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Les cathos se droitisent

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MRP cathos GAUCHE

Causeur. Dans À la gauche du Christ, le livre que vous avez coécrit avec Denis Pelletier, vous retracez l’histoire de ceux qu’on appelle « cathos de gauche » qui ont connu leur heure de gloire après la Libération. Quand ce courant politique est-il né ?

Jean-Louis Schlegel. Il faut chercher les racines de cette mouvance au début du XIXe siècle, dans une Église catholique traumatisée par la Révolution et qui tentait alors de s’ériger en contre-société. À partir de 1830, on peut distinguer quelques intellectuels et hommes politiques, des catholiques fervents, souvent issus de la bourgeoisie éclairée comme Lamennais, Lacordaire et Montalembert, qui demandent à l’Église d’admettre les libertés modernes proclamées par la Révolution (ce qui leur vaut le qualificatif de « libéraux »), mais aussi de reconsidérer la question du régime : monarchie ou république. Ceux-là sont condamnés par le Syllabus (1864), avec sa célèbre phrase finale : sont anathèmes ceux qui pensent que « le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne ». Voilà l’acte de naissance de l’Église intransigeante contre le monde moderne. Selon certains, elle est toujours d’actualité.

Après la question des libertés et du régime (république ou monarchie), c’est le socialisme qui, depuis la fin du XIXe siècle, structure la gauche française. Quel rapport ont entretenu les catholiques modernes avec les nouvelles thèses de la gauche ? 

Dans les années 1880, l’Église commence à percevoir le « socialisme », au sens large, comme un danger. Elle le condamne et définit sa propre doctrine sociale avec l’encyclique Rerum novarum (1891). C’est dans ce contexte que naît le catholicisme social, qui tente de concilier les consignes papales et les idées nouvelles, et dont l’incarnation la plus connue est la mouvance politico-religieuse du Sillon de Marc Sangnier. À partir de 1894, celui-ci milite pour la réconciliation entre l’Église et la République. Mais en 1910, il est condamné par le pape. Vingt ans plus tard, en 1931, le pape Pie XI écrit, dans Quadragesimo Anno, que le socialisme est « on ne peut plus contraire à la vérité chrétienne ». En 1937, huit jours avant l’encyclique contre le nazisme Mit brennender Sorge, il publie l’encyclique Divini Redemptoris « contre le communisme athée », qualifié d’« intrinsèquement pervers ».[access capability= »lire_inedits »] En même temps, une différence est malgré tout établie implicitement entre socialisme (social-démocrate) et communisme, ce qui n’est pas insignifiant par temps de « fronts populaires ». Mais en 1945, alors que les catholiques, y compris à Rome, se sont ralliés à la République et à la démocratie, l’Église continue à prôner le vote en faveur du parti chrétien, partout où il existe − en France, il s’agit du Mouvement républicain populaire, le MRP.

L’Église aurait donc une tendance institutionnelle à s’ancrer à droite, du côté de l’ordre et du conservatisme…

Effectivement. L’Église a longtemps été politiquement de droite, en se commettant sans vergogne ni recul dans des politiques conservatrices qu’elle jugeait uniquement à l’aune des faveurs que le pouvoir lui accordait. En France, où la laïcité est née contre l’Église (avec le conflit sur l’École libre qui traverse le siècle), l’Église s’est aussi fortement compromise avec Vichy. Est-elle structurellement  à droite ? Certaines tendances vont dans ce sens − goût de l’ordre, de l’autorité, de la tradition −, mais d’autres poussent en sens inverse − rejet du tout-libéralisme économique, politique, moral, engagement social et « altruiste » volontariste…

Le catholicisme de gauche serait donc un catholicisme contre l’Église ?  

On peut dire qu’après Mai-68, une certaine gauche catholique a été tentée par un « tout politique de gauche » selon l’Évangile, adoptant en outre l’« outil marxiste » de transformation de la société. Cette option a parfois impliqué aussi une vive critique de l’Église.

Justement, parlons des années 1950-1960 : quelle a été l’attitude des chrétiens pendant la guerre d’Algérie ? 

Les chrétiens de gauche qui se sont fortement engagés contre le colonialisme et ses injustices, contre la torture et pour l’indépendance algérienne, se séparent alors du MRP − opposé à la décolonisation − tout en rejetant la politique algérienne de la gauche socialiste laïque. Ils se sont ensuite retrouvés en masse au Parti socialiste unifié (PSU) dont on estime qu’ils constituaient un tiers des effectifs. Cet engagement « à gauche de la gauche » fut peut-être déterminé par un réflexe évangélique et une forme de purisme politique.

Et en Mai-68, sont-ils actifs ?

En Mai-68, ils ne furent pas au premier rang sur les barricades parce que les mouvements chrétiens étudiants étaient en pleine crise : leurs dirigeants, du côté catholique et protestant, avaient été écartés par leurs Églises après de vifs différends − qui portaient précisément sur l’engagement politique. Après Mai-68 émergea un gauchisme chrétien, très minoritaire mais très activiste. Surtout, les militants d’Action catholique, du mouvement Vie nouvelle et de la CFDT déconfessionnalisée rejoignirent en masse le Parti socialiste. Ils affluaient surtout vers ses deux courants « modernistes » : le Ceres de Chevènement et le courant autogestionnaire de Rocard, sans oublier quelques partisans de Jean Poperen, comme Jean-Marc Ayrault. Du côté de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) et de l’ACO (Action catholique ouvrière), il y eut des adhésions − minoritaires − au PC : en 1968, la JOC avait critiqué la révolution étudiante car réalisée par et pour les enfants de bourgeois… Exactement comme la CGT.

Mais sur la libération des mœurs, on imagine que les cathos étaient plutôt hostiles…

Ce n’est pas si simple ! Les cathos de gauche rejetèrent, parfois violemment, l’encyclique de Paul VI Humanae Vitae (juillet 68) qui interdisait la pilule contraceptive. Pourtant, ils sont tout sauf libertaires ! Ce seraient plutôt des « austères », mais ils n’admettent plus que l’Église dicte les normes sexuelles dans la vie du couple, ou qu’elle régente la venue au monde des enfants.

La victoire de la gauche, en 1981, a-t-elle constitué un tournant majeur dans leur histoire politique ?

Sans nul doute, 1981 a marqué une incontestable rupture : pour la première fois, un nombre important de catholiques (évêques et prêtres compris) se sont reconnus dans un gouvernement de gauche. Ce qui veut dire qu’ils n’étaient plus dans l’opposition, mais du côté des vainqueurs et qu’il fallait digérer, si l’on peut dire, la victoire. En fait, ils ne l’ont pas bien digérée : membres de la « deuxième gauche » ou non, ils se sont ou ont été dissous sous Mitterrand, que beaucoup d’entre eux n’aimaient pas, et qui d’ailleurs le leur rendait bien ![/access]

La suite demain…

Jean-Louis Schlegel et Denis Pelletier : À la gauche du Christ. Les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours, Seuil, 2012.

Front Populaire, tout le monde descend

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Depuis mardi 18 décembre 2012, une nouvelle station de métro, sur la ligne 12, est en service. Elle a pour nom Front Populaire. On rappellera que le Front Populaire a vu arriver au pouvoir en mai 1936 un gouvernement de coalition SFIO et radicaux, dirigé par le socialiste Léon Blum et soutenu sans participation par les communistes.

L’élection de cette nouvelle majorité, dont le programme était relativement modéré et réaliste, comme on dit, fut suivie d’un mouvement de grève sans précédent en juin dans tous le pays qui eut pour conséquence les accord de Matignon prévoyant une augmentation des salaires de 12% en moyenne, la semaine de 40 heures, le droit syndical reconnu dans les entreprises et deux semaines de congés payés.
En face, le Medef qui s’appelait le comité des Forges ainsi que les « deux cents familles » planquaient l’argenterie et expliquaient, la main sur le cœur, que ces mesures allaient ruiner l’économie, que c’en était fini de la France.

L’histoire ne se répète pas, ou alors en farce disait Marx citant Hegel. Effectivement, il semble depuis le 6 mai qu’on ait toujours « le mur de l’argent », qu’on appelle les marchés et que les « pigeons » et autres exilés fiscaux médiatiques aient remplacé les deux cents familles. Mais la nouveauté, c’est qu’ils jouent à se faire peur, histoire d’en obtenir plus d’un gouvernement qui en aurait presque honte d’être de gauche. Hollande n’est pas Blum ni Léo Lagrange Michel Sapin. Et, à l’Intérieur, Manuel Valls est beaucoup plus apprécié par la droite que Salengro qui se suicida après une campagne de diffamation.
En même temps, il y a des signes qui ne trompent pas. La nouvelle station Front populaire fait également office, sur la ligne 12, de… terminus. Front populaire : tout le monde descend.

Lionnel Luca va-t-il rejoindre le Front De Gauche ?

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lionnel luca texas

Un député, on le sait bien, c’est un mandat un rien ambigu dans sa définition-même. Élu dans et par une circonscription, il est pourtant membre d’une Assemblée Nationale et représentant du peuple français dans son ensemble au nom du pouvoir législatif. Cette dichotomie discrète mais prégnante aboutit parfois à des choses étonnantes.

Prenons le député Lionnel Luca : cet élu de la sixième circonscription des Alpes-Maritimes a appris comme ses administrés, mardi 18 décembre, que le groupe américain Texas Instruments a annoncé la suppression de 517 emplois sur l’usine de microprocesseurs de Villeneuve-Loubet, près de Nice. C’est le deuxième plan social sur ce site, après celui de 2008 où un peu plus de 300 postes avaient été supprimés.
Texas Instruments, comme la plupart des entreprises prédatrices aujourd’hui, est un groupe qui licencie parce que l’emploi est une variable d’ajustement comme les autres. Et non parce qu’elle serait acculée par une situation économique difficile puisque Texas Instruments, excusez du peu, a dégagé plus de 2 milliards de dollars de bénéfices l’an dernier. Sans compter, en France, quelques millions d’euros glanés grâce au crédit impôt recherches. Le député Lionnel Luca, une épée de la droite dure et populaire, comme on dit, avait voté et approuvé le versement de tous ces cadeaux faits sans contrepartie.

Aujourd’hui, il parle comme un vrai partageux du Front de gauche, rappelle que 100 millions d’euros en cinq ans ont été versés pour le maintien de l’emploi et l’innovation et affirme que Texas Instruments devrait rembourser vite, très vite parce que sinon, ce serait du vol. Mais le directeur France de Texas Instruments, Christian Tordo, lui a fait un joli bras d’honneur : site non rentable, adios !
Lionnel Luca aurait peut-être pu penser, à l’époque, à déposer un amendement un peu contraignant, histoire que ce remboursement soit légalement exigible. Mais non. Lionnel Luca n’est pas archaïque, il croit que les entreprises multinationales sont responsables, qu’il suffit de leur créer un climat favorable et qu’ainsi comme le dit le prophète Isaïe, le lion dormira avec l’agneau même si comme le rajoutait Woody Allen, l’agneau sera tout de même un petit peu nerveux.
Luca doit se sentir un peu cocu. S’il veut rendre service, on a bien une idée. Il peut toujours demander une loi pour qu’on revoie les vingt milliards d’allègements de charges pour les entreprises, justement prévus sous forme de crédits d’impôts, pour qu’elles embauchent. Allègements voulus par le gouvernement socialiste dont le nouveau petit livre rouge est le rapport Gallois sur le choc de compétitivité.
Parce que là non plus, pour ces vingt milliards d’euros, ni contrepartie ni sanction prévue, ni filets de sécurité. Nib, macache, bonnot ! Inutile de vous dire que les entourloupes façon Texas Instruments vont se multiplier en 2013 comme Che Guevara souhaitait que se multiplient les Vietnam dans les années 60.

Demandez à Lionel Lucca. Lui, maintenant, il sait. La différence entre un homme politique de droite et un homme politique de gauche (vraiment à gauche, il n’y en a plus beaucoup), c’est que l’homme politique de gauche n’a pas besoin de se de se coincer les doigts dans la porte pour savoir que ça fait atrocement mal. On ne dira pas que l’homme de gauche est plus intelligent ou plus empathique, non simplement, empiriquement, il sait que depuis vingt-cinq ans, ce genre de scénario se répète comme se répète la névrose ou l’échec de Sisyphe.

Encore un effort, Lionnel, et tu feras un excellent opposant de gauche au gouvernement Ayrault. Si, si, ça vient. Et à l’avenir, ne te coince plus les doigts dans la porte.

*Photo : MediaCam13/Philippe Marc.

Le mariage est l’union d’un homme et d’une femme

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opus dei rochebrune

Propos recueillis par Jacques de Guillebon et Gil Mihaely

Dans un précédent numéro de Causeur, Paul Thibaud estimait que, pour blasphémer, il faut être croyant. Quand Charlie Hebdo caricature le pape ou Jésus, s’agit-il de blasphème ? Et faut-il aller devant les tribunaux ?

