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Apprenons à écrire le socialo-féministe !

Avant-propos : Découvrant la Contribution thématique féministe préalable au Congrès socialiste de Toulouse, il est paru intéressant de la soumettre ici pour assouvir une soif légitime de curiosité mais aussi pour y apporter quelques corrections. En effet, non seulement ce texte comportait quelques coquilles mais elle était aussi nantie de beaucoup d’incohérences dans l’application de la novlangue socialo-féministe. Votre serviteur s’est donc dévoué pour effectuer ces corrections mais aussi -soyons audacieux ! Osons !- de pousser encore plus loin la logique de nos contributrices /eurs. Les suppressions sont donc barrées et les ajouts apparaissent en gras. Nous vous souhaitons une excellente lecture !

Pour toutes celles et ceux qui se battent pour l’égalitée[1. Dans le cadre de la lutte contre la domination du Patriarcat, on ne voit pas pourquoi ce mot au genre féminin ne serait pas féminisé.] dans notre sociétée, et donc pour l’égalitée entre les femmes et les hommes, l’arrivée de la gauche au pouvoir est porteuse de grands espoirs.

Les socialistes ont pris dans leur histoire une part active aux combats féministes. Au-delà des mesures qui ont permis de faire avancer les droits des femmes, la gauche a participé à la construction d’une pensée politique autour de l’égalitée des sexes. Force est de constater que nous n’avons pas fini le travail.

De nombreux reculs sont à déplorer ces dernières années, en France et dans le monde: accès à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception, insuffisance de places en crèches. Le sexisme est à l’origine de nombreuses violences et discriminations dans notre sociétée auxquelles les femmes doivent faire face ; notamment en terme d’accès au travail, de salaire, de retraite, de partage des rôles parentaux, d’accès aux postes de direction et aux mandats électifs…

Il s’agit donc pour les socialistes de défendre et de faire progresser l’égalitée, les libertées, la laïcitée, la solidaritée, d’apporter des solutions contre la précarité[2. Le mot est féminin mais, le féminisme français demeure favorable au maintien d’exceptions, signes de la richesse de la langue française. En l’occurrence, « précarité » revêt un caractère négatif et peut donc rester masculin.] et la violence présentes dans notre sociétée. Nous voulons transformer les rapports de genre en émancipant les femmes comme les hommes des cases dans lesquelles elles/ils sont enfermé-es. Autant de questions qui appellent à une mobilisation forte de notre parti, car nous en sommes convaincu-es, l’égalitée entre les femmes et les hommes est la garantie de la liberté, de l’émancipation individuelle, et du progrès collectif.

I. Les socialistes, actrices et acteurs de l’égalitée femmes – hommes.

Notre Parti politique a beaucoup progressé en matière d’égalitée femmes-hommes ; en termes de paritée notamment. Cependant, il reste encore du chemin à parcourir pour que nous, socialistes, intégrions l’égalité femmes – hommes comme levier du changement dans notre organisation.

Le Parti socialiste ne peut se targuer de vouloir changer la sociétée s’il n’est pas capable à la fois de penser cette domination première qu’ qui est celle qui s’exerce sur les femmes et en même temps de transformer notre organisation pour incarner cette volontée de changement profond.

1. L’égalitée femmes – hommes à tous les niveaux du Parti socialiste

Le gouvernement a mis à l’ordre du jour l’intégration du genre dans les politiques publiques, déjà mise en œuvre en Europe et dans les organisations internationales. Il s’agit de faire de l’égalitée femmes – hommes un élément clé de l’ensemble des politiques publiques. La transversalitée est devenue un automatisme dans de nombreux pays et organisations. Au Parti socialiste, il nous faut encore la construire.

Si nous voulons réaliser l’égalitée dans le parti comme dans la société, nous devons construire un parti en pointe sur l’analyse des mécanismes qui font perdurer les discriminations sexistes. La méconnaissance de ce que sont les inégalités[3. voir 2.] femmes – hommes et de leur imbrication dans l’ensemble des inégalités sociales conduit à ne pas voir la façon dont nous reproduisons nous-mêmes les inégalités (répartitions genrées des secrétariats fédéraux ou nationaux, prises de paroles en réunion, apparition dans les médias…).

Nous proposons donc :

  • Une formation nationale chaque année des Premières fédérales et Premiers fédéraux et Premières fédérales et des secrétaires de sections sur cette thématique.
  • Dans chaque fédération, une formation de l’ensemble des secrétaires fédérales/aux en début d’année pour réfléchir aux moyens de réaliser l’égalitée dans le parti.
  • De rendre effective la nomination de secrétaires fédéraux/ales/aux à l’égalitée femmes – hommes dans toutes les fédérations et d’organiser une formation nationale de ces secrétaires fédéraux/ales/aux.

2. Responsabiliser les élu-e-s sur la question de l’égalitée femmes-hommes

Le Parti socialiste dirige la quasi-totalitée des Régions, la majoritée des Départements et les des grandes villes. Des leviers sont donc disponibles et des avancées possibles.

Nous proposons donc :

  • Que le Parti socialiste encourage ses membres, lorsqu’ils ou elles ou ils président des collectivités à signer et mettre en œuvre la Charte européenne pour l’égalitée femmes-hommes dans la vie locale, quelle que soit la collectivitée dont elles/ils sont membres.
  • Que le Parti socialiste organise en lien avec les groupes socialistes aux Parlements[4. Il y avait un X à aux et pas de S à Parlement, ce qui constituait une faute d’accord. Pour y remédier, j’ai préféré envisager que nos auteur-es pensaient à la fois au parlement français et au parlement européen plutôt que tout mettre au singulier.] une formation continue des parlementaires sur les droits des femmes et l’intégration du genre dans les politiques publiques

3. Atteindre la paritée intégrale.

Un Parti fort est un Parti qui ressemble à la sociétée qu’il représente. Nous devons donc continuer inlassablement à organiser en notre sein les conditions de l’égalitée réelle d’accès aux responsabilitées et aux mandats électifs. La paritée a largement progressé lors des dernières élections, notamment grâce aux travaux menés lors des réunions de la Commission électorale, mais d’importants progrès restent à faire.

Il nous faut inscrire dans nos statuts la paritée intégrale dans toutes les instances du Parti, comme décidé par les militant-es lors de la Convention pour la rénovation. Les fédérations devront évidemment appliquer ce principe de paritée dans les candidatures aux élections locales. En cas de manquement la commission nationale électorale sera saisie. Le non cumul des mandats est un accélérateur de paritée et de rénovation. Les engagements pris par les élu-e-s socialistes devront être respectés.

Afin d’atteindre la paritée intégrale, dont nous nous sommes rapprochés lors des dernières élections, un-e Secrétaire national-e adjoint-e à la paritée devra être nommé-e auprès de la/du Secrétaire National-e aux élections et co-présider la Commission électorale.

La paritée ne peut pas se décréter : des mécanismes doivent donc être mis en place pour la rendre effective. Ce / Cette/Ce secrétaire national-e sera ainsi chargé-e de préparer les échéances électorales en amont ; repérer et former de nouvelles personnalitées ; agir pour tendre vers la paritée dans les prises de paroles des responsables politiques, que ce soit dans les médias ou dans les instances, ou encore lors de l’Universitée d’été de La Rochelle, en mobilisant l’ensemble des courants autour de cet objectif

4. N’admettre aucun acte de violence sexiste de la part d’élu-e-s ou de représentant-e-s du Parti socialiste

A plusieurs reprises ces dernières années, des élus[4. On ne rajoute pas de -e vu que les violences ne sont évidemment le fait que d’hommes.] socialistes ont été condamnés par la justice pour des faits de violences faites aux femmes. Le Parti a parfois tardé à réagir malgré les interpellations des associations féministes. Nous ne pouvons déplorer le silence qui persiste autour des violences sexistes dans notre pays et ne pas agir dans nos propres rangs. Nos statuts rappellent qu’une exclusion du parti est possible “pour manquement aux principes et aux règlements du Parti, pour violation certaine des engagements contractés, pour actes ou conduites de nature à porter gravement préjudice au Parti“. Si le Parti socialiste doit bien entendu se garder de toute intervention en amont d’une procédure, lorsqu’une condamnation a lieu, elle doit être suivie d’une exclusion du Parti socialiste.

II. Les droits des femmes sont les droits de tous

De nombreux engagements ont été pris par le président de la République en matière d’égalitée femmes-hommes, reprenant largement les propositions élaborées par le Parti socialiste et votées lors des dernières Conventions (en particulier lors de la Convention égalitée réelle, et de la Convention du Projet).

La mise en place d’un Ministère des droits des femmes et le respect de la paritée intégrale au gouvernement sont des signes politiques importants. Ces symboles sont fondamentaux car ils permettent en eux-même de faire bouger les lignes. Mais ils ne suffiront pas. L’engagement, dès les premières semaines, de la Ministre des Droits des femmes en faveur de politiques transversales, pilotées par un comité interministériel, est décisif. La France se donne désormais les moyens de ses ambitions : l’égalitée femmes – hommes n’est pas une option mais elle est l’un des leviers du progrès, de la justice et du redressement.

Nous sommes attaché-es à la mise en œuvre de l’ensemble des 40 engagements de François Hollande pour:

  • encourager l’éducation et la sensibilisation contre le sexisme,
  • construire l’égalitée professionnelle femmes-hommes et lutter contre la précarité,
  • soutenir la parentalitée et mettre en place un service public de la petite enfance,
  • garantir l’accès aux soins, consolider les droits fondamentaux que sont les droits sexuels -information, contraception, IVG-,
  • lutter fermement contre les violences sexistes,
  • renforcer la paritée politique et le partage du pouvoir de décision dans toutes les autres sphères.

Nous avons été élu-e-s pour cela!

L’égalitée femmes – hommes doit être réalisée dans tous les domaines et le Parti socialiste devra être aux côtés de la Ministre pour soutenir toutes les initiatives allant dans ce sens.

Le Parti socialiste doit également jouer un rôle d’aiguillon. Nos contacts avec la sociétée civile, le travail effectué pendant plusieurs années autour du projet présidentiel doivent permettre aux socialistes de jouer un rôle de pionnier dans plusieurs domaines.

1. C’est le cas par exemple de la revalorisation des emplois à prédominance féminine, indispensable afin de construire l’égalitée femmes-hommes. En effet, 50% des femmes salariées sont cantonnées dans 15% des métiers (ménages, aides-soignantes, assistantes maternelles, secrétaires) ; des métiers peu valorisés, souvent précaires, à temps partiel subi et donc peu rémunérés. Les expériences étrangères devront être regardées, comme celle du Québec en la matière. Une conférence tripartite doit être organisée pour établir une méthodologie d’évaluation des emplois afin de garantir une rémunération identique pour les emplois à prédominance féminine et à prédominance masculine de valeur comparable, et de contraindre les entreprises à assurer des progressions de carrières pour les emplois à prédominance féminine. Il s’agit d’une innovation qui fait partie des engagements de François Hollande : elle impliquera des évolutions majeures du monde du travail. Nous devrons la mener à terme.

2. Autre exemple, celui du partage des congés parentaux, clé de l’égalitée, au sein des ménages comme dans le monde du travail. Le congé paternitée doit évoluer vers un congé d’accueil de l’enfant, obligatoire, mieux rémunéré et plus long. Le congé parental doit être raccourci et partagé à égalitée par pour chacun des deux parents. Le congé parental devra être mieux pris en compte au moment de la retraite, afin d’inciter les deux parents à prendre ce congé, et de valoriser ces moments consacrés à la sphère personnelle, et à l’éducation des enfants.

3. Le Parti socialiste devra également être un soutien aux politiques engagées par la Ministre des Droits des femmes en participant aux débats publics qu’elles ne manqueront pas de soulever et en convaincant la sociétée toute entière de se mobiliser pour l’égalitée. C’est le cas par exemple pour l’abolition du système prostitueur. La prostitution et son organisation à travers des réseaux mafieux représentent une forme de domination à la jonction de différentes oppressions : des hommes sur les femmes, des riches sur les pauvres, du Nord sur le Sud. Conformément aux propositions votées par les militants lors de la Convention égalitée réelle, nous souhaitons que les parlementaires votent une loi visant l’abolition du système de la prostitution, intégrant la fin de la répression des personnes prostituées instituée par la droite, la prévention par l’éducation, le démantèlement des réseaux, la réinsertion des personnes prostituées, et la responsabilisation du client[5. Je rajoute pas « cliente », vu que cette dernière, si toutefois elle existait, serait forcément déjà responsable.].

Si la situation des femmes et des rapports de genre, dans le parti ou dans la sociétée, n’a plus grand chose à voir avec la situation de nos aîné-e-s aînées, et ce grâce aux mouvements féministes et à la gauche, il reste encore tant à faire pour les droits des femmes. Poursuivre résolument la conquête de l’émancipation des femmes et des hommes dans l’égalitée c’est poursuivre le combat des socialistes en faveur de plus de justice et d’égalitée pour l’ensemble de l’humanitée.

*Photo : busy.pochi

James Curley, maire « caillera » de Boston

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Fils d’immigrés irlandais, enfant de Roxbury, quartier populaire de Boston, ville dont il sera quatre fois maire entre 1914 et 1950, élu deux fois à la Chambre des représentants des États-Unis et 53e gouverneur de Massachusetts : à première vue, James Michael Curley incarne à la perfection le rêve américain qui permet à un gamin des classes populaires de se hisser, par le travail et l’intelligence, au sommet de la politique.

