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Allez Quevilly !

Assister à un match de l’US Quevilly dans le mythique stade Amable Lozai, est un des multiples charmes secrets de la capitale normande. Poétiquement domiciliée « avenue de la porte de Diane », au Petit-Quevilly, l’enceinte historique du club de la banlieue « rouge » rouennaise sert de frontière entre les petites maisons ouvrières de brique rouge et une zone industrielle. Les samedi d’hiver, lorsque le soleil se couche derrière les falaises qui surplombent Croisset, l’ermitage de Flaubert, on se sent parfois hors du temps au milieu des quelques centaines d’inconditionnels des jaunes et noirs. Au loin, les fumées de la raffinerie Pétroplus de Petit-Couronne, où Corneille possédait une maison de campagne, fument encore, malgré les menaces de fermeture.

Pour la première fois depuis 1927, où il elle s’inclina à Colombes face à l’Olympique de Marseille, l’USQ est qualifié pour la finale de la coupe de France. Elle affrontera Lyon au stade de France le 28 avril. Ajoutons à son palmarès les demi-finales perdues en 1968 (contre Bordeaux) et 2010 (contre le PSG) ainsi que quatre titres de champions de France amateur. L’USQ est l’exemple type de l’équipe de coupe. Alors qu’elle peine un peu à se maintenir en National (3e division), elle est capable de rivaliser avec les meilleurs, comme elle le prouve de nouveau depuis 2004.

Certains se souviennent avec émotion du 32e de finale du 5 janvier 2008 perdu au Havre face aux Girondins de Bordeaux. Dans les tribunes on pouvait croiser le plus célèbre joueur de Quevilly, Daniel Horlaville, sélectionné en équipe de France en 1969 contre la Roumanie, bien qu’amateur, fait resté unique dans les annales footballistiques de l’après-guerre. Il devait rejoindre ultérieurement le PSG mais, pour les inconditionnels du ballon rond,son nom reste intimement lié à l’US Quevilly. Un autre homme hante les abords de l’USQ, son ancien dirigeant, le docteur André Boëda, ancien médecin de l’équipe de France olympique qui mêle sa passion du football avec un goût prononcé pour la littérature : ses volumes de souvenirs ont été préfacés par Michel Déon et Olivier Frébourg.

Cette performance de l’USQ est le fruit du travail acharné d’un président passionné, Michel Mallet, lui-même ancien sociétaire de l’équipe et d’un entraîneur tonique, Régis Brouard, ancien joueur pro. Ils savent transmettre à leurs joueurs le feu sacré sans lequel de tels exploits sont évidemment impossibles. Bien sûr, l’ « amateurisme » d’un club de national n’a plus grand-chose à voir avec celui d’antan. A ce niveau de compétition, les joueurs sont évidemment rémunérés. Reste la proximité avec les supporteurs, le pot d’après match partagé dans un algeco, tous ces petits rites sans importances qui fondent la légende d’un club. A voir évoluer l’USQ sur ses terres, on finirait presque par espérer que le football amateur français soit classé au patrimoine immatériel de l’humanité.

Zone d’exclusion prioritaire

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Au collège Jean Vigo d’Epinay-sur-Seine, le rêve de la même école pour tous se fracasse contre la France réelle.

La porte du bureau de Claire Abisou, directrice du collège Jean-Vigo, à Épinay-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis – ou « 9-3 » –, est toujours ouverte. Lorsqu’elle se hasarde à la fermer, c’est presque une infraction à la doctrine. On frappe : « Philippe a fait un malaise, il est tombé de sa chaise », annonce une élève. Telle une urgentiste, madame la principale – la cinquantaine, décontraction stricte – se rend aussitôt dans la classe concernée. De retour, elle paraît soulagée : « Ce n’est pas un évanouissement, il était juste mal assis sur sa chaise. En tombant, il s’est fait mal au coude. »

Classé en Zone d’éducation prioritaire (ZEP), intitulé trompeur officiellement abandonné au profit de la très euphémistique appellation « collège Ambition-Réussite », Jean-Vigo cumule les difficultés, sociales et éducatives. Construit dans les années 1970, qui raffolaient du béton et des fioritures métalliques, entouré d’une grille armée d’un interphone permettant de filtrer les entrées, l’établissement est adossé au quartier d’Orgemont, d’où proviennent la totalité des 574 collégiens. Le coin traîne une mauvaise réputation. Largement justifiée : le 27 octobre 2005, alors qu’éclataient les émeutes en banlieue, un homme de 56 ans y mourait sous les coups de trois jeunes gens, deux dealers et un de leurs clients. Employé d’une société de mobilier urbain, il avait commis la faute de sortir de sa voiture pour photographier un lampadaire. Ses agresseurs, en pleine transaction, avaient cru qu’il voulait conserver un souvenir d’eux. Malentendu fatal.

La cité d’Orgemont est une petite ville à elle seule, tout en immeubles de moyenne hauteur, à l’exception d’une tour. Le dernier recensement fait état de 12 340 habitants, un gros cinquième de la population spinassienne. La majorité des résidents sont originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, l’homogénéité ethnique accompagnant la concentration de la pauvreté, du chômage et du désœuvrement, en vertu de la logique absurde et implacable du cumul des « problèmes ».[access capability= »lire_inedits »]

Avant son arrivée à Jean-Vigo, à la rentrée 2010, Claire Abisou était en poste à Argenteuil, dans le département voisin du Val-d’Oise « Je savais que ce serait plus difficile, confie-t-elle, même si j’étais en-dessous de la réalité. » Mais elle maintient le cap : « Je ne suis pas du tout désespérée. Je sais pourquoi je suis là. J’essaie de mettre tout en œuvre pour améliorer le niveau scolaire. » Dans dix ans, elle prendra sa retraite de l’Éducation nationale.

À Jean-Vigo, la moyenne d’âge des enseignants est de 26 ans. Bien trop basse, de l’avis général. Chaque année, 30 % des profs sont renouvelés, avec les conséquences pédagogiques que l’on devine. Beaucoup n’ont qu’un souhait : repartir là où ils viennent, dans un environnement familier et plus tranquille ou supposé tel, en Normandie, Bourgogne, Franche-Comté ou Aquitaine. Digne de la Coloniale, le système d’affectation repose sur un barème opaque dont on comprend cependant qu’il accorde des points à ceux qui, en début de carrière, « choisissent » d’être envoyés en zone difficile, augmentant ainsi leurs chances d’être ensuite nommés dans la région de leur choix. Luc Chatel, le ministre de l’Éducation nationale, a ouvert une première brèche en annonçant, le 17 janvier, que les chefs d’établissement bénéficieraient désormais d’une plus grande latitude dans le recrutement du personnel enseignant. Restera à trouver des candidats volontaires pour la fosse aux lions. Âgée de 29 ans, cette prof d’histoire-géo, qui en a déjà passé quatre à Jean-Vigo, entend bien demander un endroit plus calme dès qu’elle aura « fait son capital de points », dans un an sans doute : « Je ne me doutais pas que cela allait être aussi difficile. C’est en assistant aux conseils de discipline que j’ai compris où j’étais. On a un sentiment d’échec, d’échec du système, mais aussi d’échec personnel parce qu’on se dit qu’on n’a pas été à la hauteur, qu’on a raté notre rendez-vous avec les élèves. » Comme ses collègues réunis dans le bureau de Claire Abisou, elle tient à rester anonyme.

Et pourtant, à Jean Vigo, il y des profs heureux. Arrivé de Lyon il y a neuf ans, ce trentenaire est en charge de l’enseignement du sport, sans doute la seule discipline où les établissements « difficiles » font aussi bien, sinon mieux, que ceux de centre-ville. « Ce qui me plaît ici, c’est la relation au sport. Les enfants sont dynamiques, ils ne se disent pas : « Mon père est médecin, il va me faire un certif pour sauter les cours d’EPS. » Je me sens plus utile ici. »

Ce « dynamisme » est parfois l’autre nom de l’insolence, voire de la violence qui reflète la cyclothymie des humeurs. La discipline, le respect dû aux enseignants, sont l’objet d’un processus de négociation permanent. Certains profs craquent, surtout les « nouveaux », stagiaires et fraîchement titulaires, qu’on a parfois retrouvés en pleurs sur le parking.

Éveiller l’intérêt des collégiens aux cours est un défi constant. L’histoire-géographie éveille plutôt leur curiosité. « Ils se posent des questions, entrent dans la contestation, observe une enseignante de cette discipline. En quatrième, ils sont sensibles à l’histoire des religions et à celle de l’esclavage. Inondés d’images, ils discutent toujours pour savoir si ce que je dis est vrai alors qu’on ne peut pas le voir à la télé. Et ils sont obsédés par le totalitarisme, le nazisme surtout. Ils me demandent : « Madame, quand est-ce qu’on fait Hitler ? » » Compte tenu de ce que certains professeurs ont pu entendre sur le sujet, c’est plutôt une bonne nouvelle.

Certains ont la foi, à l’image de ce professeur de mathématiques originaire du Sud de la France. La quarantaine, six ans de Jean-Vigo au compteur, il fait figure de vétéran : « Enseigner ici, c’est un choix. Ce qu’on vit ne correspond pas à l’image terrible propagée par les médias. Certes, c’est fatigant, mais la diversité des profils de nos élèves nous oblige à remettre nos pratiques en question. » En revanche, il ne ménage pas ses critiques aux politiques qui ont décidé et voté les restrictions budgétaires : « Il y a six ans, nous étions sept profs de maths dans ce collège, nous ne sommes plus que cinq. Or, nos élèves sont ceux qui connaissent les plus grosses difficultés en mathématiques, en raison notamment de leur mauvaise maîtrise de la langue qui les empêche de comprendre les énoncés. Et pourtant, ils peuvent être brillants. » Les excellentes intentions pétries de générosité sociale qui ont abouti à l’instauration du « collège unique » en 1975, se fracassent sur cette réalité. Dans les lendemains de 1968, on rêvait que tous les élèves, les « bons » et les « cancres », les « intellos » et les « manuels », les « faits pour » et les « pas faits pour », acquièrent un tronc commun de connaissances qui feraient d’eux des citoyens « égaux ». Mais la France de 2012 n’est pas celle de 1968. Comment enseigner quand près de 25% des élèves arrivent en sixième sans avoir les compétences requises en français, ainsi que le confirme la principale ?

Résultat, incapable d’assimiler correctement les savoirs, une proportion non négligeable d’écoliers décroche. À droite, on y voit la preuve que le rêve égalitaire, devenu absurdement égalitariste, a échoué, et qu’il faut réintroduire des filières différenciées dès le collège, sans pour autant s’attaquer frontalement au mythe d’une même école pour tous. À en croire Gérald Ascargorta, farouche défenseur du collège unique et militant de la puissante Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), classée à gauche, « des enseignants, nerveusement à bout, souhaitent secrètement » ce que prône la droite – horresco referens. Tout en se déclarant opposés aux vues gouvernementales, les professeurs croisés à Jean Vigo reconnaissent que la promesse universaliste du collège unique – mélanger les classes sociales et les origines – n’a pas été tenue. « On a réussi la massification, on a raté la démocratisation », résume Claire Abisou.

Inlassablement brandis par les syndicats, le « manque de moyens » et la réduction des effectifs menée au pas de charge depuis 2007 sont-ils alors le nœud du problème ? Ce n’est pas l’avis de ce membre de l’équipe pédagogique : « Certes, il faudrait maintenant y mettre un terme. Mais, plus que l’effectif global du corps enseignant, c’est la répartition des moyens qui pose problème. Ce dont nous manquons cruellement, ce sont les heures rémunérées. » Cela rejoint les propositions que formulera le candidat Nicolas Sarkozy quelques mois plus tard (28 février) à Montpellier. On pense au slogan de 2007, « Travailler plus pour gagner plus », unanimement décrié à gauche. Dans l’esprit de notre interlocuteur, il s’agit surtout de travailler mieux.

En dix-huit mois, Claire Abisou a connu trois lundis noirs. Oui, à chaque fois, c’était un lundi. Son bizutage a eu lieu en octobre 2010, pendant un mouvement de protestation contre une réforme du lycée. Alors que Jean-Vigo était paralysé par un blocage, une voiture en feu a été précipitée sur le parking des profs, juste à l’entrée du collège. En janvier 2011, un élève qui était sorti de l’établissement après un échange de textos a été tabassé à coups de bâtons par des jeunes extérieurs au collège. Enfin, il y eut l’intrusion, dans la cour, de cette mère d’élève armée un couteau, à la recherche du garçon qui, disait-elle, avait fait du mal à sa fille. Elle a été maîtrisée par la police. « La prégnance du quartier sur le collège est forte », résume la principale, avec l’art consommé de la litote caractéristique des fonctionnaires soumis au devoir de réserve.

