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Benoît Hamon en a !

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Petite bizarrerie, hier au congrès de Reims. Benoît Hamon, au beau milieu de son discours de candidature, a rendu un hommage très appuyé aux militants de son parti en charge du service d’ordre. Il est vrai que ceux-ci venaient de passer un rude week-end. Le SO – dernier secteur du PS où l’on trouve plus d’ouvriers que de bac +5 – fut en effet pendant trois jours en butte au harcèlement permanent d’un certain nombre de journalistes qui pensent qu’une carte de presse ou un caméscope donnent au premier crétin venu le droit de tout faire (par exemple essayer d’espionner une réunion à huis-clos) ou de tout dire (par exemple traiter les bénévoles du SO de nervis, de gros bras, voire pire).

Ayant moi-même, dans une vie antérieure, participé à maints SO, en ayant aussi délibérément agressé un certain nombre d’autres, je sais bien que l’une des qualités essentielles requises pour cette tâche est un calme olympien. Je sais aussi que cette responsabilité n’est pas confiée à des robots, mais à des humains, qui réagissent donc parfois comme vous et moi quand on les harcèle, quand on les injurie ou tout bêtement quand on les prend d’un peu trop haut. Nul ne s’étonnera que, dans ces circonstances, quelques claques soient parties et que quelques égos journalistiques se soient trouvés froissés. Certains confrères ou assimilés ont quand même cru devoir en faire toute une affaire, tel l’excellent Julien Martin de Rue89 qui n’hésite pas à mettre tout son talent dans la balance : « Le poing et la rose, écrit-il, n’est pas un vain slogan au PS. La rose représente classiquement la couleur du socialisme. Quant au poing, il est devenu le symbole de son service d’ordre. »

D’après nos informations, il semble que le service de presse du PS et, nous dit-on, la direction du parti aient jugé utile de calmer le jeu en promettant aux journalistes que les membres du SO, qui ont fait leur devoir de militants, seraient dûment admonestés. C’est bien sûr un acte déshonorant et c’est sans doute pour cela que Benoît Hamon a jugé indispensable de rendre hommage au SO devant toute la presse. Ce qui, on s’en doute, ne le rendra pas très populaire auprès de la profession. Ça s’appelle donc du courage. Ce mec-là a de la classe. Je serais Ségo, je me méfierais…

Pourrir à Madrid

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Santos Mirasierra, un supporter de l’Olympique de Marseille, est en prison depuis 7 semaines en Espagne. Sur la seule base de témoignages policiers, en l’absence notamment de toute image vidéo l’incriminant, il est accusé d’avoir jeté un fauteuil des tribunes en direction des forces de l’ordre le 1er octobre dernier lors du match de Ligue des Champions qui opposait l’Atletico Madrid à l’OM. Une petite affaire ? On dirait que oui. Sauf qu’il s’est trouvé un procureur madrilène pour requérir dans cette affaire huit ans d’emprisonnement : quatre pour « troubles à l’ordre public » et quatre pour « atteinte à l’autorité publique » ! Je ne sais bien sûr pas si le jeune Santos est, comme il l’affirme, innocent. Mais qu’un jeune Français risque une punition aussi inique pour une broutille devrait inquiéter un peu plus le Quai d’Orsay qui pour l’instant est d’une rare inefficacité. Il va sans dire qu’on attend toujours une réaction de la Ligue des Droits de l’Homme et des autres professionnels de l’indignation express. Il faut croire que faire de telles horreurs dans un stade, c’est rigoureusement indéfendable.

Pédé, vous avez dit pédé ?

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Dies irae, dies illa ! Ce jour-là restera dans les mémoires comme l’un des plus catastrophiques du siècle. C’était le 12 novembre et la France se réveillait sonnée par la nouvelle : la Cour de Cassation venait de blanchir Christian Vanneste des accusations d’injures homophobes qui pesaient sur lui. Il y a quatre ans, le député de Tourcoing avait déclaré à l’Assemblée nationale que l’homosexualité était « inférieure » à l’hétérosexualité. Dès lors, le rôle de Premier homophobe de France lui avait été assigné – il faut dire que le poste était vacant depuis que Christine Boutin s’était refait une virginité sociétale en s’occupant de prisons et de HLM. Et patatras, voilà que des magistrats comme il faut déclarent que les propos homophobes du député homophobe n’étaient pas homophobes… On ne se méfie jamais assez des types qui s’habillent en robe.

À l’annonce de cette décision, la communauté gaie française a vivement réagi. Si des juges qui n’assistent même pas à la gay pride commencent à s’occuper de droit, on n’en a plus fini. Personnellement, j’étais ulcérée. Au nombre de mes amis, je compte beaucoup d’homosexuels, dont un couple qui habite dans le même immeuble que moi. Eh bien, jamais je n’oserais qualifier d’inférieurs ces deux garçons même si, dans la réalité qui place leur logement juste en dessous du mien, ils le sont.

J’ai cherché à réagir et à protester contre ce scandale judiciaire qui relègue l’affaire Dreyfus au rang des broutilles de l’histoire du droit. J’ai proposé à Elisabeth Lévy de venir à Paris, de me mettre à la colle avec elle et de prendre en charge l’achat des deux chemises à carreaux qui feraient de nous un couple de néo-goudous assez crédible. Elle a refusé, l’homophobesse ! Elle a prétexté un : « Tu sais Trudi, je t’aime bien, mais… », puis elle a raccroché. Ce fut comme une révélation.

« Tu sais, Trudi, je t’aime bien, mais… » Combien de fois ai-je entendu cette phrase, susurrée par l’un ou l’autre de ces types qui préféraient virer illico leur cuti plutôt que de sortir avec moi. Si je le voulais, j’aurais toutes les raisons du monde d’être homophobe et de me plaindre de ces mecs qui, non contents d’être des fashion victims, demandent à être considérés comme des history victims, des political victims ou des social victims. C’est que, de nos jours, la pédétude c’est pas rigolo : il faut savoir tirer une gueule définitive d’enterrement pour en être. Jamais les mœurs n’ont été aussi libérales et jamais les premiers bénéficiaires de cette heureuse libéralité n’auront été aussi coincés du cul et chatouilleux sur les propos tenus ici et là à leur encontre. Or, il y a un hic : lorsqu’une communauté existe socialement elle s’expose à la critique… Le risque principal de la visibilité c’est de pouvoir être pris pour cible. Et, comme la société française n’est pas encore devenue le royaume des Bisounours auquel pourtant elle aspire, on ne peut pas obliger tout le monde à être gay friendly. A ce compte, il faudrait peut-être souffler à la Haute autorité de lutte contre les discriminations d’interdire les albums de Ralf König : la vision caricaturale que mon compatriote illustrateur donne des gays apparaît en fin de compte beaucoup plus scandaleuse que les propos du député UMP…

