Le scandale du Médiator, accusé d’avoir tué 500 à 2000 personnes, apporte chaque jour son lot de révélations et, par la même occasion, de coupables et responsables présumés. Experts sous influence, industriels cyniques, autorités sanitaires négligentes, politiques inconscients : si ce que dit la presse est vrai, l’industrie pharmaceutique qui nous raconte à longueur de pub qu’elle répand le bien et la santé dans le monde ressemble à la caricature qu’en a dressé John Le Carré dans l’un de ses plus mauvais livres. Un monde sans foi ni loi dans lequel on est prêt à truquer des rapports pour vendre et à tuer pour gagner plus.
Espérons que la réalité est plus complexe et que ceux qui ont commis des erreurs ne l’ont pas fait sciemment. Reste que, de l’OMS aux autorités nationales, une fâcheuse endogamie semble régner entre ceux qui vendent des médicaments et ceux qui les autorisent.
On me dira qu’il y a trente ans, on ne faisait pas tant de chichis et qu’on trouvait, en vente libre ou quasi libre des produits du même genre bourré d’amphétamines ou assimilés dont des générations d’étudiants ont abusé pour endurer des nuits sans sommeil. Un écrivain de mes amis a écrit un chef d’œuvre en quatre mois sous l’effet d’une pilule légendaire appelée « captagon ». Ceux qui recouraient à ces substances se doutaient bien qu’ils bousillaient leur précieux organisme, mais après tout, le deal était clair : en échange, ils avaient du temps, conquis chimiquement sur leurs nuits.
Tout cela a disparu et nous exigeons maintenant que les lois et règlements nous protègent contre notre goût pour les stupéfiants, notre penchant au tabac et même notre coupable tendance au jeu (avez-vous lu les avertissements placardés dans les boutiques à loto ?). Qu’un médicament puisse tuer alors qu’une armée de fonctionnaires et une pléthore de procédures sont chargées de l’empêcher, cela nous semble inconcevable. Admettons qu’une telle exigence ne relève pas de l’extrémisme de la précaution.
Admettons aussi, alors, que dans la longue chaîne de fautes voire de crimes qui a abouti à vendre un médicament mortel, nous avons une responsabilité collective. Si le Médiator a été prescrit dans le traitement du diabète, il l’a aussi été comme coupe-faim à des gens –surtout des femmes, je suppose – dont la seule maladie était de vouloir maigrir.
Il est de bon ton d’accuser la presse féminine prétendument coupable de conditionner nos esprits faibles – sauf Causette qui a eu la déprimante idée d’inventer un journal de filles intelligent, très peu pour moi. Nous serions devenues obsédées par notre poids en lisant Elle. À ce compte-là autant s’en prendre aux hommes dont la plupart, contrairement à la légende, ne préfère pas les grosses. Bref, je ne vois pas pourquoi il serait ridicule ou condamnable de vouloir être mince. Ce qui est ridicule et fâcheux, c’est qu’on nous fasse gober qu’on peut maigrir par miracle, perdre cinq kilos en trois jours ou l’inverse, avec pilules magiques, sport en dormant et autres remèdes de perlimpinpin. On finira par me proposer un traitement pour devenir « grande blonde avec des gros lolos notre cauchemar à toutes », comme dit un personnage de je ne sais plus quel film. Et si ça se trouve je finirai par l’accepter.
Alors, les filles, je vais vous confier un secret gratos : pour maigrir, rien ne vaut le régime grillade-salades, c’est pas fun mais c’est comme ça. La morale collatérale de cette sinistre affaire du Médiator, c’est que nous devons arrêter de nous laisser prendre pour des gogos. Ça, c’est excellent pour la santé.
Marine Le Pen fait peur. À la droite, qui l’accuse de siphonner le vote méridional, traditionnellement acquis aux tenants de l’ordre et de la sécurité. Preuve de cette trouille aiguë, le collectif parlementaire Droite populaire souffre d’incontinence électoraliste. Obsédés par leur réélection, les Vanneste, Mariani et Luca durcissent toutes les lois comportant les mots « immigration », « étranger » et « sécurité », sans s’embarrasser de détails sur le sens de l’intérêt général ou l’efficacité de l’inflation législative.[access capability= »lire_inedits »]
La Le Pen 2.0 affole aussi la gauche, qui assiste médusée à la captation de son ancien électorat populaire par la nouvelle capitaine du paquebot frontiste. Croyant détenir le monopole du cœur, les sociaux-libéraux à l’âme immaculée rappellent le credo reagano-thatchérien et les outrances verbales du Jean-Marie Le Pen des années 1980. Ils espèrent ainsi se rassurer à bon compte et se refaire une santé sur le dos des CSP +, pariant sur l’effet de balancier électoral censé suivre la faillite idéologique du sarkozysme. Un clou chassant l’autre, le « Tout sauf Sarkozy » assurerait la victoire de la gauche comme, jadis, le bilan inexistant de Chirac devait garantir un succès annoncé à Jospin. Qui se souvient du 21 avril 2002 ? Au PS, l’ancienne clique des jospiniens et la cohorte des battus. En ont-ils pour autant tiré les leçons ? Rien n’est moins sûr. En culpabilisant les électeurs de Chevènement ou Taubira, les socialeux démontrent à qui en doutait encore qu’ils n’ont rien compris. Marine, quant à elle, n’a pas oublié les vieux chiffres cruels : seuls 9 % des ouvriers avaient voté Jospin et 1 % soutenu leur ancien tuteur communiste !
Spéculer sur la médiocrité ambiante
Quelques Cassandre gardent en mémoire le colloque sur le vote Le Pen qui s’était tenu il y a plus de quinze ans à l’initiative du Mouvement des citoyens. Jean-Yves Autexier, ex-député chevènementiste, situait alors la montée du Front national à la confluence de trois phénomènes. En marge, les 0,5 % d’authentiques racistes cohabitaient avec 4 ou 5 % d’ « obsédés de l’ordre » − cible ostensible de la Droite populaire − alors que le gros de l’électorat frontiste exprimait un ras-le-bol populiste non dénué de fondements. Dans son explication, les déclassés creusois partageaient avec les derniers prolétaires du 20e arrondissement un même sentiment de lassitude et d’exclusion. L’impression d’être une classe-pour-soi ignorée, voire dénigrée par la masse des politiques, droite et gauche confondues, et que seul Le Pen semblait considérer comme une classe-en-soi, fût-ce à coups d’antifiscalisme poujadiste. En face, la gauche peinait à construire une réelle alternative au post-gaullisme libéral, laissant les ouvriers dans les oubliettes de l’histoire pour épouser le mythe de la « troisième voie » travailliste. Déjà, Autexier prédisait d’un air sibyllin : « Si, demain, la gauche devait se résumer à l’Europe plus les droits de l’homme, eh bien craignons que, pour les couches populaires, l’exode vers l’extrême droite ne s’interrompe pas. »
Quinze ans après, rien n’a changé ou si peu. Le devoir d’inventaire jospinien s’est résumé à un approfondissement du mondialisme mitterrandien. L’euro, passé par là, a sonné le glas de notre souveraineté monétaire au prix d’un million d’emplois. Hollande et Sapin n’ont pas de mots assez durs pour fustiger le manque d’orthodoxie financière du dispendieux Sarkozy. L’abolition du bouclier fiscal, la création d’une nouvelle tranche d’impôt sur le revenu et l’approfondissement d’une Union Européenne bourreau des peuples tiennent lieu de viatique à un Parti postsocialiste qui ne veut plus « changer la vie ». À peu de choses près, Borloo, Bayrou, Villepin et Aubry poursuivent les mêmes fins : l’intégration de la France à la mondialisation euro-libérale, badigeonnée de vivrensemble sirupeux pour mieux faire passer la pilule. Des différences de degré, et non de nature, comme se plaît à le répéter la pasionaria du FN. Du pain bénit pour Marine Le Pen, qui a enterré médiatiquement tous ses concurrents populistes. Mélenchon, le républicain grande gueule qui garde un combat laïque de retard, paraît condamné à incarner la caution sociale du PS. Malgré toutes ses dénégations, le Front de gauche ressuscite la propension popereniste de jouer les éternels cocus gauchistes de la sociale-médiocratie. Quant aux miettes du trotskisme, empêtrées ou non dans la démagogie communautariste, leurs porte-voix n’ont plus que les yeux pour pleurer.
Arithmétiquement, la grammaire des chiffres fait craindre le pire à un PS sclérosé par sa tiédeur réformiste inaugurée par le virage de 1983. Contrairement à Nicolas Sarkozy, les socialistes ne disposent pas d’un réservoir de voix les qualifiant mécaniquement pour le second tour. À moins de contester la doxa libre-échangiste des patrons de l’OMC et du FMI, le candidat néo-socialiste pourra dire adieu au vote des exclus de la mondialisation tant chouchoutés par Marine Le Pen. Gageons que la gauche de la gauche annexera une nouvelle fois la clientèle des petits fonctionnaires et des banlieues, dernier réduit d’un sociétalisme moral qui confond socialisme et bons sentiments.
Le multiculturalisme, ambroisie des élites, cauchemar des couches populaires
Forte de son prénom, l’héritière souhaiterait surfer sur les renoncements de la gauche pour recomposer le paysage politique autour du clivage « nationaux » vs « mondialistes ». Que le logiciel mariniste ne tienne pas encore debout n’a pas grande importance. L’essentiel réside dans la justesse des constats. Parfois à traits grossiers, Marine pose les bonnes questions là où ses rivaux rivalisent de lâcheté. Certes, son acharnement à considérer les allocataires d’aides sociales comme majoritairement étrangers ainsi que son anti-syndicalisme primaire laissent percer l’insincérité de sa mue gaucho-assimilationniste. Prétendre s’opposer au capitalisme mondialisé sous le seul prisme des mouvements de personnes et de capitaux confine à l’imposture. Quid du partage de la valeur ajoutée et de l’exploitation des travailleurs en régime national-libéral ? Il est un peu facile de faire porter le chapeau à Gollnisch pour toute réponse à qui passe le programme frontiste au tamis de la politique sociale. Le pauvre Bruno a assez de chats (noirs) à fouetter, emmêlé dans ses saillies révisionnistes. Qu’importe, la médiocrité morale des papes de l’antifascisme − devenus aussi insupportables que leurs défunts ennemis fascistes − suffit à dissimuler les plaies béantes du marinisme.
