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Montebourg, l’homme qui dit non

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Des idées et des rêves

Je ne sais pas ce qui se passe mais depuis l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, à chaque fois que je vote, je gagne. J’ai gagné les municipales de Lille en 2008 avec une liste d’Union de la gauche et du centre dirigée par Martine Aubry qui allait du PCF au Modem. J’ai gagné les européennes de 2009 avec le Front de gauche qui avait réussi à défier l’omerta médiatique et dépasser largement le NPA : c’était l’époque où les journalistes faisaient encore des risettes au gentil Besancenot qui ne représentait pas une gauche de la gauche très dangereuse puisqu’il ne voulait s’allier avec personne, jamais.

La bonne santé du Front de gauche s’est confirmée en 2010, aux élections régionales : elles ont tout de même eu un petit air de raz-de-marée, qui allait d’ailleurs donner sa réplique sismique dix-huit mois plus tard lors des sénatoriales. En plus, lors de ces régionales, dans le Nord Pas-de-Calais, on s’est offert le plaisir toujours très fort de gagner un match dans le match contre Europe Ecologie que tous les sondages donnaient devant nous. Et il n’y a pas de soirées électorales plus réussies que celles où la mine déconfite des caciques locaux de l’UMP (une vieille habitude qu’ils ont prise sur ma terre rouge se conjugue à celle des défenseurs des pistes cyclables et de la décroissance dans une région qui crève de la désindustrialisation.

Je me suis dit que ça allait forcément s’arrêter avec les cantonales de mars 2011, élections de notables. Eh bien, non. C’étaient les dernières cantonales pour cause de réforme territoriale (fortement contestée même par les petits élus locaux de droite) et une des leçons du scrutin, néanmoins discrètement éludée, fut que le Front de gauche s’enracinait et progressait puisqu’il atteignait désormais au niveau national un joli 9% et faisait même un score à deux chiffres si on ne comptait que les départements où il était présent en tant que tel.
Je passe rapidement sur les sénatoriales, c’est du tout frais et comme dirait Copé la victoire de la gauche était ma-thé-ma-tique.

Voter, c’est comme une drogue dure. On ne veut pas redescendre. Franchement, au Parti Communiste et au PG, on nous disait de faire ce qu’on voulait mais que les primaires socialistes, ce n’était pas franchement notre truc. Elles préparaient la victoire de tout ce qu’on détestait. Le bipartisme, la personnalisation de l’élection présidentielle, la fin des partis de militants engagés, vraiment engagés. En même temps, on ne nous a pas donné de consigne. Finalement, on n’avait qu’à faire comme on le sentait, à condition de ne pas en parler. Un peu comme pour nos éventuelles pratiques religieuses dont Maurice Thorez disait non sans justesse qu’on devait les considérer « comme un vêtement d’intérieur ».

La surprise, évidemment, a été le score de Montebourg. Car tout aussi évidemment, les militants du FDG qui ont participé à la primaire socialiste (et je ne balancerai personne parmi mes camarades mais on a tout de même été un paquet si j’en juge par le nombre de poignées de main dans mon bureau de vote) ont voté Montebourg. Il faut nous comprendre. Pour une fois, on pouvait concilier la sincérité et la tactique. La sincérité puisqu’en votant Montebourg, on votait à peu de choses près pour notre programme[1. Disponible chez Librio pour 2 euros, somme équivalente à deux fois le droit d’aller voter aux primaires…] et c’est toujours agréable de voter par adhésion et non par rejet. La tactique parce que plus le score de Montebourg était élevé, plus il pèserait sur le vainqueur. Et plus il pèserait sur le vainqueur, plus il serait facile au second tour de 2012, si par une fâcheuse et incroyable malchance Mélenchon n’y était pas, de se reporter sur un candidat socialiste avec de vrais bouts de gauche dans son programme.

Alors 17, 5%, autant vous dire que ce fut la divine surprise et que l’étrange et pourtant désormais habituelle sensation d’avoir gagné m’a agréablement étreint. C’est pour cela que je voudrais nuancer l’analyse de l’ami Daoud. Je ne suis pas du tout, mais alors pas du tout certain que ce score soit dû à un siphonage de la gauche du Parti socialiste. Ou alors pas seulement. David Desgouilles, soutien de Nicolas Dupont-Aignan qui a, comme tout DLR, voté pour le « démondialisateur », ne me contredira pas : tous ceux qui, à droite comme à gauche, ont la nostalgie de l’autre politique ont voté pour Montebourg.
Au lieu de faire des comptes d’apothicaire comme Copé, Marine Le Pen, qui a oublié d’être bête, a reconnu dans la participation un désir d’alternative plus que d’alternance et a appelé les électeurs de Montebourg à ne pas se déranger pour le second tour et à attendre 2012, donc elle, donc ce qu’on appelait naguère l’autre politique.
Elle ne sera pas écoutée et de mon point de vue, c’est tant mieux. Il n’empêche qu’elle voit juste. Montebourg, finalement, c’est cette persistance à dire non à une histoire écrite d’avance qui est une de nos plus admirables constantes historiques, depuis De Gaulle en passant par Seguin ou Chevènement.

En attendant, dimanche, je vote Martine Aubry. Et je vais gagner. Comme d’habitude.

Dimanche, je voterai gauche molle

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C’est marrant, ce matin au réveil, moi aussi, je me suis décidé à voter François Hollande, quelques heures à peine avant que mon candidat du premier tour (Arnaud Montebourg, pour ceux à qui ça aurait miraculeusement échappé) annonce dans les colonnes du Monde et sur son blog de campagne : « Les propositions des deux candidats étant pour moi équivalentes, je ne peux me déterminer en fonction de ma seule éthique de conviction. C’est pourquoi mon choix relèvera avant tout de l’éthique de responsabilité : je veux faire gagner la gauche et battre Nicolas Sarkozy. A titre exclusivement personnel, je voterai donc pour François Hollande, arrivé en tête du premier tour, à mes yeux meilleur rassembleur. Il a su dans sa lettre jeter un pont entre nos deux rives, et je lui en sais gré. ». Entre nous, on n’a jamais vu plus « exclusivement personnel », comme explications de vote…

Mais en plus de ces explications personnelles très politiques, ce qu’on peut lire en creux dans cette interview, c’est qu’Arnaud n’a pas voulu être complice des attaques de plus en plus violentes de la « candidate du changement » contre le « candidat du Système ». Heureusement que la campagne s’arrête là, sinon Hollande aurait été qualifié de candidat de la Trilatérale, des Illuminati ou du lobby que vous savez. Si ça se trouve, pendant toute la campagne, la vraie, on entendra tintinnabuler les casseroles que Martine n’a cessé d’accrocher à celui qui selon toute vraisemblance sera le candidat de tout le parti dimanche soir.

Voilà pour les explications perso d’Arnaud, maintenant, parlons des miennes, car comme disait Guy Béart, y’a que ça qui m’intéresse. Un événement aura pesé lourd dans mon choix final entre Hollande et l’abstention, c’est le bis repetita grotesque de Stéphane Hessel, qui en vue du second tour de la primaire, a enregistré un message de soutien à Martine encore plus boursouflé que celui qu’il avait commis avant le premier tour. Pour les amateurs de gâteries, voici l’intégralité du texte, ainsi que la vidéo qu’Aubry a fait diffuser lors de son dernier meeting de campagne : « Il me semble tout à fait essentiel que la personne qui va, à la suite de cette dernière semaine de la primaire, émerger comme la candidate de toute la gauche pour les présidentielles soit quelqu’un qui représente pleinement les valeurs autour desquelles mon petit livre « Indignez-vous ! » a fait le succès que vous savez. Ces valeurs sont les valeurs, fondamentales pour moi, de la démocratie. Personne ne les représente avec plus de force, plus de simplicité, plus de convictions que Martine Aubry. »


Stéphane Hessel soutient Martine Aubry par martineaubry

Si Martine représente pleinement les valeurs d’Indignez-vous !, il ne me reste plus qu’à voter, sans aucun état d’âme désormais, pour le candidat du Système…

La fin des remèdes-miracles

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À défaut d’aller jamais de Brest à l’Oural, l’Europe a su fédérer tous les modernes, de Luc Ferry à Dany Cohn-Bendit. Comme s’il ne suffisait pas de la voir violentée sous les assauts du monde réel, voilà l’Europe mise à nu par ses thuriféraires eux-mêmes. Dernier exemple en date : le « Maastricht, c’est fini ! », lâché tranquillement par François Hollande en plein débat des primaires socialistes, sans qu’aucun de ses petits camarades ne relève l’énormité du propos. C’est pourtant aussi gros que si Peugeot annonçait la caducité du moteur diesel ou que Ferran Adria reprenait l’Hippopotamus de la porte d’Orléans. L’Europe est d’ailleurs totalement absente de la primaire socialiste, elle occupera, gageons-le, une place similaire dans le programme sarkozyste. L’Europe est idéologiquement morte.[access capability= »lire_inedits »] Sa place est à la rigueur dans les livres d’histoire, et plus sûrement dans les manuels de géographie.

L’euro devait sauver l’Europe, l’Europe doit-elle sauver l’euro ?

