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Qui est in, qui est off ?

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C’est sans doute le plus grand drame qu’ait connu notre profession depuis les chiens mitterrandiens aux obsèques de Bérégovoy : ainsi donc, le président aurait traité des journalistes de « pédophiles ».

C’est grave, c’est même très grave. Sauf que ce n’est pas tout à fait vrai. Tout d’abord, un bref rappel des faits, comme on dit dans le poste : Vendredi soir, en marge du sommet de l’Otan à Lisbonne, un journaliste reprend, en off, les accusations de rétro-commissions lancées par DDV contre Nicolas Sarkozy. Lequel lui répond, aussi sec : « Et vous, j’ai rien du tout contre vous. Il semblerait que vous soyez pédophile… Qui me l’a dit ? J’en ai l’intime conviction. Pouvez-vous vous justifier ? ». Après avoir poursuivi sa démonstration devant un petit groupe de confrères, il a conclu l’entretien en lançant à la cantonade « Amis pédophiles, à demain ! ». La scène enregistrée par des techniciens portugais est aujourd’hui mise en ligne sur le site de nombreux journaux. Sans nous dire si c’est la version enregistrée par les techniciens zélotes de l’Otan qui défile ou si c’est un journaliste offusqué mais prévoyant l’a enregistré sur son iphone qui a balancé le fichier… Bref. Quoiqu’on en dise la conférence de presse off mérite quelques remarques.

Le « off », c’est notre secret de la confession à nous : gardons-le !

Primo : on est off, et le off a vocation à rester secret, tous comme les services du même nom (On verra plus tard que pour une fois, ma comparaison n’est pas gratuite). On accuse suffisamment –et à juste titre- les politiques de parler mieux la langue de bois que l’anglais, voire le français pour ne pas tarir cette source-là. C’est notre secret de la confession à nous, par pitié gardons-le, ou alors faudra se contenter pour écrire nos papiers des pensums des attachées de presse ou des communiqués poétiques de Claude Guéant. Et ce faisant, il va falloir que nous autres, journalistes, on arrête aussi rapidement les blagues, les bourdes, les propos de comptoir et les rumeurs au bistrot ou dans les avions officiels avec ceux que l’on fréquente. L’outing de notre mauvais esprit risquerait aussi de faire des dégâts. Et d’atteindre notre crédibilité… Je sais de quoi je parle, j’aime les blagues. Surtout si elles sont mauvaises.

Secundo : on n’est pas dans le registre de l’injure ou de la dénonciation calomnieuse mais dans celui du cynisme ou de la métaphore un rien crispée et sans doute mal choisie. Mais dans la série Sarkozy est brutal-et-vulgaire, on a eu l’occasion de s’habituer je le crains depuis trois ans.

Tertio: s’il est raisonnable de penser que le président a chargé la barque pour être sûr de bien se faire comprendre, voire pour intimider un brin ses amis de la presse, on peut aussi estimer qu’il les a délibérément baladés. Il arrive que le journaliste soit parfois prévisible (si vous ne me croyez pas, ouvrez un canard au hasard) et il n’est pas exclu qu’en trente ans de vie politique, Nicolas Sarkozy ait eu le temps de s’en apercevoir. En leur servant cette provoc pur sucre, et en anticipant les réactions en chaîne qui allaient suivre, il a carrément dicté aux éditorialistes et à leurs supplétifs humoristes leurs copies du lendemain. Un peu, un peu beaucoup, même, comme il l’avait déjà fait au moment où il avait reçu les députés UMP début novembre, expliquant sa baisse de popularité par cette tirade : « j’ai un super job, une super femme, alors forcément les Français me le font payer », largement commentée dans les gazettes, sur le thème ce président se fout de nous (les journalistes surtout). Ce qui est sans doute vrai.

Mais là, les enjeux sont autrement importants. A côté des 11 victimes françaises de l’attentat de Karachi, toutes les affaires que ce quinquennat a connues jusque là sont infinitésimales. Il n’est absolument pas certain que le roman-feuilleton des rétro-commissions pakistanaises et putativement balladuriennes ait comme uniques méchants les ex-balladuriens et comme chevaliers blancs, les ci-devant chiraquiens. Tout d’abord, parce que c’est avec les chiraquiens d’hier qu’on fait certains des meilleurs sarkozystes du jour (on pense à Juppé, mais Fillon a aussi quelques chromosomes chiraquiens). Et ensuite, il n’est pas dit que les supposés chevaliers blancs se retrouvent un jour au pilori, à force de coups tordus (Clearstream, vous vous souvenez ?).

Si rien n’atteste donc pour l’instant la culpabilité par raccroc des Balladur boys dans cette affaire, il est patent, en revanche, que le plus illustre d’entre eux est décidé à utiliser tout son pouvoir – qui n’est pas négligeable- pour la faire enterrer. Sinon comment comprendre son refus de déclassification de pièces classées secret défense, celui du président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer de prolonger la vie de la mission d’information parlementaire consacrée à l’attentat de Karachi, sans oublier le rejet de la demande du juge d’instruction Marc Trédivic de se voir confier les PV d’audition de ladite mission et la phrase du président de la République qualifiant les soupçons sur Karachi de « fables »… Les manœuvres et autres contrefeux n’ont pas manqué ces derniers temps.

Mais à la force, le président sait adjoindre la ruse. Un peu à la façon d’Alfred Hitchcock, qui commentant la scène du champ de maïs dans La mort aux trousses, concluait goulûment « Jusque-là les réalisateurs ont fait de la direction d’acteurs, moi je fais de la direction de spectateurs », le président s’est malicieusement imposé comme directeur de rédaction, de toutes les rédactions.

Il suffisait pour ça d’attirer les médias dans la direction voulue avec un énorme pot de confiture. Les journalistes ne sont pas des pédophiles, ce sont de grands enfants …

Benoit XVI et le préservatif : on ira tous au paradigme !

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Enfer et damnation ! Le Pape serait-il devenu bon ? Cette incroyable nouvelle qui barre les manchettes au même titre que si l’on avait prouvé que Marine Le Pen n’a pas le gène nazi est en voie de remettre en cause le paradigme postmoderne, du moins si l’on en croit les commentateurs éclairés. « Pape et préservatif » dans la même phrase : le stimulus a encore fonctionné. Ainsi que la vérole sur le bas-clergé, on s’est jeté en masse sur deux lignes de textes, où l’on apprend – pardon, où les commentateurs apprennent ce qu’ils eussent dû toujours savoir – que l’Eglise en général et le Pape en particulier n’étaient finalement pas si heureux que des gens meurent du Sida. Ils avaient un peu mauvaise conscience, faut croire. Ça vous étonne, mais c’est comme ça.

Oublions que l’Eglise tient depuis des décennies que la condamnation générale de l’usage du préservatif est levée en de certaines circonstances, comme celle évoquée ici par Benoît XVI, où la situation des partenaires est objectivement faussée par l’absence de liberté. Oublions, et gardons ceci en tête, qui est la seule morale du happy end : cette satanée institution qui ne fait que soigner le quart des malades du Sida dans le monde, aura mis trente ans à comprendre que le VIH ça fait mal. Ça prouverait bien son arriération, si besoin était. Mais enfin, ne faisons pas la fine bouche et réjouissons-nous : nous voici libérés (quand je dis nous, c’est les catholiques parce pour les autres, je ne vois pas trop ce que ça change) ! Autant vous dire que ça va pas chômer dans les chaumières ce soir, depuis le temps qu’on se serre la ceinture…

D’ailleurs, tant que j’y pense, où c’est que j’ai mis mon déguisement de prostitué malade du Sida ?

L’Histoire, y a des maisons pour ça !

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La corporation des historiens est singulière : régulièrement, certains de ses membres proclament qu’eux seuls sont habilités à déterminer la manière dont doit être transmise aux générations présentes et futures l’histoire de notre pays. Un peu comme si les bouchers se mettaient en tête de décider de la manière de cuisiner le morceau qu’ils nous ont vendu. Comme le rappelle opportunément Jean-Pierre Rioux, un bon faiseur d’histoire (au singulier !), cette histoire de France « n’est pas la propriété exclusive des historiens de métier, seulement leur champ opératoire ».

Qu’il soit nécessaire de rappeler cette évidence montre à quel point est nuisible le parti-pris idéologique de quelques historiens médiatisés s’opposant au projet de création d’une « Maison de l’Histoire de France » dans un Hôtel de Soubise libéré par le transfert vers d’autres lieux des Archives nationales. Le péché originel de ce projet, selon les signataires d’une tribune publiée par Libération est d’avoir comme promoteur le président de la République. Comme Nicolas Sarkozy est supposé, dans l’esprit de ces faiseurs d’histoires (au pluriel !) contaminer de son fluide malfaisant tout ce qu’il touche, ce projet, comme Carthage, doit être détruit : « La seule justification à limiter une « maison de l’histoire » à la France tient dans la continuité du discours néonational du pouvoir : une telle maison serait en quelque sorte la vitrine historique de la supposée « identité nationale » dont l’incantation ne cesse de mobiliser les esprits depuis 2007 avec des implications terribles pour les plus vulnérables et déshonorantes pour ceux qui leur donnent réalité », tranchent-ils du haut de leurs chaires prestigieuses.

Une vision forcément étriquée du passé : procès d’intention !

Hic jacet lepus ! S’ils ne veulent pas de cette « maison de l’Histoire de France », c’est parce que celle-ci serait supposée donner de notre pays une vision étriquée, rabougrie et quasiment lepéniste du passé de notre nation. Sauf que Nicolas Sarkozy, dans aucun des discours qu’il a prononcés sur ce projet, n’a émis la moindre directive sur le contenu et l’organisation de cette maison dont il a confié la mise en œuvre au ministre de la Culture Frédéric Mitterrand. Nous sommes donc là dans le pur procès d’intention, et il suffit de lire les rapports des personnalités (Jean-François Hébert, Hervé Lemoine, Jean-Pierre Rioux) chargées d’étudier la faisabilité et l’opportunité de cet établissement public pour constater que rien ne permet, en l’état actuel des choses, de sonner le tocsin.

