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Les prédictions du mage Mélenchon

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Le leader de l’extrême gauche française prédit la chute très rapide de François Bayrou et annonce qu’il est actuellement à la recherche des 500 parrainages pour l’élection présidentielle. « Ça se finira entre le RN et nous », prévoit-il avec gourmandise.


Traditionnellement, en cette période de l’année, les voyantes astiquent leur boule de cristal et livrent au public leurs prédictions pour les douze mois à venir. Ce samedi 21 décembre, répondant à une interview du journal Le Parisien, c’est M. Mélenchon qui s’adonne à cet exercice. Il prédit, il vaticine, apportant à cet art un souci d’exactitude que les pythies les plus en vue ne peuvent que lui envier. « Bayrou ne passera pas l’hiver », assène-t-il, sûr de lui. Certes, il n’est pas le seul à le penser, mais ce en quoi il se distingue est la précision de l’annonce. Qu’on en juge ! Selon lui, le gouvernement Bayrou tombera très exactement le 16 janvier, quarante-huit heures après son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale. La cause ? Le recours au 49-3 pour le vote du budget que prédit aussi le visionnaire, assorti de la motion de censure qui s’ensuivra mécaniquement et dont il se targue de savoir à l’avance qu’elle sera effectivement votée, la gauche faisant le plein notamment avec l’apport des égarés dont notre devin se fait fort d’annoncer « le retour au bercail », autrement dit dans les rangs disciplinés de la gauche sous influence. À moins, envisage-t-il aussi, que le couperet ne tombe avant cela lors du vote de confiance que lui et ses amis auront exigé d’emblée…

M. Mélenchon prophétise aussi la fin anticipée du long séjour élyséen de M. Macron. Non seulement, il le voit venir, mais il le prépare. Lorsque le journaliste lui demande s’il sera candidat à une présidentielle anticipée en 2025, la réponse fuse : « Une candidature insoumise sera proposée comme candidature commune à ceux qui le voudront, livre-t-il. Notre équipe nationale proposera un nom aux parlementaires Insoumis qui trancheront. » Le programme sera prêt en janvier. « Nous sommes unis, prêts à gouverner, solides ». On n’en saura pas davantage, l’interviewé n’allant pas jusqu’à prédire le nom qui pourrait sortir du chapeau. Suspense insoutenable. Nous autres avons bien une petite idée. Et M. Mélenchon aussi, probablement.

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Le journaliste fait alors observer que ce projet de candidature exclusivement insoumis pose la question de savoir si le NFP (Nouveau Front populaire) existe encore. Là, surgit une réplique des plus imagées : « La preuve du pudding, c’est qu’on le mange. » Cela signifierait-il que la meilleure preuve de l’existence du NFP serait que, à terme, comme le pudding, il devrait se faire dévorer ? Même dans le cadre d’une interview de presse, il arrive que l’inconscient parle tout haut. En fait, le leader de LFI se persuade que la discipline qui a prévalu pour la précédente motion de censure contre le gouvernement Barnier rejouera à l’identique le moment venu. « On votera la censure ensemble ! » annonce-t-il sans le moindre doute. Il ne croit pas en effet un seul instant à ce que raconte François Hollande, à savoir que les socialistes auraient repris leur liberté. Là, on devine le haussement d’épaules. « Être appelé à l’humilité par des gens qui ont fait 1,75% à la présidentielle, c’est toujours cocasse. » Et d’ajouter : « Le PS fait un très mauvais choix avec Hollande. » À propos de choix discutables, la question de savoir si celui de la ligne politique qu’il observe depuis les attentats du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 ne serait pas de ceux-là, il répond non, catégoriquement. « D’autres ont affiché un désaccord avec nous et se sont aveuglés devant le génocide. Notre politique ne sera jamais opportuniste (…) Nous tournerions le dos à ceux que nous voulons représenter. Pour nous, avoir gagné l’estime de la classe ouvrière, l’affection des quartiers populaires, le soutien majoritaire des jeunes, celui d’intellectuels critiques, est notre raison d’être. » Puis, un peu plus loin, vient ce moment de lamentation qui fait monter la larme à l’œil : « Notre diabolisation nous met en danger physique mais elle nous gagne le respect de ceux qui ne supportent plus ce système. On serre les dents et on avance (…) Je suis de loin le premier à gauche, et les autres passent leur temps à me taper dessus. » La larme écrasée sur la joue, nous compatissons. Mais nous voici de retour dans le registre de la prédiction : « Ça se finira entre le RN et nous ! » Le RN qu’il compte battre « en faisant campagne ». On l’a battu comme ça aux législatives, justifie-t-il… Sans aucun doute, le Lider Maximo LFI voit-il donc se profiler une nouvelle fois, au second tour, le ralliement mercenaire et contre-nature, contre décence, contre honneur, des Attal, Bertrand, Philippe et comparses? Bien évidemment, le mage extralucide berce cette espérance. Il compte manifestement sur un remake du barrage républicain qui a si bien fonctionné en juin. Car lorsqu’on lui objecte que les sondages le placent loin derrière Marine Le Pen, il y va d’un nouvel haussement d’épaules : « Et alors, ils se trompent tout le temps. C’est donc bon signe ! » D’ailleurs, il s’y voit tellement à l’Élysée que la quête aux cinq cents parrainages, condition indispensable pour pouvoir être candidat, est d’ores et déjà sur les rails. M. Mélenchon en parle comme d’une simple formalité. À voir. Il s’agit de trouver cinq cents personnalités élues représentant au moins trente départements ou collectivités d’outre-mer (sans dépasser un dixième, soit 50 pour un même département), chacune ne disposant que d’un seul parrainage et celui-ci, détail qui a son importance, étant rendu public. Aussi, une petite question se profile quand même : sera-ce si aisé de trouver cette fois cinq cents notables que les outrances, les options post massacres du Hamas, les ambiguïtés autour de l’antisémitisme du candidat Mélenchon n’auront pas refroidis ? Il ne semble pas que l’intéressé, tellement sûr de son fait, ait cherché la réponse dans sa boule de cristal. On ne saurait penser à tout.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Verdict Paty: que retenir du procès du séparatisme?

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Contrairement à l’affaire de Gisèle Pelicot, le procès de Samuel Paty concernait bien l’ensemble de la société française et son avenir, explique notre chroniqueuse, qui regrette que le verdict ait été si peu commenté en fin de semaine dernière.


Le verdict du procès Paty est tombé vendredi. Les magistrats sont allés plus loin que les réquisitoires et ont essayé de donner à ce procès une réponse à la hauteur de l’abomination commise. Mais pour le suivre dans ses détails, il aura fallu faire preuve de ténacité tant sa couverture a été légère. Heureusement qu’Emilie Frèche, écrivain et réalisatrice a suivi pour Le Point toutes les audiences. Elle a été exemplaire, mais elle a surtout été très seule à en rendre compte. Or autant le procès de Dominique Pelicot a occupé l’ensemble des rédactions et des médias, autant celui de Samuel Paty a été étonnamment peu couvert. Pourtant c’est ce dernier qui nous parle du danger qui menace notre avenir en tant que nation. Mais c’est sans doute ce qui le rend très perturbant, là où le procès Pelicot est rassurant : les méchants sont punis, la société a fait son travail, le politique a été clair et le verdict met tout le monde à l’aise.

Le mois des grands verdicts « sociétaux »

Pour autant, le procès Pelicot ne dit pas grand-chose de nos sociétés, sauf pour quelques féministes radicales qui pensent que la perversion est une norme chez tous les hommes. Le procès Paty, lui, nous concerne tous. Il est la pointe émergée d’un iceberg qui montre sous une forme exacerbée l’existence d’un écosystème qui vise à radicaliser la jeunesse musulmane pour essayer de se constituer une armée de réserve. Le séparatisme basé sur la haine de la société d’accueil qu’implique l’islamisme nourrit ainsi la déstabilisation politique, l’assassinat de proximité et le massacre de masse. Le but : imposer sa vision du monde et faire céder les institutions. C’est de cela que parle aussi le procès Paty et c’est sans doute pour cela qu’il n’a pas été très couvert. Ce qu’il raconte est atroce ; mais surtout, comme il n’y a pas eu « un avant et un après » suite à la décapitation du professeur en pleine rue, il met en relief une impuissance collective, institutionnelle comme politique, effrayante alors que la cible de l’islamisme c’est nous tous en tant que peuple et chacun de nous en tant que kouffars… Personne n’a envie de se confronter à cela s’il pense que ses représentants politiques sont incapables de l’en protéger.

Or ce procès a été très instructif, jusque dans son dénouement qui a mélangé courage et faiblesse. Courage des magistrats qui sont allés au-delà des réquisitions du Parquet, mais faiblesse symbolique également. Il a fallu ainsi exfiltrer Mickaëlle Paty du Palais de justice car elle était menacée par la famille et les proches des islamistes condamnés, en nombre dans la salle. Alors que ces personnes auraient dû être sorties manu militari, avec toute l’absence de ménagement qu’elles méritaient, c’est elle qui a dû sortir par une porte dérobée. Elle avait fait l’objet d’une apostrophe menaçante de la fille de M. Chnina, l’adolescente menteuse à l’origine de la campagne qui aboutira à la mort de Samuel Paty. Visiblement, elle n’a rien appris et est toujours aussi radicalisée. Mais au vu de l’indulgence ridicule du tribunal pour enfant, cette adolescente qui est responsable de la mort de son professeur n’a pas pris conscience de ses actes et étale une absence de remords et une violence qui promettent pour l’avenir.

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Mais surtout le verdict a montré l’absence totale de remords et de prise de conscience des accusés. Notamment de Sefrioui, le prédicateur et leader d’opinion qui a permis que l’incitation à la haine et l’appel au meurtre codé et sous-jacent trouve un exécuteur. En bon islamiste, il retourne l’accusation pour en faire un procès politique destiné à humilier l’islam et les musulmans. L’horreur de ce qui est arrivé à Samuel Paty est le cadet de ses soucis et face au verdict, le prédicateur montre son vrai visage, il n’a plus rien à gagner à se dissimuler. Pareil pour Chnina et sa famille.

Une contre-société violente qu’on se refuse à décoder

Le procès Paty a démontré ce que les gens qui travaillent honnêtement sur ces sujets savent : il existe un écosystème islamiste dont une partie des musulmans partage les représentations, les codes et les modes d’action. Cet écosystème cultive la haine et l’inhumanité comme des marques de puissance à mettre au service du dieu de l’islam. Un évènement peut ainsi cristalliser cette haine savamment semée et cultivée contre les valeurs occidentales, la liberté d’expression, l’égalité entre les hommes. Ces principes et idéaux sont présentés comme une offense au dieu de l’islam et à son prophète, offense qu’un vrai croyant doit laver dans le sang.

Un registre de doléances en hommage a Samuel Paty à Nice, octobre 2020 © Lionel Urman/SIPA Numéro de reportage : 00986783_000001

Ce que raconte le procès Paty rappelle ce qu’expliquaient les policiers à propos des phénomènes de bandes qui se créaient pendant les émeutes. Ils racontaient que les jeunes violents, même venant de quartiers différents, agissaient de façon similaire car ils partageaient la même façon de voir et de fonctionner. Ils pouvaient donc se regrouper spontanément dans un but de prédation (agression, destruction), agir de façon coordonnée puis la bande se défaire aussi vite qu’elle s’était formée. Là c’est la même chose. L’écosystème islamiste est ce qui va permettre, en diffusant le message dans les réseaux islamistes avec les bons mots clés pour susciter la haine, de trouver un exécutant de basses-œuvres. Mais aussi un réseau pour le soutenir et l’encourager sans forcément avoir à passer une commande criminelle explicite.

L’étude des messages échangés sur les réseaux sociaux entre une femme, Priscilla Mangel dite « cicatrice sucrée », qui a soigneusement excité et provoqué le basculement de l’assassin tchétchène en utilisant tous les codes qui rendent fous les militants islamistes, montre encore à quel point les magistrats ou les procureurs sont encore naïfs. La fameuse Priscilla Mangel, radicalisée et qui multiplie les provocations n’aura qu’une sanction bien légère eu égard à son rôle essentiel. Or être magistrat et se confronter au terrorisme, c’est aujourd’hui devoir devenir spécialiste de l’islamisme, de ses méthodes et de ses éléments de langage. Ce sont les islamistes qui tuent en Europe, l’extrême-droite est aujourd’hui anecdotique dans le terrorisme et pour le coup, ses modes d’action et ses références sont connues mais comme le vrai fascisme chez nous est résiduel et peu actif, le combattre est sans danger et gratifiant.

En revanche, le procès Paty, lui, parle de notre société et de son avenir. Il parle d’une réalité de plus en plus lourde : l’existence en Europe d’une contre-société islamiste qui possède sa vision du monde, une forme de conscience de soi et une idéologie incompatible avec nos principes, lois et mœurs. Cette idéologie a créé une contre-société violente, qui n’est plus en gestation mais existe bel et bien. Elle pèse de plus en plus lourdement sur nos institutions. Et elle devrait continuer à le faire : ce procès témoigne d’un début de prise de conscience mais aussi du refus d’une partie de la classe médiatique et politique de regarder en face ces réalités. En cela il n’est au final pas très rassurant.

À la table de mare nostrum

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Avec le temps, À Mi-Chemin est devenu une table mythique de Paris. Un restaurant véritablement emprunt de l’âme de Nordine et Virginie qui jonglent comme personne avec les influences méditerranéennes.


