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Fureur nippone, sagesse moderne

Pour quelqu’un qui connait ne serait-ce que vaguement l’histoire japonaise, il est particulièrement étrange d’entendre à longueur de journaux de la bouche d’experts de l’Archipel, sortis d’on ne sait quels placards, louer l’impressionnant sang-froid du peuple japonais à la suite du tremblement de terre de vendredi dernier comme un effet d’une culture ancestrale fondée sur le fatalisme et la discipline.

En 1923, lors d’un tremblement de terre qui fit semble-t-il plus de 100 000 morts, la population tokyoïte fut prise d’une panique telle qu’elle se mit à lyncher tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un Coréen ou un Chinois, les étrangers étant accusés d’empoisonner les puits. Résultat de la fureur nippone: plusieurs milliers de morts. Beaucoup de ceux qui survécurent le durent à la protection de la police et de l’armée.

Le calme nippon d’aujourd’hui rappelle plus le sang-froid des New Yorkais après le 11-Septembre qu’un fantasmatique fatalisme qui trouverait sa source dans les gènes culturels des Japonais. S’il faut reconnaitre une seule vertu à la modernité, qu’elle soit japonaise ou occidentale, ce serait celle qui permet de confiner la violence des emballements mimétiques et lyncheurs à la sphère du virtuel et d’éviter ainsi les grandes chasses à l’homme qu’ont connues sans doute à peu près toutes les sociétés traditionnelles à la suite des catastrophes naturelles.

Mourir pour Benghazi ?

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Nicolas Sarkozy salue les représentants du Conseil national libyen de transition.

L’émotion collective a passé. L’enthousiasme pour la révolution arabe s’est éteint. Hier, ils versaient des larmes – dues à la proximité du Nil et de ses crocodiles –, aujourd’hui les éditorialistes font la fine bouche. Ils haussent les épaules, ils ricanent. Ils se gaussent de BHL rencontrant à Benghazi les représentants du Conseil national de transition libyen, pour ne retenir que sa chemise, son torse imberbe et son air de bourgeois germanopratin. Ils ironisent sur Sarkozy recevant à l’Elysée les gus du Conseil national de transition, pour rappeler la popularité exécrable du chef de l’Etat, les prochaines présidentielles et l’irrésistible ascension de Marine Le Pen.

Bref, on parle de tout, sauf de l’essentiel. Et l’essentiel, c’est que Nicolas Sarkozy vient de réussir ici son quinquennat. Lui auquel on a reproché de se comporter en « néo-conservateur américain à passeport français » vient de rétablir la France dans ses droits. En recevant à l’Elysée une poignée de Libyens en révolte, érigés eux-mêmes en Conseil national de transition, illégaux mais pas illégitimes, Nicolas Sarkozy a émancipé la France de l’option diplomatique états-unienne. Il a choisi l’option farfelue.

L’option farfelue, c’est la politique de la France ! Elle ne date pas d’hier et court tout au long de l’histoire de France. Malraux l’a théorisée dans les Antimémoires. Elle va de Philippe Le Bel, qui proclame « Roi de France est empereur en son royaume » contre la volonté hégémonique des Impériaux, jusqu’au général de Gaulle qui, en juin 1940, dénombrait parmi ses ralliés les plus farfelus des Français : francs-maçons, juifs, membres actifs d’une petite association bien gentillette qu’on appelait l’Action française, marins de l’Ile de Sein. Et Vercingétorix, Du Guesclin, Roland sonnant du cor à Roncevaux, Jeanne d’Arc, Jeanne Hachette, Gambetta mal rasé, mal coiffé, saoul comme un âne du soir au matin, mais levant en six mois une armée de trois cent mille hommes : nous sommes un peuple d’aventuriers. La France, quand elle est fidèle à elle-même, qu’elle a rendu à ses voisins allemands le costard vert-de-gris qui la boudine, est un pays farfelu.

Tout l’engonce, la France. Parfois, elle sent le moisi. Les uniformes de toutes sortes, les morts qu’elle a nombreux renfermés en elle, la terre qu’elle a prodigue au-delà de toute prodigalité et l’argent, enfin, dont Péguy a écrit qu’il pourrissait tout : tout est, pour elle, une manière de carcan. Parfois, elle sait s’en extraire et se libérer des travails qui l’éreintent. En recevant les représentants du Conseil national libyen de transition, Nicolas Sarkozy a dégoncé la France de son carcan.

La Realpolitik : de l’idéologie qui avance masquée

Bien sûr, les plus piètres âmes françaises me répondront que ce ne sont là que des vues de l’esprit. Eh bien, justement, soyons de bons hégéliens : c’est l’Esprit qui gouverne le monde. Tout autour n’est qu’agitation vaine. La prétendue realpolitik que nos « partenaires » européens ont fait prévaloir vendredi à Bruxelles entretient avec la politique et la réalité une relation aussi passionnelle qu’une prostituée et l’amour. La realpolitik, c’est de l’idéologie qui avance masquée, un faux-nez, un trompe-couillon qui se maquille d’une bourgeoise honorabilité. Le scepticisme de Silvio Berlusconi n’est pas étranger aux frasques érotico-financières qui le lient au dictateur libyen ; le dermerden Sie sich ! qu’Angela Merkel adresse aux révoltés de Benghazi n’est pas sans rapport avec l’opposition d’Erdogan à l’intervention de la communauté internationale en Libye (la Turquie est devenue, en Allemagne, une affaire de politique intérieure). La baronne Ashton a beau croire s’être laissé pousser les moustaches de Bismarck, ça ne trompe personne. Son refus catégorique de reconnaître le Conseil national de transition comme l’interlocuteur légitime de l’Union – sa position a provoqué un tollé la semaine dernière au Parlement de Strasbourg et la saine colère de Daniel Cohn-Bendit – est tout l’inverse de la realpolitik : c’est de l’aveuglement, de la morgue munichoise. Les réticences européennes à s’engager en Libye résument, en définitive, ce qu’est devenu le projet européen : le choix de l’abstention.

Depuis le traité de Maastricht, faire l’Europe consiste à se retirer patiemment de l’histoire et du monde. Philippe Séguin nous avait prévenus dès 1992 : « Ce traité aurait pu être adopté sous Leonid Brejnev. » Les pays de l’Est européen venaient de se libérer du joug soviétique. Mais rien, dans ce traité, ne prenait en compte la nouvelle donne géopolitique. La raison commandait de tout revoir et de procéder à l’aggiornamento d’une construction européenne qui n’avait, pour fondement, que d’être le pendant occidental du Pacte de Varsovie. On n’en fit rien.

Entachée de ce péché originel, l’Europe intégrée a, dès lors, suivi la même ligne : se gourer toujours. Sarajevo en guerre, le général Mladic encerclant Srebrenica : Bruxelles discute de critères de convergence, comme si de rien n’était. Il y a quinze ans, le massacre des habitants de la « zone de sécurité » de l’ONU en Bosnie sous les yeux des casques bleus néerlandais amorçait le processus de destruction européenne[1. L’expression est de Paul-Marie Coûteaux.].

Aujourd’hui, il y a fort à parier que l’Europe n’interviendra pas en Libye. La boucle sera alors bouclée. Le processus entamé en 1995 lorsque l’Europe a abandonné la question des Balkans aux Américains atteindra son but. L’Europe est en train de se perdre dans les environs de Benghazi.

Qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas son âme qu’elle perd. Ce n’est pas seulement au nom des droits de l’Homme que l’Europe devrait intervenir en Libye, mais au nom de ses intérêts stratégiques essentiels. La Méditerranée est une affaire européenne et l’Union ne peut refuser d’y exercer sa pleine influence sans courir le risque de ne plus exister du tout[1. On notera le retournement de la position allemande : hier, Angela Merkel s’entêtait à faire partie de l’Union Pour la Méditerranée. Pour un peu, elle aurait juré, main sur le cœur, que les tyroliennes ne sont que des airs napolitains juste jodlés. Aujourd’hui, la Méditerranée, Mme Merkel ne voit même plus où ça se situe.].

Pas de puissance, pas de politique

Rien ne peut exister qui n’ait conscience d’avoir sa place dans le monde. Pas la peine de convoquer Heidegger pour saisir que toute existence est un être-là. Ainsi la politique est-elle, avant tout, une question géographique. Or, hier, l’Europe oubliait que les Balkans étaient à ses frontières. Elle nie aujourd’hui que le Grand Maghreb est son voisin. En perdant de vue sa propre géographie, l’Europe s’oublie elle-même.

De même, en refusant la politique de la puissance, l’Europe se prive non seulement de la puissance, c’est-à-dire de la capacité de se projeter au-delà de ses propres frontières et d’y déployer des troupes, mais aussi de la politique tout court.

Que nous restera-t-il donc quand la politique aura totalement déserté le projet européen ? L’euro ? Pas sûr : lorsqu’on se sera aperçu qu’elle n’est que le cache-misère d’un projet sans assise, la monnaie unique risque d’apparaître comme une illusion parfaite, laissant bientôt nues l’absence de volonté et l’absence de destin. Quand le monde se sera rendu compte de cela, l’heure du marché commun sonnera sans doute. Ensuite, à force d’efforts, nous vivrons peut-être suffisamment vieux pour voir éclore une belle et grande communauté du charbon et de l’acier. C’est bien, non, le charbon et l’acier ? Est-ce assez realpolitik pour nos partenaires ? L’Europe ainsi avance. Dans le sens de l’histoire. Mais à rebours.

Alors que faire ? Prendre acte que Rome n’est plus dans Rome et qu’il n’est plus véritablement d’Europe en Europe. Et y aller, en fin de compte. Reconstituer les ligues dissoutes. Choisir une fois encore l’option farfelue, la plus raisonnable entre toutes, et débarquer en Libye avec Messieurs les Anglais, qui tireront, cette fois-ci avec nous, les premiers.

La grande peur de Fukushima

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Et si pour une fois, je commençais par les préliminaires ? Que les choses soient claires:
ce qui se passe actuellement au Japon est réellement inquiétant, au sens étymologique du terme. Etant depuis toujours d’opinion plutôt atomiste et de complexion plutôt jemenfoutiste, je n’irai pas vous faire croire que je ressens intimement cette inquiétude, mais quand les réacteurs partent en vrille les uns après les autres dans l’un des pays où les centrales sont les plus sécurisées du monde, quand un accident nucléaire atteint le niveau 6 sur une échelle qui en compte 7 (le niveau 7 étant Tchernobyl), je conçois parfaitement que les esprits les plus sereins (pas moi, donc) ne restent pas quiets. La catastrophe de Fukushima appelle un vrai débat, c’est-à-dire dans nos sociétés, quelque chose qui n’existe pas.

En vertu de quoi il me paraît grotesque de reprocher aux Verts d’instrumentaliser Fukushima pour doper leur campagne des cantonales. Faire de la politique, c’est aussi savoir réagir à l’actualité: quand le JT vous passe les plats gratos, on a bien raison de se servir, voire de se bâfrer. Les écolos n’ont pas découvert jeudi dernier qu’ils étaient hostiles au nucléaire, ils l’ont toujours condamné, sans discontinuer. Le refus de l’énergie atomique, y compris civile, est à l’origine de leur existence même, et dans cette mouvance, plus portée que toute autre famille politique au pilpoul et aux bisbilles internes, c’est l’un des rares sujets qui n’ait jamais fait débat. Quand Jean-François Copé leur reproche leur « indécence », et décrète que « la circonstance commande d’abord un réflexe de solidarité », il prouve seulement que l’UMP ne sait plus faire de politique. Ou plus exactement qu’elle ne sait en faire qu’en actionnant quelque leviers primitifs (peur, compassion, indignation), qui requièrent tous d’avoir les vents idéologiques dominants dans le dos. Quand on les prend en pleine figure, et qu’on ne sait plus argumenter, alors on accuse les autres (les Verts cette fois mais ça marche aussi avec le PS, le FN ou la presse…) d’être des charognards. La déclinaison de cette semaine de Moderne contre moderne, c’est Indigné contre indigné.

Venons en maintenant au vif du sujet, à savoir ce que nous disent les alarmistes, et ce que nous ont dit les rassuristes, dont on s’occupera en premier car leur cas est plus facile à régler : rarement on aura vu pareille bande d’abrutis. À Tokyo, à Washington, à Paris, ils nous auront servi sans l’ombre d’une hésitation les mêmes mensonges qu’immédiatement après Three Miles Island ou Tchernobyl. Circulez, y a rien – ou si peu de choses – à voir, tout est under control, et les radiations s’arrêteront comme d’hab’ à la douane de Menton-Garavan.

Ces gens-là (lobbys nucléaires, Etats et experts à leurs soldes) ont décrété qu’il fallait minimiser et mentir pour empêcher la panique ou pour éviter, comme dirait l’autre, que se propage un « sentiment d’insécurité » chez les masses ignorantes. Il va de soi que quand, à l’arrivée, les mêmes se voient obligés de classer Fukushima en classe 6 et tentent avec 96 heures de retard, autant dire un siècle, de parler le langage de la vérité et de la responsabilité, plus personne ne les écoute. Un grand bravo, ils auront plus fait contre le nucléaire que tous les écolos barbus du monde réunis.

Fort de ce soutien en creux inespéré, côté anti, c’est reparti comme en quarante grâce à la catastrophe japonaise, ou comme dans les seventies, aux grandes années du Larzac, de Plogoff et de Creys-Malville. Chérie, je me sens rajeunir !

Depuis trois jours, ils ont table ouverte dans les radiotélés, celles-ci -sans doute un rien déçues que le cours des événements en Libye ne soit pas raccord avec les agendas fixés en conférence de rédaction- leur servent la soupe à flots continus d’édition spéciales et permanentes, un peu comme si les compteurs Geiger vrombissaient déjà dans Paris intramuros en pleine pénurie de pilules d’iode. Et comme chez les écolos aussi on est non seulement en campagne pour dimanche prochain, mais aussi en pré-campagne pour l’an prochain, chacun en fait des tonnes, voire des mégatonnes. Chérie, fais-moi peur !

On exclura du lot des affoleurs la malheureuse Eva Joly qui a répété sur toutes les chaînes qu’après cette catastrophe « on changeait de paradigme », sans tenir compte du fait que sa cible, la ménagère de moins de cinquante ans, avait parfois un vocabulaire de moins de cinquante mots… M’est avis qu’après le paradigme, Eva aurait intérêt à changer de conseiller com’.

