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Les troubles bipolaires de la presse de gauche

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Audrey Pulvar, compagne du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, rejoint Les Inrockuptibles, ancien hebdomadaire culturel habilement transmué en titre d’information générale par Matthieu Pigasse (membre du PS) en 2010, condition d’obtention des subventions oblige. Selon Les Echos, elle occupera le poste de directrice générale, en charge de l’éditorial. Par ailleurs, David Kessler, a rejoint l’Elysée quelques semaines plus tôt, en tant que conseiller médias et culture du Président de la République. Ce jeu de chaises musicales n’est que moyennement amusant : ses tenants et aboutissants engagent rien moins que les coudées franches des journalistes au sein de leurs rédactions. Et démontrent, si besoin était, que La Comédie humaine de Balzac n’a rien perdu de son actualité : les hommes rêvent de grandeur, mais se soumettent à leurs instincts les plus égotistes et à leurs intérêts bien compris.

La presse française, tout occupée à entonner son lamento sur un lectorat qui la boude, est abîmée par des accointances politico-économiques, des financements abscons et des conflits d’intérêt indignes d’un 4e pouvoir dont la liberté et l’éthique se sont rangées sous la bannière du 5e : le réseautage. Après deux ans d’enquête, c’est en substance la sirène d’alarme qu’actionne Benjamin Dormann dans cet essai particulièrement mordant, voire visionnaire : Ils ont acheté la presse (éditions Jean Picollec).

Sa cible : la presse dite « de gauche », ses propriétaires et grands veneurs dont il ne doute pas une seconde des convictions idéologiques – qu’il se garde d’ailleurs bien d’éreinter. Si ce consultant, ancien trésorier d’un parti « divers gauche », met les pieds dans le plat du petit monde, c’est pour porter le débat sur l’agora démocratique. Les affinités électives y sont théoriquement sacrées et relèvent de la sphère privée. Il en va autrement des alliances et privilèges que les « Etats généraux de la presse écrite », lancés en octobre 2008 par Nicolas Sarkozy, probablement pour s’acheter la bienveillance du secteur, ont scellés à coup de centaines de millions d’euros de subventions supplémentaires.

L’ultra-interventionnisme étatique de l’ex-Président à cet égard, et la distribution des prébendes que la quasi-totalité de la profession[1. Hormis Le Canard enchaîné et Arrêt sur images.] a réclamées et acceptées au nom de son « indépendance » n’ont fait l’objet d’aucun commentaire. En revanche, on se souvient des unes et des colonnes interminables sur les amitiés de Nicolas Sarkozy avec Arnaud Lagardère, Martin Bouygues, Serge Dassault et Vincent Bolloré. Bien réelles, ces affinités-là ont été mises au jour par de courageux journalistes empreints de déontologie… A qui le tour ? Aux industriels et financiers de gauche qui, contrairement à ceux de droite, investiraient dans la presse, à les en croire, par pure philanthropie : « Je ne conçois pas l’acquisition des Inrocks comme un investissement financier, mais plutôt comme un engagement à la fois intellectuel, politique et affectif », déclarait Matthieu Pigasse dans Libération en 2009.

Ils ont beau être talentueux et sympas, Denis Olivennes et Matthieu Pigasse, pour ne citer qu’eux, sont dans le collimateur de Benjamin Dormann. Olivennes, qui évoque volontiers sa jeunesse de lycéen trotskyste, non parce qu’il est énarque, ancien conseiller du ministre socialiste des Finances et ancienne plume de Laurent Fabius, mais parce que, directeur du Nouvel Observateur pendant près de trois ans (il est actuellement directeur du pôle Médias du groupe Lagardère Active), celui qui titrait « Il faut interdire les stock-options » en avait largement bénéficié à Canal+ puis à la Fnac, où les employés se souviennent de sa cuisante « doctrine sociale ». En affirmant « diviser son salaire par cinq ou six » lorsqu’il était à la tête de l’hebdomadaire pour justifier gel des salaires et licenciements de pigistes précaires, peut-être omettait-il de mentionner les confortables dividendes et autre salaires dont il bénéficia alors en tant que président du directoire de la société industrielle SFA, fleuron du groupe Perdriel (propriétaire du Nouvel Obs).
Dormann épingle largement le cumul des fonctions ambiguës auxquelles se livre aussi le millionnaire Matthieu Pigasse, ex-conseiller technique du cabinet de DSK et ancien collaborateur de Laurent Fabius au ministère des Finances, associé-gérant et directeur France de l’une des plus puissantes banques d’affaires (Lazard), propriétaire des Inrockuptibles et co-actionnaire du Monde (33%) et du Huffington Post (15% ; Le Monde en détenant 34%). Celui-là même qui convoite Libération.

Mais foin de ces basses questions pécuniaires analysées dans cet ouvrage avec force détails croustillants. Les « puissances de l’argent », on l’aura compris, n’ont guère de couleur politique. Benjamin Dormann tire donc aussi à boulets rouges sur « ce confortable positionnement politique de social-démocratie à la française, où l’on peut sans scrupule cumuler une fortune personnelle, fut-ce au détriment d’autrui, tout en restant dans le camp du bien, moralement supérieur ».

A qui le tour, cette fois-ci ? Entre autres, Laurent Joffrin, ex-directeur général unique et seul membre du directoire de l’actionnaire de Libération, nommé ensuite président du directoire du groupe Nouvel Observateur après avoir cédé la place à Nicolas Demorand, parachuté par Edouard de Rothschild, malgré une motion de défiance de la rédaction approuvée à 78% … Cumuler les fonctions tout en se réclamant de chartes sans substance, congédier les têtes qui dépassent ne seraient que du détail si les apparences restaient sauves, loin du vocabulaire familialiste (au sein des rédactions) et compassionnaliste (dans les articles) que fustige Benjamin Dormann…

Si ce dernier éreinte, c’est sans animosité qu’il s’impatiente : le public a le droit de savoir. A propos, quand se met-on à table ?

Benjamin Dormann, Ils ont acheté la presse (éditions Jean Picollec)

*Photo : Les Inrockuptibles

Noir dessin

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L’Étranger de Camus est aujourd’hui un jeune homme de 70 ans. Paru pour la première fois en 1942, ce court roman intégralement écrit au passé composé met en scène Meursault, l’antihéros par excellence, l’homme absurde jeté dans un monde qu’il ne comprend pas, ou plus. On lui trouve déjà, dans ces années-là, des petit frères en déréliction comme le Roquentin de La Nausée, Le Feu follet de Drieu, voire le Bardamu de Voyage au bout de la nuit.

Pour fêter cet anniversaire, Futuropolis et Gallimard offrent de ce livre étudié par des générations d’élèves une édition illustrée par José Munoz. L’Étranger est sans doute le plus grand roman de Camus parce que c’est un constat : or, les écrivains sont bien meilleurs dans le constat que dans les solutions. Alors que La Peste a terriblement vieilli, avec ses leçons de morale sur la fraternité, l’engagement, la solidarité, L’Étranger a gardé sa pureté mystérieuse de roman noir qui se refuse à toute démonstration.[access capability= »lire_inedits »] Meursault, indifférent à tout, y compris à lui-même, ira ainsi jusqu’au meurtre dans une manière d’indifférence cotonneuse. Sa figure est d’autant plus angoissante et tristement moderne qu’elle nous ressemble mais, dans le même temps, demeure définitivement opaque.

C’est ce qu’a compris le dessinateur argentin José Munoz. D’où son choix du noir et blanc et ses cadrages évoquant les films policiers américains des années 1940 et 1950. On se croirait parfois dans La Nuit tombe, de Jacques Tourneur, ou dans Quand la ville dort, de John Huston. Il parvient ainsi à faire saisir au lecteur plastiquement, concrètement, ce fameux sentiment de l’Absurde. Certaines images, volontairement décentrées, sont proches d’une abstraction cauchemardesque. D’un dessin à l’autre, nombre de détails sont grossis jusqu’à devenir inintelligibles et les visages ont tous les traits durcis par les contrastes entre l’ombre et une lumière trop crue. Même la sensuelle Marie Cardona, la maîtresse de Meursault, ressemble à une sirène qui se noie quand elle se baigne ou fait l’amour. Munoz, pour ajouter à notre trouble, prête parfois vaguement à Meursault les traits d’Albert Camus, mais d’un Camus dénué de sa belle sérénité photographique d’icône nobélisée. C’est que le dessinateur veut nous amener à l’essentiel : L’Étranger est une manière d’alterfiction dans laquelle Camus utilise la première personne et explore ce qu’il aurait pu devenir lui-même s’il n’avait pas su donner un sens à sa vie d’homme.

Munoz n’a pas oublié que L’Étranger se déroule à Alger sous le signe tragique du solaire, du plein midi qui boit toute la lumière. Dessinée par fragments, la ville restituée par Munoz est un lieu étouffant pour un homme lui-même étouffé. Depuis la célèbre édition du Voyage au bout de la nuit illustrée par Tardi, Futuropolis montre un vrai talent pour révéler des correspondances entre sensibilité graphique et génie littéraire. Bien plus que d’une simple illustration ornementale, il s’agit d’une invitation à revisiter un grand classique.[/access]

L’Étranger, d’Albert Camus, accompagné des dessins de José Munoz (Futuropolis/Gallimard).

*Image: José Munoz

Égypte : les salafistes veulent raser les Pyramides !

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Après l’appel, l’an dernier, des responsables du parti salafiste égyptien An-nour (La lumière !)[1. Le poids des salafistes en Égypte, qui ont fondé leur parti après la révolution de 2011, est considérable puisqu’ils sont arrivés en deuxième place aux dernières élections législatives en janvier 2012 et avaient alors obtenu 121 sièges, soit 24% des voix.] à recouvrir les pyramides de cire afin de les rendre invisibles aux touristes et mettre ainsi fin au culte « païen » qui leur serait rendu, plusieurs hauts représentants de l’islam sunnite, comme le cheikh saoudien Ali Ben Said al-Rabi’i[2. Récemment, ce dernier s’est rétracté, affirmant que son compte Twitter aurait été piraté !] ou le cheikh bahreïni Abd al Latif al Mahmoud, ont demandé au nouveau président Mohamed Morsi de détruire purement et simplement ces vestiges de l’Égypte Ancienne. Selon ces docteurs de la loi coranique, la démolition des pyramides représenterait l’accomplissement de la volonté du prophète Muhammad et de son compagnon Amr Ibn al-As, lequel envahit et conquit l’Égypte aux alentours de l’année 641 mais ne put, en son temps, réaliser cette démolition. La référence à ce dernier dans les propos de ces personnalités religieuses n’est pas un hasard. A la suite de l’implantation de l’Islam en Égypte à cette époque, de nombreuses reliques de l’Égypte ancienne furent en effet détruites car jugées blasphématoires.

Rappelons également que pour la majeure partie des historiens, l’ordre d’incendier la bibliothèque d’Alexandrie fut donné par le calife Omar en 642 et exécuté par le même Amr Ibn al-As, même si cette hypothèse fait aujourd’hui débat[3. Cette théorie fut pour la première fois remise en question par l’anthropologue et sociologue Gustave Le Bon au XIXème siècle. Pour lui, elle serait le fruit d’une manipulation montée par les Croisés pour discréditer les arabes.]. Enfin, ce n’est pas la première fois dans l’histoire de l’Égypte que la destruction d’une pyramide est évoquée. Ce fut le cas au XIXème siècle, lorsque le vice-roi d’Egypte Mehmet-Ali (1769-1849) avait envisagé de détruire l’une des pyramides de Gizeh pour en faire une carrière de matériaux de construction, comme en atteste la retranscription d’un courrier adressé à ce dernier par le consul général de France à Alexandrie de l’époque.

