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Lettre à Marine Le Pen

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Marine Le Pen contre le voile; la kippa... et le FC Sochaux ?

Madame Le Pen,

Aujourd’hui, vous avez annoncé vouloir interdire certains vêtements dans la rue. Dans votre viseur, le voile et la kippa dont le port dans l’espace public serait, selon vous, attentatoire au principe de laïcité. Je pourrais vous demander pourquoi vous incriminez ces deux signes-là tout en épargnant les tenues de nonne. Je pourrais aussi vous demander pourquoi les laïcards de 1905 n’avaient pas interdit aux curés de déambuler en soutane hors de leurs églises. Mais cela n’irait pas bien loin. Vous me feriez valoir que la France est chrétienne depuis deux mille ans et qu’une exception était donc légitime par antériorité. Je serais convaincu par l’antériorité et beaucoup plus réservé sur la légitimité que celle-ci entraîne et le débat s’arrêterait là, n’ayant pas avancé d’un pouce.

Certes, les pouvoirs publics interdisent déjà le port de certaines tenues dans l’espace public. Vous avez fait notamment valoir qu’il était interdit de se promener nu dans la rue. J’ajouterai moi-même que de nombreuses communes balnéaires interdisent par arrêté de se promener en maillot de bain dans certaines rues commerçantes. La rue, en effet, ce n’est pas la plage. Le juge administratif n’a, pour l’heure, pas trouvé ces actes administratifs liberticides. De même, le législateur a récemment interdit de dissimuler son visage dans l’espace public, ce qui incluait le fameux voile intégral. Là encore, pour des raisons de sécurité et d’ordre public, on peut comprendre que les pouvoirs publics aient dû instaurer une telle norme.

Ambitieux que je suis, je ne crains pas d’entrer sur votre terrain identitaire ou civilisationnel et d’y marquer un point décisif. « Chez nous », Madame Le Pen, on ne dissimule pas son visage. « Chez nous », on ne se promène pas dans la rue à poil, ou presque. Mais, « chez nous », on a le droit de porter tout type de vêtement en dehors de ces deux tenues-là. Même religieux. Et la loi de 1905, séparant les églises de l’Etat n’y a rien changé. On ne voit pas en quoi un voile, permettant de voir le sourire et le regard de la dame qui le porte, attente à notre décence commune. Quant à la kippa, puisque vous la citez aussi – il faut bien respecter les équilibres au sein du bureau politique du FN -, elle n’est pas plus attentatoire à notre socle civilisationnel que les papillottes, si d’aventure vous décidiez de vouloir aussi réglementer les salons de coiffure.

J’en viens à mon cas personnel. J’ai un aveu à vous faire, Madame Le Pen. J’ai moi-même une religion que vous pourriez souhaiter bouter hors de l’espace public. Ma religion à moi – pauvre mécréant que je suis – c’est le FC Sochaux-Montbéliard. Il s’agit d’une religion fort mal classée actuellement mais ce n’est pas la question. Il m’est arrivé, afin de montrer à mes semblables parcourant l’espace public combien j’étais croyant, de porter le maillot jaune et bleu de ce club, surtout l’été en vacances. Si vous étiez logique, vous me l’interdiriez aussi. Car ma religion porte parfois à l’intégrisme. Figurez-vous que, parfois, je me laisse aller à douter de l’honnêteté de tel arbitre et d’être une mauvaise foi ayatollesque sur un hors-jeu non sifflé. Figurez-vous que la vue d’un maillot marseillais ou parisien aux abords de ma cathédrale, le Stade Bonal, me rend irritable voire même discourtois les soirs de défaite. Certes, je ne participe à nulle bagarre contre les supporteurs adverses ni ne caillasse les bus du PSG et de l’OM, mais ma susceptibilité religieuse peut parfois être chatouilleuse, surtout quand on est classé dix-neuvième.

Il serait donc cohérent de m’interdire de porter ce vêtement ostentatoire dans l’espace public. Ce qui m’éviterait d’ailleurs de ressembler à l’un des personnages de Camping et empêcherait mes enfants de prendre leur père pour un beauf parfait. Pendant que vous y êtes, vous devriez aussi vous occuper des bikers fans de Johnny Hallyday qui font pas mal dans l’ostentatoire. Ils parlent de leur héros comme d’un Dieu, ce n’est pas très sain.

Madame Le Pen, votre argumentation soutenant que l’interdiction d’un vêtement à connotation religieuse pourrait être interdite dans l’espace public sous prétexte de laïcité ne tient pas, ainsi que je viens de le prouver. Votre intention était de faire le buzz, ce que vous avez d’ailleurs fort bien réussi. Ce qui prouve que, comme Jean-François Copé, Bernard-Henri Lévy ou Olivier Besancenot, vous avez bien compris notre époque. Ce qui prouve que vous pourriez tout aussi bien demain présenter une émission de « relooking » sur M6 que présider un parti politique. Ce qui ne prouve pas forcément que vous ayez l’étoffe d’une femme d’Etat.

*Photo : blandinelc

Famille : Œdipe expulsé du kibboutz…

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En Israël, des kibboutz séparaient enfants et parents

En février 1848, quand le Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels proclame la fin de la famille bourgeoise, ses lecteurs n’imaginent sans doute pas que ce projet sera mis à exécution soixante-dix ans plus tard par quelques dizaines de juifs russes à peine sortis de l’adolescence, dans l’un des coins les plus reculés de l’Empire ottoman. Pourtant, et c’est l’un des aspects les moins connus de l’histoire d’Israël, la destruction de la famille bourgeoise était au cœur du projet révolutionnaire sioniste.
Pour les pères fondateurs de l’État et du kibboutz, l’idée directrice de ce nouveau type de communauté collectiviste, dont la première a été fondée en 1909, n’était pas d’assurer son salut individuel mais bien de transformer en profondeur les cadres de l’existence du peuple juif, dans un premier temps, puis de l’humanité tout entière. La famille « à l’ancienne » représentait en effet un obstacle majeur sur le chemin menant au meilleur des mondes et à l’émancipation collective.[access capability= »lire_inedits »]

Après une décennie d’improvisation, les années 1920 sont celles de la théorisation, grâce notamment à la contribution des immigrés juifs qui ont vécu la Révolution soviétique d’Octobre. Comme l’écrit joliment le psychanalyste et historien israélien Eran Rolnik, « ils débarquèrent dans le port de Jaffa avec Le Capital dans une main et L’interprétation des rêves dans l’autre ». L’idée du kibboutz est en effet venue de la jeune URSS qui appliquait les théories freudiennes dans certains orphelinats. Il s’agissait, disait-on, de contourner le complexe d’Œdipe et d’épargner aux enfants les effets malheureux de la famille bourgeoise. Les idéologues du kibboutz partageaient cette lecture de Marx et de Freud. Pour eux, il ne faisait aucun doute que les membres de la famille nucléaire reproduiraient le schéma traditionnel petit-bourgeois et diasporique de leurs parents, ce qui favoriserait les intérêts égoïstes au détriment du bien-être collectif.

En quelques années, on assiste à l’élaboration d’un modèle de famille alternative fondée sur des théories psychologiques et pédagogiques, ces beaux principes étant promptement traduits en règlements, plans d’urbanisme et institutions. Le couple, toléré, avait le droit à l’intimité, mais celle-ci devait être discrète et les amoureux membres du kibboutz étaient priés de ne jamais arriver ensemble à l’assemblée générale ou à la salle à manger. Mais le cœur du projet concernait l’élevage collectif des enfants, séparés de leurs géniteurs pour être confiés à des professionnels.
En lieu et place de la famille traditionnelle, on mit sur pied des instances de substitution : la « maison des enfants » remplaçait le foyer parental ; le dortoir commun prenait la place de la chambre, l’éducatrice remplaçait la mère, et à la fratrie se substituait le groupe d’enfants nés la même année. Le repas familial était banni. Les parents mangeaient avec leurs collègues et les enfants dans un autre réfectoire. Pour parachever le tout, les enfants appelaient tous les adultes par leurs prénoms, y compris leurs parents biologiques.

Le monde extérieur – la Police, la Justice et les institutions de l’État – restait à la porte du kibboutz. Pour la famille nouvelle, les lois de la société n’avaient aucune pertinence. D’autres « étrangers » étaient tenus à distance : des parents non-membres du kibboutz étaient considérés comme une véritable menace car leur présence aurait rappelé l’existence des liens du sang, ce qui était aussi dangereux que leurs modes de vie et leur « individualisme bourgeois. » Les grand-mères faisaient l’objet d’une méfiance particulière. En effet, les enfants éprouvaient trop vite, lors des vacances passées auprès d’elles, le sentiment d’être uniques. Et quand les grands-parents mouraient, l’héritage qu’ils laissaient à leurs enfants kibboutzniks – argent ou, pire, bien immobilier − était à l’origine de multiples crises et de tensions permanentes.

Ce système savamment mis en place pendant les années 1920 s’est écroulé dans les années 1970-1980 et le dernier kibboutz à appliquer le système dans toute sa rigueur a jeté l’éponge en 1997. La famille traditionnelle avait gagné. Mais soyons honnêtes : malgré le caractère très strict des règlements, il y a toujours eu des accommodements avec la norme. Avraham Balavann, un écrivain israélien né dans un kibboutz, a bien résumé la situation : « Loin du tablier de maman, nous allions élever des enfants sains et proches de la nature. Mais l’amour maternel surgissait par les fenêtres, regardait furtivement à travers les fissures. Têtu comme un paysan, il s’obstina […] comme les lois de la gravité maintiennent le navire sur les vagues. »

Heureusement, sans doute, pour les enfants ainsi élevés, nombre des « hommes nouveaux » n’ont pas complètement joué le jeu. Le kibboutz n’a pas réussi à éradiquer la famille et il a fini par payer le prix de cette vaine tentative. Il était impossible pour les parents d’être à la fois présents et absents, suivant les injonctions contradictoires de la vie en communauté, et cette ambiguïté permanente a lentement sapé les fondements du collectivisme à l’israélienne. La persistance de la « petite » famille a fini par avoir la peau de la « grande », car celle-ci était incapable de satisfaire les besoins émotionnels des enfants et des adultes.

La famille traditionnelle s’est ainsi montrée plus forte que l’utopie du kibboutz. Elle a réclamé ses enfants au collectif et elle les a repris. Mais cette victoire, paradoxalement, a démontré que les pionniers avaient raison : la famille est incompatible avec la Révolution.[/access]

*Photo : maxnathans (Kibboutz Eilon)

Bruxelles : Qui peut le plus pour les riches peut le moins pour les salariés

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On sait qu’une des solutions pour réduire ou stopper l’immigration de travail serait par exemple, outre de punir sévèrement les employeurs qui y ont recours illégalement – notamment dans le BTP, la restauration ou le travail saisonnier- de favoriser le développement industriel dans les pays d’origine. Bon, autant dire que ce n’est pas pour demain la veille, la dernière fois que ces solutions ayant été évoquées remontant au temps de Pasqua et Chevènement. Pour une fois qu’il y aurait eu un tiers-mondisme qui aurait plu même à droite…

On pourrait penser qu’une solution analogue serait la bienvenue en matière d’exil fiscal. La neutralisation des paradis fiscaux dénoncés à droite et à gauche depuis des années n’a pas avancé d’un pouce et c’est très facilement que l’on peut trouver sur Internet des sites proposant obligeamment des solutions pour ouvrir des comptes offshore.