Sans surprise, Nicolas Hulot ne fait pas beaucoup mieux : « Il faut sortir de cette arrogance de penser toujours que la technologie, le génie humain peuvent tout. Le nucléaire, en l’état, ne peut pas être la réponse à nos besoins énergétiques », nous dit Nicolas du haut de son expertise mondialement reconnue, avant de conclure : « On a encore une fois la démonstration, on ne peut pas remettre le sort de l’humanité dans une vulgaire et tragique roulette russe. » Le style boursouflé ne vous rappelle rien ? Si, si cherchez un peu, ou essayez d’y ajouter une respiration hachée… Bingo, Nico a fait cette déclaration depuis l’Amérique du Sud, où il est en train de tourner un nouvel épisode d’Ushuaïa. Faudrait pas mélanger les genres, chéri…

On passe aux choses plus sérieuses avec Cécile Duflot. Outre le prêchi-prêcha usuel sur le solaire, les éoliennes, le feu Grenelle de l’environnement, le grand truc de Cécile, c’est l’arrêt immédiat de la centrale de Fessenheim (c’est en Alsace que les Verts font historiquement leurs meilleurs scores aux cantonales) et surtout le moratoire sur les EPR. Voilà une idée qu’elle est bonne, puisque l’EPR en construction de Flamanville se caractérisera par un niveau de protection bien plus fort que les centrales de générations précédentes. Et que toutes les filières de niveau de niveau IV prévues pour être opérationnelles dans quinze ou vingt ans seront encore plus délibérément axées sur la minimisation des risques et la diminution des déchets. J’aurais aimé qu’un des 850 journalistes qui l’ont invitée à dérouler son mantra depuis vendredi lui fasse remarquer que le moratoire implique l’arrêt de toute recherche donc l’impossibilité d’œuvrer à la modernisation du parc. Rassurant vu de loin, un moratoire condamne de fait l’humanité à tourner ad vitam aeternam avec des réacteurs type Fukushima voire Tchernobyl. Dit comme ça, ça vous rassure toujours le moratoire ?

Enfin quand je dis ad vitam aeternam, c’est pour les 25 ou 30 ans à venir, d’ici à ce qu’on abandonne définitivement le nucléaire, selon le calendrier écolo officiellement en vigueur. Là encore, j’aurais aimé qu’on taquinât un peu plus Cécile (ou Voynet, ou Mamère qui ont tous débité le même credo, parfois à la virgule près). Car pendant ces 25 ans -là, on fait quoi, comment on se chauffe, comment fait tourner sa Wii ou son iPad, et accessoirement sa voiture propre, qui roulera à l’électricité nucléaire ou bien ne roulera jamais qu’au salon de l’Auto? Et je ne vous raconte pas la partie de plaisir en 2040, une fois que le dernier salarié d’EDF aura éteint la lumière dans la dernière centrale… Chérie, fais-moi mal !

Les écolos détestent être caricaturés en zélateurs du retour à la bougie, aux couches lavables et au vélocipède, mais même en défigurant la France entière avec des éoliennes géantes et des chauffe-eau solaires, c’est bien à ça qu’on sera fatalement rendu. À moins, à moins, qu’on fasse comme tous les pays qui estiment pouvoir se passer du nucléaire qui fait si peur à l’électeur : le recours massif aux combustibles fossiles. Bon ce n’est peut-être pas le climax de l’écologiquement correct, mais si on stoppe les centrales, c’est comme ça que ça finira. Avec un baril à 300 ou 400 dollars, avec toute les guerres pétrolières qui s’ensuivront, les dizaines de millions de morts qu’elles provoqueront – et qu’on ne mettra surtout pas en balance avec les 80 000 morts qu’aurait provoquées Tchernobyl, selon les hypothèses les plus noires. On regrettera au passage que personne ne se soit hélas – à ma connaissance – amusé à calculer le nombre de bronchites chroniques, cancers du poumon et maladies respiratoires évitées grâce au nucléaire.

Le vrai lobby antinucléaire ce ne sont pas les Verts, ce sont les compagnies pétrolières. Chéri, pourquoi tu tousses ?

Joffrin débusque deux nouveaux crypto-lepenistes : Taddeï et Todd

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Décontamination acte II. Laurent Joffrin poursuit sa croisade à la poursuite de ceux-qui-notabilisent-les-idées-du-Front-National, comprenez ceux-qui-ne-pensent-pas-comme-moi. Après une attaque en règle contre la cheffe de ces lieux, Philippe Cohen, Eric Zemmour et quelques autres confrères, le voici qui se saisit du « cas » Taddéï. Dans un billet finement titré « France 3 : c’est Le Pen ou jamais « , il dénonce sur le site de l’Obs, un « déferlement de clichés anti-musulmans. Une opération de propagande lepéniste. » Avec différents arguments : il critique le thème de l’émission (montée dans les sondages de Marine Le Pen et sentiment national), la conduite des débats et surtout le casting des invités. Paul Marie Coûteaux, William Goldnadel, Emmanuel Todd (très fatigué dixit Lolo puisque postulant « la mort de l’antiracisme et de « la pensée unique » démocrate et européenne » ) ou Alain-Gérard Slama, (l’éditorialiste du Figaro, qui seul a l’insigne honneur d’être sauvé par Lolo – pas du tout sûr qu’il s’en sente flatté). Bref, la liste des notabilasateurs crypto-lepenistes s’allonge, gageons qu’Emmanuel Todd lui garde un chien de sa chienne…

Toujours selon notre chroniqueur-lyncheur télé d’un jour, le plateau de Taddeï est d’ailleurs ouvertement frontiste puisque Taddéï a invité Christine Tasin dans l’émission : « Dame Tasin, organisatrice des apéros saucisson-pinard, se présentant ouvertement comme islamophobe », dit Joffrin. Oups, oups, oups. Là Laurent Joffrin a peut-être parlé un peu vite : le 2 mars dernier, Libération, sous le délicieux titre « Bouffeuse d’Islam » offrait son portrait de dernière page à la même « Dame Tasin » qu’il reproche à Frédéric Taddeï de médiatiser. Laurent Joffrin était alors encore à Libé, et au moins comme patron du journal a dû valider la commande d’un tel portrait quelques jours avant. Mais à l’époque l’opération décontamination n’avait pas commencé, sans doute.

Printemps arabe, merci qui ?

« Est-ce que les peuples du Moyen-Orient ne peuvent accéder à la liberté? Est-ce que des millions d’hommes, de femmes, d’enfants sont condamnés, au nom de l’histoire ou de la culture, à vivre sous le despotisme ? Seraient-ils les seuls à ne jamais connaître la liberté, à ne jamais exercer de choix ? Moi, je ne le crois pas. »

Question à 1000 euros : qui est l’auteur du discours ?
Allez, je vous mets sur la piste. L’auteur n’est pas un dirigeant européen soucieux de redorer le blason de son pays éclaboussé par l’aveuglement de sa diplomatie.[access capability= »lire_inedits »]

Il n’est pas non plus l’un de ces politiques qui passaient leurs vacances dans les palaces tunisiens et égyptiens, ni le président d’une association destinée à promouvoir l’amitié avec des peuples opprimés par un dictateur déchu ou en passe de l’être.

Il n’est certainement pas un intellectuel qui aurait subitement découvert sa sympathie pour les insurgés arabes et qui, taraudé par le remord, s’empresserait de partager son enthousiasme débordant pour mieux effacer le temps où il maudissait la libération de l’Irak par les forces armées du « Grand Satan » américain. Notez que je viens de vous lâcher un indice.

Oui, l’homme − deuxième indice − est américain ; mais attention, je précise : il n’appartient pas à la mouvance Obama, seule tolérée par les antiaméricains non déclarés d’aujourd’hui.
Cet Américain-là fut le plus détesté de tous les Américains, à l’image de McDonald’s, leader de la World Company et symbole de la malbouffe.

De même que ceux qui haïssent McDo continuent malgré tout à engloutir des hamburgers, ceux qui l’ont diabolisé hier apparaissent aujourd’hui comme ses plus fidèles héritiers. Seulement, ils l’ignorent ou refusent de l’admettre.

Si vous avez trouvé, peut-être êtes-vous déjà très énervé. Sinon, je vous le donne en mille : l’auteur de ce plaidoyer pour la libération des peuples arabes s’appelle George W. Bush, vous savez, ce cow-boy texan évangélique et belliqueux, au cerveau à peine plus gros qu’un bretzel entamé !

Souvenez-vous : cela se passait en 2004, au sommet du G8 de Sea Island. Bush et ses faucons firent adopter le « plan Grand Moyen-Orient » (GMO), qui visait à favoriser l’émergence de la démocratie dans les pays arabes. Oui, de la démocratie ! Et contrairement aux bêtises que proféraient les anti-bush haineux de l’époque, il ne s’agissait pas d’imposer la démocratie made in USA par une politique d’ingérence arrogante et impérialiste, mais de développer les forces démocratiques des sociétés civiles arabes par une stratégie d’assistance en moyens financiers, éducatifs et logistiques.

Et voilà que, sept ans plus tard, ce sont précisément les peuples concernés par le GMO qui se révoltent : les cartes concordent.

Quand on se rappelle les cris et protestations d’hier, il est très agaçant d’entendre aujourd’hui l’ensemble de la classe politique célébrer, sur un ton grave et cérémonieux, les révoltes démocratiques et rivaliser dans la bonne volonté pour contribuer à leur pérennité. Que disaient-ils, ces révolutionnaires de la vingt-cinquième heure, quand, dès 2003 , Bush le maudit, ignorant les diatribes et sarcasmes de la « communauté internationale » horrifiée par le wilsonisme guerrier d’une Amérique en croisade, martelait avec ferveur que les peuples arabes ont le droit, eux aussi, à la liberté ?

Que faisait la France en 2003 ? En visite officielle en Tunisie, le président de la République, Jacques Chirac, déclarait que « le premier des droits de l’homme, c’est de manger à sa faim » ! La liberté, c’est quoi : le supplément d’âme ?

Au moment où la Vieille Europe attentiste, immobile et complaisante, condamnait le Moyen-Orient à l’autocratie au prétexte que la stabilité des régimes tyranniques constituait un rempart au terrorisme, la révolution, outre-Atlantique, échauffait − sans doute excessivement, d’ailleurs, au regard des circonstances d’alors − les esprits des néo-conservateurs convaincus que la déstabilisation était préférable au statu quo et que seule la démocratisation du monde arabe couperait l’herbe sous le pied d’Al-Qaïda, favorisant à long terme la paix dans le monde.

Aussi dur que cela soit à avaler pour les professeurs de vertu qui ont toujours un train de retard sur l’Histoire, si la rue arabe bouge aujourd’hui, les Américains, et Bush au premier chef, y sont bien pour quelque chose. Et, n’en déplaise aux âmes pacifiques, peut-être même la greffe démocratique implantée en Irak et en Afghanistan par le fer et le feu finira-t-elle par prendre et par faire souffler le vent du changement qui réjouit la planète entière aujourd’hui, mais auquel seul les Américains croyaient hier. Alors, tant pis, je prends le risque de vous mettre très en colère pour saluer l’esprit visionnaire de l’Amérique, toujours porteuse du flambeau de la liberté pour les peuples du monde.[/access]

The Case For Democracy

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Ferney sans Voltaire

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Les habitants de la commune de Ferney-Voltaire se sont réveillés samedi 12 janvier privés du buste en bronze du philosophe que cette ville s’honore d’avoir abrité comme citoyen. Située sur la place du marché, cette sculpture en bronze de quatre-vingt kilos a attiré l’attention des voleurs de métaux qui profitent de la hausse vertigineuse des cours des matières premières pour faire leurs courses dans le domaine public. Nous suggérons que la municipalité retourne à sa dénomination initiale, Ferney tout court, tant que les malfrats n’auront pas restitué cette statue à la collectivité qui en est la légitime propriétaire. Voler le cuivre des lignes électriques de la SNCF ne leur suffit pas, il leur faut encore réduire les Lumières à leur pesant d’alliage de cuivre et d’étain. Qu’on les pende !

C’est moi, la peste brune ?

Si j’étais de très mauvaise foi, j’annoncerais avec la solennité requise que Laurent Joffrin et Ariane Chemin, respectivement grand patron intermittent et exécuteure des basses œuvres du Nouvel Obs après avoir excellemment assumé cette lourde tâche au Monde sous la direction d’Edwy Plenel, sont en train, dans la grande tradition des années 1930, d’inventer un nouveau complot juif dans lequel le danger judéo-lepéniste aurait pris la place de l’hydre judéo-maçonnique. Dans la liste de suspects qu’ils dressent dans le dernier numéro de l’hebdomadaire, quatre noms reviennent en effet en bonne place: Alain Finkielkraut, Élisabeth Lévy, Éric Zemmour, sans oublier « tel « républicain-national » qu’on trouve à Marianne »(quoique combattu par ses collègues), élégante formule pour désigner Philippe Cohen et exiger à mots à peine voilés une épuration à Marianne. Chacun, écrit Joffrin, a son style, « « brillant ou laborieux », d’ailleurs j’aimerais bien savoir à laquelle de ces deux catégories j’appartiens, mais tous sont juifs, étrange coïncidence, non ? Il est vrai qu’il y a aussi Ivan Rioufol, mais on ne me la fait pas à moi – « j’ai d’excellents ennemis goys », on connaît la chanson. Je pourrais me draper dans ma dignité de victime, appeler mes concitoyens à résister à la bête toujours immonde et toujours frétillante avant de publier dans une semaine ou deux un opuscule à succès – « Dérapage à l’Obs », lettres rouges, peut-être gothiques, sur fond noir, ça aurait de la gueule. Ce serait chouette, à défaut d’être bien honnête. Encore que je parviendrais sans doute à croire à mes propres âneries[1. Le pire, c’est que je n’ai pas trouvé cette brillante idée toute seule : un ami très cher m’a fait hurler de rire en me disant, le plus sérieusement du monde : « ça ressemble à une chasse aux juifs, non ? »].

Marie-Noëlle Lienemann et Jean-Luc Mélenchon, merci !

