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Swift 2012

Jonathan Swift. Photo : MaestroBen.

L’autre jour, en cherchant des livres à acheter afin de les offrir autour de moi, je suis tombé sur un savoureux libelle: L’art du mensonge politique (Éditions Jérôme Millon) — un texte paru sans nom d’auteur en 1733. Le ton ironique est si fin et si mordant que l’on en a longtemps attribué la paternité à Jonathan Swift. En fait, les spécialistes pensent que le coupable est un ami de Swift, John Arbuthnot. Qu’importe. C’est un excellent ouvrage de civilité cynique à ranger parmi les classiques du genre : Le Prince, de Machiavel et L’homme de cour, de Baltasar Gracián, mais en plus gaguesque. Il se lit en une heure. On sourit à chaque chapitre. Du gai savoir, en somme, destiné à déniaiser ceux qui gobent les programmes électoraux, les déclarations

gouvernementales, la propagande de guerre, le prêchi-prêcha philosophique, ou ceux qui, tout bonnement, croient à la franchise dans les rapports humains.
Bien sûr, les jobards ne le liront pas. S’ils le lisent, ils y verront une exagération. Qu’ils ne viennent pas couiner s’ils finissent, comme d’habitude, à poil. Pour ma part, dans un ouvrage qui marquera l’Histoire des Idées, à savoir notre Traité du Cafard, j’avais écrit : « Qu’un pouvoir use du mensonge pour justifier telle ou telle de ses entreprises, rien à redire. La fin justifie les moyens. Qu’un peuple n’accorde pas le moindre crédit au mensonge du pouvoir, mais feigne le contraire, rien à redire non plus. Cela lui permet de se soumettre avec bonne conscience. »

Dès que je finis de lire l’opuscule, je renonçai par pur égoïsme à l’offrir et le rangeai à mon chevet parmi d’autres mauvaises lectures qui, depuis bien des années, ont fait de moi un piètre citoyen.

L’art du mensonge politique (Éditions Jérôme Millon)

Un Français s’en va

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Pierre Lefranc. Photo : http://lesamitiesdelaresistance.fr

Un des rares moments où j’ai repris espoir en la vie politique, où j’ai eu l’impression de ne pas me battre pour des idées qui n’étaient plus de saison, ce fut lors d’un meeting de Chevènement au Zénith de Lille pour la campagne présidentielle de 2002. Parmi les orateurs venus chauffer la salle, il y avait d’abord eu Rémy Auchedé. C’était un député communiste du Pas-de-Calais. S’il avait rejoint Chevènement, c’était parce qu’il lui semblait être le meilleur candidat possible pour lutter contre la mondialisation et la désindustrialisation : dans le Nord et le Pas-de-Calais, ce ne sont pas des concepts mais des friches industrielles au cœur des villes. Il n’avait guère confiance dans le PCF de Hue qu’il trouvait de moins en moins communiste.
Puis à la tribune, ce fut Pierre Lefranc.

Je m’avise, alors que je viens d’apprendre sa mort, qu’il avait déjà 80 ans. Il ne les faisait pas. Il doit y avoir une forme de grâce qui ne fait pas vieillir ceux qui voyagent toute leur vie avec un idéal comme on se promène avec une femme aimée. J’avais également déjà remarqué avec Messmer, voire Chaban, la tendance des grands barons du gaullisme, avec l’âge, à ressembler à De Gaulle lui-même. Pierre Lefranc, ce soir-là, en avait la stature, le débit, l’intonation.

Je me souviens notamment que Pierre Lefranc parla des dangers de la résurgence d’une domination sans partage de l’Allemagne à travers l’Union Européenne et la monnaie unique. On voit bien, ces jours-ci, que ce vieux monsieur disait n’importe quoi.
Il était né en 1922. Quand vous voyez, mais cela devient de plus en plus rare, un vieux gaulliste ou un vieux communiste encore en vie et qui sont toujours aussi gaulliste et aussi communiste, c’est en général qu’ils ont eu des flirts assez poussés avec l’Histoire. Celui de Pierre Lefranc commence par ce qui est peut-être l’acte fondateur de la Résistance : la manifestation étudiante du 11 novembre 1940 sous l’Arc de Triomphe pour déposer une gerbe sur la tombe du soldats inconnus. Le mouvement avait été spontané, on y trouvait majoritairement des membres de l’Action Française qui ne se résolvait pas à la politique de Collaboration mais aussi des communistes que ne paralysait pas le pacte germo-soviétique et qui demandaient la libération du professeur Paul Langevin, le célèbre physicien et accessoirement président du comité des intellectuels antifascistes, arrêté le 30 octobre. Cette manifestation fut violemment réprimée par la Wermarcht et Pierre Lefranc fut incarcéré à Fresnes, blessé.

A dix-huit ans, comme Fabrice del Dongo, on s’évade toujours. La destinée de Pierre Lefranc se confond ensuite avec celle de De Gaulle et du gaullisme : Londres, le parachutage en France en 44 pour harceler les troupes allemandes se repliant après le Débarquement et la poursuite de la guerre dans la 1ère armée de De Lattre. Tout en faisant partie des fondateurs du RPF, il en acceptera la dissolution et entamera une traversée du désert, avec les derniers fidèles jusqu’à la divine surprise de 58. Mais son gaullisme chimiquement pur, synonyme de fidélité se verra également au moment de 68 quand il comprendra très tôt que les révoltes étudiantes finiront par être les idiotes utiles d’une reprise en main pompidolienne d’une France que De Gaulle voulait non alignée, avec sa doctrine de défense « tous azimuts », c’est-à-dire avec les missiles de notre dissuasion nucléaire dirigés vers l’Est mais aussi vers l’Ouest.

C’est sans doute cette dénaturation du gaullisme dans des avatars successifs qui le transformèrent en banal mouvement de droite avant qu’il ne disparaisse complètement de notre vie politique qui fit qu’un soir de janvier, dans une salle où les gens venaient plutôt de la gauche, le vieil homme qui aimait la France fut acclamé.

Osez la prosopopée !

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La bulle polémique qui a gonflé, avant d’éclater piteusement autour du « sale mec » devrait être mise à profit pour instruire notre belle jeunesse. En effet, elle vient à point pour que les enseignants de français expliquent à leurs élèves qu’il existe une figure de style nommée prosopopée. Celle-ci consiste pour un locuteur à se mettre à la place d’une autre personne et de parler comme si on était dans sa peau.

Hollande, le temps d’une boutade devant six journaleux, s’est mué en Sarkozy causant à son peuple. Ce procédé rhétorique a été utilisé depuis l’antiquité pour mettre en scène de manière attractive et pédagogique des situations compliquées ou des concepts abstraits. Cela peut être très beau, surtout quand c’est signé par Charles Baudelaire.


« Je suis la pipe d’un auteur ;

On voit, à contempler ma mine,

D’Abyssinienne ou de Cafrine,

Que mon maître est un grand fumeur »

Hélas, la même figure peut aussi se révéler particulièrement lourdingue, comme peuvent en témoigner les infortunés spectateurs des Monologues du vagin.

L’usage de la prosopopée en politique est passablement risqué. En effet, on risque fort de tomber sur des journalistes malcomprenants, pour qui la prosopopée doit être la meuf du Pirée. Ainsi elle a couté jadis sa carrière politique à Philipp Jenninger, président du Bundestag. A l’occasion d’un discours de commémoration de la Nuit de Cristal , le 10 novembre 1988, il s’était mis dans la situation locutrice d’un Allemand moyen soutenant Hitler lors de ses premières années de pouvoir. Pour que cela passe, il faut être bon acteur, de façon à ce que le public perçoive sans ambiguïté qu’il ne s’agit pas des opinions de l’orateur. Ce brave Jenninger ayant lu laborieusement l’opus d’une de ses plumes, il a perdu les siennes qu’on lui recolla avec du goudron. Ceci est une métaphore, et pas des meilleures…

Pour qui votera Jeanne d’Arc ?

Photo : FredArt.

Nous venons d’assister, au cours des dernières quarante-huit heures, à une dispute d’héritage qui nous change quelque peu de l’unanimité béate dont nos politiques savent si bien faire preuve quand il s’agit d’Histoire[1. Comme nous le vîmes à l’occasion de l’examen de la proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien. A cet égard, nous attendons avec impatience le vote d’une loi proscrivant la négation du génocide des Indiens d’Amérique : on est le pays des Droits de l’Homme ou on ne l’est pas !].

Ainsi, concernant Jeanne d’Arc, il y a étripage en règle entre l’UMP et le Front National. Alors que le président de la République était vendredi à Vaucouleurs pour célébrer le 600ème anniversaire de la naissance de la Pucelle, Marine Le Pen, quant à elle, demeurait chagrine de s’être fait chiper son icône préférée.

Il est vrai que Jeanne est célébrée depuis longtemps par le FN, au travers notamment de sa fête du 1er Mai. Pour autant, Nicolas Sarkozy avait cette fois-ci décidé que l’héroïne « n’appartient à aucun parti, à aucune faction, à aucun clan (…) puissions-nous aussi continuer à penser à elle comme le symbole de notre unité et ne pas la laisser entre les mains de ceux qui voudraient s’en servir pour diviser ». Et oui ! Jeanne d’Arc, c’est comme l’histoire turque : elle appartient à tous les citoyens français !

