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France Syrie : une longue et belle histoire commune

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On approche à grands pas du 30ème anniversaire du 10 mai 1981 et de ses commémorations. Aussi aimerais-je y apporter ma modeste contribution. Et puisque la Syrie a fait les gros titres, pourquoi ne pas s’intéresser à la question « Mitterrand et la Syrie », ou plus précisément – car le sujet est vaste – la France et la Syrie de mai 1981 à mai 1982 ? Après tout, il n’y a pas de raison de ne pas le faire, alors, juste faisons le !

Eh bien tout d’abord, l’accueil fait à la victoire socialiste française par le parti Baas, officiellement tout aussi socialiste, au pouvoir au Damas est, comment dirai-je, un peu mitigé. Ainsi, le 4 septembre 1981, Louis Delamare, l’ambassadeur de France au Liban, est assassiné. Selon Olivier d’Ormesson, la Syrie aurait commandité le meurtre avec dans l’intention de punir le président français fraîchement élu pour ses efforts diplomatiques visant à résoudre pacifiquement la guerre civile au Liban.

Le subtil message du socialiste syrien au socialiste français a été reçu 5 sur 5. La preuve ? Cinq mois après le meurtre de Pierre Delamare les troupes d’Assad père écrasent dans un bain de sang terrible l’insurrection des Frères musulmans à Hama. La répression fait entre 10 000 et 20 000 morts mais François Mitterrand ne condamne pas le massacre. Cela dit, on intimide pas si facilement le vieux renard de l’Elysée : début mars 1982, les ruines de Hama encore fumantes, il se rend en visite officielle en Israël, pays qui quelques mois auparavant avait annexé le Golan, perdu par la Syrie en 1967 !

Mais Assad, non plus, ne se laisse pas abattre facilement. Ainsi, le 22 avril 1982 le prestataire de services en terrorisme Carlos organise pour le compte de Damas un attenant à la voiture piégée contre le siège du journal syrien d’opposition Al Watan Al Arabi, rue Marbeuf, à Paris. Un mort, 63 blessés.

Pour enfoncer le clou, Assad décide de célébrer avec fracas le premier anniversaire de la victoire socialiste. Le 24 mai 1982 – en Orient la ponctualité n’est pas une valeur fondamentale – une R12 bourrée de plus de 50 kilos d’explosifs explose dans la cour de l’ambassade de France à Beyrouth. Bilan : 11 personnes, dont 6 membres de l’ambassade, tuées, 27 blessées. Pas grand-chose à côté de Hama.

En fin de compte, tout cela n’a pas empêché un François Mitterrand de moins en moins rancunier et son ministre des affaires étrangères Roland Dumas (nommé en décembre 1982) d’entretenir des relations plus au moins cordiales avec le régime syrien et certains de ses personnages clés. Après tout, comme disait le Parrain, « It’s just business, nothing personal »

Les Iraniens ont observé et retenu la leçon. Quelques années plus tard ils appliqueront la même méthode contre la France avec le même succès.

Un homme brave

photo : patrick-roy.fr

Patrick Roy est mort. Le député PS de Denain, amateur de hard rock, porteur de vestes rouges et bretteur de première catégorie dans l’hémicycle a succombé cette nuit au cancer du pancréas dont il espérait triompher.

Il y a deux mois, il avait fait son retour à l’Assemblée, amaigri, affaibli, en fauteuil roulant, sa femme lui tenant la main. Pour poser une question d’actualité prétexte. Prétexte à remercier tous ses collègues députés de leur gentillesse, de leur amitié dans la douleur. Et promettre son retour comme opposant farouche, puisque « la vie est belle ». Jusqu’ici vous ne pleurez pas. Moi si.

Je pleure parce que ce jour du retour de Patrick Roy à l’Assemblée, le 15 mars, j’ai vu une bonne partie de la confrérie des journalistes parlementaires, d’ordinaire si portés à l’ironie, la blague, ou le trait assassin, pleurer vraiment. C’était finalement assez drôle de voir tout le monde faire mine de sortir dans le jardin pour aller fumer, y compris les non fumeurs. On a pleuré devant l’humanité du garçon, la simplicité, la drôlerie de celui qui avait brandi un jour en séance Hard Rock Magazine sous les yeux médusés de ses collègues.

On a pleuré aussi parce que, malgré l’espoir, je crois que tout le monde savait que c’était la fin. Qu’en dépit des traitements, de la rémission, de la croyance en un miracle – ça existe – Patrick Roy allait mourir.

C’est assez curieux de se retrouver brutalement confronté à la mort et à son avancée inéluctable dans cet endroit où, bien souvent, on parle pour ne rien dire. Où tout est euphémisé, où la réalité, même la plus brutale, est dissipée par les discours. Patrick Roy, malade, affaibli, amaigri, ému aux larmes, avait d’un coup offert une bouffée de la réalité la plus atroce et la plus banale dans l’hémicycle. Tout député qu’on soit, on meurt. On souffre, comme des milliers de gens en France, atteints du même mal, ou d’un autre. D’ailleurs, Patrick Roy avait expliqué, peu après cette sortie publique, qu’il avait reçu de nombreuses lettres de malades le remerciant d’avoir eu le cran d’en parler en si haut lieu, devant tant de gens. Alors qu’en général, on se planque. Alors qu’un cancer, même foudroyant, même rare, est devenu atrocement banal.

L’unanimité va se faire autour de la mémoire de Patrick Roy. Ce sera légitime : en dehors de toute considération sur son combat folklorique pour le heavy metal, tout le monde reconnaissait que le député-maire de Denain était un élu modèle. Travailleur, sérieux, aimé de ses administrés et de ses collègues de droite comme de gauche. Je ne sais pas si c’est cette humanité qui me fait pleurer à cette heure-ci et qui fait que je n’irai pas à l’Assemblée cet après-midi. Quand quelqu’un meurt, on sait bien que c’est à d’autres morts que l’on pense. Et aujourd’hui, je ne pense pas, comme tout le monde, à Ben Laden.

Ben Laden : Obama a aussi vengé Jimmy Carter

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L’opération américaine à Abbottabad a réglé plus d’un compte. Il y avait d’abord l’ardoise du 11 septembre symboliquement effacée avec l’élimination de Ben Laden alias Geronimo (un nom de code US pas très sympa pour les Apaches et les Indiens en général). Mais il y avait aussi une autre dette d’honneur : effacer la catastrophe de « Eagle Claw » (Serre de l’aigle), l’opération désastreuse menée en avril 1980 pour libérer les otages de l’ambassade américaine à Téhéran.

En 1980 la série noire avait commencé par des pannes d’hélicoptères à répétition (leurs moteurs étaient mal adaptés au sable du désert) et on peut imaginer l’angoisse à Washington quand, cette fois-ci aussi, l’opération anti-Ben Laden a débuté avec un engin hors service… Au rayon coïncidences, ajoutons que l’élimination de Ben Laden a eu lieu presque à la date anniversaire de la débandade dans le désert iranien – le 25 avril 1980.

Heureusement, la suite du raid pakistanais a délivré Obama de ce semblant de sortilège. Cela dit, si cette opération a été couronnée de succès c’est notamment grâce aux leçons tirées de l’échec de 1980.