On aimerait, comme Alain Finkielkraut, que l’École soit un sanctuaire. Mais ici plus qu’ailleurs, les problèmes familiaux s’invitent « entre les murs ». Fatima Groue, mère de trois garçons, habite un immeuble situé à l’une des extrémités de la rue de Marseille, l’artère commerçante où l’imprudent photographe fut tué en octobre 2005. Son cadet, Rubens, est inscrit à Jean-Vigo où elle-même et ses grands frères furent scolarisés. En juin, elle a bataillé contre la décision du collège de faire passer Rubens de sixième en cinquième. « Il avait 11,1 de moyenne mais, sans l’EPS et les arts plastiques, il atteignait à peine 6. J’ai voulu qu’il redouble. » Elle a gagné et Rubens a aujourd’hui une moyenne de 17. « Je lui ai dit : « Tu as une seconde chance, tu dois la saisir. » » Pour Fatima, si les autorités scolaires poussent les élèves vers la sortie en s’opposant le plus possible aux redoublements, c’est parce qu’elles doivent faire face aux conséquences du baby-boom de l’an 2000 : « Beaucoup, dans le quartier, ont voulu avoir un enfant cette année-là pour marquer l’événement, d’où l’engorgement d’aujourd’hui. »

De père algérien et de mère portugaise arrivés en France dans les années 1970, mariée à Guy, un « de souche » qui a retrouvé un travail de cariste dans une entreprise privée après son licenciement, Fatima est déléguée des parents d’élèves. À la dernière réunion, ils n’étaient que treize. « Beaucoup, raconte-t-elle, dépitée, sont étrangers, au chômage et ne parlent ni n’écrivent le français. Du coup, ils ne suivent pas. » Ce soir-là, dans son appartement de quatre pièces, elle est seule avec ses enfants. Son mari, également délégué de parents, assiste à une réunion à l’école primaire Jean-Jacques-Rousseau. Agent de restauration à EDF-GDF, élue CGT, Fatima votera Sarkozy à l’élection présidentielle, même si elle est tout autant attachée à la « valeur Justice » de François Hollande qu’aux « valeurs Travail et Autorité » chères au président sortant. Marine Le Pen ? « Je n’ai pas oublié tout le mal que son père a dit et fait aux Maghrébins. » Le couple prévoit d’acheter un pavillon, mais à proximité de la cité d’Orgemont. Fatima sourit, déterminée : « J’aime mon quartier, j’aime le collège Jean-Vigo. »

En 2010-2011, cinq élèves ont été exclus définitivement de l’établissement. Certains des bannis reviennent sur le lieu de leur forfait, pas forcément pour se venger. Ainsi, ce jour-là, un adolescent placé dans un autre établissement, dont il a également été renvoyé, est venu, accompagné de sa mère, supplier qu’on veuille bien le réintégrer.[/access]
 

Voltaire chez les bobos

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Pâques étant résolument aux tisons, on ne saurait trop conseiller aux heureux bénéficiaires de vacances de printemps de meubler leurs journées pluvieuses par quelques lectures bien choisies. Après avoir soigneusement évité toute la production éditoriale relative à l’élection présidentielle, aussi gonflante que la campagne en « live », il n’est pas interdit de se distraire avec un roman léger, sans prétention excessive et délicieusement parisianisme intitulé Le cerveau de Voltaire écrit par Frank Nouchi et publié chez Flammarion. Un polar médico-littéraire fondé sur l’existence – réelle – de reliques du châtelain de Ferney conservées à la Bibliothèque Nationale (le cœur) et la Comédie Française (le cerveau).

Un Maigret juif pied-noir se voit confier l’enquête sur le vol, à l’Institut Pasteur, du cerveau de l’auteur de Zadig par un médecin fou soupçonné de vouloir cloner le défunt philosophe. Journaliste au Monde et fin connaisseur de la faune littéraire et éditoriale de Montparnasse et Saint-Germain-des-Prés, l’auteur tricote une intrigue astucieuse et presque crédible. Comme il est un peu casanier, le décor se limite à son environnement immédiat, à peu près trois hectares autour du jardin du Luxembourg et deux ou trois bistrots, comme l’incontournable Select et le très branché Marigny.

C’est parfaitement bobo, délicieusement snob, et non dénué d’un certain humour qu’on pourrait qualifier de sépharade.

Cohabitation, mon amour…

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Monsieur Alain Marleix a été au gouvernement entre 2008 et 2010 pour occuper les fonctions de secrétaire d’état aux collectivités locales et charcutier de la carte électorale, chargé de redécouper les circonscriptions pour les élections législatives de 2012. Une fois sa lettre de mission accomplie, ce remarquable connaisseur des équilibres politiques locaux a pu repartir à ses chères études.
Parmi ses exploits, et sous couvert des évolutions démographiques qui ont bon dos, il a notamment supprimé 33 circonscriptions aussitôt remplacées… par 33 nouvelles créations dont onze, pas moins, pour les Français de l’étranger qui sont largement acquis à l’UMP et ont même eu quelques temps droit à un secrétaire d’Etat rien que pour eux, pour bien les câliner, en la personne de David Douillet. Alain Marleix a également supprimé cinq circonscriptions, de gauche évidemment, dans le Nord-Pas de Calais où cette dernière est, comme par hasard, hégémonique depuis toujours.
Mais enfin, même si ce n’est pas très élégant, c’est de bonne guerre et nous ne sommes plus au temps de Giscard où il fallait plus de 100 000 voix pour élire un député PCF comme Pierre Juquin en région parisienne tandis qu’avec moins de cinq mille, Jacques Blanc, républicain indépendant, retrouvait le sien en Lozère. Ces petites amusettes avaient tout de même permis à la droite de gagner les législatives de 1978 tout en étant minoritaire en voix dans le pays.

Il semblerait néanmoins qu’Alain Marleix cherche ces temps-ci à prévenir le plus discrètement possible l’Elysée d’un risque possible de cohabitation. Une réélection de Nicolas Sarkozy, d’après lui, n’entraînerait pas nécessairement une majorité de droite aux législatives de juin. Le temps de 1981 où la victoire du candidat socialiste avait été suivie d’un véritable raz-de marée du PS est terminé. Dès 1988, un Mitterrand très confortablement réélu n’avait obtenu à l’assemblée qu’une majorité relative. Quant à l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, toute aussi confortable, elle avait été suivie d’une prestation presque décevante de l’UMP. On avait un peu rapidement mis tout cela sur le dos de Borloo à qui Laurent Fabius, le soir du deuxième tour, avait (déjà) fait cracher le morceau sur la possible mise en place d’une TVA sociale, ce qui, d’après les observateurs, avait fait perdre une bonne cinquantaine de sièges à la droite.

Mais pour Marleix, l’explication est trop simple. D’abord, les Français risquent de ne pas avoir envie de voter quatre fois pour le même camp. Ensuite la gauche domine en outre-mer et connaît de meilleurs reports de voix au second tour partout ailleurs tandis que la droite, comme aux sénatoriales de 2011, voit un nombre important de candidatures dissidentes potentielles sans compter d’éventuelles et meurtrières triangulaires avec le FN.
Evidemment, Nicolas Sarkozy obligé d’aller chercher à gauche son premier ministre sans que ce soit comme au bon temps de ce débauchage appelé « ouverture » donnerait au début du second quinquennat une allure toute à fait différente du premier….

En même temps, avec cette histoire des œufs dans le même panier, il m’inquiète, Alain Marleix. Admettons que ce soit François Hollande qui soit élu et que la droite soit majoritaire aux législatives, il va prendre qui comme premier ministre, François Hollande ? Nicolas Sarkozy ? Ce serait quand même le choix le plus logique. Et il n’y aurait plus qu’à refaire la célèbre photo de Paris Match, mais dans l’autre sens.
Pour donner l’impression du changement maintenant, dans une France forte… Ou du changement fort dans la France de maintenant, comme vous voudrez…

Emile Ajar censuré en Turquie

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Quand le metteur en scène turc Nedim Saban a décidé de monter au théâtre une pièce inspirée du roman La vie devant soi (en turc : Quand il y a tant de misère) il n’a certainement pas imaginé qu’il allait subir de pressions politiques et se voir obligé d’arrêter le spectacle. Ni la vieille prostituée juive Rosa ni son petit protégé arabe Momo ni l’histoire de leur complicité ne semblent pas être particulièrement subversifs.

Pourtant, les édiles de la ville d’Erzurum dans le nord-est du pays, n’ont pas été conquis, loin de là ! Au lieu de rire et laisser échapper une larme comme tout le monde, ils ont décidé d’interdire la pièce ou plus exactement d’interdire au théâtre municipal de monter le spectacle.
Leur raisonnement semble pour le moindre bizarre. Ce qui dérangeait les conseillers municipaux d’Erzurum, c’était une pancarte utilisée par le metteur en scène pour s’assurer que le public ne rate pas le message du spectacle qui se déroule devant lui – M. Saban connaît, semble-t-il, sa clientèle provinciale. Donc pour que les bourgeois et les bourgeoises d’Erzurum aillent au-delà du simple divertissement, des écriteaux posés sur la scène portaient des slogans comme « À bas le fascisme ! ».

Ne pouvant imaginer un seul instant que le conseil municipal d’Erzurum se revendique fasciste, peut-on en déduire qu’il se sente directement visé par une critique à peine déguisée ? Ou bien est-ce que l’actrice qui interprète Madame Rosa ressemble trop à Madame le maire voire à sa mère ? Dans cette étrange affaire, une chose est sûre : si Romain Gary était toujours en vie, il en mourrait de rire…

Hollande au pays du Comté, un an après

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Que de chemin parcouru depuis le 9 mai 2011, quelques jours avant le Sofitelgate, lorsque François Hollande était de passage à Besançon au début de sa campagne pour la primaire socialiste. A douze jours du premier tour de l’élection présidentielle, il faisait son retour dans la vieille ville espagnole chère à Victor Hugo, non plus devant deux cent-cinquante personnes mais plusieurs milliers.

« Rester attentif, concentré. Avoir de la force, de l’enthousiasme, de la cohérence ». Un entraîneur d’une équipe de foot favorite pour le titre n’aurait pas dit autre chose dans une conférence de presse à quelques encablures de la fin d’un championnat. Ce vocabulaire sportif, je ne l’ai pourtant pas recueilli de la bouche de Carlo Ancelotti ou de René Girard[1. Respectivement entraîneurs du PSG et de Montpellier.] mais de Manuel Valls, directeur de la communication de la campagne de François Hollande. Est-ce Valls, en bon supporteur du Barça, qui lui a conseillé d’abandonner cette tactique inspirée du catenaccio italien, ultra-défensive, qui se contente de repousser patiemment les attaques désordonnées de l’adversaire en dégageant dans les tribunes autant qu’il le faut ? Si c’est le cas, le candidat lui devra une fière chandelle car il semble avoir retrouvé un peu de ce qui avait fait son succès en janvier.

En ouverture de la réunion, après le défilé des féodaux locaux, maire, présidents de Conseil général et régional, c’est Jean-Pierre Chevènement, lui aussi un local de l’étape qui jouait sa partition. On a peine à croire qu’il était encore candidat il y a quelques semaines, bien décidé à faire bouger les lignes. Il ne les aura guère fait bouger, ces fameuses lignes. Certes, il dénonce le Traité Merkozy avec force et dénonce la politique du sortant, le qualifiant de « médecin de Molière ». Certes, il délivre un brevet d’homme d’Etat à son cadet sous les applaudissements polis de la salle. Mais on a furieusement envie de lui demander -de lui crier, même- à cet apôtre talentueux du non à Maastricht et du TCE : « Mais que fichez-vous donc là, à soutenir l’ancien secrétaire des clubs deloristes Témoins ? » Je n’en ferai rien. Les jeunes socialistes doivent se le demander, aussi, puisqu’ils le pressent, avec un brouhaha désagréable et quelques « François, François » à finir son discours. L’impolitesse, c’est maintenant !

C’est Pierre Moscovici qui lui succède à la tribune. Le directeur de campagne, qui est aussi président de la communauté d’agglomération de Montbéliard, située à quatre-vingts kilomètres au nord-est, fait office de chauffeur de salle avec un sarkobashing qui aurait été fort réussi sans un lapsus -révélateur ?- guère charitable pour celui qui l’a précédé derrière le pupitre : souhaitant évoquer le bilan de Nicolas Sarkozy, il parle de celui de « Jean-Pierre Ch… », avant de jouer les champions d’aviron et et de rappeler combien l’action de l’ancien maire de Belfort fut bonne pour la France. Mais que fichez-vous là, cher Jean-Pierre ?

C’est au candidat de prendre la parole, et les calicots s’agitent, dont l’un comporte l’amusante inscription « Doubs Hollande ». Pas sûr que ce jeu de mot évoquant à la fois la douceur du candidat et le département qui l’accueille soit forcément bien choisi. Par esprit d’escalier, le « doux » s’oppose au « dur », lequel s’oppose au « mou ». Exactement, l’image que veulent donner les adversaires de François Hollande, Martine Aubry hier dans la primaire socialiste, Nicolas Sarkozy aujourd’hui. L’enthousiasme de la salle, pourtant, est palpable, même devant l’écran géant où ont été relégués ceux qui, comme moi, n’ont pas pu entrer dans la salle où s’exprime le candidat socialiste. Figure imposée, il rend hommage à Besançon et aux noms qui l’ont liée à la gauche française. C’est à ce moment là que le préposé à la reproduction écrite du discours sur l’écran géant, pendant que le candidat le prononce, croit bon d’écrire « le combat d’Elipe » alors que Hollande évoque le combat des Lip. L’inculture, c’est maintenant ! Offensif, le candidat égrène les mesures qu’il prendra lors de ses premiers mois à la tête de l’Etat si les Français lui font confiance. « Je suis prêt » confie t-il, avant de se livrer à un long réquisitoire de l’action de son adversaire favori auquel tous » les leaders conservateurs européens ont donné l’onction, si ce n’est l’extrême-onction. » Sans doute agacé par la récente arrivée de Nicolas Sarkozy sur le terrain de l’humour de tribune, Hollande revient à ses premières amours d’orateur et se moque de son adversaire « bling-bling, certes, mais surtout zig-zag ». Il sait aussi mêler cruauté à gravité lorsqu’il dit ne pas avoir de leçons de laïcité à prendre de la part du ministre de l’Intérieur qui avait « prononcé un discours devant l’UOIF avec hommes d’un côté, et femmes de l’autre. » Nicolas Sarkozy sait désormais ce qui l’attendra lorsqu’il voudra titiller son adversaire sur les piscines de Martine Aubry lors du face-à-face traditionnel de l’entre-deux-tours. Hollande en appelle au patriotisme pour tancer ceux qui lui reprochent sa fameuse tranche à 75 %. Patrick Bruel n’est pas nommé, mais on y pense très fort. Bien involontairement, le champion de poker a rendu un fier service au candidat socialiste. Voilà des jours qu’on ne causait plus de la proposition symbolique de Hollande, mise au rencard par la montée de Jean-Luc Mélenchon. C’est lorsqu’il évoque le traité « Merkozy » que le candidat prononce une phrase qui mérite assurément d’être retenue. Ce traité, dit-il, il le renégociera « autant que possible ». Tiens, donc. Et si cette chère Angela lui avait déjà signifié le champ réduit du possible ? Et si, alors que ses diplomates présents à Paris l’avaient informée de la grande probabilité de la victoire de Hollande, la chancelière lui avait déjà fait passer le message qu’une renégociation cosmétique pourrait lui être concédée ? Qui a déjà vécu le maquillage du TCE en traité de Lisbonne a le droit de se méfier. François Hollande, sur ce coup là, fut le complice du Président qu’il a tant fustigé ce mardi soir.

