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Quand Le Nouvel Obs traque les néo-fachos

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Vous avez aimé Kate seins nus la semaine dernière dans Closer ? Alors vous adorerez l’enquête-choc qui claque ce mercredi en Une du Nouvel Obs : « Les néo-fachos et leurs amis ». Certes les images friponnes n’y sont pas au rendez-vous. Mais que de sensations fortes pour à peine 3,50 euros !

Figurez-vous que Renaud Dély et ses camarades ont débusqué en plein Paris une nouvelle conspiration. Enfin « nouvelle », c’est une façon de parler puisqu’on y retrouve pour l’essentiel les mêmes intellectuels et journalistes récidivistes que l’Obs avait déjà dénoncés en Une il y a quelques mois sous l’appellation « néo-réacs ».

Mais voilà, la pression d’une actualité brûlante exigeait sans doute qu’on upgradât nos néoréacs en néofachos. Après tout, n’est-ce pas de la faute de ces adeptes d’« Alain Finkielkraut, Jean-Claude Michéa et Philippe Muray » (malheureux maîtres à penser admirés à leur corps défendant) si l’on égorge à Benghazi et incendie à Sarcelles ?

Le Nouvel Obs, qui s’est associé à France Culture pour mener à bien cette mission civilisatrice, a donc mis ses meilleurs limiers sur le coup et consacré neuf pleines pages à ce nouveau cancer, provoqué, celui-là, par des intellos génétiquement modifiés. En voilà l’introduction, on est prié d’aller coucher les enfants : « Le rejet des musulmans alimente en Europe et aux Etats-Unis une nouvelle extrême-droite. En France, l’affaire Millet révèle les contours d’une nébuleuse brune au sein de laquelle des écrivains et des journalistes communient dans l’obsession de la sauvegarde d’une identité française « blanche et chrétienne ».» Notons qu’au Nouvel Obs, on a un vocabulaire si limité que toute interrogation ou critique devient « rejet » : en l’occurrence, l’islam ne posant aucun problème comme le montre notre riante actualité, ces gens-là ne sont que d’abominables racistes.

Bien sûr, nous n’avons pas été oubliés par nos fins observateurs. Ils citent Elisabeth Lévy du début à la fin de leur réquisitoire. Exemple : « Drapée dans sa « liberté d’expression », Elisabeth Lévy a fait de son magazine, et du site qui y est adossé, une officine de blanchiment d’idées sales. » Beurk, beurk, beurk ! Reconnaissons au moins qu’au Nouvel Obs, on ne se drape pas dans le pluralisme.

Vous allez dire que tout ça n’est pas très neuf. Oui, mais non. Pour qu’on comprenne bien que ces néo-réacs là transmutés en néofachos sont vraiment, mais alors vraiment dangereux, l’Obs a ajouté à la liste des usual suspects (Elisabeth[1. Qui répondra sur le fond à ces « révélations » dans le prochain numéro de Causeur Magazine et/ou dans quelques jours sur le site.], Alain Finkielkraut, Ivan Rioufol, Robert Ménard, Eric Zemmour et bien sûr Renaud Camus et Richard Millet) quelques nouvelles têtes, médias ou partis genre Alain Soral, le Bloc identitaire ou le site Stormfront « fondé par un membre du Klu Klux Klan ». Si l’Obs les met dans le même panier, c’est bien la preuve que tous ces gens sont complices, ma bonne dame. On le sait bien, nous, que Soral, Lévy et Finkielkraut brunchent ensemble tous les dimanches.

Dommage que l’enquête n’ait pas été bouclée un ou deux jours plus tard, ils auraient pu ajouter Charlie Hebdo à leur liste…

L’Église et l’État font mauvais ménage

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La République contre l'église catholique mais pas l'islam ?

Le 12 septembre, Manuel Valls affirmait : « S’attaquer à une religion, c’est s’attaquer à la République ». La veille, une mosquée de Limoges avait retrouvé ses portes souillées d’excréments.
Le 14 septembre 2012, le même Manuel Valls sortait d’un entretien avec Monseigneur Barbarin et déclarait au sujet du mariage homosexuel : « L’opinion est mûre et favorable à cela, nous parlons là de mariage civil, il s’agit là d’une évolution majeure pour la société, c’est un engagement du président de la République. Personne ne doit se sentir atteint dans sa conviction. Cette loi s’imposera à tous ».
Entre les quarante-huit heures qui séparent ces deux faits, un incroyable bouillonnement de mensonge s’est déchaîné sous le ciel de France.

Le premier mensonge est assez facile à débusquer : il est de l’ordre de la vérité historique. Sachant ce que la République inflige à la religion depuis 1789, il est scandaleux d’entendre Valls claironner que « S’attaquer à une religion, c’est s’attaquer à la République ». Les républicains sont les grands champions du massacre de religieux, par la chair et par l’esprit. En France, mais aussi au Mexique, en Espagne ou en Russie, le bilan est extrêmement lourd dans les paroisses et les monastères qui ont vu passer la République. La répression antireligieuse qui s’abat aujourd’hui très durement sur le christianisme possède une nature idéologique diffuse et insidieuse qui nous baigne dans l’idée que les cathos sont ringards, coincés, pédophiles, responsables de l’épidémie de Sida en Afrique, etc. Bref, tout cela entretient soigneusement un discrédit malhonnête sur l’Église.

Ce qui est assez amusant, c’est qu’aucun Mélenchon ni aucun Poutou ne s’est levé pour signaler l’erreur de Valls. Moi, si j’étais un bon Mélenchon, j’aurais sauté sur l’occasion pour bouffer du Valls ; j’aurai dit quelque chose du genre « Cet âne de Monsieur Valls prétend que s’attaquer à une religion c’est s’attaquer à la République, or je rappelle tout de même à ce monsieur à cravate crème que, justement, la grandeur de la République repose sur des fondements qui sont, non pas la superstition archaïque telle qu’on l’admettait sous l’Ancien Régime, mais la Raison, les Lumières, n’est-ce pas ! Et il est donc du devoir naturel de la République de chasser la religion et les religieux, de s’opposer le plus fermement possible à leur obscurantisme ! Monsieur Valls fait des effets de moulinets pour noyer le poisson et détourner les citoyens de la vraie question qui est celle des inégalités. » Mais je ne suis pas Mélenchon.

Le second mensonge est beaucoup plus subtil : Valls affirme qu’il est d’une certaine façon indigne que la République s’attaque à une religion ; or, en faisant la promotion du mariage homosexuel, il s’attaque clairement à un fondement chrétien majeur de notre société.
La subtilité de ce mensonge n’est pas évidente pour tout le monde, car la République, en s’appropriant les lois du mariage pour déshabiller l’Eglise et se revêtir de ses effets, s’escrime à faire oublier le véritable propriétaire du mariage monogame, hétérosexuel, fidèle, à secours mutuel des conjoints dans l’épreuve, à consentement libre et bilatéral, devant témoins, à but d’éducation responsable et exclusive de sa progéniture, et consigné dans un registre sous l’autorité d’un officier qui rend l’acte social, public, et historique. Parce que le détenteur de ce copyright-là, c’est tout simplement l’Église. Priés de croire qu’ils vivent dans un système universel infiniment supérieur à tous les autres régimes, notamment grâce à l’invention de la laïcité, les Français se se rendent absolument plus compte que le mariage civil est la photocopie en noir et blanc d’une institution profondément chrétienne.

Pourquoi cet oubli ? Parce que l’Église a mangé son chapeau en se pliant devant la République. La communauté musulmane de France pratique de façon régulière le mariage religieux hors de tout mariage civil, ce que, docilement, l’Église catholique ne commet pas par goût de l’honnêteté et refus petit-bourgeois du scandale. Je ne dis pas que les musulmans ont raison, mais il est clair qu’ils ont beaucoup moins l’intention de se laisser déposséder de leurs coutumes et de leurs convictions que ne l’ont consenti les chrétiens depuis ces deux derniers siècles.

Si le mariage homosexuel est sur le point d’être instauré, je crois que la faute en revient hélas largement à l’Eglise elle-même, et ce pour deux raisons majeures :

1. L’Église a adopté le discours sentimentaliste et romantique du « mariage d’amour » au lieu d’invoquer des devoirs moraux et anthropologiques de bien plus grande ampleur. Puisque seul l’amour fonde le mariage, alors toutes les unions sont légitimes. Philippe Muray annonçait la tombée du tabou de l’inceste, nous nous y dirigeons à très grands pas. Je vous rappelle qu’en 2012, nous voyons des femmes porter les enfants de leur propre fille, c’est à dire la semence de leur beau-fils, au nom de l’altruisme et de l’amour. Et les gens ne voient pas où est le problème, puisque c’est par amour.

2. L’Église a accepté de donner des pans entiers de son manteau à Marianne, estimant naïvement que le Bien Commun français porterait pour l’éternité des vertus chrétiennes qui ne se perdraient pas en route. Ce qui s’est avéré totalement illusoire. Il est d’ailleurs complètement hallucinant d’entendre des prêtres célébrer des mariages en mentionnant les vertus du mariage civil par lequel les jeunes époux sont passés avant de se retrouver devant l’autel. Cette attitude me fait immédiatement penser à un pauvre homme exproprié de son palais, et qui se mettrait à chanter les louanges de celui qui l’a mis dehors à coups de pieds au cul et qui s’acharne maintenant à fondre tous les ors et à brûler tous les lambris. Une sorte de syndrome de Stockholm, en somme, à tel point qu’on entend tous les dimanches des prêtres vous enseigner le programme du Parti Socialiste en guise d’homélie.

Monseigneur Barbarin a évoqué récemment la possibilité de passer outre le mariage civil pour marier les couples chrétiens, je crois qu’il a infiniment raison, mais je crois surtout qu’il n’aurait jamais dû en être autrement ! Voilà des années que j’annonce, la mort dans l’âme, le retour des chrétiens aux catacombes ; cette perspective se rapproche à très grands pas. Si je me réjouirai que l’Église prenne des décisions couillues en bravant une République trop longtemps endurée, je redoute en contrepartie une nouvelle scission des chrétiens qui ferait de la France une sorte de République Populaire de Chine, avec d’un côté les fidèles au Pape, prêts à la clandestinité, et de l’autre côté les fidèles à une Eglise du Gouvernement, officielle et bien-pensante. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

Pour en revenir au caca répandu sur la porte des mosquées, on se demande vraiment à qui profite le trafic de la stigmatisation quand on fait le compte des profanations quotidiennes qui ont lieu sur les sites chrétiens. Sûrement pas à Sainte Catherine de Sienne, en tout cas.

*Dessin : Jossot.

Enseigner la morale d’une société laïque à chaud !

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On peut tirer deux profits de cette histoire qui enflamme les … comment dire sans insulter personne? les salafistes, (c’est eux qui disent qu’ils le sont), les djihadistes (idem) et les fondamentalistes (c’est le pape qui a choisi ce mot).

Le premier est de donner la question du blasphème comme banc d’essai des cours de morale laïque à l’école. Genre : que doit-il se passer quand quelqu’un se moque de Jésus, ou de Moïse ? (accessoirement, les familles des victimes de Breivik ont-elles le droit de lyncher l’auteur du livre qui fait l’éloge de cet assassin, parce que cet éloge les offense et les blesse ?)

Ou faut-il laisser à la loi le droit de punir ce qui est jugé intolérable ?

Bref, qu’est-ce qui est sacré POUR TOUT LE MONDE et qu’est-ce qui ne l’est pas dans une société où les chiites et les sunnites (j’allais oublier les catholiques et les protestants ; les bouddhistes, les Juifs, et les athées) ont les mêmes droits?

Une question subsidiaire et amusante à poser à propos des violences vues à la télé : prouvent-elles l’innocence de l’Islam ?