Je ne vais pas entrer dans la théologie morale, mais il y a une moralité objective et une moralité subjective. Je n’ai pas la place pour m’étendre sur cette explication, mais, même de la part d’un incroyant, on peut avoir l’intuition qu’il n’y a rien de vraiment indifférent. Cela dit, puisque vous évoquez les tribunaux, et non pas la morale religieuse, il me semble qu’en droit civil, on est attentif à la notion de provocation, d’injure… En France, le droit de la presse est très vigilant pour protéger la liberté d’expression, et les journaux satiriques bénéficient à cet égard d’une jurisprudence fort bienveillante. Cela doit-il constituer un frein pour aller aux tribunaux ? Vous serez d’accord avec moi que, s’il y a une liberté de la presse, il y a aussi une liberté de porter plainte.[access capability= »lire_inedits »]

Quel est votre point de vue sur les chrétiens qui manifestent contre une pièce de théâtre ou un film qui leur déplaît ? Ne devraient-ils pas tendre la joue gauche ?

Je peux évoquer notre expérience face à la sortie du film Da Vinci Code, qui fut une opération commerciale gigantesque et, finalement, une œuvre d’un goût artistique assez faible. Le public ne s’y est pas trompé. Nous avons pris le parti de la gentillesse, de la bonne humeur, voire de l’humour. Résultat : la presse a été unanime à faire les louanges de la communication de l’Opus Dei autour de ce film. Cela étant dit, notre démocratie permet à tout citoyen et à tout groupe de manifester contre quelque chose qui ne plaît pas, dans les limites de l’ordre public. C’est une stratégie comme une autre. Personnellement, dans le cas de créations artistiques, je la trouve peu convaincante. En général, je constate que, lorsque l’art sert de prétexte pour choquer des croyants, le résultat est d’une grande faiblesse : le silence pourrait être une réponse adéquate.

Estimez-vous qu’aujourd’hui, comme on l’entend fréquemment, on peut attaquer le catholicisme bien plus violemment que les autres religions ?

Je le constate. Probablement parce qu’on ne craint pas les réactions des catholiques… Je comprends que certains puissent combattre des idées, y compris des idées religieuses, mais sans appel à la haine ou à des mécanismes totalitaires qui conduisent à exclure l’Église ou les chrétiens du débat public.

GM. Dans une démocratie, tout est théoriquement amendable, y compris le mariage et la place du dimanche comme jour férié. Estimez-vous qu’il y a un noyau dur de valeurs et traditions que la loi de la majorité elle-même ne peut pas modifier ?

Bien sûr. Le mariage est un bon exemple : la majorité élue ne peut pas le changer, et elle n’en a pas le droit, même si elle le fait malgré tout. En même temps, si la République décide de promulguer des lois néfastes, nous le regrettons mais nous les subirons.

Qu’est-ce qui vous choque le plus dans le mariage et l’adoption pour tous ? Après tout, le mariage civil n’est pas, de votre point de vue, un sacrement… 

L’un des buts essentiels du mariage, c’est de créer une famille, d’avoir des enfants. Évidemment, il y a une crainte concernant le mariage homosexuel car on a l’impression d’être dans la nouveauté. L’Église est − selon l’expression bien connue − experte en humanité. La famille est un élément structurant fondamental pour la société.  On ne prend pas de risque − semble-t-il − avec les OGM… En prendrait-on pour la société ? L’Église n’a pas la vocation de s’occuper uniquement des baptisés et de leur mariage sacramentel, mais elle a une vision universelle, et elle apporte sa contribution au bien commun. Dans ce cadre, le mariage des non-baptisés ne lui est pas indifférent, donc le mariage civil est un sujet majeur. De plus, sans être juriste, d’un simple point de vue conceptuel, réfléchissons un petit peu : le mariage est l’union définitive d’un homme et d’une femme (c’est la définition universelle). Nous, Français, avons la prétention de supprimer cette réalité et d’en créer une autre qui porterait le nom de « mariage »… Je comprends le concept de « supercherie » évoqué par le cardinal Vingt-Trois. Il est effrayant de constater que le législateur aurait le projet d’agir contre l’avis unanime de toutes les grandes religions présentes en France.

GM. Mais cet État devenu neutre, voire hostile, n’oblige-t-il pas les catholiques à se comporter comme une communauté opprimée défendant ses intérêts catégoriels ? Autrement dit, pour défendre des valeurs et des traditions, peut-on se passer d’un rapport de force ?

Je n’ai pas le sentiment qu’on soit arrivé à cette situation. Même il y a trente ans, quand il était question de l’École libre, les chrétiens n’ont pas agi en tant que communauté. Il y a eu une mobilisation forte et une alliance politique non pas parce que les catholiques voulaient protéger leurs écoles, mais par un souci légitime de la liberté d’éducation et au nom de l’intérêt général.

GM. Cela prouve qu’on peut tisser des alliances avec d’autres communautés pour agir politiquement.

Je ne sais pas si cette manière de présenter les choses est conforme à ce que l’Église catholique, comme institution, veut faire aujourd’hui. Le cardinal Vingt-Trois aime dire qu’on est passé du christianisme sociologique d’une majorité à un christianisme de conviction, responsable et personnel. Dans le débat sur le mariage et l’adoption, les évêques ont rencontré les responsables des autres religions, et chacun a agi comme il l’entendait. Je vous fais d’ailleurs remarquer que l’Église a choisi de donner des arguments de bon sens et pas seulement des arguments religieux.

GM. Et la stratégie « Civitas », mélange de militantisme et d’occupation de l’espace médiatique, la rejetez-vous ?

Ce n’est pas mon approche, mais je suis pour la liberté. Nous sommes dans un pays où beaucoup de manières de penser différentes doivent coexister. Mon point de vue est le suivant : l’Église proclame la Vérité, et elle demande à l’État de la respecter sans utiliser la force − censure ou interdiction − contre ceux qui pensent autrement.

GM. La présence croissante de l’islam dans l’espace et le débat public change-t-elle la donne ? Sommes-nous en train de réinterpréter la laïcité ?

La question de l’islam en France n’est pas encore mûre. C’est à l’État de régler les choses, mais l’équilibre est délicat, et la France reste un pays d’équilibres. Changer quelque chose dans un domaine fondamental comme la religion, cela fait peur. Il faut beaucoup de réflexion et de philosophie avant d’agir. Il y a aujourd’hui un consensus important sur les équilibres, même si le pays évolue. Je ne sais dans quelle direction les choses vont aller. Vous savez, l’Église donne aujourd’hui encore des signes magnifiques de vitalité, y compris numériquement. Je pense à la foule immense, en 2008, lors de la messe de Benoît XVI aux Invalides, par exemple. N’enterrons pas les catholiques trop vite.

GM. Sans doute, mais il n’en est pas moins vrai que le regain de religiosité concerne avant tout la communauté musulmane française. D’ailleurs, comprenez-vous ce qui pousse nombre de musulmans à vouloir vivre leur religion de manière plus libre et ostentatoire ?

Nous sommes un pays de liberté où les catholiques ne ressentent pas de problème pour vivre leur religion. Être en faveur de la liberté religieuse, ce n’est pas situer toutes les religions sur le même plan du point de vue de la Vérité, mais affirmer que toute religion dispose d’un droit de pratique en France. Tout le monde s’y retrouve aujourd’hui, selon moi. Et j’ajoute ce que disait Benoît XVI dans son dernier livre d’entretiens [Lumière du monde] : « En ce qui concerne la burqa, je ne vois pas de raison à une interdiction générale. »

JdG. À l’image des musulmans français, les catholiques ne devraient-ils pas jouer davantage sur leur poids pour être entendus ?

C’est là que nous ne sommes pas arrivés à la perfection. Beaucoup de laïcs catholiques qui ont du talent et des responsabilités sociales et politiques n’ont pas le courage d’affirmer leurs opinions. J’ai du mal à comprendre ceux qui font la distinction entre leurs opinions privées et leur action politique. Il faut dépasser cette double personnalité pour que les catholiques adoptent une cohérence complète, qu’ils soient courageux et sachent que leur cohérence plaira. Le virage de Vatican II, notamment avec le décret sur la liberté religieuse, postule que les catholiques doivent forger eux-mêmes leur conscience propre en vue de l’action. C’est ce vers quoi il faut tendre toujours plus, dans le respect du pluralisme.

GM. Justement, Vatican II a aussi lancé un appel universel à la sainteté. Dans le même esprit, l’Opus Dei remet en cause la séparation entre clercs et laïcs. Est-ce justement une nouvelle stratégie pour investir l’espace public et politique ?

Vous parlez de « stratégie », mais ce n’est pas ma vision des choses. Pour moi, Dieu suscite des manières différentes d’être chrétien suivant les temps. L’Opus Dei a, en effet, accompagné Vatican II à travers l’idée qu’on peut être pleinement catholique et pleinement dans le monde, autrement dit vivre sa foi sans se retirer du monde. L’aboutissement d’un itinéraire spirituel ne se trouve pas forcément dans le sacerdoce. Le chrétien baptisé, dans quelque état qu’il soit, peut vivre sa relation avec Dieu en plénitude dans la vie courante. Socialement, cela a un intérêt très grand. Mais cela n’abolit pas du tout la différence entre clerc et laïc. À moins de penser qu’un laïc qui veut vivre sa foi intégralement est un clerc en civil… ce qui n’est pas ma façon de voir !

GM. Un homme politique membre de l’Opus Dei adoptera-t-il des positions différentes des autres ?

Il n’ira pas chercher ses ordres auprès de la hiérarchie catholique, c’est absolument contraire à notre esprit. Il travaillera pour se former une conviction personnelle conforme à sa foi, sans accepter d’être piloté par d’autres personnes. Aujourd’hui, on se heurte à certaines évolutions de la société qui posent des problèmes d’objection de conscience, et il faut savoir naviguer sur mer agitée. Tout n’est pas blanc ou noir. Un homme politique doit avancer comme il peut avec droiture et cohérence. La foi donne des points de repère et fixe des bornes claires. C’est très libérateur.

GM. Concrètement, en tant que responsable de l’Opus Dei en France, quelles sont aujourd’hui vos missions principales ?

L’Opus Dei est une institution qui dispense une formation spirituelle et chrétienne aux laïcs pour leur apprendre à témoigner de leur foi. Dans ce contexte, nous montrons un intérêt très grand pour la famille, l’éducation, la jeunesse et la préparation de l’avenir. En matière éducative, l’attitude de l’Opus Dei est un peu révolutionnaire par rapport à un modèle d’Église dont les écoles émanent des diocèses ou de congrégations religieuses. Nous suggérons, par exemple, que les laïcs chrétiens se responsabilisent eux-mêmes pour créer leurs écoles. Mais c’est compatible avec l’autre modèle, bien sûr : c’est juste une liberté en plus.

GM. On dit souvent que, contrairement au fondateur de l’Opus Dei qui officiait principalement auprès des pauvres et des malades, vous êtes très ancré dans la bourgeoisie. Est-ce vrai ?

Cela dépend. Dans tous les pays où l’Opus Dei agit, vous trouverez des initiatives en faveur des plus pauvres, et cela est vrai pour la France aussi. Mais du point de vue de l’évangélisation, il est normal de s’intéresser à ceux qui peuvent avoir une influence. S’adresser à des intellectuels, à des universitaires qui, par leur métier, ont un rayonnement social important a potentiellement une grande portée, même si chacun est appelé à évangéliser son propre milieu.[/access]

Miracle de Noël : le Bon Dieu et les seins

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On se souvient de la bible salvatrice qui, dans Les 39 Marches d’Alfred Hitchcock, sauve la vie du héros, qui avait eu la bonne idée de placer le livre sacré dans la poche intérieure gauche de son veston, d’où elle bloqua la balle tirée par un Écossais peu sympathique.

Figurez–vous que quasiment la même aventure vient d’arriver à une compatriote du héros hitchcockien (celui-ci, Richard Hannay, était censément canadien). Mais autre temps, autre mœurs : même les paroissiennes du Nouveau-Brunswick ou du Manitoba s’intéressent moins au Good Book qu’au good look. Le Bon Dieu, semble-t-il, ne leur en veut même pas, et prodigue volontiers ses miracles aux pécheresses.

Ce n’est en effet pas par les Écritures que le cœur d’Eileen Likness a été préservé de la balle de 9 mm que lui destinait son époux… mais par ses faux seins ! « Mes implants ont encaissé le coup », a-t-elle déclaré lors du procès de l’accusé, dont elle a très légitimement divorcé depuis les faits.

D’après l’agence de presse québécoise QMI, le projectile a effleuré le bras droit de la victime pour ensuite pénétrer dans ses deux seins siliconés et ressortir à travers son bras gauche.

Eileen Likness a ajouté que la balle tirée par son ex-epoux avait complètement détruit ses prothèses. Elle a précisé toutefois qu’après la guérison de ses blessures, elle a subi une autre opération pour avoir de nouveaux implants.

Syrie : Moscou et Téhéran changent de braquet

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SYRIE IRAN russie

« Je ne suis pas l’avocat du pouvoir syrien. Il convient avant tout de se mettre d’accord sur l’avenir de la Syrie, sur l’intérêt de tous ses citoyens, de toutes ses minorités ethniques et confessionnelles. Toutes les parties doivent s’asseoir à la table de négociations.»
Ce lâchage en rase campagne de Bachar Al-Assad est signé Vladimir Poutine. Après que le vice-ministre russe des Affaires Etrangères a récemment jugé « possible » la victoire finale des insurgés, cette nouvelle déclaration vient officialiser un secret de polichinelle : le soutien de Moscou à Assad ne tient plus qu’à un fil.

