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Dieudonné sioniste ?

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Selon le site « patriotique » et « antisioniste » Médialibre, Dieudonné s’est rendu en Libye pour afficher sa solidarité avec Mouammar Kadhafi, victime d’un complot occidental. Du coup, la star d’Euro-Palestine se retrouve dans le camp sioniste, car, selon une rumeur répandue par les rebelles libyens, des forces israéliennes ont été repérées aux abords de Benghazi, où elles étaient dépêchées pour soutenir les unités fidèles à Kadhafi !

Et puisque le site Médialibre affirme n’être en aucun cas antisémite, nous n’évoquerons pas une autre rumeur selon laquelle la mère du Frère guide serait juive !

On ne peut pas faire l’économie de la politique

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Il y a quelques siècles, la discipline naissante consacrée à la répartition de ressources rares[1. merci à Bibi de m’avoir signalé cette lacune!], la création et la distribution de richesses s’est-elle même nommée « Economie politique ». Débarrassée de cet adjectif gênant, l’Economie, devenue science, a oublié son rôle originel : analyser et quantifier certains phénomènes et comportements humains pour comprendre le fonctionnement des sociétés mais aussi pour permettre aux acteurs de prendre des décisions raisonnables. Pour aller vite, calculer le coût de quelque chose permet de comparer des pommes et des poires et de hiérarchiser les besoins et les choix. Rien de moins.

À l’évidence, l’Economie telle qu’on la conçoit aujourd’hui n’est pas capable de répondre aux questions les plus importantes que pose toute société humaine : comment souhaite-elle organiser la vie et les relations entre ses membres ? Quel niveau d’inégalités est-elle prête à supporter pour équilibrer libertés et paix sociale ? Comment équilibrer et concilier intérêt général et intérêts privés ? Les réponses à toutes ces questions-là sont négociées dans le cadre de ce qu’on appelle la Politique.
L’Economie éclaire – ou devrait éclairer – la Politique sur trois plans : elle colle des étiquettes de prix sur les choix, propose la manière la plus efficace d’atteindre des objectifs définis notamment par les préférences exprimées par les électeurs et elle améliore l’adéquation des moyens et des fins en évaluant l’impact des mesures prises.

Ce rappel peut sembler scolaire. À la lecture des récentes contributions de Georges Kaplan, en particulier de son texte sur la politique industrielle de la France, il me semble particulièrement nécessaire. De même que l’officier de renseignement conseille le chef de guerre sans se substituer à lui, l’économiste doit éclairer ou même critiquer les décisions du politique, pas les prendre à sa place. Il a le droit voire le devoir d’évaluer les conséquences économiques des différentes options pour obliger les décideurs à dévoiler le prix à payer – c’est-à-dire à quoi il faut renoncer – pour chacune d’elles. Mais il ne saurait récuser une politique même armé d’une avalanche de statistiques.

En réalité, Georges Kaplan prétend démontrer la supériorité « rationnelle » des solutions libérales. Je ne discuterai pas ici la validité de ses démonstrations, souvent très convaincantes car l’ami connaît son sujet. Il me semble important de rappeler que l’Economie n’a pas à déterminer les finalités et que la rationalité comptable ne saurait être le seul critère de choix de nos gouvernants. C’est encore plus vrai dans un pays où la puissance publique n’est pas seulement un arbitre mais un acteur du jeu économique. Or, ce rôle spécifique de l’Etat correspond à ce que veulent la plupart des citoyens. Si Georges Kaplan pense que la solution de tous nos problèmes se trouve dans le laissez-faire, il lui faut d’abord en convaincre ses concitoyens.

En clair, même si le peuple a économiquement tort, il a politiquement raison. Peut-être a-t-il par exemple excellentes raisons de vouloir conserver les usines en France quand bien même il serait prouvé que cela n’a aucun intérêt économique. D’ailleurs, si ces raisons étaient mauvaises ou jugées telles par Georges Kaplan, cela ne changerait rien au raisonnement. En conséquence, même s’il existait une vérité économique irréfutable, ce dont on peut douter, elle ne saurait être l’unique boussole des gouvernants : ou alors, confions la gestion du pays à un ordinateur bien programmé. L’action politique ne peut pas être menée par un logiciel de gestion.

Le point de vue de Kaplan sur la politique industrielle illustre bien cette confusion entre fins et moyens. On ne voit pas pourquoi, en effet, une nation ne pourrait pas choisir entre l’intégration dans un ensemble plus large, comme c’est le cas de la France avec l’Union européenne, et le maintien de son indépendance – en l’occurrence, il s’agit plutôt de définir l’équilibre entre ce qui est mutualisé et ce qui reste géré au niveau national. Ainsi, fabriquer des avions de chasse et des lanceurs de satellites au lieu de les acheter moins cher ailleurs est, à mon avis, une excellente décision, même si elle a un effet négatif sur la comptabilité nationale. Si on suivait le dogme libéral, la France abandonnerait les industries de la défense aux Etats-Unis et consacrerait les moyens ainsi libérés aux secteurs où elle jouit d’un avantage comparatif. Fermer Dassault et Thales pour développer Hermès et des Chanel ? Non merci !

Par ailleurs, aucune politique économique démocratique ne peut ignorer ses conséquences sociales. On peut me fournir tous les tableaux Excel du monde prouvant que la France gagnerait à ne conserver que les secteurs les plus innovants à forte valeur ajoutée – ce qui supposerait d’ailleurs que les Brésiliens et les autres acceptent aimablement de fabriquer des T-shirts. Je ne vois pas pourquoi nous accepterions de rejeter hors du marché du travail tous ceux à qui nous n’avons pas su donner une formation de haut niveau. Peut-être que dans le monde merveilleux du marché, il serait moins coûteux de les payer à ne rien faire. Seulement, voilà, je n’ai pas envie de vivre dans cette société-là. Permettre aux gens non-qualifiés de trouver du boulot est une preuve de civilisation. Nous ne sommes pas tous X-Mines ou Normale-ENA ! Que fera-t-on des gamins qui quittent l’école à 15 ou 16 ans quand les emplois peu qualifiés auront tous été délocalisés en Asie du Sud ou en Afrique du Nord ? Est-il aussi insensé que cela de soutenir des secteurs qu’un laisser-faire général condamnerait à la disparition ?

Quid de ceux qui ne peuvent pas passer d’un secteur agonisant à un autre en forte croissance ? Derrière les chiffres, se profile une mort sociale pour toute une partie de la population, à cause de leur âge, de leurs compétences ou de leur lieu de vie. Et en admettant que Kaplan ait raison et qu’on ne fasse que retarder de 10 ans une évolution inéluctable, dix ans de vie digne pour des centaines de milliers de nos concitoyens seraient-ils si négligeables ? Permettre à une génération de quinquas de partir à la retraite dignement, sauver les commerces et les PME d’une petite ville et le tissu social d’une région sont des objectifs aussi louables et légitimes que d’améliorer la productivité et la compétitivité de la France.

L’intervention de l’Etat – exécuteur des choix politiques décidés par la société – a sans doute des effets pervers, mais un libéralisme sans bornes en aurait peut-être de plus déplaisants encore. La concurrence est-elle toujours une bénédiction ? La gestion privée est-elle toujours heureuse ? Les réponses me semblent évidentes. Au lieu de brandir des dogmes, posons-nous de manière pragmatique la seule question qui vaille : il ne s’agit pas de savoir si l’Etat doit intervenir ou pas mais comment il doit le faire. La transformation de millions d’égoïsmes individuels en intérêt général est un exercice trop compliqué pour le laisser à la seule « main invisible ».