Mariage gay et homoparentalité : reprivatiser nos vies

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Oui au mariage gay et à l'homoparentalité

Commençons par énoncer deux évidences. La première, c’est que l’homosexualité est un fait. C’est une constante de nos sociétés humaines depuis toujours, dans toutes les civilisations, qu’elle soit largement admise, tout juste tolérée ou franchement réprimée. Que cela vous plaise ou non, des milliers de nos concitoyens sont homosexuels et vivent en couple. Par ailleurs, nous savons, vous et moi, qu’un certain nombre de ces couples composés de deux individus du même sexe élèvent des enfants. Techniquement, ça ne présente pas beaucoup de difficultés : adoption (il suffit de se faire passer pour célibataire… un comble !), insémination artificielle ou fécondation in vitro (en Belgique), coparentalité (un bon copain ou une très bonne amie) ou, plus simplement, les enfants issus d’une première union hétérosexuelle. Bref, l’homoparentalité, comme l’existence de couples homosexuels, est une réalité qui s’impose à vous comme à moi.[access capability= »lire_inedits »]

Or voilà, jusqu’à maintenant, la loi française refuse de reconnaître cet état de fait. J’insiste sur ce point : c’est très important. Le mariage civil, celui qui est reconnu par la loi, est une invention extrêmement récente[1. En France, il fêtera cette année son 220e anniversaire (cf. loi du 20 septembre 1792).] qui n’est qu’une codification d’un mode d’organisation sociale dont les origines se perdent dans la nuit des temps ; le mariage est une conséquence logique de notre nature d’homo sapiens, de notre stratégie de reproduction, le mode d’organisation validé par quelques millions d’années d’expérience qui est le plus à même d’assurer la survie de notre espèce : il précède − et de très loin − toute forme de législation et il existe indépendamment des lois. Entre un couple hétérosexuel marié devant Monsieur le maire et un autre couple hétérosexuel qui n’a pas jugé utile de faire cette démarche, la différence n’est que de pure forme ; le premier est reconnu par la loi, pas le second et, jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas la loi qui fait la réalité des faits. Un couple homosexuel qui fait cause commune, se promet assistance mutuelle et − de surcroît − élève des enfants est donc marié de fait, mais la loi refuse de reconnaître l’existence de cette famille[2. On ne rentrera pas ici dans le débat byzantin qui consiste à savoir si l’article 144 du Code civil spécifie oui ou non une interdiction du mariage homosexuel : dans les faits, deux personnes du même sexe ne peuvent pas se marier.].
Partant de là, il n’y a que trois attitudes possibles. La première, le statu quo, consiste à penser − peu importent vos raisons − que le mariage homosexuel (et donc l’homoparentalité) est une mauvaise chose (pour la société, pour les enfants, pour vous-même… que sais-je ?) et donc à refuser de reconnaître légalement de telles unions… mais sans les interdire pour autant. Ce qui nous amène naturellement à la deuxième attitude possible : si le mariage homosexuel est nocif, alors il faut l’interdire dans les faits. Il vous faudra alors faire de l’homosexualité et de l’homoparentalité des délits et constituer une police des mœurs chargée de pousser les portes de nos chambres à coucher, d’interroger nos enfants, voisins et amis et d’enquêter dans le détail sur nos mœurs. C’est une simple question de logique et de cohérence : vous n’avez le choix qu’entre l’hypocrisie et l’ordre moral.
En revanche, si, comme moi, vous constatez que le mariage homosexuel ne constitue en rien une atteinte à vos propres droits ; si vous estimez qu’après tout, l’État n’a rien à faire dans nos vies privées et que le mariage devrait être un contrat comme un autre ; si vous n’avez aucune raison objective de penser que les homosexuels font de mauvais parents ; si vous pensez que l’ordre symbolique de la filiation[3. Papa + maman = bébé.] n’a absolument rien à craindre du mariage homosexuel et ce, d’autant plus que les parents homosexuels sont les premiers à vouloir le maintenir ; si vous croyez qu’il vaudra toujours mieux avoir deux papas ou deux mamans plutôt que de grandir dans un orphelinat ; si vous comprenez le drame de ces enfants qui perdent leur papa biologique et se voient, de surcroît, arrachés à l’affection de ce second papa qui est la seule famille qui leur reste ; si vous pensez qu’une société libre ne peut exister sans tolérance, que le fait qu’un mode de vie vous déplaise n’est pas un motif suffisant pour en réclamer l’interdiction ; si, enfin, vous croyez que « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » et que « l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits ».…

Alors, comme moi, vous demanderez à l’État de reconnaître ces mariages et ces familles et nous aurons fait ensemble un premier pas sur la longue route qui nous reste à parcourir pour reprivatiser nos vies.

Islam : et si François Hollande se souvenait de 1453…

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Si j’ai bien compris les propos tenus au Louvre hier par François Hollande, c’est dans l’islam qu’il faut chercher les valeurs permettant de combattre l’islamisme. C’est à peu de choses près ce que disait Barack Obama dans son discours du Caire. Il mesure aujourd’hui l’inanité de ses propos. Demain, il en sera sans doute de même pour François Hollande. Une erreur d’analyse, passablement doublée de démagogie, conduit inéluctablement à renverser le rapport de force qui oppose depuis des siècles les musulmans au reste du monde.

Comparer, comme l’ânonnent les commentateurs politiques, les affrontements entre chiites et sunnites à ceux qui opposèrent catholiques et protestants, ne me semble guère plus judicieux. Même si les interprétations du Coran peuvent millimétriquement diverger (c’est Allah en personne qui parle), il est hors de question de toucher à la figure du Prophète et de l’insulter en manifestant son impiété, voire en le blasphémant comme Charlie Hebdo nous y invite cette semaine.

La distinction classique que faisait Karl Popper entre sociétés ouvertes et sociétés fermées vaut aussi pour les religions. Ce n’est donc pas dans les vertus de l’islam qu’on cherchera des remèdes pour neutraliser les islamistes, mais dans la voix de la raison qui, comme disait Freud, est souvent affaiblie, mais jamais totalement inaudible.

Est-il enfin bien nécessaire de rappeler la date de la prise de Constantinople – 1453- par des musulmans qui avaient initialement demandé l’hospitalité à Byzance en se faisant passer pour d’humbles et misérables bergers venus des steppes ? Entrer dans le jeu rusé des musulmans jouant entre un islam modéré et un islamisme dont même les plus paisibles ou les plus lâches sont fiers, nous promet le sort réservé à Constantinople. 1453 devait être dans toutes les têtes et, surtout, dans celle de François Hollande.

Caricatures de Mahomet : haro contre Charlie Hebdo !

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Depuis hier après-midi, la rue Compans, dans le XIXème arrondissement de Paris, est sous haute surveillance policière. C’est là en effet que se trouvent les locaux de Charlie Hebdo qui, dans son édition d’aujourd’hui, publie en pages intérieures de nouvelles caricatures de Mahomet, dessinées par les auteurs-maisons. La couverture du journal, plus soft, met en scène un musulman à turban et un juif à papillotes (voir ci-dessus).

Il n’y a donc pas eu d’affichage public de celui que les musulmans croyants et les journalistes pressés qualifient de prophète, contrairement au numéro du 2 novembre dernier, dont de mystérieux incendiaires avaient pris prétexte pour mettre le feu aux locaux de Charlie, contrairement aussi au fameux numéro de 2006 qui s’en était suivi d’une homérique bataille judiciaire entre l’équipe du journal, alors dirigé par Philippe Val et toute une cohorte d’apprentis censeurs islamiques.

Pour voir les fameuses caricatures, il faut donc aller chez son kiosquier, lui donner de son plein gré des sous, et chercher les quelques images supposées impies parmi la centaine de dessins publiés chaque semaine par la bande de l’ami Charb. Charb que je salue bien bas au passage, ainsi que les vaillants fonctionnaires de police chargés de le protéger 24 heures sur 24 depuis l’attentat de l’automne dernier et les nombreuses menaces anonymes qui l’ont accompagné.

Un naïf aurait pu croire que cette modération relative des satiristes éviterait que l’on jetât de l’huile sur le feu. C’était sans compter avec les nombreux – et concurrents – organismes qui prétendent représenter les musulmans de France. À peine la nouvelle connue, l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) part au quart de tour et publie sous le titre « Récidive d’un hebdomadaire irresponsable », un communiqué assez peu nuancé qui commence ainsi: « Nous apprenons que l’hebdomadaire « Charlie Hebdo » s’apprête à publier, demain mercredi 19 septembre, des caricatures blessantes du Prophète de l’islam. Encore une fois, un hebdomadaire insignifiant profite de la liberté d’expression et d’une actualité dramatique pour se faire une notoriété. Notre pays, et le monde plus généralement, n’ont pas besoin de ce genre de provocation. »

La suite est du même tonneau et après un vibrant appel à s’indigner assorti d’une vague précaution oratoire appelant à ne tuer personne, l’UOIF conclut qu’elle va demander à la justice française de faire valoir le droit. Un peu comme viennent de le faire Kate et William d’Angleterre.

Du côté du Conseil Français du Culte Musulman, c’est illico et texto le même credo. Dans un communiqué publié quelques instants plus tard, on lit : « Le CFCM a appris avec une profonde consternation la publication mercredi par l’hebdomadaire Charlie Hebdo de dessins insultants à l’égard du prophète de l’islam. Le CFCM condamne avec la plus grande vigueur ce nouvel acte islamophobe qui vise à offenser délibérément les sentiments des Musulmans. Le CFCM exprime sa profonde inquiétude face à cet acte irresponsable qui, dans un contexte très tendu, risque d’exacerber les tensions et de provoquer des réactions préjudiciables. Le CFCM, profondément attaché à la liberté d’expression considère que rien ne peut justifier l’insulte et l’incitation à la haine. Le CFCM lance un appel pressant aux musulmans de France à ne pas céder à la provocation et les exhorte à exprimer leur indignation dans la sérénité par des moyens légaux. »

On notera qu’il y a toutefois une différence entre ces deux communiqués quasi identiques. Le CFCM n’est pas, contrairement à l’UOIF, une banale association loi 1901 puisque ce fameux Conseil a été porté sur les fonts baptismaux par les représentants de l’État (coucou Nicolas!) pour parler, nous a-t-on dit, au nom de tous les musulmans de France. On peut s’interroger sur la vocation parapublique d’un organisme qui appelle à bafouer les lois de la République, notamment celles garantissant à la presse une réelle liberté d’expression. S’il s’avère que le CCFM a une position contraire à nos valeurs fondamentales, la moindre des choses serait de remettre à plat les questions afférentes à son financement et à celui des associations cultuelles qui en sont l’ossature, qu’il s’agisse d’argent public ou de fonds en provenance d’États étrangers.

Un tour de vis qui risque de se faire attendre : notre premier ministre Jean-Marc Ayrault, qu’on imaginait vaguement garant de nos libertés et a minima, chaud partisan du primat de la laïcité prôné par François Hollande lors de son fameux discours du Bourget a lui aussi entonné la rengaine de la provocation en condamnant à l’avance, dès hier, le geste de Charlie et en exprimant « dans le contexte actuel », sa « désapprobation face à tout excès » et en appelant à ce qu’il qualifie d’ « esprit de responsabilité de chacun ». Je vous ferai grâce de la déclaration encore plus suspecte de Laurent Fabius. Il est vrai que celui-ci a été interrogé par la presse alors qu’il était en visite officielle en Egypte. À Rome, parle comme les Romains.

Je vous épargnerai aussi les mines contrites et les contorsions oratoires des speakers et speakerines des JT ou des grandes radios. Depuis une semaine, ils s’acharnent à nous faire croire qu’un obscur propagandiste copte est à l’origine de la vague de violence et de meurtres qui secoue actuellement le monde arabe – ce qui revient mine de rien à expliquer que les Américains sont directement responsables de ce qui leur est arrivé le 11 septembre 2001.

*Image : Charlie Hebdo/Charb

L’argent public de la BCE doit profiter à l’économie réelle

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Philippe Murer contre le libre-échange et Mario Draghi de la BCE

Philippe Murer enseigne la finance à la Sorbonne. Il est président du Manifeste pour un débat sur le libre-échange et membre du Forum démocratique.

David Desgouilles. À en croire les déclarations de Mario Draghi le 6 septembre, puis la décision de la Cour de Karlsruhe, le 12, il semble que le temps s’éclaircit sur la zone euro….

Philippe Murer. En utilisant l’argent illimité de la BCE pour faire baisser les emprunts italiens et espagnols, Mario Draghi gagne du temps. Angela Merkel y est favorable car elle pense que cela lui permettra de travailler tranquillement jusqu’aux élections allemandes de Septembre 2013.
L’aide de la BCE est conditionnée à la prise en main de la Commission Européenne sur les budgets. Elle n’est pas gratuite et amènera au contrôle des budgets des pays du Sud. On a affaire à la construction d’une Europe antidémocratique : des gens non élus prennent la main sur les budgets des pays. C’est pour cette raison que l’Espagne et l’Italie attendront le plus possible avant de demander cette « aide ».
Il est également légitime de s’interroger sur les raisons qui conduisent à déverser des montants toujours plus élevés d’argent public (celui de la BCE) dans les marchés financiers et jamais dans l’économie réelle, qui en a pourtant besoin.
Il faut bien comprendre que la crise de l’euro est une crise de compétitivité : les salaires n’augmentant pas au même rythme dans les différents pays, certains pays deviennent très compétitifs (Allemagne) et d’autres perdent leur compétitivité (les pays du Sud). De ce fait, les balances commerciales des pays du Sud se creusent et, du même coup, les dettes de ces pays.
Travailler sur le problème des dettes comme on le fait, ne résoudra jamais la crise puisqu’on ne s’attaque qu’au symptôme, pas au problème premier.

