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Insondables sondeurs

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Les sondeurs sont délectables avant les élections, ils peuvent aussi être fabuleux après. Et je ne vous raconte même pas leurs performances des entre-deux-tours. Ainsi les projections ultraprécises qu’ils nous servent pour la future assemblée laissent pantois quand on les regarde de près.

Un exemple : la plupart des instituts (et les médias affidés qui reproduisent aveuglément leurs camemberts prévisionnels) donnent entre 13 et 19 députés dans la future assemblée pour le Front de Gauche (entre 12 et 17 pour les plus pessimistes).

Je ne sais quel logiciel surpuissant les amène à ce pronostic. En revanche je sais qu’une simple lecture de l’Huma aurait pu les déciller. En effet, comme je l’ai signalé hier, nombre de sortants, ou de successeurs désignés de députés FDG sortants ont été doublés par leurs concurrents PS dimanche dernier. Sans chercher à dissimuler le problème, l’Huma en dresse très honnêtement la liste : Jean-Paul Lecoq en Seine-Maritime, Jean-Luc Lanouilh dans l’Aisne, Pierre Gosnat dans le Val-de-Marne, Michèle Picard dans le Rhône, Martine Billard à Paris, Jean-Pierre Brard et Patrick Braouezec en Seine-Saint-Denis ainsi que Roland Muzeau et Marie-Hélène Amiable dans les Hauts-de-Seine. Bien qu’en position de se maintenir pour la quasi-totalité d’entre eux, ils se sont tous retirés du second tour, en appelant à voter pour leurs challengers socialistes. Au total, donc, le FDG a déjà perdu neuf circonscriptions.

Restent donc en lice pour les circos où le FdG était sortant neuf candidats : François Asensi et Marie-George Buffet en Seine-Saint-Denis, Alain Bocquet, Marc Dolez et Jean-Jacques Candelier dans le Nord, Jacqueline Fraysse dans les Hauts-de-Seine, André Chassaigne dans le Puy-de-Dôme, Nicolas Sansu dans le Cher, et Gaby Charroux, dans les Bouches-du-Rhône. Sauf énorme séisme, ils devraient tous être élus ou réélus.

On leur adjoindra deux communistes qui représenteront l’ensemble de la gauche dimanche prochain : Patrice Carvalho dans l’Oise et Fabien Thiémé dans le Nord. Le premier n’a qu’une petite chance de l’emporter, mais il peut néanmoins créer la surprise à la faveur d’une triangulaire (il l’avait déjà fait, dans le même cas de figure en 1997). Quant au courageux Fabien Thiémé, il a certes mis Jean-Louis Borloo en ballotage à Valenciennes, mais l’écart est tel avec l’ancien ministre, que ses chances sont proches de zéro.

Le Front de Gauche ne présentera donc que onze candidats au second tour, et peut dans le meilleur des cas obtenir dix sièges dimanche soir. Comment obtenir 19 sièges ou même 13 avec 11 candidats ? Demandez-le donc à votre sondeur favori…

Et c’est ainsi que Philippe Meirieu est tout petit

Philippe Meirieu est un humain banal comme il en existe tant d’autres. Il a été équipé – comme la plupart des modèles standards – de quatre membres qu’il peut mouvoir indépendamment, et d’une tête qu’il peut dodeliner sans peine. Il a longtemps porté la moustache. Comme l’immense Georges Brassens, comme l’espiègle Frank Zappa, comme également François-Xavier Ajavon; et comme Tom Selleck, Salvador Dali, Guy de Maupassant, ZZ Top, Edwy Plenel (notre maître à tous !).

Philippe Meirieu est un humain banal, ordinaire, normal et rigolo. A un moment ou un autre de sa vie, il a certainement voulu changer d’atmosphère. Pour ainsi dire, il a vraisemblablement voulu gueuler « Help » dans un long-métrage des Beatles de 1964. Mais une bande de joyeux drilles ont mis sur pied un gueuloir bien achalandé…

Et on a pu lire des choses du genre : « Par-delà les crispations, anti-égalitaires et la capacité de faisabilité qui implique l’hétérogénéité, il faut dans l’intérêt des nouveaux publics donner un espace à toutes les transversalités des interlocuteurs de proximité. »

Ou encore : « Eu égard à la préoccupation didactique et le fait qu’il n’y a pas d’autre alternative, on se doit de mutualiser la somme des mutations obligées de savoir-faire et surtout de savoir-être. » Evidemment. D’ailleurs – et c’est une évidence – Philippe Meirieu n’existe pas. Ce n’est pas lui qui, bien qu’investi par les Verts et le PS et soutenu mordicus par Martine Aubry, a été écrabouillé avant-hier par les électeurs lyonnais. C’est un androïde géré par ordinateur, et toutes ses paroles viennent de ce logiciel.

Le problème est que son système d’exploitation n’a pas été mis à jour depuis 1973. Mais son passage du pédagogisme à la politique était courageux. S’il avait vraiment voulu s’enrichir – soyons francs – il aurait ouvert une pizzeria.

Atterrissage mouvementé pour Frédéric Lefebvre

Au grand magasin de la politique, les Français des Etats-Unis et du Canada ont choisi les grandes étiquettes. Avec 39.78% des voix pour Corinne Narassiguin, qui représente le Parti Socialiste, et 22.30% pour Frédéric Lefebvre, candidat officiel de l’UMP, le sur mesure local se porte mal. Comme lors de la présidentielle, c’est le MoDem et le Front National qui feront la différence. Selon une logique toute cinquième-républicaine et jacobine, les deux grands partis qui dominent la scène politique nationale se retrouvent au second tour. Au grand dam des seize autres candidats, les votants se sont davantage souciés de la politique française que de leurs intérêts locaux. « Je n’ai entendu parler de rien. De toute façon ici, c’est du démerde-toi tout seul. Ca va avec la philosophie des français qui ont choisi les Etats-Unis » dit Claire Lalique, vivant depuis 21 ans en Virginie, et qui a voté pour l’UMP. « Moi, je savais dès le départ pour qui voter. Je veux des députés qui aident François Hollande à faire passer ses idées », explique Philippe L., fonctionnaire a l’Ambassade de France à Ottawa, au Canada.

La plupart des Français des Etats-Unis et du Canada ont boudé les urnes : il y a eu 80% d’abstentionnistes au premier tour. Mauvais citoyens, les expats d’Amérique du Nord ? Paresseux, en tout cas, puisqu’ils ont consacré très peu de temps à lire les programmes des candidats. Mais pas tant que ça, quand on sait que le vote par internet est une aventure informatique qui en a dégoûté plus d’un – difficile de s’y retrouver avec des identifiants pas toujours envoyés à temps par la poste, et un processus de vote compliqué. Et la date avancée du premier tour des législatives, par rapport au vote dans la mère-patrie, a été une cause supplémentaire de confusion.

Corinne Narassiguin et son équipe ont aidé les votants potentiels à traverser cette jungle administrative. Cela a payé. Mademoiselle Narassiguin, est née à La Réunion il y a 37 ans, de parents de gauche. Elle est arrivée à New York en 2002 et occupe le poste de vice-présidente d’une société de la Citibank. De 2003 à 2009, elle a été la secrétaire de la branche new-yorkaise du PS et bénéficie depuis de l’appareil militant socialiste et de ses moyens.

Les moyens, l’UMP Frédéric Lefebvre les avait. L’étiquette aussi. Mais il s’est présenté comme un professionnel de la politique française, grâce à son expérience de ministre de Nicolas Sarkozy et d’ancien député des Hauts-de-Seine. Il lui manque pourtant la connaissance du terrain américain, critique à laquelle il objecte qu’il a « appris à marcher à New York ». Mais les candidats de droite comme de gauche ont vu arriver ce parachuté de Paris avec amusement- pour Corinne Narassiguin – et colère- pour les autres. Le PS, dans ses lettres aux électeurs, écrit qu’on n’est pas américain « par procuration”. “C’est comme si je me présentais en Chine!” s’exclame même Claire Savreux du Front National.

Les divisions de la droite ont mis l’UMP en difficulté. Mais elle se présente au second tour avec davantage de réserves de voix que les socialistes… à condition que les candidats malheureux de droite appellent à voter pour Lefebvre. Julien Balkany et Emile Servan-Schreiber, deux français expatriés qui savent comment on vit au quotidien en Amérique du Nord pour y être installés et y travailler depuis longtemps, ont réalisé les deux meilleurs scores de droite après Frédéric Lefebvre (respectivement 6.77% et 6.72%). Emile Servan-Schreiber appelle ses électeurs à rallier Frédéric Lefebvre. Julien Balkany, un dissident de l’UMP, a déclaré qu’il allait personnellement voter pour Frédéric Lefebvre, qu’il n’a du reste jamais pu rencontrer[1. M. Lefebvre n’a pas participé aux débats télévisés locaux, avait disparu pour le vote, et de toute façon, n’est pas encore inscrit sur les listes électorales des Français de l’étranger !]. Il n’a donc pas donné de claire consigne de vote à ses électeurs.

Quelles sont les préoccupations locales ? Pas de double imposition fiscale promettent tous deux Corinne Narassiguin et Frédéric Lefebvre. Le sujet brûlant, c’est l’éducation – et le sort des lycées français (publics) en particulier. L’augmentation des frais de scolarité conjuguée à l’accroissement du nombre de boursiers, met le système en péril. « Les socialistes veulent supprimer la gratuité pour les classes terminales de lycée. Je m’engage à modifier les conditions de l’attribution des bourses scolaires et à en alléger les démarches administratives » écrit Frédéric Lefebvre. De son côté, François Hollande s’est prononcé en faveur de la suppression de la gratuité et pour la mise en place d’un système de bourses en direction des plus démunis mais l’application de ce principe semble des plus compliquées.

Ce débat prouve que, contrairement à l’image d’Epinal des expatriés d’Amérique du Nord, tous sont loin d’être des nantis. D’abord, les chiffres et l’expérience montrent que si les exilés fiscaux sont légion en Suisse et dans le Benelux, le Français part en Amérique du Nord pour prendre des risques. Il y a des réussites, comme celle de trois français à Chicago avec l’Ecole Française de Pâtisserie qui forme, moyennant finance, 1000 élèves par an. Il y a aussi des échecs cuisants, « souvent parce que le voyage est mal préparé » explique Julien Balkany. Ainsi, le rêve américain d’un Français a tourné au cauchemar. Il ne savait pas qu’il fallait payer une assurance pour les frais de santé, il s’est cassé le col du fémur, et doit une somme colossale à l’hôpital. Il est rentré en France criblé de dettes, et sans carte vitale. Le cas des mères de famille françaises divorcées d’un Américain est encore plus douloureux. Quand elles n’ont aucune ressource, elles doivent choisir entre rester ici sans argent ou rentrer sans leurs enfants, les accords entre les deux pays stipulant que ceux-ci doivent légalement rester aux Etats-Unis.

Au Canada, où les français ont voté pour le PS à 46.48% (contre 34% aux Etats-Unis), la population française, plus jeune, est loin de ressembler à une classe de privilégiés. Les critères d’immigration y sont beaucoup plus sélectifs mais l’accès à la médecine et au logement s’avèrent largement plus abordables. Alors, Narassiguin ou Lefebvre ? L’issue de ce duel sera beaucoup plus suivie à Paris qu’aux Etats-Unis ou au Canada. Les expats’, anciens ou nouveaux, se soucient en effet beaucoup plus de leur avenir dans leur pays d’accueil que de leur passé dans celui qu’ils ont quitté.
 
*Photos : UMP Photos

Le sport, dernière illusion espagnole ?

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Le 25 mai dernier, la finale de la Coupe du Roi, l’un des moments forts du football espagnol, opposait l’Athletic de Bilbao au Barça. Les Basques contre les Catalans : cette année, c’était donc un peu comme si la Coupe du Roi échappait aux Espagnols. Aussi, prévoyant que l’hymne espagnol serait copieusement sifflé par les supporters des deux équipes, Esperanza Aguirre, la présidente, très à droite, de la région de Madrid, avait proposé que le match soit suspendu pour être joué plus tard à huis clos. De son côté, la fondation DENAES, qui réunit des nostalgiques du franquisme, décida de convoquer une marche « en défense du drapeau ». Finalement, avant le coup d’envoi, comme on pouvait s’y attendre, les supporters basques et catalans ne manquèrent pas de siffler l’hymne[1. On remarquera que ce sont les nationalismes intérieurs qui sifflent l’hymne en Espagne alors qu’en France, ce comportement est le fait de nationalismes extérieurs.]. La télévision espagnole tenta en vain de sauver les apparences, en augmentant le volume de l’hymne et en coupant les micros chargés de capter l’ambiance dans le stade. Mais le procédé était trop grossier pour faire illusion. Le mardi suivant, le ministre des Affaires Étrangères, José Manuel García-Margallo, revint sur cet épisode, en estimant que les sifflements contribuaient à affaiblir l’Espagne : « Je ne dirai pas qu’il y a un rapport direct entre la prime de risque et les sifflets, mais la fragilité de la nation est une chose que les marchés sentent bien ». Serait-ce donc à cause de cette finale de la Coupe du Roi que la prime de risque sur la dette espagnole a atteint le 30 mai un nouveau record, avec un taux à 10 ans à 6,6% ? Alors que l’économie espagnole n’en finit pas de donner des signes de faiblesse, et que les investisseurs craignent un effondrement du système bancaire, le gouvernement appelle à l’union sacrée et utilise le sport pour agiter l’étendard national.