« Que les autorités religieuses s’occupent plutôt du sort des chrétiens d’Orient »

photo : Thierry Mariani

Trois questions à Thierry Mariani, secrétaire d’Etat aux transports, et fondateur du collectif parlementaire « la Droite populaire »

Muriel Gremillet : Le débat sur la laïcité, organisé par l’UMP, divise, et pas seulement l’UMP. Ça ne vous interroge pas que les autorités religieuses françaises aient demandé sa suspension…

Thierry Mariani : La laïcité appartient à tout le monde, qu’on soit croyant ou non. Ce qui me frappe dans la tribune publiée par les autorités religieuses, c’est une phrase passée inaperçue pour laquelle j’ai envie de remercier les auteurs: ils disent que le cadre juridique de la laïcité doit évoluer en France[1. « Nous restons très attentifs aux évolutions profondes de notre société, notamment celles qui concernent les religions, dans le respect du cadre de la République. Ces évolutions appellent parfois des adaptations, voire des améliorations du cadre juridique et réglementaire de l’expression et de la vie des cultes en France. »]. Et nous montrent donc que le débat est utile. Car, si ce n’est les politiques, qui doit s’occuper du cadre juridique de la laïcité et de son évolution ? Le débat politique est nécessaire, et si l’UMP est seule à vouloir mettre le sujet sur la table, tant pis pour les autres.

La laïcité est un débat ouvert à tous, et il est paradoxal que les religieux prétendent qu’il leur soit réservé. Que les autorités religieuses s’occupent du sort des chrétiens d’Orient plutôt que de l’agenda des partis politiques ! Pour d’autres, ce ne serait pas le bon moment pour en parler. En vérité, il n’y a jamais de bon moment dans ce pays.

MG : La gauche, mais aussi certains centristes, vous accusent implicitement de faire le jeu du Front National en menant ce genre de débats.

TM : Depuis 1984, c’est en 2007 que le FN a fait son plus faible score. Autrement dit au moment où Nicolas Sarkozy a osé aborder de front un certain nombre de sujets dont Chirac ne voulait pas entendre parler. Alors, on nous traite de populistes : c’est l’accusation permanente de la gauche quand elle sent que le peuple lui échappe. La Droite populaire souhaite justement que le peuple n’échappe pas à la droite. Et pour cela il faut aborder les débats sans crainte et réussir à en sortir concrètement. Pourquoi le débat sur l’identité nationale a-t-il été raté ? C’était une excellente idée. Mais personne ne se souvient des mesures qui ont été annoncées à la sortie par le Premier ministre. Voilà pourquoi les gens s’imaginent que c’était une manœuvre électorale.

MG : Jean-Louis Borloo et les centristes pourraient sortir bientôt de l’UMP, justement pour se distinguer de l’aile dure de la majorité.

TM : Comment expliquer sérieusement que certains, qui se voyaient encore Premier ministre de Nicolas Sarkozy il y a quelques mois, souhaitent aujourd’hui quitter l’UMP ? La politique, c’est aussi une question de dignité et d’honneur. Cela veut aussi dire ne pas partir quand ça tangue.

Jamel Debbouze règle son compte à Eric Zemmour

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Dans une interview aux Inrockuptibles de cette semaine, Jamel Debbouze a pris le temps de dire tout le mal qu’il pensait d’Eric Zemmour. Il l’a fait avec sa finesse coutumière, en réclamant son licenciement pur et simple, une exigence étayée, il est vrai, par un raisonnement implacable : 
 »Il ne faut pas qu’il fasse de la télé. Parce que c’est dangereux d’entendre ce genre de discours. Il est spectaculaire, il n’a aucune idéologie, je suis sûr qu’il ne pense pas ce qu’il dit : c’est juste un imbécile qui touche des piges. »

Sûr que Zemmour l’imbécile ne se relèvera pas de cette estocade portée par Debbouze le bénévole.

Néanmoins, la France n’étant plus qu’une démocratie d’opérette, il y a fort à parier que Zemmour le spectaculaire continuera encore de diffuser « ce genre de discours » sur France2, i>Télé et RTL. Dans un vrai pays libre, genre le Maroc, un simple coup de fil de Debbouze l’idéologue à son ami le Roi, et hop, l’affaire était réglée…

Fausse alerte à Damas

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Les observateurs et les médias internationaux attendaient beaucoup le discours que le président Bachar el-Assad, devait prononcer hier devant le « Parlement » syrien.

Suite aux manifestations qui, depuis le 15 mars, ont fait au moins 130 morts à Deraa et à Lattaquié, on nous avait annoncé notamment la levée de l’état d’urgence (en vigueur depuis 63 !) et même la libération des prisonniers politique.

Patatras ! De contentant de fustiger « une conspiration contre la Syrie », non seulement Assad n’a rien lâché sur rien mais à la fin de son discours ses « députés » ont longuement scandé : « Par notre sang, par notre âme, nous nous sacrifierons pour toi, Bachar ! »

Ça promet pour la suite…

La menace chrétienne

Derby, église Saint-Luc.

Depuis le 28 février 2011 et la condamnation par la Haute Cour de justice britannique de Eunice et Owen Johns, le délit d’opinion chrétienne est officiellement et légalement reconnu dans l’un des 27 pays de l’Union Européenne. Habitant Derby, dans le nord ouest de l’Angleterre, monsieur et madame Johns ont été condamnés parce qu’ils ont des opinions chrétiennes, pentecôtistes pour être plus précis. L’information est évidemment passée inaperçue en France, où nous sommes hantés par une « inquiétude majeure » : que l’on reconnaisse les racines chrétiennes de l’Europe ou d’un pays. Obnubilés que nous sommes par cette fausse querelle, nous ne voyons pas ce qui se produit réellement et qui fera date : ce n’est pas la laïcité qui est menacée en Europe, mais le droit au christianisme.

Que s’est-il passé le 28 février dernier ? Le couple Johns comparaissait devant les tribunaux. La Haute Cour a décidé de leur interdire le statut de famille d’accueil pour des enfants en rupture familiale. Les Johns ne sont pourtant pas soupçonnables de mettre en danger le moindre enfant – cela le tribunal le reconnaît, comme il reconnaît qu’on ne peut pas leur reprocher de ne pas savoir éduquer les chérubins. Difficile de faire autrement : les Johns ont élevé quatre enfants, ils en ont recueilli plus d’une quinzaine, garçons et filles indifféremment. Ni délinquants, ni criminels, ni sexistes, ni pédophiles, ni dangereux, parfaitement aptes à l’éducation. Alors quoi ? Les Johns sont chrétiens. Et cela suffit pour que la Haute Cour de justice les juge incapables d’accueillir et d’éduquer des enfants sans parents.

Une loi de 2007, portant sur la tolérance et la diversité, oblige les villes britanniques à s’assurer que les familles d’accueil prônent cette diversité et cette tolérance. Lisons bien : non pas « respectent » mais « prônent ». Du coup, la municipalité de Derby a demandé aux Johns d’inculquer la tolérance vis-à-vis des couples homosexuels, plus précisément de dire aux enfants que « l’homosexualité est une bonne chose ».

