Les personnes nées à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe adoptèrent de très solides réflexes. Dès qu’elles entendaient la fatidique annonce : « C’est la guerre ! », elles achetaient et stockaient sucre, café, pâtes, farine, savon, etc… Les plus futés et les moins scrupuleux en faisaient d’ailleurs commerce. Ces réflexes ont la vie dure, puisqu’en janvier 1991, à l’annonce de la première guerre du Golfe, les rayons pâtes, riz et féculents furent dévalisés, bien que l’Irak ne fût pas un gros exportateur de riz.
On le sait, la première qualité de l’être humain, c’est sa stupéfiante capacité à s’adapter, raison pour laquelle c’est la seule espèce que l’on retrouve aussi bien au pôle Nord qu’en plein Sahara. Les menaces d’envahissement du territoire national par l’ennemi héréditaire (poste actuellement vacant après avoir été brillamment occupé par les Anglais puis les Allemands) sont à peu près nulles ; depuis les années 1970, la tragédie qui menace, c’est la crise. Et son corollaire, l’austérité. S’il est certes moins enthousiasmant de se préparer à devoir payer plus d’impôts qu’à prendre le maquis, reconnaissons qu’une crise est moins meurtrière qu’un bombardement. De toute façon, on ne choisit pas.
Il faut s’y faire : « C’est la crise ! » On ne stocke rien, au contraire, on limite ses dépenses : des pâtes oui, mais au beurre ; on renonce à l’abonnement à l’opéra, aux coûteuses et exotiques vacances, au restaurant hebdomadaire, on reprise les vêtements au lieu de les jeter, on répare, on bricole, on découvre le charme des ventes à bas prix.
 

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