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Dépassements d’honoraires : supplique à Marisol Touraine

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Bon alors voilà, ma pauvre Marisol, j’ai 73 ans. Et ce n’est pas brillant. Pour commencer, j’ai une cataracte. Trop d’années devant les écrans d’ordinateur à écrire pour Causeur.

Mais figure toi que ce n’est pas tout. J’ai de sacrés problèmes de thyroïde, je devais être dans une région mal placée quand le nuage de Tchernobyl est passé. Il faut aussi que tu saches que du côté de la hanche et du genou, ce n’est pas non plus la forme. Il va me falloir deux prothèses. Ce n’est pas que j’ai été un sportif de haut niveau, mais bon, à vivre dans des climats humides… Et puis, pour tout te dire, ma pauvre Marisol, sur le plan de la bête à deux dos, ça ne va plus être ça. Il va falloir qu’on me retire mon adénome de la prostate et qu’on me retire des calculs de l’uretère qui me font un mal de chien. Je ne suis pas près de faire à nouveau fumer les matelas. Sinon, à propos de calculs, on va aussi me retirer la vésicule. Je pense que je vais faire ça juste après la prostate. Alors tu vois, ma pauvre Marisol, si tu pouvais me filer un peu de pognon, ce serait bien parce que pour toutes les opérations que je viens de te décrire, les dépassements d’honoraires, donc non remboursés par la sécu, ils vont en gros de 100 à 700 euros.

A moins que les négociations initiées par ton ministère de la Santé entre la Cnam, les syndicats de médecins et les complémentaires santés débouchent sur quelque chose. Je t’embrasse, ma pauvre Marisol. De toute façon, je ne pourrais pas te serrer la main. J’ai mal au canal carpien et ça coûte 205 euros l’opération quand la sécu en rembourse 100.

Primaire : pourquoi l’UMP va imiter le PS en 2017

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En novembre prochain, se déroulera une élection majeure. François Fillon et Jean-François Copé seront probablement les deux principaux candidats à la présidence de l’UMP. Pour Fillon, les choses sont entendues. Le Congrès UMP est une « avant-primaire qui permet à notre famille de bénéficier d’un président incontestable pour cinq ans ». Et il martèle : « Je ne suis pas candidat pour être secrétaire général de l’UMP, je suis candidat à la fonction qui était occupée par Nicolas Sarkozy ».

L’ex-Premier ministre, surnommé « Mister Nobody » à ses débuts à Matignon, rêve de ce moment depuis longtemps. Le sacre par les militants UMP avant le sacre par les Français. Se poser en homme providentiel contre le péril socialiste. Et ce n’est pas un hasard, s’il compte se présenter à la Mairie de Paris en 2014, un entraînement avant l’élection suprême.

A l’inverse, Copé craint cette logique du sacre. Auréolé du statut d’ex-Premier ministre, Fillon aura en effet bien plus de chance que le maire de Meaux si le congrès de novembre est transformé en répétition générale pour 2017. Aussi, l’actuel secrétaire général de l’UMP a prévenu son rival : « Cette élection ne vise qu’à une seule chose: donner aux militants de l’UMP le libre choix de celui qui va diriger avec une équipe notre parti durant une période très particulière, qui n’est pas celle de 2017 mais celle de 2012 à 2015 ».

Mais Fillon va plus loin. Pour 2017, il souhaite qu’une primaire ouverte aux sympathisants et non aux seuls militants soit organisée pour désigner le candidat officiel de l’UMP. Pour l’ex-chef du gouvernement, une primaire « est meilleure que les calculs d’appareil dont la transparence n’est pas la première des qualités ». Alain Juppé, autre ex-Premier ministre est du même avis : « Le futur président de (l’UMP) ne doit pas se présenter comme le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle de 2017 ».

Face aux demandes internes du parti et au succès de la primaire PS, Copé a dû évoluer en recommandant finalement « un système très ouvert » pour désigner le futur candidat UMP. Refuser une telle évolution l’aurait fait passer pour un ringard au sein de son parti.

Mais ces prises de positions ne sont pas innocentes. Copé, à l’inverse de Fillon, n’a pas l’aura d’un ex-Premier ministre parmi la population. Pour les mêmes raisons, dès 2009, Ségolène Royal, en tant qu’ex-candidate à la présidentielle, était une des plus grandes partisanes d’une primaire ouverte pour 2012. En face, Hollande, à l’époque critiqué pour son manque de charisme, en retard voire non cité dans les sondages, et qui n’a jamais été ministre, était plus réservé. Par chance pour ce dernier, ces théories seront infirmées par les urnes à l’automne 2011.

Quoi qu’il en soit, ces débats internes autour des primaires PS ou UMP mettent au jour une certaine supercherie. On a cru que l’organisation d’une primaire ouverte était l’occasion de « retrouver le peuple », d’abattre les barrières entre partis et simples citoyens. En 2006, le PS avait déjà commencé à ouvrir le processus en créant les fameux adhérents à 20 euros afin de désigner son candidat à l’Elysée.

En vérité, en ouvrant leurs primaires, les partis cherchant à investir la scène médiatique, à occuper les journalistes fans de petites phrases et d’intrigues de couloirs avant l’élection majeure. Juppé a d’ailleurs avancé que « les primaires ont permis au PS d’occuper l’espace médiatique pendant des mois ». En 2006, Royal, DSK et Fabius avaient déjà débattu à la télévision. L’ouverture n’est alors qu’un prétexte pour un grand événement médiatique et sondagier. Une désignation par 2,6 millions de personnes fera toujours plus de bruit que le vote d’un bureau politique. La dernière primaire PS en est l’exemple.

Cette recherche permanente de l’évènement et de la médiatisation découle d’une dérive du système politique actuel. Avec l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel, on ne vote pas pour le programme d’un parti mais pour un homme (ou une femme). On le choisit autant voire plus pour son charisme ou son expérience que pour ses idées.

Plus qu’une présidentialisation, c’est donc une personnalisation de la politique qui est mise en œuvre. La prolifération des sondages, la confusion entre vie privée et vie publique, le traitement médiatique superficiel, tout cela est à relier à un déclin des débats de fond au profit de la forme et de la course de petits chevaux.

Nicolas Sarkozy était allé très loin dans ce processus. Son accession à la présidence de l’UMP en 2005 avait tout du show à l’américaine. Il avait alors transformé l’UMP en club de supporters cherchant plus la quantité que la qualité des militants allant jusqu’à revendiquer 370 000 encartés fin 2007. Sa vie privée est devenu un feuilleton, il a commandé des sondages à la pelle aux frais du contribuable, travaillé son image médiatique à outrance.

A coté de ça, que sait-on de ses idées ? Est-il l’homme du bouclier fiscal ou l’ami des ouvriers ? Est-il l’homme du Kärcher ou celui se vante d’avoir nommé un « préfet musulman » ? On avait beaucoup glosé à tort ou à raison sur la capacité de Sarkozy à séduire les classes populaires. En vérité, l’ex-chef de l’Etat s’est surtout distingué par son talent à miser plus sur la forme que sur le fond. C’est visiblement sa contribution majeure à l’histoire politique française.

*Photo : UMP

Pas de foulards pour le football féminin

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La gauche au pouvoir serait multiculturaliste, forcément multiculturaliste, si j’en crois mes camarades de jeu néo-réacs ainsi que le think tank de la Gauche Populaire, décidé à prendre en compte les angoisses identitaires, réelles ou supposées, d’un peuple qui serait systématiquement oublié dans les discours du PS et du Front de Gauche.
On dit parfois que l’amour n’existe pas, qu’il n’existe que des preuves d’amour. Je vais finir par croire que le multiculturalisme, c’est la même chose. Pour l’instant, le gouvernement Hollande n’en a donné aucune preuve et vient même d’aller à l’opposé de ses tropismes supposés par un geste éminemment républicain.
Un geste qui ne va pas particulièrement rendre la France populaire dans les pays musulmans voire chez certains de ses partenaires européens pour qui le multiculturalisme est une seconde nature, dont le libéralisme économique s’accommode par ailleurs très bien, chaque communauté étant à la fois considérée comme une niche marketing et un moyen bien pratique d’octroyer des droits particuliers plutôt que de l’émancipation pour tous.

En s’opposant fermement et définitivement à l’autorisation donnée par la FIFA aux joueuses de foot féminin de porter le voile, la ministre des sports, Valérie Fourneyron, a été on ne peut plus claire : « Il s’agit pour la FIFA de permettre à certaines femmes et équipes féminines qui étaient exclues de la pratique sportive de participer à la compétition. La question du voile se pose dans notre pays de façon totalement différente, le port du voile n’est pas un préalable à la pratique du sport et ne doit pas l’être : dans ce cadre, avec la Fédération Française de Football, la position a été prise qu’il y ait interdiction du port du voile lors des compétitions nationales, en respect des valeurs que nous partageons, celles de la lutte contre toutes les formes de discrimination. » Dans la foulée, la FFF, qui est sous tutelle directe de la ministre des sports, a interdit à ses propres joueuses de porter le voile.

A travers cette question du voile, du sport et des femmes se trouve posée la question centrale de l’émancipation, et en particulier de l’émancipation des « filles des quartiers ». La position de Fourneyron est d’autant plus courageuse que la FIFA présente cette autorisation du voile pour les joueuses comme une démarche précisément émancipatrice.
De manière particulièrement retorse, le prince Ali Ben Al-Hussein de Jordanie, vice président de la FIFA et principal artisan de cette décision, a ainsi accordé un entretien au Monde dans lequel il inverse dialectiquement les données du problème en présentant le voile « comme une liberté de choix » pour les joueuses.
On aurait pu accepter, à l’extrême rigueur, une argumentation fondée sur l’idée qu’il valait mieux, dans des pays comme l’Iran ou l’Arabie Saoudite, régulièrement disqualifiés dans les compétitions internationales pour cause de voile, que des femmes jouent au football au lieu d’être absentes des terrains. Pour le coup, la discussion aurait été possible.

