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Le féminisme politique n’a plus lieu d’être

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Nos comportements ont évolué beaucoup plus vite que nos représentations. D’où un décalage parfois troublant entre l’homme imaginaire et celui qu’on croise dans la rue. Rien de tel que le langage pour rendre évident ce fossé. Force d’inertie et de sédimentation, il garde en mémoire les antiques structurations de la vie sociale. Quand on dit « sois un homme ! » ou « un homme, un vrai », c’est la masculinité des sociétés traditionnelles que l’on évoque, avec ses connotations de guerre, de domination et de courage. Or nous vivons dans des sociétés qui ne demandent plus particulièrement aux hommes de faire preuve de courage et de force : il est plus efficace de composer le 17 que de sortir un calibre si l’on veut protéger sa famille, et les officiers chargeant sabre au clair sont un peu passés de mode.

Réciproquement, la négation des qualités « viriles   par l’utilisation du féminin pour insulter un homme (« femmelette », « lopette », etc.), va devoir être remisée au musée des arts et traditions populaires gauloises.
A l’heure des femmes dans l’espace, dans le sport et dans les avions de chasse, traiter un homme de « femmelette » pourrait aussi bien être un compliment ! Dans l’imaginaire traditionnel, l’homme conquiert la femme. Citadelle à prendre, passive, la femme subit une défaite quand l’amant arrive à ses fins. D’où l’utilisation de tout un lexique guerrier : la poliorcétique, art de prendre les places fortes ou les femmes à la vertu redoutable, la femme qui « cède aux avances », l’homme qui « fait assaut de galanterie », etc.

Tout cela fait un peu rétro, mais le vocabulaire moderne n’est pas en reste : elle « s’est fait croquer », il « l’a prise », elle « est passée à la casserole »… Quant aux verbes « baiser », « sauter » et consorts, l’homme en reste généralement le sujet et la femme le complément d’objet. Or, ce lexique ne correspond plus aux pratiques réelles. Au 21ème siècle, dans une bonne partie du monde, il est difficile de décider si c’est Virginie qui est passée dans la casserole de Paul ou l’inverse. Nous sommes entrés dans l’ère de la cuisson mutuelle, ce qui rend la chose nettement plus savoureuse.

Au-delà des relations entre les hommes et les femmes, c’est le regard sur l’homosexualité qui évolue. La perception traditionnellement hostile de l’homme homosexuel passif était solidaire d’un système de représentations où l’acte sexuel était asymétrique : pénétration humiliante pour qui la subit et glorifiante pour qui la pratique. Dans l’Antiquité, on distinguait précisément l’éraste, homosexuel actif, de l’éromène, homosexuel passif. Le scandale ne venait pas de l’homosexualité elle-même, largement tolérée, mais des situations où les rapports de pouvoirs étaient inversés, mettant en danger les hiérarchies sociales entre citoyen libre et esclave, adulte et adolescent, homme et femme. Le mépris pour l’homosexuel passif n’est qu’une variante du mépris pour la femme ; il est même accentué par le fait qu’il a, lui, « choisi » sa position de «  dominé ». Le bon bourgeois conservateur ne pouvait regarder l’homosexuel comme un sous-homme que parce qu’il s’imaginait lui-même comme maître du jeu, initiateur et puissance active dans ses relations sexuelles avec des femmes-objets. Or aujourd’hui, l’inégalité des rapports hétérosexuels tend à disparaître. La femme n’est plus une ville ouverte sur laquelle l’homme fonce lance en avant, il n’y a plus ni vainqueur ni vaincu, et la pénétration, d’enjeu de pouvoir, est devenue un détail anatomique. Envers les homosexuels cependant, les préjugés persistent. On croise encore souvent des hommes qui éprouvent une répulsion physique pour les hommes qui se font pénétrer, les considérant confusément comme des êtres veules et soumis, alors qu’ils ne considèrent pas ainsi leur femme, qui pourtant subit le même sort ! Encore une fois, c’est le langage qui continue de dire ce qui se pense de moins en moins ouvertement : à la « femmelette » correspond la « tapette », tandis que « se faire enculer » est tout aussi rageant que « se faire baiser ». Étonnant, non ?

La vulgarité, qui est un peu le cerveau reptilien d’une langue et de ses locuteurs, nous fait donc cette curieuse révélation : une femme ne peut être que dominée, pour la bonne raison qu’elle n’a pas de phallus. Il suffit de songer à Mme Thatcher ou à Catherine de Médicis pour sonder toute la pertinence de cet axiome. Alors, le féminisme, toujours d’actualité ? Bien sûr, tant qu’on entendra « se faire baiser » (à l’inverse, gardons, de grâce, Mademoiselle !). Mais la lutte est épuisée sur le plan politique, puisque l’égalité des droits est atteinte. Continuer sur ce terrain impliquerait de revendiquer un statut de minorité protégée : discrimination positive à l’embauche, mesures de parité, systèmes de quotas, répression particulière des atteintes verbales, etc. C’est une stratégie dangereuse : pour arracher quelques gains immédiats, elle conduit à singulariser les femmes comme une catégorie à part. Oui, les femmes sont battues, les femmes sont discriminées, les femmes sont insultées. De même que d’autres groupes sociaux.

Alors, que doit faire l’État ? Pondre des centaines de lois, une pour les femmes battues, une pour les noirs discriminés, une pour les Juifs insultés ? Non, il suffit d’appliquer les lois existantes, universelles et économes de mots, qui stipulent qu’aucun citoyen ne peut être battu, discriminé ou insulté. Aucun citoyen, c’est pourtant clair, non ?

Au secours, la gauche revient !

Un spectre hante l’Europe, c’est le hollandisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte Alliance pour traquer ce spectre : la chancelière allemande et les conservateurs anglais, le premier ministre espagnol et le président du conseil italien.
Bien sûr, ils démentent tous l’article de Der Spiegel qui fait état d’un pacte secret consistant à ne pas recevoir ce nouveau Lénine que l’on aimerait bien voir, comme son sinistre prédécesseur de 1917, voyager à l’étranger dans un wagon plombé, non pas pour l’aider à faire la Révolution chez lui mais pour l’empêcher de soulever les peuples par la seule magie de son verbe révolutionnaire.
Bien sûr encore, ces démentis n’empêchent pas un soutien affiché à Nicolas Sarkozy, dernier rempart contre la subversion marxiste qui menace la France.

L’espagnol Rajoy, par exemple, a la dénégation pour le moins ambiguë : « Que j’ai pu dire que je ne recevrai pas M. Hollande, cela est faux » mais il complète aussitôt « Tout le monde sait qui je veux voir gagner les élections, parce que nous militons dans le même parti. » On se rappelle du coup qu’Ignace de Loyola, le fondateur de l’ordre des Jésuites, était lui aussi espagnol…
Quant à Mario Monti, le chef du gouvernement technique de l’Italie, il met en avant le fait qu’il n’appartient à aucun parti politique et donc… qu’il ne fait pas de politique. Il applique seulement quelques mesures d’austérité qui vont de soi, qui sont les seules possibles, comme l’a très bien compris Nicolas Sarkozy. Il lui serait extrêmement préjudiciable qu’un de ces coups de fièvre révolutionnaires dont ces damnés français sont coutumiers le prive du pouvoir. Rien de plus.

Car vous ne le saviez peut-être pas, mais un candidat d’extrême gauche, appelé François Hollande, aurait des chances sérieuses d’accéder à l’Elysée dans quelques semaines. La panique gagne les esprits et les portefeuilles. On s’émeut, on s’affole, c’est le retour des Grandes Peurs. Dans les beaux quartiers, comme disait Aragon qui est sûrement une des lectures préférées de notre néobolchévique, on attend dans la terreur les nouvelles jacqueries des partageux qui viendront demander des comptes. Déjà, on prend patriotiquement ses précautions en mettant à l’abri des fortunes honnêtement gagnées qui pourront servir à la reconstruction après la libération, quand Hollande aura été chassé de l’Elysée comme le fut Allende de la Moneda.

On relit Chateaubriand pour voir à quoi ressemblait la vie des Emigrés après 1789 et se préparer à des jours difficiles. Ces temps-ci, le Coblence fiscal s’appelle Bruxelles et on lèvera les armées de la résistance dans le « square des milliardaires », du côté d’Ixelles et du bois de la Cambre. Ou bien l’on ira s’abriter dans le Canton de Vaud et à Genève. Comme le remarque fort justement Le Parisien, c’est une question de survie et de bon sens élémentaire : un Français disposant de 20 millions d’euros, autant dire vous et moi, s’il loue là-bas un bien 5000 euros ne paiera plus que 120 000 euros d’impôts tandis qu’en restant en France, il en paierait 160 000, rien qu’au titre de l’ISF. En plus, Genève comme Bruxelles présentent l’avantage de ne pas être trop éloignés des hôpitaux parisiens où si besoin est notre exilé fiscal pourra revenir se faire soigner grâce à la sécurité sociale et à un système de santé. Système dont Hollande, éventuel président rouge, se fera le protecteur zélé en saignant les forces vives de la nation…

Du côté de Mélenchon, de Nathalie Arthaud, de Philippe Poutou, on désespère : le candidat de la vraie furie prolétarienne a bien caché son jeu. Il va arriver au pouvoir avec un programme secret qui fera passer Les thèses d’avril pour une bluette centriste.
D’ailleurs, les plus fins analystes l’ont bien compris, comme Eric Brunet comparant sur BFM TV une accession au pouvoir de Hollande à celle d’un Hugo Chavez français. En même temps, il faudrait s’entendre parce que récemment, pour Daniel Cohn-Bendit, le Chavez européen, c’était plutôt le hongrois Viktor Orban qui n’est pas franchement un gauchiste.

Mais de toute manière, attendons-nous au pire et armons-nous de courage. Hollande président, ce ne seront plus les chars soviétiques franchissant la Seine comme en 1981 mais les paras vénézuéliens sautant sur le Palais Bourbon. Ce qui ne vaudra guère mieux.