Les combattants qui ont exécuté la mission appartiennent aux commandos de marine, ce qui peut paraitre curieux vu la distance considérable entre Abbottabad et la plage la plus proche (à peu près mille kilomètres…). Sauf que le Commando 6 – l’unité chargée de l’opération – connue aussi comme le NSWDG (United States Naval Special Warfare Development Group), est une structure anti-terroriste créée en 1981 (donc après Eagle Claw) expressément pour ce genre de cas. La logistique, elle a été assurée par le 160e régiment d’opérations spéciales de de l’aviation (SOAR), surnommés les Night Stalkers (en vf, les harceleurs nocturnes ou quelque chose comme ça), formation née, elle aussi, sur les cendres du fiasco de 1980. La tache a donc bien été lavée.

Pour les curieux, et après vérification approfondie l’agent NCIS Ziva David n’a aucunement été impliquée dans l’opération.

Et maintenant, l’Afghanistan

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photo : général Kayani

Les Etats-Unis viennent de remporter une formidable victoire. La localisation et l’élimination d’Oussama Ben Laden sont des succès militaires qui témoignent à la fois des performances des forces spéciales et des services de renseignement américains.

Cette opération incarne pour l’establishment militaire US la nouvelle ère qui s’ouvre avec la nomination à la tête de la CIA du Général Petraeus, commandant en chef des forces en Afghanistan, et celle de Leon Panetta, directeur de la CIA, au poste de secrétaire d’Etat à la Défense. Avec un espion au Pentagone et un spécialiste des opérations spéciales à Langley, les Etats-Unis font savoir au monde que pour eux, dorénavant, la guerre ressemblera plus à l’opération d’Abbottabad qu’aux deux guerres du Golfe.
Mais malgré ce succès opérationnel indéniable, l’enthousiasme des commentateurs semble un peu prématuré. Tuer Ben Laden est une chose, voir le bout du tunnel afghan en est une autre.

La logique des optimistes est simple : les Pakistanais ont caché Ben Laden, puis l’ont livré, ce qui signifie un changement d’orientation stratégique et annonce la fin de la guerre en Afghanistan. Selon cette thèse, les services pakistanais jouent un double jeu : ils coopèrent avec les Etats-Unis qui sont leur soutien stratégique face à l’Inde, mais en même temps, ils protégeaient ses pires ennemis. La preuve ? Si Ben Laden a pu se réfugier au Pakistan, à deux heures de la capitale et assez loin de la frontière afghane, cela signifie évidemment qu’il bénéficiait de complices très haut placés, probablement parmi les chefs de service du renseignement pakistanais. Selon cette logique, s’il a pu être localisé, c’est parce les Pakistanais l’ont bien voulu. Autrement dit, sans la coopération de l’ISI (Inter Services Intelligence, le service de renseignement pakistanais), ou de quelqu’un au sommet l’Etat pakistanais, les Américains n’auraient jamais mis la main sur Oussama Ben Laden.

A partir de ce raisonnement, certains commentateurs tirent la conclusion optimiste suivante : si le Pakistan a décidé de ne plus protéger Ben Laden, c’est qu’Islamabad a changé de politique et qu’il faut donc s’attendre à ce que les Pakistanais ne gênent plus l’effort de guerre en Afghanistan. En conséquence, si l’ISI ne met plus de bâtons dans les roues de la coalition et ne jouent pas perso avec les Talibans, la sortie du bourbier afghan est enfin à portée de main. Malheureusement, ce pari est pour le moins hasardeux.

Premier constat douteux qui sert de base à ce beau raisonnement : l’aide des services pakistanais était indispensable pour localiser Ben Laden et mener à bien l’opération qui a abouti à sa liquidation. En fait, rien n’est moins sûr. Contrairement à une idée reçue, les Américains ne pensaient pas que Ben Laden se cachait dans une grotte – même s’ils étaient probablement ravis que les médias et les opinions publiques avalent cette fable. Pour les professionnels du renseignement, il est un fait acquis que, depuis 2001, la plupart des chefs d’Al Qaida capturés au Pakistan se cachent dans des villes. Khaled Cheikh Mohammed a été capturé à Rawalpindi, quatrième ville du Pakistan, située à quelques dizaines de kilomètres d’Islamabad, et encore plus loin de la frontière afghane que ne l’est Abbottabad. C’est aussi le cas de Ramzi bin el-Shib, intercepté à Karachi en 2002, et d’Abu Zubaydha, « le borgne », arrêté en 2002 à Faisalabad. Chercher les leaders d’al-Qaida dans les plus grandes villes pakistanaises était donc une piste crédible depuis neuf ans.

Quant au rôle joué par les Pakistanais dans cette affaire, les détails fournis – parcimonieusement – par les Américains soutiennent parfaitement leur version selon laquelle ils se sont débrouillés tout seuls : Ben Laden a été localisé grâce à un travail de fourmi[1. L’information recueillie, cumulée et croisée pendant des longues années d’interrogations, notamment à Guantanemo, a joué un rôle très importent], un puzzle composé de milliers de pièces et n’a pas été « livré » pieds et poings liés. La maison d’Abbottabad attirait leur attention depuis un certain temps, et c’est en filant les militants identifiés comme étant les émissaires de confiance de Ben Laden – notamment le dénommé « Ahmed el-Koweiti » – qu’ils ont retrouvé sa trace. A certains moments, les services pakistanais auraient pu être mis à contribution sur une pièce du puzzle, mais cela ne signifie absolument pas qu’ils étaient au courant de l’ensemble de l’enquête. Asif Ali Zardari, le président pakistanais, ne dit pas autre chose quand il déclare que «  Bien que les événements de dimanche n’étaient pas le fruit d’une opération conjointe, une décennie de coopération et de partenariat entre les Etats-Unis et le Pakistan ont mené à l’élimination d’Oussama ben Laden ».

Mais le point le plus faible de l’hypothèse optimiste est l’amalgame entre Al Qaida et les talibans. En réalité, les Pakistanais ont bel et bien joué un double jeu avec Etats-Unis, mais cela concerne l’Afghanistan. Ainsi, l’ISI a plutôt coopéré avec les Américains dans la lutte contre Al-Qaida, justement pour pouvoir mieux les manipuler en complotant dans leur dos avec les talibans afghans, acteurs majeurs d’un conflit d’une grande importance pour les Pakistanais. Islamabad estime que, tôt ou tard, Américains, Français et autres Otanusiens plieront bagage et le laisseront assumer plus ou moins seul leur voisin foncièrement instable. Pour les Pakistanais, il est donc essentiel de se retrouver coûte que coûte du côté des vainqueurs et le seul moyen de s’en assurer est de faire comme Talleyrand ou Fouché : être des deux côtés à la fois…

Or, le problème est qu’aujourd’hui, les Pakistanais n’entendent de la part des alliés, Etats-Unis en tête, que des cris de joie et des déclarations du genre « Ben Laden est mort, prenons notre billet de retour ». Et ce n’est guère rassurant de savoir que dans deux ou trois ans, ils se retrouveront en tête à tête avec les Taliban.
Plus que jamais Islamabad est convaincu que les alliés partiront bientôt et donc plus que jamais l’ISI a intérêt à préparer un lendemain sans OTAN. Quelqu’un voit-il, aujourd’hui plus qu’hier, une raison stratégiquement valable pour que les Pakistanais se rangent, enfin, aux côtés des alliés et se battent franchement contre les Taliban ? Moi non plus…

Ben Laden : pas d’embouteillage dans la rue arabe

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Certes, on n’a rien vu de comparable aux joyeuses fêtes vengeresses de Time Square ou de Ground Zero dans le monde arabo-musulman. Mais avant de s’en indigner, on notera aussi que ce dénouement heureux n’a pas donné lieu non plus à des scènes de liesse populaires en Europe…

De fait, ce qui est étonnant, et réjouissant, c’est que de Nouakchott à Bagdad en passant par Djeddah, on n’a dénombré quasiment aucune de ces manifestations anti-américaines dont la prétendue « rue arabe » avait , nous disait-on, le secret. Quelques vociférations de barbus à kalach ça et là au Pakistan, et puis c’est tout.