Mme Johns était d’accord pour ne pas dire aux enfants que l’homosexualité serait une mauvaise chose. Mais Mme Johns ne veut pas inculquer aux enfants l’idée que l’homosexualité serait particulièrement bienfaisante. Donc, Mme Johns est condamnée et n’a plus le droit d’accueillir des enfants. Elle a perdu son job. Son opinion est pourtant une simple opinion, liée selon elle à ses conceptions chrétiennes. Elle peut avoir raison ou tort sur ce point.

La tolérance exigée par la loi se mue ainsi en intolérance manifeste mais légalisée. Et l’on voit apparaître un délit d’opinion chrétienne, en vertu duquel on ne saurait avoir sur l’homosexualité un point de vue s’écartant tant soit peu de l’approbation enthousiaste. Le 28 février fera date. Peut-être qu’un jour les fonctionnaires de l’Etat britannique devront fournir un certificat d’homosexualité, avec photos à l’appui, pour être autorisés à travailler.

Libye : peu de sang, et encore moins de sang froid…

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Au début de la crise en Libye on parlait de massacres. Plus tard, on a plutôt parlé des massacres à venir qu’il faudrait empêcher. On évoquait les menaces explicites de Kadhafi envers les habitants de Benghazi et le passé chargé du dictateur. Il fallait croire ce qu’il disait et intervenir avant qu’il soit trop tard.

Depuis quelques jours, les allers-retours des forces pro et anti-Kadhafi permettent de voir comment les forces fidèles au Frère guide se comportent dans des villes libérées qui tombent de nouveau entre leurs mains. Pierre Barbancey de l’Humanité l’avait fait. Il s’est rendu à Ajdabiya, une ville côtière située à 150 km à l’ouest de Benghazi et considérée comme un verrou sur la route principale qui mène vers la capitale de la rébellion. Voici son témoignage :
« En entrant dans Ajdabiya, que l’on avait quitté il y a dix jours alors que les troupes kadhafistes y étaient victorieuses, on est surpris par l’état de la ville. Il ne semble pas y avoir eu de « durs » combats et les magasins n’ont pas été pillés, ni détruits par des « soldats enragés », ainsi que le proclame Libya Horia, la radio de la rébellion dont le ton s’islamise de plus en plus. Quelques façades portent des impacts de balles mais ce sont celles situées sur la route principale. Les quartiers n’ont pas été touchés et il n’y a pas eu de forte résistance de la part d’une population qui a préféré se réfugier à Benghazi ou dans les fermes environnantes. »

Plus étonnant encore est un certain délire qui semble s’emparer de quelques têtes rebelles. Selon Pierre Barbancey les insurgés pour leur part voient en Kadhafi un allié d’Israël. « On nous a même demandé, raconte-il, s’il était vrai qu’à Benghazi l’armée israélienne était venue soutenir les forces gouvernementales ! ».
Avec un tel sens du discernement, pas étonnant que les rebelles aient abattu leur propre avion de chasse au-dessus de Benghazi…

Révolutions arabes : l’illusion anti-lyrique

L’œuvre de Milan Kundera est infiniment plus vivante et vigoureuse que le gâtisme médiatique qui l’a dérisoirement décrétée « d’actualité » pour deux mois. L’actualité de Kundera, comme celle de tout romancier majeur, se vérifie perpétuellement. Elle se manifeste dans les profondeurs de l’âme humaine, à chaque seconde. Chacun sait que ce lieu – que l’épuisant bredouillis médiatique tente en vain de recouvrir et de refermer – est le plus réel et le plus obscur. C’est également en ce lieu que se déploie d’abord l’événement insaisissable et majeur portant le nom de code de « révolutions arabes ».

Toute l’œuvre de Kundera est traversée par la critique du sentimentalisme. Celle-ci culmine dans trois chefs-d’œuvre : dans La vie est ailleurs, exploration cruelle de « l’attitude lyrique » de Jaromil, jeune poète narcissiquement enivré par la révolution ; dans L’Insoutenable légèreté de l’être et ses inoubliables méditations sur le kitsch ; dans l’œuvre de Kundera que j’aime entre toutes enfin, L’Immortalité, voyage dans les profondeurs du mystère de « homo sentimentalis ».

Milan Kundera adresse trois critiques au sentimentalisme. Il critique tout d’abord le fait de considérer les sentiments en tant que tels comme une valeur suprême, de poursuivre indistinctement l’intensité des sentiments comme une fin et un bien en soi. Ses romans déploient de multiples situations où le déchaînement des sentiments et le bien se refusent malignement à coïncider. Sa deuxième critique concerne l’exhibitionnisme de l’âme, l’hystérie sentimentale se donnant en spectacle. Elle ne constitue pas une critique des sentiments en tant que tels mais du narcissisme. Dans Les Testaments trahis, Kundera médite la notation de Kafka : « Sécheresse de cœur dissimulée derrière un style débordant de sentiments. » Sa troisième critique vise enfin à réfuter la confusion entre vérité et exaltation subjective, l’erreur qui consiste à prendre le sentiment pour un gage infaillible de vérité. L’intensité avec laquelle nous sommes attachés à une hypothèse ne prouve en rien, hélas, la vérité de cette hypothèse.

J’éprouve beaucoup de reconnaissance envers Kundera pour ces trois critiques – que j’intègre pour ma part dans un horizon chrétien. Ni les sentiments ni la raison ne constituent un mal en eux-mêmes. Le lieu de l’éthique, c’est le corps dans sa profondeur de temps et d’expérience, soutenant ses actes et ses paroles dans le présent ; c’est le corps non comme extase dans le présent (dénoncée à juste titre dans Les testaments trahis) mais comme extase de l’expérience, communication extatique et vivifiante entre passé et présent. Le lieu de l’éthique, c’est le corps comme unité miraculeusement donnée, à même l’évidence de la chair, unité salvatrice, libératrice, du cœur, de la tête et du sexe. Le mal et le mensonge ne sont pas le cœur, mais le cœur séparé du corps. Cœur tranché, tête tranchée, sexe tranché : la folie est sûre. La critique du sentimentalisme chez Kundera ne procède pas de la tête – encore moins de l’archi-tête de mort nommée idéologie – mais du corps. D’un corps animé par une joie résolue de l’incarnation et une délicatesse de sentiments extrême.

L’anti-lyrisme autonomisé, séparé du corps, peut cependant devenir lui aussi une dogmatique simplificatrice, source non de vérités mais d’erreurs. Ce danger est parfois présent, de manière diffuse, dans Causeur, où l’on se plaît à fouetter les illusions lyriques chaque matin. Ayant fait plus qu’à mon tour l’expérience de ces deux amputations, je le sais : la tête tranchée ne se fait absolument pas moins d’illusions que le cœur tranché.

La raison coupée du corps s’enivre peu à peu d’elle-même et s’abandonne aux mêmes prétentions hégémoniques, à la même toute-puissance illusoire que le cœur tranché. Elle contemple avec satisfaction la froideur implacable de ses observations, sa lucidité distanciée et supérieure. Au narcissisme du cœur répond le narcissisme des glaces. A la haine du cœur coupé envers la tête répond la haine de la tête envers le cœur. Ces deux haines nous éloignent de toute lucidité véritable.