Quant au dumping fiscal de nos voisins proches, si proches, il prouve notamment que si la Commission de Bruxelles a parfaitement su harmoniser les conditions de vie des plus riches pour qu’ils le soient plus encore, l’Union Européenne a en revanche été incapable de penser, même d’un point de vue théorique, même pour un avenir lointain, une législation du travail, une sécu ou un salaire minimum communs. Comme c’est étrange…

Affaire Millet : Patrick Besson scalpe Annie Ernaux

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Patrick Besson pourfend la pétition d'Annie Ernaux contre Richard Millet

Je ne vais pas passer ma vie à vous signaler chaque semaine le billet de Patrick Besson dans Le Point, mais il justifierait à lui tout seul qu’on souscrive un abonnement de soutien à l’excellent hebdo de FOG. Renseignement pris, il n’y a pas d’abonnement de soutien au Point. Souscrivez-en donc un à Causeur magazine, et lisez le Besson de la semaine contre menue rétribution à votre kiosquier, ou gratuitement sur lepoint.fr, ou chez le docteur. Mais lisez-le !

Le billet de cette semaine revient sur une des conséquences les plus épatantes de l’Affaire Millet (que l’abominable homme des Gobelins nous avait déjà contée en version caillera il y quinze jours). Cette fois, c’est de la courageuse pétition du Monde qu’il s’agit, celle contre « le pamphlet fasciste qui déshonore la littérature »[1. Dans un style très différent, et qu’on en approuve ou pas toutes les conclusions, on lira aussi toutes affaires cessantes le texte magnifique publié par Pierre Jourde sur son blog : « Pourquoi je n’aurais pas signé le texte d’Annie Ernaux ».]. On y parle bien sûr d’Annie Ernaux, affublée d’un adjectif assez méchant, mais probablement en dessous de la vérité, cette personne étant à proprement parler inqualifiable.

Au gré des attaques ad hominem, on y croise quelques signataires connus ou semi-connus comme Olivier Adam, Alain Mabanckou, Tahar Ben Jelloun, « un ancien ami d’Hassan II bien connu dans les prisons marocaines pour son esprit démocratique » ou encore Bertrand Leclair, autrefois fayot de première à L’Idiot International et même l’inénarrable Michèle Gazier, à qui, si ma mémoire est bonne, Patrick Besson avait envoyé du temps de sa splendeur (à elle , quand elle était chef des livres à Télérama) son dernier roman accompagné de cette dédicace : « Chèque suit » . En plus de tous ses vices avérés, Besson n’est qu’un sale menteur : il ne lui a jamais envoyé le chèque promis.

Mais le plus réjouissant n’est peut-être pas à chercher du côté de ces rhabillages en série. Au fil du texte, on apprend en effet que ce méchant garçon s’apprête à publier en janvier prochain, chez Fayard, un Précis incendiaire de littérature contemporaine. D’ici là, je risque de trouver le temps long. Heureusement que l’auteur est un gros travailleur (en vrai, je ne lui connais guère d’autre perversion) et que j’ai pour patienter son « Contre les calomniateurs de la Serbie » qui vient de paraître, chez Fayard again. On nous y parle d’un conflit armé du siècle dernier, qui comme l’affaire Millet, s’était terminé en guerre d’écrivains à Saint-Germain-des-Prés. En France, tout finit par des pétitions.

*Photo : Bekathwia

Mariage gay : de quoi je me mêle ?

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L'Eglise n'a pas à juger du mariage civil homosexuel

La question du mariage homosexuel divise. Et c’est fort heureux puisqu’il s’agit là d’une des seules dissensions réelles de la dernière campagne présidentielle. On a tendance à ranger les « pro » dans le camp des progressistes ouverts et tolérants, et les « antis » dans celui des réacs souvent manipulés par des instances religieuses fermées aux évolutions de la société. On ne peut pourtant, selon moi, être croyant et s’opposer à l’avènement du mariage civil homosexuel. Le combat de l’Eglise catholique est à la fois d’arrière-garde et à côté de la plaque.

Un chrétien ne peut en effet que militer pour l’égalité des droits, égalité fondée sur la dignité humaine, juste héritage de l’Évangile. Il se doit de promouvoir le mariage civil homosexuel pour plusieurs raisons. D’abord parce que le mariage civil ne comporte pas l’obligation d’avoir des enfants. Cette décision reste un choix personnel des époux, dont la loi reconnaît et organise les effets par l’article 213 du Code civil. Un mariage civil ne sera pas invalidé par l’absence de descendance. La question du mariage homosexuel ne devrait donc pas être juridiquement liée à celle de l’ouverture de l’adoption aux couples de même sexe. Ensuite parce que le mariage civil n’est qu’une forme d’organisation de la vie commune en concurrence avec le PACS ou le concubinage. Pourquoi un de ces modes d’association resterait-il donc fermé à des couples de même sexe dès lors qu’ils s’engagent à se devoir « mutuellement respect, fidélité, secours, assistance » ? D’autant plus que le choix du mariage ou du concubinage entraîne des conséquences fiscales. En 2007, l’INSEE notait que si 77% des couples ont fiscalement intérêt à être mariés, 23% ont en revanche intérêt à vivre en union libre, et ce principalement parmi les foyers à revenus modestes . Que les homosexuels puissent se marier ne serait finalement que justice fiscale.

Enfin parce que le Christ lui-même, bien avant 1905, a posé le principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat : « rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Il n’y a donc pas d’obstacle réel à l’ouverture du mariage civil aux couples homosexuels, au nom de l’évolution des mœurs et de l’égalité des droits. Mais si tous les couples sans discrimination doivent avoir le droit de se marier, tous sans discrimination doivent avoir le droit de ne pas le faire.

Et pourtant en France chaque année, de nombreux couples sont tenus par la loi de se marier civilement. En effet, l’article 433-21 du code pénal pose le principe de subordination du mariage religieux au mariage civil. En France, pour pouvoir se marier devant son Dieu, il faut au préalable s’être dit « oui » devant la photo du Président. Pourtant, si le mariage civil a copié le décorum du mariage religieux, les deux institutions n’ont de commun que le nom. Toutes les religions sans exception fondent l’institution du mariage sur l’union d’un homme et d’une femme dans une démarche de fécondité. Mariages civil et religieux n’ont en réalité aucun point commun. D’un côté il y a un contrat dissoluble entre deux individus en vue d’organiser leur vie commune, de l’autre un sacrement indissoluble entre un homme et une femme procréateurs, c’est-à-dire créateurs à la suite de Dieu. Que l’on soit croyant ou non, l’accroissement des différences fondamentales entre ces deux institutions paraît flagrante. Dès lors, l’égalité des droits doit pousser les défenseurs du mariage homosexuel, en toute honnêteté intellectuelle, à militer pour l’abandon de la nécessité du mariage civil comme préalable légal au mariage religieux. De cette façon, tous les couples sans discrimination auraient le droit de choisir leur mode d’union civile (et les avantages fiscaux qui vont avec). Ainsi des célibataires ou des pacsés pourraient se marier devant leur Dieu. Leurs enfants, protégés juridiquement comme la moitié d’entre eux nés hors mariage, seraient également reconnus dans la foi.

L’égalité des droits n’existe en effet que si elle est totale. La logique du mariage homosexuel porte en elle l’abandon de la subordination du mariage religieux au mariage civil puisqu’il en révèle toutes les différences. Le mariage homosexuel n’est envisageable, que si l’on accepte que mariage religieux et mariage civil n’aient plus que l’homonymie en commun. Finalement, cet acquis égalitaire achèverait la séparation de l’Etat et des églises.

*Photo : Wyoming_Jackrabbi

On l’a jusqu’à l’Obs !

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Le Nouvel Obs traque les "néo fachos" à Causeur

Aujourd’hui, mes copains hésitent à l’utiliser devant moi, mais entre nous, nous avions une expression pour qualifier, sans avoir besoin d’entrer dans les détails, le beauf à la Cabu, raciste et antisémite, qui vivait dans l’amour de son berger allemand comme dans la haine des arabes. Nous disions : un gros con qui vote FN.

À présent, une autre expression pourrait naître pour qualifier les lecteurs de l’hebdomadaire en passe de devenir l’organe de délation du Parti socialiste français ou ceux d’entre eux qui croient ce qu’ils y lisent : les imbéciles qui lisent Le Nouvel Obs. Pardon maman.
Dans le dernier numéro du journal de feu l’esprit de Jean Daniel, un dossier est consacré aux néo-fachos. Qu’on ne s’y trompe pas, on n’y trouve pas la moindre critique de ceux qui, aujourd’hui en France, menacent la liberté d’expression et tentent, par un chantage à peine voilé à l’émeute et à la violence, d’introduire chez nous un délit de blasphème que l’on croyait mort et enterré.
On n’y trouve d’ailleurs pas la moindre critique sérieuse mais plutôt une suite de dénonciations, d’amalgames, de contre-sens et de contre-vérités qui laissent penser qu’au sein d’ « une nébuleuse brune d’écrivains et de journalistes qui communient dans l’obsession de la sauvegarde d’une identité française blanche et chrétienne », Alain Soral et Alain de Benoist, Elisabeth Lévy et Eric Zemmour mèneraient le même combat idéologique, chacun dans sa branche, sous le haut parrainage d’Alain Finkielkraut et Jean-Claude Michéa.

On a du mal à savoir s’ils sont mal-comprenants, malhonnêtes ou un peu des deux; et on se demande si nous avons échappé au titre « Les néo-nazis » parce qu’il leur reste un peu de bon sens ou simplement parce que l’on trouve parmi les accusés une proportion non négligeable de juifs. Les auteurs des articles qualifient tranquillement leurs adversaires de racistes ou fascistes mais leur logiciel antiraciste refuse d’associer juifs et nazis. Réjouissons-nous, même si les mêmes plis de leur pensée les empêchent souvent de voir des immigrés antisémites, des « défavorisés » racistes, des « populaires » homophobes ou des « sensibles » sexistes, si l’on m’autorise à donner aux individus les noms de leurs quartiers pour éviter de stigmatiser races et religions.
Comme souvent, dans ce genre de mise au poteau, car l’exercice est en train de devenir un marronnier de gauche, la présentation des photos évoque l’Affiche rouge et le champ sémantique est une décharge publique. Les nouveaux réacs d’hier sont devenus des néo-fachos et leurs idées sont sales et nauséabondes, quand les prises de position des écrivains, des journalistes et des intellectuels mis en cause sont encore considérées comme des idées car le soupçon de la posture pour occuper des places dans les médias ne se lit pas entre les lignes, il emplit des paragraphes.

Enfin, l’« enquête » donne la parole à un chercheur « spécialiste » de l’extrême droite qui confie à propos des sites étudiés, de Causeur – qualifié par Renaud Dély « d’officine de blanchiment d’idées sales » – au site du Bloc identitaire, « qu’il faut les laisser exister, qu’il faut leur répondre » et appelle à « ne pas laisser certains sujets uniquement aux mains de quelques mouvements ou partis ». En voilà une idée. Mais qu’attendent-ils donc ? Qui abordera à gauche, par exemple, la question délicate de l’opportunité de poursuivre l’immigration dans une France qui n’intègre plus ? Craignent-ils, ces accusateurs publics, parce qu’ils auront vu ce que tout le monde voit et dit ce que tout le monde pense, d’être traités un jour de fachos par plus « à gauche » qu’eux ? Qu’ils se rassurent, la calomnie ne tue pas, la lâcheté et le ridicule, si. Enfin dans la France « fantasmée » que je regrette de voir disparaître et pour laquelle nous écrivons.

*Photo : L’imaGiraphe

Privatiser nos vies ? Chiche !