Elie Barnavi, actuellement conseiller scientifique du projet de musée de l’histoire de l’Europe à Bruxelles, dont le sarkozysme militant n’est pas avéré, et dont la foi européiste n’est un mystère pour personne, ne s’offusque pas qu’une vieille nation comme la France se propose de faire un musée consacré à son passé : « Après tout, que le président de la République souhaite un tel musée ne signifie pas qu’il en dicterait le contenu. Ce serait plutôt, me semble-t-il, l’affaire des historiens et des muséographes à qui il appartiendrait de veiller au grain. Et quelle singulière inconsistance que de se plaindre de la communautarisation de la société française, tout en refusant de la dépasser par la création d’un lieu de mémoire collectif », écrit-il dans une de ses récentes chroniques dans Marianne.

S’ils avaient un peu de mémoire, ou de curiosité extra-hexagonale, nos pétitionnaires offusqués auraient pu constater que chez nos plus proches voisins, on ne s’embarrasse pas de tels scrupules pour donner à l’histoire nationale un lieu susceptible de la rendre visible et compréhensible à leurs citoyens et aux visiteurs étrangers.

Ainsi, en 1987, le chancelier Helmut Kohl, lui-même historien de formation, s’était ému de la faiblesse de la culture historique des nouvelles générations allemandes. Les réformes post-soixante-huitardes des programmes avaient, dans certains Länder[1. En Allemagne ce sont les régions (Länder) qui sont en charge de l’établissement des programmes scolaires.] supprimé toute approche chronologique dans cette discipline au profit d’une pédagogie dite thématique.

C’était deux ans avant la chute du mur de Berlin, alors que dans l’autre Allemagne, la RDA, on inculquait aux écoliers, lycéens et étudiants la bonne vieille histoire de la nation relue avec les lunettes rouges du marxisme-léninisme. C’était évidemment regrettable, mais au moins les petits Prussiens et Saxons étaient-ils capables de placer Charlemagne, Frédéric II ou Otto von Bismarck dans leurs siècles respectifs.

L’Allemagne est un pays où l’histoire récente est douloureuse, où les mémoires sont à vif. La fameuse « querelle des historiens » des années 1980, sur la nature de l’entreprise nazie, qui mit aux prises les « conservateurs » et les « progressistes », montre que les controverses sur le passé récent ne sont pas, là-bas, moins vives que de ce côté-ci du Rhin. Et pourtant personne, à l’exception de l’ultra-gauche de Hans-Christian Ströbele, ancien avocat de la Fraction armée rouge, n’a battu tambour pour appeler le peuple à se lever contre ce projet de musée.
Les choses se sont passées à l’allemande, c’est-à-dire avec une sage lenteur, en mettant toute les parties concernées autour d’une table, pour qu’elles établissent un consensus sur le contenu et la forme de cette « Maison de l’histoire de l’Allemagne » souhaitée par le chancelier. Les historiens étaient là, bien sûr, dans leur diversité incarnée par la présence du « conservateur » Michael Stürmer à côté du « progressiste » Eberhard Jäckel, mais il y avait aussi des représentants de la société civile (partis politiques, syndicats de salariés et d’employeurs, églises) dont les préoccupations ont été prises en compte dans la construction du récit muséographique.

L’Histoire s’est invitée à cette table, car la réunification du pays est intervenue sans prévenir en plein milieu des palabres sur le contenu et la localisation de ce musée. Au bout du compte, on se mit d’accord pour installer un Museum der deutschen Geschichte à Berlin, dans les locaux de l’Arsenal qui abritaient, avant 1989, la version communiste du récit national, et une Maison de l’Histoire de la République fédérale à Bonn, qui en fut pendant quatre décennies la capitale. Le premier couvre la période de la préhistoire à 1945, la seconde celle de la fin de la seconde guerre mondiale à nos jours. Et tout le monde est content. Les visiteurs des expositions permanentes et temporaires sont très nombreux, et cette mise en majesté de l’histoire d’un grand pays européen n’a pas provoqué de prurit nationaliste notable dans la population. Je prie donc instamment Mmes et MM. les historiens patentés de notre beau pays de France de me permettre d’emmener mes petits-enfants dans un lieu où il pourront, à l’instar de leurs petits camarades d’outre-Rhin, savoir d’où ils viennent et peut-être avoir quelques idées sur l’avenir du pays qu’ils ont reçu en héritage.

Viva Suarez !

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Luis Suarez
Luis Suarez.

Le football subit depuis une vingtaine d’années la même cure d’amaigrissement que les autres domaines de la vie. Les tribunes sont vidées de leurs supporteurs et l’apparition inévitable de l’arbitrage vidéo tendra à exclure toute incertitude sur le terrain.

Or, si le football a un quelconque intérêt, c’est justement le mauvais esprit qui lui est consubstantiel. D’où vient le fait que le tennis, par exemple, soit si pénible à regarder à la longue ? C’est que l’antijeu y est impossible. De ce fait, il ne se passe rien, il ne peut rien s’y passer. On peut simplement admirer le port de tête aristocratique de Federer et ses jolis polos. Ce qui ne permet pas d’alimenter durablement une honnête discussion de comptoir, laquelle s’orientera naturellement vers le match de foot de la veille.[access capability= »lire_inedits »]

S’il y a des erreurs d’arbitrage, c’est encore mieux : elles font partie des anthologies. Le simple fait de les éradiquer tuera le jeu. Les dirigeants et commentateurs qui plébiscitent la vidéo montrent en outre leur ignorance crasse des fondements du football. L’un d’entre eux est que l’arbitre fait partie du jeu : il peut marquer un but si ça lui chante, le but sera valable. Ses erreurs, aussi, en font partie et alimenteront nos fantasmes pendant des dizaines d’années. Etait-il corrompu ? Incompétent ? Apeuré ? Pro-allemand ? Anti-messin ?

Sous prétexte d’éradiquer le hooliganisme, on a éteint toute vie dans les stades

Avant d’éradiquer le jeu lui-même, l’époque a fait disparaître toute vie des tribunes. Il est plaisant d’entendre les plumitifs du sport gloser sur l’ « enfer d’Anfield Road » ou toute autre enceinte prestigieuse. Soit ils mentent, soit ils n’y sont pas allés récemment. Car cela fait belle lurette que, dans ces grands stades, il y a beaucoup moins d’ambiance que dans les bars qui diffusent le match. Sous le prétexte d’éradiquer le hooliganisme, on y a détruit toute forme de vie. Il suffit d’ailleurs, aujourd’hui, d’être simplement debout dans un stade pour être considéré comme un hooligan. La fin des supporteurs ne semble pas plus gêner les joueurs que la disparition des fumeurs n’a contrarié les patrons de bistrots : le PSG n’a jamais aussi bien joué que depuis que ses tribunes sont vides.

Peut-être la vie reprendra-t-elle le dessus quand même. J’en veux pour preuve le geste magnifique de l’Uruguayen Suarez, le 2 juillet en Afrique du Sud, arrêtant de la main, à la dernière minute du quart de finale de Coupe du monde opposant l’Uruguay au Ghana, un ballon qui allait franchir sa ligne de but. Et ce alors qu’il était attaquant, et non gardien de but. Il y a une justice : l’Uruguay s’est qualifié aux tirs au but, magistralement. On peut expulser Suarez a posteriori, ce genre de geste, on ne pourra jamais l’empêcher : c’est ce qui nous fait aimer le football. Et c’est ce qui nous fait aimer la vie et ses incertitudes, malgré les « prophètes de bonheur » et les fanatiques de la transparence moralisée. [/access]

Cantona, un attaquant plus fort qu’Attac

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On savait Eric Cantona chantre de la poésie et du football. On le découvre, grâce au Guardian, héraut de la révolution. Le quotidien anglais exhume une vidéo du footballeur datant d’octobre dernier en plein dans les manifestations contre la réforme des retraites. Et que dit le grand Canto ? « Aller dans la rue, manifester aujourd’hui, c’est quoi ? Ils te retournent le truc contre toi. » Une seule solution, la révolution. Mais pas « par les armes, on va pas aller tuer des gens ». La solution ce sont les banques. Celles qui tiennent le système : « Le système est bâti sur le pouvoir des banques, il sera détruit par les banques. » Cantona propose une solution simple, que trois millions de gens aillent retirer leur argent des établissements financiers. Qui s’écrouleront. « C’est une vraie menace, la vraie révolution. »

Depuis, la vidéo, tourne à donf sur internet et des activistes invitent à cette révolution à la Spaggiari, sans armes, ni sang, pour le 7 décembre prochain. On attend avec hâte la convocation de l’ancien joueur de Manchester United par les syndicats pour un bon gros brain storming, lui qui dit : « les syndicats ils font ce qu’ils peuvent, il faut leur donner des idées des fois… »

Benoît XVI a toujours tort

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Avec Benoît XVI, les cathos ne baiseront plus sans capote.

Jean-Marie Lustiger n’était pas un homme de gauche. C’était, pour sûr, un homme de Dieu. Mais, avant que la mort ne l’oigne de la bonne renommée que tout cadavre reçoit à sa toilette funéraire, le cardinal de Paris était la cible des attaques régulières des « catholiques de progrès ». Oui, il existe des catholiques de progrès comme il existe une Fédération anarchiste : quand on fait dans l’oxymore, on ne craint rien. Lisant en loucedé la revue Golias, son Charlie Hebdo de sacristie qui lui donne l’impression de vider des burettes sans alcool, le catholique de progrès voudrait bien être protestant. Il voudrait bien, mais il ne le peut point. Rien ne l’en empêche, ne serait-ce parfois son état ecclésiastique, voire, plus rarement, la mitre qui orne sa tête chenue et qu’il prend pour un chapeau rigolo. Le catholique de progrès est un homme moderne. Il n’aime ni les aubes, ni l’encens, ni les dentelles. Il trouve ça fasciste, le latin. La transsubstantiation, le dogme de l’Immaculée Conception, la communion des saints et même la résurrection, qui n’est que l’essentiel – excusez du peu – de la foi chrétienne, il prend ça pour des trucs pas assez télégéniques, des contes à dormir debout, des fumisteries du monde d’avant.

Le catholique de progrès n’aime pas, non plus, le pape. Il n’a pas lu Luther, certes. Mais il trouve que ce type, qui est allemand, mais oui, mais pas un Boche façon Ratzinger, un bon Allemand, avait de bonnes idées. Le problème est que, dès lors que l’on ne reconnaît pas l’autorité de l’évêque de Rome, l’on cesse tout simplement d’être catholique romain. Ce qui, en soi, n’est pas grave quand on ne craint ni le Purgatoire ni l’Enfer.