Il y avait Bonnie et Clyde, Harold et Maude, Stone et Charden… Aujourd’hui, il y a Nordine et Virginie. Un quart de siècle, déjà, que ces deux-là nous réchauffent le corps et le cœur à la façon de l’Auvergnat de Brassens. Le couple qu’ils forment irradie, telle une petite centrale nucléaire où l’on va recharger ses batteries. Car ce sont avant tout deux êtres sensibles, capables de lire un regard, de deviner une angoisse, de se mettre à la place de l’autre (très rare, ça !). Lui, l’immigré tunisien sans papiers, élevé dans un petit hameau où il n’y avait ni eau courante, ni gaz, ni électricité, était en quête d’un foyer et rêvait de cuisiner comme Joël Robuchon ; elle, l’ancienne punk, conductrice de camions poids-lourds, que sa mère appelait « ma petite SDF », aspirait à créer un bistrot qui deviendrait une sorte de communauté, où les rapports de domination et les différences de classes sociales seraient abolis et où, après un bon repas, l’addition serait calculée en fonction des moyens de chaque client… « Quand j’ai fondé À Mi-Chemin, en 1998, j’étais utopiste et je ne voulais pas jouer à la patronne :  je me suis vite heurtée au principe de réalité ! En fait, les gens avec qui on travaille ont besoin d’être engueulés et les clients d’être encadrés ! »
« Un restaurant, mon ami, tempère Nordine (« lumière de Dieu » en arabe), c’est comme un feu de cheminée : au début, tu es vigilant et soigneux, tu mets du petit bois, tu souffles sur la flamme pour que le feu prenne, et quand il a pris, tu continues à le nourrir sans cesse pour qu’il ne s’éteigne jamais… On ne va pas au restaurant seulement pour bien manger et se faire servir, on y va pour la chaleur humaine. »
À Mi-Chemin, c’est cela et rien d’autre. 

Un savant assemblage de cultures à la carte

Quand Nordine et Virginie se rencontrent en 1999, ce sont deux êtres à la dérive. En décidant de se protéger mutuellement, ils font une force de leurs fragilités respectives. Elle : « J’avais 36 ans quand j’ai rencontré Nordine, j’étais fatiguée et déçue par les gens. » Lui : « Quand j’ai vu Virginie, l’amour a été immédiat. Et nous nous sommes mariés. Mes parents étaient contents au début, parce que le mariage m’avait permis d’avoir des papiers. Mais après, ils ont insisté pour que je divorce. À leurs yeux, je devais épouser une vraie musulmane ! Je leur ai dit non et j’ai cessé de les voir et de leur parler pendant trois ans. »
Étrangement, personne n’a encore évoqué dans la presse le rôle déterminant que joue l’île de Beauté dans l’équilibre de leur couple. « Aussitôt après notre mariage, nous avons découvert la Corse, en 2000. Ce fut un coup de foudre. Comme si nous avions été adoptés, raconte Virginie. Nous parlions avec tout le monde, les pêcheurs, les paysans, les commerçants, les gendarmes, le curé, les vignerons. »

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« En Corse, je me sens chez moi, précise Nordine. Ce que j’aime, ce sont les gens, ils t’accueillent, t’observent, te reconnaissent, tu sens leur regard, il y a une attention, une clarté dans les rapports humains. Ils t’accordent de la considération et ils en attendent en retour. La nature corse est à leur image : elle n’est pas grillagée, séparée par des clôtures, des barrières, on peut s’y promener en liberté. »
Et Virginie de confier : « Dès que j’entends un accent corse au téléphone, je trouve une table, même si le restaurant est complet ! Les Corses adorent venir ici, ils chantent, ils apportent une justesse dans la relation, on a beaucoup à apprendre d’eux. »

Un voyage entre terroir français et parfums d’ailleurs

Ces dernières années, les médias ont beaucoup parlé d’À Mi-Chemin, au point, peut-être, d’en donner une image un peu faussée, comme si toute la jet-set parisienne s’y donnait rendez-vous pour y manger « le meilleur couscous de France »… En réalité, ce restaurant est beaucoup plus joli et subtil que cela. Il faut y aller avec douceur, comme on va dans un bistrot de quartier, ou comme on allait, autrefois, dans une auberge de campagne fumant au bord de la nationale 7, entre Roanne et Saint-Étienne. « Quand les gens me disent : « On vous a vus à la télé, on va tester ! »… Cela me gêne, soupire Virginie, comme si on venait ici pour mettre une note. Ce n’est pas dans cet esprit de compétition que Nordine et moi avons créé ce restaurant. »
Si vous n’y êtes jamais allés, je vous conseille de réserver la première table, celle située à l’entrée, tout près de la fenêtre. Là, vous pourrez observer tranquillement le spectacle de la rue, pendant que les chariots de couscous royal passeront sous vos yeux. Vous serez accueillis par le troisième pilier de la maison, le directeur de salle, Alexis Blanco, arrivé par hasard il y a trois ans et qui, depuis, n’a plus quitté son tablier. On l’a oublié, mais le directeur de salle est un personnage clef (autrefois, c’était lui la vedette, pas le chef qui restait caché dans sa cuisine !). Intuitif, souriant et plein de tact, c’est lui qui reçoit, guide, oriente, explique la carte, met à l’aise, devine les goûts et les attentes des clients, il fait le lien et communique en langage codé avec le chef.
À table, la Corse est d’abord présente dans les vins, des vins intenses, tous produits en pleine nature, entre la mer et la montagne, des vins limpides et cristallins, gorgés de parfums qui se marient fabuleusement avec la cuisine épicée à la cardamome et au cumin frais de papa Nordine… Là, on entre vraiment dans le cœur du sujet, car son œuf mayonnaise citronnée à la poutargue corse de l’étang de Palo (salée et séchée dans des cabanes) est, de très loin, le meilleur « œuf mayo » de Paris. Il faut aussi goûter son tagine de veau corse tigré aux pruneaux et aux petits pois ; sa tartine de brocciu à la figue et au miel de châtaignier ; ses pâtes à l’araignée de mer de Lotu (une crique du désert des Agriates en Balagne) ; et, surtout, chef-d’œuvre absolu, ses coquilles Saint-Jacques à la châtaigne et aux clémentines de Corse, une splendeur d’harmonie, où les trois goûts (trinité chère à Nordine) fusionnent parfaitement. Accompagnées d’un vin blanc vif aux amertumes d’agrumes des domaines Clos Colombu d’Yves Leccia, c’est à tomber.
Nordine a également publié un beau livre, un recueil de ses recettes gorgées de soleil magnifiquement photographiées, où chaque page est une ode à la Méditerranée.


À Mi-Chemin
31, rue Boulard 75014 Paris
01 45 39 56 45 / www.restaurant-amichemin.fr

À lire :

La cuisine de Nordine. Voyage entre terroir français et parfums d’ailleurs, Nordine Labiadh, Solar, 2024.

L’ours en peluche, un ami pour la vie!

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À quelques jours de Noël, Monsieur Nostalgie ne résiste pas à une épaisse couche de mignonneries. Il s’est rendu à l’exposition « Mon ours en peluche » au Musée des Arts Décoratifs (jusqu’au 22 juin 2025). Accordons-nous cette pause de câlinothérapie dans un quinquennat de guingois !


Je ne connais rien de plus réconfortant que de croiser le regard de Paddington, plantigrade péruvien exilé à London, en duffle-coat et bottes en caoutchouc dans une salle du Musée des Arts Décoratifs, alors que dehors, il pleut à grosses gouttes sur la rue de Rivoli. Surtout lorsqu’il est accompagné de sa Tante Lucy enrubannée dans un châle et chapeautée comme une mémé du Bourbonnais. Elle couve amoureusement son petit ourson derrière des besicles embuées. Un peu de douceur ne nuit pas aux relations humaines. Bouba et Frisquette tiennent une place d’honneur dans le panthéon télévisuel des années 1980, c’était le bon vieux temps de l’accalmie, Jean Rochefort nous contait les aventures de Winnie the Pooh sur FR3 avec la voix de Roger Carel. Seuls les cœurs secs restent insensibles à cette tendresse venue du fond de l’enfance. Face à Paddington, à sa courtoisie et à sa générosité, les tribulations des assemblées et les tripatouillages électoraux ne produisent qu’indifférence et dédain. Quand l’actualité s’embourbe dans la farce, quand les Français se sentent dépossédés de leur pré-carré, il faut savoir mettre l’horloge sur pause, au moins durant la quinzaine de Noël. Reprendre ses esprits après une année politique cauchemardesque, se désengager des misères du quotidien, des hautes doses de moraline et des dénis de réalité. En janvier, la longue cohorte des emmerdements reprendra ses droits et possession de nos vies bien assez vite. Pour l’heure, évadons-nous au pays des ours en peluche, de la littérature jeunesse et des veillées dans cette exposition moelleuse à souhait qui se prolongera jusqu’à l’été 2025. Zizi Jeanmaire aurait pu chanter « mon truc en peluche, ça fait rêver, mais c’est sacré ». Sacrés, les ours en peluche le sont assurément car ils nous suivent tout au long de notre existence. Il ne viendrait à l’idée de personne de les abandonner dans une déchetterie. Les psys les considèrent comme des objets transitionnels. Les démantibulés, les rapiécés, les lustrés, les éborgnés, tous les éclopés ont notre affection.

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Nos grands-mères les conservaient tels des talismans, les jouets étaient jadis chers et ces peluches dépenaillées leur avaient permis de traverser des guerres et bien des chaos intimes. L’ours en peluche a sauvé plus d’enfants que des diplomates en habit de gala attablés devant un lapin chasseur. L’exposition nous apprend que l’invention est récente. Simultanément, l’ours en peluche fait son apparition en Allemagne et aux États-Unis. Dans l’imagerie populaire, depuis le Moyen Âge, ce noble animal était moqué, il avait été supplanté par le lion, roi de la jungle ou le cerf, roi des forêts. On ne louait plus sa force, il servait d’attractions foraines, en laisse ou sur un vélo, il était meurtri par tant d’indignités publiques. Il naît donc officiellement en 1902, dans la famille Steiff sous la forme d’un jouet de compagnie. Margarete Steiff, atteinte de la poliomyélite contractée dans son enfance, a ouvert, dès les années 1870, un atelier de couture où elle conçoit des éléphants en feutre. Richard, son neveu croit aux vertus enfantines des singes et des ours articulés qui peuvent ainsi imiter les mouvements des Hommes. En se rendant au zoo, il affine ses esquisses et ses recherches aboutissent à la première peluche en mohair rembourrée de paille de bois baptisée Bär 55 PB : 55 pour la taille en centimètres, P pour plüsch ou peluche, B pour beweglich ou mobile. Au même moment, en Amérique, le président Roosevelt gracie un ours lors d’une chasse organisée dans le Mississipi. Afin qu’il ne revienne pas bredouille, lâchement on lui a attaché un ours à un arbre. Roosevelt se refuse de tirer sur un animal sans défense. La mode est lancée. La presse et notamment le dessinateur Clifford K. Berryman popularisent ce « fait d’armes ». « Rose et Morris Michtom, propriétaires d’une confiserie à Brooklyn, réalisent un ourson en tissu bourré qu’ils envoient à Roosevelt et (le) vendent ensuite, avec son autorisation, sous le nom de « Teddy’s Bear » nous informe-t-on. Des fabricants se lancent dans sa production de masse, de plus ou moins bonne qualité. Le Musée des Arts Décoratifs en expose de nombreux modèles, de différentes tailles, époques et origines derrière des vitrines. Et même de très précieux signés par les grands noms de la haute couture.

On dit qu’il existe un conflit intergénérationnel dans notre pays. Lors de ma visite, j’ai assisté à des scènes touchantes où des enfants d’une école primaire entamaient la discussion avec des « boomers », les yeux des petits et grands brillant à l’unisson – notre « vivre-ensemble » n’est donc pas mort. Dès l’entrée, j’ai été surpris de voir la présence du collier de Rahan qu’il avait, selon la légende, hérité de son père. Après l’avoir acheté dans Pif Gadget, je l’ai porté une semaine avant que ma mère mette le holà à cette dérive des âges farouches. Je ne me souvenais plus qu’il était composé de griffes d’ours (en plastique) ! Aujourd’hui, j’ai honte de m’être moqué du « Bisounours arc-en-ciel » de ma petite cousine. Je fais ici mon mea-culpa.

Exposition « Mon ours en peluche » – Musée des Arts Décoratifs – 107, rue de Rivoli 75 001 PARIS

Tendre est la province

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Monsieur Nostalgie

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Virgile en Auvergne

Le livre de frère François Cassingena-Tréverdy, Paysan de Dieu, est une parenthèse pastorale et hivernale humble, riche des savoirs de cet homme de foi. Culture, culte et nature s’y retrouvent, dans une délicate harmonie…


La colline s’est transformée en meringue glacée. Le feu dans la cheminée peine à réchauffer la pièce où j’écris ce dernier texte de l’année 2024. Il y a toujours un pincement au cœur à se trouver face au basculement dans l’inconnu imposé par le calendrier. J’écoute le « Dixit Dominus », de Haendel et cela convient au livre de frère François Cassingena-Tréverdy, Paysan de Dieu. Après des décennies de vie monacale en abbayes bénédictines, il s’est retiré au cœur de l’Auvergne. Il nous offre un magnifique journal de bord rythmé à la fois par le temps profane des tâches liées à la terre et le temps liturgique qui nourrit l’esprit par ses rites et ses chants. C’est écrit dans une langue précise et pure ; les citations, souvent latines, confèrent au récit un caractère sacré, très éloigné de l’érudition professorale asphyxiante. Ici, tout n’est que dépouillement et émotion dans la restitution de la vie rustique, âpre et taiseuse, mais ô combien authentique. Ce moine bénédictin, aujourd’hui prêtre sur les hautes terres du Cézallier dans le Cantal, est normalien, Docteur en théologie, spécialiste de la tradition liturgique, traducteur de Virgile. Dans le village de Sainte-Anastasie – un nom qui signifie « résurrection » – il mène une vie solitaire de paysan. Il trait les vaches sans se boucher le nez en entrant dans l’étable. Il évoque l’odeur de bouse « agressive et attachante ». Il ajoute : « Ici, c’est à cette odeur-là que l’on se flaire, que l’on s’estime, que l’on se reconnaît du même monde et du même ordre sur l’échelle professionnelle et sociale. » Il dit encore : « J’ai fait profession solennelle de commis. »

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Dans son humble demeure, il écoute de la musique à la gloire de Dieu, de la Passion et des saints. Assis, mains jointes, la casquette posée sur la table, il prie. Dans l’oratoire qu’il a aménagé à l’étage, il lit encore et toujours les Écritures, les Pensées de Pascal, Le Cœur de la Matière de Teilhard de Chardin, les Géorgiques de Virgile. Et puis, soudain, Audition de Bach, Cantate 103. Bien sûr, il ne possède pas la télévision. Que d’heures gagnées sur la société du spectacle. À la manière de Rousseau, il herborise. Son érudition étonne (page 92). Il consigne le changement des saisons. « Ô la sécurité que procure l’hiver ! », s’écrit-il. Ou encore : « Ce matin, sur la neige qui lentement se sublime, les pas des passereaux ont marqué des étoiles : du regard, la pâture aujourd’hui sera le minuscule. » L’étoffe du temps, il ne cesse de la caresser. L’été surgit alors : « Soir de juin, tout proche du solstice – La lumière s’avance, la lumière s’attarde aux confins de son domaine et semble s’y encalminer. » Il refuse le terme d’exploitant agricole, lui préférant le noble mot de paysan. Mais c’est un monde menacé de disparition qu’il contemple de son regard à la fois doux et inquiet. Et la disparition de ce monde-là, c’est la préfiguration de la mort de nos racines. C’est la Vie parmi les ombres, pour reprendre le titre du crépusculaire roman de Richard Millet.