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Contre la privatisation du mariage homosexuel

Dans le dernier numéro de Causeur magazine, mon estimé confrère Georges Kaplan signe un article intitulé « Reprivatiser nos vies », invitant celles et ceux de bonne volonté à demander à l’Etat de reconnaître le mariage homosexuel et les familles monoparentales. Avec un talent certain et tout libéral qu’il dit être, Georges Kaplan appuie entre autres son raisonnement sur la réalité de l’existence de l’homosexualité et des familles homosexuelles ainsi que sur l’impossibilité de la loi de nier les réalités[1. « Jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas la loi qui fait la réalité des faits » nous explique Kaplan.]. Il y ajoute un petit laïus bien connu sur l’exercice de la liberté de chaque homme, limité par celle de son voisin.

L’ensemble de cet argumentaire amène le lecteur à conclure que ce type de mariage et de familles existent de fait, que leur consécration par la loi n’est en rien une atteinte à nos droits individuels, et qu’il faut donc légiférer, au risque, dans le cas contraire, de rouvrir la voie au délit d’homosexualité. Je dois reconnaître à Georges Kaplan son habileté – suffisamment rare pour être soulignée – à conduire une argumentation dont beaucoup ressortiront convaincus. A n’en point douter, il eût été de l’époque de Platon que le philosophe, à défaut d’en faire son Giton, l’aurait nommé Gorgias à la place de Gorgias. J’accorderais aussi à Georges Kaplan un certificat d’infaillibilité sur au moins un des postulats : l’homosexualité est un fait et une constante de nos sociétés humaines. Ceci étant dit, qu’il me soit maintenant permis de lui répondre et de lui exposer les contradictions de son argumentation.

Tout bon philosophe du droit qui se respecte reconnaîtra aisément que le droit n’a pas vocation à nier les réalités, pas plus qu’il n’a vocation à les entériner au prétexte de l’évolution de la société. L’homme, passé de l’état de nature à celui de culture sans s’être totalement débarrassé de sa primitivité originelle, nous montre tous les jours combien il joue toujours avec la transgression, souvenir immortel de son état de nature. La transgression de la loi est une réalité et c’est bien parce qu’elle existe que la loi existe. Dès lors, arguer d’une réalité qui transgresse la loi pour légiférer ou abroger une règle existante revient tout bonnement à condamner la loi à la disparition puisque toute loi n’est précisément que la réponse ou la prévention à l’expression humaine d’une transgression. C’est dire, en suivant le raisonnement de Georges Kaplan, que tout ce qui existe et que la loi interdit, doit devenir licite puisque cela existe, au diable la loi[2. Et si venir poignarder quelqu’un parce que je ne partage pas son opinion est interdit par la loi, mais que je le fais quand même, vous serez d’accord pour abroger la loi ?].

Mais puisque Georges a décidé que la loi ne pouvait nier les réalités – ce en quoi on peut en partie être d’accord-, je voudrais aussi qu’il m’explique pourquoi, dans le même temps, la loi sur le mariage homosexuel et l’adoption autorisera un des deux (ou les deux) parents d’un couple à nier la réalité à « leur enfant ». Car, cher Georges, si un jour vous appreniez que l’un de vos parents n’est pas votre père ou votre mère au sens biologique du terme, je doute que vous n’éprouveriez pas, ne fût-ce qu’un court instant, l’irrépressible envie de lui demander pourquoi il vous a caché cette réalité. Autoriser la loi à mentir sur la filiation, n’est-ce pas un profond déni de réalité ?[3. Nous aurions pu évoquer la directive de l’Education nationale qui oblige les professeurs de SVT à expliquer à un garçon que ce n’est pas son sexe qui fait de lui un homme.]
Au sujet de cette même loi qu’il semble affectionner, Georges Kaplan déduit que le refus par certains de reconnaître légalement le mariage homosexuel (et donc l’homoparentalité) sans l’interdire pour autant, doit les amener (puisque c’est « nocif » et qu’il y a une logique) à vouloir rendre ce type de sexualité délictuel. C’est oublier un peu vite que les opposants au mariage homosexuels ne sont pas tous des abrutis à l’équation directe et au sophisme facile. Mais surtout que, de tout temps, la loi a su battre la mesure entre ce qui était réprimé en tant qu’offense au corps social ou alors ignoré en tant qu’indifférence au corps social[4. Indifférence en ce que le couple homosexuel ne peut, par son infécondité, participer à la perpétuation du corps social.], et pour mieux préserver la paix sociale. Dans votre jargon, on appelle ça la tolérance.

J’en viens maintenant au plus intéressant mais aussi au plus paradoxal de ses arguments. Le partisan de la privatisation absolue qu’est Georges Kaplan, donc de la dérégulation sans limites, invite les lecteurs à demander à l’Etat de légiférer. Pincez-moi, je rêve ! Mais s’il est un opposant farouche de l’intervention de l’Etat dans nos vies privées, que ne l’est-il pour le mariage homosexuel qui incarne l’immixtion suprême du Léviathan dans la vie privée ? Mais ! nous rétorque Georges Kaplan en argument individualiste ultime, cela ne constitue en rien une atteinte à nos propres droits, feignant un peu vite d’oublier ceux des enfants d’homosexuels (s’il ne s’en fout pas tout simplement) que cela pourrait déranger – pour ne pas dire perturber[5. Puisqu’on nous explique qu’aucune étude ne prouve que l’enfant pourrait être perturbé par des parents de même sexe, j’objecte qu’aucune étude ne prouve le contraire.]. Car eux aussi ont le droit de croire à l’ordre symbolique de la filiation « que les parents homosexuels sont les premiers à vouloir maintenir », et plus encore que d’y croire, d’en bénéficier. J’ajoute, en prime, que ces enfants pourraient à leur tour invoquer une inégalité que la loi devra régler un jour, en ce qu’ils n’ont pas eu, à l’instar d’une majorité d’autres enfants, un papa et une maman. Ou quand le serpent de l’égalité se mord la queue.

Pour tout vous dire, cher Georges, votre discours est conforme au libéralisme que vous prônez. Je ne le partage aucunement parce que je le trouve profondément incohérent. Mais puisque vous semblez dire que le mariage homosexuel (et l’homoparentalité) ne vous dérangeant pas, on peut légiférer, je souhaite vous répondre que, pour ma part, l’interdiction des licenciements et le rétablissement des douanes ne me dérangent pas non plus.

Attentat de Sarcelles : les témoins entre peur et déni

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Je descendais du bus quand j’ai entendu une déflagration. Elle venait du supermarché casher Naouri à 300 m de là. Le magasin se situe dans le centre commercial des Flanades, mais à l’extérieur, sur l’ avenue Auguste Perret, l’une des trois grandes artères de Sarcelles. Il me fallut du temps pour comprendre d’où était venue l’explosion, grâce aux premières sirènes de police. Quand j’arrivais sur les lieux, des cordons de sécurité empêchaient déjà tout accès au magasin. Je me mis à questionner les passants.

« Un cocktail Molotov a été balancé contre la porte du magasin par deux hommes en noir cagoulés. « Tout s’est passé très vite. Ils se sont enfuis. », « Le commissaire est là avec le maire… », « Il y a juste un blessé léger et la caissière est très choquée ».
C’était l’heure du déjeuner. Il n’y avait pas la foule habituelle des Flanades et de Sarcelles en général. Mais malgré son petit nombre, toujours le même panel représentatif propre à la ville : femmes arabes, juives, hommes à kippa, Africains, jeunes beurs etc. Après avoir récolté ces premières infos vagues, je décidai de poser ici et là d’autres questions.

Qui a pu faire ça d’après vous? Vous avez peur ? Vous en pensez quoi ?
Et voici les réponses : les femmes arabes soupiraient que « c’est des jeunes idiots, ils font ça pour s’amuser, faut pas faire attention ».
Les jeunes (filles ou garçons) arabes affirment qu’ « on sait pas qui a fait ça … ». Et ils n‘en diront pas plus.
Les femmes juives : « Il n’y a pas de blessés, tant mieux, ce n’est pas aussi grave que ça aurait pu ». Un garçon à kippa, refusant manifestement de parler, prend la tangente; « Je le connaîs le gars qui est blessé ».
Et enfin un vieil homme juif que je croise parfois osa : « C’est un signal, ma fille. »

Banalisation pour les uns, minimisation de circonstance et ton apeuré chez les autres, le désir de ne pas envenimer l’atmosphère est palpable. J’avais dans mon sac la carte de vœux du maire envoyée à la communauté juive pour la nouvelle année. On y lit que « face à l’antisémitisme qui s’exprime dans notre pays avec violence on peut compter sur sa vigilance et qu’il le combattra avec force en prenant toutes les mesures qu’il convient. ».

Sarcelles, ville phare, touchée aujourd’hui par ce qu’on sait à présent n’être qu’une grenade d’exercice et un pavé balancés sur un magasin juif devrait être un signal/symbole très fort pour le pays tout entier. Quelle rêveuse je suis : j’oublie que ni nos dirigeants ni nos concitoyens ne se sont jusque-là alarmés du fait que les jeunes juifs ne fréquentent plus les écoles publiques de cette ville, fondée en grande partie par leurs parents et grands-parents .

Famille : l’âme de la société

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La famille n'est pas une démocratie entre parents et enfants

La famille n’a qu’une finalité : l’accueil et l’éducation des enfants. Ce qu’on oublie trop, ce sont les caractéristiques de cet être particulier appelé « enfant ». On s’aperçoit que, dans une société très individualiste, les adultes renâclent souvent à considérer les enfants comme tels. Ils les considèrent comme des adultes, pour ne pas trop en être embarrassés.

Françoise Dolto disait que « l’enfant est l’ennemi de l’adulte »… En effet, il lui faut un traitement approprié et particulier, il requiert ainsi tous les soins et toute l’attention, bref il empêche l’adulte de vivre. Une famille normale est un lieu où les adultes se comportent comme des pélicans sacrificiels. On peut répondre à cela en n’ayant pas d’enfant, ce qui est la solution la plus honnête ; ou bien en se débarrassant de ses enfants, comme le fit Rousseau, ce qui est évidemment la solution la plus égoïste et la plus déplorable. Mais ce que nous voyons aujourd’hui, c’est une famille considérée comme une société d’adultes[access capability= »lire_inedits »] − ce qui est une autre manière, quoiqu’inconsciente, de tourner la douloureuse question de la spécificité fatigante de l’enfant.

Parce que l’enfant est un être incomplet et en formation − et en tant que tel, infiniment fragile −, il ne se développera pas normalement s’il vit directement immergé dans la société civile. La famille doit absolument demeurer un milieu protégé, un enclos, une thébaïde qui permette à l’enfant de grandir dans de bonnes conditions, et qui ne lui ouvre que progressivement les portes du dehors.
La famille joue un rôle de refuge en raison de la faiblesse de l’enfant, encore incapable de supporter les agressions de l’extérieur. Mais il y a autre chose. La grande société est impitoyable. Elle ne fonctionne pas selon les critères de la bonté. Certes, elle entretient des zones d’altruisme et, d’une manière générale, tous tiennent à ce qu’on appelle la décence commune grâce à laquelle, par exemple, vous espérez qu’on donnera son siège à un handicapé dans le métro. Mais, dans l’ensemble, la grande société fonctionne selon la règle du contrat, du donnant-donnant. Chacun y est responsable de ses actes et en subit les conséquences en pleine figure. Pourtant, l’existence humaine ne saurait se contenter des lois qui structurent la grande société. L’existence humaine a un besoin impérieux de don gratuit, de charité au sens de l’agapè grecque ; un individu qui ne connaît pas, de source, sûre un lieu dénué de cynisme et voué à la pure générosité devient tout simplement toqué.
C’est bien ce rôle que joue la famille.