Même là où, comme à Gaza, on s’était bruyamment enthousiasmé après le carnage du 11 septembre, on n’est pas descendu dans les rues pour pleurer l’ « assassinat » de leur concepteur[1. En revanche, Ismaïl Haniyeh, le chef du gouvernement du mouvement palestinien Hamas à Gaza, a condamné hier le raid américain qui a tué le chef du réseau Al-Qaida Oussama Ben Laden]. Il faut dire que, par les temps qui courent, pour les régimes en place, laisser se développer des manifestations populaires, fussent-elles pro-Ben Laden, c’est prendre de gros risques. Les manifestations, on sait comment ça commence, et pas forcément comment ça finit.

Sans même parler du monde arabe, on se souviendra, par exemple, que la révolution roumaine s’est déclenchée à l’occasion d’un gigantesque rassemblement de soutien à Nicolae Ceausescu…

« Il faut réduire notre présence en Afghanistan »

photo : Acteurs publics

Jean-Michel Boucheron, député PS d’Ille-et-Vilaine, est membre de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale et rapporteur du budget de la Défense.

Propos recueillis par Muriel Gremillet

Jean-Michel Boucheron, député PS d’Ille-et-Vilaine, membre de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale et rapporteur du budget de la Défense.
Il revient sur la mort d’Oussama Ben Laden et ses conséquences pour notre pays.

Quelle est votre première réaction à l’annonce de la mort d’Oussama Ben Laden ?
Il faut souligner ce succès formidable des services secrets américains. Il est d’autant plus significatif en ce moment, alors que le monde arabe est secoué par des révoltes démocratiques, qui sont totalement affranchies de l’idéologie d’Al Qaida et de l’influence de Ben Laden. Sa mort est une bonne nouvelle parce qu’elle signe la mise à l’arrêt du moteur idéologique de la mouvance terroriste. Evidemment, le terrorisme ne va pas disparaître du jour au lendemain, mais sa puissance symbolique n’y survivra pas. Cette cause ne sera plus reconnue par les peuples.

La fin de cette traque aura-t-elle des conséquences sur l’implication de la France et de l’Otan en Afghanistan ?
Il faut revenir aux sources de notre participation à cette intervention : les Etats-Unis avaient été agressés le 11 septembre 2001. En tant qu’alliés, conformément à l’article 5 de la Charte de l’Otan, nous devions les soutenir dans leur guerre. Le but de cette intervention était simple : traquer Al Qaida et Ben Laden, qui avaient revendiqué les attentats, dans leur sanctuaire afghan. Aujourd’hui, ce but est atteint. Il est donc nécessaire de réduire notre présence sur le terrain, et de ne laisser sur place que le contingent nécessaire pour éviter toute reprise d’incendie.

Soyez clairs : demandez-vous un retrait des forces françaises d’Afghanistan ?
Au moins un allégement rapide du dispositif et une organisation différente de notre participation. J’imagine que le gouvernement l’annoncera dans les trois mois à venir. Nous entrons en effet naturellement dans une phase de transition des dispositifs militaires sur place. Nous n’avons plus à traquer sans relâche dans toutes les vallées du pays une organisation aujourd’hui moribonde, puisqu’elle vient d’être décapitée. Puisque les buts de guerre sont modifiés, il n’est même pas nécessaire d’attendre une réunion de l’Otan pour faire évoluer les choses. En clair, nous avons besoin de moins d’hommes, et il faudra nous concentrer sur les efforts de formation de l’armée et de la police afghanes, mettre l’accent sur le renseignement et poursuivre l’effort sur le terrain en déployant des armements plus sophistiqués. Maintenant, c’est aux Afghans de prendre en main leur sécurité et c’est à eux de choisir le type d’organisation démocratique qu’ils souhaitent pour leur pays. Nous n’avons rien à leur imposer.

Ben Laden a voté Obama

photo : ci_center21

La traque réussie, suivie de l’exécution sommaire d’Oussama Ben Laden, puis la gestion médiatique et politique de ce considérable événement par la Maison Blanche est indubitablement un beau succès pour Barack Obama et ses proches conseillers.

Constatons, pour nous en réjouir, que rien n’a filtré des prémisses de cette opération avant qu’elle soit menée à bien, et qu’elle a pu ainsi se réaliser sans être parasitée par des chasseurs de scoops intempestifs.
Cela dit, on devrait voir surgir, dans les prochaines semaines, des révélations concernant l’organisation militaire et politique de cette « exécution ciblée » qui réjouit aujourd’hui le peuple des Etats-Unis rassemblé autour de son président.

La présence de Ben Laden et de son entourage dans la ville d’Abbottabad, située à une centaine de kilomètres au nord d’Islamabad, semble avoir été décelée par les services spéciaux américains dès le mois d’août. On le croyait, jusque-là, retranché dans les « zones tribales » pakistanaises à la frontière de l’Afghanistan.

Il est fort probable que le chef d’Al Qaida ait bénéficié, ces dernières années de la tolérance, sinon de la protection, d’une partie au moins de l’appareil sécuritaire Pakistanais : la ville où il était réfugié abrite une garnison importante de l’armée et même une académie militaire.

Il est non moins probable que sa découverte par les services de sécurité des Etats-Unis soit le résultat d’un marchandage serré avec leurs homologues pakistanais. Le prix de cette livraison n’a pas, bien entendu, été porté à la connaissance du grand public.

Mais il doit être bien supérieur aux cinq millions de dollars affichés en bas du portrait de Ben Laden comme récompense à celui qui permettrait la capture du commanditaire des attentats du 11 septembre 2001. Les Etats-Unis, ont, ces derniers mois, consenti une aide économique exceptionnelle au Pakistan dont l’économie est en faillite chronique. Ils ont réfréné les ardeurs indiennes à occuper le terrain afghan par le biais d’une présence économique dont l’ampleur allait croissant.

Mais, au bout du compte, même si cette capture avait coûté quelques milliards de dollars, le bénéfice stratégique et politique qu’en retire Barack Obama vaut largement la dépense.