Dès jeudi soir, dans le journal de France2, Marine Le Pen avait pourtant fait connaître sa désapprobation. Accusant l’UMP de « courir derrière le Front national » et de lui chaparder ses idées, elle revendiquait pour son camp « des conviction plus fortes, un cœur plus pur, et des jambes plus longues ». Après le célèbre adage « cheveux longs, idées courtes », voici venu le slogan promis à un bel avenir : « femme blonde, jambes longues, idées fécondes ».

En tout état de cause, la chamaillerie a assez duré. Il est notoire que la musique adoucit les mœurs. Nous nous permettons donc de conseiller aux caciques de la droite, « l’extrême » comme la « parlementaire », de réécouter, jusqu’à ce qu’ils soient calmés, cette superbe chanson à la gloire de Jeanne[2. Joan of Arc, adaptée de Seven Nation Army des White Stripes] réalisée par des professeurs d’Hawaï afin de mettre l’histoire à la portée de leurs élèves.

« Les sympoles nationaux, che me les cale en pas tu tos »

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photo : N4than!el (Flickr)

Alors que le personnel politique français se réappropriait Jeanne d’Arc hier, Eva Joly nous a joué le troisième acte de sa pièce de théâtre, de boulevard, intitulée : « Les sympoles nationaux, che me les cale en pas tu tos ». Après avoir fustigé le défilé militaire du 14 juillet, regretté les commémorations du 11 novembre, elle déplore aujourd’hui que soit honorée la Pucelle d’Orléans, ce « symbole ultranationaliste ».

Elle y va fort, la candidate verte. Ultranationaliste ! Voilà donc Jules Michelet, Marc Bloch et le Général de Gaulle placés à l’extrême droite de Bruno Gollnisch pour avoir magnifié et honoré l’enfant de Domrémy, sous prétexte que Jean-Marie Le Pen le fait chaque année. Comme d’ordinaire, avec Eva Joly, ne sombrons pas dans l’indignation -ça, c’est plutôt son truc- et rions-en tous ensemble. Pour ce faire, examinons plus en détail ses déclarations.

Notre visiteuse de calendrier et de roman national nous explique que « nous sommes confrontés à la plus grave crise depuis au moins la deuxième Guerre mondiale […] Jeanne d’Arc est une personnalité médiévale[…]». C’est vrai, c’est loin, tout ça. Nous serions néanmoins reconnaissants à la candidate écologiste de nous informer jusqu’à quelle date nous sommes autorisés à remonter le temps pour trouver des personnages historiques dignes d’intérêt. En tout cas, le pauvre Gutenberg[1. Voyez ma xénophilie ! Je n’ai pas choisi un personnage français !] né autour de 1400, alors que Jeanne a vu le jour en 1412, n’en fait assurément pas partie.

« […]c’est la pucelle qui a bouté hors de France les Anglais, ce n’est pas le symbole que nous cherchons aujourd’hui », poursuit-elle. Ah ? Et pourquoi donc ? « La place de la France est dans l’Europe avec les Allemands et avec les Anglais ». Partant, « aller chercher un symbole ultranationaliste dans la période où nous sommes, ça ne fait pas sens ». Eureka ! Il ne faut pas rappeler cette période maudite où Anglois et François se faisaient la guerre à Orléans, Paris et Compiègne, parce que Sarkozy et Cameron, en ce moment, ça ne va pas fort !

Je comprends mieux… Mais, dites-moi, madame Joly, de quelles héroïnes féminines vous sentez-vous proche, vous qui voyez dans « l’Histoire de France un grand livre [dans lequel] chacun y puise ce qu’il veut » ?

« Personnellement, je me sens plus proche des femmes héroïnes de la Résistance de la Seconde guerre mondiale que de Jeanne d’Arc […] Si on cherche l’inspiration, qu’on la trouve auprès de ces femmes-là! »

Si je comprends bien, bouter l’envahisseur anglais en 1429, c’est mal. Mais bouter l’envahisseur allemand en 1944, c’est chouette ! Anglophilie ? Germanophobie ? On pourrait aussi y voir de la cathophobie ou de la virginophobie. En tout cas, le théâtre d’Eva Joly me donne le tournis.

Sur les bienfaits du nihilisme

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Cioran. Image : siderevs.

1. UN ESTHÈTE DES RUINES

Cioran dans La Pléiade, qui l’aurait imaginé, il y a un demi-siècle ? Ce voyou de la philosophie n’avait à son crédit que quelques aphorismes douteux sur l’extermination de l’espèce, le déclin de l’Occident et les vertus du suicide, sans oublier quelques odes à la gloire de l’oncle Adolph (pas Schopenhauer, mais le moustachu). Ce métèque qui méprisait Sartre − il ne lui pardonnait pas, entre autres, d’avoir pissé sur la tombe de Chateaubriand − et se moquait de la religion du Progrès et du culte des victimes, ne méritait pas de figurer aux côtés de Sartre et de Camus dans une sépulture aussi prestigieuse. D’ailleurs, il ne le souhaitait pas. La gloire était la seule forme de déchéance à laquelle il nous semblait impossible qu’il succombât. La mort en a décidé autrement : l’étoile de Sartre pâlit, cependant que la sienne brille de tous ses feux. Ce qui accréditerait l’idée qu’il est préférable d’être un esthète des ruines qu’un idéaliste de la reconstruction, comme le formule joliment Frédéric Schiffter dans Un nihiliste au Panthéon, article paru dans Marianne, illustré par une émouvante photo de Cioran prise en 1994, un an avant sa mort. Ce diable d’homme était incroyablement photogénique et sa voix aux tonalités balkaniques en faisait un ensorceleur irrésistible. Nul mieux que lui n’a joué de l’humour qu’il y a dans l’horreur. Un exemple pris au hasard dans La Pléiade (page 978) : « Il n’est personne qui ne le débine. Je le défends contre tous, je me refuse à porter un jugement moral sur quelqu’un qui, adolescent, ayant été appelé à identifier le cadavre de son père à la morgue, réussit, en trompant la vigilance du gardien, à y rester et à y passer la nuit. Un tel exploit vous donne droit à tout, et il est naturel qu’il l’ait compris ainsi. » Ou encore : « Le suicide, seul acte vraiment normal, par quelle aberration est-il devenu l’apanage des tarés ? »[access capability= »lire_inedits »]

2. UNE BOÎTE DE PSYCHOTROPES

Parmi les manuscrits que je reçois quotidiennement, j’en ai retenu un, ce mois, qui fait écho mieux que bien des études savantes à l’esprit de Cioran. Il est signé d’un inconnu, Nicolas Boudin, et débute par cette phrase digne de notre bon maître de Dieppe : « L’aphorisme n’est une forme courte que sur la page, pas dans l’esprit. »

Je me permets de citer la lettre de l’auteur, avec son autorisation (on ne prend jamais trop de précautions en ces temps de judiciarisation effrénée). Il me rappelle que j’ai écrit que la folie et le suicide n’étaient sans doute que d’habiles tours de passe-passe destinés à conjurer l’angoisse du vide. Pour ce qui est du suicide, commente-t-il, je ne pourrais le garantir mais, en ce qui concerne la folie, les dix derniers mois que je viens de traverser auraient tendance à me prouver que votre intuition a été on ne peut plus juste.

L’anecdote, poursuit-il, remonte au mois de juin : non content de m’être sérieusement blessé au bras gauche en cherchant à voler, j’ai manqué de me noyer l’instant d’après en voulant marcher sur l’eau. Je ne vous raconte pas le reste pour ne pas me perdre en détails superflus.

Conclusion : « Il n’est pas inintéressant de constater que ma folie disparaît complètement quand la négation et une certaine ironie dans l’écriture deviennent mes passe-temps favoris. Dès que je me mets à croire, cela se finit immanquablement à l’hôpital. »

Il se souvient encore du jour où il a compris le nihilisme : « Riant, seul, dans ma chambre, j’étais encore en vie et n’éprouvais nul besoin d’en finir avec l’existence… Toute mon œuvre tient dans l’espace qui me sépare de ceux qui, à ma place, auraient avalé une boîte de psychotropes. »

Et ceci enfin, destiné directement à l’ami Schiffter : « Pour un matérialiste digne de ce nom, s’allonger sur son lit et faire une bonne sieste est une action aux conséquences innombrables sur le monde au même titre que l’assassinat d’un homme politique influent. »

3. UN ABÉCÉDAIRE D’ENFANTS MORTS

Je serais bien en peine de répondre à la question : Cioran a-t-il connu et apprécié le dessinateur et écrivain américain Edward Gorey (1925-2000) ? Une seule certitude : il n’est pas mentionné dans l’index de La Pléiade. Mais je ne doute pas qu’il se serait délecté en tournant les pages du recueil Les Enfants fichus, ce bref abécédaire d’enfants morts qui fait encore l’objet d’un culte aux États-Unis. On y découvre aussi bien une mère écrabouillant son enfant au plafond qu’un bambin dévoré par des insectes. Je passe sur l’affreux bébé explosé en plein ciel ou sur l’orpheline décharnée périssant de froid pour ne pas paraître plus sadique que je ne le suis.