Dans la famille, du fait que les enfants ne sont pas des adultes (évidence trop oubliée), les relations entre les êtres n’ont rien à voir avec celles qui ont cours dans la société civile. Dans la famille, on ne donne pas à chacun selon ses mérites, mais selon ses besoins. Le pardon passe avant la punition. Le don passe avant l’échange. Autrement dit, l’égalité en dignité est concrétisée partout, chacun est pris en compte pour lui-même et non en raison de son utilité − ce qui évidemment n’est pas le cas dans la société civile. La famille est gouvernée selon l’ordre de l’affection plus que du contrat. La société civile ne pourrait pas vivre ainsi, faute de quoi elle deviendrait un chaos dominé par les gens sans scrupules et où les citoyens généreux feraient naufrage.

Dans la famille, l’enfant apprend pour toujours qu’il existe un lieu où l’amour est une atmosphère de vivre-ensemble et un moyen de gouvernement. Et s’il n’a pas appris cela, il a toutes chances de devenir un adulte cynique. Car la société civile incite naturellement au cynisme.
Mais encore faut-il, pour que la famille joue ce rôle essentiel, qu’elle ne s’avise pas de devenir point par point un clone de la société civile. Tentation aujourd’hui très courante.
Observons, pour servir d’exemple, la réponse aux drames de l’inceste à l’intérieur des familles. Autrefois, on n’en parlait pas et, dans le meilleur des cas, on exigeait du coupable le repentir ; mais tout se passait à l’intérieur, portes closes : on « lavait son linge sale en famille ». Aujourd’hui, au contraire, on va aussitôt au procès, et l’on étale tout cela sur la place publique. L’arme du droit est utilisée tout autant ici que dans la grande société. Il faut dire en passant que, par le passé, les familles ont usé et abusé de l’impunité légale conférée par la spécificité communautaire, et tant de victimes en ont souffert. Mais pour justifiées qu’elles soient, ces métamorphoses de comportement transforment les familles en sociétés contractuelles, entraînant nombre de conséquences. Les fratries se sentent liées par le droit davantage que par l’affection, et il devient difficile pour les enfants d’apprendre que certains lieux sont régentés par le seul sentiment.

On se souvient que, dans les années 1960, sous l’impulsion de la philosophie de Dewey, un courant de pensée défendait l’extension de la démocratie à tous les secteurs de la vie sociale. Aujourd’hui , le processus démocratique a d’ailleurs été instauré (avec plus ou moins de bonheur) dans les partis politiques, les syndicats, les universités, et j’en passe ; et il n’est pas rare que des parents s’enorgueillissent de faire voter leurs enfants pour décider du lieu des prochaines vacances. La démocratie n’est pas faite pour les sociétés autres que la société civile, ce n’est pas le lieu de le préciser davantage ici. En tout cas, l’extension de la démocratie à la famille contribue à la dilution et à la perte des finalités au sein de l’institution familiale.
Il faut défendre cette spécificité : dans la famille, l’enfant apprend les vertus morales dont il aura besoin pour que la grande société ne devienne pas tout à fait un enfer. Prenons un exemple : la modestie est une vertu familiale (on cache son intelligence quand ses proches ne sont pas au même niveau) et, dans la grande société, la modestie est une sottise (si je cache mon intelligence, je n’aurai jamais le genre de travail qui me convient). Un enfant qui n’aurait jamais appris que la modestie existe et combien elle importe dans les relations humaines vivrait comme un loup, et il existe d’ailleurs, pour cette raison, beaucoup de loups dans nos entreprises.

Le raisonnement est le même quand on réclame l’ « École ouverte », partant du principe que l’École doit ressembler à la vie afin que les enfants en fassent véritablement l’apprentissage. C’est le contraire. L’École a besoin d’être fermée ! Les enfants n’ont pas encore la capacité de supporter tous les vents du dehors. Ils ont besoin d’apprendre à juger, d’apprendre à être libres, d’apprendre à désirer, et tout cela ne peut se faire que dans le calme d’une micro-société exclusivement faite pour eux. Ils doivent être soustraits au scandale, c’est-à-dire aux spectacles qui les révoltent et les indignent par privation de sens. De la même façon qu’on n’emmène pas ses enfants visiter un bordel, on n’a pas à leur laisser visionner n’importe quel film : la conséquence est mortelle pour l’âme.
On sait à quel point les enfants-soldats, élevés dès le début dans les règles de la société de guerre, deviennent des adultes particulièrement cruels et dénués de cette réserve de compassion qui fait l’humanité des soldats du monde entier. On voit de par le monde ces enfants des rues aux visages burinés déjà par les soucis et les effrois. Sur des corps puérils, des visages d’adultes. C’est pitié. Je me rappelle ces enfants des camin spital de Roumanie : ils semblaient des vieillards, et on lisait dans leurs yeux le tourment trop grand pour eux de la déréliction humaine.

Une famille, c’est le lieu sauvegardé où l’on fait la connaissance de l’amour des autres, sans se hâter d’apprendre que le monde est sauvage. Ainsi ce monde sauvage le sera-t-il un peu moins. En somme, la famille est l’âme de la grande société et, pour ainsi dire, sa conscience.[/access]

*Photo : drinksmachine

Islam : le parti du « mais »

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Charlie Hebdo moque l'islam et les religions

C’est reparti ! Le parti du « mais » s’en donne à cœur joie. On aime la liberté, mais faut respecter les religions en général et l’islam en particulier. On a le droit à la caricature, mais faut être responsable. C’est pas bien de tuer, mais c’est très mal de faire des films islamophobes. Après une semaine durant laquelle la dénonciation de la « vidéo islamophobe » et la recherche de son auteur avaient largement pris le pas sur la condamnation des violences et du fanatisme, les spécialistes du renvoyage dos à dos et autres experts de l’excuse tournent en boucle sur nos ondes. Et ils ne sont pas contents.
Charlie Hebdo a encore frappé. Ces farceurs irresponsables s’en prennent à nouveau à l’islam et à son prophète. Au demeurant, peut-être suffit-il désormais de caricaturer un musulman énervé lambda pour « provoquer », « choquer » et peut-être « embraser ». En effet, à peine la « une » de l’hebdo – hilarante mais sans le moindre rapport avec Mahomet puisqu’on y voyait un juif et un musulman unis dans leur refus de toute critique – était-elle publique que la machine à s’offusquer tournait à plein régime. Admettons cependant que ce sont les « couvertures auxquelles nous avons échappé », publiées en dernière page, qui suscitent l’ire de nos concitoyens musulmans et de leurs coreligionnaires dans le monde – et ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère, les Charlie, ça cogne dur et drôle – enfin, moi j’ai trouvé ça drôle mais les avis sont partagés.

Que des musulmans soient agacés, peinés, vexés, outrés, je veux bien l’entendre. À condition qu’ils entendent, une fois pour toutes, que dans nos contrées, chacun doit accepter d’être agacé, peiné, vexé, outré par ses compatriotes. On n’a pas tous les jours l’occasion de rendre hommage à oumma.com, mais sur ce coup, les confrères ont eu la seule réaction honorable de la part de croyants en terre d’irrespect : ils ont appelé leurs lecteurs à traiter l’affaire et Charlie Hebdo par le mépris. Oui, qu’on arrête de nous bassiner avec le respect dû à chacun. Le mépris, ça ne tue pas, ça ne crée pas de trouble à l’ordre public et ça n’empêche personne de dormir.

Appelez ça comme vous voudrez : liberté, pluralisme, tolérance, laïcité. Ce qui est sûr, c’est que sous ce régime où les idées se promènent en liberté, l’existence humaine est plus excitante, plus intéressante et plus marrante qu’ailleurs. Oui, je sais, c’est un jugement de valeur et même l’affirmation d’une préférence civilisationnelle. J’en profite tant que c’est autorisé.
Au train où vont les choses, il n’est pas certain, en effet, que notre droit fondamental de déconner soit longtemps garanti. Il est probable qu’on assistera bientôt à une nouvelle offensive venue du monde arabo-musulman pour faire adopter par l’ONU – et pourquoi pas, par les instances européennes – des textes interdisant le blasphème. En tout cas, Charlie n’était pas encore en kiosque que notre Premier ministre exprimait sa « désapprobation » – non sans avoir rappelé que la liberté d’expression était un droit fondamental. (La nuit lui a sans doute porté conseil car le lendemain matin, il désapprouvait moins fortement.) Quant à Laurent Fabius qui, pas de chance, était au Caire, il a dû se livrer à un exercice de tortillage de fondement qui faisait peine à voir.
On m’objectera que les grands principes ne sont pas une politique, surtout à l’heure où les idées et les écrits voyagent plus vite que les personnes. Qu’on le veuille ou non, une « une » de Charlie Hebdo peut avoir des conséquences à Kuala Lumpur et à Téhéran – en l’occurrence, une manifestation contre nos rigolos a eu lieu mercredi à Benghazi. Il était certes déplaisant de voir un ministre de la République ménager la chèvre de l’islamisme et le chou de la liberté d’expression devant les caméras égyptiennes, mais on ne peut pas exiger de nos gouvernants qu’ils se fâchent avec la moitié de la planète qui ne pense pas comme nous. Et on ne peut pas non plus demander au chef de notre diplomatie d’ignorer le risque de représailles contre nos diplomates ou nos concitoyens vivant à l’étranger (qui a justifié la fermeture des ambassades et des écoles françaises vendredi prochain).

Dans ces conditions, les dessinateurs de Charlie se sont-ils montrés « irresponsables », pour reprendre le terme répété sur tous les tons ? Faut-il, comme Bernard Guetta, qui pousse très très loin la compréhension de l’énervement islamique ou islamiste, pointer du doigt les « provocateurs » ? Comme me le souffle Gil Mihaely, cela revient à accuser la fille qui vient de se faire violer d’avoir aguiché ses agresseurs.
Bref, aussi compliquée soit la question, nous n’avons pas le choix. Les commentateurs ne peuvent que s’en laver les mains. Certes, on peut féliciter Charlie d’avoir fait preuve de délicatesse en choisissant pour sa « une » – que tout un chacun peut voir sans l’avoir voulu – le dessin le plus gentillet. Pour le reste, si la critique doit passer sous les fourches caudines de la responsabilité, autant fermer la boutique et annoncer par avance qu’on respectera toutes les susceptibilités ou qu’on se couchera à la première menace. Or, il faut le répéter sans relâche : ce qui pose problème aujourd’hui n’est pas que la critique de l’islam puisse être exagérée, injuste ou carrément nulle comme dans le cas de L’innocence des musulmans, mais qu’elle soit considérée comme intolérable, non seulement à Kaboul ou Benghazi, mais à Sarcelles ou Grigny. Le bon docteur Guetta, qui félicitait la semaine dernière le monde arabo-musulman de son calme (!) et les camarades-procureurs du Nouvel Obs qui dressent la liste des méchants accusés de nourrir le rejet de l’islam devraient se demander ce qui cause le plus grand tort à la religion de paix et d’amour : les livres de Richard Millet ou les images de foules chauffées à blanc par une vidéo minable ? Les « idées sales » recyclées par Causeur ou l’incendie d’un supermarché casher à Sarcelles ? On laissera chacun se faire sa petite idée. Et on rappellera à tous que chez nous, il n’y a pas de « mais » et que se promener en mini-jupe est un droit de la femme – et un plaisir de l’homme mais c’est une autre histoire.

*Photo : Anwaar

Lettre à Marine Le Pen

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Marine Le Pen contre le voile; la kippa... et le FC Sochaux ?

Marine Le Pen contre le voile; la kippa... et le FC Sochaux ?