Pourquoi dis-je ça, moi qui, pour de bonnes raisons, ne me suis pas approché d’un autel depuis très longtemps ? Ah oui, Lustiger – « Tous les archevêques de Paris sont juifs », disait Desproges. L’homme était plutôt à cheval sur les principes. Pas catholique de progrès pour un sou, le feuj enmîtré. Et c’est lui, pourtant, qui avait déclaré, en 1988, au sujet de la capote, qu’elle était « un moyen de ne pas ajouter au mal un autre mal ». Il incitait ainsi ceux qui étaient plutôt open de la culotte à se mettre un bout de latex sur le braquemart quand ils ne pouvaient pas mettre un peu de respect, de raison voire même d’amour sur leurs passions.

C’est là la position invariable – qui a dit, dans la salle, la position du missionnaire ? – de l’Église. Tu ne vas pas refoutre le sida, la syphilis, l’hépatite à des gonzes ou gonzesses que tu ne connais pas, à l’unique motif que tu les prends pour des trous, à l’unique motif que tu les utilises pour ton plaisir personnel, à l’unique motif que tu n’en as rien à foutre d’être plombé ou pas.

Entre deux maux, choisir le moindre. Cela s’appelle la casuistique : c’est une très belle invention du catholicisme. Il n’est pas de jugements implacables, de charia qui condamne inéluctablement le fautif : nous sommes tous pécheurs et la morale s’accommode de nous aussi bien que nous nous arrangeons d’elle. Il n’y pas même, à proprement parler, dans le catholicisme, une morale qui s’imposerait, dans l’extériorité, au sujet. Il y a, avant toute chose, une compréhension des situations : « La Loi est faite pour l’homme, et non l’homme pour la Loi. »

Elle est belle cette Église qui ne veut pas comprendre que plus personne n’en a rien à foutre de rien !

En revanche, là où l’Église rechigne, c’est à considérer, comme le fait notre époque, la relation sexuelle comme une simple consommation du corps de l’autre. « Noli me tangere ! » : l’irréductibilité des consciences a, dans le catholicisme, une dimension charnelle.

On prétend souvent que l’Église a un problème avec le corps. Non : il n’y a pas plus charnel que la foi en l’Incarnation. Musique, encens, arts, stigmates, représentations du divin, extases : le catholicisme est une religion des sens. Et puis, le précédent pape ne s’est pas contenté d’avoir, durant les vingt-six années qu’a duré son pontificat, un fort joli accent des environs de Cracovie. Jean-Paul II a théorisé la conception catholique de la sexualité comme aucun autre pape ne l’avait fait avant lui : pas de consommation, une communion !

Ce que notre temps ne veut plus entendre (et ne peut plus comprendre), c’est que, dans la rencontre avec l’Autre, c’est Dieu toujours que l’on rencontre. Même au fond d’un pieu, même au fond de sa chair. En introduisant dans la sexualité le coin de la transcendance, le catholicisme refuse le sexe pour le sexe et la jouissance pour la jouissance. Notons que cette conception-là ne vaut que pour les catholiques : on ne force personne à l’être. Si vous êtes protestant, orthodoxe, juif, musulman, mormon, témoin de Jéhovah, hindou, animiste, agnostique, athée ou raélien, vous êtes automatiquement exemptés.

Cependant, aussi libérés sexuellement que nous soyons, lorsqu’on se prend à vouloir lire le Kâmasûtra dans toutes les positions, c’est Le Capital au chapitre : « Le capitalisme dans ton cul » que l’on feuillette. Lorsque Eros s’est improvisé pornographe et que le porno s’est mué en gonzo, le sexe n’est plus rien d’autre qu’une part de marché dans le Grand-Tout qui consomme. La relation sexuelle n’est plus la rencontre de deux êtres, mais l’exposition de deux corps par eux-mêmes consommés.

À ce qu’on a lu ces jours-ci dans la presse, ce n’est vraiment pas là le problème. Ça n’aura échappé à personne, mais la vraie question est de savoir si l’Église doit tolérer ou non la capote pour les plans cul. Parce que notre époque, ça ne lui suffit plus de baiser à couilles rabattues, il lui faut un curé, un évêque, un cardinal, un pape, qui vienne par-derrière bénir ses ébats. Plus personne ne va faire ses pâques, mais chacun exige de l’abbé un mot pour aller au bordel.

La capote, donc : le pape a dit, en gros, qu’il valait mieux l’utiliser que de refiler le sida à quelqu’un. Il ne fait que dire tout haut ce que Jean-Marie Lustiger et d’autres disaient, eux aussi, tout haut. Faudrait-il donc que rien ne change pour que tout change ?

On regrettera cependant que le pape ne soit pas allé plus loin. Tenez-vous bien : il n’a pas évoqué un seul instant les lubrifiants à base d’eau ni indiqué que le sachet du préservatif doit être obligatoirement estampillé du sigle « NF ». Pas une phrase sur les différentes qualités de capotes : certaines, plus onéreuses que d’autres, n’entament pourtant en rien les sensations. S’il veut faire agent de prévention à Sida-Info-Service, c’est raté.

Par charité chrétienne, je n’ose même pas évoquer tous les oublis papaux. Il dormait quand la prof de bio a parlé des MST ? Rien sur l’herpès, rien sur les morbaques, comme si ça n’existait pas. C’est une honte ! On attend que le Saint-Père se prononce sur le sujet ; prière d’indiquer ce qu’il faut faire quand ça gratouille plus que ça ne chatouille. Sa Sainteté n’a pas non plus moufté sur le prix excessif que pratiquent certains clubs échangistes. Rien non plus sur le bukkake, la double pénétration, les gang-bang interraciaux. Pas un mot recommandant d’utiliser les gants chirurgicaux pour le fist.

Et puis, dans ses récents propos, Benoît XVI ne stigmatise-t-il pas les barebackers ? Là, c’est vraiment grave. Il faut espérer qu’à la prochaine audience générale, le pape fasse un mea culpa. S’il ne le fait pas, il faudra d’urgence saisir la Halde : la discrimination est établie.

Elle est belle, cette Église, qui ne veut pas comprendre que plus personne n’a rien à foutre de rien et qu’aux choix humains, on préfère le nihilisme d’un temps qui invite à considérer l’autre comme un produit à consommer avant sa date de péremption.

Lumière du monde - Benoît XVI

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Les Alpins sur la mauvaise pente

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Il y a plus de dix ans maintenant, je lançai dans le débat public, à la « une » du Monde daté du 12 mars 1999, un concept qui allait susciter quelques controverses : celui de  » populisme  alpin ». Il se fondait sur une observation du terrain (très en pente), des régions situées sur l’arc Nice-Ljubljana, qui faisait apparaître qu’une famille de partis politiques présentant un certains nombre de caractéristiques communes avait émergé dans ces contrées au début des années 1990.

La Ligue du Nord en Italie, le FPOe de Jörg Haider en Autriche, et même une partie de la CSU bavaroise se fabriquaient une pelote électorale en titillant les vieux réflexes issus d’un mode de vie et de pensée montagnard élaboré depuis le Néolithique. On découvrira aisément, et sans trop se prendre la tête, les éléments principaux de cette weltanschauung en relisant la collection complète des Heidi de Johanna Spyri.[access capability= »lire_inedits »]

C’est pas trop compliqué, comme morale : pour survivre dans cet univers rude, faut pas être fainéant, trop causer nuit à la bonne qualité du travail, et les ceusses d’en bas qui réclament toujours plus de Sécu, allocs chômage et congés payés feraient mieux de se retrousser les manches au lieu de geindre et tendre la sébille.

Du temps de Heidi (fin du XIXe siècle), les Alpins de tous les pays étaient misérables, partageaient leur humble masure au toit de bardeaux avec les vaches, qui servaient de chauffage central, et pratiquaient entre eux une solidarité de pauvres, limitée à l’environnement proche.

Comme il y a quand même une justice en ce bas monde, leur ardeur au travail et leur peu d’appétence pour le bling-bling (les Rolex, on les fabrique et on les vend, mais on se contente de la toquante du grand-père) a fini par les propulser au somment du PIB par tête dans leurs pays respectifs. Les « petits boulots » qui occupaient leurs longs hivers se sont révélés des niches lucratives dans une économie mondialisée, et le développement des loisirs leur a apporté une manne touristique considérable. Aujourd’hui, Heidi dirige un cinq étoiles à Gstaad et son copain Peter a monté une PME de micromécanique high tech dans la vallée. Tous deux apportent leurs suffrages à l’UDC de Christoph Blocher, classé dans la catégorie populiste-xénophobe par les grosses têtes de la plaine. Voilà qui met un terme, j’espère définitif, à l’hypothèse selon laquelle le populisme serait issu de la théorie développée au XVIIIe siècle par le philosophe sud-tyrolien Karl-Theodor Popul, dont BHL a découvert récemment l’existence lors d’une tournée de conférences dans les universités vénézuéliennes.[/access]

Guerlainophobie, ça suffit !

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Nous ne sommes qu’en 2010 et l’antiracisme qui devait être le communisme du 21ème siècle a déjà pris une tournure clairement soviétique.
Pour celui dont les écarts de langage trahissent une déviance coupable, l’autocritique est la seule manière de retrouver une place parmi ses camarades, (Florent Pagny a compris la leçon). Quand cela ne suffit pas, il faut l’interner car le raciste est comme le dissident-fou de l’ex-URSS, c’est un malade qui s’ignore : l’internement s’impose ! C’est le traitement que Vincent Cespedes et Rokhaya Diallo préconisaient l’autre soir chez Taddéi pour Jean-Paul Guerlain, qui avait eu le malheur de parler à la télé comme s’il causait avec ses amis et de le faire en 2010 comme si on était en 1950. Et comme Guerlain tout seul n’était pas une proie suffisante, Cespedes en remettait une couche en expliquant que les paroles de Guerlain exprimaient l’âme raciste de la France. Sans susciter la moindre réaction, même de Marie-France Garaud.