Gorey, lui, reconnaissait sans vergogne : « J’ai tué beaucoup d’enfants dans mes livres. » Pourquoi détestez-vous à ce point les enfants ? lui demandait-on souvent. À quoi il répondait immanquablement: « Vous vous trompez. D’ailleurs, je ne connais pas d’enfants. » Il disait par ailleurs de sa vie sexuelle qu’elle était végétative et sans doute songeait-il, comme Cioran, que les enfants qu’il n’avait pas eus ne savaient pas le bonheur qu’ils lui devaient.

Il vécut selon son bon plaisir, mêlant dans ses dessins la somptuosité du gothique (il ne ratait jamais un épisode de Buffy contre les vampires) et la rigueur de l’absurde. Son éditeur en France, l’excellent Attila, raconte que dans The Loathsome Couple, cet extraordinaire recueil publié en 1977, il met en scène un couple démoniaque d’amants, Ian Brady et Myra Hindley, qui viola, supplicia et trucida plusieurs enfants. De nombreux libraires refusèrent de vendre le livre et des mères ulcérées le retournèrent lacéré à l’auteur. Voilà qui me met l’eau à la bouche.
Alicia, elle aussi, est une créature assez diabolique à l’allure de lycéenne tout ce qu’il y a de plus classique. Elle sévit à Cuba et se trouve embarquée dans des affaires on ne peut plus louches. Avec Alicia, nous sommes plus proches de Manara que de Gorey, mais bon, une petite cure d’érotisme n’a jamais fait de mal à personne. La BD s’intitule : Adios Muchachos (Ed. Rivages/Casterman/Noir ) et est excellemment adaptée du roman éponyme de Daniel Chavarria, écrivain uruguayen, né en 1933, maintes fois primé aux États-Unis et qui apporta un soutien logistique aux guérilleros colombiens, ce qui ne devrait pas déplaire à l’ami Jérôme Leroy.[/access]

 

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Y’a plus d’un cheveu sur la tête à Mathieu !

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François Hollande n’a pas traité Xavier Mathieu de « sale type ». Le délégué CGT de l’usine Continental de Clairoix, victime d’un plan social comme tant d’autres industries hexagonales, a pourtant subi un affront bien plus blessant que toutes les insultes imaginaires dénoncées par les bouches outrées de l’UMP.

Cette semaine, Mathieu comparaissait au tribunal pour sa participation au saccage de la sous-préfecture de Compiègne, il y a deux ans de cela. Aussi condamnables soient ces faits, le refus du syndicaliste de se prêter à un prélèvement ADN est bien compréhensible. Expliquant ne transmettre son ADN « que par amour », Mathieu gardera ses cheveux et sa salive à l’abri des tubes à essai juridiques.

Son peu d’entrain à vouloir se retrouver « entre Emile Louis et Marc Dutroux » pose une question grave à notre société de surveillance. Car, quoi qu’en disent les soutiens politiques de Mathieu (Mélenchon, Joly, Arthaud et Poutou), le fichage généralisé des « suspects » en tous genres n’est pas un simple caprice de la droite libérale. C’est toute notre société de la peur, de l’hygiène et du (faux) risque zéro, qui devrait comparaître devant le tribunal de nos consciences.

Au lieu de systématiquement défendre « les libertés » au pluriel, le Parti Socialiste aurait gagné à s’interroger sur cette lourde question éthique. Mais pour cela, il faudrait que nos campagnes présidentielles passent de l’échange de noms d’oiseaux au débat de fond. On peut toujours rêver !

Ne m’appelez plus jamais Seafrance !

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Photo : |JL62|.

Soyons attentifs aux signaux sémantiques : les salariés de Seafrance, la compagnie maritime transmanche filiale de la SNCF, en voie de liquidation, n’ont pas droit à l’article défini. On ne dit pas « les Seafrance », comme on dit « les Conti », ou jadis « Les Lip » pour désigner affectueusement un collectif de travailleurs en lutte pour défendre leur emploi menacé par la crise économique ou les délocalisations. On perçoit comme un malaise, dans la gauchosphère, à entonner le grand air de l’indignation contre la malfaisance du capitalisme sauvage et bestialement financier, qui jette sans états d’âmes les salariés à la rue ou, pour ce cas précis, par dessus bord.

Pourtant, le syndicat majoritaire à Seafrance, la CFDT, avait sorti de sa manche un narratif qui aurait dû lui gagner le soutien de tous les braves gens dont le cœur saigne en pensant aux familles vouées à la misère et la précarité par la loi d’airain du profit. « Nous, travailleurs de la mer, sommes prêts à poursuivre l’activité de la compagnie dans le cadre d’une société coopérative ouvrière de production (Scop). Et c’est possible, si l’Etat nous donne le coup de pouce indispensable : 50 millions d’euros pour apurer le passif ! ». Ledit Etat, c’est à dire vous et moi, est donc prié de passer à la caisse pour sortir du pétrin une entreprise qui rêve de maintenir bien haut le pavillon français entre Calais et Douvres.

Les vieux babas voient ressusciter le rêve d’autogestion qui faisait les beaux jours du défunt PSU, et les néo-indignés sont prêts à marcher sur Calais pour forcer les patrons à remettre les clés de Seafrance à la CFDT, en chemise et la corde au cou, comme il est d’usage dans les parages.
Mais cette fois-ci, le conte de fée social a fait un bide magistral et les héros autoproclamés de la classe ouvrière se sont révélés de fieffés escrocs à la compassion publique. Il aura fallu un coup de poker magistral de Nicolas Sarkozy pour que la réalité surgisse de l’enfumage pratiqué par les pontes syndicaux de Seafrance. Alors que les ministres concernés, Thierry Mariani et Nathalie Kosciusko-Morizet avaient rejeté le plan Scop pour cause de non-viabilité économique, le président de la République enjoint Guillaume Pépy, PDG de la SNCF, d’accorder des indemnités de licenciement extra-légales aux salariés de Seafrance. Celles-ci peuvent aller de 20 000 à 60 000 euros, en fonction du statut et de l’ancienneté des personnels concernés. Ainsi, explique Sarkozy, ceux qui veulent poursuivre l’activité maritime dans le cadre d’une Scop pourront investir ce bonus dans leur entreprise, et vogue la galère !

En bonne logique syndicale, les bouchons de champagne auraient dû sauter dans les chaumières de Calais… Il n’en a rien été, et les bonzes de la CFDT locale ont trouvé un prétexte bidon : l’insécurité juridique de la propriété des navires après liquidation[1. Argument fallacieux, car la SNCF s’était engagé a racheter les navires dans le cadre d’une liquidation judiciaire et à les louer ensuite à la Scop.] pour refuser de marcher dans la combine proposée par Nicolas Sarkozy. Pourquoi cette « marche arrière, toute ! » ordonnée par le carré des officiers cédétistes ? La réponse se trouve dans un rapport de la Cour des comptes sur la gestion de Seafrance datant de 2009, opportunément exhumé par nos confrères d’ Atlantico, qui pour le coup ont démontré qu’ils n’étaient pas manchots, si je peux me permettre.

Ce rapport met en lumière les pratiques proto-mafieuses du syndicat majoritaire, qui contrôlait l’embauche des salariés de l’entreprise, où régnait le népotisme et le clientélisme le plus débridé. La direction était impuissante devant les diktats du syndicat, qui imposait des effectifs disproportionnés par rapport à l’activité de la compagnie, par ailleurs soumise à la rude concurrence des armateurs britanniques, plus stricts sur les critères de gestion. De plus, l’absentéisme du personnel titulaire de Seafrance dépassait toutes les normes constatées dans d’autres secteurs, avec une moyenne annuelle de trente-neuf journées par salarié, ce qui contraignait la compagnie à faire assurer leur service par des CDD. La Scop telle que la rêvait les chefs syndicaux était d’une espèce tout à fait singulière : on devient les vrais patrons, on ne touche a rien, et si les déficits persistent, la puissance publique comble les trous sans rechigner. On apprenait, de surcroît, que ces mêmes leaders syndicaux avaient repoussé une offre de reprise par la société d’armement Louis-Dreyfus, qui aurait préservé environ cinq cents des huit cent quatre-vingt postes de travail de Seafrance…
La CFDT confédérale, jusque là très discrète sur le dossier Seafrance, vient de désavouer sa section locale, dont les manipulations de tous ordres – allant jusqu’à l’intimidation physique des employés rétifs à suivre ses consignes – risquaient de porter atteinte à l’image de la centrale dirigée par François Chérèque.