Madame Le Pen,

Aujourd’hui, vous avez annoncé vouloir interdire certains vêtements dans la rue. Dans votre viseur, le voile et la kippa dont le port dans l’espace public serait, selon vous, attentatoire au principe de laïcité. Je pourrais vous demander pourquoi vous incriminez ces deux signes-là tout en épargnant les tenues de nonne. Je pourrais aussi vous demander pourquoi les laïcards de 1905 n’avaient pas interdit aux curés de déambuler en soutane hors de leurs églises. Mais cela n’irait pas bien loin. Vous me feriez valoir que la France est chrétienne depuis deux mille ans et qu’une exception était donc légitime par antériorité. Je serais convaincu par l’antériorité et beaucoup plus réservé sur la légitimité que celle-ci entraîne et le débat s’arrêterait là, n’ayant pas avancé d’un pouce.

Certes, les pouvoirs publics interdisent déjà le port de certaines tenues dans l’espace public. Vous avez fait notamment valoir qu’il était interdit de se promener nu dans la rue. J’ajouterai moi-même que de nombreuses communes balnéaires interdisent par arrêté de se promener en maillot de bain dans certaines rues commerçantes. La rue, en effet, ce n’est pas la plage. Le juge administratif n’a, pour l’heure, pas trouvé ces actes administratifs liberticides. De même, le législateur a récemment interdit de dissimuler son visage dans l’espace public, ce qui incluait le fameux voile intégral. Là encore, pour des raisons de sécurité et d’ordre public, on peut comprendre que les pouvoirs publics aient dû instaurer une telle norme.

Ambitieux que je suis, je ne crains pas d’entrer sur votre terrain identitaire ou civilisationnel et d’y marquer un point décisif. « Chez nous », Madame Le Pen, on ne dissimule pas son visage. « Chez nous », on ne se promène pas dans la rue à poil, ou presque. Mais, « chez nous », on a le droit de porter tout type de vêtement en dehors de ces deux tenues-là. Même religieux. Et la loi de 1905, séparant les églises de l’Etat n’y a rien changé. On ne voit pas en quoi un voile, permettant de voir le sourire et le regard de la dame qui le porte, attente à notre décence commune. Quant à la kippa, puisque vous la citez aussi – il faut bien respecter les équilibres au sein du bureau politique du FN -, elle n’est pas plus attentatoire à notre socle civilisationnel que les papillottes, si d’aventure vous décidiez de vouloir aussi réglementer les salons de coiffure.

J’en viens à mon cas personnel. J’ai un aveu à vous faire, Madame Le Pen. J’ai moi-même une religion que vous pourriez souhaiter bouter hors de l’espace public. Ma religion à moi – pauvre mécréant que je suis – c’est le FC Sochaux-Montbéliard. Il s’agit d’une religion fort mal classée actuellement mais ce n’est pas la question. Il m’est arrivé, afin de montrer à mes semblables parcourant l’espace public combien j’étais croyant, de porter le maillot jaune et bleu de ce club, surtout l’été en vacances. Si vous étiez logique, vous me l’interdiriez aussi. Car ma religion porte parfois à l’intégrisme. Figurez-vous que, parfois, je me laisse aller à douter de l’honnêteté de tel arbitre et d’être une mauvaise foi ayatollesque sur un hors-jeu non sifflé. Figurez-vous que la vue d’un maillot marseillais ou parisien aux abords de ma cathédrale, le Stade Bonal, me rend irritable voire même discourtois les soirs de défaite. Certes, je ne participe à nulle bagarre contre les supporteurs adverses ni ne caillasse les bus du PSG et de l’OM, mais ma susceptibilité religieuse peut parfois être chatouilleuse, surtout quand on est classé dix-neuvième.

Il serait donc cohérent de m’interdire de porter ce vêtement ostentatoire dans l’espace public. Ce qui m’éviterait d’ailleurs de ressembler à l’un des personnages de Camping et empêcherait mes enfants de prendre leur père pour un beauf parfait. Pendant que vous y êtes, vous devriez aussi vous occuper des bikers fans de Johnny Hallyday qui font pas mal dans l’ostentatoire. Ils parlent de leur héros comme d’un Dieu, ce n’est pas très sain.

Madame Le Pen, votre argumentation soutenant que l’interdiction d’un vêtement à connotation religieuse pourrait être interdite dans l’espace public sous prétexte de laïcité ne tient pas, ainsi que je viens de le prouver. Votre intention était de faire le buzz, ce que vous avez d’ailleurs fort bien réussi. Ce qui prouve que, comme Jean-François Copé, Bernard-Henri Lévy ou Olivier Besancenot, vous avez bien compris notre époque. Ce qui prouve que vous pourriez tout aussi bien demain présenter une émission de « relooking » sur M6 que présider un parti politique. Ce qui ne prouve pas forcément que vous ayez l’étoffe d’une femme d’Etat.

*Photo : blandinelc

Famille : Œdipe expulsé du kibboutz…

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En Israël, des kibboutz séparaient enfants et parents

En février 1848, quand le Manifeste du Parti communiste de Marx et Engels proclame la fin de la famille bourgeoise, ses lecteurs n’imaginent sans doute pas que ce projet sera mis à exécution soixante-dix ans plus tard par quelques dizaines de juifs russes à peine sortis de l’adolescence, dans l’un des coins les plus reculés de l’Empire ottoman. Pourtant, et c’est l’un des aspects les moins connus de l’histoire d’Israël, la destruction de la famille bourgeoise était au cœur du projet révolutionnaire sioniste.
Pour les pères fondateurs de l’État et du kibboutz, l’idée directrice de ce nouveau type de communauté collectiviste, dont la première a été fondée en 1909, n’était pas d’assurer son salut individuel mais bien de transformer en profondeur les cadres de l’existence du peuple juif, dans un premier temps, puis de l’humanité tout entière. La famille « à l’ancienne » représentait en effet un obstacle majeur sur le chemin menant au meilleur des mondes et à l’émancipation collective.[access capability= »lire_inedits »]

Après une décennie d’improvisation, les années 1920 sont celles de la théorisation, grâce notamment à la contribution des immigrés juifs qui ont vécu la Révolution soviétique d’Octobre. Comme l’écrit joliment le psychanalyste et historien israélien Eran Rolnik, « ils débarquèrent dans le port de Jaffa avec Le Capital dans une main et L’interprétation des rêves dans l’autre ». L’idée du kibboutz est en effet venue de la jeune URSS qui appliquait les théories freudiennes dans certains orphelinats. Il s’agissait, disait-on, de contourner le complexe d’Œdipe et d’épargner aux enfants les effets malheureux de la famille bourgeoise. Les idéologues du kibboutz partageaient cette lecture de Marx et de Freud. Pour eux, il ne faisait aucun doute que les membres de la famille nucléaire reproduiraient le schéma traditionnel petit-bourgeois et diasporique de leurs parents, ce qui favoriserait les intérêts égoïstes au détriment du bien-être collectif.

En quelques années, on assiste à l’élaboration d’un modèle de famille alternative fondée sur des théories psychologiques et pédagogiques, ces beaux principes étant promptement traduits en règlements, plans d’urbanisme et institutions. Le couple, toléré, avait le droit à l’intimité, mais celle-ci devait être discrète et les amoureux membres du kibboutz étaient priés de ne jamais arriver ensemble à l’assemblée générale ou à la salle à manger. Mais le cœur du projet concernait l’élevage collectif des enfants, séparés de leurs géniteurs pour être confiés à des professionnels.
En lieu et place de la famille traditionnelle, on mit sur pied des instances de substitution : la « maison des enfants » remplaçait le foyer parental ; le dortoir commun prenait la place de la chambre, l’éducatrice remplaçait la mère, et à la fratrie se substituait le groupe d’enfants nés la même année. Le repas familial était banni. Les parents mangeaient avec leurs collègues et les enfants dans un autre réfectoire. Pour parachever le tout, les enfants appelaient tous les adultes par leurs prénoms, y compris leurs parents biologiques.

Le monde extérieur – la Police, la Justice et les institutions de l’État – restait à la porte du kibboutz. Pour la famille nouvelle, les lois de la société n’avaient aucune pertinence. D’autres « étrangers » étaient tenus à distance : des parents non-membres du kibboutz étaient considérés comme une véritable menace car leur présence aurait rappelé l’existence des liens du sang, ce qui était aussi dangereux que leurs modes de vie et leur « individualisme bourgeois. » Les grand-mères faisaient l’objet d’une méfiance particulière. En effet, les enfants éprouvaient trop vite, lors des vacances passées auprès d’elles, le sentiment d’être uniques. Et quand les grands-parents mouraient, l’héritage qu’ils laissaient à leurs enfants kibboutzniks – argent ou, pire, bien immobilier − était à l’origine de multiples crises et de tensions permanentes.

Ce système savamment mis en place pendant les années 1920 s’est écroulé dans les années 1970-1980 et le dernier kibboutz à appliquer le système dans toute sa rigueur a jeté l’éponge en 1997. La famille traditionnelle avait gagné. Mais soyons honnêtes : malgré le caractère très strict des règlements, il y a toujours eu des accommodements avec la norme. Avraham Balavann, un écrivain israélien né dans un kibboutz, a bien résumé la situation : « Loin du tablier de maman, nous allions élever des enfants sains et proches de la nature. Mais l’amour maternel surgissait par les fenêtres, regardait furtivement à travers les fissures. Têtu comme un paysan, il s’obstina […] comme les lois de la gravité maintiennent le navire sur les vagues. »

Heureusement, sans doute, pour les enfants ainsi élevés, nombre des « hommes nouveaux » n’ont pas complètement joué le jeu. Le kibboutz n’a pas réussi à éradiquer la famille et il a fini par payer le prix de cette vaine tentative. Il était impossible pour les parents d’être à la fois présents et absents, suivant les injonctions contradictoires de la vie en communauté, et cette ambiguïté permanente a lentement sapé les fondements du collectivisme à l’israélienne. La persistance de la « petite » famille a fini par avoir la peau de la « grande », car celle-ci était incapable de satisfaire les besoins émotionnels des enfants et des adultes.

La famille traditionnelle s’est ainsi montrée plus forte que l’utopie du kibboutz. Elle a réclamé ses enfants au collectif et elle les a repris. Mais cette victoire, paradoxalement, a démontré que les pionniers avaient raison : la famille est incompatible avec la Révolution.[/access]

*Photo : maxnathans (Kibboutz Eilon)

Bruxelles : Qui peut le plus pour les riches peut le moins pour les salariés

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On sait qu’une des solutions pour réduire ou stopper l’immigration de travail serait par exemple, outre de punir sévèrement les employeurs qui y ont recours illégalement – notamment dans le BTP, la restauration ou le travail saisonnier- de favoriser le développement industriel dans les pays d’origine. Bon, autant dire que ce n’est pas pour demain la veille, la dernière fois que ces solutions ayant été évoquées remontant au temps de Pasqua et Chevènement. Pour une fois qu’il y aurait eu un tiers-mondisme qui aurait plu même à droite…

On pourrait penser qu’une solution analogue serait la bienvenue en matière d’exil fiscal. La neutralisation des paradis fiscaux dénoncés à droite et à gauche depuis des années n’a pas avancé d’un pouce et c’est très facilement que l’on peut trouver sur Internet des sites proposant obligeamment des solutions pour ouvrir des comptes offshore.