L’édifiante histoire du « Rascal King »

Mais, à y regarder de plus près, la vie de Curley ressemble à celle du Rascal King[1. Du titre de sa biographie par Jack Beatty (Da Capo Press, 2000).], le « roi des scélérats », c’est-à-dire à l’irrésistible ascension d’un voyou qui ne recula devant aucune bassesse pour s’imposer au sein du Parti démocrate, conquérir la mairie de Boston et s’y maintenir trente-six années durant. Idole de la communauté irlandaise de Boston, Curley personnifie aussi le paroxysme de la collusion politico-mafieuse, la quintessence du clientélisme politique, le règne de la corruption systémique, ce qui le conduira à plusieurs reprises à passer par la case prison.[access capability= »lire_inedits »]

Dès son enfance, le jeune James Michael se lie à l’Irish Mob, une des plus anciennes organisations criminelles des États-Unis ; à vrai dire, dès la mort de son père, alors qu’il n’avait que 10 ans et au grand dam de sa mère, c’est cette mafia irlandaise qui va pour ainsi dire l’élever, le former et en faire l’un des siens. C’est l’Irish Mob qui, en 1910, l’aidera à se lancer en politique à coup d’intimidations, de fraudes électorales et autres faits de corruption. C’est encore elle, son associée de toujours, qu’il servira et dont il se servira tout au long de sa carrière.

Formé à bonne école, Curley sait que le moyen le plus sûr d’asseoir la domination d’une organisation criminelle sur son territoire consiste à lui assurer la reconnaissance de la population locale. La méthode de l’Irish Mob ne diffère pas de celle des autres organisations mafieuses : collecter, sous prétexte de « protection », un impôt auprès des commerçants et industriels aisés du quartier et en reverser une partie à la communauté irlandaise de Boston sous forme de dons philanthropiques, de prêts sans intérêt ou de subsides divers et variés. Des triades chinoises à la mafia sicilienne, de Machiavel à nos gouvernements modernes, on le sait depuis longtemps : le meilleur moyen de maintenir une population sous contrôle consiste à la rendre dépendante de subsides publics. Jusque-là, rien de bien nouveau.

De fait, ce qui va faire passer le nom de James Michael Curley à la postérité, c’est un perfectionnement du système, une méthode que le maire de Boston va imaginer pour non seulement s’assurer de la fidélité de sa base électorale mais en plus la faire croître irrésistiblement. En effet, dès le début de son ascension politique, le jeune et ambitieux James Michael est confronté à une forte opposition de la communauté anglo-saxonne et protestante qui craignait − à juste titre − que le vote communautaire irlandais finisse par livrer la ville à l’Irish Mob. Afin d’asseoir plus sûrement sa position, Curley en conçut une stratégie qui consistait à favoriser systématiquement la population d’immigrés irlandais aux dépens de la vieille élite anglo-saxonne dans le but explicite de faire croître la première et décliner la seconde : c’est l’effet Curley[2. Edward L. Glaeser et Andrei Shleifer (Université de Harvard, National Bureau of Economic Research), The Curley Effect: The Economics of Shaping the Electorate.].

Pendant plus de trois décennies, à grands coups de politiques de redistribution, de taxes foncières exorbitantes, de rhétorique incendiaire contre les « capitalistes yankees » et autres vexations, Curley va systématiquement chercher à redessiner le corps électoral de la ville en attirant une immigration irlandaise pauvre et en faisant fuir les Anglo-Saxons ; et il va y parvenir. Dès les années 1930-1940, les grandes familles d’industriels qui avaient fait de Boston un des poumons économiques des États-Unis quittent la ville et emmènent avec elles les emplois des usines, les revenus qu’elles créaient et les impôts qu’elles payaient. La capitale du Massachusetts, minée par le chômage, la corruption et les tensions communautaires, s’enfonce alors dans un déclin qui durera plus de trente ans, mais James Michael Curley, lui, restera maire jusqu’en 1950.

C’est dans les vieilles marmites…

Le droit de vote des étrangers aux élections municipales, j’y suis en principe favorable. J’estime tout à fait légitime que des gens qui gagnent honnêtement leur vie et paient des impôts puissent avoir droit de cité quant à l’usage qui est fait de cet argent. Mais je crains que l’empressement de M. Hollande et de ses amis à leur accorder ce droit n’ait rien à voir avec une conviction démocratique ni même avec une quelconque forme de générosité ; au contraire, la manœuvre me rappelle furieusement une tentative de mise en application de l’« effet Curley » à l’échelle de nos communes.

Entendons-nous bien : peu importe que les étrangers en question soient des Maghrébins musulmans ou des Irlandais catholiques ; le fait est que nous avons, en grande partie, affaire à une population immigrée faiblement qualifiée que nous avons exclue du marché du travail à coups de salaire minimum et de charges sociales et qui, grâce à notre « modèle social », peut vivre de subsides publics. La population à laquelle s’adresse notre gouvernement, c’est celle dont il espère qu’elle aura la reconnaissance du ventre ; celle qui votera pour ses candidats ; celle qui plébiscitera toute proposition visant à lui reverser directement ou indirectement le fruit du travail des autres. Les autres, ceux qui gagnent leur vie, ceux qui ne confondent pas l’amour qu’ils éprouvent pour leur pays et l’étatolâtrie fanatique des fonctionnaires qui nous dirigent, qu’ils s’en aillent tous !

Donner ce droit aux étrangers, je le veux bien, mais pas dans un pays où chaque faction du corps électoral a pris l’habitude de voter pour celui où celle qui saura la corrompre avec l’argent de ses voisins ; pas dans un pays où la prolifération des lois, des taxes et des contraintes administratives interdisent à une part grandissante de nos concitoyens de vivre de leur travail ; pas dans un pays en rupture manifeste du contrat social − si tant est qu’une telle chose ait jamais existé − où tous cherchent à faire passer pour la volonté générale ce qui n’est, en ultime analyse, que la volonté particulière d’une majorité.

Un pays dans lequel un tel droit pourrait être accordé sans même que cela ne fasse l’objet d’une brève, c’est le genre de pays dans lequel j’aimerais vivre. Un pays dans lequel les citoyens, assemblés sur l’agora de la Cité, décident en commun des dépenses publiques qui doivent être engagées pour l’intérêt de tous et auxquelles ils participeront tous à hauteur de leurs moyens. Un pays au gouvernement « sage et frugal », comme l’écrivait si bien Thomas Jefferson, où chaque homme peut vivre de son travail et mener sa vie comme il l’entend ; un pays où, pour paraphraser Benjamin Constant, l’État se borne à être juste et où nous nous chargeons d’être heureux.

Mais, dans l’état actuel de notre social-démocratie, ce que l’« effet Curley » nous enseigne, c’est qu’au-delà de leur efficacité électorale à court ou moyen terme, de telles politiques ne peuvent avoir que deux conséquences : la ruine économique du pays et l’exacerbation des tensions communautaires. Et, une fois de plus, les premières victimes de cette décision seront précisément celles qu’elle était supposée aider.[/access]

*Photo : wallyg

Exclusif : le discours de François Hollande à PSA Aulnay

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Il avait promis, tout près de là, au Bourget, d’être implacable avec le monde de la Finance. Et bien les oreilles de la famille Peugeot, qui durant des lustres, se gava de dividendes en lieu et place d’investir dans l’appareil productif, ont dû siffler après le discours du président de la République sur le site d’Aulnay, menacé de fermeture malgré les promesses de la direction et les milliards versés par l’Etat à PSA pour protéger l’emploi.

Voilà ce qu’a déclaré François Hollande aux ouvriers, employés, techniciens, cadres et ingénieurs de l’usine :
« L’industrie est aussi un investissement qui permet à des territoires d’être plus attractifs » économiquement, de générer « des emplois » et de « donner une image de compétitivité pour notre pays » a-t-il déclaré, avant d’expliquer sa démarche : « Un travail de concertation va être engagé dans les semaines qui viennent pour, le moment venu, faire une loi sur le développement de l’industrie », a-t-il promis, évoquant à plusieurs reprises « l’ambition industrielle » du gouvernement. Après quoi le chef de l’Etat a conclu, sous les applaudissements des salariés enthousiastes: « Il y a un moment où un président doit porter un grand projet ».

Nan, je blague. En vrai, il n’y a pas eu de grand discours à Aulnay-sous-Bois: j’ai juste copié-collé les discours fait par le président devant le monde du théâtre ce dimanche au Festival d’Avignon. J’ai juste remplacé le mot « culture » par le mot « industrie ».

Je sais, c’est une mauvaise blague. Mais pas pire que de choyer les abonnés de Télérama plutôt que les métallos…

Sécurité : Valls enfermé à l’intérieur de la majorité ?

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Hollande était attendu sur ce terrain. Dix ans après l’échec de 2002 et le « péché de naïveté » de Jospin, la PS devait prouver sa crédibilité en matière de sécurité. L’alternance faisait entrevoir une rupture avec l’ère sarkozienne. Mais du discours aux actes, il y a un gouffre et la rupture peine à se faire ressentir.

Premier écueil : les oppositions syndicales. C’est le cas avec les contrôles au faciès. Début juin, Jean-Marc Ayrault avait promis la remise d’un récépissé par les policiers afin d’éviter les abus et contrôles répétés : « C’est une mesure que l’on va faire. Elle est en préparation, le ministre de l’Intérieur y travaille ». Mais les syndicats policiers de tous bords s’y sont opposés, y voyant une remise en cause de leur action. Du coup, Valls a mis la pédale douce. Jeudi, face à la Commission des Lois de l’Assemblée nationale, il a considéré comme « très réducteur d’aborder le débat sur les contrôles d’identité à travers la seule question du contrôle au faciès (…) ou du récépissé » La question devrait être réglée d’ici l’automne par un rapport du Défenseur des droits Dominique Baudis, jolie façon d’évacuer le problème.

A l’inverse, Valls n’a pas cédé sur la légitime défense. Enfin presque. En avril dernier, entre les deux tours de la présidentielle, des policiers avaient manifesté sur les Champs-Elysées pour protester contre la mise en examen de leur collègue de Noisy-le-Sec pour homicide volontaire après avoir tiré sur un fuyard en voiture. Alliance, syndicat proche de la droite, avait alors réclamé la mise en place d’une « présomption de légitime défense » pour les policiers, leur donnant ainsi une plus grande marge de manœuvre pour faire usage de leurs armes, sans que le suspect ait fait feu en premier.

Cette proposition avait été également défendue par Nicolas Sarkozy prenant la suite de… Marine Le Pen. Arrivé au pouvoir, Valls aurait pu rejeter d’emblée cette idée venue du FN et revendue par Sarkozy et les policiers de droite. Mais l’ex-maire d’Evry a préféré temporiser et a commandé un rapport sur le sujet comme pour donner un os à ronger à ses troupes. Si ledit rapport a écarté l’idée de « présomption de légitime défense », il a proposé d’inscrire dans le Code pénal la jurisprudence à ce sujet pour plus de « sécurité juridique ». Le sort de policiers mis en examen dans le cadre de leurs fonctions devrait aussi être réformé. Le rapport propose en cela que les policiers interdits d’exercer sur la voie publique par la justice puissent bénéficier d’un reclassement et ainsi toucher leur salaire.

Et si Valls fait tant d’efforts pour câliner les policiers, ce n’est pas par hasard, A cause de la rigueur budgétaire, sacralisée par le Traité de Bruxelles, les forces de l’ordre seront encore et toujours à la diète. Depuis 2007, la police et la gendarmerie ont perdu près de 12 500 postes, des coupes sombres qui ont entraîné de nombreuses tensions entre Nicolas Sarkozy et ses « chers » policiers. Une vraie hécatombe qui a mis à mal son image de « sécuritaire ».

En réponse, le candidat Hollande avait promis de créer 1000 postes par an d’ici 2017. Premier piège, le maigre pécule est à répartir entre la police, la gendarmerie et la justice. Pas de quoi compenser les coupes de Sarkozy. Et Hollande n’a pas précisé s’il s’agissait de postes de gradés, d’adjoints de sécurité ou d’agents administratifs et si les effectifs supplémentaires seraient affectés au renseignement (fortement mis en cause après l’affaire Merah), à la police judiciaire ou à la sécurité publique.

Même si la police ne se verra plus appliquer la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, les périodes de vaches maigres sont donc loin d’être finies. Face à la Commission des Lois, Valls a d’ailleurs rappelé « les lourdes contraintes budgétaires qui pèsent sur (son) action ». Autrement dit,  le rêve d’une police de proximité à la Jospin, fortement présente sur le terrain, au contact permanent avec la population, mais gourmande en effectifs, n’est plus.

Durant la campagne présidentielle, Hollande avait pourtant fait fort en promettant des « zones de sécurités prioritaires ». Des sortes de ZEP policières composées d’un ou de plusieurs quartiers et dotées de moyens renforcés en raison du niveau de délinquance. En fait, c’est une façon d’acter le fait que seuls quelques quartiers auront droit à des policiers supplémentaires. Les premières ZSP pourraient voir le jour dès la rentrée. Les élus locaux se pressent déjà pour réclamer « leur » zone, sachant qu’un maire PS est un potentiel soutien pour le prochain Congrès. Mais combien seront effectivement créées ?