Cette affaire ne constitue pas un cas isolé et exceptionnel. Une forme dévoyée de syndicalisme, plus proche des pratiques américaines illustrées dans le film Sur les quais d’Elia Kazan que des idéaux de la charte d’Amiens, a porté un coup fatal à des secteurs entiers de l’économie nationale. Si nos ports sont délaissés par les armateurs internationaux, si la presse quotidienne nationale est en état de soins palliatifs, si les NMPP (messageries de presse) ne vont guère mieux, c’est que pendant des décennies des syndicats tout puissants ont dicté leur loi aux entrepreneurs. Le « closed shop » (contrôle de l’embauche par le syndicat) a fait passer l’allégeance devant la compétence. Ainsi, comme journaliste de la presse parisienne au siècle dernier, j’ai pu observer comment le syndicat CGT du Livre recasait dans les imprimeries les employés des municipalités communistes victimes du déclin électoral du PCF. Le nombre des emplois détruits par ce système n’a jamais fait la une des journaux, même pas du Figaro, et pour cause : pendant des années Robert Hersant, lorsqu’il contrôlait ce groupe de presse, a entretenu les meilleurs rapports avec les bonzes de la CGT du Livre, empêchant toute solidarité patronale face à leur mainmise sur l’outil de production.

Dans l’enfer réservé dans l’au-delà aux exploiteurs, les patrons-voyous devraient faire bon ménage avec les syndicalistes de la même farine.

Barbus de tous les pays…

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Vous avez en Israël, parmi les Juifs, des hommes qui vous ressemblent. Ils sont dignes de vivre parmi vous, et puisque telle est leur place légitime, permettez-moi de vous adresser cette supplique.
Voulez-vous bien enlever Shlomo Fuchs du monde isrélien impur qui risque de le souiller, et lui permettre de prier tout son saoul durant toute sa détention, à la condition impérative que vous vous engagiez à ne pas le mettre à proximité d’une femme.
Et si même vous pouviez le convertir à l’Islam, vous seriez bénis pour cette mitsva par le Dieu des islamistes et par celui des Juifs non hallucinés
Voici ce qu’il a fait, et que vous ne pouvez qu’approuver de toute votre foi.

Shlomo Fuchs : Pourquoi j’ai traité cette soldate israélienne de salope
 (paru sur le site internet israélien Ynet–Yedihot Aharonot).
« L’homme, inculpé de harcèlement sexuel, a traité une jeune soldate qui refusait de s’asseoir dans la partie arrière d’un autobus, de « salope » 
Shlomo Fuchs, dont le comportement a révulsé le public et les médias israéliens, déclare au site qui l’interviewe que « cette fille a agi avec provocation », avant d’ajouter que « la moindre des choses, c’est qu’une femme ne se tienne jamais au milieu d’un groupe d’hommes. 

Selon lui, la soldate serait intervenue dans une dispute opposant Fuchs à une autre passagère, « voilà pourquoi je l’ai traitée de salope ». 

Fuchs, âgé de quarante-quatre ans, a précisé qu’il se rendait de son domicile à la Yeshiva qu’il fréquente, dans le quartier de Neve Yaakov, lorsqu’il a vu « une femme russe debout, à l’avant de l’autobus, à proximité d’une rangée de sièges destinés aux hommes ».

 »Je lui ai dit qu’elle n’avait pas à présenter sa carte de transport et qu’elle pouvait s’installer tout de suite à l’autre bout du véhicule. La soldate est intervenue lui lançant : elle ira où elle le souhaite’ ; 
la soldate l’aurait alors insulté le traitant de  » de parasite, qui prend l’argent de l’Etat » alors qu’elle, comme militaire, le protégeait.

 Pour Fuchs : « Comment peut-on dire des choses pareilles ? En fréquentant la synagogue huit heures par jour, c’est moi qui la protège ! ».

Selon la version des faits qu’a livrée Fuchs, il ignore en fait le sens du mot ‘salope’ puisqu’il n’a pas de télévision et ne lit jamais les journaux.
Il a solennellement déclaré qu’il ne « pardonnera jamais à la soldate son attitude qui lui a fait perdre de longues heures normalement consacrées à l’étude ou la prière ».

Fuchs accuse aussi la police d’avoir « délibérément confié l’enquête à des policières qui l’auraient harcelé parce qu’il est ultra-orthodoxe ». 

Enfin, interrogé sur l’utilisation de signes évoquant la Shoah, par les manifestants réunis samedi soir dernier, à Jérusalem, Fuchs a répondu : « Je sympathise avec ceux qui se sentent persécutés. On a tenté de me présenter comme le pire des criminels de la terre, et dans cette perspective, il est juste d’évoquer le sort funeste réservé aux juifs pendant des générations ».

Chers islamistes. Voilà un Juif, un de plus, qui a compris que les Israéliens se comportent comme les nazis. Il est des vôtres, récupérez-le ! Vous avez entre les mains la solution divine au conflit entre Israël et ses voisins : un regroupement des fous de Dieu de tous bords, se tenant entre hommes par leurs barbes. Et les femmes ? Qu’ils les laissent aux mécréants.

Pauvre, sois heureux !

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Photo : Eric.Parker.

J’aime beaucoup Le Parisien qui d’ailleurs ne s’appelle plus Le Parisien une fois passées les frontières de l’Ile-de-France mais Aujourd’hui, ce qui traduit un louable souci de parler au plus grand monde. Le Parisien est sans doute, au sens noble du terme, le dernier quotidien populaire en France avec des pages hippiques, un horoscope et une carte météo qui ne ressemble pas à un timbre poste. Et contrairement à ses confrères d’Outre-Manche, pour être populaire, il ne se vautre pas pour autant dans la fange hystérique des tabloïds. Il sait même faire des unes avec des dossiers simples et didactiques sur des sujets austères que tout le monde feint de comprendre, comme l’économie en temps de crise.

Justement, avec le souci du bonheur du plus grand nombre, dans son édition du 2 janvier, Le Parisien nous propose une page avec 12 conseils pour aimer 2012. On appréciera le souci euphonique du titre. En dessous, pour « faire dossier », il y a un court entretien avec un neurobiologiste. La situation est donc si grave qu’il faille d’une part des conseils pour aimer une année à venir et d’autre part faire appel à un homme de science pour nous parler de la manière d’être heureux. On voudrait nous suggérer, même inconsciemment, que notre morosité est plutôt une question de taux de lithium et de sérotonine dans notre cerveau et n’a pas pour cause un cousin qui vient de perdre son boulot et fait flirter le taux de chômage avec les 10% de la population active qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Mais non, le neurobiologiste ne nous ordonne pas de nous mettre sous antidépresseurs, il veut juste que nous ayons une attitude positive et il le résume en un conseil d’une pertinence qui laisse rêveur : « Il faut aller de l’avant pour être heureux. »

Monsieur Prudhomme et le pharmacien Homais réunis dans un brain trust sous les auspices de Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues n’auraient pas trouvé mieux. D’autant plus que c’est discutable, cette idée d’aller de l’avant quand on a le sentiment d’être au bord d’un précipice…
Mais revenons aux douze conseils du Parisien. Le premier nous indique que « les plaisirs doux sont souvent les moins chers » et de nous conseiller d’écouter une chanson que l’on aime. C’est vrai que c’est une bonne idée surtout quand le deuxième conseil nous demande de nous extasier sur le fait que « le smic augmente, c’est mieux que rien. » Il est vrai qu’à 1398 euros 37 bruts, il vaut mieux avoir des joies pas chères et laisser le foie gras à ceux qui ont de l’argent.

Si on parle de gastronomie, c’est que Le Parisien nous conseille en septième position de faire honneur à la gastronomie française récemment honorée par l’Unesco. Moi, je veux bien, mais je maintiens qu’avec 1398 euros 37 bruts, c’est un peu compliqué. Mais qu’importe, on nous donne un excellent conseil 3 : « La méthode Coué, ça marche ! » Répétez, pour voir, vingt fois « Mes œufs mayonnaises sont du foie gras, mes oeufs mayonnaises sont du foie gras » vous allez voir, ça marche !

Sinon, très antipascalien, Le Parisien nous conseille le divertissement. Cesser de s’occuper de soi et de son angoisse métaphysique pour s’occuper d’autrui (conseil 4), car donner à plus pauvre que soi non seulement c’est moral et ça évite à l’Etat de le faire. On pourra aussi oublier ses soucis en regardant les grandes compétitions sportives dont les JO et la Coupe d’Europe(conseil 8), façon discrète de nous faire comprendre que l’adage « Des œufs mayonnaise et des jeux » est toujours d’actualité quand les empires s’écroulent. Pour finir, on recommande même (conseil 10) de faire des bébés même si la France a déjà fait ses preuves en ayant la première natalité d’Europe avec deux enfants par femme. Mais là, on se souvient surtout que le regretté Alphonse Boudard appelait les étreintes « le café du pauvre » car cela ne coûtait rien, en tout cas sur le coup, si vous me passez l’expression.

Non décidément, le seul conseil qui me semble jurer dans cette liste qui sent bon la soumission à l’ordre des choses, c’est le numéro 9 : « Ne vous privez pas d’aller voter ». Effectivement, ça, on ne va pas s’en priver.