La recherche du paradis terrestre

L’espérance, pourtant, ne quitte pas le moine François. La beauté des paysages austères, le bleu des jasiones, le grand silence, lui permettent de poursuivre son service pastoral, sous le gris cendré du ciel, loin des boites où l’on range les hommes. Sur le haut plateau nettoyé par l’écir, on respire la liberté que rien ne peut enfermer. Il vit l’aventure fondamentale de l’homme, devenant « le poète de sa propre existence. » Son message d’humilité, sa soif de spiritualité, en cette fin d’année, font du bien.

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C’est dans la maison familiale que je m’apprête à conclure cet article. Haendel semble déplacer les pierres de basalte formant les épais murs. Je n’ai pas choisi cette région, ce lieu, cette maison. À ce propos, François précise : « L’on est originaire, non pas seulement du pays où l’on a vu le premier jour de sa vie, mais aussi, et bien davantage encore, sans doute, du pays auquel on a abouti, auquel on est revenu sur le tard, par les voies conjuguées de l’exil, du désir et de la nostalgie. » Je vous souhaite, si ce n’est déjà fait, de trouver ce pays que vous finirez par considérer comme le paradis terrestre.

Terminons par cette description du paradis du prêtre François : « Une brume lumineuse estompait la découpe du Plomb – le Plomb du Cantal – et de ses assesseurs sur le ciel. J’avais le vent guilleret, euphorique. Corroborant l’avis du sentier caillouté de basalte qui sonnait sous mes bottes, ce vent me soufflait mot, un seul mot de mon état désormais confirmé : paysan. »

Frère François Cassingena-Trévedy, Paysan de Dieu, Albin Michel.

Paysan de Dieu: Prix de la liberté intérieure 2025

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Fanny Ardant: Une femme amoureuse

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Berlin d’Est en Ouest

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De photographies iconiques en photographies sulfureuses, Berlin, Berlin retrace un siècle de Helmut Newton dans la capitale allemande, ravivant la légende des révolutions artistiques successives qui ont fait battre le cœur de la cité.


Si le jeune juif allemand Helmut Neustädter n’avait pas eu le flair, quelques jours après la Nuit de Cristal, de quitter sa ville natale direction Trieste pour embarquer sur un paquebot voguant vers Singapour, le nom de Helmut Newton ne serait sans doute jamais passé à la postérité. Après ces années d’errance à courir le monde – et les femmes – jusqu’à l’Australie, et tandis que parents et demi-frère ont quant à eux sauvé leur peau in extremis en fuyant vers l’Amérique du Sud, le photographe de mode retourne à son premier port d’attache : Berlin.

Nous sommes en 1959, aucun Mur ne bouche encore la perspective de la Porte de Brandebourg, décor que choisit l’artiste presque quarantenaire pour shooter ce trio de mannequins joyeuses, commande de la revue Costanze. Entre Newton et Condé Nast s’ouvre une longue histoire ; elle débute avec Adam, titre français du groupe, pour lequel il immortalise les night-clubs de la ville… Il y reviendra en 1962-1963, pour Vogue, au pied du Mur, cette fois.

Passent quatorze années sans revoir Berlin. Mais en 1977 de nouvelles commandes de magazines l’y entraînent. Au seuil des années 80 il portraiture la comédienne Hanna Schygulla ou le cinéaste Wim Wenders dans le décor fuligineux de la capitale morcelée. David Bowie, John Malkovich poseront également pour lui devant le Mur.

Restaurant Exil, Berlin, 1977. Photographe : Helmut Newton © 2024 Fondation Helmut Newton, Berlin

Des clichés qui renvoient à un temps dont le prude XXIème siècle nous a peut-être sortis…

C’est le fil rouge de ce ‘’beau livre’’ dont le titre, Berlin Berlin, publié sous les auspices de Taschen, reprend celui d’une rétrospective célébrant les vingt ans de la Fondation Helmut Newton sise à Bahnhof Zoo, à deux pas du fameux Kurfürstendamm.  L’ouvrage jalonne ainsi ce très long compagnonnage avec Berlin, qui se poursuivra jusqu’au-delà de l’an 2000, alors que Helmut Newton a franchi le cap des 80 ans. La légende d’une ville, au prisme d’un photographe de légende, en somme.

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Beaucoup de seins nus, de toisons pubiennes et de Fräulein au regard de vamp, parmi les réincarnations de Mata-Hari pour Vogue à l’Hôtel Hilton, sous les traits du modèle Brigitte Shilling, les portraits rugueux de personnages masculins, les séquences urbaines et les photos diurnes ou nocturnes d’architecture. Autant de clichés qui renvoient à ce temps dont le prude XXIème siècle est peut-être sorti : celui de la rencontre charnelle, impudique, viscérale, entre le corps et la cité.  

Comme le rappelle, dans son texte conclusif, l’historien de l’art et actuel directeur de la Fondation Helmut Newton, Matthias Harder, en octobre 2001, soit trois ans avant sa mort, « Helmut Newton raconte pour la dernière fois son Berlin dans un magazine […], pêle-mêle de clichés anciens et récents […] ‘’Voyez cette ville’’, peut-on lire sur la page d’ouverture, en écho au discours de Ernst Reuter, maire de Berlin en septembre 1948, entré dans l’histoire : ‘’Vous, peuples du monde, voyez cette ville…’’ avait-il commencé devant la foule et un Reichstag en ruine, appelant à la solidarité internationale, enjoignant la population à tenir bon gré mal gré malgré des mois de blocus soviétique dans Berlin-Ouest. Des paroles devenues le porte-drapeau de Berlin-Ouest, du désir de liberté de ses habitants ». Images du désir de vivre, sous la signature du grand Helmut Newton : élégamment cartonné de noir, ce livre exhume nombre d’entre elles restées inédites, assure l’éditeur.

David Bowie, Hôtel Kempinski, Berlin, 1983. Photographe : Helmut Newton © 2024 Fondation Helmut Newton, Berlin

Berlin, Berlin. Photographies de Helmut Newton. Textes de Matthias Harder. 241p. Taschen, 2024.

Helmut Newton. Berlin, Berlin

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Le taureau par la queue

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L’année s’achève, c’est l’heure du bilan. 2024 ne brillera pas dans l’histoire pour son excellence. Un constat sans fard.


L’époque est à la décadence. Notre président, qui aime tant déblatérer sur l’irresponsabilité des citoyens qu’il emmerde, s’accroche au pouvoir, les mains crispées sur le trône. En attendant, on légifère sur la fessée, l’État court à la ruine, les députés dealent du shit. Les « je ne crois pas qu’il soit jamais permis dans cette Assemblée de laisser sans réclamation violer, même dans un discours, les principes, et de composer avec les amours-propres aux dépens de la vérité » (Mirabeau) ont laissé place aux « Ferme ta gueule ! » (Portes).

Le divertissement a grand-remplacé le savoir

Rarement les écarts de fortune n’ont été si colossaux ; et en même temps que le grand déclassement nous guette, le peuple enterre ses angoisses dans la vaste pornographie des plaisirs, et préfère jouir des denrées fabuleuses du bateau ivre qui chavire, plutôt que de s’en priver pour le délester — et le sauver des abysses. Rome est à la mode, et le péché consensuel.

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Les délinquants ordinaires, les criminels, les squatteurs, les branleurs ont tous les droits ; les flics sont désarmés : une intervention est une bavure. L’école pédagogiste enseigne en vain ses stupidités à des barbares sans familles et sans repères : elle a remplacé Molière par les mangas, les cours magistraux par les shows des drags queens, elle fabrique des dégénérés. La vulgarisation, l’obscénité ont remplacé le génie, et le divertissement, le savoir. Un bon élève est un fayot ; un mauvais élève, une victime. On a tellement sapé la culture et l’autorité, que les gamins sont devenus des sauvages. Et cependant à chaque nouveau fait divers, les libertés ploient sous les normes.

La gestion de la France, c’est la définition du burlesque : on traite le grave avec légèreté, et le léger avec gravité. À l’ère du paraître et de la consommation, on achète six millions de dollars une banane scotchée au mur, on publie les mémoires des youtubeurs, Blanche-Neige est Colombienne. On combat la hausse des viols par une loi sur les regards appuyés ; on débat comme les Femmes savantes sur l’écriture inclusive ; on censure « nain », « noir », « gros », « pédé », mais si l’on suppose que le recul de l’autorité de l’État entraîne une augmentation des violences, on est relégué au fascisme. Puis l’administration spolie les travailleurs pour payer les fainéants ; au lieu de s’acharner contre les chômeurs, elle harcèle ceux qu’elle devrait soutenir. Elle arrache leurs terres aux agriculteurs, elle les soumet à la concurrence la plus déloyale : elle les pend. Pour quoi ? — plus les taxes augmentent, plus l’État est déficient.

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Nos cerveaux déclinent. Partout règne la confusion : on attaque le catholicisme aux Jeux Olympiques, comme si la religion n’avait pas été aussi la plus grande œuvre pacificatrice de l’humanité ; on célèbre la Révolution comme le triomphe des Lumières sans la moindre nuance, l’érigeant en rupture entre mal et bien, et justifiant la Terreur.

La ministre des Sports et des Jeux olympiques Mme Oudéa Castera au « Club France » à Paris, après la cérémonie d’ouverture, 26 juillet 2024 © Gabrielle CEZARD/SIPA

« On marche sur la tête », « tout est fait en dépit du bon sens » sont des phrases qui tournent en boucle aux cafés, dans la rue, au travail. On prend le taureau par la queue : l’Union européenne reçoit en grande pompe Greta Thunberg au Parlement puis vote le CETA. Les « multiculturalistes » défendent le nationalisme ukrainien en même temps qu’ils rêvent du « village mondial ». Les programmes scolaires traitent de thématiques universitaires, alors qu’au lycée les élèves ne savent pas lire ; les policiers ont des formations sur la bienveillance ; le bourgeois blanc catholique est diabolisé, le migrant sanctifié. On fait du procès Pelicot le procès des hommes, comme si cette affaire était un emblème, alors qu’elle est au viol ce que l’affaire Dupont de Ligonnès est au meurtre, un cas hors-norme. Et si les féministes, qui s’accordent avec la droite pour hurler au laxisme judiciaire (c’est savoureux), s’intéressaient plutôt à la réalité des violences sexuelles ? — celles qui sont trop habituelles pour passer dans les journaux.

L’Etat de droit dans de beaux draps

La magistrature, habituellement d’un laxisme pervers, fait preuve d’autoritarisme quand l’idéologie s’en mêle. À Nice, elle libère sous contrôle judiciaire des suspects prévenus d’avoir agressé des policiers en dehors de leur service. Et cependant elle met en examen le candidat Fillon en pleine campagne présidentielle, au mépris des usages démocratiques ; elle prononce contre Nicolas Sarkozy une condamnation révoltante au point de vue des droits et libertés fondamentaux ; elle requiert contre Marine Le Pen l’inéligibilité avec exécution provisoire, piétinant sans vergogne le sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs. On nous rétorquera que critiquer la justice, c’est remettre en cause l’État de droit, comme si la justice ne pouvait jamais empoisonner l’État. La nôtre ferait mieux de troquer Rousseau contre La Rochefoucauld : soumise aux pressions extérieures, elle délaisse au profit des délinquants le droit pour l’équité, et contre les honnêtes gens, l’équité pour le droit. « Dieu nous protège des Parlements ! » criaient déjà les justiciables d’Ancien Régime — mais il y a beaucoup de similitudes entre notre époque et le dix-huitième siècle…

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La France droguée, matraquée de publicité, est sous anti-dépresseurs. Notre vieil esprit libertin, qui faisait à la fois notre bonheur et notre renommée, est bafoué sur ses deux flancs : d’un côté par le rigorisme féministe et religieux, de l’autre par l’hypersexualisation. Comme la noblesse s’est perdue à force d’imiter la bourgeoisie, la bourgeoisie s’abaisse au rang des prolétaires, et décroît. L’adulescence ventripotente, onaniste par paresse, aux passions méprisables et dont les goûts sont altérés par la bêtise, ne dépasse plus le stade esthétique (relire Kierkegaard). Gavée de propagande américaine, ce wokisme coupé de protestantisme, elle se débat dans une injonction contradictoire qui la déprime.