L’anti-lyrisme ne doit pas devenir un dogme mis au service de certitudes idéologiques préétablies, une arme idéologique – ce qui est absolument étranger, du reste, à l’esprit de Kundera. Cela a parfois été le cas dans Causeur concernant les révolutions arabes, même si elles ont aussi donné lieu à des analyses profondes et charnelles. Ne tentons pas d’escamoter les révolutions arabes derrière un paravent anti-lyrique confortable et protecteur. Arrêtons l’anti-lyric pride !

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt et d’espérance les textes de Mehdi Belhaj Kacem parus sur le site de La Règle du jeu et écrits par un corps situé en Tunisie. Mon corps se situe en France. Comme tout le monde, je ne sais rien, strictement rien, des révolutions arabes et de la révolution tunisienne. Je sais seulement qu’elles constituent un événement libérateur qui ouvre une brèche d’espérance pour tous les peuples, y compris le peuple français. Il me semble insensé de prétendre que les démocraties occidentales et les dictatures arabes relèvent d’une seule et même situation éthique, d’une commune et à peu près égale terreur policière, comme l’ont sournoisement suggéré dans Le Monde les inculpés de Tarnac – envers qui les persécutions indignes de l’Etat français n’ont certes toujours pas cessé. Ils ont raison cependant sur un autre point : l’état de dévitalisation extrême de nos vieilles démocraties et leur décomposition en oligarchies de plus en plus obscènes et désorientées. Le corps tranché de toutes parts jusqu’à l’irrespirable, c’est aussi – mais tout autrement que sous les dictatures et en l’absence d’Etat de droit – le vieux corps de nos sociétés démocratiques. Celui-ci a besoin d’une régénérescence qui ne peut venir que des peuples européens – à l’évidence plus dignes de confiance que Marine Le Pen ou Dominique Strauss-Kahn.

Je ne sais pas si les révolutions arabes sont lyriques. J’ai une forte espérance qu’elles ne soient pas l’œuvre du cœur tranché, ni de la tête tranchée, mais du corps, de sa mémoire et de sa justice. Et qu’elles rappellent à d’autres corps qu’il est possible – en dépit de l’avis formel de tous les spécialistes – d’être en vie.

L’événement, comme le répétait Derrida, cela peut toujours être la mort. En dépit de ce risque, il convient de l’accueillir. Avec joie et angoisse. Avec joie et terreur. Sans glisser dans l’extase du présent, en laissant dialoguer présent et passé dans notre chair. Gardons-nous de la joie mauvaise de prétendre ramener l’inconnu au déjà-connu. Renonçons au mensonge de la fausse familiarité tentant de toute force de conjurer et d’abolir l’événement. Les prophéties annonçant doctement que l’inconnu va vite rentrer au bercail du déjà-connu, qu’il ne peut que glisser gentiment dans les ornières du déjà-connu, sont stériles et impuissantes.

Sur la crête entre impuissance et toute-puissance, les peuples arabes nous le rappellent, quelque chose peut advenir.

Œuvre I, II

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Piratage et ratage

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Ce sont les excellents geeks blogueurs de MacBidouille, les majors américaines du disque n’y sont pas allés avec le dos de la cuiller en matière de dommages et intérêts dans le procès qui les oppose a Limewire, un des sites pionniers en matière d’échange de fichier P2P (ce qu’on appelle « piratage », quand on est actionnaire d’Universal, de Sony Music ou de l’UMP et qu’on veut faire peur à votre maman)

D’après la source de MacBidouille, le site informatique US Fudzilla, le préjudice subi est estimé par les victimes supposées quelque part entre « 400 milliards de dollars pour la fourchette basse, la fourchette haute étant, elle, de 75000 milliards de dollars ».

On félicitera donc les statisticiens et les juristes des majors pour la précision de leurs calculs, tout en regrettant que le juge en charge du procès n’ait pas apprécié à sa juste valeur cette comptabilité créative puisque qu’il a jugé « absurdes » les prétentions des pauvres maisons de disques.

Il faut dire, à titre de comparaison, que 75000 milliards de dollars, c’est pile 20 fois plus que le budget fédéral annuel des Etats-Unis…

Faut-il débattre de l’étoile verte ?

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Doit-on vraiment parler de l’étoile verte qu’Abderrrahmane Dahmane, l’ex-conseiller à l’Elysée chargé de la diversité, a appelé tous les musulmans à arborer pour protester contre le débat sur la laïcité ?

Doit-on parler du tollé que cette initiative a provoqué ? Faut-il répondre à ce garçon sur la forme ou bien sur le fond de ce problème sans fond ?
Pour les autres, je ne saurais répondre. Et quant à moi, je ne sais pas non plus.

D’un côté, on ne peut pas faire comme si de rien n’était. Et d’un autre côté je préférerais faire comme si. Comme si on n’avait pas été confronté à ce précipité de tout ce qui me fatigue sur terre : l’inculture crasse, l’impudence assumée, le relativisme historique, le marketing politique, l’activisme buzziste et autres figures de la modernité moderne dont Abderahmane Dahmane est une émanation chimiquement pure, à l’image d’un Benjamin Lancar, d’un Arthur ou d’un Frank Ribéry.

Ce n’est pas tant l’injure paranégationniste faite aux victimes de la barbarie hitlérienne qui me choque, et dont je n’ai de toute façon pas envie de parler – m’évitant par ce silence de tomber sous le coup de nos lois – que l’injure faite en général au XXème siècle et aux précédents par un décérébré qui relève probablement moins de Mahomet que de Nintendo.

Et ce soir, j’ai de la peine pour les musulmans de France et d’ailleurs, qu’ils soient buveurs de bière, pratiquants occasionnels voire barbus modérés, sur qui rejaillit forcément le coup de pub gogol de leur coreligionnaire.

J’ai de la peine pour l’UMP et la droite institutionnelle dont le mépris affiché pour le débat idéologique et la préférence radicale pour la com’ se trouvent un peu trop sévèrement sanctionnés par la bêtise d’un garçon qu’on avait quand même jugé digne d’être le conseiller direct du Président en matière d’immigration…

J’ai enfin de la peine pour Robert Badinter et tous les intellectuels qu’Abderahmane Dahmane a réquisitionnés pour sa défense, arguant qu’ils avaient établi bien avant lui le parallèle obligé entre l’actuelle « islamophobie » et l’antisémitisme des années 30 – sans jamais s’interroger sur la différence entre ceux à qui on voulait refuser autrefois l’assimilation et ceux qui la refusent aujourd’hui, mais c’est une autre histoire.

Le pire c’est que M. Dahmane n’a pas tout à fait tort. Certes, c’est le dernier des cons, mais aller chercher des immondices bêtes dans des cerveaux féconds, ça reste à la portée du dernier des cons. À l’instar des jeunes socialistes lecteurs de Badiou de je ne sais plus quel coin perdu qui avaient fabriqué des affiches comparant Sarkozy à Hitler, il a d’abord commencé par traiter Jean-François Copé de « néonazi ». Comme cela ne suffisait pas à faire parler du drame personnel qu’il vit, et dont il suppose qu’il frappe aussi tous les fidèles de France, alors Abderahmane Dahmane a lancé, à défaut d’une fatwa qu’il n’est pas habilité à prononcer, son gadget magique de l’étoile verte. Ce faisant, il n’a fait que traduire en langage youtubien les thèses de MM Badinter et Hessel et les résolutions adoptées à l’unanimité par les congressistes du MRAP, de la LICRA et de la Ligue des Droits de l’Homme. Lesquels ne méritaient pas tant d’indignité. Enfin, si, un peu, quand même…

Dieudonné sioniste ?

