Il n’ y a pas que le feuilleton DSK dans la vie. La série PS-Europe Ecologie-Les Verts est tout aussi épique et nettement plus sanglante. Et on se disait bien que la dernière mise au point de François Hollande chez Bourdin (en gros, une fois élu, il promet de faire comme si cet accord n’avait jamais été signé, même pas en rêve) n’allait pas rester sans réponse.
Cette réponse, c’est de Jean-Vincent Placé, un des négociateurs de l’accord avec le PS, qu’elle est venue. Connu de tous pour son équanimité, son affabilité et son sens suraigu de la nuance, le tout nouveau sénateur vert n’a pas mâché ses mots sur BFM-TV : « Depuis un mois, je pense que François Hollande reprend à peu près tous les travers de ce qu’est la Ve République, c’est-à-dire qu’il pense que seule sa parole compte, et ce qui compte c’est que l’on évalue à chaque seconde et au mot près ce qu’il raconte pour l’avenir du pays ».
Vous en voulez encore ? Il n’y a qu’à demander, Placé ne se fait jamais prier : « Je pense qu’il a intérêt à rectifier le tir pour écouter davantage d’une part son propre parti et d’autre part ses alliés et d’une façon plus générale les Françaises et les Français. Ce n’est pas parce que l’on a la confiance des Françaises et des Français un jour tous les 5 ans que l’on a raison sur tout ».
Vous avez bien lu: non seulement Placé conseille à Hollande d’écouter d’avantage les Verts, ce qui est somme toute normal –ne serait le ton menaçant. Mais en plus il ordonne au candidat socialiste d’être plus obéissant avec Martine, ce qui est carrément grotesque.
On rappellera que l’aimable Jean-Vincent Placé n’a pu siéger au Palais du Luxembourg que grâce à l’effacement d’un socialiste suite à l’accord PS-Verts pour les sénatoriales. Camarades socialistes, si en plus du cafouillage nucléaire et du délire sur l’ONU, vous en voulez trente pareils à l’Assemblée, alors il n’y a rien d’urgent à confier cet accord calamiteux à la broyeuse…
Indignés de La Défense. Photo : Daley Vanh (the Beauty Hunter).
Il existe de nombreuses manières d’agir sur le monde. La violence – que d’aucuns nommèrent l’ « action directe »- mais aussi tout un faisceau de possibilités plus subtiles qui se révèlent parfois d’une efficacité nettement supérieure. L’action sur les esprits et sur les cœurs, par exemple, n’est pertinente que si elle les dilate, les exhauce et les renforce.
Aujourd’hui domine surtout une forme parodique de l’action liée à la pratique du « happening » : ce qui « arrive », se contente d’ « arriver » sans changer quoi que ce soit lorsque plus rien n’a lieu.
Prenant le métro ce mois-ci, ce qui n’est guère dans mes habitudes, j’ai cru voir Paris délirer dans les affres d’une perpétuelle « Nuit blanche ». Station Porte de Montreuil, quelque incendiaire, à la grâce d’un cocktail Molotov, parvient à convaincre une bande de caricaturistes ringards qu’ils sont encore dans le camp de l’irrévérence, alors que leurs rôts de bourgeois 68 ne représentent que les mots d’ordre de la vulgate passés au Stabilo Boss.
Station Châtelet, des catholiques « traditionalistes », qu’on aurait espérés moins perméables aux festivités ambiantes, se prennent au cirque moderne avec œufs et huile de vidange et réussissent l’exploit de faire passer pour subversif l’anti-christianisme « branché », ou suspecté tel[1. En fait, « branché » depuis deux siècles sur le même canal], d’une pièce qu’ils n’ont pas vue. Seule performance notable de leur happening : avoir fait applaudir les CRS venus les virer par un parterre de bobos frustrés de leur heure de transgression.
Tous des « indignés », en somme. Faits pour perpétuer la farce. Tous vautrés dans le « happening » permanent. Voilà la réflexion que je me faisais, secoué par les zigzags abrupts de la rame que j’avais empruntée. Terminus La Défense. Claquement de portes, sirènes, couloirs. Puis, sur l’immense parterre glacial, nos « Indignés », copyrightés comme tels. Les paumes usées par le jonglage, les voix cassées d’avoir trop entonné les mêmes ritournelles débiles, ils s’autorisent une pause bien méritée pour reprendre leur souffle dans ce long marathon révolutionnaire : ceux qui le désirent, clame une organisatrice, pourront, après s’être tamponné un cœur sur la main, dispenser et recevoir de gros câlins roboratifs.
Considérons et méditons la scène. Une jeunesse pas suffisamment pauvre pour prendre les armes, pas suffisamment éduquée pour élaborer des doctrines de combat ou des appareils critiques efficients, pas suffisamment mystique pour renoncer au monde qu’elle condamne et y tracer d’autres voies en déambulant vêtue de hardes, pas suffisamment imaginative pour proposer un autre spectacle que celui joué quarante ans plus tôt et à un niveau encore plus faible par les parents, une jeunesse sans aucune des forces de la jeunesse et avec toutes ses tares, s’effondre sur elle-même tout en se câlinant.
Sous la grande arche blanche, bousculé par des cadres robotiques sans doute enjoints par leurs patrons d’adopter une quelconque « positive attitude » avant leur prochain séminaire de travail, non loin du ridicule pouce géant de César, j’observais simplement comment les rames les plus éloignées se rejoignent. Tous vautrés dans le « happening » permanent, tous configurés au Spectacle qui est la culture et les mœurs produites par la Marchandise. Qu’importe les couleurs ou les chiffres exhibés, les ennemis sont similaires et, à l’instar de la Finance qu’ils prétendent ou non combattre, multiplient de grandes bulles de vide qui explosent.
Mieux vaut trop tard que jamais: interrogé ce matin sur RMC par Jean-Jacques Bourdin, qui lui demandait s’il se sentira engagé, une fois élu, par les préconisations de l’accord PS-EELV, François Hollande a enfin mis les points sur les i : « Non, j’appliquerai les mesures qui me paraissent les plus essentielles »
En cause, non seulement la fatwa antinucléaire des écolos, mais surtout, désormais, leur proposition d’effacement de la France au Conseil de Sécurité au profit de Bruxelles, validée et entérinée en l’état par Martine Aubry et les charlots de Solferino. L’accord, rappelons-le, stipule noir sur blanc : « La France fera des propositions précises pour réformer et démocratiser l’ONU (…) : siège européen, suppression du droit de veto, meilleure représentativité des pays du Sud au sein du Conseil de sécurité, renforcement du rôle des ONG »
Après avoir débité à Bourdin une ou deux clauses de style du genre « Les Nations-Unies doivent évoluer, il y a une réflexion qui peut être engagée, une gouvernance mondiale…», François Hollande a quand même fini par trancher dans le vif : «Tant que je serai dans la situation d’exercer la responsabilité de mon pays, si les Français me la confient, il n’y aura pas de remise en cause unilatérale du droit de veto.»
D’ici là, et si François veut vraiment que les Français lui confient la responsabilité que vous savez, il serait temps qu’il s’arroge à lui-même un nouveau droit de véto, sur les décisions ubuesques que ne cesse de prendre, dans son dos, la direction du Parti Socialiste…
Jeudi dernier, sur la route reliant Homs à Palmyre, un minibus de l’armée de l’air syrienne est tombé dans une embuscade. Bilan : dix morts dont six pilotes que l’état-major syrien décrit comme « qualitativement entraînés à piloter des avions militaires modernes ». Autrement dit, il s’agit de pilotes de chasse de la base aérienne de Tiyas appartenant très probablement aux escadrons de Mig-25, Sukhoi Su-22 et su-24. Ce ne sont pas les meilleurs avions que possède Damas – cette qualité revient au Mig-29 – mais avec les Mig-23 ils assurent l’essentiel des missions dites de « supériorité aérienne ». Ces pertes sont en tout cas particulièrement douloureuses : non seulement il n’est pas facile de remplacer des aviateurs d’un tel niveau mais leur mort entraîne un effet désastreux sur le moral des troupes. Les pilotes de chasse sont effet les prunelles des yeux de toute armée moderne.
Toute la question est de savoir si les assaillants ont choisi leur cible par hasard ou sur la base d’un renseignement rudimentaire (parfois il suffit de connaître la famille du chauffeur du minibus et ses habitudes…) ou, comme le suggèrent les autorités syriennes, s’il s’agit d’une attaque planifiée d’après des renseignements précis et « frais » qui témoignent d’un soutien au sein même de l’appareil militaire syrien. Quoiqu’il en soit, ce coup dur s’ajoute à une série noire qui ne cesse de s’allonger : l’attaque contre la base des service de renseignements de l’armée de l’air à Harasta et les tirs sur le QG du parti Baas à Damas.