Swift 2012

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Jonathan Swift. Photo : MaestroBen.

L’autre jour, en cherchant des livres à acheter afin de les offrir autour de moi, je suis tombé sur un savoureux libelle: L’art du mensonge politique (Éditions Jérôme Millon) — un texte paru sans nom d’auteur en 1733. Le ton ironique est si fin et si mordant que l’on en a longtemps attribué la paternité à Jonathan Swift. En fait, les spécialistes pensent que le coupable est un ami de Swift, John Arbuthnot. Qu’importe. C’est un excellent ouvrage de civilité cynique à ranger parmi les classiques du genre : Le Prince, de Machiavel et L’homme de cour, de Baltasar Gracián, mais en plus gaguesque. Il se lit en une heure. On sourit à chaque chapitre. Du gai savoir, en somme, destiné à déniaiser ceux qui gobent les programmes électoraux, les déclarations

gouvernementales, la propagande de guerre, le prêchi-prêcha philosophique, ou ceux qui, tout bonnement, croient à la franchise dans les rapports humains.
Bien sûr, les jobards ne le liront pas. S’ils le lisent, ils y verront une exagération. Qu’ils ne viennent pas couiner s’ils finissent, comme d’habitude, à poil. Pour ma part, dans un ouvrage qui marquera l’Histoire des Idées, à savoir notre Traité du Cafard, j’avais écrit : « Qu’un pouvoir use du mensonge pour justifier telle ou telle de ses entreprises, rien à redire. La fin justifie les moyens. Qu’un peuple n’accorde pas le moindre crédit au mensonge du pouvoir, mais feigne le contraire, rien à redire non plus. Cela lui permet de se soumettre avec bonne conscience. »

Dès que je finis de lire l’opuscule, je renonçai par pur égoïsme à l’offrir et le rangeai à mon chevet parmi d’autres mauvaises lectures qui, depuis bien des années, ont fait de moi un piètre citoyen.

L’art du mensonge politique (Éditions Jérôme Millon)

Un Français s’en va

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Pierre Lefranc. Photo : http://lesamitiesdelaresistance.fr

Un des rares moments où j’ai repris espoir en la vie politique, où j’ai eu l’impression de ne pas me battre pour des idées qui n’étaient plus de saison, ce fut lors d’un meeting de Chevènement au Zénith de Lille pour la campagne présidentielle de 2002. Parmi les orateurs venus chauffer la salle, il y avait d’abord eu Rémy Auchedé. C’était un député communiste du Pas-de-Calais. S’il avait rejoint Chevènement, c’était parce qu’il lui semblait être le meilleur candidat possible pour lutter contre la mondialisation et la désindustrialisation : dans le Nord et le Pas-de-Calais, ce ne sont pas des concepts mais des friches industrielles au cœur des villes. Il n’avait guère confiance dans le PCF de Hue qu’il trouvait de moins en moins communiste.
Puis à la tribune, ce fut Pierre Lefranc.

Je m’avise, alors que je viens d’apprendre sa mort, qu’il avait déjà 80 ans. Il ne les faisait pas. Il doit y avoir une forme de grâce qui ne fait pas vieillir ceux qui voyagent toute leur vie avec un idéal comme on se promène avec une femme aimée. J’avais également déjà remarqué avec Messmer, voire Chaban, la tendance des grands barons du gaullisme, avec l’âge, à ressembler à De Gaulle lui-même. Pierre Lefranc, ce soir-là, en avait la stature, le débit, l’intonation.

Je me souviens notamment que Pierre Lefranc parla des dangers de la résurgence d’une domination sans partage de l’Allemagne à travers l’Union Européenne et la monnaie unique. On voit bien, ces jours-ci, que ce vieux monsieur disait n’importe quoi.
Il était né en 1922. Quand vous voyez, mais cela devient de plus en plus rare, un vieux gaulliste ou un vieux communiste encore en vie et qui sont toujours aussi gaulliste et aussi communiste, c’est en général qu’ils ont eu des flirts assez poussés avec l’Histoire. Celui de Pierre Lefranc commence par ce qui est peut-être l’acte fondateur de la Résistance : la manifestation étudiante du 11 novembre 1940 sous l’Arc de Triomphe pour déposer une gerbe sur la tombe du soldats inconnus. Le mouvement avait été spontané, on y trouvait majoritairement des membres de l’Action Française qui ne se résolvait pas à la politique de Collaboration mais aussi des communistes que ne paralysait pas le pacte germo-soviétique et qui demandaient la libération du professeur Paul Langevin, le célèbre physicien et accessoirement président du comité des intellectuels antifascistes, arrêté le 30 octobre. Cette manifestation fut violemment réprimée par la Wermarcht et Pierre Lefranc fut incarcéré à Fresnes, blessé.

A dix-huit ans, comme Fabrice del Dongo, on s’évade toujours. La destinée de Pierre Lefranc se confond ensuite avec celle de De Gaulle et du gaullisme : Londres, le parachutage en France en 44 pour harceler les troupes allemandes se repliant après le Débarquement et la poursuite de la guerre dans la 1ère armée de De Lattre. Tout en faisant partie des fondateurs du RPF, il en acceptera la dissolution et entamera une traversée du désert, avec les derniers fidèles jusqu’à la divine surprise de 58. Mais son gaullisme chimiquement pur, synonyme de fidélité se verra également au moment de 68 quand il comprendra très tôt que les révoltes étudiantes finiront par être les idiotes utiles d’une reprise en main pompidolienne d’une France que De Gaulle voulait non alignée, avec sa doctrine de défense « tous azimuts », c’est-à-dire avec les missiles de notre dissuasion nucléaire dirigés vers l’Est mais aussi vers l’Ouest.

C’est sans doute cette dénaturation du gaullisme dans des avatars successifs qui le transformèrent en banal mouvement de droite avant qu’il ne disparaisse complètement de notre vie politique qui fit qu’un soir de janvier, dans une salle où les gens venaient plutôt de la gauche, le vieil homme qui aimait la France fut acclamé.

Osez la prosopopée !

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La bulle polémique qui a gonflé, avant d’éclater piteusement autour du « sale mec » devrait être mise à profit pour instruire notre belle jeunesse. En effet, elle vient à point pour que les enseignants de français expliquent à leurs élèves qu’il existe une figure de style nommée prosopopée. Celle-ci consiste pour un locuteur à se mettre à la place d’une autre personne et de parler comme si on était dans sa peau.

Hollande, le temps d’une boutade devant six journaleux, s’est mué en Sarkozy causant à son peuple. Ce procédé rhétorique a été utilisé depuis l’antiquité pour mettre en scène de manière attractive et pédagogique des situations compliquées ou des concepts abstraits. Cela peut être très beau, surtout quand c’est signé par Charles Baudelaire.


« Je suis la pipe d’un auteur ;

On voit, à contempler ma mine,

D’Abyssinienne ou de Cafrine,

Que mon maître est un grand fumeur »

Hélas, la même figure peut aussi se révéler particulièrement lourdingue, comme peuvent en témoigner les infortunés spectateurs des Monologues du vagin.

L’usage de la prosopopée en politique est passablement risqué. En effet, on risque fort de tomber sur des journalistes malcomprenants, pour qui la prosopopée doit être la meuf du Pirée. Ainsi elle a couté jadis sa carrière politique à Philipp Jenninger, président du Bundestag. A l’occasion d’un discours de commémoration de la Nuit de Cristal , le 10 novembre 1988, il s’était mis dans la situation locutrice d’un Allemand moyen soutenant Hitler lors de ses premières années de pouvoir. Pour que cela passe, il faut être bon acteur, de façon à ce que le public perçoive sans ambiguïté qu’il ne s’agit pas des opinions de l’orateur. Ce brave Jenninger ayant lu laborieusement l’opus d’une de ses plumes, il a perdu les siennes qu’on lui recolla avec du goudron. Ceci est une métaphore, et pas des meilleures…

Pour qui votera Jeanne d’Arc ?

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Photo : FredArt.

Nous venons d’assister, au cours des dernières quarante-huit heures, à une dispute d’héritage qui nous change quelque peu de l’unanimité béate dont nos politiques savent si bien faire preuve quand il s’agit d’Histoire[1. Comme nous le vîmes à l’occasion de l’examen de la proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien. A cet égard, nous attendons avec impatience le vote d’une loi proscrivant la négation du génocide des Indiens d’Amérique : on est le pays des Droits de l’Homme ou on ne l’est pas !].

Ainsi, concernant Jeanne d’Arc, il y a étripage en règle entre l’UMP et le Front National. Alors que le président de la République était vendredi à Vaucouleurs pour célébrer le 600ème anniversaire de la naissance de la Pucelle, Marine Le Pen, quant à elle, demeurait chagrine de s’être fait chiper son icône préférée.

Il est vrai que Jeanne est célébrée depuis longtemps par le FN, au travers notamment de sa fête du 1er Mai. Pour autant, Nicolas Sarkozy avait cette fois-ci décidé que l’héroïne « n’appartient à aucun parti, à aucune faction, à aucun clan (…) puissions-nous aussi continuer à penser à elle comme le symbole de notre unité et ne pas la laisser entre les mains de ceux qui voudraient s’en servir pour diviser ». Et oui ! Jeanne d’Arc, c’est comme l’histoire turque : elle appartient à tous les citoyens français !