Tout d’abord, cela lui permet d’accélérer la sortie des troupes de l’OTAN d’Afghanistan, dont les Américains constituent le gros (environ 90% des soldats engagés sur le terrain). L’objectif affiché de cette guerre lancée en 2001 avait été de détruire l’infrastructure de Al Qaida établie dans le pays sous la protection du régime des Talibans. La réalisation de cet objectif permet une sortie de guerre « dans l’honneur », même si on peut craindre que l’Afghanistan ne retombe, une fois l’OTAN partie, sous la coupe obscurantiste des islamistes radicaux.

On comprend mieux, maintenant, pourquoi Barack Obama avait procédé, la semaine dernière, à la nomination de Léon Panetta, chef de la CIA, au poste de secrétaire d’Etat à la Défense et nommé à sa place le général David Petraeus. Il devait déjà savoir que Ben Laden était à sa main, et que désormais il pouvait prendre un tournant stratégique majeur. La lutte contre le terrorisme international peut être maintenant découplée de l’objectif wilsonien de l’instauration par les armes de la démocratie dans des pays non préparés à l’accueillir.
Cette lutte sera désormais menée dans l’ombre, par les services de renseignements et les forces spéciales, comme au bon temps de la lutte contre la « subversion communiste » en Afrique et en Amérique latine, qui avait fait suite à la débâcle vietnamienne.

Les dangers, aujourd’hui se sont déplacés vers l’ouest : la montée en puissance des Frères musulmans en Egypte, l’issue incertaine des crises syrienne, libyenne et yéménite exigent un redéploiement de la force américaine pour faire face à toute éventualité.

Ben Laden, à son corps défendant, aura donc été le meilleur agent électoral de Barack Obama à l’orée d’une campagne présidentielle que ce dernier peut désormais aborder avec confiance.

De cette époque qui s’achève demeureront, hélas, les insupportables contrôles renforcés de sécurité dans les aéroports, legs de Ben Laden à notre civilisation.

Obama m’a tuer

Abbotabad Pakistan

Il n’était même pas dans une grotte. Depuis l’été dernier, nous apprend la presse américaine, Oussama Ben Laden se planquait dans la vallée d’Abbotabad. L’intervention de forces spéciales américaines a visé une résidence luxueuse, avec des murs « plus épais que la moyenne », sans internet, ni téléphone. L’agence de presse Reuters explique qu’Abbotabad est une « ville de villégiature estivale située dans une vallée entourée de collines verdoyantes, près du Cachemire pakistanais », à moins de deux heures de route d’Islamabad, la capitale du pays. Notons aussi que le site officiel du gouvernement provincial d’Abbotabad présente la région comme le « paradis sur terre », et à la vue des photos mises en ligne de cette « Suisse pakistanaise », on n’est pas loin de le croire, pour qui aime la montagne.

vue d'Abbotabad

Détail amusant enfin, relevé cette fois-ci par le site américain Basetrack : si Abbotabad est un lieu de villégiature très apprécié, il est particulièrement prisé par les militaires et officiels pakistanais, en retraite ou non. La localité doit d’ailleurs son nom à un officier britannique, le major James Abbott qui avait vu dans le coin un endroit idéal pour installer un cantonnement militaire et un lieu de repos.

Depuis, le quartier général d’une brigade de la seconde division de l’armée pakistanaise y est installé. Comme quoi, la théorie de la lettre volée est valable y compris pour l’ennemi numéro un de l’Axe du bien. Un peu comme si Xavier Dupont de Ligonnès, le père de famille soupçonné d’avoir tué de sang-froid sa famille nombreuse, avait décidé d’aller se cacher avenue Foch ou à Versailles.

Pour l’intérieur de la maison :

Obama et Ben Laden victimes du direct

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L’annonce de la mort du chef d’Al Qaida, et la mobilisation générale matinale qui a suivi dans les radiotélés a donné lieu à quelques gaffes savoureuses, mais aussi à quelques improvisations hasardeuses.

Le lapsus n’étant pas un crime de guerre, on sera plus qu’indulgent avec les speakers d’Europe1 et d’iTélé qui ont respectivement annoncé « la mort de Barack Obama » et « la mort et l’arrestation de Barack Obama ».

De même que l’on sera plutôt indulgent avec les longues séances de redites et de délayage sur toutes les antennes : pas évident de tenir 3 heures en boucle sur un événement dont on ignore tous les détails, ou presque. C’est notamment vrai pour l’implication ou non des services pakistanais dans l’opération, qui selon les chaines et les heures a donné lieu à des commentaires aussi contradictoires que péremptoires.

On sera en revanche plus sévère avec des dérapages qu’un minimum de culture générale aurait pu éviter, comme celui qui a consisté à évoquer systématiquement dans les titres d’i-Télé « l’assassinat d’Oussama Ben Laden ». A défaut de Larousse ou de Robert, un rapide coup d’œil sur Wikipedia aurait permis à nos confrères de vérifier qu’un décès par arme à feu n’est pas forcément un assassinat, celui-ci y étant défini comme « un homicide volontaire avec préméditation ». Et même si l’on n’avait pas d’iPad sous la main, un brin de logique aurait du alerter la rédaction: qui dit assassinat dit assassin.

On se retrouve pour notre prochaine édition spéciale, consacrée au procès pour homicide volontaire de Barack Obama…

French Pride aux Pyramides

Quelques milliers de militants frontistes, journalistes et simples curieux se massaient dimanche 1er mai devant la statue de Jeanne d’Arc pour entendre le traditionnel discours du Front National. Après le congrès de Tours, fait politique nouveau, c’était au tour de Marine Le Pen de faire son baptême du feu. Coincée par une actualité chargée (l’assassinat du fils cadet de Kadhafi et la béatification de Jean-Paul II), la « peste blonde » était attendue au tournant. Le public bigarré de l’événement mêlait des jeunes au look parfois bobo, des familles venues avec leurs enfants et quelques bons bourgeois flanqués d’un T-shirt La France bleu marine.

Bilan des courses : un discours mi- figue mi-raisin dont l’axe central – les libertés publiques- ne fâchait personne, ultralibéraux d’hier comme assimilationnistes d’aujourd’hui. Après un prologue poussif sur « Sainte Jeanne » comparant les Bourguignons d’antan à des « collabos » prêts à brader la souveraineté de la France, le décor était planté. Suivit une longue litanie des maux contemporains (l’OTAN, l’euro, le libre-échange, l’immigration, le communautarisme) puis un inventaire de références à la Prévert.

En vrac, Victor Schœlcher, Condorcet et De Gaulle furent convoqués pour étayer la synthèse-maison entre Nation et République. Avec des sorties comme : « qu’on soit homme ou femme, hétérosexuel ou homosexuel, chrétien, juif, musulman ou non croyant, on est d’abord Français ! », il y avait de quoi satisfaire le versant républicain du marinisme qui fait tant parler de lui. Pour un peu, Marine ferait assaut de consensualisme. De quoi s’acheter les bonnes grâces de l’électorat mainstream, encore apeuré par l’image des skinheads aux bras tendus ?
N’empêche, toute l’ambiguïté de la mutation républicaine du verbe frontiste se retrouve dans la formule bizarroïde de « nation politique et charnelle » et la place déléguée à un Jean-Marie Le Pen, reconverti en modeste DJ ès chants patiotiques.

Alors, ce Front, un parti (presque) comme les autres ? Comme dirait Mike Brant, qui saura… ?