Pour le régime, plus aucun doute n’est permis : ses adversaires ont choisi une stratégie de guérilla pour précipiter sa chute. Avec des bases arrière en Turquie, une terre d’asile en Jordanie et quelques maquis plus ou moins protégés à l’intérieur même de la Syrie, ce qu’on appelle « l’Armée Syrienne Libre » devient une menace redoutable pour le pouvoir en place. Dans un premier temps, sonné par cette série de coups, Damas a choisi d’évoquer une responsabilité israélienne. Les pilotes abattus se préparaient, disait le communiqué officiel, à « accomplir le devoir sacré de libérer les territoires et de restaurer leurs droits usurpés », ce qui dans le jargon syrien veut dire la guerre contre Israël, qui serait premier sur la liste de ceux à qui profite le crime.
Le problème est que les tentatives de mobilisation de la nation syrienne contre l’ennemi commun ne semblent pas trouver d’écho favorable au sein d’une population qui aspire à se débarrasser d’Assad, mais aussi à récupérer le plateau du Golan perdu en 1967 et à exprimer sa solidarité avec les Palestiniens… Ainsi, le régime devra bientôt prendre une décision bien délicate : rester dans la défensive ou adopter une stratégie antiguérilla efficace, c’est-à-dire s’attaquer à ses bases arrière, sa logistique et ses terres d’asile.
Si Assad décide de contrer l’ASL et sa guérilla de plus en plus efficace sans changer de stratégie, il laisse à Ankara, Amman et leurs alliés les mains libres pour contrôler la situation explosive du pays. A force d’épuisement, il risquera alors de voir son principal atout – les forces de sécurités en uniforme et en civil – fondre comme neige au soleil. Saignés par les désertions et de plus en plus menacés dans leurs mouvements, ces hommes éprouvés par neuf mois de guerre contre leurs concitoyens, ne peuvent plus tenir longtemps. En revanche, si le président syrien choisit de cibler les bases arrière de l’ASL voire d’autoriser des « poursuites à chaud » et des opérations pénétrant en territoires turc et jordanien, il prend le risque de déclencher des hostilités régionales et légitimera par avance un viol de la souveraineté syrienne.
Tandis que le monde a les yeux rivés sur les déclarations des chefs d’Etat et les manœuvres diplomatiques à l’ONU, sur le terrain la situation évolue très rapidement et notamment le déploiement de forces navales américaines et russes dans le bassin oriental de la méditerranée et le regain d’activité de l’ASL ouvrent une nouvelle phase de la crise syrienne de l’autre. L’ironie de l’histoire veut que le pays qui soutenait une myriade de mouvements de terreur et de guérilla, risque aujourd’hui de succomber à ces mêmes artifices.
Le général Bigeard avait exprimé une volonté : que ses cendres fussent, à sa mort, répandues au-dessus de Diên Biên Phu. Le Vietnam, dont les autorités ont toujours été aussi humaines que les gars du 25e RIC étaient maniérés, a refusé. La France a donc choisi de porter la dépouille de celui que De Gaulle appelle dans ses Mémoires « l’héroïque Bigeard » aux Invalides. Quand on sait que le Général était peu enclin à complimenter à tout bout de champ et qu’il cultivait une secrète aversion envers les militaires, il n’y a plus qu’à se taire. Respect. Fermez le ban !
L’Hôtel national des Invalides fait partie de ce que Fernand Braudel appelle les « permanences françaises ». Passent les ans, les modes et les régimes : au bord de la Seine, les Invalides recueillent nos grands soldats depuis Louis XIV. On les y soigne, on y remplace leurs membres déchiquetés par un éclat d’obus ou une salve ennemie, on y porte en terre les plus valeureux d’entre eux. Balzac a écrit de belles pages sur la redingote fripée de ces anciens soldats faits pour la guerre et perdus, désemparés, en temps de paix. Sous le Dôme, l’Empereur. De part et d’autre, le grand Turenne y côtoie Rouget de Lisle. Quant au maréchal Foch, c’est un voisin d’immortalité de Lyautey. On y enterra Mangin, mais également Nivelle, dont l’offensive d’avril 1917 demeure, pour l’histoire, comme la plus stupide et la plus meurtrière persévérance dans l’erreur. On croise de tout aux Invalides. Le meilleur, beaucoup. Et le pire, parfois. Ainsi va la France, grand pays qui se refuse, dans sa mémoire, à faire définitivement le tri.
Un jour, je me souviens être descendu à la crypte des gouverneurs – elle est fermée au public – pour aller m’incliner, aux côtés des anciens de la IIe DB, devant la dalle de Leclerc. Dans cet endroit confiné, où chaque murmure, même le plus infime, résonne outre-mesure, un tambour et un clairon de la Garde républicaine sonnèrent aux morts, avant d’entonner la Marseillaise. Et nos tympans froissés par un écho puissant entendirent alors monter, presque silencieuses, les anciennes prières prononcées par l’aumônier de la IIe DB. Un psaume, un Ave, un Pater.
Le visage de ces vieux hommes, dont rien ne laissait supposer qu’ils avaient eu un jour vingt ans, mais qui les avaient eus, plus que nous, mieux que nous, les armes à la main, l’amour sacré de la patrie chevillée au corps, tout cela c’était la France. Un pays qui vit sans se demander si, un jour, il a été chrétien ou non, si la laïcité tolère qu’on prononce une prière catholique dans un lieu républicain ou si quelques-uns, sacrifiant à d’autres obédiences ou sacrifiant à l’esprit de l’époque qui réclame qu’on ne se sacrifie à rien, ne vont pas s’en retrouver tourneboulés dans leur for intérieur. Chez ces gens-là, Monsieur, quand on est devant la tombe du chef, on ne se pose pas de questions. On prie. Ainsi soit-il. Amen.
Voilà donc ce lieu où la Nation s’apprête à porter, avec les cendres de Bigeard, l’un de ses plus grands soldats. Il fut un héros. Ce n’est pas un endroit où l’on cause philosophie le petit doigt levé. Peigne-cul et blancs-becs n’y sont pas des masses. Ils n’y sont pas même les bienvenus. Ça sent plutôt la sueur et les larmes, le sang et les corvées de chiottes. Que voulez-vous ? L’histoire de France n’a pas été écrite par des ronds-de-cuir, mais par des soldats.
Et c’est justement ce que Ian Brossat et Catherine Vieu-Charier refusent et réfutent. Excusez du peu : l’un et l’autre sont, respectivement, président du groupe PCF-PG au Conseil de Paris et adjointe (PCF) au maire de Paris chargée de la mémoire. Ils se sont fendus, le 25 novembre, d’une tribune dans Le Monde pour dénoncer le transfert des cendres de Bigeard aux Invalides.
« Bigeard n’a pas sa place aux Invalides », disent-ils. Et leur argumentaire tient à peu de choses : le général Bigeard a reconnu que l’armée française a pratiqué la torture pendant la guerre d’Algérie. Ils ne nous disent pas si Bigeard a ordonné la torture, l’a pratiquée lui-même et s’y est livré avec une cruelle délectation. Ce qui les chagrine, c’est l’aveu de Bigeard : oui, la torture, ça existait. Ouh là là, le méchant vilain que voilà !
J’éviterai les blagues à deux sous sur le « Gna gna gna, on n’est pas contents. Nous ce qu’on veut c’est le transfert des cendres de Maurice Thorez aux Invalides et de Robert Hue au Panthéon ! » Le premier le mériterait eu égard à ce qu’il fut toujours un bon petit soldat du stalinisme, le second je ne vois pas.
Qu’on y prenne garde : je n’utiliserai pas, non plus, les arguments habituels et un peu sordides qu’on pourrait avancer face à deux éminents représentants du Parti Communiste Français en pareilles circonstances. Je ne convoquerai donc pas le maréchal Staline, qui a été louangé jusqu’à très tard par le PCF, et dont l’amour des droits de l’Homme est très bien connu de tous, notamment de ses 40 millions de victimes. On ne prend pas sa carte impunément dans un parti qui a incarné, dans le monde, l’une des expériences les plus radicales du totalitarisme, sans devoir un jour devoir assumer une part de cet héritage-là. On ne choisit pas sa famille, d’accord. Mais on choisit ses amis, ses fréquentations et ses références.
Je me refuse également à rentrer dans de mesquines considérations et à regarder les états de service de M. Brossat, dont la rumeur publique propagée par ses propres camarades de cellule, lui accorde d’être davantage parachuté que parachutiste.
Mais s’il faut tout mettre sur la table, allons-y. Ce qu’ignorent nos deux édiles parisiens ou ce qu’ils feignent de ne pas connaître, c’est ce que fut la guerre d’Indochine. Comme une idée de l’enfer. C’est d’abord la première guerre d’Indo, celle qui se déroule sous domination japonaise. Ce fut, tout simplement, barbare. Les nouvelles des puissances de l’Axe ne sont peut-être pas parvenues jusqu’aux oreilles de nos amis du groupe PCF de la Ville de Paris, mais ne désespérons pas : peut-être ouvriront-ils un jour un livre d’histoire. Quant à la seconde guerre d’Indochine, l’ignominie vint s’ajouter à la barbarie. Nous y avons laissé plus de 30 000 soldats français. Disparus au bataillon et internés dans les « camps de rééducation » qui ont consacré l’allant humanitaire de la gauche viêt-minh.