Sur ce point, les positions du camp Hollande ont varié entre la campagne et l’arrivée au pouvoir. Le 29 novembre dernier, François Rebsamen, chargé des questions de sécurité pendant la campagne, avait parlé de « 100 » zones à créer. Le 25 juin, Manuel Valls, devenu ministre de l’Intérieur, a parlé d’une « cinquantaine, peut-être soixante » zones, une pour deux départements. Au nom de la rigueur, la mesure phare du candidat Hollande sera donc réduite à peau de chagrin au détriment de la sécurité des Français, comme au temps de Sarkozy. Le Kärcher n’existe plus, mais le rideau de fumée est toujours là.

*Photo : Lisemai/Webstern socialiste

Pour qui votent les vétérans ?

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Barack Obama et Mitt Romney ont au moins deux points en commun : d’abord, ils n’ont jamais fait leur service militaire, une première depuis l’élection présidentielle de 1944. Pourtant, le démocrate et le républicain adorent également les forces armées et les « Vets ». Le candidat Obama veut gagner les cœurs d’un électorat traditionnellement républicain ; Mitt Romney s’emploie à les conserver. Selon le dernier sondage Gallup[1. Sondage Gallup réalisé du 11 avril au 24 mai 2012 sur un échantillon de 7000 vétérans.], Romney bénéficie de 24 points d’avance parmi les vétérans : 58% pour Romney, 34% pour le président sortant.
Il n’est donc pas surprenant que les deux candidats à l’élection présidentielle de novembre se soient affrontés le 28 mai, à l’occasion du Memorial Day, date à laquelle le pays commémore les morts et les blessés des guerres américaines.

À San Diego, sur la côte Ouest, le républicain, faute de hauts faits d’armes, s’était adjoint la présence et l’aura de John McCain, candidat malheureux en 2008, certes, mais héros du Vietnam. Quant à Barack Obama, il a tenté d’infléchir la tendance en prononçant, devant le Mur du Vietnam à Washington, un discours rendant hommage aux combattants du Vietnam, que la gauche des années 1970 conspuait et rejetait comme les ennemis de la nation américaine.[access capability= »lire_inedits »] « Le traitement infligé aux vétérans du Vietnam est une honte nationale », a-t-il déclaré, au risque de causer des dégâts dans la frange ultragauchiste de son parti. Il est vrai que les vieux babas sont des démocrates convaincus, et de toute façon une poignée en comparaison des 23 millions de vétérans – auxquels s’ajoutent les hommes et les femmes qui portent aujourd’hui l’uniforme, soit 3 autres millions de voix.

Ce jour-là, le corps des Marines, l’Armée, l’US Air Force, la Marine, et la Garde nationale se sont donné rendez-vous sur les pelouses du National Mall de Washington D.C. pour le défilé. Sous une chaleur humide, les groupes attendent leur tour. « Obama essaye de nous acheter, et je ne tomberai pas dans le panneau », affirme le caporal Jessie M., 22 ans, qui a servi en Irak pour l’US Army. À côté de ce Blanc du Kentucky, une Afro-Américaine, sœur d’un soldat tué en Afghanistan en 2011 proteste: « Il ne faut pas dire ça, le Président est sincère, et il fait ce qu’il dit. »

En janvier 2011, Obama a lancé un programme − Joining Forces − destiné à aider les vétérans : ceux d’hier, qui sont majoritairement à droite, et les nouveaux héros qui retournent chez eux, en proie au désarroi physique et émotionnel, et en pleine crise économique. Une population politiquement souple. Les principaux ministères et agences américaines ont signé un engagement en 50 points visant à trouver un emploi à ceux qui rentrent chez eux, à assurer aux épouses la stabilité de leur travail malgré les déménagements d’une base militaire à l’autre, à assister les nouveaux vétérans qui tentent de se suicider à un rythme toujours plus effrayant chaque année, ou encore à réduire le nombre de vétérans sans abri. De grandes entreprises américaines ont déjà tenu leurs promesses d’engager des milliers de militaires, dont les compétences techniques sont prisées. Ce programme s’ajoute aux mesures déjà adoptées par l’Administration démocrate, notamment la résurrection du GI Bill, qui offre aux vétérans une éducation quasiment gratuite.

Mais sur le Mall de la capitale fédérale, la plupart des militaires et des vétérans refusent de parler politique. « D’ailleurs, s’empresse d’ajouter le capitaine Morgan, des Marines, avec un clin d’œil à ses subalternes, on n’en parle jamais entre nous. » En réalité, il suffit d’avoir visité des casernes ou des hôpitaux militaires pour savoir que dans les chambrées, il est courant d’entendre : « Ce mec [Obama], n’est pas fiable, il n’est pas mon président. » Beaucoup croient encore – sans doute parce qu’ils veulent le croire − que l’occupant actuel de la Maison Blanche n’est pas citoyen américain, mais un affabulateur qui a contrefait son certificat de naissance. Un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, navigateur sur B17, m’assure que « le Président est un musulman à la solde de ceux qui n’aiment pas l’Amérique ». Le major Cook est célèbre, non pour ces actions d’éclat sur le terrain, mais pour avoir refusé de servir sous les drapeaux, parce qu’il ne reconnaissait pas la légitimité du président.

« Dis-moi qui a eu Ben Laden, trouduc ? C’est Bush peut-être ? », lance un soldat à un autre, moins gradé, qui met en cause le bilan d’Obama. Les plus longues opérations que les États-Unis aient jamais menées (Afghanistan et Irak), même avec des troupes exclusivement composées de volontaires, ont généré pas mal de désillusions. « On a été formés pour tuer, et on a fait de nous des gendarmes, avec leurs idées de se faire copains avec la population. La paix, les talibans, y’a un truc qui colle pas, là ! Tout ça pour sauter sur un engin explosif. Moi, merci, c’est pas pour ça que je me suis engagé, enrage le lieutenant Ben Milfred, 27 ans. On se tire de ces pays pourris, on n’en parle plus, et je fais davantage confiance aux « dems » qu’aux « reps » pour ça. Bush, comme Romney, ne pensent qu’à l’argent. » La mère d’un adolescent qui participe à la parade sous la bannière des jeunes Marines brandit une petite Bannière étoilée en hurlant : « Vive Romney, Vive l’Amérique ! » « De quoi je me mêle ? », demande, en la suivant du regard, une femme soldat, le sergent Harris. Même en uniforme, les femmes sont plutôt favorables à Obama, comme on l’a vu lors de l’élection de 2008.

Quant aux homosexuels, Obama espère bien qu’ils le remercieront d’avoir mis fin à la discrimination qui leur fermait la porte des forces armées américaines – sans compter sa prise de position en faveur du mariage gay. Tout cela aidera sans doute le candidat démocrate à gagner quelques cœurs dans les rangs de l’US Army. Il n’est pas sûr que cela lui suffise pour emporter la victoire dans cette nouvelle « guerre du Vet ».[/access]

*Photo : 7th Surgical Hospital (MA) Vietnam

Est-il au test ?

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On le sait, depuis le 1er juillet, il est obligatoire de posséder deux éthylotests dans nos automobiles. La nation hygiéniste, dans son louable souci d’éviter les carnages sur la route et de faire travailler les fabricants du gadget qui, comme pour tellement de produits manufacturés est de toute façon fabriqué en Chine, veut nous responsabiliser et miser sur notre honte à rouler bourrés, si par hasard, sortant d’un dîner arrosé, il nous viendrait à l’idée de souffler dans du plastique plutôt que d’allumer l’autoradio et un Partagas dans le même mouvement. On sait bien, au demeurant, que le jour où l’on voudra vraiment empêcher un conducteur ivre de démarrer, il faudra coupler l’éthylotest au démarreur. On espère juste que Peugeot, par exemple, n’avait pas prévu d’expérimenter la chose sur son site d’Aulnay, auquel cas il nous faudra attendre plus longtemps que prévu cette merveille de la technologie totalitaire.

Mais que diable, n’attendons pas tout de l’Etat et demandons aux partenaires concernés de montrer l’exemple. Par exemple, les moniteurs d’auto-école. L’un d’entre eux, dans le Sud-Ouest, a ainsi décidé d’user de la célèbre pédagogie par le contre-exemple. Contrôlé par la police après avoir été responsable de quelques dégâts matériels, il a affiché un joli trois grammes d’alcool dans le sang. Il n’avait pas d’éthylotest dans sa voiture et il a précisé, pour rassurer les pandores, que son activité se limitait à des cours de code de la route mais qu’il s’abstenait de donner des leçons de conduite. Et ton ballon, toi, tu le bois ou tu souffles dedans ?

Traité de Bruxelles : Hollande copie Sarkozy

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« Je ne suis pas pour une règle d’or constitutionnelle » avait prévenu le candidat François Hollande le 18 avril, avant d’ajouter qu’il cantonnerait « à une loi organique » la nécessité du redressement des comptes publics. Érigée en dogme, cette dernière se voyait déjà consacrée par le traité européen de discipline budgétaire que Nicolas Sarkozy avait paraphé au mois de mars. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts au-dessus du Rhin et moyennant des appels incantatoires à la croissance et à la taxation des flux financiers, le traité de Bruxelles renégocié par Hollande et Merkel a réintroduit la règle d’or par la petite porte.

Vendredi, notre président normal a saisi le Conseil Constitutionnel pour que ce dernier statue si, oui ou non, la ratification du « traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’union économique et monétaire » du 2 mars nécessitait de réviser la Constitution. Une façon habile de refiler la patate chaude aux Sages en dissimulant le flou donc le loup[1. Comme dirait la grand-mère de Martine Aubry] qui se niche derrière cet énième échafaudage européen fait d’un double enrobage Sarkozy-Hollande. Le 14 juillet, durant le grand entretien présidentiel, rebelote : le chef de l’Etat confirme son refus d’inscrire la règle d’or dans la Constitution et ce, quelle que soit la décision du Conseil Constitutionnel. Chapeau ! Par cet habile pas de côté, le président préserve les apparences tout en rassurant agences de notation, Commission Européenne et marchés financiers : une loi organique servira bien de cache-sexe à la “rigueur de gauche” made in Hollande.

Dans la majorité parlementaire fraîchement élue, si l’on ne rue pas encore dans les brancards, révision constitutionnelle ou pas, on ne trouvera peut-être pas 350 godillots prêts à voter le traité de Bruxelles – reprenant les grandes lignes du pacte budgétaire Sarkozy-Merkel- comme un seul homme. Il semble même que les pommes de discorde européennes de 1992 (Maastricht) et 2005 (Traité Constitutionnel Européen) refassent surface, comme si la déesse Thétys se glissait à intervalles réguliers dans les pas d’une gauche française qui louvoie perpétuellement entre Tours et Bad-Godesberg.

Alors qu’une contribution commune Ayrault-Aubry est annoncée pour le congrès socialiste de Toulouse à l’automne, les rares voix dissonnantes à la gauche du PS sont priées de faire silence. Histoire de conjurer les tristes précédents de Rennes (1990) et Reims (2008), où la foire d’empoigne tourna au vaudeville, Solférino et Matignon ont conjointement décidé d’imiter l’UMP des années Chirac, lorsque pas un seul nuage ne se glissait entre l’exécutif et le Politburo. A la gauche du PS, malgré toutes les couleuvres avalées depuis deux mois, on est prié de la mettre en veilleuse, jusque dans le camp Montebourg qui hésite entre le la mineur et la crise complète d’aphasie pour accompagner l’enterrement de son programme protectionniste. Quant au sympathique ministre délégué à l’Economie solidaire Benoît Hamon, sa contribution sociale à ”l’effort juste” semble jusqu’ici se borner à vouloir “mettre du beurre dans les épinards”. Celui-ci répète (pour mieux s’en convaincre ?) : “C’est bien une autre politique que nous menons, et cela s’illustre de mille manières”. Bel exercice de solidarité gouvernementale pour l’ancien protégé d’Henri Emmanuelli, aujourd’hui coincé à Bercy entre les socdems assumés Moscovici et Cahuzac. En guise de lot de consolation, Hamon est laissé libre de mettre l’imagination au pouvoir et d’“illustrer ce que va être l’économie du changement, et qu’il existe une alternative à un modèle capitaliste classique”, dans la droite ligne de Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, qui entame chacun de ses discours par la formule liminaire : “il y une alternative au capitalisme” avant de nous expliquer comment le faire fleurir par la dérégulation tous azimuts. Bref, pour la radicalité réelle, on repassera…

Ainsi, quel que soit le nom du prochain locataire de Solférino, Désir, Cambadélis ou… Aubry, motion de synthèse aidant, l’hôtel particulier du PS sera le dernier lieu où parler des questions qui fâchent : fédéralisation de la dette et de la rigueur, gestion de la crise de l’euro, politique industrielle, coupes drastiques dans la fonction publique, etc. Un voile pudique d’unanimisme sera posé sur la surface des choses, du moins jusqu’à ce que les décombres des espoirs déçus, les rivalités et les frustrations des uns et des autres ne resurgissent à la faveur des élections locales de 2014, loin d’être acquises à la majorité sortante.
Au fond, pour échapper aux faux-semblants du pouvoir et s’engager sur la pente raide des vrais débats de fond, sans doute faut-il bifurquer à la gauche de la gauche, là où on n’enterre pas (toutes) ses convictions sous les lambris dorés des ministères.