Ciao l’Europe, et donc aussi bye-bye l’euro ! Certes, à l’heure où j’écris ces lignes, la monnaie commune a encore cours, mais la bouée s’est transformée en boulet. Il y a dix ans, tous les experts nous expliquaient comment l’euro allait sauver l’Europe ; aujourd’hui, les même cherchent à savoir comment l’Europe va pouvoir sauver l’euro. Misère !

Le plus drôle, ce sont les dégâts collatéraux provoqués par ce double constat de décès. Le bulldozer du discours européiste et libre-échangiste des années Maastricht avait engendré un jumeau dizygote, mais tout aussi décérébré : l’alter-économisme. Sentant que, depuis la chute du Mur, la socialisation des grands moyens de production et d’échange avait mauvaise presse dans les dîners en ville, l’alter-économiste avait inventé sa solution miracle à lui, aussi magique et aussi vide de sens que la monnaie unique, mais tout aussi propice aux usages incantatoires.

Cette solution défendable tant en chaire à Dauphine qu’au zinc à Oberkampf, c’était la « taxe Tobin ». Enfin, quand je dis que les alter-écos l’ont inventée, j’exagère, c’est Monsieur Tobin qui l’a inventée : eux l’ont trouvée en gadget-surprise dans le Monde Diplo. La taxe Tobin, nous disait-on chez Attac et autres bonnes maisons, était l’arme absolue pour accoucher sans douleur − entendez sans révolution − d’un monde sans spéculateurs (le spéculateur étant le coupable idéal pour qui veut avoir l’air marxiste sans remettre en circulation des vieilleries théoriques du XIXe siècle sur le capital et l’État). La taxe Tobin, dont la seule évocation défrisait les libéraux et démasquait (Hou, Hou !) les sociaux-libéraux ! Sauf que depuis cette fin septembre, le propagandiste le plus acharné de cette taxe magique n’est autre que le réputé ultra-ultra-libéral Manuel Barroso, président de la Commission de Bruxelles. Et, comme à ma connaissance, Manolo n’a pas viré bolcho, la taxe ne doit pas être si dure que ça à avaler pour les milieux financiers dont il a toujours été un courtier appliqué. Ce qui signifie qu’elle n’aura pas les pouvoirs magiques annoncés.

Une balle, deux morts, quel chouette automne ! [/access]

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Les quatre ridicules

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Il arrive que nos hommes politiques, éditorialistes, sondeurs et cartomanciennes en tout genre, se penchent sur nous, modestes citoyens, pour comprendre pourquoi certains se montrent moins assidus dans les bureaux de vote. Généralement, cela oscille entre les lamentations, les invocations des révolutionnaires qui se sont battus pour qu’on ait le droit de vote et la proposition de rendre le vote obligatoire.

Parfois, des esprits plus éclairés interviennent dans le débat et expliquent prudemment que si l’Etat n’avait pas abandonné ses prérogatives à des institutions supranationales, aux marchés financiers ou à des comités théodule sans légitimité démocratique, le bon peuple aurait peut-être le sentiment que le vote sert à quelque chose. Généralement, ces gêneurs sont réprimandés dans la seconde voire accusés de faire le jeu des extrêmes, selon la formule consacrée.

J’ai beau approuver ces moutons noirs, je vois un autre grand facteur d’abstention : le comportement de certaines personnalités. Elles s’appellent Nadine, Jack, Jean-François et Martine et m’ont donné, chacune à leur manière, envie de casser les postes de télévision ou de radio sur lesquels je les entendais.

Nadine squatte les plateaux de télé depuis quelques semaines. Comme un bon petit soldat, elle est toujours disponible pour aller soutenir l’honneur du Président de la République. Le problème, c’est que sa mauvaise foi insupportable peut énerver jusqu’à l’électeur qui vote à droite depuis dix générations. Cela n’a pas manqué lundi dernier chez Yves Calvi où elle a réussi l’exploit de rendre Harlem Désir sympathique, sincère, poli et convaincant. C’est dire… Il paraît que les télés et radios vont devoir procéder à un rattrapage du temps d’antenne au bénéfice de l’UMP à cause de la primaire socialiste qui a occupé l’espace pendant quelques semaines. Si c’est Nadine qui s’y colle, on n’a pas fini de s’énerver devant le poste.

Jack aime passer à la télé. Il se débrouille toujours pour y apparaître. Paraît que c’est sexy d’inviter Lang. Tu parles, Charles ! Un homme d’une si grande fidélité… Lorsque Martine Aubry a pris la place de son copain DSK, il a laissé entendre qu’il la suivrait. Mais à mots très couverts, le temps de voir comment la campagne tournerait. Bien lui en a pris, Martine n’a jamais rattrapé son retard sur François. A trois ou quatre jours du premier tour de la primaire, Jack a donc annoncé qu’il soutiendrait François. Depuis, il essaie de passer pour un soutien de la première heure avec, en clou du spectacle, cette ridicule apparition télévisée au QG hollandiste après le dernier débat télévisé. Un bon esprit a fait remarquer que Lang devait faire son jogging par hasard dans le quartier… en costume ! On imagine le staff de Hollande consterné et ne sachant que faire pour éloigner ce boulet, résistant de la dernière heure.

Jean-François avait déjà eu mes faveurs. Je l’avais accusé d’être ridicule, arrogant, suffisant lorsqu’il avait qualifié les partisans de la sortie de l’euro d’extrémistes de droite ou de gauche. Mais Jeff n’est pas en reste. Voilà que non content de qualifier de « dingueries » les projets protectionnistes d’Arnaud Montebourg, il vient de traiter le député bressan de bolchévik. Imaginer Arnaud Montebourg avec un couteau entre les dents et juché sur un tank, voilà qui prête à rire. Après tout, si c’est ce que l’on pense des apôtres de la démondialisation, que dire de celui qui prononça le discours de Toulon ? Bolchévik, peut-être pas ! Sale gauchiste, en revanche, certainement. Copé passera sans doute pour un con lorsque, acculé par la prochaine poussée de crise, Nicolas Sarkozy mettra en oeuvre un contrôle accru des banques, ce que réclame le bolchévik en question. Ce jour-là, l’homme qui avait promis d’arrêter la langue de bois nous gratifiera sans doute d’une de des pirouettes balourdes dont il a le secret.

Last but not least, Martine est candidate à l’élection présidentielle. Elle devrait donc éviter le ridicule. Mais la Mère Emptoire n’a pas été en reste hier matin. Non contente d’avoir accolé le terme de « gauche molle » à son adversaire et n’appréciant pas que François Hollande finisse par y riposter en pointant la « gauche sectaire », elle l’a accusé de reprendre le lexique de la droite. Ah bon ? Sectaire, c’est un terme de droite. La gauche ne l’utilise jamais ? Il y aurait donc dans le dictionnaire, des mots de droite et des mots de gauche ? Le croire, à l’évidence, c’est faire preuve de sectarisme et donner raison, par l’absurde, à François Hollande. Franchement, je ne suis pas emballé, loin s’en faut, à l’idée que le député de Corrèze s’installe à l’Elysée en mai prochain. Mais y voir Martine Aubry, c’est un cauchemar à peu près aussi effrayant que d’imaginer Sarkozy y demeurer.

Ainsi je m’adresse à Nadine, Jack, Jean-François et Martine. Ne pourriez-vous pas prendre quelques mois de vacances afin que nous puissions profiter de la campagne la moins désagréable possible ? Les boules puantes, c’est vrai que cela n’attire pas forcément l’électeur dans le bureau de vote, mais les quatre ridicules pourraient bien réussir l’exploit de le vacciner à jamais.

Sensuelle mais sans suite

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Un clou chasse l’autre. Vous connaissez la petite musique de l’actu : une info qui aurait fait la une des JT cet été peut passer quasi inaperçue à la faveur d’une primaire socialiste dont l’enjeu idéologique frise le zéro.

Le classement sans suite de la plainte de Tristane Banon contre DSK obéit à cette rythmique arbitraire. Relégué à la fin des actualités, ce coup de théâtre vaut pourtant son pesant de traces ADN. Que le parquet de Paris refuse de qualifier de « tentative de viol » les violences subies par la jeune romancière en 2003 est une chose, qu’il blanchisse Dominique Strauss-Kahn en est une autre. A la différence de l’ex-futur président de la République qui allait être plébiscité dans un fauteuil, le parquet reconnaît l’existence d’une « agression sexuelle » caractérisée qui, faute d’être pénalement répréhensible, constitue un fait prescriptible au bout de trois ans- contre dix pour un viol.

Dernière issue judiciaire possible pour Tristane Banon, outre la promotion médiatique de son livre Le bal des hypocrites, porter à nouveau plainte, au civil cette fois, afin de faire nommer un juge d’instruction. Un scénario à la Nafissatou Diallo, donc, le statut de victime raciale en moins.

Gageons qu’après les carabistouilles de Martine Aubry à la suite de l’arrêt de la procédure new yorkaise, cette énième reculade judiciaire serve de blanc-seing à celui qui dit avoir perdu sa « légèreté ». Et que, cette fois-ci à Solferino, personne n’accusera la justice française d’être aux ordres des puissants…

Le bal des hypocrites

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Un œil indigné sur la planète

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France 2

L’objectivité journalistique est un vœu pieux puisque quoi que l’on regarde on le regarde toujours de quelque part. De même, l’idéal d’un traitement impartial de la question israélo-palestinienne relève de la chimère intellectuelle. Sur ce sujet, je ne connais en effet personne qui, sans forcément mentir ou se montrer malhonnête, ne dise que les choses qui l’arrangent.