Détendez-vous, ce cauchemar brun n’est qu’un rêve. Chemin et Joffrin ont beaucoup de défauts mais pas celui-là. Franchement ce n’est pas de leur faute si les agents actifs de la « décontamination de la pensée FN » sont presque tous juifs. Me voilà donc obligée de répondre, d’autant plus que les camarades Lienemann et Mélenchon qui ont volé au secours de l’ami Philippe Cohen (grâces leur soient rendues pour cela) n’ont pas jugé nécessaire de dire un mot sur les autres inculpés, lesquels n’ont pas le bonheur d’appartenir à la grande famille de la gauche. N’étant pas d’accord avec mes idées, ils ne se battront pas pour que je puisse les défendre et puis quoi encore ! Peut-être ces apôtres de la tolérance ont-ils fait leur l’amusante définition pêchée dans Libération sous la plume de Pierre Marcelle : ce qui « fonde la droite », chers amis, c’est « la progression de l’inhumanité marchande », au moins, on ne se plaindra plus de la disparition du grand clivage[2. Marcelle qui a au moins le mérite de la cohérence sur ce point affirme qu’il aurait fallu interdire le FN. Mais il ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. C’est la droite qu’il faut interdire]. Tout s’explique : tout occupés que nous étions à faire progresser l’inhumanité marchande pour assouvir notre cupidité et celle des « brigands-actionnaires », nous n’avons pas hésité à cachériser les pensées les plus nauséabondes, ceci, toujours selon Joffrin, en « occupant sans relâche studios de télévision et colonnes de journaux pour clamer qu’on nous empêche de parler et jeter à tout va les clichés de la droite conservatrice ou nationaliste. »

Je ne me permettrais pas de donner des leçons de journalisme à quelqu’un d’aussi titré dans la discipline que Laurent Joffrin, mais j’ai bien dû déclarer publiquement une trentaine de fois au cours des six derniers mois qu’il serait absurde de « nous » (en supposant que « nous » il y ait ailleurs que dans leur tête à « eux ») prétendre victimes d’une quelconque censure. C’est même pour moi un sujet d’interrogation récurrent: si on peut avoir l’impression que l’étau idéologique se resserre et que, traduit dans le langage des bistrots, « on ne peut plus rien dire », il faut bien reconnaître que les salauds – attention, au sens sartrien du terme – jusque-là simplement dénoncés comme « réacs » peuvent abondamment s’exprimer, beaucoup trop d’ailleurs aux yeux de certains qui répètent en boucle « ils se disent muselés et on n’entend qu’eux ». Je comprends que Joffrin qui doit porter sur ses seules épaules l’avenir de la presse de gauche et de la gauche tout court n’ait pas le temps de se pencher sur ce que les uns et les autres disent réellement. Mais compte tenu de notre omniprésence médiatique, il aurait pu s’apercevoir qu’aucun de ceux qu’il épingle ne se prétend censuré – ce qui serait effectivement cocasse. Depuis l’époque où j’ai publié Les maîtres censeurs, le débat public s’est à la fois ouvert et fermé. Il me semble plutôt qu’au terme de cette évolution paradoxale, la liberté l’emporte : Zemmour est condamné mais il travaille dans plusieurs médias et non des moindres. Et les attaques de mes chers confrères n’empêcheront évidemment ni Causeur ni moi-même de poursuivre leur route et leur réflexion[3. Du reste, concernant ma modeste personne, je ne jurerais pas que ce soit leur objectif, même si à l’évidence ils attentent à mon honneur professionnel]. Tout cela mériterait plus ample discussion mais ce sera pour une autre fois. En attendant, que Laurent se rassure[4. Je sais bien qu’il ne faut pas appeler Madame Le Pen Marine. Mais pour ne citer qu’un exemple, il est apparemment normal que Bernard Guetta, Alain Juppé et Michel Rocard se donnent, dans leur dernier livre, du Bernard, Alain et Michel à tour de bras ; j’espère avoir le droit d’appeler Joffrin Laurent puisque, quand nous nous rencontrons dans la vraie vie, c’est ce que je fais], je ne suis pas en train de « chercher censure à mon pied » – vous aurez reconnu la plume assassine de Muray.

Causeur, « puissant relais d’influence »

Vous me connaissez, j’aime assez, trop peut-être, l’odeur de la poudre. Mercredi après-midi, quand Philippe Cohen m’a envoyé les articles de L’Obs, j’avoue avoir d’abord pensé que la guerre recommençait et qu’on allait bien s’amuser. Et puis, après lecture attentive, mon excitation est un peu retombée. Tout cela était tellement réchauffé que je me suis sentie écrasée par le poids de la répétition. On dirait en effet que Chemin et Joffrin ont ressorti de vieux articles des tiroirs où ils prenaient la poussière avec les banderoles de la « quinzaine anti Le Pen » – lesquelles pourront sans doute reprendre du service itou pour peu que mes honorables confrères ne dévient pas de leur excellente ligne qui a réussi à amener Le Pen père à 20 % et au deuxième tour de la présidentielle. Sauf que moi, ce débat qui tourne en rond finit par me lasser.

Il est vrai qu’il arrive à L’Obs de varier les plaisirs. Depuis quelques années – et de mémoire – il a aussi proclamé en « une » avec grands roulements de tambour que les intellos viraient à droite et annoncé à plusieurs reprises et sous diverses formes le grand retour des nouveaux réacs qui finissent par n’être plus très nouveaux. Il me semble cependant que ça faisait un moment qu’il n’avait pas brandi aussi ouvertement l’étendard de la crypto-lepénisation. Mais enfin, c’est à peu près toujours la même histoire. La République est en danger, menace généralement incarnée par le spectre du vote lepéniste. Il s’agit donc de désigner les vrais coupables qui sont soit les idiots utiles, soit les agents actifs de l’extrême droite, d’où le goût de l’hebdomadaire pour les listes. Je précise que c’est la première fois que j’ai l’honneur de figurer dans le peloton de tête, étant désormais, avec Causeur, un « puissant relais d’influence ». Soyons honnêtes, Joffrin ne s’en tient pas là et reconnaît que la gauche, ayant abandonné le peuple, porte une lourde part de responsabilité dans le succès de Marine Le Pen.

Quant à Ariane Chemin, il faut reconnaître qu’elle n’a pas perdu le fil (d’accord, c’est un peu facile), depuis l’époque où elle était chargée par les patrons du Monde d’exécuter la toute jeune Fondation Marc Bloch où nous avions commis le crime, Cohen et moi, de rassembler des « Républicains des deux rives ». Non contents de croire qu’il fallait abattre le mur de Berlin de la politique française – ce que nous échouâmes d’ailleurs à faire lors de la campagne Chevènement -, nous étions plutôt anti-européens et prétendions qu’il était absurde et suicidaire d’abandonner la nation au Front national. Autant dire que notre dossier était chargé. Depuis, le mien s’est alourdi car après avoir avoué que je n’étais plus de gauche, j’en suis arrivée à penser que les « questions identitaires » comptaient autant dans les fractures qui minent la France que le chômage et la question sociale – contrairement d’ailleurs à mes amis Philippe Cohen…et Jérôme Leroy.

Les « monstres » de Jean-François Kahn

Ariane s’y colla donc gentiment et balança le missile qui était supposé nous laisser sur le tapis en nous qualifiant de « nationaux-républicains », injure dont nous décidâmes, grâce au talent de Régis Debray, de faire notre nom. Elle a de la chance, Ariane, elle pense toujours comme ses chefs, ce qui lui évite d’avoir avec eux les conflits qui m’ont parfois opposée aux miens. Aussi, quand Jean-François Kahn, auprès de qui j’ai beaucoup appris, notamment le plaisir qu’il y a à essayer de penser par soi-même, se désole de découvrir que je ne pense plus comme lui, ayant « basculé dans le discours réactionnaire le plus convenu, le plus éculé et le plus systématique »[5. J’en profite pour adresser une protestation à JFK : « systématique » admettons, « éculé » passe encore, mais « convenu », c’est assez vexant], notre journaliste de combat en déduit que JFK a créé des « monstres ». En clair, ayant eu le privilège d’avoir été formée par un monstre sacré du journalisme (je suis sincère, c’est vraiment une chance) j’aurais dû rester sa créature docile. Je plaide coupable d’individualisme forcené, puisque je prétends avoir un cerveau, qui, bien que moins performant que celui de mes accusateurs, m’appartient en propre. J’ajoute que je n’ai pas bien compris l’enseignement de JFK, en ayant déduit qu’on pouvait être en désaccord sans se balancer les noms d’oiseaux pêchés dans le lexique antifasciste.

Mais je m’égare. J’en reviens donc au fil rouge – encore que brun serait plus approprié – qui guide la pensée de la tenace Ariane. C’était couru, on commence par défendre la nation et on finit par écrire qu’on ne « trouve pas raciste ou « moralement scandaleux » la proposition frontiste de « distinguer entre Français et étrangers, proposant de réserver certains droits aux premiers ». On me pardonnera de pousser la coquetterie jusqu’à restituer la citation exacte, extraite d’un article publié en décembre : « MLP ne distingue pas les Français en fonction de leur race, elle distingue entre les Français et les étrangers, proposant de réserver certains droits aux Français. On peut être hostile à cette idée, elle n’est pas moralement scandaleuse. » Si je comprends bien, Ariane Chemin estime au contraire que cette distinction entre ressortissants et non-ressortissants est parfaitement scandaleuse. L’ennui, c’est qu’elle est centrale dans tous les systèmes juridiques nationaux qui réservent effectivement certains droits, à commencer par celui de voter, aux détenteurs de la nationalité[6. La définition des droits réservés aux nationaux est évidemment susceptible de discussions et d’évolution. Ainsi, concernant le droit de vote des étrangers lors des scrutins locaux, ma religion n’est pas faite]. J’imagine qu’Ariane Chemin milite pour que l’humanité entière élise le président de la République française, que la gauche de tous les pays s’unisse pour choisir, lors d’une primaire vraiment très ouverte, le candidat du PS. Et tant qu’à faire pour la disparition des frontières. En attendant cet avenir radieux, je l’invite à troquer son infâmant passeport français qui lui vaut d’odieux privilèges, contre celui de son choix.

Au-delà de la délation, une vraie querelle

Au risque de la décevoir puisqu’il parait que « jeune, j’avais déjà réponse à tout », je dois confesser qu’il m’arrive d’avoir des doutes voire de me demander si mes adversaires n’ont pas en partie raison. Je vais donc tenter de résumer le fond de la querelle qui mérite mieux que ces sempiternels exercices de délation.

Contrairement à mes accusateurs, je ne crois pas que Marine Le Pen soit le clone de son père. Je peux me tromper – ce n’est pas une clause de style. N’étant pas l’analyste de « la peste blonde »[7. Bien entendu, je ne sais absolument pas si elle pratique ou non le divan] et n’ayant pas de talent particulier pour deviner ce que pensent les gens, quelle que soit leur ascendance, dans leur petto, je considère que les discours sont des actes politiques en eux-mêmes. Quand Marine Le Pen, devant le congrès de son parti, prononce un discours où les références traditionnelles de l’extrême droite ont cédé la place à l’invocation de la République, peut-être n’en croit-elle pas un mot. Reste qu’elle a pris le risque de s’aliéner la vieille garde – qui d’ailleurs faisait franchement la gueule. Quand elle affirme que « le nazisme est la plus grande barbarie de tous les temps », il est possible qu’elle cherche à cacher son antisémitisme viscéral. Ce propos n’en constitue pas moins une rupture. J’ignore si elle réussira, à l’image d’un Gianfranco Fini, à mener la révolution culturelle qu’elle annonce mais je ne vois pas, en dehors de son patronyme, ce qui autorise la cohorte des commentateurs avisés de décréter que ce qu’elle dit n’a aucun poids. Pour autant, il ne s’agit pas de faire de l’angélisme à l’envers. « Sans doute y a-t-il encore au FN des gens qui confondent le refus des pratiques et le rejet des individus, l’assimilation et l’exclusion », écrivais-je par exemple dans le numéro 31 de Causeur – bizarrement, cela n’a pas retenu l’attention d’Ariane Chemin.

Diabolisation, cordon sanitaire et fariboles antifascistes

Il est donc vrai que la progression annoncée du Front national ne m’empêche pas de dormir parce que je ne pense pas qu’elle traduise une montée de l’intolérance. Cela dit, elle n’est pas non plus une bonne nouvelle dans la mesure où ce parti me semble parfaitement incapable de gouverner la France. En revanche, je suis convaincue que la diabolisation, le cordon sanitaire et autres fariboles antifascistes ont largement contribué à son ascension. Surtout, à la différence de Laurent Joffrin et de pas mal de monde, y compris à l’UMP, je ne crois pas que c’est en abordant les questions qui fâchent qu’on l’a fait passer de 12% à 20 % des intentions de vote, mais, au contraire, en poussant des cris hystériques pour qu’on ne les aborde pas, ce qui revient, selon l’expression d’Alain Finkielkraut, « à faire cadeau du réel au Front national ».

J’aimerais au passage qu’on m’explique pourquoi les angoisses exprimées par un certain nombre de nos concitoyens ne suscitent jamais la compassion et toujours la réprobation. Il est de bon ton d’affirmer, en ricanant ou en s’indignant, que le FN surfe sur la peur. Mais on ne se demande jamais si cette peur est, ne serait-ce qu’en partie, justifiée par la réalité. Etes-vous si sûrs, chers confrères, que ceux qu’inquiète la progression d’un islam identitaire ne manifestant pas aussi clairement que vous semblez le penser sa tolérance et son amour des autres cultures, ne sont que de petits blancs racistes qui ne méritent que des coups de pieds aux fesses et des leçons de morale ? Pourriez-vous jurer que l’immigration des trois dernières décennies n’a été qu’une chance pour la France ? Etes-vous prêts à affirmer publiquement que vous n’avez-vous-même jamais peur quand, dans un couloir du métro désert, vous vous trouvez nez à nez avec une « bande ethnique » ? Inscririez-vous vos enfants dans une école dont une partie des élèves – et des parents – refusent qu’on leur enseigne l’histoire de la seconde guerre mondiale ? Pouvez-vous sérieusement prétendre que, des Pays Bas à l’Allemagne, de la Suisse à l’Angleterre, les peuples européens sont devenus fous au point de céder à des craintes irraisonnées ? Oserez-vous de dire que depuis mon enfance très multiethnique à Epinay sur Seine, rien n’a changé ou plutôt, que si quelque chose a changé, c’est parce que nous avons collectivement cédé aux sirènes du lepénisme, discriminant à tour de bras ceux qui ne pratiquent pas la même religion que nous ? Ne voyez-vous pas, vraiment, ce qu’il y a d’indécent dans la comparaison que vous faites volontiers entre les musulmans d’aujourd’hui et les juifs d’hier ? Permettez-moi simplement de vous rappeler qu’on déniait aux seconds la possibilité d’être vraiment français alors qu’on aimerait seulement que les premiers le soient un peu plus.

Peut-on avoir d’autres idées que les vôtres sans être un salaud ou un idiot ?

Vous êtes convaincus que tout ça, c’est la faute au chômage. Je crois pour ma part, comme Hugues Lagrange, que les facteurs culturels jouent un rôle important dans la crise, sinon dans l’échec, de l’intégration d’une partie des Français issus d’une immigration récente. L’universalisme qui est au cœur de notre identité nationale nous a rendus incapables de penser les différences et plus encore d’admettre que nous ne pouvions pas vivre avec toutes les différences. Pour moi, si nous devons accepter tous les individus, nous avons le droit et même le devoir de refuser certaines pratiques parce que notre mode de vie, notre façon d’habiter le monde, les modalités qui nous permettent de concilier l’existence collective et la liberté de chacun, méritent d’être défendus. Peut-être ai-je tort de penser que tout cela est menacé par notre renoncement au modèle assimilationniste, par le délitement de l’école républicaine et aussi par le refus d’une minorité, qui prétend de surcroît, l’imposer à toute une « communauté » d’adopter la culture et les « mœurs » de son pays d’accueil. Cela fait-il de moi une « brouilleuse de repères », un « agent de notabilisation » (du lepénisme), comme l’affirme aimablement Ariane Chemin ? Vous est-il arrivé, au cours des vingt dernières années, de penser, ne serait-ce que pendant une minute, juste pour voir, que vous pouviez vous tromper ?
Contrairement à vous, je n’ai pas de certitudes. Il m’arrive souvent de me dire que j’accorde peut-être un poids excessif à ces problèmes qui taraudent une partie de la société. J’essaie, aussi honnêtement que possible, de me demander s’il n’entre pas dans mes convictions une part de préjugés, voire de xénophobie.