Bayrou nous sauvera-t-il ? — non.

Joyeux Noël et bonne année !

La boîte du bouquiniste

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendras. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


Nous avons collectivement cru que les « Hussards » comptaient quatre membres historiques : Roger Nimier, Antoine Blondin, Jacques Laurent et Michel Déon. Nous avions oublié leur capitaine d’équipe à l’allure rupestre, grand gaillard portant la brosse haute et pourvu d’un tarin de compétition que seuls les Gascons arborent avec majesté sur les rives de l’Adour. Étrange phénomène physique pour un garçon né à Équeurdreville, dans la Manche, fils d’un officier d’artillerie et d’une mère oléronaise, ayant suivi ses études classiques au Prytanée militaire de La Flèche avant d’être diplômé de l’École supérieure de commerce et de l’industrie de Bordeaux. Geneviève Dormann, dans la préface de la réédition de L’Air du pays parue en 1986 écrivait : « C’est que le chef “hussard”, c’était lui, c’était Kléber ». Kléber Haedens (1913-1976) n’avait pas la bosse du commerce, mais celle des lettres. Il fut pour toute une génération d’apprentis journalistes un guide sûr, un conseiller littéraire délicat, un sportif averti, un ami jouisseur des « choses de la vie ». L’un de ces lecteurs dont l’avis et le jugement sont de précieux sésames pour entrer en littérature comme on entre sur le central de Roland-Garros avec une raquette en bois à cordage en boyau naturel.

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Durant la Seconde Guerre mondiale, à Lyon, il a écrit une Histoire de la littérature française, personnelle donc à usage universel, qu’il est indispensable de posséder dans sa bibliothèque sinon vous risquez de passer pour un jean-foutre en société. Mémoire fabuleuse, érudition du monde d’avant, finesse d’Ancien Régime sous une carapace paysanne, Kléber avait tout lu, tout retenu, il récitait des vers entiers au débotté et se souvenait d’un cinquième set accroché dans une obscure Coupe Davis d’avant-guerre. Kléber était le croisement des mousquetaires de Dumas et de Borotra. Ancien secrétaire de Charles Maurras, critique littéraire à Paris-Presse, chroniqueur au Journal du dimanche, romancier d’une nostalgie provinciale éruptive couronné par le prix Interallié en 1966 pour L’été finit sous les tilleuls et grand prix du roman de l’Académie française pour Adios en 1974, Kléber n’avait pas la plume amère des professionnels du métier. Aucun dégoût ou moralisme désuet ; au contraire, une vitalité dans le trait, une perspicacité dans le portrait, une forme d’esprit français qui semble avoir disparu. En 1963 sort L’Air du pays, il est composé de chroniques pour la plupart extraites de l’hebdomadaire Le Nouveau Candide, d’obédience gaulliste. Ce carnet de bord buissonnier est une source d’admiration, de déambulation, d’échappées et de prouesses stylistiques. Kléber était le roi des chroniqueurs, on picore chez lui tant d’éclats de lumière, il bouscule les lignes droites des essais faisandés. Kléber avertit, dès sa préface : « L’air du pays se respire partout où se retrouvent nos amitiés et nos amours. » Il enchante par sa culture immense et nous émerveille par ses sauts de cabri. Sous sa plume, on passe d’un dimanche pluvieux à Toulouse sur le canal du Riquet à Chardonne de retour d’Espagne, on cabote de Charles Trenet au torero Antonio Ordóñez ou du stade Jean-Bouin à Ray Charles.

L’Air du pays, de Kléber Haedens, Albin Michel, 1963.

L'Air du pays

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Grand guignol gothique

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Difficile de repasser les plats derrière le génial Murnau (Nosferatu le vampire, 1922), le non moins génial Tod Browning (Dracula, 1931) et les épigones successifs du roman de Bram Stoker transvasé à l’écran : Terence Fischer (Le cauchemar de Dracula, 1958, Les maîtresses de Dracula, 1960, Dracula prince des ténèbres, 1966) ; Vernon Sewell (Le Vampire a soif, 1968) ; Freddie Francis (Dracula et les femmes, 1969) ; Peter Sasdy (Une messe pour Dracula, 1970) ; Roy Ward Baker (Les cicatrices de Dracula, 1971) ; Werner Herzog (Nosferatu fantôme de la nuit, 1979) ; Coppola (Dracula, 1992) ; Neil Jordan (Entretien avec un vampire, 1994) et j’en passe.  

Veine intarissable

Il faut croire pourtant que la veine est intarissable : Robert Eggers, qui s’est fait du film d’horreur une de ses spécialités, –  cf. The Witch, 2015, The Lighthouse, 2019 avec un écart vers la saga historique (The Northman, 2022) – embarque avec lui pour un troisième opus Willem Dafoe, lequel campe ici le vieil émissaire des forces irrationnelles.

Le jeune agent immobilier Thomas Hutter (Nicholas Hoult), qui fait ses premiers pas dans la profession, a été envoyé en mission dans les Carpates pour signer le contrat de vente d’un château en ruine auprès du comte Orlok (Bill Skarsgärd, doté d’une voix synthétique d’outre-tombe), tandis que, restée au foyer, sa tendre et chère (Lili-Rose Depp) reste la proie de cauchemars prémonitoires et de crises d’hystérie qui la laissent anéantie. Voilà donc le commis rendu dans l’antre fétide du vampire, monstre pustuleux et velu dont la légendaire nécrophilie terrorise le voisinage des gitans autochtones.

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Dans ce nouvel avatar qui, le cédant volontiers au gore, amplifie non sans complaisance les attributs traditionnels du genre (avec une petite incursion du côté de L’Exorciste), les canines du vampire, notons-le, ne poussent pas. Cela nous prive du petit frisson d’horreur auquel le genre nous a accoutumé, au moment où les babines dévoilent la double excroissance pointue d’émail blanc. Cette fois, le vampire mord plus goulûment que jamais, mais jamais dans le cou : il s’attaque directement au système cardio-vasculaire de sa proie. Et Dieu, un cœur, que ça saigne ! Un vrai torrent !

Outrancier

Nosferatu se laisse regarder. Avec une indifférence polie. Aux vrais cinéphiles on conseillera de revoir le monumental Murnau. Tout y est déjà : le voyage en calèche vers ces contrées hostiles, la soif inextinguible du vampire, la colonie des rats échappés du vaisseau, qui contaminent la ville de la peste… L’inégalable noir et blanc de cet incunable muet éclipse pour l’éternité l’emphase visuelle, sonore, dégoulinante et surchargée d’hémoglobine qui, dans ce Nosferatu millésimé 2024, tire jusqu’à l’outrance les ficelles du superlatif. Le magnétisme lointain qui, à distance, fera de la femme de Thomas, Ellen (Lily-Rose Depp), tourmentée par ses cauchemars depuis l’enfance, une victime de la libido d’un vampire tératologique, c’est du grand guignol à la sauce gothique. Robert Eggers boursoufle une tradition qui n’avait aucun besoin d’ingrédients supplémentaires.   


Nosferatu. Film de Robert Eggers. Avec Lili Rose Deep, Nicholas Hoult, Bill Skarsgärd, Aaron Taylor, Willen Dafoe, Emma Corrin… Etats-Unis, noir et blanc/couleur, 2024.
Durée : 2h12
En salles le 25 décembre 2024

Un fantôme de l’Apartheid expulsé d’Afrique du Sud

C’est une page douloureuse de l’Afrique du Sud qui vient de se refermer. Janusz Walus a été expulsé de la nation arc-en-ciel après plus de trois décennies passées derrière les barreaux. Il était notoirement connu pour avoir assassiné Chris’ Hani, icône de la lutte anti-apartheid.


Janusz Walus, image d’achive

Le 6 décembre 2024, sur décision de la Cour constitutionnelle sud-africaine, c’est très discrètement, que Janusz Walus, 71 ans, a été renvoyé en Pologne, son pays d’origine. Un départ précipité qui a généré une vaste polémique dans le pays de la nation arc-en-ciel qui n’a rien oublié du meurtre qu’il a perpétré et qui a failli plonger l’Afrique du Sud dans le chaos et la guerre civile.

Arrivé avec son père et sa mère en 1981, il travaille dans l’usine familiale de fabrication de verre. Lorsque celle-ci ferme définitivement ses portes, Janusz Walus se reconvertit en conducteur de camions. Intéressé par la politique, il rejoint le National Party (NP), qui dirige l’Afrique du Sud depuis l’instauration du régime de ségrégation raciale en 1948. Un système qu’il soutient. Au fur et à mesure que le gouvernement lâche du lest sur les lois raciales en vigueur, Janusz Walus se radicalise de plus en plus. Il rejoint finalement l’Afrikaner Weerstandsbeweging (AWB), le mouvement de résistance afrikaner dirigé par Eugène Ney Terreblanche, qui compte des milliers de membres à travers toute l’Afrique australe. Une armée prête à fondre sur le gouvernement si celui-ci décide d’ouvrir les portes du pouvoir à la majorité noire représentée par l’African National Congress (ANC) de Nelson Mandela…

Un assassinat racialement motivé

C’est dans ce contexte de négociation entre le NP et l’ANC que Janusz Walus va prendre une décision qui va changer son destin. Le 10 avril 1993, galvanisé par les discours du leader de l’AWB, il se présente au domicile de Chris’ Hani, à Bocksburg. L’homme est un héros pour bon nombre de Sud-africains noirs. Leader de la branche armée de l’ANC, responsable de nombreux attentats perpétrés contre les Blancs, c’est aussi le secrétaire général du Parti communiste local (SACP). Il bénéficie d’une telle aura qu’on le dit même rival politique de Nelson Mandela. Mais pour Janusz Walus, Chris’ Hani n’est qu’un terroriste dangereux dont il faut se débarrasser. Lorsque ce dernier finit par revenir chez lui et se garer, Janusz Walus saisit ce moment pour l’interpeller. Tout va très vite. Il est 10 h20 quand l’Afrique du Sud apprend que Chris’ Hani a été abattu de plusieurs balles devant son domicile, et que son meurtrier est en fuite.

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Une course-poursuite va alors s’engager. Le gouvernement de Frederik de Klerk ordonne l’arrestation de Janusz Walus dont la plaque d’immatriculation a été notée par un voisin, témoin de cet assassinat. Rapidement interpellé, Janusz Walus va commettre l’erreur de se confier à un policier dont il est persuadé que celui-ci partage ses convictions raciales… L’enquête va même conduire à l’arrestation d’un député du Conservative Party (CP), complice de ce meurtre. Condamné à la prison, Janusz Walus est finalement relâché en 2022, avec l’interdiction de quitter le pays. Une libération qui provoquera des remous au sein de la société sud-africaine, outrée par cette clémence inattendue.

Une décision controversée

Le ministre à la présidence, Mme Khumbudzo Ntshavheni, a rappelé que cette expulsion était le résultat d’une décision de la Cour constitutionnelle, et non une initiative directe du gouvernement. « C’est une journée douloureuse pour les Sud-Africains, un rappel amer de la période sombre de l’apartheid », a de son côté déclaré le ministre de l’Intérieur Leon Schreiber sur le réseau social X (ex-Twitter), qui a également souligné que tous les frais de rapatriement de Janusz Walus avaient été à la charge de Varsovie.

La veuve de Chris Hani, Limpho Hani, a exprimé son indignation, critiquant le gouvernement et le Parti communiste sud-africain (SACP) pour ne pas l’avoir informée plus tôt. « J’ai appris cette nouvelle seulement [la veille] » a-t-elle dénoncé, ajoutant que cette décision ravivait une peine jamais éteinte. Quant au secrétaire général de l’ANC, Fikile Mbalula, il a réaffirmé devant les caméras que Walus avait par cet assassinat « privé l’Afrique du Sud de l’un de ses plus grands dirigeants », et a appelé à une enquête plus approfondie sur ce meurtre afin de dévoiler « toute l’ampleur du complot » mis en place durant les négociations entre son parti et le défunt National Party…

Idolâtré en Pologne

Aujourd’hui, Janusz Walus est idolâtré par certains groupes d’extrême droite en Pologne. Son image est imprimée sur des t-shirts, des posters et d’autres produits dérivés vendus publiquement ou sur le net ; une glorification qui choque en Afrique du Sud. A son arrivée en Pologne au lendemain de son expulsion, il a d’ailleurs été accueilli par Grzegorz Braun, député européen, monarchiste, leader de la Confédération de la couronne polonaise et étoile montante du conservatisme polonais dur. On ne sait pas ce que Janusz Walus va devenir désormais, celui-ci a refusé de faire le moindre commentaire à la presse polonaise.

Janusz Walus n’a jamais exprimé le moindre remord à son geste. Interrogé en 2018 par un média polonais, il avait simplement déclaré « qu’il se sentait à cette époque comme un soldat (et qu’il) croyait toujours au système de ségrégation raciale, que les blancs et les noirs devraient vivre séparés en Afrique du Sud ».

Les prédictions du mage Mélenchon

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Jean-Luc Mélenchon en meeting à Redon (35), 9 décembre 2024 © Justin PICAUD/SIPA

Le leader de l’extrême gauche française prédit la chute très rapide de François Bayrou et annonce qu’il est actuellement à la recherche des 500 parrainages pour l’élection présidentielle. « Ça se finira entre le RN et nous », prévoit-il avec gourmandise.