Mais que fichiez-vous là, cher Jean-Pierre ?

Christian Vanneste : « Je suis puni pour avoir dit la vérité »

Cyril Bennasar, Marc Cohen. Pouvez-vous nous rappeler la chronologie de l’« affaire Vanneste », enfin de la dernière « affaire Vanneste » ?

Christian Vanneste. Tout commence par un entretien que j’ai donné à Liberté politique, un site d’information catholique – mais pas intégriste, c’est tout à fait sûr – sur une de mes propositions de loi visant à interdire plus efficacement l’accès des enfants à la pornographie sur Internet. Au fil de la discussion, le journaliste m’interroge sur le mariage gay, qui est alors dans l’actualité : « Comment expliquez-vous, me dit-il, que 63% des Français soient favorables au mariage homosexuel ? » J’explique alors qu’un véritable bourrage de crânes est à l’œuvre, et que la présence dans les médias de partisans de l’homosexualité contribue à diffuser sur la question une propagande qui va jusqu’à la désinformation. Je donne alors deux exemples : d’une part, les associations gays estiment à 300 000 le nombre de familles homoparentales, alors que l’INED en recense seulement 20 000 ; et d’autre part, j’évoque la légende de la déportation d’homosexuels depuis la France, territoires annexés mis à part. Dans le dictionnaire, une légende, c’est la déformation du passé : je pesais donc mes mots. Et, chiffres à l’appui, je déconstruis l’erreur historique.

Donc, ce sujet vous était familier ?

Pour vous répondre, je dois revenir à 1995. Je suis alors membre du bureau du Conseil régional du Nord/Pas-de-Calais ; la question de la présence des représentants des homosexuels lors des cérémonies du souvenir se pose. Je plaide et vote pour cette présence. Je vous lis une partie de mon intervention : « Devant l’absolu de la barbarie nazie, nous ne devons pas faire de différences entre les victimes. » À l’issue de la séance, je me fais copieusement engueuler par Maurice Schuman, mon maître en politique : « Christian, quand vous ne connaissez pas un sujet, vous vous taisez ! Les associations de déportés vont être furieuses, parce qu’il n’y a pas eu de déportation d’homosexuels de France, hormis des territoires annexés. » Depuis lors, je n’ai plus évoqué cette réalité historique, car c’est un sujet douloureux. Je mentionne ce point dans la discussion avec Liberté politique et nous passons à autre chose. Depuis, des historiens ont confirmé mes propos. La conclusion, c’est que je suis puni pour avoir dit la vérité.[access capability= »lire_inedits »]

Concrètement, comment éclate la polémique ?

L’interview, enregistrée le 1er février, est mise en ligne le 10. Le 14 février, quelqu’un –j’ignore qui – envoie le lien vers le site « Liberté politique » à Europe 1. Nous sommes à la veille de l’annonce de candidature de Sarkozy. Est-ce un hasard si l’« affaire » sort à ce moment-là ? En tout cas, je n’ai rien vu venir. Le matin du 15, j’étais absent de Paris pour des funérailles et j’ai passé l’après-midi à apprendre par la presse ce qui m’arrivait et à répondre à ses questions.

Vous n’avez eu aucun contact avec vos collègues de l’UMP ? Vous n’avez pas appelé Jean-François Copé ?

Zéro contact, ni avec Copé, ni avec personne de mon parti. J’ai entendu parler à la radio de mon exclusion, tout comme de mon retrait d’investiture, sans jamais avoir été averti officiellement. Je n’ai pas contacté Jean-François Copé. Il faut dire qu’il m’a emmerdé sans arrêt quand il était président du groupe et que je ne le tiens pas en très grande estime. D’ailleurs, je n’ai pas son numéro. De toute façon, ce qui a été décidé ce jour-là, c’était de me retirer l’investiture sans même m’en parler.

Comptiez-vous vraiment sur cette investiture officielle de l’UMP ?

En fait, j’étais déçu par le fonctionnement de l’UMP et assez peu enthousiasmé par le bilan du quinquennat. Début novembre, j’ai fait savoir que je ne voulais pas me représenter. Ils m’ont demandé d’être candidat quand même et sont revenus à la charge. Contrairement à ce qu’on raconte, ma circonscription est difficile, et pas du tout acquise à la droite.

La meilleure façon de ne pas être exclu d’un parti, n’est-ce pas de ne pas s’y inscrire ? Personne ne vous a obligé à adhérer à l’UMP…

J’ai adhéré à l’UJP (Union des jeunes pour le progrès) en 1968, au RPR en 1977 et à l’UMP au moment de sa création : bref, je suis un gaulliste de toujours. Et je suis resté dans le même parti, par fidélité. Mais j’ai été déçu et même blessé. J’étais présent, dans ce bâtiment de l’Assemblée nationale où nous parlons en ce moment, quand Éric Zemmour a été reçu et acclamé par mes collègues pour avoir tenu des propos libres même s’ils étaient passibles des tribunaux. Alors, comprenez que le lâchage des miens aujourd’hui me fasse très mal.

Comment expliquez-vous cette différence de traitement entre Zemmour et vous ? Cela signifie-t-il qu’il est plus facile d’avoir une parole libre sur l’immigration que sur l’homosexualité ?

Évidemment ! Au sein de l’UMP, le lobby gay, dont « Gaylib » est la partie visible, mais qui ne le résume pas, a pris une importance considérable. Je suis constamment harcelé par son activisme. C’est à cause des pressions de ce lobby qu’en 2007, j’ai dû me présenter sans l’investiture de mon parti. En réalité, je ne m’intéresse pas particulièrement à la question de l’homosexualité, mes travaux parlementaires portent sur tout autre chose et je m’exprime très peu sur ce sujet. Il m’est même arrivé de m’autocensurer sur le mariage gay pour ne pas être mal compris. En dépit de cela, mes propos ont été systématiquement déformés : par exemple, quand j’ai dit que le mariage gay était une « aberration anthropologique », on a fait comme si j’avais parlé de l’homosexualité dans son ensemble, ce qui est absurde. Le plus grave n’est pas que ce lobby me calomnie et me persécute, ni même qu’il fausse le fonctionnement démocratique de l’UMP en obtenant l’exclusion d’un élu sur la base de fausses informations, mais qu’il fasse dévier mon camp de la ligne politique et des valeurs qui sont les siennes.

Mais est-ce que vous ne fantasmez pas sa puissance, comme certains fantasment l’existence d’un lobby juif qui tirerait les ficelles dans l’ombre ?

Écoutez, toute réticence à l’institutionnalisation de l’homosexualité suscite des ripostes aussi injustes que disproportionnées. Cela devrait suffire à démontrer la puissance de ce lobby. Quoi qu’il en soit, je refuse qu’il m’interdise d’exprimer un point de vue contraire au sien.

Vous n’avez pas répondu : à l’UMP, la parole est-elle plus libre sur l’immigration que sur l’homosexualité ?

C’est certain ! Je n’aurais pas fait la blague vaseuse de Brice Hortefeux − « Quand il y en a un, ça va, c’est quand … » − et il n’a pas eu tant de problèmes à l’intérieur du parti. Je n’ai aucun problème avec les immigrés et je n’en ai pas non plus pour parler de politique d’immigration et d’identité nationale. Je me rends à la mosquée pour l’Aïd, je parle volontiers des valeurs familiales aux fidèles réunis pour l’occasion. On se comprend très bien.

Voulez-vous dire que, sur le plan des valeurs familiales et des mœurs, vous vous sentez plus proche de l’islam que du libéralisme occidental ?

En tant que catholique, je me sens très loin de l’islam. Le catholicisme a eu la chance de séparer très vite les pouvoirs – même si, avec leur césaro-papisme byzantin, les chrétiens d’Orient ont eu moins de chance. Quant aux musulmans, ils ne font aucune différence entre les deux. Sur la place des femmes, le dogme ou la charia, je me sens très éloigné d’un musulman, mais si nous parlons de famille ou de filiation, je peux me sentir plus proche de lui que de certains membres de ma « communauté ».

Pardonnez-nous de revenir en arrière, mais on ne vous a pas entendu crier très fort contre Hortefeux et ses « Auvergnats » en surnombre…

Je ne tire pas sur les copains, moi ! Au RPR, c’était souvent dur, mais quand l’un des nôtres était à terre, nous étions solidaires. Dans un parti, on s’entraide, enfin on devrait. J’ai rendu des coups à Yves Jégo ou à Rama Yade, qui avaient demandé ma tête, mais sinon, je m’abstiens de participer aux curées.

Qu’est-ce qu’elle vous avait fait, Rama Yade ?

Elle m’accusait de prôner une alliance avec le Front national. Or c’est justement pour mieux combattre le FN que je me bats pour l’existence d’une aile dure au sein de la droite de gouvernement, exactement comme il y en a une chez les Républicains américains. Cette position m’a valu une énième demande d’exclusion de la part de Rama Yade. Alors quand elle a dit une bêtise, je l’ai flinguée à mon tour. C’était de bonne guerre.

En tout cas, vos copains de la Droite populaire ne vous ont pas vraiment soutenu…

Au début, c’est vrai, mais ils avaient été désinformés. Le midi, l’affaire était bouclée et ils ont tous signé la lettre envoyée par Mariani qui agissait sur commande. La rapidité de la manœuvre me laisse penser que l’ensemble de l’opération était un coup monté. Quoi qu’il en soit, la plupart de mes collègues de la Droite populaire sont revenus sur leurs déclarations par la suite.

Revenons à l’objet primitif du délit : sans vouloir instruire de procès ni allumer de bûcher, ne croyez-vous pas que, dans la fameuse vidéo, vous mélangez les genres ? Si on peut vous suivre (ou pas) quand vous défendez les intérêts de la société, on ne voit pas l’opportunité de votre discours sur les homosexuels. Comprenez-vous que des gens, dont des homosexuels qui se foutent pas mal du mariage gay, soient choqués quand vous mêlez une parole politique et un jugement personnel, comme par exemple vos considérations sur le narcissisme comme caractère gay ?

Vous avez raison. D’abord, « les homosexuels », ça ne veut rien dire. Il y a toutes sortes d’homosexuels et d’homosexualités et, encore une fois, ce n’est pas mon problème, je ne vise pas les personnes mais les associations et leurs manœuvres politiques. Mais c’est mon défaut, je sors de mon rôle, je fais le prof de philo et je ne peux plus m’arrêter. Hors politique, je m’interroge sur d’éventuelles relations entre narcissisme, refus de l’altérité et homosexualité. Ce sont des sujets d’analyse intéressants, mais qui agacent dans la bouche d’un responsable élu, j’en conviens.

Quoi qu’il en soit, vous êtes un homme de liberté : or, la liberté sexuelle est réprimée dans tous les régimes autoritaires, alors qu’elle accompagne partout les avancées démocratiques. Du reste, les partis dits « populistes », qui fleurissent partout en Europe, défendent la liberté des mœurs comme une valeur occidentale qui a enrichi les droits de l’homme…

Eh bien, je ne suis pas du tout sur cette ligne ! Je suis un conservateur catholique, voire un néoconservateur de type anglo-saxon, un pessimiste historique qui pense que l’Histoire a tendance à régresser. Je crois au progrès technique, pas au progrès moral.

Si vous en aviez la possibilité, vous reviendriez sur le Pacs – que la majorité de votre parti n’a d’ailleurs pas voté lors de son adoption à l’Assemblée ?

Naturellement ! J’estime que le Pacs est, pardonnez-moi l’expression, une connerie. Mais la droite s’interdit par principe tout retour en arrière. Elle a si peu d’idées, si peu de valeurs qui lui soient propres et tellement peur du moindre discours idéologique qu’elle n’est plus que la pâle copie de la gauche avec vingt ans de retard. C’est une ligne indéfendable. Dans cette dérive constante vers la gauche, ceux qui, au sein de l’UMP, restent fidèles à des positions et à des valeurs se retrouvent bien malgré eux aux extrêmes puisque le conservatisme devient un extrémisme. D’une façon générale, la droite ne pense plus. Ainsi, Madelin a été marginalisé à cause de son goût pour le débat idéologique. Il y a pourtant des idées à défendre…

Lesquelles ?

Eh bien, si nous sommes pour l’efficacité économique et la liberté, nous devrions aussi porter des valeurs morales, à commencer par la responsabilité, contre le laxisme et le libertarisme. Mais on dirait que le corpus historique de la droite fait peur à une partie de la droite. Quand Nicolas Sarkozy veut dénoncer une idée, il dit que c’est une idée conservatrice. Et quand il veut se faire bien voir, il montre qu’il lit des philosophes de gauche.