Bien qu’ébaubi par ses revers aux législatives, le Front de Gauche n’a pas de mots assez durs contre le traité budgétaire et exige la tenue d’un référendum. Cruel mais juste, l’ancien rival communiste de Jean-Luc Mélenchon André Chassaigne, aujourd’hui chef du groupe FDG à l’Assemblée, souligne le hiatus entre la politique nationale de Hollande et ses engagements bruxellois : “Les mesures fiscales positives (présentées mercredi dernier en Conseil des ministres) risquent de se heurter au mur du pacte budgétaire, voté dans la précipitation. »
Il n’est jusqu’au d’ordinaire très timoré Pierre Laurent, premier secrétaire du PCF, pour ne fustiger ce “super-Maastricht” et imputer à François Hollande la responsabilité de ne pas avoir véritablement renégocié le traité budgétaire Sarkozy-Merkel. Pour un peu, on se croirait revenu aux heures les plus glorieuses de la gauche antilibérale, lorsqu’en 2005 Fabius, Mélenchon, Buffet et tant d’autres cherchaient à rallier la majorité des Français au NON contre le Traité Constitutionnel Européen. Leur victoire à la Pyrrhus, 55% le temps d’un printemps sans lendemain électoral qui chante, laisse espérer au Front de Gauche un mini-tsunami politique en sa faveur, si jamais le tandem Hollande-Ayrault se résignait à consulter les Français sur leur souveraineté budgétaire.

Mais ne rêvons pas. Pour la gauche de gouvernement, inscrire la règle d’or dans la Constitution ou soumettre le traité de stabilité budgétaire à référendum équivaudrait à un terrible aveu. Dans les deux cas, François Hollande s’appuierait sur les voix de l’opposition de droite et du centre. Les piliers de la gauche du PS feraient alors contre mauvaise fortune bon coeur et avaleraient leur chapeau social en attendant des jours meilleurs. Et l’UMP perdrait certainement à afficher sa collusion avec le PS, Fillon, Copé et Jacob devant enfin reconnaître que la France hollandiste n’est pas l’Albanie d’Enver Hodja. Bref, les seuls gagnants d’une révision constitutionnelle parlementaire ou d’une consultation populaire seraient les deux Fronts, national et de gauche. Autant dire que François Hollande ne leur fera pas ce cadeau inespéré : pour être désespérément normal, l’ancien premier secrétaire du PS n’en reste pas moins fin stratège.

*Photo : Nicolas SAL1

Cannes : la Palme du conformisme

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Le jury du 65e Festival de Cannes a décerné la Palme d’or à Amour, de Michael Haneke, qui réussit la gageure d’allier l’absence de style au conformisme moral le plus affligeant. Ce cinéaste nous donne, année après année, des films de facture lisse et morne, dépourvus de tout enjeu esthétique, au service de récits aigres qui tentent de manipuler le spectateur afin de lui donner une bonne leçon. Rien de très nouveau sous le soleil cannois : si l’on excepte la parenthèse enchantée 1976-1980, au cours de laquelle furent récompensées des œuvres majeure (Taxi Driver, Padre padrone, L’Arbre aux sabots, Apocalypse Now, Kagemusha), Cannes s’est pratiquement toujours trompé, honorant avec constance des œuvrettes à la mode qui furent promptement oubliées, et passant à côté des plus grands films.[access capability= »lire_inedits »]

En 1946, le premier Festival accorda la plus haute distinction, qu’on n’appelait pas encore « Palme d’or », à la besogneuse Bataille du rail de René Clément, et snoba trois films qui figurent parmi les plus beaux de l’immédiat après-guerre : le mythique Gilda, de Charles Vidor, l’enchanteur La Belle et la bête, de Jean Cocteau, ainsi que le plus troublant film d’amour d’Alfred Hitchcock, Les Enchaînés ! Le ton était donné. Le Festival devait, à quelques exceptions près, privilégier l’académique professoral ou le clinquant sans profondeur, se méfiant comme de la peste des insurrections poétiques.
En 1955, la Palme d’or (première du nom) est attribuée à Marty, de Delbert Mann, banale comédie romantique qui éclipse le romantisme noir du chef-d’œuvre de Mizoguchi, Les Amants crucifiés. En 1959, l’opérette filmée Orpheu Negro occulte l’un des premiers films emblématiques de la Nouvelle Vague, Les 400 coups de Truffaut.

En 1962, les poncifs de La Parole donnée, d’Anselmon Duarte, éclipsent le mystère de L’Éclipse d’Antonioni et la grâce du Procès de Jeanne d’Arc, de Bresson, tandis qu’en 1966, l’égrillard Ces Messieurs dames, de Pietro Germi, l’emporte sur le lyrisme du Docteur Jivago, de Lean, et sur l’épique Falstaff de Welles.
En 1973, La Méprise, d’Allan Bridges, pourtant très conventionnel, est préféré à l’iconoclaste Grande Bouffe, de Marco Ferreri, ce qui laisse penser qu’en ces années si fières de leur subversion, il valait mieux traiter de la lutte des classes à fleurets mouchetés qu’à coups de hachoir. Et durant les années 1980, qui voient l’exotisme érigé en valeur et l’histrionisme en mode d’expression, la précision et l’intensité de Nostalghia, de Tarkovski, et de Thérèse, d’Alain Cavalier, sont négligés au profit des mélodrames boursouflés de Shohei Imamura, La Ballade de Nayarama (1983), et de Roland Joffé, Mission (1986).
Le reste est à l’avenant : en 2004, Michael Moore, qui signe Fahrenheit 9/11, film de propagande relooké en documentaire citoyen, est préféré à des cinéastes de la trempe des frères Coen, de Wong Kar-wai, de Kusturica ; en 2008, le naturalisme médiocre d’Entre les murs, de Laurent Cantet, adapté de Bégaudeau, gagne contre Two Lovers, le chef-d’œuvre de James Gray, adapté de Dostoïevski ; en 2009, l’exécrable Ruban blanc, pensum sans risque d’Haneke, est préféré à des films aussi jouissifs et audacieux que Les Herbes folles, de Resnais, Inglourious Basterds, de Tarantino, ou Enter the Void, de Gaspar Noé…

Emmanuel Mounier disait que « le bourgeois est l’homme qui a perdu le sens de l’Être, qui ne se meut que parmi des choses, et des choses utilisables, destituées de leur mystère ». Cannes est un festival bourgeois qui commence par apprivoiser un Guépard (1963) pour finir par n’attraper qu’une Anguille (1997), un festival qui nous a, des décennies durant, prouvé qu’il se méprenait avec constance, ou plutôt qu’il restait fidèle à sa nature bourgeoise, c’est-à-dire craignant ce qui n’est pas confortable, homologué et prévisible. La cuvée 2012 ne fait que confirmer ce diagnostic, avec Carax et Cronenberg, grands créateurs de formes, oubliés par ce palmarès de l’entre-soi (la plupart des lauréats avaient déjà été fêtés les années précédentes), comme ils l’avaient d’ailleurs déjà été pour Pola X (1998) et History of Violence (2005).

Une telle constance dans l’erreur, la facilité, le mépris de l’art ne laisse pas d’inquiéter. Mais à ce stade d’incompétence, être oublié par le jury cannois est la plus belle consécration qui soit ![/access]

*Photo : buzzbuzz

À Rome avec Woody Allen

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Ce qu’il y a de plus surprenant avec Woody Allen, c’est qu’il ne nous déçoit jamais totalement. Juste un peu. Que ce soit à Barcelone, à Paris ou à Rome, il court au-devant des clichés de manière si primesautière qu’on le suit malgré nous en se disant :  » Mais le pauvre, à son âge, il finira quand même par faire un faux pas. » Eh bien non : ce qu’il a perdu en profondeur, il l’a gagné en virtuosité. Il nous offre du Woody Allen avec une telle fantaisie qu’on est subjugué. J’étais avec lui à Rome, je l’accompagnerai demain à Berlin ou à Vienne. Les souvenirs du Troisième Homme et la Grande Roue devraient l’inspirer.

Il est exceptionnel qu’on ne se lasse pas d’un compagnon de voyage aussi grincheux et ressassant. Il nous sert toujours le même plat, savamment dosé de coups de foudre foireux, de quiproquos cauchemardesques, de sarcasmes légers, le tout saupoudré de psychanalyse et relevé par une musique ad hoc. La méthode est éprouvée et elle n’est jamais éprouvante. Une forme de grâce. Je plains celles et ceux qui n’y sont pas sensibles. Sans doute n’aiment-ils ni les cartes postales, ni les situations incongrues et moins encore une désinvolture plus élégante qu’il n’y paraît. C’est pourtant ce qui donne tout son sel à l’existence. Et comment oublier cette requête géniale de Woody demandant à Freud de le rembourser ? Voilà au moins ce que je ne lui demanderai jamais.

L’engin furtif ultime

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L’Intrus de Paul Harper (Série Noire) est un exemple parfait de la manière dont le roman noir sait rendre compte des métamorphoses les plus inattendues de notre temps. Voilà décidément un genre qui témoigne aussi sûrement de son époque que le journalisme. D’ailleurs, Paul Harper est le pseudonyme de David Lindsey, une des plumes du New York Times. Mais la différence entre le journalisme et le roman noir s’appelle précisément la littérature. Toute la documentation du monde peut faire un grand article mais ne remplace pas l’intuition déployée dans le roman pour cerner de manière inédite les nouvelles lignes de fracture de notre monde.

Ici, il est question de manipulation mentale. Le sujet, apparemment, n’est pas neuf. Les amateurs du grand roman noir américain de l’après-guerre se souviennent sans doute des polars psychotiques d’Helen Mac Cloy avec La Vierge au sac d’or, de William Irish avec J’ai épousé une ombre ou encore du trop méconnu Puits de velours de John Gearon, un des titre phares de la collection Série Blême, éphémère petite sœur de la Série noire dans les années cinquante.

Mais Paul Harper, lui, écrit après le 11 septembre, après les guerres contre l’Empire du mal, le Patriot Act et la torture institutionnalisée et juridiquement excusée. Il écrit aussi après que la privatisation de la guerre est devenue une réalité. Depuis dix ans, on trouve sur les grands champs de bataille de l’Occident de plus en plus de mercenaires. On ne les appelle plus comme ça, bien entendu, puisque la planète entière s’est mise à parler avec les euphémismes propres aux conseils d’administration. On parle plutôt de « contractors ». Ils sont moins romanesques que les « affreux » de Bob Denard mais ils sont beaucoup mieux équipés, mieux en tout cas que les soldats des armées officielles.

Dans L’Intrus, qui se déroule à San Francisco, une psychanalyste de la haute société s’aperçoit que deux de ses patientes, sans le savoir, ont le même amant. Elle s’aperçoit aussi que ces deux femmes sont de plus en plus fascinées par cet homme qui semble devancer leurs désirs, leurs peurs, leurs fantasmes sexuels les plus précis. Le problème, c’est qu’à moins de bénéficier d’une formidable prescience, l’amant en question ne peut connaître les secrets de ces femmes sans avoir eu accès aux comptes-rendus des séances d’analyse. La psy, prise entre les nécessités du secret médical et la position sociale de ses clientes qui sont les épouses d’hommes importants, décide de faire appel à une agence privée de renseignement. Le patron de cette agence découvre assez vite qu’effectivement l’amant des deux femmes s’introduit régulièrement chez la psy et utilise les notes pour accroître la dépendance affective des deux femmes. Le tout est de savoir qui est cet homme et quel est exactement son but.

L’Intrus de Paul Harper est le récit de cette enquête parallèle qui se déroule sur moins d’une semaine et ressemble à un jeu du chat et de la souris avec des chausse-trappes psychiques qui sont bien plus dangereuses que les coups de feu. Oppressant, feutré, morbide, ce roman nous met sur la trace d’un ancien soldat, émargeant désormais dans une des armées privées les plus puissantes du monde, chargée de faire le sale boulot que les gouvernements ne veulent plus endosser officiellement.
Spécialisé dans les « interrogatoires poussés », il ne joue jamais sur la violence physique mais a un véritable don pour déstabiliser jusqu’au suicide ses proies à partir de la simple lecture de leur dossier : « Quand nous saurons retourner l’esprit d’un homme contre lui-même, utiliser son ombre pour l’amener à s’autodétruire, nous pourrons dire que nous maîtrisons les vrais pouvoirs de la psyché. Son potentiel en fait l’une des armes les plus meurtrières dont nous puissions disposer. L’engin furtif ultime. Avec des applications dont nous n’avons même pas idée. »

On laissera évidemment le lecteur découvrir le dénouement mais qu’il sache que le principal intérêt du roman de Paul Harper est dans la peinture terriblement convaincante d’un criminel d’un genre totalement nouveau.

Paul Harper, L’Intrus (Série Noire, Gallimard, 19, 50 euros)

*Photo : http://images1.wikia.nocookie.net

Apprenons à écrire le socialo-féministe !