Traditionnellement, en cette période de l’année, les voyantes astiquent leur boule de cristal et livrent au public leurs prédictions pour les douze mois à venir. Ce samedi 21 décembre, répondant à une interview du journal Le Parisien, c’est M. Mélenchon qui s’adonne à cet exercice. Il prédit, il vaticine, apportant à cet art un souci d’exactitude que les pythies les plus en vue ne peuvent que lui envier. « Bayrou ne passera pas l’hiver », assène-t-il, sûr de lui. Certes, il n’est pas le seul à le penser, mais ce en quoi il se distingue est la précision de l’annonce. Qu’on en juge ! Selon lui, le gouvernement Bayrou tombera très exactement le 16 janvier, quarante-huit heures après son discours de politique générale devant l’Assemblée nationale. La cause ? Le recours au 49-3 pour le vote du budget que prédit aussi le visionnaire, assorti de la motion de censure qui s’ensuivra mécaniquement et dont il se targue de savoir à l’avance qu’elle sera effectivement votée, la gauche faisant le plein notamment avec l’apport des égarés dont notre devin se fait fort d’annoncer « le retour au bercail », autrement dit dans les rangs disciplinés de la gauche sous influence. À moins, envisage-t-il aussi, que le couperet ne tombe avant cela lors du vote de confiance que lui et ses amis auront exigé d’emblée…

M. Mélenchon prophétise aussi la fin anticipée du long séjour élyséen de M. Macron. Non seulement, il le voit venir, mais il le prépare. Lorsque le journaliste lui demande s’il sera candidat à une présidentielle anticipée en 2025, la réponse fuse : « Une candidature insoumise sera proposée comme candidature commune à ceux qui le voudront, livre-t-il. Notre équipe nationale proposera un nom aux parlementaires Insoumis qui trancheront. » Le programme sera prêt en janvier. « Nous sommes unis, prêts à gouverner, solides ». On n’en saura pas davantage, l’interviewé n’allant pas jusqu’à prédire le nom qui pourrait sortir du chapeau. Suspense insoutenable. Nous autres avons bien une petite idée. Et M. Mélenchon aussi, probablement.

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Le journaliste fait alors observer que ce projet de candidature exclusivement insoumis pose la question de savoir si le NFP (Nouveau Front populaire) existe encore. Là, surgit une réplique des plus imagées : « La preuve du pudding, c’est qu’on le mange. » Cela signifierait-il que la meilleure preuve de l’existence du NFP serait que, à terme, comme le pudding, il devrait se faire dévorer ? Même dans le cadre d’une interview de presse, il arrive que l’inconscient parle tout haut. En fait, le leader de LFI se persuade que la discipline qui a prévalu pour la précédente motion de censure contre le gouvernement Barnier rejouera à l’identique le moment venu. « On votera la censure ensemble ! » annonce-t-il sans le moindre doute. Il ne croit pas en effet un seul instant à ce que raconte François Hollande, à savoir que les socialistes auraient repris leur liberté. Là, on devine le haussement d’épaules. « Être appelé à l’humilité par des gens qui ont fait 1,75% à la présidentielle, c’est toujours cocasse. » Et d’ajouter : « Le PS fait un très mauvais choix avec Hollande. » À propos de choix discutables, la question de savoir si celui de la ligne politique qu’il observe depuis les attentats du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 ne serait pas de ceux-là, il répond non, catégoriquement. « D’autres ont affiché un désaccord avec nous et se sont aveuglés devant le génocide. Notre politique ne sera jamais opportuniste (…) Nous tournerions le dos à ceux que nous voulons représenter. Pour nous, avoir gagné l’estime de la classe ouvrière, l’affection des quartiers populaires, le soutien majoritaire des jeunes, celui d’intellectuels critiques, est notre raison d’être. » Puis, un peu plus loin, vient ce moment de lamentation qui fait monter la larme à l’œil : « Notre diabolisation nous met en danger physique mais elle nous gagne le respect de ceux qui ne supportent plus ce système. On serre les dents et on avance (…) Je suis de loin le premier à gauche, et les autres passent leur temps à me taper dessus. » La larme écrasée sur la joue, nous compatissons. Mais nous voici de retour dans le registre de la prédiction : « Ça se finira entre le RN et nous ! » Le RN qu’il compte battre « en faisant campagne ». On l’a battu comme ça aux législatives, justifie-t-il… Sans aucun doute, le Lider Maximo LFI voit-il donc se profiler une nouvelle fois, au second tour, le ralliement mercenaire et contre-nature, contre décence, contre honneur, des Attal, Bertrand, Philippe et comparses? Bien évidemment, le mage extralucide berce cette espérance. Il compte manifestement sur un remake du barrage républicain qui a si bien fonctionné en juin. Car lorsqu’on lui objecte que les sondages le placent loin derrière Marine Le Pen, il y va d’un nouvel haussement d’épaules : « Et alors, ils se trompent tout le temps. C’est donc bon signe ! » D’ailleurs, il s’y voit tellement à l’Élysée que la quête aux cinq cents parrainages, condition indispensable pour pouvoir être candidat, est d’ores et déjà sur les rails. M. Mélenchon en parle comme d’une simple formalité. À voir. Il s’agit de trouver cinq cents personnalités élues représentant au moins trente départements ou collectivités d’outre-mer (sans dépasser un dixième, soit 50 pour un même département), chacune ne disposant que d’un seul parrainage et celui-ci, détail qui a son importance, étant rendu public. Aussi, une petite question se profile quand même : sera-ce si aisé de trouver cette fois cinq cents notables que les outrances, les options post massacres du Hamas, les ambiguïtés autour de l’antisémitisme du candidat Mélenchon n’auront pas refroidis ? Il ne semble pas que l’intéressé, tellement sûr de son fait, ait cherché la réponse dans sa boule de cristal. On ne saurait penser à tout.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Verdict Paty: que retenir du procès du séparatisme?

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Verdict du procès de l'affaire Samuel Paty, Paris, 20 décembre 2024 © Gabrielle CEZARD/SIPA

Contrairement à l’affaire de Gisèle Pelicot, le procès de Samuel Paty concernait bien l’ensemble de la société française et son avenir, explique notre chroniqueuse, qui regrette que le verdict ait été si peu commenté en fin de semaine dernière.


Le verdict du procès Paty est tombé vendredi. Les magistrats sont allés plus loin que les réquisitoires et ont essayé de donner à ce procès une réponse à la hauteur de l’abomination commise. Mais pour le suivre dans ses détails, il aura fallu faire preuve de ténacité tant sa couverture a été légère. Heureusement qu’Emilie Frèche, écrivain et réalisatrice a suivi pour Le Point toutes les audiences. Elle a été exemplaire, mais elle a surtout été très seule à en rendre compte. Or autant le procès de Dominique Pelicot a occupé l’ensemble des rédactions et des médias, autant celui de Samuel Paty a été étonnamment peu couvert. Pourtant c’est ce dernier qui nous parle du danger qui menace notre avenir en tant que nation. Mais c’est sans doute ce qui le rend très perturbant, là où le procès Pelicot est rassurant : les méchants sont punis, la société a fait son travail, le politique a été clair et le verdict met tout le monde à l’aise.

Le mois des grands verdicts « sociétaux »

Pour autant, le procès Pelicot ne dit pas grand-chose de nos sociétés, sauf pour quelques féministes radicales qui pensent que la perversion est une norme chez tous les hommes. Le procès Paty, lui, nous concerne tous. Il est la pointe émergée d’un iceberg qui montre sous une forme exacerbée l’existence d’un écosystème qui vise à radicaliser la jeunesse musulmane pour essayer de se constituer une armée de réserve. Le séparatisme basé sur la haine de la société d’accueil qu’implique l’islamisme nourrit ainsi la déstabilisation politique, l’assassinat de proximité et le massacre de masse. Le but : imposer sa vision du monde et faire céder les institutions. C’est de cela que parle aussi le procès Paty et c’est sans doute pour cela qu’il n’a pas été très couvert. Ce qu’il raconte est atroce ; mais surtout, comme il n’y a pas eu « un avant et un après » suite à la décapitation du professeur en pleine rue, il met en relief une impuissance collective, institutionnelle comme politique, effrayante alors que la cible de l’islamisme c’est nous tous en tant que peuple et chacun de nous en tant que kouffars… Personne n’a envie de se confronter à cela s’il pense que ses représentants politiques sont incapables de l’en protéger.

Or ce procès a été très instructif, jusque dans son dénouement qui a mélangé courage et faiblesse. Courage des magistrats qui sont allés au-delà des réquisitions du Parquet, mais faiblesse symbolique également. Il a fallu ainsi exfiltrer Mickaëlle Paty du Palais de justice car elle était menacée par la famille et les proches des islamistes condamnés, en nombre dans la salle. Alors que ces personnes auraient dû être sorties manu militari, avec toute l’absence de ménagement qu’elles méritaient, c’est elle qui a dû sortir par une porte dérobée. Elle avait fait l’objet d’une apostrophe menaçante de la fille de M. Chnina, l’adolescente menteuse à l’origine de la campagne qui aboutira à la mort de Samuel Paty. Visiblement, elle n’a rien appris et est toujours aussi radicalisée. Mais au vu de l’indulgence ridicule du tribunal pour enfant, cette adolescente qui est responsable de la mort de son professeur n’a pas pris conscience de ses actes et étale une absence de remords et une violence qui promettent pour l’avenir.

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Mais surtout le verdict a montré l’absence totale de remords et de prise de conscience des accusés. Notamment de Sefrioui, le prédicateur et leader d’opinion qui a permis que l’incitation à la haine et l’appel au meurtre codé et sous-jacent trouve un exécuteur. En bon islamiste, il retourne l’accusation pour en faire un procès politique destiné à humilier l’islam et les musulmans. L’horreur de ce qui est arrivé à Samuel Paty est le cadet de ses soucis et face au verdict, le prédicateur montre son vrai visage, il n’a plus rien à gagner à se dissimuler. Pareil pour Chnina et sa famille.

Une contre-société violente qu’on se refuse à décoder

Le procès Paty a démontré ce que les gens qui travaillent honnêtement sur ces sujets savent : il existe un écosystème islamiste dont une partie des musulmans partage les représentations, les codes et les modes d’action. Cet écosystème cultive la haine et l’inhumanité comme des marques de puissance à mettre au service du dieu de l’islam. Un évènement peut ainsi cristalliser cette haine savamment semée et cultivée contre les valeurs occidentales, la liberté d’expression, l’égalité entre les hommes. Ces principes et idéaux sont présentés comme une offense au dieu de l’islam et à son prophète, offense qu’un vrai croyant doit laver dans le sang.

Un registre de doléances en hommage a Samuel Paty à Nice, octobre 2020 © Lionel Urman/SIPA Numéro de reportage : 00986783_000001

Ce que raconte le procès Paty rappelle ce qu’expliquaient les policiers à propos des phénomènes de bandes qui se créaient pendant les émeutes. Ils racontaient que les jeunes violents, même venant de quartiers différents, agissaient de façon similaire car ils partageaient la même façon de voir et de fonctionner. Ils pouvaient donc se regrouper spontanément dans un but de prédation (agression, destruction), agir de façon coordonnée puis la bande se défaire aussi vite qu’elle s’était formée. Là c’est la même chose. L’écosystème islamiste est ce qui va permettre, en diffusant le message dans les réseaux islamistes avec les bons mots clés pour susciter la haine, de trouver un exécutant de basses-œuvres. Mais aussi un réseau pour le soutenir et l’encourager sans forcément avoir à passer une commande criminelle explicite.

L’étude des messages échangés sur les réseaux sociaux entre une femme, Priscilla Mangel dite « cicatrice sucrée », qui a soigneusement excité et provoqué le basculement de l’assassin tchétchène en utilisant tous les codes qui rendent fous les militants islamistes, montre encore à quel point les magistrats ou les procureurs sont encore naïfs. La fameuse Priscilla Mangel, radicalisée et qui multiplie les provocations n’aura qu’une sanction bien légère eu égard à son rôle essentiel. Or être magistrat et se confronter au terrorisme, c’est aujourd’hui devoir devenir spécialiste de l’islamisme, de ses méthodes et de ses éléments de langage. Ce sont les islamistes qui tuent en Europe, l’extrême-droite est aujourd’hui anecdotique dans le terrorisme et pour le coup, ses modes d’action et ses références sont connues mais comme le vrai fascisme chez nous est résiduel et peu actif, le combattre est sans danger et gratifiant.

En revanche, le procès Paty, lui, parle de notre société et de son avenir. Il parle d’une réalité de plus en plus lourde : l’existence en Europe d’une contre-société islamiste qui possède sa vision du monde, une forme de conscience de soi et une idéologie incompatible avec nos principes, lois et mœurs. Cette idéologie a créé une contre-société violente, qui n’est plus en gestation mais existe bel et bien. Elle pèse de plus en plus lourdement sur nos institutions. Et elle devrait continuer à le faire : ce procès témoigne d’un début de prise de conscience mais aussi du refus d’une partie de la classe médiatique et politique de regarder en face ces réalités. En cela il n’est au final pas très rassurant.

À la table de mare nostrum

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Nordine Labiadh et son épouse Virginie, Alexis Blanco : les trois piliers du restaurant A Mi-Chemin et sa mascotte canine Roméo © Hannah Assouline

Avec le temps, À Mi-Chemin est devenu une table mythique de Paris. Un restaurant véritablement emprunt de l’âme de Nordine et Virginie qui jonglent comme personne avec les influences méditerranéennes.