La destruction des pyramides signifierait pour une mort économique certaine et un isolement définitif du Caire au sein de la communauté internationale. Mais un tel scénario est-il seulement envisageable ?

On se pince pour y croire. Un tel projet paraît inconcevable et choquant en Occident et nous dépasse par son extrémisme. Imagine-t-on un seul instant Jean Luc Mélenchon appeler à la destruction de Notre-Dame pour faire table rase du passé ou Marine Le Pen à celle de la Grande Mosquée de Paris au nom de la défense des racines chrétiennes de la France ? C’est pourtant ce que rapporte dans un article le site conservateur Frontpagemag. Cela a de quoi inquiéter ! Que serait l’Égypte sans les pyramides ? Autant imaginer New York sans la statue de la Liberté, Paris sans la Tour Eiffel ou l’Île de Pâques sans ses gigantesques et célèbres statues !

En outre, une telle démolition serait une catastrophe pour l’économie du pays, d’autant plus que les revenus du tourisme ont déjà baissé d’un tiers en 2011 selon le ministère du tourisme égyptien, notamment en raison des déclarations des responsables du parti salafiste sur la consommation d’alcool et les bikinis sur les plages qui effraient les touristes potentiels. Rappelons à toutes fins utiles que le tourisme est un secteur vital pour l’Égypte, puisqu’il emploie 12% de la population active et rapporte plus de 12 milliards de dollars par an au pays.

La question reste de savoir si le président Mohamed Morsi fera preuve d’assez de rigorisme religieux pour mettre en œuvre ce vœu pieux. Suivra-t-il l’exemple des talibans qui détruisirent les Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan en mars 2001 ou celui des islamistes du groupe armé Ansar Eddine (Compagnons de l’Islam) qui s’acharnent actuellement sur les mausolées de Tombouctou au Mali ? Vu le tournant libéral qu’ont pris les Frères musulmans ces dernières années (ce qui leur a permis d’accéder au pouvoir), le doute reste néanmoins de mise. Comme une grande majorité de leur électorat vit du tourisme, la logique voudrait qu’ils fassent preuve de pragmatisme en la matière.

*Photo : United Nations Photo

Denis Baupin, M. le vice-président

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M. Denis Baupin, ingénieur de la prestigieuse école Centrale des arts et manufactures de Paris, doit savoir qu’il ne peut s’attribuer le moindre mérite de la baisse supposé du taux des oxydes d’azote dans l’air de la capitale. Les progrès remarquables obtenus par tous les constructeurs européens dans la motorisation des véhicules, et la mise en place du pot catalytique, en 1993, sont plus certainement à l’origine de cette amélioration que les gesticulations des Verts. J’ignore encore, à ce jour, de quelle grande action les membres de ce parti d’envahissants ambitieux pourraient se targuer ! En revanche, je vois bien le profit personnel que ses excellences et ses apparatchiks ont tiré de leurs manœuvres de coulisse : promotion individuelle, quête sans vergogne des emplois et des charges dans l’appareil d’État, recherche effrénée des honneurs et des avantages.

Denis Baupin, député Europe Écologie-Les Verts, est surtout connu des parisiens pour son évidente satisfaction à rouler à bicyclette, surtout devant les caméras de la télévision, ainsi que pour sa détestation des automobilistes. Il déclarait récemment : « Je suis disponible pour prendre des responsabilités dans le groupe[…] j’ai envie de participer activement à mettre en oeuvre ce sur quoi on s’est engagé […] Je n’ai pas arrêté mon choix […] J’ai envie que ça se passe dans une ambition collective, envie que ce groupe puisse trouver son unité dans le fait que chacun trouve sa place. […] il y a différentes fonctions pour le groupe écologiste qui pourraient être occupées dans l’Assemblée ». Un tel charabia, qui donne l’air avantageux, pour traduire son impatience à profiter de la victoire de l’allié socialiste ! M. Baupin serait-il un solliciteur de prébende, dissimulé derrière un masque de serviteur désintéressé ? Depuis quelque temps, déjà, cet homme, qui n’est pas connu pour son élégance, avait sacrifié aux usages vestimentaires de ceux qui prétendent à des responsabilités : costume strict et cravate. Sa métamorphose d’apparence lui fut bénéfique, et son offre de service a été entendue : le voilà vice-président de l’Assemblée nationale !

Ce que les écologistes n’obtiennent pas du peuple, ils le gagnent auprès des maîtres du pouvoir.

Inquisitio : pas de quoi fouetter un Cuche

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Qu’il est difficile de renoncer à la douce amertume que procure le sentiment d’être offensé ! Avant même sa diffusion, Inquisitio, la série de France 2 qui met en scène un inquisiteur du XIVe siècle au moment du grand schisme d’Occident, a provoqué une avalanche d’articles moqueurs et outragés chez mes amis cathos qui condamnent, unanimes ou presque, l’antichristianisme virulent de la série, son propos caricatural et bêtement manichéen, digne disent-ils, des heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire anticléricale. Les blogueurs cathos ont en chœur crié haro sur le baudet du service public qui, paraît-il, nous vole notre argent pour nous insulter. De tous les camps retranchés de la blogosphère papiste une clameur a priori bien légitime montait : « sus à la cathophobie d’Etat ! ».

Je n’avais pas regardé les deux premiers épisodes mais j’étais remonté à bloc par la mobilisation des bouffeurs de bouffeurs de curés, prêt moi-même à tous les sarcasmes et à découvrir de nouveaux clichés ridicules à pourfendre. Bien calé dans les starting-blocks de l’indignation, quoique vautré dans mon canapé, je frissonnais déjà de plaisir à l’idée de toutes les horreurs que j’allais entendre. Eh bien, j’ai été très déçu. Enfin, je veux dire, agréablement surpris. La série est loin d’être aussi caricaturale que ce que l’on m’avait promis et j’ai même pris du plaisir à certaines scènes. Si l’on peut regretter l’abus d’une brume furieusement moyenâgeuse, d’une manière générale, les décors et la lumière sont soignés, et le scénario prenant. Plus encore, l’intrigue me semble porteuse de possibilités intéressantes. On attend des bouleversements de la psyché de certains personnages dans les prochains épisodes. A mille lieues de ces séries américaines partout célébrées, où rien ne bouge jamais car les personnages y sont toujours sempiternellement fidèles à eux-mêmes et à leurs personnalités grossièrement dépeintes, en deux traits de caractère maximum. On reproche en outre à la série de ne pas être fidèle à la vérité historique. Mais est-ce le rôle d’une fiction que de l’être ? Franchement, que nous importe que Fanfan, pour la Madame de Pompadour historique, n’avait pas la tête de Gérard Philipe, mais celle d’Alexandrine, sa fille ?

Alors, pourquoi tant de hargne à l’encontre de la série ? N’y a-t-il pas ici un léger effet de meute qui s’est emparé de la blogosphère catholique ? Il m’est arrivé assez souvent de dénoncer ce genre de phénomène chez les critiques du Pape pour ne pas hésiter à le souligner quand je crois le percevoir chez mes amis. Avant de condamner Inquisitio aux ténèbres extérieures de la cathophobie, peut-être aurait-il fallu tourner notre index vengeur sept fois au-dessus du clavier avant d’appuyer sur la touche envoi. Etre fidèles, en prenant notre temps, à l’Inquisition dans ce qu’elle a de meilleur, lorsqu’elle substitue au lynchage immédiat une longue procédure de recherche de la vérité. En outre, avant de condamner, un peu d’introspection ne fait jamais de mal. Avouons-le sans détour, sans même avoir à subir pour de vrai les foudres des Torquemada contemporains, nous éprouvons nous autres cathos une légère jouissance à nous imaginer le centre de la haine, l’objet des préjugés les plus bêtes, de la doxa contemporaine.

Bon, pour être tout à fait honnête, je dois avouer qu’il m’est arrivé d’être décontenancé par certaines scènes, et même horrifié par d’autres. Il y a d’abord les scènes gore qui semblent être devenues obligatoires dans la fiction contemporaine et qui pourtant n’apportent rien, sinon le plaisir contestable de jouir de la violence exercée par procuration. Ensuite, entendre quelqu’un défendre son droit à « faire des recherches » librement ou un autre pourfendre certaines « théories du complot » donne plus l’impression que l’on est en train de consulter un forum citoyen sur internet que de regarder une série consacrée à des querelles religieuses du XIVe siècle. Un autre passage dans lequel on torture un homme pour obtenir les aveux d’un autre me semble bien peu fidèle à l’Inquisition elle-même (malgré toutes ses dérives bien réelles reconnues par l’Eglise) et plutôt emprunté à une mauvaise série américaine. J’avoue enfin que, comme beaucoup, j’ai eu de la peine pour la merveilleuse Catherine de Sienne transformée en sorcière fanatique inoculant la peste à ses ennemis. Mais il faut entendre l’auteur de la série, Nicolas Cuche, lorsqu’il déclare faire amende honorable et regretter profondément avoir heurté des croyants en baptisant ainsi ce personnage atroce, qui n’a bien sûr rien à voir avec Catherine, sainte et docteur de l’Eglise. Pardonnons-lui, puisqu’il nous dit qu’il ne savait pas ce qu’il faisait.

A ces gros bémols près, la série est intéressante et se situe à mille lieues du brûlot anticatho annoncé. Contrairement à ce qu’a pu affirmer l’excellente Frigide Barjot, les cathos ne sont pas les seuls dans cette série à être présentés comme des fanatiques. On y trouve par exemple un chef de communauté juif complètement borné qui refuse d’envisager qu’un enfant chrétien puisse devenir juif. En outre, la figure centrale de la série, le grand inquisiteur Barnal, est beaucoup moins caricaturale que celle de l’inquisiteur atroce du Nom de la Rose. Barnal est aimanté par la recherche de la vérité et semble s’humaniser progressivement, sous l’effet de ce qu’il découvre. Un peu comme si Barnal avait fusionné dans sa personne deux figures, celle du mauvais inquisiteur Bernardo Gui et celle du bon enquêteur Guillaume de Baskerville du Nom de la Rose. Cela rend le personnage de Barnal diablement complexe. Plus fidèle en tous cas à la réalité de la complexité du cœur des hommes que ce que nous ont montré Jean-Jacques Annaud ou Umberto Eco. Ceux-ci ne se sont pourtant jamais attiré autant de hargne de la part des catholiques; leur Nom de la Rose bénéficiant d’une réputation artistique parfaitement usurpée.

Certaines scènes d’Inquisitio sont même d’une beauté indéniable. Je pense notamment à ce moment où l’inquisiteur, débarrassé devant Dieu de son bandeau de borgne, agenouillé seul face à un vaste chœur de pierre froide et lumineuse, demande pardon pour son incapacité à remplir pleinement sa mission de bon chrétien. Reconnaissant ses péchés, seul face à Dieu, il semble soudainement lucide, grâce à la prière, sur lui-même et ses emportements. Nul ne peut douter que le pardon viendra. Voilà de quoi méditer sur cette merveilleuse phrase de l’épitre de saint Jacques selon laquelle la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. C’était vrai pour l’Inquisition hier, c’est vrai encore aujourd’hui pour nous autres cathos sans aucun pouvoir temporel.