W : une série Z

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Il paraît qu’un imbécile s’est emparé de la première puissance de la planète. Entouré d’une poigné d’idiots et de cyniques, il a dirigé ce pays comme un gamin ivre qui vient de voler la voiture de sport de son père. Et tout ça, figurez-vous, pour gagner l’amour et l’estime de son père qui lui avait, semble-t-il, préféré son frère. On se dit que, même à la télévision française, on n’oserait pas utiliser un scénario aussi faible. Et pourtant, c’est l’histoire des Etats-Unis entre 2000 et 2008 telle que la raconte Oliver Stone. Et si l’argument est court, le film, malheureusement, est franchement longuet. Dans le genre, allez plutôt voir À l’est d’Eden d’Elia Kazan. En plus, il y a James Dean…

Admettons que Dobeuleyou, le vrai, peut concourir avec quelques chances de victoire pour l’oscar du pire président américain de l’histoire. Mais même pour les obamaniens et obamaniennes les plus convaincus – et peut-être plus encore pour eux – le ragoût mitonné par Stone sera un peu indigeste. Car enfin, à travers Bush, Oliver Stone traite de cons la moitié des Américains. Le président sortant a tout de même gagné deux élections, et si sa première victoire à l’arraché en 2000 était pour le moins contestable, l’élection de 2004, avec deux guerres en toile de fond, a été remportée avec une nette majorité.

Quid donc des 50 456 002 Américains qui ont voté pour lui en 2000, et des 62 040 610 qui l’ont fait, en connaissance de cause cette fois-ci, quatre ans plus tard ? Des débiles mentaux ? Des milliardaires espérant échapper aux impôts ? Ou peut-être une bande de pentecôtistes œuvrant pour le projet Armageddon ? Si l’on suit Stone, que faut-il penser de l’élection d’Obama, qui a recueilli seulement 3 millions de votes plus que l’abominable W en 2004 ?

Pour comprendre quelque chose à l’Amérique, j’irai jusqu’à dire que même Michael Moore est plus utile que cette caricature minable.

Sur la question, fort intéressante au demeurant, de ce qui pousse un homme à vouloir le pouvoir et à le conquérir, Stone ne nous apprend pas grand-chose. Sa psychologie à deux ronds mène à une impasse : à ma connaissance, tous les hommes mal-aimés par leur père ne deviennent pas des robots mus par le seul désir de gagner son amour. Ni président des Etats-Unis (comme papa). À l’extrême limite, on aimerait savoir pourquoi, dans le cas particulier des Bush, cette circonstance a engendré cette histoire-là.

Sur les ressorts intimes de George W. Bush, comme sur l’état d’esprit de ses électeurs, on n’apprendra rien. Nada. Il est vrai que Stone n’a pas dû avoir beaucoup de temps pour réfléchir. Le plan promo était inflexible. C’était le dernier moment pour exploiter le filon « Résistons au bushisme » juste avant que le personnage ne soit plus qu’un lame duck. Les professionnels français de l’anti-sarkozysme devraient en prendre de la graine.

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Soutien total aux travailleurs licencieux !

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Qui a dit que la gauche se contrefoutait du sort des salariés ? Euh, moi, peut-être, et même à plusieurs reprises en cherchant bien. Eh bien, j’avais tort. L’excellent mensuel Têtu nous apprend qu’après la multiplication des fermetures administratives et des non-renouvellements d’autorisation d’ouverture de nuit à l’encontre de plusieurs bars gays du Marais, le PCF a décidé de se fâcher tout rouge. Ian Brossat, président du groupe communiste au Conseil de Paris, a pris la tête d’un vaste rassemblement pour « que Paris conserve, pour les touristes et pour les Parisiens, son énergie de ville dynamique et festive ». Suite à la large mobilisation populaire qui a suivi cet appel, il semble que l’Etat hétérobourgeois ait fait machine arrière. Le Préfet a solennellement promis qu’il n’était pas question de « coiffer Paris d’un bonnet de nuit ». Mais la plus grande vigilance s’impose néanmoins, car, comme le souligne Ian Brossat, derrière le sociétal, il y a aussi le social : « La situation reste extrêmement préoccupante. Au Carré, rue du Temple, les effectifs passent de 23 à 7 salariés et les pertes en terme de chiffre d’affaires s’élèveraient à près de 40.000 euros par mois. Le Eagle, rue des Lombards, perd 60 % de son chiffre d’affaires quotidien et doit se séparer de 4 salariés. » Comment oserais-je encore prétendre, après ça, que le PCF n’est pas travailleur-friendly ?

Princesse Marie-Frat’

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Dans la famille Ingres, on avait un pouvoir d’achat suffisamment élevé pour s’acheter des prénoms à n’en plus finir, mais quand il s’agissait d’acquérir du matériel de bonne qualité ou de payer des cours au petit dernier qui voulait faire peintre, il n’y avait plus personne. C’est ainsi que Jean Auguste Dominique Ingres devint le plus pitoyable artiste de sa génération (au point que beaucoup ont longtemps cru qu’il jouait du violon, pas qu’il faisait des tableaux). Quoiqu’il en soit, désargenté à cause de la politique mené par Napoléon III et sa femme Eugénie (une étrangère qui jouait de la guitare), Ingres accepta de faire le portrait de la princesse Marie-Fraternité. Vaguement apparentée à la famille royale hollandaise, cette Rémoise était la petite-nièce par alliance de Philippe Egalité. « C’est nous qu’on est la princesse » : c’est par cette légendaire sentence qu’elle fit son entrée à l’Académie française en 1864.

Jean Auguste Dominique Ingres, Portrait de la Princesse Marie-Frat’. Huile sur toile, 1857, conservée au musée municipal du Bouchon de Champagne de Reims.