Dès jeudi soir, dans le journal de France2, Marine Le Pen avait pourtant fait connaître sa désapprobation. Accusant l’UMP de « courir derrière le Front national » et de lui chaparder ses idées, elle revendiquait pour son camp « des conviction plus fortes, un cœur plus pur, et des jambes plus longues ». Après le célèbre adage « cheveux longs, idées courtes », voici venu le slogan promis à un bel avenir : « femme blonde, jambes longues, idées fécondes ».

En tout état de cause, la chamaillerie a assez duré. Il est notoire que la musique adoucit les mœurs. Nous nous permettons donc de conseiller aux caciques de la droite, « l’extrême » comme la « parlementaire », de réécouter, jusqu’à ce qu’ils soient calmés, cette superbe chanson à la gloire de Jeanne[2. Joan of Arc, adaptée de Seven Nation Army des White Stripes] réalisée par des professeurs d’Hawaï afin de mettre l’histoire à la portée de leurs élèves.

« Les sympoles nationaux, che me les cale en pas tu tos »

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photo : N4than!el (Flickr)

Alors que le personnel politique français se réappropriait Jeanne d’Arc hier, Eva Joly nous a joué le troisième acte de sa pièce de théâtre, de boulevard, intitulée : « Les sympoles nationaux, che me les cale en pas tu tos ». Après avoir fustigé le défilé militaire du 14 juillet, regretté les commémorations du 11 novembre, elle déplore aujourd’hui que soit honorée la Pucelle d’Orléans, ce « symbole ultranationaliste ».

Elle y va fort, la candidate verte. Ultranationaliste ! Voilà donc Jules Michelet, Marc Bloch et le Général de Gaulle placés à l’extrême droite de Bruno Gollnisch pour avoir magnifié et honoré l’enfant de Domrémy, sous prétexte que Jean-Marie Le Pen le fait chaque année. Comme d’ordinaire, avec Eva Joly, ne sombrons pas dans l’indignation -ça, c’est plutôt son truc- et rions-en tous ensemble. Pour ce faire, examinons plus en détail ses déclarations.

Notre visiteuse de calendrier et de roman national nous explique que « nous sommes confrontés à la plus grave crise depuis au moins la deuxième Guerre mondiale […] Jeanne d’Arc est une personnalité médiévale[…]». C’est vrai, c’est loin, tout ça. Nous serions néanmoins reconnaissants à la candidate écologiste de nous informer jusqu’à quelle date nous sommes autorisés à remonter le temps pour trouver des personnages historiques dignes d’intérêt. En tout cas, le pauvre Gutenberg[1. Voyez ma xénophilie ! Je n’ai pas choisi un personnage français !] né autour de 1400, alors que Jeanne a vu le jour en 1412, n’en fait assurément pas partie.

« […]c’est la pucelle qui a bouté hors de France les Anglais, ce n’est pas le symbole que nous cherchons aujourd’hui », poursuit-elle. Ah ? Et pourquoi donc ? « La place de la France est dans l’Europe avec les Allemands et avec les Anglais ». Partant, « aller chercher un symbole ultranationaliste dans la période où nous sommes, ça ne fait pas sens ». Eureka ! Il ne faut pas rappeler cette période maudite où Anglois et François se faisaient la guerre à Orléans, Paris et Compiègne, parce que Sarkozy et Cameron, en ce moment, ça ne va pas fort !

Je comprends mieux… Mais, dites-moi, madame Joly, de quelles héroïnes féminines vous sentez-vous proche, vous qui voyez dans « l’Histoire de France un grand livre [dans lequel] chacun y puise ce qu’il veut » ?

« Personnellement, je me sens plus proche des femmes héroïnes de la Résistance de la Seconde guerre mondiale que de Jeanne d’Arc […] Si on cherche l’inspiration, qu’on la trouve auprès de ces femmes-là! »

Si je comprends bien, bouter l’envahisseur anglais en 1429, c’est mal. Mais bouter l’envahisseur allemand en 1944, c’est chouette ! Anglophilie ? Germanophobie ? On pourrait aussi y voir de la cathophobie ou de la virginophobie. En tout cas, le théâtre d’Eva Joly me donne le tournis.

Sur les bienfaits du nihilisme

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Cioran. Image : siderevs.

1. UN ESTHÈTE DES RUINES

Cioran dans La Pléiade, qui l’aurait imaginé, il y a un demi-siècle ? Ce voyou de la philosophie n’avait à son crédit que quelques aphorismes douteux sur l’extermination de l’espèce, le déclin de l’Occident et les vertus du suicide, sans oublier quelques odes à la gloire de l’oncle Adolph (pas Schopenhauer, mais le moustachu). Ce métèque qui méprisait Sartre − il ne lui pardonnait pas, entre autres, d’avoir pissé sur la tombe de Chateaubriand − et se moquait de la religion du Progrès et du culte des victimes, ne méritait pas de figurer aux côtés de Sartre et de Camus dans une sépulture aussi prestigieuse. D’ailleurs, il ne le souhaitait pas. La gloire était la seule forme de déchéance à laquelle il nous semblait impossible qu’il succombât. La mort en a décidé autrement : l’étoile de Sartre pâlit, cependant que la sienne brille de tous ses feux. Ce qui accréditerait l’idée qu’il est préférable d’être un esthète des ruines qu’un idéaliste de la reconstruction, comme le formule joliment Frédéric Schiffter dans Un nihiliste au Panthéon, article paru dans Marianne, illustré par une émouvante photo de Cioran prise en 1994, un an avant sa mort. Ce diable d’homme était incroyablement photogénique et sa voix aux tonalités balkaniques en faisait un ensorceleur irrésistible. Nul mieux que lui n’a joué de l’humour qu’il y a dans l’horreur. Un exemple pris au hasard dans La Pléiade (page 978) : « Il n’est personne qui ne le débine. Je le défends contre tous, je me refuse à porter un jugement moral sur quelqu’un qui, adolescent, ayant été appelé à identifier le cadavre de son père à la morgue, réussit, en trompant la vigilance du gardien, à y rester et à y passer la nuit. Un tel exploit vous donne droit à tout, et il est naturel qu’il l’ait compris ainsi. » Ou encore : « Le suicide, seul acte vraiment normal, par quelle aberration est-il devenu l’apanage des tarés ? »[access capability= »lire_inedits »]

2. UNE BOÎTE DE PSYCHOTROPES

Parmi les manuscrits que je reçois quotidiennement, j’en ai retenu un, ce mois, qui fait écho mieux que bien des études savantes à l’esprit de Cioran. Il est signé d’un inconnu, Nicolas Boudin, et débute par cette phrase digne de notre bon maître de Dieppe : « L’aphorisme n’est une forme courte que sur la page, pas dans l’esprit. »

Je me permets de citer la lettre de l’auteur, avec son autorisation (on ne prend jamais trop de précautions en ces temps de judiciarisation effrénée). Il me rappelle que j’ai écrit que la folie et le suicide n’étaient sans doute que d’habiles tours de passe-passe destinés à conjurer l’angoisse du vide. Pour ce qui est du suicide, commente-t-il, je ne pourrais le garantir mais, en ce qui concerne la folie, les dix derniers mois que je viens de traverser auraient tendance à me prouver que votre intuition a été on ne peut plus juste.

L’anecdote, poursuit-il, remonte au mois de juin : non content de m’être sérieusement blessé au bras gauche en cherchant à voler, j’ai manqué de me noyer l’instant d’après en voulant marcher sur l’eau. Je ne vous raconte pas le reste pour ne pas me perdre en détails superflus.

Conclusion : « Il n’est pas inintéressant de constater que ma folie disparaît complètement quand la négation et une certaine ironie dans l’écriture deviennent mes passe-temps favoris. Dès que je me mets à croire, cela se finit immanquablement à l’hôpital. »

Il se souvient encore du jour où il a compris le nihilisme : « Riant, seul, dans ma chambre, j’étais encore en vie et n’éprouvais nul besoin d’en finir avec l’existence… Toute mon œuvre tient dans l’espace qui me sépare de ceux qui, à ma place, auraient avalé une boîte de psychotropes. »

Et ceci enfin, destiné directement à l’ami Schiffter : « Pour un matérialiste digne de ce nom, s’allonger sur son lit et faire une bonne sieste est une action aux conséquences innombrables sur le monde au même titre que l’assassinat d’un homme politique influent. »

3. UN ABÉCÉDAIRE D’ENFANTS MORTS

Je serais bien en peine de répondre à la question : Cioran a-t-il connu et apprécié le dessinateur et écrivain américain Edward Gorey (1925-2000) ? Une seule certitude : il n’est pas mentionné dans l’index de La Pléiade. Mais je ne doute pas qu’il se serait délecté en tournant les pages du recueil Les Enfants fichus, ce bref abécédaire d’enfants morts qui fait encore l’objet d’un culte aux États-Unis. On y découvre aussi bien une mère écrabouillant son enfant au plafond qu’un bambin dévoré par des insectes. Je passe sur l’affreux bébé explosé en plein ciel ou sur l’orpheline décharnée périssant de froid pour ne pas paraître plus sadique que je ne le suis.