Afghanistan : survivre à la maternité

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Assise sur son lit d’hôpital, Rahmana ne cesse de pleurer. Pendant qu’elle attend les premières contractions, ses seize autres enfants sont seuls à la maison. Il a fallu trois jours à Rahmana pour parcourir le chemin entre son village et l’hôpital, accompagnée de sa sœur et de son époux, d’abord à dos d’âne puis en taxi. Le retour prendra autant de temps et se déroulera de la même manière.

Rahmana est l’une des 1500 femmes admises chaque mois à la maternité de l’hôpital régional Mirwais à Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan. Il y a trois ans, on n’en comptait guère plus de 300 : le succès de l’établissement, soutenu depuis 1996 par la Croix-Rouge internationale (CICR), est un bon indicateur de l’insécurité dans la région. Les hôpitaux des provinces voisines sont fermés depuis longtemps, personne ne pouvant garantir leur bon fonctionnement dans le contexte d’incessants affrontements entre les soldats de l’OTAN, l’armée afghane et les rebelles talibans. Les cliniques privées, dont le corps médical est faiblement qualifié, sont de toute façon trop onéreuses pour la majorité de la population. C’est ainsi que les médecins, les infirmières et les sages-femmes du CICR, seule organisation humanitaire encore présente dans la dangereuse zone du sud de l’Afghanistan, sont les derniers à offrir des soins de qualité. Quand on sait qu’en Afghanistan, une femme meurt toutes les deux heures suite à des complications liées à la grossesse, on comprend à quel point leur présence est cruciale.[access capability= »lire_inedits »]

Conformément aux objectifs énoncés par le programme de l’ONU « Millénaire pour le développement », le gouvernement afghan mène le combat contre la mortalité maternelle : au cours de la dernière décennie, celle-ci est tombée de 1600 à 300 pour 100 000 accouchements, tandis que l’espérance de vie, hommes et femmes confondus, est passée de 42 à 62 ans. Pour autant, le problème de l’accès aux soins prénatals et à la médecine procréative des femmes afghanes est loin d’être résolu. D’abord, les données mentionnées ne reflètent pas la situation dans les localités rurales des trois provinces les plus instables, Kandahar, Helmand et Zaboul où, en raison de risques trop élevés, les enquêtes n’ont pas pu être menées. Ensuite, comme le souligne le bulletin de l’Organisation mondiale de la santé, chaque femme afghane risque sa vie en moyenne huit fois, lors de grossesses et d’accouchements. « La mort d’une mère est toujours tragique mais, en Afghanistan, elle a une dimension particulière car chaque décès signifie que plusieurs enfants resteront orphelins », observe Sarah Mburu, sage-femme kényane et vieille routière du CICR  en Afrique et en Asie.

Les sourates sur la contraception

Rahmana, qui s’apprête donc à mettre au monde son dix-septième enfant, avoue ne pas en vouloir d’autres. Burqa relevée sur la tête, Magola, sa sœur, mère de sept garçons et de quatre filles, lance un regard narquois : pour ne plus mettre d’enfant au monde, elle a entrepris de profiter du programme de planning familial proposé à l’hôpital Mirwais. Lorsque son mari insiste pour savoir pourquoi elle ne tombe plus enceinte, elle lui dit être trop âgée. Mais Rahmana a trop peur de son mari pour imiter sa sœur. Quadragénaire, elle risque d’accoucher encore de quelques enfants dont les chances de survie seront bien faibles.

Le Dr Laurent Zessler, du Fonds des Nations unies pour la population (UNPFA) estime que l’utilisation de contraceptifs pourrait réduire de 40% la mortalité maternelle. Alors que le taux de fécondité − 5,1 enfants par femme − est l’un des plus élevés au monde, Suraja Dalil, la ministre afghane de la Santé, met en avant l’exemple d’autres pays musulmans où l’on a observé une baisse significative de la natalité, donc une amélioration de la santé des femmes. Reste à savoir comment égaler l’Iran ou le Pakistan, modèles en la matière. Au cours des vingt dernières années, le taux de fécondité est passé de 4 à 1,75 enfants par femme en Iran et de 7 à 2,5 au Pakistan. Ces succès tiennent avant tout à l’engagement du clergé musulman en faveur du contrôle des naissances. Quand des imams acceptent, par exemple, d’exhumer les sourates qui imposent aux femmes d’allaiter pendant deux ans, ce qui est difficilement compatible avec une grossesse trop rapide, les méthodes contraceptives peuvent se diffuser rapidement.

Un programme-pilote de planning familial a été mis en œuvre dans trois provinces relativement stables et développées d’Afghanistan où les ONG ont pu discuter à la fois avec les anciens et avec le clergé. Dans la province d’Hérat, voisine de l’Iran et peuplée majoritairement de Hazaras chiites, il n’a pas manqué d’imams pour inciter à l’utilisation du préservatif. Mais comme le souligne le Dr Douglas Hubert, initiateur du programme, cela ne signifie pas que tous les chefs religieux en Afghanistan soient prêts à distribuer des brochures sur la contraception à la sortie des mosquées. Maya, infirmière suisse responsable du planning familial dans l’équipe du CICR de Kandahar, est plutôt sceptique sur l’utilisation que font les couples qui viennent consulter des 40 préservatifs mensuels qui leur sont alloués gratuitement. Avec un analphabétisme qui touche 67% de la population, la société afghane ne semble pas prête à faire le grand saut que représente le contrôle des naissances. À en croire les experts du Dr Hubert, les résistances à la contraception tiennent moins, au bout du compte, à l’’environnement conservateur et ultrareligieux qu’à l’absence d’éducation et aux préjugés tenaces – beaucoup croient que l’utilisation durable de contraceptifs conduit à une infertilité incurable.

Rahmana disparaît de l’hôpital deux heures après son accouchement, lestée d’un onzième fils et d’une boîte en carton nommée « New Born Kit ». Financée par l’UNICEF, elle contient un shampoing antiallergique, un minuscule bonnet de laine, une couverture et des couches-culottes jetables. Dans le hall de la maternité, au moins deux dizaines de femmes en tchadri bleus attendent pour prendre la place de Rahmana. Installées tant bien que mal sur des couettes apportées de leurs maisons, elles donnent le sein à des bébés et brodent des brassières pour ceux qui vont bientôt venir au monde.

Les efforts déployés par les sages-femmes du CICR pour convaincre les Afghanes qui viennent  d’accoucher de rester un ou deux jours en observation à l’hôpital ne rencontrent guère de succès. La tradition veut que les femmes rentrent à la maison et reprennent le travail aussi vite que possible. L’éducation des jeunes mères ne rencontre pas moins de difficultés. L’allaitement au sein promu dans les pays industrialisés à grands coups de campagnes publicitaires est considéré comme tout juste bon pour les petites filles dont la santé ne préoccupe personne. Pour les garçons, on préfère le lait en poudre − meilleur, puisque cher et difficile à trouver. Que la mauvaise qualité de l’eau et les proportions fantaisistes du mélange conduisent régulièrement les nourrissons de sexe masculin aux urgences n’y change rien. « Les Afghanes n’ont même pas d’occasions de se rencontrer, d’échanger leurs expériences et de nouer des solidarités féminines qui les pousseraient à prendre des initiatives », remarque Sarah Mburu, nostalgique de l’incroyable dynamisme des femmes africaines. Des cas d’hystérie de plus en plus fréquents parmi les patientes de l’hôpital, de même que des tentatives de suicide, témoignent de l’ampleur de la souffrance des femmes, due dans une grande mesure au total isolement dans lequel elles vivent. Chaque semaine, l’hôpital accueille également des femmes qui souffrent de complications consécutives à des avortements clandestins ou bâclés dans les cliniques privées.

Malgré l’incontestable misogynie de la société afghane, les hommes ne sauraient être tenus pour les seuls responsables de la misérable condition féminine. Beaucoup confient au personnel de l’hôpital Mirwais leur désarroi face à des paternités multiples, subies plutôt que souhaitées. Ils souffrent autant que les femmes de traditions dont personne ne cherche plus à défendre le bien-fondé, mais se montrent tout aussi incapables de s’en affranchir que de subvenir aux besoins de familles nombreuses. Reste que seule une minorité semble prendre au sérieux les proclamations gouvernementales en faveur de l’égalité des sexes − inscrite dans la Constitution. En attendant une improbable révolution des mœurs, la maternité demeure le frein le plus efficace à l’émancipation des femmes. Et une menace pour leur vie.[/access]

*Photo : isafmedia

Le vrai bug d’Orange

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Il y a une dizaine de jours, un formidable bug privait de téléphone portable les clients d’Orange pendant quelques heures. Trente millions de personnes ont alors ressenti à des degrés divers leur dépendance à une technologie qui est devenue indispensable en créant elle-même les besoins. Ce fut l’occasion de graves méditations de la part de la presse sur la vulnérabilité de nos sociétés, de nos économies et plusieurs ministres sont même montés au front, ce qui fut pour le public l’occasion de découvrir la tête bien faite de Fleur Pellerin, chargée entre autres de l’économie numérique. Orange, une fois la panne surmontée, assez vite au demeurant, a promis de gentilles indemnisations à ses clients, comme une journée gratuite de forfait ou même une place de cinéma. Pour aller voir quoi ? Sept morts sur ordonnance ? Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages ? Ou peut-être Le silence des agneaux ?

Du coup, on a un peu oublié un autre bug d’Orange, assez meurtrier, et qui est à l’origine d’un fait assez rare pour être signalé : la mise en examen mercredi 4 juillet pour harcèlement moral de Didier Lombard, ex-pédégé d’Orange, en raison sa responsabilité directe dans la « crise des suicides ». Arrivé en 2005 à la tête de l’entreprise, Didier Lombard avait aussitôt annoncé un plan de restructuration appelé Next. Il a été mené à la hussarde les deux années suivantes : entre 2006 et 2008, 22 000 postes sont supprimés et 10 000 personnes changent de métier au sein de l’entreprise. Jusque-là, rien que de tristement normal dans le monde de l’adaptation forcenée aux exigences du marché. Le problème est qu’il y a eu manifestement un peu plus que du management à la schlague : 35 salariés se suicident en deux ans. Mais, dans un déni de réel typique d’une certaine doxa inversée qui ne veut reconnaître aucune tare aux patrons de droit divin, les beaux esprits avaient éditorialisé de manière assez indécente sur le fait que le nombre de ces suicides n’avaient rien d’anormal. Que finalement, on se suicidait autant chez les profs et chez les clowns. Cette indécence ne fut rien d’ailleurs rien par rapport à celle de Didier Lombard  qui osa parler en septembre 2009 d’une « mode des suicides ».