DD. L’euro semble taillé pour l’Allemagne et les pays du nord de l’Europe. Comment expliquez-vous que c’est dans ces pays-là que, malgré tout, les partisans de la sortie de l’euro soient les plus forts ?

PM. Un des points essentiels qu’il faut avoir en tête est que les élites ont fait peur au Français en disant qu’une sortie de l’euro serait une catastrophe. C’est vrai dans tous les pays.
On peut le constater en étudiant un sondage du Pew Research Center de mai 2012. Ainsi, quand on demande aux Français si l’euro est une bonne ou une mauvaise chose, 31% pensent que c’est une bonne chose, 40% estiment que c’est une mauvaise chose.

Mais quand on leur demande s’ils souhaitent garder l’euro, 69% veulent conserver la monnaie unique. Pour les Français, l’euro est donc une mauvaise chose, mais ils préfèrent la conserver. Comment expliquer ceci autrement que par la peur distillée sur la « catastrophe » que représenterait une sortie de l’euro ?
On constate par ailleurs que les Allemands sont plus favorables à l’euro que les Français, Italiens et Espagnols. Les Grecs constituent un cas à part.

DD. Certes, mais le débat est plus ouvert en Allemagne qu’en France.

PM. En Allemagne, les adversaires de l’euro ont la possibilité de déposer des recours devant la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe, ce que les Français ne peuvent pas faire. Ces recours permettent de médiatiser l’opposition à l’euro outre-Rhin. Peut-être que la presse allemande est plus ouverte sur le sujet que la presse française. On voit bien que deux semaines avant la signature du très important traité budgétaire européen, les grands médias se refusent à expliquer le contenu du traité et ses enjeux.
En Allemagne, la monnaie est un des symboles du pays et il a été très difficile pour les Allemands d’avoir abandonné leur Mark chéri. De plus, le discours de Mme Merkel consiste à leur répéter que ce sont eux qui paient. Rien n’est plus faux : les Français paient tout autant. Les Allemands sentent qu’on va leur demander de payer de plus en plus et cela ne les enchante pas. Enfin, ils sont ordolibéraux : ils veulent des règles strictes et le Marché. Avec les rafistolages de l’euro, les règles strictes volent en éclat. Cela leur déplait forcément. Il y a aussi sans doute d’autres explications sociologiques qui m’échappent.

DD. Des économistes comme Markus Korber en Allemagne ou Christian Saint-Etienne en France préconisent la division de la zone euro en deux. Pour aller vite, un euro du nord, autour de l’Allemagne voisinerait avec un euro du sud regroupant l’Italie, la Grèce, l’Espagne, le Portugal. Dans cette hypothèse, quelle zone la France devrait-elle intégrer ?

PM. Cela fonctionnerait un peu mieux si l’euro était coupé en deux. Mais pourquoi garder l’euro et ses inconvénients si c’est pour en avoir deux ? Est-ce que cela ne fonctionnerait pas encore mieux en coupant le problème en 17 et en revenant aux monnaies nationales ?
Pour répondre à votre question, de façon égoïste, la France aurait intérêt à rejoindre l’euro du Sud pour profiter de sa moindre inflation par rapport aux autres pays du Sud. Ainsi, son industrie serait de plus en compétitive par rapport aux pays du Sud. A l’inverse, si elle intégrait un euro du Nord, son industrie serait chaque année un peu plus écrasée par celle de l’Allemagne.
D’autres questions subsidiaires dépendent du rôle des nouvelles Banques Centrales Européennes. Laisserait-on les Etats dans les griffes des Marchés Financiers en les obligeant à se financer par les banques ou les investisseurs ? Ou bien, permettrait-on aux Etats d’emprunter directement à la Banque Centrale pour des projets d’investissement ? Y aurait-il une politique de monnaie forte ou de monnaie faible ?

DD. Un protectionnisme européen est-il envisageable compte tenu de la position de l’Allemagne ?

PM. Oui, mais cela exigerait un gouvernement français courageux et visionnaire. Il faut parler directement aux peuples européens, en passant par-dessus les gouvernements européens, comme ce fut le cas pour la guerre en Irak. On remarquera que le sondage de l’association Manifeste pour un débat sur le libre-échange de juin 2011 montre que 2/3 des Italiens, Espagnols, Allemands et Français sont favorables à un protectionnisme européen.
Cependant, l’élite allemande est farouchement contre et s’y opposera. Pour preuve, Angela Merkel a récemment fait une visite au Canada pour négocier un accord de libre-échange avec l’Europe.
Comme les élites ne sont aujourd’hui ni visionnaires ni courageuses, ce sera au peuple français de prendre son destin en main et de faire pression sur le gouvernement pour obtenir un protectionnisme raisonnable, nécessaire à la baisse du chômage et à la réindustrialisation de la France. L’initiative citoyenne européenne, pétition juridiquement établie par la Commission et le Parlement Européen, que nous avons lancée ici, permettrait d’aller demander au Parlement Européen de se prononcer sur la question : « pour ou contre le protectionnisme européen ». Si les politiques européens refusent ce sujet contre 2/3 des Européens, on saura que la démocratie a été jetée aux oubliettes.

DD. Lors de son discours fondateur au Bourget, fin janvier, le candidat Hollande évoquait l’Adversaire, le « monde de la finance ». Au delà des formules de campagne et de la sincérité ou non de ses propos, que vous évoque cette phrase, vous qui enseignez la finance à la Sorbonne et avez l’expérience des marchés financiers ?

Aujourd’hui, l’économie est au service de la finance ce qui est une très mauvaise chose. La finance doit être un outil au service de l’économie, pas plus, pas moins. Le monde de la finance a pris le pouvoir sur la société notamment grâce à la loi de 1973, qui empêche l’Etat d’emprunter à la Banque de France et donne le droit de création de l’argent exclusivement aux banques privées. Sans cette loi et sa prolongation dans la création de l’euro, les Etats ne seraient pas dans la main des marchés financiers.
Repenser une épargne fléchée qui dirige l’épargne vers les activités les plus utiles pour la société est aussi une nécessité. A cet égard, créer un « livret de développement industrie » ayant des avantages pour les épargnants et destiné uniquement au financement de l’industrie constituerait une excellente idée. De même, un livret d’épargne vert à destination des activités commerciales écologiques pourrait être créé afin de favoriser le développement d’une économie durable.

*Photo : slolee

Le retour de la question québécoise

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Le souverainisme du Parti Québécois avec Pauline Marois

On avait cessé d’entendre parler du Québec. Sinon par ses chanteuses. Et d’un coup, en 2012, par le printemps érable qui mit en scène pendant plusieurs semaines des manifestations monstres, le monde a tourné le regard vers lui. Le Québec était-il en révolution ? Non. Mais le tumulte social était tel que le gouvernement du Parti libéral (fédéraliste) s’est retrouvé obligé d’aller en élections anticipées.
Où en est le Québec ? Le constat est simple : le Québec n’a jamais été autant divisé depuis trente ans. La question nationale demeure la question « lourde » de la politique québécoise. Entre souverainistes et fédéralistes, on ne voit pas de terrain d’entente. Toutefois, cette pomme de discorde est désormais en concurrence avec la polarisation « gauche-droite » qui s’accentue et s’impose peu à peu avec des partis comme la Coalition Avenir Québec (centre-droit) ou Québec solidaire (gauche radicale).

De quoi le clivage gauche-droite est-il le nom ? Économiquement, les Québécois sont divisés entre leur attachement aux droits sociaux et une conscience aigüe d’un nécessaire désendettement de l’État. Socialement, ils sont plutôt libertaires. Culturellement, on les sait très attachés à leur identité nationale. On ne se tromperait pas en disant qu’ils sont majoritairement des « conservateurs de gauche ».
Mais le fait central est le suivant : les souverainistes sont au pouvoir. Après neuf ans de régime fédéraliste, et avec à Ottawa un gouvernement canadien profondément étranger aux réalités québécoises, la chose est significative. Les souverainistes sont dirigés par Pauline Marois depuis 2007, qui a eu une longue carrière ministérielle. Le mandat péquiste étant néanmoins archi-minoritaire, on peut s’attendre à de nouvelles élections dans les dix-huit prochains mois.

Car le projet souverainiste ne va pas très bien. Trop « progressiste » au goût de certains, incapable de reconstituer la grande coalition « gaullienne » gauche/droite qui avait historiquement fait la force du Parti Québécois, il peine à se donner un nouveau souffle. La mondialisation et sa dévalorisation des nations n’aident pas non plus. L’esprit du temps est à la dénationalisation de la politique et de la démocratie.
On examinera ces causes multiples en gardant une idée à l’esprit : les Québécois, et surtout les francophones, s’identifient massivement et prioritairement au Québec. Leur attachement affectif au Canada est marginal, comme s’ils avaient déjà réalisé leur indépendance « psychologique ». La nation est une expérience historique avant d’être une construction idéologique artificielle.
Si le mandat actuel du Parti Québécois n’offre pas l’occasion d’un référendum, il ne remet pas moins la question nationale à l’avant-scène. Le PQ a pris des engagements fermes pour la défense de l’identité québécoise, et surtout de la langue française, laquelle décline. Cela provoque une levée de boucliers chez les idéologues du multiculturalisme qui voient partout des vexations aux libertés fondamentales.

Au Canada comme eu Europe, le multiculturalisme est en crise. D’autant plus qu’il est inscrit dans la constitution canadienne. Jusqu’ici, il occupait une fonction primordiale : marginaliser la nation québécoise en la transformant en une minorité ethnique parmi d’autres. On lui retirait ainsi son statut de peuple fondateur au Canada. Ce que confirme le rapatriement unilatéral de la constitution de 1982 : trente plus tard, il est ainsi frappant qu’aucun parti, même parmi les plus fédéralistes, ne propose de signer cette constitution.
Mais l’affirmation québécoise se paie toujours du prix de la diffamation canadienne-anglaise. C’est ce qu’on appelle le Quebec bashing. On diabolise la nation québécoise et plus encore les souverainistes. Le Québec révèle une tentation souverainiste persistante. À Toronto, à Calgary, à Ottawa, les accusations grossières, loufoques, insensées, de « nationalisme ethnique » et de xénophobie viennent polluer le débat. Elles confirment la persistance d’une mentalité « néo-coloniale » dans la gestion canadienne de la question québécoise.

Les Québécois croient trop souvent que la question nationale est anachronique. Ils oublient que partout dans le monde, on la redécouvre. On ne sacralise plus les frontières, évidemment. On sait désormais qu’il serait fou de les abolir. Alain Finkielkraut l’a déjà suggéré : la question du Québec est un peu révélatrice de celle des petites nations, qui réclament un point de vue singulier sur le monde, et nécessitent l’indépendance politique pour s’autogouverner.

La situation géopolitique et historique du Québec le confirme. On serait tenté de dire que l’indépendance est inscrite dans la logique de l’histoire du québécoise. Les deux référendums perdus de 1980 et 1995 (60% des Québécois francophones ont toutefois voté OUI) nous interdisent un tel optimisme. Il n’en demeure pas moins que l’idéal souverainiste se normalise. Même les fédéralistes reconnaissent aujourd’hui la viabilité de la souveraineté québécoise. Après la Révolution tranquille, il se pourrait bien que les Québécois réalisent à terme une forme de souveraineté tranquille.
Le gouvernement du Parti Québécois doit surtout bien gouverner au centre et chercher à rassembler les Québécois. Il devra développer une stratégie souverainiste à moyen terme, notamment sur le plan international en refaisant des alliés en France, seule puissance amie non seulement du Québec, mais de la cause souverainiste. Il appartient aux souverainistes de recommencer l’indispensable travail diplomatique qui confirmera leur sérieux dans la poursuite de l’indépendance.