Je ne reprocherai donc pas à l’émission Un œil sur la planète, diffusée le 3 octobre sur France 2, d’avoir pris fait et cause pour les Palestiniens. Non, le problème est ailleurs. Les journalistes de France 2 s’efforcent de convaincre le téléspectateur que les faits parlent objectivement pour eux sans qu’ils en forcent le sens…

Puisque je n’ai pas l’intention de trancher le vrai du faux dans tout ce qui s’est dit durant ces différents reportages, ni de choisir forcément un camp au détriment de l’autre à partir de ces bribes télévisuelles qui reflètent moins la complexité du théâtre géopolitique que la mauvaise foi de leurs auteurs, je ne donnerai que deux exemples.

D’un côté, on nous présente le témoignage flouté d’un ex activiste du Hamas qui raconte son passage entre les mains des anciens disciples de Cheikh Yassine. A l’entendre, le Hamas serait un parti aux méthodes « totalitaires » n’ayant rien à envier à l’Union Soviétique. Nous sommes bien loin de l’image policée des militants « pragmatiques » capables d’évoluer (mais pas trop, leur charte rêvant encore à la destruction d’Israël) que certains occidentaux nous décrivent la main sur le cœur.

De l’autre, on nous montre un ministre « d’extrême droite » israélien qui se félicite de l’installation des colonies et argue de la légitimité de son pays à se défendre en oppressant. Beau procédé rhétorique, à la limite de la sophistique tant il nous donne à voir un Soulages tout de noir en guise de tableau à la Goya.

Après la partialité, voici à présent l’incohérence. Car dans la même émission, on nous décrit une population gazaouie en train de s’émanciper de la main de fer du Hamas, lequel laisse plus ou moins faire (étrange pour le parti fasciste dépeint plus tôt) par crainte de contagion révolutionnaire arabe – encore plus étrange pour un parti dont on ne cesse depuis son élection de nous casser les oreilles avec son adhésion populaire.

Cela ne vaut tout de même pas le ministre israélien interrogé sur le saccage d’oliviers palestiniens par des colons, qui non content de rétorquer que les palestiniens faisaient de même peu avant, rappelle que le statut des colons ne les autorisent pas à contrevenir à la loi et qualifie de « criminels » ces abatteurs d’arbres…

Pourquoi ces deux exemples ? Parce qu’ils révèlent la mécanique globale de cette émission qui n’interroge pas les faits mais les envoient à la figure de la ménagère de moins de cinquante ans, comme le cobra crache son venin sur les yeux de sa proie afin de l’aveugler.

Ainsi, on ne saura rien des contradictions éthiques d’Israël, des causes du succès électoral du Hamas ou de l’éventuelle responsabilité de ses électeurs sur la conduite d’une politique apparemment fanatique,

Un œil sur la planète ne s’est pas davantage interrogé sur la possibilité- ou non- pour l’Etat hébreu de respecter le droit international face à des adversaires qui se moquent des droits de l’homme et réclament la condition de victime unilatérale.

Non, rien de tout cela n’a été évoqué, à peine apprendra-t-on qu’il y a des vilains partout, et parmi les vilains des vilains encore plus vilains que les autres (mention spéciale aux fanatiques palestiniens plus fanatiques que les fanatiques du Hamas !). In fine, et sans que l’on sache vraiment pourquoi, le plus vilain d’entre les vilains c’est quand même Israël.

Autant dire que les rédacteurs de cette émission se sont donné un mal bien inutile pour nous convaincre de ce que la doxa ambiante récite déjà avec l’histrion indigné Hessel : le fort c’est le méchant, le faible c’est le bon.

Reste à savoir, ce que ne nous expliquera hélas jamais Un œil sur la planète, quelle est la définition du fort et du faible et qui en cette situation l’est ou ne l’est pas.

Mais n’en demandons pas trop à France 2 ; au vu de l’objectivité de leurs journalistes, n’attendons pas non plus qu’ils fassent œuvre de philosophes…

Michael Jackson : un monument ou incontinent ?

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On en apprend de belles au procès du Docteur Murray, diffusé en intégralité sur maintes chaines de télévision américaines. Eh oui, c’est toujours les mêmes qu’ont du bol, nous pendant ce temps-là, on doit se satisfaire avec la retransmission en direct live du débat sur l’avenir des activités portuaires sur Public Sénat…

D’après le bon docteur Murray, avant même de trépasser, le so called « Roi de la pop » ne se portait pas très bien. Tout d’abord, contrairement à son beau-père posthume Elvis, Mimi était limite anorexique : « Il ne mange pas, il ne boit pas. Il disait que sa mère avait dû le forcer à manger pendant toute son enfance. Il n’aime pas manger. Ce qu’il mange, quand il mange, c’est surtout du poulet et du riz ». La mère de Michael était-elle juive ? C’est une hypothèse à creuser…

Autre info d’importance, le toubib vient de révéler que son client ne savait pas à quel point il était moche. Murray a notamment déclaré (sous serment) : « sa vue était très, très mauvaise. Je me suis rendu compte qu’il était vraiment aveugle ». C’est croustillant, mais il y a encore mieux. En effet, le médecin a ensuite révélé que l’idole des jeunes et l’ami des très jeunes avait des problèmes de pipi : « M. Jackson avait des problèmes pour uriner. Au cours des derniers mois, il m’a dit que quand il allait aux toilettes, ça lui prenait des heures pour uriner. Il lui arrivait d’uriner sur lui » . A force de se frotter aux petits enfants, Michael Jackson a donc fini par leur ressembler…

État palestinien, État juif, État-providence

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Jerusalem-Est, Photo : communityconnectionsnews

Rassurez-vous : si le « Printemps arabe » a éclipsé pendant quelques mois le dossier israélo-palestinien, le privant de son statut de source de tous les maux et de père de tous les conflits, tout est rentré dans l’ordre à la fin de l’été. Lors de l’ouverture solennelle de la 66e session de l’Assemblée générale des Nations unies, ni la victoire du CNT libyen sur Kadhafi, ni la révolte du peuple syrien, pas plus que les nouvelles Égypte et Tunisie n’ont réussi à voler la vedette à la Palestine. La Terre tourne de nouveau autour de Nétanyahou, d’Abbas, du Likoud, du Fatah et du Hamas − pour ne pas dire autour des Juifs et des Arabes. Aux sièges des délégations des grands de ce monde, on a corrigé des communiqués de presse ou négocié des compromis pendant que les médias faisaient monter la sauce en attendant le dénouement du suspense : Mahmoud Abbas allait-il réellement demander à l’ONU l’adhésion d’un État palestinien ? Les Palestiniens choisiraient-ils de passer par le Conseil de sécurité ou d’aller directement à l’Assemblée générale ? Et la troisième Intifada, elle allait, elle va commencer quand ?[access capability= »lire_inedits »]

Face à cette agitation médiatique et diplomatique, les principaux concernés, c’est-à-dire les Israéliens et les Palestiniens, se montrent beaucoup plus réservés, pour ne pas dire indifférents. Sans illusions, les deux peuples qui partagent de facto ce petit bout de terre entre Jourdain et Méditerranée aspirent à reconstruire leurs sociétés respectives et traitent les actualités concernant le « conflit » comme des résultats sportifs : passionnants mais dénués d’importance vitale.

En Israël, la « battle » Nétanyahou-Abbas à New York a ainsi attiré 25 % des téléspectateurs. Résultat respectable diriez-vous ? Sans doute, sauf que, vingt-quatre heures plus tard, la finale de Masterchef a fait deux fois mieux, explosant l’audimat avec le record absolu de toute l’histoire de la télé israélienne. Dans les colonnes d’Haaretz, on a dénoncé un « syndrome du Titanic » : l’orchestre continue à jouer pendant que le navire coule.
De l’autre côté de la frontière virtuelle, chez les candidats à la dignité d’État-nation, l’enthousiasme n’était pas non plus au rendez-vous. La radio palestinienne a eu beau passer en boucle des chansons patriotiques composées spécialement pour l’occasion et la télé diffuser des reportages édifiants sur les préparatifs des futures festivités dans différentes localités, la foule et le cœur n’y étaient pas.

Il faut croire que, de part et d’autre de la « Ligne verte », la vraie vie n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on raconte à la télé. Au cas où l’on aurait besoin de s’en convaincre, il faut se pencher sur une enquête d’opinion menée récemment par des statisticiens palestiniens supervisés par David Pollock, ancien conseiller du gouvernement américain, auprès de 1000 Palestiniens de Jérusalem-Est, territoire annexé après 1967. Aussi, contrairement à leurs compatriotes de Cisjordanie et de Gaza, ces 300 000 Jérusalémites arabes ont-ils droit à la nationalité israélienne ou, à défaut, au statut de résident. Bien qu’à peine 10 % d’entre eux aient opté pour la citoyenneté de l’État hébreu, ils bénéficient tous de l’État-providence israélien qui reste, de très loin, le plus avantageux de la région, même après des décennies de coupes claires. Ainsi, quand on leur demande s’ils préfèrent que Jérusalem-Est soit rattachée à la Palestine ou à Israël, 35 % des sondés répondent « Israël », 35 % ne se prononcent pas et seulement 30 % s’affirment clairement en faveur d’une Jérusalem palestinienne.