Reims : les leftblogs ne pétillent pas

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Pour l’instant, l’opération drivée par Julien Dray qui consistait à inviter quelques « leftblogs » triés sur le volet (et visiblement garantis ségocompatibles) au congrès du PS ne fait pas d’étincelles. Interview s tranchantes comme du gras de jambon, du style « Jean-Louis Bianco, comment faites-vous pour être si intelligent ? » ; absence totale de potins croustillants ou d’échos de buvette ; diffusion de fausses rumeurs, toutes assez fortement orientées, du genre « Machin de la motion Aubry se rallie à Ségolène Royal » ou « la Motion Delanoë au bord de l’explosion ». Non seulement, on n’y croit pas une seconde, mais en plus, on s’ennuie autant qu’un délégué lambda… Un bon conseil, Juju, la prochaine fois, dans ton propre intérêt, invite plutôt Trudi Kohl…

Vive la Crise !

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C’est assurément un coup dur pour tous ceux qui, comme votre serviteur, restaient prudents quant à la réalité de la crise, ou qui du moins doutaient de sa gravité, en l’absence tangible, par exemple, de guerre mondiale ou d’expansion brutale de la pandémie islamiste.

Baudrillardiens attardés, tenants de l’armchair marxism, et autres sceptiques ricaneurs nourris de Retz et de Monty Python, tous, nous en sommes pour nos frais : cette fois la crise, c’est du réel, pas du virtuel ! La preuve ? Nous apprenons que suite aux « dérèglements mondiaux » et dans une situation, donc, d’ »urgence absolue », le groupe « rock » Noir Désir, s’est décidé, pour la première fois depuis 2001 et les aléas qu’on sait, à sortir deux nouveaux titres.

D’après leur attaché de presse habituel, Stéphane Davet, du Monde, « La crise donne le signal du retour à Noir Désir ». Ce forcément chef d’œuvre, featuring Bertrand Cantat en personne, comprendra une version « punk » du Temps des Cerises ainsi que la chanson Gagnants-Perdants dont ces auteurs nous disent qu’elle « a été enregistrée en réaction au contexte actuel, politique et humain dans toute l’acceptation (sic) du terme. Impossible d’attendre pour la mettre à disposition ». En conséquence de quoi, elle est en téléchargement gratuit sur leur site. Les paroles de Gagnants-Perdants, écrites par Bertrand Cantat et non pas, comme je l’avais cru après une première lecture, par Francis Lalanne, sont avant tout, faut-il le dire, une dénonciation sans appel de la crise du capitalisme mondialisé, dont l’auteur n’hésite pas à dresser le constat de faillite :
« Il y a la chair à canon
Il y a la chair à spéculation
Il y a la chair à publicité
Y a tout ce que vous aimez
Vous et moi on le sait
Le spectacle est terminé ! »

Et qui c’est-y qui trinque quand que c’est la crise ? Toujours les mêmes, les petits, les sans-grade, les soutiers ! Sauf que ça va pas se passer comme ça. Gagnants-Perdants est aussi un appel à ne pas laisser faire, un cri primal de rébellion :
« Les dégâts, les excès
Ils vont vous les faire payer
Les cendres qui resteront
C’est pas eux qui les ramasseront
Mais les esclaves et les cons
Qui n’auront pas su dire non. »

Bien sûr, il y a prix à payer, il y a un risque à s’engager[1. Vous avez vu, à force de lire du Cantat, je me mets à en écrire.]. On notera d’ailleurs une allusion implicite aux dangers qu’Edvige fait peser sur nos libertés :
« Faut pas bouger une oreille
Toutes sortes de chiens nous surveillent
Pas un geste, une esquisse
Sinon on tourne la vis. »

Chacun l’aura compris, qu’on ne compte pas sur le « talentueux quatuor » pour se taire face la crise. Ils ont, sans hésiter, choisi leur camp, et ce n’est pas celui de l’UMP. Mais que la gauche institutionnelle ne se réjouisse pas trop vite devant cette prise de position, elle aussi en prend pour son grade, et notamment sa représentante la plus en vue, une ancienne députée des Deux-Sèvres, non ouvertement nommée dans l’opus, mais chacun aura reconnu qui est désigné dans cette subtile parabole cantatienne :
« Pimprenelle et Nicolas
Vous nous endormez comme ça
Le marchand de sable est passé
Nous on garde un œil éveillé. »

Les auditeurs les plus concernés pourront regretter cette critique un peu trop soft contre la gauche du Capital et se demander pourquoi Bertrand ne s’attaque pas plus violemment à cette femme-là. Cependant j’en suis certain, les fans de Noirdez ne s’arrêteront pas à d’aussi insignifiants détails. L’essentiel est là : Vive la Crise ! Noir Désir revient !

Quant aux esthètes dégénérés qui pensent que la Révolution ne se fera pas avec des vers de mirliton, que le rock’n’roll peut se passer de leçons de morale estampillées NPA et que les Noir Désir peuvent se carrer ici-bas leur plan promo maquillé en sollicitude pour le prolétariat, ceux-là hausseront les épaules et iront siffler une chanson des Ramones pour se changer les idées.

Dites-le vous bien : si Bertrand Cantat revient, c’est uniquement pour défendre la veuve et l’orphelin victime de la violence capitaliste. Cette chanson a été faite dans l’urgence, sans préméditation, donc. Gagnants-Perdants, ce n’est jamais qu’un énième drame compassionnel.

Dieu III, le pilpoul

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Merci les amis, vos posts m’ont convaincu ! De vos jours, l’essentiel c’est comme les goûts et les couleurs, on n’en discute point.

Soyons juste : vous commencez par causer de Dieu (ce dont Il me charge de vous remercier) ; puis tout doucement, sans faire de bruit, vous glissez vers un débat entre anti-créationnistes et post-darwiniens. J’adore le concept – mais what the fuck, comme on dit par chez moi ?

Cela dit, dans ce débat hors sujet, je brûle d’envie de mettre mon grain de sel. Bien sûr, je ne peux pas croire au Grand Rien : l’Univers c’est comme la vaisselle, ça ne se fait pas tout seul ! En supposant donc, pour me faire plaisir, qu’il existe un Dieu créateur, par définition, Il serait tout-puissant (on le Lui a assez reproché !)

Alors, bien sûr qu’Il aurait pu décider de créer l’Univers en 6 jours il y a 6000 ans, ou en 3 centièmes de secondes et pas plus tard qu’hier. Simplement, il semble bien aux dernières nouvelles qu’Il en ait décidé autrement[1. Toujours « s’Il existe ».].Voilà, j’en ai terminé avec le hors-sujet.

Deux blogueurs au moins auront évité cet écueil-là, grâce leur en soit rendue. Il y a bien sûr le pittoresque Elvin, qui m’informe (assez sèchement) que « ma foi ne concerne que moi. » Et ton athéisme, donc, bande de gland !