Gorey, lui, reconnaissait sans vergogne : « J’ai tué beaucoup d’enfants dans mes livres. » Pourquoi détestez-vous à ce point les enfants ? lui demandait-on souvent. À quoi il répondait immanquablement: « Vous vous trompez. D’ailleurs, je ne connais pas d’enfants. » Il disait par ailleurs de sa vie sexuelle qu’elle était végétative et sans doute songeait-il, comme Cioran, que les enfants qu’il n’avait pas eus ne savaient pas le bonheur qu’ils lui devaient.

Il vécut selon son bon plaisir, mêlant dans ses dessins la somptuosité du gothique (il ne ratait jamais un épisode de Buffy contre les vampires) et la rigueur de l’absurde. Son éditeur en France, l’excellent Attila, raconte que dans The Loathsome Couple, cet extraordinaire recueil publié en 1977, il met en scène un couple démoniaque d’amants, Ian Brady et Myra Hindley, qui viola, supplicia et trucida plusieurs enfants. De nombreux libraires refusèrent de vendre le livre et des mères ulcérées le retournèrent lacéré à l’auteur. Voilà qui me met l’eau à la bouche.
Alicia, elle aussi, est une créature assez diabolique à l’allure de lycéenne tout ce qu’il y a de plus classique. Elle sévit à Cuba et se trouve embarquée dans des affaires on ne peut plus louches. Avec Alicia, nous sommes plus proches de Manara que de Gorey, mais bon, une petite cure d’érotisme n’a jamais fait de mal à personne. La BD s’intitule : Adios Muchachos (Ed. Rivages/Casterman/Noir ) et est excellemment adaptée du roman éponyme de Daniel Chavarria, écrivain uruguayen, né en 1933, maintes fois primé aux États-Unis et qui apporta un soutien logistique aux guérilleros colombiens, ce qui ne devrait pas déplaire à l’ami Jérôme Leroy.[/access]

 

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Y’a plus d’un cheveu sur la tête à Mathieu !

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François Hollande n’a pas traité Xavier Mathieu de « sale type ». Le délégué CGT de l’usine Continental de Clairoix, victime d’un plan social comme tant d’autres industries hexagonales, a pourtant subi un affront bien plus blessant que toutes les insultes imaginaires dénoncées par les bouches outrées de l’UMP.

Cette semaine, Mathieu comparaissait au tribunal pour sa participation au saccage de la sous-préfecture de Compiègne, il y a deux ans de cela. Aussi condamnables soient ces faits, le refus du syndicaliste de se prêter à un prélèvement ADN est bien compréhensible. Expliquant ne transmettre son ADN « que par amour », Mathieu gardera ses cheveux et sa salive à l’abri des tubes à essai juridiques.

Son peu d’entrain à vouloir se retrouver « entre Emile Louis et Marc Dutroux » pose une question grave à notre société de surveillance. Car, quoi qu’en disent les soutiens politiques de Mathieu (Mélenchon, Joly, Arthaud et Poutou), le fichage généralisé des « suspects » en tous genres n’est pas un simple caprice de la droite libérale. C’est toute notre société de la peur, de l’hygiène et du (faux) risque zéro, qui devrait comparaître devant le tribunal de nos consciences.

Au lieu de systématiquement défendre « les libertés » au pluriel, le Parti Socialiste aurait gagné à s’interroger sur cette lourde question éthique. Mais pour cela, il faudrait que nos campagnes présidentielles passent de l’échange de noms d’oiseaux au débat de fond. On peut toujours rêver !

Ne m’appelez plus jamais Seafrance !

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Photo : |JL62|.

Soyons attentifs aux signaux sémantiques : les salariés de Seafrance, la compagnie maritime transmanche filiale de la SNCF, en voie de liquidation, n’ont pas droit à l’article défini. On ne dit pas « les Seafrance », comme on dit « les Conti », ou jadis « Les Lip » pour désigner affectueusement un collectif de travailleurs en lutte pour défendre leur emploi menacé par la crise économique ou les délocalisations. On perçoit comme un malaise, dans la gauchosphère, à entonner le grand air de l’indignation contre la malfaisance du capitalisme sauvage et bestialement financier, qui jette sans états d’âmes les salariés à la rue ou, pour ce cas précis, par dessus bord.

Pourtant, le syndicat majoritaire à Seafrance, la CFDT, avait sorti de sa manche un narratif qui aurait dû lui gagner le soutien de tous les braves gens dont le cœur saigne en pensant aux familles vouées à la misère et la précarité par la loi d’airain du profit. « Nous, travailleurs de la mer, sommes prêts à poursuivre l’activité de la compagnie dans le cadre d’une société coopérative ouvrière de production (Scop). Et c’est possible, si l’Etat nous donne le coup de pouce indispensable : 50 millions d’euros pour apurer le passif ! ». Ledit Etat, c’est à dire vous et moi, est donc prié de passer à la caisse pour sortir du pétrin une entreprise qui rêve de maintenir bien haut le pavillon français entre Calais et Douvres.

Les vieux babas voient ressusciter le rêve d’autogestion qui faisait les beaux jours du défunt PSU, et les néo-indignés sont prêts à marcher sur Calais pour forcer les patrons à remettre les clés de Seafrance à la CFDT, en chemise et la corde au cou, comme il est d’usage dans les parages.
Mais cette fois-ci, le conte de fée social a fait un bide magistral et les héros autoproclamés de la classe ouvrière se sont révélés de fieffés escrocs à la compassion publique. Il aura fallu un coup de poker magistral de Nicolas Sarkozy pour que la réalité surgisse de l’enfumage pratiqué par les pontes syndicaux de Seafrance. Alors que les ministres concernés, Thierry Mariani et Nathalie Kosciusko-Morizet avaient rejeté le plan Scop pour cause de non-viabilité économique, le président de la République enjoint Guillaume Pépy, PDG de la SNCF, d’accorder des indemnités de licenciement extra-légales aux salariés de Seafrance. Celles-ci peuvent aller de 20 000 à 60 000 euros, en fonction du statut et de l’ancienneté des personnels concernés. Ainsi, explique Sarkozy, ceux qui veulent poursuivre l’activité maritime dans le cadre d’une Scop pourront investir ce bonus dans leur entreprise, et vogue la galère !

En bonne logique syndicale, les bouchons de champagne auraient dû sauter dans les chaumières de Calais… Il n’en a rien été, et les bonzes de la CFDT locale ont trouvé un prétexte bidon : l’insécurité juridique de la propriété des navires après liquidation[1. Argument fallacieux, car la SNCF s’était engagé a racheter les navires dans le cadre d’une liquidation judiciaire et à les louer ensuite à la Scop.] pour refuser de marcher dans la combine proposée par Nicolas Sarkozy. Pourquoi cette « marche arrière, toute ! » ordonnée par le carré des officiers cédétistes ? La réponse se trouve dans un rapport de la Cour des comptes sur la gestion de Seafrance datant de 2009, opportunément exhumé par nos confrères d’ Atlantico, qui pour le coup ont démontré qu’ils n’étaient pas manchots, si je peux me permettre.

Ce rapport met en lumière les pratiques proto-mafieuses du syndicat majoritaire, qui contrôlait l’embauche des salariés de l’entreprise, où régnait le népotisme et le clientélisme le plus débridé. La direction était impuissante devant les diktats du syndicat, qui imposait des effectifs disproportionnés par rapport à l’activité de la compagnie, par ailleurs soumise à la rude concurrence des armateurs britanniques, plus stricts sur les critères de gestion. De plus, l’absentéisme du personnel titulaire de Seafrance dépassait toutes les normes constatées dans d’autres secteurs, avec une moyenne annuelle de trente-neuf journées par salarié, ce qui contraignait la compagnie à faire assurer leur service par des CDD. La Scop telle que la rêvait les chefs syndicaux était d’une espèce tout à fait singulière : on devient les vrais patrons, on ne touche a rien, et si les déficits persistent, la puissance publique comble les trous sans rechigner. On apprenait, de surcroît, que ces mêmes leaders syndicaux avaient repoussé une offre de reprise par la société d’armement Louis-Dreyfus, qui aurait préservé environ cinq cents des huit cent quatre-vingt postes de travail de Seafrance…
La CFDT confédérale, jusque là très discrète sur le dossier Seafrance, vient de désavouer sa section locale, dont les manipulations de tous ordres – allant jusqu’à l’intimidation physique des employés rétifs à suivre ses consignes – risquaient de porter atteinte à l’image de la centrale dirigée par François Chérèque.