Quant au dumping fiscal de nos voisins proches, si proches, il prouve notamment que si la Commission de Bruxelles a parfaitement su harmoniser les conditions de vie des plus riches pour qu’ils le soient plus encore, l’Union Européenne a en revanche été incapable de penser, même d’un point de vue théorique, même pour un avenir lointain, une législation du travail, une sécu ou un salaire minimum communs. Comme c’est étrange…

Affaire Millet : Patrick Besson scalpe Annie Ernaux

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Patrick Besson pourfend la pétition d'Annie Ernaux contre Richard Millet

Patrick Besson pourfend la pétition d'Annie Ernaux contre Richard Millet

Je ne vais pas passer ma vie à vous signaler chaque semaine le billet de Patrick Besson dans Le Point, mais il justifierait à lui tout seul qu’on souscrive un abonnement de soutien à l’excellent hebdo de FOG. Renseignement pris, il n’y a pas d’abonnement de soutien au Point. Souscrivez-en donc un à Causeur magazine, et lisez le Besson de la semaine contre menue rétribution à votre kiosquier, ou gratuitement sur lepoint.fr, ou chez le docteur. Mais lisez-le !

Le billet de cette semaine revient sur une des conséquences les plus épatantes de l’Affaire Millet (que l’abominable homme des Gobelins nous avait déjà contée en version caillera il y quinze jours). Cette fois, c’est de la courageuse pétition du Monde qu’il s’agit, celle contre « le pamphlet fasciste qui déshonore la littérature »[1. Dans un style très différent, et qu’on en approuve ou pas toutes les conclusions, on lira aussi toutes affaires cessantes le texte magnifique publié par Pierre Jourde sur son blog : « Pourquoi je n’aurais pas signé le texte d’Annie Ernaux ».]. On y parle bien sûr d’Annie Ernaux, affublée d’un adjectif assez méchant, mais probablement en dessous de la vérité, cette personne étant à proprement parler inqualifiable.

Au gré des attaques ad hominem, on y croise quelques signataires connus ou semi-connus comme Olivier Adam, Alain Mabanckou, Tahar Ben Jelloun, « un ancien ami d’Hassan II bien connu dans les prisons marocaines pour son esprit démocratique » ou encore Bertrand Leclair, autrefois fayot de première à L’Idiot International et même l’inénarrable Michèle Gazier, à qui, si ma mémoire est bonne, Patrick Besson avait envoyé du temps de sa splendeur (à elle , quand elle était chef des livres à Télérama) son dernier roman accompagné de cette dédicace : « Chèque suit » . En plus de tous ses vices avérés, Besson n’est qu’un sale menteur : il ne lui a jamais envoyé le chèque promis.

Mais le plus réjouissant n’est peut-être pas à chercher du côté de ces rhabillages en série. Au fil du texte, on apprend en effet que ce méchant garçon s’apprête à publier en janvier prochain, chez Fayard, un Précis incendiaire de littérature contemporaine. D’ici là, je risque de trouver le temps long. Heureusement que l’auteur est un gros travailleur (en vrai, je ne lui connais guère d’autre perversion) et que j’ai pour patienter son « Contre les calomniateurs de la Serbie » qui vient de paraître, chez Fayard again. On nous y parle d’un conflit armé du siècle dernier, qui comme l’affaire Millet, s’était terminé en guerre d’écrivains à Saint-Germain-des-Prés. En France, tout finit par des pétitions.

*Photo : Bekathwia

Mariage gay : de quoi je me mêle ?

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L'Eglise n'a pas à juger du mariage civil homosexuel

L'Eglise n'a pas à juger du mariage civil homosexuel

La question du mariage homosexuel divise. Et c’est fort heureux puisqu’il s’agit là d’une des seules dissensions réelles de la dernière campagne présidentielle. On a tendance à ranger les « pro » dans le camp des progressistes ouverts et tolérants, et les « antis » dans celui des réacs souvent manipulés par des instances religieuses fermées aux évolutions de la société. On ne peut pourtant, selon moi, être croyant et s’opposer à l’avènement du mariage civil homosexuel. Le combat de l’Eglise catholique est à la fois d’arrière-garde et à côté de la plaque.

Un chrétien ne peut en effet que militer pour l’égalité des droits, égalité fondée sur la dignité humaine, juste héritage de l’Évangile. Il se doit de promouvoir le mariage civil homosexuel pour plusieurs raisons. D’abord parce que le mariage civil ne comporte pas l’obligation d’avoir des enfants. Cette décision reste un choix personnel des époux, dont la loi reconnaît et organise les effets par l’article 213 du Code civil. Un mariage civil ne sera pas invalidé par l’absence de descendance. La question du mariage homosexuel ne devrait donc pas être juridiquement liée à celle de l’ouverture de l’adoption aux couples de même sexe. Ensuite parce que le mariage civil n’est qu’une forme d’organisation de la vie commune en concurrence avec le PACS ou le concubinage. Pourquoi un de ces modes d’association resterait-il donc fermé à des couples de même sexe dès lors qu’ils s’engagent à se devoir « mutuellement respect, fidélité, secours, assistance » ? D’autant plus que le choix du mariage ou du concubinage entraîne des conséquences fiscales. En 2007, l’INSEE notait que si 77% des couples ont fiscalement intérêt à être mariés, 23% ont en revanche intérêt à vivre en union libre, et ce principalement parmi les foyers à revenus modestes . Que les homosexuels puissent se marier ne serait finalement que justice fiscale.

Enfin parce que le Christ lui-même, bien avant 1905, a posé le principe de séparation de l’Eglise et de l’Etat : « rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Il n’y a donc pas d’obstacle réel à l’ouverture du mariage civil aux couples homosexuels, au nom de l’évolution des mœurs et de l’égalité des droits. Mais si tous les couples sans discrimination doivent avoir le droit de se marier, tous sans discrimination doivent avoir le droit de ne pas le faire.

Et pourtant en France chaque année, de nombreux couples sont tenus par la loi de se marier civilement. En effet, l’article 433-21 du code pénal pose le principe de subordination du mariage religieux au mariage civil. En France, pour pouvoir se marier devant son Dieu, il faut au préalable s’être dit « oui » devant la photo du Président. Pourtant, si le mariage civil a copié le décorum du mariage religieux, les deux institutions n’ont de commun que le nom. Toutes les religions sans exception fondent l’institution du mariage sur l’union d’un homme et d’une femme dans une démarche de fécondité. Mariages civil et religieux n’ont en réalité aucun point commun. D’un côté il y a un contrat dissoluble entre deux individus en vue d’organiser leur vie commune, de l’autre un sacrement indissoluble entre un homme et une femme procréateurs, c’est-à-dire créateurs à la suite de Dieu. Que l’on soit croyant ou non, l’accroissement des différences fondamentales entre ces deux institutions paraît flagrante. Dès lors, l’égalité des droits doit pousser les défenseurs du mariage homosexuel, en toute honnêteté intellectuelle, à militer pour l’abandon de la nécessité du mariage civil comme préalable légal au mariage religieux. De cette façon, tous les couples sans discrimination auraient le droit de choisir leur mode d’union civile (et les avantages fiscaux qui vont avec). Ainsi des célibataires ou des pacsés pourraient se marier devant leur Dieu. Leurs enfants, protégés juridiquement comme la moitié d’entre eux nés hors mariage, seraient également reconnus dans la foi.

L’égalité des droits n’existe en effet que si elle est totale. La logique du mariage homosexuel porte en elle l’abandon de la subordination du mariage religieux au mariage civil puisqu’il en révèle toutes les différences. Le mariage homosexuel n’est envisageable, que si l’on accepte que mariage religieux et mariage civil n’aient plus que l’homonymie en commun. Finalement, cet acquis égalitaire achèverait la séparation de l’Etat et des églises.

*Photo : Wyoming_Jackrabbi

On l’a jusqu’à l’Obs !

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Le Nouvel Obs traque les

Le Nouvel Obs traque les "néo fachos" à Causeur

Aujourd’hui, mes copains hésitent à l’utiliser devant moi, mais entre nous, nous avions une expression pour qualifier, sans avoir besoin d’entrer dans les détails, le beauf à la Cabu, raciste et antisémite, qui vivait dans l’amour de son berger allemand comme dans la haine des arabes. Nous disions : un gros con qui vote FN.

À présent, une autre expression pourrait naître pour qualifier les lecteurs de l’hebdomadaire en passe de devenir l’organe de délation du Parti socialiste français ou ceux d’entre eux qui croient ce qu’ils y lisent : les imbéciles qui lisent Le Nouvel Obs. Pardon maman.
Dans le dernier numéro du journal de feu l’esprit de Jean Daniel, un dossier est consacré aux néo-fachos. Qu’on ne s’y trompe pas, on n’y trouve pas la moindre critique de ceux qui, aujourd’hui en France, menacent la liberté d’expression et tentent, par un chantage à peine voilé à l’émeute et à la violence, d’introduire chez nous un délit de blasphème que l’on croyait mort et enterré.
On n’y trouve d’ailleurs pas la moindre critique sérieuse mais plutôt une suite de dénonciations, d’amalgames, de contre-sens et de contre-vérités qui laissent penser qu’au sein d’ « une nébuleuse brune d’écrivains et de journalistes qui communient dans l’obsession de la sauvegarde d’une identité française blanche et chrétienne », Alain Soral et Alain de Benoist, Elisabeth Lévy et Eric Zemmour mèneraient le même combat idéologique, chacun dans sa branche, sous le haut parrainage d’Alain Finkielkraut et Jean-Claude Michéa.

On a du mal à savoir s’ils sont mal-comprenants, malhonnêtes ou un peu des deux; et on se demande si nous avons échappé au titre « Les néo-nazis » parce qu’il leur reste un peu de bon sens ou simplement parce que l’on trouve parmi les accusés une proportion non négligeable de juifs. Les auteurs des articles qualifient tranquillement leurs adversaires de racistes ou fascistes mais leur logiciel antiraciste refuse d’associer juifs et nazis. Réjouissons-nous, même si les mêmes plis de leur pensée les empêchent souvent de voir des immigrés antisémites, des « défavorisés » racistes, des « populaires » homophobes ou des « sensibles » sexistes, si l’on m’autorise à donner aux individus les noms de leurs quartiers pour éviter de stigmatiser races et religions.
Comme souvent, dans ce genre de mise au poteau, car l’exercice est en train de devenir un marronnier de gauche, la présentation des photos évoque l’Affiche rouge et le champ sémantique est une décharge publique. Les nouveaux réacs d’hier sont devenus des néo-fachos et leurs idées sont sales et nauséabondes, quand les prises de position des écrivains, des journalistes et des intellectuels mis en cause sont encore considérées comme des idées car le soupçon de la posture pour occuper des places dans les médias ne se lit pas entre les lignes, il emplit des paragraphes.

Enfin, l’« enquête » donne la parole à un chercheur « spécialiste » de l’extrême droite qui confie à propos des sites étudiés, de Causeur – qualifié par Renaud Dély « d’officine de blanchiment d’idées sales » – au site du Bloc identitaire, « qu’il faut les laisser exister, qu’il faut leur répondre » et appelle à « ne pas laisser certains sujets uniquement aux mains de quelques mouvements ou partis ». En voilà une idée. Mais qu’attendent-ils donc ? Qui abordera à gauche, par exemple, la question délicate de l’opportunité de poursuivre l’immigration dans une France qui n’intègre plus ? Craignent-ils, ces accusateurs publics, parce qu’ils auront vu ce que tout le monde voit et dit ce que tout le monde pense, d’être traités un jour de fachos par plus « à gauche » qu’eux ? Qu’ils se rassurent, la calomnie ne tue pas, la lâcheté et le ridicule, si. Enfin dans la France « fantasmée » que je regrette de voir disparaître et pour laquelle nous écrivons.

*Photo : L’imaGiraphe

Privatiser nos vies ? Chiche !