Alors que la rébellion contrôle plus de 60% du territoire syrien et que le pouvoir numérote ses abattis à Alep et Damas, les derniers soutiens diplomatiques d’Assad préparent déjà la transition politique en lançant des signaux de moins en moins discrets. Plus l’échéance approche, plus il devient urgent pour Moscou comme pour Téhéran de trouver une monnaie d’échange au lâchage définitif d’Assad, afin de préserver au mieux leurs intérêts politiques, économiques et militaires dans la Syrie post-baathiste.

Du côté de Téhéran, on observe d’un œil de plus en plus critique la répression aveugle qui s’est abattue sur l’insurrection syrienne laquelle, contrairement au mouvement anti-Ahmadinejad de l’été en 2009 en Iran, s’est militarisée et a pris grande ampleur. Depuis plusieurs mois, les hiérarques de la République islamique tente de tempérer la brutalité répressive de l’état-major syrien tout en dépêchant des flopées de conseillers militaires à Damas, histoire de marier la carotte et le bâton. Pour ce qui est de la carotte, les mollahs savent y faire et se sont même trouvé un allié taillé sur mesure en la personne de Haytham Maanar. La soixantaine, cet opposant de longue date à Assad vit exilé à Paris, où il a créé de mystérieux comités de coordination. Au déclenchement de la guerre civile syrienne, il a enfourché un cheval de bataille unique en son genre : préparer une alternative d’un coté, fustiger l’opposition reconnue par l’OTAN de l’autre, en tenant un discours diplomatique proche à s’y méprendre de la propagande officielle syrienne. En visite à Téhéran début décembre, Manaar n’avait pas de mots assez durs contre l’Armée Syrienne Libre et les vassaux syriens du Qatar et de la Turquie, dénonçant au passage le péril salafiste et le terrorisme attisés par les autorités syriennes. Derrière cette prudence de bon aloi, les appels à une transition négociée et les échanges d’amabilités auxquels se livrent Manaar et ses amis iraniens, se cachent un jeu de donnant-donnant : Haytham Manaar pourrait incarner un Assad light, qui poursuivrait la même politique étrangère et prolongerait l’alliance stratégique avec Téhéran, l’image du satrape oriental en moins. Manaar et les dirigeants iraniens, en se légitimant l’un l’autre, appliquent le vieux proverbe russe « tu me grattes le dos, je te gratte le dos ».

La volte-face iranienne trouve d’ailleurs son pendant à Moscou, où l’on a reçu toutes les figures de l’opposition syrienne depuis des mois. À ceci près que Vladimir Poutine a décidé de repenser l’ensemble de sa politique arabe, à la lumière des changements intervenus l’année écoulée. L’inflexion de la position russe à l’égard d’Assad s’inscrit ainsi dans un redéploiement diplomatique de grande ampleur, qui passe notamment par l’ouverture de relations inédites avec les Frères Musulmans, au pouvoir en Egypte. Jusqu’ici classée parmi les organisations terroristes à Moscou, la confrérie qui détient les rênes du pouvoir au Caire, deviendra probablement l’un des interlocuteurs régionaux de la Russie. Sans rompre l’alliance et l’aide américaines, le président Mohamed Morsi aurait tout intérêt à prendre langue avec l’une des rares grandes puissances qui reconnaît et accueille les dirigeants du Hamas depuis 2006 tout en entretenant des relations économiques assez poussées avec Israël. En cas d’escarmouches entre Israël, Gaza, le Sinaï et Le Caire, Moscou pourrait jouer un rôle d’intermédiaire plus acceptable par la rue égyptienne que le grand frère américain, ce levier crucial que tous les gouvernants arabes préfèrent actionner en coulisse.

Mais bien au-delà de la seule Egypte, Poutine cherche à se donner de l’air. Il est évident que l’axe Damas-Téhéran a vécu, quels que soient les efforts conjugués de Manaar et de la direction iranienne pour le perpétuer contre vents et marées. Puisque le Kremlin dit craindre comme la peste la contagion salafiste qui s’abat sur des pans entiers du monde arabe, il n’est pas saugrenu de trouver un terrain d’entente avec la mouvance des Frères, dont les surgeons sont au gouvernement du Maroc à l’Egypte en passant par la Tunisie et sans doute demain la Syrie. Ce faisant, Moscou s’émancipe d’autant mieux de Téhéran que la théocratie chiite ne peut décemment se résigner à abandonner son projet de guidance spirituelle et politique du monde musulman, a fortiori au profit d’une organisation considérant les chiites en « apostats ».

Entre un Iran néo-khomeiniste qui ne sait pas renoncer à ses mythes révolutionnaire et une ploutocratie syrienne en pleine décomposition, on comprend que la Russie prenne le large. En politique étrangère aussi, les mariages se font de plus en plus précaires…

*Photo : FreedomHouse.

Trente-trois raisons d’être catholique

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jesus eglise jerome

1. Je suis catholique par mon baptême, ma communion et ma confirmation.

2. Je suis catholique par mon enfance et je le suis resté par « esprit d’enfance », aurait dit Bernanos.

3. Je suis catholique par tous les saints et toutes les saintes des litanies, chacun avec leur spécialité parfois dérisoire mais qui sont le meilleur reflet de nos angoisses humaines, trop humaines. Sainte Rita, faites donc cesser cette gueule de bois…

4. Je suis catholique par La Légende dorée et la manière dont Jacques de Voragine raconte la vie de ces saints. Les beaux récits sont toujours vrais, parce qu’ils sont beaux.

5. Je suis catholique parce que j’ai eu l’intuition de ce que signifiait la Pentecôte en 1999, à Jérusalem, quand j’ai visité le cloître du Notre-Père sur le mont des Oliviers. La prière, jamais oubliée malgré les années rouges, se trouvait reproduite sur les murs dans plus de 60 langues différentes et, forcément, tout d’un coup, je comprenais tout ce qui était écrit.

6. Je suis catholique parce que la virginité de Marie, pour qui a lu Le Jeu de saint Nicolas, une pièce du XIIIe siècle écrite par Jean Bodel, n’est pas une aberration. Il suffit de comprendre les choses de manière poétique, c’est-à-dire, finalement, de manière technique. Que nous dit Jean Bodel ? « Un rayon de soleil qui traversa un vitrail sans le briser et illumina toute la nef. »[access capability= »lire_inedits »]

7. Je suis catholique par saint Augustin jeune homme : « Nondum amabam et amabam amare » − « Je n’aimais pas encore mais j’aimais aimer. » Il faut d’abord apprendre à aimer l’amour avant d’aimer un être ou une idée ou un pays. Sinon, cet amour-là ne sera pas bien solide. D’ailleurs saint Augustin, encore lui, écrit : « Pondus meum, amor meus » : « Mon poids, c’est mon amour. »

8. Je suis catholique par le révérend père Lacordaire, en chaire à Notre-Dame de Paris, en 1848 : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la loi qui libère et la liberté qui opprime. »

9. Je suis catholique par les écrivains catholiques, Bernanos, Mauriac, qui seuls savent tirer contre leur camp au nom même de leur foi. Bernanos contre Franco dans Les Grands Cimetières sous la lune, Mauriac dans son Bloc-Notes de L’Express contre la torture en Algérie.

10. Je suis catholique par le monastère de Saint-Jérôme, à Lisbonne, sa profusion manuéline, son refus d’un monde désenchanté, son allure d’embarcadère sur le Tage, pour les Grandes découvertes.

11. Je suis catholique par mon prénom, Jérôme, justement. Père de l’Église, accompagné d’un lion comme s’il avait su, en soignant le fauve devenu reconnaissant, dominer la sauvagerie qui dort en chacun de nous. Jérôme, traducteur de la Bible, et qui continua son travail dans un monde qui s’effondrait dans la barbarie. Mais il savait, avant Mallarmé, que « ce monde existe pour aboutir à un livre. »

12. Je suis catholique par la « théologie de la libération », par Dom Helder Camara et Léonardo Boff. Dom Helder Camara : « La seule invention moderne, en matière de torture, c’est l’électricité. »

13. Je suis catholique par Mgr Romero, abattu dans sa cathédrale par les « escadrons de la mort » au Salvador et par le père Ernesto Cardenal, poète et guérillero, ministre de la Culture du premier gouvernement sandiniste au Nicaragua, se mettant à genoux lors de la visite de Jean Paul II et recevant du Saint-Père une admonestation, doigt levé, comme pour un enfant indiscipliné mais qui a bon cœur.

14. Je suis catholique par le Sermon des Béatitudes, le discours le plus doux de l’histoire de l’humanité.

15. Je suis catholique par l’Évangile, qui fait partie de mes livres de chevets car on y défend les enfants, les putes, les fous et les morts, et que c’est tout de même l’histoire, avant tout, d’une bande de copains « sur la route », aurait dit Kerouac.

16. Je suis catholique parce que les pays catholiques ont mieux résisté que les autres, ou en tout cas plus longtemps, aux révolutions industrielles, au capitalisme, au prêt avec intérêt, à Max Weber.

17. Je suis catholique parce que je suis latin, c’est-à-dire français, c’est-à-dire enraciné et universel.

18. Je suis catholique par sainte Thérèse d’Avila et son ivresse spirituelle, sa défonce mystique quand l’Époux l’emmène boire dans les caves du Seigneur.

19. Je suis catholique par saint Thomas d’Aquin, qui a prévu la crise des subprimes et de la dette dans la Somme Théologique : « Une possession virtuelle est inférieure à une possession actuelle » (IIa, IIae, q62, art4).

20. Je suis catholique parce que les catholiques ne voient aucun signe d’élection particulière dans le fait d’être riche. Et même pire, si l’on en croit Léon Bloy dans Le Sang du pauvre : « Le riche est une brute inexorable qu’on est forcé d’arrêter avec une faux ou un paquet de mitraille dans le ventre… »

21. Je suis catholique par Pascal quand il nous demande soit de parier sur l’existence de Dieu soit de nous taire et d’attendre que ça vienne.

22. Je suis catholique par le rire de saint François d’Assise et par la prière de Francis Jammes pour « aller au Paradis avec les ânes ».

23. Je suis catholique par Bossuet qui ouvre un tombeau devant la Cour.

24. Je suis catholique parce que je crois à la fin de l’Histoire et au Jugement dernier et qu’importe si c’est, au bout du compte, la « Cité de Dieu » ou la «
société sans classe ». Quelque chose me dit que ce ne sera pas très différent, au fond.

25. Je suis catholique par « l’agneau qui enlève le péché du monde ».

26. Je suis catholique par la communion des saints : nous payons peut-être aujourd’hui, collectivement, pour l’offense faite il y a longtemps à un plus faible. Ou bien, qui sait si un simple regard, un simple sourire de bienveillance, aujourd’hui, ne sauvera tout un monde demain ?

27. Je suis catholique par la conclusion qu’il faut en tirer : nous ne sommes pas seuls, ni dans le temps, ni dans l’espace et nous sommes métaphysiquement obligés à la solidarité. C’est drôle, Badiou dit la même chose : « Il n’y a qu’un seul monde. » Mais on oublie que Badiou est aussi un grand paulinien.

28. Je suis catholique par la traduction janséniste de la Bible de Lemaistre de Sacy, qui est belle comme du Racine, son contemporain : « Seigneur, écoutez-nous : Vous êtes parmi nous comme un grand prince ; enterrez dans nos plus beaux sépulcres la personne qui vous est morte. »

29. Je suis catholique par quelques absolutions qui m’ont, qui sait, épargné des années de psychanalyse.

30. Je suis catholique par l’Encyclique Caritas in Veritate de Benoît XVI.

31. Je suis catholique par saint Paul, dans son Épître aux Colossiens : « Il n’est plus question de Grec ou de juif, de circoncision ou d’incirconcision, de Barbare, de Scythe, d’esclave, d’homme libre. Il n’y a que le Christ, qui est tout et en tout. » Vous vouliez une définition de l’universalisme ? La voilà.

32. Je suis catholique par saint Paul, encore, dans son Épître aux Corinthiens : « Mort, où est ta victoire ? »

33. Je suis catholique par ces paroles si vraies de l’Eucharistie : « Il est grand le mystère de la foi » Si grand que je suis bien incapable de vous dire si je l’ai ou si je ne l’ai pas.[/access]

*Image : Saint Jérôme, Caravage (wiki commons).

Qui vaccinera le Pakistan contre l’obscurantisme ?

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Si en France, le refus des vaccins est surtout pratiqué dans les milieux postbaba et/ou naturopatho-conspirationnistes, toutes mouvances usuellement obtuses mais plutôt pacifiques, il en va tout autrement dans des contrées plus lointaines. Ainsi la campagne de vaccination contre la polio lancée au Pakistan avec le soutien de l’Organisation Mondiale de la Santé et de l’UNICEF est en train de tourner au vinaigre dans la région méridionale du Sind et dans les provinces du Nord-Ouest autour de Peshawar (mondialement connues sous le doux surnom de « zones tribales »).

Cette campagne d’urgence était motivée par un état d’urgence sanitaire : bien que riche et doté de l’arme nucléaire, ce pays est l’un des derniers pays du monde ou la polio est toujours endémique.