Ce n’est pas nouveau, l’instrumentalisation du sport est un vieux procédé décrit par Pierre Milza : très tôt, les fascistes italiens avaient compris que le football permettait de rassembler « dans un espace propice à la mise en scène, des foules considérables; d’exercer sur celles-ci une forte pression et d’entretenir les pulsions nationalistes des masses »[2. Pierre Milza, « Le football italien », Vingtième Siècle, nº26, avril-juin 1990.]. En Espagne, c’est pendant la dictature du général Franco, alors que le Real Madrid était devenu l’équipe officielle du régime, que le Barça et l’Athletic de Bilbao devinrent, pour les Catalans et les Basques, une façon de revendiquer leur identité. Si le franquisme a bien sûr disparu, le football incarne toujours ces sentiments. L’Athletic de Bilbao continue de n’aligner que des joueurs basques : en demeurant imperméable aux flux internationaux de joueurs, il résiste à la mondialisation et protège son identité.

Vue de France, où l’on a l’odorat fort sensible, cette résurgence du nationalisme pourrait sembler nauséabonde. Or, en Espagne, il est plutôt naturel de revendiquer son identité. Il n’y a guère que les Indignés pour ne pas le faire : cette jeunesse mondialisée et poseuse est finalement trop bien pensante pour adhérer à l’idée de nation. Du coup, l’an dernier, le mouvement des Indignés avait rencontré moins d’écho à Bilbao ou Saint-Sébastien que dans le reste de l’Espagne : au Pays basque, en effet, c’est le sentiment national, et son corollaire indépendantiste, qui cristallisent tous les motifs de protestation et de revendication. De la même façon, le clivage gauche/droite est moins déterminant que celui qui oppose les partis espagnols aux partis basques : en 2009, alors qu’il ne représentait que 30% de l’électorat, le socialiste Patxi López est devenu lehendakari, c’est-à-dire chef du gouvernement basque, grâce à une alliance contre-nature avec les députés du Parti Populaire (droite). Les deux partis espagnols, rivaux à Madrid, privaient ainsi de pouvoir les nationalistes basques, qui avaient recueilli la majorité des suffrages malgré leurs divisions.

Et maintenant qu’ETA a déposé les armes, la crise économique est en train de faire évoluer le discours indépendantiste. La grève générale du 29 mars dernier, paralysant toute l’Espagne contre la réforme du droit du travail, fut en effet l’occasion pour les Basques, qui ont le sentiment d’avoir mieux géré leur région que beaucoup d’Espagnols, de revendiquer leur indépendance. Le message des affiches diffusées par la gauche nationaliste basque était explicite: « L’Espagne est notre ruine… Indépendance ! ». Le conflit basque deviendrait ainsi un conflit post-national, selon la définition qu’en donnent Laurent Davezies et Philippe Rekacewicz[3. Laurent Davezies et Philippe Rekacewicz. Régions contre États-nations, Le Monde Diplomatique, février 2004.] : « Les conflits post-nationaux sont le fait de régions, généralement riches et contributrices nettes aux budgets nationaux, qui souhaitent, en s’appuyant sur une identité régionale plus ou moins établie, couper ou réduire le lien national pour se libérer du « boulet » de la solidarité qu’il implique ». Dans ces conditions, alors que le Pays basque, avec un A+, est la région d’Espagne la mieux notée par l’agence Fitch, on peut penser que la mise en place des hispanobonos, ces obligations qui permettraient de mutualiser les dettes régionales, sur le modèle des eurobonds que François Hollande préconise à l’échelle européenne, pourrait être mal vécue et faire le jeu des indépendantistes.

Madrid a senti le danger et tente donc de raviver la flamme du nationalisme espagnol. C’est d’autant plus important que plusieurs scandales ont récemment éclaboussé la monarchie. Le 1er juin, soit une semaine après la finale de la Coupe du Roi, on célébrait en Espagne le jour des Forces armées. L’occasion, pour les journaux de droite, comme El Mundo, d’insister sur l’ovation que les militaires ont réservée au Roi. La Razón titrait sur un sondage qui indique que « les Espagnols ont confiance en l’Espagne ». Enfin, à la une du quotidien ABC, ce n’est pas par hasard si l’on retrouvait les déclarations du ministre de la Défense, Pedro Morenés Eulate, expliquant que « la normalité des cérémonies militaires au Pays basque est un critère essentiel ».

Mais le sentiment national espagnol ne se définit pas seulement par rapport aux nationalismes intérieurs, comme le catalan, le basque ou même le galicien : il s’est également construit en opposition aux autres nations européennes. Ainsi, la vieille querelle avec les Britanniques à propos de Gibraltar vient d’être ranimée, au prétexte que le prince Edward a annoncé qu’il visiterait le rocher, si bien qu’aucun représentant de la famille royale espagnole ne s’est rendu à Londres pour le jubilé de la reine Elizabeth II. Mais surtout, l’identité nationale espagnole s’est forgée par rapport à la France. On a encore pu le vérifier dernièrement, quand la condamnation pour dopage du cycliste Alberto Contador, en février dernier, a réveillé en Espagne un vieux sentiment anti-français. Un sketch des Guignols de l’Info, qui moquait les sportifs espagnols, avait en effet blessé l’orgueil national des Espagnols, si bien que la vice-présidente du gouvernement, Soraya Sáenz de Santamaría, s’était crue obligée de condamner ces « attaques », affirmant que le gouvernement « défendra l’authenticité des exploits des sportifs espagnols ».

En fait, le sentiment anti-français, entretenu par le nationalisme espagnol, est récurrent depuis la Révolution et l’Empire. La France, persuadée de sa supériorité et de son universalité, avait envahi l’Espagne en imaginant qu’elle pourrait lui apporter les acquis de sa Révolution. Depuis, les Français sont considérés comme d’arrogants donneurs de leçons. Le sketch des Guignols était donc inacceptable outre-Pyrénées et la résurgence de sentiments anti-français qu’il a entrainée fut particulièrement opportune au moment où le gouvernement espagnol, pour lutter contre un chômage qui touche un quart de la population active, préparait une réforme du droit du travail. Ainsi, dans une société menacée de désagrégation, sous l’effet des difficultés économiques et des revendications régionales, le sport est utilisé par Madrid comme le dernier ciment de son orgueil national blessé. Jusqu’à quand ?
 
*Photo : mitsurinho

Bouvet – Bourmeau : va y avoir du sport !

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Quel média choisiront en cette fin d’aprèm les amateurs de sports extrêmes ? Probablement pas France 2. On imagine que vers 18h, la finale entre le Serbe classieux et l’Espagnol stéroïdé aura bien fini par finir.

Ils pourraient, et c’est bien naturel, choisir de regarder France-Angleterre sur TF1. Mais est-ce bien raisonnable de risquer à tel point de finir la soirée triste, déçu et en plus soit anglophobe soit francophobe, selon son degré de lucidité ?

On ne vous parle même pas du volley sur Eurosport ou du hand sur Canal Sport qui n’intéressent personne, à l’exception des amateurs de beau jeu, donc heu, personne.

Les lecteurs du Causeur n’étant pas majoritairement, d’après un sondage Onion way, amateurs de skate en survet’ fluo, ni de BMX, ni de rollers (c’est particulièrement vérifié, pour cette dernière occurrence par un sondage OPIF auprès d’un échantillon représentatif de lecteurs de Philippe Muray), ils n’iront donc pas non plus se délecter sur les sites « dédiés » à la glisse djeunz.

Reste à 18h20, sur France-Culture, l’excellente émission Le grain à moudre animée par le sémillant Hervé Gardette. Je sais bien qu’a priori, on a tout à gagner à l’écouter tous les soirs du lundi au jeudi, mais peut-être ce soir là encore un peu plus. Le thème déjà : « Le vote FN traduit-il une « insécurité culturelle » des classes populaires ? »

Les invités ensuite : Sylvain Bourmeau, rédacteur en chef adjoint de Libération et 
Laurent Bouvet, professeur de science politique à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Nous ne dirons pas « Que le meilleur gagne », ce qui ne serait qu’une façon perverse de peser sur le débat, vu que le meilleur, on sait qui c’est. Et l’ignorantin arrogant de service, on sait aussi. Non, nous dirons simplement, sur un air de mes compatriotes ivryens de Silmarils : Va y avoir du sport…

PS : Personne n’est obligé de me croire quand je dis la vérité, et encore moins quand je raconte des conneries : en vrai, les footeux à conscience politique pourront podcaster l’émission quelque part par ici.

Réponse à Alain Soral

Monsieur Soral,

Je vous regarde toujours avec intérêt sur internet. Pas tellement pour comprendre l’Empire, ses maçons sodomites et ses américanos-sionistes, mais plutôt pour voir jusqu’où vous allez descendre.
Vous déclarez dans l’un de vos derniers communiqués que « tous les grands écrivains et les grands penseurs avant 1945 sont antisémites sauf Charles Péguy parce qu’il est mort jeune ». Je laisse à plus cultivés que moi le soin de nuancer vos propos et je pose une question : n’avez-vous pas trouvé là une formidable façon d’inciter une partie de notre jeunesse à se pencher sur la littérature ? Les professeurs de lettres qui s’échinent dans les ZEP devant des collégiens divers et rétifs pourraient vous citer, nous verrions alors des milliers d’élèves se plonger dans la lecture de Shakespeare ou de Stendhal à la recherche de personnages d’usuriers ou de maquereaux israélites. Cela risquerait-il de rendre ces jeunes des quartiers sensibles plus antisémites qu’ils ne le sont ? J’en doute, mais moins ignorants, on peut l’espérer et nous n’aurions pas tout perdu. Même si en d’autres temps, nos persécuteurs lisaient Goethe et écoutaient Wagner.

Mais vous-même n’avez rien contre les juifs et vous l’avez maintes fois prouvé. Ne craignez-vous pas que ce manque de discernement compromette votre carrière d’écrivain ? On vous a vu hier au côté d’un rabbin. Antisioniste certes mais tout ce qu’il y a de plus juif. Aujourd’hui, vous semblez intéressé par les propos d’un juif orthodoxe qui vous invite à faire le tri entre les vrais et les faux. Cela semble nouveau pour vous mais depuis trois mille ans, nous autres subissons ces crétins savants qui traitent les circoncis impies de faux juifs et de vrais idolâtres et appellent Dieu à punir les débauchés. Vous qui aimez les modes de vie traditionnels, vous devriez pouvoir vous entendre avec ces culs-bénits qui préfèrent la dhimmitude à la souveraineté, caillassent les mécréants et séparent les hommes des femmes dans les autobus. Mais attention. Si tous les grands penseurs sont antisémites, votre humanisme et vos nouveaux copains pourraient vous faire passer à coté de votre destin.

Vous affirmez également qu’ « Elisabeth Lévy est plus raciste que Marine le Pen.» Je ne connais pas Marine le Pen aussi bien que vous, mais je connais Elisabeth Lévy. Je me permets de vous détromper car je vous sais attaché à la vérité. Elisabeth Lévy n’est pas raciste, elle n’est même pas islamophobe, c’est dire si elle a un grand cœur. Elle pense par exemple que les hommes et les femmes qui immigrent peuvent parfaitement devenir français quelles que soient leurs ethnies ou leurs religions mais qu’il faut un peu d’exigence d’une part et un peu de bonne volonté de l’autre. Pour avoir souvent défendu cette conviction, elle est dénoncée comme raciste par des gens infiniment mieux pensants que vous. Parce que certains croient ces affirmations sans fondements mais récurrentes, il lui arrive d’être insultée dans la rue. Je n’aimerais pas qu’elle soit importunée un jour par des crétins qui croient Alain Soral sur parole.

Je veux également rectifier quelques autres de vos erreurs. Elisabeth Lévy ne vous a jamais fait virer d’émissions comme vous le prétendez. Nous savons que la chose se pratique mais le chantage n’est pas dans ses manières et sur les plateaux télé, elle ne craint personne. Elle ne s’est pas non plus réjouie quand une milice juive vous a agressé. Elle l’a condamné comme elle a condamné le saccage d’une librairie aux ouvrages pro-palestiniens, perdant au passage quelques lecteurs, ce qui, dans l’exercice artisanal de la plume que vous connaissez, est presque aussi dommageable que de perdre des amis. Je vous l’affirme, elle n’a jamais renoncé à l’idée qu’on ne cogne sur un idéologue qu’avec des arguments et rien d’autre. Vous ne manquez ni d’intégrité ni de courage, ayez l’honnêteté de les reconnaître chez vos adversaires quand vous en rencontrez, ce n’est pas si répandu. Sur ces faits, on vous aura mal renseigné. Vous voilà affranchi et donc en mesure, je veux le croire, de cesser ces calomnies.

J’ajouterai que je ne suis pas aussi généreux qu’Elisabeth. Je pense par exemple que les populations immigrées comptent un certain nombre d’individus aux comportements arriérés, parasites, hostiles et revanchards qui risquent de ne jamais devenir français, avec ou sans papiers. Suis-je raciste ? Je ne crois pas mais je vous laisse juge. Par contre, je suis sûrement islamophobe, comme devraient l’être tous les conservateurs en Occident et tous les progressistes du monde. Vous êtes bien islamophile, comme semblent l’avoir été d’authentiques nazis.
Alors je vous invite à un peu de retenue si l’envie vous reprend de jeter le nom d’une femme en pâture à l’hystérie antiraciste et puisque vous aimez désigner vos ennemis, la prochaine fois que vous aurez besoin de cracher sur un « sioniste haineux et raciste », comme vous dites, adressez-vous plutôt à moi.