La justice en a décidé autrement. Le juge d’instruction Pascal Gand est même d’une étonnante fermeté. Didier Lombard a été placé sous contrôle judiciaire avec une caution de 100 000 euros. L’ex PDG n’a évidemment eu aucun mal à la payer puisqu’il a quitté le groupe Orange le 2 mars 2011 avec une retraite de 325 000 euros par an.
Sur quoi se fonde ce juge probablement rouge pour oser ainsi persécuter un dirigeant du Cac 40 qui n’aura jamais que supprimé un emploi sur 4 en cinq ans ? Sur les faits, rien que les faits qui sont têtus. Dès 2005, le rapport d’une inspectrice du travail l’alertait sur « l’existence de risques psychosociaux pouvant être graves. »

Effectivement, après la première vague des 35 suicides, une seconde tout aussi inquiétante arrivait en 2010 et faisait 26 victimes. Un second rapport de l’Inspection du Travail en 2009 avait pourtant déjà tracé les contours d’une politique délibérée dans le traitement du matériel humain. On s’était particulièrement acharné sur ceux, près de 60% au sein de l’entreprise, qui avaient voulu garder leur statut de fonctionnaire, ce qui avait été pourtant parfaitement autorisé lors de la privatisation de France-Telecom. Le rapport concluait que la direction avait mis en œuvre « des méthodes de gestion du personnel qui ont eu pour effet de fragiliser psychologiquement les salariés ». Tout cela avait décidé dès avril 2010 le syndicat Sud-PTT à porter plainte, entraînant l’ouverture d’une information judiciaire au TGI de Paris. Cette procédure a donc abouti deux ans plus tard à cette mise en examen de Didier Lombard. Celui-ci s’est défendu dans une tribune du Monde et a tout nié en bloc, ce qui a achevé d’exaspérer les syndicats. Sud et la CFE-CGC/UNSA (ces derniers n’étant pas considérés comme d’affreux gauchistes), co-fondateurs d’un observatoire des mobilités forcées, demandent pour leur part une requalification beaucoup plus lourde en mise en danger de la vie d’autrui voire en homicide involontaire.

Peu importe finalement. L’essentiel est qu’un procès ait lieu afin de juger un système qui privilégie, à Orange et ailleurs, la progression des marges bénéficiaires contre le service rendu, quitte à sacrifier des individus qui ne trouvent plus de sens à leur travail, jusqu’à en mourir.
Allo, Didier Lombard ? C’est Antigone au téléphone…

*Photo : Mathieu Thouvenin

Hillary Clinton va cartonner aux programmes de fidélité

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L’actuelle secrétaire d’Etat du président Obama, Hillary Clinton, a battu un record intéressant. Ce n’est pas d’avoir été la première First Lady à supporter le déballage mondial des jeux érotiques de son mari, alors l’homme le plus puissant du monde, avec une stagiaire et un cigare. A l’époque, l’acharnement délirant, puritain et très coûteux pour le contribuable du procureur Kenneth Starr annonçait déjà ce que serait le retour de l’ordre moral bushiste dont les vertus privées affichées ostensiblement cachaient les vices publics et les bonnes affaires qui continuaient sur les champs de batailles des pays de l’axe du Mal.

Non, le record d’Hillary Clinton est celui du nombre de pays visités par un ministre américain des affaires étrangères. Elle en est à 102 depuis sa nomination début 2009. Le mois dernier, elle est allée en Finlande, le pays des téléphones portables qui ne vend plus de téléphones portables et en Lettonie, qui continue à faire des misères à sa minorité russophone de « pieds rouges ». Puis elle s’et envolée en Mongolie et au Laos lors d’un voyage de deux semaines, rien que ça, qu’elle a terminé mardi matin. Les comptes ont été faits : depuis sa nomination, Hillary Clinton a parcouru 1.358.027 kilomètres.

La seule qui aurait pu lui ravir le titre est Madeleine Albright, autre Démocrate et autre secrétaire d’Etat sous la présidence de son mari Bill Clinton. Mais cette petite joueuse en était restée à 98, incapable de passer la barre symbolique des 100.

Loin de nous l’intention de tirer des conclusions hâtives mais on a tout de même l’impression, depuis vingt ans, que quand un Démocrate prend un avion, c’est plutôt pour rencontrer du monde et discuter mais quand c’est un Républicain, c’est plutôt pour bombarder ceux qui n’ont pas bien compris le nouveau désordre mondial.

Des approches pédagogiques différentes, en quelque sorte.

L’été en pente raide de François Hollande

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« Faire et défaire, c’est toujours travailler ! » m’expliquait jadis doctement une employée de maison dont je m’étonnais qu’elle détricotât un pull pour en refaire un nouveau avec la laine récupérée…
François Hollande doit, lui aussi, avoir été dans sa jeunesse normande frotté de cette sagesse populaire. Ainsi, les premières semaines de son quinquennat ont été consacrées à démolir quelques uns des symboles ayant marqué le mandat de son prédécesseur : loi Tepa (bouclier fiscal et défiscalisation des heures supplémentaires), départ en retraite à 62 ans pour tous, non reconduction du couple « Merkozy » par un couple « Merkollande », sans oublier tous les signes envoyés au pays pour démontrer que le nouveau président était en tous points et en toutes circonstances l’exact inverse de son prédécesseur.

En fin politique, François Hollande a bien compris que sa victoire était d’abord due à la défaite de son adversaire, et qu’il convenait de montrer à l’opinion que le message avait bien été reçu. Dans sa stratégie, la séquence politique allant de son élection, le 6 mai, à la trêve estivale du mois d’août devait mener, en pente douce, les Français vers des vacances insouciantes avant une rentrée que l’on s’accorde à prédire rude… Ce plan, au début, n’a pas si mal fonctionné : aspiré par les rencontres internationales, le nouveau président s’est révélé totalement à son aise dans des enceintes (le G20, l’OTAN, l’UE), alors que la droite l’avait moqué pour son manque d’expérience gouvernementale. Les électeurs ayant eu la bonne idée de donner à ses amis socialistes et divers gauche une majorité absolue à l’Assemblée, il n’a pas été contraint de faire la moindre concession programmatique aux Verts ou au Front de gauche. L’hyperprésident, c’est plus Hollande que Sarkozy, à la différence que le premier fait tout pour que cela ne se sache pas. Il affirme ne pas intervenir dans la gestion quotidienne des affaires du pays, et laisser au premier ministre et au gouvernement leurs prérogatives constitutionnelles : déterminer et conduire la politique de la nation. C’est d’autant plus facile que le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, n’a jamais montré, au cours de sa longue carrière politique, le moindre signe de divergence avec François Hollande. Les postes clés de l’Etat étant attribués à des gens de toute confiance, et les principaux rivaux internes liés par la solidarité gouvernementale, il ne reste plus au président de la République qu’à caser Martine Aubry et Ségolène Royal pour limiter leur pouvoir de nuisance, ce qui ne saurait tarder.

Cependant, même les meilleurs plans conçus par des stratèges de haut vol ont leurs failles. L’ancien premier ministre britannique Harold Macmillan (1894-1986), à qui un journaliste demandait ce qui l’avait le plus gêné lorsqu’il exerçait le pouvoir répondit laconiquement : « News ! », les nouvelles, l’événement qui survient à l’improviste et contraint à s’adapter à une situation imprévue. Ces trouble-fête n’ont pas manqué de s’inviter à la table hollandaise sous la forme légère d’un tweet de sa compagne et celle, plus lourde, de l’annonce de la prochaine suppression de huit mille emplois chez PSA. Deux événements dont il est impossible de se dépêtrer en les « encommissionnant », manière élégante de se livrer aux délices de la procrastination. Comme il est obsédé par le modèle Sarkozy, qui fonctionne pour lui à la manière d’une boussole indiquant le sud, François Hollande craint de voir son quinquennat plombé par le dérapage tweeteur de Valérie Trierweiler qui serait son Fouquet’s, et la menace de voir les ouvriers d’Aulnay-sous-bois le poursuivre de leurs imprécations comme les « Florange » ont harcelé Nicolas Sarkozy pendant cinq ans. L’exercice de déminage médiatique auquel s’est livré le président de la République le 14 juillet a sans doute fonctionné pour le cas Trierweiler, si elle consent désormais à brider sa nature assez peu portée sur la discrétion. En revanche, l’affaire PSA est beaucoup plus délicate à gérer : ce n’est pas l’Etat qui est en mesure de corriger les erreurs stratégiques et de gestion d’un constructeur automobile dont le capital est entièrement privé. En disant « le plan de la direction de PSA est inacceptable », François
Hollande ne promet pas qu’il n’y aura pas de suppression d’emplois chez Peugeot et Citroën, ni même que le site d’Aulnay-sous-bois continuera à fabriquer des automobiles. C’est tout aussi intenable que la promesse de Sarkozy de contraindre Lakshmi Mittal à produire de l’acier en Lorraine.

Hollande tente donc de se sortir de cette affaire de la même manière qu’il a géré sa promesse de renégocier le traité budgétaire européen. Quelques aménagements du plan social seront exigés de la direction de PSA, qui les acceptera, et Hollande pourra alors se targuer d’avoir obtenu un compromis évitant le pire annoncé. Le traitement de choc pour redonner de la compétitivité à l’industrie française, dont l’excellent Louis Gallois a été chargé d’élaborer la formule, ce sera pour plus tard.
D’autres « news » du type de celles redoutées par Macmillan risquent de ne pas respecter la trêve estivale. Des craquements prémonitoires se font entendre en Espagne, où l’accord extorqué à Angela Merkel permettant au Mécanisme européen de stabilité (MES) de refinancer directement les banques en difficulté[1. Ce compromis est resté en travers de la gorge d’une bonne partie de la droite et des milieux d’affaires allemands. Le ministre des finances Wolfgang Schaüble, pour les rassurer, affirme que le gouvernement considérait que l’engagement à hauteur de 190 milliards d’euros de l’Allemagne dans le financement du MES était une limite indépassable.]n’a donné qu’un bref répit à un pays dévasté par l’éclatement de la bulle immobilière. La crise grecque est loin d’être résolue, et l’Italie est en proie à une effervescence politique risquant de déstabiliser le gouvernement d’experts de Mario Monti. L’été risque d’être agité.

*Photo : Parti socialiste

Protégez-nous du mauvais sport

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Lorsque, comme votre serviteur, on se tient au courant de manière quasi frénétique des résultats sportifs, qu’on s’apprête à passer l’été à regarder des matches de foot avant de passer au Tour de France, puis aux JO de Londres, la lecture de L’Emprise sportive s’apparente à un coup de poing dans le ventre. Par exemple, lorsque l’auteur explique que l’idéologie sportive cache une structure totalitaire. « Le sport arraisonne la nature et les
corps, les transformant en fonds, pour le meilleur profit d’une raison cupide », assène le philosophe. On ne peut
lui donner tort.[access capability= »lire_inedits »]

Dans cet essai stimulant, Redeker montre que le sport constitue une revanche de l’eugénisme, en ce qu’il souhaite créer un « homme nouveau ». Il rappelle que le dopage, depuis l’avènement de l’EPO il y a vingt ans, ne se limite plus à une prise occasionnelle de substances permettant de gagner une compétition, mais qu’il participe d’une « anthropofacture » façonnant des « êtres biocybernétiques », au risque de réduire dangereusement
leur espérance de vie.

Redeker fait mouche quand il observe que les footballeurs et les rugbymen, qui ressemblaient autrefois à l’homme de la rue, ressemblent aujourd’hui à des mutants échappés de films de science-fiction. Il est en revanche moins convaincant quand il assène que les pouvoirs politiques sont soumis à un pouvoir sportif prétendument toutpuissant.