Vous qui avez longtemps enseigné la philosophie, comment expliquez-vous cette vacuité idéologique de la droite française ?

C’est une tradition chez nous. La droite a toujours préféré le notable local, bon gestionnaire attaché à résoudre des problèmes concrets par des moyens techniques et peu sensible au monde des idées, à l’intellectuel. Si l’on excepte l’extrême droite et les maurassiens ou les démocrates-chrétiens comme Maritain ou Mounier, il y a peu de penseurs à droite et leur influence est assez faible, même dans leur propre camp. Cette situation s’explique sans doute par le fait que l’enseignement soit depuis toujours dominé par des milieux de gauche. En tout cas, des générations d’hommes politiques, même marqués à droite, ont été influencées philosophiquement par la gauche – et parfois formatées par une pensée mal digérée. Regardez le débat sur les gender studies : Luc Ferry a écrit des âneries dans Le Figaro et Luc Chatel en parle comme d’une pensée scientifique. C’est consternant.

Comment avez-vous échappé à ce formatage ?

Vous connaissez la fameuse formule sur Sartre et Aron : eh bien moi, j’ai toujours préféré Aron ! En clair, j’ai toujours été de droite. J’ai étudié la philosophie à l’université de Lille, où l’enseignement était très marqué à gauche, jusqu’à la découverte d’Aron. La lecture des Étapes de la pensée sociologique m’a complètement libéré. J’aimais qu’on me parle de Tocqueville et de Weber, pas seulement de Marx et de Hegel.

Pour finir, Christian Vanneste, êtes-vous homophobe ?

Cela me sidère de devoir répondre à cette question ! Clairement, je n’ai rien contre les homosexuels : chacun fait ce qu’il veut dans sa vie privée et tant que les choix individuels ne deviennent pas des revendications sociales, cela ne me pose aucun problème. En revanche, je suis farouchement opposé à toute forme d’institutionnalisation de l’homosexualité, qui me paraît contraire aux intérêts profonds de la société. Pas de mariage, pas d’adoption, même pas de Pacs : cela décourage l’engagement chez les « hétéros », comme on dit, et favorise la précarité. Parce que j’ose dire cela, je subis depuis des années une véritable chasse aux sorcières de la part du lobby gay. Mais ne revenons pas là-dessus : en fait, je suis un conservateur classique. C’est déjà suffisamment grave, non ?[/access]
 

Onfray ne votera pas Mélenchon : il a horreur de la Terreur

Etant l’une des rares émissions culturelles qui vaillent le coup d’allumer sa télé à une heure bien tardive, ne soyez pas étonné que je rebondisse, une fois encore, après la diffusion de Ce soir ou jamais. Si nous ne avez pas regardé la dernière émission, vous avez raté votre soirée, parce qu’une belle surprise était au rendez-vous sur le plateau de Taddéi.

L’idée selon laquelle une même personne répète inlassablement son éternel credo comme si elle était dans l’impossibilité de se renouveler, a été invalidée à 100% et devinez par qui ? Par le supposé « philosophe médiatique » dont je pensais jusque là qu’il avait fait de l’anticléricalisme et de l’antifreudisme ses thèmes de prédilection, je veux parler bien sûr de Michel Onfray.

Et voilà que notre rebelle hédoniste déboulonne non pas Dieu, ni Freud, ni je ne sais quelle figure incarnant l’ordre symbolique, mais lance ses anathèmes contre Robespierre et Saint-Just dont la radicalité sanguinaire, explique-t-il, affleure en permanence sous les références du candidat du Front de Gauche.

Quel renversement d’entendre Michel Onfray, condamner la lecture soboulienne de la Révolution pastichée par Mélenchon. Quel paradoxe réconfortant de voir ce partisan de la démocratie directe en appeler aux Girondins, à Condorcet et donc à la modération, à la représentation.

Et comme si les fantômes des royalistes et des contre-révolutionnaires venaient lui souffler la réplique, il traite, avec raison, Robespierre et Saint-Just de massacreurs, et Carrier, celui qui a mis au point les noyades de Nantes, de « Eichmann de la Révolution française ». Puis il se fait plaisir en dézinguant les analyses dogmatiques de ces confrères et concurrents, Badiou et Zizek, qui s’efforçent à réhabiliter la vertu de l’Incorruptible et donner l’absolution au communisme version bolcheviks.

Mais là où il pousse la lucidité à son comble c’est lorsqu’il dénonce le traitement médiatique réservé aux références culturelles des extrêmes. Et en écoutant ainsi Michel Onfray s’offusquer devant le scandale provoqué par Le Pen citant Brasillach et le mutisme de la presse devant la mise au pinacle des théoriciens et praticiens de la Terreur par Mélenchon, je me suis dit qu’il avait peut-être été finalement touché par la grâce. Ai-je raison, ai-je tort ? Dieu seul le sait…

C’est jeune et ça vote mal

C’était un temps ancien. Les étudiants arboraient des autocollants anti-fachos sur leurs sacs à dos. Ils reprenaient en chœur le refrain des Bérus expliquant que la « jeunesse emmerde le Front National » et ledit FN était rebaptisé F-Haine par des politologues en culottes courtes qui luttaient avec leurs mots à eux contre la bête immonde.

En ce temps-là, vers 1993-1995, on combattait l’extrême droite en scandant des slogans et on avait honte d’avoir un tonton marseillais ou meusien qui votait Jean-Marie et ne manquait jamais une occasion de gâcher les réunions de famille en n’ayant même pas peur de le dire à table.

L’étudiant, et par extension le jeune idéal, était le fer de lance de la lutte contre l’obscurantisme, la haine de l’étranger, le repli national. La mondialisation était son élément, l’Autre son ami. Le phénomène était planétaire : à l’époque, ce credo du « Tout ce qui est différent est forcément bon » fût férocement moqué par Tim Burton dans Mars Attacks !

Mais nous voici en 2012, et ne voilà-t-il pas que le jeune est tenté par le vote Front National. Alors, le nouveau jeune serait-il raciste, xénophobe, frileux, nationaliste, bref déjà moisi ? En tout cas, un sondage CSA, publié dans Le Monde lundi 9, est venu foutre le bordel dans une image de la jeunesse cajolée par la gauche, qui en fait le fer de lance de la lutte contre le président sortant. 24% des 18-24 ans sont tentés par un vote pour Marine Le Pen à la présidentielle. Un score jamais atteint dans ces proportions par son père.

Immédiatement la machine à explications officielles s’est mise en route : les jeunes les plus pauvres, les moins diplômés, les plus menacés par la mondialisation sont désespérés et donc votent pour l’extrême droite dans un mouvement de rejet. Les partis traditionnels, qui pourtant sortent l’artillerie lourde (le permis quasi gratuit, l’allocation autonomie, et bientôt la semaine des quatre mercredis) n’arrivent pas à les fixer. François Hollande est d’ailleurs, selon ce sondage, celui qui a perdu le plus chez les 18-24 ans.

Alors, où est le problème avec les jeunes ? Et bien le problème, une fois de plus, c’est ces salauds de pauvres. Ainsi le magazine l’Etudiant brandit son propre sondage qui montre que ceux qui vont à l’université, poursuivent leurs études longtemps, eux, votent Sarkozy, Bayrou et Hollande et ne sont pas « extrémistes », même s’ils sont à une courte majorité à droite. François Hollande rassemblerait 30% de leurs intentions de vote, Nicolas Sarkozy est à peine derrière, captant 28% de leurs voix. François Bayrou n’obtiendrait, lui, que 11%.L’étudiant peut donc être de droite, surtout dans les grandes écoles, et vote PS ou Mélenchon en fac de Lettres. Mais ne vote pas Marine Le Pen.

La vitesse avec laquelle les organisations de jeunesse (sous-entendu de gauche) sont montées au créneau après la publication du sondage, montre bien l’idée que des jeunes puissent voter à l’extrême droite les terrifie, les dégoûte. La stupeur journalistique devant le titre du Monde montre aussi que le jeune reste un inconnu, sauf quand il use ses fonds de Levis 501 à Louis-le-Grand, Dauphine ou Sciences-Po. Un jour sur deux, le media convoquera l’autre figure obligée du 18-25 le djeun de banlieue, de préférence né dans une famille immigrée, lequel sera potentiellement délinquant pour la droite, et honteusement discriminé pour la gauche.

Comme l’électeur moyen serait un quarantenaire bobo, cadre sup’ séduit par Mélenchon et Hollande, au pire Bayrou et s’informant sur Twitter. A l’instar de la Mémé de Vesoul, certains ont rêvé qu’on pourrait remonter le film électoral en virant du casting le cousin prolo de 22 ans chauffeur poids lourds en intérim, la cousine aide soignante qui travaille de nuit, ou celle qui, bac en poche, ne trouve pas de boulot ou alors comme saisonnière deux mois par an à Palavas-Les-Flots. Ceux-là n’existent pas. Ne sont même pas des vrais jeunes, en fait.

Pourtant les chiffres sont têtus, beaucoup de 18-24 ans, sont déjà sortis de l’école, sont au chômage ou travaillent. Evidemment, sauf exception, des petits boulots, des CDD, la galère de début de vie professionnelle, l’impossibilité d’avoir un logement à soi, le permis qu’on ne peut pas se payer sans l’aide de papy ou mamie.

Autant dire que pour ceux-là, la peur du déclassement n’est pas juste une phobie. Dans pas mal de cas c’est une réalité. Alors ils s’énervent et peuvent avoir envie de voter pour ceux qui promettent de rétablir un Etat protecteur, et d’inventer de nouvelles frontières. Il n’est même pas certain qu’ils croient que ça puisse se produire, ils veulent juste donner un peu plus qu’un signe.

Ces intentions de vote gênent, parce qu’elles renvoient à des jeunes pas propres sur eux, sans carte Amex ni même une banale Gold de base, n’ayant confiance ni dans le marché, ni dans l’Europe. Surtout, ces jeunes malvotants sont le signe que l’opération dédiabolisation menée par Marine Le Pen est peut-être en train de réussir. Les quotidiens, friands de ces nouveaux monstres qui sont allés en interroger leur font dire que « voter Marine c’est plus facile que Jean-Marie » et que sa tolérance de l’homosexualité, son personnage de femme divorcée, son modernisme séduisent. Ces jeunes là sont insensibles au discours crétin (pour rester polie) de Thierry Marchal-Beck le nouveau patron du MJS, ou aux tentatives hilarantes (pour rester gentille) de politique 2.0 des Jeunes Pop de Benjamin Lancar. Somme toute c’est une bonne nouvelle.

La mauvaise c’est qu’après avoir voté Le Pen une première fois, ils risquent de remettre ça, y compris quand jeunes sera passée. Et finalement les hauts cris, des exégètes autorisés trahissent peut-être autre chose qu’une indignation face à une jeunesse statistiquement décevante. Comme une angoisse que ces futurs ex-jeunes fassent les bataillons puissants à venir du Front National en 2017 et pourquoi pas 2022, oubliant au passage de s’abstenir. Cette fois là, les promesses sur le permis de conduire à un euro ou l’allocation d’autonomie à deux balles ne serviront absolument à rien. On en vient presque à regretter qu’ils ne s’abstiennent pas comme ils le faisaient d’habitude, ces jeunes cons…

La guerre des œufs a bien eu lieu

L’œuf traditionnel fait de la résistance. Malgré la déloyale concurrence des œufs durs industriels en tube, et autres tentatives fantaisistes de fabrication d’œufs carrés (bien plus aisés à transporter !) l’œuf classique ovoïdal issu de la poule, elle-même issue de l’œuf – se porte bien, et a un bel avenir. On le comprend bien chaque année à Pâques, en observant la fascination légèrement hystérique des enfants pour les œufs en chocolat…
On savait que cette célébration avait pour vocation d’enrichir grassement des boulangers-pâtissiers cupides dont l’un des seuls buts dans la vie est de vendre un maximum d’œufs de Pâques pour s’acheter des BMW à toit ouvrant ; on ne se doutait pas que cette fête pascale déclencherait un jour une impitoyable « guerre des œufs » dans la paisible ville de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne)

Le Parisien nous rapporte en effet que deux candidats aux prochaines élections législatives (sur la même circonscription) ont organisé des distributions concurrentes d’œufs de Pâques et de friandises à destination des enfants de la commune. « La chasse aux œufs vire à la polémique » prévient le journaliste. « Hier pour la première fois, deux chasses aux œufs ont été organisées dans la ville. L’une, le matin, par le député-maire (UMP) sortant Didier Gonzalès. L’autre, l’après-midi, par le conseiller général (MRC) Daniel Guérin, qui sera suppléant du socialiste Régis Charbonnier pour les législatives ». A trop se focaliser sur les élections présidentielles on prend vraiment le risque de passer à côté de ce type de « coups » politiques magistraux, et si subtiles, que peuvent pondre les candidats au Parlement.

Président du parc du Grand Godet de Villeneuve, Daniel Guérin a « proposé une chasse aux œufs afin de mieux faire connaître ce lieu qui rayonne sur les trois communes de Villeneuve, Orly et Choisy. Comme par hasard, la municipalité de Villeneuve-le-Roi, qui n’avait jamais organisé une telle initiative, a annoncé le 2 avril, dans la précipitation, sa propre chasse le même jour. Le maire est coutumier de ce type de pratiques… » La tension est à son comble, les candidats sont résolus à ne pas mettre leurs œufs dans le même panier ; mais pour les petits villeneuvois et les petites villeneuvoises n’est-ce pas une belle initiation à la politique ? Après tout, n’ont-ils pas eu double ration de chocolat… ? Vivement que nous entrions dans le vif de la campagne des législatives, on va bien s’amuser.

Allez Quevilly !