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Selon le site « patriotique » et « antisioniste » Médialibre, Dieudonné s’est rendu en Libye pour afficher sa solidarité avec Mouammar Kadhafi, victime d’un complot occidental. Du coup, la star d’Euro-Palestine se retrouve dans le camp sioniste, car, selon une rumeur répandue par les rebelles libyens, des forces israéliennes ont été repérées aux abords de Benghazi, où elles étaient dépêchées pour soutenir les unités fidèles à Kadhafi !

Et puisque le site Médialibre affirme n’être en aucun cas antisémite, nous n’évoquerons pas une autre rumeur selon laquelle la mère du Frère guide serait juive !

On ne peut pas faire l’économie de la politique

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Il y a quelques siècles, la discipline naissante consacrée à la répartition de ressources rares[1. merci à Bibi de m’avoir signalé cette lacune!], la création et la distribution de richesses s’est-elle même nommée « Economie politique ». Débarrassée de cet adjectif gênant, l’Economie, devenue science, a oublié son rôle originel : analyser et quantifier certains phénomènes et comportements humains pour comprendre le fonctionnement des sociétés mais aussi pour permettre aux acteurs de prendre des décisions raisonnables. Pour aller vite, calculer le coût de quelque chose permet de comparer des pommes et des poires et de hiérarchiser les besoins et les choix. Rien de moins.

À l’évidence, l’Economie telle qu’on la conçoit aujourd’hui n’est pas capable de répondre aux questions les plus importantes que pose toute société humaine : comment souhaite-elle organiser la vie et les relations entre ses membres ? Quel niveau d’inégalités est-elle prête à supporter pour équilibrer libertés et paix sociale ? Comment équilibrer et concilier intérêt général et intérêts privés ? Les réponses à toutes ces questions-là sont négociées dans le cadre de ce qu’on appelle la Politique.
L’Economie éclaire – ou devrait éclairer – la Politique sur trois plans : elle colle des étiquettes de prix sur les choix, propose la manière la plus efficace d’atteindre des objectifs définis notamment par les préférences exprimées par les électeurs et elle améliore l’adéquation des moyens et des fins en évaluant l’impact des mesures prises.

Ce rappel peut sembler scolaire. À la lecture des récentes contributions de Georges Kaplan, en particulier de son texte sur la politique industrielle de la France, il me semble particulièrement nécessaire. De même que l’officier de renseignement conseille le chef de guerre sans se substituer à lui, l’économiste doit éclairer ou même critiquer les décisions du politique, pas les prendre à sa place. Il a le droit voire le devoir d’évaluer les conséquences économiques des différentes options pour obliger les décideurs à dévoiler le prix à payer – c’est-à-dire à quoi il faut renoncer – pour chacune d’elles. Mais il ne saurait récuser une politique même armé d’une avalanche de statistiques.

En réalité, Georges Kaplan prétend démontrer la supériorité « rationnelle » des solutions libérales. Je ne discuterai pas ici la validité de ses démonstrations, souvent très convaincantes car l’ami connaît son sujet. Il me semble important de rappeler que l’Economie n’a pas à déterminer les finalités et que la rationalité comptable ne saurait être le seul critère de choix de nos gouvernants. C’est encore plus vrai dans un pays où la puissance publique n’est pas seulement un arbitre mais un acteur du jeu économique. Or, ce rôle spécifique de l’Etat correspond à ce que veulent la plupart des citoyens. Si Georges Kaplan pense que la solution de tous nos problèmes se trouve dans le laissez-faire, il lui faut d’abord en convaincre ses concitoyens.

En clair, même si le peuple a économiquement tort, il a politiquement raison. Peut-être a-t-il par exemple excellentes raisons de vouloir conserver les usines en France quand bien même il serait prouvé que cela n’a aucun intérêt économique. D’ailleurs, si ces raisons étaient mauvaises ou jugées telles par Georges Kaplan, cela ne changerait rien au raisonnement. En conséquence, même s’il existait une vérité économique irréfutable, ce dont on peut douter, elle ne saurait être l’unique boussole des gouvernants : ou alors, confions la gestion du pays à un ordinateur bien programmé. L’action politique ne peut pas être menée par un logiciel de gestion.

Le point de vue de Kaplan sur la politique industrielle illustre bien cette confusion entre fins et moyens. On ne voit pas pourquoi, en effet, une nation ne pourrait pas choisir entre l’intégration dans un ensemble plus large, comme c’est le cas de la France avec l’Union européenne, et le maintien de son indépendance – en l’occurrence, il s’agit plutôt de définir l’équilibre entre ce qui est mutualisé et ce qui reste géré au niveau national. Ainsi, fabriquer des avions de chasse et des lanceurs de satellites au lieu de les acheter moins cher ailleurs est, à mon avis, une excellente décision, même si elle a un effet négatif sur la comptabilité nationale. Si on suivait le dogme libéral, la France abandonnerait les industries de la défense aux Etats-Unis et consacrerait les moyens ainsi libérés aux secteurs où elle jouit d’un avantage comparatif. Fermer Dassault et Thales pour développer Hermès et des Chanel ? Non merci !

Par ailleurs, aucune politique économique démocratique ne peut ignorer ses conséquences sociales. On peut me fournir tous les tableaux Excel du monde prouvant que la France gagnerait à ne conserver que les secteurs les plus innovants à forte valeur ajoutée – ce qui supposerait d’ailleurs que les Brésiliens et les autres acceptent aimablement de fabriquer des T-shirts. Je ne vois pas pourquoi nous accepterions de rejeter hors du marché du travail tous ceux à qui nous n’avons pas su donner une formation de haut niveau. Peut-être que dans le monde merveilleux du marché, il serait moins coûteux de les payer à ne rien faire. Seulement, voilà, je n’ai pas envie de vivre dans cette société-là. Permettre aux gens non-qualifiés de trouver du boulot est une preuve de civilisation. Nous ne sommes pas tous X-Mines ou Normale-ENA ! Que fera-t-on des gamins qui quittent l’école à 15 ou 16 ans quand les emplois peu qualifiés auront tous été délocalisés en Asie du Sud ou en Afrique du Nord ? Est-il aussi insensé que cela de soutenir des secteurs qu’un laisser-faire général condamnerait à la disparition ?

Quid de ceux qui ne peuvent pas passer d’un secteur agonisant à un autre en forte croissance ? Derrière les chiffres, se profile une mort sociale pour toute une partie de la population, à cause de leur âge, de leurs compétences ou de leur lieu de vie. Et en admettant que Kaplan ait raison et qu’on ne fasse que retarder de 10 ans une évolution inéluctable, dix ans de vie digne pour des centaines de milliers de nos concitoyens seraient-ils si négligeables ? Permettre à une génération de quinquas de partir à la retraite dignement, sauver les commerces et les PME d’une petite ville et le tissu social d’une région sont des objectifs aussi louables et légitimes que d’améliorer la productivité et la compétitivité de la France.

L’intervention de l’Etat – exécuteur des choix politiques décidés par la société – a sans doute des effets pervers, mais un libéralisme sans bornes en aurait peut-être de plus déplaisants encore. La concurrence est-elle toujours une bénédiction ? La gestion privée est-elle toujours heureuse ? Les réponses me semblent évidentes. Au lieu de brandir des dogmes, posons-nous de manière pragmatique la seule question qui vaille : il ne s’agit pas de savoir si l’Etat doit intervenir ou pas mais comment il doit le faire. La transformation de millions d’égoïsmes individuels en intérêt général est un exercice trop compliqué pour le laisser à la seule « main invisible ».