Certes, les nations se bagarrent pour l’organisation des grandes compétitions, mais ce sont bien les institutions sportives qui ont été contraintes de tenir compte, par exemple, de l’arrêt Bosman[1. Depuis 1995, il n’est plus
possible de limiter le nombre de sportifs communautaires ou ressortissants d’États ayant signé des accords d’association avec la Communauté européenne dans une équipe professionnelle.]. Ce sont aussi les équilibres géopolitiques qui ont permis à un micro-État comme le Qatar d’obtenir la Coupe du monde en 2022 ou de racheter
le PSG. Heureusement, tout en dénonçant l’idéologie du sport, Redeker aime le jeu et les joueurs. Du coup, on a sacrément envie d’en discuter avec lui.[/access]

*Photo : WBUR

Les troubles bipolaires de la presse de gauche

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Audrey Pulvar, compagne du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg, rejoint Les Inrockuptibles, ancien hebdomadaire culturel habilement transmué en titre d’information générale par Matthieu Pigasse (membre du PS) en 2010, condition d’obtention des subventions oblige. Selon Les Echos, elle occupera le poste de directrice générale, en charge de l’éditorial. Par ailleurs, David Kessler, a rejoint l’Elysée quelques semaines plus tôt, en tant que conseiller médias et culture du Président de la République. Ce jeu de chaises musicales n’est que moyennement amusant : ses tenants et aboutissants engagent rien moins que les coudées franches des journalistes au sein de leurs rédactions. Et démontrent, si besoin était, que La Comédie humaine de Balzac n’a rien perdu de son actualité : les hommes rêvent de grandeur, mais se soumettent à leurs instincts les plus égotistes et à leurs intérêts bien compris.

La presse française, tout occupée à entonner son lamento sur un lectorat qui la boude, est abîmée par des accointances politico-économiques, des financements abscons et des conflits d’intérêt indignes d’un 4e pouvoir dont la liberté et l’éthique se sont rangées sous la bannière du 5e : le réseautage. Après deux ans d’enquête, c’est en substance la sirène d’alarme qu’actionne Benjamin Dormann dans cet essai particulièrement mordant, voire visionnaire : Ils ont acheté la presse (éditions Jean Picollec).

Sa cible : la presse dite « de gauche », ses propriétaires et grands veneurs dont il ne doute pas une seconde des convictions idéologiques – qu’il se garde d’ailleurs bien d’éreinter. Si ce consultant, ancien trésorier d’un parti « divers gauche », met les pieds dans le plat du petit monde, c’est pour porter le débat sur l’agora démocratique. Les affinités électives y sont théoriquement sacrées et relèvent de la sphère privée. Il en va autrement des alliances et privilèges que les « Etats généraux de la presse écrite », lancés en octobre 2008 par Nicolas Sarkozy, probablement pour s’acheter la bienveillance du secteur, ont scellés à coup de centaines de millions d’euros de subventions supplémentaires.

L’ultra-interventionnisme étatique de l’ex-Président à cet égard, et la distribution des prébendes que la quasi-totalité de la profession[1. Hormis Le Canard enchaîné et Arrêt sur images.] a réclamées et acceptées au nom de son « indépendance » n’ont fait l’objet d’aucun commentaire. En revanche, on se souvient des unes et des colonnes interminables sur les amitiés de Nicolas Sarkozy avec Arnaud Lagardère, Martin Bouygues, Serge Dassault et Vincent Bolloré. Bien réelles, ces affinités-là ont été mises au jour par de courageux journalistes empreints de déontologie… A qui le tour ? Aux industriels et financiers de gauche qui, contrairement à ceux de droite, investiraient dans la presse, à les en croire, par pure philanthropie : « Je ne conçois pas l’acquisition des Inrocks comme un investissement financier, mais plutôt comme un engagement à la fois intellectuel, politique et affectif », déclarait Matthieu Pigasse dans Libération en 2009.

Ils ont beau être talentueux et sympas, Denis Olivennes et Matthieu Pigasse, pour ne citer qu’eux, sont dans le collimateur de Benjamin Dormann. Olivennes, qui évoque volontiers sa jeunesse de lycéen trotskyste, non parce qu’il est énarque, ancien conseiller du ministre socialiste des Finances et ancienne plume de Laurent Fabius, mais parce que, directeur du Nouvel Observateur pendant près de trois ans (il est actuellement directeur du pôle Médias du groupe Lagardère Active), celui qui titrait « Il faut interdire les stock-options » en avait largement bénéficié à Canal+ puis à la Fnac, où les employés se souviennent de sa cuisante « doctrine sociale ». En affirmant « diviser son salaire par cinq ou six » lorsqu’il était à la tête de l’hebdomadaire pour justifier gel des salaires et licenciements de pigistes précaires, peut-être omettait-il de mentionner les confortables dividendes et autre salaires dont il bénéficia alors en tant que président du directoire de la société industrielle SFA, fleuron du groupe Perdriel (propriétaire du Nouvel Obs).
Dormann épingle largement le cumul des fonctions ambiguës auxquelles se livre aussi le millionnaire Matthieu Pigasse, ex-conseiller technique du cabinet de DSK et ancien collaborateur de Laurent Fabius au ministère des Finances, associé-gérant et directeur France de l’une des plus puissantes banques d’affaires (Lazard), propriétaire des Inrockuptibles et co-actionnaire du Monde (33%) et du Huffington Post (15% ; Le Monde en détenant 34%). Celui-là même qui convoite Libération.

Mais foin de ces basses questions pécuniaires analysées dans cet ouvrage avec force détails croustillants. Les « puissances de l’argent », on l’aura compris, n’ont guère de couleur politique. Benjamin Dormann tire donc aussi à boulets rouges sur « ce confortable positionnement politique de social-démocratie à la française, où l’on peut sans scrupule cumuler une fortune personnelle, fut-ce au détriment d’autrui, tout en restant dans le camp du bien, moralement supérieur ».

A qui le tour, cette fois-ci ? Entre autres, Laurent Joffrin, ex-directeur général unique et seul membre du directoire de l’actionnaire de Libération, nommé ensuite président du directoire du groupe Nouvel Observateur après avoir cédé la place à Nicolas Demorand, parachuté par Edouard de Rothschild, malgré une motion de défiance de la rédaction approuvée à 78% … Cumuler les fonctions tout en se réclamant de chartes sans substance, congédier les têtes qui dépassent ne seraient que du détail si les apparences restaient sauves, loin du vocabulaire familialiste (au sein des rédactions) et compassionnaliste (dans les articles) que fustige Benjamin Dormann…

Si ce dernier éreinte, c’est sans animosité qu’il s’impatiente : le public a le droit de savoir. A propos, quand se met-on à table ?

Benjamin Dormann, Ils ont acheté la presse (éditions Jean Picollec)

*Photo : Les Inrockuptibles

Noir dessin

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L’Étranger de Camus est aujourd’hui un jeune homme de 70 ans. Paru pour la première fois en 1942, ce court roman intégralement écrit au passé composé met en scène Meursault, l’antihéros par excellence, l’homme absurde jeté dans un monde qu’il ne comprend pas, ou plus. On lui trouve déjà, dans ces années-là, des petit frères en déréliction comme le Roquentin de La Nausée, Le Feu follet de Drieu, voire le Bardamu de Voyage au bout de la nuit.

Pour fêter cet anniversaire, Futuropolis et Gallimard offrent de ce livre étudié par des générations d’élèves une édition illustrée par José Munoz. L’Étranger est sans doute le plus grand roman de Camus parce que c’est un constat : or, les écrivains sont bien meilleurs dans le constat que dans les solutions. Alors que La Peste a terriblement vieilli, avec ses leçons de morale sur la fraternité, l’engagement, la solidarité, L’Étranger a gardé sa pureté mystérieuse de roman noir qui se refuse à toute démonstration.[access capability= »lire_inedits »] Meursault, indifférent à tout, y compris à lui-même, ira ainsi jusqu’au meurtre dans une manière d’indifférence cotonneuse. Sa figure est d’autant plus angoissante et tristement moderne qu’elle nous ressemble mais, dans le même temps, demeure définitivement opaque.

C’est ce qu’a compris le dessinateur argentin José Munoz. D’où son choix du noir et blanc et ses cadrages évoquant les films policiers américains des années 1940 et 1950. On se croirait parfois dans La Nuit tombe, de Jacques Tourneur, ou dans Quand la ville dort, de John Huston. Il parvient ainsi à faire saisir au lecteur plastiquement, concrètement, ce fameux sentiment de l’Absurde. Certaines images, volontairement décentrées, sont proches d’une abstraction cauchemardesque. D’un dessin à l’autre, nombre de détails sont grossis jusqu’à devenir inintelligibles et les visages ont tous les traits durcis par les contrastes entre l’ombre et une lumière trop crue. Même la sensuelle Marie Cardona, la maîtresse de Meursault, ressemble à une sirène qui se noie quand elle se baigne ou fait l’amour. Munoz, pour ajouter à notre trouble, prête parfois vaguement à Meursault les traits d’Albert Camus, mais d’un Camus dénué de sa belle sérénité photographique d’icône nobélisée. C’est que le dessinateur veut nous amener à l’essentiel : L’Étranger est une manière d’alterfiction dans laquelle Camus utilise la première personne et explore ce qu’il aurait pu devenir lui-même s’il n’avait pas su donner un sens à sa vie d’homme.

Munoz n’a pas oublié que L’Étranger se déroule à Alger sous le signe tragique du solaire, du plein midi qui boit toute la lumière. Dessinée par fragments, la ville restituée par Munoz est un lieu étouffant pour un homme lui-même étouffé. Depuis la célèbre édition du Voyage au bout de la nuit illustrée par Tardi, Futuropolis montre un vrai talent pour révéler des correspondances entre sensibilité graphique et génie littéraire. Bien plus que d’une simple illustration ornementale, il s’agit d’une invitation à revisiter un grand classique.[/access]

L’Étranger, d’Albert Camus, accompagné des dessins de José Munoz (Futuropolis/Gallimard).

*Image: José Munoz

Égypte : les salafistes veulent raser les Pyramides !

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Après l’appel, l’an dernier, des responsables du parti salafiste égyptien An-nour (La lumière !)[1. Le poids des salafistes en Égypte, qui ont fondé leur parti après la révolution de 2011, est considérable puisqu’ils sont arrivés en deuxième place aux dernières élections législatives en janvier 2012 et avaient alors obtenu 121 sièges, soit 24% des voix.] à recouvrir les pyramides de cire afin de les rendre invisibles aux touristes et mettre ainsi fin au culte « païen » qui leur serait rendu, plusieurs hauts représentants de l’islam sunnite, comme le cheikh saoudien Ali Ben Said al-Rabi’i[2. Récemment, ce dernier s’est rétracté, affirmant que son compte Twitter aurait été piraté !] ou le cheikh bahreïni Abd al Latif al Mahmoud, ont demandé au nouveau président Mohamed Morsi de détruire purement et simplement ces vestiges de l’Égypte Ancienne. Selon ces docteurs de la loi coranique, la démolition des pyramides représenterait l’accomplissement de la volonté du prophète Muhammad et de son compagnon Amr Ibn al-As, lequel envahit et conquit l’Égypte aux alentours de l’année 641 mais ne put, en son temps, réaliser cette démolition. La référence à ce dernier dans les propos de ces personnalités religieuses n’est pas un hasard. A la suite de l’implantation de l’Islam en Égypte à cette époque, de nombreuses reliques de l’Égypte ancienne furent en effet détruites car jugées blasphématoires.

Rappelons également que pour la majeure partie des historiens, l’ordre d’incendier la bibliothèque d’Alexandrie fut donné par le calife Omar en 642 et exécuté par le même Amr Ibn al-As, même si cette hypothèse fait aujourd’hui débat[3. Cette théorie fut pour la première fois remise en question par l’anthropologue et sociologue Gustave Le Bon au XIXème siècle. Pour lui, elle serait le fruit d’une manipulation montée par les Croisés pour discréditer les arabes.]. Enfin, ce n’est pas la première fois dans l’histoire de l’Égypte que la destruction d’une pyramide est évoquée. Ce fut le cas au XIXème siècle, lorsque le vice-roi d’Egypte Mehmet-Ali (1769-1849) avait envisagé de détruire l’une des pyramides de Gizeh pour en faire une carrière de matériaux de construction, comme en atteste la retranscription d’un courrier adressé à ce dernier par le consul général de France à Alexandrie de l’époque.