L’effet Mélenchon ? Tchernobyl pour le PCF en ceinture rouge…

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Il sera bien temps dans quelques jours de disséquer le pourquoi et le comment de la défaite de Jean-Luc Mélenchon dans la circonscription d’Hénin-Beaumont. D’ici là, il faudra que « les bouches s’ouvrent », comme le disait autrefois un Pas-de-Calaisien célèbre, Maurice Thorez, l’homme qui parlait à l’oreille des prolos.

Il faudra raconter cette greffe qui ne pouvait pas prendre, cette campagne menée pour et par les médias, cette légère difficulté à vendre en zone ouvrière ravagée le mariage gay et la régularisation de tous les sans-papiers. Salauds de pauvres !

Cela dit, il est très exagéré d’écrire comme je l’ai lu un peu partout que JLM a été « écrasé » ou encore « balayé » voire « humilié » dans le Pas-de-Calais. La circo, rappelons-le, est socialiste depuis au moins l’époque de la Guerre froide et du hula hoop. Mélenchon y a accru significativement son score de la présidentielle et encore plus celui du PCF aux législatives de 2007. A l’arrivée, il ne rend que deux points au candidat PS. Il n’est donc pas passé loin d’un de ses objectifs, à savoir être en tête de la gauche au premier tour et affronter Marine Le Pen au second tour, ce qui aurait fait élire à coup sûr la présidente du FN et fingers in the nose, mais ça, c’est une autre histoire. Mélenchon n’est donc pas humilié : il a joué, il a perdu, et de peu. Dont acte.

Bref, l’honneur du Front de Gauche est sauf dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais. Restent les 576 autres. Et là, c’est carrément la cata. Car s’il y a eu un « Effet-Mélenchon», ce n’est pas du tout celui que l’on croyait. Fort de son score honorable le 21 avril, le PCF était persuadé de sauver pratiquement tous ses sortants, voire de récupérer certains de ses sièges dans les contrées autrefois rouges des périphéries urbaines ou des contreforts du Massif Central.

Rien de tout ça n’est arrivé. Pas de retour de balancier rural, tout d’abord : le PCF ne reviendra au second tour ni dans l’Allier, ni dans le Gard, ni dans la Haute-Vienne, ni dans la Loire, tous pays qui, il n’y a pas si longtemps, fournissaient de gros bataillons au groupe PCF. Exit donc veaux, vaches, cochons, reconquista…

Restaient donc les sortants. Et là c’est le carnage ! Toute une série de députés communistes supposément indéboulonnables ont été doublés par le PS dans ce qu’on appelait autrefois la ceinture rouge, un terme qui devrait être écrit au pluriel, puisqu’il concernait encore Lyon en 2007 avec André Gerin (qui ne se représentait pas à Vénissieux), et il n’y a pas si longtemps Rouen, Saint Etienne, Grenoble voire Marseille, Amiens ou Le Havre, trois villes où « la banlieue » est incluse dans les limites de la commune.

Et là, partout ou presque, c’est un véritable Tchernobyl qui arase le PCF, y compris dans des circos tenues par la gauche de fer depuis le Congrès de Tours, voire depuis Jules Guesde. Le PS est passé en tête de la gauche à Saint-Denis, à Gennevilliers, à Malakoff, à Montreuil, à Ivry (chez moi !), à Amiens-Nord, dans l’ex-circo de Maxime Gremetz, (le seul ouvrier PCF présent à l’Assemblée, que le groupe communiste avait jugé bon d’exclure de ses rangs pour une broutille). Même cata à Vénissieux et au Havre. Bingo !

En revanche, les trois députés FdG périurbains du Nord sauvent leur têtes (Spéciale dédicace à Jérome Leroy), idem pour ceux des Bouches-du-Rhône, du Cher, et last but not least, pour André Chassaigne, qui arrive premier dans un fauteuil dans sa circo du Puy-de-Dôme. Or s’il est un communiste qui incarne l’antimélenchonisme, c’est bien lui : il y a un an, Chassaigne avait été candidat malheureux à la candidature contre l’homme à la cravate et aux colères rouges.

Alors comment peut-on expliquer cette contreperformance ? En vérité, seule une analyse fine, bureau par bureau, pourrait étayer un semblant de théorie d’ensemble. Hasardons néanmoins quelques faits, et quelques hypothèses plus ou moins plausibles. Les faits tout d’abord, primo, on l’a déjà dit, les élus périurbains (ceux qui s’appuient sur un réseau de maires communistes de villes de 500 à 5000 habitants) résistent beaucoup mieux que leurs camarades banlieusards. Secundo la sanction frappe indifféremment tout type d’élus PCF, les bons (Marie-Hélène Amiable dans le 9/2, ou Pierre Gosnat chez moi) comme ceux usés jusqu’à la corde, voire totalement décrédibilisés tel Jean-Pierre Brard à Montreuil écrabouillé sans gloire par mon ami Razzy Hamadi. Tous, à part Brard, ont été battus par des candidats au charisme moléculaire ou par d’illustres inconnus pourvus d’une rose autour du cou, et tous n’ont rien vu venir, comme Roland Muzeau à Gennevilliers ou Patrick Braouzec[1. Dans le cas de Braouzec, c’est la Bérézina à deux boules : non seulement il perd son siège à l’Assemblée, mais aussi son prévisible strapontin au gouvernement Ayrault II, où il se voyait déjà Ministre de la Ville. Too bad…] à Saint-Denis, lesquels peuvent déjà commencer à se faire du souci pour les prochaines municipales.

Autre piste de travail, celle qu’on avait déjà décelée à l’occasion du premier tour de la présidentielle, la fuite d’une partie du cœur de l’électorat tradi du PCF (ouvriers, employés, et aussi petits retraités issus de ces métiers[2. Petits retraités de gauche invisibles et qu’on oublie donc trop souvent, mais qui, curieusement, ont le droit de vote.]) vers François Hollande. Une fois passée la présidentielle, ce petit peuple viscéralement attaché à la VF de la common decency aurait sans doute pu revenir vers l’élu PCF sortant, comme il le fait souvent à chaque législative, cantonale ou municipale. Sauf qu’en ce printemps 2012, l’image rassurante du bon gestionnaire PCF, rassembleur et incarnant toute la gauche et avec ça modeste, proche des gens et toujours enclin à rendre service a été occultée, voire dégradée par les éructations du coupeur de tête virtuel Mélenchon. Et voilà comment les caissières de chez Dia, les ajusteurs CGT et les veuves à minimum vieillesse ont préféré le fleuve tranquille hollandien au torrent FdGiste. Mauvaise pioche.

Je parlais tout à l’heure d’analyse bureau par bureau : elle sera totalement indispensable pour voir s’il a existé, ou non, dans les « territoires perdus de la république » un vote populaire immigré et donc, c’est dit, paramusulman ou pseudomusulman. Un vote immigré privilégiant un PS jugé somme toute fréquentable vis-à-vis d’un PCF perçu fantasmatiquement comme impie, féministe et envahisseur d’Afghanistan. Auquel cas le discours de Mélenchon à Marseille aura fait des ravages bien au-delà d’Hénin-Beaumont. Non seulement le FdG aura payé cher chez les prolos « souchiens » ses positions extrémistes sur les sans-papiers, mais en plus, il n’est pas à exclure qu’il n’en ait même pas récolté les dividendes chez leurs cousins « issus de la diversité », ne serait-ce que parce que les immigrés devenus citoyens français et leurs enfants savent qu’ils seraient, sur le marché du travail, les premières victimes d’une régularisation générale.

Le plus étrange, en apparence, dans tout cela est que le FdG à 7%, améliore sensiblement les 4% et quelques obtenus aux législatives par le PCF en 2002 et 2007. En négligeant la réalité de l’effet répulsif mélenchonien et en courant après une fausse deuxième jeunesse que lui injecterait l’électorat bobo[3. Chez moi, cet adjectif relève de la sociologie sauvage et non de l’insulte. J’adore les sashimis, les films des frères Coen et Philippe Katerine, je n’ai pas regardé le JT de TF1 ou de France2 depuis 20 ans, je pense qu’on devrait déchoir Luc Besson, M. Pokora et Arthur de la nationalité française pour crime contre le bon goût, je trouve que Frédéric Mitterrand était un chouette ministre de la Culture, tout comme l’est sa successeuse, bref, je suis moi-même un bobo archétypal et fier de l’être.], en n’étudiant même pas la possibilité d’un accord avec le PS du type de celui qui a si bien réussi aux Verts, le parti des travailleurs a lâché la proie pour l’ombre. Puisse-t-il au moins l’admettre[4. Ce que le placide, goguenard et subtil secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a sans doute déjà fait en son for intérieur…], à défaut de le reconnaître publiquement, et il y a des chances que cette catastrophe n’en appelle pas d’autres[5. La question de l’existence ou non d’un groupe FdG à l’Assemblée -qui passionne tous mes confrères incapables de lire des résultats avant qu’un quotidien du soir ne leur explique- n’a pas été posée ici, parce que même avec seulement onze ou douze députés « pur sucre » il y aura, sauf immense surprise, un groupe FdG grâce à l’appoint de députés Divers Gauche de métropole et d’Outremer. Les paris sont pris…].

Législatives : nette victoire de l’abstention

Véritable colonne vertébrale de la Ve république, l’élection présidentielle semble plus que jamais contestée par certaines élites, sinon dans son existence – après Mendès-France ou Pierre Joxe, Montebourg se fit un nom, jadis, en proposant sa suppression pure et simple -, du moins dans sa valeur. Au regard du principe démocratique, elle ne serait nullement supérieure aux élections législatives, qui visent elles aussi à donner des représentants à la nation. On comprend ce que cache une telle assertion : en plaçant ces deux élections à égalité, on en vient logiquement à mettre sur le même niveau le Président et les députés : la légitimité de ces derniers serait équivalente à celle du Chef de l’Etat ; au moins équivalente, si l’on considère la méfiance profonde que la « Tradition républicaine » a toujours éprouvé pour une élection présidentielle qu’elle accuse d’être lourde de dérives plébiscitaires. Ainsi, les deux élections ayant la même valeur, plus rien ne justifie la suprématie institutionnelle du Président – cet archaïsme indéfendable qui ferait de la France la risée des Etats civilisés. Conservons donc l’élection présidentielle, puisque les Français y tiennent, dit-on : mais normalisons le Président en lui retirant ses prérogatives, et en les confiant à un Premier ministre responsable devant le Parlement, comme c’est le cas au Portugal, en Autriche ou en Finlande… En bref, maintenons le folklore pour leur faire plaisir, mais soyons sérieux, et rendons au Parlement le pouvoir qui ne lui a échappé, en 1958, qu’à la suite d’une série de hasards malencontreux.

Le discours consistant à mettre sur un pied d’égalité l’élection présidentielle et les législatives a donc pour but avoué de défaire ce qui constitue l’essentiel de la Ve république – au nom d’une idéologie parlementariste présentée comme ultramoderne, alors qu’elle paraissait déjà poussiéreuse à Georges Clémenceau ou à Raymond Poincaré.

Le problème, c’est qu’en réalité, ces deux élections n’ont évidemment pas la même valeur. Et ce, pour une raison très simple, qui est que le président de la République est le seul à être élu par le peuple tout entier – alors que le résultat des législatives dépend largement des modalités du découpage électoral, des déséquilibres démographiques, des alliances entre partis, de questions de lieux et de personnes, bref, des innombrables considérations locales, politiciennes ou conjoncturelles qui président à la désignation des 577 membres de l’Assemblée nationale. Une différence de valeur et d’importance, non seulement en soi, de par leur nature, mais aussi – et cela n’est pas rien dans un système qui se veut démocratique -, aux yeux des Français eux-mêmes ? C’est ce que vient de démontrer à nouveau, à l’issue du premier tour des nouvelles élections législatives, un taux de participation qui, inférieur à 58%, est non seulement historiquement bas, se situant dans une inexorable dynamique de dégradation (on était à 60, 4% en 2007, à 64, 4% en 2002, à 67, 9% en 1997, etc.) , mais qui contraste avec les (insolents) 79,48 % de participation du premier tour de la présidentielle…

Or, ce phénomène n’a rien de fortuit : il suffit de reprendre les chiffres des diverses consultations électorales pour constater qu’il existe un lien très étroit entre le niveau de participation et l’importance que les électeurs prêtent à l’élection en question. C’est ainsi, par exemple, que les Français ont peu à peu compris que les élections au Parlement européen, initialement présentées comme capitales, n’avaient en réalité qu’une incidence réduite sur le fonctionnement de l’énorme machine bruxelloise, où l’essentiel des décisions dépend du Conseil et de la Commission. De là, un déclin constant du taux de participation, passant de 60, 7% en 1979 à 40, 6% en 2009.

Pour ce qui est des législatives, on constate que dans les premières décennies de la Ve république, celles-ci font jeu égal avec l’élection présidentielle, à un niveau élevé sans doute dû à l’habitude acquise sous les républiques précédentes, du temps de la souveraineté de l’Assemblée. Mais à partir des années 1970-1980, la différence se creuse, passant progressivement de 10 points (en 1981, on enregistre 85 % au second tour de l’élection présidentielle, contre 75 % au second tour des législatives) à plus de 20 points de différence (en 2007, toujours au second tour, on est à 83, 9% contre 59, 9%). Malgré le discours de politiques qui ne cessent de réclamer la revalorisation du parlement, les Français considèrent de plus en plus l’élection présidentielle comme la seule réellement significative, les autres consultations nationales leur apparaissant comme accessoires, presque subsidiaires – au point que beaucoup estiment qu’elles pourraient être purement et simplement couplées avec l’élection du chef de l’État.

