaibli la dissuasion israélienne. Le massacre génocidaire du 7-Octobre 2023 illustre tragiquement où mènent ces concessions. Mais certains continueront sans doute à dire qu’il faut encore « tendre la main » – peut-être pour mieux se la faire couper.

Pour conclure, quoi de mieux que les belles paroles de feu Hussein de Jordanie, à un quotidien arabe paraissant à Paris, An-Nhar al-Arabi w’al-Daouli, le 26 décembre 1981 : « La vérité, c’est que la Jordanie c’est la Palestine, et la Palestine c’est la Jordanie. »