Plus étonnant encore, 27 % des Palestiniens sondés se déclarent prêts à déménager en Israël au cas où leur quartier serait rattaché à un État palestinien. Il serait absurde d’en conclure que les Palestiniens de Jérusalem sont moins attachés à la cause nationale. On dirait plutôt qu’entre un État-nation hypothétique et un État-providence fatigué mais bien réel, ils ont fait leur choix.
Seulement, on le sait, l’Histoire est malicieuse : au moment où certains Palestiniens manifestent cet attachement paradoxal au système social israélien, celui-ci est l’enjeu du plus important mouvement de contestation auquel on ait assisté depuis des décennies.
Aussi étrange que cela puisse sembler aux indignés professionnels de ce côté de la Méditerranée, le conflit avec les Palestiniens est le cadet des soucis des contestataires du boulevard Rothschild à Tel-Aviv et des autres campements des classes moyennes en révolte. Les colons − et plus généralement les religieux − que ce réveil supposé de la gauche a d’abord inquiétés ont été vite rassurés : le mouvement a choisi le socialisme plutôt que le gauchisme, la justice sociale et fiscale plutôt que le partage de la terre. Et des élus locaux arabes israéliens ont rallié le mouvement, cautionnant ainsi la politique du « social d’abord ».

Pour comprendre cette inversion des priorités inexplicable aux yeux du militant pro-palestinien européen, il faut rappeler que nombre d’Israéliens et de Palestiniens ne croient plus à une issue diplomatique ou militaire du conflit. Selon l’enquête déjà citée, 41 % des Palestiniens pensent que certains groupes poursuivraient la lutte armée après la signature d’un accord de paix qui entérinerait la partition de Jérusalem. Autrement dit, la société palestinienne continue, dans ses profondeurs, à rejeter Israël. Du coup, à un accord improbable, beaucoup, sur le terrain, préfèrent des arrangements supportables. En particulier les Israéliens nés après 1977 qui n’ont pu que constater le dramatique échec de la gauche qui, des années durant, a déclaré : « La paix d’abord, la social-démocratie ensuite ». Résultat : le Parti travailliste géré − comme la plupart des partis-frères de l’Internationale socialiste − par des gens comme Ehud Barak, dont les idées ressemblent à celles de Pascal Lamy, Jacques Delors et DSK, a dégringolé au point de devenir aujourd’hui la cinquième force politique.

À en croire les sondages, la nouvelle secrétaire générale, Shelly Yachimovitch, qui vient de remporter la primaire, serait en mesure d’inverser la tendance grâce à sa ligne politique inspirée par les jeunes du boulevard Rothschild. Version féminine de Nicolas Demorand, cette ancienne journaliste-vedette de la radio publique a clairement défini son programme : du social, du social et encore du social. Ses adversaires ne sont pas les colons ou les religieux mais les grandes fortunes et les grandes surfaces. Ses chevaux de bataille sont le logement, les médicaments non remboursés, le nombre d’élèves par classe, les salaires des profs et, pourquoi pas, le prix du cottage-cheese − qui a été l’une des étincelles qui a mis le feu aux poudres. Sur le conflit, elle a clairement opté pour le service minimum.

En clair, à Jérusalem-Est, à Tel Aviv comme à Détroit et à Los Angeles, à Berlin, à Paris, à Rome et à Madrid, les « déciles du milieu » appellent à un nouvel ordre du jour. Ils revendiquent une place et une influence dans la société à la mesure de leur contribution − celles qu’ils ont occupées durant les « Trente glorieuses ». En Tunisie, en Égypte et en Syrie, les meneurs de la contestation se recrutent également dans les classes moyennes menacées par le déclassement, dont la capacité à résister aux radicaux sera déterminante pour l’avenir. Certes, on n’en est pas encore à proclamer : « Classes moyennes de tous les pays, unissez-vous ! » mais, pendant que le spectacle continue à l’ONU et à la télé, les peuples semblent plus soucieux de la vie concrète que de la vénération de leurs mythes. C’est une très bonne nouvelle.[/access]

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Primaire : le niveau baisse

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Crédits photo : Martine Aubry

Ce qui devait arriver arriva : un débat de primaire sans Valls ni Montebourg, ça tue l’amour. Honnêtement, si je n’avais pas promis à mes camarades de Causeur, et plus exactement à notre Grande Timonière, d’être de quart ce soir et de me fader ensuite le papier d’après-match, j’aurais zappé dès 20h55.

La vraie question n’est donc pas « qui a été le meilleur débatteur ? », et encore moins « qui serait le meilleur candidat ? ». Non la seule question est : « tant qu’à regarder la télé, aurais-je préféré revoir pour la troisième fois l’excellent Breakdown de Jonathan Mostow sur RTL9 ou visionner pour la millième fois L’Inconnu du Nord-Express sur Ciné-Classic ? ». Au lieu de quoi j’ai donc passé deux heures à lutter contre l’ennui, à pester contre les zimpêtrants, et à traiter de tous les noms mes confrères Pujadas, Namias, Fressoz et Cohen (Patrick) tous coupables d’avoir été les vrais éteignoirs de ce faux débat.

Palme d’or de la question neuneu (et vicelarde en même temps) à Françoise Fressoz, du Monde à propos de la prise en compte par les finalistes des propositions d’Arnaud Montebourg : « Est-ce qu’être socialiste, c’est refuser l’ouverture au monde ? ». Et est-ce qu’être journaliste au Monde, chère Françoise, c’est refuser l’ouverture de ses œillères en kevlar ? Pour le coup, j’ai une réponse…

Mais bon, si les confrères étaient mauvais, leurs clients ne valaient guère mieux. Pour qui François Hollande me prend-il en ne cessant de me répéter que la France a besoin d’un candidat « qui rassure, qui rassemble, qui réconcilie » ? Je sais bien que la méthode Coué redevient tendance chez les thérapeutes, mais quand même…

Et puis, qu’est-ce que j’en ai à fiche d’entendre Martine citer Poul Rasmussen à longueur d’émission? D’abord je ne sais pas qui c’est ce mec, et à la troisième citation, j’ai craqué et, par conscience professionnelle, suis allé googliser, pour découvrir que ce mystérieux Danois, président du Parti Socialiste Européen, était un intégrationniste furieux et libre-échangiste grand teint. On me prend pour un âne là, ou quoi ? Ou plus exactement on veut donner des gages à qui en citant trois fois ce nobody eurobéat? Mystère. Ou pire…

Quant au reste, si on oublie deux ou trois sorties pseudo-saillantes qui puent leur storyteller à cent mètres, le vrai drame de ce débat, c’est qu’on se serait cru à un grand oral de l’ENA : une vraie techno-parade ! Certes Martine et François connaissent leurs fiches sur le bout des doigts, mais à Bouglione, j’ai vu un mec qui récitait par cœur l’annuaire du Val d’Oise. Et sur le fond, non seulement – comme Laurent Joffrin l’a finalement lui-même reconnu sur LCI, tout arrive !- , l’un et l’autre disent exactement la même chose, mais en plus, ils le disent très mal. Ils n’ont peut-être pas inventé l’eau tiède, mais ils savent en user, jusqu’à saturation.

Tout ça ne serait pas bien grave si l’enjeu de cette battle sans combattants était une médaille en chocolat genre Premier Secrétaire du PS ou trésorier du fan-club de Jacques Delors. Non, pour vous dire le fond de ma pensée, le seul vrai problème c’est que nos Dupont et Dupond mettent toute la gauche en danger : quand sera venu le temps de la vraie campagne, de la vraie élection, si le candidat du PS, quel qu’il soit, continue à être aussi plat, aussi codé, aussi techno, aussi plan-plan, il ouvrira un boulevard à Sarkozy pour la première place, et à qui vous savez pour la deuxième.

Martine, François, vous avez trois jours pour me convaincre que vous valez mieux que ça. Sinon, dimanche, je reste chez moi : je ne suis pas sûr d’avoir envie d’être complice – ou responsable – de votre naufrage.

Resident Evil : carnage sur le tournage

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Mieux qu’un exercice grandeur nature de la sécurité civile ou de la police mimant une prise d’otage à la Tour Eiffel, sous une pluie géante de grenouilles venues de l’espace avec fausses victimes qui poussent des cris de douleur. On le sait, le cinéma hollywoodien -mais tourné au Canada pour raisons fiscales- a l’habitude de nous épater. Là il invente le vrai-faux accident. Ou plutôt que le faux-vrai.

Ça s’est passé mardi, sur le plateau de tournage du dernier opus de Resident Evil, une plateforme s’est effondrée dans les studios Cinespace Film, à Toronto. 12 acteurs en costume de zombie et quatre membres de l’équipe de production ont été blessés. Et là ou les Américains et les Canadiens nous épatent encore, c’est que le personnel d’urgence a eu des difficultés à évaluer l’ampleur des blessures des victimes parce qu’ils étaient maquillés de faux sang et de faux pansements, selon le Hollywood Reporter.