Hormis cet étrangleur manchot, il y a Parsifal l’Agnostique qui, sous prétexte d’être courtois, me pose une nouvelle colle : donner « une définition simple, claire et compréhensible du péché originel ». Moi qui ne sais toujours pas comment fonctionne un transistor, et me demande parfois encore si les gens que je vois dans le poste sont vraiment dedans, il faudrait que j’explique « simplement » ce que ma Sainte Mère l’Eglise appelle un « mystère » ! T’as pas moins cher ?

Ok, j’essaye ! Mais uniquement pour les sans-opinion de bonne foi, si j’ose dire. Les autres, les athées intégristes, que Dieu ait leur âme ! Si on veut comprendre, ne serait-ce qu’un instant, l’idée de « péché originel » il faut se mettre – tout aussi brièvement, rassurez-vous – dans la peau du croyant, dans sa tête et dans son cœur.

Ma religion, savez-vous, est jalonnée de mystères ; mais pas plus que la vie des sans-Dieu, sauf qu’eux, avec leurs mots à eux, ils appellent ça des « trucs incompréhensibles[2. Des redoublants, sans doute.] ».

La Sainte Trinité, l’Incarnation, la Rédemption, c’est pas des mystères, ça ? Si tu veux imaginer le péché originel, faut aussi intégrer tout ça. J’en vois qui bâillent et c’est normal : « Je n’ai rien à dire à tout le monde » (Anouilh).

Toujours là, Parsifal ? J’allais dire : le péché originel, nous ne l’avons pas commis : nous l’avons contracté en naissant, comme une maladie génétique, ou une composante de notre ADN humain. Depuis quand ? C’est ça le « mystère » supposé (dont l’affaire dite de la « pomme d’Adam » n’est qu’une jolie image.)

L’essentiel est ailleurs : pourquoi diable on aurait chopé cette saleté, sans même avoir eu le temps de rien faire de mal ? C’est de la présomption de culpabilité, ou bien ?

Alors là, ça tombe à pic : j’ai préparé ma réponse, en même temps que la question. Le « mystère » du péché originel est parfaitement clair, en fait, pour quiconque a observé un tant soit peu la nature humaine – à commencer par soi-même.

L’homme n’est pas bon par nature, savez-vous. Il a en lui ce que Simone Weil appelait « la pesanteur et la grâce » : comme un écartèlement permanent entre l’aspiration à l’Amour et l’égoïsme sous toutes ses formes, père de tous les « péchés ».

Saint Paul, sévère mais juste – comme j’aime –, ne morigénait personne plus que lui-même : « Je fais le mal que je ne veux pas faire, et je ne fais pas le bien que je voudrais faire. » La définition même du péché ! S’il frappe même les saints[3. Qui, nous disent les Nouveaux Rouleaux Sacrés, pèchent eux-mêmes « 70 fois par jour ». Si ça se trouve, je suis un saint !] – et le premier d’entre eux – ce péché-là pourrait bien être originel, en fin de compte.

En un mot finissant[4. Le contraire de « comme en cent »… Je dis ça pour Barjot qui ne comprend pas en première lecture (comme au Sénat).], l’inclination naturelle de tous les humains les porte à préférer le facile au difficile – c’est-à-dire, au bout du compte, le Mal au Bien. Tous ? Non ! car enfin, attendez-vous à savoir que dans ma vraie religion à moi que j’ai, il y a pire encore à avaler pour un athée average. Je parle de l’exemption de ce prétendu « péché originel » par piston divin ! Telle est, imaginez-vous, l’histoire qu’on nous raconte sur « Marie-mère-de-Dieu-toujours-vierge ».

A présent Monsieur le pasteur Verdâtre, chers amis protestants et ayants-droit, c’est l’heure d’aller se coucher. J’ai là une anecdote qui ne vous amuserait point. La Vierge Marie, euh, si elle a existé (– Encore là, les parpaillots ? Oui oui, vous fermez en sortant), sainte Marie Mère de Dieu, donc, confiait il y a 150 ans déjà, dans une interview exclusive à Bernadette Soubirous (Sud-Ouest) : « Je suis l’Immaculée Conception. »

Je parierais volontiers que sur ce sujet aussi, comme tous les « athéologiens » formés à l’école de Michel Onfray (que Dieu le savonne !), vous vous trompez d’erreur ! L’Immaculée Conception, c’est pas cette blague comme quoi Marie aurait conçu Jésus sans avoir couché : c’est l’autre ! Mais si, vous savez, celle qui consiste à prétendre que, parmi tout le genre humain, elle seule aurait été exemptée de ce fameux péché originel, ès-futures-qualités de Mère de Dieu. Quatre ans tout juste après la proclamation solennelle par Pie IX du dogme éponyme, et après vérifications d’usage, il semble que cette déclaration ne puisse définitivement pas être une forgerie, comme disent nos amis anglicistes.

Et voilà. Pour le consensus, je suis pas sûr-sûr. Quant à l’essentiel, en répondant à ce prosélyte courtois de Parsifal[5. Pour ta prochaine question, je suggère : « Si Dieu existe, pourquoi y a-t-il toutes ces guerres ? »], j’espère avoir aussi intéressé, ou au moins énervé, nos amis blogueurs. Je me sens même en droit d’attendre, des plus immanents d’entre eux, quelques insultes bien senties. Par solidarité avec Jésus, mon homeboy, je suis même prêt à tendre la joue gauche ! Sur Causeur, ça fait moins mal[6. Et puis à force de relire mes papiers – surtout au niveau des commentaires – je deviens vraiment catholique.].

Faut-il nationaliser Björk ?

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La chanteuse islandaise Björk s’est prononcée jeudi dernier à Bruxelles pour l’adoption de l’euro par son pays. Il faut rappeler que pour se faire l’île devrait d’abord intégrer l’Union européenne. Mais ce n’est qu’un détail. Lors d’une conférence de presse organisée par son mouvement écologique « Nattura », Björk a déclaré que l’Islande a besoin de l’euro pour stabiliser sa monnaie. En réponse à la question « Et pourquoi donc ? », la chanteuse s’est contentée de dire qu’elle a « forgé sa conviction devant les ravages de la crise économique », ajoutant aussitôt, avec une franchise désarmante, qu’étant musicienne elle « n’est pas sûre d’être la bonne personne pour répondre à cette question ». Non seulement nous sommes d’accord avec elle sur ce point mais comprenons un peu mieux pourquoi l’Islande a fait faillite.