Et telle est sans doute la grande leçon que l’on peut tirer du taux de participation de ce premier tour. Pour les Français, les législatives ne valent décidément pas (ou plus) l’élection présidentielle, promue au rang de fête majeure, sinon unique, du calendrier républicain. Ce faisant, les abstentionnistes viennent, sans le savoir, de balayer les espoirs des partisans d’une VIème « déprésidentialisée », et de conforter la « monarchie républicaine » établie par le général De Gaulle. Comme le dit la sagesse populaire, il arrive que le diable porte pierre…

En Afghanistan, les djihadistes n’ont pas tué au hasard

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Les quatre soldats français, dont trois sous-officiers, tués samedi en Kapisa n’appartenaient pas aux « troupes combattantes » dans la nouvelle acception chère à François Hollande. Ces hommes avaient pour mission d’assurer les relations avec la population de la Kapisa. Il s’agit de ce que l’armée française appelle une « équipe tactique d’opérations militaires et d’influence » ou « Etomi », chargée du contact avec la population et surtout avec les notables locaux. La mission des Etomi est d’anticiper et de désamorcer, à travers leur médiation, les éventuels conflits entres les militaires étrangers et la population mais aussi bien évidement de recueillir des renseignements. La « monnaie d’échange » est l’aide au développement, domaine de compétences du gradé le plus expérimenté parmi les victimes de l’attentat suicide de Nijrab, l’Adjudant-chef Thierry Serrat.

Le rôle de ce militaire de 46 ans, engagé depuis l’âge de 18 ans, était de voir avec les notables quels moyens l’armée française pouvait affecter à des microprojets dans l’agriculture, le bâtiment, les infrastructures collectives. Le fait que l’Adjudant-chef Thierry Serrat et ses camarades ne soient pas venus en « combattants », sans doute connu des Talibans, ne les a pas empêchés de les tuer. On peut même supposer que ce genre de missions visant à gagner les cœurs des populations, est, du point de vue des Talibans, encore plus menaçant.

Bref, laisser en Afghanistan de gentils spécialistes de l’irrigation et des travaux publics ne nous épargnera malheureusement, d’autres victimes à déplorer. En Afghanistan, on peut défendre la décision de rester ou soutenir celle appelant à partir. Mais on ne peut pas comprendre la position appelant à y rester à moitié…

L’infamie queer dénoncée par une femme

Personne ne dit encore, quand un enfant vient de naître : « c’est un enfant ! ». Non, grâce à Dieu, tout le monde, même dans la famille de Judith Butler, dit : « c’est un garçon » ou : « c’est une fille ». Tout le monde, même l’oncle transsexuel ou la belle-sœur féministe, commence par désigner le sexe, c’est-à-dire ce qui va constituer le destin de l’individu. C’est que la distinction sexuelle est le trait fondamental, pour ne pas dire fondateur, de l’humanité. On peut avoir la manie trop humaine de l’interprétation et croire que tout est social, il n’empêche que devant la vie, la mort et la sexualité (on pourrait rajouter l’art), nous réagissons d’abord comme des êtres vivants – c’est-à-dire comme des créatures de Dieu (que nous y croyons ou pas) qui constatent qu’entre un pénis et un utérus la différence est physique, donc métaphysique. Un peu comme le végétarisme et autres aberrations socioculturelles, les conneries queer arriveront bien après.

Et ce sont celles-ci que Nancy Huston, dans Reflets dans un œil d’homme (qui aurait tout aussi bien pu s’appeler « Traité élémentaire d’humanité »), un livre qui n’a pas encore été dénoncé par la Halde ou Act Up, a décidé de fouetter. A l’heure où l’enseignement du négationnisme des sexes qu’on appelle la « théorie du genre » fait son apparition en classe de 1ère, il n’est pas inutile de rappeler que la vie est hétérosexuelle par nature, que le social est toujours une émanation du naturel et que la séduction a toujours été et sera toujours une question de reproduction – et cela, quel que soit l’anathème que suscite ce constat chez les Occidentaux depuis un demi-siècle. Oui, même quand on a le goût de la partouze ou de la sodomie, ou qu’on se rend à une soirée des préservatifs plein les poches, on pense encore à engendrer. « Les hommes qui fréquentent des boîtes de nuit avec lap dancers, ces jeunes danseuses quasi nues qui viennent se trémousser sur leurs genoux, seraient étonnés d’apprendre qu’ils donnent dix fois plus de pourboire aux filles en période ovulatoire. » La fécondité, élément essentiel du sex-appeal. Même s’ils ne veulent pas d’enfants, hommes et femmes sont naturellement plus attirés par ceux et celles qui peuvent en avoir que par ceux et celles qui ne le peuvent pas – et c’est pourquoi la vasectomie, cette opération pourtant si efficace et si égalitaire qui permet aux hommes de faire l’amour sans risque d’enfanter, est fort peu prisée par les un(e)s et les autres. L’infertilité casse le fantasme. Même Don Juan a besoin de savoir que son sperme est porteur de vie. Mince, alors !

Et si les hommes s’habillent sobrement, ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas en compétition sur le plan vestimentaire comme les femmes le sont entre elles, mais parce que… les femmes valorisent cette sobriété ! Le costard cravate, ça fait sérieux, protecteur, paternel. Ca fait époux (ou gendre) idéal. Au contraire, un homme qui s’habille de manière trop voyante fera volage ou tapette et de fait sera beaucoup moins excitant pour le vouloir vivre féminin. En vérité, le veston bleu terne a sur ces dames un effet aphrodisiaque.

Ce qu’ont oublié les individus est que l’espèce est la première pulsion de l’individu. S’il y a identité des sexes ce n’est pas, comme le pensent les égalitaristes sociopathes, dans le droit, pour chaque sexe, de se définir ou de se nier comme il l’entend, mais bien dans le désir de se reproduire à tout prix – que celui-ci prenne le mode masculin de « la baise » ou féminin de « l’amour ». Nul n’échappe au vouloir-vivre même s’il fait le choix de s’opposer à ce dernier parce qu’il a mal vécu, à cause d’une mère abusive ou d’un père absent (ou le contraire, ou les deux), ses premiers pas dans la vie. « Au sortir d’une enfance vécue sous l’autorité d’une femme, l’homme regarde le corps féminin avec ambivalence, en le désirant et en le redoutant, en le jalousant et en le détestant ». De toute façon, « l’ambivalence fait l’humanité, fait l’art ». L’ambivalence, c’est-à-dire la blessure, la coupure ontologique, le fait que ce cela soit la femme qui donne la vie et a par conséquent le souci du dedans – et non pas l’homme qui se contente de décharger et a plutôt le besoin du dehors. Dès lors, certains auront le désir d’exprimer cette blessure (art), de la reconnaître comme première réalité ontologique (religion), ou de la corriger (droit), sinon de la supprimer (théorie du genre).

Tout commence avec les Stoïciens et les Chrétiens qui inventent chacun à leur manière la notion de « l’individu », ce que Nancy Huston appelle plaisamment « le malin ». Le malin individu qui s’arrache à la nature et affirme sa souveraineté. Mais qui dit « individu » dit « égalité », qui dit « souveraineté » dit « ipséité ». D’abord réservée à une élite, l’individualité devient au fil des siècles l’affaire de tous puis de… toutes. « C’est parce que les humains sont devenus affamés d’égalité qu’éclatent, à l’âge moderne, de graves conflits entre les sexes. » De plus, il ne s’agit plus de se définir par et dans l’altérité comme dans la pensée classique mais bien par et dans l’ipséité : Dieu est mort depuis longtemps et les données biologiques ne sont plus. C’est moi et seulement moi qui choisis à tout moment ce que je suis quels que soient mon sexe, mon âge et mon poids. Je peux être une jolie fille de 25 ans même si je suis biologiquement un gros lard de 52 – et ne me dites pas que c’est un fantasme sinon je vous fais un procès ! Mon désir, c’est mon réel.

Le queer ou la gauche sexuelle contre le réel. En fait, des libertins libertaires qui se révèlent bien pires que les moines et les bonnes sœurs d’antan dans leur révisionnisme génétique, leur négation du substrat biologique, leur refus mortifère de l’engendrement. Tant pis pour eux. Comme le dit Huston, « ils peuvent s’amuser comme ils veulent, que ce soit par l’abstinence ou le fist-fucking ; l’espèce s’en moque car ceux qui la narguent disparaissent sans laisser de trace. » Alors que les hommes et les femmes qui savent que les hommes et les femmes ne sont ni identiques ni symétriques restent et transmettent.

Evidemment, pas question pour celle qui disait un jour qu’elle regrettait moins son féminisme que son gauchisme, de nier la condition toujours problématique des femmes. Que ces dernières soient aliénées aux talibans ou à « la burqa de chair » et au « harem de la taille 38 » de l’Occident, elles apparaissent toujours dépendantes du regard érotique et génétique qu’ont les hommes, puis elles-mêmes, sur elles – et l’on pourra lire ces magnifiques Reflets comme une biographie symbolique de toutes les femmes, à commencer par celle de l’auteur- sans e lui-même. Chronique de la petite fille qui apprend très tôt à se dédoubler, à se voir faire les choses, à se voir être vue, à se définir comme image. Chronique de l’adolescente qui se demande si on l’aime pour elle ou pour son corps – reprenant à son insu et tout naturellement la vieille dualité corps / esprit que l’on avait cru abolir depuis des lustres. Chronique du narcissisme féminin si moqué alors que celui-ci relève toujours d’une politique du désespoir. On se mire pour ne pas se suicider. On se rend au bal tout en pensant au viol et à la grossesse qui menacent perpétuellement – et font qu’il n’y a pas et qu’il ne peut y avoir d’égalité entre les sexes. C’est l’erreur des idéologues de croire que les lois remplacent le réel alors qu’elles ne font que le prévenir et qu’il n’y a jamais de risque zéro. Le devoir-être ne saurait être confondu avec l’être.

C’est là que le queer apparaît comme ce que l’on a pensé de plus irresponsable et de plus méprisant pour les femmes. « Si l’on décrète l’indifférence des sexes, comment faire pour penser ces plaies, sans même parler de les panser ? » Comme toutes les théories totalitaires, la théorie du genre pense moins à protéger les êtres humains d’eux-mêmes qu’à les transformer. Pour les « genristes » en effet : pas de genre = pas de trouble = pas de viol = pas besoin de protéger les femmes (« vas-y ma chérie, balade-toi toute seule sur la 42 ème Rue à trois heures du matin, et, si jamais quelqu’un essaie de t’embêter, dis-lui que tu as choisi d’être un homme »). Sous prétexte que les nazis avaient décrété le tout nature, les contemporains ont fui dans le tout culture, ne se rendant pas compte qu’en procédant ainsi ils aboutissaient à un déni d’humanité. C’est comme si l’on décrétait que le feu ne brûle ou que l’eau ne mouille que si l’on veut qu’il brûle ou qu’elle mouille mais qu’ils peuvent faire bien autre chose. Le queer comme ce qui a déclaré la guerre à l’élémentaire – et au bon sens. Le queer comme ce qui rejette Darwin (comme le créationnisme, tiens !) en refusant absolument de placer l’humain dans la continuité biologique, donc sexuée, de l’animal. Le queer comme ce qui ne croit qu’à la seule volonté humaine anti-anatomique. Le queer comme ce qui veut abolir le sexe au nom de la plasticité humaine. Le queer comme ce qui a fait du sexe le premier tabou de la postmodernité.

Le pire est que la France vient officiellement d’adopter ce nouveau tabou. Au contraire des Américains qui n’ont jamais permis que le créationnisme ou que l’ « intelligent design » (l’idée qu’une entité supérieure, extra-terrestre ou divine, ait présidé à l’élaboration des espèces et ait privilégié la nôtre) soit enseigné dans leurs écoles, les Français ont permis depuis l’an dernier que la théorie du genre le soit dans les leurs. Et c’est pourquoi un lycéen peut désormais lire dans son manuel de SVT des Editions Hachette que si « Le sexe biologique nous identifie mâle et femelle, ce n’est pas pour autant que nous nous pouvons nous qualifier de masculin ou de féminin. » L’unisexe a remplacé l’uniforme. Hélas, les hormones, comme les faits, sont têtues.

Le paradoxe, et au fond la meilleure contradiction à cette idéologie qui n’est rien d’autre qu’un puritanisme underground, est qu’homosexuels, transsexuels et autres transhumains baroques affirment pleinement l’ancienne, l’horrible, la judéo-chrétienne distinction sexuelle – chacun ou chacune faisant parfaitement la différence entre ce qui les attire ou non. Si une lesbienne ne veut pas de mec dans son lit ou si un homme veut s’habiller en femme, c’est bien que l’un et l’autre se sentent contrariés dans leur sexe originel et destinal et parce que l’un n’est justement pas l’autre. « De même, si l’on subit une intervention chirurgicale pour changer de sexe, c’est forcément parce qu’on trouve que ce n’est pas kif-kif ». L’individu qui désire son sexe ou qui veut devenir l’autre sexe est encore plus obsédé par la distinction sexuelle que celui qui s’en tient au sien et est attiré par l’autre. Comme l’affirmait de toute éternité la pensée classique, c’est l’identité qui provoque la différence, c’est la singularité qui entérine la norme. La distinction est tragique mais l’indistinction est néant. Et c’est au néant que conduit la théorie queer, cette trisomie appliquée à la sexualité. Et pour l’avoir dit de manière si lumineuse, on vous rend grâce, Nancy Huston.

Nancy Huston, Reflets dans un œil d’homme, Actes sud, mai 2012.