La destruction des pyramides signifierait pour une mort économique certaine et un isolement définitif du Caire au sein de la communauté internationale. Mais un tel scénario est-il seulement envisageable ?

On se pince pour y croire. Un tel projet paraît inconcevable et choquant en Occident et nous dépasse par son extrémisme. Imagine-t-on un seul instant Jean Luc Mélenchon appeler à la destruction de Notre-Dame pour faire table rase du passé ou Marine Le Pen à celle de la Grande Mosquée de Paris au nom de la défense des racines chrétiennes de la France ? C’est pourtant ce que rapporte dans un article le site conservateur Frontpagemag. Cela a de quoi inquiéter ! Que serait l’Égypte sans les pyramides ? Autant imaginer New York sans la statue de la Liberté, Paris sans la Tour Eiffel ou l’Île de Pâques sans ses gigantesques et célèbres statues !

En outre, une telle démolition serait une catastrophe pour l’économie du pays, d’autant plus que les revenus du tourisme ont déjà baissé d’un tiers en 2011 selon le ministère du tourisme égyptien, notamment en raison des déclarations des responsables du parti salafiste sur la consommation d’alcool et les bikinis sur les plages qui effraient les touristes potentiels. Rappelons à toutes fins utiles que le tourisme est un secteur vital pour l’Égypte, puisqu’il emploie 12% de la population active et rapporte plus de 12 milliards de dollars par an au pays.

La question reste de savoir si le président Mohamed Morsi fera preuve d’assez de rigorisme religieux pour mettre en œuvre ce vœu pieux. Suivra-t-il l’exemple des talibans qui détruisirent les Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan en mars 2001 ou celui des islamistes du groupe armé Ansar Eddine (Compagnons de l’Islam) qui s’acharnent actuellement sur les mausolées de Tombouctou au Mali ? Vu le tournant libéral qu’ont pris les Frères musulmans ces dernières années (ce qui leur a permis d’accéder au pouvoir), le doute reste néanmoins de mise. Comme une grande majorité de leur électorat vit du tourisme, la logique voudrait qu’ils fassent preuve de pragmatisme en la matière.

*Photo : United Nations Photo

Denis Baupin, M. le vice-président

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M. Denis Baupin, ingénieur de la prestigieuse école Centrale des arts et manufactures de Paris, doit savoir qu’il ne peut s’attribuer le moindre mérite de la baisse supposé du taux des oxydes d’azote dans l’air de la capitale. Les progrès remarquables obtenus par tous les constructeurs européens dans la motorisation des véhicules, et la mise en place du pot catalytique, en 1993, sont plus certainement à l’origine de cette amélioration que les gesticulations des Verts. J’ignore encore, à ce jour, de quelle grande action les membres de ce parti d’envahissants ambitieux pourraient se targuer ! En revanche, je vois bien le profit personnel que ses excellences et ses apparatchiks ont tiré de leurs manœuvres de coulisse : promotion individuelle, quête sans vergogne des emplois et des charges dans l’appareil d’État, recherche effrénée des honneurs et des avantages.

Denis Baupin, député Europe Écologie-Les Verts, est surtout connu des parisiens pour son évidente satisfaction à rouler à bicyclette, surtout devant les caméras de la télévision, ainsi que pour sa détestation des automobilistes. Il déclarait récemment : « Je suis disponible pour prendre des responsabilités dans le groupe[…] j’ai envie de participer activement à mettre en oeuvre ce sur quoi on s’est engagé […] Je n’ai pas arrêté mon choix […] J’ai envie que ça se passe dans une ambition collective, envie que ce groupe puisse trouver son unité dans le fait que chacun trouve sa place. […] il y a différentes fonctions pour le groupe écologiste qui pourraient être occupées dans l’Assemblée ». Un tel charabia, qui donne l’air avantageux, pour traduire son impatience à profiter de la victoire de l’allié socialiste ! M. Baupin serait-il un solliciteur de prébende, dissimulé derrière un masque de serviteur désintéressé ? Depuis quelque temps, déjà, cet homme, qui n’est pas connu pour son élégance, avait sacrifié aux usages vestimentaires de ceux qui prétendent à des responsabilités : costume strict et cravate. Sa métamorphose d’apparence lui fut bénéfique, et son offre de service a été entendue : le voilà vice-président de l’Assemblée nationale !

Ce que les écologistes n’obtiennent pas du peuple, ils le gagnent auprès des maîtres du pouvoir.

Inquisitio : pas de quoi fouetter un Cuche

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Qu’il est difficile de renoncer à la douce amertume que procure le sentiment d’être offensé ! Avant même sa diffusion, Inquisitio, la série de France 2 qui met en scène un inquisiteur du XIVe siècle au moment du grand schisme d’Occident, a provoqué une avalanche d’articles moqueurs et outragés chez mes amis cathos qui condamnent, unanimes ou presque, l’antichristianisme virulent de la série, son propos caricatural et bêtement manichéen, digne disent-ils, des heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire anticléricale. Les blogueurs cathos ont en chœur crié haro sur le baudet du service public qui, paraît-il, nous vole notre argent pour nous insulter. De tous les camps retranchés de la blogosphère papiste une clameur a priori bien légitime montait : « sus à la cathophobie d’Etat ! ».

Je n’avais pas regardé les deux premiers épisodes mais j’étais remonté à bloc par la mobilisation des bouffeurs de bouffeurs de curés, prêt moi-même à tous les sarcasmes et à découvrir de nouveaux clichés ridicules à pourfendre. Bien calé dans les starting-blocks de l’indignation, quoique vautré dans mon canapé, je frissonnais déjà de plaisir à l’idée de toutes les horreurs que j’allais entendre. Eh bien, j’ai été très déçu. Enfin, je veux dire, agréablement surpris. La série est loin d’être aussi caricaturale que ce que l’on m’avait promis et j’ai même pris du plaisir à certaines scènes. Si l’on peut regretter l’abus d’une brume furieusement moyenâgeuse, d’une manière générale, les décors et la lumière sont soignés, et le scénario prenant. Plus encore, l’intrigue me semble porteuse de possibilités intéressantes. On attend des bouleversements de la psyché de certains personnages dans les prochains épisodes. A mille lieues de ces séries américaines partout célébrées, où rien ne bouge jamais car les personnages y sont toujours sempiternellement fidèles à eux-mêmes et à leurs personnalités grossièrement dépeintes, en deux traits de caractère maximum. On reproche en outre à la série de ne pas être fidèle à la vérité historique. Mais est-ce le rôle d’une fiction que de l’être ? Franchement, que nous importe que Fanfan, pour la Madame de Pompadour historique, n’avait pas la tête de Gérard Philipe, mais celle d’Alexandrine, sa fille ?

Alors, pourquoi tant de hargne à l’encontre de la série ? N’y a-t-il pas ici un léger effet de meute qui s’est emparé de la blogosphère catholique ? Il m’est arrivé assez souvent de dénoncer ce genre de phénomène chez les critiques du Pape pour ne pas hésiter à le souligner quand je crois le percevoir chez mes amis. Avant de condamner Inquisitio aux ténèbres extérieures de la cathophobie, peut-être aurait-il fallu tourner notre index vengeur sept fois au-dessus du clavier avant d’appuyer sur la touche envoi. Etre fidèles, en prenant notre temps, à l’Inquisition dans ce qu’elle a de meilleur, lorsqu’elle substitue au lynchage immédiat une longue procédure de recherche de la vérité. En outre, avant de condamner, un peu d’introspection ne fait jamais de mal. Avouons-le sans détour, sans même avoir à subir pour de vrai les foudres des Torquemada contemporains, nous éprouvons nous autres cathos une légère jouissance à nous imaginer le centre de la haine, l’objet des préjugés les plus bêtes, de la doxa contemporaine.

Bon, pour être tout à fait honnête, je dois avouer qu’il m’est arrivé d’être décontenancé par certaines scènes, et même horrifié par d’autres. Il y a d’abord les scènes gore qui semblent être devenues obligatoires dans la fiction contemporaine et qui pourtant n’apportent rien, sinon le plaisir contestable de jouir de la violence exercée par procuration. Ensuite, entendre quelqu’un défendre son droit à « faire des recherches » librement ou un autre pourfendre certaines « théories du complot » donne plus l’impression que l’on est en train de consulter un forum citoyen sur internet que de regarder une série consacrée à des querelles religieuses du XIVe siècle. Un autre passage dans lequel on torture un homme pour obtenir les aveux d’un autre me semble bien peu fidèle à l’Inquisition elle-même (malgré toutes ses dérives bien réelles reconnues par l’Eglise) et plutôt emprunté à une mauvaise série américaine. J’avoue enfin que, comme beaucoup, j’ai eu de la peine pour la merveilleuse Catherine de Sienne transformée en sorcière fanatique inoculant la peste à ses ennemis. Mais il faut entendre l’auteur de la série, Nicolas Cuche, lorsqu’il déclare faire amende honorable et regretter profondément avoir heurté des croyants en baptisant ainsi ce personnage atroce, qui n’a bien sûr rien à voir avec Catherine, sainte et docteur de l’Eglise. Pardonnons-lui, puisqu’il nous dit qu’il ne savait pas ce qu’il faisait.

A ces gros bémols près, la série est intéressante et se situe à mille lieues du brûlot anticatho annoncé. Contrairement à ce qu’a pu affirmer l’excellente Frigide Barjot, les cathos ne sont pas les seuls dans cette série à être présentés comme des fanatiques. On y trouve par exemple un chef de communauté juif complètement borné qui refuse d’envisager qu’un enfant chrétien puisse devenir juif. En outre, la figure centrale de la série, le grand inquisiteur Barnal, est beaucoup moins caricaturale que celle de l’inquisiteur atroce du Nom de la Rose. Barnal est aimanté par la recherche de la vérité et semble s’humaniser progressivement, sous l’effet de ce qu’il découvre. Un peu comme si Barnal avait fusionné dans sa personne deux figures, celle du mauvais inquisiteur Bernardo Gui et celle du bon enquêteur Guillaume de Baskerville du Nom de la Rose. Cela rend le personnage de Barnal diablement complexe. Plus fidèle en tous cas à la réalité de la complexité du cœur des hommes que ce que nous ont montré Jean-Jacques Annaud ou Umberto Eco. Ceux-ci ne se sont pourtant jamais attiré autant de hargne de la part des catholiques; leur Nom de la Rose bénéficiant d’une réputation artistique parfaitement usurpée.

Certaines scènes d’Inquisitio sont même d’une beauté indéniable. Je pense notamment à ce moment où l’inquisiteur, débarrassé devant Dieu de son bandeau de borgne, agenouillé seul face à un vaste chœur de pierre froide et lumineuse, demande pardon pour son incapacité à remplir pleinement sa mission de bon chrétien. Reconnaissant ses péchés, seul face à Dieu, il semble soudainement lucide, grâce à la prière, sur lui-même et ses emportements. Nul ne peut douter que le pardon viendra. Voilà de quoi méditer sur cette merveilleuse phrase de l’épitre de saint Jacques selon laquelle la colère de l’homme n’accomplit pas la justice de Dieu. C’était vrai pour l’Inquisition hier, c’est vrai encore aujourd’hui pour nous autres cathos sans aucun pouvoir temporel.