Ah ! C’est cela donc. Le général Bigeard n’était pas un ardent soutien de leur Cause du Peuple, mais poussa l’abjection jusqu’à devenir un ministre de Giscard. En Indochine, il avait eu un peu de mal, en fait, à voir ses hommes affamés, avilis et, au final, massacrés par l’armée du Lao Dong. J’oubliais : l’armée viêt-minh ne torturait pas, puisqu’elle était communiste. Et un communiste, par nature, c’est bon, grand et généreux. Bref, ça vous présente le visage avenant de Marie-George Buffet, même lorsqu’il vous enterre vivant.
Quant au second reproche que nos caciques du Parti communiste parisien formulent à l’encontre de Bigeard, il aura laissé pantois plus d’un être raisonnable. Que lui veulent-ils à ce cadavre ? Il n’a pas, de son vivant, porté les valises du FLN. Il n’a pas financé, en Algérie, l’assassinat aveugle de femmes, d’hommes et d’enfants.
Parce que, voyez-vous, l’histoire maintenant, selon nos deux amis du Parti communiste parisien, n’est plus qu’une célébration perpétuelle du terrorisme. Poser, à Oran, à Tamanrasset ou à Alger, une bombe dans une école et faire péter la gueule à une trentaine d’enfants : voilà ce qui à leurs yeux qualifie désormais l’honneur et la bravoure pour la postérité. Comme les couilles de nos bidasses, retrouvées dans leur bouche, alors que ces gosses de vingt ans agonisaient, à la petite aube, et que le planton fut obligé de les achever, parce qu’ils n’étaient même pas morts et qu’ils souffraient davantage qu’un bobo-coco parisien en mal de visibilité : bien entendu, tout cela est de l’humanisme FLN. Et tout cela relève très certainement de ce mouvement d’idée qui a su cultiver, en Algérie, les valeurs humaines jusqu’à les faire poindre avec le GIA. Mais défendez-la, chers amis du Parti communiste parisien, cette vision du monde : sous ses dehors iréniques, c’est la guerre de tous contre tous. Elle vous convient. Pas moi. J’ai rompu avant d’y avoir adhéré avec votre stalinisme morbide, c’est-à-dire votre vision du monde qui justifie l’abjection dès lors qu’elle est encartée.
Ne retournons pas le couteau dans cette plaie. Mais combien étaient-ils les instituteurs et les professeurs, communistes et compagnons de route du PCF, qui enseignaient à l’époque en Algérie et se réjouissaient chaque fois que l’armée déjouait un attentat ? Quand vous êtes militaire et que vous mettez la main sur les protagonistes d’un futur attentat, vous leur contez risette ou vous leur branchez la gégène pour obtenir des renseignements ? Oui, c’est un cas de conscience. Et nul ne peut y répondre. Même au nom des grands principes. Mais un cas de conscience que l’on règle autre part que sous les lambris dorés de la Mairie de Paris.
C’est très gentil de juger un homme pris dans la tourmente de l’histoire quand on a le cul bien au chaud. Moi, Bigeard m’impressionne. Parce qu’il était un gamin de 17 ans quand il rejoignait le maquis. Et que je ne suis pas sûr que j’aurais eu son audace, ses couilles et son courage. Nous vivons en temps de paix. Et ce qui est réclamé à tous les bleu-bites que nous sommes, c’est juste un peu d’humilité devant l’histoire.
Mais là où Ian Brossat et Catherine Vieu-Charier décrochent le pompon, c’est en sortant l’argument imparable : l’entrée du général Bigeard aux Invalides va faire monter Marine Le Pen. Et vous savez pourquoi ? Parce que l’OAS, parce que Nicolas Sarkozy. Et ta sœur ? Elle bat le beurre. Audacieuse démonstration, qui montre combien la dialectique marxiste n’est plus, au PCF, que de l’histoire ancienne.
La guerre est dégueulasse. On le sait depuis Thucydide. Nous, nous avons eu l’insigne chance d’apprendre ça dans les livres d’histoire, sans jamais le vivre, heureusement. Et nos deux amis communistes parisiens voudraient que la dentelle de nos maréchaux ne fût jamais tachée de sang ? Elle l’est, elle le doit.« La France fut faite à coups d’épée. Nos ancêtres entrèrent dans l’histoire avec le glaive de Brennus. » Voilà ce que De Gaulle écrivait en 1938 dans La France et son armée. Un glaive pénétrant un corps : l’idée est abstraite. Sans doute. Relisons alors Bronislaw Baczko et son Comment sortir de la terreur pour voir jusqu’où l’idéologie Bisounours peut, finalement, aimer se repaître du sang des innocents.
Bienvenue donc, Marcel Bigeard, aux Invalides, cimetière définitif de nos gloires immortelles ! Mon général, nous voilà ! Merci à vous.
Les islamistes modérés tiennent à rassurer l’Occident. Certes, ils ont gagné les élections en Tunisie et au Maroc, et bientôt, semble-t-il, en Egypte mais , nous dit-on,leur seul ennemi est la corruption. Pour le reste, ils feront preuve d’une modération exemplaire.
Est-ce à dire qu’ils n’expulseront pas quotidiennement des évangélistes installés dans leur pays comme cela se fait dans l’indifférence générale sous Mohammed VI ? Est-ce à dire que les musulmans pourront librement choisir de se convertir à une autre religion ou s’en remettre à un agnosticisme de bon aloi ? Est-ce à dire qu’Israël cessera d’être leur seul carburant érotique ? Est-ce à dire que la presse jouira d’une plus grande liberté ? Ou que l’avortement ou l’euthanasie seront légalisés ?
Chacun sent bien l’entourloupe. « Islam modéré », susurré par les speakerines de la télévision et prononcé solennellement par les commentateurs autorisés, est certes un délicieux oxymore, mais un oxymore quand même qui, pour ceux qui l’auraient oublié, est une figure de style réunissant deux termes de sens contraire à l’intérieur d’un même syntagme. Et voici par quel procédé grammatical on fait passer la pilule démocratique dans les pays arabes, en attendant ce choc des civilisations que chacun redoute, mais que tout le monde pressent.
Dans un journal suisse, Le Matin, un célèbre avocat genevois, Maître Marc Bonnand, concluait son article par ces mots : « Nous savons ce qui nous guette. Savoir inutile…L’islamophobie est un droit… Non, ici, un devoir. »
Le psychanalyste lausannois qui m’a envoyé cet article, me demande si, en France, un grand quotidien l’aurait publié. Question naïve de la part d’un freudien : il devrait savoir que rien n’est plus fort que le désir d’être rassuré. Un oxymore parfois suffit.
Il était écrit que la crise de la monnaie unique, pudiquement appelée « crise de la dette » pour ne pas écorner l’intime conviction des eurocroyants, finirait par secouer la robuste Allemagne. Et pour cause : ce grand pays exportateur réalisant une bonne partie de ses ventes au sein de l’Union européenne, dont 40% dans l’eurozone, il était inévitable que les cures d’austérité imposées par le couple Merkozy aux insoumis du Club Med finissent par priver le fameux « made in germany » d’une partie de sa clientèle. Ainsi, alors que les Allemands avaient battu des records de croissance en 2010 – 3,6%, contre une moyenne de 1,7 % dans la zone euro –, la croissance allemande pour 2012 vient d’être revue à la baisse, avec un taux prévisionnel estimé entre 0,7% et 1% selon les instituts.
De surcroît, l’Allemagne et la France étaient les garants en dernier ressort de la survie de l’ensemble et les principaux assureurs du FESF (Fonds européen de stabilité financière). Or, on le sait, la France est sur le point de perdre son cher « triple A ». Son « rating » est mauvais et son « spread » s’envole. Les anglophones et les banquiers comprendront. Traduction pour les non-initiés : on est mal barré.
Au final, l’Allemagne pourrait se retrouver dans le rôle peu enviable d’unique assureur d’une zone économique en pleine Bérézina. De quoi vivement entamer la confiance des marchés, au risque de nuire à son « rating » et de dégrader son « spread », par exemple avec la Grande-Bretagne, ainsi que cela s’est d’ailleurs produit vendredi 25 novembre. Dès lors, une seule conclusion s’impose : « wir gehen in die Mauer ». Les germanophones comprendront. Les banquiers pas forcément. Pour les autres, notez simplement ceci : on est mal barré.
C’est en toute discrétion que notre partenaire allemand vient d’ailleurs de gérer un « ratage complet de son adjudication de Bunds », selon l’expression fleurie choisie par le site de l’Agefi. Pour ceux qui ne parlent ni l’anglais, ni l’allemand, ni le volapük de Goldman Sachs, cela signifie que l’Allemagne a eu du mal à trouver des emprunteurs pour acheter ses obligations. En fin de semaine dernière, elle a en effet proposé pour six milliards d’euros de « Bunds » au taux de 1,8%. Berlin n’a finalement réussi à en vendre que 3,8 milliards, à un taux réévalué à 1,96%. Le solde, quant à lui, a été souscrit par… la Bundesbank[1. La banque centrale allemande].