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Avant-propos : Découvrant la Contribution thématique féministe préalable au Congrès socialiste de Toulouse, il est paru intéressant de la soumettre ici pour assouvir une soif légitime de curiosité mais aussi pour y apporter quelques corrections. En effet, non seulement ce texte comportait quelques coquilles mais elle était aussi nantie de beaucoup d’incohérences dans l’application de la novlangue socialo-féministe. Votre serviteur s’est donc dévoué pour effectuer ces corrections mais aussi -soyons audacieux ! Osons !- de pousser encore plus loin la logique de nos contributrices /eurs. Les suppressions sont donc barrées et les ajouts apparaissent en gras. Nous vous souhaitons une excellente lecture !

Pour toutes celles et ceux qui se battent pour l’égalitée[1. Dans le cadre de la lutte contre la domination du Patriarcat, on ne voit pas pourquoi ce mot au genre féminin ne serait pas féminisé.] dans notre sociétée, et donc pour l’égalitée entre les femmes et les hommes, l’arrivée de la gauche au pouvoir est porteuse de grands espoirs.

Les socialistes ont pris dans leur histoire une part active aux combats féministes. Au-delà des mesures qui ont permis de faire avancer les droits des femmes, la gauche a participé à la construction d’une pensée politique autour de l’égalitée des sexes. Force est de constater que nous n’avons pas fini le travail.

De nombreux reculs sont à déplorer ces dernières années, en France et dans le monde: accès à l’interruption volontaire de grossesse et à la contraception, insuffisance de places en crèches. Le sexisme est à l’origine de nombreuses violences et discriminations dans notre sociétée auxquelles les femmes doivent faire face ; notamment en terme d’accès au travail, de salaire, de retraite, de partage des rôles parentaux, d’accès aux postes de direction et aux mandats électifs…

Il s’agit donc pour les socialistes de défendre et de faire progresser l’égalitée, les libertées, la laïcitée, la solidaritée, d’apporter des solutions contre la précarité[2. Le mot est féminin mais, le féminisme français demeure favorable au maintien d’exceptions, signes de la richesse de la langue française. En l’occurrence, « précarité » revêt un caractère négatif et peut donc rester masculin.] et la violence présentes dans notre sociétée. Nous voulons transformer les rapports de genre en émancipant les femmes comme les hommes des cases dans lesquelles elles/ils sont enfermé-es. Autant de questions qui appellent à une mobilisation forte de notre parti, car nous en sommes convaincu-es, l’égalitée entre les femmes et les hommes est la garantie de la liberté, de l’émancipation individuelle, et du progrès collectif.

I. Les socialistes, actrices et acteurs de l’égalitée femmes – hommes.

Notre Parti politique a beaucoup progressé en matière d’égalitée femmes-hommes ; en termes de paritée notamment. Cependant, il reste encore du chemin à parcourir pour que nous, socialistes, intégrions l’égalité femmes – hommes comme levier du changement dans notre organisation.

Le Parti socialiste ne peut se targuer de vouloir changer la sociétée s’il n’est pas capable à la fois de penser cette domination première qu’ qui est celle qui s’exerce sur les femmes et en même temps de transformer notre organisation pour incarner cette volontée de changement profond.

1. L’égalitée femmes – hommes à tous les niveaux du Parti socialiste

Le gouvernement a mis à l’ordre du jour l’intégration du genre dans les politiques publiques, déjà mise en œuvre en Europe et dans les organisations internationales. Il s’agit de faire de l’égalitée femmes – hommes un élément clé de l’ensemble des politiques publiques. La transversalitée est devenue un automatisme dans de nombreux pays et organisations. Au Parti socialiste, il nous faut encore la construire.

Si nous voulons réaliser l’égalitée dans le parti comme dans la société, nous devons construire un parti en pointe sur l’analyse des mécanismes qui font perdurer les discriminations sexistes. La méconnaissance de ce que sont les inégalités[3. voir 2.] femmes – hommes et de leur imbrication dans l’ensemble des inégalités sociales conduit à ne pas voir la façon dont nous reproduisons nous-mêmes les inégalités (répartitions genrées des secrétariats fédéraux ou nationaux, prises de paroles en réunion, apparition dans les médias…).

Nous proposons donc :

  • Une formation nationale chaque année des Premières fédérales et Premiers fédéraux et Premières fédérales et des secrétaires de sections sur cette thématique.
  • Dans chaque fédération, une formation de l’ensemble des secrétaires fédérales/aux en début d’année pour réfléchir aux moyens de réaliser l’égalitée dans le parti.
  • De rendre effective la nomination de secrétaires fédéraux/ales/aux à l’égalitée femmes – hommes dans toutes les fédérations et d’organiser une formation nationale de ces secrétaires fédéraux/ales/aux.

2. Responsabiliser les élu-e-s sur la question de l’égalitée femmes-hommes

Le Parti socialiste dirige la quasi-totalitée des Régions, la majoritée des Départements et les des grandes villes. Des leviers sont donc disponibles et des avancées possibles.

Nous proposons donc :

  • Que le Parti socialiste encourage ses membres, lorsqu’ils ou elles ou ils président des collectivités à signer et mettre en œuvre la Charte européenne pour l’égalitée femmes-hommes dans la vie locale, quelle que soit la collectivitée dont elles/ils sont membres.
  • Que le Parti socialiste organise en lien avec les groupes socialistes aux Parlements[4. Il y avait un X à aux et pas de S à Parlement, ce qui constituait une faute d’accord. Pour y remédier, j’ai préféré envisager que nos auteur-es pensaient à la fois au parlement français et au parlement européen plutôt que tout mettre au singulier.] une formation continue des parlementaires sur les droits des femmes et l’intégration du genre dans les politiques publiques

3. Atteindre la paritée intégrale.

Un Parti fort est un Parti qui ressemble à la sociétée qu’il représente. Nous devons donc continuer inlassablement à organiser en notre sein les conditions de l’égalitée réelle d’accès aux responsabilitées et aux mandats électifs. La paritée a largement progressé lors des dernières élections, notamment grâce aux travaux menés lors des réunions de la Commission électorale, mais d’importants progrès restent à faire.

Il nous faut inscrire dans nos statuts la paritée intégrale dans toutes les instances du Parti, comme décidé par les militant-es lors de la Convention pour la rénovation. Les fédérations devront évidemment appliquer ce principe de paritée dans les candidatures aux élections locales. En cas de manquement la commission nationale électorale sera saisie. Le non cumul des mandats est un accélérateur de paritée et de rénovation. Les engagements pris par les élu-e-s socialistes devront être respectés.

Afin d’atteindre la paritée intégrale, dont nous nous sommes rapprochés lors des dernières élections, un-e Secrétaire national-e adjoint-e à la paritée devra être nommé-e auprès de la/du Secrétaire National-e aux élections et co-présider la Commission électorale.

La paritée ne peut pas se décréter : des mécanismes doivent donc être mis en place pour la rendre effective. Ce / Cette/Ce secrétaire national-e sera ainsi chargé-e de préparer les échéances électorales en amont ; repérer et former de nouvelles personnalitées ; agir pour tendre vers la paritée dans les prises de paroles des responsables politiques, que ce soit dans les médias ou dans les instances, ou encore lors de l’Universitée d’été de La Rochelle, en mobilisant l’ensemble des courants autour de cet objectif

4. N’admettre aucun acte de violence sexiste de la part d’élu-e-s ou de représentant-e-s du Parti socialiste

A plusieurs reprises ces dernières années, des élus[4. On ne rajoute pas de -e vu que les violences ne sont évidemment le fait que d’hommes.] socialistes ont été condamnés par la justice pour des faits de violences faites aux femmes. Le Parti a parfois tardé à réagir malgré les interpellations des associations féministes. Nous ne pouvons déplorer le silence qui persiste autour des violences sexistes dans notre pays et ne pas agir dans nos propres rangs. Nos statuts rappellent qu’une exclusion du parti est possible “pour manquement aux principes et aux règlements du Parti, pour violation certaine des engagements contractés, pour actes ou conduites de nature à porter gravement préjudice au Parti“. Si le Parti socialiste doit bien entendu se garder de toute intervention en amont d’une procédure, lorsqu’une condamnation a lieu, elle doit être suivie d’une exclusion du Parti socialiste.

II. Les droits des femmes sont les droits de tous

De nombreux engagements ont été pris par le président de la République en matière d’égalitée femmes-hommes, reprenant largement les propositions élaborées par le Parti socialiste et votées lors des dernières Conventions (en particulier lors de la Convention égalitée réelle, et de la Convention du Projet).

La mise en place d’un Ministère des droits des femmes et le respect de la paritée intégrale au gouvernement sont des signes politiques importants. Ces symboles sont fondamentaux car ils permettent en eux-même de faire bouger les lignes. Mais ils ne suffiront pas. L’engagement, dès les premières semaines, de la Ministre des Droits des femmes en faveur de politiques transversales, pilotées par un comité interministériel, est décisif. La France se donne désormais les moyens de ses ambitions : l’égalitée femmes – hommes n’est pas une option mais elle est l’un des leviers du progrès, de la justice et du redressement.

Nous sommes attaché-es à la mise en œuvre de l’ensemble des 40 engagements de François Hollande pour:

  • encourager l’éducation et la sensibilisation contre le sexisme,
  • construire l’égalitée professionnelle femmes-hommes et lutter contre la précarité,
  • soutenir la parentalitée et mettre en place un service public de la petite enfance,
  • garantir l’accès aux soins, consolider les droits fondamentaux que sont les droits sexuels -information, contraception, IVG-,
  • lutter fermement contre les violences sexistes,
  • renforcer la paritée politique et le partage du pouvoir de décision dans toutes les autres sphères.

Nous avons été élu-e-s pour cela!

L’égalitée femmes – hommes doit être réalisée dans tous les domaines et le Parti socialiste devra être aux côtés de la Ministre pour soutenir toutes les initiatives allant dans ce sens.

Le Parti socialiste doit également jouer un rôle d’aiguillon. Nos contacts avec la sociétée civile, le travail effectué pendant plusieurs années autour du projet présidentiel doivent permettre aux socialistes de jouer un rôle de pionnier dans plusieurs domaines.

1. C’est le cas par exemple de la revalorisation des emplois à prédominance féminine, indispensable afin de construire l’égalitée femmes-hommes. En effet, 50% des femmes salariées sont cantonnées dans 15% des métiers (ménages, aides-soignantes, assistantes maternelles, secrétaires) ; des métiers peu valorisés, souvent précaires, à temps partiel subi et donc peu rémunérés. Les expériences étrangères devront être regardées, comme celle du Québec en la matière. Une conférence tripartite doit être organisée pour établir une méthodologie d’évaluation des emplois afin de garantir une rémunération identique pour les emplois à prédominance féminine et à prédominance masculine de valeur comparable, et de contraindre les entreprises à assurer des progressions de carrières pour les emplois à prédominance féminine. Il s’agit d’une innovation qui fait partie des engagements de François Hollande : elle impliquera des évolutions majeures du monde du travail. Nous devrons la mener à terme.

2. Autre exemple, celui du partage des congés parentaux, clé de l’égalitée, au sein des ménages comme dans le monde du travail. Le congé paternitée doit évoluer vers un congé d’accueil de l’enfant, obligatoire, mieux rémunéré et plus long. Le congé parental doit être raccourci et partagé à égalitée par pour chacun des deux parents. Le congé parental devra être mieux pris en compte au moment de la retraite, afin d’inciter les deux parents à prendre ce congé, et de valoriser ces moments consacrés à la sphère personnelle, et à l’éducation des enfants.

3. Le Parti socialiste devra également être un soutien aux politiques engagées par la Ministre des Droits des femmes en participant aux débats publics qu’elles ne manqueront pas de soulever et en convaincant la sociétée toute entière de se mobiliser pour l’égalitée. C’est le cas par exemple pour l’abolition du système prostitueur. La prostitution et son organisation à travers des réseaux mafieux représentent une forme de domination à la jonction de différentes oppressions : des hommes sur les femmes, des riches sur les pauvres, du Nord sur le Sud. Conformément aux propositions votées par les militants lors de la Convention égalitée réelle, nous souhaitons que les parlementaires votent une loi visant l’abolition du système de la prostitution, intégrant la fin de la répression des personnes prostituées instituée par la droite, la prévention par l’éducation, le démantèlement des réseaux, la réinsertion des personnes prostituées, et la responsabilisation du client[5. Je rajoute pas « cliente », vu que cette dernière, si toutefois elle existait, serait forcément déjà responsable.].

Si la situation des femmes et des rapports de genre, dans le parti ou dans la sociétée, n’a plus grand chose à voir avec la situation de nos aîné-e-s aînées, et ce grâce aux mouvements féministes et à la gauche, il reste encore tant à faire pour les droits des femmes. Poursuivre résolument la conquête de l’émancipation des femmes et des hommes dans l’égalitée c’est poursuivre le combat des socialistes en faveur de plus de justice et d’égalitée pour l’ensemble de l’humanitée.

*Photo : busy.pochi

James Curley, maire « caillera » de Boston

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Fils d’immigrés irlandais, enfant de Roxbury, quartier populaire de Boston, ville dont il sera quatre fois maire entre 1914 et 1950, élu deux fois à la Chambre des représentants des États-Unis et 53e gouverneur de Massachusetts : à première vue, James Michael Curley incarne à la perfection le rêve américain qui permet à un gamin des classes populaires de se hisser, par le travail et l’intelligence, au sommet de la politique.