Insondables sondeurs

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Les sondeurs sont délectables avant les élections, ils peuvent aussi être fabuleux après. Et je ne vous raconte même pas leurs performances des entre-deux-tours. Ainsi les projections ultraprécises qu’ils nous servent pour la future assemblée laissent pantois quand on les regarde de près.

Un exemple : la plupart des instituts (et les médias affidés qui reproduisent aveuglément leurs camemberts prévisionnels) donnent entre 13 et 19 députés dans la future assemblée pour le Front de Gauche (entre 12 et 17 pour les plus pessimistes).

Je ne sais quel logiciel surpuissant les amène à ce pronostic. En revanche je sais qu’une simple lecture de l’Huma aurait pu les déciller. En effet, comme je l’ai signalé hier, nombre de sortants, ou de successeurs désignés de députés FDG sortants ont été doublés par leurs concurrents PS dimanche dernier. Sans chercher à dissimuler le problème, l’Huma en dresse très honnêtement la liste : Jean-Paul Lecoq en Seine-Maritime, Jean-Luc Lanouilh dans l’Aisne, Pierre Gosnat dans le Val-de-Marne, Michèle Picard dans le Rhône, Martine Billard à Paris, Jean-Pierre Brard et Patrick Braouezec en Seine-Saint-Denis ainsi que Roland Muzeau et Marie-Hélène Amiable dans les Hauts-de-Seine. Bien qu’en position de se maintenir pour la quasi-totalité d’entre eux, ils se sont tous retirés du second tour, en appelant à voter pour leurs challengers socialistes. Au total, donc, le FDG a déjà perdu neuf circonscriptions.

Restent donc en lice pour les circos où le FdG était sortant neuf candidats : François Asensi et Marie-George Buffet en Seine-Saint-Denis, Alain Bocquet, Marc Dolez et Jean-Jacques Candelier dans le Nord, Jacqueline Fraysse dans les Hauts-de-Seine, André Chassaigne dans le Puy-de-Dôme, Nicolas Sansu dans le Cher, et Gaby Charroux, dans les Bouches-du-Rhône. Sauf énorme séisme, ils devraient tous être élus ou réélus.

On leur adjoindra deux communistes qui représenteront l’ensemble de la gauche dimanche prochain : Patrice Carvalho dans l’Oise et Fabien Thiémé dans le Nord. Le premier n’a qu’une petite chance de l’emporter, mais il peut néanmoins créer la surprise à la faveur d’une triangulaire (il l’avait déjà fait, dans le même cas de figure en 1997). Quant au courageux Fabien Thiémé, il a certes mis Jean-Louis Borloo en ballotage à Valenciennes, mais l’écart est tel avec l’ancien ministre, que ses chances sont proches de zéro.

Le Front de Gauche ne présentera donc que onze candidats au second tour, et peut dans le meilleur des cas obtenir dix sièges dimanche soir. Comment obtenir 19 sièges ou même 13 avec 11 candidats ? Demandez-le donc à votre sondeur favori…

Et c’est ainsi que Philippe Meirieu est tout petit

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Philippe Meirieu est un humain banal comme il en existe tant d’autres. Il a été équipé – comme la plupart des modèles standards – de quatre membres qu’il peut mouvoir indépendamment, et d’une tête qu’il peut dodeliner sans peine. Il a longtemps porté la moustache. Comme l’immense Georges Brassens, comme l’espiègle Frank Zappa, comme également François-Xavier Ajavon; et comme Tom Selleck, Salvador Dali, Guy de Maupassant, ZZ Top, Edwy Plenel (notre maître à tous !).

Philippe Meirieu est un humain banal, ordinaire, normal et rigolo. A un moment ou un autre de sa vie, il a certainement voulu changer d’atmosphère. Pour ainsi dire, il a vraisemblablement voulu gueuler « Help » dans un long-métrage des Beatles de 1964. Mais une bande de joyeux drilles ont mis sur pied un gueuloir bien achalandé…

Et on a pu lire des choses du genre : « Par-delà les crispations, anti-égalitaires et la capacité de faisabilité qui implique l’hétérogénéité, il faut dans l’intérêt des nouveaux publics donner un espace à toutes les transversalités des interlocuteurs de proximité. »

Ou encore : « Eu égard à la préoccupation didactique et le fait qu’il n’y a pas d’autre alternative, on se doit de mutualiser la somme des mutations obligées de savoir-faire et surtout de savoir-être. » Evidemment. D’ailleurs – et c’est une évidence – Philippe Meirieu n’existe pas. Ce n’est pas lui qui, bien qu’investi par les Verts et le PS et soutenu mordicus par Martine Aubry, a été écrabouillé avant-hier par les électeurs lyonnais. C’est un androïde géré par ordinateur, et toutes ses paroles viennent de ce logiciel.

Le problème est que son système d’exploitation n’a pas été mis à jour depuis 1973. Mais son passage du pédagogisme à la politique était courageux. S’il avait vraiment voulu s’enrichir – soyons francs – il aurait ouvert une pizzeria.

Atterrissage mouvementé pour Frédéric Lefebvre

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Au grand magasin de la politique, les Français des Etats-Unis et du Canada ont choisi les grandes étiquettes. Avec 39.78% des voix pour Corinne Narassiguin, qui représente le Parti Socialiste, et 22.30% pour Frédéric Lefebvre, candidat officiel de l’UMP, le sur mesure local se porte mal. Comme lors de la présidentielle, c’est le MoDem et le Front National qui feront la différence. Selon une logique toute cinquième-républicaine et jacobine, les deux grands partis qui dominent la scène politique nationale se retrouvent au second tour. Au grand dam des seize autres candidats, les votants se sont davantage souciés de la politique française que de leurs intérêts locaux. « Je n’ai entendu parler de rien. De toute façon ici, c’est du démerde-toi tout seul. Ca va avec la philosophie des français qui ont choisi les Etats-Unis » dit Claire Lalique, vivant depuis 21 ans en Virginie, et qui a voté pour l’UMP. « Moi, je savais dès le départ pour qui voter. Je veux des députés qui aident François Hollande à faire passer ses idées », explique Philippe L., fonctionnaire a l’Ambassade de France à Ottawa, au Canada.

La plupart des Français des Etats-Unis et du Canada ont boudé les urnes : il y a eu 80% d’abstentionnistes au premier tour. Mauvais citoyens, les expats d’Amérique du Nord ? Paresseux, en tout cas, puisqu’ils ont consacré très peu de temps à lire les programmes des candidats. Mais pas tant que ça, quand on sait que le vote par internet est une aventure informatique qui en a dégoûté plus d’un – difficile de s’y retrouver avec des identifiants pas toujours envoyés à temps par la poste, et un processus de vote compliqué. Et la date avancée du premier tour des législatives, par rapport au vote dans la mère-patrie, a été une cause supplémentaire de confusion.

Corinne Narassiguin et son équipe ont aidé les votants potentiels à traverser cette jungle administrative. Cela a payé. Mademoiselle Narassiguin, est née à La Réunion il y a 37 ans, de parents de gauche. Elle est arrivée à New York en 2002 et occupe le poste de vice-présidente d’une société de la Citibank. De 2003 à 2009, elle a été la secrétaire de la branche new-yorkaise du PS et bénéficie depuis de l’appareil militant socialiste et de ses moyens.

Les moyens, l’UMP Frédéric Lefebvre les avait. L’étiquette aussi. Mais il s’est présenté comme un professionnel de la politique française, grâce à son expérience de ministre de Nicolas Sarkozy et d’ancien député des Hauts-de-Seine. Il lui manque pourtant la connaissance du terrain américain, critique à laquelle il objecte qu’il a « appris à marcher à New York ». Mais les candidats de droite comme de gauche ont vu arriver ce parachuté de Paris avec amusement- pour Corinne Narassiguin – et colère- pour les autres. Le PS, dans ses lettres aux électeurs, écrit qu’on n’est pas américain « par procuration”. “C’est comme si je me présentais en Chine!” s’exclame même Claire Savreux du Front National.

Les divisions de la droite ont mis l’UMP en difficulté. Mais elle se présente au second tour avec davantage de réserves de voix que les socialistes… à condition que les candidats malheureux de droite appellent à voter pour Lefebvre. Julien Balkany et Emile Servan-Schreiber, deux français expatriés qui savent comment on vit au quotidien en Amérique du Nord pour y être installés et y travailler depuis longtemps, ont réalisé les deux meilleurs scores de droite après Frédéric Lefebvre (respectivement 6.77% et 6.72%). Emile Servan-Schreiber appelle ses électeurs à rallier Frédéric Lefebvre. Julien Balkany, un dissident de l’UMP, a déclaré qu’il allait personnellement voter pour Frédéric Lefebvre, qu’il n’a du reste jamais pu rencontrer[1. M. Lefebvre n’a pas participé aux débats télévisés locaux, avait disparu pour le vote, et de toute façon, n’est pas encore inscrit sur les listes électorales des Français de l’étranger !]. Il n’a donc pas donné de claire consigne de vote à ses électeurs.

Quelles sont les préoccupations locales ? Pas de double imposition fiscale promettent tous deux Corinne Narassiguin et Frédéric Lefebvre. Le sujet brûlant, c’est l’éducation – et le sort des lycées français (publics) en particulier. L’augmentation des frais de scolarité conjuguée à l’accroissement du nombre de boursiers, met le système en péril. « Les socialistes veulent supprimer la gratuité pour les classes terminales de lycée. Je m’engage à modifier les conditions de l’attribution des bourses scolaires et à en alléger les démarches administratives » écrit Frédéric Lefebvre. De son côté, François Hollande s’est prononcé en faveur de la suppression de la gratuité et pour la mise en place d’un système de bourses en direction des plus démunis mais l’application de ce principe semble des plus compliquées.

Ce débat prouve que, contrairement à l’image d’Epinal des expatriés d’Amérique du Nord, tous sont loin d’être des nantis. D’abord, les chiffres et l’expérience montrent que si les exilés fiscaux sont légion en Suisse et dans le Benelux, le Français part en Amérique du Nord pour prendre des risques. Il y a des réussites, comme celle de trois français à Chicago avec l’Ecole Française de Pâtisserie qui forme, moyennant finance, 1000 élèves par an. Il y a aussi des échecs cuisants, « souvent parce que le voyage est mal préparé » explique Julien Balkany. Ainsi, le rêve américain d’un Français a tourné au cauchemar. Il ne savait pas qu’il fallait payer une assurance pour les frais de santé, il s’est cassé le col du fémur, et doit une somme colossale à l’hôpital. Il est rentré en France criblé de dettes, et sans carte vitale. Le cas des mères de famille françaises divorcées d’un Américain est encore plus douloureux. Quand elles n’ont aucune ressource, elles doivent choisir entre rester ici sans argent ou rentrer sans leurs enfants, les accords entre les deux pays stipulant que ceux-ci doivent légalement rester aux Etats-Unis.

Au Canada, où les français ont voté pour le PS à 46.48% (contre 34% aux Etats-Unis), la population française, plus jeune, est loin de ressembler à une classe de privilégiés. Les critères d’immigration y sont beaucoup plus sélectifs mais l’accès à la médecine et au logement s’avèrent largement plus abordables. Alors, Narassiguin ou Lefebvre ? L’issue de ce duel sera beaucoup plus suivie à Paris qu’aux Etats-Unis ou au Canada. Les expats’, anciens ou nouveaux, se soucient en effet beaucoup plus de leur avenir dans leur pays d’accueil que de leur passé dans celui qu’ils ont quitté.
 
*Photos : UMP Photos

Le sport, dernière illusion espagnole ?

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Le 25 mai dernier, la finale de la Coupe du Roi, l’un des moments forts du football espagnol, opposait l’Athletic de Bilbao au Barça. Les Basques contre les Catalans : cette année, c’était donc un peu comme si la Coupe du Roi échappait aux Espagnols. Aussi, prévoyant que l’hymne espagnol serait copieusement sifflé par les supporters des deux équipes, Esperanza Aguirre, la présidente, très à droite, de la région de Madrid, avait proposé que le match soit suspendu pour être joué plus tard à huis clos. De son côté, la fondation DENAES, qui réunit des nostalgiques du franquisme, décida de convoquer une marche « en défense du drapeau ». Finalement, avant le coup d’envoi, comme on pouvait s’y attendre, les supporters basques et catalans ne manquèrent pas de siffler l’hymne[1. On remarquera que ce sont les nationalismes intérieurs qui sifflent l’hymne en Espagne alors qu’en France, ce comportement est le fait de nationalismes extérieurs.]. La télévision espagnole tenta en vain de sauver les apparences, en augmentant le volume de l’hymne et en coupant les micros chargés de capter l’ambiance dans le stade. Mais le procédé était trop grossier pour faire illusion. Le mardi suivant, le ministre des Affaires Étrangères, José Manuel García-Margallo, revint sur cet épisode, en estimant que les sifflements contribuaient à affaiblir l’Espagne : « Je ne dirai pas qu’il y a un rapport direct entre la prime de risque et les sifflets, mais la fragilité de la nation est une chose que les marchés sentent bien ». Serait-ce donc à cause de cette finale de la Coupe du Roi que la prime de risque sur la dette espagnole a atteint le 30 mai un nouveau record, avec un taux à 10 ans à 6,6% ? Alors que l’économie espagnole n’en finit pas de donner des signes de faiblesse, et que les investisseurs craignent un effondrement du système bancaire, le gouvernement appelle à l’union sacrée et utilise le sport pour agiter l’étendard national.