Partant, tout concourt à faire du bulletin Le Pen le premier réceptacle des voix populaires, ce qui la ferait culminer à 25-30 %, seuil critique qu’elle s’est assigné pour peser dans le débat public et préparer l’avenir. L’aveuglement coupable sur des sujets aussi cruciaux que l’insécurité, l’immigration et le multiculturalisme (ambroisie des élites, cauchemar des couches populaires) laisse présager un score phénoménal. Marine excellant dans l’art de la communication, un second tour Le Pen-Sarkozy reste plus que jamais de l’ordre des possibles. Dans cette hypothèse, le carnaval antifasciste apparaîtra pour ce qu’il est : un cri de haine appelant à l’extermination des « fachos ».
1995, 2002, 2007, 2012 : Sarkozy réélu sur le terrain du réel, nous repartirons pour cinq ans de néolibéralisme mâtiné de vaseline sociale (merci Borloo !). Avant que le PS remporte toutes les élections locales, pour le plus grand bonheur de ses barons provinciaux.
2017. Marine, face à son destin, devra composer une coalition sociale majoritaire, hésitant entre deux électorats difficilement cumulables : la foule des néo-prolos et la nouvelle classe mondialisée à l’hédonisme contrarié. Qu’à cela ne tienne, une habile campagne axée sur la défense des valeurs occidentales gommera les contradictions de son programme économique. Le clocher villageois et le bar d’Oberkampf au secours du bobo victime du puritanisme de ses voisins barbus. La rue Jean-Pierre Timbaud en guise d’affiche de campagne : bars à vins et librairies islamiques ne feront désormais plus bon ménage. Comme de bien entendu, Sarkozy battra des records d’impopularité tandis que la promesse d’un triomphe présidentiel tendra de nouveau les bras aux socialistes.
Après l’attentat d’Alexandrie, on a assisté ici en Occident à un bel exercice d’enfumage médiatique. Les articles se sont multipliés pour mettre en avant les « condamnations unanimes » de chacun des imams que l’on avait sous la main, et pour dédouaner les populations musulmanes de toutes formes de complaisance à l’égard des terroristes, ou plus largement des persécutions antichrétiennes. Peu importe que la discrimination à l’égard des chrétiens coptes soit systématique en Egypte depuis des années, peu importe que les terroristes se soient appuyés sur des mensonges répétés pendant des mois le jour de la prière dans de nombreuses mosquées égyptiennes à propos de la conversion supposée de deux femmes chrétiennes (un grand classique) prétendument séquestrées dans un monastère : les sociétés musulmanes sont une fois pour toutes indemnes de toute forme de complicité à l’égard de persécutions antichrétiennes, tandis qu’en France le moindre graffiti sur la porte d’une mosquée est le signe indélébile de l’islamophobie française, seul ingrédient avéré de ce qui constitue le fond de sauce de notre identité nationale.
Bien sûr, on ose espérer que l’immense majorité des musulmans égyptiens condamne avec la plus grande fermeté le massacre d’Alexandrie. Mais il n’en reste pas moins qu’une atmosphère de plus en plus ouvertement antichrétienne a pu faciliter l’action des terroristes, de la même façon qu’un climat antichrétien facilite l’action des terroristes en Irak aujourd’hui. Dans l’ensemble des pays musulmans, les chrétiens, en particulier lorsqu’ils sont convertis, sont dénoncés comme les vecteurs d’une pollution spirituelle occidentale qu’il faut éradiquer à tout prix. Ainsi en Iran, dans l’indifférence générale, ce n’est pas « Al-Qaeda » qui s’est rendu coupable d’exactions à l’égard des chrétiens mais bel et bien le pouvoir qui a procédé après Noël à une vague d’arrestation d’ évangélistes (« des douzaines » de chrétiens arrêtés selon le Wall Street Journal du 7 janvier) comparés par le gouverneur de Téhéran, qui parle « d’invasion culturelle de l’ennemi », à des « parasites », terme employé pour désigner les Talibans haïs par le pouvoir iranien. Mais à défaut d’aider l’Occident à lutter contre les Talibans en Afghanistan, l’Iran préfère s’en prendre à de pacifiques protestants évangélistes, spécifiquement visés parce qu’il s’agit pour la plupart de convertis de l’islam, contrairement aux petites communautés traditionnelles de chrétiens catholiques et arméniens qui interdisent d’elles-mêmes aux musulmans iraniens de culture perse d’entrer dans leurs églises. L’apostasie est en Iran passible de la peine de mort, même si elle n’a semble pas été appliquée pour ce motif depuis des décennies. CEpendant, au mois de juin dernier, un pasteur évangéliste a été condamné à mort, avant que cette sentence soit infirmée en appel.
Mais en Occident les évangélistes, plus encore que les catholiques, ne sont pas de bons clients sur le marché des victimes médiatiques. Ils sont au contraire l’alibi routinier de tous ceux qui chez nous refusent de voir la spécificité de l’intégrisme islamique. Regardez les en transe dans leurs églises, nous dit-on, et voyez à quel point le prosélytisme et l’intégrisme concernent toutes les religions. On connait la chanson. Pour ma part, je l’avoue, j’éprouve simplement de l’admiration pour ces chrétiens convertis qui osent défier la mort sans envisager de l’infliger à quiconque, et vivre leur foi dans le Christ dans des conditions extrêmes.
En terre d’islam, bien souvent, la persécution ne vient pas seulement des méchants mollahs ou des horribles ayatollahs, mais aussi pour une part de la population musulmane elle-même qui d’une manière générale paraît plus loin que jamais de se convertir à la démocratie à l’occidentale. Le bon Bernard Guetta, qui nous rejoue tous les matins la chute du Mur sur France Inter, a beau se réjouir bruyamment de « la modernité » des jeunes opposants à Ben Ali parce qu’ils utilisent Facebook, un tweet à Tunis ne fait pas le Printemps de Prague. Ce qui frappe dans les pays musulmans, c’est moins le triomphe d’une opposition moderniste que le besoin de purification de toutes les souillures que l’Occident inflige à l’islam. La répression contre les chrétiens orchestrée par le pouvoir iranien trouve un terreau favorable dans une mentalité persécutrice qui se développe actuellement dans la population. Les peuples ne sont pas indemnes des vices de leurs gouvernants. Sarkozy, c’est nous, écrivait justement David Desgouilles dans ces mêmes colonnes. On ne saurait mieux dire.
Une France forte, juste, confiante. Hier matin, c’était les vœux de Martine Aubry à la presse et au monde. Salle comble de journalistes guettant la petite phrase prémonitoire, ou l’inflexion de ton qui pourrait laisser croire que, ou que non. En vrai, rien entendu concernant une candidature ou pas. Juste une feuille de route, des promesses sur les promesses à venir et l’inévitable citation de l’indignation à la sauce Hessel.
Qu’allait donc la presse pouvoir se mettre sous la dent? D’autant qu’Aubry a pris ses aises, elle bavarde bien longtemps après le discours, trinque avec les journalistes, lâche quelques blagues et serre les mains sans râler.
Mais heureusement nous avons trouvé LE sujet de conversation : l’an passé on avait tous glosé sur Martine Aubry qui brillait de mille feux à la tribune puisqu’elle portait des nouvelles boucles d’oreille genre diams fantaisie et était fort bien maquillée. Cette année, elle avait quasi les mêmes boucles, et le même fond de teint. Autant dire qu’il est difficile d’en tirer des conclusions probantes sur son agenda 2012. Sauf que moi, j’ai vu un truc: elle portait des talons, et d’au moins 5 centimètres. Ça, si prouve pas qu’elle va être candidate, je me fais footballeur au PSG!
Et n’allez surtout pas me dire que ce micro changement de look n’a pas de signification politique. Après tout, comme l’a déjà expliqué ici Aimée Joubert, François Hollande, que tout le monde avait oublié, n’est redevenu crédible et présidentiable aux yeux de la presse de gauche que depuis a fait un régime…
Précision liminaire : n’ayant d’expérience sensible du personnel politique frontiste qu’à un niveau local, dans une région où l’influence électorale du FN est supérieure à la moyenne nationale (la Haute-Savoie), je n’ai aucune prétention à imposer une vision globale et scientifiquement étayée de ce parti comme organisation agissant dans le champ politique national.[access capability= »lire_inedits »]
Néanmoins, l’observation des structures du Front national à cette échelle pendant deux décennies vient corriger les images successives de ce parti élaborées dans les cercles universitaires et médiatiques de la capitale.
Loin des grandes villes, où les ténors de l’extrême droite étaient issus des traditions remontant à l’Action française et au collaborationnisme pour les plus anciens, aux combats anticommunistes et pour l’Algérie française pour la génération suivante, le FN des petites villes et des campagnes vit naître ses électeurs avant ses cadres.
À l’exception de Dreux, première conquête électorale significative, en 1983, d’un parti jusque-là groupusculaire, œuvre des époux Stirbois, bien implantés dans le secteur, aucun réseau militant n’existait en dehors des cénacles d’extrême droite que Jean-Marie Le Pen était parvenu à fédérer autour de sa personne. Après le succès électoral du parti aux élections européennes de 1984 (11% des suffrages et 10 députés) et surtout aux législatives de 1986 (à l’issue desquelles le FN profite de l’instauration du scrutin proportionnel pour rafler 35 sièges avec 10% des voix), on assiste à l’émergence d’un personnel politique frontiste à l’échelle nationale et locale.