L’édifiante histoire du « Rascal King »

Mais, à y regarder de plus près, la vie de Curley ressemble à celle du Rascal King[1. Du titre de sa biographie par Jack Beatty (Da Capo Press, 2000).], le « roi des scélérats », c’est-à-dire à l’irrésistible ascension d’un voyou qui ne recula devant aucune bassesse pour s’imposer au sein du Parti démocrate, conquérir la mairie de Boston et s’y maintenir trente-six années durant. Idole de la communauté irlandaise de Boston, Curley personnifie aussi le paroxysme de la collusion politico-mafieuse, la quintessence du clientélisme politique, le règne de la corruption systémique, ce qui le conduira à plusieurs reprises à passer par la case prison.[access capability= »lire_inedits »]

Dès son enfance, le jeune James Michael se lie à l’Irish Mob, une des plus anciennes organisations criminelles des États-Unis ; à vrai dire, dès la mort de son père, alors qu’il n’avait que 10 ans et au grand dam de sa mère, c’est cette mafia irlandaise qui va pour ainsi dire l’élever, le former et en faire l’un des siens. C’est l’Irish Mob qui, en 1910, l’aidera à se lancer en politique à coup d’intimidations, de fraudes électorales et autres faits de corruption. C’est encore elle, son associée de toujours, qu’il servira et dont il se servira tout au long de sa carrière.

Formé à bonne école, Curley sait que le moyen le plus sûr d’asseoir la domination d’une organisation criminelle sur son territoire consiste à lui assurer la reconnaissance de la population locale. La méthode de l’Irish Mob ne diffère pas de celle des autres organisations mafieuses : collecter, sous prétexte de « protection », un impôt auprès des commerçants et industriels aisés du quartier et en reverser une partie à la communauté irlandaise de Boston sous forme de dons philanthropiques, de prêts sans intérêt ou de subsides divers et variés. Des triades chinoises à la mafia sicilienne, de Machiavel à nos gouvernements modernes, on le sait depuis longtemps : le meilleur moyen de maintenir une population sous contrôle consiste à la rendre dépendante de subsides publics. Jusque-là, rien de bien nouveau.

De fait, ce qui va faire passer le nom de James Michael Curley à la postérité, c’est un perfectionnement du système, une méthode que le maire de Boston va imaginer pour non seulement s’assurer de la fidélité de sa base électorale mais en plus la faire croître irrésistiblement. En effet, dès le début de son ascension politique, le jeune et ambitieux James Michael est confronté à une forte opposition de la communauté anglo-saxonne et protestante qui craignait − à juste titre − que le vote communautaire irlandais finisse par livrer la ville à l’Irish Mob. Afin d’asseoir plus sûrement sa position, Curley en conçut une stratégie qui consistait à favoriser systématiquement la population d’immigrés irlandais aux dépens de la vieille élite anglo-saxonne dans le but explicite de faire croître la première et décliner la seconde : c’est l’effet Curley[2. Edward L. Glaeser et Andrei Shleifer (Université de Harvard, National Bureau of Economic Research), The Curley Effect: The Economics of Shaping the Electorate.].

Pendant plus de trois décennies, à grands coups de politiques de redistribution, de taxes foncières exorbitantes, de rhétorique incendiaire contre les « capitalistes yankees » et autres vexations, Curley va systématiquement chercher à redessiner le corps électoral de la ville en attirant une immigration irlandaise pauvre et en faisant fuir les Anglo-Saxons ; et il va y parvenir. Dès les années 1930-1940, les grandes familles d’industriels qui avaient fait de Boston un des poumons économiques des États-Unis quittent la ville et emmènent avec elles les emplois des usines, les revenus qu’elles créaient et les impôts qu’elles payaient. La capitale du Massachusetts, minée par le chômage, la corruption et les tensions communautaires, s’enfonce alors dans un déclin qui durera plus de trente ans, mais James Michael Curley, lui, restera maire jusqu’en 1950.

C’est dans les vieilles marmites…

Le droit de vote des étrangers aux élections municipales, j’y suis en principe favorable. J’estime tout à fait légitime que des gens qui gagnent honnêtement leur vie et paient des impôts puissent avoir droit de cité quant à l’usage qui est fait de cet argent. Mais je crains que l’empressement de M. Hollande et de ses amis à leur accorder ce droit n’ait rien à voir avec une conviction démocratique ni même avec une quelconque forme de générosité ; au contraire, la manœuvre me rappelle furieusement une tentative de mise en application de l’« effet Curley » à l’échelle de nos communes.

Entendons-nous bien : peu importe que les étrangers en question soient des Maghrébins musulmans ou des Irlandais catholiques ; le fait est que nous avons, en grande partie, affaire à une population immigrée faiblement qualifiée que nous avons exclue du marché du travail à coups de salaire minimum et de charges sociales et qui, grâce à notre « modèle social », peut vivre de subsides publics. La population à laquelle s’adresse notre gouvernement, c’est celle dont il espère qu’elle aura la reconnaissance du ventre ; celle qui votera pour ses candidats ; celle qui plébiscitera toute proposition visant à lui reverser directement ou indirectement le fruit du travail des autres. Les autres, ceux qui gagnent leur vie, ceux qui ne confondent pas l’amour qu’ils éprouvent pour leur pays et l’étatolâtrie fanatique des fonctionnaires qui nous dirigent, qu’ils s’en aillent tous !

Donner ce droit aux étrangers, je le veux bien, mais pas dans un pays où chaque faction du corps électoral a pris l’habitude de voter pour celui où celle qui saura la corrompre avec l’argent de ses voisins ; pas dans un pays où la prolifération des lois, des taxes et des contraintes administratives interdisent à une part grandissante de nos concitoyens de vivre de leur travail ; pas dans un pays en rupture manifeste du contrat social − si tant est qu’une telle chose ait jamais existé − où tous cherchent à faire passer pour la volonté générale ce qui n’est, en ultime analyse, que la volonté particulière d’une majorité.

Un pays dans lequel un tel droit pourrait être accordé sans même que cela ne fasse l’objet d’une brève, c’est le genre de pays dans lequel j’aimerais vivre. Un pays dans lequel les citoyens, assemblés sur l’agora de la Cité, décident en commun des dépenses publiques qui doivent être engagées pour l’intérêt de tous et auxquelles ils participeront tous à hauteur de leurs moyens. Un pays au gouvernement « sage et frugal », comme l’écrivait si bien Thomas Jefferson, où chaque homme peut vivre de son travail et mener sa vie comme il l’entend ; un pays où, pour paraphraser Benjamin Constant, l’État se borne à être juste et où nous nous chargeons d’être heureux.

Mais, dans l’état actuel de notre social-démocratie, ce que l’« effet Curley » nous enseigne, c’est qu’au-delà de leur efficacité électorale à court ou moyen terme, de telles politiques ne peuvent avoir que deux conséquences : la ruine économique du pays et l’exacerbation des tensions communautaires. Et, une fois de plus, les premières victimes de cette décision seront précisément celles qu’elle était supposée aider.[/access]

*Photo : wallyg

Exclusif : le discours de François Hollande à PSA Aulnay

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Il avait promis, tout près de là, au Bourget, d’être implacable avec le monde de la Finance. Et bien les oreilles de la famille Peugeot, qui durant des lustres, se gava de dividendes en lieu et place d’investir dans l’appareil productif, ont dû siffler après le discours du président de la République sur le site d’Aulnay, menacé de fermeture malgré les promesses de la direction et les milliards versés par l’Etat à PSA pour protéger l’emploi.

Voilà ce qu’a déclaré François Hollande aux ouvriers, employés, techniciens, cadres et ingénieurs de l’usine :
« L’industrie est aussi un investissement qui permet à des territoires d’être plus attractifs » économiquement, de générer « des emplois » et de « donner une image de compétitivité pour notre pays » a-t-il déclaré, avant d’expliquer sa démarche : « Un travail de concertation va être engagé dans les semaines qui viennent pour, le moment venu, faire une loi sur le développement de l’industrie », a-t-il promis, évoquant à plusieurs reprises « l’ambition industrielle » du gouvernement. Après quoi le chef de l’Etat a conclu, sous les applaudissements des salariés enthousiastes: « Il y a un moment où un président doit porter un grand projet ».

Nan, je blague. En vrai, il n’y a pas eu de grand discours à Aulnay-sous-Bois: j’ai juste copié-collé les discours fait par le président devant le monde du théâtre ce dimanche au Festival d’Avignon. J’ai juste remplacé le mot « culture » par le mot « industrie ».

Je sais, c’est une mauvaise blague. Mais pas pire que de choyer les abonnés de Télérama plutôt que les métallos…

Sécurité : Valls enfermé à l’intérieur de la majorité ?

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Hollande était attendu sur ce terrain. Dix ans après l’échec de 2002 et le « péché de naïveté » de Jospin, la PS devait prouver sa crédibilité en matière de sécurité. L’alternance faisait entrevoir une rupture avec l’ère sarkozienne. Mais du discours aux actes, il y a un gouffre et la rupture peine à se faire ressentir.

Premier écueil : les oppositions syndicales. C’est le cas avec les contrôles au faciès. Début juin, Jean-Marc Ayrault avait promis la remise d’un récépissé par les policiers afin d’éviter les abus et contrôles répétés : « C’est une mesure que l’on va faire. Elle est en préparation, le ministre de l’Intérieur y travaille ». Mais les syndicats policiers de tous bords s’y sont opposés, y voyant une remise en cause de leur action. Du coup, Valls a mis la pédale douce. Jeudi, face à la Commission des Lois de l’Assemblée nationale, il a considéré comme « très réducteur d’aborder le débat sur les contrôles d’identité à travers la seule question du contrôle au faciès (…) ou du récépissé » La question devrait être réglée d’ici l’automne par un rapport du Défenseur des droits Dominique Baudis, jolie façon d’évacuer le problème.

A l’inverse, Valls n’a pas cédé sur la légitime défense. Enfin presque. En avril dernier, entre les deux tours de la présidentielle, des policiers avaient manifesté sur les Champs-Elysées pour protester contre la mise en examen de leur collègue de Noisy-le-Sec pour homicide volontaire après avoir tiré sur un fuyard en voiture. Alliance, syndicat proche de la droite, avait alors réclamé la mise en place d’une « présomption de légitime défense » pour les policiers, leur donnant ainsi une plus grande marge de manœuvre pour faire usage de leurs armes, sans que le suspect ait fait feu en premier.

Cette proposition avait été également défendue par Nicolas Sarkozy prenant la suite de… Marine Le Pen. Arrivé au pouvoir, Valls aurait pu rejeter d’emblée cette idée venue du FN et revendue par Sarkozy et les policiers de droite. Mais l’ex-maire d’Evry a préféré temporiser et a commandé un rapport sur le sujet comme pour donner un os à ronger à ses troupes. Si ledit rapport a écarté l’idée de « présomption de légitime défense », il a proposé d’inscrire dans le Code pénal la jurisprudence à ce sujet pour plus de « sécurité juridique ». Le sort de policiers mis en examen dans le cadre de leurs fonctions devrait aussi être réformé. Le rapport propose en cela que les policiers interdits d’exercer sur la voie publique par la justice puissent bénéficier d’un reclassement et ainsi toucher leur salaire.

Et si Valls fait tant d’efforts pour câliner les policiers, ce n’est pas par hasard, A cause de la rigueur budgétaire, sacralisée par le Traité de Bruxelles, les forces de l’ordre seront encore et toujours à la diète. Depuis 2007, la police et la gendarmerie ont perdu près de 12 500 postes, des coupes sombres qui ont entraîné de nombreuses tensions entre Nicolas Sarkozy et ses « chers » policiers. Une vraie hécatombe qui a mis à mal son image de « sécuritaire ».

En réponse, le candidat Hollande avait promis de créer 1000 postes par an d’ici 2017. Premier piège, le maigre pécule est à répartir entre la police, la gendarmerie et la justice. Pas de quoi compenser les coupes de Sarkozy. Et Hollande n’a pas précisé s’il s’agissait de postes de gradés, d’adjoints de sécurité ou d’agents administratifs et si les effectifs supplémentaires seraient affectés au renseignement (fortement mis en cause après l’affaire Merah), à la police judiciaire ou à la sécurité publique.

Même si la police ne se verra plus appliquer la règle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, les périodes de vaches maigres sont donc loin d’être finies. Face à la Commission des Lois, Valls a d’ailleurs rappelé « les lourdes contraintes budgétaires qui pèsent sur (son) action ». Autrement dit,  le rêve d’une police de proximité à la Jospin, fortement présente sur le terrain, au contact permanent avec la population, mais gourmande en effectifs, n’est plus.

Durant la campagne présidentielle, Hollande avait pourtant fait fort en promettant des « zones de sécurités prioritaires ». Des sortes de ZEP policières composées d’un ou de plusieurs quartiers et dotées de moyens renforcés en raison du niveau de délinquance. En fait, c’est une façon d’acter le fait que seuls quelques quartiers auront droit à des policiers supplémentaires. Les premières ZSP pourraient voir le jour dès la rentrée. Les élus locaux se pressent déjà pour réclamer « leur » zone, sachant qu’un maire PS est un potentiel soutien pour le prochain Congrès. Mais combien seront effectivement créées ?