Ne pas vitupérer l’époque

Faut-il sauver nos humanités ? Sur cette question sensible, puisqu’elle concerne l’image gratifiante que nous avons de nous-mêmes, un préalable s’impose. Il consiste à s’immuniser contre la tentation grincheuse en se chantonnant les derniers vers d’un poème d’Aragon chanté par Léo Ferré.
« Et puis qu’on ait ou non vendu son chinchilla
Son hermine ou son phoque
Il vous reste du moins cet amer plaisir-là
Vitupérer l’époque, vitupérer l’époque, l’époque. »

Rappelez-vous que le titre de cette chanson est Les Fourreurs.
Vous ne voyez pas où je veux en venir ?
Eh bien, je voudrais dire aux enfants de fourreurs et du Livre qui sont devenus de brillants intellectuels grâce à l’École républicaine, et qui rêvent que l’École républicaine permette aux enfants d’immigrés d’aujourd’hui d’acquérir la même culture qu’ils se trompent et d’enfants et d’époque.[access capability= »lire_inedits »]

Les temps changent, comme le chantait Dylan. Un nombre significatif de ces enfants de l’immigration récente entre à l’École avec une attitude exactement inverse à celles des petits juifs polonais d’après-guerre. Et en même temps, la place de l’École dans la société a également été irrémédiablement modifiée.

Je précise. Dans l’après-guerre, les petits juifs polonais, fils de fourreurs, de tailleurs ou de cordonniers d’après-guerre voulaient s’intégrer à la France par la langue, la littérature et la culture ; leur fidélité à leurs origines, ils la manifestaient − souvent au grand dam de leurs parents − par leur adhésion bruyante à la Révolution, qui leur mit le pied à l’étrier de l’universel.

L’École était sélective, elle était un sanctuaire et elle était le principal foyer de culture. Pour certains jeunes d’aujourd’hui, les distractions que les écoliers d’alors avaient en dehors de la salle de classe représentent le sommet de la culture. On ne reviendra ni à cette École, ni aux élèves figés que l’on voit dans « L’Horloge », la célèbre photo de Doisneau.

L’École d’aujourd’hui, que cela nous plaise ou pas, doit accueillir des publics hétérogènes. À qui fera-t-on croire que la transmission du savoir et de la culture va suivre le même cours qu’hier ? Si on veut que la massification devienne effectivement une démocratisation, il faut partir du réel. Et le réel, c’est la diversité sociale et culturelle des élèves.

Soyons réalistes et ne demandons pas l’impossible. Ce ne serait déjà pas mal de permettre à tous d’acquérir un minimum culturel commun, quitte à offrir ensuite un maximum culturel différent pour chacun. Cela suppose de définir la culture générale nécessaire et possible pour chaque filière et pour chaque niveau. Cela vaut pour Sciences Po comme pour la médecine, et il paraît que les écoles d’ingénieurs et de commerce l’ont compris.

On m’objectera que cela revient à accepter une École et une culture générale à plusieurs vitesses. C’est inévitable : si une société a besoin d’une culture commune, aucune société ne peut plus prétendre à l’homogénéité culturelle.

On peut s’en désoler. Mais pourquoi l’intellectuel cultivé à l’ancienne serait-il le modèle unique d’une vie réussie ?[/access]

JO 2012 : Touche pas à ton pote !

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A l’exception du football, je n’ai jamais franchement aimé le sport en général, et l’olympisme en particulier. J’ai toujours trouvé suspecte cette fraternité universelle de substitution, cette hypocrisie coubertinienne qui prétend que l’essentiel est de participer alors que l’essentiel a toujours été d’écraser l’adversaire par des performances supérieures en hypostasiant un féroce esprit de compétition.

Les années passant, cela ne s’est pas amélioré. Les Jeux Olympiques sont devenus depuis belle lurette l’otage des stratèges de la géopolitique ou un champ de bataille pour la guerre économique. Cependant, il aurait été difficile d’imaginer, en plus, que les jeux olympiques sombrent dans le ridicule paranoïaque et hygiéniste.

Il aura fallu pour cela que nos amis britanniques les organisent, comme on le sait, pour 2012. La délégation nationale qui comptera 550 athlètes a reçu des consignes très strictes par le docteur Mc Curdie du BOA (British Olympic Association) : ne pas serrer les mains des autres athlètes et des dignitaires étrangers, notamment lors des cérémonies de remise des médailles. Le docteur Mc Curdie estime en effet que si le Royaume-Uni veut améliorer sa performance des JO de Pékin, il faudra éviter aux compétiteurs brits d’attraper des maladies et donc qu’ils refusent les contacts physiques avec des étrangers dont il est bien connu qu’ils sont porteurs de microbes et autres germes exotiques.

Les Latins ou les Grecs, par exemple, avec leur sale manie d’exprimer leur sympathie ou leur joie en se faisant bises et papouilles à tout bout de champ, font preuve non seulement d’un spectacle déplorable (shocking, ils se touchent !) mais sont aussi de redoutables armes bactériologiques en puissance.

D’ailleurs, ne sont-ils pas tous plus ou moins citoyens de cette informelle confédération de pouilleux que les petits gars de la City ont appelé aimablement les PIGS (Portugal, Italy, Greece, Spain) ?

Jean-Luc Mélenchon ou les libertés mises au pas

Promu par les médias histrion officiel de la campagne 2012 mais crédité de scores modestes par les sondages et sans doute voué à jouer les supplétifs de François Hollande au second tour de l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a ce qu’il appellerait peut-être, dans ce langage fleuri dont raffolent les femmes du monde, « une veine de cocu  ». Car pour toutes ces raisons, à cause de son côté bateleur et de ses faibles chances d’être élu, peu d’analystes semblent avoir pris la peine d’examiner de près son fameux programme, L’Humain d’abord, préférant gloser sur ses bons mots, ses coups de gueule et ses froncements de sourcils. Pourtant, ce programme en vaut la peine – en particulier sur une question qui paraît lui tenir très à cœur, celle des libertés, à laquelle il donne des réponses franchement inquiétantes.

Plus de contraintes

Dans un monde dominé par la thématique des droits de l’homme, l’offensive menée contre les libertés par le programme du Front de gauche est naturellement amenée à pratiquer la litote. C’est ainsi que ses attaques contre la propriété privée se trouvent exprimée par une formule délicieuse, « Encourager d’autres formes de propriété » : affirmation quelque peu sibylline, heureusement éclairée quelques lignes plus loin : « notre programme prévoit l’extension de la propriété publique par le développement des services publics. Il promeut de nouvelles appropriations sociales par la nationalisation des grands leviers de l’action économique, industrielle et financière », mais aussi l’essor de la « propriété sociale », et des coopératives, auquel s’adresseront prioritairement toutes les commandes publiques. Encourager des formes alternatives de propriété signifie, en clair, décourager la propriété privée des moyens de production. Marchais est de retour. C’est d’ailleurs toujours sur ce mode qu’est abordée la question des libertés : selon une technique consistant à mettre en avant un droit afin d’en éliminer (ou d’en grignoter) un autre.

Mélenchon évoque ainsi le principe de laïcité, qualifié de « pilier de la République et de condition du vivre ensemble » – car comme chacun sait, il n’y avait pas de République ni de société française avant la loi de 1905. L’avantage de ce genre de principe est qu’il permet de faire (ou de dire) tout et son contraire. Passons sur les détails involontairement cocasses, qui semblent parfois sortis d’un libelle maçonnique du temps du petit père Combes, comme le fait que « le président de la république renoncera définitivement à son titre de chanoine de Saint-Jean du Latran » (sic). Plus sérieusement, le principe de laïcité tel que conçu par Jean-Luc Mélenchon lui permet de supprimer la liberté scolaire – en prévoyant que plus aucun financement public ne sera alloué à la rénovation des écoles privées. Mieux : il le conduit à déclarer qu’il interdira les sectes- le genre d’annonce qui part d’un bon sentiment mais qui pourrait avoir des effets incalculables, personne ne sachant précisément ce qu’est une secte, comment elle se définit, ni ce qui la distingue d’une religion. Sans même parler des conséquences juridiques qu’aurait une telle interdiction, laquelle mettrait la France en contradiction avec toutes les conventions humanitaires qu’elle a ratifiées (Convention européenne des droits de l’homme, Pacte international sur les droits civils et politiques, Charte des droits fondamentaux de l’union européenne, etc.), et entraînerait à coup sûr sa condamnation par la justice internationale.

L’autre obsession de son programme, ce sont les discriminations – lesquelles, comme chacun sait, sont terriblement présentes dans la vie quotidienne des Français en ce début du XXIe siècle. Pour ce qui est des rapports hommes-femmes, par exemple, il est urgent de se « débarrasser du patriarcat » : un concept que l’on croyait passé de mode depuis la mort de Simone de Beauvoir, mais que les associations féministes qui ont collaboré à l’élaboration du programme ont réintroduit par la grande porte. S’en débarrasser en durcissant les règles relatives au sexisme, en renforçant les contrôles, et en alourdissant les sanctions. « Nous adopterons une loi pour l’égalité qui éradiquera toute discrimination » – notamment, grâce à la HALDE, la Big Sister de la lutte contre les discriminations, dont Mélenchon prône la résurrection, le renforcement et l’installation sur un mode décentralisé, afin qu’aucun lieu de l’hexagone n’échappe à son regard bienveillant.

Moins de garanties

A cet amoindrissement des libertés – droit de propriété, liberté d’entreprendre, liberté scolaire, liberté religieuse, liberté d’expression -, correspond un affaiblissement des organes qui ont été peu à peu établis, dans le cadre de l’État de droit, en vue de garantir lesdites libertés.
Historiquement, la première de ces garanties est sans doute le bicamérisme, qui consiste à diviser le Parlement en deux chambres distinctes afin d’éviter qu’une Assemblée unique et toute puissante adopte des lois à la hâte, sous le coup de la passion, au détriment des droits et des libertés. En France, c’est après l’épisode de la Terreur, où la Convention montra à quel point une assemblée parlementaire pouvait être liberticide, que fut introduit le bicamérisme. Héritière du robespierrisme, la gauche communiste y a toujours été hostile, et c’est ainsi qu’à la Libération, devenue majoritaire au sein de l’Assemblée constituante, elle supprima le Sénat dans un premier projet de constitution de la IVe République. Mais c’est aussi pour cela que, consultés par référendum en mai 1946, les Français refusèrent ce projet, l’absence de Sénat étant considérée comme privant les libertés d’une garantie essentielle. Voilà pourtant ce qu’envisage le programme Mélenchon : « Nous proposerons la suppression du Sénat ou sa réforme profonde pour devenir une chambre au relais des collectivités locales et des initiatives citoyennes ».