On imagine aussi que les zombies avaient des yeux révulsés et si ça se trouve des membres faussement putréfiés et des t-shirts en lambeaux. Par chance la police de Toronto a annoncé que parmi les dix personnes transportées à l’hôpital, aucune n’était en danger de mort. Manifestement les maquilleurs auront vraiment mérité leur paie. Moi qui croyais que tout était numérique de nos jours…

Montebourg, l’homme qui dit non

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Des idées et des rêves

Je ne sais pas ce qui se passe mais depuis l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, à chaque fois que je vote, je gagne. J’ai gagné les municipales de Lille en 2008 avec une liste d’Union de la gauche et du centre dirigée par Martine Aubry qui allait du PCF au Modem. J’ai gagné les européennes de 2009 avec le Front de gauche qui avait réussi à défier l’omerta médiatique et dépasser largement le NPA : c’était l’époque où les journalistes faisaient encore des risettes au gentil Besancenot qui ne représentait pas une gauche de la gauche très dangereuse puisqu’il ne voulait s’allier avec personne, jamais.

La bonne santé du Front de gauche s’est confirmée en 2010, aux élections régionales : elles ont tout de même eu un petit air de raz-de-marée, qui allait d’ailleurs donner sa réplique sismique dix-huit mois plus tard lors des sénatoriales. En plus, lors de ces régionales, dans le Nord Pas-de-Calais, on s’est offert le plaisir toujours très fort de gagner un match dans le match contre Europe Ecologie que tous les sondages donnaient devant nous. Et il n’y a pas de soirées électorales plus réussies que celles où la mine déconfite des caciques locaux de l’UMP (une vieille habitude qu’ils ont prise sur ma terre rouge se conjugue à celle des défenseurs des pistes cyclables et de la décroissance dans une région qui crève de la désindustrialisation.

Je me suis dit que ça allait forcément s’arrêter avec les cantonales de mars 2011, élections de notables. Eh bien, non. C’étaient les dernières cantonales pour cause de réforme territoriale (fortement contestée même par les petits élus locaux de droite) et une des leçons du scrutin, néanmoins discrètement éludée, fut que le Front de gauche s’enracinait et progressait puisqu’il atteignait désormais au niveau national un joli 9% et faisait même un score à deux chiffres si on ne comptait que les départements où il était présent en tant que tel.
Je passe rapidement sur les sénatoriales, c’est du tout frais et comme dirait Copé la victoire de la gauche était ma-thé-ma-tique.

Voter, c’est comme une drogue dure. On ne veut pas redescendre. Franchement, au Parti Communiste et au PG, on nous disait de faire ce qu’on voulait mais que les primaires socialistes, ce n’était pas franchement notre truc. Elles préparaient la victoire de tout ce qu’on détestait. Le bipartisme, la personnalisation de l’élection présidentielle, la fin des partis de militants engagés, vraiment engagés. En même temps, on ne nous a pas donné de consigne. Finalement, on n’avait qu’à faire comme on le sentait, à condition de ne pas en parler. Un peu comme pour nos éventuelles pratiques religieuses dont Maurice Thorez disait non sans justesse qu’on devait les considérer « comme un vêtement d’intérieur ».

La surprise, évidemment, a été le score de Montebourg. Car tout aussi évidemment, les militants du FDG qui ont participé à la primaire socialiste (et je ne balancerai personne parmi mes camarades mais on a tout de même été un paquet si j’en juge par le nombre de poignées de main dans mon bureau de vote) ont voté Montebourg. Il faut nous comprendre. Pour une fois, on pouvait concilier la sincérité et la tactique. La sincérité puisqu’en votant Montebourg, on votait à peu de choses près pour notre programme[1. Disponible chez Librio pour 2 euros, somme équivalente à deux fois le droit d’aller voter aux primaires…] et c’est toujours agréable de voter par adhésion et non par rejet. La tactique parce que plus le score de Montebourg était élevé, plus il pèserait sur le vainqueur. Et plus il pèserait sur le vainqueur, plus il serait facile au second tour de 2012, si par une fâcheuse et incroyable malchance Mélenchon n’y était pas, de se reporter sur un candidat socialiste avec de vrais bouts de gauche dans son programme.

Alors 17, 5%, autant vous dire que ce fut la divine surprise et que l’étrange et pourtant désormais habituelle sensation d’avoir gagné m’a agréablement étreint. C’est pour cela que je voudrais nuancer l’analyse de l’ami Daoud. Je ne suis pas du tout, mais alors pas du tout certain que ce score soit dû à un siphonage de la gauche du Parti socialiste. Ou alors pas seulement. David Desgouilles, soutien de Nicolas Dupont-Aignan qui a, comme tout DLR, voté pour le « démondialisateur », ne me contredira pas : tous ceux qui, à droite comme à gauche, ont la nostalgie de l’autre politique ont voté pour Montebourg.
Au lieu de faire des comptes d’apothicaire comme Copé, Marine Le Pen, qui a oublié d’être bête, a reconnu dans la participation un désir d’alternative plus que d’alternance et a appelé les électeurs de Montebourg à ne pas se déranger pour le second tour et à attendre 2012, donc elle, donc ce qu’on appelait naguère l’autre politique.
Elle ne sera pas écoutée et de mon point de vue, c’est tant mieux. Il n’empêche qu’elle voit juste. Montebourg, finalement, c’est cette persistance à dire non à une histoire écrite d’avance qui est une de nos plus admirables constantes historiques, depuis De Gaulle en passant par Seguin ou Chevènement.

En attendant, dimanche, je vote Martine Aubry. Et je vais gagner. Comme d’habitude.

Dimanche, je voterai gauche molle

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C’est marrant, ce matin au réveil, moi aussi, je me suis décidé à voter François Hollande, quelques heures à peine avant que mon candidat du premier tour (Arnaud Montebourg, pour ceux à qui ça aurait miraculeusement échappé) annonce dans les colonnes du Monde et sur son blog de campagne : « Les propositions des deux candidats étant pour moi équivalentes, je ne peux me déterminer en fonction de ma seule éthique de conviction. C’est pourquoi mon choix relèvera avant tout de l’éthique de responsabilité : je veux faire gagner la gauche et battre Nicolas Sarkozy. A titre exclusivement personnel, je voterai donc pour François Hollande, arrivé en tête du premier tour, à mes yeux meilleur rassembleur. Il a su dans sa lettre jeter un pont entre nos deux rives, et je lui en sais gré. ». Entre nous, on n’a jamais vu plus « exclusivement personnel », comme explications de vote…

Mais en plus de ces explications personnelles très politiques, ce qu’on peut lire en creux dans cette interview, c’est qu’Arnaud n’a pas voulu être complice des attaques de plus en plus violentes de la « candidate du changement » contre le « candidat du Système ». Heureusement que la campagne s’arrête là, sinon Hollande aurait été qualifié de candidat de la Trilatérale, des Illuminati ou du lobby que vous savez. Si ça se trouve, pendant toute la campagne, la vraie, on entendra tintinnabuler les casseroles que Martine n’a cessé d’accrocher à celui qui selon toute vraisemblance sera le candidat de tout le parti dimanche soir.

Voilà pour les explications perso d’Arnaud, maintenant, parlons des miennes, car comme disait Guy Béart, y’a que ça qui m’intéresse. Un événement aura pesé lourd dans mon choix final entre Hollande et l’abstention, c’est le bis repetita grotesque de Stéphane Hessel, qui en vue du second tour de la primaire, a enregistré un message de soutien à Martine encore plus boursouflé que celui qu’il avait commis avant le premier tour. Pour les amateurs de gâteries, voici l’intégralité du texte, ainsi que la vidéo qu’Aubry a fait diffuser lors de son dernier meeting de campagne : « Il me semble tout à fait essentiel que la personne qui va, à la suite de cette dernière semaine de la primaire, émerger comme la candidate de toute la gauche pour les présidentielles soit quelqu’un qui représente pleinement les valeurs autour desquelles mon petit livre « Indignez-vous ! » a fait le succès que vous savez. Ces valeurs sont les valeurs, fondamentales pour moi, de la démocratie. Personne ne les représente avec plus de force, plus de simplicité, plus de convictions que Martine Aubry. »


Stéphane Hessel soutient Martine Aubry par martineaubry

Si Martine représente pleinement les valeurs d’Indignez-vous !, il ne me reste plus qu’à voter, sans aucun état d’âme désormais, pour le candidat du Système…

La fin des remèdes-miracles

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À défaut d’aller jamais de Brest à l’Oural, l’Europe a su fédérer tous les modernes, de Luc Ferry à Dany Cohn-Bendit. Comme s’il ne suffisait pas de la voir violentée sous les assauts du monde réel, voilà l’Europe mise à nu par ses thuriféraires eux-mêmes. Dernier exemple en date : le « Maastricht, c’est fini ! », lâché tranquillement par François Hollande en plein débat des primaires socialistes, sans qu’aucun de ses petits camarades ne relève l’énormité du propos. C’est pourtant aussi gros que si Peugeot annonçait la caducité du moteur diesel ou que Ferran Adria reprenait l’Hippopotamus de la porte d’Orléans. L’Europe est d’ailleurs totalement absente de la primaire socialiste, elle occupera, gageons-le, une place similaire dans le programme sarkozyste. L’Europe est idéologiquement morte.[access capability= »lire_inedits »] Sa place est à la rigueur dans les livres d’histoire, et plus sûrement dans les manuels de géographie.

L’euro devait sauver l’Europe, l’Europe doit-elle sauver l’euro ?