Benoît Hamon en a !

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Petite bizarrerie, hier au congrès de Reims. Benoît Hamon, au beau milieu de son discours de candidature, a rendu un hommage très appuyé aux militants de son parti en charge du service d’ordre. Il est vrai que ceux-ci venaient de passer un rude week-end. Le SO – dernier secteur du PS où l’on trouve plus d’ouvriers que de bac +5 – fut en effet pendant trois jours en butte au harcèlement permanent d’un certain nombre de journalistes qui pensent qu’une carte de presse ou un caméscope donnent au premier crétin venu le droit de tout faire (par exemple essayer d’espionner une réunion à huis-clos) ou de tout dire (par exemple traiter les bénévoles du SO de nervis, de gros bras, voire pire).

Ayant moi-même, dans une vie antérieure, participé à maints SO, en ayant aussi délibérément agressé un certain nombre d’autres, je sais bien que l’une des qualités essentielles requises pour cette tâche est un calme olympien. Je sais aussi que cette responsabilité n’est pas confiée à des robots, mais à des humains, qui réagissent donc parfois comme vous et moi quand on les harcèle, quand on les injurie ou tout bêtement quand on les prend d’un peu trop haut. Nul ne s’étonnera que, dans ces circonstances, quelques claques soient parties et que quelques égos journalistiques se soient trouvés froissés. Certains confrères ou assimilés ont quand même cru devoir en faire toute une affaire, tel l’excellent Julien Martin de Rue89 qui n’hésite pas à mettre tout son talent dans la balance : « Le poing et la rose, écrit-il, n’est pas un vain slogan au PS. La rose représente classiquement la couleur du socialisme. Quant au poing, il est devenu le symbole de son service d’ordre. »

D’après nos informations, il semble que le service de presse du PS et, nous dit-on, la direction du parti aient jugé utile de calmer le jeu en promettant aux journalistes que les membres du SO, qui ont fait leur devoir de militants, seraient dûment admonestés. C’est bien sûr un acte déshonorant et c’est sans doute pour cela que Benoît Hamon a jugé indispensable de rendre hommage au SO devant toute la presse. Ce qui, on s’en doute, ne le rendra pas très populaire auprès de la profession. Ça s’appelle donc du courage. Ce mec-là a de la classe. Je serais Ségo, je me méfierais…

Pourrir à Madrid

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Santos Mirasierra, un supporter de l’Olympique de Marseille, est en prison depuis 7 semaines en Espagne. Sur la seule base de témoignages policiers, en l’absence notamment de toute image vidéo l’incriminant, il est accusé d’avoir jeté un fauteuil des tribunes en direction des forces de l’ordre le 1er octobre dernier lors du match de Ligue des Champions qui opposait l’Atletico Madrid à l’OM. Une petite affaire ? On dirait que oui. Sauf qu’il s’est trouvé un procureur madrilène pour requérir dans cette affaire huit ans d’emprisonnement : quatre pour « troubles à l’ordre public » et quatre pour « atteinte à l’autorité publique » ! Je ne sais bien sûr pas si le jeune Santos est, comme il l’affirme, innocent. Mais qu’un jeune Français risque une punition aussi inique pour une broutille devrait inquiéter un peu plus le Quai d’Orsay qui pour l’instant est d’une rare inefficacité. Il va sans dire qu’on attend toujours une réaction de la Ligue des Droits de l’Homme et des autres professionnels de l’indignation express. Il faut croire que faire de telles horreurs dans un stade, c’est rigoureusement indéfendable.

Pédé, vous avez dit pédé ?

53

Dies irae, dies illa ! Ce jour-là restera dans les mémoires comme l’un des plus catastrophiques du siècle. C’était le 12 novembre et la France se réveillait sonnée par la nouvelle : la Cour de Cassation venait de blanchir Christian Vanneste des accusations d’injures homophobes qui pesaient sur lui. Il y a quatre ans, le député de Tourcoing avait déclaré à l’Assemblée nationale que l’homosexualité était « inférieure » à l’hétérosexualité. Dès lors, le rôle de Premier homophobe de France lui avait été assigné – il faut dire que le poste était vacant depuis que Christine Boutin s’était refait une virginité sociétale en s’occupant de prisons et de HLM. Et patatras, voilà que des magistrats comme il faut déclarent que les propos homophobes du député homophobe n’étaient pas homophobes… On ne se méfie jamais assez des types qui s’habillent en robe.

À l’annonce de cette décision, la communauté gaie française a vivement réagi. Si des juges qui n’assistent même pas à la gay pride commencent à s’occuper de droit, on n’en a plus fini. Personnellement, j’étais ulcérée. Au nombre de mes amis, je compte beaucoup d’homosexuels, dont un couple qui habite dans le même immeuble que moi. Eh bien, jamais je n’oserais qualifier d’inférieurs ces deux garçons même si, dans la réalité qui place leur logement juste en dessous du mien, ils le sont.

J’ai cherché à réagir et à protester contre ce scandale judiciaire qui relègue l’affaire Dreyfus au rang des broutilles de l’histoire du droit. J’ai proposé à Elisabeth Lévy de venir à Paris, de me mettre à la colle avec elle et de prendre en charge l’achat des deux chemises à carreaux qui feraient de nous un couple de néo-goudous assez crédible. Elle a refusé, l’homophobesse ! Elle a prétexté un : « Tu sais Trudi, je t’aime bien, mais… », puis elle a raccroché. Ce fut comme une révélation.

« Tu sais, Trudi, je t’aime bien, mais… » Combien de fois ai-je entendu cette phrase, susurrée par l’un ou l’autre de ces types qui préféraient virer illico leur cuti plutôt que de sortir avec moi. Si je le voulais, j’aurais toutes les raisons du monde d’être homophobe et de me plaindre de ces mecs qui, non contents d’être des fashion victims, demandent à être considérés comme des history victims, des political victims ou des social victims. C’est que, de nos jours, la pédétude c’est pas rigolo : il faut savoir tirer une gueule définitive d’enterrement pour en être. Jamais les mœurs n’ont été aussi libérales et jamais les premiers bénéficiaires de cette heureuse libéralité n’auront été aussi coincés du cul et chatouilleux sur les propos tenus ici et là à leur encontre. Or, il y a un hic : lorsqu’une communauté existe socialement elle s’expose à la critique… Le risque principal de la visibilité c’est de pouvoir être pris pour cible. Et, comme la société française n’est pas encore devenue le royaume des Bisounours auquel pourtant elle aspire, on ne peut pas obliger tout le monde à être gay friendly. A ce compte, il faudrait peut-être souffler à la Haute autorité de lutte contre les discriminations d’interdire les albums de Ralf König : la vision caricaturale que mon compatriote illustrateur donne des gays apparaît en fin de compte beaucoup plus scandaleuse que les propos du député UMP…