Ce n’est pas nouveau, l’instrumentalisation du sport est un vieux procédé décrit par Pierre Milza : très tôt, les fascistes italiens avaient compris que le football permettait de rassembler « dans un espace propice à la mise en scène, des foules considérables; d’exercer sur celles-ci une forte pression et d’entretenir les pulsions nationalistes des masses »[2. Pierre Milza, « Le football italien », Vingtième Siècle, nº26, avril-juin 1990.]. En Espagne, c’est pendant la dictature du général Franco, alors que le Real Madrid était devenu l’équipe officielle du régime, que le Barça et l’Athletic de Bilbao devinrent, pour les Catalans et les Basques, une façon de revendiquer leur identité. Si le franquisme a bien sûr disparu, le football incarne toujours ces sentiments. L’Athletic de Bilbao continue de n’aligner que des joueurs basques : en demeurant imperméable aux flux internationaux de joueurs, il résiste à la mondialisation et protège son identité.

Vue de France, où l’on a l’odorat fort sensible, cette résurgence du nationalisme pourrait sembler nauséabonde. Or, en Espagne, il est plutôt naturel de revendiquer son identité. Il n’y a guère que les Indignés pour ne pas le faire : cette jeunesse mondialisée et poseuse est finalement trop bien pensante pour adhérer à l’idée de nation. Du coup, l’an dernier, le mouvement des Indignés avait rencontré moins d’écho à Bilbao ou Saint-Sébastien que dans le reste de l’Espagne : au Pays basque, en effet, c’est le sentiment national, et son corollaire indépendantiste, qui cristallisent tous les motifs de protestation et de revendication. De la même façon, le clivage gauche/droite est moins déterminant que celui qui oppose les partis espagnols aux partis basques : en 2009, alors qu’il ne représentait que 30% de l’électorat, le socialiste Patxi López est devenu lehendakari, c’est-à-dire chef du gouvernement basque, grâce à une alliance contre-nature avec les députés du Parti Populaire (droite). Les deux partis espagnols, rivaux à Madrid, privaient ainsi de pouvoir les nationalistes basques, qui avaient recueilli la majorité des suffrages malgré leurs divisions.

Et maintenant qu’ETA a déposé les armes, la crise économique est en train de faire évoluer le discours indépendantiste. La grève générale du 29 mars dernier, paralysant toute l’Espagne contre la réforme du droit du travail, fut en effet l’occasion pour les Basques, qui ont le sentiment d’avoir mieux géré leur région que beaucoup d’Espagnols, de revendiquer leur indépendance. Le message des affiches diffusées par la gauche nationaliste basque était explicite: « L’Espagne est notre ruine… Indépendance ! ». Le conflit basque deviendrait ainsi un conflit post-national, selon la définition qu’en donnent Laurent Davezies et Philippe Rekacewicz[3. Laurent Davezies et Philippe Rekacewicz. Régions contre États-nations, Le Monde Diplomatique, février 2004.] : « Les conflits post-nationaux sont le fait de régions, généralement riches et contributrices nettes aux budgets nationaux, qui souhaitent, en s’appuyant sur une identité régionale plus ou moins établie, couper ou réduire le lien national pour se libérer du « boulet » de la solidarité qu’il implique ». Dans ces conditions, alors que le Pays basque, avec un A+, est la région d’Espagne la mieux notée par l’agence Fitch, on peut penser que la mise en place des hispanobonos, ces obligations qui permettraient de mutualiser les dettes régionales, sur le modèle des eurobonds que François Hollande préconise à l’échelle européenne, pourrait être mal vécue et faire le jeu des indépendantistes.

Madrid a senti le danger et tente donc de raviver la flamme du nationalisme espagnol. C’est d’autant plus important que plusieurs scandales ont récemment éclaboussé la monarchie. Le 1er juin, soit une semaine après la finale de la Coupe du Roi, on célébrait en Espagne le jour des Forces armées. L’occasion, pour les journaux de droite, comme El Mundo, d’insister sur l’ovation que les militaires ont réservée au Roi. La Razón titrait sur un sondage qui indique que « les Espagnols ont confiance en l’Espagne ». Enfin, à la une du quotidien ABC, ce n’est pas par hasard si l’on retrouvait les déclarations du ministre de la Défense, Pedro Morenés Eulate, expliquant que « la normalité des cérémonies militaires au Pays basque est un critère essentiel ».

Mais le sentiment national espagnol ne se définit pas seulement par rapport aux nationalismes intérieurs, comme le catalan, le basque ou même le galicien : il s’est également construit en opposition aux autres nations européennes. Ainsi, la vieille querelle avec les Britanniques à propos de Gibraltar vient d’être ranimée, au prétexte que le prince Edward a annoncé qu’il visiterait le rocher, si bien qu’aucun représentant de la famille royale espagnole ne s’est rendu à Londres pour le jubilé de la reine Elizabeth II. Mais surtout, l’identité nationale espagnole s’est forgée par rapport à la France. On a encore pu le vérifier dernièrement, quand la condamnation pour dopage du cycliste Alberto Contador, en février dernier, a réveillé en Espagne un vieux sentiment anti-français. Un sketch des Guignols de l’Info, qui moquait les sportifs espagnols, avait en effet blessé l’orgueil national des Espagnols, si bien que la vice-présidente du gouvernement, Soraya Sáenz de Santamaría, s’était crue obligée de condamner ces « attaques », affirmant que le gouvernement « défendra l’authenticité des exploits des sportifs espagnols ».

En fait, le sentiment anti-français, entretenu par le nationalisme espagnol, est récurrent depuis la Révolution et l’Empire. La France, persuadée de sa supériorité et de son universalité, avait envahi l’Espagne en imaginant qu’elle pourrait lui apporter les acquis de sa Révolution. Depuis, les Français sont considérés comme d’arrogants donneurs de leçons. Le sketch des Guignols était donc inacceptable outre-Pyrénées et la résurgence de sentiments anti-français qu’il a entrainée fut particulièrement opportune au moment où le gouvernement espagnol, pour lutter contre un chômage qui touche un quart de la population active, préparait une réforme du droit du travail. Ainsi, dans une société menacée de désagrégation, sous l’effet des difficultés économiques et des revendications régionales, le sport est utilisé par Madrid comme le dernier ciment de son orgueil national blessé. Jusqu’à quand ?
 
*Photo : mitsurinho

Bouvet – Bourmeau : va y avoir du sport !

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Quel média choisiront en cette fin d’aprèm les amateurs de sports extrêmes ? Probablement pas France 2. On imagine que vers 18h, la finale entre le Serbe classieux et l’Espagnol stéroïdé aura bien fini par finir.

Ils pourraient, et c’est bien naturel, choisir de regarder France-Angleterre sur TF1. Mais est-ce bien raisonnable de risquer à tel point de finir la soirée triste, déçu et en plus soit anglophobe soit francophobe, selon son degré de lucidité ?

On ne vous parle même pas du volley sur Eurosport ou du hand sur Canal Sport qui n’intéressent personne, à l’exception des amateurs de beau jeu, donc heu, personne.

Les lecteurs du Causeur n’étant pas majoritairement, d’après un sondage Onion way, amateurs de skate en survet’ fluo, ni de BMX, ni de rollers (c’est particulièrement vérifié, pour cette dernière occurrence par un sondage OPIF auprès d’un échantillon représentatif de lecteurs de Philippe Muray), ils n’iront donc pas non plus se délecter sur les sites « dédiés » à la glisse djeunz.

Reste à 18h20, sur France-Culture, l’excellente émission Le grain à moudre animée par le sémillant Hervé Gardette. Je sais bien qu’a priori, on a tout à gagner à l’écouter tous les soirs du lundi au jeudi, mais peut-être ce soir là encore un peu plus. Le thème déjà : « Le vote FN traduit-il une « insécurité culturelle » des classes populaires ? »

Les invités ensuite : Sylvain Bourmeau, rédacteur en chef adjoint de Libération et 
Laurent Bouvet, professeur de science politique à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Nous ne dirons pas « Que le meilleur gagne », ce qui ne serait qu’une façon perverse de peser sur le débat, vu que le meilleur, on sait qui c’est. Et l’ignorantin arrogant de service, on sait aussi. Non, nous dirons simplement, sur un air de mes compatriotes ivryens de Silmarils : Va y avoir du sport…

PS : Personne n’est obligé de me croire quand je dis la vérité, et encore moins quand je raconte des conneries : en vrai, les footeux à conscience politique pourront podcaster l’émission quelque part par ici.

Réponse à Alain Soral

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Monsieur Soral,

Je vous regarde toujours avec intérêt sur internet. Pas tellement pour comprendre l’Empire, ses maçons sodomites et ses américanos-sionistes, mais plutôt pour voir jusqu’où vous allez descendre.
Vous déclarez dans l’un de vos derniers communiqués que « tous les grands écrivains et les grands penseurs avant 1945 sont antisémites sauf Charles Péguy parce qu’il est mort jeune ». Je laisse à plus cultivés que moi le soin de nuancer vos propos et je pose une question : n’avez-vous pas trouvé là une formidable façon d’inciter une partie de notre jeunesse à se pencher sur la littérature ? Les professeurs de lettres qui s’échinent dans les ZEP devant des collégiens divers et rétifs pourraient vous citer, nous verrions alors des milliers d’élèves se plonger dans la lecture de Shakespeare ou de Stendhal à la recherche de personnages d’usuriers ou de maquereaux israélites. Cela risquerait-il de rendre ces jeunes des quartiers sensibles plus antisémites qu’ils ne le sont ? J’en doute, mais moins ignorants, on peut l’espérer et nous n’aurions pas tout perdu. Même si en d’autres temps, nos persécuteurs lisaient Goethe et écoutaient Wagner.

Mais vous-même n’avez rien contre les juifs et vous l’avez maintes fois prouvé. Ne craignez-vous pas que ce manque de discernement compromette votre carrière d’écrivain ? On vous a vu hier au côté d’un rabbin. Antisioniste certes mais tout ce qu’il y a de plus juif. Aujourd’hui, vous semblez intéressé par les propos d’un juif orthodoxe qui vous invite à faire le tri entre les vrais et les faux. Cela semble nouveau pour vous mais depuis trois mille ans, nous autres subissons ces crétins savants qui traitent les circoncis impies de faux juifs et de vrais idolâtres et appellent Dieu à punir les débauchés. Vous qui aimez les modes de vie traditionnels, vous devriez pouvoir vous entendre avec ces culs-bénits qui préfèrent la dhimmitude à la souveraineté, caillassent les mécréants et séparent les hommes des femmes dans les autobus. Mais attention. Si tous les grands penseurs sont antisémites, votre humanisme et vos nouveaux copains pourraient vous faire passer à coté de votre destin.

Vous affirmez également qu’ « Elisabeth Lévy est plus raciste que Marine le Pen.» Je ne connais pas Marine le Pen aussi bien que vous, mais je connais Elisabeth Lévy. Je me permets de vous détromper car je vous sais attaché à la vérité. Elisabeth Lévy n’est pas raciste, elle n’est même pas islamophobe, c’est dire si elle a un grand cœur. Elle pense par exemple que les hommes et les femmes qui immigrent peuvent parfaitement devenir français quelles que soient leurs ethnies ou leurs religions mais qu’il faut un peu d’exigence d’une part et un peu de bonne volonté de l’autre. Pour avoir souvent défendu cette conviction, elle est dénoncée comme raciste par des gens infiniment mieux pensants que vous. Parce que certains croient ces affirmations sans fondements mais récurrentes, il lui arrive d’être insultée dans la rue. Je n’aimerais pas qu’elle soit importunée un jour par des crétins qui croient Alain Soral sur parole.

Je veux également rectifier quelques autres de vos erreurs. Elisabeth Lévy ne vous a jamais fait virer d’émissions comme vous le prétendez. Nous savons que la chose se pratique mais le chantage n’est pas dans ses manières et sur les plateaux télé, elle ne craint personne. Elle ne s’est pas non plus réjouie quand une milice juive vous a agressé. Elle l’a condamné comme elle a condamné le saccage d’une librairie aux ouvrages pro-palestiniens, perdant au passage quelques lecteurs, ce qui, dans l’exercice artisanal de la plume que vous connaissez, est presque aussi dommageable que de perdre des amis. Je vous l’affirme, elle n’a jamais renoncé à l’idée qu’on ne cogne sur un idéologue qu’avec des arguments et rien d’autre. Vous ne manquez ni d’intégrité ni de courage, ayez l’honnêteté de les reconnaître chez vos adversaires quand vous en rencontrez, ce n’est pas si répandu. Sur ces faits, on vous aura mal renseigné. Vous voilà affranchi et donc en mesure, je veux le croire, de cesser ces calomnies.

J’ajouterai que je ne suis pas aussi généreux qu’Elisabeth. Je pense par exemple que les populations immigrées comptent un certain nombre d’individus aux comportements arriérés, parasites, hostiles et revanchards qui risquent de ne jamais devenir français, avec ou sans papiers. Suis-je raciste ? Je ne crois pas mais je vous laisse juge. Par contre, je suis sûrement islamophobe, comme devraient l’être tous les conservateurs en Occident et tous les progressistes du monde. Vous êtes bien islamophile, comme semblent l’avoir été d’authentiques nazis.
Alors je vous invite à un peu de retenue si l’envie vous reprend de jeter le nom d’une femme en pâture à l’hystérie antiraciste et puisque vous aimez désigner vos ennemis, la prochaine fois que vous aurez besoin de cracher sur un « sioniste haineux et raciste », comme vous dites, adressez-vous plutôt à moi.