Deuxième garantie, l’autorité judiciaire : sur ce point, Mélenchon se montre, au premier abord, plutôt rassurant : « nous garantirons l’indépendance de la justice… ». C’est ensuite que cela se gâte … « …à l’égard du pouvoir exécutif ». Ce qui, depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 qui a achevé la réforme du Conseil supérieur de la magistrature, est devenu inutile, cette indépendance étant désormais acquise. Mais poursuivons : comment Mélenchon propose-t-il d’assurer cette indépendance à l’égard de l’exécutif ? Tout simplement, en faisant dépendre les juges de l’Assemblée, à travers un Conseil supérieur de la justice nommé pour moitié par le parlement, et responsable devant lui. En somme, une instance politique, entièrement dépendante de l’Assemblée, se substituant à l’instance professionnelle qu’est devenu le Conseil supérieur de la magistrature…
Troisième garantie capitale: le Conseil constitutionnel. Et troisième coup de boutoir du programme Mélenchon, qui déclare qu’en cas de victoire, celui-ci sera remplacé par « une nouvelle instance nationale pluraliste chargée du contrôle de constitutionnalité » : formule énigmatique, là encore, qui laisse au moins supposer qu’il ne s’agira pas d’une juridiction, mais, une fois encore, d’un organe politique aux contours mal définis et à l’indépendance peu vraisemblable. La pire des solutions pour protéger les droits.

En somme, il n’y aura rien ni personne, en face de l’Assemblée toute-puissante, pour garantir efficacement les droits et les libertés.
Et le peuple, me direz-vous ? De fait, le programme Mélenchon ne cesse de chanter les vertus de la démocratie participative. Pourtant, là encore, on pourrait s’interroger sur la sincérité de notre héros – et rappeler par exemple qu’en 2005, lorsque fut introduit dans la constitution le mécanisme du référendum obligatoire en cas d’entrée de nouveaux états dans l’Union européenne, un mécanisme qui représente un progrès considérable au regard de la démocratie directe, le sénateur Mélenchon fut l’un des premiers à s’insurger contre celui-ci, prononçant une phrase qui figure depuis dans toutes les anthologies : « Les représentants du peuple auraient-ils moins de légitimité que le peuple à s’exprimer ? »

Kultur, Civilisation, Entertainment

Par définition, tout, chez l’homme, est culturel. Même nos manières de nous nourrir ou de nous accoupler sont tributaires de la représentation que nous nous faisons des sexes, de la jouissance, des saveurs ou de la sociabilité. Rien n’y échappe. La culture n’est nullement cantonnée aux musées, bibliothèques ou au temps libre de certaines classes supérieures : elle conditionne le moindre de nos gestes, nos sentiments et nos instincts mêmes − car elle module l’appétissant et le désirable. La culture, c’est la grande mise en forme par les facultés spirituelles du magma animal d’où l’homme s’élève. Elle est autant l’œuvre de grands initiateurs (Jésus, Bouddha, les prophètes), que celle du génie collectif des peuples ou encore d’individus géniaux exprimant au mieux ce génie collectif. En conséquence, le rapport que nous entretenons à la culture est lui-même culturel. Il révèle la manière spécifique qu’a celle-ci de modeler les êtres et leurs gestes.

« Kultur » vs « Zivilisation »

En France, quand nous entendons le mot « culture », nous sortons nos « humanités ». Mais nous oublions que cet élégant réflexe tient à une tradition bien particulière, parfaitement aristocratique à l’origine. Souvenons-nous simplement de l’idéal de l’ « honnête homme » au XVIIe siècle, quand le terme d’« honnêteté » avait quelque chose à voir avec l’idée d’honneur. Il y avait alors un type d’homme supérieur, modèle vers lequel tendre, « cultivé » au sens botanique du terme et dont l’excellence des mœurs − et donc des actes − représentait la naturelle fructification. En outre, le perfectionnement de cet homme devait, presque mécaniquement, l’universaliser. Alors l’universel se touchait par l’un, non par le nombre, et la culture était comme la foi : une correction de la chute.[access capability= »lire_inedits »]
Dans la période qui s’ouvrit après la Révolution, l’idéal républicain visa avant tout à « aristocratiser » le peuple, et sous la IIIe République, les « hussards noirs » incarnèrent avec force cette fonction de missionnaires du salut par la culture, tentant d’établir un formatage par le haut dans le giron national. Pourtant, au cours du XIXe siècle, déjà, nos voisins allemands, de la réaction romantique à Spengler, critiquèrent notre appréhension du phénomène culturel, en opposant les concepts de « Kultur » et de « Zivilisation ». Selon eux, notre tradition élitiste et étatiste avait accouché du stade dégradé de l’originelle « Kultur » : la « Zivilisation », où les formes vivantes, investies, créatives, organiques du génie propre à un peuple se sont sclérosées sous des espèces abstraites, artificielles et moribondes. Alors que les peuples germaniques, liés par une langue et une culture communes mais dépourvus d’État et d’unité, les trouvaient sous l’égide de Bismarck, ils nous traitaient, nous qui possédions le plus ancien État d’Europe et le mieux institué, de dégénérés. Nous les tenions pour des barbares.

« Zivilisation » vs « Entertainment »

La confrontation métaculturelle qui se joue aujourd’hui chez nous dévoile un autre antagonisme : celui qui oppose les reliquats de notre « civilisation » humaniste à la domination culturelle américaine régie par les lois de l’ « Entertainment ». « Here we are now, entertain us ! », proclame le refrain de « Smells like teen spirit », le tube qui fit le succès du groupe Nirvana.
Ici, c’est depuis trente ans la gauche qui règne sur les ruines de notre tradition propre. Cet accaparement releva d’abord de la stratégie politique, puis s’institua comme la droite lui abandonnait le terrain pour se cantonner à l’économie. Ainsi la gauche soutient-elle donc de fait la forme élitiste et normative de notre tradition, ce qui ne va pas sans paradoxe quand elle a intégralement versé dans le multiculturalisme égalitaire et anti-discriminatoire et la prive donc d’une posture conséquente en la matière. D’autant qu’elle a substitué au vieil idéal humaniste une propagande humanitariste qui lui fait défendre non pas tant l’intelligence qu’une poignée d’idées simplifiées. Les programmes scolaires se résument toujours davantage, en effet, à vendre de la « tolérance » avec Voltaire, du « messianisme prolétarien » avec Hugo, de l’ « engagement antiraciste » avec Zola, du « jeunisme » avec Rimbaud ou encore du « féminisme » avec Beauvoir ; quand il suffit d’allumer la télévision pour être tranquillement abreuvé des mêmes conceptions monolithiques.

En face, l’« Entertainment » à l’américaine procède d’une nature inédite. Si la « Zivilisation » cultivait un individualisme à visée universelle, si la « Kultur » demeurait liée à la vitalité d’un peuple, l’« Entertainment » est la culture adaptée à l’individu-masse assumant le formatage mondialisé. Qu’on se souvienne du plus important événement de juin 2009 : le décès accidentel de Michael Jackson, lequel donna lieu à une commémoration planétaire. Observons comment, sur chaque continent, des fans, issus des peuples les plus divers, se contentèrent, pour lui rendre hommage, de cloner littéralement la star américaine. Certes, la haute culture persiste, en Amérique aussi bien évidemment, mais elle se trouve avant tout être l’enjeu de chercheurs, d’universitaires, bref d’ « experts » comme notre époque en raffole. Quant aux cultures locales, elles sont soit folklorisées, donc destinées aux touristes, soit réduites à l’état d’arôme censé relever le goût de la même sauce américaine. La marque que cette culture, en son occurrence la plus basse et la plus générale, doit imprimer à ceux qui s’y conforment, peut se résumer en quelques injonctions : « Sois cool ! » (« Sois soumis ! »), « Sois rebelle ! » (« Crache sur ce qui a été détruit ! »), « Éclate-toi ! » (« Consomme ! »), « Sois toi-même ! » (« Ne t’avise pas de grandir ! »). Et surtout : « Te prends pas la tête et kiffe la vibe ! » (« Souris, esclave ! »).

L’« Entertainment », comme culture, est donc par excellence une modalité de contrôle et une promotion du pur divertissement au sens pascalien, c’est-à-dire une méthode de diversion enjoignant de se détourner de son gouffre et de sa mort, au lieu de l’effort de conversion (du plomb de base en or) ou de la possibilité de catharsis, qui avaient autrefois prévalu. C’est la diastole de la nouvelle économie humaine, dont la systole est une permanente exigence de rentabilité. Production, abrutissement. Consommation, divertissement. Ainsi fabrique-t-on des spectres à la merci d’experts.
Dans un pareil contexte, « défendre la culture » au sens où on l’entend aujourd’hui en France, c’est-à-dire subventionner des divertissements ennuyeux selon les paradigmes de l’ « Entertainment », n’a strictement aucun intérêt. Ce sont les paradigmes qu’il faut changer. Et pas au nom d’une quelconque « exception culturelle », d’une notion particulière du « bon goût » ou par crispation nostalgique. Non, simplement parce qu’à l’heure où, de l’aliénation, le désert croît, il est urgent de retrouver les moyens de forger des hommes libres.[/access]

Ça ne string pas à l’ump !

Pris en flagrant délit de schizophrénie, le parti de la majorité se perd entre le rejet d’une tradition criminalisée et l’adhésion inconsidérée à une modernité repoussante.

Entre la circulaire de Matignon qui ostracise le galant « Mademoiselle » des formulaires administratifs et le rapport Jouano sur l’hypersexualisation des jeunes filles, on cherche en effet la logique.
C’est un peu comme si l’affolement du progressisme paritaire caressant les féministes dans le sens du poil avait été rattrapé par le surmoi de la droite tradi et moralisante, peut-être chaperonnée en coulisse par la Mère supérieure Boutin. D’une main, on dépucelle les jeunes filles alors que de l’autre on les castre. Alors string ou culotte?

Désormais, encouragées à se considérer comme une femme adulte par le « Madame » sur le papier, elles sont condamnées lorsqu’elles jouent le jeu jusqu’au bout en « s’hypersexualisant ».

Une fille de 13 ans appelée Madame sur le formulaire administratif ne devra donc pas prendre l’apparence d’une lolita maquillée.

Or, ce qui unit peut-être ces deux mesures a priori discordantes, c’est la sainte lutte contre les discriminations sexuelles, agitée au nom de la libération des moeurs dans l’un comme dans l’autre cas. Que Madame se rassure, elle ne sera pas plus hypersexualisée qu’adulte car, comme dans 1984 d’Orwell, les mots ne correspondent déjà plus aux choses qu’ils sont censés désigner. Pour tout dire, l’incohérence de l’UMP risque plutôt d’accentuer la confusion générale…et de faire augmenter la vente de strings !