Mais pour le prince Ali Ben Al-Hussein, nous sommes dans le meilleur des mondes footbalistiques possibles puisque porter un foulard, comme chacun sait, « n’est ni un slogan ni un symbole religieux, c’est une pratique culturelle ». Alors, devant une si tranquille hypocrisie qui veut faire croire que onze filles voilées courant derrière un ballon dans une compétition internationale n’est pas un « slogan », on pourrait, pour une fois, se féliciter collectivement de la décision de la ministre des sports et de la FFF.
En France, le football féminin ne confondra pas respect de la différence avec soumission à la domination masculine. Bref, il restera républicain.

*Photo : foot féminin, match Iran-Turquie, Singapour 2010.

Vel d’Hiv, les fausses vérités de Hollande

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Lors de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv, François Hollande, rompant ainsi avec son mentor putatif François Mitterrand, déclarait que « la vérité, c’est que le crime fut commis en France, par la France » et rajoutait « la France [à ce moment là] accomplissait l’irréparable ». Sans grande surprise, cette déclaration suscitait l’enthousiasme d’une gauche trop heureuse d’entretenir le mythe d’une droite française collaborationniste opposée à une gauche résistante tandis que, de l’autre coté de l’hémicycle, on se scandalisait de ce que le président de la République puisse ainsi confondre la France, la véritable, la résistante, la gaulliste avec l’infâme régime de Vichy.
Ce que ces déclarations, comme le tôlé qu’elles ont provoqué ont de profondément surréaliste c’est que personne, parmi nos politiciens ou dans la presse, n’a jugé bon de s’interroger sur la nature de ce que les uns comme les autres s’entendent à désigner sous le nom de « la France ».

Je peux comprendre que, par abus de langage, un supporter de football résume l’issue d’une rencontre internationale en disant que « la France a gagné ». On est ici dans le langage courant et le sujet, pardonnez-moi, ne mérite pas nécessairement que l’on s’embarrasse de détails de forme. Mais d’un point de vue très pratique, ce n’est pas « la France » qui a gagné ; ce sont les joueurs de l’équipe nationale française et, par extension, le personnel d’encadrement de ladite équipe. Lorsque les supporters descendent dans la rue pour fêter la victoire en scandant le traditionnel « on a gagné » (trois fois), ils savent pertinemment qu’ils n’ont remporté aucune compétition sportive ce soir-là et pour cause : ils ont passé la soirée devant leurs télévisions.
Dire que « la France » était collaborationniste et aussi stupide et dénué de sens que de la déclarer résistante. Ce n’est pas la France qui a commis un crime, ce n’est pas la France qui exporte et qui importe et ce n’est pas la France qui rase 20 millions de mentons chaque matin ; ce sont des français qui font ces choses-là, des individus.

« La France », évoquée avec tant de légèreté et de certitude par nos élites, est un concept. Et les concepts ne pensent pas, n’agissent pas : seuls les individus pensent; seuls les individus agissent.
De quelque bord qu’elles proviennent, ces invocations de « la France » traduisent le même système de pensée. Un système de pensée dans lequel l’individu est subordonné au corps social auquel il est supposé appartenir ; un système de pensée dans lequel la société est conçue comme une entité douée de conscience et capable d’agir ; un système de pensée, enfin, qui confond cette société purement rhétorique avec l’État qui la gouverne. L’ironie tragique de l’histoire, c’est que c’est précisément un système de pensée totalitaire.

*Photo : Francois Hollande

Les oreilles de l’été. Elvis 1968 : le pelvien revient !

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Dans son cuir noir moulant, comme une greffe de nuit sur un corps fluide et musclé, Elvis revient, en 1968, après une dépression, et quelques films bien propres à composer une soupe de navets. Sa voix est intacte, sonore. Le beau gosse qui fait la moue est de retour au camp de base : il incarne nerveusement l’origine gospel de sa vocation, augmentée de rhythm’n blues. Il administre sur la plainte noire des fondateurs une brusque impulsion « pelvienne » de jeune blanc, déchiré entre les imprécations du pasteur contre le démon de chair et les fous rires nerveux des filles choucroutées à la peau laiteuse. On cherchera en vain une trace de guimauve dans son rock viril, même dans ses protestations les plus sentimentales. Au physique, amusé de lui-même, généreux, gai, terriblement et naïvement « sexe », il est la beauté américaine au sang mêlé d’indien cherokee et de vieille Europe, avec quelque chose du Tennessee, plus exactement du Mississipi.

Auprès de lui, quelques-unes des plus belles « cordes » du pays : Dominic Joseph Fontana, batteur (sur une caisse de guitare), Alan Fortas, Charlie Hodge, Lance LeGault et Scotty Moore (ce dernier et Fontana suivaient Elvis depuis le début de sa gloire). Leur son, impeccable, est souple et sec, maîtrisé parfaitement, comme produit par un matériau d’enchantement.

Cette forme de récital, en direct, au milieu d’un public restreint, fonde la manière qu’on nommera plus tard « unplugged ». Elvis et ses boys se trouvent sur une estrade, entouré d’un public sage en apparence, mais en transe contenue, essentiellement féminin, fasciné par ce mâle très brun en peau d’agneau aussi lustrée que sa chevelure.

Il ne retrouvera jamais plus une telle intensité, une telle aisance, un tel bonheur dans l’interprétation. Elvis est jeune et sauvage pour la dernière fois.

Cet été, Causeur magazine déménage en France

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Crise et normalitude présidentielle obligent, nous avons remisé nos tenues d’apparat et autres gadgets bling-bling au vestiaire pour partir… en France ! Tout beau et tout frais, habillé d’une nouvelle maquette, Causeur magazine 49-50 se penche sur notre beau pays à travers son dossier central « J’habite en France ». Pour ce numéro double juillet-août de 80 pages, en plus d’avoir fait peau neuve, nous avons mis les petits plats dans les grands.

On commence ainsi en trombe avec notre fidèle mécontemporain et grand amateur de football Alain Finkielkraut qui ausculte une équipe de France en pleine convalescence après le fiasco sportif et moral de l’euro. Insultes contre les journalistes, manquements à l’esprit d’équipe, consumérisme effrené : n’en jetez plus : voilà l’occasion rêvée d’observer la « décivilisation française » chez ces grands enfants millionnaires du ballon rond. Hélas, vous ne trouverez guère plus d’espoir dans mon texte sur l’immigration. Pas plus en quête d’un Âge d’or perdu que de lendemains qui chantent, j’explique avec le regretté Guy Debord que la Grande Déculturation a précédé le Grand Remplacement immigré : pour rester dans les stades, y a-t-il d’ailleurs moins français que le « desouche » Ribéry ? Vous reprendrez ensuite une dose de noirceur avec Roland Jaccard qui se souvient du jeune homme suisse qu’il était lorsqu’il découvrit les faux-semblants de la société de cour parisienne au pays de l’égalité. Depuis, notre ami nihiliste « hait » la France et l’assume…

Assez badé, comme disent (mal) les jeunes. Voyons la face lumineuse du pays des 300 fromages. Si dans son entretien fleuve avec Gil Mihaely, le journaliste culinaire Périco Légasse décrit une France « mal dans son assiette », c’est pour mieux en appeler à la « révolution alimentaire » et au réveil d’une paysannerie écrasée sous le poids de la PAC et de la mondialisation agro-alimentaire. Encore plus réjouissants, pendant que Jérôme Leroy nous confie ses souvenirs de routes départementales, le professeur de lycée Mathieu Stévenin redécouvre les vertus de l’école à l’ancienne, dans une expérimentation inédite et fructueuse des méthodes d’antan. Quand l’école de papa ringardise le pédagogisme des vieux soixante-huitards, c’est Grenelle qui revit !

Allez, en nostalgique d’un temps que je n’ai jamais connu, je ne résiste pas au plaisir de rallumer la flamme des années 1980 avec Florentin Piffard. Notre confrère se remémore le fan des Bérurier Noir et l’antifasciste chasseur de skin qu’il fut, lorsqu’il bourlinguait dans les bars d’Oberkampf à la recherche de crânes rasés à mater… par les graffitis. A quinze ans, en l’an de grâce 1984, ce « résistant d’opérette » regardait le Goldstein de la République proférer ses outrances télévisées pendant que la guerre culturelle FN-SOS Racisme faisait rage. Ah, que ces années antifascistes furent belles… et inutiles !

Puisque Causeur magazine peut se déguster en vrac et dans le désordre, vous passerez du dossier à nos articles d’actualité. Encore une fois, l’éclectisme est de rigueur : Luc Rosenzweig nous inocule de sains anticorps pour démêler les rumeurs d’empoisonnement de feu Yasser Arafat tandis que Laurence Simon Sulzer nous fait voyager à Washington D.C. Dans la capitale des States, une drôle de discrimination positive prévaut : celle qui entoure les maires noirs corrompus, dont la couleur de peau leur garantit l’immunité médiatique, malgré la gabegie qui entoure la gestion de la ville depuis des décennies.

En guise de plat de résistance, interviewé par Gil Mihaely, Jean-François Kahn esquisse une France aux valeurs (sociétales) de droite et aux idées (économiques) de gauche. En esprit libre et iconoclaste, tout en pourfendant ses discours de campagne, il adresse même un – relatif – satisfecit au perdant Nicolas Sarkozy qui « n’a pas opprimé la classe ouvrière, ni fait reculer le pouvoir d’achat » mais bel et bien échoué sur l’immigration et la sécurité. Tout en prophétisant la guerre des droites, JFK cerne le désarroi idéologique d’une gauche qui n’a jamais été si politiquement dominante et culturellement minoritaire depuis 1981. Europe, immigration, affaires étrangères : messieurs Hollande et Ayrault ont du pain sur la planche !