L’effet Mélenchon ? Tchernobyl pour le PCF en ceinture rouge…

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Il sera bien temps dans quelques jours de disséquer le pourquoi et le comment de la défaite de Jean-Luc Mélenchon dans la circonscription d’Hénin-Beaumont. D’ici là, il faudra que « les bouches s’ouvrent », comme le disait autrefois un Pas-de-Calaisien célèbre, Maurice Thorez, l’homme qui parlait à l’oreille des prolos.

Il faudra raconter cette greffe qui ne pouvait pas prendre, cette campagne menée pour et par les médias, cette légère difficulté à vendre en zone ouvrière ravagée le mariage gay et la régularisation de tous les sans-papiers. Salauds de pauvres !

Cela dit, il est très exagéré d’écrire comme je l’ai lu un peu partout que JLM a été « écrasé » ou encore « balayé » voire « humilié » dans le Pas-de-Calais. La circo, rappelons-le, est socialiste depuis au moins l’époque de la Guerre froide et du hula hoop. Mélenchon y a accru significativement son score de la présidentielle et encore plus celui du PCF aux législatives de 2007. A l’arrivée, il ne rend que deux points au candidat PS. Il n’est donc pas passé loin d’un de ses objectifs, à savoir être en tête de la gauche au premier tour et affronter Marine Le Pen au second tour, ce qui aurait fait élire à coup sûr la présidente du FN et fingers in the nose, mais ça, c’est une autre histoire. Mélenchon n’est donc pas humilié : il a joué, il a perdu, et de peu. Dont acte.

Bref, l’honneur du Front de Gauche est sauf dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais. Restent les 576 autres. Et là, c’est carrément la cata. Car s’il y a eu un « Effet-Mélenchon», ce n’est pas du tout celui que l’on croyait. Fort de son score honorable le 21 avril, le PCF était persuadé de sauver pratiquement tous ses sortants, voire de récupérer certains de ses sièges dans les contrées autrefois rouges des périphéries urbaines ou des contreforts du Massif Central.

Rien de tout ça n’est arrivé. Pas de retour de balancier rural, tout d’abord : le PCF ne reviendra au second tour ni dans l’Allier, ni dans le Gard, ni dans la Haute-Vienne, ni dans la Loire, tous pays qui, il n’y a pas si longtemps, fournissaient de gros bataillons au groupe PCF. Exit donc veaux, vaches, cochons, reconquista…

Restaient donc les sortants. Et là c’est le carnage ! Toute une série de députés communistes supposément indéboulonnables ont été doublés par le PS dans ce qu’on appelait autrefois la ceinture rouge, un terme qui devrait être écrit au pluriel, puisqu’il concernait encore Lyon en 2007 avec André Gerin (qui ne se représentait pas à Vénissieux), et il n’y a pas si longtemps Rouen, Saint Etienne, Grenoble voire Marseille, Amiens ou Le Havre, trois villes où « la banlieue » est incluse dans les limites de la commune.

Et là, partout ou presque, c’est un véritable Tchernobyl qui arase le PCF, y compris dans des circos tenues par la gauche de fer depuis le Congrès de Tours, voire depuis Jules Guesde. Le PS est passé en tête de la gauche à Saint-Denis, à Gennevilliers, à Malakoff, à Montreuil, à Ivry (chez moi !), à Amiens-Nord, dans l’ex-circo de Maxime Gremetz, (le seul ouvrier PCF présent à l’Assemblée, que le groupe communiste avait jugé bon d’exclure de ses rangs pour une broutille). Même cata à Vénissieux et au Havre. Bingo !

En revanche, les trois députés FdG périurbains du Nord sauvent leur têtes (Spéciale dédicace à Jérome Leroy), idem pour ceux des Bouches-du-Rhône, du Cher, et last but not least, pour André Chassaigne, qui arrive premier dans un fauteuil dans sa circo du Puy-de-Dôme. Or s’il est un communiste qui incarne l’antimélenchonisme, c’est bien lui : il y a un an, Chassaigne avait été candidat malheureux à la candidature contre l’homme à la cravate et aux colères rouges.

Alors comment peut-on expliquer cette contreperformance ? En vérité, seule une analyse fine, bureau par bureau, pourrait étayer un semblant de théorie d’ensemble. Hasardons néanmoins quelques faits, et quelques hypothèses plus ou moins plausibles. Les faits tout d’abord, primo, on l’a déjà dit, les élus périurbains (ceux qui s’appuient sur un réseau de maires communistes de villes de 500 à 5000 habitants) résistent beaucoup mieux que leurs camarades banlieusards. Secundo la sanction frappe indifféremment tout type d’élus PCF, les bons (Marie-Hélène Amiable dans le 9/2, ou Pierre Gosnat chez moi) comme ceux usés jusqu’à la corde, voire totalement décrédibilisés tel Jean-Pierre Brard à Montreuil écrabouillé sans gloire par mon ami Razzy Hamadi. Tous, à part Brard, ont été battus par des candidats au charisme moléculaire ou par d’illustres inconnus pourvus d’une rose autour du cou, et tous n’ont rien vu venir, comme Roland Muzeau à Gennevilliers ou Patrick Braouzec[1. Dans le cas de Braouzec, c’est la Bérézina à deux boules : non seulement il perd son siège à l’Assemblée, mais aussi son prévisible strapontin au gouvernement Ayrault II, où il se voyait déjà Ministre de la Ville. Too bad…] à Saint-Denis, lesquels peuvent déjà commencer à se faire du souci pour les prochaines municipales.

Autre piste de travail, celle qu’on avait déjà décelée à l’occasion du premier tour de la présidentielle, la fuite d’une partie du cœur de l’électorat tradi du PCF (ouvriers, employés, et aussi petits retraités issus de ces métiers[2. Petits retraités de gauche invisibles et qu’on oublie donc trop souvent, mais qui, curieusement, ont le droit de vote.]) vers François Hollande. Une fois passée la présidentielle, ce petit peuple viscéralement attaché à la VF de la common decency aurait sans doute pu revenir vers l’élu PCF sortant, comme il le fait souvent à chaque législative, cantonale ou municipale. Sauf qu’en ce printemps 2012, l’image rassurante du bon gestionnaire PCF, rassembleur et incarnant toute la gauche et avec ça modeste, proche des gens et toujours enclin à rendre service a été occultée, voire dégradée par les éructations du coupeur de tête virtuel Mélenchon. Et voilà comment les caissières de chez Dia, les ajusteurs CGT et les veuves à minimum vieillesse ont préféré le fleuve tranquille hollandien au torrent FdGiste. Mauvaise pioche.

Je parlais tout à l’heure d’analyse bureau par bureau : elle sera totalement indispensable pour voir s’il a existé, ou non, dans les « territoires perdus de la république » un vote populaire immigré et donc, c’est dit, paramusulman ou pseudomusulman. Un vote immigré privilégiant un PS jugé somme toute fréquentable vis-à-vis d’un PCF perçu fantasmatiquement comme impie, féministe et envahisseur d’Afghanistan. Auquel cas le discours de Mélenchon à Marseille aura fait des ravages bien au-delà d’Hénin-Beaumont. Non seulement le FdG aura payé cher chez les prolos « souchiens » ses positions extrémistes sur les sans-papiers, mais en plus, il n’est pas à exclure qu’il n’en ait même pas récolté les dividendes chez leurs cousins « issus de la diversité », ne serait-ce que parce que les immigrés devenus citoyens français et leurs enfants savent qu’ils seraient, sur le marché du travail, les premières victimes d’une régularisation générale.

Le plus étrange, en apparence, dans tout cela est que le FdG à 7%, améliore sensiblement les 4% et quelques obtenus aux législatives par le PCF en 2002 et 2007. En négligeant la réalité de l’effet répulsif mélenchonien et en courant après une fausse deuxième jeunesse que lui injecterait l’électorat bobo[3. Chez moi, cet adjectif relève de la sociologie sauvage et non de l’insulte. J’adore les sashimis, les films des frères Coen et Philippe Katerine, je n’ai pas regardé le JT de TF1 ou de France2 depuis 20 ans, je pense qu’on devrait déchoir Luc Besson, M. Pokora et Arthur de la nationalité française pour crime contre le bon goût, je trouve que Frédéric Mitterrand était un chouette ministre de la Culture, tout comme l’est sa successeuse, bref, je suis moi-même un bobo archétypal et fier de l’être.], en n’étudiant même pas la possibilité d’un accord avec le PS du type de celui qui a si bien réussi aux Verts, le parti des travailleurs a lâché la proie pour l’ombre. Puisse-t-il au moins l’admettre[4. Ce que le placide, goguenard et subtil secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, a sans doute déjà fait en son for intérieur…], à défaut de le reconnaître publiquement, et il y a des chances que cette catastrophe n’en appelle pas d’autres[5. La question de l’existence ou non d’un groupe FdG à l’Assemblée -qui passionne tous mes confrères incapables de lire des résultats avant qu’un quotidien du soir ne leur explique- n’a pas été posée ici, parce que même avec seulement onze ou douze députés « pur sucre » il y aura, sauf immense surprise, un groupe FdG grâce à l’appoint de députés Divers Gauche de métropole et d’Outremer. Les paris sont pris…].

Législatives : nette victoire de l’abstention

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Véritable colonne vertébrale de la Ve république, l’élection présidentielle semble plus que jamais contestée par certaines élites, sinon dans son existence – après Mendès-France ou Pierre Joxe, Montebourg se fit un nom, jadis, en proposant sa suppression pure et simple -, du moins dans sa valeur. Au regard du principe démocratique, elle ne serait nullement supérieure aux élections législatives, qui visent elles aussi à donner des représentants à la nation. On comprend ce que cache une telle assertion : en plaçant ces deux élections à égalité, on en vient logiquement à mettre sur le même niveau le Président et les députés : la légitimité de ces derniers serait équivalente à celle du Chef de l’Etat ; au moins équivalente, si l’on considère la méfiance profonde que la « Tradition républicaine » a toujours éprouvé pour une élection présidentielle qu’elle accuse d’être lourde de dérives plébiscitaires. Ainsi, les deux élections ayant la même valeur, plus rien ne justifie la suprématie institutionnelle du Président – cet archaïsme indéfendable qui ferait de la France la risée des Etats civilisés. Conservons donc l’élection présidentielle, puisque les Français y tiennent, dit-on : mais normalisons le Président en lui retirant ses prérogatives, et en les confiant à un Premier ministre responsable devant le Parlement, comme c’est le cas au Portugal, en Autriche ou en Finlande… En bref, maintenons le folklore pour leur faire plaisir, mais soyons sérieux, et rendons au Parlement le pouvoir qui ne lui a échappé, en 1958, qu’à la suite d’une série de hasards malencontreux.

Le discours consistant à mettre sur un pied d’égalité l’élection présidentielle et les législatives a donc pour but avoué de défaire ce qui constitue l’essentiel de la Ve république – au nom d’une idéologie parlementariste présentée comme ultramoderne, alors qu’elle paraissait déjà poussiéreuse à Georges Clémenceau ou à Raymond Poincaré.

Le problème, c’est qu’en réalité, ces deux élections n’ont évidemment pas la même valeur. Et ce, pour une raison très simple, qui est que le président de la République est le seul à être élu par le peuple tout entier – alors que le résultat des législatives dépend largement des modalités du découpage électoral, des déséquilibres démographiques, des alliances entre partis, de questions de lieux et de personnes, bref, des innombrables considérations locales, politiciennes ou conjoncturelles qui président à la désignation des 577 membres de l’Assemblée nationale. Une différence de valeur et d’importance, non seulement en soi, de par leur nature, mais aussi – et cela n’est pas rien dans un système qui se veut démocratique -, aux yeux des Français eux-mêmes ? C’est ce que vient de démontrer à nouveau, à l’issue du premier tour des nouvelles élections législatives, un taux de participation qui, inférieur à 58%, est non seulement historiquement bas, se situant dans une inexorable dynamique de dégradation (on était à 60, 4% en 2007, à 64, 4% en 2002, à 67, 9% en 1997, etc.) , mais qui contraste avec les (insolents) 79,48 % de participation du premier tour de la présidentielle…

Or, ce phénomène n’a rien de fortuit : il suffit de reprendre les chiffres des diverses consultations électorales pour constater qu’il existe un lien très étroit entre le niveau de participation et l’importance que les électeurs prêtent à l’élection en question. C’est ainsi, par exemple, que les Français ont peu à peu compris que les élections au Parlement européen, initialement présentées comme capitales, n’avaient en réalité qu’une incidence réduite sur le fonctionnement de l’énorme machine bruxelloise, où l’essentiel des décisions dépend du Conseil et de la Commission. De là, un déclin constant du taux de participation, passant de 60, 7% en 1979 à 40, 6% en 2009.

Pour ce qui est des législatives, on constate que dans les premières décennies de la Ve république, celles-ci font jeu égal avec l’élection présidentielle, à un niveau élevé sans doute dû à l’habitude acquise sous les républiques précédentes, du temps de la souveraineté de l’Assemblée. Mais à partir des années 1970-1980, la différence se creuse, passant progressivement de 10 points (en 1981, on enregistre 85 % au second tour de l’élection présidentielle, contre 75 % au second tour des législatives) à plus de 20 points de différence (en 2007, toujours au second tour, on est à 83, 9% contre 59, 9%). Malgré le discours de politiques qui ne cessent de réclamer la revalorisation du parlement, les Français considèrent de plus en plus l’élection présidentielle comme la seule réellement significative, les autres consultations nationales leur apparaissant comme accessoires, presque subsidiaires – au point que beaucoup estiment qu’elles pourraient être purement et simplement couplées avec l’élection du chef de l’État.