Mais si les centaines de bénévoles qui participent à l’opération s’attendaient à être accueillis avec des fleurs, ils ont vite déchanté : neuf d’entre eux ont été assassinés depuis une semaine. Alors pourquoi les adeptes des médecines douces sont-ils tellement plus énervés à Peshawar qu’à Oberkampf ?

Il sembleraient que les religieux locaux (du Pakistan, hein, pas du XIème arrondissement !) ne soient pas totalement étrangers à l’affaire. Nombre d’entre eux ont expliqué à leurs ouailles que les campagnes étaient un complot orchestré par l’Occident. Certains, plus portés sur les effets que les causes, ont averti les croyants mâles que la piqûre amoindrirait leur virilité, d’autre enfin, plus analytiques, ont mis en garde la population contre la présence probable de viande porcine dans le vaccin. Preuve ultime que les assassins de bénévoles étaient quasiment en état de légitime défense, d’après un imam interrogé par Euronews il serait de notoriété publique que « le vaccin aurait été inventé par un médecin juif ».

Vive l’injustice sociale !

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INJUSTICE sociale

La justice sociale, qui ne la souhaiterait avec Jérôme Leroy ? C’est comme la vertu. Et pourtant très vite, force est de constater que c’est au nom de la vertu que les pires crimes sont commis. Et que la justice sociale engendre plus de misère qu’un réformisme libéral. Prendre la défense de la veuve et de l’orphelin, oui. Vouloir que chaque individu soit logé à la même enseigne dans un État qui ressemblerait à s’y méprendre à une nurserie, pourquoi pas ? On peut aimer les contes de fée, sans oublier pour autant qu’ils s’achèvent en cauchemars sanglants : Lénine, Mao, Pol Pot….

Qu’un écrivain ait une inclination pour le pire, je m’en réjouis. Qu’il la recouvre sous une rhétorique politique, me trouble. Je préfère Ayn Rand ou le grand écrivain russe Léonid Andreïev, son contemporain, qui ont compris dès les premières années de la Révolution russe qu’elle était une escroquerie à grande échelle qui s’achèverait en carnage. L’escroquerie aux beaux sentiments est la pire de toutes. Léonid Andreïev , dans un article- intitulé « S.O.S », qui fit sensation en 1918, supplia même les États-Unis et l’Europe de combattre Lénine. Qu’en aurais-tu pensé, mon cher Jérôme ? Aurais-tu préféré la position laxiste et nationaliste de Maxime Gorki ?

On reste toujours sans voix face à la fascination exercée par la révolution bolchévique ou par le maoïsme sur les intellectuels français. Est-ce le désir inconscient  du pire ou une conception légèrement trop idéaliste de la justice sociale ? Oserais-je avouer que je préfère l’injustice sociale ? Elle me paraît moins meurtrière et dans son insouciance plus favorable à l’art, à l’érotisme et même à l’enrichissement individuel.

Les réformateurs sociaux, dès lors qu’ ils se laissent prendre au piège des bons sentiments soit par ivresse idéologique, soit par sottise, obtiennent exactement l’inverse de ce qu’ils avaient promis et peut-être souhaité. Ce n’est pas par absence de patriotisme ou par pingrerie que Depardieu et tant d’autres s’exilent, c’est par accablement face à tant de bêtise.

Mais je rassure mon ami Jérôme : bien que disposant d’un passeport helvétique, je resterai en France. Les mesures mises en place par le gouvernement français sont d’un comique (involontaire ) trop saugrenu pour que je n’accepte pas d’y contribuer….sinon intellectuellement, du moins fiscalement.

*Photo :  epSos.de.

« L’Opus Dei est démocrate et républicain »

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opus dei rochebrune

Propos recueillis par Jacques de Guillebon et Gil Mihaely

Gil Mihaely. Comment expliquez-vous la réputation sulfureuse de l’Opus Dei ?

Mgr Antoine de Rochebrune. D’abord, permettez-moi de vous rappeler que l’Opus Dei est une institution  catholique, parfaitement reconnue et intégrée au sein de l’Église. Malgré nos efforts, nous n’avons pas encore réussi à bien nous faire connaître dans notre pays : mais nous y travaillons, en répondant bien volontiers aux questions, et en ouvrant bien nos portes : pas de secret chez nous. Pourtant, qui connaît vraiment l’Opus Dei en France ? Vous savez comme moi avec quelle facilité l’on peut stigmatiser telle ou telle catégorie de personnes dans le monde aujourd’hui, à base de clichés faciles et de courts-circuits sémantiques. La force des fantasmes véhiculés par des livres comme le Da Vinci Code trouble l’image d’une institution peut-être trop catholique au goût de certains.

GM. Quelle est la position de l’Opus Dei par rapport aux intégristes ?

L’Opus Dei est profondément unie au pape et aux évêques. Notre message est moderne, et s’inscrit dans une vision vraiment positive du monde dans lequel nous vivons.[access capability= »lire_inedits »] Est-ce le cas chez les intégristes ? J’ajoute qu’en vérité, je serais profondément heureux qu’au terme d’un cheminement personnel ou collectif, ils donnent leur assentiment aux enseignements du concile Vatican II. Ce dernier doit être reçu dans le contexte de la Tradition vivante de l’Église, C’est ce qui pose un problème à certains…

GM. Pour nombre de catholiques, le 14-Juillet resta longtemps une tragédie, alors que la plupart de nos compatriotes voient dans la laïcité, qui marqua la victoire de la République sur l’Église en 1905, un pilier de l’identité nationale. Est-il facile d’être catholique dans une France nourrie aux valeurs de 1789 ?  

La Révolution française a connu plusieurs stades, et on ne peut pas la réduire à l’éjection de l’Église hors de l’espace public. Si la Révolution, comme événement violent, a été de fait antireligieuse, le 14-Juillet en soi n’est pas antireligieux. Il peut donc être fêté sans problème et avec joie comme un moment d’unité nationale. Quant à la laïcité, elle précède et la loi de 1905 et la Révolution puisqu’on la trouve en germe dans la philosophie des Lumières. Cela dit, l’Église, dans son rapport à la laïcité, ne peut aujourd’hui que se réjouir de cette séparation des pouvoirs.

GM. Tant mieux, mais cela n’a pas toujours été le cas !

Sans doute, mais cela n’est guère surprenant si l’on se souvient de ce qui s’est passé de 1901 à 1924 [date de la réconciliation de Rome avec la France]. Il ne faut oublier ni la spoliation des biens, ni l’appropriation des édifices religieux par l’État, qui en est toujours propriétaire, ni l’expulsion des congrégations religieuses. Qu’on pense aux photos des chartreux expulsés de leur abbaye en 1903, par exemple. L’Église ne s’est évidemment pas réjouie de ces événements mais, sur le fond, l’évolution correspond bien à ce qu’a dit le Christ : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, à César ce qui est à César. » Que l’Église ne soit plus la religion d’État peut aujourd’hui être tenu par les chrétiens comme un fait au minimum indifférent.

GM. C’est aller un peu vite en besogne… Vous affirmez vous-même que l’État est en quelque sorte votre « propriétaire » : donc la séparation n’est pas nette, et on peut même parler d’une certaine dépendance…

Vous pourriez poser cette question à l’archevêque de Paris, le cardinal Vingt-Trois ! Voici mon point de vue. L’État entretient les édifices religieux qu’il a expropriés en 1905. L’Église le ferait-elle mieux que l’État ? Rien de moins sûr dans le contexte actuel. D’autre part, il me semble que la liberté de culte dont jouit l’Église en France, de nos jours, est tout à fait acceptable. Je ne vois pas de problème majeur, actuellement, dans les relations Église-État. Finalement, l’Église et les catholiques peuvent exprimer leur point de vue dans de bonnes conditions dans les débats de société. Mais je ne suis pas prophète pour l’avenir. César reste César….

Jacques de Guillebon. Pour en revenir à 1905, peut-on nier que la séparation ait été dirigée contre l’Église catholique ?

Je pars de données factuelles, sociales. Prenons acte d’une séparation qui s’est faite de manière douloureuse. L’Église doit l’assimiler et « faire avec ».

GM. Nous avons vu, ces dernières années, des prises de position estampillées « chrétiennes » par rapport aux Roms, au mariage et à l’adoption par des couples homosexuels. L’évolution de la société française ouvre-t-elle un nouvel espace d’expression politique et publique dans lequel une voix catholique aurait une légitimité ?

La liberté d’expression s’exerce aussi sur des matières à caractère moral, qui ne sont pas indifférentes aux chrétiens. Les catholiques ont, par exemple, toujours estimé que l’étranger méritait d’être accueilli et de voir sa dignité respectée, et s’ils constataient que l’État ne respectait pas cette solidarité, ils auraient le devoir de le dire ! Il ne s’agit pas de prendre les rênes du pouvoir, mais de proposer des orientations respectueuses dans ce qui a trait à l’éthique et à la dignité de la personne, notamment dans le social ou le sociétal.

JdG. Les bouddhistes auraient-ils, en France, la même légitimité pour intervenir dans ce genre des débats ?

Je pense qu’il s’agit à la fois d’une question de sociologie et d’histoire. Il est normal que l’Église, parce qu’elle représente une religion qui est numériquement majoritaire par rapport aux autres, et aussi à cause de son rôle historique, soit davantage écoutée. Mais si les bouddhistes veulent s’exprimer, je pense évidemment qu’ils en ont le droit.

GM. Vous faites une distinction entre des débats politiques à forte valeur morale et ceux qui n’en ont pas ou moins. Mais les problèmes posés par les écarts de richesse ne sont-ils pas aussi des questions morales ? Et d’ailleurs, quelles questions politiques sont totalement dépourvues de portée morale ? Dans cette perspective, doit-il y avoir une voix catholique dans le débat politique ?

L’Église catholique ne se réduit pas à son clergé… Donc, en matière politique, l’Église ne veut pas de cléricalisme : ni faire entrer le clergé à l’Assemblée nationale, ni transformer ses laïcs en « sous-marins » qui mettraient en œuvre l’agenda de la hiérarchie. Les citoyens catholiques prennent leurs responsabilités, et on peut espérer que leurs décisions politiques sont influencées par leur foi. Maintenant, pour ce qui est de la hiérarchie, il y a une manière naturelle de nouer le dialogue. Par exemple, entre le maire et le curé d’un village, le dialogue est constant, ne serait-ce que parce que le maire possède l’église et le presbytère. Il faut faire la différence entre une parole publique, comme celle de l’archevêque de Paris, et un dialogue officieux naturel concernant des sujets plus délicats que d’autres. Mais sur de nombreux sujets traités par l’État, l’Église n’a pas à intervenir comme telle.

GM. En somme, il existe des « partenaires moraux » comme il y a des partenaires sociaux…

On pourrait dire cela ; on pourrait aussi parler de « partenaires religieux » parce qu’il y a dans la religion le désir de contribuer au bien commun.

GM. Permettez-moi d’insister. Y a-t-il, suivant le contexte, un vote plus chrétien qu’un autre ? Par exemple, un chrétien peut-il voter pour un candidat qualifié de « président des riches » ?

L’Église est, dans ce domaine-là, d’une modernité exceptionnelle ; sauf exception flagrante, elle ne dit pas : « On ne peut pas voter pour tel candidat », elle donne aux catholiques les outils pour qu’ils discernent d’eux-mêmes ce qu’ils doivent faire et pour qui ils doivent voter. D’où l’importance de bien les former et les informer. L’Église cherche, par la foi, à éclairer la raison et non à la diriger.

GM. En somme, l’Église n’interfère pas dans les affaires publiques. Mais dans un passé relativement récent, il existait en France un courant démocrate-chrétien assez puissant…

C’est vrai. La France a connu une démocratie-chrétienne qui recherchait une solution catholique aux problèmes de société. Aujourd’hui, les chrétiens ont plutôt tendance à penser qu’il n’y a pas de solution unique à chaque problème, mais plusieurs, également acceptables. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas de grand parti démocrate-chrétien en France. Cela dit, l’Église doit accompagner les personnes et éclairer les consciences. Lorsque des dirigeants politiques ne veulent pas écouter l’Église, comme cela se passe parfois aujourd’hui, je ne peux que le regretter. Il faudra faire avec. Mais rassurons-nous : la situation des premiers chrétiens, persécutés par l’Empire romain païen, a été plus difficile…

GM. Vous acceptez le blasphème, comme l’une des conséquences inévitables de la liberté d’expression…

Tout ne se résume pas à la liberté d’expression… Mais il y a aussi la responsabilité personnelle qui appelle chacun à mesurer ses propos. Si quelqu’un blasphème, je le regrette profondément pour lui, pour Dieu, pour l’Église, pour ma sensibilité mais, à titre individuel, cela ne m’affecte pas dans ma relation avec Dieu. Je ne demande pas à l’État que les lois civiles s’identifient à un code religieux. En revanche, nous attendons, tous, que les lois de la République soient morales. Or, je me rends compte qu’elles ne le sont pas toujours, comme dans le cas de l’avortement. Mais que puis-je y faire, si ce n’est le dire pacifiquement et prier pour que les choses changent ?[/access]

La suite demain…

Les cathos se droitisent

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MRP cathos GAUCHE

MRP cathos GAUCHE

Causeur. Dans À la gauche du Christ, le livre que vous avez coécrit avec Denis Pelletier, vous retracez l’histoire de ceux qu’on appelle « cathos de gauche » qui ont connu leur heure de gloire après la Libération. Quand ce courant politique est-il né ?