Quand on parle de Sarkozy, Kassovitz a la haine…

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Après avoir « enculé » les César et le cinéma français, Matthieu Kassovitz s’en prend aux politiciens. Ça commence doucement par ce twitt désabusé auquel beaucoup pourraient adhérer, et surtout une certaine Marine Le Pen : « À droite comme à gauche ils n’ont aucune solution et nous amènent dans le mur. Voter c’est faire preuve de lâcheté ». Une évidence scientifique que le réalisateur de La Haine et de L’ordre et la morale a sans doute découverte à l’issue du fameux scrutin inique de sa profession lors de cette dernière édition des César…

Mais ensuite, c’est son instinct d’historien nuancé -si bien dévoilé dans son dernier film- qui prend le dessus. Pour lui, « Si NS (NB : Nicolas Sarkozy) passe un deuxième tour la France est un pays de collabo neofascistes. Il faut se débarrasser de ces fils de putes de l’UMP avec fracas ».

Avant de tirer des conclusions hâtives, il faut se mettre dans la tête de Kassovitz qui avait tenu à nous expliquer après l’affaire des César que « traiter ces gens d’enculés n’est pas une insulte. C’est un réflexe naturel ». On peut donc conclure que traiter Nicolas Sarkozy et les membres de l’UMP des fils de pute est un compliment. L’info est donc fracassante : Matthieu Kassovitz soutient publiquement Nicolas Sarkozy !

Halal, casher, des traditions dépassées ?

C’est désormais une évidence, le steak s’est invité au premier plan des bastons électorales. D’abord levé par une émission d’enquêtes de France 2 (qui lors de sa diffusion, n’avait déclenché aucun scandale), très opportunément redécouvert sous une frite par la candidate du FN, aussitôt après qualifié de non-sujet par la totalité de ses concurrents à la présidentielle, stigmatisé comme topique intrinsèquement raciste par la quasi-totalité de la presse, le lièvre de l’abattage rituel n’en finit pas de courir. Et en bon lièvre, il court dans tous les sens et bondit là où on ne l’attendait pas.

Ainsi, vendredi dernier, en meeting à Velaine-en-Haye, en Meurthe-et-Moselle, Claude Guéant, avait déclenché un tonnerre d’applaudissements dans la foules de supporters UMP en déclarant: « Nous ne voulons pas que des conseillers municipaux étrangers rendent par exemple obligatoire la présence de la nourriture halal dans les repas des cantines ».
Le lendemain, son patron et candidat en remettait une couche lors de son meeting de Bordeaux en se prononçant en faveur de « l’étiquetage de la viande en fonction de la méthode d’abattage » avant de conclure simple et clair : « Reconnaissons à chacun le droit de savoir ce qu’il mange, halal ou non ».
Comme je suis un gentil garçon, c’est au terme d’un vrai drame de conscience que j’ai cherché sur Google ce que le même Nicolas Sarkozy avait déclaré, une semaine plus tôt, aux Halles de Rungis : « On consomme chaque année en Ile-de-France 200.000 tonnes de viande et il y a 2,5% de viande casher et halal » sur ce total. « Est-ce que vraiment ça vaut le coup de faire une polémique pour ça? Il y a vraiment des choses dont on doit débattre. Mais aller jeter la suspicion sur des artisans, des commerçants, sur des éleveurs (…) pour gagner quelques voix, est-ce que c’est à la hauteur du débat? Je ne pense pas ». En vertu de quoi le président avait décrété que Marine Le Pen avait suscité une polémique « qui n’a pas lieu d’être ».

Il faut croire que nul n’est prophète en son parti, puisque ce lundi matin, le Premier ministre, s’exprimant « à titre personnel », a relancé en fanfare le débat en suggérant sur Europe 1 que « les religions devaient réfléchir au maintien de traditions qui n’ont plus grand chose à voir avec l’état aujourd’hui de la science, l’état de la technologie, les problèmes de santé ». Ladite suggestion valant explicitement à la fois pour le halal et le casher. Le dégagement de Fillon est, à mon avis, aussi surprenant que calculé. En plongeant la communauté juive dans un débat duquel elle se tenait globalement à l’écart, il se disculpe, lui, François Fillon de toute accusation de racisme, qui pourrait entacher la suite de sa carrière. A partir du moment où personne n’osera, et à juste titre, le taxer d’antisémitisme, le procès en islamophobie n’est plus tenable, dans la mesure où il a formulé ses remarques simultanément vis-à-vis des personnes pieuses des deux religions.
Ces déclarations, on s’en doute, ne sont pas passées totalement inaperçues du côté du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) : « J’ai été choqué de l’entendre s’exprimer ainsi », « la déclaration de François Fillon est stupéfiante », a déclaré à l’AFP Richard Prasquier. Mais derrière l’indignation l’analyse pointe, une analyse que ne peux que partager, ce qui ne m’arrive pas tous les jours s’agissant du CRIF : « Même s’il dit que c’est à titre personnel qu’il s’exprime, quand on est Premier ministre, on a une parole officielle. Nous sommes dans un pays de séparation de l’Eglise et de l’Etat », a-t-il conclu, très judicieusement à mon avis, il est assez grave, qu’à des fins personnelles un premier ministre en fonction s’immisce dans les « pratiques ancestrales » quand celles-ci se trouvent justement être au cœur d’une religion. Autant la clarté sur les étiquettes est une mesure légitime, que l’UMP a d’ailleurs combattu, autant ce n’est pas à l’Etat de « moderniser » les cultes tant que ceux-ci restent dans les clous républicains. A ce tarif-là pourquoi ne pas interdire le vin de messe au titre de la lutte contre l’alcoolisme ?

On noter enfin que ce début d’affaire dans l’affaire a aussi déclenché un regain de ressentiment chez certains musulmans, et parfois de façon assez « cocasse » dirons –nous pour éviter toute vulgate freudienne. Je pense notamment au twitt épatant émis après la déclaration de Fillon par Salima Saa, membre du secrétariat national de l’UMP « je ne cautionne pas les propos qui assimilent l’abattage de la viande halal à des « pratiques ancestrales » » avant d’ajouter dans un communiqué officiel qu’elle était « attristée de voir s’étaler des jugements négatifs et dévalorisants sur les musulmans de France ». En politique comme au supermarché, le casher, c’est sans doute pas son rayon…

Les 75 % de Hollande : une tranche de bon sens

Affirmons-le d’emblée : contrairement à mon ami Gil Mihaely, je ne vois pas dans la volonté de créer une tranche marginale d’imposition à 75 % pour les revenus supérieurs à un million d’euros une stigmatisation des plus riches, encore moins une recherche de boucs émissaires. Certes, je ne suis pas aveugle et je vois très bien que le candidat socialiste a certainement voulu faire un coup politique, d’autant qu’il exposait à Mediapart une thèse radicalement inverse en janvier 2011. A cet égard, cette campagne atteint les sommets du minable puisque les deux favoris désignés rivalisent de coups de com’, quitte à se contredire eux-mêmes à un an d’intervalle voire d’une semaine à l’autre comme Nicolas Sarkozy sur l’étiquetage des viandes selon le rite d’abattage[1. Alors que la polémique lancée par Marine Le Pen était jugée absurde par le candidat-président à Rungis il y a quelques jours et que le ministre de l’agriculture Bruno Lemaire jugeait stigmatisant l’étiquetage des viandes selon le rite d’abattage, ce qui était d’ailleurs cohérent avec le refus du gouvernement d’inscrire à l’ordre du jour les propositions de loi de Françoise Hostalier (février 2012) ou de Nicolas Dhuicq (2011), Nicolas Sarkozy a fait volte-face à Bordeaux samedi. Peut-être avait-il lu Causeur entre-temps.].

Mais oublions les deux candidats et causons de la proposition fiscale en elle-même. Il ne s’agit non pas, rappelons le, de taxer une certaine catégorie de contribuables à 75% mais d’imposer à ce taux les revenus supérieurs à un million d’euros. Tout contribuable ayant déjà rempli une feuille d’impôt l’aura compris. Afin d’entrer davantage dans les détails, on se reportera à un article du Monde fort bien documenté. A mon sens, il n’est pas choquant que de tels revenus fassent l’objet de tels taux et, au risque de surprendre, c’est plus mon éducation dans une famille conservatrice que ma récente fréquentation de Jérôme Leroy qui en est à l’origine. Mais est-ce si surprenant ? En 1967, le gouvernement avait fait passer la tranche marginale de 70 à 80%. Affreux marxiste, le général de Gaulle ? On peut trouver la mesure inappropriée en 2012 à l’heure où les capitaux sont libres de leurs mouvements, mais pour la juger moralement choquante et crypto-communiste il faudra repasser.

En fait, ce n’est qu’à partir des années quatre-vingts, avec la conversion commune de la mitterrandie et de la droite française à la frénésie libérale nous venant de l’Amérique de Reagan et de l’Angleterre de la Dame de Fer, que la France est entrée dans un cycle nouveau. Auparavant, à part Alain Madelin ou Jean-Marie Le Pen, personne n’aurait qualifié de « confiscatoire » un tel taux marginal d’imposition. Les travaux d’Emmanuel Todd sur les systèmes familiaux expliquent très bien les ressorts anthropologiques français et notamment notre attachement puissant à l’égalité. Cela se traduit naturellement par une volonté de ne pas voir exploser l’écart entre les plus riches et les plus pauvres. Voilà pourquoi en France, on trouve souvent indécent les salaires faramineux des joueurs de football alors que cela pose moins de problème en Allemagne ou en Angleterre. Il ne s’agit pas d’être envieux, jaloux ni de ne pas comprendre que de taxer les riches ne fera pas diminuer le nombre de pauvres : c’est une question de cohésion nationale. Si le deuxième million d’euros est taxé à 75 %, il en restera tout de même 250 000 soit dix fois ce que gagne un Français moyen, en plus du premier million taxé plus faiblement. Le Président de la République lui-même a naguère fustigé certains revenus démentiels, notamment dans son fameux discours de Toulon en 2008, démontrant d’ailleurs qu’il a lui aussi parfaitement conscience des risques que fait peser sur la cohésion nationale l’explosion de l’échelle des revenus. Peut-être se souvenait-il d’un certain Henry Ford qui estimait que l’échelle des salaires ne devait pas excéder le rapport 1 à 40. Et Ford n’était ni français, ni communiste mais seulement un entrepreneur américain lucide.

Dans l’absolu, même si cette mesure doit évidemment faire l’objet d’une étude d’impact, ce que je concède bien volontiers à Gil, en rappelant que même le bouclier fiscal n’avait pas retenu Johnny Halliday, cette idée me paraît de « bon sens ». Le « bon sens » m’expliquait l’autre jour une bonne âme de gauche, c’est ce que dégaine toujours un mec de droite, un conservateur congénital ! C’est sûr, c’est bien mon surmoi de droite conservatrice que François Hollande a touché la semaine dernière !