Ciao l’Europe, et donc aussi bye-bye l’euro ! Certes, à l’heure où j’écris ces lignes, la monnaie commune a encore cours, mais la bouée s’est transformée en boulet. Il y a dix ans, tous les experts nous expliquaient comment l’euro allait sauver l’Europe ; aujourd’hui, les même cherchent à savoir comment l’Europe va pouvoir sauver l’euro. Misère !

Le plus drôle, ce sont les dégâts collatéraux provoqués par ce double constat de décès. Le bulldozer du discours européiste et libre-échangiste des années Maastricht avait engendré un jumeau dizygote, mais tout aussi décérébré : l’alter-économisme. Sentant que, depuis la chute du Mur, la socialisation des grands moyens de production et d’échange avait mauvaise presse dans les dîners en ville, l’alter-économiste avait inventé sa solution miracle à lui, aussi magique et aussi vide de sens que la monnaie unique, mais tout aussi propice aux usages incantatoires.

Cette solution défendable tant en chaire à Dauphine qu’au zinc à Oberkampf, c’était la « taxe Tobin ». Enfin, quand je dis que les alter-écos l’ont inventée, j’exagère, c’est Monsieur Tobin qui l’a inventée : eux l’ont trouvée en gadget-surprise dans le Monde Diplo. La taxe Tobin, nous disait-on chez Attac et autres bonnes maisons, était l’arme absolue pour accoucher sans douleur − entendez sans révolution − d’un monde sans spéculateurs (le spéculateur étant le coupable idéal pour qui veut avoir l’air marxiste sans remettre en circulation des vieilleries théoriques du XIXe siècle sur le capital et l’État). La taxe Tobin, dont la seule évocation défrisait les libéraux et démasquait (Hou, Hou !) les sociaux-libéraux ! Sauf que depuis cette fin septembre, le propagandiste le plus acharné de cette taxe magique n’est autre que le réputé ultra-ultra-libéral Manuel Barroso, président de la Commission de Bruxelles. Et, comme à ma connaissance, Manolo n’a pas viré bolcho, la taxe ne doit pas être si dure que ça à avaler pour les milieux financiers dont il a toujours été un courtier appliqué. Ce qui signifie qu’elle n’aura pas les pouvoirs magiques annoncés.

Une balle, deux morts, quel chouette automne ! [/access]

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Les quatre ridicules

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Il arrive que nos hommes politiques, éditorialistes, sondeurs et cartomanciennes en tout genre, se penchent sur nous, modestes citoyens, pour comprendre pourquoi certains se montrent moins assidus dans les bureaux de vote. Généralement, cela oscille entre les lamentations, les invocations des révolutionnaires qui se sont battus pour qu’on ait le droit de vote et la proposition de rendre le vote obligatoire.

Parfois, des esprits plus éclairés interviennent dans le débat et expliquent prudemment que si l’Etat n’avait pas abandonné ses prérogatives à des institutions supranationales, aux marchés financiers ou à des comités théodule sans légitimité démocratique, le bon peuple aurait peut-être le sentiment que le vote sert à quelque chose. Généralement, ces gêneurs sont réprimandés dans la seconde voire accusés de faire le jeu des extrêmes, selon la formule consacrée.

J’ai beau approuver ces moutons noirs, je vois un autre grand facteur d’abstention : le comportement de certaines personnalités. Elles s’appellent Nadine, Jack, Jean-François et Martine et m’ont donné, chacune à leur manière, envie de casser les postes de télévision ou de radio sur lesquels je les entendais.

Nadine squatte les plateaux de télé depuis quelques semaines. Comme un bon petit soldat, elle est toujours disponible pour aller soutenir l’honneur du Président de la République. Le problème, c’est que sa mauvaise foi insupportable peut énerver jusqu’à l’électeur qui vote à droite depuis dix générations. Cela n’a pas manqué lundi dernier chez Yves Calvi où elle a réussi l’exploit de rendre Harlem Désir sympathique, sincère, poli et convaincant. C’est dire… Il paraît que les télés et radios vont devoir procéder à un rattrapage du temps d’antenne au bénéfice de l’UMP à cause de la primaire socialiste qui a occupé l’espace pendant quelques semaines. Si c’est Nadine qui s’y colle, on n’a pas fini de s’énerver devant le poste.

Jack aime passer à la télé. Il se débrouille toujours pour y apparaître. Paraît que c’est sexy d’inviter Lang. Tu parles, Charles ! Un homme d’une si grande fidélité… Lorsque Martine Aubry a pris la place de son copain DSK, il a laissé entendre qu’il la suivrait. Mais à mots très couverts, le temps de voir comment la campagne tournerait. Bien lui en a pris, Martine n’a jamais rattrapé son retard sur François. A trois ou quatre jours du premier tour de la primaire, Jack a donc annoncé qu’il soutiendrait François. Depuis, il essaie de passer pour un soutien de la première heure avec, en clou du spectacle, cette ridicule apparition télévisée au QG hollandiste après le dernier débat télévisé. Un bon esprit a fait remarquer que Lang devait faire son jogging par hasard dans le quartier… en costume ! On imagine le staff de Hollande consterné et ne sachant que faire pour éloigner ce boulet, résistant de la dernière heure.

Jean-François avait déjà eu mes faveurs. Je l’avais accusé d’être ridicule, arrogant, suffisant lorsqu’il avait qualifié les partisans de la sortie de l’euro d’extrémistes de droite ou de gauche. Mais Jeff n’est pas en reste. Voilà que non content de qualifier de « dingueries » les projets protectionnistes d’Arnaud Montebourg, il vient de traiter le député bressan de bolchévik. Imaginer Arnaud Montebourg avec un couteau entre les dents et juché sur un tank, voilà qui prête à rire. Après tout, si c’est ce que l’on pense des apôtres de la démondialisation, que dire de celui qui prononça le discours de Toulon ? Bolchévik, peut-être pas ! Sale gauchiste, en revanche, certainement. Copé passera sans doute pour un con lorsque, acculé par la prochaine poussée de crise, Nicolas Sarkozy mettra en oeuvre un contrôle accru des banques, ce que réclame le bolchévik en question. Ce jour-là, l’homme qui avait promis d’arrêter la langue de bois nous gratifiera sans doute d’une de des pirouettes balourdes dont il a le secret.

Last but not least, Martine est candidate à l’élection présidentielle. Elle devrait donc éviter le ridicule. Mais la Mère Emptoire n’a pas été en reste hier matin. Non contente d’avoir accolé le terme de « gauche molle » à son adversaire et n’appréciant pas que François Hollande finisse par y riposter en pointant la « gauche sectaire », elle l’a accusé de reprendre le lexique de la droite. Ah bon ? Sectaire, c’est un terme de droite. La gauche ne l’utilise jamais ? Il y aurait donc dans le dictionnaire, des mots de droite et des mots de gauche ? Le croire, à l’évidence, c’est faire preuve de sectarisme et donner raison, par l’absurde, à François Hollande. Franchement, je ne suis pas emballé, loin s’en faut, à l’idée que le député de Corrèze s’installe à l’Elysée en mai prochain. Mais y voir Martine Aubry, c’est un cauchemar à peu près aussi effrayant que d’imaginer Sarkozy y demeurer.

Ainsi je m’adresse à Nadine, Jack, Jean-François et Martine. Ne pourriez-vous pas prendre quelques mois de vacances afin que nous puissions profiter de la campagne la moins désagréable possible ? Les boules puantes, c’est vrai que cela n’attire pas forcément l’électeur dans le bureau de vote, mais les quatre ridicules pourraient bien réussir l’exploit de le vacciner à jamais.

Sensuelle mais sans suite

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Un clou chasse l’autre. Vous connaissez la petite musique de l’actu : une info qui aurait fait la une des JT cet été peut passer quasi inaperçue à la faveur d’une primaire socialiste dont l’enjeu idéologique frise le zéro.

Le classement sans suite de la plainte de Tristane Banon contre DSK obéit à cette rythmique arbitraire. Relégué à la fin des actualités, ce coup de théâtre vaut pourtant son pesant de traces ADN. Que le parquet de Paris refuse de qualifier de « tentative de viol » les violences subies par la jeune romancière en 2003 est une chose, qu’il blanchisse Dominique Strauss-Kahn en est une autre. A la différence de l’ex-futur président de la République qui allait être plébiscité dans un fauteuil, le parquet reconnaît l’existence d’une « agression sexuelle » caractérisée qui, faute d’être pénalement répréhensible, constitue un fait prescriptible au bout de trois ans- contre dix pour un viol.

Dernière issue judiciaire possible pour Tristane Banon, outre la promotion médiatique de son livre Le bal des hypocrites, porter à nouveau plainte, au civil cette fois, afin de faire nommer un juge d’instruction. Un scénario à la Nafissatou Diallo, donc, le statut de victime raciale en moins.

Gageons qu’après les carabistouilles de Martine Aubry à la suite de l’arrêt de la procédure new yorkaise, cette énième reculade judiciaire serve de blanc-seing à celui qui dit avoir perdu sa « légèreté ». Et que, cette fois-ci à Solferino, personne n’accusera la justice française d’être aux ordres des puissants…

Le bal des hypocrites

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Un œil indigné sur la planète

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France 2

L’objectivité journalistique est un vœu pieux puisque quoi que l’on regarde on le regarde toujours de quelque part. De même, l’idéal d’un traitement impartial de la question israélo-palestinienne relève de la chimère intellectuelle. Sur ce sujet, je ne connais en effet personne qui, sans forcément mentir ou se montrer malhonnête, ne dise que les choses qui l’arrangent.