Jean-Louis Schlegel. Il faut chercher les racines de cette mouvance au début du XIXe siècle, dans une Église catholique traumatisée par la Révolution et qui tentait alors de s’ériger en contre-société. À partir de 1830, on peut distinguer quelques intellectuels et hommes politiques, des catholiques fervents, souvent issus de la bourgeoisie éclairée comme Lamennais, Lacordaire et Montalembert, qui demandent à l’Église d’admettre les libertés modernes proclamées par la Révolution (ce qui leur vaut le qualificatif de « libéraux »), mais aussi de reconsidérer la question du régime : monarchie ou république. Ceux-là sont condamnés par le Syllabus (1864), avec sa célèbre phrase finale : sont anathèmes ceux qui pensent que « le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne ». Voilà l’acte de naissance de l’Église intransigeante contre le monde moderne. Selon certains, elle est toujours d’actualité.

Après la question des libertés et du régime (république ou monarchie), c’est le socialisme qui, depuis la fin du XIXe siècle, structure la gauche française. Quel rapport ont entretenu les catholiques modernes avec les nouvelles thèses de la gauche ? 

Dans les années 1880, l’Église commence à percevoir le « socialisme », au sens large, comme un danger. Elle le condamne et définit sa propre doctrine sociale avec l’encyclique Rerum novarum (1891). C’est dans ce contexte que naît le catholicisme social, qui tente de concilier les consignes papales et les idées nouvelles, et dont l’incarnation la plus connue est la mouvance politico-religieuse du Sillon de Marc Sangnier. À partir de 1894, celui-ci milite pour la réconciliation entre l’Église et la République. Mais en 1910, il est condamné par le pape. Vingt ans plus tard, en 1931, le pape Pie XI écrit, dans Quadragesimo Anno, que le socialisme est « on ne peut plus contraire à la vérité chrétienne ». En 1937, huit jours avant l’encyclique contre le nazisme Mit brennender Sorge, il publie l’encyclique Divini Redemptoris « contre le communisme athée », qualifié d’« intrinsèquement pervers ».[access capability= »lire_inedits »] En même temps, une différence est malgré tout établie implicitement entre socialisme (social-démocrate) et communisme, ce qui n’est pas insignifiant par temps de « fronts populaires ». Mais en 1945, alors que les catholiques, y compris à Rome, se sont ralliés à la République et à la démocratie, l’Église continue à prôner le vote en faveur du parti chrétien, partout où il existe − en France, il s’agit du Mouvement républicain populaire, le MRP.

L’Église aurait donc une tendance institutionnelle à s’ancrer à droite, du côté de l’ordre et du conservatisme…

Effectivement. L’Église a longtemps été politiquement de droite, en se commettant sans vergogne ni recul dans des politiques conservatrices qu’elle jugeait uniquement à l’aune des faveurs que le pouvoir lui accordait. En France, où la laïcité est née contre l’Église (avec le conflit sur l’École libre qui traverse le siècle), l’Église s’est aussi fortement compromise avec Vichy. Est-elle structurellement  à droite ? Certaines tendances vont dans ce sens − goût de l’ordre, de l’autorité, de la tradition −, mais d’autres poussent en sens inverse − rejet du tout-libéralisme économique, politique, moral, engagement social et « altruiste » volontariste…

Le catholicisme de gauche serait donc un catholicisme contre l’Église ?  

On peut dire qu’après Mai-68, une certaine gauche catholique a été tentée par un « tout politique de gauche » selon l’Évangile, adoptant en outre l’« outil marxiste » de transformation de la société. Cette option a parfois impliqué aussi une vive critique de l’Église.

Justement, parlons des années 1950-1960 : quelle a été l’attitude des chrétiens pendant la guerre d’Algérie ? 

Les chrétiens de gauche qui se sont fortement engagés contre le colonialisme et ses injustices, contre la torture et pour l’indépendance algérienne, se séparent alors du MRP − opposé à la décolonisation − tout en rejetant la politique algérienne de la gauche socialiste laïque. Ils se sont ensuite retrouvés en masse au Parti socialiste unifié (PSU) dont on estime qu’ils constituaient un tiers des effectifs. Cet engagement « à gauche de la gauche » fut peut-être déterminé par un réflexe évangélique et une forme de purisme politique.

Et en Mai-68, sont-ils actifs ?

En Mai-68, ils ne furent pas au premier rang sur les barricades parce que les mouvements chrétiens étudiants étaient en pleine crise : leurs dirigeants, du côté catholique et protestant, avaient été écartés par leurs Églises après de vifs différends − qui portaient précisément sur l’engagement politique. Après Mai-68 émergea un gauchisme chrétien, très minoritaire mais très activiste. Surtout, les militants d’Action catholique, du mouvement Vie nouvelle et de la CFDT déconfessionnalisée rejoignirent en masse le Parti socialiste. Ils affluaient surtout vers ses deux courants « modernistes » : le Ceres de Chevènement et le courant autogestionnaire de Rocard, sans oublier quelques partisans de Jean Poperen, comme Jean-Marc Ayrault. Du côté de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) et de l’ACO (Action catholique ouvrière), il y eut des adhésions − minoritaires − au PC : en 1968, la JOC avait critiqué la révolution étudiante car réalisée par et pour les enfants de bourgeois… Exactement comme la CGT.

Mais sur la libération des mœurs, on imagine que les cathos étaient plutôt hostiles…

Ce n’est pas si simple ! Les cathos de gauche rejetèrent, parfois violemment, l’encyclique de Paul VI Humanae Vitae (juillet 68) qui interdisait la pilule contraceptive. Pourtant, ils sont tout sauf libertaires ! Ce seraient plutôt des « austères », mais ils n’admettent plus que l’Église dicte les normes sexuelles dans la vie du couple, ou qu’elle régente la venue au monde des enfants.

La victoire de la gauche, en 1981, a-t-elle constitué un tournant majeur dans leur histoire politique ?

Sans nul doute, 1981 a marqué une incontestable rupture : pour la première fois, un nombre important de catholiques (évêques et prêtres compris) se sont reconnus dans un gouvernement de gauche. Ce qui veut dire qu’ils n’étaient plus dans l’opposition, mais du côté des vainqueurs et qu’il fallait digérer, si l’on peut dire, la victoire. En fait, ils ne l’ont pas bien digérée : membres de la « deuxième gauche » ou non, ils se sont ou ont été dissous sous Mitterrand, que beaucoup d’entre eux n’aimaient pas, et qui d’ailleurs le leur rendait bien ![/access]

La suite demain…

Jean-Louis Schlegel et Denis Pelletier : À la gauche du Christ. Les chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours, Seuil, 2012.

Front Populaire, tout le monde descend

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Depuis mardi 18 décembre 2012, une nouvelle station de métro, sur la ligne 12, est en service. Elle a pour nom Front Populaire. On rappellera que le Front Populaire a vu arriver au pouvoir en mai 1936 un gouvernement de coalition SFIO et radicaux, dirigé par le socialiste Léon Blum et soutenu sans participation par les communistes.

L’élection de cette nouvelle majorité, dont le programme était relativement modéré et réaliste, comme on dit, fut suivie d’un mouvement de grève sans précédent en juin dans tous le pays qui eut pour conséquence les accord de Matignon prévoyant une augmentation des salaires de 12% en moyenne, la semaine de 40 heures, le droit syndical reconnu dans les entreprises et deux semaines de congés payés.
En face, le Medef qui s’appelait le comité des Forges ainsi que les « deux cents familles » planquaient l’argenterie et expliquaient, la main sur le cœur, que ces mesures allaient ruiner l’économie, que c’en était fini de la France.

L’histoire ne se répète pas, ou alors en farce disait Marx citant Hegel. Effectivement, il semble depuis le 6 mai qu’on ait toujours « le mur de l’argent », qu’on appelle les marchés et que les « pigeons » et autres exilés fiscaux médiatiques aient remplacé les deux cents familles. Mais la nouveauté, c’est qu’ils jouent à se faire peur, histoire d’en obtenir plus d’un gouvernement qui en aurait presque honte d’être de gauche. Hollande n’est pas Blum ni Léo Lagrange Michel Sapin. Et, à l’Intérieur, Manuel Valls est beaucoup plus apprécié par la droite que Salengro qui se suicida après une campagne de diffamation.
En même temps, il y a des signes qui ne trompent pas. La nouvelle station Front populaire fait également office, sur la ligne 12, de… terminus. Front populaire : tout le monde descend.

Lionnel Luca va-t-il rejoindre le Front De Gauche ?

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lionnel luca texas

lionnel luca texas

Un député, on le sait bien, c’est un mandat un rien ambigu dans sa définition-même. Élu dans et par une circonscription, il est pourtant membre d’une Assemblée Nationale et représentant du peuple français dans son ensemble au nom du pouvoir législatif. Cette dichotomie discrète mais prégnante aboutit parfois à des choses étonnantes.

Prenons le député Lionnel Luca : cet élu de la sixième circonscription des Alpes-Maritimes a appris comme ses administrés, mardi 18 décembre, que le groupe américain Texas Instruments a annoncé la suppression de 517 emplois sur l’usine de microprocesseurs de Villeneuve-Loubet, près de Nice. C’est le deuxième plan social sur ce site, après celui de 2008 où un peu plus de 300 postes avaient été supprimés.
Texas Instruments, comme la plupart des entreprises prédatrices aujourd’hui, est un groupe qui licencie parce que l’emploi est une variable d’ajustement comme les autres. Et non parce qu’elle serait acculée par une situation économique difficile puisque Texas Instruments, excusez du peu, a dégagé plus de 2 milliards de dollars de bénéfices l’an dernier. Sans compter, en France, quelques millions d’euros glanés grâce au crédit impôt recherches. Le député Lionnel Luca, une épée de la droite dure et populaire, comme on dit, avait voté et approuvé le versement de tous ces cadeaux faits sans contrepartie.

Aujourd’hui, il parle comme un vrai partageux du Front de gauche, rappelle que 100 millions d’euros en cinq ans ont été versés pour le maintien de l’emploi et l’innovation et affirme que Texas Instruments devrait rembourser vite, très vite parce que sinon, ce serait du vol. Mais le directeur France de Texas Instruments, Christian Tordo, lui a fait un joli bras d’honneur : site non rentable, adios !
Lionnel Luca aurait peut-être pu penser, à l’époque, à déposer un amendement un peu contraignant, histoire que ce remboursement soit légalement exigible. Mais non. Lionnel Luca n’est pas archaïque, il croit que les entreprises multinationales sont responsables, qu’il suffit de leur créer un climat favorable et qu’ainsi comme le dit le prophète Isaïe, le lion dormira avec l’agneau même si comme le rajoutait Woody Allen, l’agneau sera tout de même un petit peu nerveux.
Luca doit se sentir un peu cocu. S’il veut rendre service, on a bien une idée. Il peut toujours demander une loi pour qu’on revoie les vingt milliards d’allègements de charges pour les entreprises, justement prévus sous forme de crédits d’impôts, pour qu’elles embauchent. Allègements voulus par le gouvernement socialiste dont le nouveau petit livre rouge est le rapport Gallois sur le choc de compétitivité.
Parce que là non plus, pour ces vingt milliards d’euros, ni contrepartie ni sanction prévue, ni filets de sécurité. Nib, macache, bonnot ! Inutile de vous dire que les entourloupes façon Texas Instruments vont se multiplier en 2013 comme Che Guevara souhaitait que se multiplient les Vietnam dans les années 60.

Demandez à Lionel Lucca. Lui, maintenant, il sait. La différence entre un homme politique de droite et un homme politique de gauche (vraiment à gauche, il n’y en a plus beaucoup), c’est que l’homme politique de gauche n’a pas besoin de se de se coincer les doigts dans la porte pour savoir que ça fait atrocement mal. On ne dira pas que l’homme de gauche est plus intelligent ou plus empathique, non simplement, empiriquement, il sait que depuis vingt-cinq ans, ce genre de scénario se répète comme se répète la névrose ou l’échec de Sisyphe.

Encore un effort, Lionnel, et tu feras un excellent opposant de gauche au gouvernement Ayrault. Si, si, ça vient. Et à l’avenir, ne te coince plus les doigts dans la porte.

*Photo : MediaCam13/Philippe Marc.

Le mariage est l’union d’un homme et d’une femme

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opus dei rochebrune

opus dei rochebrune

Propos recueillis par Jacques de Guillebon et Gil Mihaely

Dans un précédent numéro de Causeur, Paul Thibaud estimait que, pour blasphémer, il faut être croyant. Quand Charlie Hebdo caricature le pape ou Jésus, s’agit-il de blasphème ? Et faut-il aller devant les tribunaux ?