« Oui, il faut l’interner » renchérissait Jérôme Savary qui expliquait – on a encore le droit d’essayer de comprendre si on ne cherche pas à excuser, nous ne sommes qu’au début du siècle – que le vieil homme parlait comme dans les films d’Audiard. M. Guerlain, qui a aujourd’hui 73 ans, a connu la France d’avant. Une France qui avait depuis longtemps donné aux droits de l’homme une dimension universelle et aboli l’esclavage mais dont la langue était pleine d’expressions imagées devenues depuis peu dangereusement racistes. Avant une immigration récente, massive et largement subie même si depuis peu il parait qu’elle est choisie, on trouvait dans les boulangeries des « têtes de nègres », on pouvait lire Tintin au Congo sans avertissement liminaire et on disait « travailler comme un nègre » aussi innocemment qu’on aurait dit « saoul comme un Polonais », « fort comme un Turc » ou « c’est du travail d’Arabe de parler anglais comme une vache espagnole ». Cette époque est révolue.

Depuis que l’étranger n’est plus une évocation exotique mais une présence réelle sur le sol Français, le langage a changé. Lentement et naturellement, la plupart de ces expressions sont devenues désuètes et comme nous sommes des gens délicats et civilisés, nous avons abandonné tout ce qui, dans la langue de nos pères, pouvait blesser les hommes, les femmes et surtout les enfants venus d’ailleurs et français comme vous et moi, ou en passe de le devenir.

Plutôt abattre que débattre

Nous avons retiré de l’héritage ce qui était susceptible de faire pleurer un gosse noir dans la cour de l’école ou d’offenser un retraité arabe après une vie de marteau-piqueur et ce n’est pas plus mal. Aujourd’hui, la langue française prend l’autre avec des pincettes vierges de tout racisme mais si l’intention est louable, selon certains vigilants, l’effort n’est pas assez soutenu. En effet, il reste dans ce pays au moins un vieux distrait ou réfractaire à la rééducation et les antiracistes qui n’ont sûrement jamais pêché par indélicatesse ou incivilité lui jettent, sans que personne ne s’interpose, la première pierre. Guerlain est sans doute le représentant d’une espèce en voie de disparition que personne n’envisage de protéger et qu’on aimerait voir s’éteindre et mourir de sa belle mort mais qu’on n’aime pas voir lapider. Or certains s’acharnent sur l’un de ses derniers spécimens et veulent faire un exemple. Qu’on abatte vite ce vieux sous-chien qui croit encore qu’il a le droit d’aboyer !

C’est tout le sens du rassemblement parisien devant la boutique « Guerlain » des Champs-Elysées ce samedi 20 novembre (pour la troisième fois), dont le mot d’ordre était : « Non à la négrophobie », organisé par les Indivisibles, les Indigènes de la république et d’autres associations qui vont de la lutte contre le racisme en général à la défense des noirs en particulier. Depuis le début de cette affaire, malgré les plates excuses de l’auteur des propos, de la marque qu’il ne représente plus, du groupe LVMH et de la chaîne qui les a diffusés, les noirs contre le racisme multiplient les déclarations et les actions protestataires.

Pour tout ce petit monde, faire reculer le racisme, c’est d’abord faire taire par intimidation tous les « Guerlains » à venir. C’est évidemment plus facile et moins dangereux que de tenter de convaincre les jeunes dans leur « diversité » que pour être aimé, il faut commencer par être aimable et que le vol, le vandalisme et le pillage pratiqués par certains sont les plus sûrs moyens de provoquer de la méfiance et de faire naitre ou de conforter des préjugés racistes et un rejet certain pour tout ce que vous êtes et tout ce que vous représentez. Pour les commerçants qui ont vu passer à travers leurs vitrines et sortir sans passer par la caisse les émeutiers venus des banlieues pendant les derniers mouvements sociaux et pour tous les Français qui en ont vu les images télévisées, le message de SOS Racisme ou du CRAN sur les dangers que représentent les « Guerlains » pour le vivre ensemble aura du mal à passer. Quand une proportion notable de la population carcérale est issue de l’immigration, l’urgence, pour faire reculer les sentiments racistes que cette réalité pourrait éveiller, n’est pas de tabasser médiatiquement à quinze contre un vieux bourgeois un peu réac.

Entre tenter de convaincre sans pratiquer le déni de réel et imposer le silence en brûlant un épouvantail, l’antiracisme a choisi sa stratégie pour nous montrer l’origine du mal. En son temps, le communisme avait choisi la même.

On achève bien les homos

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Au sein de l’ONU, l’Assemblée générale se subdivise en commissions. La troisième, chargée des questions sociales, humanitaires et culturelles, se déclarant « consciente de l’importance de prévenir, de combattre et d’éliminer les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires » serait selon un communiqué des Nations Unies du 14 novembre « demeurée néanmoins profondément divisée par une référence à l’orientation sexuelle dans un projet de résolution ». Ladite résolution, répondant au doux nom de L.29/Rev.1, mentionnait depuis 2000 à l’alinéa b de son article 6 la « discrimination notamment fondée sur les préférences sexuelles ». Elle est revotée sans broncher tous les deux ans -ou plutôt, elle l’était jusque là.

En effet, sur proposition insistante du Groupe des Etats d’Afrique et de l’OCI, un amendement a été adopté à une majorité écrasante pour supprimer cette référence impie et la remplacer par « discriminations, quel qu’en soit le fondement ». Les rédacteurs ne manquent pas d’humour.

Gays, lesbiens, trans… et aveugles

Bizarrement, les confrères ayant évoqué la question, et surtout les principaux intéressés, font une curieuse lecture de l’épisode.
Ainsi Christine Le Doaré, présidente du Centre Gay, Lesbien, Bi et Trans de Paris, impute-t-elle la responsabilité de la décision… aux évangéliques américains, dont on se demande quand ils auraient rejoint l’OCI et depuis quand ils imposeraient leur loi au Maroc et au Mali, qui ont présenté l’amendement. Voilà en en effet le compte-rendu des débats tel qu’il est presenté sur le site de l’ONU :
« La représentante du Maroc, au nom de l’Organisation de la Conférence islamique (…) s’est dite troublée par les tentatives visant à se concentrer sur des droits individuels spécifiques et a réaffirmé que la notion d’orientation sexuelle ne devrait pas figurer dans ce texte. La communauté internationale devrait, selon elle, éviter une interprétation sélective de certains droits de l’homme. Cette situation pourrait entraîner un précédent dangereux. L’OCI continuera de protéger la notion de famille en tant que noyau fondamental de la société. »

Ses défenseurs avaient un argument de poids, compréhensible du point de vue de la richesse de la variété culturelle : il n’existe pas d’accord international sur cette « notion » ! Ils ont donc suggéré d’en traiter à l’occasion d’une réunion intergouvernementale. Promis, en 2012 le monde entier reconnaîtra dans les fondements un lieu commun à diverses sexualités. Et cette notion étant admise comme internationale et transculturelle, les homosexuels ne seront plus l’objet de persécutions, exécutions et assassinats en Iran (où, selon les déclarations de Mahmoud Ahmadinejad, ils n’existent tout simplement pas et ne sont donc pas pendus), au Sénégal, au Cameroun, en Irak, en Egypte, en Arabie Saoudite, en Ouganda…

Les délégations occidentales et notamment la Finlande, la France et la Suisse auraient exprimé leurs regrets. C’est très gentil. Surtout après avoir voté oui.

Montebourg : j’y vais ou j’y vais pas?

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Je crois qu’Arnaud souhaite que je le rejoigne. Peut-être souhaite t-il faire de moi son futur Premier ministre… Ou que, plus modestement, j’entre à son service comme nègre (pour faire plaisir à M. Guerlain) ou plume (pour exciter DSK). Ou, encore plus humblement, que j’accepte de devenir rédacteur en chef du bulletin d’information du conseil général de Saone-et-Loire.

Mais, c’est sûr, il essaie d’attirer mon attention. Vous ne me croyez pas ? Mais c’est que j’ai plusieurs indices ! Arnaud a fait acte de candidature à Frangy-en-Bresse dans le 71 ! Or, je suis né en 71. Et je suis souvent passé en voiture à Frangy-en-Bresse, village très calme en dehors des jours comme ce samedi, où le nombre de caméras dépasse de peu celui de poulets et de beaucoup celui des habitants. Je reconnais toutefois que si j’y suis passé, jamais l’idée saugrenue de m’y arrêter n’a traversé mon esprit. Léger comme indice ? Mais ce n’est pas tout ! Je suis né en 71 mais plus exactement le 20 novembre, un samedi. Or c’est bien hier, samedi 20 novembre qu’Arnaud a avoué à la France son envie d’elle.

Coïncidences ? Mais que vous faut-il donc ? Arnaud m’envoie des signes idéologiques. Qu’écrivé-je ? Des signes doctrinaires ! Il souhaite baser sa candidature sur le thème de la « démondialisation ». Il explique que « économiquement et écologiquement, la mondialisation est un désastre car elle survalorise l’exportation. Il faut donc assumer un certain protectionnisme comme un outil pour le développement, au nord comme au sud. » C’est ce que je me tue à écrire depuis des années. C’est bien simple, on dirait un extrait du tract de campagne de Debout la République aux dernières élections européennes. Arnaud, qui a rejoint Martine, la fille de Delors et la copine de Pascal Lamy, ne peut pas parler mondialisation en de si mauvais termes par hasard.
Bon, maintenant, c’est sûr. Arnaud a entendu parler de moi. Ce que j’écris lui plaît. Et il souhaite m’attirer dans ses filets politiques. J’en suis tout chose. Face à cet entrain, je ne peux me dérober. Je me dois d’apporter, publiquement, une réponse à de telles avances.

Arnaud, tu es sur le bon chemin. Mais il te reste à parcourir de la distance :
1 – Abandonne tes obsessions de VIe République, on y est déjà ! La Ve du Général est morte depuis longtemps. Cohabitations, quinquennat et Nicolas Sarkozy ont déjà eu sa peau.
2- Le protectionnisme, c’est bien. Redonner à ton pays le pouvoir de battre monnaie, c’est mieux.
3 – Enfin, si tu es vraiment le jeune lion que tu dis, oublie cette pantalonnade de primaires, présente-toi directement aux suffrages du peuple tout entier.
Là, on pourra éventuellement commencer à boire un verre. Du Jura, sur un poulet de Bresse.

Amitiés.

PS (ça ne s’invente pas) : Si ça se trouve, Arnaud n’a aucune idée de mon existence et je vais avoir l’air d’un con. Tant pis. C’est dit.

Qui est in, qui est off ?