L’achat de titres de dettes par une banque centrale… Ne s’agit-il pas là de la fameuse « monétisation » interdites par les traités européens parce qu’inflationniste ? Nous avons dû nous tromper dans l’interprétation de l’article 123 du traité de Lisbonne, qui semble pourtant stipuler : « il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres (…) d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union (…) l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales des instruments de leur dette est également interdite ». Las, ce sabir de juristes ne doit pas être intelligible aux locuteurs du baragouin abscons des banquiers.
Pourtant, l’affaire semblait faire consensus outre-Rhin. Nous en voulons pour preuve l’inflexibilité de la chancelière Merkel lors du sommet tripartite de la semaine dernière, où elle opposa un nein sans concession à ses interlocuteurs Monti et Sarkozy.
Le premier plaidait pour la mise en place d’Eurobonds, solution à caractère fédéral, dont on se félicitera qu’elle ait été écartée. Le second pensait profiter de la dynamique en cours de révision des traités pour faire retoucher les textes relatifs au statut de la Banque centrale européenne. Nicolas Sarkozy souhaite en effet – avec raison – que la BCE soit désormais autorisée à monétiser, exactement comme le font la Réserve fédérale aux Etats-Unis, la banque centrale d’Angleterre au Royaume-Uni, et même- l’air de rien- la Bundesbank en Allemagne !
Ainsi donc, l’Allemagne s’autorise à violer les textes qui proscrivent explicitement la monétisation des dettes publiques. Mais elle se réserve ce droit de manière exclusive. Pas question, en effet, que cette possibilité utilisée par la « Buba », se voie étendue à la Banque centrale européenne, et donc à l’ensemble des vilains laxistes de la zone euro. Pour ces derniers, un seul mot d’ordre : austérité, austérité, austérité.
La plupart d’entre nous ont déjà compris. Les autres, notez simplement ceci : on se paie allègrement notre tête.
Que Philippe, sympathisant socialiste, soit remercié de m’avoir indiqué, sur un réseau social détesté par Jérôme Leroy, l’existence de cette enquête du Monde. Qu’il soit loué de m’avoir plus précisément signalé cette phrase-clef : « A Paris, les intellos du groupe de réflexion Terra Nova ont compris un peu tard que ce patron inaccessible auxquels ils auraient tant voulu rendre visite à Washington leur avait préféré une autre compagnie. »
Ainsi, tout s’explique ! Si Dominique Strauss-Kahn aimait passer son temps dans le Nord-Pas-de-Calais, ce n’était pas parce qu’il s’identifiait avec émotion au personnage joué par Kad Merad dans les Ch’tis. Ce n’était pas non plus pour voir le génial lutin Eden Hazard enrhumer ses adversaires d’un dribble dont il a le secret.
En fait, DSK voulait échapper à Olivier Ferrand et ses amis de Terra Nova, qui le harcelaient par différents mails et coups de téléphone pour obtenir un rendez-vous et lui présenter leurs dernières trouvailles idéologico-stratégiques : comment construire la nouvelle majorité de gauche, lutter contre le trop- plein de blancs à la Fédé de foot ou accomplir la révolution du mode de scrutin présidentiel.
Face à de telles salves, il y a en effet de quoi se réfugier chez le premier Dodo la Saumure venu. Strauss-Kahn souhaitait être investi pour représenter la Gauche face au Président sortant. Peut-être savait-il, par des sources aussi excellentes que les miennes, qu’ Olivier Ferrand était aussi à l’aise dans les allées de la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse pendant un ban bourguignon qu’Elisabeth Lévy à une convention d’Osez le Féminisme.
Le surmoi de gauche de DSK l’aura donc éloigné de Terra Nova et rapproché des moules-frites de Lille et du Pas-de-Calais. Mon ami Philippe me susurre d’ailleurs que le candidat virtuel[1. Comme l’appelait un certain Michel Rocard.] du PS tentait peut-être aussi de se rapprocher des miens en témoignant d’une réaction gaul(l)ienne, non loin de la maison natale du Général.
De Gauche, gaul(l)iste ? Et si en voulant échapper à Ferrand, DSK n’avait-il pas montré sa profonde humanité ?
Vous avez parfois un pincement au cœur quand vous voyez passer une R16 dans la rue, vous regardez, la nuit, en secret, des films sur le câble avec Véronique Jannot et Claude Brasseur où vous surprenez, le temps d’un plan trop rapide, cette Atlantide perdue : un pubis de fille non épilé. Vous feuilletez mélancoliquement, dans les caisses des bouquinistes, les livres de poche qui montrent Annie Girardot en couverture de Docteur Françoise Gaillard ou les Paris Match qui annoncent le mariage de Caroline de Monaco. Plus grave : le papier à grosses fleurs jaunes de cette chambre, que tout le monde trouve ignoble, vous le contemplez longuement et vous revient le goût des premiers baisers avec la langue et malabar rose incorporé. On vous aurait même vu écraser une larme discrète alors que vous fredonniez Ma Vie, d’Alain Barrière.
Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul, vous n’êtes plus seul. La revue Schnock va vous sauver. Elle a beau se sous-titrer « la revue des vieux de 27 à 87 ans », Schnock s’adresse d’abord à vous, enfant naufragé des seventies tout surpris de vous retrouver dans un monde de science-fiction qui ne ressemble pas à Cosmos 1999 mais davantage à un film-catastrophe dont le réalisateur en ferait un peu trop.[access capability= »lire_inedits »]
La revue Schnockne joue pas seulement sur la nostalgie, celle si banale d’une génération devenue adulte, pour le vert paradis de ses amours enfantines. Non, Schnock cristallise plutôt ce sentiment diffus que, quelque part au cours des années 1970, disons entre les deux chocs pétroliers, le monde d’avant a disparu. Et que ceux qui sont nés après font parfois l’effet de mutants qui mangent leur sandwich debout en écoutant de la musique leur arrivant directement dans le cortex par le biais de casques ou d’écouteurs, quand il ne parlent pas seuls dans l’oreillette de leur téléphone portatif en poussant des caddies solitaires et glacés.
Pour ce premier numéro, Schnock propose, en morceau de choix, des entretiens avec Joël Séria (Les Galettes de Pont-Aven) et un de ses acteurs fétiches, le grand Jean-Pierre Marielle. En bonus, un best of de citations nous rappelant à quel point la gauloiserie, contrairement à l’obscénité, est de l’ordre d’un certain bonheur d’être au monde. Mais rien ne vous empêchera de naviguer dans le sommaire de Schnock comme dans une machine à remonter le temps et de tomber sur des fiches thématiques consacrées à Eddy Mitchell, prophète du chômage des cadres avec Il Ne Rentre Pas Ce Soir, ou encore sur le top 15 des biscuits Schnock, pour la plupart disparus comme le Thé brun ou La Paille d’orx − « favori des fillettes anorexiques de la jeunesse dorée, il n’a jamais réussi à convaincre les classes moyennes et les gros qui sont obligés d’en manger par 10 pour calmer leur appétit ». On pourra aussi s’intéresser aux confessions douloureuses du dernier concepteur des gadgets de Pif, ce Mickey rouge, ainsi qu’à un irrésistible Guide du Routard de mon appartement, par Matthias Debureaux, version hilarante du Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre.
Pour le prochain numéro de la revue, il serait question, m’a-t-on dit, de se lancer sur les traces des rédacteurs des blagues Carambar, les seules blagues qui fassent aujourd’hui encore rire les schnocks authentiques.[/access]
Cet article est issu de Causeur magazine n ° 41.
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Un nouveau spectre hante l’Amérique : les voleuses de sperme. Ce n’est pas là une déclinaison du vampirisme, fort en vogue dans les séries TV, mais une nouvelle forme de chantage apparue aux USA, et qui finira donc fatalement par arriver chez nous.
Ainsi Joe Pressil, un Texan de 36 ans vient d’assigner en justice la clinique spécialisée dans la procréation médicalement assistée qui a aidé son ancienne conjointe à devenir enceinte. Selon la station KPRC-TV de Houston, il affirme que son ex a dérobé son sperme pour ensuite le confier tout frais aux éprouvettes de l’établissement hospitalier. « C’est une atteinte à ma personne, à mes convictions, à ma religion et tout simplement ma virilité », a précisé la victime à la station de Houston.
Auparavant, la mère avait donné naissance à des jumeaux et avait aussitôt poursuivi M. Pressil pour obtenir une pension alimentaire, qu’il a dû verser après que des tests sanguins eurent confirmé qu’il était bien le père des enfants.
Toujours selon M. Pressil sa petite amie est tombée enceinte de lui trois mois après leur séparation. D’après lui, elle avait toujours prétendu qu’elle était stérile.