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Contre la privatisation du mariage homosexuel

Contre la privatisation du mariage homosexuel

Dans le dernier numéro de Causeur magazine, mon estimé confrère Georges Kaplan signe un article intitulé « Reprivatiser nos vies », invitant celles et ceux de bonne volonté à demander à l’Etat de reconnaître le mariage homosexuel et les familles monoparentales. Avec un talent certain et tout libéral qu’il dit être, Georges Kaplan appuie entre autres son raisonnement sur la réalité de l’existence de l’homosexualité et des familles homosexuelles ainsi que sur l’impossibilité de la loi de nier les réalités[1. « Jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas la loi qui fait la réalité des faits » nous explique Kaplan.]. Il y ajoute un petit laïus bien connu sur l’exercice de la liberté de chaque homme, limité par celle de son voisin.

L’ensemble de cet argumentaire amène le lecteur à conclure que ce type de mariage et de familles existent de fait, que leur consécration par la loi n’est en rien une atteinte à nos droits individuels, et qu’il faut donc légiférer, au risque, dans le cas contraire, de rouvrir la voie au délit d’homosexualité. Je dois reconnaître à Georges Kaplan son habileté – suffisamment rare pour être soulignée – à conduire une argumentation dont beaucoup ressortiront convaincus. A n’en point douter, il eût été de l’époque de Platon que le philosophe, à défaut d’en faire son Giton, l’aurait nommé Gorgias à la place de Gorgias. J’accorderais aussi à Georges Kaplan un certificat d’infaillibilité sur au moins un des postulats : l’homosexualité est un fait et une constante de nos sociétés humaines. Ceci étant dit, qu’il me soit maintenant permis de lui répondre et de lui exposer les contradictions de son argumentation.

Tout bon philosophe du droit qui se respecte reconnaîtra aisément que le droit n’a pas vocation à nier les réalités, pas plus qu’il n’a vocation à les entériner au prétexte de l’évolution de la société. L’homme, passé de l’état de nature à celui de culture sans s’être totalement débarrassé de sa primitivité originelle, nous montre tous les jours combien il joue toujours avec la transgression, souvenir immortel de son état de nature. La transgression de la loi est une réalité et c’est bien parce qu’elle existe que la loi existe. Dès lors, arguer d’une réalité qui transgresse la loi pour légiférer ou abroger une règle existante revient tout bonnement à condamner la loi à la disparition puisque toute loi n’est précisément que la réponse ou la prévention à l’expression humaine d’une transgression. C’est dire, en suivant le raisonnement de Georges Kaplan, que tout ce qui existe et que la loi interdit, doit devenir licite puisque cela existe, au diable la loi[2. Et si venir poignarder quelqu’un parce que je ne partage pas son opinion est interdit par la loi, mais que je le fais quand même, vous serez d’accord pour abroger la loi ?].

Mais puisque Georges a décidé que la loi ne pouvait nier les réalités – ce en quoi on peut en partie être d’accord-, je voudrais aussi qu’il m’explique pourquoi, dans le même temps, la loi sur le mariage homosexuel et l’adoption autorisera un des deux (ou les deux) parents d’un couple à nier la réalité à « leur enfant ». Car, cher Georges, si un jour vous appreniez que l’un de vos parents n’est pas votre père ou votre mère au sens biologique du terme, je doute que vous n’éprouveriez pas, ne fût-ce qu’un court instant, l’irrépressible envie de lui demander pourquoi il vous a caché cette réalité. Autoriser la loi à mentir sur la filiation, n’est-ce pas un profond déni de réalité ?[3. Nous aurions pu évoquer la directive de l’Education nationale qui oblige les professeurs de SVT à expliquer à un garçon que ce n’est pas son sexe qui fait de lui un homme.]
Au sujet de cette même loi qu’il semble affectionner, Georges Kaplan déduit que le refus par certains de reconnaître légalement le mariage homosexuel (et donc l’homoparentalité) sans l’interdire pour autant, doit les amener (puisque c’est « nocif » et qu’il y a une logique) à vouloir rendre ce type de sexualité délictuel. C’est oublier un peu vite que les opposants au mariage homosexuels ne sont pas tous des abrutis à l’équation directe et au sophisme facile. Mais surtout que, de tout temps, la loi a su battre la mesure entre ce qui était réprimé en tant qu’offense au corps social ou alors ignoré en tant qu’indifférence au corps social[4. Indifférence en ce que le couple homosexuel ne peut, par son infécondité, participer à la perpétuation du corps social.], et pour mieux préserver la paix sociale. Dans votre jargon, on appelle ça la tolérance.

J’en viens maintenant au plus intéressant mais aussi au plus paradoxal de ses arguments. Le partisan de la privatisation absolue qu’est Georges Kaplan, donc de la dérégulation sans limites, invite les lecteurs à demander à l’Etat de légiférer. Pincez-moi, je rêve ! Mais s’il est un opposant farouche de l’intervention de l’Etat dans nos vies privées, que ne l’est-il pour le mariage homosexuel qui incarne l’immixtion suprême du Léviathan dans la vie privée ? Mais ! nous rétorque Georges Kaplan en argument individualiste ultime, cela ne constitue en rien une atteinte à nos propres droits, feignant un peu vite d’oublier ceux des enfants d’homosexuels (s’il ne s’en fout pas tout simplement) que cela pourrait déranger – pour ne pas dire perturber[5. Puisqu’on nous explique qu’aucune étude ne prouve que l’enfant pourrait être perturbé par des parents de même sexe, j’objecte qu’aucune étude ne prouve le contraire.]. Car eux aussi ont le droit de croire à l’ordre symbolique de la filiation « que les parents homosexuels sont les premiers à vouloir maintenir », et plus encore que d’y croire, d’en bénéficier. J’ajoute, en prime, que ces enfants pourraient à leur tour invoquer une inégalité que la loi devra régler un jour, en ce qu’ils n’ont pas eu, à l’instar d’une majorité d’autres enfants, un papa et une maman. Ou quand le serpent de l’égalité se mord la queue.

Pour tout vous dire, cher Georges, votre discours est conforme au libéralisme que vous prônez. Je ne le partage aucunement parce que je le trouve profondément incohérent. Mais puisque vous semblez dire que le mariage homosexuel (et l’homoparentalité) ne vous dérangeant pas, on peut légiférer, je souhaite vous répondre que, pour ma part, l’interdiction des licenciements et le rétablissement des douanes ne me dérangent pas non plus.

Attentat de Sarcelles : les témoins entre peur et déni

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Je descendais du bus quand j’ai entendu une déflagration. Elle venait du supermarché casher Naouri à 300 m de là. Le magasin se situe dans le centre commercial des Flanades, mais à l’extérieur, sur l’ avenue Auguste Perret, l’une des trois grandes artères de Sarcelles. Il me fallut du temps pour comprendre d’où était venue l’explosion, grâce aux premières sirènes de police. Quand j’arrivais sur les lieux, des cordons de sécurité empêchaient déjà tout accès au magasin. Je me mis à questionner les passants.

« Un cocktail Molotov a été balancé contre la porte du magasin par deux hommes en noir cagoulés. « Tout s’est passé très vite. Ils se sont enfuis. », « Le commissaire est là avec le maire… », « Il y a juste un blessé léger et la caissière est très choquée ».
C’était l’heure du déjeuner. Il n’y avait pas la foule habituelle des Flanades et de Sarcelles en général. Mais malgré son petit nombre, toujours le même panel représentatif propre à la ville : femmes arabes, juives, hommes à kippa, Africains, jeunes beurs etc. Après avoir récolté ces premières infos vagues, je décidai de poser ici et là d’autres questions.

Qui a pu faire ça d’après vous? Vous avez peur ? Vous en pensez quoi ?
Et voici les réponses : les femmes arabes soupiraient que « c’est des jeunes idiots, ils font ça pour s’amuser, faut pas faire attention ».
Les jeunes (filles ou garçons) arabes affirment qu’ « on sait pas qui a fait ça … ». Et ils n‘en diront pas plus.
Les femmes juives : « Il n’y a pas de blessés, tant mieux, ce n’est pas aussi grave que ça aurait pu ». Un garçon à kippa, refusant manifestement de parler, prend la tangente; « Je le connaîs le gars qui est blessé ».
Et enfin un vieil homme juif que je croise parfois osa : « C’est un signal, ma fille. »

Banalisation pour les uns, minimisation de circonstance et ton apeuré chez les autres, le désir de ne pas envenimer l’atmosphère est palpable. J’avais dans mon sac la carte de vœux du maire envoyée à la communauté juive pour la nouvelle année. On y lit que « face à l’antisémitisme qui s’exprime dans notre pays avec violence on peut compter sur sa vigilance et qu’il le combattra avec force en prenant toutes les mesures qu’il convient. ».

Sarcelles, ville phare, touchée aujourd’hui par ce qu’on sait à présent n’être qu’une grenade d’exercice et un pavé balancés sur un magasin juif devrait être un signal/symbole très fort pour le pays tout entier. Quelle rêveuse je suis : j’oublie que ni nos dirigeants ni nos concitoyens ne se sont jusque-là alarmés du fait que les jeunes juifs ne fréquentent plus les écoles publiques de cette ville, fondée en grande partie par leurs parents et grands-parents .

Famille : l’âme de la société

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La famille n'est pas une démocratie entre parents et enfants

La famille n'est pas une démocratie entre parents et enfants

La famille n’a qu’une finalité : l’accueil et l’éducation des enfants. Ce qu’on oublie trop, ce sont les caractéristiques de cet être particulier appelé « enfant ». On s’aperçoit que, dans une société très individualiste, les adultes renâclent souvent à considérer les enfants comme tels. Ils les considèrent comme des adultes, pour ne pas trop en être embarrassés.

Françoise Dolto disait que « l’enfant est l’ennemi de l’adulte »… En effet, il lui faut un traitement approprié et particulier, il requiert ainsi tous les soins et toute l’attention, bref il empêche l’adulte de vivre. Une famille normale est un lieu où les adultes se comportent comme des pélicans sacrificiels. On peut répondre à cela en n’ayant pas d’enfant, ce qui est la solution la plus honnête ; ou bien en se débarrassant de ses enfants, comme le fit Rousseau, ce qui est évidemment la solution la plus égoïste et la plus déplorable. Mais ce que nous voyons aujourd’hui, c’est une famille considérée comme une société d’adultes[access capability= »lire_inedits »] − ce qui est une autre manière, quoiqu’inconsciente, de tourner la douloureuse question de la spécificité fatigante de l’enfant.

Parce que l’enfant est un être incomplet et en formation − et en tant que tel, infiniment fragile −, il ne se développera pas normalement s’il vit directement immergé dans la société civile. La famille doit absolument demeurer un milieu protégé, un enclos, une thébaïde qui permette à l’enfant de grandir dans de bonnes conditions, et qui ne lui ouvre que progressivement les portes du dehors.
La famille joue un rôle de refuge en raison de la faiblesse de l’enfant, encore incapable de supporter les agressions de l’extérieur. Mais il y a autre chose. La grande société est impitoyable. Elle ne fonctionne pas selon les critères de la bonté. Certes, elle entretient des zones d’altruisme et, d’une manière générale, tous tiennent à ce qu’on appelle la décence commune grâce à laquelle, par exemple, vous espérez qu’on donnera son siège à un handicapé dans le métro. Mais, dans l’ensemble, la grande société fonctionne selon la règle du contrat, du donnant-donnant. Chacun y est responsable de ses actes et en subit les conséquences en pleine figure. Pourtant, l’existence humaine ne saurait se contenter des lois qui structurent la grande société. L’existence humaine a un besoin impérieux de don gratuit, de charité au sens de l’agapè grecque ; un individu qui ne connaît pas, de source, sûre un lieu dénué de cynisme et voué à la pure générosité devient tout simplement toqué.
C’est bien ce rôle que joue la famille.