Dans un premier temps, on peut distinguer les « historiques », compagnons de route du « chef » Jean-Marie dans les années de maigre moisson électorale, entre 1958 et le début des années 1980. On y retrouve des anciens de l’OAS, comme Roger Holeindre, des technocrates proches du Club de l’Horloge, comme Bruno Mégret et Jean-Yves Le Gallou, des idéologues actifs dans l’Université, comme Bruno Gollnisch et Jean-Claude Martinez. Ceux-là constitueront la garde rapprochée de Le Pen au Parlement européen, avant de se rallier à la dissidence mégrétiste de 1998, à l’exception de Holeindre et de Gollnisch.
L’insondable médiocrité des militants de terrain
Les succès électoraux ont ensuite amené dans les assemblées locales une génération de « militants de terrain » dont certains étaient adoubés par le « chef » pour devenir le petit chef du coin. Ce sont eux dont va hériter Marine si elle l’emporte sur Gollnisch le 16 janvier 2011, ce qui ne semble pas hors de sa portée si l’on en croit les augures bien informés.
Pour ceux que j’ai l’occasion d’observer dans mon rayon d’action, on ne peut que constater l’insondable médiocrité de ces gens, dont la plupart ont débarqué au Front après avoir échoué avec constance à accéder au statut de notable dans la droite dite classique ou républicaine. D’ailleurs, les seuls qui disposaient d’un minimum de charisme personnel ou de savoir-faire politique se sont éloignés, une fois élus avec l’étiquette FN, d’un parti qui les embarrassait plus qu’il ne les aidait. Ce fut le cas, entre autres, d’un Jacques Bompard à Orange ou d’un Jacques Peyrat à Nice, mais ils ne furent pas les seuls.
Ceux qui restent, donc, élus régionaux pour la plupart − toujours le scrutin proportionnel ! − doivent leur statut aux décisions du sommet et aux contributions financières apportées au FN pour figurer en position éligible sur la liste. C’est l’astuce qu’avait trouvé Jean-Marie Le Pen pour renflouer les finances toujours chancelantes d’une organisation dont il tient encore seul les cordons de la bourse.
On peut aisément imaginer que ce processus de sélection des cadres n’amène pas sur le devant de la scène des aigles en politique, ni même des faucons…
Petits-bourgeois vaniteux, hobereaux hautains mais bien dotés, commerçants enrichis victimes du mépris de la haute bourgeoisie trouvent au Front l’occasion de prendre une revanche sur « l’établissement » local qui les a snobés pendant des décennies. De convictions, ils n’ont guère, à la différence des membres de l’extrême droite révolutionnaire et fascisante du siècle dernier. Ils n’aiment pas les « bougnoules », certes, mais ils sont loin d’avoir le monopole de cette détestation… L’antisémitisme n’est pas leur tasse de thé, car c’est trop compliqué et peu payant électoralement. Les cathos intégristes les gonflent aussi, car c’est plus le bistrot que la sacristie qui vote pour eux et qui colle leurs affiches.
Si elle veut vraiment changer le FN, Marine devra, selon la formule de Brecht, dissoudre son peuple et s’en élire un autre…[/access]
Je ne lirai pas l’interview de François Hollande dans Libération. Je sais d’avance ce qu’il y a dedans. En revanche, j’ai lu l’édito de Laurent Joffrin dans le même quotidien, car en ce début d’année, je ne recule pas devant une occasion de bien rire. Et pour le coup, j’ai vraiment ri.
« Si c’était lui », nous dit le futur-ex patron de Libé, paraphrasant le titre fameux qui avait lancé la candidature de l’ex-compagne de Hollande dans la primaire socialiste en 2006. À l’époque, Joffrin, patron du Nouvel Obs, avait largement contribué à imposer Ségolène Royal chez les socialistes, alors qu’en vrai, personne de sensé ne pensait à elle. On imagine que se souvenant de son succès (relatif quand même, elle n’a pas été élue à l’Elysée je rappelle) Joffrin veut jouer à nouveau au démiurge médiatico-socialiste.
On a bien compris, DSK est le candidat premier choix de la presse. Sauf que vu la date choisie pour l’organisation des primaires, et l’inconnue absolue des intentions et envies du directeur général du FMI, la presse progressiste de gauche ne peut pas prendre le risque de rester les bras ballants alors que le compte à rebours à l’air lancé. Alors, il faut choisir : Mélenchon ? Trop populiste ! Aubry ? Archéo. Bayrou ? Imprévisible ! Chevènement ? Réac ! Montebourg ? Vous rigolez ? Royal, Déjà vu ! Valls, trop ouvertement de droite, même si un paquet de rédacs chef de Libé pensent comme lui… Reste alors le brave François H., ami des journalistes et des éditorialistes qui donnent le la dans le poste.
Depuis deux ans, tout en suivant un régime drastique (il faut déjeuner avec lui pour mesurer les dégâts sur la civilisation du fromage blanc et du bar rôti avec ses légumes vapeur), François Hollande n’a pas arrêté de dîner en ville. Montrant son « sérieux », son « sens de l’humour » (Joffrin dans le texte) et réussissant à « faire oublier » ses années à la tête du PS. Oui, amis journalistes, ces années à la tête du PS se sont soldées par deux défaites de la gauche à la présidentielle. C’est dire s’il est bien armé pour gagner contre Sarkozy.
Mais dans le fond, ce n’est pas là le sujet des éditorialistes de la gauche médiane. Ce qui compte, c’est que la gauche se dote d’un candidat sérieux, social-démocrate, européiste, modéré, travailleur et bon camarade à table (même s’il overdose au fromage blanc). D’ailleurs moi un type qui perd 30 kilos et gagne des cheveux à l’approche d’une élection dans son parti, ça aurait plus tendance à me foutre la trouille qu’à lui filer ma voix, mais, Dieu merci, je ne suis pas un éditorialiste mâle de plus de 50 ans. Pour eux, c’est un gage de sérieux. Les mêmes qui à longueur de colonnes te vendent le droit à la différence, l’exigence de discrimination positive, veulent un leader homme de plus de 50 ans capable de perdre des kilos…
Le candidat sérieux en tous les cas, va bizarrement remonter dans les sondages. On parie ? Il va parler au dessus de la mêlée des socialistes, de problèmes sérieux comme la fiscalité ou la politique étrangère. Et continuera à faire des blagues en off, la spécialité de Hollande. Je ne sais pas si les militants qui doivent voter en octobre prochain seront dupes. Ou conquis. Mais ceux qui s’imaginaient que les primaires ouvertes, libres non faussées, devaient redonner le choix du candidat aux militants et sympathisants de base se sont gravement fourrés le doigt dans l’œil. La presse de gauche moribonde veut continuer à choisir le bon candidat. C’est son dernier droit régalien: continuer à faire perdre les socialistes à la seule élection majeure.
Comme son nom l’indique, Asile de Blog, mis en ligne à partir de ce jour sur Causeur, sera le refuge de ma Weltanschaaung et de ceux qui s’y retrouvent (les veinards).
Dans ce but, il colligera progressivement l’ensemble de mes discours, messages et notes de blanchisserie des origines à nos jours. Parallèlement il est appelé à accueillir, au fur et à mesure, tout ce qui me passera par la plume à force de « regarder, écouter, lire », comme disait Lévi-Strauss.
Et bien sûr, il vous dirigera le cas échéant vers la Boutique ®, où vous trouverez les incunables du Groupe d’Intervention Culturelle Jalons ® et de son Président à vie auto-proclamé (livres, parodies, publications diverses, vidéos, T-shirts, etc.)
P.S. : Tu crois que c’est payé chez Causeur, une brève comme ça ?
Si Alassane Ouattara lit Libération, il a des soucis à se faire. Celui qui, il y a quelques jours à peine, était exclusivement qualifié dans ces colonnes-là de « président ivoirien reconnu par la communauté internationale » est aujourd’hui rétrogradé à l’appellation beaucoup moins contrôlée de : « l’un des deux présidents ivoiriens proclamés »
C’est la règle immuable de tous les jeux à somme nulle : si Ouattara perd du terrain dans la partie, son adversaire en gagne fatalement. La preuve, c’est toujours dans Libération qu’on la trouve. Ainsi, Laurent Gbagbo que Libé appelait encore il y a une semaine « le président déchu » est désormais cité par le même Libé comme étant « l’autre président proclamé »
Reste à savoir désormais quelle formule protocolaire utilisera Michel Denisot au Grand Journal de Canal, dont Gbagbo est l’invité-surprise ce soir. On voit mal Michel lui donner du « Monsieur l’ex-Président » ou du « Monsieur l’autre Président proclamé » et encore moins du « Monsieur le Déchu ». On peut plus raisonnablement penser qu’il choisira de procéder, comme il est d’usage pour un Chirac, un Giscard ou tout autre ancien chef d’Etat, et de s’adresser à son invité en l’appelant « Monsieur le Président ». Auquel cas, rien que pour entendre cette musique si douce à ses oreilles, Gbagbo n’aura pas fait le duplex pour rien…
Une « bourde ». C’est ainsi qu’un porte-parole de la Commission a qualifié l’atterrante affaire de l’agenda Europa, fabriqué à 3 millions d’exemplaires malgré les restrictions budgétaires auxquelles nous sommes quotidiennement conviés. Il est vrai que cet agenda est destiné à l’édification des lycéens d’Europe. Avec les valeurs, on ne marchande pas. Seulement, à ce stade, il ne s’agit plus d’éducation, mais de rééducation. Ça ne vous rappelle rien ?[access capability= »lire_inedits »]
Au moment où les chrétiens sont physiquement massacrés en terre d’islam, ils sont donc culturellement effacés par les bureaucrates désincarnés qui gouvernent l’Union européenne. L’agenda concocté par leurs soins mentionne en effet, dans un bel élan d’ouverture à toutes les cultures, les fêtes musulmanes, juives, sikhes et bouddhistes. Mais, je vous le donne en mille : ils ont oublié les fêtes chrétiennes. Oui, oublié ! À la page du 25 décembre, on peut lire cette maxime : « Un véritable ami est quelqu’un qui partage vos préoccupations et votre joie. » Il fallait oser.