M. Pressil a ajouté que son ex-conjointe insistait toujours pour qu’il enlève son préservatif juste après l’acte. Alors, si après les rapports que vous savez, votre copine exige que vous ôtiez illico le vôtre, eh bien méfiez-vous ! Mais ce n’est pas une raison non plus pour le garder trois semaines…
Il n’ y a pas que le feuilleton DSK dans la vie. La série PS-Europe Ecologie-Les Verts est tout aussi épique et nettement plus sanglante. Et on se disait bien que la dernière mise au point de François Hollande chez Bourdin (en gros, une fois élu, il promet de faire comme si cet accord n’avait jamais été signé, même pas en rêve) n’allait pas rester sans réponse.
Cette réponse, c’est de Jean-Vincent Placé, un des négociateurs de l’accord avec le PS, qu’elle est venue. Connu de tous pour son équanimité, son affabilité et son sens suraigu de la nuance, le tout nouveau sénateur vert n’a pas mâché ses mots sur BFM-TV : « Depuis un mois, je pense que François Hollande reprend à peu près tous les travers de ce qu’est la Ve République, c’est-à-dire qu’il pense que seule sa parole compte, et ce qui compte c’est que l’on évalue à chaque seconde et au mot près ce qu’il raconte pour l’avenir du pays ».
Vous en voulez encore ? Il n’y a qu’à demander, Placé ne se fait jamais prier : « Je pense qu’il a intérêt à rectifier le tir pour écouter davantage d’une part son propre parti et d’autre part ses alliés et d’une façon plus générale les Françaises et les Français. Ce n’est pas parce que l’on a la confiance des Françaises et des Français un jour tous les 5 ans que l’on a raison sur tout ».
Vous avez bien lu: non seulement Placé conseille à Hollande d’écouter d’avantage les Verts, ce qui est somme toute normal –ne serait le ton menaçant. Mais en plus il ordonne au candidat socialiste d’être plus obéissant avec Martine, ce qui est carrément grotesque.
On rappellera que l’aimable Jean-Vincent Placé n’a pu siéger au Palais du Luxembourg que grâce à l’effacement d’un socialiste suite à l’accord PS-Verts pour les sénatoriales. Camarades socialistes, si en plus du cafouillage nucléaire et du délire sur l’ONU, vous en voulez trente pareils à l’Assemblée, alors il n’y a rien d’urgent à confier cet accord calamiteux à la broyeuse…
Indignés de La Défense. Photo : Daley Vanh (the Beauty Hunter).
Il existe de nombreuses manières d’agir sur le monde. La violence – que d’aucuns nommèrent l’ « action directe »- mais aussi tout un faisceau de possibilités plus subtiles qui se révèlent parfois d’une efficacité nettement supérieure. L’action sur les esprits et sur les cœurs, par exemple, n’est pertinente que si elle les dilate, les exhauce et les renforce.
Aujourd’hui domine surtout une forme parodique de l’action liée à la pratique du « happening » : ce qui « arrive », se contente d’ « arriver » sans changer quoi que ce soit lorsque plus rien n’a lieu.
Prenant le métro ce mois-ci, ce qui n’est guère dans mes habitudes, j’ai cru voir Paris délirer dans les affres d’une perpétuelle « Nuit blanche ». Station Porte de Montreuil, quelque incendiaire, à la grâce d’un cocktail Molotov, parvient à convaincre une bande de caricaturistes ringards qu’ils sont encore dans le camp de l’irrévérence, alors que leurs rôts de bourgeois 68 ne représentent que les mots d’ordre de la vulgate passés au Stabilo Boss.
Station Châtelet, des catholiques « traditionalistes », qu’on aurait espérés moins perméables aux festivités ambiantes, se prennent au cirque moderne avec œufs et huile de vidange et réussissent l’exploit de faire passer pour subversif l’anti-christianisme « branché », ou suspecté tel[1. En fait, « branché » depuis deux siècles sur le même canal], d’une pièce qu’ils n’ont pas vue. Seule performance notable de leur happening : avoir fait applaudir les CRS venus les virer par un parterre de bobos frustrés de leur heure de transgression.
Tous des « indignés », en somme. Faits pour perpétuer la farce. Tous vautrés dans le « happening » permanent. Voilà la réflexion que je me faisais, secoué par les zigzags abrupts de la rame que j’avais empruntée. Terminus La Défense. Claquement de portes, sirènes, couloirs. Puis, sur l’immense parterre glacial, nos « Indignés », copyrightés comme tels. Les paumes usées par le jonglage, les voix cassées d’avoir trop entonné les mêmes ritournelles débiles, ils s’autorisent une pause bien méritée pour reprendre leur souffle dans ce long marathon révolutionnaire : ceux qui le désirent, clame une organisatrice, pourront, après s’être tamponné un cœur sur la main, dispenser et recevoir de gros câlins roboratifs.
Considérons et méditons la scène. Une jeunesse pas suffisamment pauvre pour prendre les armes, pas suffisamment éduquée pour élaborer des doctrines de combat ou des appareils critiques efficients, pas suffisamment mystique pour renoncer au monde qu’elle condamne et y tracer d’autres voies en déambulant vêtue de hardes, pas suffisamment imaginative pour proposer un autre spectacle que celui joué quarante ans plus tôt et à un niveau encore plus faible par les parents, une jeunesse sans aucune des forces de la jeunesse et avec toutes ses tares, s’effondre sur elle-même tout en se câlinant.
Sous la grande arche blanche, bousculé par des cadres robotiques sans doute enjoints par leurs patrons d’adopter une quelconque « positive attitude » avant leur prochain séminaire de travail, non loin du ridicule pouce géant de César, j’observais simplement comment les rames les plus éloignées se rejoignent. Tous vautrés dans le « happening » permanent, tous configurés au Spectacle qui est la culture et les mœurs produites par la Marchandise. Qu’importe les couleurs ou les chiffres exhibés, les ennemis sont similaires et, à l’instar de la Finance qu’ils prétendent ou non combattre, multiplient de grandes bulles de vide qui explosent.
Mieux vaut trop tard que jamais: interrogé ce matin sur RMC par Jean-Jacques Bourdin, qui lui demandait s’il se sentira engagé, une fois élu, par les préconisations de l’accord PS-EELV, François Hollande a enfin mis les points sur les i : « Non, j’appliquerai les mesures qui me paraissent les plus essentielles »
En cause, non seulement la fatwa antinucléaire des écolos, mais surtout, désormais, leur proposition d’effacement de la France au Conseil de Sécurité au profit de Bruxelles, validée et entérinée en l’état par Martine Aubry et les charlots de Solferino. L’accord, rappelons-le, stipule noir sur blanc : « La France fera des propositions précises pour réformer et démocratiser l’ONU (…) : siège européen, suppression du droit de veto, meilleure représentativité des pays du Sud au sein du Conseil de sécurité, renforcement du rôle des ONG »
Après avoir débité à Bourdin une ou deux clauses de style du genre « Les Nations-Unies doivent évoluer, il y a une réflexion qui peut être engagée, une gouvernance mondiale…», François Hollande a quand même fini par trancher dans le vif : «Tant que je serai dans la situation d’exercer la responsabilité de mon pays, si les Français me la confient, il n’y aura pas de remise en cause unilatérale du droit de veto.»
D’ici là, et si François veut vraiment que les Français lui confient la responsabilité que vous savez, il serait temps qu’il s’arroge à lui-même un nouveau droit de véto, sur les décisions ubuesques que ne cesse de prendre, dans son dos, la direction du Parti Socialiste…
Jeudi dernier, sur la route reliant Homs à Palmyre, un minibus de l’armée de l’air syrienne est tombé dans une embuscade. Bilan : dix morts dont six pilotes que l’état-major syrien décrit comme « qualitativement entraînés à piloter des avions militaires modernes ». Autrement dit, il s’agit de pilotes de chasse de la base aérienne de Tiyas appartenant très probablement aux escadrons de Mig-25, Sukhoi Su-22 et su-24. Ce ne sont pas les meilleurs avions que possède Damas – cette qualité revient au Mig-29 – mais avec les Mig-23 ils assurent l’essentiel des missions dites de « supériorité aérienne ». Ces pertes sont en tout cas particulièrement douloureuses : non seulement il n’est pas facile de remplacer des aviateurs d’un tel niveau mais leur mort entraîne un effet désastreux sur le moral des troupes. Les pilotes de chasse sont effet les prunelles des yeux de toute armée moderne.
Toute la question est de savoir si les assaillants ont choisi leur cible par hasard ou sur la base d’un renseignement rudimentaire (parfois il suffit de connaître la famille du chauffeur du minibus et ses habitudes…) ou, comme le suggèrent les autorités syriennes, s’il s’agit d’une attaque planifiée d’après des renseignements précis et « frais » qui témoignent d’un soutien au sein même de l’appareil militaire syrien. Quoiqu’il en soit, ce coup dur s’ajoute à une série noire qui ne cesse de s’allonger : l’attaque contre la base des service de renseignements de l’armée de l’air à Harasta et les tirs sur le QG du parti Baas à Damas.