Il y avait Bonnie et Clyde, Harold et Maude, Stone et Charden… Aujourd’hui, il y a Nordine et Virginie. Un quart de siècle, déjà, que ces deux-là nous réchauffent le corps et le cœur à la façon de l’Auvergnat de Brassens. Le couple qu’ils forment irradie, telle une petite centrale nucléaire où l’on va recharger ses batteries. Car ce sont avant tout deux êtres sensibles, capables de lire un regard, de deviner une angoisse, de se mettre à la place de l’autre (très rare, ça !). Lui, l’immigré tunisien sans papiers, élevé dans un petit hameau où il n’y avait ni eau courante, ni gaz, ni électricité, était en quête d’un foyer et rêvait de cuisiner comme Joël Robuchon ; elle, l’ancienne punk, conductrice de camions poids-lourds, que sa mère appelait « ma petite SDF », aspirait à créer un bistrot qui deviendrait une sorte de communauté, où les rapports de domination et les différences de classes sociales seraient abolis et où, après un bon repas, l’addition serait calculée en fonction des moyens de chaque client… « Quand j’ai fondé À Mi-Chemin, en 1998, j’étais utopiste et je ne voulais pas jouer à la patronne :  je me suis vite heurtée au principe de réalité ! En fait, les gens avec qui on travaille ont besoin d’être engueulés et les clients d’être encadrés ! »
« Un restaurant, mon ami, tempère Nordine (« lumière de Dieu » en arabe), c’est comme un feu de cheminée : au début, tu es vigilant et soigneux, tu mets du petit bois, tu souffles sur la flamme pour que le feu prenne, et quand il a pris, tu continues à le nourrir sans cesse pour qu’il ne s’éteigne jamais… On ne va pas au restaurant seulement pour bien manger et se faire servir, on y va pour la chaleur humaine. »
À Mi-Chemin, c’est cela et rien d’autre. 

Un savant assemblage de cultures à la carte

Quand Nordine et Virginie se rencontrent en 1999, ce sont deux êtres à la dérive. En décidant de se protéger mutuellement, ils font une force de leurs fragilités respectives. Elle : « J’avais 36 ans quand j’ai rencontré Nordine, j’étais fatiguée et déçue par les gens. » Lui : « Quand j’ai vu Virginie, l’amour a été immédiat. Et nous nous sommes mariés. Mes parents étaient contents au début, parce que le mariage m’avait permis d’avoir des papiers. Mais après, ils ont insisté pour que je divorce. À leurs yeux, je devais épouser une vraie musulmane ! Je leur ai dit non et j’ai cessé de les voir et de leur parler pendant trois ans. »
Étrangement, personne n’a encore évoqué dans la presse le rôle déterminant que joue l’île de Beauté dans l’équilibre de leur couple. « Aussitôt après notre mariage, nous avons découvert la Corse, en 2000. Ce fut un coup de foudre. Comme si nous avions été adoptés, raconte Virginie. Nous parlions avec tout le monde, les pêcheurs, les paysans, les commerçants, les gendarmes, le curé, les vignerons. »

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« En Corse, je me sens chez moi, précise Nordine. Ce que j’aime, ce sont les gens, ils t’accueillent, t’observent, te reconnaissent, tu sens leur regard, il y a une attention, une clarté dans les rapports humains. Ils t’accordent de la considération et ils en attendent en retour. La nature corse est à leur image : elle n’est pas grillagée, séparée par des clôtures, des barrières, on peut s’y promener en liberté. »
Et Virginie de confier : « Dès que j’entends un accent corse au téléphone, je trouve une table, même si le restaurant est complet ! Les Corses adorent venir ici, ils chantent, ils apportent une justesse dans la relation, on a beaucoup à apprendre d’eux. »

Un voyage entre terroir français et parfums d’ailleurs

Ces dernières années, les médias ont beaucoup parlé d’À Mi-Chemin, au point, peut-être, d’en donner une image un peu faussée, comme si toute la jet-set parisienne s’y donnait rendez-vous pour y manger « le meilleur couscous de France »… En réalité, ce restaurant est beaucoup plus joli et subtil que cela. Il faut y aller avec douceur, comme on va dans un bistrot de quartier, ou comme on allait, autrefois, dans une auberge de campagne fumant au bord de la nationale 7, entre Roanne et Saint-Étienne. « Quand les gens me disent : « On vous a vus à la télé, on va tester ! »… Cela me gêne, soupire Virginie, comme si on venait ici pour mettre une note. Ce n’est pas dans cet esprit de compétition que Nordine et moi avons créé ce restaurant. »
Si vous n’y êtes jamais allés, je vous conseille de réserver la première table, celle située à l’entrée, tout près de la fenêtre. Là, vous pourrez observer tranquillement le spectacle de la rue, pendant que les chariots de couscous royal passeront sous vos yeux. Vous serez accueillis par le troisième pilier de la maison, le directeur de salle, Alexis Blanco, arrivé par hasard il y a trois ans et qui, depuis, n’a plus quitté son tablier. On l’a oublié, mais le directeur de salle est un personnage clef (autrefois, c’était lui la vedette, pas le chef qui restait caché dans sa cuisine !). Intuitif, souriant et plein de tact, c’est lui qui reçoit, guide, oriente, explique la carte, met à l’aise, devine les goûts et les attentes des clients, il fait le lien et communique en langage codé avec le chef.
À table, la Corse est d’abord présente dans les vins, des vins intenses, tous produits en pleine nature, entre la mer et la montagne, des vins limpides et cristallins, gorgés de parfums qui se marient fabuleusement avec la cuisine épicée à la cardamome et au cumin frais de papa Nordine… Là, on entre vraiment dans le cœur du sujet, car son œuf mayonnaise citronnée à la poutargue corse de l’étang de Palo (salée et séchée dans des cabanes) est, de très loin, le meilleur « œuf mayo » de Paris. Il faut aussi goûter son tagine de veau corse tigré aux pruneaux et aux petits pois ; sa tartine de brocciu à la figue et au miel de châtaignier ; ses pâtes à l’araignée de mer de Lotu (une crique du désert des Agriates en Balagne) ; et, surtout, chef-d’œuvre absolu, ses coquilles Saint-Jacques à la châtaigne et aux clémentines de Corse, une splendeur d’harmonie, où les trois goûts (trinité chère à Nordine) fusionnent parfaitement. Accompagnées d’un vin blanc vif aux amertumes d’agrumes des domaines Clos Colombu d’Yves Leccia, c’est à tomber.
Nordine a également publié un beau livre, un recueil de ses recettes gorgées de soleil magnifiquement photographiées, où chaque page est une ode à la Méditerranée.


À Mi-Chemin
31, rue Boulard 75014 Paris
01 45 39 56 45 / www.restaurant-amichemin.fr

À lire :

La cuisine de Nordine. Voyage entre terroir français et parfums d’ailleurs, Nordine Labiadh, Solar, 2024.

L’ours en peluche, un ami pour la vie!

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Steiff — Ours en peluche Vers 1910 ou 1912 Peluche de mohair ; museau rasé; sous-pattes en feutre © Les Arts Décoratifs / Christophe Dellière

À quelques jours de Noël, Monsieur Nostalgie ne résiste pas à une épaisse couche de mignonneries. Il s’est rendu à l’exposition « Mon ours en peluche » au Musée des Arts Décoratifs (jusqu’au 22 juin 2025). Accordons-nous cette pause de câlinothérapie dans un quinquennat de guingois !


Je ne connais rien de plus réconfortant que de croiser le regard de Paddington, plantigrade péruvien exilé à London, en duffle-coat et bottes en caoutchouc dans une salle du Musée des Arts Décoratifs, alors que dehors, il pleut à grosses gouttes sur la rue de Rivoli. Surtout lorsqu’il est accompagné de sa Tante Lucy enrubannée dans un châle et chapeautée comme une mémé du Bourbonnais. Elle couve amoureusement son petit ourson derrière des besicles embuées. Un peu de douceur ne nuit pas aux relations humaines. Bouba et Frisquette tiennent une place d’honneur dans le panthéon télévisuel des années 1980, c’était le bon vieux temps de l’accalmie, Jean Rochefort nous contait les aventures de Winnie the Pooh sur FR3 avec la voix de Roger Carel. Seuls les cœurs secs restent insensibles à cette tendresse venue du fond de l’enfance. Face à Paddington, à sa courtoisie et à sa générosité, les tribulations des assemblées et les tripatouillages électoraux ne produisent qu’indifférence et dédain. Quand l’actualité s’embourbe dans la farce, quand les Français se sentent dépossédés de leur pré-carré, il faut savoir mettre l’horloge sur pause, au moins durant la quinzaine de Noël. Reprendre ses esprits après une année politique cauchemardesque, se désengager des misères du quotidien, des hautes doses de moraline et des dénis de réalité. En janvier, la longue cohorte des emmerdements reprendra ses droits et possession de nos vies bien assez vite. Pour l’heure, évadons-nous au pays des ours en peluche, de la littérature jeunesse et des veillées dans cette exposition moelleuse à souhait qui se prolongera jusqu’à l’été 2025. Zizi Jeanmaire aurait pu chanter « mon truc en peluche, ça fait rêver, mais c’est sacré ». Sacrés, les ours en peluche le sont assurément car ils nous suivent tout au long de notre existence. Il ne viendrait à l’idée de personne de les abandonner dans une déchetterie. Les psys les considèrent comme des objets transitionnels. Les démantibulés, les rapiécés, les lustrés, les éborgnés, tous les éclopés ont notre affection.

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Nos grands-mères les conservaient tels des talismans, les jouets étaient jadis chers et ces peluches dépenaillées leur avaient permis de traverser des guerres et bien des chaos intimes. L’ours en peluche a sauvé plus d’enfants que des diplomates en habit de gala attablés devant un lapin chasseur. L’exposition nous apprend que l’invention est récente. Simultanément, l’ours en peluche fait son apparition en Allemagne et aux États-Unis. Dans l’imagerie populaire, depuis le Moyen Âge, ce noble animal était moqué, il avait été supplanté par le lion, roi de la jungle ou le cerf, roi des forêts. On ne louait plus sa force, il servait d’attractions foraines, en laisse ou sur un vélo, il était meurtri par tant d’indignités publiques. Il naît donc officiellement en 1902, dans la famille Steiff sous la forme d’un jouet de compagnie. Margarete Steiff, atteinte de la poliomyélite contractée dans son enfance, a ouvert, dès les années 1870, un atelier de couture où elle conçoit des éléphants en feutre. Richard, son neveu croit aux vertus enfantines des singes et des ours articulés qui peuvent ainsi imiter les mouvements des Hommes. En se rendant au zoo, il affine ses esquisses et ses recherches aboutissent à la première peluche en mohair rembourrée de paille de bois baptisée Bär 55 PB : 55 pour la taille en centimètres, P pour plüsch ou peluche, B pour beweglich ou mobile. Au même moment, en Amérique, le président Roosevelt gracie un ours lors d’une chasse organisée dans le Mississipi. Afin qu’il ne revienne pas bredouille, lâchement on lui a attaché un ours à un arbre. Roosevelt se refuse de tirer sur un animal sans défense. La mode est lancée. La presse et notamment le dessinateur Clifford K. Berryman popularisent ce « fait d’armes ». « Rose et Morris Michtom, propriétaires d’une confiserie à Brooklyn, réalisent un ourson en tissu bourré qu’ils envoient à Roosevelt et (le) vendent ensuite, avec son autorisation, sous le nom de « Teddy’s Bear » nous informe-t-on. Des fabricants se lancent dans sa production de masse, de plus ou moins bonne qualité. Le Musée des Arts Décoratifs en expose de nombreux modèles, de différentes tailles, époques et origines derrière des vitrines. Et même de très précieux signés par les grands noms de la haute couture.

On dit qu’il existe un conflit intergénérationnel dans notre pays. Lors de ma visite, j’ai assisté à des scènes touchantes où des enfants d’une école primaire entamaient la discussion avec des « boomers », les yeux des petits et grands brillant à l’unisson – notre « vivre-ensemble » n’est donc pas mort. Dès l’entrée, j’ai été surpris de voir la présence du collier de Rahan qu’il avait, selon la légende, hérité de son père. Après l’avoir acheté dans Pif Gadget, je l’ai porté une semaine avant que ma mère mette le holà à cette dérive des âges farouches. Je ne me souvenais plus qu’il était composé de griffes d’ours (en plastique) ! Aujourd’hui, j’ai honte de m’être moqué du « Bisounours arc-en-ciel » de ma petite cousine. Je fais ici mon mea-culpa.

Exposition « Mon ours en peluche » – Musée des Arts Décoratifs – 107, rue de Rivoli 75 001 PARIS

Tendre est la province

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Monsieur Nostalgie

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Virgile en Auvergne

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François Cassingena-Tréverdy © DR

Le livre de frère François Cassingena-Tréverdy, Paysan de Dieu, est une parenthèse pastorale et hivernale humble, riche des savoirs de cet homme de foi. Culture, culte et nature s’y retrouvent, dans une délicate harmonie…


La colline s’est transformée en meringue glacée. Le feu dans la cheminée peine à réchauffer la pièce où j’écris ce dernier texte de l’année 2024. Il y a toujours un pincement au cœur à se trouver face au basculement dans l’inconnu imposé par le calendrier. J’écoute le « Dixit Dominus », de Haendel et cela convient au livre de frère François Cassingena-Tréverdy, Paysan de Dieu. Après des décennies de vie monacale en abbayes bénédictines, il s’est retiré au cœur de l’Auvergne. Il nous offre un magnifique journal de bord rythmé à la fois par le temps profane des tâches liées à la terre et le temps liturgique qui nourrit l’esprit par ses rites et ses chants. C’est écrit dans une langue précise et pure ; les citations, souvent latines, confèrent au récit un caractère sacré, très éloigné de l’érudition professorale asphyxiante. Ici, tout n’est que dépouillement et émotion dans la restitution de la vie rustique, âpre et taiseuse, mais ô combien authentique. Ce moine bénédictin, aujourd’hui prêtre sur les hautes terres du Cézallier dans le Cantal, est normalien, Docteur en théologie, spécialiste de la tradition liturgique, traducteur de Virgile. Dans le village de Sainte-Anastasie – un nom qui signifie « résurrection » – il mène une vie solitaire de paysan. Il trait les vaches sans se boucher le nez en entrant dans l’étable. Il évoque l’odeur de bouse « agressive et attachante ». Il ajoute : « Ici, c’est à cette odeur-là que l’on se flaire, que l’on s’estime, que l’on se reconnaît du même monde et du même ordre sur l’échelle professionnelle et sociale. » Il dit encore : « J’ai fait profession solennelle de commis. »

A lire aussi, du même auteur: Précis de survie en temps de détresse

Dans son humble demeure, il écoute de la musique à la gloire de Dieu, de la Passion et des saints. Assis, mains jointes, la casquette posée sur la table, il prie. Dans l’oratoire qu’il a aménagé à l’étage, il lit encore et toujours les Écritures, les Pensées de Pascal, Le Cœur de la Matière de Teilhard de Chardin, les Géorgiques de Virgile. Et puis, soudain, Audition de Bach, Cantate 103. Bien sûr, il ne possède pas la télévision. Que d’heures gagnées sur la société du spectacle. À la manière de Rousseau, il herborise. Son érudition étonne (page 92). Il consigne le changement des saisons. « Ô la sécurité que procure l’hiver ! », s’écrit-il. Ou encore : « Ce matin, sur la neige qui lentement se sublime, les pas des passereaux ont marqué des étoiles : du regard, la pâture aujourd’hui sera le minuscule. » L’étoffe du temps, il ne cesse de la caresser. L’été surgit alors : « Soir de juin, tout proche du solstice – La lumière s’avance, la lumière s’attarde aux confins de son domaine et semble s’y encalminer. » Il refuse le terme d’exploitant agricole, lui préférant le noble mot de paysan. Mais c’est un monde menacé de disparition qu’il contemple de son regard à la fois doux et inquiet. Et la disparition de ce monde-là, c’est la préfiguration de la mort de nos racines. C’est la Vie parmi les ombres, pour reprendre le titre du crépusculaire roman de Richard Millet.