Le féminisme politique n’a plus lieu d’être

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Nos comportements ont évolué beaucoup plus vite que nos représentations. D’où un décalage parfois troublant entre l’homme imaginaire et celui qu’on croise dans la rue. Rien de tel que le langage pour rendre évident ce fossé. Force d’inertie et de sédimentation, il garde en mémoire les antiques structurations de la vie sociale. Quand on dit « sois un homme ! » ou « un homme, un vrai », c’est la masculinité des sociétés traditionnelles que l’on évoque, avec ses connotations de guerre, de domination et de courage. Or nous vivons dans des sociétés qui ne demandent plus particulièrement aux hommes de faire preuve de courage et de force : il est plus efficace de composer le 17 que de sortir un calibre si l’on veut protéger sa famille, et les officiers chargeant sabre au clair sont un peu passés de mode.

Réciproquement, la négation des qualités « viriles   par l’utilisation du féminin pour insulter un homme (« femmelette », « lopette », etc.), va devoir être remisée au musée des arts et traditions populaires gauloises.
A l’heure des femmes dans l’espace, dans le sport et dans les avions de chasse, traiter un homme de « femmelette » pourrait aussi bien être un compliment ! Dans l’imaginaire traditionnel, l’homme conquiert la femme. Citadelle à prendre, passive, la femme subit une défaite quand l’amant arrive à ses fins. D’où l’utilisation de tout un lexique guerrier : la poliorcétique, art de prendre les places fortes ou les femmes à la vertu redoutable, la femme qui « cède aux avances », l’homme qui « fait assaut de galanterie », etc.

Tout cela fait un peu rétro, mais le vocabulaire moderne n’est pas en reste : elle « s’est fait croquer », il « l’a prise », elle « est passée à la casserole »… Quant aux verbes « baiser », « sauter » et consorts, l’homme en reste généralement le sujet et la femme le complément d’objet. Or, ce lexique ne correspond plus aux pratiques réelles. Au 21ème siècle, dans une bonne partie du monde, il est difficile de décider si c’est Virginie qui est passée dans la casserole de Paul ou l’inverse. Nous sommes entrés dans l’ère de la cuisson mutuelle, ce qui rend la chose nettement plus savoureuse.

Au-delà des relations entre les hommes et les femmes, c’est le regard sur l’homosexualité qui évolue. La perception traditionnellement hostile de l’homme homosexuel passif était solidaire d’un système de représentations où l’acte sexuel était asymétrique : pénétration humiliante pour qui la subit et glorifiante pour qui la pratique. Dans l’Antiquité, on distinguait précisément l’éraste, homosexuel actif, de l’éromène, homosexuel passif. Le scandale ne venait pas de l’homosexualité elle-même, largement tolérée, mais des situations où les rapports de pouvoirs étaient inversés, mettant en danger les hiérarchies sociales entre citoyen libre et esclave, adulte et adolescent, homme et femme. Le mépris pour l’homosexuel passif n’est qu’une variante du mépris pour la femme ; il est même accentué par le fait qu’il a, lui, « choisi » sa position de «  dominé ». Le bon bourgeois conservateur ne pouvait regarder l’homosexuel comme un sous-homme que parce qu’il s’imaginait lui-même comme maître du jeu, initiateur et puissance active dans ses relations sexuelles avec des femmes-objets. Or aujourd’hui, l’inégalité des rapports hétérosexuels tend à disparaître. La femme n’est plus une ville ouverte sur laquelle l’homme fonce lance en avant, il n’y a plus ni vainqueur ni vaincu, et la pénétration, d’enjeu de pouvoir, est devenue un détail anatomique. Envers les homosexuels cependant, les préjugés persistent. On croise encore souvent des hommes qui éprouvent une répulsion physique pour les hommes qui se font pénétrer, les considérant confusément comme des êtres veules et soumis, alors qu’ils ne considèrent pas ainsi leur femme, qui pourtant subit le même sort ! Encore une fois, c’est le langage qui continue de dire ce qui se pense de moins en moins ouvertement : à la « femmelette » correspond la « tapette », tandis que « se faire enculer » est tout aussi rageant que « se faire baiser ». Étonnant, non ?

La vulgarité, qui est un peu le cerveau reptilien d’une langue et de ses locuteurs, nous fait donc cette curieuse révélation : une femme ne peut être que dominée, pour la bonne raison qu’elle n’a pas de phallus. Il suffit de songer à Mme Thatcher ou à Catherine de Médicis pour sonder toute la pertinence de cet axiome. Alors, le féminisme, toujours d’actualité ? Bien sûr, tant qu’on entendra « se faire baiser » (à l’inverse, gardons, de grâce, Mademoiselle !). Mais la lutte est épuisée sur le plan politique, puisque l’égalité des droits est atteinte. Continuer sur ce terrain impliquerait de revendiquer un statut de minorité protégée : discrimination positive à l’embauche, mesures de parité, systèmes de quotas, répression particulière des atteintes verbales, etc. C’est une stratégie dangereuse : pour arracher quelques gains immédiats, elle conduit à singulariser les femmes comme une catégorie à part. Oui, les femmes sont battues, les femmes sont discriminées, les femmes sont insultées. De même que d’autres groupes sociaux.

Alors, que doit faire l’État ? Pondre des centaines de lois, une pour les femmes battues, une pour les noirs discriminés, une pour les Juifs insultés ? Non, il suffit d’appliquer les lois existantes, universelles et économes de mots, qui stipulent qu’aucun citoyen ne peut être battu, discriminé ou insulté. Aucun citoyen, c’est pourtant clair, non ?

Au secours, la gauche revient !

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Un spectre hante l’Europe, c’est le hollandisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte Alliance pour traquer ce spectre : la chancelière allemande et les conservateurs anglais, le premier ministre espagnol et le président du conseil italien.
Bien sûr, ils démentent tous l’article de Der Spiegel qui fait état d’un pacte secret consistant à ne pas recevoir ce nouveau Lénine que l’on aimerait bien voir, comme son sinistre prédécesseur de 1917, voyager à l’étranger dans un wagon plombé, non pas pour l’aider à faire la Révolution chez lui mais pour l’empêcher de soulever les peuples par la seule magie de son verbe révolutionnaire.
Bien sûr encore, ces démentis n’empêchent pas un soutien affiché à Nicolas Sarkozy, dernier rempart contre la subversion marxiste qui menace la France.

L’espagnol Rajoy, par exemple, a la dénégation pour le moins ambiguë : « Que j’ai pu dire que je ne recevrai pas M. Hollande, cela est faux » mais il complète aussitôt « Tout le monde sait qui je veux voir gagner les élections, parce que nous militons dans le même parti. » On se rappelle du coup qu’Ignace de Loyola, le fondateur de l’ordre des Jésuites, était lui aussi espagnol…
Quant à Mario Monti, le chef du gouvernement technique de l’Italie, il met en avant le fait qu’il n’appartient à aucun parti politique et donc… qu’il ne fait pas de politique. Il applique seulement quelques mesures d’austérité qui vont de soi, qui sont les seules possibles, comme l’a très bien compris Nicolas Sarkozy. Il lui serait extrêmement préjudiciable qu’un de ces coups de fièvre révolutionnaires dont ces damnés français sont coutumiers le prive du pouvoir. Rien de plus.

Car vous ne le saviez peut-être pas, mais un candidat d’extrême gauche, appelé François Hollande, aurait des chances sérieuses d’accéder à l’Elysée dans quelques semaines. La panique gagne les esprits et les portefeuilles. On s’émeut, on s’affole, c’est le retour des Grandes Peurs. Dans les beaux quartiers, comme disait Aragon qui est sûrement une des lectures préférées de notre néobolchévique, on attend dans la terreur les nouvelles jacqueries des partageux qui viendront demander des comptes. Déjà, on prend patriotiquement ses précautions en mettant à l’abri des fortunes honnêtement gagnées qui pourront servir à la reconstruction après la libération, quand Hollande aura été chassé de l’Elysée comme le fut Allende de la Moneda.

On relit Chateaubriand pour voir à quoi ressemblait la vie des Emigrés après 1789 et se préparer à des jours difficiles. Ces temps-ci, le Coblence fiscal s’appelle Bruxelles et on lèvera les armées de la résistance dans le « square des milliardaires », du côté d’Ixelles et du bois de la Cambre. Ou bien l’on ira s’abriter dans le Canton de Vaud et à Genève. Comme le remarque fort justement Le Parisien, c’est une question de survie et de bon sens élémentaire : un Français disposant de 20 millions d’euros, autant dire vous et moi, s’il loue là-bas un bien 5000 euros ne paiera plus que 120 000 euros d’impôts tandis qu’en restant en France, il en paierait 160 000, rien qu’au titre de l’ISF. En plus, Genève comme Bruxelles présentent l’avantage de ne pas être trop éloignés des hôpitaux parisiens où si besoin est notre exilé fiscal pourra revenir se faire soigner grâce à la sécurité sociale et à un système de santé. Système dont Hollande, éventuel président rouge, se fera le protecteur zélé en saignant les forces vives de la nation…

Du côté de Mélenchon, de Nathalie Arthaud, de Philippe Poutou, on désespère : le candidat de la vraie furie prolétarienne a bien caché son jeu. Il va arriver au pouvoir avec un programme secret qui fera passer Les thèses d’avril pour une bluette centriste.
D’ailleurs, les plus fins analystes l’ont bien compris, comme Eric Brunet comparant sur BFM TV une accession au pouvoir de Hollande à celle d’un Hugo Chavez français. En même temps, il faudrait s’entendre parce que récemment, pour Daniel Cohn-Bendit, le Chavez européen, c’était plutôt le hongrois Viktor Orban qui n’est pas franchement un gauchiste.

Mais de toute manière, attendons-nous au pire et armons-nous de courage. Hollande président, ce ne seront plus les chars soviétiques franchissant la Seine comme en 1981 mais les paras vénézuéliens sautant sur le Palais Bourbon. Ce qui ne vaudra guère mieux.