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C’est sans doute le plus grand drame qu’ait connu notre profession depuis les chiens mitterrandiens aux obsèques de Bérégovoy : ainsi donc, le président aurait traité des journalistes de « pédophiles ».

C’est grave, c’est même très grave. Sauf que ce n’est pas tout à fait vrai. Tout d’abord, un bref rappel des faits, comme on dit dans le poste : Vendredi soir, en marge du sommet de l’Otan à Lisbonne, un journaliste reprend, en off, les accusations de rétro-commissions lancées par DDV contre Nicolas Sarkozy. Lequel lui répond, aussi sec : « Et vous, j’ai rien du tout contre vous. Il semblerait que vous soyez pédophile… Qui me l’a dit ? J’en ai l’intime conviction. Pouvez-vous vous justifier ? ». Après avoir poursuivi sa démonstration devant un petit groupe de confrères, il a conclu l’entretien en lançant à la cantonade « Amis pédophiles, à demain ! ». La scène enregistrée par des techniciens portugais est aujourd’hui mise en ligne sur le site de nombreux journaux. Sans nous dire si c’est la version enregistrée par les techniciens zélotes de l’Otan qui défile ou si c’est un journaliste offusqué mais prévoyant l’a enregistré sur son iphone qui a balancé le fichier… Bref. Quoiqu’on en dise la conférence de presse off mérite quelques remarques.

Le « off », c’est notre secret de la confession à nous : gardons-le !

Primo : on est off, et le off a vocation à rester secret, tous comme les services du même nom (On verra plus tard que pour une fois, ma comparaison n’est pas gratuite). On accuse suffisamment –et à juste titre- les politiques de parler mieux la langue de bois que l’anglais, voire le français pour ne pas tarir cette source-là. C’est notre secret de la confession à nous, par pitié gardons-le, ou alors faudra se contenter pour écrire nos papiers des pensums des attachées de presse ou des communiqués poétiques de Claude Guéant. Et ce faisant, il va falloir que nous autres, journalistes, on arrête aussi rapidement les blagues, les bourdes, les propos de comptoir et les rumeurs au bistrot ou dans les avions officiels avec ceux que l’on fréquente. L’outing de notre mauvais esprit risquerait aussi de faire des dégâts. Et d’atteindre notre crédibilité… Je sais de quoi je parle, j’aime les blagues. Surtout si elles sont mauvaises.

Secundo : on n’est pas dans le registre de l’injure ou de la dénonciation calomnieuse mais dans celui du cynisme ou de la métaphore un rien crispée et sans doute mal choisie. Mais dans la série Sarkozy est brutal-et-vulgaire, on a eu l’occasion de s’habituer je le crains depuis trois ans.

Tertio: s’il est raisonnable de penser que le président a chargé la barque pour être sûr de bien se faire comprendre, voire pour intimider un brin ses amis de la presse, on peut aussi estimer qu’il les a délibérément baladés. Il arrive que le journaliste soit parfois prévisible (si vous ne me croyez pas, ouvrez un canard au hasard) et il n’est pas exclu qu’en trente ans de vie politique, Nicolas Sarkozy ait eu le temps de s’en apercevoir. En leur servant cette provoc pur sucre, et en anticipant les réactions en chaîne qui allaient suivre, il a carrément dicté aux éditorialistes et à leurs supplétifs humoristes leurs copies du lendemain. Un peu, un peu beaucoup, même, comme il l’avait déjà fait au moment où il avait reçu les députés UMP début novembre, expliquant sa baisse de popularité par cette tirade : « j’ai un super job, une super femme, alors forcément les Français me le font payer », largement commentée dans les gazettes, sur le thème ce président se fout de nous (les journalistes surtout). Ce qui est sans doute vrai.

Mais là, les enjeux sont autrement importants. A côté des 11 victimes françaises de l’attentat de Karachi, toutes les affaires que ce quinquennat a connues jusque là sont infinitésimales. Il n’est absolument pas certain que le roman-feuilleton des rétro-commissions pakistanaises et putativement balladuriennes ait comme uniques méchants les ex-balladuriens et comme chevaliers blancs, les ci-devant chiraquiens. Tout d’abord, parce que c’est avec les chiraquiens d’hier qu’on fait certains des meilleurs sarkozystes du jour (on pense à Juppé, mais Fillon a aussi quelques chromosomes chiraquiens). Et ensuite, il n’est pas dit que les supposés chevaliers blancs se retrouvent un jour au pilori, à force de coups tordus (Clearstream, vous vous souvenez ?).

Si rien n’atteste donc pour l’instant la culpabilité par raccroc des Balladur boys dans cette affaire, il est patent, en revanche, que le plus illustre d’entre eux est décidé à utiliser tout son pouvoir – qui n’est pas négligeable- pour la faire enterrer. Sinon comment comprendre son refus de déclassification de pièces classées secret défense, celui du président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer de prolonger la vie de la mission d’information parlementaire consacrée à l’attentat de Karachi, sans oublier le rejet de la demande du juge d’instruction Marc Trédivic de se voir confier les PV d’audition de ladite mission et la phrase du président de la République qualifiant les soupçons sur Karachi de « fables »… Les manœuvres et autres contrefeux n’ont pas manqué ces derniers temps.

Mais à la force, le président sait adjoindre la ruse. Un peu à la façon d’Alfred Hitchcock, qui commentant la scène du champ de maïs dans La mort aux trousses, concluait goulûment « Jusque-là les réalisateurs ont fait de la direction d’acteurs, moi je fais de la direction de spectateurs », le président s’est malicieusement imposé comme directeur de rédaction, de toutes les rédactions.

Il suffisait pour ça d’attirer les médias dans la direction voulue avec un énorme pot de confiture. Les journalistes ne sont pas des pédophiles, ce sont de grands enfants …

Benoit XVI et le préservatif : on ira tous au paradigme !

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Enfer et damnation ! Le Pape serait-il devenu bon ? Cette incroyable nouvelle qui barre les manchettes au même titre que si l’on avait prouvé que Marine Le Pen n’a pas le gène nazi est en voie de remettre en cause le paradigme postmoderne, du moins si l’on en croit les commentateurs éclairés. « Pape et préservatif » dans la même phrase : le stimulus a encore fonctionné. Ainsi que la vérole sur le bas-clergé, on s’est jeté en masse sur deux lignes de textes, où l’on apprend – pardon, où les commentateurs apprennent ce qu’ils eussent dû toujours savoir – que l’Eglise en général et le Pape en particulier n’étaient finalement pas si heureux que des gens meurent du Sida. Ils avaient un peu mauvaise conscience, faut croire. Ça vous étonne, mais c’est comme ça.

Oublions que l’Eglise tient depuis des décennies que la condamnation générale de l’usage du préservatif est levée en de certaines circonstances, comme celle évoquée ici par Benoît XVI, où la situation des partenaires est objectivement faussée par l’absence de liberté. Oublions, et gardons ceci en tête, qui est la seule morale du happy end : cette satanée institution qui ne fait que soigner le quart des malades du Sida dans le monde, aura mis trente ans à comprendre que le VIH ça fait mal. Ça prouverait bien son arriération, si besoin était. Mais enfin, ne faisons pas la fine bouche et réjouissons-nous : nous voici libérés (quand je dis nous, c’est les catholiques parce pour les autres, je ne vois pas trop ce que ça change) ! Autant vous dire que ça va pas chômer dans les chaumières ce soir, depuis le temps qu’on se serre la ceinture…

D’ailleurs, tant que j’y pense, où c’est que j’ai mis mon déguisement de prostitué malade du Sida ?

L’Histoire, y a des maisons pour ça !

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La corporation des historiens est singulière : régulièrement, certains de ses membres proclament qu’eux seuls sont habilités à déterminer la manière dont doit être transmise aux générations présentes et futures l’histoire de notre pays. Un peu comme si les bouchers se mettaient en tête de décider de la manière de cuisiner le morceau qu’ils nous ont vendu. Comme le rappelle opportunément Jean-Pierre Rioux, un bon faiseur d’histoire (au singulier !), cette histoire de France « n’est pas la propriété exclusive des historiens de métier, seulement leur champ opératoire ».

Qu’il soit nécessaire de rappeler cette évidence montre à quel point est nuisible le parti-pris idéologique de quelques historiens médiatisés s’opposant au projet de création d’une « Maison de l’Histoire de France » dans un Hôtel de Soubise libéré par le transfert vers d’autres lieux des Archives nationales. Le péché originel de ce projet, selon les signataires d’une tribune publiée par Libération est d’avoir comme promoteur le président de la République. Comme Nicolas Sarkozy est supposé, dans l’esprit de ces faiseurs d’histoires (au pluriel !) contaminer de son fluide malfaisant tout ce qu’il touche, ce projet, comme Carthage, doit être détruit : « La seule justification à limiter une « maison de l’histoire » à la France tient dans la continuité du discours néonational du pouvoir : une telle maison serait en quelque sorte la vitrine historique de la supposée « identité nationale » dont l’incantation ne cesse de mobiliser les esprits depuis 2007 avec des implications terribles pour les plus vulnérables et déshonorantes pour ceux qui leur donnent réalité », tranchent-ils du haut de leurs chaires prestigieuses.

Une vision forcément étriquée du passé : procès d’intention !

Hic jacet lepus ! S’ils ne veulent pas de cette « maison de l’Histoire de France », c’est parce que celle-ci serait supposée donner de notre pays une vision étriquée, rabougrie et quasiment lepéniste du passé de notre nation. Sauf que Nicolas Sarkozy, dans aucun des discours qu’il a prononcés sur ce projet, n’a émis la moindre directive sur le contenu et l’organisation de cette maison dont il a confié la mise en œuvre au ministre de la Culture Frédéric Mitterrand. Nous sommes donc là dans le pur procès d’intention, et il suffit de lire les rapports des personnalités (Jean-François Hébert, Hervé Lemoine, Jean-Pierre Rioux) chargées d’étudier la faisabilité et l’opportunité de cet établissement public pour constater que rien ne permet, en l’état actuel des choses, de sonner le tocsin.