« Que les autorités religieuses s’occupent plutôt du sort des chrétiens d’Orient »

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photo : Thierry Mariani

Trois questions à Thierry Mariani, secrétaire d’Etat aux transports, et fondateur du collectif parlementaire « la Droite populaire »

Muriel Gremillet : Le débat sur la laïcité, organisé par l’UMP, divise, et pas seulement l’UMP. Ça ne vous interroge pas que les autorités religieuses françaises aient demandé sa suspension…

Thierry Mariani : La laïcité appartient à tout le monde, qu’on soit croyant ou non. Ce qui me frappe dans la tribune publiée par les autorités religieuses, c’est une phrase passée inaperçue pour laquelle j’ai envie de remercier les auteurs: ils disent que le cadre juridique de la laïcité doit évoluer en France[1. « Nous restons très attentifs aux évolutions profondes de notre société, notamment celles qui concernent les religions, dans le respect du cadre de la République. Ces évolutions appellent parfois des adaptations, voire des améliorations du cadre juridique et réglementaire de l’expression et de la vie des cultes en France. »]. Et nous montrent donc que le débat est utile. Car, si ce n’est les politiques, qui doit s’occuper du cadre juridique de la laïcité et de son évolution ? Le débat politique est nécessaire, et si l’UMP est seule à vouloir mettre le sujet sur la table, tant pis pour les autres.

La laïcité est un débat ouvert à tous, et il est paradoxal que les religieux prétendent qu’il leur soit réservé. Que les autorités religieuses s’occupent du sort des chrétiens d’Orient plutôt que de l’agenda des partis politiques ! Pour d’autres, ce ne serait pas le bon moment pour en parler. En vérité, il n’y a jamais de bon moment dans ce pays.

MG : La gauche, mais aussi certains centristes, vous accusent implicitement de faire le jeu du Front National en menant ce genre de débats.

TM : Depuis 1984, c’est en 2007 que le FN a fait son plus faible score. Autrement dit au moment où Nicolas Sarkozy a osé aborder de front un certain nombre de sujets dont Chirac ne voulait pas entendre parler. Alors, on nous traite de populistes : c’est l’accusation permanente de la gauche quand elle sent que le peuple lui échappe. La Droite populaire souhaite justement que le peuple n’échappe pas à la droite. Et pour cela il faut aborder les débats sans crainte et réussir à en sortir concrètement. Pourquoi le débat sur l’identité nationale a-t-il été raté ? C’était une excellente idée. Mais personne ne se souvient des mesures qui ont été annoncées à la sortie par le Premier ministre. Voilà pourquoi les gens s’imaginent que c’était une manœuvre électorale.

MG : Jean-Louis Borloo et les centristes pourraient sortir bientôt de l’UMP, justement pour se distinguer de l’aile dure de la majorité.

TM : Comment expliquer sérieusement que certains, qui se voyaient encore Premier ministre de Nicolas Sarkozy il y a quelques mois, souhaitent aujourd’hui quitter l’UMP ? La politique, c’est aussi une question de dignité et d’honneur. Cela veut aussi dire ne pas partir quand ça tangue.

Jamel Debbouze règle son compte à Eric Zemmour

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Dans une interview aux Inrockuptibles de cette semaine, Jamel Debbouze a pris le temps de dire tout le mal qu’il pensait d’Eric Zemmour. Il l’a fait avec sa finesse coutumière, en réclamant son licenciement pur et simple, une exigence étayée, il est vrai, par un raisonnement implacable : 
 »Il ne faut pas qu’il fasse de la télé. Parce que c’est dangereux d’entendre ce genre de discours. Il est spectaculaire, il n’a aucune idéologie, je suis sûr qu’il ne pense pas ce qu’il dit : c’est juste un imbécile qui touche des piges. »

Sûr que Zemmour l’imbécile ne se relèvera pas de cette estocade portée par Debbouze le bénévole.

Néanmoins, la France n’étant plus qu’une démocratie d’opérette, il y a fort à parier que Zemmour le spectaculaire continuera encore de diffuser « ce genre de discours » sur France2, i>Télé et RTL. Dans un vrai pays libre, genre le Maroc, un simple coup de fil de Debbouze l’idéologue à son ami le Roi, et hop, l’affaire était réglée…

Fausse alerte à Damas

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Les observateurs et les médias internationaux attendaient beaucoup le discours que le président Bachar el-Assad, devait prononcer hier devant le « Parlement » syrien.

Suite aux manifestations qui, depuis le 15 mars, ont fait au moins 130 morts à Deraa et à Lattaquié, on nous avait annoncé notamment la levée de l’état d’urgence (en vigueur depuis 63 !) et même la libération des prisonniers politique.

Patatras ! De contentant de fustiger « une conspiration contre la Syrie », non seulement Assad n’a rien lâché sur rien mais à la fin de son discours ses « députés » ont longuement scandé : « Par notre sang, par notre âme, nous nous sacrifierons pour toi, Bachar ! »

Ça promet pour la suite…

La menace chrétienne

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Derby, église Saint-Luc.

Depuis le 28 février 2011 et la condamnation par la Haute Cour de justice britannique de Eunice et Owen Johns, le délit d’opinion chrétienne est officiellement et légalement reconnu dans l’un des 27 pays de l’Union Européenne. Habitant Derby, dans le nord ouest de l’Angleterre, monsieur et madame Johns ont été condamnés parce qu’ils ont des opinions chrétiennes, pentecôtistes pour être plus précis. L’information est évidemment passée inaperçue en France, où nous sommes hantés par une « inquiétude majeure » : que l’on reconnaisse les racines chrétiennes de l’Europe ou d’un pays. Obnubilés que nous sommes par cette fausse querelle, nous ne voyons pas ce qui se produit réellement et qui fera date : ce n’est pas la laïcité qui est menacée en Europe, mais le droit au christianisme.

Que s’est-il passé le 28 février dernier ? Le couple Johns comparaissait devant les tribunaux. La Haute Cour a décidé de leur interdire le statut de famille d’accueil pour des enfants en rupture familiale. Les Johns ne sont pourtant pas soupçonnables de mettre en danger le moindre enfant – cela le tribunal le reconnaît, comme il reconnaît qu’on ne peut pas leur reprocher de ne pas savoir éduquer les chérubins. Difficile de faire autrement : les Johns ont élevé quatre enfants, ils en ont recueilli plus d’une quinzaine, garçons et filles indifféremment. Ni délinquants, ni criminels, ni sexistes, ni pédophiles, ni dangereux, parfaitement aptes à l’éducation. Alors quoi ? Les Johns sont chrétiens. Et cela suffit pour que la Haute Cour de justice les juge incapables d’accueillir et d’éduquer des enfants sans parents.

Une loi de 2007, portant sur la tolérance et la diversité, oblige les villes britanniques à s’assurer que les familles d’accueil prônent cette diversité et cette tolérance. Lisons bien : non pas « respectent » mais « prônent ». Du coup, la municipalité de Derby a demandé aux Johns d’inculquer la tolérance vis-à-vis des couples homosexuels, plus précisément de dire aux enfants que « l’homosexualité est une bonne chose ».