Il me semble en tout cas que ces questions mériteraient un véritable débat plutôt que les anathèmes que vous vous plaisez à lancer. Je n’attends pas de vous que vous tombiez d’accord avec moi. Est-ce trop vous demander, à vous qui faites profession de tolérance et qui affichez si volontiers votre amour des différences, d’envisager qu’on puisse avoir d’autres idées que les vôtres sans être pour autant un salaud ou un idiot, utile ou non ? Vous qui aimez tant l’humanité dans sa diversité, seriez-vous incapable de créditer votre adversaire d’une conscience, voire d’un peu d’intelligence ? Je me refuse à le croire. Car si c’était le cas, vous ne seriez pas responsables de la montée du Front national mais de la défaite de la pensée. C’est-à-dire de notre défaite à tous.

Lettre ouverte aux Marseillais

Chers tous,

Il y a environ 2600 ans, des Grecs venus de Phocée débarquèrent sur les rives du Lacydon et y fondèrent un comptoir commercial. Une cinquantaine d’années plus tard[1. Probablement sur le site de l’actuelle gare St Charles], les Phocéens qui fuyaient l’invasion des perses de Cyrus II vinrent se réfugier dans leur colonie et, de simple relais commercial, Marseille devint une ville.

Marseille c’est la métropole – la cité-mère –d’Agde, d’Antibes, de Hyère, de Nice et d’Aléria, c’est l’alliée de Rome et la concurrente de Carthage, la première ville de France et l’un des plus importants ports antiques de Méditerranée occidentale. C’est aussi la ville d’Euthymènes qui explora les côtes africaines au-delà des colonnes d’Hercule et celle de Pythéas qui remonta jusqu’au Groenland et s’approcha du cercle polaire. Marseille c’est encore la ville par laquelle la vigne[2. Strabon, Géographie, Livre IV, 1, 5], la religion chrétienne et l’écriture sont arrivées en Gaulle ; c’est de cette même ville que Strabon disait qu’« il n’y en a pas dont les lois soient meilleures »[3. Construit par Louis XIV, ses cannons sont pointés vers la ville].

Notre ville ce sont des siècles d’histoire au cours desquels elle a prospéré de son commerce, de son ouverture sur le monde et de l’esprit d’entreprise des Marseillais. Elle a survécu à César, aux Wisigoths, aux Ostrogoth, aux Francs, aux Sarrasins, aux Vikings, aux Catalans, à la peste, à Charles Quint et aux nazis. Cette ville fière et rebelle, jalouse de son indépendance, rien n’avait jamais réussi à la réduire au silence.

Qu’avons-nous fait de notre ville ?

Là où les canons du fort Saint-Nicolas[4. Tout de même : la ligne maritime la plus courte du monde !] ont échoué à nous mater, l’Etat centralisateur a fini par nous réduire à une dépendance honteuse. Là où, pendant plus de deux millénaires, Marseille fut cet extraordinaire creuset où tout les peuples de la Méditerranée vivaient en bonne intelligence, les grands ensembles des quartiers nord et les « politiques sociales » de l’Etat ont réussi à nous diviser comme nous ne l’avons jamais été. Là où le gouvernement de la cité faisait l’admiration de Strabon, nous avons laissé proliférer une classe politique corrompue qui chaque jour nous ridiculise aux yeux de ceux qui savent encore que Marseille existe. Là, enfin, où notre ville est née – le port – nous avons laissé s’installer des organisations mafieuses qui chaque année réduisent un peu plus à néant l’instrument de notre prospérité pendant des siècles. Il est inutile que je vous donne des noms, des chiffres et des faits : vous les connaissez tous, et mieux que la Cour des comptes.

Aujourd’hui, on veut nous vendre un « forum mondial de l’eau », « Marseille-Provence capitale européenne de la culture » et – encore ! – du football avec l’Euro 2016. C’est ça Marseille ? Une ville subventionnée ? Une ville qui n’a rien d’autre à espérer de l’avenir que les emplois public des chantiers d’Euromed et des allocations-chômage ? Nous en sommes donc là ?

Il y avait, quand j’étais gamin un T-shirt proclamant : « il y a deux sortes de gens au monde : les Marseillais et ceux qui rêvent de l’être ». J’appartiens à cette première catégorie et j’y appartiendrai toujours. Nom de Dieu ! J’aime cette ville ! J’y suis né, j’y ai grandi et je ne l’ai quitté, la mort dans l’âme, que pour trouver un job décent. J’aime Marseille. J’aime ses quartiers du cours Julien à Endoume en passant par la Pointe rouge, j’aime ses calanques, la grande bleue, le mistral, les navettes de Saint-Victor, la Bonne Mère et jusqu’au nouveau « Féri-Bôate » mais surtout et par-dessus tout, j’aime les Marseillais. J’aime les Marseillais parce qu’ils ont en eux cette gentillesse naturelle qui laisse croire aux Parisiens qu’ils sont « superficiels ». Je les aime parce malgré leurs grandes gueules et leurs fanfaronnades, ils s’écartent encore pour laisser passer les poussettes et aident les aveugles à traverser les rues. Et je les aime, enfin, parce que pour peu qu’on les laisse faire, ils sont capables de tout et en particulier du meilleur.

Alors je ne sais pas pour vous mais moi, voir Marseille dans cet état, ça me met en rage. Je ne supporte plus les dockers et les grutiers du port, les taxis, les éboueurs, les petits réseaux et cette caste politique qui a érigé la corruption et le clientélisme en art de vivre. Je ne peux plus souffrir de voir nos minos obligés de choisir entre quitter leur ville ou pointer à Pôle Emploi en ne vivant plus qu’au travers de l’OM. Réveillons-nous ! La mondialisation ? C’est nous qui l’avons pratiquement inventée et pour une ville comme Marseille, c’est une bénédiction. Récupérons notre port, débarrassons-nous des politiciens corrompus et reprenons notre destin en main. Marseille n’est rien sans les Marseillais ; la sauver du déclin, c’est à nous de le faire et à personne d’autre.

Nouvelle formule de Causeur.fr, c’est parti !

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Comme cela avait été annoncé à nos abonnés depuis un petit moment, Causeur.fr fait enfin sa mue !
Ce nouveau Causeur.fr – qui suit de peu la nouvelle maquette de Causeur magazine – entend à la fois mieux satisfaire nos internautes et privilégier les abonnés dont le nombre ne cesse de croître.

Si le site demeure dans une certaine continuité en termes de présentation, les nouveautés apportées vous permettront de mieux profiter de l’ensemble de nos contenus.

Ainsi, la page d’accueil met en avant un plus grand nombre d’entrées, articles ou brèves. Nos deux blogs phares, Antidote (David Desgouilles) et Asile de Blog (Basile de Koch), y sont également mis en avant et d’autres blogueurs de talent nous rejoindront dans les mois à venir.

Les pages articles voient l’apparition d’icônes de partage (e-mail et réseaux sociaux) pour faire découvrir à vos proches plus facilement les articles que vous appréciez et affichent par défaut les commentaires, lesquels seront désormais réservés aux seuls abonnés.

Comme vous le verrez, une des questions décisives auxquelles nous nous sommes attaqués de front est la celle des commentaires. Vous le savez aussi bien que nous : certains fils sont devenus insupportables. Au delà des différences d’opinions – que nous encourageons – certains commentateurs ont choisi la provocation gratuite et l‘insulte; c’est dommage et décevant mais c’est ainsi et il était de notre responsabilité de percer vite et bien cet abcès. En conséquence, nous avons décidé de trancher dans le vif et de permettre à nos seuls abonnés – donc des personnes dont on connaît la véritable identité et les coordonnées – de participer activement aux débats en laissant des commentaires (que tout le monde pourrait lire).

Ceux-ci bénéficieront en outre, d’une nouvelle interface de gestion de leur compte et pourront également consulter en version numérique toute la collection de Causeur magazine depuis 2008.
Les changements éditoriaux s’accompagnent également d’innovations commerciales puisque de nouvelles formules d’abonnement ou d’achat de contenus vous sont désormais proposées.

Ainsi, comme certains d’entre vous en avaient exprimé le souhait – notamment dans les questionnaires que nous leur avons adressés-, nous proposons désormais des formules 100% numériques, en abonnement d’un an (29,90 €) ou sous forme de « pack » de 20 articles (9 ,90 €).

Une nouvelle offre « Découverte » pour essayer Causeur magazine à prix réduit (deux numéros papier) sera également proposée (6,90 €).

Ces nouvelles offres sont lancées à prix promotionnel jusqu’à fin mars. Les abonnements classiques verront leur prix également maintenu jusqu’à la fin du mois -en dépit de l’augmentation de pagination du magazine intervenue ce mois-ci- avant d’être revus à la hausse à partir d’avril. Profitez-en donc pour franchir le pas et vous abonner… ou pour vous réabonner !

Ce nouveau site – en version Béta – est en phase de rodage. N’hésitez donc pas à nous écrire à causeur2@causeur.fr – adresse spécialement créée pour accompagner la mise en ligne – pour nous signaler tout dysfonctionnement ou piste d’amélioration.

L’aventure continue donc et nous espérons vous proposer plus d’originalité, de pertinence (et d’impertinence) et surtout vous donner cette chose qu’on ne trouve nulle par ailleurs… l’esprit Causeur.

Tu veux ou tu veux pas ?


C’est le dernier épisode du soap socialiste, dont la conclusion est théoriquement attendue en octobre, au sortir de la primaire. Dimanche, après la diffusion d’un documentaire mi-ébloui, mi-hagiographique sur Canal Plus, les experts en silences, en quarts de ton et en demi-phrases de DSK ont tranché : il « a pris sa décision. » N’attendez pas qu’on vous dise laquelle. Non, il s’agit de ménager le suspense, pour qu’il colle pile au calendrier socialiste et puisse rentrer à peu près dans l’agenda fourni par le FMI, l’actuel employeur du sauveur de la gauche.

La scène qui permet aux augures de trancher en faveur de l’appétence de DSK pour cette présidentielle se résume à un dialogue entre le patron du FMI et –excusez du peu- Bill Clinton, croisé à Yalta, à qui le Français demande « Should I stay or should I go ? » ( C’est le titre du plus grand tube des Clash, qu’on peut traduire par « J’y vais ou j’y vais pas ? »). Evidemment, Bill l’incite à foncer. Or poser la question, comme on disait autrefois, c’est déjà y répondre. Pourtant, ces derniers jours une rumeur insistante courait : certes DSK a décidé « d’y aller », mais pas à n’importe quel prix. Il ne demande rien moins que l’annulation pure et simple des primaires ouvertes – à l’américaine -, et leur remplacement par un mode de désignation plus traditionnel. Par acclamations du peuple de gauche, disons.

Revenons en arrière : il y a à peine une semaine, deux sondages plaçaient Marine le Pen en tête du premier tour de la présidentielle. DSK y apparaissait comme le meilleur candidat pour affronter la nouvelle patronne du FN et cela dès le premier round présidentiel. À en croire les sondages, il offrirait la meilleure résistance au tsunami frontiste, tout en distançant le plus nettement Nicolas Sarkozy. Performances auxquelles ne parviendraient pas Martine Aubry ou François Hollande et encore moins Ségolène, qui à défaut de conserver ses chances conserve néanmoins le droit d’être appelée par son prénom.

Immédiatement, les DSK boys sont montés au front, de Jean-Marie le Guen, dénonçant la cacophonie des primaires, à Pierre Moscovici se demandant ouvertement s’il ne fallait pas tout annuler (avant de modérer ses propos). Sans oublier ceux qui glissent sur le ton de la confidence que François Hollande se montrerait raisonnable en abandonnant l’aventure illico presto… Tous, officiellement ou de façon plus sourde, y sont allés de leur pilonnage en règle d’un système pourtant conçu largement dans le laboratoire d’un savant fou tout aussi strausskhanien qu’eux, Olivier Ferrand, le patron de Terra Nova, le machin qui pense pour le PS…

Les primaires, c’est le clash assuré

Mais il est vrai qu’entre le principe –c’est-à-dire des primaires qui permettent d’écraser tous les concurrents en arrivant comme le messie- et la réalité -un calendrier pas tout à fait aux petits oignons pour qui serait dans la nécessité de démissionner d’un boulot important aux Etats-Unis avant la fin de son mandat- il y a un monde. Ce dilemme, la poussée de Marine le Pen permet opportunément de l’évacuer. De manière soudaine, sous la menace préventive d’un 21 avril bis, à l’envers ou dieu sait quoi… Le salut public exige que le PS s’incarne ici et maintenant, parle vite d’une seule voix forte et claire. Soit celle de DSK, promu sauveur de la gauche et de la France.

La condition paraît pourtant un peu énorme. Certes, aujourd’hui, on voit bien que certains socialistes se rendent compte que l’acclimatation en France d’un tel système de pré-prez à l’américaine n’est pas simple. Inutile de revenir sur les risques de divisions dont il est porteur, les incertitudes juridiques qu’il génère, ou même sur la possibilité, non nulle, d’un bide participatif donc politique.

Mais enterrer les primaires n’est pas aussi facile que les missi dominici de DSK semblent vouloir le faire croire. Il va falloir encore un paquet de sondages avec MLP en tête au premier tour pour que le peuple de gauche renonce à sa castagne entre amis. Imaginons que les candidats abandonnent les uns à la suite des autres : les militants pourraient avoir l’impression désagréable de s’être fait piquer le peu de démocratie interne qu’on leur promet depuis des années. Au point, qui sait, de trainer des pieds pour la campagne, la vraie, celle contre Sarkozy et Le Pen. Quant à la droite, elle tiendra là un sacré motif de rigolade, et au-delà, d’attaque politique contre le candidat du PS qui ne tient pas ses promesses avant même d’avoir été élu…

Alors, pourquoi exiger le retrait des primaires, ou leur « assouplissement » ? Soyons paranoïaques : pour se trouver un bon motif de dire « finalement, je ne suis pas candidat à la candidature, puisque mes amis ont décidé de ne pas être raisonnables et de ne pas donner à la gauche la chance de revenir enfin au pouvoir » ?

Mais revenons à l’information du week-end, DSK a pris sa décision. Et mesurons la puissance de cette simple phrase. Et notons que quoi qu’il fasse, il aura mérité la palme du suspense le plus insoutenable et de l’éveil du désir le plus incontrôlable. Ce qui pour un socialiste n’est déjà pas si mal.