Afghanistan : survivre à la maternité

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Assise sur son lit d’hôpital, Rahmana ne cesse de pleurer. Pendant qu’elle attend les premières contractions, ses seize autres enfants sont seuls à la maison. Il a fallu trois jours à Rahmana pour parcourir le chemin entre son village et l’hôpital, accompagnée de sa sœur et de son époux, d’abord à dos d’âne puis en taxi. Le retour prendra autant de temps et se déroulera de la même manière.

Rahmana est l’une des 1500 femmes admises chaque mois à la maternité de l’hôpital régional Mirwais à Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan. Il y a trois ans, on n’en comptait guère plus de 300 : le succès de l’établissement, soutenu depuis 1996 par la Croix-Rouge internationale (CICR), est un bon indicateur de l’insécurité dans la région. Les hôpitaux des provinces voisines sont fermés depuis longtemps, personne ne pouvant garantir leur bon fonctionnement dans le contexte d’incessants affrontements entre les soldats de l’OTAN, l’armée afghane et les rebelles talibans. Les cliniques privées, dont le corps médical est faiblement qualifié, sont de toute façon trop onéreuses pour la majorité de la population. C’est ainsi que les médecins, les infirmières et les sages-femmes du CICR, seule organisation humanitaire encore présente dans la dangereuse zone du sud de l’Afghanistan, sont les derniers à offrir des soins de qualité. Quand on sait qu’en Afghanistan, une femme meurt toutes les deux heures suite à des complications liées à la grossesse, on comprend à quel point leur présence est cruciale.[access capability= »lire_inedits »]

Conformément aux objectifs énoncés par le programme de l’ONU « Millénaire pour le développement », le gouvernement afghan mène le combat contre la mortalité maternelle : au cours de la dernière décennie, celle-ci est tombée de 1600 à 300 pour 100 000 accouchements, tandis que l’espérance de vie, hommes et femmes confondus, est passée de 42 à 62 ans. Pour autant, le problème de l’accès aux soins prénatals et à la médecine procréative des femmes afghanes est loin d’être résolu. D’abord, les données mentionnées ne reflètent pas la situation dans les localités rurales des trois provinces les plus instables, Kandahar, Helmand et Zaboul où, en raison de risques trop élevés, les enquêtes n’ont pas pu être menées. Ensuite, comme le souligne le bulletin de l’Organisation mondiale de la santé, chaque femme afghane risque sa vie en moyenne huit fois, lors de grossesses et d’accouchements. « La mort d’une mère est toujours tragique mais, en Afghanistan, elle a une dimension particulière car chaque décès signifie que plusieurs enfants resteront orphelins », observe Sarah Mburu, sage-femme kényane et vieille routière du CICR  en Afrique et en Asie.

Les sourates sur la contraception

Rahmana, qui s’apprête donc à mettre au monde son dix-septième enfant, avoue ne pas en vouloir d’autres. Burqa relevée sur la tête, Magola, sa sœur, mère de sept garçons et de quatre filles, lance un regard narquois : pour ne plus mettre d’enfant au monde, elle a entrepris de profiter du programme de planning familial proposé à l’hôpital Mirwais. Lorsque son mari insiste pour savoir pourquoi elle ne tombe plus enceinte, elle lui dit être trop âgée. Mais Rahmana a trop peur de son mari pour imiter sa sœur. Quadragénaire, elle risque d’accoucher encore de quelques enfants dont les chances de survie seront bien faibles.

Le Dr Laurent Zessler, du Fonds des Nations unies pour la population (UNPFA) estime que l’utilisation de contraceptifs pourrait réduire de 40% la mortalité maternelle. Alors que le taux de fécondité − 5,1 enfants par femme − est l’un des plus élevés au monde, Suraja Dalil, la ministre afghane de la Santé, met en avant l’exemple d’autres pays musulmans où l’on a observé une baisse significative de la natalité, donc une amélioration de la santé des femmes. Reste à savoir comment égaler l’Iran ou le Pakistan, modèles en la matière. Au cours des vingt dernières années, le taux de fécondité est passé de 4 à 1,75 enfants par femme en Iran et de 7 à 2,5 au Pakistan. Ces succès tiennent avant tout à l’engagement du clergé musulman en faveur du contrôle des naissances. Quand des imams acceptent, par exemple, d’exhumer les sourates qui imposent aux femmes d’allaiter pendant deux ans, ce qui est difficilement compatible avec une grossesse trop rapide, les méthodes contraceptives peuvent se diffuser rapidement.

Un programme-pilote de planning familial a été mis en œuvre dans trois provinces relativement stables et développées d’Afghanistan où les ONG ont pu discuter à la fois avec les anciens et avec le clergé. Dans la province d’Hérat, voisine de l’Iran et peuplée majoritairement de Hazaras chiites, il n’a pas manqué d’imams pour inciter à l’utilisation du préservatif. Mais comme le souligne le Dr Douglas Hubert, initiateur du programme, cela ne signifie pas que tous les chefs religieux en Afghanistan soient prêts à distribuer des brochures sur la contraception à la sortie des mosquées. Maya, infirmière suisse responsable du planning familial dans l’équipe du CICR de Kandahar, est plutôt sceptique sur l’utilisation que font les couples qui viennent consulter des 40 préservatifs mensuels qui leur sont alloués gratuitement. Avec un analphabétisme qui touche 67% de la population, la société afghane ne semble pas prête à faire le grand saut que représente le contrôle des naissances. À en croire les experts du Dr Hubert, les résistances à la contraception tiennent moins, au bout du compte, à l’’environnement conservateur et ultrareligieux qu’à l’absence d’éducation et aux préjugés tenaces – beaucoup croient que l’utilisation durable de contraceptifs conduit à une infertilité incurable.

Rahmana disparaît de l’hôpital deux heures après son accouchement, lestée d’un onzième fils et d’une boîte en carton nommée « New Born Kit ». Financée par l’UNICEF, elle contient un shampoing antiallergique, un minuscule bonnet de laine, une couverture et des couches-culottes jetables. Dans le hall de la maternité, au moins deux dizaines de femmes en tchadri bleus attendent pour prendre la place de Rahmana. Installées tant bien que mal sur des couettes apportées de leurs maisons, elles donnent le sein à des bébés et brodent des brassières pour ceux qui vont bientôt venir au monde.

Les efforts déployés par les sages-femmes du CICR pour convaincre les Afghanes qui viennent  d’accoucher de rester un ou deux jours en observation à l’hôpital ne rencontrent guère de succès. La tradition veut que les femmes rentrent à la maison et reprennent le travail aussi vite que possible. L’éducation des jeunes mères ne rencontre pas moins de difficultés. L’allaitement au sein promu dans les pays industrialisés à grands coups de campagnes publicitaires est considéré comme tout juste bon pour les petites filles dont la santé ne préoccupe personne. Pour les garçons, on préfère le lait en poudre − meilleur, puisque cher et difficile à trouver. Que la mauvaise qualité de l’eau et les proportions fantaisistes du mélange conduisent régulièrement les nourrissons de sexe masculin aux urgences n’y change rien. « Les Afghanes n’ont même pas d’occasions de se rencontrer, d’échanger leurs expériences et de nouer des solidarités féminines qui les pousseraient à prendre des initiatives », remarque Sarah Mburu, nostalgique de l’incroyable dynamisme des femmes africaines. Des cas d’hystérie de plus en plus fréquents parmi les patientes de l’hôpital, de même que des tentatives de suicide, témoignent de l’ampleur de la souffrance des femmes, due dans une grande mesure au total isolement dans lequel elles vivent. Chaque semaine, l’hôpital accueille également des femmes qui souffrent de complications consécutives à des avortements clandestins ou bâclés dans les cliniques privées.

Malgré l’incontestable misogynie de la société afghane, les hommes ne sauraient être tenus pour les seuls responsables de la misérable condition féminine. Beaucoup confient au personnel de l’hôpital Mirwais leur désarroi face à des paternités multiples, subies plutôt que souhaitées. Ils souffrent autant que les femmes de traditions dont personne ne cherche plus à défendre le bien-fondé, mais se montrent tout aussi incapables de s’en affranchir que de subvenir aux besoins de familles nombreuses. Reste que seule une minorité semble prendre au sérieux les proclamations gouvernementales en faveur de l’égalité des sexes − inscrite dans la Constitution. En attendant une improbable révolution des mœurs, la maternité demeure le frein le plus efficace à l’émancipation des femmes. Et une menace pour leur vie.[/access]

*Photo : isafmedia

Le vrai bug d’Orange

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Il y a une dizaine de jours, un formidable bug privait de téléphone portable les clients d’Orange pendant quelques heures. Trente millions de personnes ont alors ressenti à des degrés divers leur dépendance à une technologie qui est devenue indispensable en créant elle-même les besoins. Ce fut l’occasion de graves méditations de la part de la presse sur la vulnérabilité de nos sociétés, de nos économies et plusieurs ministres sont même montés au front, ce qui fut pour le public l’occasion de découvrir la tête bien faite de Fleur Pellerin, chargée entre autres de l’économie numérique. Orange, une fois la panne surmontée, assez vite au demeurant, a promis de gentilles indemnisations à ses clients, comme une journée gratuite de forfait ou même une place de cinéma. Pour aller voir quoi ? Sept morts sur ordonnance ? Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages ? Ou peut-être Le silence des agneaux ?

Du coup, on a un peu oublié un autre bug d’Orange, assez meurtrier, et qui est à l’origine d’un fait assez rare pour être signalé : la mise en examen mercredi 4 juillet pour harcèlement moral de Didier Lombard, ex-pédégé d’Orange, en raison sa responsabilité directe dans la « crise des suicides ». Arrivé en 2005 à la tête de l’entreprise, Didier Lombard avait aussitôt annoncé un plan de restructuration appelé Next. Il a été mené à la hussarde les deux années suivantes : entre 2006 et 2008, 22 000 postes sont supprimés et 10 000 personnes changent de métier au sein de l’entreprise. Jusque-là, rien que de tristement normal dans le monde de l’adaptation forcenée aux exigences du marché. Le problème est qu’il y a eu manifestement un peu plus que du management à la schlague : 35 salariés se suicident en deux ans. Mais, dans un déni de réel typique d’une certaine doxa inversée qui ne veut reconnaître aucune tare aux patrons de droit divin, les beaux esprits avaient éditorialisé de manière assez indécente sur le fait que le nombre de ces suicides n’avaient rien d’anormal. Que finalement, on se suicidait autant chez les profs et chez les clowns. Cette indécence ne fut rien d’ailleurs rien par rapport à celle de Didier Lombard  qui osa parler en septembre 2009 d’une « mode des suicides ».