A l’heure des entremets, le duel courtois et civilisé – une tradition française qui se perd…- reprendra le pas sur la basse politique avec la réponse de Georges Kaplan à Frédéric Rouvillois quant à la recension du Dictionnaire du libéralisme de Mathieu Laine qu’il fit dans notre numéro de juin. Une défense et illustration du libéralisme comme on en lit peu sous nos cieux tricolores…

La culture, c’est aussi l’incurable penchant pour le rock and roll du percutant Cyril Bennasar, qui confesse, charnel et sans ambages : « Le funk, c’est le fuck et le rap, c’est le viol. Le rock’n’roll, c’est la baise, et les soutifs de la beatlemania ou le coup de pelvis d’Elvis en sont les révélations » !

Cerise sur le gâteau final, deux pléiades cinématographiques vous attendent. Ludovic Maubreuil exhume dix film français oubliés, les conjurés de la critique cinématographique comme Benazeraf, Mocky et Blain, se disputent ses faveurs. Quant à Timothée Gérardin, il vous offre une séance de rattrapage cinéphilique avec le palmarès des dix chef-d’œuvre hollywoodiens à (re)voir d’urgence, de Billy Wilder à Mankiewicz.

Bon, si votre appétit n’est toujours pas satisfait, vous pourrez toujours vous payer une petite gourmandise littéraire russe signée mézigue et plonger goulûment dans les carnets de nos pensionnaires Roland Jaccard et François Taillandier avant de déconstruire la théorie du genre avec Paul Thibaud lisant Sylviane Agacinski.

Bref, de la Côte d’azur à Saint-Malo, vous avez largement de quoi vous consoler du mauvais temps. « L’été sera chaud »[1. Comme chantait le trop sous-estimé Charden, disparu il y a quelques semaines.] ? Peut-être pas, mais roboratif, assurément.

Achat au numéro : 6,90 € ; Offre Découverte : 12,90 € (ce numéro + les 2 suivants) ; Abonnement 1 an : à partir de 34,90 €

Ciao, ciao amore !

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Vous vous souvenez, c’était la dolce vita… Le miracle italien de l’après guerre avait transformé la péninsule du néo-réalisme, de Riz amer et du Voleur de bicyclettes en un pays qui inventait au cours des années soixante un nouvel art de vivre. Oui, on appelait ça la dolce vita, qui est aussi le titre du film le plus célèbre de Fellini. Bien sûr, parce que l’Italie est l’Italie, elle ne se faisait pas d’illusions. Elle entretenait sur ce modèle hédoniste et solaire une distance amusée, critique, parfois tragique, comme cela apparaît dans Le Fanfaron de Dino Risi, inoubliable road movie de 1964 avec Jean Louis Trintignant, Vittorio Gasmann et la toute divine et trop oubliée Catherine Spaak. Dans ce film, la plage jouait un rôle important. C’était le lieu magique du temps suspendu, du flirt avec l’éternité, des chaises longues du Ferragosto où l’on boit du café frappé, où l’on se dore au soleil dans le plus pur plaisir d’être au monde.

La plage joue un rôle essentiel dans cette dolce vita, un rôle stratégique même. Elle indique un désir de sortie de l’histoire, l’invention d’un rapport à l’autre enfin apaisé, à la fois sexy et ataraxique. Elle est le lieu même du farniente, c’est-à-dire du ne rien faire. Avoir inventé un mot pour ça est tout de même la preuve d’une extrême civilisation, celle déjà qui opposait dans l’Antiquité, l’otium, c’est à dire le loisir fécond, celui qui permet de lire, d’aimer, de penser en toute quiétude à sa négation le neg-otium, c’est-à-dire le négoce, le commerce, la banque, enfin toutes ces activités un peu douteuses. Même un esprit aussi critique que Pasolini sur la société de son temps, dans un superbe reportage passant en revue les plages italiennes intitulé La Longue route de sable, est enchanté de ce nouveau mode de vie qui se dessine : « La plupart des visages que je vois sont modestes, joyeux, farceurs et honnêtes. Sur ces longues promenades de bord de mer, toutes désordonnées et grandioses, il y a toujours un air de fête, comme dans le Sud : mais c’est une fête de respect pour la fête des autres. » Et c’est sans compter sur la chanson, la variété de ce temps-là qui indique bien qu’il suffirait de presque rien pour que les plages soient enfin le lieu d’une utopie réalisée. Tenez, prenez deux minutes et écoutez le charmant Gino Paoli et son Sapore di mare qui est au slow des années 60 ce que Le lac de Lamartine est à la poésie romantique : le mètre étalon.
Et si vous en voulez un peu plus, écoutez aussi le bonheur fou, la fusion panthéiste de Fred Bongusto dans son inoubliable Una rotonda sul mare. Je vous assure, respirez à fond, écoutez, souvenez vous. Parce qu’il n’y en a plus pour longtemps.

Aujourd’hui, le gouvernement Monti fait tranquillement changer l’Italie de civilisation. L’Italie avait déjà servi de laboratoire à la stratégie de la tension et au terrorisme instrumentalisé dans les années soixante-dix, puis au berlusconisme qui était la préfiguration d’une droite identitaire néo-libérale qui règne à peu près partout en Europe désormais. Maintenant, le gouvernement Monti, non élu, expertocratique, purement gestionnaire, obsédé par le déficit comme un exorciste par le démon, annonce ce que sera l’Europe fédérale de demain gouvernée par des banquiers-préfets, de préférence anciens de Goldmann Sachs. Et comme ces gens-là sont étrangers à tout ce qui peut faire une identité nationale, une culture et ne jouissent que devant des graphiques, ils oublient tout. Il y a quelques semaines, un reportage poignant dans Le Monde montrait la deuxième mort de Pompéi, traversée de hordes de chiens errants pissant sur les mosaïques esquintées et sur les villas chancelantes interdites d’accès. C’est que l’Etat a décrété qu’il n’avait plus les moyens et tant pis s’il n’y a plus ou presque de gardiens pour empêcher les pillages quotidiens.

Maintenant, c’est aux plages que s’attaque le gouvernement Monti. Depuis 2006, une loi garantissait l’accès libre et gratuit aux plages mais l’Etat les cède de plus en plus à des intérêts privés. Selon l’organisation écologique WWF, le nombre de plages privées est ainsi passé de 5 568 en 2001 à plus de 12 000 aujourd’hui.
Et les établissement privés, avec ses parasols et transats loués en moyenne 15 à 20 euros par jour, occupent désormais 900 des 4 000 kilomètres de côtes réservées à la baignade.
On voit tous les jours des scènes étranges comme cette femme enceinte, à Alassio en Ligurie, qui est interpellée par un garçon de bains parce que cela fait plusieurs minutes qu’elle surveille son fils dans les vagues et qu’elle contrevient ainsi à un arrêté municipal qui interdit l’occupation du rivage sur les plages privées. Elle n’avait payé ni parasol, ni chaise longue.
Comme d’habitude, la spéculation sur ce bien commun a généré d’énormes profits pour un petit nombre alors que les écosystèmes côtiers ont été fragilisés par le bétonnage comme le remarque le président de WWF Italie, ce pays où la gauche n’existe plus et où ce sont les associations qui sont bien obligées de prendre le relais.

On en est là. Tout un art de vivre est en train de mourir dans une indifférence presque générale. La Catherine Spaak d’aujourd’hui ne rencontrera plus Jean-Louis Trintignant sur le sable, ils ne danseront plus sur Gino Paoli. Ils ne seront plus que les citoyens d’un monde devenu fou, qui détruit la douceur de vivre pour rétablir des comptes. Des citoyens ? Même pas, d’ailleurs…

*Photo : Dark Botxy

Rafle du Vel d’Hiv : la France coupable, forcément coupable !

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En déclarant que la rafle dite du Vel d’Hiv du 17 juillet 1942 était « un crime commis en France par la France », François Hollande a choisi la continuité avec la position formulée à ce sujet par Jacques Chirac en 1995, et la rupture avec celle de François Mitterrand et Charles De Gaulle. Ces derniers considéraient en effet que le régime de Vichy constituait une parenthèse tragique de l’Histoire de France, et qu’en aucun cas la Nation, et a fortiori la République, ne pouvaient être tenus pour responsables des crimes commis contre les Juifs par ses dirigeants et ses fonctionnaires. Pour donner encore plus de poids à cette prise de position, François Hollande a rendu une visite, largement médiatisée, à Jacques Chirac en son château de Bity, en Corrèze, la veille de ce discours très attendu.

On aurait tort de croire que ce discours met un terme définitif au débat historiographique relatif aux responsabilités respectives de l’occupant nazi et de ses serviteurs français dans la perpétration de la Shoah, dont la rafle du Vel d’Hiv est devenue le symbole en France. Les partisans de la thèse de la continuité de l’Etat entre la IIIème République et le régime de Vichy continueront à débattre avec ceux qui, dans la ligne de René Cassin, défendent celle de l’inconstitutionnalité du régime pétainiste. On notera tout de même que François Hollande est allé un peu plus loin que Jacques Chirac dans le rejet du dogme gaullo-mitterrandien : il fait porter sur « la France », concept global et atemporel, une culpabilité que son prédécesseur limitait à « l’Etat français », dénomination officielle de l’autorité de fait exercée par Pétain, Laval et Cie.