Je ne vais pas entrer dans la théologie morale, mais il y a une moralité objective et une moralité subjective. Je n’ai pas la place pour m’étendre sur cette explication, mais, même de la part d’un incroyant, on peut avoir l’intuition qu’il n’y a rien de vraiment indifférent. Cela dit, puisque vous évoquez les tribunaux, et non pas la morale religieuse, il me semble qu’en droit civil, on est attentif à la notion de provocation, d’injure… En France, le droit de la presse est très vigilant pour protéger la liberté d’expression, et les journaux satiriques bénéficient à cet égard d’une jurisprudence fort bienveillante. Cela doit-il constituer un frein pour aller aux tribunaux ? Vous serez d’accord avec moi que, s’il y a une liberté de la presse, il y a aussi une liberté de porter plainte.[access capability= »lire_inedits »]

Quel est votre point de vue sur les chrétiens qui manifestent contre une pièce de théâtre ou un film qui leur déplaît ? Ne devraient-ils pas tendre la joue gauche ?

Je peux évoquer notre expérience face à la sortie du film Da Vinci Code, qui fut une opération commerciale gigantesque et, finalement, une œuvre d’un goût artistique assez faible. Le public ne s’y est pas trompé. Nous avons pris le parti de la gentillesse, de la bonne humeur, voire de l’humour. Résultat : la presse a été unanime à faire les louanges de la communication de l’Opus Dei autour de ce film. Cela étant dit, notre démocratie permet à tout citoyen et à tout groupe de manifester contre quelque chose qui ne plaît pas, dans les limites de l’ordre public. C’est une stratégie comme une autre. Personnellement, dans le cas de créations artistiques, je la trouve peu convaincante. En général, je constate que, lorsque l’art sert de prétexte pour choquer des croyants, le résultat est d’une grande faiblesse : le silence pourrait être une réponse adéquate.

Estimez-vous qu’aujourd’hui, comme on l’entend fréquemment, on peut attaquer le catholicisme bien plus violemment que les autres religions ?

Je le constate. Probablement parce qu’on ne craint pas les réactions des catholiques… Je comprends que certains puissent combattre des idées, y compris des idées religieuses, mais sans appel à la haine ou à des mécanismes totalitaires qui conduisent à exclure l’Église ou les chrétiens du débat public.

GM. Dans une démocratie, tout est théoriquement amendable, y compris le mariage et la place du dimanche comme jour férié. Estimez-vous qu’il y a un noyau dur de valeurs et traditions que la loi de la majorité elle-même ne peut pas modifier ?

Bien sûr. Le mariage est un bon exemple : la majorité élue ne peut pas le changer, et elle n’en a pas le droit, même si elle le fait malgré tout. En même temps, si la République décide de promulguer des lois néfastes, nous le regrettons mais nous les subirons.

Qu’est-ce qui vous choque le plus dans le mariage et l’adoption pour tous ? Après tout, le mariage civil n’est pas, de votre point de vue, un sacrement… 

L’un des buts essentiels du mariage, c’est de créer une famille, d’avoir des enfants. Évidemment, il y a une crainte concernant le mariage homosexuel car on a l’impression d’être dans la nouveauté. L’Église est − selon l’expression bien connue − experte en humanité. La famille est un élément structurant fondamental pour la société.  On ne prend pas de risque − semble-t-il − avec les OGM… En prendrait-on pour la société ? L’Église n’a pas la vocation de s’occuper uniquement des baptisés et de leur mariage sacramentel, mais elle a une vision universelle, et elle apporte sa contribution au bien commun. Dans ce cadre, le mariage des non-baptisés ne lui est pas indifférent, donc le mariage civil est un sujet majeur. De plus, sans être juriste, d’un simple point de vue conceptuel, réfléchissons un petit peu : le mariage est l’union définitive d’un homme et d’une femme (c’est la définition universelle). Nous, Français, avons la prétention de supprimer cette réalité et d’en créer une autre qui porterait le nom de « mariage »… Je comprends le concept de « supercherie » évoqué par le cardinal Vingt-Trois. Il est effrayant de constater que le législateur aurait le projet d’agir contre l’avis unanime de toutes les grandes religions présentes en France.

GM. Mais cet État devenu neutre, voire hostile, n’oblige-t-il pas les catholiques à se comporter comme une communauté opprimée défendant ses intérêts catégoriels ? Autrement dit, pour défendre des valeurs et des traditions, peut-on se passer d’un rapport de force ?

Je n’ai pas le sentiment qu’on soit arrivé à cette situation. Même il y a trente ans, quand il était question de l’École libre, les chrétiens n’ont pas agi en tant que communauté. Il y a eu une mobilisation forte et une alliance politique non pas parce que les catholiques voulaient protéger leurs écoles, mais par un souci légitime de la liberté d’éducation et au nom de l’intérêt général.

GM. Cela prouve qu’on peut tisser des alliances avec d’autres communautés pour agir politiquement.

Je ne sais pas si cette manière de présenter les choses est conforme à ce que l’Église catholique, comme institution, veut faire aujourd’hui. Le cardinal Vingt-Trois aime dire qu’on est passé du christianisme sociologique d’une majorité à un christianisme de conviction, responsable et personnel. Dans le débat sur le mariage et l’adoption, les évêques ont rencontré les responsables des autres religions, et chacun a agi comme il l’entendait. Je vous fais d’ailleurs remarquer que l’Église a choisi de donner des arguments de bon sens et pas seulement des arguments religieux.

GM. Et la stratégie « Civitas », mélange de militantisme et d’occupation de l’espace médiatique, la rejetez-vous ?

Ce n’est pas mon approche, mais je suis pour la liberté. Nous sommes dans un pays où beaucoup de manières de penser différentes doivent coexister. Mon point de vue est le suivant : l’Église proclame la Vérité, et elle demande à l’État de la respecter sans utiliser la force − censure ou interdiction − contre ceux qui pensent autrement.

GM. La présence croissante de l’islam dans l’espace et le débat public change-t-elle la donne ? Sommes-nous en train de réinterpréter la laïcité ?

La question de l’islam en France n’est pas encore mûre. C’est à l’État de régler les choses, mais l’équilibre est délicat, et la France reste un pays d’équilibres. Changer quelque chose dans un domaine fondamental comme la religion, cela fait peur. Il faut beaucoup de réflexion et de philosophie avant d’agir. Il y a aujourd’hui un consensus important sur les équilibres, même si le pays évolue. Je ne sais dans quelle direction les choses vont aller. Vous savez, l’Église donne aujourd’hui encore des signes magnifiques de vitalité, y compris numériquement. Je pense à la foule immense, en 2008, lors de la messe de Benoît XVI aux Invalides, par exemple. N’enterrons pas les catholiques trop vite.

GM. Sans doute, mais il n’en est pas moins vrai que le regain de religiosité concerne avant tout la communauté musulmane française. D’ailleurs, comprenez-vous ce qui pousse nombre de musulmans à vouloir vivre leur religion de manière plus libre et ostentatoire ?

Nous sommes un pays de liberté où les catholiques ne ressentent pas de problème pour vivre leur religion. Être en faveur de la liberté religieuse, ce n’est pas situer toutes les religions sur le même plan du point de vue de la Vérité, mais affirmer que toute religion dispose d’un droit de pratique en France. Tout le monde s’y retrouve aujourd’hui, selon moi. Et j’ajoute ce que disait Benoît XVI dans son dernier livre d’entretiens [Lumière du monde] : « En ce qui concerne la burqa, je ne vois pas de raison à une interdiction générale. »

JdG. À l’image des musulmans français, les catholiques ne devraient-ils pas jouer davantage sur leur poids pour être entendus ?

C’est là que nous ne sommes pas arrivés à la perfection. Beaucoup de laïcs catholiques qui ont du talent et des responsabilités sociales et politiques n’ont pas le courage d’affirmer leurs opinions. J’ai du mal à comprendre ceux qui font la distinction entre leurs opinions privées et leur action politique. Il faut dépasser cette double personnalité pour que les catholiques adoptent une cohérence complète, qu’ils soient courageux et sachent que leur cohérence plaira. Le virage de Vatican II, notamment avec le décret sur la liberté religieuse, postule que les catholiques doivent forger eux-mêmes leur conscience propre en vue de l’action. C’est ce vers quoi il faut tendre toujours plus, dans le respect du pluralisme.

GM. Justement, Vatican II a aussi lancé un appel universel à la sainteté. Dans le même esprit, l’Opus Dei remet en cause la séparation entre clercs et laïcs. Est-ce justement une nouvelle stratégie pour investir l’espace public et politique ?

Vous parlez de « stratégie », mais ce n’est pas ma vision des choses. Pour moi, Dieu suscite des manières différentes d’être chrétien suivant les temps. L’Opus Dei a, en effet, accompagné Vatican II à travers l’idée qu’on peut être pleinement catholique et pleinement dans le monde, autrement dit vivre sa foi sans se retirer du monde. L’aboutissement d’un itinéraire spirituel ne se trouve pas forcément dans le sacerdoce. Le chrétien baptisé, dans quelque état qu’il soit, peut vivre sa relation avec Dieu en plénitude dans la vie courante. Socialement, cela a un intérêt très grand. Mais cela n’abolit pas du tout la différence entre clerc et laïc. À moins de penser qu’un laïc qui veut vivre sa foi intégralement est un clerc en civil… ce qui n’est pas ma façon de voir !

GM. Un homme politique membre de l’Opus Dei adoptera-t-il des positions différentes des autres ?

Il n’ira pas chercher ses ordres auprès de la hiérarchie catholique, c’est absolument contraire à notre esprit. Il travaillera pour se former une conviction personnelle conforme à sa foi, sans accepter d’être piloté par d’autres personnes. Aujourd’hui, on se heurte à certaines évolutions de la société qui posent des problèmes d’objection de conscience, et il faut savoir naviguer sur mer agitée. Tout n’est pas blanc ou noir. Un homme politique doit avancer comme il peut avec droiture et cohérence. La foi donne des points de repère et fixe des bornes claires. C’est très libérateur.

GM. Concrètement, en tant que responsable de l’Opus Dei en France, quelles sont aujourd’hui vos missions principales ?

L’Opus Dei est une institution qui dispense une formation spirituelle et chrétienne aux laïcs pour leur apprendre à témoigner de leur foi. Dans ce contexte, nous montrons un intérêt très grand pour la famille, l’éducation, la jeunesse et la préparation de l’avenir. En matière éducative, l’attitude de l’Opus Dei est un peu révolutionnaire par rapport à un modèle d’Église dont les écoles émanent des diocèses ou de congrégations religieuses. Nous suggérons, par exemple, que les laïcs chrétiens se responsabilisent eux-mêmes pour créer leurs écoles. Mais c’est compatible avec l’autre modèle, bien sûr : c’est juste une liberté en plus.

GM. On dit souvent que, contrairement au fondateur de l’Opus Dei qui officiait principalement auprès des pauvres et des malades, vous êtes très ancré dans la bourgeoisie. Est-ce vrai ?

Cela dépend. Dans tous les pays où l’Opus Dei agit, vous trouverez des initiatives en faveur des plus pauvres, et cela est vrai pour la France aussi. Mais du point de vue de l’évangélisation, il est normal de s’intéresser à ceux qui peuvent avoir une influence. S’adresser à des intellectuels, à des universitaires qui, par leur métier, ont un rayonnement social important a potentiellement une grande portée, même si chacun est appelé à évangéliser son propre milieu.[/access]

Miracle de Noël : le Bon Dieu et les seins

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On se souvient de la bible salvatrice qui, dans Les 39 Marches d’Alfred Hitchcock, sauve la vie du héros, qui avait eu la bonne idée de placer le livre sacré dans la poche intérieure gauche de son veston, d’où elle bloqua la balle tirée par un Écossais peu sympathique.

Figurez–vous que quasiment la même aventure vient d’arriver à une compatriote du héros hitchcockien (celui-ci, Richard Hannay, était censément canadien). Mais autre temps, autre mœurs : même les paroissiennes du Nouveau-Brunswick ou du Manitoba s’intéressent moins au Good Book qu’au good look. Le Bon Dieu, semble-t-il, ne leur en veut même pas, et prodigue volontiers ses miracles aux pécheresses.

Ce n’est en effet pas par les Écritures que le cœur d’Eileen Likness a été préservé de la balle de 9 mm que lui destinait son époux… mais par ses faux seins ! « Mes implants ont encaissé le coup », a-t-elle déclaré lors du procès de l’accusé, dont elle a très légitimement divorcé depuis les faits.

D’après l’agence de presse québécoise QMI, le projectile a effleuré le bras droit de la victime pour ensuite pénétrer dans ses deux seins siliconés et ressortir à travers son bras gauche.

Eileen Likness a ajouté que la balle tirée par son ex-epoux avait complètement détruit ses prothèses. Elle a précisé toutefois qu’après la guérison de ses blessures, elle a subi une autre opération pour avoir de nouveaux implants.

Syrie : Moscou et Téhéran changent de braquet

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SYRIE IRAN russie

SYRIE IRAN russie

« Je ne suis pas l’avocat du pouvoir syrien. Il convient avant tout de se mettre d’accord sur l’avenir de la Syrie, sur l’intérêt de tous ses citoyens, de toutes ses minorités ethniques et confessionnelles. Toutes les parties doivent s’asseoir à la table de négociations.»
Ce lâchage en rase campagne de Bachar Al-Assad est signé Vladimir Poutine. Après que le vice-ministre russe des Affaires Etrangères a récemment jugé « possible » la victoire finale des insurgés, cette nouvelle déclaration vient officialiser un secret de polichinelle : le soutien de Moscou à Assad ne tient plus qu’à un fil.