Je ne reprocherai donc pas à l’émission Un œil sur la planète, diffusée le 3 octobre sur France 2, d’avoir pris fait et cause pour les Palestiniens. Non, le problème est ailleurs. Les journalistes de France 2 s’efforcent de convaincre le téléspectateur que les faits parlent objectivement pour eux sans qu’ils en forcent le sens…

Puisque je n’ai pas l’intention de trancher le vrai du faux dans tout ce qui s’est dit durant ces différents reportages, ni de choisir forcément un camp au détriment de l’autre à partir de ces bribes télévisuelles qui reflètent moins la complexité du théâtre géopolitique que la mauvaise foi de leurs auteurs, je ne donnerai que deux exemples.

D’un côté, on nous présente le témoignage flouté d’un ex activiste du Hamas qui raconte son passage entre les mains des anciens disciples de Cheikh Yassine. A l’entendre, le Hamas serait un parti aux méthodes « totalitaires » n’ayant rien à envier à l’Union Soviétique. Nous sommes bien loin de l’image policée des militants « pragmatiques » capables d’évoluer (mais pas trop, leur charte rêvant encore à la destruction d’Israël) que certains occidentaux nous décrivent la main sur le cœur.

De l’autre, on nous montre un ministre « d’extrême droite » israélien qui se félicite de l’installation des colonies et argue de la légitimité de son pays à se défendre en oppressant. Beau procédé rhétorique, à la limite de la sophistique tant il nous donne à voir un Soulages tout de noir en guise de tableau à la Goya.

Après la partialité, voici à présent l’incohérence. Car dans la même émission, on nous décrit une population gazaouie en train de s’émanciper de la main de fer du Hamas, lequel laisse plus ou moins faire (étrange pour le parti fasciste dépeint plus tôt) par crainte de contagion révolutionnaire arabe – encore plus étrange pour un parti dont on ne cesse depuis son élection de nous casser les oreilles avec son adhésion populaire.

Cela ne vaut tout de même pas le ministre israélien interrogé sur le saccage d’oliviers palestiniens par des colons, qui non content de rétorquer que les palestiniens faisaient de même peu avant, rappelle que le statut des colons ne les autorisent pas à contrevenir à la loi et qualifie de « criminels » ces abatteurs d’arbres…

Pourquoi ces deux exemples ? Parce qu’ils révèlent la mécanique globale de cette émission qui n’interroge pas les faits mais les envoient à la figure de la ménagère de moins de cinquante ans, comme le cobra crache son venin sur les yeux de sa proie afin de l’aveugler.

Ainsi, on ne saura rien des contradictions éthiques d’Israël, des causes du succès électoral du Hamas ou de l’éventuelle responsabilité de ses électeurs sur la conduite d’une politique apparemment fanatique,

Un œil sur la planète ne s’est pas davantage interrogé sur la possibilité- ou non- pour l’Etat hébreu de respecter le droit international face à des adversaires qui se moquent des droits de l’homme et réclament la condition de victime unilatérale.

Non, rien de tout cela n’a été évoqué, à peine apprendra-t-on qu’il y a des vilains partout, et parmi les vilains des vilains encore plus vilains que les autres (mention spéciale aux fanatiques palestiniens plus fanatiques que les fanatiques du Hamas !). In fine, et sans que l’on sache vraiment pourquoi, le plus vilain d’entre les vilains c’est quand même Israël.

Autant dire que les rédacteurs de cette émission se sont donné un mal bien inutile pour nous convaincre de ce que la doxa ambiante récite déjà avec l’histrion indigné Hessel : le fort c’est le méchant, le faible c’est le bon.

Reste à savoir, ce que ne nous expliquera hélas jamais Un œil sur la planète, quelle est la définition du fort et du faible et qui en cette situation l’est ou ne l’est pas.

Mais n’en demandons pas trop à France 2 ; au vu de l’objectivité de leurs journalistes, n’attendons pas non plus qu’ils fassent œuvre de philosophes…

Michael Jackson : un monument ou incontinent ?

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On en apprend de belles au procès du Docteur Murray, diffusé en intégralité sur maintes chaines de télévision américaines. Eh oui, c’est toujours les mêmes qu’ont du bol, nous pendant ce temps-là, on doit se satisfaire avec la retransmission en direct live du débat sur l’avenir des activités portuaires sur Public Sénat…

D’après le bon docteur Murray, avant même de trépasser, le so called « Roi de la pop » ne se portait pas très bien. Tout d’abord, contrairement à son beau-père posthume Elvis, Mimi était limite anorexique : « Il ne mange pas, il ne boit pas. Il disait que sa mère avait dû le forcer à manger pendant toute son enfance. Il n’aime pas manger. Ce qu’il mange, quand il mange, c’est surtout du poulet et du riz ». La mère de Michael était-elle juive ? C’est une hypothèse à creuser…

Autre info d’importance, le toubib vient de révéler que son client ne savait pas à quel point il était moche. Murray a notamment déclaré (sous serment) : « sa vue était très, très mauvaise. Je me suis rendu compte qu’il était vraiment aveugle ». C’est croustillant, mais il y a encore mieux. En effet, le médecin a ensuite révélé que l’idole des jeunes et l’ami des très jeunes avait des problèmes de pipi : « M. Jackson avait des problèmes pour uriner. Au cours des derniers mois, il m’a dit que quand il allait aux toilettes, ça lui prenait des heures pour uriner. Il lui arrivait d’uriner sur lui » . A force de se frotter aux petits enfants, Michael Jackson a donc fini par leur ressembler…

État palestinien, État juif, État-providence

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Jerusalem-Est, Photo : communityconnectionsnews

Rassurez-vous : si le « Printemps arabe » a éclipsé pendant quelques mois le dossier israélo-palestinien, le privant de son statut de source de tous les maux et de père de tous les conflits, tout est rentré dans l’ordre à la fin de l’été. Lors de l’ouverture solennelle de la 66e session de l’Assemblée générale des Nations unies, ni la victoire du CNT libyen sur Kadhafi, ni la révolte du peuple syrien, pas plus que les nouvelles Égypte et Tunisie n’ont réussi à voler la vedette à la Palestine. La Terre tourne de nouveau autour de Nétanyahou, d’Abbas, du Likoud, du Fatah et du Hamas − pour ne pas dire autour des Juifs et des Arabes. Aux sièges des délégations des grands de ce monde, on a corrigé des communiqués de presse ou négocié des compromis pendant que les médias faisaient monter la sauce en attendant le dénouement du suspense : Mahmoud Abbas allait-il réellement demander à l’ONU l’adhésion d’un État palestinien ? Les Palestiniens choisiraient-ils de passer par le Conseil de sécurité ou d’aller directement à l’Assemblée générale ? Et la troisième Intifada, elle allait, elle va commencer quand ?[access capability= »lire_inedits »]

Face à cette agitation médiatique et diplomatique, les principaux concernés, c’est-à-dire les Israéliens et les Palestiniens, se montrent beaucoup plus réservés, pour ne pas dire indifférents. Sans illusions, les deux peuples qui partagent de facto ce petit bout de terre entre Jourdain et Méditerranée aspirent à reconstruire leurs sociétés respectives et traitent les actualités concernant le « conflit » comme des résultats sportifs : passionnants mais dénués d’importance vitale.

En Israël, la « battle » Nétanyahou-Abbas à New York a ainsi attiré 25 % des téléspectateurs. Résultat respectable diriez-vous ? Sans doute, sauf que, vingt-quatre heures plus tard, la finale de Masterchef a fait deux fois mieux, explosant l’audimat avec le record absolu de toute l’histoire de la télé israélienne. Dans les colonnes d’Haaretz, on a dénoncé un « syndrome du Titanic » : l’orchestre continue à jouer pendant que le navire coule.
De l’autre côté de la frontière virtuelle, chez les candidats à la dignité d’État-nation, l’enthousiasme n’était pas non plus au rendez-vous. La radio palestinienne a eu beau passer en boucle des chansons patriotiques composées spécialement pour l’occasion et la télé diffuser des reportages édifiants sur les préparatifs des futures festivités dans différentes localités, la foule et le cœur n’y étaient pas.

Il faut croire que, de part et d’autre de la « Ligne verte », la vraie vie n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on raconte à la télé. Au cas où l’on aurait besoin de s’en convaincre, il faut se pencher sur une enquête d’opinion menée récemment par des statisticiens palestiniens supervisés par David Pollock, ancien conseiller du gouvernement américain, auprès de 1000 Palestiniens de Jérusalem-Est, territoire annexé après 1967. Aussi, contrairement à leurs compatriotes de Cisjordanie et de Gaza, ces 300 000 Jérusalémites arabes ont-ils droit à la nationalité israélienne ou, à défaut, au statut de résident. Bien qu’à peine 10 % d’entre eux aient opté pour la citoyenneté de l’État hébreu, ils bénéficient tous de l’État-providence israélien qui reste, de très loin, le plus avantageux de la région, même après des décennies de coupes claires. Ainsi, quand on leur demande s’ils préfèrent que Jérusalem-Est soit rattachée à la Palestine ou à Israël, 35 % des sondés répondent « Israël », 35 % ne se prononcent pas et seulement 30 % s’affirment clairement en faveur d’une Jérusalem palestinienne.