Fureur nippone, sagesse moderne

6

Pour quelqu’un qui connait ne serait-ce que vaguement l’histoire japonaise, il est particulièrement étrange d’entendre à longueur de journaux de la bouche d’experts de l’Archipel, sortis d’on ne sait quels placards, louer l’impressionnant sang-froid du peuple japonais à la suite du tremblement de terre de vendredi dernier comme un effet d’une culture ancestrale fondée sur le fatalisme et la discipline.

En 1923, lors d’un tremblement de terre qui fit semble-t-il plus de 100 000 morts, la population tokyoïte fut prise d’une panique telle qu’elle se mit à lyncher tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un Coréen ou un Chinois, les étrangers étant accusés d’empoisonner les puits. Résultat de la fureur nippone: plusieurs milliers de morts. Beaucoup de ceux qui survécurent le durent à la protection de la police et de l’armée.

Le calme nippon d’aujourd’hui rappelle plus le sang-froid des New Yorkais après le 11-Septembre qu’un fantasmatique fatalisme qui trouverait sa source dans les gènes culturels des Japonais. S’il faut reconnaitre une seule vertu à la modernité, qu’elle soit japonaise ou occidentale, ce serait celle qui permet de confiner la violence des emballements mimétiques et lyncheurs à la sphère du virtuel et d’éviter ainsi les grandes chasses à l’homme qu’ont connues sans doute à peu près toutes les sociétés traditionnelles à la suite des catastrophes naturelles.

Mourir pour Benghazi ?

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Nicolas Sarkozy salue les représentants du Conseil national libyen de transition.

L’émotion collective a passé. L’enthousiasme pour la révolution arabe s’est éteint. Hier, ils versaient des larmes – dues à la proximité du Nil et de ses crocodiles –, aujourd’hui les éditorialistes font la fine bouche. Ils haussent les épaules, ils ricanent. Ils se gaussent de BHL rencontrant à Benghazi les représentants du Conseil national de transition libyen, pour ne retenir que sa chemise, son torse imberbe et son air de bourgeois germanopratin. Ils ironisent sur Sarkozy recevant à l’Elysée les gus du Conseil national de transition, pour rappeler la popularité exécrable du chef de l’Etat, les prochaines présidentielles et l’irrésistible ascension de Marine Le Pen.

Bref, on parle de tout, sauf de l’essentiel. Et l’essentiel, c’est que Nicolas Sarkozy vient de réussir ici son quinquennat. Lui auquel on a reproché de se comporter en « néo-conservateur américain à passeport français » vient de rétablir la France dans ses droits. En recevant à l’Elysée une poignée de Libyens en révolte, érigés eux-mêmes en Conseil national de transition, illégaux mais pas illégitimes, Nicolas Sarkozy a émancipé la France de l’option diplomatique états-unienne. Il a choisi l’option farfelue.

L’option farfelue, c’est la politique de la France ! Elle ne date pas d’hier et court tout au long de l’histoire de France. Malraux l’a théorisée dans les Antimémoires. Elle va de Philippe Le Bel, qui proclame « Roi de France est empereur en son royaume » contre la volonté hégémonique des Impériaux, jusqu’au général de Gaulle qui, en juin 1940, dénombrait parmi ses ralliés les plus farfelus des Français : francs-maçons, juifs, membres actifs d’une petite association bien gentillette qu’on appelait l’Action française, marins de l’Ile de Sein. Et Vercingétorix, Du Guesclin, Roland sonnant du cor à Roncevaux, Jeanne d’Arc, Jeanne Hachette, Gambetta mal rasé, mal coiffé, saoul comme un âne du soir au matin, mais levant en six mois une armée de trois cent mille hommes : nous sommes un peuple d’aventuriers. La France, quand elle est fidèle à elle-même, qu’elle a rendu à ses voisins allemands le costard vert-de-gris qui la boudine, est un pays farfelu.

Tout l’engonce, la France. Parfois, elle sent le moisi. Les uniformes de toutes sortes, les morts qu’elle a nombreux renfermés en elle, la terre qu’elle a prodigue au-delà de toute prodigalité et l’argent, enfin, dont Péguy a écrit qu’il pourrissait tout : tout est, pour elle, une manière de carcan. Parfois, elle sait s’en extraire et se libérer des travails qui l’éreintent. En recevant les représentants du Conseil national libyen de transition, Nicolas Sarkozy a dégoncé la France de son carcan.

La Realpolitik : de l’idéologie qui avance masquée

Bien sûr, les plus piètres âmes françaises me répondront que ce ne sont là que des vues de l’esprit. Eh bien, justement, soyons de bons hégéliens : c’est l’Esprit qui gouverne le monde. Tout autour n’est qu’agitation vaine. La prétendue realpolitik que nos « partenaires » européens ont fait prévaloir vendredi à Bruxelles entretient avec la politique et la réalité une relation aussi passionnelle qu’une prostituée et l’amour. La realpolitik, c’est de l’idéologie qui avance masquée, un faux-nez, un trompe-couillon qui se maquille d’une bourgeoise honorabilité. Le scepticisme de Silvio Berlusconi n’est pas étranger aux frasques érotico-financières qui le lient au dictateur libyen ; le dermerden Sie sich ! qu’Angela Merkel adresse aux révoltés de Benghazi n’est pas sans rapport avec l’opposition d’Erdogan à l’intervention de la communauté internationale en Libye (la Turquie est devenue, en Allemagne, une affaire de politique intérieure). La baronne Ashton a beau croire s’être laissé pousser les moustaches de Bismarck, ça ne trompe personne. Son refus catégorique de reconnaître le Conseil national de transition comme l’interlocuteur légitime de l’Union – sa position a provoqué un tollé la semaine dernière au Parlement de Strasbourg et la saine colère de Daniel Cohn-Bendit – est tout l’inverse de la realpolitik : c’est de l’aveuglement, de la morgue munichoise. Les réticences européennes à s’engager en Libye résument, en définitive, ce qu’est devenu le projet européen : le choix de l’abstention.

Depuis le traité de Maastricht, faire l’Europe consiste à se retirer patiemment de l’histoire et du monde. Philippe Séguin nous avait prévenus dès 1992 : « Ce traité aurait pu être adopté sous Leonid Brejnev. » Les pays de l’Est européen venaient de se libérer du joug soviétique. Mais rien, dans ce traité, ne prenait en compte la nouvelle donne géopolitique. La raison commandait de tout revoir et de procéder à l’aggiornamento d’une construction européenne qui n’avait, pour fondement, que d’être le pendant occidental du Pacte de Varsovie. On n’en fit rien.

Entachée de ce péché originel, l’Europe intégrée a, dès lors, suivi la même ligne : se gourer toujours. Sarajevo en guerre, le général Mladic encerclant Srebrenica : Bruxelles discute de critères de convergence, comme si de rien n’était. Il y a quinze ans, le massacre des habitants de la « zone de sécurité » de l’ONU en Bosnie sous les yeux des casques bleus néerlandais amorçait le processus de destruction européenne[1. L’expression est de Paul-Marie Coûteaux.].

Aujourd’hui, il y a fort à parier que l’Europe n’interviendra pas en Libye. La boucle sera alors bouclée. Le processus entamé en 1995 lorsque l’Europe a abandonné la question des Balkans aux Américains atteindra son but. L’Europe est en train de se perdre dans les environs de Benghazi.

Qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas son âme qu’elle perd. Ce n’est pas seulement au nom des droits de l’Homme que l’Europe devrait intervenir en Libye, mais au nom de ses intérêts stratégiques essentiels. La Méditerranée est une affaire européenne et l’Union ne peut refuser d’y exercer sa pleine influence sans courir le risque de ne plus exister du tout[1. On notera le retournement de la position allemande : hier, Angela Merkel s’entêtait à faire partie de l’Union Pour la Méditerranée. Pour un peu, elle aurait juré, main sur le cœur, que les tyroliennes ne sont que des airs napolitains juste jodlés. Aujourd’hui, la Méditerranée, Mme Merkel ne voit même plus où ça se situe.].

Pas de puissance, pas de politique

Rien ne peut exister qui n’ait conscience d’avoir sa place dans le monde. Pas la peine de convoquer Heidegger pour saisir que toute existence est un être-là. Ainsi la politique est-elle, avant tout, une question géographique. Or, hier, l’Europe oubliait que les Balkans étaient à ses frontières. Elle nie aujourd’hui que le Grand Maghreb est son voisin. En perdant de vue sa propre géographie, l’Europe s’oublie elle-même.

De même, en refusant la politique de la puissance, l’Europe se prive non seulement de la puissance, c’est-à-dire de la capacité de se projeter au-delà de ses propres frontières et d’y déployer des troupes, mais aussi de la politique tout court.

Que nous restera-t-il donc quand la politique aura totalement déserté le projet européen ? L’euro ? Pas sûr : lorsqu’on se sera aperçu qu’elle n’est que le cache-misère d’un projet sans assise, la monnaie unique risque d’apparaître comme une illusion parfaite, laissant bientôt nues l’absence de volonté et l’absence de destin. Quand le monde se sera rendu compte de cela, l’heure du marché commun sonnera sans doute. Ensuite, à force d’efforts, nous vivrons peut-être suffisamment vieux pour voir éclore une belle et grande communauté du charbon et de l’acier. C’est bien, non, le charbon et l’acier ? Est-ce assez realpolitik pour nos partenaires ? L’Europe ainsi avance. Dans le sens de l’histoire. Mais à rebours.

Alors que faire ? Prendre acte que Rome n’est plus dans Rome et qu’il n’est plus véritablement d’Europe en Europe. Et y aller, en fin de compte. Reconstituer les ligues dissoutes. Choisir une fois encore l’option farfelue, la plus raisonnable entre toutes, et débarquer en Libye avec Messieurs les Anglais, qui tireront, cette fois-ci avec nous, les premiers.

La grande peur de Fukushima

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Et si pour une fois, je commençais par les préliminaires ? Que les choses soient claires:
ce qui se passe actuellement au Japon est réellement inquiétant, au sens étymologique du terme. Etant depuis toujours d’opinion plutôt atomiste et de complexion plutôt jemenfoutiste, je n’irai pas vous faire croire que je ressens intimement cette inquiétude, mais quand les réacteurs partent en vrille les uns après les autres dans l’un des pays où les centrales sont les plus sécurisées du monde, quand un accident nucléaire atteint le niveau 6 sur une échelle qui en compte 7 (le niveau 7 étant Tchernobyl), je conçois parfaitement que les esprits les plus sereins (pas moi, donc) ne restent pas quiets. La catastrophe de Fukushima appelle un vrai débat, c’est-à-dire dans nos sociétés, quelque chose qui n’existe pas.

En vertu de quoi il me paraît grotesque de reprocher aux Verts d’instrumentaliser Fukushima pour doper leur campagne des cantonales. Faire de la politique, c’est aussi savoir réagir à l’actualité: quand le JT vous passe les plats gratos, on a bien raison de se servir, voire de se bâfrer. Les écolos n’ont pas découvert jeudi dernier qu’ils étaient hostiles au nucléaire, ils l’ont toujours condamné, sans discontinuer. Le refus de l’énergie atomique, y compris civile, est à l’origine de leur existence même, et dans cette mouvance, plus portée que toute autre famille politique au pilpoul et aux bisbilles internes, c’est l’un des rares sujets qui n’ait jamais fait débat. Quand Jean-François Copé leur reproche leur « indécence », et décrète que « la circonstance commande d’abord un réflexe de solidarité », il prouve seulement que l’UMP ne sait plus faire de politique. Ou plus exactement qu’elle ne sait en faire qu’en actionnant quelque leviers primitifs (peur, compassion, indignation), qui requièrent tous d’avoir les vents idéologiques dominants dans le dos. Quand on les prend en pleine figure, et qu’on ne sait plus argumenter, alors on accuse les autres (les Verts cette fois mais ça marche aussi avec le PS, le FN ou la presse…) d’être des charognards. La déclinaison de cette semaine de Moderne contre moderne, c’est Indigné contre indigné.

Venons en maintenant au vif du sujet, à savoir ce que nous disent les alarmistes, et ce que nous ont dit les rassuristes, dont on s’occupera en premier car leur cas est plus facile à régler : rarement on aura vu pareille bande d’abrutis. À Tokyo, à Washington, à Paris, ils nous auront servi sans l’ombre d’une hésitation les mêmes mensonges qu’immédiatement après Three Miles Island ou Tchernobyl. Circulez, y a rien – ou si peu de choses – à voir, tout est under control, et les radiations s’arrêteront comme d’hab’ à la douane de Menton-Garavan.

Ces gens-là (lobbys nucléaires, Etats et experts à leurs soldes) ont décrété qu’il fallait minimiser et mentir pour empêcher la panique ou pour éviter, comme dirait l’autre, que se propage un « sentiment d’insécurité » chez les masses ignorantes. Il va de soi que quand, à l’arrivée, les mêmes se voient obligés de classer Fukushima en classe 6 et tentent avec 96 heures de retard, autant dire un siècle, de parler le langage de la vérité et de la responsabilité, plus personne ne les écoute. Un grand bravo, ils auront plus fait contre le nucléaire que tous les écolos barbus du monde réunis.

Fort de ce soutien en creux inespéré, côté anti, c’est reparti comme en quarante grâce à la catastrophe japonaise, ou comme dans les seventies, aux grandes années du Larzac, de Plogoff et de Creys-Malville. Chérie, je me sens rajeunir !

Depuis trois jours, ils ont table ouverte dans les radiotélés, celles-ci -sans doute un rien déçues que le cours des événements en Libye ne soit pas raccord avec les agendas fixés en conférence de rédaction- leur servent la soupe à flots continus d’édition spéciales et permanentes, un peu comme si les compteurs Geiger vrombissaient déjà dans Paris intramuros en pleine pénurie de pilules d’iode. Et comme chez les écolos aussi on est non seulement en campagne pour dimanche prochain, mais aussi en pré-campagne pour l’an prochain, chacun en fait des tonnes, voire des mégatonnes. Chérie, fais-moi peur !

On exclura du lot des affoleurs la malheureuse Eva Joly qui a répété sur toutes les chaînes qu’après cette catastrophe « on changeait de paradigme », sans tenir compte du fait que sa cible, la ménagère de moins de cinquante ans, avait parfois un vocabulaire de moins de cinquante mots… M’est avis qu’après le paradigme, Eva aurait intérêt à changer de conseiller com’.