Ne pas vitupérer l’époque

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Faut-il sauver nos humanités ? Sur cette question sensible, puisqu’elle concerne l’image gratifiante que nous avons de nous-mêmes, un préalable s’impose. Il consiste à s’immuniser contre la tentation grincheuse en se chantonnant les derniers vers d’un poème d’Aragon chanté par Léo Ferré.
« Et puis qu’on ait ou non vendu son chinchilla
Son hermine ou son phoque
Il vous reste du moins cet amer plaisir-là
Vitupérer l’époque, vitupérer l’époque, l’époque. »

Rappelez-vous que le titre de cette chanson est Les Fourreurs.
Vous ne voyez pas où je veux en venir ?
Eh bien, je voudrais dire aux enfants de fourreurs et du Livre qui sont devenus de brillants intellectuels grâce à l’École républicaine, et qui rêvent que l’École républicaine permette aux enfants d’immigrés d’aujourd’hui d’acquérir la même culture qu’ils se trompent et d’enfants et d’époque.[access capability= »lire_inedits »]

Les temps changent, comme le chantait Dylan. Un nombre significatif de ces enfants de l’immigration récente entre à l’École avec une attitude exactement inverse à celles des petits juifs polonais d’après-guerre. Et en même temps, la place de l’École dans la société a également été irrémédiablement modifiée.

Je précise. Dans l’après-guerre, les petits juifs polonais, fils de fourreurs, de tailleurs ou de cordonniers d’après-guerre voulaient s’intégrer à la France par la langue, la littérature et la culture ; leur fidélité à leurs origines, ils la manifestaient − souvent au grand dam de leurs parents − par leur adhésion bruyante à la Révolution, qui leur mit le pied à l’étrier de l’universel.

L’École était sélective, elle était un sanctuaire et elle était le principal foyer de culture. Pour certains jeunes d’aujourd’hui, les distractions que les écoliers d’alors avaient en dehors de la salle de classe représentent le sommet de la culture. On ne reviendra ni à cette École, ni aux élèves figés que l’on voit dans « L’Horloge », la célèbre photo de Doisneau.

L’École d’aujourd’hui, que cela nous plaise ou pas, doit accueillir des publics hétérogènes. À qui fera-t-on croire que la transmission du savoir et de la culture va suivre le même cours qu’hier ? Si on veut que la massification devienne effectivement une démocratisation, il faut partir du réel. Et le réel, c’est la diversité sociale et culturelle des élèves.

Soyons réalistes et ne demandons pas l’impossible. Ce ne serait déjà pas mal de permettre à tous d’acquérir un minimum culturel commun, quitte à offrir ensuite un maximum culturel différent pour chacun. Cela suppose de définir la culture générale nécessaire et possible pour chaque filière et pour chaque niveau. Cela vaut pour Sciences Po comme pour la médecine, et il paraît que les écoles d’ingénieurs et de commerce l’ont compris.

On m’objectera que cela revient à accepter une École et une culture générale à plusieurs vitesses. C’est inévitable : si une société a besoin d’une culture commune, aucune société ne peut plus prétendre à l’homogénéité culturelle.

On peut s’en désoler. Mais pourquoi l’intellectuel cultivé à l’ancienne serait-il le modèle unique d’une vie réussie ?[/access]

JO 2012 : Touche pas à ton pote !

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A l’exception du football, je n’ai jamais franchement aimé le sport en général, et l’olympisme en particulier. J’ai toujours trouvé suspecte cette fraternité universelle de substitution, cette hypocrisie coubertinienne qui prétend que l’essentiel est de participer alors que l’essentiel a toujours été d’écraser l’adversaire par des performances supérieures en hypostasiant un féroce esprit de compétition.

Les années passant, cela ne s’est pas amélioré. Les Jeux Olympiques sont devenus depuis belle lurette l’otage des stratèges de la géopolitique ou un champ de bataille pour la guerre économique. Cependant, il aurait été difficile d’imaginer, en plus, que les jeux olympiques sombrent dans le ridicule paranoïaque et hygiéniste.

Il aura fallu pour cela que nos amis britanniques les organisent, comme on le sait, pour 2012. La délégation nationale qui comptera 550 athlètes a reçu des consignes très strictes par le docteur Mc Curdie du BOA (British Olympic Association) : ne pas serrer les mains des autres athlètes et des dignitaires étrangers, notamment lors des cérémonies de remise des médailles. Le docteur Mc Curdie estime en effet que si le Royaume-Uni veut améliorer sa performance des JO de Pékin, il faudra éviter aux compétiteurs brits d’attraper des maladies et donc qu’ils refusent les contacts physiques avec des étrangers dont il est bien connu qu’ils sont porteurs de microbes et autres germes exotiques.

Les Latins ou les Grecs, par exemple, avec leur sale manie d’exprimer leur sympathie ou leur joie en se faisant bises et papouilles à tout bout de champ, font preuve non seulement d’un spectacle déplorable (shocking, ils se touchent !) mais sont aussi de redoutables armes bactériologiques en puissance.

D’ailleurs, ne sont-ils pas tous plus ou moins citoyens de cette informelle confédération de pouilleux que les petits gars de la City ont appelé aimablement les PIGS (Portugal, Italy, Greece, Spain) ?

Jean-Luc Mélenchon ou les libertés mises au pas

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Promu par les médias histrion officiel de la campagne 2012 mais crédité de scores modestes par les sondages et sans doute voué à jouer les supplétifs de François Hollande au second tour de l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a ce qu’il appellerait peut-être, dans ce langage fleuri dont raffolent les femmes du monde, « une veine de cocu  ». Car pour toutes ces raisons, à cause de son côté bateleur et de ses faibles chances d’être élu, peu d’analystes semblent avoir pris la peine d’examiner de près son fameux programme, L’Humain d’abord, préférant gloser sur ses bons mots, ses coups de gueule et ses froncements de sourcils. Pourtant, ce programme en vaut la peine – en particulier sur une question qui paraît lui tenir très à cœur, celle des libertés, à laquelle il donne des réponses franchement inquiétantes.

Plus de contraintes

Dans un monde dominé par la thématique des droits de l’homme, l’offensive menée contre les libertés par le programme du Front de gauche est naturellement amenée à pratiquer la litote. C’est ainsi que ses attaques contre la propriété privée se trouvent exprimée par une formule délicieuse, « Encourager d’autres formes de propriété » : affirmation quelque peu sibylline, heureusement éclairée quelques lignes plus loin : « notre programme prévoit l’extension de la propriété publique par le développement des services publics. Il promeut de nouvelles appropriations sociales par la nationalisation des grands leviers de l’action économique, industrielle et financière », mais aussi l’essor de la « propriété sociale », et des coopératives, auquel s’adresseront prioritairement toutes les commandes publiques. Encourager des formes alternatives de propriété signifie, en clair, décourager la propriété privée des moyens de production. Marchais est de retour. C’est d’ailleurs toujours sur ce mode qu’est abordée la question des libertés : selon une technique consistant à mettre en avant un droit afin d’en éliminer (ou d’en grignoter) un autre.

Mélenchon évoque ainsi le principe de laïcité, qualifié de « pilier de la République et de condition du vivre ensemble » – car comme chacun sait, il n’y avait pas de République ni de société française avant la loi de 1905. L’avantage de ce genre de principe est qu’il permet de faire (ou de dire) tout et son contraire. Passons sur les détails involontairement cocasses, qui semblent parfois sortis d’un libelle maçonnique du temps du petit père Combes, comme le fait que « le président de la république renoncera définitivement à son titre de chanoine de Saint-Jean du Latran » (sic). Plus sérieusement, le principe de laïcité tel que conçu par Jean-Luc Mélenchon lui permet de supprimer la liberté scolaire – en prévoyant que plus aucun financement public ne sera alloué à la rénovation des écoles privées. Mieux : il le conduit à déclarer qu’il interdira les sectes- le genre d’annonce qui part d’un bon sentiment mais qui pourrait avoir des effets incalculables, personne ne sachant précisément ce qu’est une secte, comment elle se définit, ni ce qui la distingue d’une religion. Sans même parler des conséquences juridiques qu’aurait une telle interdiction, laquelle mettrait la France en contradiction avec toutes les conventions humanitaires qu’elle a ratifiées (Convention européenne des droits de l’homme, Pacte international sur les droits civils et politiques, Charte des droits fondamentaux de l’union européenne, etc.), et entraînerait à coup sûr sa condamnation par la justice internationale.

L’autre obsession de son programme, ce sont les discriminations – lesquelles, comme chacun sait, sont terriblement présentes dans la vie quotidienne des Français en ce début du XXIe siècle. Pour ce qui est des rapports hommes-femmes, par exemple, il est urgent de se « débarrasser du patriarcat » : un concept que l’on croyait passé de mode depuis la mort de Simone de Beauvoir, mais que les associations féministes qui ont collaboré à l’élaboration du programme ont réintroduit par la grande porte. S’en débarrasser en durcissant les règles relatives au sexisme, en renforçant les contrôles, et en alourdissant les sanctions. « Nous adopterons une loi pour l’égalité qui éradiquera toute discrimination » – notamment, grâce à la HALDE, la Big Sister de la lutte contre les discriminations, dont Mélenchon prône la résurrection, le renforcement et l’installation sur un mode décentralisé, afin qu’aucun lieu de l’hexagone n’échappe à son regard bienveillant.

Moins de garanties

A cet amoindrissement des libertés – droit de propriété, liberté d’entreprendre, liberté scolaire, liberté religieuse, liberté d’expression -, correspond un affaiblissement des organes qui ont été peu à peu établis, dans le cadre de l’État de droit, en vue de garantir lesdites libertés.
Historiquement, la première de ces garanties est sans doute le bicamérisme, qui consiste à diviser le Parlement en deux chambres distinctes afin d’éviter qu’une Assemblée unique et toute puissante adopte des lois à la hâte, sous le coup de la passion, au détriment des droits et des libertés. En France, c’est après l’épisode de la Terreur, où la Convention montra à quel point une assemblée parlementaire pouvait être liberticide, que fut introduit le bicamérisme. Héritière du robespierrisme, la gauche communiste y a toujours été hostile, et c’est ainsi qu’à la Libération, devenue majoritaire au sein de l’Assemblée constituante, elle supprima le Sénat dans un premier projet de constitution de la IVe République. Mais c’est aussi pour cela que, consultés par référendum en mai 1946, les Français refusèrent ce projet, l’absence de Sénat étant considérée comme privant les libertés d’une garantie essentielle. Voilà pourtant ce qu’envisage le programme Mélenchon : « Nous proposerons la suppression du Sénat ou sa réforme profonde pour devenir une chambre au relais des collectivités locales et des initiatives citoyennes ».