Le pire, c’est qu’il s’agit sans doute d’un véritable oubli. Avec ce lapsus par omission, c’est leur inconscient qui a parlé : et dans leur inconscient, l’Europe est éternellement coupable, des croisades à la colonisation en passant par le nazisme. Puisqu’il y a des siècles, elle a cru devoir et pouvoir imposer sa culture, ses mœurs, ses valeurs et, il est vrai, ses intérêts au monde entier, il lui faut aujourd’hui rayer jusqu’au souvenir de son passé. D’ailleurs, Herman Van Rompuy, le président que nous attendions tous, n’en a pas fait mystère : « Le temps de l’Etat-nation homogène est terminé », a-t-il déclaré il y a quelques mois. Pour les malentendants, notre estimable PDG voulait dire que le temps des peuples était fini et que l’avenir radieux était celui des minorités triomphantes et vindicatives. On sait bien que le minoritaire est forcément victime et que la victime a toujours raison.
Il y a cinq ans, lorsqu’ils rédigeaient la défunte Constitution que ces salauds de peuples eurent le front de rejeter, ces grands idéalistes avaient déjà refusé de mentionner les racines chrétiennes du Vieux Continent, jugeant sans doute que cette réécriture de l’Histoire garantissait leur appartenance éternelle à l’Axe du Bien. Il est vrai que condamner les crimes d’hier est plus gratifiant − et moins risqué − que de s’occuper de ceux d’aujourd’hui.
En parlant d’Axe du Bien, je ne me suis pas encore infligé la lecture du manuel d’indignation de Stéphane Hessel, qui est en passe de remplacer la Bible dans la bibliothèque de nos médiatiques directeurs de conscience – et on lira avec jubilation l’exécution en règle à laquelle se livre Mourad Kiddo (page 26). Mais quelque chose me dit que le sort des chrétiens dans le monde arabo-musulman ne fait pas partie des motifs d’indignation de cette grande âme devant laquelle nous sommes tous sommés de nous prosterner. Pour cet éternel résistant, la retraite à 62 ans, c’est bien plus grave que les roquettes envoyées par le Hamas sur des civils qui ont le grand tort d’être israéliens. Et puis, si les coptes ou les chrétiens d’Irak sont aussi arabes que leurs concitoyens, « chrétien », c’est un peu comme « blanc ». C’est mal, et même ringard. Mais je fais un procès d’intention parce que, je le répète, Hessel n’a pas le temps de s’indigner de leur sort. On ne peut pas être partout. Sans compter que s’inquiéter sur le sort des chrétiens reviendrait sans doute à stigmatiser les musulmans, qu’ils soient d’ici ou de là-bas.
Pour les concepteurs de l’agenda Europa, comme pour Hessel, l’amour des autres doit être synonyme de haine de soi. Sauf que ce n’est pas eux-mêmes qu’ils haïssent, mais nous, les peuples d’Europe. Et si nous persistons à ne pas penser comme il faut, il faudra bien nous changer. Pour notre bien.[/access]
Cornelius Dupree Jr a un nom qui aurait pu être celui d’un chanteur de doo wop dans les early sixties. Mais Cornelius Dupree Jr n’aura pas tellement eu l’occasion de chanter dans sa vie. Il vient en effet de passer trente ans derrière les barreaux d’une prison texane, ce qui signifie qu’il y est entré à 21 ans en 1980 pour en ressortir en 2010 à 51 ans. C’est long. Surtout quand on est innocent.
Expertise ADN
Parce que figurez-vous que Cornelius Jr est innocent. Bien qu’il soit noir comme plus de la moitié des détenus états-uniens, Cornelius Dupree Jr a été blanchi. Il a fallu pour cela une expertise ADN du viol et du vol en 1979 d’une jeune femme, laissée pour morte sur une autoroute, qui était persuadée de l’avoir reconnu.
Ce n’est pas de chance pour Cornelius. Les Noirs se ressemblent un peu tous. Regardez les groupes de doo wop, justement. Allez faire la distinction entre les Orioles, les Coasters, les Drifters ou les Temptations. À la voix, peut-être, et encore… Les vieux scopitones sont d’un flou…Et la nuit, si Ben. E King tente de vous violer, comment savoir si ce n’est pas Sam Cooke? Ou Cornelius Dupree Jr ? Tiens, Sam Cooke… Cooke était une des plus belles voix de la soul. Cela ne l’a pas empêché de mourir abattu dans des conditions assez mystérieuses par la tenancière d’un motel en 1964. Il paraît qu’il maltraitait la prostituée qu’il avait amenée avec lui. Il paraît aussi qu’il énervait beaucoup de monde par sa célébrité qu’il mettait au service des droits civiques. Les Noirs, surtout jeunes, meurent souvent par balles. Question d’ADN, si ça se trouve, de prédisposition génétique…
Non, Cornelius Dupree Jr n’a vraiment pas de chance : en plus d’être noir, il est texan. Le Texas, dans le genre, c’est pire que la Californie où même les gouverneurs républicains comme Schwarzie finissent presque par être de gauche. Le Texas, c’est plutôt la country que le doo wop. C’est vrai, la country n’est pas forcément de droite comme les groupes de doo wop ne sont pas forcément noirs. Mais enfin, il y a des tendances lourdes, comme pour la répartition ethnique des détenus dans les prisons américaines.
Le Texas, c’est l’ancien Etat du président Bush junior du temps qu’il était gouverneur. Une sorte de laboratoire. Dieu et mon droit. Dieu et mon flingue. Dieu et ma country. Dieu et ma peine de mort. Dieu et mes lobbies anti-avortement. On ne m’a toujours pas expliqué comment les chrétiens fondamentalistes du Texas s’arrangent avec leur charia blanche : si on respecte la vie au point d’attaquer et de tuer des médecins qui pratiquent des avortements, comment peut-on vouloir envoyer sur la chaise électrique un être humain, même si contrairement à Cornélius Dupree Jr, il est coupable ?
Au moins, en France, quand une femme politique se réclame ouvertement des valeurs chrétiennes, elle est cohérente : Christine Boutin est contre l’avortement, le pacs mais elle est aussi contre la mondialisation sauvage, la peine de mort et même la condition indécente faite aux détenus dans les prisons françaises. Comprenez-moi bien, je ne reproche pas au Texas d’être une quasi théocratie, je lui reproche d’être une quasi théocratie incohérente. Si on décide de mélanger la religion chrétienne et la politique, métaphysiquement, on est soit pour la peine de mort et pour l’avortement, soit contre la peine de mort et contre l’avortement. Bon, après, on peut dire qu’être pour l’avortement et contre la peine de mort est aussi une forme d’incohérence. Sauf si l’on admet que l’on est dans un pays où l’Eglise et l’Etat sont séparés depuis 1905 net que la science, contrairement à la religion, ne considère pas le fœtus comme un être humain.
Trente ans de prison, ça coûte cher au contribuable
Cornelius Dupree Jr n’a pas été condamné à mort. Sinon, son innocence, elle lui aurait fait une belle jambe. En 2000, déjà, un rapport publié par des gauchistes de l’université de Columbia montrait que 68 % des 5 760 condamnations à mort prononcées aux Etats-Unis entre 1973 et 1995 avaient dû être annulées en appel du fait d’erreurs judiciaires. Et c’était avant l’emploi l’ADN dans la révision des dossiers. Mais enfin, trente ans en prison, même si Cornelius Dupree Jr n’a pas accompli les soixante-quinze ans initialement prévu, ça doit coûter cher au contribuable. Je dis ça parce qu’aux Etats-Unis, c’est aussi un argument en faveur de la peine de mort. La peine de mort est moins onéreuse que la perpétuité. C’est devenu très sérieux, comme question économique, la prison aux USA. C’est la première industrie et le premier employeur dans de nombreux états. On commence à la coter en bourse. Il faut dire que 1%, grosso modo, de la population du pays est en prison, ce qui place les Etats-Unis sur un pied d’égalité avec ces deux autres grandes démocraties que sont la Chine et la Russie. De mauvais esprits[1. Par exemple le français Loïc Wacquant dans Les prisons de la misère (raisons d’agir) ou l’américain Mike Davis dans] osent une corrélation entre cette surpopulation pénale et l’absence de prestations sociales aux USA. En gros, plutôt le mitard que le RSA quand il s’agit de s’occuper de la misère.
Il faudrait demander à Cornelius Dupree Jr ce qu’il en pense. Et aussi ce qu’il pense de la politique du « condamné à tout prix », dénoncée par l’association, « Innocence Project » qui l’a fait libérer. Et éventuellement, inviter Cornelius en France pour qu’il apporte sa contribution au débat sur la nouvelle idéologie sécuritaire qui gagne notre République et qui va jusqu’à ethniciser la délinquance sans plus jamais poser la simple question sociale.
Cette question sociale qui n’a rien de commun avec une quelconque culture de l’excuse, ce reproche-ritournelle lancé à tous ceux qui commencent à se demander pourquoi, en matière de sécurité (que l’on ferait mieux d’appeler du beau mot de « sûreté » employé dans La déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789), le bilan de la droite est aussi catastrophique depuis près de dix ans qu’elle est aux affaires. Au point qu’un ministre de l’intérieur n’ose même plus, sans de multiples contorsions, donner un bilan pour la nuit de la Saint-Sylvestre.