Le retour de la question du Québec confirmerait le retour du politique dans une époque qui avait cru tout sacrifié au mythe du citoyen du monde et à celui de la disparition des frontières. La nation et la démocratie participent d’un même imaginaire. Le poids de l’histoire finit toujours par couler les idéologies à la mode. La lutte pour l’indépendance des Québécois n’est pas à la veille d’aboutir. Mais la marche a peut-être repris. Qui sait où elle mènera ?

Rentrée littéraire : les prix que j’attribuerais

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1. Le Prix Kafka à Imre Kertész pour Sauvegarde (Actes Sud). De retour de Lausanne, où il a donné une conférence, il note que la marque Kertézc génère des bénéfices appréciables. Ces conférences n’ont aucun sens : le même consensus ressassé partout passe pour une activité culturelle. Sans doute est-ce lié à la démocratie. On ne peut s’empêcher de devenir sceptique ou cynique. Kertécz penche pour cette dernière possibilité, cependant que la vie s’éloigne de plus en plus : on la cherche avec une longue vue.

2. Le Prix Dorothy Parker à Olivia Resenterra pour : Des femmes admirables. portraits acides (Puf). Le livre le plus misogyne depuis Pitié pour les femmes de Montherlant. Une chasse aux mégères et aux salopes écrite par une demoiselle de Rochefort qui n’aime pas les films de Jacques Demy. Encore un bon point pour elle.

3. Le Prix Louis Pasteur pour Peste et choléra (Seuil) de Patrick Deville. Récit admirable de la vie d’ un des derniers survivants de la bande à Pasteur : Alexandre Yersin, sur fond d’éloge du colonialisme. Citant Yersin, il écrit que la guerre est à la politique ce que la fornication est à l’amour, et qu’il faut bien de temps en temps en passer par là.

4. Le Prix Claude Chabrol pour : Une âme damnée, Paul Gégauff (éd. De Roux ). Pierre-Guillaume de Roux collectionne les âmes damnées. La plus fascinante est Paul Gégauff (1922-1983) que plus personne ne connaît et qui, grâce au talent d’Arnaud Le Guern, retrouve la place qu’il n’aurait jamais dû perdre, celle d’un grand écrivain et d’un scénariste de génie. Je voulais publier le livre d’Arnaud Le Guern aux PUF. On l’a refusé. J’ai démissionné. Les éditeurs sont souvent lâches et conformistes. Paul Gégauff était trop sulfureux pour eux et Le Guern trop original. J’aime ce que Gégauff a dit un dimanche d’ivresse à Jean Eustache : « Le cinéma doit être le glacial reflet de la vie. Il faut montrer les choses dans tout leur ennui, dans toute leur froideur. »

5. Le Prix Cioran revient incontestablement à Frédéric Schiffter pour son essai sur La Beauté (éd. Autrement). D’abord parce qu’il tient le western pour le genre suprême du beau cinéma (lire son Éloge de Sam Peckinpah). Ensuite parce qu’il nous entraîne dans une flânerie sur ce qu’il aime vraiment. Enfin parce qu’esthète dans l’âme, il décèle avec ravissement toutes les horreurs de l’existence, affronts personnels qu’il fuit en surfant.

6. Le Prix Albert Londres à Alain Bonnand pour Le Testament syrien (éd. Écriture ). Alain Bonnand est l’écrivain vivant le plus méconnu de la littérature française. Injustice à réparer d’urgence en découvrant ce Testament syrien. « Le grand échec de ma vie : je ne serais pas parvenu à être malheureux. » Bonnand, c’est du tonique. Et il était là où il fallait être, à Damas.

7. Le Prix Hervé Bazin à Tahar Ben Jelloun pour Le bonheur conjugal (éd. Gallimard). J’ai trop souvent raillé les facilités romanesques de mon ami Tahar pour ne pas reconnaître que sa description clinique de la déchéance d’un couple, en l’occurrence le sien, est impressionnante. La manière dont, à travers le regard de sa femme, il se dénigre est un modèle pour les écrivains un peu trop imbus de leur personne.

8. Le Prix Michel Polac à Alain Paucard pour Tartuffe au bordel (Le Dilettante). Michel Polac aurait aimé la vivacité de ton de cet éloge des bordels à l’ancienne. Et on retiendra cet aphorisme :  » Il y a deux sortes de clients des prostituées : ceux qui vont les voir parce qu’ils n’ont pas de femme et ceux qui vont les voir parce qu’ils en ont une.  »

9. Le Prix Roland Topor à Patrick Besson pour Les Jours Intimes (éd. Bartillat). Inutile d’argumenter, ce serait insultant. Patrick Besson écrit : « Suis allé si souvent au cinéma que j’ai l’impression d’avoir vu ma vie. » Nous avons vu les mêmes films en nous demandant à quoi pouvaient encore bien servir nos vies.

IO. Le Prix Hergé à Clément Rosset pour Récit d’un noyé et L’invisible (éd. De Minuit ). Parce qu’on ne peut pas toujours lui donner le prix Schopenhauer ou le prix Nietzsche…

Mariage gay : comment ne pas dire oui ?

Pourquoi l'Eglise catholique devrait accepter le mariage civil gay

Quel que soit le regard que l’on porte sur le régime politique actuel, on ne saurait être sérieusement scandalisé par l’adoption prochaine d’une loi autorisant le mariage homosexuel. En toute logique, on n’a en effet le choix qu’entre deux hypothèses : soit l’on admet la légitimité globale de ce système, soit on ne la reconnaît pas. C’est un peu comme dans l’ordre religieux : on a la foi ou pas, on est croyant ou agnostique.

Si l’on se trouve dans la première hypothèse, si l’on considère la démocratie contemporaine comme légitime, comme un gouvernement de droit auquel on se doit d’obéir en toute conscience et sans arrière-pensée, alors la légalisation d’un tel mariage ne saurait être contestée.
Au regard du principe démocratique, en effet, rien n’interdit qu’on l’admette. D’autant moins que la démocratie, la démocratie pure, telle qu’elle se trouve formulée par Rousseau, se caractérise par le fait que le souverain ne connaît aucune autre limite que sa propre volonté.[access capability= »lire_inedits »] Elle est auto-normée, ce qui signifie qu’aucune règle extérieure, naturelle, morale ou religieuse, ne saurait la restreindre ni la contraindre. Tous les étudiants en droit connaissent la fameuse remarque selon laquelle « le Parlement anglais peut tout faire sauf changer un homme en femme, et une femme en homme ». Sans même parler des progrès de la génétique et de l’avènement du transgenre, on pourrait dire que le souverain, en démocratie, n’est même pas tenu par cette limitation : il pourrait parfaitement décider qu’un homme est une femme, et vice versa, en vertu d’une fiction juridique dont il aurait toute latitude de déterminer la portée. La démocratie − et c’est d’ailleurs ce qui a suscité de longue date la méfiance de certains libéraux comme Daniel Halévy − est par définition un système où le pouvoir est illimité : d’autant que si l’on revient à Rousseau, les décisions de ce pouvoir, procédant de la Volonté générale, sont toujours telles qu’elles doivent être, et que l’on n’est libre qu’en y obéissant. Qui reconnaît sérieusement la légitimité d’un tel système devra donc, le cas échéant, admettre aussi la validité de la législation relative au mariage homosexuel − de même qu’il avait reconnu naguère celle qui autorisait l’avortement, et qu’il admettra demain celles qui légaliseront l’euthanasie, le clonage, etc. Le souverain n’est tenu, dans ce cadre, ni par des traditions ou des coutumes, ni par des principes moraux qui s’imposeraient à lui, ni par un quelconque droit naturel, aussi longtemps du moins qu’il n’en a pas reconnu l’existence en l’intégrant dans une loi en bonne et due forme. Il n’est limité que par le droit positif, c’est-à-dire par l’expression de sa volonté du moment : en l’occurrence, aucune norme, même constitutionnelle, n’empêche un tel mariage − et si tel était le cas, il lui suffirait de réviser la Constitution.

Mais allons plus loin : non seulement rien ne l’empêche, mais au fond, tout y conduit − et d’abord la règle cardinale de la démocratie, l’article premier de son Décalogue, le principe d’égalité. En vertu de ce dernier, chacun dispose des mêmes droits que les autres, ce qui implique que deux personnes placées dans des situations comparables ne sauraient être traitées différemment. D’où l’on doit déduire que tout individu ayant atteint l’âge légal a un droit égal au mariage, de même que chacun aura le droit de vote, qu’il soit prix Nobel ou analphabète, docteur en sciences politiques ou aliéné interné dans un établissement psychiatrique (l’un n’empêchant pas l’autre, il est vrai). Au nom de quoi ferait-on prévaloir, sur cette égalité inscrite au fronton républicain de toutes les mairies de France, une règle de droit naturel, une coutume, si immémoriale et universelle soit-elle, ou un précepte moral, quel qu’il soit, n’ayant pas été expressément validé de façon démocratique ? Si l’on ajoute à cela la définition de la liberté individuelle figurant à l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (« La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui »), l’évolution des mœurs conçue comme nécessairement progressive et la pression croissante de l’opinion publique, on doit constater qu’il n’y a plus rien à dire. Un démocrate conséquent ne saurait sérieusement s’y opposer.

Et l’on arrive à la seconde hypothèse − visant quelqu’un qui refuserait toute légitimité à ce système. L’agnostique qui n’y verrait qu’un gouvernement de fait s’imposant à lui par la force, et auquel il ne se soumettrait que dans son for externe, sans lui reconnaître le moindre droit à être obéi. Ce qui nous amène au paradoxe qui nous intéresse ici : cet antidémocrate conséquent, antithèse exacte de la figure que l’on vient d’évoquer, ne saurait, lui non plus, se scandaliser de cette légalisation du mariage homosexuel.
Cette nouvelle loi ne fera, au fond, que conforter à ses yeux l’illégitimité foncière du système, confirmant son opposition à l’ordre naturel en vertu duquel le mariage ne devrait sanctionner que l’union de deux personnes en vue de la procréation − et non un quelconque rapport amoureux qui, demain ou la semaine prochaine, pourrait tout aussi bien unir un père et sa fille, un frère et sa sœur, une grand-mère et sa petite fille, etc. Notre antidémocrate conséquent y verra une preuve supplémentaire de ce que ce système ne connaît pas de limites, et qu’avec lui, tout est possible. Mais par ailleurs, il lui sera indifférent qu’une telle loi, si exécrable soit-elle à ses yeux, soit adoptée par un tel système : car si ce dernier est illégitime, sa loi n’a pas plus de sens ni de valeur que le commandement d’un tyran ou la lubie d’un despote. Les chrétiens des premiers siècles ne s’offusquaient pas de ce que Néron, Caracalla ou Héliogabale prétendissent épouser leurs étalons, leurs sœurs, ou l’esclave le mieux membré de l’Empire. Le fait d’utiliser le terme « mariage » et d’en faire une « loi » n’y change rien, puisqu’il ne s’agit que de mots.

Longtemps, les catholiques français qui voulaient se marier ne sont allés devant le maire qu’à contrecœur, à reculons ou, au mieux, sans accorder à ce « mariage civil » la moindre espèce d’importance. Ils y étaient contraints sous peine de sanctions pénales, voilà tout. Par suite, ils n’auraient pas été choqués que cette formalité disparaisse, ou qu’on modifie sa dénomination, ou que l’on étende démesurément son champ d’application. Si, aujourd’hui, ils sont mortifiés, alors même que chacun connaît l’instabilité de la loi et la tendance générale de la législation, c’est parce qu’ils ne savent plus vraiment où ils en sont, et qu’ils persistent à considérer comme légitime un régime qui les laisse vivre mais prend le contre-pied de toutes leurs valeurs, et qui le fera de plus en plus. Et parce qu’en le reconnaissant pour légitime, ils acceptent du même coup d’endosser la responsabilité de ses décisions et d’être, en tant qu’ils participent à la souveraineté, les auteurs de la législation que par ailleurs ils condamnent de toutes leurs forces. « On ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre », enseigne la sagesse populaire. S’ils envisageaient sérieusement la question du politique, de ses rapports avec l’éthique et la loi naturelle, sans doute les catholiques français pourraient-ils considérer différemment, eux aussi, la vraisemblable légalisation du mariage homosexuel.[/access]

Quand Le Nouvel Obs traque les néo-fachos

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Vous avez aimé Kate seins nus la semaine dernière dans Closer ? Alors vous adorerez l’enquête-choc qui claque ce mercredi en Une du Nouvel Obs : « Les néo-fachos et leurs amis ». Certes les images friponnes n’y sont pas au rendez-vous. Mais que de sensations fortes pour à peine 3,50 euros !