France Syrie : une longue et belle histoire commune

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On approche à grands pas du 30ème anniversaire du 10 mai 1981 et de ses commémorations. Aussi aimerais-je y apporter ma modeste contribution. Et puisque la Syrie a fait les gros titres, pourquoi ne pas s’intéresser à la question « Mitterrand et la Syrie », ou plus précisément – car le sujet est vaste – la France et la Syrie de mai 1981 à mai 1982 ? Après tout, il n’y a pas de raison de ne pas le faire, alors, juste faisons le !

Eh bien tout d’abord, l’accueil fait à la victoire socialiste française par le parti Baas, officiellement tout aussi socialiste, au pouvoir au Damas est, comment dirai-je, un peu mitigé. Ainsi, le 4 septembre 1981, Louis Delamare, l’ambassadeur de France au Liban, est assassiné. Selon Olivier d’Ormesson, la Syrie aurait commandité le meurtre avec dans l’intention de punir le président français fraîchement élu pour ses efforts diplomatiques visant à résoudre pacifiquement la guerre civile au Liban.

Le subtil message du socialiste syrien au socialiste français a été reçu 5 sur 5. La preuve ? Cinq mois après le meurtre de Pierre Delamare les troupes d’Assad père écrasent dans un bain de sang terrible l’insurrection des Frères musulmans à Hama. La répression fait entre 10 000 et 20 000 morts mais François Mitterrand ne condamne pas le massacre. Cela dit, on intimide pas si facilement le vieux renard de l’Elysée : début mars 1982, les ruines de Hama encore fumantes, il se rend en visite officielle en Israël, pays qui quelques mois auparavant avait annexé le Golan, perdu par la Syrie en 1967 !

Mais Assad, non plus, ne se laisse pas abattre facilement. Ainsi, le 22 avril 1982 le prestataire de services en terrorisme Carlos organise pour le compte de Damas un attenant à la voiture piégée contre le siège du journal syrien d’opposition Al Watan Al Arabi, rue Marbeuf, à Paris. Un mort, 63 blessés.

Pour enfoncer le clou, Assad décide de célébrer avec fracas le premier anniversaire de la victoire socialiste. Le 24 mai 1982 – en Orient la ponctualité n’est pas une valeur fondamentale – une R12 bourrée de plus de 50 kilos d’explosifs explose dans la cour de l’ambassade de France à Beyrouth. Bilan : 11 personnes, dont 6 membres de l’ambassade, tuées, 27 blessées. Pas grand-chose à côté de Hama.

En fin de compte, tout cela n’a pas empêché un François Mitterrand de moins en moins rancunier et son ministre des affaires étrangères Roland Dumas (nommé en décembre 1982) d’entretenir des relations plus au moins cordiales avec le régime syrien et certains de ses personnages clés. Après tout, comme disait le Parrain, « It’s just business, nothing personal »

Les Iraniens ont observé et retenu la leçon. Quelques années plus tard ils appliqueront la même méthode contre la France avec le même succès.

Un homme brave

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photo : patrick-roy.fr

Patrick Roy est mort. Le député PS de Denain, amateur de hard rock, porteur de vestes rouges et bretteur de première catégorie dans l’hémicycle a succombé cette nuit au cancer du pancréas dont il espérait triompher.

Il y a deux mois, il avait fait son retour à l’Assemblée, amaigri, affaibli, en fauteuil roulant, sa femme lui tenant la main. Pour poser une question d’actualité prétexte. Prétexte à remercier tous ses collègues députés de leur gentillesse, de leur amitié dans la douleur. Et promettre son retour comme opposant farouche, puisque « la vie est belle ». Jusqu’ici vous ne pleurez pas. Moi si.

Je pleure parce que ce jour du retour de Patrick Roy à l’Assemblée, le 15 mars, j’ai vu une bonne partie de la confrérie des journalistes parlementaires, d’ordinaire si portés à l’ironie, la blague, ou le trait assassin, pleurer vraiment. C’était finalement assez drôle de voir tout le monde faire mine de sortir dans le jardin pour aller fumer, y compris les non fumeurs. On a pleuré devant l’humanité du garçon, la simplicité, la drôlerie de celui qui avait brandi un jour en séance Hard Rock Magazine sous les yeux médusés de ses collègues.

On a pleuré aussi parce que, malgré l’espoir, je crois que tout le monde savait que c’était la fin. Qu’en dépit des traitements, de la rémission, de la croyance en un miracle – ça existe – Patrick Roy allait mourir.

C’est assez curieux de se retrouver brutalement confronté à la mort et à son avancée inéluctable dans cet endroit où, bien souvent, on parle pour ne rien dire. Où tout est euphémisé, où la réalité, même la plus brutale, est dissipée par les discours. Patrick Roy, malade, affaibli, amaigri, ému aux larmes, avait d’un coup offert une bouffée de la réalité la plus atroce et la plus banale dans l’hémicycle. Tout député qu’on soit, on meurt. On souffre, comme des milliers de gens en France, atteints du même mal, ou d’un autre. D’ailleurs, Patrick Roy avait expliqué, peu après cette sortie publique, qu’il avait reçu de nombreuses lettres de malades le remerciant d’avoir eu le cran d’en parler en si haut lieu, devant tant de gens. Alors qu’en général, on se planque. Alors qu’un cancer, même foudroyant, même rare, est devenu atrocement banal.

L’unanimité va se faire autour de la mémoire de Patrick Roy. Ce sera légitime : en dehors de toute considération sur son combat folklorique pour le heavy metal, tout le monde reconnaissait que le député-maire de Denain était un élu modèle. Travailleur, sérieux, aimé de ses administrés et de ses collègues de droite comme de gauche. Je ne sais pas si c’est cette humanité qui me fait pleurer à cette heure-ci et qui fait que je n’irai pas à l’Assemblée cet après-midi. Quand quelqu’un meurt, on sait bien que c’est à d’autres morts que l’on pense. Et aujourd’hui, je ne pense pas, comme tout le monde, à Ben Laden.

Ben Laden : Obama a aussi vengé Jimmy Carter

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L’opération américaine à Abbottabad a réglé plus d’un compte. Il y avait d’abord l’ardoise du 11 septembre symboliquement effacée avec l’élimination de Ben Laden alias Geronimo (un nom de code US pas très sympa pour les Apaches et les Indiens en général). Mais il y avait aussi une autre dette d’honneur : effacer la catastrophe de « Eagle Claw » (Serre de l’aigle), l’opération désastreuse menée en avril 1980 pour libérer les otages de l’ambassade américaine à Téhéran.

En 1980 la série noire avait commencé par des pannes d’hélicoptères à répétition (leurs moteurs étaient mal adaptés au sable du désert) et on peut imaginer l’angoisse à Washington quand, cette fois-ci aussi, l’opération anti-Ben Laden a débuté avec un engin hors service… Au rayon coïncidences, ajoutons que l’élimination de Ben Laden a eu lieu presque à la date anniversaire de la débandade dans le désert iranien – le 25 avril 1980.

Heureusement, la suite du raid pakistanais a délivré Obama de ce semblant de sortilège. Cela dit, si cette opération a été couronnée de succès c’est notamment grâce aux leçons tirées de l’échec de 1980.