Alors que la rébellion contrôle plus de 60% du territoire syrien et que le pouvoir numérote ses abattis à Alep et Damas, les derniers soutiens diplomatiques d’Assad préparent déjà la transition politique en lançant des signaux de moins en moins discrets. Plus l’échéance approche, plus il devient urgent pour Moscou comme pour Téhéran de trouver une monnaie d’échange au lâchage définitif d’Assad, afin de préserver au mieux leurs intérêts politiques, économiques et militaires dans la Syrie post-baathiste.

Du côté de Téhéran, on observe d’un œil de plus en plus critique la répression aveugle qui s’est abattue sur l’insurrection syrienne laquelle, contrairement au mouvement anti-Ahmadinejad de l’été en 2009 en Iran, s’est militarisée et a pris grande ampleur. Depuis plusieurs mois, les hiérarques de la République islamique tente de tempérer la brutalité répressive de l’état-major syrien tout en dépêchant des flopées de conseillers militaires à Damas, histoire de marier la carotte et le bâton. Pour ce qui est de la carotte, les mollahs savent y faire et se sont même trouvé un allié taillé sur mesure en la personne de Haytham Maanar. La soixantaine, cet opposant de longue date à Assad vit exilé à Paris, où il a créé de mystérieux comités de coordination. Au déclenchement de la guerre civile syrienne, il a enfourché un cheval de bataille unique en son genre : préparer une alternative d’un coté, fustiger l’opposition reconnue par l’OTAN de l’autre, en tenant un discours diplomatique proche à s’y méprendre de la propagande officielle syrienne. En visite à Téhéran début décembre, Manaar n’avait pas de mots assez durs contre l’Armée Syrienne Libre et les vassaux syriens du Qatar et de la Turquie, dénonçant au passage le péril salafiste et le terrorisme attisés par les autorités syriennes. Derrière cette prudence de bon aloi, les appels à une transition négociée et les échanges d’amabilités auxquels se livrent Manaar et ses amis iraniens, se cachent un jeu de donnant-donnant : Haytham Manaar pourrait incarner un Assad light, qui poursuivrait la même politique étrangère et prolongerait l’alliance stratégique avec Téhéran, l’image du satrape oriental en moins. Manaar et les dirigeants iraniens, en se légitimant l’un l’autre, appliquent le vieux proverbe russe « tu me grattes le dos, je te gratte le dos ».

La volte-face iranienne trouve d’ailleurs son pendant à Moscou, où l’on a reçu toutes les figures de l’opposition syrienne depuis des mois. À ceci près que Vladimir Poutine a décidé de repenser l’ensemble de sa politique arabe, à la lumière des changements intervenus l’année écoulée. L’inflexion de la position russe à l’égard d’Assad s’inscrit ainsi dans un redéploiement diplomatique de grande ampleur, qui passe notamment par l’ouverture de relations inédites avec les Frères Musulmans, au pouvoir en Egypte. Jusqu’ici classée parmi les organisations terroristes à Moscou, la confrérie qui détient les rênes du pouvoir au Caire, deviendra probablement l’un des interlocuteurs régionaux de la Russie. Sans rompre l’alliance et l’aide américaines, le président Mohamed Morsi aurait tout intérêt à prendre langue avec l’une des rares grandes puissances qui reconnaît et accueille les dirigeants du Hamas depuis 2006 tout en entretenant des relations économiques assez poussées avec Israël. En cas d’escarmouches entre Israël, Gaza, le Sinaï et Le Caire, Moscou pourrait jouer un rôle d’intermédiaire plus acceptable par la rue égyptienne que le grand frère américain, ce levier crucial que tous les gouvernants arabes préfèrent actionner en coulisse.

Mais bien au-delà de la seule Egypte, Poutine cherche à se donner de l’air. Il est évident que l’axe Damas-Téhéran a vécu, quels que soient les efforts conjugués de Manaar et de la direction iranienne pour le perpétuer contre vents et marées. Puisque le Kremlin dit craindre comme la peste la contagion salafiste qui s’abat sur des pans entiers du monde arabe, il n’est pas saugrenu de trouver un terrain d’entente avec la mouvance des Frères, dont les surgeons sont au gouvernement du Maroc à l’Egypte en passant par la Tunisie et sans doute demain la Syrie. Ce faisant, Moscou s’émancipe d’autant mieux de Téhéran que la théocratie chiite ne peut décemment se résigner à abandonner son projet de guidance spirituelle et politique du monde musulman, a fortiori au profit d’une organisation considérant les chiites en « apostats ».

Entre un Iran néo-khomeiniste qui ne sait pas renoncer à ses mythes révolutionnaire et une ploutocratie syrienne en pleine décomposition, on comprend que la Russie prenne le large. En politique étrangère aussi, les mariages se font de plus en plus précaires…

*Photo : FreedomHouse.

Trente-trois raisons d’être catholique

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jesus eglise jerome

jesus eglise jerome

1. Je suis catholique par mon baptême, ma communion et ma confirmation.

2. Je suis catholique par mon enfance et je le suis resté par « esprit d’enfance », aurait dit Bernanos.

3. Je suis catholique par tous les saints et toutes les saintes des litanies, chacun avec leur spécialité parfois dérisoire mais qui sont le meilleur reflet de nos angoisses humaines, trop humaines. Sainte Rita, faites donc cesser cette gueule de bois…

4. Je suis catholique par La Légende dorée et la manière dont Jacques de Voragine raconte la vie de ces saints. Les beaux récits sont toujours vrais, parce qu’ils sont beaux.

5. Je suis catholique parce que j’ai eu l’intuition de ce que signifiait la Pentecôte en 1999, à Jérusalem, quand j’ai visité le cloître du Notre-Père sur le mont des Oliviers. La prière, jamais oubliée malgré les années rouges, se trouvait reproduite sur les murs dans plus de 60 langues différentes et, forcément, tout d’un coup, je comprenais tout ce qui était écrit.

6. Je suis catholique parce que la virginité de Marie, pour qui a lu Le Jeu de saint Nicolas, une pièce du XIIIe siècle écrite par Jean Bodel, n’est pas une aberration. Il suffit de comprendre les choses de manière poétique, c’est-à-dire, finalement, de manière technique. Que nous dit Jean Bodel ? « Un rayon de soleil qui traversa un vitrail sans le briser et illumina toute la nef. »[access capability= »lire_inedits »]

7. Je suis catholique par saint Augustin jeune homme : « Nondum amabam et amabam amare » − « Je n’aimais pas encore mais j’aimais aimer. » Il faut d’abord apprendre à aimer l’amour avant d’aimer un être ou une idée ou un pays. Sinon, cet amour-là ne sera pas bien solide. D’ailleurs saint Augustin, encore lui, écrit : « Pondus meum, amor meus » : « Mon poids, c’est mon amour. »

8. Je suis catholique par le révérend père Lacordaire, en chaire à Notre-Dame de Paris, en 1848 : « Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la loi qui libère et la liberté qui opprime. »

9. Je suis catholique par les écrivains catholiques, Bernanos, Mauriac, qui seuls savent tirer contre leur camp au nom même de leur foi. Bernanos contre Franco dans Les Grands Cimetières sous la lune, Mauriac dans son Bloc-Notes de L’Express contre la torture en Algérie.

10. Je suis catholique par le monastère de Saint-Jérôme, à Lisbonne, sa profusion manuéline, son refus d’un monde désenchanté, son allure d’embarcadère sur le Tage, pour les Grandes découvertes.

11. Je suis catholique par mon prénom, Jérôme, justement. Père de l’Église, accompagné d’un lion comme s’il avait su, en soignant le fauve devenu reconnaissant, dominer la sauvagerie qui dort en chacun de nous. Jérôme, traducteur de la Bible, et qui continua son travail dans un monde qui s’effondrait dans la barbarie. Mais il savait, avant Mallarmé, que « ce monde existe pour aboutir à un livre. »

12. Je suis catholique par la « théologie de la libération », par Dom Helder Camara et Léonardo Boff. Dom Helder Camara : « La seule invention moderne, en matière de torture, c’est l’électricité. »

13. Je suis catholique par Mgr Romero, abattu dans sa cathédrale par les « escadrons de la mort » au Salvador et par le père Ernesto Cardenal, poète et guérillero, ministre de la Culture du premier gouvernement sandiniste au Nicaragua, se mettant à genoux lors de la visite de Jean Paul II et recevant du Saint-Père une admonestation, doigt levé, comme pour un enfant indiscipliné mais qui a bon cœur.

14. Je suis catholique par le Sermon des Béatitudes, le discours le plus doux de l’histoire de l’humanité.

15. Je suis catholique par l’Évangile, qui fait partie de mes livres de chevets car on y défend les enfants, les putes, les fous et les morts, et que c’est tout de même l’histoire, avant tout, d’une bande de copains « sur la route », aurait dit Kerouac.

16. Je suis catholique parce que les pays catholiques ont mieux résisté que les autres, ou en tout cas plus longtemps, aux révolutions industrielles, au capitalisme, au prêt avec intérêt, à Max Weber.

17. Je suis catholique parce que je suis latin, c’est-à-dire français, c’est-à-dire enraciné et universel.

18. Je suis catholique par sainte Thérèse d’Avila et son ivresse spirituelle, sa défonce mystique quand l’Époux l’emmène boire dans les caves du Seigneur.

19. Je suis catholique par saint Thomas d’Aquin, qui a prévu la crise des subprimes et de la dette dans la Somme Théologique : « Une possession virtuelle est inférieure à une possession actuelle » (IIa, IIae, q62, art4).

20. Je suis catholique parce que les catholiques ne voient aucun signe d’élection particulière dans le fait d’être riche. Et même pire, si l’on en croit Léon Bloy dans Le Sang du pauvre : « Le riche est une brute inexorable qu’on est forcé d’arrêter avec une faux ou un paquet de mitraille dans le ventre… »

21. Je suis catholique par Pascal quand il nous demande soit de parier sur l’existence de Dieu soit de nous taire et d’attendre que ça vienne.

22. Je suis catholique par le rire de saint François d’Assise et par la prière de Francis Jammes pour « aller au Paradis avec les ânes ».

23. Je suis catholique par Bossuet qui ouvre un tombeau devant la Cour.

24. Je suis catholique parce que je crois à la fin de l’Histoire et au Jugement dernier et qu’importe si c’est, au bout du compte, la « Cité de Dieu » ou la «
société sans classe ». Quelque chose me dit que ce ne sera pas très différent, au fond.

25. Je suis catholique par « l’agneau qui enlève le péché du monde ».

26. Je suis catholique par la communion des saints : nous payons peut-être aujourd’hui, collectivement, pour l’offense faite il y a longtemps à un plus faible. Ou bien, qui sait si un simple regard, un simple sourire de bienveillance, aujourd’hui, ne sauvera tout un monde demain ?

27. Je suis catholique par la conclusion qu’il faut en tirer : nous ne sommes pas seuls, ni dans le temps, ni dans l’espace et nous sommes métaphysiquement obligés à la solidarité. C’est drôle, Badiou dit la même chose : « Il n’y a qu’un seul monde. » Mais on oublie que Badiou est aussi un grand paulinien.

28. Je suis catholique par la traduction janséniste de la Bible de Lemaistre de Sacy, qui est belle comme du Racine, son contemporain : « Seigneur, écoutez-nous : Vous êtes parmi nous comme un grand prince ; enterrez dans nos plus beaux sépulcres la personne qui vous est morte. »

29. Je suis catholique par quelques absolutions qui m’ont, qui sait, épargné des années de psychanalyse.

30. Je suis catholique par l’Encyclique Caritas in Veritate de Benoît XVI.

31. Je suis catholique par saint Paul, dans son Épître aux Colossiens : « Il n’est plus question de Grec ou de juif, de circoncision ou d’incirconcision, de Barbare, de Scythe, d’esclave, d’homme libre. Il n’y a que le Christ, qui est tout et en tout. » Vous vouliez une définition de l’universalisme ? La voilà.

32. Je suis catholique par saint Paul, encore, dans son Épître aux Corinthiens : « Mort, où est ta victoire ? »

33. Je suis catholique par ces paroles si vraies de l’Eucharistie : « Il est grand le mystère de la foi » Si grand que je suis bien incapable de vous dire si je l’ai ou si je ne l’ai pas.[/access]

*Image : Saint Jérôme, Caravage (wiki commons).

Qui vaccinera le Pakistan contre l’obscurantisme ?

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Si en France, le refus des vaccins est surtout pratiqué dans les milieux postbaba et/ou naturopatho-conspirationnistes, toutes mouvances usuellement obtuses mais plutôt pacifiques, il en va tout autrement dans des contrées plus lointaines. Ainsi la campagne de vaccination contre la polio lancée au Pakistan avec le soutien de l’Organisation Mondiale de la Santé et de l’UNICEF est en train de tourner au vinaigre dans la région méridionale du Sind et dans les provinces du Nord-Ouest autour de Peshawar (mondialement connues sous le doux surnom de « zones tribales »).

Cette campagne d’urgence était motivée par un état d’urgence sanitaire : bien que riche et doté de l’arme nucléaire, ce pays est l’un des derniers pays du monde ou la polio est toujours endémique.