Cette petite différence, peu remarquée dans les comptes-rendus des cérémonies du 22 juillet 2012, est pourtant problématique. De complice plus ou moins zélée d’un projet criminel conçu et mis en œuvre par d’autres, la France accède, dans le discours hollandais, au statut d’auteur principal de la tentative d’extermination des juifs présents sur son sol. Cela permet à Libération de titrer en une que la rafle est un « crime français ». On ne va pas jusqu’à dire que le coup de téléphone du 10 juillet 1942 d’Adolf Eichmann à son correspondant à Paris Theodor Dannecker avait pour objectif de modérer la fureur antisémite des Bousquet, Leguay et Darquier de Pellepoix, mais c’est tout juste… Le souci de redresser un récit historique qui a longtemps été biaisé dans un autre sens, celui d’une France globalement résistante face à une poignée de traîtres à la solde des nazis ne saurait justifier ce glissement sémantique.

La disparition de l’Allemagne des discours évoquant ce chapitre tragique de notre histoire serait risible si le sujet n’était pas si grave. Touche pas à mon crime ! Moi aussi j’ai droit à ce que vous appelez chez vous la Vergangenheitsbewältigung, ce corps à corps violent avec le passé qui vous a si bien réussi ! Ce message lancé à Angela Merkel par François Hollande laissera sans doute perplexe nos voisins d’outre-Rhin. Ou provoquera encore quelques ricanements sur ces fichus Français qui prétendent toujours être la « Grande Nation », y compris dans le crime.

Les membres de la génération précédente, celle qui a réellement vécu en pleine conscience les événements en question, et en particulier ceux qui les ont subi dans leur chair ont toujours tenu à ne pas faire l’amalgame entre « la France », que beaucoup d’entre eux continuaient à révérer et ces Français criminels qui prétendaient l’incarner entre juin 1940 et août 1944. Hollande, en criminalisant la France au delà de ses turpitudes réelles, et son double Hessel dédouanant l’occupation allemande « relativement inoffensive » au regard de l’occupation israélienne des territoires palestiniens, sont les deux faces d’une même médaille. Celle qui instrumentalise à son profit, politique ou narcissique, une histoire complexe, forcément complexe.

Jean Seigneur s’en est allé

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Dans les années 1970, l’orgue, on trouvait ça ringard : nos parents semblaient aimer cette fille noire qui jouait pieds nus et qu’on voyait parfois à la télé entre Guy Béart et Yvan Rebroff. Keith Emerson, ça n’était pas notre tasse de thé, « Tarkus » , tout ça sentait vaguement le progressif, le bizarre, pas assez hard pour des gamins du val de Fensch…

On préférait les guitar hero, mais les bourrins, genre Alvin Lee, Leslie West ou plus tard Ted Nugent, les Jeff Beck, Jimmy Page, Hendrix, trop fins, trop musiciens; ah et il y avait surtout Richie Blackmore de Deep Purple : les solos sur Live in Japan… J’ai passé des nuits entières avec mon copain Bruno à engloutir des litres de Kro’ en jouant au Monopoly ou aux petits chevaux, avec les stridences de Ian Gillan à fond la gamelle sur ses vieilles enceintes Akai pourries. Et pourtant dans Purple il y avait un organiste: John Lord, le moustachu qu’on n’écoutait pas trop mais qui faisait sonner le groupe…

Mon frangin, qui à l’époque écoutait plutôt les Stones, est venu l’autre jour au magasin m’annoncer que Lord était mort, 71 ans , un vieux survivant. Du coup j’ai réécouté Deep Purple trente-cinq ans après avec émotion, vieux schnock déjà, moi qui suis plutôt fou de jazz, j’ai trouvé que ça avait bien vieilli et que l’organiste finalement, c’était l’âme du groupe. Je n’aime toujours pas beaucoup Jimmy Smith, Milt Buckner, Eddy Louiss et les autres, même s’ils swinguent comme des beaux diables: c’est le son Hammond sans doute (le coté churchy nasillard), et pourtant, hormis le Fender Rhodes on n’a pas fait mieux dans le genre claviers électriques…

Bref, Jean Seigneur s’en est allé.

Un sous-marin nommé NKM

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C’est amusant. Dès que Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé sa candidature, les radios ont traité la nouvelle comme un évènement intersidéral, au moins aussi important que les développements de l’enquête après l’attentat de Denver. J’ai peut-être mauvaise mémoire mais je ne me souviens pas que, lorsqu’elle avait annoncé sa candidature en 2004 au même poste, Christine Boutin avait bénéficié de la même promotion. Elle avait pourtant obtenu 5,82 % des voix, ce qui ne semble guère éloigné du potentiel de NKM pour le scrutin de 2012[1. Le premier qui rétorque que c’est parce que Boutin n’était ni belle, ni jeune, ni moderne, j’envoie une lettre de dénonciation au ministère du droit des femmes. Et pas une lettre anonyme ! En recommandé avec accusé de réception, encore ! Non, mais !].

Le problème, c’est qu’en novembre prochain, ce ne seront pas les journalistes qui voteront, mais les adhérents de l’Union pour un Mouvement Populaire. Et de leur côté, je n’ai pas l’impression que NKM dispose d’une cote d’enfer. Une forte minorité – souvent parmi les plus actifs – la déteste, une petite majorité – sans en arriver à cette extrémité – la trouve un peu légère pour le poste. L’ex-ministre de l’Ecologie a présenté sa candidature dans le même esprit qu’Alain Juppé s’il avait mis à exécution son projet avorté : éviter un duel trop sanglant entre Fillon et Copé en incarnant une troisième voie. Cette tentative avait fait un flop alors qu’elle avait des atouts que n’a pas celle de NKM. Juppé est le fondateur de l’UMP, rien de moins. Et il avait commencé à présenter sa candidature d’une manière assez adroite en annonçant d’ores et déjà qu’il renonçait à toute ambition présidentielle pour 2017. Or, NKM a 39 ans, ce qui en fait une gamine à l’échelle d’un parti de gouvernement dans notre pays. Et elle s’est bien gardée d’annoncer qu’elle n’avait pas pour projet d’être candidate à l’élection présidentielle, pour la bonne et simple raison qu’elle en crève d’envie et qu’elle l’a même laissé entendre à quelques reprises. En revanche, il y a bien un point commun entre les démarches de Juppé et de NKM, c’est cette volonté d’incarner une troisième voie entre Copé et Fillon. Et là, pardonnez-moi, mais c’est à mourir de rire. Pour qu’il y ait une troisième voie, il faudrait déjà qu’il en ait deux. Or, le secrétaire général actuel de l’UMP et l’ex-premier ministre ne proposent pas deux voies. Ils ont simplement deux tempéraments différents. On l’a dit et répété, ici et ailleurs, il n’existe pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre eux, sur l’économie, sur l’Europe, sur les sujets régaliens ou les sujets sociétaux. Prétendre que l’un – en l’occurrence Copé – serait plus à droite que l’autre, c’est une vaste blague. Dans le cas contraire, on se demande bien pourquoi le député de Meaux vient de recevoir le soutien de Jean-Pierre Raffarin, qui fustige la dérive droitière de l’UMP ; et on pourrait s’interroger aussi à l’inverse, sur le soutien d’Eric Ciotti à Fillon. On se demande bien ce qui pourra les séparer sur le fond. Fillon-Copé, c’est un peu comme Dominique Reynié versus Olivier Duhamel. Ils s’engueulent, mais on se demande bien pourquoi parce qu’ils disent la même chose.

Donc, pour se faufiler entre ces deux-là et incarner une fiction de troisième voie, c’est d’ores et déjà loupé. Kosciusko-Morizet pourrait à la limite tenter d’en incarner une seconde. Pas de bol, elle partage elle aussi les mêmes idées qu’eux sur tous les sujets essentiels. Une différence de stratégie ? C’est vrai que ça compte aussi, la stratégie. Elle annonce « pas de concession au PS, pas de compromission avec le FN », soit exactement comme ses deux compères. NKM ne peut donc apporter qu’une option supplémentaire dans l’opposition de style, dans la bataille des tempéraments. Et encore faut-il, pour être officiellement candidate, obtenir les 8 000 parrainages de militants nécessaires. Or, elle reconnaît elle-même que cela ne sera pas aisé, ce qui en dit d’ailleurs déjà long sur le fait qu’elle est consciente de ne pas avoir une grande cote chez les adhérents et donc sur ses chances de faire un score et a fortiori de gagner.
N’apportant aucune idée ni stratégie différentes de ses concurrents et n’ayant aucune chance de gagner, la candidature de la député-maire de Longjumeau ne peut donc être destinée qu’à fixer des voix destinées plutôt à l’un, avant de se rallier à l’autre.

NKM la suscite t-elle sciemment ou non, peu importe, mais c’est évidemment Jean-François Copé qui serait le gagnant de l’opération. Car s’il n’y a pas de candidat plus à droite que l’autre, le ressenti dans l’opinion, au sens large comme chez les militants, est tout autre. Parce qu’il tient un langage plus décomplexé, Copé apparaît comme le plus à droite. Parce qu’elle a construit son image dans une opposition avec le FN, NKM apparaît comme la plus à gauche. Fillon apparaît entre les deux. Donc, si Kosciusko-Morizet mange un peu de laine sur le dos de quelqu’un, ce sera bien davantage au détriment de l’ancien premier ministre qu’aux dépens du député de Seine-et-Marne. Copé permettra t-il à NKM d’obtenir les 8 000 parrainages si elle n’y parvient pas seule ? C’est son intérêt. Nantie du droit d’être candidate, se retirera t-elle pour son bienfaiteur avant le premier tour ou avant le second et en échange de quoi ? Ce sont bien les seules questions qui se posent sur cette candidature dont il apparaît aujourd’hui clairement qu’elle est surtout dirigée à gêner François Fillon.