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Assister à un match de l’US Quevilly dans le mythique stade Amable Lozai, est un des multiples charmes secrets de la capitale normande. Poétiquement domiciliée « avenue de la porte de Diane », au Petit-Quevilly, l’enceinte historique du club de la banlieue « rouge » rouennaise sert de frontière entre les petites maisons ouvrières de brique rouge et une zone industrielle. Les samedi d’hiver, lorsque le soleil se couche derrière les falaises qui surplombent Croisset, l’ermitage de Flaubert, on se sent parfois hors du temps au milieu des quelques centaines d’inconditionnels des jaunes et noirs. Au loin, les fumées de la raffinerie Pétroplus de Petit-Couronne, où Corneille possédait une maison de campagne, fument encore, malgré les menaces de fermeture.

Pour la première fois depuis 1927, où il elle s’inclina à Colombes face à l’Olympique de Marseille, l’USQ est qualifié pour la finale de la coupe de France. Elle affrontera Lyon au stade de France le 28 avril. Ajoutons à son palmarès les demi-finales perdues en 1968 (contre Bordeaux) et 2010 (contre le PSG) ainsi que quatre titres de champions de France amateur. L’USQ est l’exemple type de l’équipe de coupe. Alors qu’elle peine un peu à se maintenir en National (3e division), elle est capable de rivaliser avec les meilleurs, comme elle le prouve de nouveau depuis 2004.

Certains se souviennent avec émotion du 32e de finale du 5 janvier 2008 perdu au Havre face aux Girondins de Bordeaux. Dans les tribunes on pouvait croiser le plus célèbre joueur de Quevilly, Daniel Horlaville, sélectionné en équipe de France en 1969 contre la Roumanie, bien qu’amateur, fait resté unique dans les annales footballistiques de l’après-guerre. Il devait rejoindre ultérieurement le PSG mais, pour les inconditionnels du ballon rond,son nom reste intimement lié à l’US Quevilly. Un autre homme hante les abords de l’USQ, son ancien dirigeant, le docteur André Boëda, ancien médecin de l’équipe de France olympique qui mêle sa passion du football avec un goût prononcé pour la littérature : ses volumes de souvenirs ont été préfacés par Michel Déon et Olivier Frébourg.

Cette performance de l’USQ est le fruit du travail acharné d’un président passionné, Michel Mallet, lui-même ancien sociétaire de l’équipe et d’un entraîneur tonique, Régis Brouard, ancien joueur pro. Ils savent transmettre à leurs joueurs le feu sacré sans lequel de tels exploits sont évidemment impossibles. Bien sûr, l’ « amateurisme » d’un club de national n’a plus grand-chose à voir avec celui d’antan. A ce niveau de compétition, les joueurs sont évidemment rémunérés. Reste la proximité avec les supporteurs, le pot d’après match partagé dans un algeco, tous ces petits rites sans importances qui fondent la légende d’un club. A voir évoluer l’USQ sur ses terres, on finirait presque par espérer que le football amateur français soit classé au patrimoine immatériel de l’humanité.

Zone d’exclusion prioritaire

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Au collège Jean Vigo d’Epinay-sur-Seine, le rêve de la même école pour tous se fracasse contre la France réelle.

La porte du bureau de Claire Abisou, directrice du collège Jean-Vigo, à Épinay-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis – ou « 9-3 » –, est toujours ouverte. Lorsqu’elle se hasarde à la fermer, c’est presque une infraction à la doctrine. On frappe : « Philippe a fait un malaise, il est tombé de sa chaise », annonce une élève. Telle une urgentiste, madame la principale – la cinquantaine, décontraction stricte – se rend aussitôt dans la classe concernée. De retour, elle paraît soulagée : « Ce n’est pas un évanouissement, il était juste mal assis sur sa chaise. En tombant, il s’est fait mal au coude. »

Classé en Zone d’éducation prioritaire (ZEP), intitulé trompeur officiellement abandonné au profit de la très euphémistique appellation « collège Ambition-Réussite », Jean-Vigo cumule les difficultés, sociales et éducatives. Construit dans les années 1970, qui raffolaient du béton et des fioritures métalliques, entouré d’une grille armée d’un interphone permettant de filtrer les entrées, l’établissement est adossé au quartier d’Orgemont, d’où proviennent la totalité des 574 collégiens. Le coin traîne une mauvaise réputation. Largement justifiée : le 27 octobre 2005, alors qu’éclataient les émeutes en banlieue, un homme de 56 ans y mourait sous les coups de trois jeunes gens, deux dealers et un de leurs clients. Employé d’une société de mobilier urbain, il avait commis la faute de sortir de sa voiture pour photographier un lampadaire. Ses agresseurs, en pleine transaction, avaient cru qu’il voulait conserver un souvenir d’eux. Malentendu fatal.

La cité d’Orgemont est une petite ville à elle seule, tout en immeubles de moyenne hauteur, à l’exception d’une tour. Le dernier recensement fait état de 12 340 habitants, un gros cinquième de la population spinassienne. La majorité des résidents sont originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, l’homogénéité ethnique accompagnant la concentration de la pauvreté, du chômage et du désœuvrement, en vertu de la logique absurde et implacable du cumul des « problèmes ».[access capability= »lire_inedits »]

Avant son arrivée à Jean-Vigo, à la rentrée 2010, Claire Abisou était en poste à Argenteuil, dans le département voisin du Val-d’Oise « Je savais que ce serait plus difficile, confie-t-elle, même si j’étais en-dessous de la réalité. » Mais elle maintient le cap : « Je ne suis pas du tout désespérée. Je sais pourquoi je suis là. J’essaie de mettre tout en œuvre pour améliorer le niveau scolaire. » Dans dix ans, elle prendra sa retraite de l’Éducation nationale.

À Jean-Vigo, la moyenne d’âge des enseignants est de 26 ans. Bien trop basse, de l’avis général. Chaque année, 30 % des profs sont renouvelés, avec les conséquences pédagogiques que l’on devine. Beaucoup n’ont qu’un souhait : repartir là où ils viennent, dans un environnement familier et plus tranquille ou supposé tel, en Normandie, Bourgogne, Franche-Comté ou Aquitaine. Digne de la Coloniale, le système d’affectation repose sur un barème opaque dont on comprend cependant qu’il accorde des points à ceux qui, en début de carrière, « choisissent » d’être envoyés en zone difficile, augmentant ainsi leurs chances d’être ensuite nommés dans la région de leur choix. Luc Chatel, le ministre de l’Éducation nationale, a ouvert une première brèche en annonçant, le 17 janvier, que les chefs d’établissement bénéficieraient désormais d’une plus grande latitude dans le recrutement du personnel enseignant. Restera à trouver des candidats volontaires pour la fosse aux lions. Âgée de 29 ans, cette prof d’histoire-géo, qui en a déjà passé quatre à Jean-Vigo, entend bien demander un endroit plus calme dès qu’elle aura « fait son capital de points », dans un an sans doute : « Je ne me doutais pas que cela allait être aussi difficile. C’est en assistant aux conseils de discipline que j’ai compris où j’étais. On a un sentiment d’échec, d’échec du système, mais aussi d’échec personnel parce qu’on se dit qu’on n’a pas été à la hauteur, qu’on a raté notre rendez-vous avec les élèves. » Comme ses collègues réunis dans le bureau de Claire Abisou, elle tient à rester anonyme.

Et pourtant, à Jean Vigo, il y des profs heureux. Arrivé de Lyon il y a neuf ans, ce trentenaire est en charge de l’enseignement du sport, sans doute la seule discipline où les établissements « difficiles » font aussi bien, sinon mieux, que ceux de centre-ville. « Ce qui me plaît ici, c’est la relation au sport. Les enfants sont dynamiques, ils ne se disent pas : « Mon père est médecin, il va me faire un certif pour sauter les cours d’EPS. » Je me sens plus utile ici. »

Ce « dynamisme » est parfois l’autre nom de l’insolence, voire de la violence qui reflète la cyclothymie des humeurs. La discipline, le respect dû aux enseignants, sont l’objet d’un processus de négociation permanent. Certains profs craquent, surtout les « nouveaux », stagiaires et fraîchement titulaires, qu’on a parfois retrouvés en pleurs sur le parking.

Éveiller l’intérêt des collégiens aux cours est un défi constant. L’histoire-géographie éveille plutôt leur curiosité. « Ils se posent des questions, entrent dans la contestation, observe une enseignante de cette discipline. En quatrième, ils sont sensibles à l’histoire des religions et à celle de l’esclavage. Inondés d’images, ils discutent toujours pour savoir si ce que je dis est vrai alors qu’on ne peut pas le voir à la télé. Et ils sont obsédés par le totalitarisme, le nazisme surtout. Ils me demandent : « Madame, quand est-ce qu’on fait Hitler ? » » Compte tenu de ce que certains professeurs ont pu entendre sur le sujet, c’est plutôt une bonne nouvelle.

Certains ont la foi, à l’image de ce professeur de mathématiques originaire du Sud de la France. La quarantaine, six ans de Jean-Vigo au compteur, il fait figure de vétéran : « Enseigner ici, c’est un choix. Ce qu’on vit ne correspond pas à l’image terrible propagée par les médias. Certes, c’est fatigant, mais la diversité des profils de nos élèves nous oblige à remettre nos pratiques en question. » En revanche, il ne ménage pas ses critiques aux politiques qui ont décidé et voté les restrictions budgétaires : « Il y a six ans, nous étions sept profs de maths dans ce collège, nous ne sommes plus que cinq. Or, nos élèves sont ceux qui connaissent les plus grosses difficultés en mathématiques, en raison notamment de leur mauvaise maîtrise de la langue qui les empêche de comprendre les énoncés. Et pourtant, ils peuvent être brillants. » Les excellentes intentions pétries de générosité sociale qui ont abouti à l’instauration du « collège unique » en 1975, se fracassent sur cette réalité. Dans les lendemains de 1968, on rêvait que tous les élèves, les « bons » et les « cancres », les « intellos » et les « manuels », les « faits pour » et les « pas faits pour », acquièrent un tronc commun de connaissances qui feraient d’eux des citoyens « égaux ». Mais la France de 2012 n’est pas celle de 1968. Comment enseigner quand près de 25% des élèves arrivent en sixième sans avoir les compétences requises en français, ainsi que le confirme la principale ?

Résultat, incapable d’assimiler correctement les savoirs, une proportion non négligeable d’écoliers décroche. À droite, on y voit la preuve que le rêve égalitaire, devenu absurdement égalitariste, a échoué, et qu’il faut réintroduire des filières différenciées dès le collège, sans pour autant s’attaquer frontalement au mythe d’une même école pour tous. À en croire Gérald Ascargorta, farouche défenseur du collège unique et militant de la puissante Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), classée à gauche, « des enseignants, nerveusement à bout, souhaitent secrètement » ce que prône la droite – horresco referens. Tout en se déclarant opposés aux vues gouvernementales, les professeurs croisés à Jean Vigo reconnaissent que la promesse universaliste du collège unique – mélanger les classes sociales et les origines – n’a pas été tenue. « On a réussi la massification, on a raté la démocratisation », résume Claire Abisou.

Inlassablement brandis par les syndicats, le « manque de moyens » et la réduction des effectifs menée au pas de charge depuis 2007 sont-ils alors le nœud du problème ? Ce n’est pas l’avis de ce membre de l’équipe pédagogique : « Certes, il faudrait maintenant y mettre un terme. Mais, plus que l’effectif global du corps enseignant, c’est la répartition des moyens qui pose problème. Ce dont nous manquons cruellement, ce sont les heures rémunérées. » Cela rejoint les propositions que formulera le candidat Nicolas Sarkozy quelques mois plus tard (28 février) à Montpellier. On pense au slogan de 2007, « Travailler plus pour gagner plus », unanimement décrié à gauche. Dans l’esprit de notre interlocuteur, il s’agit surtout de travailler mieux.

En dix-huit mois, Claire Abisou a connu trois lundis noirs. Oui, à chaque fois, c’était un lundi. Son bizutage a eu lieu en octobre 2010, pendant un mouvement de protestation contre une réforme du lycée. Alors que Jean-Vigo était paralysé par un blocage, une voiture en feu a été précipitée sur le parking des profs, juste à l’entrée du collège. En janvier 2011, un élève qui était sorti de l’établissement après un échange de textos a été tabassé à coups de bâtons par des jeunes extérieurs au collège. Enfin, il y eut l’intrusion, dans la cour, de cette mère d’élève armée un couteau, à la recherche du garçon qui, disait-elle, avait fait du mal à sa fille. Elle a été maîtrisée par la police. « La prégnance du quartier sur le collège est forte », résume la principale, avec l’art consommé de la litote caractéristique des fonctionnaires soumis au devoir de réserve.