Elie Barnavi, actuellement conseiller scientifique du projet de musée de l’histoire de l’Europe à Bruxelles, dont le sarkozysme militant n’est pas avéré, et dont la foi européiste n’est un mystère pour personne, ne s’offusque pas qu’une vieille nation comme la France se propose de faire un musée consacré à son passé : « Après tout, que le président de la République souhaite un tel musée ne signifie pas qu’il en dicterait le contenu. Ce serait plutôt, me semble-t-il, l’affaire des historiens et des muséographes à qui il appartiendrait de veiller au grain. Et quelle singulière inconsistance que de se plaindre de la communautarisation de la société française, tout en refusant de la dépasser par la création d’un lieu de mémoire collectif », écrit-il dans une de ses récentes chroniques dans Marianne.

S’ils avaient un peu de mémoire, ou de curiosité extra-hexagonale, nos pétitionnaires offusqués auraient pu constater que chez nos plus proches voisins, on ne s’embarrasse pas de tels scrupules pour donner à l’histoire nationale un lieu susceptible de la rendre visible et compréhensible à leurs citoyens et aux visiteurs étrangers.

Ainsi, en 1987, le chancelier Helmut Kohl, lui-même historien de formation, s’était ému de la faiblesse de la culture historique des nouvelles générations allemandes. Les réformes post-soixante-huitardes des programmes avaient, dans certains Länder[1. En Allemagne ce sont les régions (Länder) qui sont en charge de l’établissement des programmes scolaires.] supprimé toute approche chronologique dans cette discipline au profit d’une pédagogie dite thématique.

C’était deux ans avant la chute du mur de Berlin, alors que dans l’autre Allemagne, la RDA, on inculquait aux écoliers, lycéens et étudiants la bonne vieille histoire de la nation relue avec les lunettes rouges du marxisme-léninisme. C’était évidemment regrettable, mais au moins les petits Prussiens et Saxons étaient-ils capables de placer Charlemagne, Frédéric II ou Otto von Bismarck dans leurs siècles respectifs.

L’Allemagne est un pays où l’histoire récente est douloureuse, où les mémoires sont à vif. La fameuse « querelle des historiens » des années 1980, sur la nature de l’entreprise nazie, qui mit aux prises les « conservateurs » et les « progressistes », montre que les controverses sur le passé récent ne sont pas, là-bas, moins vives que de ce côté-ci du Rhin. Et pourtant personne, à l’exception de l’ultra-gauche de Hans-Christian Ströbele, ancien avocat de la Fraction armée rouge, n’a battu tambour pour appeler le peuple à se lever contre ce projet de musée.
Les choses se sont passées à l’allemande, c’est-à-dire avec une sage lenteur, en mettant toute les parties concernées autour d’une table, pour qu’elles établissent un consensus sur le contenu et la forme de cette « Maison de l’histoire de l’Allemagne » souhaitée par le chancelier. Les historiens étaient là, bien sûr, dans leur diversité incarnée par la présence du « conservateur » Michael Stürmer à côté du « progressiste » Eberhard Jäckel, mais il y avait aussi des représentants de la société civile (partis politiques, syndicats de salariés et d’employeurs, églises) dont les préoccupations ont été prises en compte dans la construction du récit muséographique.

L’Histoire s’est invitée à cette table, car la réunification du pays est intervenue sans prévenir en plein milieu des palabres sur le contenu et la localisation de ce musée. Au bout du compte, on se mit d’accord pour installer un Museum der deutschen Geschichte à Berlin, dans les locaux de l’Arsenal qui abritaient, avant 1989, la version communiste du récit national, et une Maison de l’Histoire de la République fédérale à Bonn, qui en fut pendant quatre décennies la capitale. Le premier couvre la période de la préhistoire à 1945, la seconde celle de la fin de la seconde guerre mondiale à nos jours. Et tout le monde est content. Les visiteurs des expositions permanentes et temporaires sont très nombreux, et cette mise en majesté de l’histoire d’un grand pays européen n’a pas provoqué de prurit nationaliste notable dans la population. Je prie donc instamment Mmes et MM. les historiens patentés de notre beau pays de France de me permettre d’emmener mes petits-enfants dans un lieu où il pourront, à l’instar de leurs petits camarades d’outre-Rhin, savoir d’où ils viennent et peut-être avoir quelques idées sur l’avenir du pays qu’ils ont reçu en héritage.

Viva Suarez !

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Luis Suarez
Luis Suarez.
Luis Suarez
Luis Suarez.

Le football subit depuis une vingtaine d’années la même cure d’amaigrissement que les autres domaines de la vie. Les tribunes sont vidées de leurs supporteurs et l’apparition inévitable de l’arbitrage vidéo tendra à exclure toute incertitude sur le terrain.

Or, si le football a un quelconque intérêt, c’est justement le mauvais esprit qui lui est consubstantiel. D’où vient le fait que le tennis, par exemple, soit si pénible à regarder à la longue ? C’est que l’antijeu y est impossible. De ce fait, il ne se passe rien, il ne peut rien s’y passer. On peut simplement admirer le port de tête aristocratique de Federer et ses jolis polos. Ce qui ne permet pas d’alimenter durablement une honnête discussion de comptoir, laquelle s’orientera naturellement vers le match de foot de la veille.[access capability= »lire_inedits »]

S’il y a des erreurs d’arbitrage, c’est encore mieux : elles font partie des anthologies. Le simple fait de les éradiquer tuera le jeu. Les dirigeants et commentateurs qui plébiscitent la vidéo montrent en outre leur ignorance crasse des fondements du football. L’un d’entre eux est que l’arbitre fait partie du jeu : il peut marquer un but si ça lui chante, le but sera valable. Ses erreurs, aussi, en font partie et alimenteront nos fantasmes pendant des dizaines d’années. Etait-il corrompu ? Incompétent ? Apeuré ? Pro-allemand ? Anti-messin ?

Sous prétexte d’éradiquer le hooliganisme, on a éteint toute vie dans les stades

Avant d’éradiquer le jeu lui-même, l’époque a fait disparaître toute vie des tribunes. Il est plaisant d’entendre les plumitifs du sport gloser sur l’ « enfer d’Anfield Road » ou toute autre enceinte prestigieuse. Soit ils mentent, soit ils n’y sont pas allés récemment. Car cela fait belle lurette que, dans ces grands stades, il y a beaucoup moins d’ambiance que dans les bars qui diffusent le match. Sous le prétexte d’éradiquer le hooliganisme, on y a détruit toute forme de vie. Il suffit d’ailleurs, aujourd’hui, d’être simplement debout dans un stade pour être considéré comme un hooligan. La fin des supporteurs ne semble pas plus gêner les joueurs que la disparition des fumeurs n’a contrarié les patrons de bistrots : le PSG n’a jamais aussi bien joué que depuis que ses tribunes sont vides.

Peut-être la vie reprendra-t-elle le dessus quand même. J’en veux pour preuve le geste magnifique de l’Uruguayen Suarez, le 2 juillet en Afrique du Sud, arrêtant de la main, à la dernière minute du quart de finale de Coupe du monde opposant l’Uruguay au Ghana, un ballon qui allait franchir sa ligne de but. Et ce alors qu’il était attaquant, et non gardien de but. Il y a une justice : l’Uruguay s’est qualifié aux tirs au but, magistralement. On peut expulser Suarez a posteriori, ce genre de geste, on ne pourra jamais l’empêcher : c’est ce qui nous fait aimer le football. Et c’est ce qui nous fait aimer la vie et ses incertitudes, malgré les « prophètes de bonheur » et les fanatiques de la transparence moralisée. [/access]

Cantona, un attaquant plus fort qu’Attac

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On savait Eric Cantona chantre de la poésie et du football. On le découvre, grâce au Guardian, héraut de la révolution. Le quotidien anglais exhume une vidéo du footballeur datant d’octobre dernier en plein dans les manifestations contre la réforme des retraites. Et que dit le grand Canto ? « Aller dans la rue, manifester aujourd’hui, c’est quoi ? Ils te retournent le truc contre toi. » Une seule solution, la révolution. Mais pas « par les armes, on va pas aller tuer des gens ». La solution ce sont les banques. Celles qui tiennent le système : « Le système est bâti sur le pouvoir des banques, il sera détruit par les banques. » Cantona propose une solution simple, que trois millions de gens aillent retirer leur argent des établissements financiers. Qui s’écrouleront. « C’est une vraie menace, la vraie révolution. »

Depuis, la vidéo, tourne à donf sur internet et des activistes invitent à cette révolution à la Spaggiari, sans armes, ni sang, pour le 7 décembre prochain. On attend avec hâte la convocation de l’ancien joueur de Manchester United par les syndicats pour un bon gros brain storming, lui qui dit : « les syndicats ils font ce qu’ils peuvent, il faut leur donner des idées des fois… »

Benoît XVI a toujours tort

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Avec Benoît XVI, les cathos ne baiseront plus sans capote.
Avec Benoît XVI, les cathos ne baiseront plus sans capote.

Jean-Marie Lustiger n’était pas un homme de gauche. C’était, pour sûr, un homme de Dieu. Mais, avant que la mort ne l’oigne de la bonne renommée que tout cadavre reçoit à sa toilette funéraire, le cardinal de Paris était la cible des attaques régulières des « catholiques de progrès ». Oui, il existe des catholiques de progrès comme il existe une Fédération anarchiste : quand on fait dans l’oxymore, on ne craint rien. Lisant en loucedé la revue Golias, son Charlie Hebdo de sacristie qui lui donne l’impression de vider des burettes sans alcool, le catholique de progrès voudrait bien être protestant. Il voudrait bien, mais il ne le peut point. Rien ne l’en empêche, ne serait-ce parfois son état ecclésiastique, voire, plus rarement, la mitre qui orne sa tête chenue et qu’il prend pour un chapeau rigolo. Le catholique de progrès est un homme moderne. Il n’aime ni les aubes, ni l’encens, ni les dentelles. Il trouve ça fasciste, le latin. La transsubstantiation, le dogme de l’Immaculée Conception, la communion des saints et même la résurrection, qui n’est que l’essentiel – excusez du peu – de la foi chrétienne, il prend ça pour des trucs pas assez télégéniques, des contes à dormir debout, des fumisteries du monde d’avant.

Le catholique de progrès n’aime pas, non plus, le pape. Il n’a pas lu Luther, certes. Mais il trouve que ce type, qui est allemand, mais oui, mais pas un Boche façon Ratzinger, un bon Allemand, avait de bonnes idées. Le problème est que, dès lors que l’on ne reconnaît pas l’autorité de l’évêque de Rome, l’on cesse tout simplement d’être catholique romain. Ce qui, en soi, n’est pas grave quand on ne craint ni le Purgatoire ni l’Enfer.