Plus étonnant encore, 27 % des Palestiniens sondés se déclarent prêts à déménager en Israël au cas où leur quartier serait rattaché à un État palestinien. Il serait absurde d’en conclure que les Palestiniens de Jérusalem sont moins attachés à la cause nationale. On dirait plutôt qu’entre un État-nation hypothétique et un État-providence fatigué mais bien réel, ils ont fait leur choix.
Seulement, on le sait, l’Histoire est malicieuse : au moment où certains Palestiniens manifestent cet attachement paradoxal au système social israélien, celui-ci est l’enjeu du plus important mouvement de contestation auquel on ait assisté depuis des décennies.
Aussi étrange que cela puisse sembler aux indignés professionnels de ce côté de la Méditerranée, le conflit avec les Palestiniens est le cadet des soucis des contestataires du boulevard Rothschild à Tel-Aviv et des autres campements des classes moyennes en révolte. Les colons − et plus généralement les religieux − que ce réveil supposé de la gauche a d’abord inquiétés ont été vite rassurés : le mouvement a choisi le socialisme plutôt que le gauchisme, la justice sociale et fiscale plutôt que le partage de la terre. Et des élus locaux arabes israéliens ont rallié le mouvement, cautionnant ainsi la politique du « social d’abord ».

Pour comprendre cette inversion des priorités inexplicable aux yeux du militant pro-palestinien européen, il faut rappeler que nombre d’Israéliens et de Palestiniens ne croient plus à une issue diplomatique ou militaire du conflit. Selon l’enquête déjà citée, 41 % des Palestiniens pensent que certains groupes poursuivraient la lutte armée après la signature d’un accord de paix qui entérinerait la partition de Jérusalem. Autrement dit, la société palestinienne continue, dans ses profondeurs, à rejeter Israël. Du coup, à un accord improbable, beaucoup, sur le terrain, préfèrent des arrangements supportables. En particulier les Israéliens nés après 1977 qui n’ont pu que constater le dramatique échec de la gauche qui, des années durant, a déclaré : « La paix d’abord, la social-démocratie ensuite ». Résultat : le Parti travailliste géré − comme la plupart des partis-frères de l’Internationale socialiste − par des gens comme Ehud Barak, dont les idées ressemblent à celles de Pascal Lamy, Jacques Delors et DSK, a dégringolé au point de devenir aujourd’hui la cinquième force politique.

À en croire les sondages, la nouvelle secrétaire générale, Shelly Yachimovitch, qui vient de remporter la primaire, serait en mesure d’inverser la tendance grâce à sa ligne politique inspirée par les jeunes du boulevard Rothschild. Version féminine de Nicolas Demorand, cette ancienne journaliste-vedette de la radio publique a clairement défini son programme : du social, du social et encore du social. Ses adversaires ne sont pas les colons ou les religieux mais les grandes fortunes et les grandes surfaces. Ses chevaux de bataille sont le logement, les médicaments non remboursés, le nombre d’élèves par classe, les salaires des profs et, pourquoi pas, le prix du cottage-cheese − qui a été l’une des étincelles qui a mis le feu aux poudres. Sur le conflit, elle a clairement opté pour le service minimum.

En clair, à Jérusalem-Est, à Tel Aviv comme à Détroit et à Los Angeles, à Berlin, à Paris, à Rome et à Madrid, les « déciles du milieu » appellent à un nouvel ordre du jour. Ils revendiquent une place et une influence dans la société à la mesure de leur contribution − celles qu’ils ont occupées durant les « Trente glorieuses ». En Tunisie, en Égypte et en Syrie, les meneurs de la contestation se recrutent également dans les classes moyennes menacées par le déclassement, dont la capacité à résister aux radicaux sera déterminante pour l’avenir. Certes, on n’en est pas encore à proclamer : « Classes moyennes de tous les pays, unissez-vous ! » mais, pendant que le spectacle continue à l’ONU et à la télé, les peuples semblent plus soucieux de la vie concrète que de la vénération de leurs mythes. C’est une très bonne nouvelle.[/access]

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Primaire : le niveau baisse

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Crédits photo : Martine Aubry

Ce qui devait arriver arriva : un débat de primaire sans Valls ni Montebourg, ça tue l’amour. Honnêtement, si je n’avais pas promis à mes camarades de Causeur, et plus exactement à notre Grande Timonière, d’être de quart ce soir et de me fader ensuite le papier d’après-match, j’aurais zappé dès 20h55.

La vraie question n’est donc pas « qui a été le meilleur débatteur ? », et encore moins « qui serait le meilleur candidat ? ». Non la seule question est : « tant qu’à regarder la télé, aurais-je préféré revoir pour la troisième fois l’excellent Breakdown de Jonathan Mostow sur RTL9 ou visionner pour la millième fois L’Inconnu du Nord-Express sur Ciné-Classic ? ». Au lieu de quoi j’ai donc passé deux heures à lutter contre l’ennui, à pester contre les zimpêtrants, et à traiter de tous les noms mes confrères Pujadas, Namias, Fressoz et Cohen (Patrick) tous coupables d’avoir été les vrais éteignoirs de ce faux débat.

Palme d’or de la question neuneu (et vicelarde en même temps) à Françoise Fressoz, du Monde à propos de la prise en compte par les finalistes des propositions d’Arnaud Montebourg : « Est-ce qu’être socialiste, c’est refuser l’ouverture au monde ? ». Et est-ce qu’être journaliste au Monde, chère Françoise, c’est refuser l’ouverture de ses œillères en kevlar ? Pour le coup, j’ai une réponse…

Mais bon, si les confrères étaient mauvais, leurs clients ne valaient guère mieux. Pour qui François Hollande me prend-il en ne cessant de me répéter que la France a besoin d’un candidat « qui rassure, qui rassemble, qui réconcilie » ? Je sais bien que la méthode Coué redevient tendance chez les thérapeutes, mais quand même…

Et puis, qu’est-ce que j’en ai à fiche d’entendre Martine citer Poul Rasmussen à longueur d’émission? D’abord je ne sais pas qui c’est ce mec, et à la troisième citation, j’ai craqué et, par conscience professionnelle, suis allé googliser, pour découvrir que ce mystérieux Danois, président du Parti Socialiste Européen, était un intégrationniste furieux et libre-échangiste grand teint. On me prend pour un âne là, ou quoi ? Ou plus exactement on veut donner des gages à qui en citant trois fois ce nobody eurobéat? Mystère. Ou pire…

Quant au reste, si on oublie deux ou trois sorties pseudo-saillantes qui puent leur storyteller à cent mètres, le vrai drame de ce débat, c’est qu’on se serait cru à un grand oral de l’ENA : une vraie techno-parade ! Certes Martine et François connaissent leurs fiches sur le bout des doigts, mais à Bouglione, j’ai vu un mec qui récitait par cœur l’annuaire du Val d’Oise. Et sur le fond, non seulement – comme Laurent Joffrin l’a finalement lui-même reconnu sur LCI, tout arrive !- , l’un et l’autre disent exactement la même chose, mais en plus, ils le disent très mal. Ils n’ont peut-être pas inventé l’eau tiède, mais ils savent en user, jusqu’à saturation.

Tout ça ne serait pas bien grave si l’enjeu de cette battle sans combattants était une médaille en chocolat genre Premier Secrétaire du PS ou trésorier du fan-club de Jacques Delors. Non, pour vous dire le fond de ma pensée, le seul vrai problème c’est que nos Dupont et Dupond mettent toute la gauche en danger : quand sera venu le temps de la vraie campagne, de la vraie élection, si le candidat du PS, quel qu’il soit, continue à être aussi plat, aussi codé, aussi techno, aussi plan-plan, il ouvrira un boulevard à Sarkozy pour la première place, et à qui vous savez pour la deuxième.

Martine, François, vous avez trois jours pour me convaincre que vous valez mieux que ça. Sinon, dimanche, je reste chez moi : je ne suis pas sûr d’avoir envie d’être complice – ou responsable – de votre naufrage.

Resident Evil : carnage sur le tournage

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Mieux qu’un exercice grandeur nature de la sécurité civile ou de la police mimant une prise d’otage à la Tour Eiffel, sous une pluie géante de grenouilles venues de l’espace avec fausses victimes qui poussent des cris de douleur. On le sait, le cinéma hollywoodien -mais tourné au Canada pour raisons fiscales- a l’habitude de nous épater. Là il invente le vrai-faux accident. Ou plutôt que le faux-vrai.

Ça s’est passé mardi, sur le plateau de tournage du dernier opus de Resident Evil, une plateforme s’est effondrée dans les studios Cinespace Film, à Toronto. 12 acteurs en costume de zombie et quatre membres de l’équipe de production ont été blessés. Et là ou les Américains et les Canadiens nous épatent encore, c’est que le personnel d’urgence a eu des difficultés à évaluer l’ampleur des blessures des victimes parce qu’ils étaient maquillés de faux sang et de faux pansements, selon le Hollywood Reporter.

On imagine aussi que les zombies avaient des yeux révulsés et si ça se trouve des membres faussement putréfiés et des t-shirts en lambeaux. Par chance la police de Toronto a annoncé que parmi les dix personnes transportées à l’hôpital, aucune n’était en danger de mort. Manifestement les maquilleurs auront vraiment mérité leur paie. Moi qui croyais que tout était numérique de nos jours…