Deuxième garantie, l’autorité judiciaire : sur ce point, Mélenchon se montre, au premier abord, plutôt rassurant : « nous garantirons l’indépendance de la justice… ». C’est ensuite que cela se gâte … « …à l’égard du pouvoir exécutif ». Ce qui, depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 qui a achevé la réforme du Conseil supérieur de la magistrature, est devenu inutile, cette indépendance étant désormais acquise. Mais poursuivons : comment Mélenchon propose-t-il d’assurer cette indépendance à l’égard de l’exécutif ? Tout simplement, en faisant dépendre les juges de l’Assemblée, à travers un Conseil supérieur de la justice nommé pour moitié par le parlement, et responsable devant lui. En somme, une instance politique, entièrement dépendante de l’Assemblée, se substituant à l’instance professionnelle qu’est devenu le Conseil supérieur de la magistrature…
Troisième garantie capitale: le Conseil constitutionnel. Et troisième coup de boutoir du programme Mélenchon, qui déclare qu’en cas de victoire, celui-ci sera remplacé par « une nouvelle instance nationale pluraliste chargée du contrôle de constitutionnalité » : formule énigmatique, là encore, qui laisse au moins supposer qu’il ne s’agira pas d’une juridiction, mais, une fois encore, d’un organe politique aux contours mal définis et à l’indépendance peu vraisemblable. La pire des solutions pour protéger les droits.

En somme, il n’y aura rien ni personne, en face de l’Assemblée toute-puissante, pour garantir efficacement les droits et les libertés.
Et le peuple, me direz-vous ? De fait, le programme Mélenchon ne cesse de chanter les vertus de la démocratie participative. Pourtant, là encore, on pourrait s’interroger sur la sincérité de notre héros – et rappeler par exemple qu’en 2005, lorsque fut introduit dans la constitution le mécanisme du référendum obligatoire en cas d’entrée de nouveaux états dans l’Union européenne, un mécanisme qui représente un progrès considérable au regard de la démocratie directe, le sénateur Mélenchon fut l’un des premiers à s’insurger contre celui-ci, prononçant une phrase qui figure depuis dans toutes les anthologies : « Les représentants du peuple auraient-ils moins de légitimité que le peuple à s’exprimer ? »

Kultur, Civilisation, Entertainment

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Par définition, tout, chez l’homme, est culturel. Même nos manières de nous nourrir ou de nous accoupler sont tributaires de la représentation que nous nous faisons des sexes, de la jouissance, des saveurs ou de la sociabilité. Rien n’y échappe. La culture n’est nullement cantonnée aux musées, bibliothèques ou au temps libre de certaines classes supérieures : elle conditionne le moindre de nos gestes, nos sentiments et nos instincts mêmes − car elle module l’appétissant et le désirable. La culture, c’est la grande mise en forme par les facultés spirituelles du magma animal d’où l’homme s’élève. Elle est autant l’œuvre de grands initiateurs (Jésus, Bouddha, les prophètes), que celle du génie collectif des peuples ou encore d’individus géniaux exprimant au mieux ce génie collectif. En conséquence, le rapport que nous entretenons à la culture est lui-même culturel. Il révèle la manière spécifique qu’a celle-ci de modeler les êtres et leurs gestes.

« Kultur » vs « Zivilisation »

En France, quand nous entendons le mot « culture », nous sortons nos « humanités ». Mais nous oublions que cet élégant réflexe tient à une tradition bien particulière, parfaitement aristocratique à l’origine. Souvenons-nous simplement de l’idéal de l’ « honnête homme » au XVIIe siècle, quand le terme d’« honnêteté » avait quelque chose à voir avec l’idée d’honneur. Il y avait alors un type d’homme supérieur, modèle vers lequel tendre, « cultivé » au sens botanique du terme et dont l’excellence des mœurs − et donc des actes − représentait la naturelle fructification. En outre, le perfectionnement de cet homme devait, presque mécaniquement, l’universaliser. Alors l’universel se touchait par l’un, non par le nombre, et la culture était comme la foi : une correction de la chute.[access capability= »lire_inedits »]
Dans la période qui s’ouvrit après la Révolution, l’idéal républicain visa avant tout à « aristocratiser » le peuple, et sous la IIIe République, les « hussards noirs » incarnèrent avec force cette fonction de missionnaires du salut par la culture, tentant d’établir un formatage par le haut dans le giron national. Pourtant, au cours du XIXe siècle, déjà, nos voisins allemands, de la réaction romantique à Spengler, critiquèrent notre appréhension du phénomène culturel, en opposant les concepts de « Kultur » et de « Zivilisation ». Selon eux, notre tradition élitiste et étatiste avait accouché du stade dégradé de l’originelle « Kultur » : la « Zivilisation », où les formes vivantes, investies, créatives, organiques du génie propre à un peuple se sont sclérosées sous des espèces abstraites, artificielles et moribondes. Alors que les peuples germaniques, liés par une langue et une culture communes mais dépourvus d’État et d’unité, les trouvaient sous l’égide de Bismarck, ils nous traitaient, nous qui possédions le plus ancien État d’Europe et le mieux institué, de dégénérés. Nous les tenions pour des barbares.

« Zivilisation » vs « Entertainment »

La confrontation métaculturelle qui se joue aujourd’hui chez nous dévoile un autre antagonisme : celui qui oppose les reliquats de notre « civilisation » humaniste à la domination culturelle américaine régie par les lois de l’ « Entertainment ». « Here we are now, entertain us ! », proclame le refrain de « Smells like teen spirit », le tube qui fit le succès du groupe Nirvana.
Ici, c’est depuis trente ans la gauche qui règne sur les ruines de notre tradition propre. Cet accaparement releva d’abord de la stratégie politique, puis s’institua comme la droite lui abandonnait le terrain pour se cantonner à l’économie. Ainsi la gauche soutient-elle donc de fait la forme élitiste et normative de notre tradition, ce qui ne va pas sans paradoxe quand elle a intégralement versé dans le multiculturalisme égalitaire et anti-discriminatoire et la prive donc d’une posture conséquente en la matière. D’autant qu’elle a substitué au vieil idéal humaniste une propagande humanitariste qui lui fait défendre non pas tant l’intelligence qu’une poignée d’idées simplifiées. Les programmes scolaires se résument toujours davantage, en effet, à vendre de la « tolérance » avec Voltaire, du « messianisme prolétarien » avec Hugo, de l’ « engagement antiraciste » avec Zola, du « jeunisme » avec Rimbaud ou encore du « féminisme » avec Beauvoir ; quand il suffit d’allumer la télévision pour être tranquillement abreuvé des mêmes conceptions monolithiques.

En face, l’« Entertainment » à l’américaine procède d’une nature inédite. Si la « Zivilisation » cultivait un individualisme à visée universelle, si la « Kultur » demeurait liée à la vitalité d’un peuple, l’« Entertainment » est la culture adaptée à l’individu-masse assumant le formatage mondialisé. Qu’on se souvienne du plus important événement de juin 2009 : le décès accidentel de Michael Jackson, lequel donna lieu à une commémoration planétaire. Observons comment, sur chaque continent, des fans, issus des peuples les plus divers, se contentèrent, pour lui rendre hommage, de cloner littéralement la star américaine. Certes, la haute culture persiste, en Amérique aussi bien évidemment, mais elle se trouve avant tout être l’enjeu de chercheurs, d’universitaires, bref d’ « experts » comme notre époque en raffole. Quant aux cultures locales, elles sont soit folklorisées, donc destinées aux touristes, soit réduites à l’état d’arôme censé relever le goût de la même sauce américaine. La marque que cette culture, en son occurrence la plus basse et la plus générale, doit imprimer à ceux qui s’y conforment, peut se résumer en quelques injonctions : « Sois cool ! » (« Sois soumis ! »), « Sois rebelle ! » (« Crache sur ce qui a été détruit ! »), « Éclate-toi ! » (« Consomme ! »), « Sois toi-même ! » (« Ne t’avise pas de grandir ! »). Et surtout : « Te prends pas la tête et kiffe la vibe ! » (« Souris, esclave ! »).

L’« Entertainment », comme culture, est donc par excellence une modalité de contrôle et une promotion du pur divertissement au sens pascalien, c’est-à-dire une méthode de diversion enjoignant de se détourner de son gouffre et de sa mort, au lieu de l’effort de conversion (du plomb de base en or) ou de la possibilité de catharsis, qui avaient autrefois prévalu. C’est la diastole de la nouvelle économie humaine, dont la systole est une permanente exigence de rentabilité. Production, abrutissement. Consommation, divertissement. Ainsi fabrique-t-on des spectres à la merci d’experts.
Dans un pareil contexte, « défendre la culture » au sens où on l’entend aujourd’hui en France, c’est-à-dire subventionner des divertissements ennuyeux selon les paradigmes de l’ « Entertainment », n’a strictement aucun intérêt. Ce sont les paradigmes qu’il faut changer. Et pas au nom d’une quelconque « exception culturelle », d’une notion particulière du « bon goût » ou par crispation nostalgique. Non, simplement parce qu’à l’heure où, de l’aliénation, le désert croît, il est urgent de retrouver les moyens de forger des hommes libres.[/access]

Ça ne string pas à l’ump !

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Pris en flagrant délit de schizophrénie, le parti de la majorité se perd entre le rejet d’une tradition criminalisée et l’adhésion inconsidérée à une modernité repoussante.

Entre la circulaire de Matignon qui ostracise le galant « Mademoiselle » des formulaires administratifs et le rapport Jouano sur l’hypersexualisation des jeunes filles, on cherche en effet la logique.
C’est un peu comme si l’affolement du progressisme paritaire caressant les féministes dans le sens du poil avait été rattrapé par le surmoi de la droite tradi et moralisante, peut-être chaperonnée en coulisse par la Mère supérieure Boutin. D’une main, on dépucelle les jeunes filles alors que de l’autre on les castre. Alors string ou culotte?

Désormais, encouragées à se considérer comme une femme adulte par le « Madame » sur le papier, elles sont condamnées lorsqu’elles jouent le jeu jusqu’au bout en « s’hypersexualisant ».

Une fille de 13 ans appelée Madame sur le formulaire administratif ne devra donc pas prendre l’apparence d’une lolita maquillée.

Or, ce qui unit peut-être ces deux mesures a priori discordantes, c’est la sainte lutte contre les discriminations sexuelles, agitée au nom de la libération des moeurs dans l’un comme dans l’autre cas. Que Madame se rassure, elle ne sera pas plus hypersexualisée qu’adulte car, comme dans 1984 d’Orwell, les mots ne correspondent déjà plus aux choses qu’ils sont censés désigner. Pour tout dire, l’incohérence de l’UMP risque plutôt d’accentuer la confusion générale…et de faire augmenter la vente de strings !