La recherche du paradis terrestre

L’espérance, pourtant, ne quitte pas le moine François. La beauté des paysages austères, le bleu des jasiones, le grand silence, lui permettent de poursuivre son service pastoral, sous le gris cendré du ciel, loin des boites où l’on range les hommes. Sur le haut plateau nettoyé par l’écir, on respire la liberté que rien ne peut enfermer. Il vit l’aventure fondamentale de l’homme, devenant « le poète de sa propre existence. » Son message d’humilité, sa soif de spiritualité, en cette fin d’année, font du bien.

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C’est dans la maison familiale que je m’apprête à conclure cet article. Haendel semble déplacer les pierres de basalte formant les épais murs. Je n’ai pas choisi cette région, ce lieu, cette maison. À ce propos, François précise : « L’on est originaire, non pas seulement du pays où l’on a vu le premier jour de sa vie, mais aussi, et bien davantage encore, sans doute, du pays auquel on a abouti, auquel on est revenu sur le tard, par les voies conjuguées de l’exil, du désir et de la nostalgie. » Je vous souhaite, si ce n’est déjà fait, de trouver ce pays que vous finirez par considérer comme le paradis terrestre.

Terminons par cette description du paradis du prêtre François : « Une brume lumineuse estompait la découpe du Plomb – le Plomb du Cantal – et de ses assesseurs sur le ciel. J’avais le vent guilleret, euphorique. Corroborant l’avis du sentier caillouté de basalte qui sonnait sous mes bottes, ce vent me soufflait mot, un seul mot de mon état désormais confirmé : paysan. »

Frère François Cassingena-Trévedy, Paysan de Dieu, Albin Michel.

Paysan de Dieu: Prix de la liberté intérieure 2025

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Fanny Ardant: Une femme amoureuse

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Berlin d’Est en Ouest

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Autoportrait d'Helmut Newton dans l'atelier d'Yva, Berlin, 1936. © 2024 Helmut Newton Foundation, Berlin

De photographies iconiques en photographies sulfureuses, Berlin, Berlin retrace un siècle de Helmut Newton dans la capitale allemande, ravivant la légende des révolutions artistiques successives qui ont fait battre le cœur de la cité.


Si le jeune juif allemand Helmut Neustädter n’avait pas eu le flair, quelques jours après la Nuit de Cristal, de quitter sa ville natale direction Trieste pour embarquer sur un paquebot voguant vers Singapour, le nom de Helmut Newton ne serait sans doute jamais passé à la postérité. Après ces années d’errance à courir le monde – et les femmes – jusqu’à l’Australie, et tandis que parents et demi-frère ont quant à eux sauvé leur peau in extremis en fuyant vers l’Amérique du Sud, le photographe de mode retourne à son premier port d’attache : Berlin.

Nous sommes en 1959, aucun Mur ne bouche encore la perspective de la Porte de Brandebourg, décor que choisit l’artiste presque quarantenaire pour shooter ce trio de mannequins joyeuses, commande de la revue Costanze. Entre Newton et Condé Nast s’ouvre une longue histoire ; elle débute avec Adam, titre français du groupe, pour lequel il immortalise les night-clubs de la ville… Il y reviendra en 1962-1963, pour Vogue, au pied du Mur, cette fois.

Passent quatorze années sans revoir Berlin. Mais en 1977 de nouvelles commandes de magazines l’y entraînent. Au seuil des années 80 il portraiture la comédienne Hanna Schygulla ou le cinéaste Wim Wenders dans le décor fuligineux de la capitale morcelée. David Bowie, John Malkovich poseront également pour lui devant le Mur.

Restaurant Exil, Berlin, 1977. Photographe : Helmut Newton © 2024 Fondation Helmut Newton, Berlin

Des clichés qui renvoient à un temps dont le prude XXIème siècle nous a peut-être sortis…

C’est le fil rouge de ce ‘’beau livre’’ dont le titre, Berlin Berlin, publié sous les auspices de Taschen, reprend celui d’une rétrospective célébrant les vingt ans de la Fondation Helmut Newton sise à Bahnhof Zoo, à deux pas du fameux Kurfürstendamm.  L’ouvrage jalonne ainsi ce très long compagnonnage avec Berlin, qui se poursuivra jusqu’au-delà de l’an 2000, alors que Helmut Newton a franchi le cap des 80 ans. La légende d’une ville, au prisme d’un photographe de légende, en somme.

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Beaucoup de seins nus, de toisons pubiennes et de Fräulein au regard de vamp, parmi les réincarnations de Mata-Hari pour Vogue à l’Hôtel Hilton, sous les traits du modèle Brigitte Shilling, les portraits rugueux de personnages masculins, les séquences urbaines et les photos diurnes ou nocturnes d’architecture. Autant de clichés qui renvoient à ce temps dont le prude XXIème siècle est peut-être sorti : celui de la rencontre charnelle, impudique, viscérale, entre le corps et la cité.  

Comme le rappelle, dans son texte conclusif, l’historien de l’art et actuel directeur de la Fondation Helmut Newton, Matthias Harder, en octobre 2001, soit trois ans avant sa mort, « Helmut Newton raconte pour la dernière fois son Berlin dans un magazine […], pêle-mêle de clichés anciens et récents […] ‘’Voyez cette ville’’, peut-on lire sur la page d’ouverture, en écho au discours de Ernst Reuter, maire de Berlin en septembre 1948, entré dans l’histoire : ‘’Vous, peuples du monde, voyez cette ville…’’ avait-il commencé devant la foule et un Reichstag en ruine, appelant à la solidarité internationale, enjoignant la population à tenir bon gré mal gré malgré des mois de blocus soviétique dans Berlin-Ouest. Des paroles devenues le porte-drapeau de Berlin-Ouest, du désir de liberté de ses habitants ». Images du désir de vivre, sous la signature du grand Helmut Newton : élégamment cartonné de noir, ce livre exhume nombre d’entre elles restées inédites, assure l’éditeur.

David Bowie, Hôtel Kempinski, Berlin, 1983. Photographe : Helmut Newton © 2024 Fondation Helmut Newton, Berlin

Berlin, Berlin. Photographies de Helmut Newton. Textes de Matthias Harder. 241p. Taschen, 2024.

Helmut Newton. Berlin, Berlin

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Le taureau par la queue

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Thomas Portes, député LFI-NFP de la 3eme circonscription de Seine-Saint-Denis, manifeste devant Science-Po pour dénoncer "l'occupation" au Liban et en Palestine, 9 octobre 2024 © HOUPLINE-RENARD/SIPA

L’année s’achève, c’est l’heure du bilan. 2024 ne brillera pas dans l’histoire pour son excellence. Un constat sans fard.


L’époque est à la décadence. Notre président, qui aime tant déblatérer sur l’irresponsabilité des citoyens qu’il emmerde, s’accroche au pouvoir, les mains crispées sur le trône. En attendant, on légifère sur la fessée, l’État court à la ruine, les députés dealent du shit. Les « je ne crois pas qu’il soit jamais permis dans cette Assemblée de laisser sans réclamation violer, même dans un discours, les principes, et de composer avec les amours-propres aux dépens de la vérité » (Mirabeau) ont laissé place aux « Ferme ta gueule ! » (Portes).

Le divertissement a grand-remplacé le savoir

Rarement les écarts de fortune n’ont été si colossaux ; et en même temps que le grand déclassement nous guette, le peuple enterre ses angoisses dans la vaste pornographie des plaisirs, et préfère jouir des denrées fabuleuses du bateau ivre qui chavire, plutôt que de s’en priver pour le délester — et le sauver des abysses. Rome est à la mode, et le péché consensuel.

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Les délinquants ordinaires, les criminels, les squatteurs, les branleurs ont tous les droits ; les flics sont désarmés : une intervention est une bavure. L’école pédagogiste enseigne en vain ses stupidités à des barbares sans familles et sans repères : elle a remplacé Molière par les mangas, les cours magistraux par les shows des drags queens, elle fabrique des dégénérés. La vulgarisation, l’obscénité ont remplacé le génie, et le divertissement, le savoir. Un bon élève est un fayot ; un mauvais élève, une victime. On a tellement sapé la culture et l’autorité, que les gamins sont devenus des sauvages. Et cependant à chaque nouveau fait divers, les libertés ploient sous les normes.

La gestion de la France, c’est la définition du burlesque : on traite le grave avec légèreté, et le léger avec gravité. À l’ère du paraître et de la consommation, on achète six millions de dollars une banane scotchée au mur, on publie les mémoires des youtubeurs, Blanche-Neige est Colombienne. On combat la hausse des viols par une loi sur les regards appuyés ; on débat comme les Femmes savantes sur l’écriture inclusive ; on censure « nain », « noir », « gros », « pédé », mais si l’on suppose que le recul de l’autorité de l’État entraîne une augmentation des violences, on est relégué au fascisme. Puis l’administration spolie les travailleurs pour payer les fainéants ; au lieu de s’acharner contre les chômeurs, elle harcèle ceux qu’elle devrait soutenir. Elle arrache leurs terres aux agriculteurs, elle les soumet à la concurrence la plus déloyale : elle les pend. Pour quoi ? — plus les taxes augmentent, plus l’État est déficient.

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Nos cerveaux déclinent. Partout règne la confusion : on attaque le catholicisme aux Jeux Olympiques, comme si la religion n’avait pas été aussi la plus grande œuvre pacificatrice de l’humanité ; on célèbre la Révolution comme le triomphe des Lumières sans la moindre nuance, l’érigeant en rupture entre mal et bien, et justifiant la Terreur.

La ministre des Sports et des Jeux olympiques Mme Oudéa Castera au « Club France » à Paris, après la cérémonie d’ouverture, 26 juillet 2024 © Gabrielle CEZARD/SIPA

« On marche sur la tête », « tout est fait en dépit du bon sens » sont des phrases qui tournent en boucle aux cafés, dans la rue, au travail. On prend le taureau par la queue : l’Union européenne reçoit en grande pompe Greta Thunberg au Parlement puis vote le CETA. Les « multiculturalistes » défendent le nationalisme ukrainien en même temps qu’ils rêvent du « village mondial ». Les programmes scolaires traitent de thématiques universitaires, alors qu’au lycée les élèves ne savent pas lire ; les policiers ont des formations sur la bienveillance ; le bourgeois blanc catholique est diabolisé, le migrant sanctifié. On fait du procès Pelicot le procès des hommes, comme si cette affaire était un emblème, alors qu’elle est au viol ce que l’affaire Dupont de Ligonnès est au meurtre, un cas hors-norme. Et si les féministes, qui s’accordent avec la droite pour hurler au laxisme judiciaire (c’est savoureux), s’intéressaient plutôt à la réalité des violences sexuelles ? — celles qui sont trop habituelles pour passer dans les journaux.

L’Etat de droit dans de beaux draps

La magistrature, habituellement d’un laxisme pervers, fait preuve d’autoritarisme quand l’idéologie s’en mêle. À Nice, elle libère sous contrôle judiciaire des suspects prévenus d’avoir agressé des policiers en dehors de leur service. Et cependant elle met en examen le candidat Fillon en pleine campagne présidentielle, au mépris des usages démocratiques ; elle prononce contre Nicolas Sarkozy une condamnation révoltante au point de vue des droits et libertés fondamentaux ; elle requiert contre Marine Le Pen l’inéligibilité avec exécution provisoire, piétinant sans vergogne le sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs. On nous rétorquera que critiquer la justice, c’est remettre en cause l’État de droit, comme si la justice ne pouvait jamais empoisonner l’État. La nôtre ferait mieux de troquer Rousseau contre La Rochefoucauld : soumise aux pressions extérieures, elle délaisse au profit des délinquants le droit pour l’équité, et contre les honnêtes gens, l’équité pour le droit. « Dieu nous protège des Parlements ! » criaient déjà les justiciables d’Ancien Régime — mais il y a beaucoup de similitudes entre notre époque et le dix-huitième siècle…

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La France droguée, matraquée de publicité, est sous anti-dépresseurs. Notre vieil esprit libertin, qui faisait à la fois notre bonheur et notre renommée, est bafoué sur ses deux flancs : d’un côté par le rigorisme féministe et religieux, de l’autre par l’hypersexualisation. Comme la noblesse s’est perdue à force d’imiter la bourgeoisie, la bourgeoisie s’abaisse au rang des prolétaires, et décroît. L’adulescence ventripotente, onaniste par paresse, aux passions méprisables et dont les goûts sont altérés par la bêtise, ne dépasse plus le stade esthétique (relire Kierkegaard). Gavée de propagande américaine, ce wokisme coupé de protestantisme, elle se débat dans une injonction contradictoire qui la déprime.