*Photo : Le Point

Dépassements d’honoraires : supplique à Marisol Touraine

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Bon alors voilà, ma pauvre Marisol, j’ai 73 ans. Et ce n’est pas brillant. Pour commencer, j’ai une cataracte. Trop d’années devant les écrans d’ordinateur à écrire pour Causeur.

Mais figure toi que ce n’est pas tout. J’ai de sacrés problèmes de thyroïde, je devais être dans une région mal placée quand le nuage de Tchernobyl est passé. Il faut aussi que tu saches que du côté de la hanche et du genou, ce n’est pas non plus la forme. Il va me falloir deux prothèses. Ce n’est pas que j’ai été un sportif de haut niveau, mais bon, à vivre dans des climats humides… Et puis, pour tout te dire, ma pauvre Marisol, sur le plan de la bête à deux dos, ça ne va plus être ça. Il va falloir qu’on me retire mon adénome de la prostate et qu’on me retire des calculs de l’uretère qui me font un mal de chien. Je ne suis pas près de faire à nouveau fumer les matelas. Sinon, à propos de calculs, on va aussi me retirer la vésicule. Je pense que je vais faire ça juste après la prostate. Alors tu vois, ma pauvre Marisol, si tu pouvais me filer un peu de pognon, ce serait bien parce que pour toutes les opérations que je viens de te décrire, les dépassements d’honoraires, donc non remboursés par la sécu, ils vont en gros de 100 à 700 euros.

A moins que les négociations initiées par ton ministère de la Santé entre la Cnam, les syndicats de médecins et les complémentaires santés débouchent sur quelque chose. Je t’embrasse, ma pauvre Marisol. De toute façon, je ne pourrais pas te serrer la main. J’ai mal au canal carpien et ça coûte 205 euros l’opération quand la sécu en rembourse 100.

Primaire : pourquoi l’UMP va imiter le PS en 2017

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En novembre prochain, se déroulera une élection majeure. François Fillon et Jean-François Copé seront probablement les deux principaux candidats à la présidence de l’UMP. Pour Fillon, les choses sont entendues. Le Congrès UMP est une « avant-primaire qui permet à notre famille de bénéficier d’un président incontestable pour cinq ans ». Et il martèle : « Je ne suis pas candidat pour être secrétaire général de l’UMP, je suis candidat à la fonction qui était occupée par Nicolas Sarkozy ».

L’ex-Premier ministre, surnommé « Mister Nobody » à ses débuts à Matignon, rêve de ce moment depuis longtemps. Le sacre par les militants UMP avant le sacre par les Français. Se poser en homme providentiel contre le péril socialiste. Et ce n’est pas un hasard, s’il compte se présenter à la Mairie de Paris en 2014, un entraînement avant l’élection suprême.

A l’inverse, Copé craint cette logique du sacre. Auréolé du statut d’ex-Premier ministre, Fillon aura en effet bien plus de chance que le maire de Meaux si le congrès de novembre est transformé en répétition générale pour 2017. Aussi, l’actuel secrétaire général de l’UMP a prévenu son rival : « Cette élection ne vise qu’à une seule chose: donner aux militants de l’UMP le libre choix de celui qui va diriger avec une équipe notre parti durant une période très particulière, qui n’est pas celle de 2017 mais celle de 2012 à 2015 ».

Mais Fillon va plus loin. Pour 2017, il souhaite qu’une primaire ouverte aux sympathisants et non aux seuls militants soit organisée pour désigner le candidat officiel de l’UMP. Pour l’ex-chef du gouvernement, une primaire « est meilleure que les calculs d’appareil dont la transparence n’est pas la première des qualités ». Alain Juppé, autre ex-Premier ministre est du même avis : « Le futur président de (l’UMP) ne doit pas se présenter comme le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle de 2017 ».

Face aux demandes internes du parti et au succès de la primaire PS, Copé a dû évoluer en recommandant finalement « un système très ouvert » pour désigner le futur candidat UMP. Refuser une telle évolution l’aurait fait passer pour un ringard au sein de son parti.

Mais ces prises de positions ne sont pas innocentes. Copé, à l’inverse de Fillon, n’a pas l’aura d’un ex-Premier ministre parmi la population. Pour les mêmes raisons, dès 2009, Ségolène Royal, en tant qu’ex-candidate à la présidentielle, était une des plus grandes partisanes d’une primaire ouverte pour 2012. En face, Hollande, à l’époque critiqué pour son manque de charisme, en retard voire non cité dans les sondages, et qui n’a jamais été ministre, était plus réservé. Par chance pour ce dernier, ces théories seront infirmées par les urnes à l’automne 2011.

Quoi qu’il en soit, ces débats internes autour des primaires PS ou UMP mettent au jour une certaine supercherie. On a cru que l’organisation d’une primaire ouverte était l’occasion de « retrouver le peuple », d’abattre les barrières entre partis et simples citoyens. En 2006, le PS avait déjà commencé à ouvrir le processus en créant les fameux adhérents à 20 euros afin de désigner son candidat à l’Elysée.

En vérité, en ouvrant leurs primaires, les partis cherchant à investir la scène médiatique, à occuper les journalistes fans de petites phrases et d’intrigues de couloirs avant l’élection majeure. Juppé a d’ailleurs avancé que « les primaires ont permis au PS d’occuper l’espace médiatique pendant des mois ». En 2006, Royal, DSK et Fabius avaient déjà débattu à la télévision. L’ouverture n’est alors qu’un prétexte pour un grand événement médiatique et sondagier. Une désignation par 2,6 millions de personnes fera toujours plus de bruit que le vote d’un bureau politique. La dernière primaire PS en est l’exemple.

Cette recherche permanente de l’évènement et de la médiatisation découle d’une dérive du système politique actuel. Avec l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel, on ne vote pas pour le programme d’un parti mais pour un homme (ou une femme). On le choisit autant voire plus pour son charisme ou son expérience que pour ses idées.

Plus qu’une présidentialisation, c’est donc une personnalisation de la politique qui est mise en œuvre. La prolifération des sondages, la confusion entre vie privée et vie publique, le traitement médiatique superficiel, tout cela est à relier à un déclin des débats de fond au profit de la forme et de la course de petits chevaux.

Nicolas Sarkozy était allé très loin dans ce processus. Son accession à la présidence de l’UMP en 2005 avait tout du show à l’américaine. Il avait alors transformé l’UMP en club de supporters cherchant plus la quantité que la qualité des militants allant jusqu’à revendiquer 370 000 encartés fin 2007. Sa vie privée est devenu un feuilleton, il a commandé des sondages à la pelle aux frais du contribuable, travaillé son image médiatique à outrance.

A coté de ça, que sait-on de ses idées ? Est-il l’homme du bouclier fiscal ou l’ami des ouvriers ? Est-il l’homme du Kärcher ou celui se vante d’avoir nommé un « préfet musulman » ? On avait beaucoup glosé à tort ou à raison sur la capacité de Sarkozy à séduire les classes populaires. En vérité, l’ex-chef de l’Etat s’est surtout distingué par son talent à miser plus sur la forme que sur le fond. C’est visiblement sa contribution majeure à l’histoire politique française.

*Photo : UMP

Pas de foulards pour le football féminin

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La gauche au pouvoir serait multiculturaliste, forcément multiculturaliste, si j’en crois mes camarades de jeu néo-réacs ainsi que le think tank de la Gauche Populaire, décidé à prendre en compte les angoisses identitaires, réelles ou supposées, d’un peuple qui serait systématiquement oublié dans les discours du PS et du Front de Gauche.
On dit parfois que l’amour n’existe pas, qu’il n’existe que des preuves d’amour. Je vais finir par croire que le multiculturalisme, c’est la même chose. Pour l’instant, le gouvernement Hollande n’en a donné aucune preuve et vient même d’aller à l’opposé de ses tropismes supposés par un geste éminemment républicain.
Un geste qui ne va pas particulièrement rendre la France populaire dans les pays musulmans voire chez certains de ses partenaires européens pour qui le multiculturalisme est une seconde nature, dont le libéralisme économique s’accommode par ailleurs très bien, chaque communauté étant à la fois considérée comme une niche marketing et un moyen bien pratique d’octroyer des droits particuliers plutôt que de l’émancipation pour tous.

En s’opposant fermement et définitivement à l’autorisation donnée par la FIFA aux joueuses de foot féminin de porter le voile, la ministre des sports, Valérie Fourneyron, a été on ne peut plus claire : « Il s’agit pour la FIFA de permettre à certaines femmes et équipes féminines qui étaient exclues de la pratique sportive de participer à la compétition. La question du voile se pose dans notre pays de façon totalement différente, le port du voile n’est pas un préalable à la pratique du sport et ne doit pas l’être : dans ce cadre, avec la Fédération Française de Football, la position a été prise qu’il y ait interdiction du port du voile lors des compétitions nationales, en respect des valeurs que nous partageons, celles de la lutte contre toutes les formes de discrimination. » Dans la foulée, la FFF, qui est sous tutelle directe de la ministre des sports, a interdit à ses propres joueuses de porter le voile.

A travers cette question du voile, du sport et des femmes se trouve posée la question centrale de l’émancipation, et en particulier de l’émancipation des « filles des quartiers ». La position de Fourneyron est d’autant plus courageuse que la FIFA présente cette autorisation du voile pour les joueuses comme une démarche précisément émancipatrice.
De manière particulièrement retorse, le prince Ali Ben Al-Hussein de Jordanie, vice président de la FIFA et principal artisan de cette décision, a ainsi accordé un entretien au Monde dans lequel il inverse dialectiquement les données du problème en présentant le voile « comme une liberté de choix » pour les joueuses.
On aurait pu accepter, à l’extrême rigueur, une argumentation fondée sur l’idée qu’il valait mieux, dans des pays comme l’Iran ou l’Arabie Saoudite, régulièrement disqualifiés dans les compétitions internationales pour cause de voile, que des femmes jouent au football au lieu d’être absentes des terrains. Pour le coup, la discussion aurait été possible.