Quand on parle de Sarkozy, Kassovitz a la haine…

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Après avoir « enculé » les César et le cinéma français, Matthieu Kassovitz s’en prend aux politiciens. Ça commence doucement par ce twitt désabusé auquel beaucoup pourraient adhérer, et surtout une certaine Marine Le Pen : « À droite comme à gauche ils n’ont aucune solution et nous amènent dans le mur. Voter c’est faire preuve de lâcheté ». Une évidence scientifique que le réalisateur de La Haine et de L’ordre et la morale a sans doute découverte à l’issue du fameux scrutin inique de sa profession lors de cette dernière édition des César…

Mais ensuite, c’est son instinct d’historien nuancé -si bien dévoilé dans son dernier film- qui prend le dessus. Pour lui, « Si NS (NB : Nicolas Sarkozy) passe un deuxième tour la France est un pays de collabo neofascistes. Il faut se débarrasser de ces fils de putes de l’UMP avec fracas ».

Avant de tirer des conclusions hâtives, il faut se mettre dans la tête de Kassovitz qui avait tenu à nous expliquer après l’affaire des César que « traiter ces gens d’enculés n’est pas une insulte. C’est un réflexe naturel ». On peut donc conclure que traiter Nicolas Sarkozy et les membres de l’UMP des fils de pute est un compliment. L’info est donc fracassante : Matthieu Kassovitz soutient publiquement Nicolas Sarkozy !

Halal, casher, des traditions dépassées ?

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C’est désormais une évidence, le steak s’est invité au premier plan des bastons électorales. D’abord levé par une émission d’enquêtes de France 2 (qui lors de sa diffusion, n’avait déclenché aucun scandale), très opportunément redécouvert sous une frite par la candidate du FN, aussitôt après qualifié de non-sujet par la totalité de ses concurrents à la présidentielle, stigmatisé comme topique intrinsèquement raciste par la quasi-totalité de la presse, le lièvre de l’abattage rituel n’en finit pas de courir. Et en bon lièvre, il court dans tous les sens et bondit là où on ne l’attendait pas.

Ainsi, vendredi dernier, en meeting à Velaine-en-Haye, en Meurthe-et-Moselle, Claude Guéant, avait déclenché un tonnerre d’applaudissements dans la foules de supporters UMP en déclarant: « Nous ne voulons pas que des conseillers municipaux étrangers rendent par exemple obligatoire la présence de la nourriture halal dans les repas des cantines ».
Le lendemain, son patron et candidat en remettait une couche lors de son meeting de Bordeaux en se prononçant en faveur de « l’étiquetage de la viande en fonction de la méthode d’abattage » avant de conclure simple et clair : « Reconnaissons à chacun le droit de savoir ce qu’il mange, halal ou non ».
Comme je suis un gentil garçon, c’est au terme d’un vrai drame de conscience que j’ai cherché sur Google ce que le même Nicolas Sarkozy avait déclaré, une semaine plus tôt, aux Halles de Rungis : « On consomme chaque année en Ile-de-France 200.000 tonnes de viande et il y a 2,5% de viande casher et halal » sur ce total. « Est-ce que vraiment ça vaut le coup de faire une polémique pour ça? Il y a vraiment des choses dont on doit débattre. Mais aller jeter la suspicion sur des artisans, des commerçants, sur des éleveurs (…) pour gagner quelques voix, est-ce que c’est à la hauteur du débat? Je ne pense pas ». En vertu de quoi le président avait décrété que Marine Le Pen avait suscité une polémique « qui n’a pas lieu d’être ».

Il faut croire que nul n’est prophète en son parti, puisque ce lundi matin, le Premier ministre, s’exprimant « à titre personnel », a relancé en fanfare le débat en suggérant sur Europe 1 que « les religions devaient réfléchir au maintien de traditions qui n’ont plus grand chose à voir avec l’état aujourd’hui de la science, l’état de la technologie, les problèmes de santé ». Ladite suggestion valant explicitement à la fois pour le halal et le casher. Le dégagement de Fillon est, à mon avis, aussi surprenant que calculé. En plongeant la communauté juive dans un débat duquel elle se tenait globalement à l’écart, il se disculpe, lui, François Fillon de toute accusation de racisme, qui pourrait entacher la suite de sa carrière. A partir du moment où personne n’osera, et à juste titre, le taxer d’antisémitisme, le procès en islamophobie n’est plus tenable, dans la mesure où il a formulé ses remarques simultanément vis-à-vis des personnes pieuses des deux religions.
Ces déclarations, on s’en doute, ne sont pas passées totalement inaperçues du côté du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) : « J’ai été choqué de l’entendre s’exprimer ainsi », « la déclaration de François Fillon est stupéfiante », a déclaré à l’AFP Richard Prasquier. Mais derrière l’indignation l’analyse pointe, une analyse que ne peux que partager, ce qui ne m’arrive pas tous les jours s’agissant du CRIF : « Même s’il dit que c’est à titre personnel qu’il s’exprime, quand on est Premier ministre, on a une parole officielle. Nous sommes dans un pays de séparation de l’Eglise et de l’Etat », a-t-il conclu, très judicieusement à mon avis, il est assez grave, qu’à des fins personnelles un premier ministre en fonction s’immisce dans les « pratiques ancestrales » quand celles-ci se trouvent justement être au cœur d’une religion. Autant la clarté sur les étiquettes est une mesure légitime, que l’UMP a d’ailleurs combattu, autant ce n’est pas à l’Etat de « moderniser » les cultes tant que ceux-ci restent dans les clous républicains. A ce tarif-là pourquoi ne pas interdire le vin de messe au titre de la lutte contre l’alcoolisme ?

On noter enfin que ce début d’affaire dans l’affaire a aussi déclenché un regain de ressentiment chez certains musulmans, et parfois de façon assez « cocasse » dirons –nous pour éviter toute vulgate freudienne. Je pense notamment au twitt épatant émis après la déclaration de Fillon par Salima Saa, membre du secrétariat national de l’UMP « je ne cautionne pas les propos qui assimilent l’abattage de la viande halal à des « pratiques ancestrales » » avant d’ajouter dans un communiqué officiel qu’elle était « attristée de voir s’étaler des jugements négatifs et dévalorisants sur les musulmans de France ». En politique comme au supermarché, le casher, c’est sans doute pas son rayon…

Les 75 % de Hollande : une tranche de bon sens

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Affirmons-le d’emblée : contrairement à mon ami Gil Mihaely, je ne vois pas dans la volonté de créer une tranche marginale d’imposition à 75 % pour les revenus supérieurs à un million d’euros une stigmatisation des plus riches, encore moins une recherche de boucs émissaires. Certes, je ne suis pas aveugle et je vois très bien que le candidat socialiste a certainement voulu faire un coup politique, d’autant qu’il exposait à Mediapart une thèse radicalement inverse en janvier 2011. A cet égard, cette campagne atteint les sommets du minable puisque les deux favoris désignés rivalisent de coups de com’, quitte à se contredire eux-mêmes à un an d’intervalle voire d’une semaine à l’autre comme Nicolas Sarkozy sur l’étiquetage des viandes selon le rite d’abattage[1. Alors que la polémique lancée par Marine Le Pen était jugée absurde par le candidat-président à Rungis il y a quelques jours et que le ministre de l’agriculture Bruno Lemaire jugeait stigmatisant l’étiquetage des viandes selon le rite d’abattage, ce qui était d’ailleurs cohérent avec le refus du gouvernement d’inscrire à l’ordre du jour les propositions de loi de Françoise Hostalier (février 2012) ou de Nicolas Dhuicq (2011), Nicolas Sarkozy a fait volte-face à Bordeaux samedi. Peut-être avait-il lu Causeur entre-temps.].

Mais oublions les deux candidats et causons de la proposition fiscale en elle-même. Il ne s’agit non pas, rappelons le, de taxer une certaine catégorie de contribuables à 75% mais d’imposer à ce taux les revenus supérieurs à un million d’euros. Tout contribuable ayant déjà rempli une feuille d’impôt l’aura compris. Afin d’entrer davantage dans les détails, on se reportera à un article du Monde fort bien documenté. A mon sens, il n’est pas choquant que de tels revenus fassent l’objet de tels taux et, au risque de surprendre, c’est plus mon éducation dans une famille conservatrice que ma récente fréquentation de Jérôme Leroy qui en est à l’origine. Mais est-ce si surprenant ? En 1967, le gouvernement avait fait passer la tranche marginale de 70 à 80%. Affreux marxiste, le général de Gaulle ? On peut trouver la mesure inappropriée en 2012 à l’heure où les capitaux sont libres de leurs mouvements, mais pour la juger moralement choquante et crypto-communiste il faudra repasser.

En fait, ce n’est qu’à partir des années quatre-vingts, avec la conversion commune de la mitterrandie et de la droite française à la frénésie libérale nous venant de l’Amérique de Reagan et de l’Angleterre de la Dame de Fer, que la France est entrée dans un cycle nouveau. Auparavant, à part Alain Madelin ou Jean-Marie Le Pen, personne n’aurait qualifié de « confiscatoire » un tel taux marginal d’imposition. Les travaux d’Emmanuel Todd sur les systèmes familiaux expliquent très bien les ressorts anthropologiques français et notamment notre attachement puissant à l’égalité. Cela se traduit naturellement par une volonté de ne pas voir exploser l’écart entre les plus riches et les plus pauvres. Voilà pourquoi en France, on trouve souvent indécent les salaires faramineux des joueurs de football alors que cela pose moins de problème en Allemagne ou en Angleterre. Il ne s’agit pas d’être envieux, jaloux ni de ne pas comprendre que de taxer les riches ne fera pas diminuer le nombre de pauvres : c’est une question de cohésion nationale. Si le deuxième million d’euros est taxé à 75 %, il en restera tout de même 250 000 soit dix fois ce que gagne un Français moyen, en plus du premier million taxé plus faiblement. Le Président de la République lui-même a naguère fustigé certains revenus démentiels, notamment dans son fameux discours de Toulon en 2008, démontrant d’ailleurs qu’il a lui aussi parfaitement conscience des risques que fait peser sur la cohésion nationale l’explosion de l’échelle des revenus. Peut-être se souvenait-il d’un certain Henry Ford qui estimait que l’échelle des salaires ne devait pas excéder le rapport 1 à 40. Et Ford n’était ni français, ni communiste mais seulement un entrepreneur américain lucide.

Dans l’absolu, même si cette mesure doit évidemment faire l’objet d’une étude d’impact, ce que je concède bien volontiers à Gil, en rappelant que même le bouclier fiscal n’avait pas retenu Johnny Halliday, cette idée me paraît de « bon sens ». Le « bon sens » m’expliquait l’autre jour une bonne âme de gauche, c’est ce que dégaine toujours un mec de droite, un conservateur congénital ! C’est sûr, c’est bien mon surmoi de droite conservatrice que François Hollande a touché la semaine dernière !