Bayrou nous sauvera-t-il ? — non.

Joyeux Noël et bonne année !

La boîte du bouquiniste

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Kléber Haedens © Louis Monier/Brigdemans

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendras. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


Nous avons collectivement cru que les « Hussards » comptaient quatre membres historiques : Roger Nimier, Antoine Blondin, Jacques Laurent et Michel Déon. Nous avions oublié leur capitaine d’équipe à l’allure rupestre, grand gaillard portant la brosse haute et pourvu d’un tarin de compétition que seuls les Gascons arborent avec majesté sur les rives de l’Adour. Étrange phénomène physique pour un garçon né à Équeurdreville, dans la Manche, fils d’un officier d’artillerie et d’une mère oléronaise, ayant suivi ses études classiques au Prytanée militaire de La Flèche avant d’être diplômé de l’École supérieure de commerce et de l’industrie de Bordeaux. Geneviève Dormann, dans la préface de la réédition de L’Air du pays parue en 1986 écrivait : « C’est que le chef “hussard”, c’était lui, c’était Kléber ». Kléber Haedens (1913-1976) n’avait pas la bosse du commerce, mais celle des lettres. Il fut pour toute une génération d’apprentis journalistes un guide sûr, un conseiller littéraire délicat, un sportif averti, un ami jouisseur des « choses de la vie ». L’un de ces lecteurs dont l’avis et le jugement sont de précieux sésames pour entrer en littérature comme on entre sur le central de Roland-Garros avec une raquette en bois à cordage en boyau naturel.

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Durant la Seconde Guerre mondiale, à Lyon, il a écrit une Histoire de la littérature française, personnelle donc à usage universel, qu’il est indispensable de posséder dans sa bibliothèque sinon vous risquez de passer pour un jean-foutre en société. Mémoire fabuleuse, érudition du monde d’avant, finesse d’Ancien Régime sous une carapace paysanne, Kléber avait tout lu, tout retenu, il récitait des vers entiers au débotté et se souvenait d’un cinquième set accroché dans une obscure Coupe Davis d’avant-guerre. Kléber était le croisement des mousquetaires de Dumas et de Borotra. Ancien secrétaire de Charles Maurras, critique littéraire à Paris-Presse, chroniqueur au Journal du dimanche, romancier d’une nostalgie provinciale éruptive couronné par le prix Interallié en 1966 pour L’été finit sous les tilleuls et grand prix du roman de l’Académie française pour Adios en 1974, Kléber n’avait pas la plume amère des professionnels du métier. Aucun dégoût ou moralisme désuet ; au contraire, une vitalité dans le trait, une perspicacité dans le portrait, une forme d’esprit français qui semble avoir disparu. En 1963 sort L’Air du pays, il est composé de chroniques pour la plupart extraites de l’hebdomadaire Le Nouveau Candide, d’obédience gaulliste. Ce carnet de bord buissonnier est une source d’admiration, de déambulation, d’échappées et de prouesses stylistiques. Kléber était le roi des chroniqueurs, on picore chez lui tant d’éclats de lumière, il bouscule les lignes droites des essais faisandés. Kléber avertit, dès sa préface : « L’air du pays se respire partout où se retrouvent nos amitiés et nos amours. » Il enchante par sa culture immense et nous émerveille par ses sauts de cabri. Sous sa plume, on passe d’un dimanche pluvieux à Toulouse sur le canal du Riquet à Chardonne de retour d’Espagne, on cabote de Charles Trenet au torero Antonio Ordóñez ou du stade Jean-Bouin à Ray Charles.

L’Air du pays, de Kléber Haedens, Albin Michel, 1963.

L'Air du pays

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Grand guignol gothique

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Lily-Rose Depp dans "Nosferatu" de Robert Eggers © Focus Features / Universal

Difficile de repasser les plats derrière le génial Murnau (Nosferatu le vampire, 1922), le non moins génial Tod Browning (Dracula, 1931) et les épigones successifs du roman de Bram Stoker transvasé à l’écran : Terence Fischer (Le cauchemar de Dracula, 1958, Les maîtresses de Dracula, 1960, Dracula prince des ténèbres, 1966) ; Vernon Sewell (Le Vampire a soif, 1968) ; Freddie Francis (Dracula et les femmes, 1969) ; Peter Sasdy (Une messe pour Dracula, 1970) ; Roy Ward Baker (Les cicatrices de Dracula, 1971) ; Werner Herzog (Nosferatu fantôme de la nuit, 1979) ; Coppola (Dracula, 1992) ; Neil Jordan (Entretien avec un vampire, 1994) et j’en passe.  

Veine intarissable

Il faut croire pourtant que la veine est intarissable : Robert Eggers, qui s’est fait du film d’horreur une de ses spécialités, –  cf. The Witch, 2015, The Lighthouse, 2019 avec un écart vers la saga historique (The Northman, 2022) – embarque avec lui pour un troisième opus Willem Dafoe, lequel campe ici le vieil émissaire des forces irrationnelles.

Le jeune agent immobilier Thomas Hutter (Nicholas Hoult), qui fait ses premiers pas dans la profession, a été envoyé en mission dans les Carpates pour signer le contrat de vente d’un château en ruine auprès du comte Orlok (Bill Skarsgärd, doté d’une voix synthétique d’outre-tombe), tandis que, restée au foyer, sa tendre et chère (Lili-Rose Depp) reste la proie de cauchemars prémonitoires et de crises d’hystérie qui la laissent anéantie. Voilà donc le commis rendu dans l’antre fétide du vampire, monstre pustuleux et velu dont la légendaire nécrophilie terrorise le voisinage des gitans autochtones.

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Dans ce nouvel avatar qui, le cédant volontiers au gore, amplifie non sans complaisance les attributs traditionnels du genre (avec une petite incursion du côté de L’Exorciste), les canines du vampire, notons-le, ne poussent pas. Cela nous prive du petit frisson d’horreur auquel le genre nous a accoutumé, au moment où les babines dévoilent la double excroissance pointue d’émail blanc. Cette fois, le vampire mord plus goulûment que jamais, mais jamais dans le cou : il s’attaque directement au système cardio-vasculaire de sa proie. Et Dieu, un cœur, que ça saigne ! Un vrai torrent !

Outrancier

Nosferatu se laisse regarder. Avec une indifférence polie. Aux vrais cinéphiles on conseillera de revoir le monumental Murnau. Tout y est déjà : le voyage en calèche vers ces contrées hostiles, la soif inextinguible du vampire, la colonie des rats échappés du vaisseau, qui contaminent la ville de la peste… L’inégalable noir et blanc de cet incunable muet éclipse pour l’éternité l’emphase visuelle, sonore, dégoulinante et surchargée d’hémoglobine qui, dans ce Nosferatu millésimé 2024, tire jusqu’à l’outrance les ficelles du superlatif. Le magnétisme lointain qui, à distance, fera de la femme de Thomas, Ellen (Lily-Rose Depp), tourmentée par ses cauchemars depuis l’enfance, une victime de la libido d’un vampire tératologique, c’est du grand guignol à la sauce gothique. Robert Eggers boursoufle une tradition qui n’avait aucun besoin d’ingrédients supplémentaires.   


Nosferatu. Film de Robert Eggers. Avec Lili Rose Deep, Nicholas Hoult, Bill Skarsgärd, Aaron Taylor, Willen Dafoe, Emma Corrin… Etats-Unis, noir et blanc/couleur, 2024.
Durée : 2h12
En salles le 25 décembre 2024

Un fantôme de l’Apartheid expulsé d’Afrique du Sud

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Devant la prison de Pretoria, des militants communistes sud-africains protestent contre la possibilité de libération de Janusz Walus, 30 novembre 2022 © AP/SIPA

C’est une page douloureuse de l’Afrique du Sud qui vient de se refermer. Janusz Walus a été expulsé de la nation arc-en-ciel après plus de trois décennies passées derrière les barreaux. Il était notoirement connu pour avoir assassiné Chris’ Hani, icône de la lutte anti-apartheid.


Janusz Walus, image d’achive

Le 6 décembre 2024, sur décision de la Cour constitutionnelle sud-africaine, c’est très discrètement, que Janusz Walus, 71 ans, a été renvoyé en Pologne, son pays d’origine. Un départ précipité qui a généré une vaste polémique dans le pays de la nation arc-en-ciel qui n’a rien oublié du meurtre qu’il a perpétré et qui a failli plonger l’Afrique du Sud dans le chaos et la guerre civile.

Arrivé avec son père et sa mère en 1981, il travaille dans l’usine familiale de fabrication de verre. Lorsque celle-ci ferme définitivement ses portes, Janusz Walus se reconvertit en conducteur de camions. Intéressé par la politique, il rejoint le National Party (NP), qui dirige l’Afrique du Sud depuis l’instauration du régime de ségrégation raciale en 1948. Un système qu’il soutient. Au fur et à mesure que le gouvernement lâche du lest sur les lois raciales en vigueur, Janusz Walus se radicalise de plus en plus. Il rejoint finalement l’Afrikaner Weerstandsbeweging (AWB), le mouvement de résistance afrikaner dirigé par Eugène Ney Terreblanche, qui compte des milliers de membres à travers toute l’Afrique australe. Une armée prête à fondre sur le gouvernement si celui-ci décide d’ouvrir les portes du pouvoir à la majorité noire représentée par l’African National Congress (ANC) de Nelson Mandela…

Un assassinat racialement motivé

C’est dans ce contexte de négociation entre le NP et l’ANC que Janusz Walus va prendre une décision qui va changer son destin. Le 10 avril 1993, galvanisé par les discours du leader de l’AWB, il se présente au domicile de Chris’ Hani, à Bocksburg. L’homme est un héros pour bon nombre de Sud-africains noirs. Leader de la branche armée de l’ANC, responsable de nombreux attentats perpétrés contre les Blancs, c’est aussi le secrétaire général du Parti communiste local (SACP). Il bénéficie d’une telle aura qu’on le dit même rival politique de Nelson Mandela. Mais pour Janusz Walus, Chris’ Hani n’est qu’un terroriste dangereux dont il faut se débarrasser. Lorsque ce dernier finit par revenir chez lui et se garer, Janusz Walus saisit ce moment pour l’interpeller. Tout va très vite. Il est 10 h20 quand l’Afrique du Sud apprend que Chris’ Hani a été abattu de plusieurs balles devant son domicile, et que son meurtrier est en fuite.

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Une course-poursuite va alors s’engager. Le gouvernement de Frederik de Klerk ordonne l’arrestation de Janusz Walus dont la plaque d’immatriculation a été notée par un voisin, témoin de cet assassinat. Rapidement interpellé, Janusz Walus va commettre l’erreur de se confier à un policier dont il est persuadé que celui-ci partage ses convictions raciales… L’enquête va même conduire à l’arrestation d’un député du Conservative Party (CP), complice de ce meurtre. Condamné à la prison, Janusz Walus est finalement relâché en 2022, avec l’interdiction de quitter le pays. Une libération qui provoquera des remous au sein de la société sud-africaine, outrée par cette clémence inattendue.

Une décision controversée

Le ministre à la présidence, Mme Khumbudzo Ntshavheni, a rappelé que cette expulsion était le résultat d’une décision de la Cour constitutionnelle, et non une initiative directe du gouvernement. « C’est une journée douloureuse pour les Sud-Africains, un rappel amer de la période sombre de l’apartheid », a de son côté déclaré le ministre de l’Intérieur Leon Schreiber sur le réseau social X (ex-Twitter), qui a également souligné que tous les frais de rapatriement de Janusz Walus avaient été à la charge de Varsovie.

La veuve de Chris Hani, Limpho Hani, a exprimé son indignation, critiquant le gouvernement et le Parti communiste sud-africain (SACP) pour ne pas l’avoir informée plus tôt. « J’ai appris cette nouvelle seulement [la veille] » a-t-elle dénoncé, ajoutant que cette décision ravivait une peine jamais éteinte. Quant au secrétaire général de l’ANC, Fikile Mbalula, il a réaffirmé devant les caméras que Walus avait par cet assassinat « privé l’Afrique du Sud de l’un de ses plus grands dirigeants », et a appelé à une enquête plus approfondie sur ce meurtre afin de dévoiler « toute l’ampleur du complot » mis en place durant les négociations entre son parti et le défunt National Party…

Idolâtré en Pologne

Aujourd’hui, Janusz Walus est idolâtré par certains groupes d’extrême droite en Pologne. Son image est imprimée sur des t-shirts, des posters et d’autres produits dérivés vendus publiquement ou sur le net ; une glorification qui choque en Afrique du Sud. A son arrivée en Pologne au lendemain de son expulsion, il a d’ailleurs été accueilli par Grzegorz Braun, député européen, monarchiste, leader de la Confédération de la couronne polonaise et étoile montante du conservatisme polonais dur. On ne sait pas ce que Janusz Walus va devenir désormais, celui-ci a refusé de faire le moindre commentaire à la presse polonaise.

Janusz Walus n’a jamais exprimé le moindre remord à son geste. Interrogé en 2018 par un média polonais, il avait simplement déclaré « qu’il se sentait à cette époque comme un soldat (et qu’il) croyait toujours au système de ségrégation raciale, que les blancs et les noirs devraient vivre séparés en Afrique du Sud ».