Figurez-vous que Renaud Dély et ses camarades ont débusqué en plein Paris une nouvelle conspiration. Enfin « nouvelle », c’est une façon de parler puisqu’on y retrouve pour l’essentiel les mêmes intellectuels et journalistes récidivistes que l’Obs avait déjà dénoncés en Une il y a quelques mois sous l’appellation « néo-réacs ».

Mais voilà, la pression d’une actualité brûlante exigeait sans doute qu’on upgradât nos néoréacs en néofachos. Après tout, n’est-ce pas de la faute de ces adeptes d’« Alain Finkielkraut, Jean-Claude Michéa et Philippe Muray » (malheureux maîtres à penser admirés à leur corps défendant) si l’on égorge à Benghazi et incendie à Sarcelles ?

Le Nouvel Obs, qui s’est associé à France Culture pour mener à bien cette mission civilisatrice, a donc mis ses meilleurs limiers sur le coup et consacré neuf pleines pages à ce nouveau cancer, provoqué, celui-là, par des intellos génétiquement modifiés. En voilà l’introduction, on est prié d’aller coucher les enfants : « Le rejet des musulmans alimente en Europe et aux Etats-Unis une nouvelle extrême-droite. En France, l’affaire Millet révèle les contours d’une nébuleuse brune au sein de laquelle des écrivains et des journalistes communient dans l’obsession de la sauvegarde d’une identité française « blanche et chrétienne ».» Notons qu’au Nouvel Obs, on a un vocabulaire si limité que toute interrogation ou critique devient « rejet » : en l’occurrence, l’islam ne posant aucun problème comme le montre notre riante actualité, ces gens-là ne sont que d’abominables racistes.

Bien sûr, nous n’avons pas été oubliés par nos fins observateurs. Ils citent Elisabeth Lévy du début à la fin de leur réquisitoire. Exemple : « Drapée dans sa « liberté d’expression », Elisabeth Lévy a fait de son magazine, et du site qui y est adossé, une officine de blanchiment d’idées sales. » Beurk, beurk, beurk ! Reconnaissons au moins qu’au Nouvel Obs, on ne se drape pas dans le pluralisme.

Vous allez dire que tout ça n’est pas très neuf. Oui, mais non. Pour qu’on comprenne bien que ces néo-réacs là transmutés en néofachos sont vraiment, mais alors vraiment dangereux, l’Obs a ajouté à la liste des usual suspects (Elisabeth[1. Qui répondra sur le fond à ces « révélations » dans le prochain numéro de Causeur Magazine et/ou dans quelques jours sur le site.], Alain Finkielkraut, Ivan Rioufol, Robert Ménard, Eric Zemmour et bien sûr Renaud Camus et Richard Millet) quelques nouvelles têtes, médias ou partis genre Alain Soral, le Bloc identitaire ou le site Stormfront « fondé par un membre du Klu Klux Klan ». Si l’Obs les met dans le même panier, c’est bien la preuve que tous ces gens sont complices, ma bonne dame. On le sait bien, nous, que Soral, Lévy et Finkielkraut brunchent ensemble tous les dimanches.

Dommage que l’enquête n’ait pas été bouclée un ou deux jours plus tard, ils auraient pu ajouter Charlie Hebdo à leur liste…

L’Église et l’État font mauvais ménage

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La République contre l'église catholique mais pas l'islam ?

La République contre l'église catholique mais pas l'islam ?

Le 12 septembre, Manuel Valls affirmait : « S’attaquer à une religion, c’est s’attaquer à la République ». La veille, une mosquée de Limoges avait retrouvé ses portes souillées d’excréments.
Le 14 septembre 2012, le même Manuel Valls sortait d’un entretien avec Monseigneur Barbarin et déclarait au sujet du mariage homosexuel : « L’opinion est mûre et favorable à cela, nous parlons là de mariage civil, il s’agit là d’une évolution majeure pour la société, c’est un engagement du président de la République. Personne ne doit se sentir atteint dans sa conviction. Cette loi s’imposera à tous ».
Entre les quarante-huit heures qui séparent ces deux faits, un incroyable bouillonnement de mensonge s’est déchaîné sous le ciel de France.

Le premier mensonge est assez facile à débusquer : il est de l’ordre de la vérité historique. Sachant ce que la République inflige à la religion depuis 1789, il est scandaleux d’entendre Valls claironner que « S’attaquer à une religion, c’est s’attaquer à la République ». Les républicains sont les grands champions du massacre de religieux, par la chair et par l’esprit. En France, mais aussi au Mexique, en Espagne ou en Russie, le bilan est extrêmement lourd dans les paroisses et les monastères qui ont vu passer la République. La répression antireligieuse qui s’abat aujourd’hui très durement sur le christianisme possède une nature idéologique diffuse et insidieuse qui nous baigne dans l’idée que les cathos sont ringards, coincés, pédophiles, responsables de l’épidémie de Sida en Afrique, etc. Bref, tout cela entretient soigneusement un discrédit malhonnête sur l’Église.

Ce qui est assez amusant, c’est qu’aucun Mélenchon ni aucun Poutou ne s’est levé pour signaler l’erreur de Valls. Moi, si j’étais un bon Mélenchon, j’aurais sauté sur l’occasion pour bouffer du Valls ; j’aurai dit quelque chose du genre « Cet âne de Monsieur Valls prétend que s’attaquer à une religion c’est s’attaquer à la République, or je rappelle tout de même à ce monsieur à cravate crème que, justement, la grandeur de la République repose sur des fondements qui sont, non pas la superstition archaïque telle qu’on l’admettait sous l’Ancien Régime, mais la Raison, les Lumières, n’est-ce pas ! Et il est donc du devoir naturel de la République de chasser la religion et les religieux, de s’opposer le plus fermement possible à leur obscurantisme ! Monsieur Valls fait des effets de moulinets pour noyer le poisson et détourner les citoyens de la vraie question qui est celle des inégalités. » Mais je ne suis pas Mélenchon.

Le second mensonge est beaucoup plus subtil : Valls affirme qu’il est d’une certaine façon indigne que la République s’attaque à une religion ; or, en faisant la promotion du mariage homosexuel, il s’attaque clairement à un fondement chrétien majeur de notre société.
La subtilité de ce mensonge n’est pas évidente pour tout le monde, car la République, en s’appropriant les lois du mariage pour déshabiller l’Eglise et se revêtir de ses effets, s’escrime à faire oublier le véritable propriétaire du mariage monogame, hétérosexuel, fidèle, à secours mutuel des conjoints dans l’épreuve, à consentement libre et bilatéral, devant témoins, à but d’éducation responsable et exclusive de sa progéniture, et consigné dans un registre sous l’autorité d’un officier qui rend l’acte social, public, et historique. Parce que le détenteur de ce copyright-là, c’est tout simplement l’Église. Priés de croire qu’ils vivent dans un système universel infiniment supérieur à tous les autres régimes, notamment grâce à l’invention de la laïcité, les Français se se rendent absolument plus compte que le mariage civil est la photocopie en noir et blanc d’une institution profondément chrétienne.

Pourquoi cet oubli ? Parce que l’Église a mangé son chapeau en se pliant devant la République. La communauté musulmane de France pratique de façon régulière le mariage religieux hors de tout mariage civil, ce que, docilement, l’Église catholique ne commet pas par goût de l’honnêteté et refus petit-bourgeois du scandale. Je ne dis pas que les musulmans ont raison, mais il est clair qu’ils ont beaucoup moins l’intention de se laisser déposséder de leurs coutumes et de leurs convictions que ne l’ont consenti les chrétiens depuis ces deux derniers siècles.

Si le mariage homosexuel est sur le point d’être instauré, je crois que la faute en revient hélas largement à l’Eglise elle-même, et ce pour deux raisons majeures :

1. L’Église a adopté le discours sentimentaliste et romantique du « mariage d’amour » au lieu d’invoquer des devoirs moraux et anthropologiques de bien plus grande ampleur. Puisque seul l’amour fonde le mariage, alors toutes les unions sont légitimes. Philippe Muray annonçait la tombée du tabou de l’inceste, nous nous y dirigeons à très grands pas. Je vous rappelle qu’en 2012, nous voyons des femmes porter les enfants de leur propre fille, c’est à dire la semence de leur beau-fils, au nom de l’altruisme et de l’amour. Et les gens ne voient pas où est le problème, puisque c’est par amour.

2. L’Église a accepté de donner des pans entiers de son manteau à Marianne, estimant naïvement que le Bien Commun français porterait pour l’éternité des vertus chrétiennes qui ne se perdraient pas en route. Ce qui s’est avéré totalement illusoire. Il est d’ailleurs complètement hallucinant d’entendre des prêtres célébrer des mariages en mentionnant les vertus du mariage civil par lequel les jeunes époux sont passés avant de se retrouver devant l’autel. Cette attitude me fait immédiatement penser à un pauvre homme exproprié de son palais, et qui se mettrait à chanter les louanges de celui qui l’a mis dehors à coups de pieds au cul et qui s’acharne maintenant à fondre tous les ors et à brûler tous les lambris. Une sorte de syndrome de Stockholm, en somme, à tel point qu’on entend tous les dimanches des prêtres vous enseigner le programme du Parti Socialiste en guise d’homélie.

Monseigneur Barbarin a évoqué récemment la possibilité de passer outre le mariage civil pour marier les couples chrétiens, je crois qu’il a infiniment raison, mais je crois surtout qu’il n’aurait jamais dû en être autrement ! Voilà des années que j’annonce, la mort dans l’âme, le retour des chrétiens aux catacombes ; cette perspective se rapproche à très grands pas. Si je me réjouirai que l’Église prenne des décisions couillues en bravant une République trop longtemps endurée, je redoute en contrepartie une nouvelle scission des chrétiens qui ferait de la France une sorte de République Populaire de Chine, avec d’un côté les fidèles au Pape, prêts à la clandestinité, et de l’autre côté les fidèles à une Eglise du Gouvernement, officielle et bien-pensante. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

Pour en revenir au caca répandu sur la porte des mosquées, on se demande vraiment à qui profite le trafic de la stigmatisation quand on fait le compte des profanations quotidiennes qui ont lieu sur les sites chrétiens. Sûrement pas à Sainte Catherine de Sienne, en tout cas.

*Dessin : Jossot.

Enseigner la morale d’une société laïque à chaud !

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On peut tirer deux profits de cette histoire qui enflamme les … comment dire sans insulter personne? les salafistes, (c’est eux qui disent qu’ils le sont), les djihadistes (idem) et les fondamentalistes (c’est le pape qui a choisi ce mot).

Le premier est de donner la question du blasphème comme banc d’essai des cours de morale laïque à l’école. Genre : que doit-il se passer quand quelqu’un se moque de Jésus, ou de Moïse ? (accessoirement, les familles des victimes de Breivik ont-elles le droit de lyncher l’auteur du livre qui fait l’éloge de cet assassin, parce que cet éloge les offense et les blesse ?)

Ou faut-il laisser à la loi le droit de punir ce qui est jugé intolérable ?

Bref, qu’est-ce qui est sacré POUR TOUT LE MONDE et qu’est-ce qui ne l’est pas dans une société où les chiites et les sunnites (j’allais oublier les catholiques et les protestants ; les bouddhistes, les Juifs, et les athées) ont les mêmes droits?

Une question subsidiaire et amusante à poser à propos des violences vues à la télé : prouvent-elles l’innocence de l’Islam ?