W : une série Z

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Il paraît qu’un imbécile s’est emparé de la première puissance de la planète. Entouré d’une poigné d’idiots et de cyniques, il a dirigé ce pays comme un gamin ivre qui vient de voler la voiture de sport de son père. Et tout ça, figurez-vous, pour gagner l’amour et l’estime de son père qui lui avait, semble-t-il, préféré son frère. On se dit que, même à la télévision française, on n’oserait pas utiliser un scénario aussi faible. Et pourtant, c’est l’histoire des Etats-Unis entre 2000 et 2008 telle que la raconte Oliver Stone. Et si l’argument est court, le film, malheureusement, est franchement longuet. Dans le genre, allez plutôt voir À l’est d’Eden d’Elia Kazan. En plus, il y a James Dean…

Admettons que Dobeuleyou, le vrai, peut concourir avec quelques chances de victoire pour l’oscar du pire président américain de l’histoire. Mais même pour les obamaniens et obamaniennes les plus convaincus – et peut-être plus encore pour eux – le ragoût mitonné par Stone sera un peu indigeste. Car enfin, à travers Bush, Oliver Stone traite de cons la moitié des Américains. Le président sortant a tout de même gagné deux élections, et si sa première victoire à l’arraché en 2000 était pour le moins contestable, l’élection de 2004, avec deux guerres en toile de fond, a été remportée avec une nette majorité.

Quid donc des 50 456 002 Américains qui ont voté pour lui en 2000, et des 62 040 610 qui l’ont fait, en connaissance de cause cette fois-ci, quatre ans plus tard ? Des débiles mentaux ? Des milliardaires espérant échapper aux impôts ? Ou peut-être une bande de pentecôtistes œuvrant pour le projet Armageddon ? Si l’on suit Stone, que faut-il penser de l’élection d’Obama, qui a recueilli seulement 3 millions de votes plus que l’abominable W en 2004 ?

Pour comprendre quelque chose à l’Amérique, j’irai jusqu’à dire que même Michael Moore est plus utile que cette caricature minable.

Sur la question, fort intéressante au demeurant, de ce qui pousse un homme à vouloir le pouvoir et à le conquérir, Stone ne nous apprend pas grand-chose. Sa psychologie à deux ronds mène à une impasse : à ma connaissance, tous les hommes mal-aimés par leur père ne deviennent pas des robots mus par le seul désir de gagner son amour. Ni président des Etats-Unis (comme papa). À l’extrême limite, on aimerait savoir pourquoi, dans le cas particulier des Bush, cette circonstance a engendré cette histoire-là.

Sur les ressorts intimes de George W. Bush, comme sur l’état d’esprit de ses électeurs, on n’apprendra rien. Nada. Il est vrai que Stone n’a pas dû avoir beaucoup de temps pour réfléchir. Le plan promo était inflexible. C’était le dernier moment pour exploiter le filon « Résistons au bushisme » juste avant que le personnage ne soit plus qu’un lame duck. Les professionnels français de l’anti-sarkozysme devraient en prendre de la graine.

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Soutien total aux travailleurs licencieux !

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Qui a dit que la gauche se contrefoutait du sort des salariés ? Euh, moi, peut-être, et même à plusieurs reprises en cherchant bien. Eh bien, j’avais tort. L’excellent mensuel Têtu nous apprend qu’après la multiplication des fermetures administratives et des non-renouvellements d’autorisation d’ouverture de nuit à l’encontre de plusieurs bars gays du Marais, le PCF a décidé de se fâcher tout rouge. Ian Brossat, président du groupe communiste au Conseil de Paris, a pris la tête d’un vaste rassemblement pour « que Paris conserve, pour les touristes et pour les Parisiens, son énergie de ville dynamique et festive ». Suite à la large mobilisation populaire qui a suivi cet appel, il semble que l’Etat hétérobourgeois ait fait machine arrière. Le Préfet a solennellement promis qu’il n’était pas question de « coiffer Paris d’un bonnet de nuit ». Mais la plus grande vigilance s’impose néanmoins, car, comme le souligne Ian Brossat, derrière le sociétal, il y a aussi le social : « La situation reste extrêmement préoccupante. Au Carré, rue du Temple, les effectifs passent de 23 à 7 salariés et les pertes en terme de chiffre d’affaires s’élèveraient à près de 40.000 euros par mois. Le Eagle, rue des Lombards, perd 60 % de son chiffre d’affaires quotidien et doit se séparer de 4 salariés. » Comment oserais-je encore prétendre, après ça, que le PCF n’est pas travailleur-friendly ?

Princesse Marie-Frat’

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Dans la famille Ingres, on avait un pouvoir d’achat suffisamment élevé pour s’acheter des prénoms à n’en plus finir, mais quand il s’agissait d’acquérir du matériel de bonne qualité ou de payer des cours au petit dernier qui voulait faire peintre, il n’y avait plus personne. C’est ainsi que Jean Auguste Dominique Ingres devint le plus pitoyable artiste de sa génération (au point que beaucoup ont longtemps cru qu’il jouait du violon, pas qu’il faisait des tableaux). Quoiqu’il en soit, désargenté à cause de la politique mené par Napoléon III et sa femme Eugénie (une étrangère qui jouait de la guitare), Ingres accepta de faire le portrait de la princesse Marie-Fraternité. Vaguement apparentée à la famille royale hollandaise, cette Rémoise était la petite-nièce par alliance de Philippe Egalité. « C’est nous qu’on est la princesse » : c’est par cette légendaire sentence qu’elle fit son entrée à l’Académie française en 1864.

Jean Auguste Dominique Ingres, Portrait de la Princesse Marie-Frat’. Huile sur toile, 1857, conservée au musée municipal du Bouchon de Champagne de Reims.

