Un spectre hante l’Europe, c’est le hollandisme. Toutes les puissances de la vieille Europe se sont unies en une Sainte Alliance pour traquer ce spectre : la chancelière allemande et les conservateurs anglais, le premier ministre espagnol et le président du conseil italien.
Bien sûr, ils démentent tous l’article de Der Spiegel qui fait état d’un pacte secret consistant à ne pas recevoir ce nouveau Lénine que l’on aimerait bien voir, comme son sinistre prédécesseur de 1917, voyager à l’étranger dans un wagon plombé, non pas pour l’aider à faire la Révolution chez lui mais pour l’empêcher de soulever les peuples par la seule magie de son verbe révolutionnaire.
Bien sûr encore, ces démentis n’empêchent pas un soutien affiché à Nicolas Sarkozy, dernier rempart contre la subversion marxiste qui menace la France.

L’espagnol Rajoy, par exemple, a la dénégation pour le moins ambiguë : « Que j’ai pu dire que je ne recevrai pas M. Hollande, cela est faux » mais il complète aussitôt « Tout le monde sait qui je veux voir gagner les élections, parce que nous militons dans le même parti. » On se rappelle du coup qu’Ignace de Loyola, le fondateur de l’ordre des Jésuites, était lui aussi espagnol…
Quant à Mario Monti, le chef du gouvernement technique de l’Italie, il met en avant le fait qu’il n’appartient à aucun parti politique et donc… qu’il ne fait pas de politique. Il applique seulement quelques mesures d’austérité qui vont de soi, qui sont les seules possibles, comme l’a très bien compris Nicolas Sarkozy. Il lui serait extrêmement préjudiciable qu’un de ces coups de fièvre révolutionnaires dont ces damnés français sont coutumiers le prive du pouvoir. Rien de plus.

Car vous ne le saviez peut-être pas, mais un candidat d’extrême gauche, appelé François Hollande, aurait des chances sérieuses d’accéder à l’Elysée dans quelques semaines. La panique gagne les esprits et les portefeuilles. On s’émeut, on s’affole, c’est le retour des Grandes Peurs. Dans les beaux quartiers, comme disait Aragon qui est sûrement une des lectures préférées de notre néobolchévique, on attend dans la terreur les nouvelles jacqueries des partageux qui viendront demander des comptes. Déjà, on prend patriotiquement ses précautions en mettant à l’abri des fortunes honnêtement gagnées qui pourront servir à la reconstruction après la libération, quand Hollande aura été chassé de l’Elysée comme le fut Allende de la Moneda.

On relit Chateaubriand pour voir à quoi ressemblait la vie des Emigrés après 1789 et se préparer à des jours difficiles. Ces temps-ci, le Coblence fiscal s’appelle Bruxelles et on lèvera les armées de la résistance dans le « square des milliardaires », du côté d’Ixelles et du bois de la Cambre. Ou bien l’on ira s’abriter dans le Canton de Vaud et à Genève. Comme le remarque fort justement Le Parisien, c’est une question de survie et de bon sens élémentaire : un Français disposant de 20 millions d’euros, autant dire vous et moi, s’il loue là-bas un bien 5000 euros ne paiera plus que 120 000 euros d’impôts tandis qu’en restant en France, il en paierait 160 000, rien qu’au titre de l’ISF. En plus, Genève comme Bruxelles présentent l’avantage de ne pas être trop éloignés des hôpitaux parisiens où si besoin est notre exilé fiscal pourra revenir se faire soigner grâce à la sécurité sociale et à un système de santé. Système dont Hollande, éventuel président rouge, se fera le protecteur zélé en saignant les forces vives de la nation…

Du côté de Mélenchon, de Nathalie Arthaud, de Philippe Poutou, on désespère : le candidat de la vraie furie prolétarienne a bien caché son jeu. Il va arriver au pouvoir avec un programme secret qui fera passer Les thèses d’avril pour une bluette centriste.
D’ailleurs, les plus fins analystes l’ont bien compris, comme Eric Brunet comparant sur BFM TV une accession au pouvoir de Hollande à celle d’un Hugo Chavez français. En même temps, il faudrait s’entendre parce que récemment, pour Daniel Cohn-Bendit, le Chavez européen, c’était plutôt le hongrois Viktor Orban qui n’est pas franchement un gauchiste.

Mais de toute manière, attendons-nous au pire et armons-nous de courage. Hollande président, ce ne seront plus les chars soviétiques franchissant la Seine comme en 1981 mais les paras vénézuéliens sautant sur le Palais Bourbon. Ce qui ne vaudra guère mieux.

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