Sur ce point, les positions du camp Hollande ont varié entre la campagne et l’arrivée au pouvoir. Le 29 novembre dernier, François Rebsamen, chargé des questions de sécurité pendant la campagne, avait parlé de « 100 » zones à créer. Le 25 juin, Manuel Valls, devenu ministre de l’Intérieur, a parlé d’une « cinquantaine, peut-être soixante » zones, une pour deux départements. Au nom de la rigueur, la mesure phare du candidat Hollande sera donc réduite à peau de chagrin au détriment de la sécurité des Français, comme au temps de Sarkozy. Le Kärcher n’existe plus, mais le rideau de fumée est toujours là.

*Photo : Lisemai/Webstern socialiste

Pour qui votent les vétérans ?

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Barack Obama et Mitt Romney ont au moins deux points en commun : d’abord, ils n’ont jamais fait leur service militaire, une première depuis l’élection présidentielle de 1944. Pourtant, le démocrate et le républicain adorent également les forces armées et les « Vets ». Le candidat Obama veut gagner les cœurs d’un électorat traditionnellement républicain ; Mitt Romney s’emploie à les conserver. Selon le dernier sondage Gallup[1. Sondage Gallup réalisé du 11 avril au 24 mai 2012 sur un échantillon de 7000 vétérans.], Romney bénéficie de 24 points d’avance parmi les vétérans : 58% pour Romney, 34% pour le président sortant.
Il n’est donc pas surprenant que les deux candidats à l’élection présidentielle de novembre se soient affrontés le 28 mai, à l’occasion du Memorial Day, date à laquelle le pays commémore les morts et les blessés des guerres américaines.

À San Diego, sur la côte Ouest, le républicain, faute de hauts faits d’armes, s’était adjoint la présence et l’aura de John McCain, candidat malheureux en 2008, certes, mais héros du Vietnam. Quant à Barack Obama, il a tenté d’infléchir la tendance en prononçant, devant le Mur du Vietnam à Washington, un discours rendant hommage aux combattants du Vietnam, que la gauche des années 1970 conspuait et rejetait comme les ennemis de la nation américaine.[access capability= »lire_inedits »] « Le traitement infligé aux vétérans du Vietnam est une honte nationale », a-t-il déclaré, au risque de causer des dégâts dans la frange ultragauchiste de son parti. Il est vrai que les vieux babas sont des démocrates convaincus, et de toute façon une poignée en comparaison des 23 millions de vétérans – auxquels s’ajoutent les hommes et les femmes qui portent aujourd’hui l’uniforme, soit 3 autres millions de voix.

Ce jour-là, le corps des Marines, l’Armée, l’US Air Force, la Marine, et la Garde nationale se sont donné rendez-vous sur les pelouses du National Mall de Washington D.C. pour le défilé. Sous une chaleur humide, les groupes attendent leur tour. « Obama essaye de nous acheter, et je ne tomberai pas dans le panneau », affirme le caporal Jessie M., 22 ans, qui a servi en Irak pour l’US Army. À côté de ce Blanc du Kentucky, une Afro-Américaine, sœur d’un soldat tué en Afghanistan en 2011 proteste: « Il ne faut pas dire ça, le Président est sincère, et il fait ce qu’il dit. »

En janvier 2011, Obama a lancé un programme − Joining Forces − destiné à aider les vétérans : ceux d’hier, qui sont majoritairement à droite, et les nouveaux héros qui retournent chez eux, en proie au désarroi physique et émotionnel, et en pleine crise économique. Une population politiquement souple. Les principaux ministères et agences américaines ont signé un engagement en 50 points visant à trouver un emploi à ceux qui rentrent chez eux, à assurer aux épouses la stabilité de leur travail malgré les déménagements d’une base militaire à l’autre, à assister les nouveaux vétérans qui tentent de se suicider à un rythme toujours plus effrayant chaque année, ou encore à réduire le nombre de vétérans sans abri. De grandes entreprises américaines ont déjà tenu leurs promesses d’engager des milliers de militaires, dont les compétences techniques sont prisées. Ce programme s’ajoute aux mesures déjà adoptées par l’Administration démocrate, notamment la résurrection du GI Bill, qui offre aux vétérans une éducation quasiment gratuite.

Mais sur le Mall de la capitale fédérale, la plupart des militaires et des vétérans refusent de parler politique. « D’ailleurs, s’empresse d’ajouter le capitaine Morgan, des Marines, avec un clin d’œil à ses subalternes, on n’en parle jamais entre nous. » En réalité, il suffit d’avoir visité des casernes ou des hôpitaux militaires pour savoir que dans les chambrées, il est courant d’entendre : « Ce mec [Obama], n’est pas fiable, il n’est pas mon président. » Beaucoup croient encore – sans doute parce qu’ils veulent le croire − que l’occupant actuel de la Maison Blanche n’est pas citoyen américain, mais un affabulateur qui a contrefait son certificat de naissance. Un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, navigateur sur B17, m’assure que « le Président est un musulman à la solde de ceux qui n’aiment pas l’Amérique ». Le major Cook est célèbre, non pour ces actions d’éclat sur le terrain, mais pour avoir refusé de servir sous les drapeaux, parce qu’il ne reconnaissait pas la légitimité du président.

« Dis-moi qui a eu Ben Laden, trouduc ? C’est Bush peut-être ? », lance un soldat à un autre, moins gradé, qui met en cause le bilan d’Obama. Les plus longues opérations que les États-Unis aient jamais menées (Afghanistan et Irak), même avec des troupes exclusivement composées de volontaires, ont généré pas mal de désillusions. « On a été formés pour tuer, et on a fait de nous des gendarmes, avec leurs idées de se faire copains avec la population. La paix, les talibans, y’a un truc qui colle pas, là ! Tout ça pour sauter sur un engin explosif. Moi, merci, c’est pas pour ça que je me suis engagé, enrage le lieutenant Ben Milfred, 27 ans. On se tire de ces pays pourris, on n’en parle plus, et je fais davantage confiance aux « dems » qu’aux « reps » pour ça. Bush, comme Romney, ne pensent qu’à l’argent. » La mère d’un adolescent qui participe à la parade sous la bannière des jeunes Marines brandit une petite Bannière étoilée en hurlant : « Vive Romney, Vive l’Amérique ! » « De quoi je me mêle ? », demande, en la suivant du regard, une femme soldat, le sergent Harris. Même en uniforme, les femmes sont plutôt favorables à Obama, comme on l’a vu lors de l’élection de 2008.

Quant aux homosexuels, Obama espère bien qu’ils le remercieront d’avoir mis fin à la discrimination qui leur fermait la porte des forces armées américaines – sans compter sa prise de position en faveur du mariage gay. Tout cela aidera sans doute le candidat démocrate à gagner quelques cœurs dans les rangs de l’US Army. Il n’est pas sûr que cela lui suffise pour emporter la victoire dans cette nouvelle « guerre du Vet ».[/access]

*Photo : 7th Surgical Hospital (MA) Vietnam

Est-il au test ?

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On le sait, depuis le 1er juillet, il est obligatoire de posséder deux éthylotests dans nos automobiles. La nation hygiéniste, dans son louable souci d’éviter les carnages sur la route et de faire travailler les fabricants du gadget qui, comme pour tellement de produits manufacturés est de toute façon fabriqué en Chine, veut nous responsabiliser et miser sur notre honte à rouler bourrés, si par hasard, sortant d’un dîner arrosé, il nous viendrait à l’idée de souffler dans du plastique plutôt que d’allumer l’autoradio et un Partagas dans le même mouvement. On sait bien, au demeurant, que le jour où l’on voudra vraiment empêcher un conducteur ivre de démarrer, il faudra coupler l’éthylotest au démarreur. On espère juste que Peugeot, par exemple, n’avait pas prévu d’expérimenter la chose sur son site d’Aulnay, auquel cas il nous faudra attendre plus longtemps que prévu cette merveille de la technologie totalitaire.

Mais que diable, n’attendons pas tout de l’Etat et demandons aux partenaires concernés de montrer l’exemple. Par exemple, les moniteurs d’auto-école. L’un d’entre eux, dans le Sud-Ouest, a ainsi décidé d’user de la célèbre pédagogie par le contre-exemple. Contrôlé par la police après avoir été responsable de quelques dégâts matériels, il a affiché un joli trois grammes d’alcool dans le sang. Il n’avait pas d’éthylotest dans sa voiture et il a précisé, pour rassurer les pandores, que son activité se limitait à des cours de code de la route mais qu’il s’abstenait de donner des leçons de conduite. Et ton ballon, toi, tu le bois ou tu souffles dedans ?

Traité de Bruxelles : Hollande copie Sarkozy

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« Je ne suis pas pour une règle d’or constitutionnelle » avait prévenu le candidat François Hollande le 18 avril, avant d’ajouter qu’il cantonnerait « à une loi organique » la nécessité du redressement des comptes publics. Érigée en dogme, cette dernière se voyait déjà consacrée par le traité européen de discipline budgétaire que Nicolas Sarkozy avait paraphé au mois de mars. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts au-dessus du Rhin et moyennant des appels incantatoires à la croissance et à la taxation des flux financiers, le traité de Bruxelles renégocié par Hollande et Merkel a réintroduit la règle d’or par la petite porte.

Vendredi, notre président normal a saisi le Conseil Constitutionnel pour que ce dernier statue si, oui ou non, la ratification du « traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’union économique et monétaire » du 2 mars nécessitait de réviser la Constitution. Une façon habile de refiler la patate chaude aux Sages en dissimulant le flou donc le loup[1. Comme dirait la grand-mère de Martine Aubry] qui se niche derrière cet énième échafaudage européen fait d’un double enrobage Sarkozy-Hollande. Le 14 juillet, durant le grand entretien présidentiel, rebelote : le chef de l’Etat confirme son refus d’inscrire la règle d’or dans la Constitution et ce, quelle que soit la décision du Conseil Constitutionnel. Chapeau ! Par cet habile pas de côté, le président préserve les apparences tout en rassurant agences de notation, Commission Européenne et marchés financiers : une loi organique servira bien de cache-sexe à la “rigueur de gauche” made in Hollande.

Dans la majorité parlementaire fraîchement élue, si l’on ne rue pas encore dans les brancards, révision constitutionnelle ou pas, on ne trouvera peut-être pas 350 godillots prêts à voter le traité de Bruxelles – reprenant les grandes lignes du pacte budgétaire Sarkozy-Merkel- comme un seul homme. Il semble même que les pommes de discorde européennes de 1992 (Maastricht) et 2005 (Traité Constitutionnel Européen) refassent surface, comme si la déesse Thétys se glissait à intervalles réguliers dans les pas d’une gauche française qui louvoie perpétuellement entre Tours et Bad-Godesberg.

Alors qu’une contribution commune Ayrault-Aubry est annoncée pour le congrès socialiste de Toulouse à l’automne, les rares voix dissonnantes à la gauche du PS sont priées de faire silence. Histoire de conjurer les tristes précédents de Rennes (1990) et Reims (2008), où la foire d’empoigne tourna au vaudeville, Solférino et Matignon ont conjointement décidé d’imiter l’UMP des années Chirac, lorsque pas un seul nuage ne se glissait entre l’exécutif et le Politburo. A la gauche du PS, malgré toutes les couleuvres avalées depuis deux mois, on est prié de la mettre en veilleuse, jusque dans le camp Montebourg qui hésite entre le la mineur et la crise complète d’aphasie pour accompagner l’enterrement de son programme protectionniste. Quant au sympathique ministre délégué à l’Economie solidaire Benoît Hamon, sa contribution sociale à ”l’effort juste” semble jusqu’ici se borner à vouloir “mettre du beurre dans les épinards”. Celui-ci répète (pour mieux s’en convaincre ?) : “C’est bien une autre politique que nous menons, et cela s’illustre de mille manières”. Bel exercice de solidarité gouvernementale pour l’ancien protégé d’Henri Emmanuelli, aujourd’hui coincé à Bercy entre les socdems assumés Moscovici et Cahuzac. En guise de lot de consolation, Hamon est laissé libre de mettre l’imagination au pouvoir et d’“illustrer ce que va être l’économie du changement, et qu’il existe une alternative à un modèle capitaliste classique”, dans la droite ligne de Pascal Lamy, directeur général de l’OMC, qui entame chacun de ses discours par la formule liminaire : “il y une alternative au capitalisme” avant de nous expliquer comment le faire fleurir par la dérégulation tous azimuts. Bref, pour la radicalité réelle, on repassera…

Ainsi, quel que soit le nom du prochain locataire de Solférino, Désir, Cambadélis ou… Aubry, motion de synthèse aidant, l’hôtel particulier du PS sera le dernier lieu où parler des questions qui fâchent : fédéralisation de la dette et de la rigueur, gestion de la crise de l’euro, politique industrielle, coupes drastiques dans la fonction publique, etc. Un voile pudique d’unanimisme sera posé sur la surface des choses, du moins jusqu’à ce que les décombres des espoirs déçus, les rivalités et les frustrations des uns et des autres ne resurgissent à la faveur des élections locales de 2014, loin d’être acquises à la majorité sortante.
Au fond, pour échapper aux faux-semblants du pouvoir et s’engager sur la pente raide des vrais débats de fond, sans doute faut-il bifurquer à la gauche de la gauche, là où on n’enterre pas (toutes) ses convictions sous les lambris dorés des ministères.