Reims : les leftblogs ne pétillent pas

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Pour l’instant, l’opération drivée par Julien Dray qui consistait à inviter quelques « leftblogs » triés sur le volet (et visiblement garantis ségocompatibles) au congrès du PS ne fait pas d’étincelles. Interview s tranchantes comme du gras de jambon, du style « Jean-Louis Bianco, comment faites-vous pour être si intelligent ? » ; absence totale de potins croustillants ou d’échos de buvette ; diffusion de fausses rumeurs, toutes assez fortement orientées, du genre « Machin de la motion Aubry se rallie à Ségolène Royal » ou « la Motion Delanoë au bord de l’explosion ». Non seulement, on n’y croit pas une seconde, mais en plus, on s’ennuie autant qu’un délégué lambda… Un bon conseil, Juju, la prochaine fois, dans ton propre intérêt, invite plutôt Trudi Kohl…

Vive la Crise !

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C’est assurément un coup dur pour tous ceux qui, comme votre serviteur, restaient prudents quant à la réalité de la crise, ou qui du moins doutaient de sa gravité, en l’absence tangible, par exemple, de guerre mondiale ou d’expansion brutale de la pandémie islamiste.

Baudrillardiens attardés, tenants de l’armchair marxism, et autres sceptiques ricaneurs nourris de Retz et de Monty Python, tous, nous en sommes pour nos frais : cette fois la crise, c’est du réel, pas du virtuel ! La preuve ? Nous apprenons que suite aux « dérèglements mondiaux » et dans une situation, donc, d’ »urgence absolue », le groupe « rock » Noir Désir, s’est décidé, pour la première fois depuis 2001 et les aléas qu’on sait, à sortir deux nouveaux titres.

D’après leur attaché de presse habituel, Stéphane Davet, du Monde, « La crise donne le signal du retour à Noir Désir ». Ce forcément chef d’œuvre, featuring Bertrand Cantat en personne, comprendra une version « punk » du Temps des Cerises ainsi que la chanson Gagnants-Perdants dont ces auteurs nous disent qu’elle « a été enregistrée en réaction au contexte actuel, politique et humain dans toute l’acceptation (sic) du terme. Impossible d’attendre pour la mettre à disposition ». En conséquence de quoi, elle est en téléchargement gratuit sur leur site. Les paroles de Gagnants-Perdants, écrites par Bertrand Cantat et non pas, comme je l’avais cru après une première lecture, par Francis Lalanne, sont avant tout, faut-il le dire, une dénonciation sans appel de la crise du capitalisme mondialisé, dont l’auteur n’hésite pas à dresser le constat de faillite :
« Il y a la chair à canon
Il y a la chair à spéculation
Il y a la chair à publicité
Y a tout ce que vous aimez
Vous et moi on le sait
Le spectacle est terminé ! »

Et qui c’est-y qui trinque quand que c’est la crise ? Toujours les mêmes, les petits, les sans-grade, les soutiers ! Sauf que ça va pas se passer comme ça. Gagnants-Perdants est aussi un appel à ne pas laisser faire, un cri primal de rébellion :
« Les dégâts, les excès
Ils vont vous les faire payer
Les cendres qui resteront
C’est pas eux qui les ramasseront
Mais les esclaves et les cons
Qui n’auront pas su dire non. »

Bien sûr, il y a prix à payer, il y a un risque à s’engager[1. Vous avez vu, à force de lire du Cantat, je me mets à en écrire.]. On notera d’ailleurs une allusion implicite aux dangers qu’Edvige fait peser sur nos libertés :
« Faut pas bouger une oreille
Toutes sortes de chiens nous surveillent
Pas un geste, une esquisse
Sinon on tourne la vis. »

Chacun l’aura compris, qu’on ne compte pas sur le « talentueux quatuor » pour se taire face la crise. Ils ont, sans hésiter, choisi leur camp, et ce n’est pas celui de l’UMP. Mais que la gauche institutionnelle ne se réjouisse pas trop vite devant cette prise de position, elle aussi en prend pour son grade, et notamment sa représentante la plus en vue, une ancienne députée des Deux-Sèvres, non ouvertement nommée dans l’opus, mais chacun aura reconnu qui est désigné dans cette subtile parabole cantatienne :
« Pimprenelle et Nicolas
Vous nous endormez comme ça
Le marchand de sable est passé
Nous on garde un œil éveillé. »

Les auditeurs les plus concernés pourront regretter cette critique un peu trop soft contre la gauche du Capital et se demander pourquoi Bertrand ne s’attaque pas plus violemment à cette femme-là. Cependant j’en suis certain, les fans de Noirdez ne s’arrêteront pas à d’aussi insignifiants détails. L’essentiel est là : Vive la Crise ! Noir Désir revient !

Quant aux esthètes dégénérés qui pensent que la Révolution ne se fera pas avec des vers de mirliton, que le rock’n’roll peut se passer de leçons de morale estampillées NPA et que les Noir Désir peuvent se carrer ici-bas leur plan promo maquillé en sollicitude pour le prolétariat, ceux-là hausseront les épaules et iront siffler une chanson des Ramones pour se changer les idées.

Dites-le vous bien : si Bertrand Cantat revient, c’est uniquement pour défendre la veuve et l’orphelin victime de la violence capitaliste. Cette chanson a été faite dans l’urgence, sans préméditation, donc. Gagnants-Perdants, ce n’est jamais qu’un énième drame compassionnel.

Dieu III, le pilpoul

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Merci les amis, vos posts m’ont convaincu ! De vos jours, l’essentiel c’est comme les goûts et les couleurs, on n’en discute point.

Soyons juste : vous commencez par causer de Dieu (ce dont Il me charge de vous remercier) ; puis tout doucement, sans faire de bruit, vous glissez vers un débat entre anti-créationnistes et post-darwiniens. J’adore le concept – mais what the fuck, comme on dit par chez moi ?

Cela dit, dans ce débat hors sujet, je brûle d’envie de mettre mon grain de sel. Bien sûr, je ne peux pas croire au Grand Rien : l’Univers c’est comme la vaisselle, ça ne se fait pas tout seul ! En supposant donc, pour me faire plaisir, qu’il existe un Dieu créateur, par définition, Il serait tout-puissant (on le Lui a assez reproché !)

Alors, bien sûr qu’Il aurait pu décider de créer l’Univers en 6 jours il y a 6000 ans, ou en 3 centièmes de secondes et pas plus tard qu’hier. Simplement, il semble bien aux dernières nouvelles qu’Il en ait décidé autrement[1. Toujours « s’Il existe ».].Voilà, j’en ai terminé avec le hors-sujet.

Deux blogueurs au moins auront évité cet écueil-là, grâce leur en soit rendue. Il y a bien sûr le pittoresque Elvin, qui m’informe (assez sèchement) que « ma foi ne concerne que moi. » Et ton athéisme, donc, bande de gland !