Mariage gay et homoparentalité : reprivatiser nos vies

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Oui au mariage gay et à l'homoparentalité

Oui au mariage gay et à l'homoparentalité

Commençons par énoncer deux évidences. La première, c’est que l’homosexualité est un fait. C’est une constante de nos sociétés humaines depuis toujours, dans toutes les civilisations, qu’elle soit largement admise, tout juste tolérée ou franchement réprimée. Que cela vous plaise ou non, des milliers de nos concitoyens sont homosexuels et vivent en couple. Par ailleurs, nous savons, vous et moi, qu’un certain nombre de ces couples composés de deux individus du même sexe élèvent des enfants. Techniquement, ça ne présente pas beaucoup de difficultés : adoption (il suffit de se faire passer pour célibataire… un comble !), insémination artificielle ou fécondation in vitro (en Belgique), coparentalité (un bon copain ou une très bonne amie) ou, plus simplement, les enfants issus d’une première union hétérosexuelle. Bref, l’homoparentalité, comme l’existence de couples homosexuels, est une réalité qui s’impose à vous comme à moi.[access capability= »lire_inedits »]

Or voilà, jusqu’à maintenant, la loi française refuse de reconnaître cet état de fait. J’insiste sur ce point : c’est très important. Le mariage civil, celui qui est reconnu par la loi, est une invention extrêmement récente[1. En France, il fêtera cette année son 220e anniversaire (cf. loi du 20 septembre 1792).] qui n’est qu’une codification d’un mode d’organisation sociale dont les origines se perdent dans la nuit des temps ; le mariage est une conséquence logique de notre nature d’homo sapiens, de notre stratégie de reproduction, le mode d’organisation validé par quelques millions d’années d’expérience qui est le plus à même d’assurer la survie de notre espèce : il précède − et de très loin − toute forme de législation et il existe indépendamment des lois. Entre un couple hétérosexuel marié devant Monsieur le maire et un autre couple hétérosexuel qui n’a pas jugé utile de faire cette démarche, la différence n’est que de pure forme ; le premier est reconnu par la loi, pas le second et, jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas la loi qui fait la réalité des faits. Un couple homosexuel qui fait cause commune, se promet assistance mutuelle et − de surcroît − élève des enfants est donc marié de fait, mais la loi refuse de reconnaître l’existence de cette famille[2. On ne rentrera pas ici dans le débat byzantin qui consiste à savoir si l’article 144 du Code civil spécifie oui ou non une interdiction du mariage homosexuel : dans les faits, deux personnes du même sexe ne peuvent pas se marier.].
Partant de là, il n’y a que trois attitudes possibles. La première, le statu quo, consiste à penser − peu importent vos raisons − que le mariage homosexuel (et donc l’homoparentalité) est une mauvaise chose (pour la société, pour les enfants, pour vous-même… que sais-je ?) et donc à refuser de reconnaître légalement de telles unions… mais sans les interdire pour autant. Ce qui nous amène naturellement à la deuxième attitude possible : si le mariage homosexuel est nocif, alors il faut l’interdire dans les faits. Il vous faudra alors faire de l’homosexualité et de l’homoparentalité des délits et constituer une police des mœurs chargée de pousser les portes de nos chambres à coucher, d’interroger nos enfants, voisins et amis et d’enquêter dans le détail sur nos mœurs. C’est une simple question de logique et de cohérence : vous n’avez le choix qu’entre l’hypocrisie et l’ordre moral.
En revanche, si, comme moi, vous constatez que le mariage homosexuel ne constitue en rien une atteinte à vos propres droits ; si vous estimez qu’après tout, l’État n’a rien à faire dans nos vies privées et que le mariage devrait être un contrat comme un autre ; si vous n’avez aucune raison objective de penser que les homosexuels font de mauvais parents ; si vous pensez que l’ordre symbolique de la filiation[3. Papa + maman = bébé.] n’a absolument rien à craindre du mariage homosexuel et ce, d’autant plus que les parents homosexuels sont les premiers à vouloir le maintenir ; si vous croyez qu’il vaudra toujours mieux avoir deux papas ou deux mamans plutôt que de grandir dans un orphelinat ; si vous comprenez le drame de ces enfants qui perdent leur papa biologique et se voient, de surcroît, arrachés à l’affection de ce second papa qui est la seule famille qui leur reste ; si vous pensez qu’une société libre ne peut exister sans tolérance, que le fait qu’un mode de vie vous déplaise n’est pas un motif suffisant pour en réclamer l’interdiction ; si, enfin, vous croyez que « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » et que « l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits ».…

Alors, comme moi, vous demanderez à l’État de reconnaître ces mariages et ces familles et nous aurons fait ensemble un premier pas sur la longue route qui nous reste à parcourir pour reprivatiser nos vies.

Islam : et si François Hollande se souvenait de 1453…

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Si j’ai bien compris les propos tenus au Louvre hier par François Hollande, c’est dans l’islam qu’il faut chercher les valeurs permettant de combattre l’islamisme. C’est à peu de choses près ce que disait Barack Obama dans son discours du Caire. Il mesure aujourd’hui l’inanité de ses propos. Demain, il en sera sans doute de même pour François Hollande. Une erreur d’analyse, passablement doublée de démagogie, conduit inéluctablement à renverser le rapport de force qui oppose depuis des siècles les musulmans au reste du monde.

Comparer, comme l’ânonnent les commentateurs politiques, les affrontements entre chiites et sunnites à ceux qui opposèrent catholiques et protestants, ne me semble guère plus judicieux. Même si les interprétations du Coran peuvent millimétriquement diverger (c’est Allah en personne qui parle), il est hors de question de toucher à la figure du Prophète et de l’insulter en manifestant son impiété, voire en le blasphémant comme Charlie Hebdo nous y invite cette semaine.

La distinction classique que faisait Karl Popper entre sociétés ouvertes et sociétés fermées vaut aussi pour les religions. Ce n’est donc pas dans les vertus de l’islam qu’on cherchera des remèdes pour neutraliser les islamistes, mais dans la voix de la raison qui, comme disait Freud, est souvent affaiblie, mais jamais totalement inaudible.

Est-il enfin bien nécessaire de rappeler la date de la prise de Constantinople – 1453- par des musulmans qui avaient initialement demandé l’hospitalité à Byzance en se faisant passer pour d’humbles et misérables bergers venus des steppes ? Entrer dans le jeu rusé des musulmans jouant entre un islam modéré et un islamisme dont même les plus paisibles ou les plus lâches sont fiers, nous promet le sort réservé à Constantinople. 1453 devait être dans toutes les têtes et, surtout, dans celle de François Hollande.

Caricatures de Mahomet : haro contre Charlie Hebdo !

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Depuis hier après-midi, la rue Compans, dans le XIXème arrondissement de Paris, est sous haute surveillance policière. C’est là en effet que se trouvent les locaux de Charlie Hebdo qui, dans son édition d’aujourd’hui, publie en pages intérieures de nouvelles caricatures de Mahomet, dessinées par les auteurs-maisons. La couverture du journal, plus soft, met en scène un musulman à turban et un juif à papillotes (voir ci-dessus).

Il n’y a donc pas eu d’affichage public de celui que les musulmans croyants et les journalistes pressés qualifient de prophète, contrairement au numéro du 2 novembre dernier, dont de mystérieux incendiaires avaient pris prétexte pour mettre le feu aux locaux de Charlie, contrairement aussi au fameux numéro de 2006 qui s’en était suivi d’une homérique bataille judiciaire entre l’équipe du journal, alors dirigé par Philippe Val et toute une cohorte d’apprentis censeurs islamiques.

Pour voir les fameuses caricatures, il faut donc aller chez son kiosquier, lui donner de son plein gré des sous, et chercher les quelques images supposées impies parmi la centaine de dessins publiés chaque semaine par la bande de l’ami Charb. Charb que je salue bien bas au passage, ainsi que les vaillants fonctionnaires de police chargés de le protéger 24 heures sur 24 depuis l’attentat de l’automne dernier et les nombreuses menaces anonymes qui l’ont accompagné.

Un naïf aurait pu croire que cette modération relative des satiristes éviterait que l’on jetât de l’huile sur le feu. C’était sans compter avec les nombreux – et concurrents – organismes qui prétendent représenter les musulmans de France. À peine la nouvelle connue, l’UOIF (Union des organisations islamiques de France) part au quart de tour et publie sous le titre « Récidive d’un hebdomadaire irresponsable », un communiqué assez peu nuancé qui commence ainsi: « Nous apprenons que l’hebdomadaire « Charlie Hebdo » s’apprête à publier, demain mercredi 19 septembre, des caricatures blessantes du Prophète de l’islam. Encore une fois, un hebdomadaire insignifiant profite de la liberté d’expression et d’une actualité dramatique pour se faire une notoriété. Notre pays, et le monde plus généralement, n’ont pas besoin de ce genre de provocation. »

La suite est du même tonneau et après un vibrant appel à s’indigner assorti d’une vague précaution oratoire appelant à ne tuer personne, l’UOIF conclut qu’elle va demander à la justice française de faire valoir le droit. Un peu comme viennent de le faire Kate et William d’Angleterre.

Du côté du Conseil Français du Culte Musulman, c’est illico et texto le même credo. Dans un communiqué publié quelques instants plus tard, on lit : « Le CFCM a appris avec une profonde consternation la publication mercredi par l’hebdomadaire Charlie Hebdo de dessins insultants à l’égard du prophète de l’islam. Le CFCM condamne avec la plus grande vigueur ce nouvel acte islamophobe qui vise à offenser délibérément les sentiments des Musulmans. Le CFCM exprime sa profonde inquiétude face à cet acte irresponsable qui, dans un contexte très tendu, risque d’exacerber les tensions et de provoquer des réactions préjudiciables. Le CFCM, profondément attaché à la liberté d’expression considère que rien ne peut justifier l’insulte et l’incitation à la haine. Le CFCM lance un appel pressant aux musulmans de France à ne pas céder à la provocation et les exhorte à exprimer leur indignation dans la sérénité par des moyens légaux. »

On notera qu’il y a toutefois une différence entre ces deux communiqués quasi identiques. Le CFCM n’est pas, contrairement à l’UOIF, une banale association loi 1901 puisque ce fameux Conseil a été porté sur les fonts baptismaux par les représentants de l’État (coucou Nicolas!) pour parler, nous a-t-on dit, au nom de tous les musulmans de France. On peut s’interroger sur la vocation parapublique d’un organisme qui appelle à bafouer les lois de la République, notamment celles garantissant à la presse une réelle liberté d’expression. S’il s’avère que le CCFM a une position contraire à nos valeurs fondamentales, la moindre des choses serait de remettre à plat les questions afférentes à son financement et à celui des associations cultuelles qui en sont l’ossature, qu’il s’agisse d’argent public ou de fonds en provenance d’États étrangers.

Un tour de vis qui risque de se faire attendre : notre premier ministre Jean-Marc Ayrault, qu’on imaginait vaguement garant de nos libertés et a minima, chaud partisan du primat de la laïcité prôné par François Hollande lors de son fameux discours du Bourget a lui aussi entonné la rengaine de la provocation en condamnant à l’avance, dès hier, le geste de Charlie et en exprimant « dans le contexte actuel », sa « désapprobation face à tout excès » et en appelant à ce qu’il qualifie d’ « esprit de responsabilité de chacun ». Je vous ferai grâce de la déclaration encore plus suspecte de Laurent Fabius. Il est vrai que celui-ci a été interrogé par la presse alors qu’il était en visite officielle en Egypte. À Rome, parle comme les Romains.

Je vous épargnerai aussi les mines contrites et les contorsions oratoires des speakers et speakerines des JT ou des grandes radios. Depuis une semaine, ils s’acharnent à nous faire croire qu’un obscur propagandiste copte est à l’origine de la vague de violence et de meurtres qui secoue actuellement le monde arabe – ce qui revient mine de rien à expliquer que les Américains sont directement responsables de ce qui leur est arrivé le 11 septembre 2001.

*Image : Charlie Hebdo/Charb

L’argent public de la BCE doit profiter à l’économie réelle

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Philippe Murer contre le libre-échange et Mario Draghi de la BCE

Philippe Murer contre le libre-échange et Mario Draghi de la BCE

Philippe Murer enseigne la finance à la Sorbonne. Il est président du Manifeste pour un débat sur le libre-échange et membre du Forum démocratique.

David Desgouilles. À en croire les déclarations de Mario Draghi le 6 septembre, puis la décision de la Cour de Karlsruhe, le 12, il semble que le temps s’éclaircit sur la zone euro….