Pour le régime, plus aucun doute n’est permis : ses adversaires ont choisi une stratégie de guérilla pour précipiter sa chute. Avec des bases arrière en Turquie, une terre d’asile en Jordanie et quelques maquis plus ou moins protégés à l’intérieur même de la Syrie, ce qu’on appelle « l’Armée Syrienne Libre » devient une menace redoutable pour le pouvoir en place. Dans un premier temps, sonné par cette série de coups, Damas a choisi d’évoquer une responsabilité israélienne. Les pilotes abattus se préparaient, disait le communiqué officiel, à « accomplir le devoir sacré de libérer les territoires et de restaurer leurs droits usurpés », ce qui dans le jargon syrien veut dire la guerre contre Israël, qui serait premier sur la liste de ceux à qui profite le crime.
Le problème est que les tentatives de mobilisation de la nation syrienne contre l’ennemi commun ne semblent pas trouver d’écho favorable au sein d’une population qui aspire à se débarrasser d’Assad, mais aussi à récupérer le plateau du Golan perdu en 1967 et à exprimer sa solidarité avec les Palestiniens… Ainsi, le régime devra bientôt prendre une décision bien délicate : rester dans la défensive ou adopter une stratégie antiguérilla efficace, c’est-à-dire s’attaquer à ses bases arrière, sa logistique et ses terres d’asile.
Si Assad décide de contrer l’ASL et sa guérilla de plus en plus efficace sans changer de stratégie, il laisse à Ankara, Amman et leurs alliés les mains libres pour contrôler la situation explosive du pays. A force d’épuisement, il risquera alors de voir son principal atout – les forces de sécurités en uniforme et en civil – fondre comme neige au soleil. Saignés par les désertions et de plus en plus menacés dans leurs mouvements, ces hommes éprouvés par neuf mois de guerre contre leurs concitoyens, ne peuvent plus tenir longtemps. En revanche, si le président syrien choisit de cibler les bases arrière de l’ASL voire d’autoriser des « poursuites à chaud » et des opérations pénétrant en territoires turc et jordanien, il prend le risque de déclencher des hostilités régionales et légitimera par avance un viol de la souveraineté syrienne.
Tandis que le monde a les yeux rivés sur les déclarations des chefs d’Etat et les manœuvres diplomatiques à l’ONU, sur le terrain la situation évolue très rapidement et notamment le déploiement de forces navales américaines et russes dans le bassin oriental de la méditerranée et le regain d’activité de l’ASL ouvrent une nouvelle phase de la crise syrienne de l’autre. L’ironie de l’histoire veut que le pays qui soutenait une myriade de mouvements de terreur et de guérilla, risque aujourd’hui de succomber à ces mêmes artifices.
Le général Bigeard avait exprimé une volonté : que ses cendres fussent, à sa mort, répandues au-dessus de Diên Biên Phu. Le Vietnam, dont les autorités ont toujours été aussi humaines que les gars du 25e RIC étaient maniérés, a refusé. La France a donc choisi de porter la dépouille de celui que De Gaulle appelle dans ses Mémoires « l’héroïque Bigeard » aux Invalides. Quand on sait que le Général était peu enclin à complimenter à tout bout de champ et qu’il cultivait une secrète aversion envers les militaires, il n’y a plus qu’à se taire. Respect. Fermez le ban !
L’Hôtel national des Invalides fait partie de ce que Fernand Braudel appelle les « permanences françaises ». Passent les ans, les modes et les régimes : au bord de la Seine, les Invalides recueillent nos grands soldats depuis Louis XIV. On les y soigne, on y remplace leurs membres déchiquetés par un éclat d’obus ou une salve ennemie, on y porte en terre les plus valeureux d’entre eux. Balzac a écrit de belles pages sur la redingote fripée de ces anciens soldats faits pour la guerre et perdus, désemparés, en temps de paix. Sous le Dôme, l’Empereur. De part et d’autre, le grand Turenne y côtoie Rouget de Lisle. Quant au maréchal Foch, c’est un voisin d’immortalité de Lyautey. On y enterra Mangin, mais également Nivelle, dont l’offensive d’avril 1917 demeure, pour l’histoire, comme la plus stupide et la plus meurtrière persévérance dans l’erreur. On croise de tout aux Invalides. Le meilleur, beaucoup. Et le pire, parfois. Ainsi va la France, grand pays qui se refuse, dans sa mémoire, à faire définitivement le tri.
Un jour, je me souviens être descendu à la crypte des gouverneurs – elle est fermée au public – pour aller m’incliner, aux côtés des anciens de la IIe DB, devant la dalle de Leclerc. Dans cet endroit confiné, où chaque murmure, même le plus infime, résonne outre-mesure, un tambour et un clairon de la Garde républicaine sonnèrent aux morts, avant d’entonner la Marseillaise. Et nos tympans froissés par un écho puissant entendirent alors monter, presque silencieuses, les anciennes prières prononcées par l’aumônier de la IIe DB. Un psaume, un Ave, un Pater.
Le visage de ces vieux hommes, dont rien ne laissait supposer qu’ils avaient eu un jour vingt ans, mais qui les avaient eus, plus que nous, mieux que nous, les armes à la main, l’amour sacré de la patrie chevillée au corps, tout cela c’était la France. Un pays qui vit sans se demander si, un jour, il a été chrétien ou non, si la laïcité tolère qu’on prononce une prière catholique dans un lieu républicain ou si quelques-uns, sacrifiant à d’autres obédiences ou sacrifiant à l’esprit de l’époque qui réclame qu’on ne se sacrifie à rien, ne vont pas s’en retrouver tourneboulés dans leur for intérieur. Chez ces gens-là, Monsieur, quand on est devant la tombe du chef, on ne se pose pas de questions. On prie. Ainsi soit-il. Amen.
Voilà donc ce lieu où la Nation s’apprête à porter, avec les cendres de Bigeard, l’un de ses plus grands soldats. Il fut un héros. Ce n’est pas un endroit où l’on cause philosophie le petit doigt levé. Peigne-cul et blancs-becs n’y sont pas des masses. Ils n’y sont pas même les bienvenus. Ça sent plutôt la sueur et les larmes, le sang et les corvées de chiottes. Que voulez-vous ? L’histoire de France n’a pas été écrite par des ronds-de-cuir, mais par des soldats.
Et c’est justement ce que Ian Brossat et Catherine Vieu-Charier refusent et réfutent. Excusez du peu : l’un et l’autre sont, respectivement, président du groupe PCF-PG au Conseil de Paris et adjointe (PCF) au maire de Paris chargée de la mémoire. Ils se sont fendus, le 25 novembre, d’une tribune dans Le Monde pour dénoncer le transfert des cendres de Bigeard aux Invalides.
« Bigeard n’a pas sa place aux Invalides », disent-ils. Et leur argumentaire tient à peu de choses : le général Bigeard a reconnu que l’armée française a pratiqué la torture pendant la guerre d’Algérie. Ils ne nous disent pas si Bigeard a ordonné la torture, l’a pratiquée lui-même et s’y est livré avec une cruelle délectation. Ce qui les chagrine, c’est l’aveu de Bigeard : oui, la torture, ça existait. Ouh là là, le méchant vilain que voilà !
J’éviterai les blagues à deux sous sur le « Gna gna gna, on n’est pas contents. Nous ce qu’on veut c’est le transfert des cendres de Maurice Thorez aux Invalides et de Robert Hue au Panthéon ! » Le premier le mériterait eu égard à ce qu’il fut toujours un bon petit soldat du stalinisme, le second je ne vois pas.
Qu’on y prenne garde : je n’utiliserai pas, non plus, les arguments habituels et un peu sordides qu’on pourrait avancer face à deux éminents représentants du Parti Communiste Français en pareilles circonstances. Je ne convoquerai donc pas le maréchal Staline, qui a été louangé jusqu’à très tard par le PCF, et dont l’amour des droits de l’Homme est très bien connu de tous, notamment de ses 40 millions de victimes. On ne prend pas sa carte impunément dans un parti qui a incarné, dans le monde, l’une des expériences les plus radicales du totalitarisme, sans devoir un jour devoir assumer une part de cet héritage-là. On ne choisit pas sa famille, d’accord. Mais on choisit ses amis, ses fréquentations et ses références.
Je me refuse également à rentrer dans de mesquines considérations et à regarder les états de service de M. Brossat, dont la rumeur publique propagée par ses propres camarades de cellule, lui accorde d’être davantage parachuté que parachutiste.
Mais s’il faut tout mettre sur la table, allons-y. Ce qu’ignorent nos deux édiles parisiens ou ce qu’ils feignent de ne pas connaître, c’est ce que fut la guerre d’Indochine. Comme une idée de l’enfer. C’est d’abord la première guerre d’Indo, celle qui se déroule sous domination japonaise. Ce fut, tout simplement, barbare. Les nouvelles des puissances de l’Axe ne sont peut-être pas parvenues jusqu’aux oreilles de nos amis du groupe PCF de la Ville de Paris, mais ne désespérons pas : peut-être ouvriront-ils un jour un livre d’histoire. Quant à la seconde guerre d’Indochine, l’ignominie vint s’ajouter à la barbarie. Nous y avons laissé plus de 30 000 soldats français. Disparus au bataillon et internés dans les « camps de rééducation » qui ont consacré l’allant humanitaire de la gauche viêt-minh.