Les combattants qui ont exécuté la mission appartiennent aux commandos de marine, ce qui peut paraitre curieux vu la distance considérable entre Abbottabad et la plage la plus proche (à peu près mille kilomètres…). Sauf que le Commando 6 – l’unité chargée de l’opération – connue aussi comme le NSWDG (United States Naval Special Warfare Development Group), est une structure anti-terroriste créée en 1981 (donc après Eagle Claw) expressément pour ce genre de cas. La logistique, elle a été assurée par le 160e régiment d’opérations spéciales de de l’aviation (SOAR), surnommés les Night Stalkers (en vf, les harceleurs nocturnes ou quelque chose comme ça), formation née, elle aussi, sur les cendres du fiasco de 1980. La tache a donc bien été lavée.

Pour les curieux, et après vérification approfondie l’agent NCIS Ziva David n’a aucunement été impliquée dans l’opération.

Et maintenant, l’Afghanistan

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photo : général Kayani

Les Etats-Unis viennent de remporter une formidable victoire. La localisation et l’élimination d’Oussama Ben Laden sont des succès militaires qui témoignent à la fois des performances des forces spéciales et des services de renseignement américains.

Cette opération incarne pour l’establishment militaire US la nouvelle ère qui s’ouvre avec la nomination à la tête de la CIA du Général Petraeus, commandant en chef des forces en Afghanistan, et celle de Leon Panetta, directeur de la CIA, au poste de secrétaire d’Etat à la Défense. Avec un espion au Pentagone et un spécialiste des opérations spéciales à Langley, les Etats-Unis font savoir au monde que pour eux, dorénavant, la guerre ressemblera plus à l’opération d’Abbottabad qu’aux deux guerres du Golfe.
Mais malgré ce succès opérationnel indéniable, l’enthousiasme des commentateurs semble un peu prématuré. Tuer Ben Laden est une chose, voir le bout du tunnel afghan en est une autre.

La logique des optimistes est simple : les Pakistanais ont caché Ben Laden, puis l’ont livré, ce qui signifie un changement d’orientation stratégique et annonce la fin de la guerre en Afghanistan. Selon cette thèse, les services pakistanais jouent un double jeu : ils coopèrent avec les Etats-Unis qui sont leur soutien stratégique face à l’Inde, mais en même temps, ils protégeaient ses pires ennemis. La preuve ? Si Ben Laden a pu se réfugier au Pakistan, à deux heures de la capitale et assez loin de la frontière afghane, cela signifie évidemment qu’il bénéficiait de complices très haut placés, probablement parmi les chefs de service du renseignement pakistanais. Selon cette logique, s’il a pu être localisé, c’est parce les Pakistanais l’ont bien voulu. Autrement dit, sans la coopération de l’ISI (Inter Services Intelligence, le service de renseignement pakistanais), ou de quelqu’un au sommet l’Etat pakistanais, les Américains n’auraient jamais mis la main sur Oussama Ben Laden.

A partir de ce raisonnement, certains commentateurs tirent la conclusion optimiste suivante : si le Pakistan a décidé de ne plus protéger Ben Laden, c’est qu’Islamabad a changé de politique et qu’il faut donc s’attendre à ce que les Pakistanais ne gênent plus l’effort de guerre en Afghanistan. En conséquence, si l’ISI ne met plus de bâtons dans les roues de la coalition et ne jouent pas perso avec les Talibans, la sortie du bourbier afghan est enfin à portée de main. Malheureusement, ce pari est pour le moins hasardeux.

Premier constat douteux qui sert de base à ce beau raisonnement : l’aide des services pakistanais était indispensable pour localiser Ben Laden et mener à bien l’opération qui a abouti à sa liquidation. En fait, rien n’est moins sûr. Contrairement à une idée reçue, les Américains ne pensaient pas que Ben Laden se cachait dans une grotte – même s’ils étaient probablement ravis que les médias et les opinions publiques avalent cette fable. Pour les professionnels du renseignement, il est un fait acquis que, depuis 2001, la plupart des chefs d’Al Qaida capturés au Pakistan se cachent dans des villes. Khaled Cheikh Mohammed a été capturé à Rawalpindi, quatrième ville du Pakistan, située à quelques dizaines de kilomètres d’Islamabad, et encore plus loin de la frontière afghane que ne l’est Abbottabad. C’est aussi le cas de Ramzi bin el-Shib, intercepté à Karachi en 2002, et d’Abu Zubaydha, « le borgne », arrêté en 2002 à Faisalabad. Chercher les leaders d’al-Qaida dans les plus grandes villes pakistanaises était donc une piste crédible depuis neuf ans.

Quant au rôle joué par les Pakistanais dans cette affaire, les détails fournis – parcimonieusement – par les Américains soutiennent parfaitement leur version selon laquelle ils se sont débrouillés tout seuls : Ben Laden a été localisé grâce à un travail de fourmi[1. L’information recueillie, cumulée et croisée pendant des longues années d’interrogations, notamment à Guantanemo, a joué un rôle très importent], un puzzle composé de milliers de pièces et n’a pas été « livré » pieds et poings liés. La maison d’Abbottabad attirait leur attention depuis un certain temps, et c’est en filant les militants identifiés comme étant les émissaires de confiance de Ben Laden – notamment le dénommé « Ahmed el-Koweiti » – qu’ils ont retrouvé sa trace. A certains moments, les services pakistanais auraient pu être mis à contribution sur une pièce du puzzle, mais cela ne signifie absolument pas qu’ils étaient au courant de l’ensemble de l’enquête. Asif Ali Zardari, le président pakistanais, ne dit pas autre chose quand il déclare que «  Bien que les événements de dimanche n’étaient pas le fruit d’une opération conjointe, une décennie de coopération et de partenariat entre les Etats-Unis et le Pakistan ont mené à l’élimination d’Oussama ben Laden ».

Mais le point le plus faible de l’hypothèse optimiste est l’amalgame entre Al Qaida et les talibans. En réalité, les Pakistanais ont bel et bien joué un double jeu avec Etats-Unis, mais cela concerne l’Afghanistan. Ainsi, l’ISI a plutôt coopéré avec les Américains dans la lutte contre Al-Qaida, justement pour pouvoir mieux les manipuler en complotant dans leur dos avec les talibans afghans, acteurs majeurs d’un conflit d’une grande importance pour les Pakistanais. Islamabad estime que, tôt ou tard, Américains, Français et autres Otanusiens plieront bagage et le laisseront assumer plus ou moins seul leur voisin foncièrement instable. Pour les Pakistanais, il est donc essentiel de se retrouver coûte que coûte du côté des vainqueurs et le seul moyen de s’en assurer est de faire comme Talleyrand ou Fouché : être des deux côtés à la fois…

Or, le problème est qu’aujourd’hui, les Pakistanais n’entendent de la part des alliés, Etats-Unis en tête, que des cris de joie et des déclarations du genre « Ben Laden est mort, prenons notre billet de retour ». Et ce n’est guère rassurant de savoir que dans deux ou trois ans, ils se retrouveront en tête à tête avec les Taliban.
Plus que jamais Islamabad est convaincu que les alliés partiront bientôt et donc plus que jamais l’ISI a intérêt à préparer un lendemain sans OTAN. Quelqu’un voit-il, aujourd’hui plus qu’hier, une raison stratégiquement valable pour que les Pakistanais se rangent, enfin, aux côtés des alliés et se battent franchement contre les Taliban ? Moi non plus…

Ben Laden : pas d’embouteillage dans la rue arabe

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Certes, on n’a rien vu de comparable aux joyeuses fêtes vengeresses de Time Square ou de Ground Zero dans le monde arabo-musulman. Mais avant de s’en indigner, on notera aussi que ce dénouement heureux n’a pas donné lieu non plus à des scènes de liesse populaires en Europe…

De fait, ce qui est étonnant, et réjouissant, c’est que de Nouakchott à Bagdad en passant par Djeddah, on n’a dénombré quasiment aucune de ces manifestations anti-américaines dont la prétendue « rue arabe » avait , nous disait-on, le secret. Quelques vociférations de barbus à kalach ça et là au Pakistan, et puis c’est tout.