Mais si les centaines de bénévoles qui participent à l’opération s’attendaient à être accueillis avec des fleurs, ils ont vite déchanté : neuf d’entre eux ont été assassinés depuis une semaine. Alors pourquoi les adeptes des médecines douces sont-ils tellement plus énervés à Peshawar qu’à Oberkampf ?

Il sembleraient que les religieux locaux (du Pakistan, hein, pas du XIème arrondissement !) ne soient pas totalement étrangers à l’affaire. Nombre d’entre eux ont expliqué à leurs ouailles que les campagnes étaient un complot orchestré par l’Occident. Certains, plus portés sur les effets que les causes, ont averti les croyants mâles que la piqûre amoindrirait leur virilité, d’autre enfin, plus analytiques, ont mis en garde la population contre la présence probable de viande porcine dans le vaccin. Preuve ultime que les assassins de bénévoles étaient quasiment en état de légitime défense, d’après un imam interrogé par Euronews il serait de notoriété publique que « le vaccin aurait été inventé par un médecin juif ».

Vive l’injustice sociale !

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INJUSTICE sociale

INJUSTICE sociale

La justice sociale, qui ne la souhaiterait avec Jérôme Leroy ? C’est comme la vertu. Et pourtant très vite, force est de constater que c’est au nom de la vertu que les pires crimes sont commis. Et que la justice sociale engendre plus de misère qu’un réformisme libéral. Prendre la défense de la veuve et de l’orphelin, oui. Vouloir que chaque individu soit logé à la même enseigne dans un État qui ressemblerait à s’y méprendre à une nurserie, pourquoi pas ? On peut aimer les contes de fée, sans oublier pour autant qu’ils s’achèvent en cauchemars sanglants : Lénine, Mao, Pol Pot….

Qu’un écrivain ait une inclination pour le pire, je m’en réjouis. Qu’il la recouvre sous une rhétorique politique, me trouble. Je préfère Ayn Rand ou le grand écrivain russe Léonid Andreïev, son contemporain, qui ont compris dès les premières années de la Révolution russe qu’elle était une escroquerie à grande échelle qui s’achèverait en carnage. L’escroquerie aux beaux sentiments est la pire de toutes. Léonid Andreïev , dans un article- intitulé « S.O.S », qui fit sensation en 1918, supplia même les États-Unis et l’Europe de combattre Lénine. Qu’en aurais-tu pensé, mon cher Jérôme ? Aurais-tu préféré la position laxiste et nationaliste de Maxime Gorki ?

On reste toujours sans voix face à la fascination exercée par la révolution bolchévique ou par le maoïsme sur les intellectuels français. Est-ce le désir inconscient  du pire ou une conception légèrement trop idéaliste de la justice sociale ? Oserais-je avouer que je préfère l’injustice sociale ? Elle me paraît moins meurtrière et dans son insouciance plus favorable à l’art, à l’érotisme et même à l’enrichissement individuel.

Les réformateurs sociaux, dès lors qu’ ils se laissent prendre au piège des bons sentiments soit par ivresse idéologique, soit par sottise, obtiennent exactement l’inverse de ce qu’ils avaient promis et peut-être souhaité. Ce n’est pas par absence de patriotisme ou par pingrerie que Depardieu et tant d’autres s’exilent, c’est par accablement face à tant de bêtise.

Mais je rassure mon ami Jérôme : bien que disposant d’un passeport helvétique, je resterai en France. Les mesures mises en place par le gouvernement français sont d’un comique (involontaire ) trop saugrenu pour que je n’accepte pas d’y contribuer….sinon intellectuellement, du moins fiscalement.

*Photo :  epSos.de.

« L’Opus Dei est démocrate et républicain »

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opus dei rochebrune

opus dei rochebrune

Propos recueillis par Jacques de Guillebon et Gil Mihaely

Gil Mihaely. Comment expliquez-vous la réputation sulfureuse de l’Opus Dei ?

Mgr Antoine de Rochebrune. D’abord, permettez-moi de vous rappeler que l’Opus Dei est une institution  catholique, parfaitement reconnue et intégrée au sein de l’Église. Malgré nos efforts, nous n’avons pas encore réussi à bien nous faire connaître dans notre pays : mais nous y travaillons, en répondant bien volontiers aux questions, et en ouvrant bien nos portes : pas de secret chez nous. Pourtant, qui connaît vraiment l’Opus Dei en France ? Vous savez comme moi avec quelle facilité l’on peut stigmatiser telle ou telle catégorie de personnes dans le monde aujourd’hui, à base de clichés faciles et de courts-circuits sémantiques. La force des fantasmes véhiculés par des livres comme le Da Vinci Code trouble l’image d’une institution peut-être trop catholique au goût de certains.

GM. Quelle est la position de l’Opus Dei par rapport aux intégristes ?

L’Opus Dei est profondément unie au pape et aux évêques. Notre message est moderne, et s’inscrit dans une vision vraiment positive du monde dans lequel nous vivons.[access capability= »lire_inedits »] Est-ce le cas chez les intégristes ? J’ajoute qu’en vérité, je serais profondément heureux qu’au terme d’un cheminement personnel ou collectif, ils donnent leur assentiment aux enseignements du concile Vatican II. Ce dernier doit être reçu dans le contexte de la Tradition vivante de l’Église, C’est ce qui pose un problème à certains…

GM. Pour nombre de catholiques, le 14-Juillet resta longtemps une tragédie, alors que la plupart de nos compatriotes voient dans la laïcité, qui marqua la victoire de la République sur l’Église en 1905, un pilier de l’identité nationale. Est-il facile d’être catholique dans une France nourrie aux valeurs de 1789 ?  

La Révolution française a connu plusieurs stades, et on ne peut pas la réduire à l’éjection de l’Église hors de l’espace public. Si la Révolution, comme événement violent, a été de fait antireligieuse, le 14-Juillet en soi n’est pas antireligieux. Il peut donc être fêté sans problème et avec joie comme un moment d’unité nationale. Quant à la laïcité, elle précède et la loi de 1905 et la Révolution puisqu’on la trouve en germe dans la philosophie des Lumières. Cela dit, l’Église, dans son rapport à la laïcité, ne peut aujourd’hui que se réjouir de cette séparation des pouvoirs.

GM. Tant mieux, mais cela n’a pas toujours été le cas !

Sans doute, mais cela n’est guère surprenant si l’on se souvient de ce qui s’est passé de 1901 à 1924 [date de la réconciliation de Rome avec la France]. Il ne faut oublier ni la spoliation des biens, ni l’appropriation des édifices religieux par l’État, qui en est toujours propriétaire, ni l’expulsion des congrégations religieuses. Qu’on pense aux photos des chartreux expulsés de leur abbaye en 1903, par exemple. L’Église ne s’est évidemment pas réjouie de ces événements mais, sur le fond, l’évolution correspond bien à ce qu’a dit le Christ : « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu, à César ce qui est à César. » Que l’Église ne soit plus la religion d’État peut aujourd’hui être tenu par les chrétiens comme un fait au minimum indifférent.

GM. C’est aller un peu vite en besogne… Vous affirmez vous-même que l’État est en quelque sorte votre « propriétaire » : donc la séparation n’est pas nette, et on peut même parler d’une certaine dépendance…

Vous pourriez poser cette question à l’archevêque de Paris, le cardinal Vingt-Trois ! Voici mon point de vue. L’État entretient les édifices religieux qu’il a expropriés en 1905. L’Église le ferait-elle mieux que l’État ? Rien de moins sûr dans le contexte actuel. D’autre part, il me semble que la liberté de culte dont jouit l’Église en France, de nos jours, est tout à fait acceptable. Je ne vois pas de problème majeur, actuellement, dans les relations Église-État. Finalement, l’Église et les catholiques peuvent exprimer leur point de vue dans de bonnes conditions dans les débats de société. Mais je ne suis pas prophète pour l’avenir. César reste César….

Jacques de Guillebon. Pour en revenir à 1905, peut-on nier que la séparation ait été dirigée contre l’Église catholique ?

Je pars de données factuelles, sociales. Prenons acte d’une séparation qui s’est faite de manière douloureuse. L’Église doit l’assimiler et « faire avec ».

GM. Nous avons vu, ces dernières années, des prises de position estampillées « chrétiennes » par rapport aux Roms, au mariage et à l’adoption par des couples homosexuels. L’évolution de la société française ouvre-t-elle un nouvel espace d’expression politique et publique dans lequel une voix catholique aurait une légitimité ?

La liberté d’expression s’exerce aussi sur des matières à caractère moral, qui ne sont pas indifférentes aux chrétiens. Les catholiques ont, par exemple, toujours estimé que l’étranger méritait d’être accueilli et de voir sa dignité respectée, et s’ils constataient que l’État ne respectait pas cette solidarité, ils auraient le devoir de le dire ! Il ne s’agit pas de prendre les rênes du pouvoir, mais de proposer des orientations respectueuses dans ce qui a trait à l’éthique et à la dignité de la personne, notamment dans le social ou le sociétal.

JdG. Les bouddhistes auraient-ils, en France, la même légitimité pour intervenir dans ce genre des débats ?

Je pense qu’il s’agit à la fois d’une question de sociologie et d’histoire. Il est normal que l’Église, parce qu’elle représente une religion qui est numériquement majoritaire par rapport aux autres, et aussi à cause de son rôle historique, soit davantage écoutée. Mais si les bouddhistes veulent s’exprimer, je pense évidemment qu’ils en ont le droit.

GM. Vous faites une distinction entre des débats politiques à forte valeur morale et ceux qui n’en ont pas ou moins. Mais les problèmes posés par les écarts de richesse ne sont-ils pas aussi des questions morales ? Et d’ailleurs, quelles questions politiques sont totalement dépourvues de portée morale ? Dans cette perspective, doit-il y avoir une voix catholique dans le débat politique ?

L’Église catholique ne se réduit pas à son clergé… Donc, en matière politique, l’Église ne veut pas de cléricalisme : ni faire entrer le clergé à l’Assemblée nationale, ni transformer ses laïcs en « sous-marins » qui mettraient en œuvre l’agenda de la hiérarchie. Les citoyens catholiques prennent leurs responsabilités, et on peut espérer que leurs décisions politiques sont influencées par leur foi. Maintenant, pour ce qui est de la hiérarchie, il y a une manière naturelle de nouer le dialogue. Par exemple, entre le maire et le curé d’un village, le dialogue est constant, ne serait-ce que parce que le maire possède l’église et le presbytère. Il faut faire la différence entre une parole publique, comme celle de l’archevêque de Paris, et un dialogue officieux naturel concernant des sujets plus délicats que d’autres. Mais sur de nombreux sujets traités par l’État, l’Église n’a pas à intervenir comme telle.

GM. En somme, il existe des « partenaires moraux » comme il y a des partenaires sociaux…

On pourrait dire cela ; on pourrait aussi parler de « partenaires religieux » parce qu’il y a dans la religion le désir de contribuer au bien commun.

GM. Permettez-moi d’insister. Y a-t-il, suivant le contexte, un vote plus chrétien qu’un autre ? Par exemple, un chrétien peut-il voter pour un candidat qualifié de « président des riches » ?

L’Église est, dans ce domaine-là, d’une modernité exceptionnelle ; sauf exception flagrante, elle ne dit pas : « On ne peut pas voter pour tel candidat », elle donne aux catholiques les outils pour qu’ils discernent d’eux-mêmes ce qu’ils doivent faire et pour qui ils doivent voter. D’où l’importance de bien les former et les informer. L’Église cherche, par la foi, à éclairer la raison et non à la diriger.

GM. En somme, l’Église n’interfère pas dans les affaires publiques. Mais dans un passé relativement récent, il existait en France un courant démocrate-chrétien assez puissant…

C’est vrai. La France a connu une démocratie-chrétienne qui recherchait une solution catholique aux problèmes de société. Aujourd’hui, les chrétiens ont plutôt tendance à penser qu’il n’y a pas de solution unique à chaque problème, mais plusieurs, également acceptables. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas de grand parti démocrate-chrétien en France. Cela dit, l’Église doit accompagner les personnes et éclairer les consciences. Lorsque des dirigeants politiques ne veulent pas écouter l’Église, comme cela se passe parfois aujourd’hui, je ne peux que le regretter. Il faudra faire avec. Mais rassurons-nous : la situation des premiers chrétiens, persécutés par l’Empire romain païen, a été plus difficile…

GM. Vous acceptez le blasphème, comme l’une des conséquences inévitables de la liberté d’expression…

Tout ne se résume pas à la liberté d’expression… Mais il y a aussi la responsabilité personnelle qui appelle chacun à mesurer ses propos. Si quelqu’un blasphème, je le regrette profondément pour lui, pour Dieu, pour l’Église, pour ma sensibilité mais, à titre individuel, cela ne m’affecte pas dans ma relation avec Dieu. Je ne demande pas à l’État que les lois civiles s’identifient à un code religieux. En revanche, nous attendons, tous, que les lois de la République soient morales. Or, je me rends compte qu’elles ne le sont pas toujours, comme dans le cas de l’avortement. Mais que puis-je y faire, si ce n’est le dire pacifiquement et prier pour que les choses changent ?[/access]

La suite demain…