Hormis cet étrangleur manchot, il y a Parsifal l’Agnostique qui, sous prétexte d’être courtois, me pose une nouvelle colle : donner « une définition simple, claire et compréhensible du péché originel ». Moi qui ne sais toujours pas comment fonctionne un transistor, et me demande parfois encore si les gens que je vois dans le poste sont vraiment dedans, il faudrait que j’explique « simplement » ce que ma Sainte Mère l’Eglise appelle un « mystère » ! T’as pas moins cher ?

Ok, j’essaye ! Mais uniquement pour les sans-opinion de bonne foi, si j’ose dire. Les autres, les athées intégristes, que Dieu ait leur âme ! Si on veut comprendre, ne serait-ce qu’un instant, l’idée de « péché originel » il faut se mettre – tout aussi brièvement, rassurez-vous – dans la peau du croyant, dans sa tête et dans son cœur.

Ma religion, savez-vous, est jalonnée de mystères ; mais pas plus que la vie des sans-Dieu, sauf qu’eux, avec leurs mots à eux, ils appellent ça des « trucs incompréhensibles[2. Des redoublants, sans doute.] ».

La Sainte Trinité, l’Incarnation, la Rédemption, c’est pas des mystères, ça ? Si tu veux imaginer le péché originel, faut aussi intégrer tout ça. J’en vois qui bâillent et c’est normal : « Je n’ai rien à dire à tout le monde » (Anouilh).

Toujours là, Parsifal ? J’allais dire : le péché originel, nous ne l’avons pas commis : nous l’avons contracté en naissant, comme une maladie génétique, ou une composante de notre ADN humain. Depuis quand ? C’est ça le « mystère » supposé (dont l’affaire dite de la « pomme d’Adam » n’est qu’une jolie image.)

L’essentiel est ailleurs : pourquoi diable on aurait chopé cette saleté, sans même avoir eu le temps de rien faire de mal ? C’est de la présomption de culpabilité, ou bien ?

Alors là, ça tombe à pic : j’ai préparé ma réponse, en même temps que la question. Le « mystère » du péché originel est parfaitement clair, en fait, pour quiconque a observé un tant soit peu la nature humaine – à commencer par soi-même.

L’homme n’est pas bon par nature, savez-vous. Il a en lui ce que Simone Weil appelait « la pesanteur et la grâce » : comme un écartèlement permanent entre l’aspiration à l’Amour et l’égoïsme sous toutes ses formes, père de tous les « péchés ».

Saint Paul, sévère mais juste – comme j’aime –, ne morigénait personne plus que lui-même : « Je fais le mal que je ne veux pas faire, et je ne fais pas le bien que je voudrais faire. » La définition même du péché ! S’il frappe même les saints[3. Qui, nous disent les Nouveaux Rouleaux Sacrés, pèchent eux-mêmes « 70 fois par jour ». Si ça se trouve, je suis un saint !] – et le premier d’entre eux – ce péché-là pourrait bien être originel, en fin de compte.

En un mot finissant[4. Le contraire de « comme en cent »… Je dis ça pour Barjot qui ne comprend pas en première lecture (comme au Sénat).], l’inclination naturelle de tous les humains les porte à préférer le facile au difficile – c’est-à-dire, au bout du compte, le Mal au Bien. Tous ? Non ! car enfin, attendez-vous à savoir que dans ma vraie religion à moi que j’ai, il y a pire encore à avaler pour un athée average. Je parle de l’exemption de ce prétendu « péché originel » par piston divin ! Telle est, imaginez-vous, l’histoire qu’on nous raconte sur « Marie-mère-de-Dieu-toujours-vierge ».

A présent Monsieur le pasteur Verdâtre, chers amis protestants et ayants-droit, c’est l’heure d’aller se coucher. J’ai là une anecdote qui ne vous amuserait point. La Vierge Marie, euh, si elle a existé (– Encore là, les parpaillots ? Oui oui, vous fermez en sortant), sainte Marie Mère de Dieu, donc, confiait il y a 150 ans déjà, dans une interview exclusive à Bernadette Soubirous (Sud-Ouest) : « Je suis l’Immaculée Conception. »

Je parierais volontiers que sur ce sujet aussi, comme tous les « athéologiens » formés à l’école de Michel Onfray (que Dieu le savonne !), vous vous trompez d’erreur ! L’Immaculée Conception, c’est pas cette blague comme quoi Marie aurait conçu Jésus sans avoir couché : c’est l’autre ! Mais si, vous savez, celle qui consiste à prétendre que, parmi tout le genre humain, elle seule aurait été exemptée de ce fameux péché originel, ès-futures-qualités de Mère de Dieu. Quatre ans tout juste après la proclamation solennelle par Pie IX du dogme éponyme, et après vérifications d’usage, il semble que cette déclaration ne puisse définitivement pas être une forgerie, comme disent nos amis anglicistes.

Et voilà. Pour le consensus, je suis pas sûr-sûr. Quant à l’essentiel, en répondant à ce prosélyte courtois de Parsifal[5. Pour ta prochaine question, je suggère : « Si Dieu existe, pourquoi y a-t-il toutes ces guerres ? »], j’espère avoir aussi intéressé, ou au moins énervé, nos amis blogueurs. Je me sens même en droit d’attendre, des plus immanents d’entre eux, quelques insultes bien senties. Par solidarité avec Jésus, mon homeboy, je suis même prêt à tendre la joue gauche ! Sur Causeur, ça fait moins mal[6. Et puis à force de relire mes papiers – surtout au niveau des commentaires – je deviens vraiment catholique.].

Faut-il nationaliser Björk ?

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La chanteuse islandaise Björk s’est prononcée jeudi dernier à Bruxelles pour l’adoption de l’euro par son pays. Il faut rappeler que pour se faire l’île devrait d’abord intégrer l’Union européenne. Mais ce n’est qu’un détail. Lors d’une conférence de presse organisée par son mouvement écologique « Nattura », Björk a déclaré que l’Islande a besoin de l’euro pour stabiliser sa monnaie. En réponse à la question « Et pourquoi donc ? », la chanteuse s’est contentée de dire qu’elle a « forgé sa conviction devant les ravages de la crise économique », ajoutant aussitôt, avec une franchise désarmante, qu’étant musicienne elle « n’est pas sûre d’être la bonne personne pour répondre à cette question ». Non seulement nous sommes d’accord avec elle sur ce point mais comprenons un peu mieux pourquoi l’Islande a fait faillite.