Philippe Murer. En utilisant l’argent illimité de la BCE pour faire baisser les emprunts italiens et espagnols, Mario Draghi gagne du temps. Angela Merkel y est favorable car elle pense que cela lui permettra de travailler tranquillement jusqu’aux élections allemandes de Septembre 2013.
L’aide de la BCE est conditionnée à la prise en main de la Commission Européenne sur les budgets. Elle n’est pas gratuite et amènera au contrôle des budgets des pays du Sud. On a affaire à la construction d’une Europe antidémocratique : des gens non élus prennent la main sur les budgets des pays. C’est pour cette raison que l’Espagne et l’Italie attendront le plus possible avant de demander cette « aide ».
Il est également légitime de s’interroger sur les raisons qui conduisent à déverser des montants toujours plus élevés d’argent public (celui de la BCE) dans les marchés financiers et jamais dans l’économie réelle, qui en a pourtant besoin.
Il faut bien comprendre que la crise de l’euro est une crise de compétitivité : les salaires n’augmentant pas au même rythme dans les différents pays, certains pays deviennent très compétitifs (Allemagne) et d’autres perdent leur compétitivité (les pays du Sud). De ce fait, les balances commerciales des pays du Sud se creusent et, du même coup, les dettes de ces pays.
Travailler sur le problème des dettes comme on le fait, ne résoudra jamais la crise puisqu’on ne s’attaque qu’au symptôme, pas au problème premier.

DD. L’euro semble taillé pour l’Allemagne et les pays du nord de l’Europe. Comment expliquez-vous que c’est dans ces pays-là que, malgré tout, les partisans de la sortie de l’euro soient les plus forts ?

PM. Un des points essentiels qu’il faut avoir en tête est que les élites ont fait peur au Français en disant qu’une sortie de l’euro serait une catastrophe. C’est vrai dans tous les pays.
On peut le constater en étudiant un sondage du Pew Research Center de mai 2012. Ainsi, quand on demande aux Français si l’euro est une bonne ou une mauvaise chose, 31% pensent que c’est une bonne chose, 40% estiment que c’est une mauvaise chose.

Mais quand on leur demande s’ils souhaitent garder l’euro, 69% veulent conserver la monnaie unique. Pour les Français, l’euro est donc une mauvaise chose, mais ils préfèrent la conserver. Comment expliquer ceci autrement que par la peur distillée sur la « catastrophe » que représenterait une sortie de l’euro ?
On constate par ailleurs que les Allemands sont plus favorables à l’euro que les Français, Italiens et Espagnols. Les Grecs constituent un cas à part.

DD. Certes, mais le débat est plus ouvert en Allemagne qu’en France.

PM. En Allemagne, les adversaires de l’euro ont la possibilité de déposer des recours devant la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe, ce que les Français ne peuvent pas faire. Ces recours permettent de médiatiser l’opposition à l’euro outre-Rhin. Peut-être que la presse allemande est plus ouverte sur le sujet que la presse française. On voit bien que deux semaines avant la signature du très important traité budgétaire européen, les grands médias se refusent à expliquer le contenu du traité et ses enjeux.
En Allemagne, la monnaie est un des symboles du pays et il a été très difficile pour les Allemands d’avoir abandonné leur Mark chéri. De plus, le discours de Mme Merkel consiste à leur répéter que ce sont eux qui paient. Rien n’est plus faux : les Français paient tout autant. Les Allemands sentent qu’on va leur demander de payer de plus en plus et cela ne les enchante pas. Enfin, ils sont ordolibéraux : ils veulent des règles strictes et le Marché. Avec les rafistolages de l’euro, les règles strictes volent en éclat. Cela leur déplait forcément. Il y a aussi sans doute d’autres explications sociologiques qui m’échappent.

DD. Des économistes comme Markus Korber en Allemagne ou Christian Saint-Etienne en France préconisent la division de la zone euro en deux. Pour aller vite, un euro du nord, autour de l’Allemagne voisinerait avec un euro du sud regroupant l’Italie, la Grèce, l’Espagne, le Portugal. Dans cette hypothèse, quelle zone la France devrait-elle intégrer ?

PM. Cela fonctionnerait un peu mieux si l’euro était coupé en deux. Mais pourquoi garder l’euro et ses inconvénients si c’est pour en avoir deux ? Est-ce que cela ne fonctionnerait pas encore mieux en coupant le problème en 17 et en revenant aux monnaies nationales ?
Pour répondre à votre question, de façon égoïste, la France aurait intérêt à rejoindre l’euro du Sud pour profiter de sa moindre inflation par rapport aux autres pays du Sud. Ainsi, son industrie serait de plus en compétitive par rapport aux pays du Sud. A l’inverse, si elle intégrait un euro du Nord, son industrie serait chaque année un peu plus écrasée par celle de l’Allemagne.
D’autres questions subsidiaires dépendent du rôle des nouvelles Banques Centrales Européennes. Laisserait-on les Etats dans les griffes des Marchés Financiers en les obligeant à se financer par les banques ou les investisseurs ? Ou bien, permettrait-on aux Etats d’emprunter directement à la Banque Centrale pour des projets d’investissement ? Y aurait-il une politique de monnaie forte ou de monnaie faible ?

DD. Un protectionnisme européen est-il envisageable compte tenu de la position de l’Allemagne ?

PM. Oui, mais cela exigerait un gouvernement français courageux et visionnaire. Il faut parler directement aux peuples européens, en passant par-dessus les gouvernements européens, comme ce fut le cas pour la guerre en Irak. On remarquera que le sondage de l’association Manifeste pour un débat sur le libre-échange de juin 2011 montre que 2/3 des Italiens, Espagnols, Allemands et Français sont favorables à un protectionnisme européen.
Cependant, l’élite allemande est farouchement contre et s’y opposera. Pour preuve, Angela Merkel a récemment fait une visite au Canada pour négocier un accord de libre-échange avec l’Europe.
Comme les élites ne sont aujourd’hui ni visionnaires ni courageuses, ce sera au peuple français de prendre son destin en main et de faire pression sur le gouvernement pour obtenir un protectionnisme raisonnable, nécessaire à la baisse du chômage et à la réindustrialisation de la France. L’initiative citoyenne européenne, pétition juridiquement établie par la Commission et le Parlement Européen, que nous avons lancée ici, permettrait d’aller demander au Parlement Européen de se prononcer sur la question : « pour ou contre le protectionnisme européen ». Si les politiques européens refusent ce sujet contre 2/3 des Européens, on saura que la démocratie a été jetée aux oubliettes.

DD. Lors de son discours fondateur au Bourget, fin janvier, le candidat Hollande évoquait l’Adversaire, le « monde de la finance ». Au delà des formules de campagne et de la sincérité ou non de ses propos, que vous évoque cette phrase, vous qui enseignez la finance à la Sorbonne et avez l’expérience des marchés financiers ?

Aujourd’hui, l’économie est au service de la finance ce qui est une très mauvaise chose. La finance doit être un outil au service de l’économie, pas plus, pas moins. Le monde de la finance a pris le pouvoir sur la société notamment grâce à la loi de 1973, qui empêche l’Etat d’emprunter à la Banque de France et donne le droit de création de l’argent exclusivement aux banques privées. Sans cette loi et sa prolongation dans la création de l’euro, les Etats ne seraient pas dans la main des marchés financiers.
Repenser une épargne fléchée qui dirige l’épargne vers les activités les plus utiles pour la société est aussi une nécessité. A cet égard, créer un « livret de développement industrie » ayant des avantages pour les épargnants et destiné uniquement au financement de l’industrie constituerait une excellente idée. De même, un livret d’épargne vert à destination des activités commerciales écologiques pourrait être créé afin de favoriser le développement d’une économie durable.

*Photo : slolee

Le retour de la question québécoise

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Le souverainisme du Parti Québécois avec Pauline Marois

Le souverainisme du Parti Québécois avec Pauline Marois

On avait cessé d’entendre parler du Québec. Sinon par ses chanteuses. Et d’un coup, en 2012, par le printemps érable qui mit en scène pendant plusieurs semaines des manifestations monstres, le monde a tourné le regard vers lui. Le Québec était-il en révolution ? Non. Mais le tumulte social était tel que le gouvernement du Parti libéral (fédéraliste) s’est retrouvé obligé d’aller en élections anticipées.
Où en est le Québec ? Le constat est simple : le Québec n’a jamais été autant divisé depuis trente ans. La question nationale demeure la question « lourde » de la politique québécoise. Entre souverainistes et fédéralistes, on ne voit pas de terrain d’entente. Toutefois, cette pomme de discorde est désormais en concurrence avec la polarisation « gauche-droite » qui s’accentue et s’impose peu à peu avec des partis comme la Coalition Avenir Québec (centre-droit) ou Québec solidaire (gauche radicale).

De quoi le clivage gauche-droite est-il le nom ? Économiquement, les Québécois sont divisés entre leur attachement aux droits sociaux et une conscience aigüe d’un nécessaire désendettement de l’État. Socialement, ils sont plutôt libertaires. Culturellement, on les sait très attachés à leur identité nationale. On ne se tromperait pas en disant qu’ils sont majoritairement des « conservateurs de gauche ».
Mais le fait central est le suivant : les souverainistes sont au pouvoir. Après neuf ans de régime fédéraliste, et avec à Ottawa un gouvernement canadien profondément étranger aux réalités québécoises, la chose est significative. Les souverainistes sont dirigés par Pauline Marois depuis 2007, qui a eu une longue carrière ministérielle. Le mandat péquiste étant néanmoins archi-minoritaire, on peut s’attendre à de nouvelles élections dans les dix-huit prochains mois.

Car le projet souverainiste ne va pas très bien. Trop « progressiste » au goût de certains, incapable de reconstituer la grande coalition « gaullienne » gauche/droite qui avait historiquement fait la force du Parti Québécois, il peine à se donner un nouveau souffle. La mondialisation et sa dévalorisation des nations n’aident pas non plus. L’esprit du temps est à la dénationalisation de la politique et de la démocratie.
On examinera ces causes multiples en gardant une idée à l’esprit : les Québécois, et surtout les francophones, s’identifient massivement et prioritairement au Québec. Leur attachement affectif au Canada est marginal, comme s’ils avaient déjà réalisé leur indépendance « psychologique ». La nation est une expérience historique avant d’être une construction idéologique artificielle.
Si le mandat actuel du Parti Québécois n’offre pas l’occasion d’un référendum, il ne remet pas moins la question nationale à l’avant-scène. Le PQ a pris des engagements fermes pour la défense de l’identité québécoise, et surtout de la langue française, laquelle décline. Cela provoque une levée de boucliers chez les idéologues du multiculturalisme qui voient partout des vexations aux libertés fondamentales.

Au Canada comme eu Europe, le multiculturalisme est en crise. D’autant plus qu’il est inscrit dans la constitution canadienne. Jusqu’ici, il occupait une fonction primordiale : marginaliser la nation québécoise en la transformant en une minorité ethnique parmi d’autres. On lui retirait ainsi son statut de peuple fondateur au Canada. Ce que confirme le rapatriement unilatéral de la constitution de 1982 : trente plus tard, il est ainsi frappant qu’aucun parti, même parmi les plus fédéralistes, ne propose de signer cette constitution.
Mais l’affirmation québécoise se paie toujours du prix de la diffamation canadienne-anglaise. C’est ce qu’on appelle le Quebec bashing. On diabolise la nation québécoise et plus encore les souverainistes. Le Québec révèle une tentation souverainiste persistante. À Toronto, à Calgary, à Ottawa, les accusations grossières, loufoques, insensées, de « nationalisme ethnique » et de xénophobie viennent polluer le débat. Elles confirment la persistance d’une mentalité « néo-coloniale » dans la gestion canadienne de la question québécoise.

Les Québécois croient trop souvent que la question nationale est anachronique. Ils oublient que partout dans le monde, on la redécouvre. On ne sacralise plus les frontières, évidemment. On sait désormais qu’il serait fou de les abolir. Alain Finkielkraut l’a déjà suggéré : la question du Québec est un peu révélatrice de celle des petites nations, qui réclament un point de vue singulier sur le monde, et nécessitent l’indépendance politique pour s’autogouverner.

La situation géopolitique et historique du Québec le confirme. On serait tenté de dire que l’indépendance est inscrite dans la logique de l’histoire du québécoise. Les deux référendums perdus de 1980 et 1995 (60% des Québécois francophones ont toutefois voté OUI) nous interdisent un tel optimisme. Il n’en demeure pas moins que l’idéal souverainiste se normalise. Même les fédéralistes reconnaissent aujourd’hui la viabilité de la souveraineté québécoise. Après la Révolution tranquille, il se pourrait bien que les Québécois réalisent à terme une forme de souveraineté tranquille.
Le gouvernement du Parti Québécois doit surtout bien gouverner au centre et chercher à rassembler les Québécois. Il devra développer une stratégie souverainiste à moyen terme, notamment sur le plan international en refaisant des alliés en France, seule puissance amie non seulement du Québec, mais de la cause souverainiste. Il appartient aux souverainistes de recommencer l’indispensable travail diplomatique qui confirmera leur sérieux dans la poursuite de l’indépendance.