Dans la famille, du fait que les enfants ne sont pas des adultes (évidence trop oubliée), les relations entre les êtres n’ont rien à voir avec celles qui ont cours dans la société civile. Dans la famille, on ne donne pas à chacun selon ses mérites, mais selon ses besoins. Le pardon passe avant la punition. Le don passe avant l’échange. Autrement dit, l’égalité en dignité est concrétisée partout, chacun est pris en compte pour lui-même et non en raison de son utilité − ce qui évidemment n’est pas le cas dans la société civile. La famille est gouvernée selon l’ordre de l’affection plus que du contrat. La société civile ne pourrait pas vivre ainsi, faute de quoi elle deviendrait un chaos dominé par les gens sans scrupules et où les citoyens généreux feraient naufrage.

Dans la famille, l’enfant apprend pour toujours qu’il existe un lieu où l’amour est une atmosphère de vivre-ensemble et un moyen de gouvernement. Et s’il n’a pas appris cela, il a toutes chances de devenir un adulte cynique. Car la société civile incite naturellement au cynisme.
Mais encore faut-il, pour que la famille joue ce rôle essentiel, qu’elle ne s’avise pas de devenir point par point un clone de la société civile. Tentation aujourd’hui très courante.
Observons, pour servir d’exemple, la réponse aux drames de l’inceste à l’intérieur des familles. Autrefois, on n’en parlait pas et, dans le meilleur des cas, on exigeait du coupable le repentir ; mais tout se passait à l’intérieur, portes closes : on « lavait son linge sale en famille ». Aujourd’hui, au contraire, on va aussitôt au procès, et l’on étale tout cela sur la place publique. L’arme du droit est utilisée tout autant ici que dans la grande société. Il faut dire en passant que, par le passé, les familles ont usé et abusé de l’impunité légale conférée par la spécificité communautaire, et tant de victimes en ont souffert. Mais pour justifiées qu’elles soient, ces métamorphoses de comportement transforment les familles en sociétés contractuelles, entraînant nombre de conséquences. Les fratries se sentent liées par le droit davantage que par l’affection, et il devient difficile pour les enfants d’apprendre que certains lieux sont régentés par le seul sentiment.

On se souvient que, dans les années 1960, sous l’impulsion de la philosophie de Dewey, un courant de pensée défendait l’extension de la démocratie à tous les secteurs de la vie sociale. Aujourd’hui , le processus démocratique a d’ailleurs été instauré (avec plus ou moins de bonheur) dans les partis politiques, les syndicats, les universités, et j’en passe ; et il n’est pas rare que des parents s’enorgueillissent de faire voter leurs enfants pour décider du lieu des prochaines vacances. La démocratie n’est pas faite pour les sociétés autres que la société civile, ce n’est pas le lieu de le préciser davantage ici. En tout cas, l’extension de la démocratie à la famille contribue à la dilution et à la perte des finalités au sein de l’institution familiale.
Il faut défendre cette spécificité : dans la famille, l’enfant apprend les vertus morales dont il aura besoin pour que la grande société ne devienne pas tout à fait un enfer. Prenons un exemple : la modestie est une vertu familiale (on cache son intelligence quand ses proches ne sont pas au même niveau) et, dans la grande société, la modestie est une sottise (si je cache mon intelligence, je n’aurai jamais le genre de travail qui me convient). Un enfant qui n’aurait jamais appris que la modestie existe et combien elle importe dans les relations humaines vivrait comme un loup, et il existe d’ailleurs, pour cette raison, beaucoup de loups dans nos entreprises.

Le raisonnement est le même quand on réclame l’ « École ouverte », partant du principe que l’École doit ressembler à la vie afin que les enfants en fassent véritablement l’apprentissage. C’est le contraire. L’École a besoin d’être fermée ! Les enfants n’ont pas encore la capacité de supporter tous les vents du dehors. Ils ont besoin d’apprendre à juger, d’apprendre à être libres, d’apprendre à désirer, et tout cela ne peut se faire que dans le calme d’une micro-société exclusivement faite pour eux. Ils doivent être soustraits au scandale, c’est-à-dire aux spectacles qui les révoltent et les indignent par privation de sens. De la même façon qu’on n’emmène pas ses enfants visiter un bordel, on n’a pas à leur laisser visionner n’importe quel film : la conséquence est mortelle pour l’âme.
On sait à quel point les enfants-soldats, élevés dès le début dans les règles de la société de guerre, deviennent des adultes particulièrement cruels et dénués de cette réserve de compassion qui fait l’humanité des soldats du monde entier. On voit de par le monde ces enfants des rues aux visages burinés déjà par les soucis et les effrois. Sur des corps puérils, des visages d’adultes. C’est pitié. Je me rappelle ces enfants des camin spital de Roumanie : ils semblaient des vieillards, et on lisait dans leurs yeux le tourment trop grand pour eux de la déréliction humaine.

Une famille, c’est le lieu sauvegardé où l’on fait la connaissance de l’amour des autres, sans se hâter d’apprendre que le monde est sauvage. Ainsi ce monde sauvage le sera-t-il un peu moins. En somme, la famille est l’âme de la grande société et, pour ainsi dire, sa conscience.[/access]

*Photo : drinksmachine

Islam : le parti du « mais »

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Charlie Hebdo moque l'islam et les religions

Charlie Hebdo moque l'islam et les religions

C’est reparti ! Le parti du « mais » s’en donne à cœur joie. On aime la liberté, mais faut respecter les religions en général et l’islam en particulier. On a le droit à la caricature, mais faut être responsable. C’est pas bien de tuer, mais c’est très mal de faire des films islamophobes. Après une semaine durant laquelle la dénonciation de la « vidéo islamophobe » et la recherche de son auteur avaient largement pris le pas sur la condamnation des violences et du fanatisme, les spécialistes du renvoyage dos à dos et autres experts de l’excuse tournent en boucle sur nos ondes. Et ils ne sont pas contents.
Charlie Hebdo a encore frappé. Ces farceurs irresponsables s’en prennent à nouveau à l’islam et à son prophète. Au demeurant, peut-être suffit-il désormais de caricaturer un musulman énervé lambda pour « provoquer », « choquer » et peut-être « embraser ». En effet, à peine la « une » de l’hebdo – hilarante mais sans le moindre rapport avec Mahomet puisqu’on y voyait un juif et un musulman unis dans leur refus de toute critique – était-elle publique que la machine à s’offusquer tournait à plein régime. Admettons cependant que ce sont les « couvertures auxquelles nous avons échappé », publiées en dernière page, qui suscitent l’ire de nos concitoyens musulmans et de leurs coreligionnaires dans le monde – et ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère, les Charlie, ça cogne dur et drôle – enfin, moi j’ai trouvé ça drôle mais les avis sont partagés.

Que des musulmans soient agacés, peinés, vexés, outrés, je veux bien l’entendre. À condition qu’ils entendent, une fois pour toutes, que dans nos contrées, chacun doit accepter d’être agacé, peiné, vexé, outré par ses compatriotes. On n’a pas tous les jours l’occasion de rendre hommage à oumma.com, mais sur ce coup, les confrères ont eu la seule réaction honorable de la part de croyants en terre d’irrespect : ils ont appelé leurs lecteurs à traiter l’affaire et Charlie Hebdo par le mépris. Oui, qu’on arrête de nous bassiner avec le respect dû à chacun. Le mépris, ça ne tue pas, ça ne crée pas de trouble à l’ordre public et ça n’empêche personne de dormir.

Appelez ça comme vous voudrez : liberté, pluralisme, tolérance, laïcité. Ce qui est sûr, c’est que sous ce régime où les idées se promènent en liberté, l’existence humaine est plus excitante, plus intéressante et plus marrante qu’ailleurs. Oui, je sais, c’est un jugement de valeur et même l’affirmation d’une préférence civilisationnelle. J’en profite tant que c’est autorisé.
Au train où vont les choses, il n’est pas certain, en effet, que notre droit fondamental de déconner soit longtemps garanti. Il est probable qu’on assistera bientôt à une nouvelle offensive venue du monde arabo-musulman pour faire adopter par l’ONU – et pourquoi pas, par les instances européennes – des textes interdisant le blasphème. En tout cas, Charlie n’était pas encore en kiosque que notre Premier ministre exprimait sa « désapprobation » – non sans avoir rappelé que la liberté d’expression était un droit fondamental. (La nuit lui a sans doute porté conseil car le lendemain matin, il désapprouvait moins fortement.) Quant à Laurent Fabius qui, pas de chance, était au Caire, il a dû se livrer à un exercice de tortillage de fondement qui faisait peine à voir.
On m’objectera que les grands principes ne sont pas une politique, surtout à l’heure où les idées et les écrits voyagent plus vite que les personnes. Qu’on le veuille ou non, une « une » de Charlie Hebdo peut avoir des conséquences à Kuala Lumpur et à Téhéran – en l’occurrence, une manifestation contre nos rigolos a eu lieu mercredi à Benghazi. Il était certes déplaisant de voir un ministre de la République ménager la chèvre de l’islamisme et le chou de la liberté d’expression devant les caméras égyptiennes, mais on ne peut pas exiger de nos gouvernants qu’ils se fâchent avec la moitié de la planète qui ne pense pas comme nous. Et on ne peut pas non plus demander au chef de notre diplomatie d’ignorer le risque de représailles contre nos diplomates ou nos concitoyens vivant à l’étranger (qui a justifié la fermeture des ambassades et des écoles françaises vendredi prochain).

Dans ces conditions, les dessinateurs de Charlie se sont-ils montrés « irresponsables », pour reprendre le terme répété sur tous les tons ? Faut-il, comme Bernard Guetta, qui pousse très très loin la compréhension de l’énervement islamique ou islamiste, pointer du doigt les « provocateurs » ? Comme me le souffle Gil Mihaely, cela revient à accuser la fille qui vient de se faire violer d’avoir aguiché ses agresseurs.
Bref, aussi compliquée soit la question, nous n’avons pas le choix. Les commentateurs ne peuvent que s’en laver les mains. Certes, on peut féliciter Charlie d’avoir fait preuve de délicatesse en choisissant pour sa « une » – que tout un chacun peut voir sans l’avoir voulu – le dessin le plus gentillet. Pour le reste, si la critique doit passer sous les fourches caudines de la responsabilité, autant fermer la boutique et annoncer par avance qu’on respectera toutes les susceptibilités ou qu’on se couchera à la première menace. Or, il faut le répéter sans relâche : ce qui pose problème aujourd’hui n’est pas que la critique de l’islam puisse être exagérée, injuste ou carrément nulle comme dans le cas de L’innocence des musulmans, mais qu’elle soit considérée comme intolérable, non seulement à Kaboul ou Benghazi, mais à Sarcelles ou Grigny. Le bon docteur Guetta, qui félicitait la semaine dernière le monde arabo-musulman de son calme (!) et les camarades-procureurs du Nouvel Obs qui dressent la liste des méchants accusés de nourrir le rejet de l’islam devraient se demander ce qui cause le plus grand tort à la religion de paix et d’amour : les livres de Richard Millet ou les images de foules chauffées à blanc par une vidéo minable ? Les « idées sales » recyclées par Causeur ou l’incendie d’un supermarché casher à Sarcelles ? On laissera chacun se faire sa petite idée. Et on rappellera à tous que chez nous, il n’y a pas de « mais » et que se promener en mini-jupe est un droit de la femme – et un plaisir de l’homme mais c’est une autre histoire.

*Photo : Anwaar