Pourquoi dis-je ça, moi qui, pour de bonnes raisons, ne me suis pas approché d’un autel depuis très longtemps ? Ah oui, Lustiger – « Tous les archevêques de Paris sont juifs », disait Desproges. L’homme était plutôt à cheval sur les principes. Pas catholique de progrès pour un sou, le feuj enmîtré. Et c’est lui, pourtant, qui avait déclaré, en 1988, au sujet de la capote, qu’elle était « un moyen de ne pas ajouter au mal un autre mal ». Il incitait ainsi ceux qui étaient plutôt open de la culotte à se mettre un bout de latex sur le braquemart quand ils ne pouvaient pas mettre un peu de respect, de raison voire même d’amour sur leurs passions.

C’est là la position invariable – qui a dit, dans la salle, la position du missionnaire ? – de l’Église. Tu ne vas pas refoutre le sida, la syphilis, l’hépatite à des gonzes ou gonzesses que tu ne connais pas, à l’unique motif que tu les prends pour des trous, à l’unique motif que tu les utilises pour ton plaisir personnel, à l’unique motif que tu n’en as rien à foutre d’être plombé ou pas.

Entre deux maux, choisir le moindre. Cela s’appelle la casuistique : c’est une très belle invention du catholicisme. Il n’est pas de jugements implacables, de charia qui condamne inéluctablement le fautif : nous sommes tous pécheurs et la morale s’accommode de nous aussi bien que nous nous arrangeons d’elle. Il n’y pas même, à proprement parler, dans le catholicisme, une morale qui s’imposerait, dans l’extériorité, au sujet. Il y a, avant toute chose, une compréhension des situations : « La Loi est faite pour l’homme, et non l’homme pour la Loi. »

Elle est belle cette Église qui ne veut pas comprendre que plus personne n’en a rien à foutre de rien !

En revanche, là où l’Église rechigne, c’est à considérer, comme le fait notre époque, la relation sexuelle comme une simple consommation du corps de l’autre. « Noli me tangere ! » : l’irréductibilité des consciences a, dans le catholicisme, une dimension charnelle.

On prétend souvent que l’Église a un problème avec le corps. Non : il n’y a pas plus charnel que la foi en l’Incarnation. Musique, encens, arts, stigmates, représentations du divin, extases : le catholicisme est une religion des sens. Et puis, le précédent pape ne s’est pas contenté d’avoir, durant les vingt-six années qu’a duré son pontificat, un fort joli accent des environs de Cracovie. Jean-Paul II a théorisé la conception catholique de la sexualité comme aucun autre pape ne l’avait fait avant lui : pas de consommation, une communion !

Ce que notre temps ne veut plus entendre (et ne peut plus comprendre), c’est que, dans la rencontre avec l’Autre, c’est Dieu toujours que l’on rencontre. Même au fond d’un pieu, même au fond de sa chair. En introduisant dans la sexualité le coin de la transcendance, le catholicisme refuse le sexe pour le sexe et la jouissance pour la jouissance. Notons que cette conception-là ne vaut que pour les catholiques : on ne force personne à l’être. Si vous êtes protestant, orthodoxe, juif, musulman, mormon, témoin de Jéhovah, hindou, animiste, agnostique, athée ou raélien, vous êtes automatiquement exemptés.

Cependant, aussi libérés sexuellement que nous soyons, lorsqu’on se prend à vouloir lire le Kâmasûtra dans toutes les positions, c’est Le Capital au chapitre : « Le capitalisme dans ton cul » que l’on feuillette. Lorsque Eros s’est improvisé pornographe et que le porno s’est mué en gonzo, le sexe n’est plus rien d’autre qu’une part de marché dans le Grand-Tout qui consomme. La relation sexuelle n’est plus la rencontre de deux êtres, mais l’exposition de deux corps par eux-mêmes consommés.

À ce qu’on a lu ces jours-ci dans la presse, ce n’est vraiment pas là le problème. Ça n’aura échappé à personne, mais la vraie question est de savoir si l’Église doit tolérer ou non la capote pour les plans cul. Parce que notre époque, ça ne lui suffit plus de baiser à couilles rabattues, il lui faut un curé, un évêque, un cardinal, un pape, qui vienne par-derrière bénir ses ébats. Plus personne ne va faire ses pâques, mais chacun exige de l’abbé un mot pour aller au bordel.

La capote, donc : le pape a dit, en gros, qu’il valait mieux l’utiliser que de refiler le sida à quelqu’un. Il ne fait que dire tout haut ce que Jean-Marie Lustiger et d’autres disaient, eux aussi, tout haut. Faudrait-il donc que rien ne change pour que tout change ?

On regrettera cependant que le pape ne soit pas allé plus loin. Tenez-vous bien : il n’a pas évoqué un seul instant les lubrifiants à base d’eau ni indiqué que le sachet du préservatif doit être obligatoirement estampillé du sigle « NF ». Pas une phrase sur les différentes qualités de capotes : certaines, plus onéreuses que d’autres, n’entament pourtant en rien les sensations. S’il veut faire agent de prévention à Sida-Info-Service, c’est raté.

Par charité chrétienne, je n’ose même pas évoquer tous les oublis papaux. Il dormait quand la prof de bio a parlé des MST ? Rien sur l’herpès, rien sur les morbaques, comme si ça n’existait pas. C’est une honte ! On attend que le Saint-Père se prononce sur le sujet ; prière d’indiquer ce qu’il faut faire quand ça gratouille plus que ça ne chatouille. Sa Sainteté n’a pas non plus moufté sur le prix excessif que pratiquent certains clubs échangistes. Rien non plus sur le bukkake, la double pénétration, les gang-bang interraciaux. Pas un mot recommandant d’utiliser les gants chirurgicaux pour le fist.

Et puis, dans ses récents propos, Benoît XVI ne stigmatise-t-il pas les barebackers ? Là, c’est vraiment grave. Il faut espérer qu’à la prochaine audience générale, le pape fasse un mea culpa. S’il ne le fait pas, il faudra d’urgence saisir la Halde : la discrimination est établie.

Elle est belle, cette Église, qui ne veut pas comprendre que plus personne n’a rien à foutre de rien et qu’aux choix humains, on préfère le nihilisme d’un temps qui invite à considérer l’autre comme un produit à consommer avant sa date de péremption.

Lumière du monde - Benoît XVI

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Les Alpins sur la mauvaise pente

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Il y a plus de dix ans maintenant, je lançai dans le débat public, à la « une » du Monde daté du 12 mars 1999, un concept qui allait susciter quelques controverses : celui de  » populisme  alpin ». Il se fondait sur une observation du terrain (très en pente), des régions situées sur l’arc Nice-Ljubljana, qui faisait apparaître qu’une famille de partis politiques présentant un certains nombre de caractéristiques communes avait émergé dans ces contrées au début des années 1990.

La Ligue du Nord en Italie, le FPOe de Jörg Haider en Autriche, et même une partie de la CSU bavaroise se fabriquaient une pelote électorale en titillant les vieux réflexes issus d’un mode de vie et de pensée montagnard élaboré depuis le Néolithique. On découvrira aisément, et sans trop se prendre la tête, les éléments principaux de cette weltanschauung en relisant la collection complète des Heidi de Johanna Spyri.[access capability= »lire_inedits »]

C’est pas trop compliqué, comme morale : pour survivre dans cet univers rude, faut pas être fainéant, trop causer nuit à la bonne qualité du travail, et les ceusses d’en bas qui réclament toujours plus de Sécu, allocs chômage et congés payés feraient mieux de se retrousser les manches au lieu de geindre et tendre la sébille.

Du temps de Heidi (fin du XIXe siècle), les Alpins de tous les pays étaient misérables, partageaient leur humble masure au toit de bardeaux avec les vaches, qui servaient de chauffage central, et pratiquaient entre eux une solidarité de pauvres, limitée à l’environnement proche.

Comme il y a quand même une justice en ce bas monde, leur ardeur au travail et leur peu d’appétence pour le bling-bling (les Rolex, on les fabrique et on les vend, mais on se contente de la toquante du grand-père) a fini par les propulser au somment du PIB par tête dans leurs pays respectifs. Les « petits boulots » qui occupaient leurs longs hivers se sont révélés des niches lucratives dans une économie mondialisée, et le développement des loisirs leur a apporté une manne touristique considérable. Aujourd’hui, Heidi dirige un cinq étoiles à Gstaad et son copain Peter a monté une PME de micromécanique high tech dans la vallée. Tous deux apportent leurs suffrages à l’UDC de Christoph Blocher, classé dans la catégorie populiste-xénophobe par les grosses têtes de la plaine. Voilà qui met un terme, j’espère définitif, à l’hypothèse selon laquelle le populisme serait issu de la théorie développée au XVIIIe siècle par le philosophe sud-tyrolien Karl-Theodor Popul, dont BHL a découvert récemment l’existence lors d’une tournée de conférences dans les universités vénézuéliennes.[/access]

Guerlainophobie, ça suffit !

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Nous ne sommes qu’en 2010 et l’antiracisme qui devait être le communisme du 21ème siècle a déjà pris une tournure clairement soviétique.
Pour celui dont les écarts de langage trahissent une déviance coupable, l’autocritique est la seule manière de retrouver une place parmi ses camarades, (Florent Pagny a compris la leçon). Quand cela ne suffit pas, il faut l’interner car le raciste est comme le dissident-fou de l’ex-URSS, c’est un malade qui s’ignore : l’internement s’impose ! C’est le traitement que Vincent Cespedes et Rokhaya Diallo préconisaient l’autre soir chez Taddéi pour Jean-Paul Guerlain, qui avait eu le malheur de parler à la télé comme s’il causait avec ses amis et de le faire en 2010 comme si on était en 1950. Et comme Guerlain tout seul n’était pas une proie suffisante, Cespedes en remettait une couche en expliquant que les paroles de Guerlain exprimaient l’âme raciste de la France. Sans susciter la moindre réaction, même de Marie-France Garaud.