Sans surprise, Nicolas Hulot ne fait pas beaucoup mieux : « Il faut sortir de cette arrogance de penser toujours que la technologie, le génie humain peuvent tout. Le nucléaire, en l’état, ne peut pas être la réponse à nos besoins énergétiques », nous dit Nicolas du haut de son expertise mondialement reconnue, avant de conclure : « On a encore une fois la démonstration, on ne peut pas remettre le sort de l’humanité dans une vulgaire et tragique roulette russe. » Le style boursouflé ne vous rappelle rien ? Si, si cherchez un peu, ou essayez d’y ajouter une respiration hachée… Bingo, Nico a fait cette déclaration depuis l’Amérique du Sud, où il est en train de tourner un nouvel épisode d’Ushuaïa. Faudrait pas mélanger les genres, chéri…

On passe aux choses plus sérieuses avec Cécile Duflot. Outre le prêchi-prêcha usuel sur le solaire, les éoliennes, le feu Grenelle de l’environnement, le grand truc de Cécile, c’est l’arrêt immédiat de la centrale de Fessenheim (c’est en Alsace que les Verts font historiquement leurs meilleurs scores aux cantonales) et surtout le moratoire sur les EPR. Voilà une idée qu’elle est bonne, puisque l’EPR en construction de Flamanville se caractérisera par un niveau de protection bien plus fort que les centrales de générations précédentes. Et que toutes les filières de niveau de niveau IV prévues pour être opérationnelles dans quinze ou vingt ans seront encore plus délibérément axées sur la minimisation des risques et la diminution des déchets. J’aurais aimé qu’un des 850 journalistes qui l’ont invitée à dérouler son mantra depuis vendredi lui fasse remarquer que le moratoire implique l’arrêt de toute recherche donc l’impossibilité d’œuvrer à la modernisation du parc. Rassurant vu de loin, un moratoire condamne de fait l’humanité à tourner ad vitam aeternam avec des réacteurs type Fukushima voire Tchernobyl. Dit comme ça, ça vous rassure toujours le moratoire ?

Enfin quand je dis ad vitam aeternam, c’est pour les 25 ou 30 ans à venir, d’ici à ce qu’on abandonne définitivement le nucléaire, selon le calendrier écolo officiellement en vigueur. Là encore, j’aurais aimé qu’on taquinât un peu plus Cécile (ou Voynet, ou Mamère qui ont tous débité le même credo, parfois à la virgule près). Car pendant ces 25 ans -là, on fait quoi, comment on se chauffe, comment fait tourner sa Wii ou son iPad, et accessoirement sa voiture propre, qui roulera à l’électricité nucléaire ou bien ne roulera jamais qu’au salon de l’Auto? Et je ne vous raconte pas la partie de plaisir en 2040, une fois que le dernier salarié d’EDF aura éteint la lumière dans la dernière centrale… Chérie, fais-moi mal !

Les écolos détestent être caricaturés en zélateurs du retour à la bougie, aux couches lavables et au vélocipède, mais même en défigurant la France entière avec des éoliennes géantes et des chauffe-eau solaires, c’est bien à ça qu’on sera fatalement rendu. À moins, à moins, qu’on fasse comme tous les pays qui estiment pouvoir se passer du nucléaire qui fait si peur à l’électeur : le recours massif aux combustibles fossiles. Bon ce n’est peut-être pas le climax de l’écologiquement correct, mais si on stoppe les centrales, c’est comme ça que ça finira. Avec un baril à 300 ou 400 dollars, avec toute les guerres pétrolières qui s’ensuivront, les dizaines de millions de morts qu’elles provoqueront – et qu’on ne mettra surtout pas en balance avec les 80 000 morts qu’aurait provoquées Tchernobyl, selon les hypothèses les plus noires. On regrettera au passage que personne ne se soit hélas – à ma connaissance – amusé à calculer le nombre de bronchites chroniques, cancers du poumon et maladies respiratoires évitées grâce au nucléaire.

Le vrai lobby antinucléaire ce ne sont pas les Verts, ce sont les compagnies pétrolières. Chéri, pourquoi tu tousses ?

Joffrin débusque deux nouveaux crypto-lepenistes : Taddeï et Todd

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Décontamination acte II. Laurent Joffrin poursuit sa croisade à la poursuite de ceux-qui-notabilisent-les-idées-du-Front-National, comprenez ceux-qui-ne-pensent-pas-comme-moi. Après une attaque en règle contre la cheffe de ces lieux, Philippe Cohen, Eric Zemmour et quelques autres confrères, le voici qui se saisit du « cas » Taddéï. Dans un billet finement titré « France 3 : c’est Le Pen ou jamais « , il dénonce sur le site de l’Obs, un « déferlement de clichés anti-musulmans. Une opération de propagande lepéniste. » Avec différents arguments : il critique le thème de l’émission (montée dans les sondages de Marine Le Pen et sentiment national), la conduite des débats et surtout le casting des invités. Paul Marie Coûteaux, William Goldnadel, Emmanuel Todd (très fatigué dixit Lolo puisque postulant « la mort de l’antiracisme et de « la pensée unique » démocrate et européenne » ) ou Alain-Gérard Slama, (l’éditorialiste du Figaro, qui seul a l’insigne honneur d’être sauvé par Lolo – pas du tout sûr qu’il s’en sente flatté). Bref, la liste des notabilasateurs crypto-lepenistes s’allonge, gageons qu’Emmanuel Todd lui garde un chien de sa chienne…

Toujours selon notre chroniqueur-lyncheur télé d’un jour, le plateau de Taddeï est d’ailleurs ouvertement frontiste puisque Taddéï a invité Christine Tasin dans l’émission : « Dame Tasin, organisatrice des apéros saucisson-pinard, se présentant ouvertement comme islamophobe », dit Joffrin. Oups, oups, oups. Là Laurent Joffrin a peut-être parlé un peu vite : le 2 mars dernier, Libération, sous le délicieux titre « Bouffeuse d’Islam » offrait son portrait de dernière page à la même « Dame Tasin » qu’il reproche à Frédéric Taddeï de médiatiser. Laurent Joffrin était alors encore à Libé, et au moins comme patron du journal a dû valider la commande d’un tel portrait quelques jours avant. Mais à l’époque l’opération décontamination n’avait pas commencé, sans doute.

Printemps arabe, merci qui ?

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« Est-ce que les peuples du Moyen-Orient ne peuvent accéder à la liberté? Est-ce que des millions d’hommes, de femmes, d’enfants sont condamnés, au nom de l’histoire ou de la culture, à vivre sous le despotisme ? Seraient-ils les seuls à ne jamais connaître la liberté, à ne jamais exercer de choix ? Moi, je ne le crois pas. »

Question à 1000 euros : qui est l’auteur du discours ?
Allez, je vous mets sur la piste. L’auteur n’est pas un dirigeant européen soucieux de redorer le blason de son pays éclaboussé par l’aveuglement de sa diplomatie.[access capability= »lire_inedits »]

Il n’est pas non plus l’un de ces politiques qui passaient leurs vacances dans les palaces tunisiens et égyptiens, ni le président d’une association destinée à promouvoir l’amitié avec des peuples opprimés par un dictateur déchu ou en passe de l’être.

Il n’est certainement pas un intellectuel qui aurait subitement découvert sa sympathie pour les insurgés arabes et qui, taraudé par le remord, s’empresserait de partager son enthousiasme débordant pour mieux effacer le temps où il maudissait la libération de l’Irak par les forces armées du « Grand Satan » américain. Notez que je viens de vous lâcher un indice.

Oui, l’homme − deuxième indice − est américain ; mais attention, je précise : il n’appartient pas à la mouvance Obama, seule tolérée par les antiaméricains non déclarés d’aujourd’hui.
Cet Américain-là fut le plus détesté de tous les Américains, à l’image de McDonald’s, leader de la World Company et symbole de la malbouffe.

De même que ceux qui haïssent McDo continuent malgré tout à engloutir des hamburgers, ceux qui l’ont diabolisé hier apparaissent aujourd’hui comme ses plus fidèles héritiers. Seulement, ils l’ignorent ou refusent de l’admettre.

Si vous avez trouvé, peut-être êtes-vous déjà très énervé. Sinon, je vous le donne en mille : l’auteur de ce plaidoyer pour la libération des peuples arabes s’appelle George W. Bush, vous savez, ce cow-boy texan évangélique et belliqueux, au cerveau à peine plus gros qu’un bretzel entamé !

Souvenez-vous : cela se passait en 2004, au sommet du G8 de Sea Island. Bush et ses faucons firent adopter le « plan Grand Moyen-Orient » (GMO), qui visait à favoriser l’émergence de la démocratie dans les pays arabes. Oui, de la démocratie ! Et contrairement aux bêtises que proféraient les anti-bush haineux de l’époque, il ne s’agissait pas d’imposer la démocratie made in USA par une politique d’ingérence arrogante et impérialiste, mais de développer les forces démocratiques des sociétés civiles arabes par une stratégie d’assistance en moyens financiers, éducatifs et logistiques.

Et voilà que, sept ans plus tard, ce sont précisément les peuples concernés par le GMO qui se révoltent : les cartes concordent.

Quand on se rappelle les cris et protestations d’hier, il est très agaçant d’entendre aujourd’hui l’ensemble de la classe politique célébrer, sur un ton grave et cérémonieux, les révoltes démocratiques et rivaliser dans la bonne volonté pour contribuer à leur pérennité. Que disaient-ils, ces révolutionnaires de la vingt-cinquième heure, quand, dès 2003 , Bush le maudit, ignorant les diatribes et sarcasmes de la « communauté internationale » horrifiée par le wilsonisme guerrier d’une Amérique en croisade, martelait avec ferveur que les peuples arabes ont le droit, eux aussi, à la liberté ?

Que faisait la France en 2003 ? En visite officielle en Tunisie, le président de la République, Jacques Chirac, déclarait que « le premier des droits de l’homme, c’est de manger à sa faim » ! La liberté, c’est quoi : le supplément d’âme ?

Au moment où la Vieille Europe attentiste, immobile et complaisante, condamnait le Moyen-Orient à l’autocratie au prétexte que la stabilité des régimes tyranniques constituait un rempart au terrorisme, la révolution, outre-Atlantique, échauffait − sans doute excessivement, d’ailleurs, au regard des circonstances d’alors − les esprits des néo-conservateurs convaincus que la déstabilisation était préférable au statu quo et que seule la démocratisation du monde arabe couperait l’herbe sous le pied d’Al-Qaïda, favorisant à long terme la paix dans le monde.

Aussi dur que cela soit à avaler pour les professeurs de vertu qui ont toujours un train de retard sur l’Histoire, si la rue arabe bouge aujourd’hui, les Américains, et Bush au premier chef, y sont bien pour quelque chose. Et, n’en déplaise aux âmes pacifiques, peut-être même la greffe démocratique implantée en Irak et en Afghanistan par le fer et le feu finira-t-elle par prendre et par faire souffler le vent du changement qui réjouit la planète entière aujourd’hui, mais auquel seul les Américains croyaient hier. Alors, tant pis, je prends le risque de vous mettre très en colère pour saluer l’esprit visionnaire de l’Amérique, toujours porteuse du flambeau de la liberté pour les peuples du monde.[/access]

The Case For Democracy

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Ferney sans Voltaire

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Les habitants de la commune de Ferney-Voltaire se sont réveillés samedi 12 janvier privés du buste en bronze du philosophe que cette ville s’honore d’avoir abrité comme citoyen. Située sur la place du marché, cette sculpture en bronze de quatre-vingt kilos a attiré l’attention des voleurs de métaux qui profitent de la hausse vertigineuse des cours des matières premières pour faire leurs courses dans le domaine public. Nous suggérons que la municipalité retourne à sa dénomination initiale, Ferney tout court, tant que les malfrats n’auront pas restitué cette statue à la collectivité qui en est la légitime propriétaire. Voler le cuivre des lignes électriques de la SNCF ne leur suffit pas, il leur faut encore réduire les Lumières à leur pesant d’alliage de cuivre et d’étain. Qu’on les pende !

C’est moi, la peste brune ?

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Si j’étais de très mauvaise foi, j’annoncerais avec la solennité requise que Laurent Joffrin et Ariane Chemin, respectivement grand patron intermittent et exécuteure des basses œuvres du Nouvel Obs après avoir excellemment assumé cette lourde tâche au Monde sous la direction d’Edwy Plenel, sont en train, dans la grande tradition des années 1930, d’inventer un nouveau complot juif dans lequel le danger judéo-lepéniste aurait pris la place de l’hydre judéo-maçonnique. Dans la liste de suspects qu’ils dressent dans le dernier numéro de l’hebdomadaire, quatre noms reviennent en effet en bonne place: Alain Finkielkraut, Élisabeth Lévy, Éric Zemmour, sans oublier « tel « républicain-national » qu’on trouve à Marianne »(quoique combattu par ses collègues), élégante formule pour désigner Philippe Cohen et exiger à mots à peine voilés une épuration à Marianne. Chacun, écrit Joffrin, a son style, « « brillant ou laborieux », d’ailleurs j’aimerais bien savoir à laquelle de ces deux catégories j’appartiens, mais tous sont juifs, étrange coïncidence, non ? Il est vrai qu’il y a aussi Ivan Rioufol, mais on ne me la fait pas à moi – « j’ai d’excellents ennemis goys », on connaît la chanson. Je pourrais me draper dans ma dignité de victime, appeler mes concitoyens à résister à la bête toujours immonde et toujours frétillante avant de publier dans une semaine ou deux un opuscule à succès – « Dérapage à l’Obs », lettres rouges, peut-être gothiques, sur fond noir, ça aurait de la gueule. Ce serait chouette, à défaut d’être bien honnête. Encore que je parviendrais sans doute à croire à mes propres âneries[1. Le pire, c’est que je n’ai pas trouvé cette brillante idée toute seule : un ami très cher m’a fait hurler de rire en me disant, le plus sérieusement du monde : « ça ressemble à une chasse aux juifs, non ? »].

Marie-Noëlle Lienemann et Jean-Luc Mélenchon, merci !