Le scandale du Médiator, accusé d’avoir tué 500 à 2000 personnes, apporte chaque jour son lot de révélations et, par la même occasion, de coupables et responsables présumés. Experts sous influence, industriels cyniques, autorités sanitaires négligentes, politiques inconscients : si ce que dit la presse est vrai, l’industrie pharmaceutique qui nous raconte à longueur de pub qu’elle répand le bien et la santé dans le monde ressemble à la caricature qu’en a dressé John Le Carré dans l’un de ses plus mauvais livres. Un monde sans foi ni loi dans lequel on est prêt à truquer des rapports pour vendre et à tuer pour gagner plus.
Espérons que la réalité est plus complexe et que ceux qui ont commis des erreurs ne l’ont pas fait sciemment. Reste que, de l’OMS aux autorités nationales, une fâcheuse endogamie semble régner entre ceux qui vendent des médicaments et ceux qui les autorisent.
On me dira qu’il y a trente ans, on ne faisait pas tant de chichis et qu’on trouvait, en vente libre ou quasi libre des produits du même genre bourré d’amphétamines ou assimilés dont des générations d’étudiants ont abusé pour endurer des nuits sans sommeil. Un écrivain de mes amis a écrit un chef d’œuvre en quatre mois sous l’effet d’une pilule légendaire appelée « captagon ». Ceux qui recouraient à ces substances se doutaient bien qu’ils bousillaient leur précieux organisme, mais après tout, le deal était clair : en échange, ils avaient du temps, conquis chimiquement sur leurs nuits.
Tout cela a disparu et nous exigeons maintenant que les lois et règlements nous protègent contre notre goût pour les stupéfiants, notre penchant au tabac et même notre coupable tendance au jeu (avez-vous lu les avertissements placardés dans les boutiques à loto ?). Qu’un médicament puisse tuer alors qu’une armée de fonctionnaires et une pléthore de procédures sont chargées de l’empêcher, cela nous semble inconcevable. Admettons qu’une telle exigence ne relève pas de l’extrémisme de la précaution.
Admettons aussi, alors, que dans la longue chaîne de fautes voire de crimes qui a abouti à vendre un médicament mortel, nous avons une responsabilité collective. Si le Médiator a été prescrit dans le traitement du diabète, il l’a aussi été comme coupe-faim à des gens –surtout des femmes, je suppose – dont la seule maladie était de vouloir maigrir.
Il est de bon ton d’accuser la presse féminine prétendument coupable de conditionner nos esprits faibles – sauf Causette qui a eu la déprimante idée d’inventer un journal de filles intelligent, très peu pour moi. Nous serions devenues obsédées par notre poids en lisant Elle. À ce compte-là autant s’en prendre aux hommes dont la plupart, contrairement à la légende, ne préfère pas les grosses. Bref, je ne vois pas pourquoi il serait ridicule ou condamnable de vouloir être mince. Ce qui est ridicule et fâcheux, c’est qu’on nous fasse gober qu’on peut maigrir par miracle, perdre cinq kilos en trois jours ou l’inverse, avec pilules magiques, sport en dormant et autres remèdes de perlimpinpin. On finira par me proposer un traitement pour devenir « grande blonde avec des gros lolos notre cauchemar à toutes », comme dit un personnage de je ne sais plus quel film. Et si ça se trouve je finirai par l’accepter.
Alors, les filles, je vais vous confier un secret gratos : pour maigrir, rien ne vaut le régime grillade-salades, c’est pas fun mais c’est comme ça. La morale collatérale de cette sinistre affaire du Médiator, c’est que nous devons arrêter de nous laisser prendre pour des gogos. Ça, c’est excellent pour la santé.
Marine Le Pen fait peur. À la droite, qui l’accuse de siphonner le vote méridional, traditionnellement acquis aux tenants de l’ordre et de la sécurité. Preuve de cette trouille aiguë, le collectif parlementaire Droite populaire souffre d’incontinence électoraliste. Obsédés par leur réélection, les Vanneste, Mariani et Luca durcissent toutes les lois comportant les mots « immigration », « étranger » et « sécurité », sans s’embarrasser de détails sur le sens de l’intérêt général ou l’efficacité de l’inflation législative.[access capability= »lire_inedits »]
La Le Pen 2.0 affole aussi la gauche, qui assiste médusée à la captation de son ancien électorat populaire par la nouvelle capitaine du paquebot frontiste. Croyant détenir le monopole du cœur, les sociaux-libéraux à l’âme immaculée rappellent le credo reagano-thatchérien et les outrances verbales du Jean-Marie Le Pen des années 1980. Ils espèrent ainsi se rassurer à bon compte et se refaire une santé sur le dos des CSP +, pariant sur l’effet de balancier électoral censé suivre la faillite idéologique du sarkozysme. Un clou chassant l’autre, le « Tout sauf Sarkozy » assurerait la victoire de la gauche comme, jadis, le bilan inexistant de Chirac devait garantir un succès annoncé à Jospin. Qui se souvient du 21 avril 2002 ? Au PS, l’ancienne clique des jospiniens et la cohorte des battus. En ont-ils pour autant tiré les leçons ? Rien n’est moins sûr. En culpabilisant les électeurs de Chevènement ou Taubira, les socialeux démontrent à qui en doutait encore qu’ils n’ont rien compris. Marine, quant à elle, n’a pas oublié les vieux chiffres cruels : seuls 9 % des ouvriers avaient voté Jospin et 1 % soutenu leur ancien tuteur communiste !
Spéculer sur la médiocrité ambiante
Quelques Cassandre gardent en mémoire le colloque sur le vote Le Pen qui s’était tenu il y a plus de quinze ans à l’initiative du Mouvement des citoyens. Jean-Yves Autexier, ex-député chevènementiste, situait alors la montée du Front national à la confluence de trois phénomènes. En marge, les 0,5 % d’authentiques racistes cohabitaient avec 4 ou 5 % d’ « obsédés de l’ordre » − cible ostensible de la Droite populaire − alors que le gros de l’électorat frontiste exprimait un ras-le-bol populiste non dénué de fondements. Dans son explication, les déclassés creusois partageaient avec les derniers prolétaires du 20e arrondissement un même sentiment de lassitude et d’exclusion. L’impression d’être une classe-pour-soi ignorée, voire dénigrée par la masse des politiques, droite et gauche confondues, et que seul Le Pen semblait considérer comme une classe-en-soi, fût-ce à coups d’antifiscalisme poujadiste. En face, la gauche peinait à construire une réelle alternative au post-gaullisme libéral, laissant les ouvriers dans les oubliettes de l’histoire pour épouser le mythe de la « troisième voie » travailliste. Déjà, Autexier prédisait d’un air sibyllin : « Si, demain, la gauche devait se résumer à l’Europe plus les droits de l’homme, eh bien craignons que, pour les couches populaires, l’exode vers l’extrême droite ne s’interrompe pas. »
Quinze ans après, rien n’a changé ou si peu. Le devoir d’inventaire jospinien s’est résumé à un approfondissement du mondialisme mitterrandien. L’euro, passé par là, a sonné le glas de notre souveraineté monétaire au prix d’un million d’emplois. Hollande et Sapin n’ont pas de mots assez durs pour fustiger le manque d’orthodoxie financière du dispendieux Sarkozy. L’abolition du bouclier fiscal, la création d’une nouvelle tranche d’impôt sur le revenu et l’approfondissement d’une Union Européenne bourreau des peuples tiennent lieu de viatique à un Parti postsocialiste qui ne veut plus « changer la vie ». À peu de choses près, Borloo, Bayrou, Villepin et Aubry poursuivent les mêmes fins : l’intégration de la France à la mondialisation euro-libérale, badigeonnée de vivrensemble sirupeux pour mieux faire passer la pilule. Des différences de degré, et non de nature, comme se plaît à le répéter la pasionaria du FN. Du pain bénit pour Marine Le Pen, qui a enterré médiatiquement tous ses concurrents populistes. Mélenchon, le républicain grande gueule qui garde un combat laïque de retard, paraît condamné à incarner la caution sociale du PS. Malgré toutes ses dénégations, le Front de gauche ressuscite la propension popereniste de jouer les éternels cocus gauchistes de la sociale-médiocratie. Quant aux miettes du trotskisme, empêtrées ou non dans la démagogie communautariste, leurs porte-voix n’ont plus que les yeux pour pleurer.
Arithmétiquement, la grammaire des chiffres fait craindre le pire à un PS sclérosé par sa tiédeur réformiste inaugurée par le virage de 1983. Contrairement à Nicolas Sarkozy, les socialistes ne disposent pas d’un réservoir de voix les qualifiant mécaniquement pour le second tour. À moins de contester la doxa libre-échangiste des patrons de l’OMC et du FMI, le candidat néo-socialiste pourra dire adieu au vote des exclus de la mondialisation tant chouchoutés par Marine Le Pen. Gageons que la gauche de la gauche annexera une nouvelle fois la clientèle des petits fonctionnaires et des banlieues, dernier réduit d’un sociétalisme moral qui confond socialisme et bons sentiments.
Le multiculturalisme, ambroisie des élites, cauchemar des couches populaires
Forte de son prénom, l’héritière souhaiterait surfer sur les renoncements de la gauche pour recomposer le paysage politique autour du clivage « nationaux » vs « mondialistes ». Que le logiciel mariniste ne tienne pas encore debout n’a pas grande importance. L’essentiel réside dans la justesse des constats. Parfois à traits grossiers, Marine pose les bonnes questions là où ses rivaux rivalisent de lâcheté. Certes, son acharnement à considérer les allocataires d’aides sociales comme majoritairement étrangers ainsi que son anti-syndicalisme primaire laissent percer l’insincérité de sa mue gaucho-assimilationniste. Prétendre s’opposer au capitalisme mondialisé sous le seul prisme des mouvements de personnes et de capitaux confine à l’imposture. Quid du partage de la valeur ajoutée et de l’exploitation des travailleurs en régime national-libéral ? Il est un peu facile de faire porter le chapeau à Gollnisch pour toute réponse à qui passe le programme frontiste au tamis de la politique sociale. Le pauvre Bruno a assez de chats (noirs) à fouetter, emmêlé dans ses saillies révisionnistes. Qu’importe, la médiocrité morale des papes de l’antifascisme − devenus aussi insupportables que leurs défunts ennemis fascistes − suffit à dissimuler les plaies béantes du marinisme.