Mme Johns était d’accord pour ne pas dire aux enfants que l’homosexualité serait une mauvaise chose. Mais Mme Johns ne veut pas inculquer aux enfants l’idée que l’homosexualité serait particulièrement bienfaisante. Donc, Mme Johns est condamnée et n’a plus le droit d’accueillir des enfants. Elle a perdu son job. Son opinion est pourtant une simple opinion, liée selon elle à ses conceptions chrétiennes. Elle peut avoir raison ou tort sur ce point.

La tolérance exigée par la loi se mue ainsi en intolérance manifeste mais légalisée. Et l’on voit apparaître un délit d’opinion chrétienne, en vertu duquel on ne saurait avoir sur l’homosexualité un point de vue s’écartant tant soit peu de l’approbation enthousiaste. Le 28 février fera date. Peut-être qu’un jour les fonctionnaires de l’Etat britannique devront fournir un certificat d’homosexualité, avec photos à l’appui, pour être autorisés à travailler.

Libye : peu de sang, et encore moins de sang froid…

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Au début de la crise en Libye on parlait de massacres. Plus tard, on a plutôt parlé des massacres à venir qu’il faudrait empêcher. On évoquait les menaces explicites de Kadhafi envers les habitants de Benghazi et le passé chargé du dictateur. Il fallait croire ce qu’il disait et intervenir avant qu’il soit trop tard.

Depuis quelques jours, les allers-retours des forces pro et anti-Kadhafi permettent de voir comment les forces fidèles au Frère guide se comportent dans des villes libérées qui tombent de nouveau entre leurs mains. Pierre Barbancey de l’Humanité l’avait fait. Il s’est rendu à Ajdabiya, une ville côtière située à 150 km à l’ouest de Benghazi et considérée comme un verrou sur la route principale qui mène vers la capitale de la rébellion. Voici son témoignage :
« En entrant dans Ajdabiya, que l’on avait quitté il y a dix jours alors que les troupes kadhafistes y étaient victorieuses, on est surpris par l’état de la ville. Il ne semble pas y avoir eu de « durs » combats et les magasins n’ont pas été pillés, ni détruits par des « soldats enragés », ainsi que le proclame Libya Horia, la radio de la rébellion dont le ton s’islamise de plus en plus. Quelques façades portent des impacts de balles mais ce sont celles situées sur la route principale. Les quartiers n’ont pas été touchés et il n’y a pas eu de forte résistance de la part d’une population qui a préféré se réfugier à Benghazi ou dans les fermes environnantes. »

Plus étonnant encore est un certain délire qui semble s’emparer de quelques têtes rebelles. Selon Pierre Barbancey les insurgés pour leur part voient en Kadhafi un allié d’Israël. « On nous a même demandé, raconte-il, s’il était vrai qu’à Benghazi l’armée israélienne était venue soutenir les forces gouvernementales ! ».
Avec un tel sens du discernement, pas étonnant que les rebelles aient abattu leur propre avion de chasse au-dessus de Benghazi…

Révolutions arabes : l’illusion anti-lyrique

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L’œuvre de Milan Kundera est infiniment plus vivante et vigoureuse que le gâtisme médiatique qui l’a dérisoirement décrétée « d’actualité » pour deux mois. L’actualité de Kundera, comme celle de tout romancier majeur, se vérifie perpétuellement. Elle se manifeste dans les profondeurs de l’âme humaine, à chaque seconde. Chacun sait que ce lieu – que l’épuisant bredouillis médiatique tente en vain de recouvrir et de refermer – est le plus réel et le plus obscur. C’est également en ce lieu que se déploie d’abord l’événement insaisissable et majeur portant le nom de code de « révolutions arabes ».

Toute l’œuvre de Kundera est traversée par la critique du sentimentalisme. Celle-ci culmine dans trois chefs-d’œuvre : dans La vie est ailleurs, exploration cruelle de « l’attitude lyrique » de Jaromil, jeune poète narcissiquement enivré par la révolution ; dans L’Insoutenable légèreté de l’être et ses inoubliables méditations sur le kitsch ; dans l’œuvre de Kundera que j’aime entre toutes enfin, L’Immortalité, voyage dans les profondeurs du mystère de « homo sentimentalis ».

Milan Kundera adresse trois critiques au sentimentalisme. Il critique tout d’abord le fait de considérer les sentiments en tant que tels comme une valeur suprême, de poursuivre indistinctement l’intensité des sentiments comme une fin et un bien en soi. Ses romans déploient de multiples situations où le déchaînement des sentiments et le bien se refusent malignement à coïncider. Sa deuxième critique concerne l’exhibitionnisme de l’âme, l’hystérie sentimentale se donnant en spectacle. Elle ne constitue pas une critique des sentiments en tant que tels mais du narcissisme. Dans Les Testaments trahis, Kundera médite la notation de Kafka : « Sécheresse de cœur dissimulée derrière un style débordant de sentiments. » Sa troisième critique vise enfin à réfuter la confusion entre vérité et exaltation subjective, l’erreur qui consiste à prendre le sentiment pour un gage infaillible de vérité. L’intensité avec laquelle nous sommes attachés à une hypothèse ne prouve en rien, hélas, la vérité de cette hypothèse.

J’éprouve beaucoup de reconnaissance envers Kundera pour ces trois critiques – que j’intègre pour ma part dans un horizon chrétien. Ni les sentiments ni la raison ne constituent un mal en eux-mêmes. Le lieu de l’éthique, c’est le corps dans sa profondeur de temps et d’expérience, soutenant ses actes et ses paroles dans le présent ; c’est le corps non comme extase dans le présent (dénoncée à juste titre dans Les testaments trahis) mais comme extase de l’expérience, communication extatique et vivifiante entre passé et présent. Le lieu de l’éthique, c’est le corps comme unité miraculeusement donnée, à même l’évidence de la chair, unité salvatrice, libératrice, du cœur, de la tête et du sexe. Le mal et le mensonge ne sont pas le cœur, mais le cœur séparé du corps. Cœur tranché, tête tranchée, sexe tranché : la folie est sûre. La critique du sentimentalisme chez Kundera ne procède pas de la tête – encore moins de l’archi-tête de mort nommée idéologie – mais du corps. D’un corps animé par une joie résolue de l’incarnation et une délicatesse de sentiments extrême.

L’anti-lyrisme autonomisé, séparé du corps, peut cependant devenir lui aussi une dogmatique simplificatrice, source non de vérités mais d’erreurs. Ce danger est parfois présent, de manière diffuse, dans Causeur, où l’on se plaît à fouetter les illusions lyriques chaque matin. Ayant fait plus qu’à mon tour l’expérience de ces deux amputations, je le sais : la tête tranchée ne se fait absolument pas moins d’illusions que le cœur tranché.

La raison coupée du corps s’enivre peu à peu d’elle-même et s’abandonne aux mêmes prétentions hégémoniques, à la même toute-puissance illusoire que le cœur tranché. Elle contemple avec satisfaction la froideur implacable de ses observations, sa lucidité distanciée et supérieure. Au narcissisme du cœur répond le narcissisme des glaces. A la haine du cœur coupé envers la tête répond la haine de la tête envers le cœur. Ces deux haines nous éloignent de toute lucidité véritable.