Mais pour le prince Ali Ben Al-Hussein, nous sommes dans le meilleur des mondes footbalistiques possibles puisque porter un foulard, comme chacun sait, « n’est ni un slogan ni un symbole religieux, c’est une pratique culturelle ». Alors, devant une si tranquille hypocrisie qui veut faire croire que onze filles voilées courant derrière un ballon dans une compétition internationale n’est pas un « slogan », on pourrait, pour une fois, se féliciter collectivement de la décision de la ministre des sports et de la FFF.
En France, le football féminin ne confondra pas respect de la différence avec soumission à la domination masculine. Bref, il restera républicain.

*Photo : foot féminin, match Iran-Turquie, Singapour 2010.

Vel d’Hiv, les fausses vérités de Hollande

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Lors de la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv, François Hollande, rompant ainsi avec son mentor putatif François Mitterrand, déclarait que « la vérité, c’est que le crime fut commis en France, par la France » et rajoutait « la France [à ce moment là] accomplissait l’irréparable ». Sans grande surprise, cette déclaration suscitait l’enthousiasme d’une gauche trop heureuse d’entretenir le mythe d’une droite française collaborationniste opposée à une gauche résistante tandis que, de l’autre coté de l’hémicycle, on se scandalisait de ce que le président de la République puisse ainsi confondre la France, la véritable, la résistante, la gaulliste avec l’infâme régime de Vichy.
Ce que ces déclarations, comme le tôlé qu’elles ont provoqué ont de profondément surréaliste c’est que personne, parmi nos politiciens ou dans la presse, n’a jugé bon de s’interroger sur la nature de ce que les uns comme les autres s’entendent à désigner sous le nom de « la France ».

Je peux comprendre que, par abus de langage, un supporter de football résume l’issue d’une rencontre internationale en disant que « la France a gagné ». On est ici dans le langage courant et le sujet, pardonnez-moi, ne mérite pas nécessairement que l’on s’embarrasse de détails de forme. Mais d’un point de vue très pratique, ce n’est pas « la France » qui a gagné ; ce sont les joueurs de l’équipe nationale française et, par extension, le personnel d’encadrement de ladite équipe. Lorsque les supporters descendent dans la rue pour fêter la victoire en scandant le traditionnel « on a gagné » (trois fois), ils savent pertinemment qu’ils n’ont remporté aucune compétition sportive ce soir-là et pour cause : ils ont passé la soirée devant leurs télévisions.
Dire que « la France » était collaborationniste et aussi stupide et dénué de sens que de la déclarer résistante. Ce n’est pas la France qui a commis un crime, ce n’est pas la France qui exporte et qui importe et ce n’est pas la France qui rase 20 millions de mentons chaque matin ; ce sont des français qui font ces choses-là, des individus.

« La France », évoquée avec tant de légèreté et de certitude par nos élites, est un concept. Et les concepts ne pensent pas, n’agissent pas : seuls les individus pensent; seuls les individus agissent.
De quelque bord qu’elles proviennent, ces invocations de « la France » traduisent le même système de pensée. Un système de pensée dans lequel l’individu est subordonné au corps social auquel il est supposé appartenir ; un système de pensée dans lequel la société est conçue comme une entité douée de conscience et capable d’agir ; un système de pensée, enfin, qui confond cette société purement rhétorique avec l’État qui la gouverne. L’ironie tragique de l’histoire, c’est que c’est précisément un système de pensée totalitaire.

*Photo : Francois Hollande

Les oreilles de l’été. Elvis 1968 : le pelvien revient !

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Dans son cuir noir moulant, comme une greffe de nuit sur un corps fluide et musclé, Elvis revient, en 1968, après une dépression, et quelques films bien propres à composer une soupe de navets. Sa voix est intacte, sonore. Le beau gosse qui fait la moue est de retour au camp de base : il incarne nerveusement l’origine gospel de sa vocation, augmentée de rhythm’n blues. Il administre sur la plainte noire des fondateurs une brusque impulsion « pelvienne » de jeune blanc, déchiré entre les imprécations du pasteur contre le démon de chair et les fous rires nerveux des filles choucroutées à la peau laiteuse. On cherchera en vain une trace de guimauve dans son rock viril, même dans ses protestations les plus sentimentales. Au physique, amusé de lui-même, généreux, gai, terriblement et naïvement « sexe », il est la beauté américaine au sang mêlé d’indien cherokee et de vieille Europe, avec quelque chose du Tennessee, plus exactement du Mississipi.

Auprès de lui, quelques-unes des plus belles « cordes » du pays : Dominic Joseph Fontana, batteur (sur une caisse de guitare), Alan Fortas, Charlie Hodge, Lance LeGault et Scotty Moore (ce dernier et Fontana suivaient Elvis depuis le début de sa gloire). Leur son, impeccable, est souple et sec, maîtrisé parfaitement, comme produit par un matériau d’enchantement.

Cette forme de récital, en direct, au milieu d’un public restreint, fonde la manière qu’on nommera plus tard « unplugged ». Elvis et ses boys se trouvent sur une estrade, entouré d’un public sage en apparence, mais en transe contenue, essentiellement féminin, fasciné par ce mâle très brun en peau d’agneau aussi lustrée que sa chevelure.

Il ne retrouvera jamais plus une telle intensité, une telle aisance, un tel bonheur dans l’interprétation. Elvis est jeune et sauvage pour la dernière fois.

Cet été, Causeur magazine déménage en France

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Crise et normalitude présidentielle obligent, nous avons remisé nos tenues d’apparat et autres gadgets bling-bling au vestiaire pour partir… en France ! Tout beau et tout frais, habillé d’une nouvelle maquette, Causeur magazine 49-50 se penche sur notre beau pays à travers son dossier central « J’habite en France ». Pour ce numéro double juillet-août de 80 pages, en plus d’avoir fait peau neuve, nous avons mis les petits plats dans les grands.

On commence ainsi en trombe avec notre fidèle mécontemporain et grand amateur de football Alain Finkielkraut qui ausculte une équipe de France en pleine convalescence après le fiasco sportif et moral de l’euro. Insultes contre les journalistes, manquements à l’esprit d’équipe, consumérisme effrené : n’en jetez plus : voilà l’occasion rêvée d’observer la « décivilisation française » chez ces grands enfants millionnaires du ballon rond. Hélas, vous ne trouverez guère plus d’espoir dans mon texte sur l’immigration. Pas plus en quête d’un Âge d’or perdu que de lendemains qui chantent, j’explique avec le regretté Guy Debord que la Grande Déculturation a précédé le Grand Remplacement immigré : pour rester dans les stades, y a-t-il d’ailleurs moins français que le « desouche » Ribéry ? Vous reprendrez ensuite une dose de noirceur avec Roland Jaccard qui se souvient du jeune homme suisse qu’il était lorsqu’il découvrit les faux-semblants de la société de cour parisienne au pays de l’égalité. Depuis, notre ami nihiliste « hait » la France et l’assume…

Assez badé, comme disent (mal) les jeunes. Voyons la face lumineuse du pays des 300 fromages. Si dans son entretien fleuve avec Gil Mihaely, le journaliste culinaire Périco Légasse décrit une France « mal dans son assiette », c’est pour mieux en appeler à la « révolution alimentaire » et au réveil d’une paysannerie écrasée sous le poids de la PAC et de la mondialisation agro-alimentaire. Encore plus réjouissants, pendant que Jérôme Leroy nous confie ses souvenirs de routes départementales, le professeur de lycée Mathieu Stévenin redécouvre les vertus de l’école à l’ancienne, dans une expérimentation inédite et fructueuse des méthodes d’antan. Quand l’école de papa ringardise le pédagogisme des vieux soixante-huitards, c’est Grenelle qui revit !

Allez, en nostalgique d’un temps que je n’ai jamais connu, je ne résiste pas au plaisir de rallumer la flamme des années 1980 avec Florentin Piffard. Notre confrère se remémore le fan des Bérurier Noir et l’antifasciste chasseur de skin qu’il fut, lorsqu’il bourlinguait dans les bars d’Oberkampf à la recherche de crânes rasés à mater… par les graffitis. A quinze ans, en l’an de grâce 1984, ce « résistant d’opérette » regardait le Goldstein de la République proférer ses outrances télévisées pendant que la guerre culturelle FN-SOS Racisme faisait rage. Ah, que ces années antifascistes furent belles… et inutiles !

Puisque Causeur magazine peut se déguster en vrac et dans le désordre, vous passerez du dossier à nos articles d’actualité. Encore une fois, l’éclectisme est de rigueur : Luc Rosenzweig nous inocule de sains anticorps pour démêler les rumeurs d’empoisonnement de feu Yasser Arafat tandis que Laurence Simon Sulzer nous fait voyager à Washington D.C. Dans la capitale des States, une drôle de discrimination positive prévaut : celle qui entoure les maires noirs corrompus, dont la couleur de peau leur garantit l’immunité médiatique, malgré la gabegie qui entoure la gestion de la ville depuis des décennies.

En guise de plat de résistance, interviewé par Gil Mihaely, Jean-François Kahn esquisse une France aux valeurs (sociétales) de droite et aux idées (économiques) de gauche. En esprit libre et iconoclaste, tout en pourfendant ses discours de campagne, il adresse même un – relatif – satisfecit au perdant Nicolas Sarkozy qui « n’a pas opprimé la classe ouvrière, ni fait reculer le pouvoir d’achat » mais bel et bien échoué sur l’immigration et la sécurité. Tout en prophétisant la guerre des droites, JFK cerne le désarroi idéologique d’une gauche qui n’a jamais été si politiquement dominante et culturellement minoritaire depuis 1981. Europe, immigration, affaires étrangères : messieurs Hollande et Ayrault ont du pain sur la planche !