Partant, tout concourt à faire du bulletin Le Pen le premier réceptacle des voix populaires, ce qui la ferait culminer à 25-30 %, seuil critique qu’elle s’est assigné pour peser dans le débat public et préparer l’avenir. L’aveuglement coupable sur des sujets aussi cruciaux que l’insécurité, l’immigration et le multiculturalisme (ambroisie des élites, cauchemar des couches populaires) laisse présager un score phénoménal. Marine excellant dans l’art de la communication, un second tour Le Pen-Sarkozy reste plus que jamais de l’ordre des possibles. Dans cette hypothèse, le carnaval antifasciste apparaîtra pour ce qu’il est : un cri de haine appelant à l’extermination des « fachos ».
1995, 2002, 2007, 2012 : Sarkozy réélu sur le terrain du réel, nous repartirons pour cinq ans de néolibéralisme mâtiné de vaseline sociale (merci Borloo !). Avant que le PS remporte toutes les élections locales, pour le plus grand bonheur de ses barons provinciaux.
2017. Marine, face à son destin, devra composer une coalition sociale majoritaire, hésitant entre deux électorats difficilement cumulables : la foule des néo-prolos et la nouvelle classe mondialisée à l’hédonisme contrarié. Qu’à cela ne tienne, une habile campagne axée sur la défense des valeurs occidentales gommera les contradictions de son programme économique. Le clocher villageois et le bar d’Oberkampf au secours du bobo victime du puritanisme de ses voisins barbus. La rue Jean-Pierre Timbaud en guise d’affiche de campagne : bars à vins et librairies islamiques ne feront désormais plus bon ménage. Comme de bien entendu, Sarkozy battra des records d’impopularité tandis que la promesse d’un triomphe présidentiel tendra de nouveau les bras aux socialistes.
Après l’attentat d’Alexandrie, on a assisté ici en Occident à un bel exercice d’enfumage médiatique. Les articles se sont multipliés pour mettre en avant les « condamnations unanimes » de chacun des imams que l’on avait sous la main, et pour dédouaner les populations musulmanes de toutes formes de complaisance à l’égard des terroristes, ou plus largement des persécutions antichrétiennes. Peu importe que la discrimination à l’égard des chrétiens coptes soit systématique en Egypte depuis des années, peu importe que les terroristes se soient appuyés sur des mensonges répétés pendant des mois le jour de la prière dans de nombreuses mosquées égyptiennes à propos de la conversion supposée de deux femmes chrétiennes (un grand classique) prétendument séquestrées dans un monastère : les sociétés musulmanes sont une fois pour toutes indemnes de toute forme de complicité à l’égard de persécutions antichrétiennes, tandis qu’en France le moindre graffiti sur la porte d’une mosquée est le signe indélébile de l’islamophobie française, seul ingrédient avéré de ce qui constitue le fond de sauce de notre identité nationale.
Bien sûr, on ose espérer que l’immense majorité des musulmans égyptiens condamne avec la plus grande fermeté le massacre d’Alexandrie. Mais il n’en reste pas moins qu’une atmosphère de plus en plus ouvertement antichrétienne a pu faciliter l’action des terroristes, de la même façon qu’un climat antichrétien facilite l’action des terroristes en Irak aujourd’hui. Dans l’ensemble des pays musulmans, les chrétiens, en particulier lorsqu’ils sont convertis, sont dénoncés comme les vecteurs d’une pollution spirituelle occidentale qu’il faut éradiquer à tout prix. Ainsi en Iran, dans l’indifférence générale, ce n’est pas « Al-Qaeda » qui s’est rendu coupable d’exactions à l’égard des chrétiens mais bel et bien le pouvoir qui a procédé après Noël à une vague d’arrestation d’ évangélistes (« des douzaines » de chrétiens arrêtés selon le Wall Street Journal du 7 janvier) comparés par le gouverneur de Téhéran, qui parle « d’invasion culturelle de l’ennemi », à des « parasites », terme employé pour désigner les Talibans haïs par le pouvoir iranien. Mais à défaut d’aider l’Occident à lutter contre les Talibans en Afghanistan, l’Iran préfère s’en prendre à de pacifiques protestants évangélistes, spécifiquement visés parce qu’il s’agit pour la plupart de convertis de l’islam, contrairement aux petites communautés traditionnelles de chrétiens catholiques et arméniens qui interdisent d’elles-mêmes aux musulmans iraniens de culture perse d’entrer dans leurs églises. L’apostasie est en Iran passible de la peine de mort, même si elle n’a semble pas été appliquée pour ce motif depuis des décennies. CEpendant, au mois de juin dernier, un pasteur évangéliste a été condamné à mort, avant que cette sentence soit infirmée en appel.
Mais en Occident les évangélistes, plus encore que les catholiques, ne sont pas de bons clients sur le marché des victimes médiatiques. Ils sont au contraire l’alibi routinier de tous ceux qui chez nous refusent de voir la spécificité de l’intégrisme islamique. Regardez les en transe dans leurs églises, nous dit-on, et voyez à quel point le prosélytisme et l’intégrisme concernent toutes les religions. On connait la chanson. Pour ma part, je l’avoue, j’éprouve simplement de l’admiration pour ces chrétiens convertis qui osent défier la mort sans envisager de l’infliger à quiconque, et vivre leur foi dans le Christ dans des conditions extrêmes.
En terre d’islam, bien souvent, la persécution ne vient pas seulement des méchants mollahs ou des horribles ayatollahs, mais aussi pour une part de la population musulmane elle-même qui d’une manière générale paraît plus loin que jamais de se convertir à la démocratie à l’occidentale. Le bon Bernard Guetta, qui nous rejoue tous les matins la chute du Mur sur France Inter, a beau se réjouir bruyamment de « la modernité » des jeunes opposants à Ben Ali parce qu’ils utilisent Facebook, un tweet à Tunis ne fait pas le Printemps de Prague. Ce qui frappe dans les pays musulmans, c’est moins le triomphe d’une opposition moderniste que le besoin de purification de toutes les souillures que l’Occident inflige à l’islam. La répression contre les chrétiens orchestrée par le pouvoir iranien trouve un terreau favorable dans une mentalité persécutrice qui se développe actuellement dans la population. Les peuples ne sont pas indemnes des vices de leurs gouvernants. Sarkozy, c’est nous, écrivait justement David Desgouilles dans ces mêmes colonnes. On ne saurait mieux dire.
Une France forte, juste, confiante. Hier matin, c’était les vœux de Martine Aubry à la presse et au monde. Salle comble de journalistes guettant la petite phrase prémonitoire, ou l’inflexion de ton qui pourrait laisser croire que, ou que non. En vrai, rien entendu concernant une candidature ou pas. Juste une feuille de route, des promesses sur les promesses à venir et l’inévitable citation de l’indignation à la sauce Hessel.
Qu’allait donc la presse pouvoir se mettre sous la dent? D’autant qu’Aubry a pris ses aises, elle bavarde bien longtemps après le discours, trinque avec les journalistes, lâche quelques blagues et serre les mains sans râler.
Mais heureusement nous avons trouvé LE sujet de conversation : l’an passé on avait tous glosé sur Martine Aubry qui brillait de mille feux à la tribune puisqu’elle portait des nouvelles boucles d’oreille genre diams fantaisie et était fort bien maquillée. Cette année, elle avait quasi les mêmes boucles, et le même fond de teint. Autant dire qu’il est difficile d’en tirer des conclusions probantes sur son agenda 2012. Sauf que moi, j’ai vu un truc: elle portait des talons, et d’au moins 5 centimètres. Ça, si prouve pas qu’elle va être candidate, je me fais footballeur au PSG!
Et n’allez surtout pas me dire que ce micro changement de look n’a pas de signification politique. Après tout, comme l’a déjà expliqué ici Aimée Joubert, François Hollande, que tout le monde avait oublié, n’est redevenu crédible et présidentiable aux yeux de la presse de gauche que depuis a fait un régime…
Précision liminaire : n’ayant d’expérience sensible du personnel politique frontiste qu’à un niveau local, dans une région où l’influence électorale du FN est supérieure à la moyenne nationale (la Haute-Savoie), je n’ai aucune prétention à imposer une vision globale et scientifiquement étayée de ce parti comme organisation agissant dans le champ politique national.[access capability= »lire_inedits »]
Néanmoins, l’observation des structures du Front national à cette échelle pendant deux décennies vient corriger les images successives de ce parti élaborées dans les cercles universitaires et médiatiques de la capitale.
Loin des grandes villes, où les ténors de l’extrême droite étaient issus des traditions remontant à l’Action française et au collaborationnisme pour les plus anciens, aux combats anticommunistes et pour l’Algérie française pour la génération suivante, le FN des petites villes et des campagnes vit naître ses électeurs avant ses cadres.
À l’exception de Dreux, première conquête électorale significative, en 1983, d’un parti jusque-là groupusculaire, œuvre des époux Stirbois, bien implantés dans le secteur, aucun réseau militant n’existait en dehors des cénacles d’extrême droite que Jean-Marie Le Pen était parvenu à fédérer autour de sa personne. Après le succès électoral du parti aux élections européennes de 1984 (11% des suffrages et 10 députés) et surtout aux législatives de 1986 (à l’issue desquelles le FN profite de l’instauration du scrutin proportionnel pour rafler 35 sièges avec 10% des voix), on assiste à l’émergence d’un personnel politique frontiste à l’échelle nationale et locale.