Le retour de la question du Québec confirmerait le retour du politique dans une époque qui avait cru tout sacrifié au mythe du citoyen du monde et à celui de la disparition des frontières. La nation et la démocratie participent d’un même imaginaire. Le poids de l’histoire finit toujours par couler les idéologies à la mode. La lutte pour l’indépendance des Québécois n’est pas à la veille d’aboutir. Mais la marche a peut-être repris. Qui sait où elle mènera ?

Rentrée littéraire : les prix que j’attribuerais

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1. Le Prix Kafka à Imre Kertész pour Sauvegarde (Actes Sud). De retour de Lausanne, où il a donné une conférence, il note que la marque Kertézc génère des bénéfices appréciables. Ces conférences n’ont aucun sens : le même consensus ressassé partout passe pour une activité culturelle. Sans doute est-ce lié à la démocratie. On ne peut s’empêcher de devenir sceptique ou cynique. Kertécz penche pour cette dernière possibilité, cependant que la vie s’éloigne de plus en plus : on la cherche avec une longue vue.

2. Le Prix Dorothy Parker à Olivia Resenterra pour : Des femmes admirables. portraits acides (Puf). Le livre le plus misogyne depuis Pitié pour les femmes de Montherlant. Une chasse aux mégères et aux salopes écrite par une demoiselle de Rochefort qui n’aime pas les films de Jacques Demy. Encore un bon point pour elle.

3. Le Prix Louis Pasteur pour Peste et choléra (Seuil) de Patrick Deville. Récit admirable de la vie d’ un des derniers survivants de la bande à Pasteur : Alexandre Yersin, sur fond d’éloge du colonialisme. Citant Yersin, il écrit que la guerre est à la politique ce que la fornication est à l’amour, et qu’il faut bien de temps en temps en passer par là.

4. Le Prix Claude Chabrol pour : Une âme damnée, Paul Gégauff (éd. De Roux ). Pierre-Guillaume de Roux collectionne les âmes damnées. La plus fascinante est Paul Gégauff (1922-1983) que plus personne ne connaît et qui, grâce au talent d’Arnaud Le Guern, retrouve la place qu’il n’aurait jamais dû perdre, celle d’un grand écrivain et d’un scénariste de génie. Je voulais publier le livre d’Arnaud Le Guern aux PUF. On l’a refusé. J’ai démissionné. Les éditeurs sont souvent lâches et conformistes. Paul Gégauff était trop sulfureux pour eux et Le Guern trop original. J’aime ce que Gégauff a dit un dimanche d’ivresse à Jean Eustache : « Le cinéma doit être le glacial reflet de la vie. Il faut montrer les choses dans tout leur ennui, dans toute leur froideur. »

5. Le Prix Cioran revient incontestablement à Frédéric Schiffter pour son essai sur La Beauté (éd. Autrement). D’abord parce qu’il tient le western pour le genre suprême du beau cinéma (lire son Éloge de Sam Peckinpah). Ensuite parce qu’il nous entraîne dans une flânerie sur ce qu’il aime vraiment. Enfin parce qu’esthète dans l’âme, il décèle avec ravissement toutes les horreurs de l’existence, affronts personnels qu’il fuit en surfant.

6. Le Prix Albert Londres à Alain Bonnand pour Le Testament syrien (éd. Écriture ). Alain Bonnand est l’écrivain vivant le plus méconnu de la littérature française. Injustice à réparer d’urgence en découvrant ce Testament syrien. « Le grand échec de ma vie : je ne serais pas parvenu à être malheureux. » Bonnand, c’est du tonique. Et il était là où il fallait être, à Damas.

7. Le Prix Hervé Bazin à Tahar Ben Jelloun pour Le bonheur conjugal (éd. Gallimard). J’ai trop souvent raillé les facilités romanesques de mon ami Tahar pour ne pas reconnaître que sa description clinique de la déchéance d’un couple, en l’occurrence le sien, est impressionnante. La manière dont, à travers le regard de sa femme, il se dénigre est un modèle pour les écrivains un peu trop imbus de leur personne.

8. Le Prix Michel Polac à Alain Paucard pour Tartuffe au bordel (Le Dilettante). Michel Polac aurait aimé la vivacité de ton de cet éloge des bordels à l’ancienne. Et on retiendra cet aphorisme :  » Il y a deux sortes de clients des prostituées : ceux qui vont les voir parce qu’ils n’ont pas de femme et ceux qui vont les voir parce qu’ils en ont une.  »

9. Le Prix Roland Topor à Patrick Besson pour Les Jours Intimes (éd. Bartillat). Inutile d’argumenter, ce serait insultant. Patrick Besson écrit : « Suis allé si souvent au cinéma que j’ai l’impression d’avoir vu ma vie. » Nous avons vu les mêmes films en nous demandant à quoi pouvaient encore bien servir nos vies.

IO. Le Prix Hergé à Clément Rosset pour Récit d’un noyé et L’invisible (éd. De Minuit ). Parce qu’on ne peut pas toujours lui donner le prix Schopenhauer ou le prix Nietzsche…

Mariage gay : comment ne pas dire oui ?

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Pourquoi l'Eglise catholique devrait accepter le mariage civil gay

Pourquoi l'Eglise catholique devrait accepter le mariage civil gay

Quel que soit le regard que l’on porte sur le régime politique actuel, on ne saurait être sérieusement scandalisé par l’adoption prochaine d’une loi autorisant le mariage homosexuel. En toute logique, on n’a en effet le choix qu’entre deux hypothèses : soit l’on admet la légitimité globale de ce système, soit on ne la reconnaît pas. C’est un peu comme dans l’ordre religieux : on a la foi ou pas, on est croyant ou agnostique.

Si l’on se trouve dans la première hypothèse, si l’on considère la démocratie contemporaine comme légitime, comme un gouvernement de droit auquel on se doit d’obéir en toute conscience et sans arrière-pensée, alors la légalisation d’un tel mariage ne saurait être contestée.
Au regard du principe démocratique, en effet, rien n’interdit qu’on l’admette. D’autant moins que la démocratie, la démocratie pure, telle qu’elle se trouve formulée par Rousseau, se caractérise par le fait que le souverain ne connaît aucune autre limite que sa propre volonté.[access capability= »lire_inedits »] Elle est auto-normée, ce qui signifie qu’aucune règle extérieure, naturelle, morale ou religieuse, ne saurait la restreindre ni la contraindre. Tous les étudiants en droit connaissent la fameuse remarque selon laquelle « le Parlement anglais peut tout faire sauf changer un homme en femme, et une femme en homme ». Sans même parler des progrès de la génétique et de l’avènement du transgenre, on pourrait dire que le souverain, en démocratie, n’est même pas tenu par cette limitation : il pourrait parfaitement décider qu’un homme est une femme, et vice versa, en vertu d’une fiction juridique dont il aurait toute latitude de déterminer la portée. La démocratie − et c’est d’ailleurs ce qui a suscité de longue date la méfiance de certains libéraux comme Daniel Halévy − est par définition un système où le pouvoir est illimité : d’autant que si l’on revient à Rousseau, les décisions de ce pouvoir, procédant de la Volonté générale, sont toujours telles qu’elles doivent être, et que l’on n’est libre qu’en y obéissant. Qui reconnaît sérieusement la légitimité d’un tel système devra donc, le cas échéant, admettre aussi la validité de la législation relative au mariage homosexuel − de même qu’il avait reconnu naguère celle qui autorisait l’avortement, et qu’il admettra demain celles qui légaliseront l’euthanasie, le clonage, etc. Le souverain n’est tenu, dans ce cadre, ni par des traditions ou des coutumes, ni par des principes moraux qui s’imposeraient à lui, ni par un quelconque droit naturel, aussi longtemps du moins qu’il n’en a pas reconnu l’existence en l’intégrant dans une loi en bonne et due forme. Il n’est limité que par le droit positif, c’est-à-dire par l’expression de sa volonté du moment : en l’occurrence, aucune norme, même constitutionnelle, n’empêche un tel mariage − et si tel était le cas, il lui suffirait de réviser la Constitution.

Mais allons plus loin : non seulement rien ne l’empêche, mais au fond, tout y conduit − et d’abord la règle cardinale de la démocratie, l’article premier de son Décalogue, le principe d’égalité. En vertu de ce dernier, chacun dispose des mêmes droits que les autres, ce qui implique que deux personnes placées dans des situations comparables ne sauraient être traitées différemment. D’où l’on doit déduire que tout individu ayant atteint l’âge légal a un droit égal au mariage, de même que chacun aura le droit de vote, qu’il soit prix Nobel ou analphabète, docteur en sciences politiques ou aliéné interné dans un établissement psychiatrique (l’un n’empêchant pas l’autre, il est vrai). Au nom de quoi ferait-on prévaloir, sur cette égalité inscrite au fronton républicain de toutes les mairies de France, une règle de droit naturel, une coutume, si immémoriale et universelle soit-elle, ou un précepte moral, quel qu’il soit, n’ayant pas été expressément validé de façon démocratique ? Si l’on ajoute à cela la définition de la liberté individuelle figurant à l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (« La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui »), l’évolution des mœurs conçue comme nécessairement progressive et la pression croissante de l’opinion publique, on doit constater qu’il n’y a plus rien à dire. Un démocrate conséquent ne saurait sérieusement s’y opposer.

Et l’on arrive à la seconde hypothèse − visant quelqu’un qui refuserait toute légitimité à ce système. L’agnostique qui n’y verrait qu’un gouvernement de fait s’imposant à lui par la force, et auquel il ne se soumettrait que dans son for externe, sans lui reconnaître le moindre droit à être obéi. Ce qui nous amène au paradoxe qui nous intéresse ici : cet antidémocrate conséquent, antithèse exacte de la figure que l’on vient d’évoquer, ne saurait, lui non plus, se scandaliser de cette légalisation du mariage homosexuel.
Cette nouvelle loi ne fera, au fond, que conforter à ses yeux l’illégitimité foncière du système, confirmant son opposition à l’ordre naturel en vertu duquel le mariage ne devrait sanctionner que l’union de deux personnes en vue de la procréation − et non un quelconque rapport amoureux qui, demain ou la semaine prochaine, pourrait tout aussi bien unir un père et sa fille, un frère et sa sœur, une grand-mère et sa petite fille, etc. Notre antidémocrate conséquent y verra une preuve supplémentaire de ce que ce système ne connaît pas de limites, et qu’avec lui, tout est possible. Mais par ailleurs, il lui sera indifférent qu’une telle loi, si exécrable soit-elle à ses yeux, soit adoptée par un tel système : car si ce dernier est illégitime, sa loi n’a pas plus de sens ni de valeur que le commandement d’un tyran ou la lubie d’un despote. Les chrétiens des premiers siècles ne s’offusquaient pas de ce que Néron, Caracalla ou Héliogabale prétendissent épouser leurs étalons, leurs sœurs, ou l’esclave le mieux membré de l’Empire. Le fait d’utiliser le terme « mariage » et d’en faire une « loi » n’y change rien, puisqu’il ne s’agit que de mots.

Longtemps, les catholiques français qui voulaient se marier ne sont allés devant le maire qu’à contrecœur, à reculons ou, au mieux, sans accorder à ce « mariage civil » la moindre espèce d’importance. Ils y étaient contraints sous peine de sanctions pénales, voilà tout. Par suite, ils n’auraient pas été choqués que cette formalité disparaisse, ou qu’on modifie sa dénomination, ou que l’on étende démesurément son champ d’application. Si, aujourd’hui, ils sont mortifiés, alors même que chacun connaît l’instabilité de la loi et la tendance générale de la législation, c’est parce qu’ils ne savent plus vraiment où ils en sont, et qu’ils persistent à considérer comme légitime un régime qui les laisse vivre mais prend le contre-pied de toutes leurs valeurs, et qui le fera de plus en plus. Et parce qu’en le reconnaissant pour légitime, ils acceptent du même coup d’endosser la responsabilité de ses décisions et d’être, en tant qu’ils participent à la souveraineté, les auteurs de la législation que par ailleurs ils condamnent de toutes leurs forces. « On ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre », enseigne la sagesse populaire. S’ils envisageaient sérieusement la question du politique, de ses rapports avec l’éthique et la loi naturelle, sans doute les catholiques français pourraient-ils considérer différemment, eux aussi, la vraisemblable légalisation du mariage homosexuel.[/access]