A l’heure des entremets, le duel courtois et civilisé – une tradition française qui se perd…- reprendra le pas sur la basse politique avec la réponse de Georges Kaplan à Frédéric Rouvillois quant à la recension du Dictionnaire du libéralisme de Mathieu Laine qu’il fit dans notre numéro de juin. Une défense et illustration du libéralisme comme on en lit peu sous nos cieux tricolores…

La culture, c’est aussi l’incurable penchant pour le rock and roll du percutant Cyril Bennasar, qui confesse, charnel et sans ambages : « Le funk, c’est le fuck et le rap, c’est le viol. Le rock’n’roll, c’est la baise, et les soutifs de la beatlemania ou le coup de pelvis d’Elvis en sont les révélations » !

Cerise sur le gâteau final, deux pléiades cinématographiques vous attendent. Ludovic Maubreuil exhume dix film français oubliés, les conjurés de la critique cinématographique comme Benazeraf, Mocky et Blain, se disputent ses faveurs. Quant à Timothée Gérardin, il vous offre une séance de rattrapage cinéphilique avec le palmarès des dix chef-d’œuvre hollywoodiens à (re)voir d’urgence, de Billy Wilder à Mankiewicz.

Bon, si votre appétit n’est toujours pas satisfait, vous pourrez toujours vous payer une petite gourmandise littéraire russe signée mézigue et plonger goulûment dans les carnets de nos pensionnaires Roland Jaccard et François Taillandier avant de déconstruire la théorie du genre avec Paul Thibaud lisant Sylviane Agacinski.

Bref, de la Côte d’azur à Saint-Malo, vous avez largement de quoi vous consoler du mauvais temps. « L’été sera chaud »[1. Comme chantait le trop sous-estimé Charden, disparu il y a quelques semaines.] ? Peut-être pas, mais roboratif, assurément.

Achat au numéro : 6,90 € ; Offre Découverte : 12,90 € (ce numéro + les 2 suivants) ; Abonnement 1 an : à partir de 34,90 €

Ciao, ciao amore !

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Vous vous souvenez, c’était la dolce vita… Le miracle italien de l’après guerre avait transformé la péninsule du néo-réalisme, de Riz amer et du Voleur de bicyclettes en un pays qui inventait au cours des années soixante un nouvel art de vivre. Oui, on appelait ça la dolce vita, qui est aussi le titre du film le plus célèbre de Fellini. Bien sûr, parce que l’Italie est l’Italie, elle ne se faisait pas d’illusions. Elle entretenait sur ce modèle hédoniste et solaire une distance amusée, critique, parfois tragique, comme cela apparaît dans Le Fanfaron de Dino Risi, inoubliable road movie de 1964 avec Jean Louis Trintignant, Vittorio Gasmann et la toute divine et trop oubliée Catherine Spaak. Dans ce film, la plage jouait un rôle important. C’était le lieu magique du temps suspendu, du flirt avec l’éternité, des chaises longues du Ferragosto où l’on boit du café frappé, où l’on se dore au soleil dans le plus pur plaisir d’être au monde.

La plage joue un rôle essentiel dans cette dolce vita, un rôle stratégique même. Elle indique un désir de sortie de l’histoire, l’invention d’un rapport à l’autre enfin apaisé, à la fois sexy et ataraxique. Elle est le lieu même du farniente, c’est-à-dire du ne rien faire. Avoir inventé un mot pour ça est tout de même la preuve d’une extrême civilisation, celle déjà qui opposait dans l’Antiquité, l’otium, c’est à dire le loisir fécond, celui qui permet de lire, d’aimer, de penser en toute quiétude à sa négation le neg-otium, c’est-à-dire le négoce, le commerce, la banque, enfin toutes ces activités un peu douteuses. Même un esprit aussi critique que Pasolini sur la société de son temps, dans un superbe reportage passant en revue les plages italiennes intitulé La Longue route de sable, est enchanté de ce nouveau mode de vie qui se dessine : « La plupart des visages que je vois sont modestes, joyeux, farceurs et honnêtes. Sur ces longues promenades de bord de mer, toutes désordonnées et grandioses, il y a toujours un air de fête, comme dans le Sud : mais c’est une fête de respect pour la fête des autres. » Et c’est sans compter sur la chanson, la variété de ce temps-là qui indique bien qu’il suffirait de presque rien pour que les plages soient enfin le lieu d’une utopie réalisée. Tenez, prenez deux minutes et écoutez le charmant Gino Paoli et son Sapore di mare qui est au slow des années 60 ce que Le lac de Lamartine est à la poésie romantique : le mètre étalon.
Et si vous en voulez un peu plus, écoutez aussi le bonheur fou, la fusion panthéiste de Fred Bongusto dans son inoubliable Una rotonda sul mare. Je vous assure, respirez à fond, écoutez, souvenez vous. Parce qu’il n’y en a plus pour longtemps.

Aujourd’hui, le gouvernement Monti fait tranquillement changer l’Italie de civilisation. L’Italie avait déjà servi de laboratoire à la stratégie de la tension et au terrorisme instrumentalisé dans les années soixante-dix, puis au berlusconisme qui était la préfiguration d’une droite identitaire néo-libérale qui règne à peu près partout en Europe désormais. Maintenant, le gouvernement Monti, non élu, expertocratique, purement gestionnaire, obsédé par le déficit comme un exorciste par le démon, annonce ce que sera l’Europe fédérale de demain gouvernée par des banquiers-préfets, de préférence anciens de Goldmann Sachs. Et comme ces gens-là sont étrangers à tout ce qui peut faire une identité nationale, une culture et ne jouissent que devant des graphiques, ils oublient tout. Il y a quelques semaines, un reportage poignant dans Le Monde montrait la deuxième mort de Pompéi, traversée de hordes de chiens errants pissant sur les mosaïques esquintées et sur les villas chancelantes interdites d’accès. C’est que l’Etat a décrété qu’il n’avait plus les moyens et tant pis s’il n’y a plus ou presque de gardiens pour empêcher les pillages quotidiens.

Maintenant, c’est aux plages que s’attaque le gouvernement Monti. Depuis 2006, une loi garantissait l’accès libre et gratuit aux plages mais l’Etat les cède de plus en plus à des intérêts privés. Selon l’organisation écologique WWF, le nombre de plages privées est ainsi passé de 5 568 en 2001 à plus de 12 000 aujourd’hui.
Et les établissement privés, avec ses parasols et transats loués en moyenne 15 à 20 euros par jour, occupent désormais 900 des 4 000 kilomètres de côtes réservées à la baignade.
On voit tous les jours des scènes étranges comme cette femme enceinte, à Alassio en Ligurie, qui est interpellée par un garçon de bains parce que cela fait plusieurs minutes qu’elle surveille son fils dans les vagues et qu’elle contrevient ainsi à un arrêté municipal qui interdit l’occupation du rivage sur les plages privées. Elle n’avait payé ni parasol, ni chaise longue.
Comme d’habitude, la spéculation sur ce bien commun a généré d’énormes profits pour un petit nombre alors que les écosystèmes côtiers ont été fragilisés par le bétonnage comme le remarque le président de WWF Italie, ce pays où la gauche n’existe plus et où ce sont les associations qui sont bien obligées de prendre le relais.

On en est là. Tout un art de vivre est en train de mourir dans une indifférence presque générale. La Catherine Spaak d’aujourd’hui ne rencontrera plus Jean-Louis Trintignant sur le sable, ils ne danseront plus sur Gino Paoli. Ils ne seront plus que les citoyens d’un monde devenu fou, qui détruit la douceur de vivre pour rétablir des comptes. Des citoyens ? Même pas, d’ailleurs…

*Photo : Dark Botxy

Rafle du Vel d’Hiv : la France coupable, forcément coupable !

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En déclarant que la rafle dite du Vel d’Hiv du 17 juillet 1942 était « un crime commis en France par la France », François Hollande a choisi la continuité avec la position formulée à ce sujet par Jacques Chirac en 1995, et la rupture avec celle de François Mitterrand et Charles De Gaulle. Ces derniers considéraient en effet que le régime de Vichy constituait une parenthèse tragique de l’Histoire de France, et qu’en aucun cas la Nation, et a fortiori la République, ne pouvaient être tenus pour responsables des crimes commis contre les Juifs par ses dirigeants et ses fonctionnaires. Pour donner encore plus de poids à cette prise de position, François Hollande a rendu une visite, largement médiatisée, à Jacques Chirac en son château de Bity, en Corrèze, la veille de ce discours très attendu.

On aurait tort de croire que ce discours met un terme définitif au débat historiographique relatif aux responsabilités respectives de l’occupant nazi et de ses serviteurs français dans la perpétration de la Shoah, dont la rafle du Vel d’Hiv est devenue le symbole en France. Les partisans de la thèse de la continuité de l’Etat entre la IIIème République et le régime de Vichy continueront à débattre avec ceux qui, dans la ligne de René Cassin, défendent celle de l’inconstitutionnalité du régime pétainiste. On notera tout de même que François Hollande est allé un peu plus loin que Jacques Chirac dans le rejet du dogme gaullo-mitterrandien : il fait porter sur « la France », concept global et atemporel, une culpabilité que son prédécesseur limitait à « l’Etat français », dénomination officielle de l’autorité de fait exercée par Pétain, Laval et Cie.