La justice en a décidé autrement. Le juge d’instruction Pascal Gand est même d’une étonnante fermeté. Didier Lombard a été placé sous contrôle judiciaire avec une caution de 100 000 euros. L’ex PDG n’a évidemment eu aucun mal à la payer puisqu’il a quitté le groupe Orange le 2 mars 2011 avec une retraite de 325 000 euros par an.
Sur quoi se fonde ce juge probablement rouge pour oser ainsi persécuter un dirigeant du Cac 40 qui n’aura jamais que supprimé un emploi sur 4 en cinq ans ? Sur les faits, rien que les faits qui sont têtus. Dès 2005, le rapport d’une inspectrice du travail l’alertait sur « l’existence de risques psychosociaux pouvant être graves. »

Effectivement, après la première vague des 35 suicides, une seconde tout aussi inquiétante arrivait en 2010 et faisait 26 victimes. Un second rapport de l’Inspection du Travail en 2009 avait pourtant déjà tracé les contours d’une politique délibérée dans le traitement du matériel humain. On s’était particulièrement acharné sur ceux, près de 60% au sein de l’entreprise, qui avaient voulu garder leur statut de fonctionnaire, ce qui avait été pourtant parfaitement autorisé lors de la privatisation de France-Telecom. Le rapport concluait que la direction avait mis en œuvre « des méthodes de gestion du personnel qui ont eu pour effet de fragiliser psychologiquement les salariés ». Tout cela avait décidé dès avril 2010 le syndicat Sud-PTT à porter plainte, entraînant l’ouverture d’une information judiciaire au TGI de Paris. Cette procédure a donc abouti deux ans plus tard à cette mise en examen de Didier Lombard. Celui-ci s’est défendu dans une tribune du Monde et a tout nié en bloc, ce qui a achevé d’exaspérer les syndicats. Sud et la CFE-CGC/UNSA (ces derniers n’étant pas considérés comme d’affreux gauchistes), co-fondateurs d’un observatoire des mobilités forcées, demandent pour leur part une requalification beaucoup plus lourde en mise en danger de la vie d’autrui voire en homicide involontaire.

Peu importe finalement. L’essentiel est qu’un procès ait lieu afin de juger un système qui privilégie, à Orange et ailleurs, la progression des marges bénéficiaires contre le service rendu, quitte à sacrifier des individus qui ne trouvent plus de sens à leur travail, jusqu’à en mourir.
Allo, Didier Lombard ? C’est Antigone au téléphone…

*Photo : Mathieu Thouvenin

Hillary Clinton va cartonner aux programmes de fidélité

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L’actuelle secrétaire d’Etat du président Obama, Hillary Clinton, a battu un record intéressant. Ce n’est pas d’avoir été la première First Lady à supporter le déballage mondial des jeux érotiques de son mari, alors l’homme le plus puissant du monde, avec une stagiaire et un cigare. A l’époque, l’acharnement délirant, puritain et très coûteux pour le contribuable du procureur Kenneth Starr annonçait déjà ce que serait le retour de l’ordre moral bushiste dont les vertus privées affichées ostensiblement cachaient les vices publics et les bonnes affaires qui continuaient sur les champs de batailles des pays de l’axe du Mal.

Non, le record d’Hillary Clinton est celui du nombre de pays visités par un ministre américain des affaires étrangères. Elle en est à 102 depuis sa nomination début 2009. Le mois dernier, elle est allée en Finlande, le pays des téléphones portables qui ne vend plus de téléphones portables et en Lettonie, qui continue à faire des misères à sa minorité russophone de « pieds rouges ». Puis elle s’et envolée en Mongolie et au Laos lors d’un voyage de deux semaines, rien que ça, qu’elle a terminé mardi matin. Les comptes ont été faits : depuis sa nomination, Hillary Clinton a parcouru 1.358.027 kilomètres.

La seule qui aurait pu lui ravir le titre est Madeleine Albright, autre Démocrate et autre secrétaire d’Etat sous la présidence de son mari Bill Clinton. Mais cette petite joueuse en était restée à 98, incapable de passer la barre symbolique des 100.

Loin de nous l’intention de tirer des conclusions hâtives mais on a tout de même l’impression, depuis vingt ans, que quand un Démocrate prend un avion, c’est plutôt pour rencontrer du monde et discuter mais quand c’est un Républicain, c’est plutôt pour bombarder ceux qui n’ont pas bien compris le nouveau désordre mondial.

Des approches pédagogiques différentes, en quelque sorte.

L’été en pente raide de François Hollande

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« Faire et défaire, c’est toujours travailler ! » m’expliquait jadis doctement une employée de maison dont je m’étonnais qu’elle détricotât un pull pour en refaire un nouveau avec la laine récupérée…
François Hollande doit, lui aussi, avoir été dans sa jeunesse normande frotté de cette sagesse populaire. Ainsi, les premières semaines de son quinquennat ont été consacrées à démolir quelques uns des symboles ayant marqué le mandat de son prédécesseur : loi Tepa (bouclier fiscal et défiscalisation des heures supplémentaires), départ en retraite à 62 ans pour tous, non reconduction du couple « Merkozy » par un couple « Merkollande », sans oublier tous les signes envoyés au pays pour démontrer que le nouveau président était en tous points et en toutes circonstances l’exact inverse de son prédécesseur.

En fin politique, François Hollande a bien compris que sa victoire était d’abord due à la défaite de son adversaire, et qu’il convenait de montrer à l’opinion que le message avait bien été reçu. Dans sa stratégie, la séquence politique allant de son élection, le 6 mai, à la trêve estivale du mois d’août devait mener, en pente douce, les Français vers des vacances insouciantes avant une rentrée que l’on s’accorde à prédire rude… Ce plan, au début, n’a pas si mal fonctionné : aspiré par les rencontres internationales, le nouveau président s’est révélé totalement à son aise dans des enceintes (le G20, l’OTAN, l’UE), alors que la droite l’avait moqué pour son manque d’expérience gouvernementale. Les électeurs ayant eu la bonne idée de donner à ses amis socialistes et divers gauche une majorité absolue à l’Assemblée, il n’a pas été contraint de faire la moindre concession programmatique aux Verts ou au Front de gauche. L’hyperprésident, c’est plus Hollande que Sarkozy, à la différence que le premier fait tout pour que cela ne se sache pas. Il affirme ne pas intervenir dans la gestion quotidienne des affaires du pays, et laisser au premier ministre et au gouvernement leurs prérogatives constitutionnelles : déterminer et conduire la politique de la nation. C’est d’autant plus facile que le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, n’a jamais montré, au cours de sa longue carrière politique, le moindre signe de divergence avec François Hollande. Les postes clés de l’Etat étant attribués à des gens de toute confiance, et les principaux rivaux internes liés par la solidarité gouvernementale, il ne reste plus au président de la République qu’à caser Martine Aubry et Ségolène Royal pour limiter leur pouvoir de nuisance, ce qui ne saurait tarder.

Cependant, même les meilleurs plans conçus par des stratèges de haut vol ont leurs failles. L’ancien premier ministre britannique Harold Macmillan (1894-1986), à qui un journaliste demandait ce qui l’avait le plus gêné lorsqu’il exerçait le pouvoir répondit laconiquement : « News ! », les nouvelles, l’événement qui survient à l’improviste et contraint à s’adapter à une situation imprévue. Ces trouble-fête n’ont pas manqué de s’inviter à la table hollandaise sous la forme légère d’un tweet de sa compagne et celle, plus lourde, de l’annonce de la prochaine suppression de huit mille emplois chez PSA. Deux événements dont il est impossible de se dépêtrer en les « encommissionnant », manière élégante de se livrer aux délices de la procrastination. Comme il est obsédé par le modèle Sarkozy, qui fonctionne pour lui à la manière d’une boussole indiquant le sud, François Hollande craint de voir son quinquennat plombé par le dérapage tweeteur de Valérie Trierweiler qui serait son Fouquet’s, et la menace de voir les ouvriers d’Aulnay-sous-bois le poursuivre de leurs imprécations comme les « Florange » ont harcelé Nicolas Sarkozy pendant cinq ans. L’exercice de déminage médiatique auquel s’est livré le président de la République le 14 juillet a sans doute fonctionné pour le cas Trierweiler, si elle consent désormais à brider sa nature assez peu portée sur la discrétion. En revanche, l’affaire PSA est beaucoup plus délicate à gérer : ce n’est pas l’Etat qui est en mesure de corriger les erreurs stratégiques et de gestion d’un constructeur automobile dont le capital est entièrement privé. En disant « le plan de la direction de PSA est inacceptable », François
Hollande ne promet pas qu’il n’y aura pas de suppression d’emplois chez Peugeot et Citroën, ni même que le site d’Aulnay-sous-bois continuera à fabriquer des automobiles. C’est tout aussi intenable que la promesse de Sarkozy de contraindre Lakshmi Mittal à produire de l’acier en Lorraine.

Hollande tente donc de se sortir de cette affaire de la même manière qu’il a géré sa promesse de renégocier le traité budgétaire européen. Quelques aménagements du plan social seront exigés de la direction de PSA, qui les acceptera, et Hollande pourra alors se targuer d’avoir obtenu un compromis évitant le pire annoncé. Le traitement de choc pour redonner de la compétitivité à l’industrie française, dont l’excellent Louis Gallois a été chargé d’élaborer la formule, ce sera pour plus tard.
D’autres « news » du type de celles redoutées par Macmillan risquent de ne pas respecter la trêve estivale. Des craquements prémonitoires se font entendre en Espagne, où l’accord extorqué à Angela Merkel permettant au Mécanisme européen de stabilité (MES) de refinancer directement les banques en difficulté[1. Ce compromis est resté en travers de la gorge d’une bonne partie de la droite et des milieux d’affaires allemands. Le ministre des finances Wolfgang Schaüble, pour les rassurer, affirme que le gouvernement considérait que l’engagement à hauteur de 190 milliards d’euros de l’Allemagne dans le financement du MES était une limite indépassable.]n’a donné qu’un bref répit à un pays dévasté par l’éclatement de la bulle immobilière. La crise grecque est loin d’être résolue, et l’Italie est en proie à une effervescence politique risquant de déstabiliser le gouvernement d’experts de Mario Monti. L’été risque d’être agité.

*Photo : Parti socialiste

Protégez-nous du mauvais sport

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Lorsque, comme votre serviteur, on se tient au courant de manière quasi frénétique des résultats sportifs, qu’on s’apprête à passer l’été à regarder des matches de foot avant de passer au Tour de France, puis aux JO de Londres, la lecture de L’Emprise sportive s’apparente à un coup de poing dans le ventre. Par exemple, lorsque l’auteur explique que l’idéologie sportive cache une structure totalitaire. « Le sport arraisonne la nature et les
corps, les transformant en fonds, pour le meilleur profit d’une raison cupide », assène le philosophe. On ne peut
lui donner tort.[access capability= »lire_inedits »]

Dans cet essai stimulant, Redeker montre que le sport constitue une revanche de l’eugénisme, en ce qu’il souhaite créer un « homme nouveau ». Il rappelle que le dopage, depuis l’avènement de l’EPO il y a vingt ans, ne se limite plus à une prise occasionnelle de substances permettant de gagner une compétition, mais qu’il participe d’une « anthropofacture » façonnant des « êtres biocybernétiques », au risque de réduire dangereusement
leur espérance de vie.

Redeker fait mouche quand il observe que les footballeurs et les rugbymen, qui ressemblaient autrefois à l’homme de la rue, ressemblent aujourd’hui à des mutants échappés de films de science-fiction. Il est en revanche moins convaincant quand il assène que les pouvoirs politiques sont soumis à un pouvoir sportif prétendument toutpuissant.

Certes, les nations se bagarrent pour l’organisation des grandes compétitions, mais ce sont bien les institutions sportives qui ont été contraintes de tenir compte, par exemple, de l’arrêt Bosman[1. Depuis 1995, il n’est plus
possible de limiter le nombre de sportifs communautaires ou ressortissants d’États ayant signé des accords d’association avec la Communauté européenne dans une équipe professionnelle.]. Ce sont aussi les équilibres géopolitiques qui ont permis à un micro-État comme le Qatar d’obtenir la Coupe du monde en 2022 ou de racheter
le PSG. Heureusement, tout en dénonçant l’idéologie du sport, Redeker aime le jeu et les joueurs. Du coup, on a sacrément envie d’en discuter avec lui.[/access]

*Photo : WBUR