Détendez-vous, ce cauchemar brun n’est qu’un rêve. Chemin et Joffrin ont beaucoup de défauts mais pas celui-là. Franchement ce n’est pas de leur faute si les agents actifs de la « décontamination de la pensée FN » sont presque tous juifs. Me voilà donc obligée de répondre, d’autant plus que les camarades Lienemann et Mélenchon qui ont volé au secours de l’ami Philippe Cohen (grâces leur soient rendues pour cela) n’ont pas jugé nécessaire de dire un mot sur les autres inculpés, lesquels n’ont pas le bonheur d’appartenir à la grande famille de la gauche. N’étant pas d’accord avec mes idées, ils ne se battront pas pour que je puisse les défendre et puis quoi encore ! Peut-être ces apôtres de la tolérance ont-ils fait leur l’amusante définition pêchée dans Libération sous la plume de Pierre Marcelle : ce qui « fonde la droite », chers amis, c’est « la progression de l’inhumanité marchande », au moins, on ne se plaindra plus de la disparition du grand clivage[2. Marcelle qui a au moins le mérite de la cohérence sur ce point affirme qu’il aurait fallu interdire le FN. Mais il ne devrait pas s’arrêter en si bon chemin. C’est la droite qu’il faut interdire]. Tout s’explique : tout occupés que nous étions à faire progresser l’inhumanité marchande pour assouvir notre cupidité et celle des « brigands-actionnaires », nous n’avons pas hésité à cachériser les pensées les plus nauséabondes, ceci, toujours selon Joffrin, en « occupant sans relâche studios de télévision et colonnes de journaux pour clamer qu’on nous empêche de parler et jeter à tout va les clichés de la droite conservatrice ou nationaliste. »

Je ne me permettrais pas de donner des leçons de journalisme à quelqu’un d’aussi titré dans la discipline que Laurent Joffrin, mais j’ai bien dû déclarer publiquement une trentaine de fois au cours des six derniers mois qu’il serait absurde de « nous » (en supposant que « nous » il y ait ailleurs que dans leur tête à « eux ») prétendre victimes d’une quelconque censure. C’est même pour moi un sujet d’interrogation récurrent: si on peut avoir l’impression que l’étau idéologique se resserre et que, traduit dans le langage des bistrots, « on ne peut plus rien dire », il faut bien reconnaître que les salauds – attention, au sens sartrien du terme – jusque-là simplement dénoncés comme « réacs » peuvent abondamment s’exprimer, beaucoup trop d’ailleurs aux yeux de certains qui répètent en boucle « ils se disent muselés et on n’entend qu’eux ». Je comprends que Joffrin qui doit porter sur ses seules épaules l’avenir de la presse de gauche et de la gauche tout court n’ait pas le temps de se pencher sur ce que les uns et les autres disent réellement. Mais compte tenu de notre omniprésence médiatique, il aurait pu s’apercevoir qu’aucun de ceux qu’il épingle ne se prétend censuré – ce qui serait effectivement cocasse. Depuis l’époque où j’ai publié Les maîtres censeurs, le débat public s’est à la fois ouvert et fermé. Il me semble plutôt qu’au terme de cette évolution paradoxale, la liberté l’emporte : Zemmour est condamné mais il travaille dans plusieurs médias et non des moindres. Et les attaques de mes chers confrères n’empêcheront évidemment ni Causeur ni moi-même de poursuivre leur route et leur réflexion[3. Du reste, concernant ma modeste personne, je ne jurerais pas que ce soit leur objectif, même si à l’évidence ils attentent à mon honneur professionnel]. Tout cela mériterait plus ample discussion mais ce sera pour une autre fois. En attendant, que Laurent se rassure[4. Je sais bien qu’il ne faut pas appeler Madame Le Pen Marine. Mais pour ne citer qu’un exemple, il est apparemment normal que Bernard Guetta, Alain Juppé et Michel Rocard se donnent, dans leur dernier livre, du Bernard, Alain et Michel à tour de bras ; j’espère avoir le droit d’appeler Joffrin Laurent puisque, quand nous nous rencontrons dans la vraie vie, c’est ce que je fais], je ne suis pas en train de « chercher censure à mon pied » – vous aurez reconnu la plume assassine de Muray.

Causeur, « puissant relais d’influence »

Vous me connaissez, j’aime assez, trop peut-être, l’odeur de la poudre. Mercredi après-midi, quand Philippe Cohen m’a envoyé les articles de L’Obs, j’avoue avoir d’abord pensé que la guerre recommençait et qu’on allait bien s’amuser. Et puis, après lecture attentive, mon excitation est un peu retombée. Tout cela était tellement réchauffé que je me suis sentie écrasée par le poids de la répétition. On dirait en effet que Chemin et Joffrin ont ressorti de vieux articles des tiroirs où ils prenaient la poussière avec les banderoles de la « quinzaine anti Le Pen » – lesquelles pourront sans doute reprendre du service itou pour peu que mes honorables confrères ne dévient pas de leur excellente ligne qui a réussi à amener Le Pen père à 20 % et au deuxième tour de la présidentielle. Sauf que moi, ce débat qui tourne en rond finit par me lasser.

Il est vrai qu’il arrive à L’Obs de varier les plaisirs. Depuis quelques années – et de mémoire – il a aussi proclamé en « une » avec grands roulements de tambour que les intellos viraient à droite et annoncé à plusieurs reprises et sous diverses formes le grand retour des nouveaux réacs qui finissent par n’être plus très nouveaux. Il me semble cependant que ça faisait un moment qu’il n’avait pas brandi aussi ouvertement l’étendard de la crypto-lepénisation. Mais enfin, c’est à peu près toujours la même histoire. La République est en danger, menace généralement incarnée par le spectre du vote lepéniste. Il s’agit donc de désigner les vrais coupables qui sont soit les idiots utiles, soit les agents actifs de l’extrême droite, d’où le goût de l’hebdomadaire pour les listes. Je précise que c’est la première fois que j’ai l’honneur de figurer dans le peloton de tête, étant désormais, avec Causeur, un « puissant relais d’influence ». Soyons honnêtes, Joffrin ne s’en tient pas là et reconnaît que la gauche, ayant abandonné le peuple, porte une lourde part de responsabilité dans le succès de Marine Le Pen.

Quant à Ariane Chemin, il faut reconnaître qu’elle n’a pas perdu le fil (d’accord, c’est un peu facile), depuis l’époque où elle était chargée par les patrons du Monde d’exécuter la toute jeune Fondation Marc Bloch où nous avions commis le crime, Cohen et moi, de rassembler des « Républicains des deux rives ». Non contents de croire qu’il fallait abattre le mur de Berlin de la politique française – ce que nous échouâmes d’ailleurs à faire lors de la campagne Chevènement -, nous étions plutôt anti-européens et prétendions qu’il était absurde et suicidaire d’abandonner la nation au Front national. Autant dire que notre dossier était chargé. Depuis, le mien s’est alourdi car après avoir avoué que je n’étais plus de gauche, j’en suis arrivée à penser que les « questions identitaires » comptaient autant dans les fractures qui minent la France que le chômage et la question sociale – contrairement d’ailleurs à mes amis Philippe Cohen…et Jérôme Leroy.

Les « monstres » de Jean-François Kahn

Ariane s’y colla donc gentiment et balança le missile qui était supposé nous laisser sur le tapis en nous qualifiant de « nationaux-républicains », injure dont nous décidâmes, grâce au talent de Régis Debray, de faire notre nom. Elle a de la chance, Ariane, elle pense toujours comme ses chefs, ce qui lui évite d’avoir avec eux les conflits qui m’ont parfois opposée aux miens. Aussi, quand Jean-François Kahn, auprès de qui j’ai beaucoup appris, notamment le plaisir qu’il y a à essayer de penser par soi-même, se désole de découvrir que je ne pense plus comme lui, ayant « basculé dans le discours réactionnaire le plus convenu, le plus éculé et le plus systématique »[5. J’en profite pour adresser une protestation à JFK : « systématique » admettons, « éculé » passe encore, mais « convenu », c’est assez vexant], notre journaliste de combat en déduit que JFK a créé des « monstres ». En clair, ayant eu le privilège d’avoir été formée par un monstre sacré du journalisme (je suis sincère, c’est vraiment une chance) j’aurais dû rester sa créature docile. Je plaide coupable d’individualisme forcené, puisque je prétends avoir un cerveau, qui, bien que moins performant que celui de mes accusateurs, m’appartient en propre. J’ajoute que je n’ai pas bien compris l’enseignement de JFK, en ayant déduit qu’on pouvait être en désaccord sans se balancer les noms d’oiseaux pêchés dans le lexique antifasciste.

Mais je m’égare. J’en reviens donc au fil rouge – encore que brun serait plus approprié – qui guide la pensée de la tenace Ariane. C’était couru, on commence par défendre la nation et on finit par écrire qu’on ne « trouve pas raciste ou « moralement scandaleux » la proposition frontiste de « distinguer entre Français et étrangers, proposant de réserver certains droits aux premiers ». On me pardonnera de pousser la coquetterie jusqu’à restituer la citation exacte, extraite d’un article publié en décembre : « MLP ne distingue pas les Français en fonction de leur race, elle distingue entre les Français et les étrangers, proposant de réserver certains droits aux Français. On peut être hostile à cette idée, elle n’est pas moralement scandaleuse. » Si je comprends bien, Ariane Chemin estime au contraire que cette distinction entre ressortissants et non-ressortissants est parfaitement scandaleuse. L’ennui, c’est qu’elle est centrale dans tous les systèmes juridiques nationaux qui réservent effectivement certains droits, à commencer par celui de voter, aux détenteurs de la nationalité[6. La définition des droits réservés aux nationaux est évidemment susceptible de discussions et d’évolution. Ainsi, concernant le droit de vote des étrangers lors des scrutins locaux, ma religion n’est pas faite]. J’imagine qu’Ariane Chemin milite pour que l’humanité entière élise le président de la République française, que la gauche de tous les pays s’unisse pour choisir, lors d’une primaire vraiment très ouverte, le candidat du PS. Et tant qu’à faire pour la disparition des frontières. En attendant cet avenir radieux, je l’invite à troquer son infâmant passeport français qui lui vaut d’odieux privilèges, contre celui de son choix.

Au-delà de la délation, une vraie querelle

Au risque de la décevoir puisqu’il parait que « jeune, j’avais déjà réponse à tout », je dois confesser qu’il m’arrive d’avoir des doutes voire de me demander si mes adversaires n’ont pas en partie raison. Je vais donc tenter de résumer le fond de la querelle qui mérite mieux que ces sempiternels exercices de délation.

Contrairement à mes accusateurs, je ne crois pas que Marine Le Pen soit le clone de son père. Je peux me tromper – ce n’est pas une clause de style. N’étant pas l’analyste de « la peste blonde »[7. Bien entendu, je ne sais absolument pas si elle pratique ou non le divan] et n’ayant pas de talent particulier pour deviner ce que pensent les gens, quelle que soit leur ascendance, dans leur petto, je considère que les discours sont des actes politiques en eux-mêmes. Quand Marine Le Pen, devant le congrès de son parti, prononce un discours où les références traditionnelles de l’extrême droite ont cédé la place à l’invocation de la République, peut-être n’en croit-elle pas un mot. Reste qu’elle a pris le risque de s’aliéner la vieille garde – qui d’ailleurs faisait franchement la gueule. Quand elle affirme que « le nazisme est la plus grande barbarie de tous les temps », il est possible qu’elle cherche à cacher son antisémitisme viscéral. Ce propos n’en constitue pas moins une rupture. J’ignore si elle réussira, à l’image d’un Gianfranco Fini, à mener la révolution culturelle qu’elle annonce mais je ne vois pas, en dehors de son patronyme, ce qui autorise la cohorte des commentateurs avisés de décréter que ce qu’elle dit n’a aucun poids. Pour autant, il ne s’agit pas de faire de l’angélisme à l’envers. « Sans doute y a-t-il encore au FN des gens qui confondent le refus des pratiques et le rejet des individus, l’assimilation et l’exclusion », écrivais-je par exemple dans le numéro 31 de Causeur – bizarrement, cela n’a pas retenu l’attention d’Ariane Chemin.

Diabolisation, cordon sanitaire et fariboles antifascistes

Il est donc vrai que la progression annoncée du Front national ne m’empêche pas de dormir parce que je ne pense pas qu’elle traduise une montée de l’intolérance. Cela dit, elle n’est pas non plus une bonne nouvelle dans la mesure où ce parti me semble parfaitement incapable de gouverner la France. En revanche, je suis convaincue que la diabolisation, le cordon sanitaire et autres fariboles antifascistes ont largement contribué à son ascension. Surtout, à la différence de Laurent Joffrin et de pas mal de monde, y compris à l’UMP, je ne crois pas que c’est en abordant les questions qui fâchent qu’on l’a fait passer de 12% à 20 % des intentions de vote, mais, au contraire, en poussant des cris hystériques pour qu’on ne les aborde pas, ce qui revient, selon l’expression d’Alain Finkielkraut, « à faire cadeau du réel au Front national ».

J’aimerais au passage qu’on m’explique pourquoi les angoisses exprimées par un certain nombre de nos concitoyens ne suscitent jamais la compassion et toujours la réprobation. Il est de bon ton d’affirmer, en ricanant ou en s’indignant, que le FN surfe sur la peur. Mais on ne se demande jamais si cette peur est, ne serait-ce qu’en partie, justifiée par la réalité. Etes-vous si sûrs, chers confrères, que ceux qu’inquiète la progression d’un islam identitaire ne manifestant pas aussi clairement que vous semblez le penser sa tolérance et son amour des autres cultures, ne sont que de petits blancs racistes qui ne méritent que des coups de pieds aux fesses et des leçons de morale ? Pourriez-vous jurer que l’immigration des trois dernières décennies n’a été qu’une chance pour la France ? Etes-vous prêts à affirmer publiquement que vous n’avez-vous-même jamais peur quand, dans un couloir du métro désert, vous vous trouvez nez à nez avec une « bande ethnique » ? Inscririez-vous vos enfants dans une école dont une partie des élèves – et des parents – refusent qu’on leur enseigne l’histoire de la seconde guerre mondiale ? Pouvez-vous sérieusement prétendre que, des Pays Bas à l’Allemagne, de la Suisse à l’Angleterre, les peuples européens sont devenus fous au point de céder à des craintes irraisonnées ? Oserez-vous de dire que depuis mon enfance très multiethnique à Epinay sur Seine, rien n’a changé ou plutôt, que si quelque chose a changé, c’est parce que nous avons collectivement cédé aux sirènes du lepénisme, discriminant à tour de bras ceux qui ne pratiquent pas la même religion que nous ? Ne voyez-vous pas, vraiment, ce qu’il y a d’indécent dans la comparaison que vous faites volontiers entre les musulmans d’aujourd’hui et les juifs d’hier ? Permettez-moi simplement de vous rappeler qu’on déniait aux seconds la possibilité d’être vraiment français alors qu’on aimerait seulement que les premiers le soient un peu plus.

Peut-on avoir d’autres idées que les vôtres sans être un salaud ou un idiot ?

Vous êtes convaincus que tout ça, c’est la faute au chômage. Je crois pour ma part, comme Hugues Lagrange, que les facteurs culturels jouent un rôle important dans la crise, sinon dans l’échec, de l’intégration d’une partie des Français issus d’une immigration récente. L’universalisme qui est au cœur de notre identité nationale nous a rendus incapables de penser les différences et plus encore d’admettre que nous ne pouvions pas vivre avec toutes les différences. Pour moi, si nous devons accepter tous les individus, nous avons le droit et même le devoir de refuser certaines pratiques parce que notre mode de vie, notre façon d’habiter le monde, les modalités qui nous permettent de concilier l’existence collective et la liberté de chacun, méritent d’être défendus. Peut-être ai-je tort de penser que tout cela est menacé par notre renoncement au modèle assimilationniste, par le délitement de l’école républicaine et aussi par le refus d’une minorité, qui prétend de surcroît, l’imposer à toute une « communauté » d’adopter la culture et les « mœurs » de son pays d’accueil. Cela fait-il de moi une « brouilleuse de repères », un « agent de notabilisation » (du lepénisme), comme l’affirme aimablement Ariane Chemin ? Vous est-il arrivé, au cours des vingt dernières années, de penser, ne serait-ce que pendant une minute, juste pour voir, que vous pouviez vous tromper ?
Contrairement à vous, je n’ai pas de certitudes. Il m’arrive souvent de me dire que j’accorde peut-être un poids excessif à ces problèmes qui taraudent une partie de la société. J’essaie, aussi honnêtement que possible, de me demander s’il n’entre pas dans mes convictions une part de préjugés, voire de xénophobie.

