Les islamistes modérés tiennent à rassurer l’Occident. Certes, ils ont gagné les élections en Tunisie et au Maroc, et bientôt, semble-t-il, en Egypte mais , nous dit-on,leur seul ennemi est la corruption. Pour le reste, ils feront preuve d’une modération exemplaire.

Est-ce à dire qu’ils n’expulseront pas quotidiennement des évangélistes installés dans leur pays comme cela se fait dans l’indifférence générale sous Mohammed VI ? Est-ce à dire que les musulmans pourront librement choisir de se convertir à une autre religion ou s’en remettre à un agnosticisme de bon aloi ? Est-ce à dire qu’Israël cessera d’être leur seul carburant érotique ? Est-ce à dire que la presse jouira d’une plus grande liberté ? Ou que l’avortement ou l’euthanasie seront légalisés ?

Chacun sent bien l’entourloupe. « Islam modéré », susurré par les speakerines de la télévision et prononcé solennellement par les commentateurs autorisés, est certes un délicieux oxymore, mais un oxymore quand même qui, pour ceux qui l’auraient oublié, est une figure de style réunissant deux termes de sens contraire à l’intérieur d’un même syntagme. Et voici par quel procédé grammatical on fait passer la pilule démocratique dans les pays arabes, en attendant ce choc des civilisations que chacun redoute, mais que tout le monde pressent.

Dans un journal suisse, Le Matin, un célèbre avocat genevois, Maître Marc Bonnand, concluait son article par ces mots : « Nous savons ce qui nous guette. Savoir inutile…L’islamophobie est un droit… Non, ici, un devoir. »

Le psychanalyste lausannois qui m’a envoyé cet article, me demande si, en France, un grand quotidien l’aurait publié. Question naïve de la part d’un freudien : il devrait savoir que rien n’est plus fort que le désir d’être rassuré. Un oxymore parfois suffit.

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