Dans un premier temps, on peut distinguer les « historiques », compagnons de route du « chef » Jean-Marie dans les années de maigre moisson électorale, entre 1958 et le début des années 1980. On y retrouve des anciens de l’OAS, comme Roger Holeindre, des technocrates proches du Club de l’Horloge, comme Bruno Mégret et Jean-Yves Le Gallou, des idéologues actifs dans l’Université, comme Bruno Gollnisch et Jean-Claude Martinez. Ceux-là constitueront la garde rapprochée de Le Pen au Parlement européen, avant de se rallier à la dissidence mégrétiste de 1998, à l’exception de Holeindre et de Gollnisch.
L’insondable médiocrité des militants de terrain
Les succès électoraux ont ensuite amené dans les assemblées locales une génération de « militants de terrain » dont certains étaient adoubés par le « chef » pour devenir le petit chef du coin. Ce sont eux dont va hériter Marine si elle l’emporte sur Gollnisch le 16 janvier 2011, ce qui ne semble pas hors de sa portée si l’on en croit les augures bien informés.
Pour ceux que j’ai l’occasion d’observer dans mon rayon d’action, on ne peut que constater l’insondable médiocrité de ces gens, dont la plupart ont débarqué au Front après avoir échoué avec constance à accéder au statut de notable dans la droite dite classique ou républicaine. D’ailleurs, les seuls qui disposaient d’un minimum de charisme personnel ou de savoir-faire politique se sont éloignés, une fois élus avec l’étiquette FN, d’un parti qui les embarrassait plus qu’il ne les aidait. Ce fut le cas, entre autres, d’un Jacques Bompard à Orange ou d’un Jacques Peyrat à Nice, mais ils ne furent pas les seuls.
Ceux qui restent, donc, élus régionaux pour la plupart − toujours le scrutin proportionnel ! − doivent leur statut aux décisions du sommet et aux contributions financières apportées au FN pour figurer en position éligible sur la liste. C’est l’astuce qu’avait trouvé Jean-Marie Le Pen pour renflouer les finances toujours chancelantes d’une organisation dont il tient encore seul les cordons de la bourse.
On peut aisément imaginer que ce processus de sélection des cadres n’amène pas sur le devant de la scène des aigles en politique, ni même des faucons…
Petits-bourgeois vaniteux, hobereaux hautains mais bien dotés, commerçants enrichis victimes du mépris de la haute bourgeoisie trouvent au Front l’occasion de prendre une revanche sur « l’établissement » local qui les a snobés pendant des décennies. De convictions, ils n’ont guère, à la différence des membres de l’extrême droite révolutionnaire et fascisante du siècle dernier. Ils n’aiment pas les « bougnoules », certes, mais ils sont loin d’avoir le monopole de cette détestation… L’antisémitisme n’est pas leur tasse de thé, car c’est trop compliqué et peu payant électoralement. Les cathos intégristes les gonflent aussi, car c’est plus le bistrot que la sacristie qui vote pour eux et qui colle leurs affiches.
Si elle veut vraiment changer le FN, Marine devra, selon la formule de Brecht, dissoudre son peuple et s’en élire un autre…[/access]
Je ne lirai pas l’interview de François Hollande dans Libération. Je sais d’avance ce qu’il y a dedans. En revanche, j’ai lu l’édito de Laurent Joffrin dans le même quotidien, car en ce début d’année, je ne recule pas devant une occasion de bien rire. Et pour le coup, j’ai vraiment ri.
« Si c’était lui », nous dit le futur-ex patron de Libé, paraphrasant le titre fameux qui avait lancé la candidature de l’ex-compagne de Hollande dans la primaire socialiste en 2006. À l’époque, Joffrin, patron du Nouvel Obs, avait largement contribué à imposer Ségolène Royal chez les socialistes, alors qu’en vrai, personne de sensé ne pensait à elle. On imagine que se souvenant de son succès (relatif quand même, elle n’a pas été élue à l’Elysée je rappelle) Joffrin veut jouer à nouveau au démiurge médiatico-socialiste.
On a bien compris, DSK est le candidat premier choix de la presse. Sauf que vu la date choisie pour l’organisation des primaires, et l’inconnue absolue des intentions et envies du directeur général du FMI, la presse progressiste de gauche ne peut pas prendre le risque de rester les bras ballants alors que le compte à rebours à l’air lancé. Alors, il faut choisir : Mélenchon ? Trop populiste ! Aubry ? Archéo. Bayrou ? Imprévisible ! Chevènement ? Réac ! Montebourg ? Vous rigolez ? Royal, Déjà vu ! Valls, trop ouvertement de droite, même si un paquet de rédacs chef de Libé pensent comme lui… Reste alors le brave François H., ami des journalistes et des éditorialistes qui donnent le la dans le poste.
Depuis deux ans, tout en suivant un régime drastique (il faut déjeuner avec lui pour mesurer les dégâts sur la civilisation du fromage blanc et du bar rôti avec ses légumes vapeur), François Hollande n’a pas arrêté de dîner en ville. Montrant son « sérieux », son « sens de l’humour » (Joffrin dans le texte) et réussissant à « faire oublier » ses années à la tête du PS. Oui, amis journalistes, ces années à la tête du PS se sont soldées par deux défaites de la gauche à la présidentielle. C’est dire s’il est bien armé pour gagner contre Sarkozy.
Mais dans le fond, ce n’est pas là le sujet des éditorialistes de la gauche médiane. Ce qui compte, c’est que la gauche se dote d’un candidat sérieux, social-démocrate, européiste, modéré, travailleur et bon camarade à table (même s’il overdose au fromage blanc). D’ailleurs moi un type qui perd 30 kilos et gagne des cheveux à l’approche d’une élection dans son parti, ça aurait plus tendance à me foutre la trouille qu’à lui filer ma voix, mais, Dieu merci, je ne suis pas un éditorialiste mâle de plus de 50 ans. Pour eux, c’est un gage de sérieux. Les mêmes qui à longueur de colonnes te vendent le droit à la différence, l’exigence de discrimination positive, veulent un leader homme de plus de 50 ans capable de perdre des kilos…
Le candidat sérieux en tous les cas, va bizarrement remonter dans les sondages. On parie ? Il va parler au dessus de la mêlée des socialistes, de problèmes sérieux comme la fiscalité ou la politique étrangère. Et continuera à faire des blagues en off, la spécialité de Hollande. Je ne sais pas si les militants qui doivent voter en octobre prochain seront dupes. Ou conquis. Mais ceux qui s’imaginaient que les primaires ouvertes, libres non faussées, devaient redonner le choix du candidat aux militants et sympathisants de base se sont gravement fourrés le doigt dans l’œil. La presse de gauche moribonde veut continuer à choisir le bon candidat. C’est son dernier droit régalien: continuer à faire perdre les socialistes à la seule élection majeure.
Comme son nom l’indique, Asile de Blog, mis en ligne à partir de ce jour sur Causeur, sera le refuge de ma Weltanschaaung et de ceux qui s’y retrouvent (les veinards).
Dans ce but, il colligera progressivement l’ensemble de mes discours, messages et notes de blanchisserie des origines à nos jours. Parallèlement il est appelé à accueillir, au fur et à mesure, tout ce qui me passera par la plume à force de « regarder, écouter, lire », comme disait Lévi-Strauss.
Et bien sûr, il vous dirigera le cas échéant vers la Boutique ®, où vous trouverez les incunables du Groupe d’Intervention Culturelle Jalons ® et de son Président à vie auto-proclamé (livres, parodies, publications diverses, vidéos, T-shirts, etc.)
P.S. : Tu crois que c’est payé chez Causeur, une brève comme ça ?
Si Alassane Ouattara lit Libération, il a des soucis à se faire. Celui qui, il y a quelques jours à peine, était exclusivement qualifié dans ces colonnes-là de « président ivoirien reconnu par la communauté internationale » est aujourd’hui rétrogradé à l’appellation beaucoup moins contrôlée de : « l’un des deux présidents ivoiriens proclamés »
C’est la règle immuable de tous les jeux à somme nulle : si Ouattara perd du terrain dans la partie, son adversaire en gagne fatalement. La preuve, c’est toujours dans Libération qu’on la trouve. Ainsi, Laurent Gbagbo que Libé appelait encore il y a une semaine « le président déchu » est désormais cité par le même Libé comme étant « l’autre président proclamé »
Reste à savoir désormais quelle formule protocolaire utilisera Michel Denisot au Grand Journal de Canal, dont Gbagbo est l’invité-surprise ce soir. On voit mal Michel lui donner du « Monsieur l’ex-Président » ou du « Monsieur l’autre Président proclamé » et encore moins du « Monsieur le Déchu ». On peut plus raisonnablement penser qu’il choisira de procéder, comme il est d’usage pour un Chirac, un Giscard ou tout autre ancien chef d’Etat, et de s’adresser à son invité en l’appelant « Monsieur le Président ». Auquel cas, rien que pour entendre cette musique si douce à ses oreilles, Gbagbo n’aura pas fait le duplex pour rien…
Une « bourde ». C’est ainsi qu’un porte-parole de la Commission a qualifié l’atterrante affaire de l’agenda Europa, fabriqué à 3 millions d’exemplaires malgré les restrictions budgétaires auxquelles nous sommes quotidiennement conviés. Il est vrai que cet agenda est destiné à l’édification des lycéens d’Europe. Avec les valeurs, on ne marchande pas. Seulement, à ce stade, il ne s’agit plus d’éducation, mais de rééducation. Ça ne vous rappelle rien ?[access capability= »lire_inedits »]
Au moment où les chrétiens sont physiquement massacrés en terre d’islam, ils sont donc culturellement effacés par les bureaucrates désincarnés qui gouvernent l’Union européenne. L’agenda concocté par leurs soins mentionne en effet, dans un bel élan d’ouverture à toutes les cultures, les fêtes musulmanes, juives, sikhes et bouddhistes. Mais, je vous le donne en mille : ils ont oublié les fêtes chrétiennes. Oui, oublié ! À la page du 25 décembre, on peut lire cette maxime : « Un véritable ami est quelqu’un qui partage vos préoccupations et votre joie. » Il fallait oser.