Il me semble en tout cas que ces questions mériteraient un véritable débat plutôt que les anathèmes que vous vous plaisez à lancer. Je n’attends pas de vous que vous tombiez d’accord avec moi. Est-ce trop vous demander, à vous qui faites profession de tolérance et qui affichez si volontiers votre amour des différences, d’envisager qu’on puisse avoir d’autres idées que les vôtres sans être pour autant un salaud ou un idiot, utile ou non ? Vous qui aimez tant l’humanité dans sa diversité, seriez-vous incapable de créditer votre adversaire d’une conscience, voire d’un peu d’intelligence ? Je me refuse à le croire. Car si c’était le cas, vous ne seriez pas responsables de la montée du Front national mais de la défaite de la pensée. C’est-à-dire de notre défaite à tous.

Lettre ouverte aux Marseillais

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Chers tous,

Il y a environ 2600 ans, des Grecs venus de Phocée débarquèrent sur les rives du Lacydon et y fondèrent un comptoir commercial. Une cinquantaine d’années plus tard[1. Probablement sur le site de l’actuelle gare St Charles], les Phocéens qui fuyaient l’invasion des perses de Cyrus II vinrent se réfugier dans leur colonie et, de simple relais commercial, Marseille devint une ville.

Marseille c’est la métropole – la cité-mère –d’Agde, d’Antibes, de Hyère, de Nice et d’Aléria, c’est l’alliée de Rome et la concurrente de Carthage, la première ville de France et l’un des plus importants ports antiques de Méditerranée occidentale. C’est aussi la ville d’Euthymènes qui explora les côtes africaines au-delà des colonnes d’Hercule et celle de Pythéas qui remonta jusqu’au Groenland et s’approcha du cercle polaire. Marseille c’est encore la ville par laquelle la vigne[2. Strabon, Géographie, Livre IV, 1, 5], la religion chrétienne et l’écriture sont arrivées en Gaulle ; c’est de cette même ville que Strabon disait qu’« il n’y en a pas dont les lois soient meilleures »[3. Construit par Louis XIV, ses cannons sont pointés vers la ville].

Notre ville ce sont des siècles d’histoire au cours desquels elle a prospéré de son commerce, de son ouverture sur le monde et de l’esprit d’entreprise des Marseillais. Elle a survécu à César, aux Wisigoths, aux Ostrogoth, aux Francs, aux Sarrasins, aux Vikings, aux Catalans, à la peste, à Charles Quint et aux nazis. Cette ville fière et rebelle, jalouse de son indépendance, rien n’avait jamais réussi à la réduire au silence.

Qu’avons-nous fait de notre ville ?

Là où les canons du fort Saint-Nicolas[4. Tout de même : la ligne maritime la plus courte du monde !] ont échoué à nous mater, l’Etat centralisateur a fini par nous réduire à une dépendance honteuse. Là où, pendant plus de deux millénaires, Marseille fut cet extraordinaire creuset où tout les peuples de la Méditerranée vivaient en bonne intelligence, les grands ensembles des quartiers nord et les « politiques sociales » de l’Etat ont réussi à nous diviser comme nous ne l’avons jamais été. Là où le gouvernement de la cité faisait l’admiration de Strabon, nous avons laissé proliférer une classe politique corrompue qui chaque jour nous ridiculise aux yeux de ceux qui savent encore que Marseille existe. Là, enfin, où notre ville est née – le port – nous avons laissé s’installer des organisations mafieuses qui chaque année réduisent un peu plus à néant l’instrument de notre prospérité pendant des siècles. Il est inutile que je vous donne des noms, des chiffres et des faits : vous les connaissez tous, et mieux que la Cour des comptes.

Aujourd’hui, on veut nous vendre un « forum mondial de l’eau », « Marseille-Provence capitale européenne de la culture » et – encore ! – du football avec l’Euro 2016. C’est ça Marseille ? Une ville subventionnée ? Une ville qui n’a rien d’autre à espérer de l’avenir que les emplois public des chantiers d’Euromed et des allocations-chômage ? Nous en sommes donc là ?

Il y avait, quand j’étais gamin un T-shirt proclamant : « il y a deux sortes de gens au monde : les Marseillais et ceux qui rêvent de l’être ». J’appartiens à cette première catégorie et j’y appartiendrai toujours. Nom de Dieu ! J’aime cette ville ! J’y suis né, j’y ai grandi et je ne l’ai quitté, la mort dans l’âme, que pour trouver un job décent. J’aime Marseille. J’aime ses quartiers du cours Julien à Endoume en passant par la Pointe rouge, j’aime ses calanques, la grande bleue, le mistral, les navettes de Saint-Victor, la Bonne Mère et jusqu’au nouveau « Féri-Bôate » mais surtout et par-dessus tout, j’aime les Marseillais. J’aime les Marseillais parce qu’ils ont en eux cette gentillesse naturelle qui laisse croire aux Parisiens qu’ils sont « superficiels ». Je les aime parce malgré leurs grandes gueules et leurs fanfaronnades, ils s’écartent encore pour laisser passer les poussettes et aident les aveugles à traverser les rues. Et je les aime, enfin, parce que pour peu qu’on les laisse faire, ils sont capables de tout et en particulier du meilleur.

Alors je ne sais pas pour vous mais moi, voir Marseille dans cet état, ça me met en rage. Je ne supporte plus les dockers et les grutiers du port, les taxis, les éboueurs, les petits réseaux et cette caste politique qui a érigé la corruption et le clientélisme en art de vivre. Je ne peux plus souffrir de voir nos minos obligés de choisir entre quitter leur ville ou pointer à Pôle Emploi en ne vivant plus qu’au travers de l’OM. Réveillons-nous ! La mondialisation ? C’est nous qui l’avons pratiquement inventée et pour une ville comme Marseille, c’est une bénédiction. Récupérons notre port, débarrassons-nous des politiciens corrompus et reprenons notre destin en main. Marseille n’est rien sans les Marseillais ; la sauver du déclin, c’est à nous de le faire et à personne d’autre.

Nouvelle formule de Causeur.fr, c’est parti !

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Comme cela avait été annoncé à nos abonnés depuis un petit moment, Causeur.fr fait enfin sa mue !
Ce nouveau Causeur.fr – qui suit de peu la nouvelle maquette de Causeur magazine – entend à la fois mieux satisfaire nos internautes et privilégier les abonnés dont le nombre ne cesse de croître.

Si le site demeure dans une certaine continuité en termes de présentation, les nouveautés apportées vous permettront de mieux profiter de l’ensemble de nos contenus.

Ainsi, la page d’accueil met en avant un plus grand nombre d’entrées, articles ou brèves. Nos deux blogs phares, Antidote (David Desgouilles) et Asile de Blog (Basile de Koch), y sont également mis en avant et d’autres blogueurs de talent nous rejoindront dans les mois à venir.

Les pages articles voient l’apparition d’icônes de partage (e-mail et réseaux sociaux) pour faire découvrir à vos proches plus facilement les articles que vous appréciez et affichent par défaut les commentaires, lesquels seront désormais réservés aux seuls abonnés.

Comme vous le verrez, une des questions décisives auxquelles nous nous sommes attaqués de front est la celle des commentaires. Vous le savez aussi bien que nous : certains fils sont devenus insupportables. Au delà des différences d’opinions – que nous encourageons – certains commentateurs ont choisi la provocation gratuite et l‘insulte; c’est dommage et décevant mais c’est ainsi et il était de notre responsabilité de percer vite et bien cet abcès. En conséquence, nous avons décidé de trancher dans le vif et de permettre à nos seuls abonnés – donc des personnes dont on connaît la véritable identité et les coordonnées – de participer activement aux débats en laissant des commentaires (que tout le monde pourrait lire).

Ceux-ci bénéficieront en outre, d’une nouvelle interface de gestion de leur compte et pourront également consulter en version numérique toute la collection de Causeur magazine depuis 2008.
Les changements éditoriaux s’accompagnent également d’innovations commerciales puisque de nouvelles formules d’abonnement ou d’achat de contenus vous sont désormais proposées.

Ainsi, comme certains d’entre vous en avaient exprimé le souhait – notamment dans les questionnaires que nous leur avons adressés-, nous proposons désormais des formules 100% numériques, en abonnement d’un an (29,90 €) ou sous forme de « pack » de 20 articles (9 ,90 €).

Une nouvelle offre « Découverte » pour essayer Causeur magazine à prix réduit (deux numéros papier) sera également proposée (6,90 €).

Ces nouvelles offres sont lancées à prix promotionnel jusqu’à fin mars. Les abonnements classiques verront leur prix également maintenu jusqu’à la fin du mois -en dépit de l’augmentation de pagination du magazine intervenue ce mois-ci- avant d’être revus à la hausse à partir d’avril. Profitez-en donc pour franchir le pas et vous abonner… ou pour vous réabonner !

Ce nouveau site – en version Béta – est en phase de rodage. N’hésitez donc pas à nous écrire à causeur2@causeur.fr – adresse spécialement créée pour accompagner la mise en ligne – pour nous signaler tout dysfonctionnement ou piste d’amélioration.

L’aventure continue donc et nous espérons vous proposer plus d’originalité, de pertinence (et d’impertinence) et surtout vous donner cette chose qu’on ne trouve nulle par ailleurs… l’esprit Causeur.

Tu veux ou tu veux pas ?

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C’est le dernier épisode du soap socialiste, dont la conclusion est théoriquement attendue en octobre, au sortir de la primaire. Dimanche, après la diffusion d’un documentaire mi-ébloui, mi-hagiographique sur Canal Plus, les experts en silences, en quarts de ton et en demi-phrases de DSK ont tranché : il « a pris sa décision. » N’attendez pas qu’on vous dise laquelle. Non, il s’agit de ménager le suspense, pour qu’il colle pile au calendrier socialiste et puisse rentrer à peu près dans l’agenda fourni par le FMI, l’actuel employeur du sauveur de la gauche.

La scène qui permet aux augures de trancher en faveur de l’appétence de DSK pour cette présidentielle se résume à un dialogue entre le patron du FMI et –excusez du peu- Bill Clinton, croisé à Yalta, à qui le Français demande « Should I stay or should I go ? » ( C’est le titre du plus grand tube des Clash, qu’on peut traduire par « J’y vais ou j’y vais pas ? »). Evidemment, Bill l’incite à foncer. Or poser la question, comme on disait autrefois, c’est déjà y répondre. Pourtant, ces derniers jours une rumeur insistante courait : certes DSK a décidé « d’y aller », mais pas à n’importe quel prix. Il ne demande rien moins que l’annulation pure et simple des primaires ouvertes – à l’américaine -, et leur remplacement par un mode de désignation plus traditionnel. Par acclamations du peuple de gauche, disons.

Revenons en arrière : il y a à peine une semaine, deux sondages plaçaient Marine le Pen en tête du premier tour de la présidentielle. DSK y apparaissait comme le meilleur candidat pour affronter la nouvelle patronne du FN et cela dès le premier round présidentiel. À en croire les sondages, il offrirait la meilleure résistance au tsunami frontiste, tout en distançant le plus nettement Nicolas Sarkozy. Performances auxquelles ne parviendraient pas Martine Aubry ou François Hollande et encore moins Ségolène, qui à défaut de conserver ses chances conserve néanmoins le droit d’être appelée par son prénom.

Immédiatement, les DSK boys sont montés au front, de Jean-Marie le Guen, dénonçant la cacophonie des primaires, à Pierre Moscovici se demandant ouvertement s’il ne fallait pas tout annuler (avant de modérer ses propos). Sans oublier ceux qui glissent sur le ton de la confidence que François Hollande se montrerait raisonnable en abandonnant l’aventure illico presto… Tous, officiellement ou de façon plus sourde, y sont allés de leur pilonnage en règle d’un système pourtant conçu largement dans le laboratoire d’un savant fou tout aussi strausskhanien qu’eux, Olivier Ferrand, le patron de Terra Nova, le machin qui pense pour le PS…

Les primaires, c’est le clash assuré

Mais il est vrai qu’entre le principe –c’est-à-dire des primaires qui permettent d’écraser tous les concurrents en arrivant comme le messie- et la réalité -un calendrier pas tout à fait aux petits oignons pour qui serait dans la nécessité de démissionner d’un boulot important aux Etats-Unis avant la fin de son mandat- il y a un monde. Ce dilemme, la poussée de Marine le Pen permet opportunément de l’évacuer. De manière soudaine, sous la menace préventive d’un 21 avril bis, à l’envers ou dieu sait quoi… Le salut public exige que le PS s’incarne ici et maintenant, parle vite d’une seule voix forte et claire. Soit celle de DSK, promu sauveur de la gauche et de la France.

La condition paraît pourtant un peu énorme. Certes, aujourd’hui, on voit bien que certains socialistes se rendent compte que l’acclimatation en France d’un tel système de pré-prez à l’américaine n’est pas simple. Inutile de revenir sur les risques de divisions dont il est porteur, les incertitudes juridiques qu’il génère, ou même sur la possibilité, non nulle, d’un bide participatif donc politique.

Mais enterrer les primaires n’est pas aussi facile que les missi dominici de DSK semblent vouloir le faire croire. Il va falloir encore un paquet de sondages avec MLP en tête au premier tour pour que le peuple de gauche renonce à sa castagne entre amis. Imaginons que les candidats abandonnent les uns à la suite des autres : les militants pourraient avoir l’impression désagréable de s’être fait piquer le peu de démocratie interne qu’on leur promet depuis des années. Au point, qui sait, de trainer des pieds pour la campagne, la vraie, celle contre Sarkozy et Le Pen. Quant à la droite, elle tiendra là un sacré motif de rigolade, et au-delà, d’attaque politique contre le candidat du PS qui ne tient pas ses promesses avant même d’avoir été élu…

Alors, pourquoi exiger le retrait des primaires, ou leur « assouplissement » ? Soyons paranoïaques : pour se trouver un bon motif de dire « finalement, je ne suis pas candidat à la candidature, puisque mes amis ont décidé de ne pas être raisonnables et de ne pas donner à la gauche la chance de revenir enfin au pouvoir » ?

Mais revenons à l’information du week-end, DSK a pris sa décision. Et mesurons la puissance de cette simple phrase. Et notons que quoi qu’il fasse, il aura mérité la palme du suspense le plus insoutenable et de l’éveil du désir le plus incontrôlable. Ce qui pour un socialiste n’est déjà pas si mal.