Ah ! C’est cela donc. Le général Bigeard n’était pas un ardent soutien de leur Cause du Peuple, mais poussa l’abjection jusqu’à devenir un ministre de Giscard. En Indochine, il avait eu un peu de mal, en fait, à voir ses hommes affamés, avilis et, au final, massacrés par l’armée du Lao Dong. J’oubliais : l’armée viêt-minh ne torturait pas, puisqu’elle était communiste. Et un communiste, par nature, c’est bon, grand et généreux. Bref, ça vous présente le visage avenant de Marie-George Buffet, même lorsqu’il vous enterre vivant.
Quant au second reproche que nos caciques du Parti communiste parisien formulent à l’encontre de Bigeard, il aura laissé pantois plus d’un être raisonnable. Que lui veulent-ils à ce cadavre ? Il n’a pas, de son vivant, porté les valises du FLN. Il n’a pas financé, en Algérie, l’assassinat aveugle de femmes, d’hommes et d’enfants.
Parce que, voyez-vous, l’histoire maintenant, selon nos deux amis du Parti communiste parisien, n’est plus qu’une célébration perpétuelle du terrorisme. Poser, à Oran, à Tamanrasset ou à Alger, une bombe dans une école et faire péter la gueule à une trentaine d’enfants : voilà ce qui à leurs yeux qualifie désormais l’honneur et la bravoure pour la postérité. Comme les couilles de nos bidasses, retrouvées dans leur bouche, alors que ces gosses de vingt ans agonisaient, à la petite aube, et que le planton fut obligé de les achever, parce qu’ils n’étaient même pas morts et qu’ils souffraient davantage qu’un bobo-coco parisien en mal de visibilité : bien entendu, tout cela est de l’humanisme FLN. Et tout cela relève très certainement de ce mouvement d’idée qui a su cultiver, en Algérie, les valeurs humaines jusqu’à les faire poindre avec le GIA. Mais défendez-la, chers amis du Parti communiste parisien, cette vision du monde : sous ses dehors iréniques, c’est la guerre de tous contre tous. Elle vous convient. Pas moi. J’ai rompu avant d’y avoir adhéré avec votre stalinisme morbide, c’est-à-dire votre vision du monde qui justifie l’abjection dès lors qu’elle est encartée.
Ne retournons pas le couteau dans cette plaie. Mais combien étaient-ils les instituteurs et les professeurs, communistes et compagnons de route du PCF, qui enseignaient à l’époque en Algérie et se réjouissaient chaque fois que l’armée déjouait un attentat ? Quand vous êtes militaire et que vous mettez la main sur les protagonistes d’un futur attentat, vous leur contez risette ou vous leur branchez la gégène pour obtenir des renseignements ? Oui, c’est un cas de conscience. Et nul ne peut y répondre. Même au nom des grands principes. Mais un cas de conscience que l’on règle autre part que sous les lambris dorés de la Mairie de Paris.
C’est très gentil de juger un homme pris dans la tourmente de l’histoire quand on a le cul bien au chaud. Moi, Bigeard m’impressionne. Parce qu’il était un gamin de 17 ans quand il rejoignait le maquis. Et que je ne suis pas sûr que j’aurais eu son audace, ses couilles et son courage. Nous vivons en temps de paix. Et ce qui est réclamé à tous les bleu-bites que nous sommes, c’est juste un peu d’humilité devant l’histoire.
Mais là où Ian Brossat et Catherine Vieu-Charier décrochent le pompon, c’est en sortant l’argument imparable : l’entrée du général Bigeard aux Invalides va faire monter Marine Le Pen. Et vous savez pourquoi ? Parce que l’OAS, parce que Nicolas Sarkozy. Et ta sœur ? Elle bat le beurre. Audacieuse démonstration, qui montre combien la dialectique marxiste n’est plus, au PCF, que de l’histoire ancienne.
La guerre est dégueulasse. On le sait depuis Thucydide. Nous, nous avons eu l’insigne chance d’apprendre ça dans les livres d’histoire, sans jamais le vivre, heureusement. Et nos deux amis communistes parisiens voudraient que la dentelle de nos maréchaux ne fût jamais tachée de sang ? Elle l’est, elle le doit.« La France fut faite à coups d’épée. Nos ancêtres entrèrent dans l’histoire avec le glaive de Brennus. » Voilà ce que De Gaulle écrivait en 1938 dans La France et son armée. Un glaive pénétrant un corps : l’idée est abstraite. Sans doute. Relisons alors Bronislaw Baczko et son Comment sortir de la terreur pour voir jusqu’où l’idéologie Bisounours peut, finalement, aimer se repaître du sang des innocents.
Bienvenue donc, Marcel Bigeard, aux Invalides, cimetière définitif de nos gloires immortelles ! Mon général, nous voilà ! Merci à vous.
Les islamistes modérés tiennent à rassurer l’Occident. Certes, ils ont gagné les élections en Tunisie et au Maroc, et bientôt, semble-t-il, en Egypte mais , nous dit-on,leur seul ennemi est la corruption. Pour le reste, ils feront preuve d’une modération exemplaire.
Est-ce à dire qu’ils n’expulseront pas quotidiennement des évangélistes installés dans leur pays comme cela se fait dans l’indifférence générale sous Mohammed VI ? Est-ce à dire que les musulmans pourront librement choisir de se convertir à une autre religion ou s’en remettre à un agnosticisme de bon aloi ? Est-ce à dire qu’Israël cessera d’être leur seul carburant érotique ? Est-ce à dire que la presse jouira d’une plus grande liberté ? Ou que l’avortement ou l’euthanasie seront légalisés ?
Chacun sent bien l’entourloupe. « Islam modéré », susurré par les speakerines de la télévision et prononcé solennellement par les commentateurs autorisés, est certes un délicieux oxymore, mais un oxymore quand même qui, pour ceux qui l’auraient oublié, est une figure de style réunissant deux termes de sens contraire à l’intérieur d’un même syntagme. Et voici par quel procédé grammatical on fait passer la pilule démocratique dans les pays arabes, en attendant ce choc des civilisations que chacun redoute, mais que tout le monde pressent.
Dans un journal suisse, Le Matin, un célèbre avocat genevois, Maître Marc Bonnand, concluait son article par ces mots : « Nous savons ce qui nous guette. Savoir inutile…L’islamophobie est un droit… Non, ici, un devoir. »
Le psychanalyste lausannois qui m’a envoyé cet article, me demande si, en France, un grand quotidien l’aurait publié. Question naïve de la part d’un freudien : il devrait savoir que rien n’est plus fort que le désir d’être rassuré. Un oxymore parfois suffit.
Il était écrit que la crise de la monnaie unique, pudiquement appelée « crise de la dette » pour ne pas écorner l’intime conviction des eurocroyants, finirait par secouer la robuste Allemagne. Et pour cause : ce grand pays exportateur réalisant une bonne partie de ses ventes au sein de l’Union européenne, dont 40% dans l’eurozone, il était inévitable que les cures d’austérité imposées par le couple Merkozy aux insoumis du Club Med finissent par priver le fameux « made in germany » d’une partie de sa clientèle. Ainsi, alors que les Allemands avaient battu des records de croissance en 2010 – 3,6%, contre une moyenne de 1,7 % dans la zone euro –, la croissance allemande pour 2012 vient d’être revue à la baisse, avec un taux prévisionnel estimé entre 0,7% et 1% selon les instituts.
De surcroît, l’Allemagne et la France étaient les garants en dernier ressort de la survie de l’ensemble et les principaux assureurs du FESF (Fonds européen de stabilité financière). Or, on le sait, la France est sur le point de perdre son cher « triple A ». Son « rating » est mauvais et son « spread » s’envole. Les anglophones et les banquiers comprendront. Traduction pour les non-initiés : on est mal barré.
Au final, l’Allemagne pourrait se retrouver dans le rôle peu enviable d’unique assureur d’une zone économique en pleine Bérézina. De quoi vivement entamer la confiance des marchés, au risque de nuire à son « rating » et de dégrader son « spread », par exemple avec la Grande-Bretagne, ainsi que cela s’est d’ailleurs produit vendredi 25 novembre. Dès lors, une seule conclusion s’impose : « wir gehen in die Mauer ». Les germanophones comprendront. Les banquiers pas forcément. Pour les autres, notez simplement ceci : on est mal barré.
C’est en toute discrétion que notre partenaire allemand vient d’ailleurs de gérer un « ratage complet de son adjudication de Bunds », selon l’expression fleurie choisie par le site de l’Agefi. Pour ceux qui ne parlent ni l’anglais, ni l’allemand, ni le volapük de Goldman Sachs, cela signifie que l’Allemagne a eu du mal à trouver des emprunteurs pour acheter ses obligations. En fin de semaine dernière, elle a en effet proposé pour six milliards d’euros de « Bunds » au taux de 1,8%. Berlin n’a finalement réussi à en vendre que 3,8 milliards, à un taux réévalué à 1,96%. Le solde, quant à lui, a été souscrit par… la Bundesbank[1. La banque centrale allemande].