Bien qu’ébaubi par ses revers aux législatives, le Front de Gauche n’a pas de mots assez durs contre le traité budgétaire et exige la tenue d’un référendum. Cruel mais juste, l’ancien rival communiste de Jean-Luc Mélenchon André Chassaigne, aujourd’hui chef du groupe FDG à l’Assemblée, souligne le hiatus entre la politique nationale de Hollande et ses engagements bruxellois : “Les mesures fiscales positives (présentées mercredi dernier en Conseil des ministres) risquent de se heurter au mur du pacte budgétaire, voté dans la précipitation. »
Il n’est jusqu’au d’ordinaire très timoré Pierre Laurent, premier secrétaire du PCF, pour ne fustiger ce “super-Maastricht” et imputer à François Hollande la responsabilité de ne pas avoir véritablement renégocié le traité budgétaire Sarkozy-Merkel. Pour un peu, on se croirait revenu aux heures les plus glorieuses de la gauche antilibérale, lorsqu’en 2005 Fabius, Mélenchon, Buffet et tant d’autres cherchaient à rallier la majorité des Français au NON contre le Traité Constitutionnel Européen. Leur victoire à la Pyrrhus, 55% le temps d’un printemps sans lendemain électoral qui chante, laisse espérer au Front de Gauche un mini-tsunami politique en sa faveur, si jamais le tandem Hollande-Ayrault se résignait à consulter les Français sur leur souveraineté budgétaire.

Mais ne rêvons pas. Pour la gauche de gouvernement, inscrire la règle d’or dans la Constitution ou soumettre le traité de stabilité budgétaire à référendum équivaudrait à un terrible aveu. Dans les deux cas, François Hollande s’appuierait sur les voix de l’opposition de droite et du centre. Les piliers de la gauche du PS feraient alors contre mauvaise fortune bon coeur et avaleraient leur chapeau social en attendant des jours meilleurs. Et l’UMP perdrait certainement à afficher sa collusion avec le PS, Fillon, Copé et Jacob devant enfin reconnaître que la France hollandiste n’est pas l’Albanie d’Enver Hodja. Bref, les seuls gagnants d’une révision constitutionnelle parlementaire ou d’une consultation populaire seraient les deux Fronts, national et de gauche. Autant dire que François Hollande ne leur fera pas ce cadeau inespéré : pour être désespérément normal, l’ancien premier secrétaire du PS n’en reste pas moins fin stratège.

*Photo : Nicolas SAL1

Cannes : la Palme du conformisme

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Le jury du 65e Festival de Cannes a décerné la Palme d’or à Amour, de Michael Haneke, qui réussit la gageure d’allier l’absence de style au conformisme moral le plus affligeant. Ce cinéaste nous donne, année après année, des films de facture lisse et morne, dépourvus de tout enjeu esthétique, au service de récits aigres qui tentent de manipuler le spectateur afin de lui donner une bonne leçon. Rien de très nouveau sous le soleil cannois : si l’on excepte la parenthèse enchantée 1976-1980, au cours de laquelle furent récompensées des œuvres majeure (Taxi Driver, Padre padrone, L’Arbre aux sabots, Apocalypse Now, Kagemusha), Cannes s’est pratiquement toujours trompé, honorant avec constance des œuvrettes à la mode qui furent promptement oubliées, et passant à côté des plus grands films.[access capability= »lire_inedits »]

En 1946, le premier Festival accorda la plus haute distinction, qu’on n’appelait pas encore « Palme d’or », à la besogneuse Bataille du rail de René Clément, et snoba trois films qui figurent parmi les plus beaux de l’immédiat après-guerre : le mythique Gilda, de Charles Vidor, l’enchanteur La Belle et la bête, de Jean Cocteau, ainsi que le plus troublant film d’amour d’Alfred Hitchcock, Les Enchaînés ! Le ton était donné. Le Festival devait, à quelques exceptions près, privilégier l’académique professoral ou le clinquant sans profondeur, se méfiant comme de la peste des insurrections poétiques.
En 1955, la Palme d’or (première du nom) est attribuée à Marty, de Delbert Mann, banale comédie romantique qui éclipse le romantisme noir du chef-d’œuvre de Mizoguchi, Les Amants crucifiés. En 1959, l’opérette filmée Orpheu Negro occulte l’un des premiers films emblématiques de la Nouvelle Vague, Les 400 coups de Truffaut.

En 1962, les poncifs de La Parole donnée, d’Anselmon Duarte, éclipsent le mystère de L’Éclipse d’Antonioni et la grâce du Procès de Jeanne d’Arc, de Bresson, tandis qu’en 1966, l’égrillard Ces Messieurs dames, de Pietro Germi, l’emporte sur le lyrisme du Docteur Jivago, de Lean, et sur l’épique Falstaff de Welles.
En 1973, La Méprise, d’Allan Bridges, pourtant très conventionnel, est préféré à l’iconoclaste Grande Bouffe, de Marco Ferreri, ce qui laisse penser qu’en ces années si fières de leur subversion, il valait mieux traiter de la lutte des classes à fleurets mouchetés qu’à coups de hachoir. Et durant les années 1980, qui voient l’exotisme érigé en valeur et l’histrionisme en mode d’expression, la précision et l’intensité de Nostalghia, de Tarkovski, et de Thérèse, d’Alain Cavalier, sont négligés au profit des mélodrames boursouflés de Shohei Imamura, La Ballade de Nayarama (1983), et de Roland Joffé, Mission (1986).
Le reste est à l’avenant : en 2004, Michael Moore, qui signe Fahrenheit 9/11, film de propagande relooké en documentaire citoyen, est préféré à des cinéastes de la trempe des frères Coen, de Wong Kar-wai, de Kusturica ; en 2008, le naturalisme médiocre d’Entre les murs, de Laurent Cantet, adapté de Bégaudeau, gagne contre Two Lovers, le chef-d’œuvre de James Gray, adapté de Dostoïevski ; en 2009, l’exécrable Ruban blanc, pensum sans risque d’Haneke, est préféré à des films aussi jouissifs et audacieux que Les Herbes folles, de Resnais, Inglourious Basterds, de Tarantino, ou Enter the Void, de Gaspar Noé…

Emmanuel Mounier disait que « le bourgeois est l’homme qui a perdu le sens de l’Être, qui ne se meut que parmi des choses, et des choses utilisables, destituées de leur mystère ». Cannes est un festival bourgeois qui commence par apprivoiser un Guépard (1963) pour finir par n’attraper qu’une Anguille (1997), un festival qui nous a, des décennies durant, prouvé qu’il se méprenait avec constance, ou plutôt qu’il restait fidèle à sa nature bourgeoise, c’est-à-dire craignant ce qui n’est pas confortable, homologué et prévisible. La cuvée 2012 ne fait que confirmer ce diagnostic, avec Carax et Cronenberg, grands créateurs de formes, oubliés par ce palmarès de l’entre-soi (la plupart des lauréats avaient déjà été fêtés les années précédentes), comme ils l’avaient d’ailleurs déjà été pour Pola X (1998) et History of Violence (2005).

Une telle constance dans l’erreur, la facilité, le mépris de l’art ne laisse pas d’inquiéter. Mais à ce stade d’incompétence, être oublié par le jury cannois est la plus belle consécration qui soit ![/access]

*Photo : buzzbuzz

À Rome avec Woody Allen

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Ce qu’il y a de plus surprenant avec Woody Allen, c’est qu’il ne nous déçoit jamais totalement. Juste un peu. Que ce soit à Barcelone, à Paris ou à Rome, il court au-devant des clichés de manière si primesautière qu’on le suit malgré nous en se disant :  » Mais le pauvre, à son âge, il finira quand même par faire un faux pas. » Eh bien non : ce qu’il a perdu en profondeur, il l’a gagné en virtuosité. Il nous offre du Woody Allen avec une telle fantaisie qu’on est subjugué. J’étais avec lui à Rome, je l’accompagnerai demain à Berlin ou à Vienne. Les souvenirs du Troisième Homme et la Grande Roue devraient l’inspirer.

Il est exceptionnel qu’on ne se lasse pas d’un compagnon de voyage aussi grincheux et ressassant. Il nous sert toujours le même plat, savamment dosé de coups de foudre foireux, de quiproquos cauchemardesques, de sarcasmes légers, le tout saupoudré de psychanalyse et relevé par une musique ad hoc. La méthode est éprouvée et elle n’est jamais éprouvante. Une forme de grâce. Je plains celles et ceux qui n’y sont pas sensibles. Sans doute n’aiment-ils ni les cartes postales, ni les situations incongrues et moins encore une désinvolture plus élégante qu’il n’y paraît. C’est pourtant ce qui donne tout son sel à l’existence. Et comment oublier cette requête géniale de Woody demandant à Freud de le rembourser ? Voilà au moins ce que je ne lui demanderai jamais.

L’engin furtif ultime

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L’Intrus de Paul Harper (Série Noire) est un exemple parfait de la manière dont le roman noir sait rendre compte des métamorphoses les plus inattendues de notre temps. Voilà décidément un genre qui témoigne aussi sûrement de son époque que le journalisme. D’ailleurs, Paul Harper est le pseudonyme de David Lindsey, une des plumes du New York Times. Mais la différence entre le journalisme et le roman noir s’appelle précisément la littérature. Toute la documentation du monde peut faire un grand article mais ne remplace pas l’intuition déployée dans le roman pour cerner de manière inédite les nouvelles lignes de fracture de notre monde.

Ici, il est question de manipulation mentale. Le sujet, apparemment, n’est pas neuf. Les amateurs du grand roman noir américain de l’après-guerre se souviennent sans doute des polars psychotiques d’Helen Mac Cloy avec La Vierge au sac d’or, de William Irish avec J’ai épousé une ombre ou encore du trop méconnu Puits de velours de John Gearon, un des titre phares de la collection Série Blême, éphémère petite sœur de la Série noire dans les années cinquante.

Mais Paul Harper, lui, écrit après le 11 septembre, après les guerres contre l’Empire du mal, le Patriot Act et la torture institutionnalisée et juridiquement excusée. Il écrit aussi après que la privatisation de la guerre est devenue une réalité. Depuis dix ans, on trouve sur les grands champs de bataille de l’Occident de plus en plus de mercenaires. On ne les appelle plus comme ça, bien entendu, puisque la planète entière s’est mise à parler avec les euphémismes propres aux conseils d’administration. On parle plutôt de « contractors ». Ils sont moins romanesques que les « affreux » de Bob Denard mais ils sont beaucoup mieux équipés, mieux en tout cas que les soldats des armées officielles.

Dans L’Intrus, qui se déroule à San Francisco, une psychanalyste de la haute société s’aperçoit que deux de ses patientes, sans le savoir, ont le même amant. Elle s’aperçoit aussi que ces deux femmes sont de plus en plus fascinées par cet homme qui semble devancer leurs désirs, leurs peurs, leurs fantasmes sexuels les plus précis. Le problème, c’est qu’à moins de bénéficier d’une formidable prescience, l’amant en question ne peut connaître les secrets de ces femmes sans avoir eu accès aux comptes-rendus des séances d’analyse. La psy, prise entre les nécessités du secret médical et la position sociale de ses clientes qui sont les épouses d’hommes importants, décide de faire appel à une agence privée de renseignement. Le patron de cette agence découvre assez vite qu’effectivement l’amant des deux femmes s’introduit régulièrement chez la psy et utilise les notes pour accroître la dépendance affective des deux femmes. Le tout est de savoir qui est cet homme et quel est exactement son but.

L’Intrus de Paul Harper est le récit de cette enquête parallèle qui se déroule sur moins d’une semaine et ressemble à un jeu du chat et de la souris avec des chausse-trappes psychiques qui sont bien plus dangereuses que les coups de feu. Oppressant, feutré, morbide, ce roman nous met sur la trace d’un ancien soldat, émargeant désormais dans une des armées privées les plus puissantes du monde, chargée de faire le sale boulot que les gouvernements ne veulent plus endosser officiellement.
Spécialisé dans les « interrogatoires poussés », il ne joue jamais sur la violence physique mais a un véritable don pour déstabiliser jusqu’au suicide ses proies à partir de la simple lecture de leur dossier : « Quand nous saurons retourner l’esprit d’un homme contre lui-même, utiliser son ombre pour l’amener à s’autodétruire, nous pourrons dire que nous maîtrisons les vrais pouvoirs de la psyché. Son potentiel en fait l’une des armes les plus meurtrières dont nous puissions disposer. L’engin furtif ultime. Avec des applications dont nous n’avons même pas idée. »

On laissera évidemment le lecteur découvrir le dénouement mais qu’il sache que le principal intérêt du roman de Paul Harper est dans la peinture terriblement convaincante d’un criminel d’un genre totalement nouveau.

Paul Harper, L’Intrus (Série Noire, Gallimard, 19, 50 euros)

*Photo : http://images1.wikia.nocookie.net