L’anti-lyrisme ne doit pas devenir un dogme mis au service de certitudes idéologiques préétablies, une arme idéologique – ce qui est absolument étranger, du reste, à l’esprit de Kundera. Cela a parfois été le cas dans Causeur concernant les révolutions arabes, même si elles ont aussi donné lieu à des analyses profondes et charnelles. Ne tentons pas d’escamoter les révolutions arabes derrière un paravent anti-lyrique confortable et protecteur. Arrêtons l’anti-lyric pride !

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt et d’espérance les textes de Mehdi Belhaj Kacem parus sur le site de La Règle du jeu et écrits par un corps situé en Tunisie. Mon corps se situe en France. Comme tout le monde, je ne sais rien, strictement rien, des révolutions arabes et de la révolution tunisienne. Je sais seulement qu’elles constituent un événement libérateur qui ouvre une brèche d’espérance pour tous les peuples, y compris le peuple français. Il me semble insensé de prétendre que les démocraties occidentales et les dictatures arabes relèvent d’une seule et même situation éthique, d’une commune et à peu près égale terreur policière, comme l’ont sournoisement suggéré dans Le Monde les inculpés de Tarnac – envers qui les persécutions indignes de l’Etat français n’ont certes toujours pas cessé. Ils ont raison cependant sur un autre point : l’état de dévitalisation extrême de nos vieilles démocraties et leur décomposition en oligarchies de plus en plus obscènes et désorientées. Le corps tranché de toutes parts jusqu’à l’irrespirable, c’est aussi – mais tout autrement que sous les dictatures et en l’absence d’Etat de droit – le vieux corps de nos sociétés démocratiques. Celui-ci a besoin d’une régénérescence qui ne peut venir que des peuples européens – à l’évidence plus dignes de confiance que Marine Le Pen ou Dominique Strauss-Kahn.

Je ne sais pas si les révolutions arabes sont lyriques. J’ai une forte espérance qu’elles ne soient pas l’œuvre du cœur tranché, ni de la tête tranchée, mais du corps, de sa mémoire et de sa justice. Et qu’elles rappellent à d’autres corps qu’il est possible – en dépit de l’avis formel de tous les spécialistes – d’être en vie.

L’événement, comme le répétait Derrida, cela peut toujours être la mort. En dépit de ce risque, il convient de l’accueillir. Avec joie et angoisse. Avec joie et terreur. Sans glisser dans l’extase du présent, en laissant dialoguer présent et passé dans notre chair. Gardons-nous de la joie mauvaise de prétendre ramener l’inconnu au déjà-connu. Renonçons au mensonge de la fausse familiarité tentant de toute force de conjurer et d’abolir l’événement. Les prophéties annonçant doctement que l’inconnu va vite rentrer au bercail du déjà-connu, qu’il ne peut que glisser gentiment dans les ornières du déjà-connu, sont stériles et impuissantes.

Sur la crête entre impuissance et toute-puissance, les peuples arabes nous le rappellent, quelque chose peut advenir.

Œuvre I, II

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Piratage et ratage

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Ce sont les excellents geeks blogueurs de MacBidouille, les majors américaines du disque n’y sont pas allés avec le dos de la cuiller en matière de dommages et intérêts dans le procès qui les oppose a Limewire, un des sites pionniers en matière d’échange de fichier P2P (ce qu’on appelle « piratage », quand on est actionnaire d’Universal, de Sony Music ou de l’UMP et qu’on veut faire peur à votre maman)

D’après la source de MacBidouille, le site informatique US Fudzilla, le préjudice subi est estimé par les victimes supposées quelque part entre « 400 milliards de dollars pour la fourchette basse, la fourchette haute étant, elle, de 75000 milliards de dollars ».

On félicitera donc les statisticiens et les juristes des majors pour la précision de leurs calculs, tout en regrettant que le juge en charge du procès n’ait pas apprécié à sa juste valeur cette comptabilité créative puisque qu’il a jugé « absurdes » les prétentions des pauvres maisons de disques.

Il faut dire, à titre de comparaison, que 75000 milliards de dollars, c’est pile 20 fois plus que le budget fédéral annuel des Etats-Unis…

Faut-il débattre de l’étoile verte ?

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Doit-on vraiment parler de l’étoile verte qu’Abderrrahmane Dahmane, l’ex-conseiller à l’Elysée chargé de la diversité, a appelé tous les musulmans à arborer pour protester contre le débat sur la laïcité ?

Doit-on parler du tollé que cette initiative a provoqué ? Faut-il répondre à ce garçon sur la forme ou bien sur le fond de ce problème sans fond ?
Pour les autres, je ne saurais répondre. Et quant à moi, je ne sais pas non plus.

D’un côté, on ne peut pas faire comme si de rien n’était. Et d’un autre côté je préférerais faire comme si. Comme si on n’avait pas été confronté à ce précipité de tout ce qui me fatigue sur terre : l’inculture crasse, l’impudence assumée, le relativisme historique, le marketing politique, l’activisme buzziste et autres figures de la modernité moderne dont Abderahmane Dahmane est une émanation chimiquement pure, à l’image d’un Benjamin Lancar, d’un Arthur ou d’un Frank Ribéry.

Ce n’est pas tant l’injure paranégationniste faite aux victimes de la barbarie hitlérienne qui me choque, et dont je n’ai de toute façon pas envie de parler – m’évitant par ce silence de tomber sous le coup de nos lois – que l’injure faite en général au XXème siècle et aux précédents par un décérébré qui relève probablement moins de Mahomet que de Nintendo.

Et ce soir, j’ai de la peine pour les musulmans de France et d’ailleurs, qu’ils soient buveurs de bière, pratiquants occasionnels voire barbus modérés, sur qui rejaillit forcément le coup de pub gogol de leur coreligionnaire.

J’ai de la peine pour l’UMP et la droite institutionnelle dont le mépris affiché pour le débat idéologique et la préférence radicale pour la com’ se trouvent un peu trop sévèrement sanctionnés par la bêtise d’un garçon qu’on avait quand même jugé digne d’être le conseiller direct du Président en matière d’immigration…

J’ai enfin de la peine pour Robert Badinter et tous les intellectuels qu’Abderahmane Dahmane a réquisitionnés pour sa défense, arguant qu’ils avaient établi bien avant lui le parallèle obligé entre l’actuelle « islamophobie » et l’antisémitisme des années 30 – sans jamais s’interroger sur la différence entre ceux à qui on voulait refuser autrefois l’assimilation et ceux qui la refusent aujourd’hui, mais c’est une autre histoire.

Le pire c’est que M. Dahmane n’a pas tout à fait tort. Certes, c’est le dernier des cons, mais aller chercher des immondices bêtes dans des cerveaux féconds, ça reste à la portée du dernier des cons. À l’instar des jeunes socialistes lecteurs de Badiou de je ne sais plus quel coin perdu qui avaient fabriqué des affiches comparant Sarkozy à Hitler, il a d’abord commencé par traiter Jean-François Copé de « néonazi ». Comme cela ne suffisait pas à faire parler du drame personnel qu’il vit, et dont il suppose qu’il frappe aussi tous les fidèles de France, alors Abderahmane Dahmane a lancé, à défaut d’une fatwa qu’il n’est pas habilité à prononcer, son gadget magique de l’étoile verte. Ce faisant, il n’a fait que traduire en langage youtubien les thèses de MM Badinter et Hessel et les résolutions adoptées à l’unanimité par les congressistes du MRAP, de la LICRA et de la Ligue des Droits de l’Homme. Lesquels ne méritaient pas tant d’indignité. Enfin, si, un peu, quand même…