Même là où, comme à Gaza, on s’était bruyamment enthousiasmé après le carnage du 11 septembre, on n’est pas descendu dans les rues pour pleurer l’ « assassinat » de leur concepteur[1. En revanche, Ismaïl Haniyeh, le chef du gouvernement du mouvement palestinien Hamas à Gaza, a condamné hier le raid américain qui a tué le chef du réseau Al-Qaida Oussama Ben Laden]. Il faut dire que, par les temps qui courent, pour les régimes en place, laisser se développer des manifestations populaires, fussent-elles pro-Ben Laden, c’est prendre de gros risques. Les manifestations, on sait comment ça commence, et pas forcément comment ça finit.

Sans même parler du monde arabe, on se souviendra, par exemple, que la révolution roumaine s’est déclenchée à l’occasion d’un gigantesque rassemblement de soutien à Nicolae Ceausescu…

« Il faut réduire notre présence en Afghanistan »

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photo : Acteurs publics

Jean-Michel Boucheron, député PS d’Ille-et-Vilaine, est membre de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale et rapporteur du budget de la Défense.

Propos recueillis par Muriel Gremillet

Jean-Michel Boucheron, député PS d’Ille-et-Vilaine, membre de la commission de la Défense de l’Assemblée nationale et rapporteur du budget de la Défense.
Il revient sur la mort d’Oussama Ben Laden et ses conséquences pour notre pays.

Quelle est votre première réaction à l’annonce de la mort d’Oussama Ben Laden ?
Il faut souligner ce succès formidable des services secrets américains. Il est d’autant plus significatif en ce moment, alors que le monde arabe est secoué par des révoltes démocratiques, qui sont totalement affranchies de l’idéologie d’Al Qaida et de l’influence de Ben Laden. Sa mort est une bonne nouvelle parce qu’elle signe la mise à l’arrêt du moteur idéologique de la mouvance terroriste. Evidemment, le terrorisme ne va pas disparaître du jour au lendemain, mais sa puissance symbolique n’y survivra pas. Cette cause ne sera plus reconnue par les peuples.

La fin de cette traque aura-t-elle des conséquences sur l’implication de la France et de l’Otan en Afghanistan ?
Il faut revenir aux sources de notre participation à cette intervention : les Etats-Unis avaient été agressés le 11 septembre 2001. En tant qu’alliés, conformément à l’article 5 de la Charte de l’Otan, nous devions les soutenir dans leur guerre. Le but de cette intervention était simple : traquer Al Qaida et Ben Laden, qui avaient revendiqué les attentats, dans leur sanctuaire afghan. Aujourd’hui, ce but est atteint. Il est donc nécessaire de réduire notre présence sur le terrain, et de ne laisser sur place que le contingent nécessaire pour éviter toute reprise d’incendie.

Soyez clairs : demandez-vous un retrait des forces françaises d’Afghanistan ?
Au moins un allégement rapide du dispositif et une organisation différente de notre participation. J’imagine que le gouvernement l’annoncera dans les trois mois à venir. Nous entrons en effet naturellement dans une phase de transition des dispositifs militaires sur place. Nous n’avons plus à traquer sans relâche dans toutes les vallées du pays une organisation aujourd’hui moribonde, puisqu’elle vient d’être décapitée. Puisque les buts de guerre sont modifiés, il n’est même pas nécessaire d’attendre une réunion de l’Otan pour faire évoluer les choses. En clair, nous avons besoin de moins d’hommes, et il faudra nous concentrer sur les efforts de formation de l’armée et de la police afghanes, mettre l’accent sur le renseignement et poursuivre l’effort sur le terrain en déployant des armements plus sophistiqués. Maintenant, c’est aux Afghans de prendre en main leur sécurité et c’est à eux de choisir le type d’organisation démocratique qu’ils souhaitent pour leur pays. Nous n’avons rien à leur imposer.

Ben Laden a voté Obama

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photo : ci_center21

La traque réussie, suivie de l’exécution sommaire d’Oussama Ben Laden, puis la gestion médiatique et politique de ce considérable événement par la Maison Blanche est indubitablement un beau succès pour Barack Obama et ses proches conseillers.

Constatons, pour nous en réjouir, que rien n’a filtré des prémisses de cette opération avant qu’elle soit menée à bien, et qu’elle a pu ainsi se réaliser sans être parasitée par des chasseurs de scoops intempestifs.
Cela dit, on devrait voir surgir, dans les prochaines semaines, des révélations concernant l’organisation militaire et politique de cette « exécution ciblée » qui réjouit aujourd’hui le peuple des Etats-Unis rassemblé autour de son président.

La présence de Ben Laden et de son entourage dans la ville d’Abbottabad, située à une centaine de kilomètres au nord d’Islamabad, semble avoir été décelée par les services spéciaux américains dès le mois d’août. On le croyait, jusque-là, retranché dans les « zones tribales » pakistanaises à la frontière de l’Afghanistan.

Il est fort probable que le chef d’Al Qaida ait bénéficié, ces dernières années de la tolérance, sinon de la protection, d’une partie au moins de l’appareil sécuritaire Pakistanais : la ville où il était réfugié abrite une garnison importante de l’armée et même une académie militaire.

Il est non moins probable que sa découverte par les services de sécurité des Etats-Unis soit le résultat d’un marchandage serré avec leurs homologues pakistanais. Le prix de cette livraison n’a pas, bien entendu, été porté à la connaissance du grand public.

Mais il doit être bien supérieur aux cinq millions de dollars affichés en bas du portrait de Ben Laden comme récompense à celui qui permettrait la capture du commanditaire des attentats du 11 septembre 2001. Les Etats-Unis, ont, ces derniers mois, consenti une aide économique exceptionnelle au Pakistan dont l’économie est en faillite chronique. Ils ont réfréné les ardeurs indiennes à occuper le terrain afghan par le biais d’une présence économique dont l’ampleur allait croissant.

Mais, au bout du compte, même si cette capture avait coûté quelques milliards de dollars, le bénéfice stratégique et politique qu’en retire Barack Obama vaut largement la dépense.