On aimerait, comme Alain Finkielkraut, que l’École soit un sanctuaire. Mais ici plus qu’ailleurs, les problèmes familiaux s’invitent « entre les murs ». Fatima Groue, mère de trois garçons, habite un immeuble situé à l’une des extrémités de la rue de Marseille, l’artère commerçante où l’imprudent photographe fut tué en octobre 2005. Son cadet, Rubens, est inscrit à Jean-Vigo où elle-même et ses grands frères furent scolarisés. En juin, elle a bataillé contre la décision du collège de faire passer Rubens de sixième en cinquième. « Il avait 11,1 de moyenne mais, sans l’EPS et les arts plastiques, il atteignait à peine 6. J’ai voulu qu’il redouble. » Elle a gagné et Rubens a aujourd’hui une moyenne de 17. « Je lui ai dit : « Tu as une seconde chance, tu dois la saisir. » » Pour Fatima, si les autorités scolaires poussent les élèves vers la sortie en s’opposant le plus possible aux redoublements, c’est parce qu’elles doivent faire face aux conséquences du baby-boom de l’an 2000 : « Beaucoup, dans le quartier, ont voulu avoir un enfant cette année-là pour marquer l’événement, d’où l’engorgement d’aujourd’hui. »

De père algérien et de mère portugaise arrivés en France dans les années 1970, mariée à Guy, un « de souche » qui a retrouvé un travail de cariste dans une entreprise privée après son licenciement, Fatima est déléguée des parents d’élèves. À la dernière réunion, ils n’étaient que treize. « Beaucoup, raconte-t-elle, dépitée, sont étrangers, au chômage et ne parlent ni n’écrivent le français. Du coup, ils ne suivent pas. » Ce soir-là, dans son appartement de quatre pièces, elle est seule avec ses enfants. Son mari, également délégué de parents, assiste à une réunion à l’école primaire Jean-Jacques-Rousseau. Agent de restauration à EDF-GDF, élue CGT, Fatima votera Sarkozy à l’élection présidentielle, même si elle est tout autant attachée à la « valeur Justice » de François Hollande qu’aux « valeurs Travail et Autorité » chères au président sortant. Marine Le Pen ? « Je n’ai pas oublié tout le mal que son père a dit et fait aux Maghrébins. » Le couple prévoit d’acheter un pavillon, mais à proximité de la cité d’Orgemont. Fatima sourit, déterminée : « J’aime mon quartier, j’aime le collège Jean-Vigo. »

En 2010-2011, cinq élèves ont été exclus définitivement de l’établissement. Certains des bannis reviennent sur le lieu de leur forfait, pas forcément pour se venger. Ainsi, ce jour-là, un adolescent placé dans un autre établissement, dont il a également été renvoyé, est venu, accompagné de sa mère, supplier qu’on veuille bien le réintégrer.[/access]
 

Voltaire chez les bobos

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Pâques étant résolument aux tisons, on ne saurait trop conseiller aux heureux bénéficiaires de vacances de printemps de meubler leurs journées pluvieuses par quelques lectures bien choisies. Après avoir soigneusement évité toute la production éditoriale relative à l’élection présidentielle, aussi gonflante que la campagne en « live », il n’est pas interdit de se distraire avec un roman léger, sans prétention excessive et délicieusement parisianisme intitulé Le cerveau de Voltaire écrit par Frank Nouchi et publié chez Flammarion. Un polar médico-littéraire fondé sur l’existence – réelle – de reliques du châtelain de Ferney conservées à la Bibliothèque Nationale (le cœur) et la Comédie Française (le cerveau).

Un Maigret juif pied-noir se voit confier l’enquête sur le vol, à l’Institut Pasteur, du cerveau de l’auteur de Zadig par un médecin fou soupçonné de vouloir cloner le défunt philosophe. Journaliste au Monde et fin connaisseur de la faune littéraire et éditoriale de Montparnasse et Saint-Germain-des-Prés, l’auteur tricote une intrigue astucieuse et presque crédible. Comme il est un peu casanier, le décor se limite à son environnement immédiat, à peu près trois hectares autour du jardin du Luxembourg et deux ou trois bistrots, comme l’incontournable Select et le très branché Marigny.

C’est parfaitement bobo, délicieusement snob, et non dénué d’un certain humour qu’on pourrait qualifier de sépharade.

Cohabitation, mon amour…

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Monsieur Alain Marleix a été au gouvernement entre 2008 et 2010 pour occuper les fonctions de secrétaire d’état aux collectivités locales et charcutier de la carte électorale, chargé de redécouper les circonscriptions pour les élections législatives de 2012. Une fois sa lettre de mission accomplie, ce remarquable connaisseur des équilibres politiques locaux a pu repartir à ses chères études.
Parmi ses exploits, et sous couvert des évolutions démographiques qui ont bon dos, il a notamment supprimé 33 circonscriptions aussitôt remplacées… par 33 nouvelles créations dont onze, pas moins, pour les Français de l’étranger qui sont largement acquis à l’UMP et ont même eu quelques temps droit à un secrétaire d’Etat rien que pour eux, pour bien les câliner, en la personne de David Douillet. Alain Marleix a également supprimé cinq circonscriptions, de gauche évidemment, dans le Nord-Pas de Calais où cette dernière est, comme par hasard, hégémonique depuis toujours.
Mais enfin, même si ce n’est pas très élégant, c’est de bonne guerre et nous ne sommes plus au temps de Giscard où il fallait plus de 100 000 voix pour élire un député PCF comme Pierre Juquin en région parisienne tandis qu’avec moins de cinq mille, Jacques Blanc, républicain indépendant, retrouvait le sien en Lozère. Ces petites amusettes avaient tout de même permis à la droite de gagner les législatives de 1978 tout en étant minoritaire en voix dans le pays.

Il semblerait néanmoins qu’Alain Marleix cherche ces temps-ci à prévenir le plus discrètement possible l’Elysée d’un risque possible de cohabitation. Une réélection de Nicolas Sarkozy, d’après lui, n’entraînerait pas nécessairement une majorité de droite aux législatives de juin. Le temps de 1981 où la victoire du candidat socialiste avait été suivie d’un véritable raz-de marée du PS est terminé. Dès 1988, un Mitterrand très confortablement réélu n’avait obtenu à l’assemblée qu’une majorité relative. Quant à l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, toute aussi confortable, elle avait été suivie d’une prestation presque décevante de l’UMP. On avait un peu rapidement mis tout cela sur le dos de Borloo à qui Laurent Fabius, le soir du deuxième tour, avait (déjà) fait cracher le morceau sur la possible mise en place d’une TVA sociale, ce qui, d’après les observateurs, avait fait perdre une bonne cinquantaine de sièges à la droite.

Mais pour Marleix, l’explication est trop simple. D’abord, les Français risquent de ne pas avoir envie de voter quatre fois pour le même camp. Ensuite la gauche domine en outre-mer et connaît de meilleurs reports de voix au second tour partout ailleurs tandis que la droite, comme aux sénatoriales de 2011, voit un nombre important de candidatures dissidentes potentielles sans compter d’éventuelles et meurtrières triangulaires avec le FN.
Evidemment, Nicolas Sarkozy obligé d’aller chercher à gauche son premier ministre sans que ce soit comme au bon temps de ce débauchage appelé « ouverture » donnerait au début du second quinquennat une allure toute à fait différente du premier….

En même temps, avec cette histoire des œufs dans le même panier, il m’inquiète, Alain Marleix. Admettons que ce soit François Hollande qui soit élu et que la droite soit majoritaire aux législatives, il va prendre qui comme premier ministre, François Hollande ? Nicolas Sarkozy ? Ce serait quand même le choix le plus logique. Et il n’y aurait plus qu’à refaire la célèbre photo de Paris Match, mais dans l’autre sens.
Pour donner l’impression du changement maintenant, dans une France forte… Ou du changement fort dans la France de maintenant, comme vous voudrez…

Emile Ajar censuré en Turquie

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Quand le metteur en scène turc Nedim Saban a décidé de monter au théâtre une pièce inspirée du roman La vie devant soi (en turc : Quand il y a tant de misère) il n’a certainement pas imaginé qu’il allait subir de pressions politiques et se voir obligé d’arrêter le spectacle. Ni la vieille prostituée juive Rosa ni son petit protégé arabe Momo ni l’histoire de leur complicité ne semblent pas être particulièrement subversifs.

Pourtant, les édiles de la ville d’Erzurum dans le nord-est du pays, n’ont pas été conquis, loin de là ! Au lieu de rire et laisser échapper une larme comme tout le monde, ils ont décidé d’interdire la pièce ou plus exactement d’interdire au théâtre municipal de monter le spectacle.
Leur raisonnement semble pour le moindre bizarre. Ce qui dérangeait les conseillers municipaux d’Erzurum, c’était une pancarte utilisée par le metteur en scène pour s’assurer que le public ne rate pas le message du spectacle qui se déroule devant lui – M. Saban connaît, semble-t-il, sa clientèle provinciale. Donc pour que les bourgeois et les bourgeoises d’Erzurum aillent au-delà du simple divertissement, des écriteaux posés sur la scène portaient des slogans comme « À bas le fascisme ! ».

Ne pouvant imaginer un seul instant que le conseil municipal d’Erzurum se revendique fasciste, peut-on en déduire qu’il se sente directement visé par une critique à peine déguisée ? Ou bien est-ce que l’actrice qui interprète Madame Rosa ressemble trop à Madame le maire voire à sa mère ? Dans cette étrange affaire, une chose est sûre : si Romain Gary était toujours en vie, il en mourrait de rire…

Hollande au pays du Comté, un an après

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Que de chemin parcouru depuis le 9 mai 2011, quelques jours avant le Sofitelgate, lorsque François Hollande était de passage à Besançon au début de sa campagne pour la primaire socialiste. A douze jours du premier tour de l’élection présidentielle, il faisait son retour dans la vieille ville espagnole chère à Victor Hugo, non plus devant deux cent-cinquante personnes mais plusieurs milliers.

« Rester attentif, concentré. Avoir de la force, de l’enthousiasme, de la cohérence ». Un entraîneur d’une équipe de foot favorite pour le titre n’aurait pas dit autre chose dans une conférence de presse à quelques encablures de la fin d’un championnat. Ce vocabulaire sportif, je ne l’ai pourtant pas recueilli de la bouche de Carlo Ancelotti ou de René Girard[1. Respectivement entraîneurs du PSG et de Montpellier.] mais de Manuel Valls, directeur de la communication de la campagne de François Hollande. Est-ce Valls, en bon supporteur du Barça, qui lui a conseillé d’abandonner cette tactique inspirée du catenaccio italien, ultra-défensive, qui se contente de repousser patiemment les attaques désordonnées de l’adversaire en dégageant dans les tribunes autant qu’il le faut ? Si c’est le cas, le candidat lui devra une fière chandelle car il semble avoir retrouvé un peu de ce qui avait fait son succès en janvier.

En ouverture de la réunion, après le défilé des féodaux locaux, maire, présidents de Conseil général et régional, c’est Jean-Pierre Chevènement, lui aussi un local de l’étape qui jouait sa partition. On a peine à croire qu’il était encore candidat il y a quelques semaines, bien décidé à faire bouger les lignes. Il ne les aura guère fait bouger, ces fameuses lignes. Certes, il dénonce le Traité Merkozy avec force et dénonce la politique du sortant, le qualifiant de « médecin de Molière ». Certes, il délivre un brevet d’homme d’Etat à son cadet sous les applaudissements polis de la salle. Mais on a furieusement envie de lui demander -de lui crier, même- à cet apôtre talentueux du non à Maastricht et du TCE : « Mais que fichez-vous donc là, à soutenir l’ancien secrétaire des clubs deloristes Témoins ? » Je n’en ferai rien. Les jeunes socialistes doivent se le demander, aussi, puisqu’ils le pressent, avec un brouhaha désagréable et quelques « François, François » à finir son discours. L’impolitesse, c’est maintenant !

C’est Pierre Moscovici qui lui succède à la tribune. Le directeur de campagne, qui est aussi président de la communauté d’agglomération de Montbéliard, située à quatre-vingts kilomètres au nord-est, fait office de chauffeur de salle avec un sarkobashing qui aurait été fort réussi sans un lapsus -révélateur ?- guère charitable pour celui qui l’a précédé derrière le pupitre : souhaitant évoquer le bilan de Nicolas Sarkozy, il parle de celui de « Jean-Pierre Ch… », avant de jouer les champions d’aviron et et de rappeler combien l’action de l’ancien maire de Belfort fut bonne pour la France. Mais que fichez-vous là, cher Jean-Pierre ?

C’est au candidat de prendre la parole, et les calicots s’agitent, dont l’un comporte l’amusante inscription « Doubs Hollande ». Pas sûr que ce jeu de mot évoquant à la fois la douceur du candidat et le département qui l’accueille soit forcément bien choisi. Par esprit d’escalier, le « doux » s’oppose au « dur », lequel s’oppose au « mou ». Exactement, l’image que veulent donner les adversaires de François Hollande, Martine Aubry hier dans la primaire socialiste, Nicolas Sarkozy aujourd’hui. L’enthousiasme de la salle, pourtant, est palpable, même devant l’écran géant où ont été relégués ceux qui, comme moi, n’ont pas pu entrer dans la salle où s’exprime le candidat socialiste. Figure imposée, il rend hommage à Besançon et aux noms qui l’ont liée à la gauche française. C’est à ce moment là que le préposé à la reproduction écrite du discours sur l’écran géant, pendant que le candidat le prononce, croit bon d’écrire « le combat d’Elipe » alors que Hollande évoque le combat des Lip. L’inculture, c’est maintenant ! Offensif, le candidat égrène les mesures qu’il prendra lors de ses premiers mois à la tête de l’Etat si les Français lui font confiance. « Je suis prêt » confie t-il, avant de se livrer à un long réquisitoire de l’action de son adversaire favori auquel tous » les leaders conservateurs européens ont donné l’onction, si ce n’est l’extrême-onction. » Sans doute agacé par la récente arrivée de Nicolas Sarkozy sur le terrain de l’humour de tribune, Hollande revient à ses premières amours d’orateur et se moque de son adversaire « bling-bling, certes, mais surtout zig-zag ». Il sait aussi mêler cruauté à gravité lorsqu’il dit ne pas avoir de leçons de laïcité à prendre de la part du ministre de l’Intérieur qui avait « prononcé un discours devant l’UOIF avec hommes d’un côté, et femmes de l’autre. » Nicolas Sarkozy sait désormais ce qui l’attendra lorsqu’il voudra titiller son adversaire sur les piscines de Martine Aubry lors du face-à-face traditionnel de l’entre-deux-tours. Hollande en appelle au patriotisme pour tancer ceux qui lui reprochent sa fameuse tranche à 75 %. Patrick Bruel n’est pas nommé, mais on y pense très fort. Bien involontairement, le champion de poker a rendu un fier service au candidat socialiste. Voilà des jours qu’on ne causait plus de la proposition symbolique de Hollande, mise au rencard par la montée de Jean-Luc Mélenchon. C’est lorsqu’il évoque le traité « Merkozy » que le candidat prononce une phrase qui mérite assurément d’être retenue. Ce traité, dit-il, il le renégociera « autant que possible ». Tiens, donc. Et si cette chère Angela lui avait déjà signifié le champ réduit du possible ? Et si, alors que ses diplomates présents à Paris l’avaient informée de la grande probabilité de la victoire de Hollande, la chancelière lui avait déjà fait passer le message qu’une renégociation cosmétique pourrait lui être concédée ? Qui a déjà vécu le maquillage du TCE en traité de Lisbonne a le droit de se méfier. François Hollande, sur ce coup là, fut le complice du Président qu’il a tant fustigé ce mardi soir.