Le pire, c’est qu’il s’agit sans doute d’un véritable oubli. Avec ce lapsus par omission, c’est leur inconscient qui a parlé : et dans leur inconscient, l’Europe est éternellement coupable, des croisades à la colonisation en passant par le nazisme. Puisqu’il y a des siècles, elle a cru devoir et pouvoir imposer sa culture, ses mœurs, ses valeurs et, il est vrai, ses intérêts au monde entier, il lui faut aujourd’hui rayer jusqu’au souvenir de son passé. D’ailleurs, Herman Van Rompuy, le président que nous attendions tous, n’en a pas fait mystère : « Le temps de l’Etat-nation homogène est terminé », a-t-il déclaré il y a quelques mois. Pour les malentendants, notre estimable PDG voulait dire que le temps des peuples était fini et que l’avenir radieux était celui des minorités triomphantes et vindicatives. On sait bien que le minoritaire est forcément victime et que la victime a toujours raison.
Il y a cinq ans, lorsqu’ils rédigeaient la défunte Constitution que ces salauds de peuples eurent le front de rejeter, ces grands idéalistes avaient déjà refusé de mentionner les racines chrétiennes du Vieux Continent, jugeant sans doute que cette réécriture de l’Histoire garantissait leur appartenance éternelle à l’Axe du Bien. Il est vrai que condamner les crimes d’hier est plus gratifiant − et moins risqué − que de s’occuper de ceux d’aujourd’hui.
En parlant d’Axe du Bien, je ne me suis pas encore infligé la lecture du manuel d’indignation de Stéphane Hessel, qui est en passe de remplacer la Bible dans la bibliothèque de nos médiatiques directeurs de conscience – et on lira avec jubilation l’exécution en règle à laquelle se livre Mourad Kiddo (page 26). Mais quelque chose me dit que le sort des chrétiens dans le monde arabo-musulman ne fait pas partie des motifs d’indignation de cette grande âme devant laquelle nous sommes tous sommés de nous prosterner. Pour cet éternel résistant, la retraite à 62 ans, c’est bien plus grave que les roquettes envoyées par le Hamas sur des civils qui ont le grand tort d’être israéliens. Et puis, si les coptes ou les chrétiens d’Irak sont aussi arabes que leurs concitoyens, « chrétien », c’est un peu comme « blanc ». C’est mal, et même ringard. Mais je fais un procès d’intention parce que, je le répète, Hessel n’a pas le temps de s’indigner de leur sort. On ne peut pas être partout. Sans compter que s’inquiéter sur le sort des chrétiens reviendrait sans doute à stigmatiser les musulmans, qu’ils soient d’ici ou de là-bas.
Pour les concepteurs de l’agenda Europa, comme pour Hessel, l’amour des autres doit être synonyme de haine de soi. Sauf que ce n’est pas eux-mêmes qu’ils haïssent, mais nous, les peuples d’Europe. Et si nous persistons à ne pas penser comme il faut, il faudra bien nous changer. Pour notre bien.[/access]
Cornelius Dupree Jr a un nom qui aurait pu être celui d’un chanteur de doo wop dans les early sixties. Mais Cornelius Dupree Jr n’aura pas tellement eu l’occasion de chanter dans sa vie. Il vient en effet de passer trente ans derrière les barreaux d’une prison texane, ce qui signifie qu’il y est entré à 21 ans en 1980 pour en ressortir en 2010 à 51 ans. C’est long. Surtout quand on est innocent.
Expertise ADN
Parce que figurez-vous que Cornelius Jr est innocent. Bien qu’il soit noir comme plus de la moitié des détenus états-uniens, Cornelius Dupree Jr a été blanchi. Il a fallu pour cela une expertise ADN du viol et du vol en 1979 d’une jeune femme, laissée pour morte sur une autoroute, qui était persuadée de l’avoir reconnu.
Ce n’est pas de chance pour Cornelius. Les Noirs se ressemblent un peu tous. Regardez les groupes de doo wop, justement. Allez faire la distinction entre les Orioles, les Coasters, les Drifters ou les Temptations. À la voix, peut-être, et encore… Les vieux scopitones sont d’un flou…Et la nuit, si Ben. E King tente de vous violer, comment savoir si ce n’est pas Sam Cooke? Ou Cornelius Dupree Jr ? Tiens, Sam Cooke… Cooke était une des plus belles voix de la soul. Cela ne l’a pas empêché de mourir abattu dans des conditions assez mystérieuses par la tenancière d’un motel en 1964. Il paraît qu’il maltraitait la prostituée qu’il avait amenée avec lui. Il paraît aussi qu’il énervait beaucoup de monde par sa célébrité qu’il mettait au service des droits civiques. Les Noirs, surtout jeunes, meurent souvent par balles. Question d’ADN, si ça se trouve, de prédisposition génétique…
Non, Cornelius Dupree Jr n’a vraiment pas de chance : en plus d’être noir, il est texan. Le Texas, dans le genre, c’est pire que la Californie où même les gouverneurs républicains comme Schwarzie finissent presque par être de gauche. Le Texas, c’est plutôt la country que le doo wop. C’est vrai, la country n’est pas forcément de droite comme les groupes de doo wop ne sont pas forcément noirs. Mais enfin, il y a des tendances lourdes, comme pour la répartition ethnique des détenus dans les prisons américaines.
Le Texas, c’est l’ancien Etat du président Bush junior du temps qu’il était gouverneur. Une sorte de laboratoire. Dieu et mon droit. Dieu et mon flingue. Dieu et ma country. Dieu et ma peine de mort. Dieu et mes lobbies anti-avortement. On ne m’a toujours pas expliqué comment les chrétiens fondamentalistes du Texas s’arrangent avec leur charia blanche : si on respecte la vie au point d’attaquer et de tuer des médecins qui pratiquent des avortements, comment peut-on vouloir envoyer sur la chaise électrique un être humain, même si contrairement à Cornélius Dupree Jr, il est coupable ?
Au moins, en France, quand une femme politique se réclame ouvertement des valeurs chrétiennes, elle est cohérente : Christine Boutin est contre l’avortement, le pacs mais elle est aussi contre la mondialisation sauvage, la peine de mort et même la condition indécente faite aux détenus dans les prisons françaises. Comprenez-moi bien, je ne reproche pas au Texas d’être une quasi théocratie, je lui reproche d’être une quasi théocratie incohérente. Si on décide de mélanger la religion chrétienne et la politique, métaphysiquement, on est soit pour la peine de mort et pour l’avortement, soit contre la peine de mort et contre l’avortement. Bon, après, on peut dire qu’être pour l’avortement et contre la peine de mort est aussi une forme d’incohérence. Sauf si l’on admet que l’on est dans un pays où l’Eglise et l’Etat sont séparés depuis 1905 net que la science, contrairement à la religion, ne considère pas le fœtus comme un être humain.
Trente ans de prison, ça coûte cher au contribuable
Cornelius Dupree Jr n’a pas été condamné à mort. Sinon, son innocence, elle lui aurait fait une belle jambe. En 2000, déjà, un rapport publié par des gauchistes de l’université de Columbia montrait que 68 % des 5 760 condamnations à mort prononcées aux Etats-Unis entre 1973 et 1995 avaient dû être annulées en appel du fait d’erreurs judiciaires. Et c’était avant l’emploi l’ADN dans la révision des dossiers. Mais enfin, trente ans en prison, même si Cornelius Dupree Jr n’a pas accompli les soixante-quinze ans initialement prévu, ça doit coûter cher au contribuable. Je dis ça parce qu’aux Etats-Unis, c’est aussi un argument en faveur de la peine de mort. La peine de mort est moins onéreuse que la perpétuité. C’est devenu très sérieux, comme question économique, la prison aux USA. C’est la première industrie et le premier employeur dans de nombreux états. On commence à la coter en bourse. Il faut dire que 1%, grosso modo, de la population du pays est en prison, ce qui place les Etats-Unis sur un pied d’égalité avec ces deux autres grandes démocraties que sont la Chine et la Russie. De mauvais esprits[1. Par exemple le français Loïc Wacquant dans Les prisons de la misère (raisons d’agir) ou l’américain Mike Davis dans] osent une corrélation entre cette surpopulation pénale et l’absence de prestations sociales aux USA. En gros, plutôt le mitard que le RSA quand il s’agit de s’occuper de la misère.
Il faudrait demander à Cornelius Dupree Jr ce qu’il en pense. Et aussi ce qu’il pense de la politique du « condamné à tout prix », dénoncée par l’association, « Innocence Project » qui l’a fait libérer. Et éventuellement, inviter Cornelius en France pour qu’il apporte sa contribution au débat sur la nouvelle idéologie sécuritaire qui gagne notre République et qui va jusqu’à ethniciser la délinquance sans plus jamais poser la simple question sociale.
Cette question sociale qui n’a rien de commun avec une quelconque culture de l’excuse, ce reproche-ritournelle lancé à tous ceux qui commencent à se demander pourquoi, en matière de sécurité (que l’on ferait mieux d’appeler du beau mot de « sûreté » employé dans La déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789), le bilan de la droite est aussi catastrophique depuis près de dix ans qu’elle est aux affaires. Au point qu’un ministre de l’intérieur n’ose même plus, sans de multiples contorsions, donner un bilan pour la nuit de la Saint-Sylvestre.