Et telle est sans doute la grande leçon que l’on peut tirer du taux de participation de ce premier tour. Pour les Français, les législatives ne valent décidément pas (ou plus) l’élection présidentielle, promue au rang de fête majeure, sinon unique, du calendrier républicain. Ce faisant, les abstentionnistes viennent, sans le savoir, de balayer les espoirs des partisans d’une VIème « déprésidentialisée », et de conforter la « monarchie républicaine » établie par le général De Gaulle. Comme le dit la sagesse populaire, il arrive que le diable porte pierre…

En Afghanistan, les djihadistes n’ont pas tué au hasard

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Les quatre soldats français, dont trois sous-officiers, tués samedi en Kapisa n’appartenaient pas aux « troupes combattantes » dans la nouvelle acception chère à François Hollande. Ces hommes avaient pour mission d’assurer les relations avec la population de la Kapisa. Il s’agit de ce que l’armée française appelle une « équipe tactique d’opérations militaires et d’influence » ou « Etomi », chargée du contact avec la population et surtout avec les notables locaux. La mission des Etomi est d’anticiper et de désamorcer, à travers leur médiation, les éventuels conflits entres les militaires étrangers et la population mais aussi bien évidement de recueillir des renseignements. La « monnaie d’échange » est l’aide au développement, domaine de compétences du gradé le plus expérimenté parmi les victimes de l’attentat suicide de Nijrab, l’Adjudant-chef Thierry Serrat.

Le rôle de ce militaire de 46 ans, engagé depuis l’âge de 18 ans, était de voir avec les notables quels moyens l’armée française pouvait affecter à des microprojets dans l’agriculture, le bâtiment, les infrastructures collectives. Le fait que l’Adjudant-chef Thierry Serrat et ses camarades ne soient pas venus en « combattants », sans doute connu des Talibans, ne les a pas empêchés de les tuer. On peut même supposer que ce genre de missions visant à gagner les cœurs des populations, est, du point de vue des Talibans, encore plus menaçant.

Bref, laisser en Afghanistan de gentils spécialistes de l’irrigation et des travaux publics ne nous épargnera malheureusement, d’autres victimes à déplorer. En Afghanistan, on peut défendre la décision de rester ou soutenir celle appelant à partir. Mais on ne peut pas comprendre la position appelant à y rester à moitié…

L’infamie queer dénoncée par une femme

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Personne ne dit encore, quand un enfant vient de naître : « c’est un enfant ! ». Non, grâce à Dieu, tout le monde, même dans la famille de Judith Butler, dit : « c’est un garçon » ou : « c’est une fille ». Tout le monde, même l’oncle transsexuel ou la belle-sœur féministe, commence par désigner le sexe, c’est-à-dire ce qui va constituer le destin de l’individu. C’est que la distinction sexuelle est le trait fondamental, pour ne pas dire fondateur, de l’humanité. On peut avoir la manie trop humaine de l’interprétation et croire que tout est social, il n’empêche que devant la vie, la mort et la sexualité (on pourrait rajouter l’art), nous réagissons d’abord comme des êtres vivants – c’est-à-dire comme des créatures de Dieu (que nous y croyons ou pas) qui constatent qu’entre un pénis et un utérus la différence est physique, donc métaphysique. Un peu comme le végétarisme et autres aberrations socioculturelles, les conneries queer arriveront bien après.

Et ce sont celles-ci que Nancy Huston, dans Reflets dans un œil d’homme (qui aurait tout aussi bien pu s’appeler « Traité élémentaire d’humanité »), un livre qui n’a pas encore été dénoncé par la Halde ou Act Up, a décidé de fouetter. A l’heure où l’enseignement du négationnisme des sexes qu’on appelle la « théorie du genre » fait son apparition en classe de 1ère, il n’est pas inutile de rappeler que la vie est hétérosexuelle par nature, que le social est toujours une émanation du naturel et que la séduction a toujours été et sera toujours une question de reproduction – et cela, quel que soit l’anathème que suscite ce constat chez les Occidentaux depuis un demi-siècle. Oui, même quand on a le goût de la partouze ou de la sodomie, ou qu’on se rend à une soirée des préservatifs plein les poches, on pense encore à engendrer. « Les hommes qui fréquentent des boîtes de nuit avec lap dancers, ces jeunes danseuses quasi nues qui viennent se trémousser sur leurs genoux, seraient étonnés d’apprendre qu’ils donnent dix fois plus de pourboire aux filles en période ovulatoire. » La fécondité, élément essentiel du sex-appeal. Même s’ils ne veulent pas d’enfants, hommes et femmes sont naturellement plus attirés par ceux et celles qui peuvent en avoir que par ceux et celles qui ne le peuvent pas – et c’est pourquoi la vasectomie, cette opération pourtant si efficace et si égalitaire qui permet aux hommes de faire l’amour sans risque d’enfanter, est fort peu prisée par les un(e)s et les autres. L’infertilité casse le fantasme. Même Don Juan a besoin de savoir que son sperme est porteur de vie. Mince, alors !

Et si les hommes s’habillent sobrement, ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas en compétition sur le plan vestimentaire comme les femmes le sont entre elles, mais parce que… les femmes valorisent cette sobriété ! Le costard cravate, ça fait sérieux, protecteur, paternel. Ca fait époux (ou gendre) idéal. Au contraire, un homme qui s’habille de manière trop voyante fera volage ou tapette et de fait sera beaucoup moins excitant pour le vouloir vivre féminin. En vérité, le veston bleu terne a sur ces dames un effet aphrodisiaque.

Ce qu’ont oublié les individus est que l’espèce est la première pulsion de l’individu. S’il y a identité des sexes ce n’est pas, comme le pensent les égalitaristes sociopathes, dans le droit, pour chaque sexe, de se définir ou de se nier comme il l’entend, mais bien dans le désir de se reproduire à tout prix – que celui-ci prenne le mode masculin de « la baise » ou féminin de « l’amour ». Nul n’échappe au vouloir-vivre même s’il fait le choix de s’opposer à ce dernier parce qu’il a mal vécu, à cause d’une mère abusive ou d’un père absent (ou le contraire, ou les deux), ses premiers pas dans la vie. « Au sortir d’une enfance vécue sous l’autorité d’une femme, l’homme regarde le corps féminin avec ambivalence, en le désirant et en le redoutant, en le jalousant et en le détestant ». De toute façon, « l’ambivalence fait l’humanité, fait l’art ». L’ambivalence, c’est-à-dire la blessure, la coupure ontologique, le fait que ce cela soit la femme qui donne la vie et a par conséquent le souci du dedans – et non pas l’homme qui se contente de décharger et a plutôt le besoin du dehors. Dès lors, certains auront le désir d’exprimer cette blessure (art), de la reconnaître comme première réalité ontologique (religion), ou de la corriger (droit), sinon de la supprimer (théorie du genre).

Tout commence avec les Stoïciens et les Chrétiens qui inventent chacun à leur manière la notion de « l’individu », ce que Nancy Huston appelle plaisamment « le malin ». Le malin individu qui s’arrache à la nature et affirme sa souveraineté. Mais qui dit « individu » dit « égalité », qui dit « souveraineté » dit « ipséité ». D’abord réservée à une élite, l’individualité devient au fil des siècles l’affaire de tous puis de… toutes. « C’est parce que les humains sont devenus affamés d’égalité qu’éclatent, à l’âge moderne, de graves conflits entre les sexes. » De plus, il ne s’agit plus de se définir par et dans l’altérité comme dans la pensée classique mais bien par et dans l’ipséité : Dieu est mort depuis longtemps et les données biologiques ne sont plus. C’est moi et seulement moi qui choisis à tout moment ce que je suis quels que soient mon sexe, mon âge et mon poids. Je peux être une jolie fille de 25 ans même si je suis biologiquement un gros lard de 52 – et ne me dites pas que c’est un fantasme sinon je vous fais un procès ! Mon désir, c’est mon réel.

Le queer ou la gauche sexuelle contre le réel. En fait, des libertins libertaires qui se révèlent bien pires que les moines et les bonnes sœurs d’antan dans leur révisionnisme génétique, leur négation du substrat biologique, leur refus mortifère de l’engendrement. Tant pis pour eux. Comme le dit Huston, « ils peuvent s’amuser comme ils veulent, que ce soit par l’abstinence ou le fist-fucking ; l’espèce s’en moque car ceux qui la narguent disparaissent sans laisser de trace. » Alors que les hommes et les femmes qui savent que les hommes et les femmes ne sont ni identiques ni symétriques restent et transmettent.

Evidemment, pas question pour celle qui disait un jour qu’elle regrettait moins son féminisme que son gauchisme, de nier la condition toujours problématique des femmes. Que ces dernières soient aliénées aux talibans ou à « la burqa de chair » et au « harem de la taille 38 » de l’Occident, elles apparaissent toujours dépendantes du regard érotique et génétique qu’ont les hommes, puis elles-mêmes, sur elles – et l’on pourra lire ces magnifiques Reflets comme une biographie symbolique de toutes les femmes, à commencer par celle de l’auteur- sans e lui-même. Chronique de la petite fille qui apprend très tôt à se dédoubler, à se voir faire les choses, à se voir être vue, à se définir comme image. Chronique de l’adolescente qui se demande si on l’aime pour elle ou pour son corps – reprenant à son insu et tout naturellement la vieille dualité corps / esprit que l’on avait cru abolir depuis des lustres. Chronique du narcissisme féminin si moqué alors que celui-ci relève toujours d’une politique du désespoir. On se mire pour ne pas se suicider. On se rend au bal tout en pensant au viol et à la grossesse qui menacent perpétuellement – et font qu’il n’y a pas et qu’il ne peut y avoir d’égalité entre les sexes. C’est l’erreur des idéologues de croire que les lois remplacent le réel alors qu’elles ne font que le prévenir et qu’il n’y a jamais de risque zéro. Le devoir-être ne saurait être confondu avec l’être.

C’est là que le queer apparaît comme ce que l’on a pensé de plus irresponsable et de plus méprisant pour les femmes. « Si l’on décrète l’indifférence des sexes, comment faire pour penser ces plaies, sans même parler de les panser ? » Comme toutes les théories totalitaires, la théorie du genre pense moins à protéger les êtres humains d’eux-mêmes qu’à les transformer. Pour les « genristes » en effet : pas de genre = pas de trouble = pas de viol = pas besoin de protéger les femmes (« vas-y ma chérie, balade-toi toute seule sur la 42 ème Rue à trois heures du matin, et, si jamais quelqu’un essaie de t’embêter, dis-lui que tu as choisi d’être un homme »). Sous prétexte que les nazis avaient décrété le tout nature, les contemporains ont fui dans le tout culture, ne se rendant pas compte qu’en procédant ainsi ils aboutissaient à un déni d’humanité. C’est comme si l’on décrétait que le feu ne brûle ou que l’eau ne mouille que si l’on veut qu’il brûle ou qu’elle mouille mais qu’ils peuvent faire bien autre chose. Le queer comme ce qui a déclaré la guerre à l’élémentaire – et au bon sens. Le queer comme ce qui rejette Darwin (comme le créationnisme, tiens !) en refusant absolument de placer l’humain dans la continuité biologique, donc sexuée, de l’animal. Le queer comme ce qui ne croit qu’à la seule volonté humaine anti-anatomique. Le queer comme ce qui veut abolir le sexe au nom de la plasticité humaine. Le queer comme ce qui a fait du sexe le premier tabou de la postmodernité.

Le pire est que la France vient officiellement d’adopter ce nouveau tabou. Au contraire des Américains qui n’ont jamais permis que le créationnisme ou que l’ « intelligent design » (l’idée qu’une entité supérieure, extra-terrestre ou divine, ait présidé à l’élaboration des espèces et ait privilégié la nôtre) soit enseigné dans leurs écoles, les Français ont permis depuis l’an dernier que la théorie du genre le soit dans les leurs. Et c’est pourquoi un lycéen peut désormais lire dans son manuel de SVT des Editions Hachette que si « Le sexe biologique nous identifie mâle et femelle, ce n’est pas pour autant que nous nous pouvons nous qualifier de masculin ou de féminin. » L’unisexe a remplacé l’uniforme. Hélas, les hormones, comme les faits, sont têtues.

Le paradoxe, et au fond la meilleure contradiction à cette idéologie qui n’est rien d’autre qu’un puritanisme underground, est qu’homosexuels, transsexuels et autres transhumains baroques affirment pleinement l’ancienne, l’horrible, la judéo-chrétienne distinction sexuelle – chacun ou chacune faisant parfaitement la différence entre ce qui les attire ou non. Si une lesbienne ne veut pas de mec dans son lit ou si un homme veut s’habiller en femme, c’est bien que l’un et l’autre se sentent contrariés dans leur sexe originel et destinal et parce que l’un n’est justement pas l’autre. « De même, si l’on subit une intervention chirurgicale pour changer de sexe, c’est forcément parce qu’on trouve que ce n’est pas kif-kif ». L’individu qui désire son sexe ou qui veut devenir l’autre sexe est encore plus obsédé par la distinction sexuelle que celui qui s’en tient au sien et est attiré par l’autre. Comme l’affirmait de toute éternité la pensée classique, c’est l’identité qui provoque la différence, c’est la singularité qui entérine la norme. La distinction est tragique mais l’indistinction est néant. Et c’est au néant que conduit la théorie queer, cette trisomie appliquée à la sexualité. Et pour l’avoir dit de manière si lumineuse, on vous rend grâce, Nancy Huston.

Nancy Huston, Reflets dans un œil d’homme, Actes sud, mai 2012.