Mais que fichiez-vous là, cher Jean-Pierre ?

Christian Vanneste : « Je suis puni pour avoir dit la vérité »

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Cyril Bennasar, Marc Cohen. Pouvez-vous nous rappeler la chronologie de l’« affaire Vanneste », enfin de la dernière « affaire Vanneste » ?

Christian Vanneste. Tout commence par un entretien que j’ai donné à Liberté politique, un site d’information catholique – mais pas intégriste, c’est tout à fait sûr – sur une de mes propositions de loi visant à interdire plus efficacement l’accès des enfants à la pornographie sur Internet. Au fil de la discussion, le journaliste m’interroge sur le mariage gay, qui est alors dans l’actualité : « Comment expliquez-vous, me dit-il, que 63% des Français soient favorables au mariage homosexuel ? » J’explique alors qu’un véritable bourrage de crânes est à l’œuvre, et que la présence dans les médias de partisans de l’homosexualité contribue à diffuser sur la question une propagande qui va jusqu’à la désinformation. Je donne alors deux exemples : d’une part, les associations gays estiment à 300 000 le nombre de familles homoparentales, alors que l’INED en recense seulement 20 000 ; et d’autre part, j’évoque la légende de la déportation d’homosexuels depuis la France, territoires annexés mis à part. Dans le dictionnaire, une légende, c’est la déformation du passé : je pesais donc mes mots. Et, chiffres à l’appui, je déconstruis l’erreur historique.

Donc, ce sujet vous était familier ?

Pour vous répondre, je dois revenir à 1995. Je suis alors membre du bureau du Conseil régional du Nord/Pas-de-Calais ; la question de la présence des représentants des homosexuels lors des cérémonies du souvenir se pose. Je plaide et vote pour cette présence. Je vous lis une partie de mon intervention : « Devant l’absolu de la barbarie nazie, nous ne devons pas faire de différences entre les victimes. » À l’issue de la séance, je me fais copieusement engueuler par Maurice Schuman, mon maître en politique : « Christian, quand vous ne connaissez pas un sujet, vous vous taisez ! Les associations de déportés vont être furieuses, parce qu’il n’y a pas eu de déportation d’homosexuels de France, hormis des territoires annexés. » Depuis lors, je n’ai plus évoqué cette réalité historique, car c’est un sujet douloureux. Je mentionne ce point dans la discussion avec Liberté politique et nous passons à autre chose. Depuis, des historiens ont confirmé mes propos. La conclusion, c’est que je suis puni pour avoir dit la vérité.[access capability= »lire_inedits »]

Concrètement, comment éclate la polémique ?

L’interview, enregistrée le 1er février, est mise en ligne le 10. Le 14 février, quelqu’un –j’ignore qui – envoie le lien vers le site « Liberté politique » à Europe 1. Nous sommes à la veille de l’annonce de candidature de Sarkozy. Est-ce un hasard si l’« affaire » sort à ce moment-là ? En tout cas, je n’ai rien vu venir. Le matin du 15, j’étais absent de Paris pour des funérailles et j’ai passé l’après-midi à apprendre par la presse ce qui m’arrivait et à répondre à ses questions.

Vous n’avez eu aucun contact avec vos collègues de l’UMP ? Vous n’avez pas appelé Jean-François Copé ?

Zéro contact, ni avec Copé, ni avec personne de mon parti. J’ai entendu parler à la radio de mon exclusion, tout comme de mon retrait d’investiture, sans jamais avoir été averti officiellement. Je n’ai pas contacté Jean-François Copé. Il faut dire qu’il m’a emmerdé sans arrêt quand il était président du groupe et que je ne le tiens pas en très grande estime. D’ailleurs, je n’ai pas son numéro. De toute façon, ce qui a été décidé ce jour-là, c’était de me retirer l’investiture sans même m’en parler.

Comptiez-vous vraiment sur cette investiture officielle de l’UMP ?

En fait, j’étais déçu par le fonctionnement de l’UMP et assez peu enthousiasmé par le bilan du quinquennat. Début novembre, j’ai fait savoir que je ne voulais pas me représenter. Ils m’ont demandé d’être candidat quand même et sont revenus à la charge. Contrairement à ce qu’on raconte, ma circonscription est difficile, et pas du tout acquise à la droite.

La meilleure façon de ne pas être exclu d’un parti, n’est-ce pas de ne pas s’y inscrire ? Personne ne vous a obligé à adhérer à l’UMP…

J’ai adhéré à l’UJP (Union des jeunes pour le progrès) en 1968, au RPR en 1977 et à l’UMP au moment de sa création : bref, je suis un gaulliste de toujours. Et je suis resté dans le même parti, par fidélité. Mais j’ai été déçu et même blessé. J’étais présent, dans ce bâtiment de l’Assemblée nationale où nous parlons en ce moment, quand Éric Zemmour a été reçu et acclamé par mes collègues pour avoir tenu des propos libres même s’ils étaient passibles des tribunaux. Alors, comprenez que le lâchage des miens aujourd’hui me fasse très mal.

Comment expliquez-vous cette différence de traitement entre Zemmour et vous ? Cela signifie-t-il qu’il est plus facile d’avoir une parole libre sur l’immigration que sur l’homosexualité ?

Évidemment ! Au sein de l’UMP, le lobby gay, dont « Gaylib » est la partie visible, mais qui ne le résume pas, a pris une importance considérable. Je suis constamment harcelé par son activisme. C’est à cause des pressions de ce lobby qu’en 2007, j’ai dû me présenter sans l’investiture de mon parti. En réalité, je ne m’intéresse pas particulièrement à la question de l’homosexualité, mes travaux parlementaires portent sur tout autre chose et je m’exprime très peu sur ce sujet. Il m’est même arrivé de m’autocensurer sur le mariage gay pour ne pas être mal compris. En dépit de cela, mes propos ont été systématiquement déformés : par exemple, quand j’ai dit que le mariage gay était une « aberration anthropologique », on a fait comme si j’avais parlé de l’homosexualité dans son ensemble, ce qui est absurde. Le plus grave n’est pas que ce lobby me calomnie et me persécute, ni même qu’il fausse le fonctionnement démocratique de l’UMP en obtenant l’exclusion d’un élu sur la base de fausses informations, mais qu’il fasse dévier mon camp de la ligne politique et des valeurs qui sont les siennes.

Mais est-ce que vous ne fantasmez pas sa puissance, comme certains fantasment l’existence d’un lobby juif qui tirerait les ficelles dans l’ombre ?

Écoutez, toute réticence à l’institutionnalisation de l’homosexualité suscite des ripostes aussi injustes que disproportionnées. Cela devrait suffire à démontrer la puissance de ce lobby. Quoi qu’il en soit, je refuse qu’il m’interdise d’exprimer un point de vue contraire au sien.

Vous n’avez pas répondu : à l’UMP, la parole est-elle plus libre sur l’immigration que sur l’homosexualité ?

C’est certain ! Je n’aurais pas fait la blague vaseuse de Brice Hortefeux − « Quand il y en a un, ça va, c’est quand … » − et il n’a pas eu tant de problèmes à l’intérieur du parti. Je n’ai aucun problème avec les immigrés et je n’en ai pas non plus pour parler de politique d’immigration et d’identité nationale. Je me rends à la mosquée pour l’Aïd, je parle volontiers des valeurs familiales aux fidèles réunis pour l’occasion. On se comprend très bien.

Voulez-vous dire que, sur le plan des valeurs familiales et des mœurs, vous vous sentez plus proche de l’islam que du libéralisme occidental ?

En tant que catholique, je me sens très loin de l’islam. Le catholicisme a eu la chance de séparer très vite les pouvoirs – même si, avec leur césaro-papisme byzantin, les chrétiens d’Orient ont eu moins de chance. Quant aux musulmans, ils ne font aucune différence entre les deux. Sur la place des femmes, le dogme ou la charia, je me sens très éloigné d’un musulman, mais si nous parlons de famille ou de filiation, je peux me sentir plus proche de lui que de certains membres de ma « communauté ».

Pardonnez-nous de revenir en arrière, mais on ne vous a pas entendu crier très fort contre Hortefeux et ses « Auvergnats » en surnombre…

Je ne tire pas sur les copains, moi ! Au RPR, c’était souvent dur, mais quand l’un des nôtres était à terre, nous étions solidaires. Dans un parti, on s’entraide, enfin on devrait. J’ai rendu des coups à Yves Jégo ou à Rama Yade, qui avaient demandé ma tête, mais sinon, je m’abstiens de participer aux curées.

Qu’est-ce qu’elle vous avait fait, Rama Yade ?

Elle m’accusait de prôner une alliance avec le Front national. Or c’est justement pour mieux combattre le FN que je me bats pour l’existence d’une aile dure au sein de la droite de gouvernement, exactement comme il y en a une chez les Républicains américains. Cette position m’a valu une énième demande d’exclusion de la part de Rama Yade. Alors quand elle a dit une bêtise, je l’ai flinguée à mon tour. C’était de bonne guerre.

En tout cas, vos copains de la Droite populaire ne vous ont pas vraiment soutenu…

Au début, c’est vrai, mais ils avaient été désinformés. Le midi, l’affaire était bouclée et ils ont tous signé la lettre envoyée par Mariani qui agissait sur commande. La rapidité de la manœuvre me laisse penser que l’ensemble de l’opération était un coup monté. Quoi qu’il en soit, la plupart de mes collègues de la Droite populaire sont revenus sur leurs déclarations par la suite.

Revenons à l’objet primitif du délit : sans vouloir instruire de procès ni allumer de bûcher, ne croyez-vous pas que, dans la fameuse vidéo, vous mélangez les genres ? Si on peut vous suivre (ou pas) quand vous défendez les intérêts de la société, on ne voit pas l’opportunité de votre discours sur les homosexuels. Comprenez-vous que des gens, dont des homosexuels qui se foutent pas mal du mariage gay, soient choqués quand vous mêlez une parole politique et un jugement personnel, comme par exemple vos considérations sur le narcissisme comme caractère gay ?

Vous avez raison. D’abord, « les homosexuels », ça ne veut rien dire. Il y a toutes sortes d’homosexuels et d’homosexualités et, encore une fois, ce n’est pas mon problème, je ne vise pas les personnes mais les associations et leurs manœuvres politiques. Mais c’est mon défaut, je sors de mon rôle, je fais le prof de philo et je ne peux plus m’arrêter. Hors politique, je m’interroge sur d’éventuelles relations entre narcissisme, refus de l’altérité et homosexualité. Ce sont des sujets d’analyse intéressants, mais qui agacent dans la bouche d’un responsable élu, j’en conviens.

Quoi qu’il en soit, vous êtes un homme de liberté : or, la liberté sexuelle est réprimée dans tous les régimes autoritaires, alors qu’elle accompagne partout les avancées démocratiques. Du reste, les partis dits « populistes », qui fleurissent partout en Europe, défendent la liberté des mœurs comme une valeur occidentale qui a enrichi les droits de l’homme…

Eh bien, je ne suis pas du tout sur cette ligne ! Je suis un conservateur catholique, voire un néoconservateur de type anglo-saxon, un pessimiste historique qui pense que l’Histoire a tendance à régresser. Je crois au progrès technique, pas au progrès moral.

Si vous en aviez la possibilité, vous reviendriez sur le Pacs – que la majorité de votre parti n’a d’ailleurs pas voté lors de son adoption à l’Assemblée ?

Naturellement ! J’estime que le Pacs est, pardonnez-moi l’expression, une connerie. Mais la droite s’interdit par principe tout retour en arrière. Elle a si peu d’idées, si peu de valeurs qui lui soient propres et tellement peur du moindre discours idéologique qu’elle n’est plus que la pâle copie de la gauche avec vingt ans de retard. C’est une ligne indéfendable. Dans cette dérive constante vers la gauche, ceux qui, au sein de l’UMP, restent fidèles à des positions et à des valeurs se retrouvent bien malgré eux aux extrêmes puisque le conservatisme devient un extrémisme. D’une façon générale, la droite ne pense plus. Ainsi, Madelin a été marginalisé à cause de son goût pour le débat idéologique. Il y a pourtant des idées à défendre…

Lesquelles ?

Eh bien, si nous sommes pour l’efficacité économique et la liberté, nous devrions aussi porter des valeurs morales, à commencer par la responsabilité, contre le laxisme et le libertarisme. Mais on dirait que le corpus historique de la droite fait peur à une partie de la droite. Quand Nicolas Sarkozy veut dénoncer une idée, il dit que c’est une idée conservatrice. Et quand il veut se faire bien voir, il montre qu’il lit des philosophes de gauche.