Tout d’abord, cela lui permet d’accélérer la sortie des troupes de l’OTAN d’Afghanistan, dont les Américains constituent le gros (environ 90% des soldats engagés sur le terrain). L’objectif affiché de cette guerre lancée en 2001 avait été de détruire l’infrastructure de Al Qaida établie dans le pays sous la protection du régime des Talibans. La réalisation de cet objectif permet une sortie de guerre « dans l’honneur », même si on peut craindre que l’Afghanistan ne retombe, une fois l’OTAN partie, sous la coupe obscurantiste des islamistes radicaux.

On comprend mieux, maintenant, pourquoi Barack Obama avait procédé, la semaine dernière, à la nomination de Léon Panetta, chef de la CIA, au poste de secrétaire d’Etat à la Défense et nommé à sa place le général David Petraeus. Il devait déjà savoir que Ben Laden était à sa main, et que désormais il pouvait prendre un tournant stratégique majeur. La lutte contre le terrorisme international peut être maintenant découplée de l’objectif wilsonien de l’instauration par les armes de la démocratie dans des pays non préparés à l’accueillir.
Cette lutte sera désormais menée dans l’ombre, par les services de renseignements et les forces spéciales, comme au bon temps de la lutte contre la « subversion communiste » en Afrique et en Amérique latine, qui avait fait suite à la débâcle vietnamienne.

Les dangers, aujourd’hui se sont déplacés vers l’ouest : la montée en puissance des Frères musulmans en Egypte, l’issue incertaine des crises syrienne, libyenne et yéménite exigent un redéploiement de la force américaine pour faire face à toute éventualité.

Ben Laden, à son corps défendant, aura donc été le meilleur agent électoral de Barack Obama à l’orée d’une campagne présidentielle que ce dernier peut désormais aborder avec confiance.

De cette époque qui s’achève demeureront, hélas, les insupportables contrôles renforcés de sécurité dans les aéroports, legs de Ben Laden à notre civilisation.

Obama m’a tuer

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Abbotabad Pakistan

Il n’était même pas dans une grotte. Depuis l’été dernier, nous apprend la presse américaine, Oussama Ben Laden se planquait dans la vallée d’Abbotabad. L’intervention de forces spéciales américaines a visé une résidence luxueuse, avec des murs « plus épais que la moyenne », sans internet, ni téléphone. L’agence de presse Reuters explique qu’Abbotabad est une « ville de villégiature estivale située dans une vallée entourée de collines verdoyantes, près du Cachemire pakistanais », à moins de deux heures de route d’Islamabad, la capitale du pays. Notons aussi que le site officiel du gouvernement provincial d’Abbotabad présente la région comme le « paradis sur terre », et à la vue des photos mises en ligne de cette « Suisse pakistanaise », on n’est pas loin de le croire, pour qui aime la montagne.

vue d'Abbotabad

Détail amusant enfin, relevé cette fois-ci par le site américain Basetrack : si Abbotabad est un lieu de villégiature très apprécié, il est particulièrement prisé par les militaires et officiels pakistanais, en retraite ou non. La localité doit d’ailleurs son nom à un officier britannique, le major James Abbott qui avait vu dans le coin un endroit idéal pour installer un cantonnement militaire et un lieu de repos.

Depuis, le quartier général d’une brigade de la seconde division de l’armée pakistanaise y est installé. Comme quoi, la théorie de la lettre volée est valable y compris pour l’ennemi numéro un de l’Axe du bien. Un peu comme si Xavier Dupont de Ligonnès, le père de famille soupçonné d’avoir tué de sang-froid sa famille nombreuse, avait décidé d’aller se cacher avenue Foch ou à Versailles.

Pour l’intérieur de la maison :

Obama et Ben Laden victimes du direct

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L’annonce de la mort du chef d’Al Qaida, et la mobilisation générale matinale qui a suivi dans les radiotélés a donné lieu à quelques gaffes savoureuses, mais aussi à quelques improvisations hasardeuses.

Le lapsus n’étant pas un crime de guerre, on sera plus qu’indulgent avec les speakers d’Europe1 et d’iTélé qui ont respectivement annoncé « la mort de Barack Obama » et « la mort et l’arrestation de Barack Obama ».

De même que l’on sera plutôt indulgent avec les longues séances de redites et de délayage sur toutes les antennes : pas évident de tenir 3 heures en boucle sur un événement dont on ignore tous les détails, ou presque. C’est notamment vrai pour l’implication ou non des services pakistanais dans l’opération, qui selon les chaines et les heures a donné lieu à des commentaires aussi contradictoires que péremptoires.

On sera en revanche plus sévère avec des dérapages qu’un minimum de culture générale aurait pu éviter, comme celui qui a consisté à évoquer systématiquement dans les titres d’i-Télé « l’assassinat d’Oussama Ben Laden ». A défaut de Larousse ou de Robert, un rapide coup d’œil sur Wikipedia aurait permis à nos confrères de vérifier qu’un décès par arme à feu n’est pas forcément un assassinat, celui-ci y étant défini comme « un homicide volontaire avec préméditation ». Et même si l’on n’avait pas d’iPad sous la main, un brin de logique aurait du alerter la rédaction: qui dit assassinat dit assassin.

On se retrouve pour notre prochaine édition spéciale, consacrée au procès pour homicide volontaire de Barack Obama…

French Pride aux Pyramides

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Quelques milliers de militants frontistes, journalistes et simples curieux se massaient dimanche 1er mai devant la statue de Jeanne d’Arc pour entendre le traditionnel discours du Front National. Après le congrès de Tours, fait politique nouveau, c’était au tour de Marine Le Pen de faire son baptême du feu. Coincée par une actualité chargée (l’assassinat du fils cadet de Kadhafi et la béatification de Jean-Paul II), la « peste blonde » était attendue au tournant. Le public bigarré de l’événement mêlait des jeunes au look parfois bobo, des familles venues avec leurs enfants et quelques bons bourgeois flanqués d’un T-shirt La France bleu marine.

Bilan des courses : un discours mi- figue mi-raisin dont l’axe central – les libertés publiques- ne fâchait personne, ultralibéraux d’hier comme assimilationnistes d’aujourd’hui. Après un prologue poussif sur « Sainte Jeanne » comparant les Bourguignons d’antan à des « collabos » prêts à brader la souveraineté de la France, le décor était planté. Suivit une longue litanie des maux contemporains (l’OTAN, l’euro, le libre-échange, l’immigration, le communautarisme) puis un inventaire de références à la Prévert.

En vrac, Victor Schœlcher, Condorcet et De Gaulle furent convoqués pour étayer la synthèse-maison entre Nation et République. Avec des sorties comme : « qu’on soit homme ou femme, hétérosexuel ou homosexuel, chrétien, juif, musulman ou non croyant, on est d’abord Français ! », il y avait de quoi satisfaire le versant républicain du marinisme qui fait tant parler de lui. Pour un peu, Marine ferait assaut de consensualisme. De quoi s’acheter les bonnes grâces de l’électorat mainstream, encore apeuré par l’image des skinheads aux bras tendus ?
N’empêche, toute l’ambiguïté de la mutation républicaine du verbe frontiste se retrouve dans la formule bizarroïde de « nation politique et charnelle » et la place déléguée à un Jean-Marie Le Pen, reconverti en modeste DJ ès chants patiotiques.

Alors, ce Front, un parti (presque) comme les autres ? Comme dirait Mike Brant, qui saura… ?