L’achat de titres de dettes par une banque centrale… Ne s’agit-il pas là de la fameuse « monétisation » interdites par les traités européens parce qu’inflationniste ? Nous avons dû nous tromper dans l’interprétation de l’article 123 du traité de Lisbonne, qui semble pourtant stipuler : « il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres (…) d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union (…) l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales des instruments de leur dette est également interdite ». Las, ce sabir de juristes ne doit pas être intelligible aux locuteurs du baragouin abscons des banquiers.
Pourtant, l’affaire semblait faire consensus outre-Rhin. Nous en voulons pour preuve l’inflexibilité de la chancelière Merkel lors du sommet tripartite de la semaine dernière, où elle opposa un nein sans concession à ses interlocuteurs Monti et Sarkozy.
Le premier plaidait pour la mise en place d’Eurobonds, solution à caractère fédéral, dont on se félicitera qu’elle ait été écartée. Le second pensait profiter de la dynamique en cours de révision des traités pour faire retoucher les textes relatifs au statut de la Banque centrale européenne. Nicolas Sarkozy souhaite en effet – avec raison – que la BCE soit désormais autorisée à monétiser, exactement comme le font la Réserve fédérale aux Etats-Unis, la banque centrale d’Angleterre au Royaume-Uni, et même- l’air de rien- la Bundesbank en Allemagne !
Ainsi donc, l’Allemagne s’autorise à violer les textes qui proscrivent explicitement la monétisation des dettes publiques. Mais elle se réserve ce droit de manière exclusive. Pas question, en effet, que cette possibilité utilisée par la « Buba », se voie étendue à la Banque centrale européenne, et donc à l’ensemble des vilains laxistes de la zone euro. Pour ces derniers, un seul mot d’ordre : austérité, austérité, austérité.
La plupart d’entre nous ont déjà compris. Les autres, notez simplement ceci : on se paie allègrement notre tête.
Que Philippe, sympathisant socialiste, soit remercié de m’avoir indiqué, sur un réseau social détesté par Jérôme Leroy, l’existence de cette enquête du Monde. Qu’il soit loué de m’avoir plus précisément signalé cette phrase-clef : « A Paris, les intellos du groupe de réflexion Terra Nova ont compris un peu tard que ce patron inaccessible auxquels ils auraient tant voulu rendre visite à Washington leur avait préféré une autre compagnie. »
Ainsi, tout s’explique ! Si Dominique Strauss-Kahn aimait passer son temps dans le Nord-Pas-de-Calais, ce n’était pas parce qu’il s’identifiait avec émotion au personnage joué par Kad Merad dans les Ch’tis. Ce n’était pas non plus pour voir le génial lutin Eden Hazard enrhumer ses adversaires d’un dribble dont il a le secret.
En fait, DSK voulait échapper à Olivier Ferrand et ses amis de Terra Nova, qui le harcelaient par différents mails et coups de téléphone pour obtenir un rendez-vous et lui présenter leurs dernières trouvailles idéologico-stratégiques : comment construire la nouvelle majorité de gauche, lutter contre le trop- plein de blancs à la Fédé de foot ou accomplir la révolution du mode de scrutin présidentiel.
Face à de telles salves, il y a en effet de quoi se réfugier chez le premier Dodo la Saumure venu. Strauss-Kahn souhaitait être investi pour représenter la Gauche face au Président sortant. Peut-être savait-il, par des sources aussi excellentes que les miennes, qu’ Olivier Ferrand était aussi à l’aise dans les allées de la Fête de la rose de Frangy-en-Bresse pendant un ban bourguignon qu’Elisabeth Lévy à une convention d’Osez le Féminisme.
Le surmoi de gauche de DSK l’aura donc éloigné de Terra Nova et rapproché des moules-frites de Lille et du Pas-de-Calais. Mon ami Philippe me susurre d’ailleurs que le candidat virtuel[1. Comme l’appelait un certain Michel Rocard.] du PS tentait peut-être aussi de se rapprocher des miens en témoignant d’une réaction gaul(l)ienne, non loin de la maison natale du Général.
De Gauche, gaul(l)iste ? Et si en voulant échapper à Ferrand, DSK n’avait-il pas montré sa profonde humanité ?
Vous avez parfois un pincement au cœur quand vous voyez passer une R16 dans la rue, vous regardez, la nuit, en secret, des films sur le câble avec Véronique Jannot et Claude Brasseur où vous surprenez, le temps d’un plan trop rapide, cette Atlantide perdue : un pubis de fille non épilé. Vous feuilletez mélancoliquement, dans les caisses des bouquinistes, les livres de poche qui montrent Annie Girardot en couverture de Docteur Françoise Gaillard ou les Paris Match qui annoncent le mariage de Caroline de Monaco. Plus grave : le papier à grosses fleurs jaunes de cette chambre, que tout le monde trouve ignoble, vous le contemplez longuement et vous revient le goût des premiers baisers avec la langue et malabar rose incorporé. On vous aurait même vu écraser une larme discrète alors que vous fredonniez Ma Vie, d’Alain Barrière.
Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul, vous n’êtes plus seul. La revue Schnock va vous sauver. Elle a beau se sous-titrer « la revue des vieux de 27 à 87 ans », Schnock s’adresse d’abord à vous, enfant naufragé des seventies tout surpris de vous retrouver dans un monde de science-fiction qui ne ressemble pas à Cosmos 1999 mais davantage à un film-catastrophe dont le réalisateur en ferait un peu trop.[access capability= »lire_inedits »]
La revue Schnockne joue pas seulement sur la nostalgie, celle si banale d’une génération devenue adulte, pour le vert paradis de ses amours enfantines. Non, Schnock cristallise plutôt ce sentiment diffus que, quelque part au cours des années 1970, disons entre les deux chocs pétroliers, le monde d’avant a disparu. Et que ceux qui sont nés après font parfois l’effet de mutants qui mangent leur sandwich debout en écoutant de la musique leur arrivant directement dans le cortex par le biais de casques ou d’écouteurs, quand il ne parlent pas seuls dans l’oreillette de leur téléphone portatif en poussant des caddies solitaires et glacés.
Pour ce premier numéro, Schnock propose, en morceau de choix, des entretiens avec Joël Séria (Les Galettes de Pont-Aven) et un de ses acteurs fétiches, le grand Jean-Pierre Marielle. En bonus, un best of de citations nous rappelant à quel point la gauloiserie, contrairement à l’obscénité, est de l’ordre d’un certain bonheur d’être au monde. Mais rien ne vous empêchera de naviguer dans le sommaire de Schnock comme dans une machine à remonter le temps et de tomber sur des fiches thématiques consacrées à Eddy Mitchell, prophète du chômage des cadres avec Il Ne Rentre Pas Ce Soir, ou encore sur le top 15 des biscuits Schnock, pour la plupart disparus comme le Thé brun ou La Paille d’orx − « favori des fillettes anorexiques de la jeunesse dorée, il n’a jamais réussi à convaincre les classes moyennes et les gros qui sont obligés d’en manger par 10 pour calmer leur appétit ». On pourra aussi s’intéresser aux confessions douloureuses du dernier concepteur des gadgets de Pif, ce Mickey rouge, ainsi qu’à un irrésistible Guide du Routard de mon appartement, par Matthias Debureaux, version hilarante du Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre.
Pour le prochain numéro de la revue, il serait question, m’a-t-on dit, de se lancer sur les traces des rédacteurs des blagues Carambar, les seules blagues qui fassent aujourd’hui encore rire les schnocks authentiques.[/access]
Cet article est issu de Causeur magazine n ° 41.
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Un nouveau spectre hante l’Amérique : les voleuses de sperme. Ce n’est pas là une déclinaison du vampirisme, fort en vogue dans les séries TV, mais une nouvelle forme de chantage apparue aux USA, et qui finira donc fatalement par arriver chez nous.
Ainsi Joe Pressil, un Texan de 36 ans vient d’assigner en justice la clinique spécialisée dans la procréation médicalement assistée qui a aidé son ancienne conjointe à devenir enceinte. Selon la station KPRC-TV de Houston, il affirme que son ex a dérobé son sperme pour ensuite le confier tout frais aux éprouvettes de l’établissement hospitalier. « C’est une atteinte à ma personne, à mes convictions, à ma religion et tout simplement ma virilité », a précisé la victime à la station de Houston.
Auparavant, la mère avait donné naissance à des jumeaux et avait aussitôt poursuivi M. Pressil pour obtenir une pension alimentaire, qu’il a dû verser après que des tests sanguins eurent confirmé qu’il était bien le père des enfants.
Toujours selon M. Pressil sa petite amie est tombée enceinte de lui trois mois après leur séparation. D’après lui, elle avait toujours prétendu qu’elle était stérile.
M. Pressil a ajouté que son ex-conjointe insistait toujours pour qu’il enlève son préservatif juste après l’acte. Alors, si après les rapports que vous savez, votre copine exige que vous ôtiez illico le vôtre, eh bien méfiez-vous ! Mais ce n’est pas une raison non plus pour le garder trois semaines…