Vous qui avez longtemps enseigné la philosophie, comment expliquez-vous cette vacuité idéologique de la droite française ?

C’est une tradition chez nous. La droite a toujours préféré le notable local, bon gestionnaire attaché à résoudre des problèmes concrets par des moyens techniques et peu sensible au monde des idées, à l’intellectuel. Si l’on excepte l’extrême droite et les maurassiens ou les démocrates-chrétiens comme Maritain ou Mounier, il y a peu de penseurs à droite et leur influence est assez faible, même dans leur propre camp. Cette situation s’explique sans doute par le fait que l’enseignement soit depuis toujours dominé par des milieux de gauche. En tout cas, des générations d’hommes politiques, même marqués à droite, ont été influencées philosophiquement par la gauche – et parfois formatées par une pensée mal digérée. Regardez le débat sur les gender studies : Luc Ferry a écrit des âneries dans Le Figaro et Luc Chatel en parle comme d’une pensée scientifique. C’est consternant.

Comment avez-vous échappé à ce formatage ?

Vous connaissez la fameuse formule sur Sartre et Aron : eh bien moi, j’ai toujours préféré Aron ! En clair, j’ai toujours été de droite. J’ai étudié la philosophie à l’université de Lille, où l’enseignement était très marqué à gauche, jusqu’à la découverte d’Aron. La lecture des Étapes de la pensée sociologique m’a complètement libéré. J’aimais qu’on me parle de Tocqueville et de Weber, pas seulement de Marx et de Hegel.

Pour finir, Christian Vanneste, êtes-vous homophobe ?

Cela me sidère de devoir répondre à cette question ! Clairement, je n’ai rien contre les homosexuels : chacun fait ce qu’il veut dans sa vie privée et tant que les choix individuels ne deviennent pas des revendications sociales, cela ne me pose aucun problème. En revanche, je suis farouchement opposé à toute forme d’institutionnalisation de l’homosexualité, qui me paraît contraire aux intérêts profonds de la société. Pas de mariage, pas d’adoption, même pas de Pacs : cela décourage l’engagement chez les « hétéros », comme on dit, et favorise la précarité. Parce que j’ose dire cela, je subis depuis des années une véritable chasse aux sorcières de la part du lobby gay. Mais ne revenons pas là-dessus : en fait, je suis un conservateur classique. C’est déjà suffisamment grave, non ?[/access]
 

Onfray ne votera pas Mélenchon : il a horreur de la Terreur

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Etant l’une des rares émissions culturelles qui vaillent le coup d’allumer sa télé à une heure bien tardive, ne soyez pas étonné que je rebondisse, une fois encore, après la diffusion de Ce soir ou jamais. Si nous ne avez pas regardé la dernière émission, vous avez raté votre soirée, parce qu’une belle surprise était au rendez-vous sur le plateau de Taddéi.

L’idée selon laquelle une même personne répète inlassablement son éternel credo comme si elle était dans l’impossibilité de se renouveler, a été invalidée à 100% et devinez par qui ? Par le supposé « philosophe médiatique » dont je pensais jusque là qu’il avait fait de l’anticléricalisme et de l’antifreudisme ses thèmes de prédilection, je veux parler bien sûr de Michel Onfray.

Et voilà que notre rebelle hédoniste déboulonne non pas Dieu, ni Freud, ni je ne sais quelle figure incarnant l’ordre symbolique, mais lance ses anathèmes contre Robespierre et Saint-Just dont la radicalité sanguinaire, explique-t-il, affleure en permanence sous les références du candidat du Front de Gauche.

Quel renversement d’entendre Michel Onfray, condamner la lecture soboulienne de la Révolution pastichée par Mélenchon. Quel paradoxe réconfortant de voir ce partisan de la démocratie directe en appeler aux Girondins, à Condorcet et donc à la modération, à la représentation.

Et comme si les fantômes des royalistes et des contre-révolutionnaires venaient lui souffler la réplique, il traite, avec raison, Robespierre et Saint-Just de massacreurs, et Carrier, celui qui a mis au point les noyades de Nantes, de « Eichmann de la Révolution française ». Puis il se fait plaisir en dézinguant les analyses dogmatiques de ces confrères et concurrents, Badiou et Zizek, qui s’efforçent à réhabiliter la vertu de l’Incorruptible et donner l’absolution au communisme version bolcheviks.

Mais là où il pousse la lucidité à son comble c’est lorsqu’il dénonce le traitement médiatique réservé aux références culturelles des extrêmes. Et en écoutant ainsi Michel Onfray s’offusquer devant le scandale provoqué par Le Pen citant Brasillach et le mutisme de la presse devant la mise au pinacle des théoriciens et praticiens de la Terreur par Mélenchon, je me suis dit qu’il avait peut-être été finalement touché par la grâce. Ai-je raison, ai-je tort ? Dieu seul le sait…

C’est jeune et ça vote mal

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C’était un temps ancien. Les étudiants arboraient des autocollants anti-fachos sur leurs sacs à dos. Ils reprenaient en chœur le refrain des Bérus expliquant que la « jeunesse emmerde le Front National » et ledit FN était rebaptisé F-Haine par des politologues en culottes courtes qui luttaient avec leurs mots à eux contre la bête immonde.

En ce temps-là, vers 1993-1995, on combattait l’extrême droite en scandant des slogans et on avait honte d’avoir un tonton marseillais ou meusien qui votait Jean-Marie et ne manquait jamais une occasion de gâcher les réunions de famille en n’ayant même pas peur de le dire à table.

L’étudiant, et par extension le jeune idéal, était le fer de lance de la lutte contre l’obscurantisme, la haine de l’étranger, le repli national. La mondialisation était son élément, l’Autre son ami. Le phénomène était planétaire : à l’époque, ce credo du « Tout ce qui est différent est forcément bon » fût férocement moqué par Tim Burton dans Mars Attacks !

Mais nous voici en 2012, et ne voilà-t-il pas que le jeune est tenté par le vote Front National. Alors, le nouveau jeune serait-il raciste, xénophobe, frileux, nationaliste, bref déjà moisi ? En tout cas, un sondage CSA, publié dans Le Monde lundi 9, est venu foutre le bordel dans une image de la jeunesse cajolée par la gauche, qui en fait le fer de lance de la lutte contre le président sortant. 24% des 18-24 ans sont tentés par un vote pour Marine Le Pen à la présidentielle. Un score jamais atteint dans ces proportions par son père.

Immédiatement la machine à explications officielles s’est mise en route : les jeunes les plus pauvres, les moins diplômés, les plus menacés par la mondialisation sont désespérés et donc votent pour l’extrême droite dans un mouvement de rejet. Les partis traditionnels, qui pourtant sortent l’artillerie lourde (le permis quasi gratuit, l’allocation autonomie, et bientôt la semaine des quatre mercredis) n’arrivent pas à les fixer. François Hollande est d’ailleurs, selon ce sondage, celui qui a perdu le plus chez les 18-24 ans.

Alors, où est le problème avec les jeunes ? Et bien le problème, une fois de plus, c’est ces salauds de pauvres. Ainsi le magazine l’Etudiant brandit son propre sondage qui montre que ceux qui vont à l’université, poursuivent leurs études longtemps, eux, votent Sarkozy, Bayrou et Hollande et ne sont pas « extrémistes », même s’ils sont à une courte majorité à droite. François Hollande rassemblerait 30% de leurs intentions de vote, Nicolas Sarkozy est à peine derrière, captant 28% de leurs voix. François Bayrou n’obtiendrait, lui, que 11%.L’étudiant peut donc être de droite, surtout dans les grandes écoles, et vote PS ou Mélenchon en fac de Lettres. Mais ne vote pas Marine Le Pen.

La vitesse avec laquelle les organisations de jeunesse (sous-entendu de gauche) sont montées au créneau après la publication du sondage, montre bien l’idée que des jeunes puissent voter à l’extrême droite les terrifie, les dégoûte. La stupeur journalistique devant le titre du Monde montre aussi que le jeune reste un inconnu, sauf quand il use ses fonds de Levis 501 à Louis-le-Grand, Dauphine ou Sciences-Po. Un jour sur deux, le media convoquera l’autre figure obligée du 18-25 le djeun de banlieue, de préférence né dans une famille immigrée, lequel sera potentiellement délinquant pour la droite, et honteusement discriminé pour la gauche.

Comme l’électeur moyen serait un quarantenaire bobo, cadre sup’ séduit par Mélenchon et Hollande, au pire Bayrou et s’informant sur Twitter. A l’instar de la Mémé de Vesoul, certains ont rêvé qu’on pourrait remonter le film électoral en virant du casting le cousin prolo de 22 ans chauffeur poids lourds en intérim, la cousine aide soignante qui travaille de nuit, ou celle qui, bac en poche, ne trouve pas de boulot ou alors comme saisonnière deux mois par an à Palavas-Les-Flots. Ceux-là n’existent pas. Ne sont même pas des vrais jeunes, en fait.

Pourtant les chiffres sont têtus, beaucoup de 18-24 ans, sont déjà sortis de l’école, sont au chômage ou travaillent. Evidemment, sauf exception, des petits boulots, des CDD, la galère de début de vie professionnelle, l’impossibilité d’avoir un logement à soi, le permis qu’on ne peut pas se payer sans l’aide de papy ou mamie.

Autant dire que pour ceux-là, la peur du déclassement n’est pas juste une phobie. Dans pas mal de cas c’est une réalité. Alors ils s’énervent et peuvent avoir envie de voter pour ceux qui promettent de rétablir un Etat protecteur, et d’inventer de nouvelles frontières. Il n’est même pas certain qu’ils croient que ça puisse se produire, ils veulent juste donner un peu plus qu’un signe.

Ces intentions de vote gênent, parce qu’elles renvoient à des jeunes pas propres sur eux, sans carte Amex ni même une banale Gold de base, n’ayant confiance ni dans le marché, ni dans l’Europe. Surtout, ces jeunes malvotants sont le signe que l’opération dédiabolisation menée par Marine Le Pen est peut-être en train de réussir. Les quotidiens, friands de ces nouveaux monstres qui sont allés en interroger leur font dire que « voter Marine c’est plus facile que Jean-Marie » et que sa tolérance de l’homosexualité, son personnage de femme divorcée, son modernisme séduisent. Ces jeunes là sont insensibles au discours crétin (pour rester polie) de Thierry Marchal-Beck le nouveau patron du MJS, ou aux tentatives hilarantes (pour rester gentille) de politique 2.0 des Jeunes Pop de Benjamin Lancar. Somme toute c’est une bonne nouvelle.

La mauvaise c’est qu’après avoir voté Le Pen une première fois, ils risquent de remettre ça, y compris quand jeunes sera passée. Et finalement les hauts cris, des exégètes autorisés trahissent peut-être autre chose qu’une indignation face à une jeunesse statistiquement décevante. Comme une angoisse que ces futurs ex-jeunes fassent les bataillons puissants à venir du Front National en 2017 et pourquoi pas 2022, oubliant au passage de s’abstenir. Cette fois là, les promesses sur le permis de conduire à un euro ou l’allocation d’autonomie à deux balles ne serviront absolument à rien. On en vient presque à regretter qu’ils ne s’abstiennent pas comme ils le faisaient d’habitude, ces jeunes cons…

La guerre des œufs a bien eu lieu

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L’œuf traditionnel fait de la résistance. Malgré la déloyale concurrence des œufs durs industriels en tube, et autres tentatives fantaisistes de fabrication d’œufs carrés (bien plus aisés à transporter !) l’œuf classique ovoïdal issu de la poule, elle-même issue de l’œuf – se porte bien, et a un bel avenir. On le comprend bien chaque année à Pâques, en observant la fascination légèrement hystérique des enfants pour les œufs en chocolat…
On savait que cette célébration avait pour vocation d’enrichir grassement des boulangers-pâtissiers cupides dont l’un des seuls buts dans la vie est de vendre un maximum d’œufs de Pâques pour s’acheter des BMW à toit ouvrant ; on ne se doutait pas que cette fête pascale déclencherait un jour une impitoyable « guerre des œufs » dans la paisible ville de Villeneuve-le-Roi (Val-de-Marne)

Le Parisien nous rapporte en effet que deux candidats aux prochaines élections législatives (sur la même circonscription) ont organisé des distributions concurrentes d’œufs de Pâques et de friandises à destination des enfants de la commune. « La chasse aux œufs vire à la polémique » prévient le journaliste. « Hier pour la première fois, deux chasses aux œufs ont été organisées dans la ville. L’une, le matin, par le député-maire (UMP) sortant Didier Gonzalès. L’autre, l’après-midi, par le conseiller général (MRC) Daniel Guérin, qui sera suppléant du socialiste Régis Charbonnier pour les législatives ». A trop se focaliser sur les élections présidentielles on prend vraiment le risque de passer à côté de ce type de « coups » politiques magistraux, et si subtiles, que peuvent pondre les candidats au Parlement.

Président du parc du Grand Godet de Villeneuve, Daniel Guérin a « proposé une chasse aux œufs afin de mieux faire connaître ce lieu qui rayonne sur les trois communes de Villeneuve, Orly et Choisy. Comme par hasard, la municipalité de Villeneuve-le-Roi, qui n’avait jamais organisé une telle initiative, a annoncé le 2 avril, dans la précipitation, sa propre chasse le même jour. Le maire est coutumier de ce type de pratiques… » La tension est à son comble, les candidats sont résolus à ne pas mettre leurs œufs dans le même panier ; mais pour les petits villeneuvois et les petites villeneuvoises n’est-ce pas une belle initiation à la politique ? Après tout, n’ont-ils pas eu double ration de chocolat… ? Vivement que nous entrions dans le vif de la campagne des législatives, on va bien s’amuser.