« Oui, il faut l’interner » renchérissait Jérôme Savary qui expliquait – on a encore le droit d’essayer de comprendre si on ne cherche pas à excuser, nous ne sommes qu’au début du siècle – que le vieil homme parlait comme dans les films d’Audiard. M. Guerlain, qui a aujourd’hui 73 ans, a connu la France d’avant. Une France qui avait depuis longtemps donné aux droits de l’homme une dimension universelle et aboli l’esclavage mais dont la langue était pleine d’expressions imagées devenues depuis peu dangereusement racistes. Avant une immigration récente, massive et largement subie même si depuis peu il parait qu’elle est choisie, on trouvait dans les boulangeries des « têtes de nègres », on pouvait lire Tintin au Congo sans avertissement liminaire et on disait « travailler comme un nègre » aussi innocemment qu’on aurait dit « saoul comme un Polonais », « fort comme un Turc » ou « c’est du travail d’Arabe de parler anglais comme une vache espagnole ». Cette époque est révolue.

Depuis que l’étranger n’est plus une évocation exotique mais une présence réelle sur le sol Français, le langage a changé. Lentement et naturellement, la plupart de ces expressions sont devenues désuètes et comme nous sommes des gens délicats et civilisés, nous avons abandonné tout ce qui, dans la langue de nos pères, pouvait blesser les hommes, les femmes et surtout les enfants venus d’ailleurs et français comme vous et moi, ou en passe de le devenir.

Plutôt abattre que débattre

Nous avons retiré de l’héritage ce qui était susceptible de faire pleurer un gosse noir dans la cour de l’école ou d’offenser un retraité arabe après une vie de marteau-piqueur et ce n’est pas plus mal. Aujourd’hui, la langue française prend l’autre avec des pincettes vierges de tout racisme mais si l’intention est louable, selon certains vigilants, l’effort n’est pas assez soutenu. En effet, il reste dans ce pays au moins un vieux distrait ou réfractaire à la rééducation et les antiracistes qui n’ont sûrement jamais pêché par indélicatesse ou incivilité lui jettent, sans que personne ne s’interpose, la première pierre. Guerlain est sans doute le représentant d’une espèce en voie de disparition que personne n’envisage de protéger et qu’on aimerait voir s’éteindre et mourir de sa belle mort mais qu’on n’aime pas voir lapider. Or certains s’acharnent sur l’un de ses derniers spécimens et veulent faire un exemple. Qu’on abatte vite ce vieux sous-chien qui croit encore qu’il a le droit d’aboyer !

C’est tout le sens du rassemblement parisien devant la boutique « Guerlain » des Champs-Elysées ce samedi 20 novembre (pour la troisième fois), dont le mot d’ordre était : « Non à la négrophobie », organisé par les Indivisibles, les Indigènes de la république et d’autres associations qui vont de la lutte contre le racisme en général à la défense des noirs en particulier. Depuis le début de cette affaire, malgré les plates excuses de l’auteur des propos, de la marque qu’il ne représente plus, du groupe LVMH et de la chaîne qui les a diffusés, les noirs contre le racisme multiplient les déclarations et les actions protestataires.

Pour tout ce petit monde, faire reculer le racisme, c’est d’abord faire taire par intimidation tous les « Guerlains » à venir. C’est évidemment plus facile et moins dangereux que de tenter de convaincre les jeunes dans leur « diversité » que pour être aimé, il faut commencer par être aimable et que le vol, le vandalisme et le pillage pratiqués par certains sont les plus sûrs moyens de provoquer de la méfiance et de faire naitre ou de conforter des préjugés racistes et un rejet certain pour tout ce que vous êtes et tout ce que vous représentez. Pour les commerçants qui ont vu passer à travers leurs vitrines et sortir sans passer par la caisse les émeutiers venus des banlieues pendant les derniers mouvements sociaux et pour tous les Français qui en ont vu les images télévisées, le message de SOS Racisme ou du CRAN sur les dangers que représentent les « Guerlains » pour le vivre ensemble aura du mal à passer. Quand une proportion notable de la population carcérale est issue de l’immigration, l’urgence, pour faire reculer les sentiments racistes que cette réalité pourrait éveiller, n’est pas de tabasser médiatiquement à quinze contre un vieux bourgeois un peu réac.

Entre tenter de convaincre sans pratiquer le déni de réel et imposer le silence en brûlant un épouvantail, l’antiracisme a choisi sa stratégie pour nous montrer l’origine du mal. En son temps, le communisme avait choisi la même.

On achève bien les homos

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Au sein de l’ONU, l’Assemblée générale se subdivise en commissions. La troisième, chargée des questions sociales, humanitaires et culturelles, se déclarant « consciente de l’importance de prévenir, de combattre et d’éliminer les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires » serait selon un communiqué des Nations Unies du 14 novembre « demeurée néanmoins profondément divisée par une référence à l’orientation sexuelle dans un projet de résolution ». Ladite résolution, répondant au doux nom de L.29/Rev.1, mentionnait depuis 2000 à l’alinéa b de son article 6 la « discrimination notamment fondée sur les préférences sexuelles ». Elle est revotée sans broncher tous les deux ans -ou plutôt, elle l’était jusque là.

En effet, sur proposition insistante du Groupe des Etats d’Afrique et de l’OCI, un amendement a été adopté à une majorité écrasante pour supprimer cette référence impie et la remplacer par « discriminations, quel qu’en soit le fondement ». Les rédacteurs ne manquent pas d’humour.

Gays, lesbiens, trans… et aveugles

Bizarrement, les confrères ayant évoqué la question, et surtout les principaux intéressés, font une curieuse lecture de l’épisode.
Ainsi Christine Le Doaré, présidente du Centre Gay, Lesbien, Bi et Trans de Paris, impute-t-elle la responsabilité de la décision… aux évangéliques américains, dont on se demande quand ils auraient rejoint l’OCI et depuis quand ils imposeraient leur loi au Maroc et au Mali, qui ont présenté l’amendement. Voilà en en effet le compte-rendu des débats tel qu’il est presenté sur le site de l’ONU :
« La représentante du Maroc, au nom de l’Organisation de la Conférence islamique (…) s’est dite troublée par les tentatives visant à se concentrer sur des droits individuels spécifiques et a réaffirmé que la notion d’orientation sexuelle ne devrait pas figurer dans ce texte. La communauté internationale devrait, selon elle, éviter une interprétation sélective de certains droits de l’homme. Cette situation pourrait entraîner un précédent dangereux. L’OCI continuera de protéger la notion de famille en tant que noyau fondamental de la société. »

Ses défenseurs avaient un argument de poids, compréhensible du point de vue de la richesse de la variété culturelle : il n’existe pas d’accord international sur cette « notion » ! Ils ont donc suggéré d’en traiter à l’occasion d’une réunion intergouvernementale. Promis, en 2012 le monde entier reconnaîtra dans les fondements un lieu commun à diverses sexualités. Et cette notion étant admise comme internationale et transculturelle, les homosexuels ne seront plus l’objet de persécutions, exécutions et assassinats en Iran (où, selon les déclarations de Mahmoud Ahmadinejad, ils n’existent tout simplement pas et ne sont donc pas pendus), au Sénégal, au Cameroun, en Irak, en Egypte, en Arabie Saoudite, en Ouganda…

Les délégations occidentales et notamment la Finlande, la France et la Suisse auraient exprimé leurs regrets. C’est très gentil. Surtout après avoir voté oui.

Montebourg : j’y vais ou j’y vais pas?

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Je crois qu’Arnaud souhaite que je le rejoigne. Peut-être souhaite t-il faire de moi son futur Premier ministre… Ou que, plus modestement, j’entre à son service comme nègre (pour faire plaisir à M. Guerlain) ou plume (pour exciter DSK). Ou, encore plus humblement, que j’accepte de devenir rédacteur en chef du bulletin d’information du conseil général de Saone-et-Loire.

Mais, c’est sûr, il essaie d’attirer mon attention. Vous ne me croyez pas ? Mais c’est que j’ai plusieurs indices ! Arnaud a fait acte de candidature à Frangy-en-Bresse dans le 71 ! Or, je suis né en 71. Et je suis souvent passé en voiture à Frangy-en-Bresse, village très calme en dehors des jours comme ce samedi, où le nombre de caméras dépasse de peu celui de poulets et de beaucoup celui des habitants. Je reconnais toutefois que si j’y suis passé, jamais l’idée saugrenue de m’y arrêter n’a traversé mon esprit. Léger comme indice ? Mais ce n’est pas tout ! Je suis né en 71 mais plus exactement le 20 novembre, un samedi. Or c’est bien hier, samedi 20 novembre qu’Arnaud a avoué à la France son envie d’elle.

Coïncidences ? Mais que vous faut-il donc ? Arnaud m’envoie des signes idéologiques. Qu’écrivé-je ? Des signes doctrinaires ! Il souhaite baser sa candidature sur le thème de la « démondialisation ». Il explique que « économiquement et écologiquement, la mondialisation est un désastre car elle survalorise l’exportation. Il faut donc assumer un certain protectionnisme comme un outil pour le développement, au nord comme au sud. » C’est ce que je me tue à écrire depuis des années. C’est bien simple, on dirait un extrait du tract de campagne de Debout la République aux dernières élections européennes. Arnaud, qui a rejoint Martine, la fille de Delors et la copine de Pascal Lamy, ne peut pas parler mondialisation en de si mauvais termes par hasard.
Bon, maintenant, c’est sûr. Arnaud a entendu parler de moi. Ce que j’écris lui plaît. Et il souhaite m’attirer dans ses filets politiques. J’en suis tout chose. Face à cet entrain, je ne peux me dérober. Je me dois d’apporter, publiquement, une réponse à de telles avances.

Arnaud, tu es sur le bon chemin. Mais il te reste à parcourir de la distance :
1 – Abandonne tes obsessions de VIe République, on y est déjà ! La Ve du Général est morte depuis longtemps. Cohabitations, quinquennat et Nicolas Sarkozy ont déjà eu sa peau.
2- Le protectionnisme, c’est bien. Redonner à ton pays le pouvoir de battre monnaie, c’est mieux.
3 – Enfin, si tu es vraiment le jeune lion que tu dis, oublie cette pantalonnade de primaires, présente-toi directement aux suffrages du peuple tout entier.
Là, on pourra éventuellement commencer à boire un verre. Du Jura, sur un poulet de Bresse.

Amitiés.

PS (ça ne s’invente pas) : Si ça se trouve, Arnaud n’a aucune idée de mon existence et je vais avoir l’air d’un con. Tant pis. C’est dit.