Cette petite différence, peu remarquée dans les comptes-rendus des cérémonies du 22 juillet 2012, est pourtant problématique. De complice plus ou moins zélée d’un projet criminel conçu et mis en œuvre par d’autres, la France accède, dans le discours hollandais, au statut d’auteur principal de la tentative d’extermination des juifs présents sur son sol. Cela permet à Libération de titrer en une que la rafle est un « crime français ». On ne va pas jusqu’à dire que le coup de téléphone du 10 juillet 1942 d’Adolf Eichmann à son correspondant à Paris Theodor Dannecker avait pour objectif de modérer la fureur antisémite des Bousquet, Leguay et Darquier de Pellepoix, mais c’est tout juste… Le souci de redresser un récit historique qui a longtemps été biaisé dans un autre sens, celui d’une France globalement résistante face à une poignée de traîtres à la solde des nazis ne saurait justifier ce glissement sémantique.

La disparition de l’Allemagne des discours évoquant ce chapitre tragique de notre histoire serait risible si le sujet n’était pas si grave. Touche pas à mon crime ! Moi aussi j’ai droit à ce que vous appelez chez vous la Vergangenheitsbewältigung, ce corps à corps violent avec le passé qui vous a si bien réussi ! Ce message lancé à Angela Merkel par François Hollande laissera sans doute perplexe nos voisins d’outre-Rhin. Ou provoquera encore quelques ricanements sur ces fichus Français qui prétendent toujours être la « Grande Nation », y compris dans le crime.

Les membres de la génération précédente, celle qui a réellement vécu en pleine conscience les événements en question, et en particulier ceux qui les ont subi dans leur chair ont toujours tenu à ne pas faire l’amalgame entre « la France », que beaucoup d’entre eux continuaient à révérer et ces Français criminels qui prétendaient l’incarner entre juin 1940 et août 1944. Hollande, en criminalisant la France au delà de ses turpitudes réelles, et son double Hessel dédouanant l’occupation allemande « relativement inoffensive » au regard de l’occupation israélienne des territoires palestiniens, sont les deux faces d’une même médaille. Celle qui instrumentalise à son profit, politique ou narcissique, une histoire complexe, forcément complexe.

Jean Seigneur s’en est allé

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Dans les années 1970, l’orgue, on trouvait ça ringard : nos parents semblaient aimer cette fille noire qui jouait pieds nus et qu’on voyait parfois à la télé entre Guy Béart et Yvan Rebroff. Keith Emerson, ça n’était pas notre tasse de thé, « Tarkus » , tout ça sentait vaguement le progressif, le bizarre, pas assez hard pour des gamins du val de Fensch…

On préférait les guitar hero, mais les bourrins, genre Alvin Lee, Leslie West ou plus tard Ted Nugent, les Jeff Beck, Jimmy Page, Hendrix, trop fins, trop musiciens; ah et il y avait surtout Richie Blackmore de Deep Purple : les solos sur Live in Japan… J’ai passé des nuits entières avec mon copain Bruno à engloutir des litres de Kro’ en jouant au Monopoly ou aux petits chevaux, avec les stridences de Ian Gillan à fond la gamelle sur ses vieilles enceintes Akai pourries. Et pourtant dans Purple il y avait un organiste: John Lord, le moustachu qu’on n’écoutait pas trop mais qui faisait sonner le groupe…

Mon frangin, qui à l’époque écoutait plutôt les Stones, est venu l’autre jour au magasin m’annoncer que Lord était mort, 71 ans , un vieux survivant. Du coup j’ai réécouté Deep Purple trente-cinq ans après avec émotion, vieux schnock déjà, moi qui suis plutôt fou de jazz, j’ai trouvé que ça avait bien vieilli et que l’organiste finalement, c’était l’âme du groupe. Je n’aime toujours pas beaucoup Jimmy Smith, Milt Buckner, Eddy Louiss et les autres, même s’ils swinguent comme des beaux diables: c’est le son Hammond sans doute (le coté churchy nasillard), et pourtant, hormis le Fender Rhodes on n’a pas fait mieux dans le genre claviers électriques…

Bref, Jean Seigneur s’en est allé.

Un sous-marin nommé NKM

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C’est amusant. Dès que Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé sa candidature, les radios ont traité la nouvelle comme un évènement intersidéral, au moins aussi important que les développements de l’enquête après l’attentat de Denver. J’ai peut-être mauvaise mémoire mais je ne me souviens pas que, lorsqu’elle avait annoncé sa candidature en 2004 au même poste, Christine Boutin avait bénéficié de la même promotion. Elle avait pourtant obtenu 5,82 % des voix, ce qui ne semble guère éloigné du potentiel de NKM pour le scrutin de 2012[1. Le premier qui rétorque que c’est parce que Boutin n’était ni belle, ni jeune, ni moderne, j’envoie une lettre de dénonciation au ministère du droit des femmes. Et pas une lettre anonyme ! En recommandé avec accusé de réception, encore ! Non, mais !].

Le problème, c’est qu’en novembre prochain, ce ne seront pas les journalistes qui voteront, mais les adhérents de l’Union pour un Mouvement Populaire. Et de leur côté, je n’ai pas l’impression que NKM dispose d’une cote d’enfer. Une forte minorité – souvent parmi les plus actifs – la déteste, une petite majorité – sans en arriver à cette extrémité – la trouve un peu légère pour le poste. L’ex-ministre de l’Ecologie a présenté sa candidature dans le même esprit qu’Alain Juppé s’il avait mis à exécution son projet avorté : éviter un duel trop sanglant entre Fillon et Copé en incarnant une troisième voie. Cette tentative avait fait un flop alors qu’elle avait des atouts que n’a pas celle de NKM. Juppé est le fondateur de l’UMP, rien de moins. Et il avait commencé à présenter sa candidature d’une manière assez adroite en annonçant d’ores et déjà qu’il renonçait à toute ambition présidentielle pour 2017. Or, NKM a 39 ans, ce qui en fait une gamine à l’échelle d’un parti de gouvernement dans notre pays. Et elle s’est bien gardée d’annoncer qu’elle n’avait pas pour projet d’être candidate à l’élection présidentielle, pour la bonne et simple raison qu’elle en crève d’envie et qu’elle l’a même laissé entendre à quelques reprises. En revanche, il y a bien un point commun entre les démarches de Juppé et de NKM, c’est cette volonté d’incarner une troisième voie entre Copé et Fillon. Et là, pardonnez-moi, mais c’est à mourir de rire. Pour qu’il y ait une troisième voie, il faudrait déjà qu’il en ait deux. Or, le secrétaire général actuel de l’UMP et l’ex-premier ministre ne proposent pas deux voies. Ils ont simplement deux tempéraments différents. On l’a dit et répété, ici et ailleurs, il n’existe pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre eux, sur l’économie, sur l’Europe, sur les sujets régaliens ou les sujets sociétaux. Prétendre que l’un – en l’occurrence Copé – serait plus à droite que l’autre, c’est une vaste blague. Dans le cas contraire, on se demande bien pourquoi le député de Meaux vient de recevoir le soutien de Jean-Pierre Raffarin, qui fustige la dérive droitière de l’UMP ; et on pourrait s’interroger aussi à l’inverse, sur le soutien d’Eric Ciotti à Fillon. On se demande bien ce qui pourra les séparer sur le fond. Fillon-Copé, c’est un peu comme Dominique Reynié versus Olivier Duhamel. Ils s’engueulent, mais on se demande bien pourquoi parce qu’ils disent la même chose.

Donc, pour se faufiler entre ces deux-là et incarner une fiction de troisième voie, c’est d’ores et déjà loupé. Kosciusko-Morizet pourrait à la limite tenter d’en incarner une seconde. Pas de bol, elle partage elle aussi les mêmes idées qu’eux sur tous les sujets essentiels. Une différence de stratégie ? C’est vrai que ça compte aussi, la stratégie. Elle annonce « pas de concession au PS, pas de compromission avec le FN », soit exactement comme ses deux compères. NKM ne peut donc apporter qu’une option supplémentaire dans l’opposition de style, dans la bataille des tempéraments. Et encore faut-il, pour être officiellement candidate, obtenir les 8 000 parrainages de militants nécessaires. Or, elle reconnaît elle-même que cela ne sera pas aisé, ce qui en dit d’ailleurs déjà long sur le fait qu’elle est consciente de ne pas avoir une grande cote chez les adhérents et donc sur ses chances de faire un score et a fortiori de gagner.
N’apportant aucune idée ni stratégie différentes de ses concurrents et n’ayant aucune chance de gagner, la candidature de la député-maire de Longjumeau ne peut donc être destinée qu’à fixer des voix destinées plutôt à l’un, avant de se rallier à l’autre.

NKM la suscite t-elle sciemment ou non, peu importe, mais c’est évidemment Jean-François Copé qui serait le gagnant de l’opération. Car s’il n’y a pas de candidat plus à droite que l’autre, le ressenti dans l’opinion, au sens large comme chez les militants, est tout autre. Parce qu’il tient un langage plus décomplexé, Copé apparaît comme le plus à droite. Parce qu’elle a construit son image dans une opposition avec le FN, NKM apparaît comme la plus à gauche. Fillon apparaît entre les deux. Donc, si Kosciusko-Morizet mange un peu de laine sur le dos de quelqu’un, ce sera bien davantage au détriment de l’ancien premier ministre qu’aux dépens du député de Seine-et-Marne. Copé permettra t-il à NKM d’obtenir les 8 000 parrainages si elle n’y parvient pas seule ? C’est son intérêt. Nantie du droit d’être candidate, se retirera t-elle pour son bienfaiteur avant le premier tour ou avant le second et en échange de quoi ? Ce sont bien les seules questions qui se posent sur cette candidature dont il apparaît aujourd’hui clairement qu’elle est surtout dirigée à gêner François Fillon.

*Photo : Le Point