Cette affaire ne constitue pas un cas isolé et exceptionnel. Une forme dévoyée de syndicalisme, plus proche des pratiques américaines illustrées dans le film Sur les quais d’Elia Kazan que des idéaux de la charte d’Amiens, a porté un coup fatal à des secteurs entiers de l’économie nationale. Si nos ports sont délaissés par les armateurs internationaux, si la presse quotidienne nationale est en état de soins palliatifs, si les NMPP (messageries de presse) ne vont guère mieux, c’est que pendant des décennies des syndicats tout puissants ont dicté leur loi aux entrepreneurs. Le « closed shop » (contrôle de l’embauche par le syndicat) a fait passer l’allégeance devant la compétence. Ainsi, comme journaliste de la presse parisienne au siècle dernier, j’ai pu observer comment le syndicat CGT du Livre recasait dans les imprimeries les employés des municipalités communistes victimes du déclin électoral du PCF. Le nombre des emplois détruits par ce système n’a jamais fait la une des journaux, même pas du Figaro, et pour cause : pendant des années Robert Hersant, lorsqu’il contrôlait ce groupe de presse, a entretenu les meilleurs rapports avec les bonzes de la CGT du Livre, empêchant toute solidarité patronale face à leur mainmise sur l’outil de production.

Dans l’enfer réservé dans l’au-delà aux exploiteurs, les patrons-voyous devraient faire bon ménage avec les syndicalistes de la même farine.

Barbus de tous les pays…

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Vous avez en Israël, parmi les Juifs, des hommes qui vous ressemblent. Ils sont dignes de vivre parmi vous, et puisque telle est leur place légitime, permettez-moi de vous adresser cette supplique.
Voulez-vous bien enlever Shlomo Fuchs du monde isrélien impur qui risque de le souiller, et lui permettre de prier tout son saoul durant toute sa détention, à la condition impérative que vous vous engagiez à ne pas le mettre à proximité d’une femme.
Et si même vous pouviez le convertir à l’Islam, vous seriez bénis pour cette mitsva par le Dieu des islamistes et par celui des Juifs non hallucinés
Voici ce qu’il a fait, et que vous ne pouvez qu’approuver de toute votre foi.

Shlomo Fuchs : Pourquoi j’ai traité cette soldate israélienne de salope
 (paru sur le site internet israélien Ynet–Yedihot Aharonot).
« L’homme, inculpé de harcèlement sexuel, a traité une jeune soldate qui refusait de s’asseoir dans la partie arrière d’un autobus, de « salope » 
Shlomo Fuchs, dont le comportement a révulsé le public et les médias israéliens, déclare au site qui l’interviewe que « cette fille a agi avec provocation », avant d’ajouter que « la moindre des choses, c’est qu’une femme ne se tienne jamais au milieu d’un groupe d’hommes. 

Selon lui, la soldate serait intervenue dans une dispute opposant Fuchs à une autre passagère, « voilà pourquoi je l’ai traitée de salope ». 

Fuchs, âgé de quarante-quatre ans, a précisé qu’il se rendait de son domicile à la Yeshiva qu’il fréquente, dans le quartier de Neve Yaakov, lorsqu’il a vu « une femme russe debout, à l’avant de l’autobus, à proximité d’une rangée de sièges destinés aux hommes ».

 »Je lui ai dit qu’elle n’avait pas à présenter sa carte de transport et qu’elle pouvait s’installer tout de suite à l’autre bout du véhicule. La soldate est intervenue lui lançant : elle ira où elle le souhaite’ ; 
la soldate l’aurait alors insulté le traitant de  » de parasite, qui prend l’argent de l’Etat » alors qu’elle, comme militaire, le protégeait.

 Pour Fuchs : « Comment peut-on dire des choses pareilles ? En fréquentant la synagogue huit heures par jour, c’est moi qui la protège ! ».

Selon la version des faits qu’a livrée Fuchs, il ignore en fait le sens du mot ‘salope’ puisqu’il n’a pas de télévision et ne lit jamais les journaux.
Il a solennellement déclaré qu’il ne « pardonnera jamais à la soldate son attitude qui lui a fait perdre de longues heures normalement consacrées à l’étude ou la prière ».

Fuchs accuse aussi la police d’avoir « délibérément confié l’enquête à des policières qui l’auraient harcelé parce qu’il est ultra-orthodoxe ». 

Enfin, interrogé sur l’utilisation de signes évoquant la Shoah, par les manifestants réunis samedi soir dernier, à Jérusalem, Fuchs a répondu : « Je sympathise avec ceux qui se sentent persécutés. On a tenté de me présenter comme le pire des criminels de la terre, et dans cette perspective, il est juste d’évoquer le sort funeste réservé aux juifs pendant des générations ».

Chers islamistes. Voilà un Juif, un de plus, qui a compris que les Israéliens se comportent comme les nazis. Il est des vôtres, récupérez-le ! Vous avez entre les mains la solution divine au conflit entre Israël et ses voisins : un regroupement des fous de Dieu de tous bords, se tenant entre hommes par leurs barbes. Et les femmes ? Qu’ils les laissent aux mécréants.

Pauvre, sois heureux !

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Photo : Eric.Parker.

J’aime beaucoup Le Parisien qui d’ailleurs ne s’appelle plus Le Parisien une fois passées les frontières de l’Ile-de-France mais Aujourd’hui, ce qui traduit un louable souci de parler au plus grand monde. Le Parisien est sans doute, au sens noble du terme, le dernier quotidien populaire en France avec des pages hippiques, un horoscope et une carte météo qui ne ressemble pas à un timbre poste. Et contrairement à ses confrères d’Outre-Manche, pour être populaire, il ne se vautre pas pour autant dans la fange hystérique des tabloïds. Il sait même faire des unes avec des dossiers simples et didactiques sur des sujets austères que tout le monde feint de comprendre, comme l’économie en temps de crise.

Justement, avec le souci du bonheur du plus grand nombre, dans son édition du 2 janvier, Le Parisien nous propose une page avec 12 conseils pour aimer 2012. On appréciera le souci euphonique du titre. En dessous, pour « faire dossier », il y a un court entretien avec un neurobiologiste. La situation est donc si grave qu’il faille d’une part des conseils pour aimer une année à venir et d’autre part faire appel à un homme de science pour nous parler de la manière d’être heureux. On voudrait nous suggérer, même inconsciemment, que notre morosité est plutôt une question de taux de lithium et de sérotonine dans notre cerveau et n’a pas pour cause un cousin qui vient de perdre son boulot et fait flirter le taux de chômage avec les 10% de la population active qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Mais non, le neurobiologiste ne nous ordonne pas de nous mettre sous antidépresseurs, il veut juste que nous ayons une attitude positive et il le résume en un conseil d’une pertinence qui laisse rêveur : « Il faut aller de l’avant pour être heureux. »

Monsieur Prudhomme et le pharmacien Homais réunis dans un brain trust sous les auspices de Flaubert dans son Dictionnaire des idées reçues n’auraient pas trouvé mieux. D’autant plus que c’est discutable, cette idée d’aller de l’avant quand on a le sentiment d’être au bord d’un précipice…
Mais revenons aux douze conseils du Parisien. Le premier nous indique que « les plaisirs doux sont souvent les moins chers » et de nous conseiller d’écouter une chanson que l’on aime. C’est vrai que c’est une bonne idée surtout quand le deuxième conseil nous demande de nous extasier sur le fait que « le smic augmente, c’est mieux que rien. » Il est vrai qu’à 1398 euros 37 bruts, il vaut mieux avoir des joies pas chères et laisser le foie gras à ceux qui ont de l’argent.

Si on parle de gastronomie, c’est que Le Parisien nous conseille en septième position de faire honneur à la gastronomie française récemment honorée par l’Unesco. Moi, je veux bien, mais je maintiens qu’avec 1398 euros 37 bruts, c’est un peu compliqué. Mais qu’importe, on nous donne un excellent conseil 3 : « La méthode Coué, ça marche ! » Répétez, pour voir, vingt fois « Mes œufs mayonnaises sont du foie gras, mes oeufs mayonnaises sont du foie gras » vous allez voir, ça marche !

Sinon, très antipascalien, Le Parisien nous conseille le divertissement. Cesser de s’occuper de soi et de son angoisse métaphysique pour s’occuper d’autrui (conseil 4), car donner à plus pauvre que soi non seulement c’est moral et ça évite à l’Etat de le faire. On pourra aussi oublier ses soucis en regardant les grandes compétitions sportives dont les JO et la Coupe d’Europe(conseil 8), façon discrète de nous faire comprendre que l’adage « Des œufs mayonnaise et des jeux » est toujours d’actualité quand les empires s’écroulent. Pour finir, on recommande même (conseil 10) de faire des bébés même si la France a déjà fait ses preuves en ayant la première natalité d’Europe avec deux enfants par femme. Mais là, on se souvient surtout que le regretté Alphonse Boudard appelait les étreintes « le café du pauvre » car cela ne coûtait rien, en tout cas sur le coup, si vous me passez l’expression.

Non décidément, le seul conseil qui me semble jurer dans cette liste qui sent bon la soumission à l’ordre des choses, c’est le numéro 9 : « Ne vous privez pas d’aller voter ». Effectivement, ça, on ne va pas s’en priver.