On peut critiquer la gauche en tout et sur tout. C’est le rôle que Causeur s’est attribué, non sans succès, depuis quelques années déjà. On peut considérer, dans un fatras intellectuel sans pareil, que la social-démocratie est à la fois horriblement conservatrice (la question sociale) et ridiculement moderniste (les dossiers sociétaux). Causeur, parmi d’autres, nous a tambouriné l’esprit avec cette double accusation.
Sur les fautes et les tares de la gauche, je pourrais en remettre et en rajouter, notamment sur cette incapacité chronique à assumer son rôle historique envers ce qu’en langage marxiste, on a jadis baptisé les « classes populaires ». Mais inutile de piquer le fonds de commerce de Causeur. Nous ne serons jamais meilleurs, jamais plus efficaces dans ce genre et cette fonction qu’Élisabeth Lévy et son équipe.[access capability= »lire_inedits »] Chacun son rôle, chacun sa place… Non, soyez sans crainte, je plaisante. À peine…
Plus sérieusement, j’aurais attendu et espéré de Causeur qu’il analyse en profondeur et qu’il dénonce, oui, qu’il dénonce la radicalisation politique et idéologique de la droite. Car cette radicalisation est fauteuse de guerre et de haine civile. Je ne comprends pas pourquoi un républicain de droite, un démocrate de droite ne serait pas en mesure de l’énoncer à haute et intelligible voix. D’une voix d’autant plus forte qu’il est, précisément, de droite.
J’aurais envie de dire à mes confrères de Causeur qu’ils auraient dû rompre avec Nicolas Sarkozy dès lors qu’il avait inventé ce « monstre » conceptuel liant dans un même ministère le délitement de notre identité nationale à l’immigration ; qu’ils ne pouvaient pas accepter que, sur le même sujet d’importance, l’identité nationale, l’UMP utilise le thème pour jouer un coup politique mettant en scène (pour mieux les dénoncer) l’islam et les musulmans ; qu’ils auraient dû hurler de rage, tout comme nous à Marianne, quand, à Grenoble, à l’été 2010, le président de la République s’est perdu dans un discours à tonalité maurrassienne. Or, votre réaction a été étonnamment mesurée. Un pour, un contre, que chacun se fasse son idée. De ce quasi-silence, de cette mesure, oui, je vous en veux.
Car, évidemment, dans ce débat essentiel qui traverse la société française − quelle droite pour quelle République ? −, vous avez joué votre rôle, un rôle d’ailleurs non négligeable ; mais, à mon sens, un rôle négatif. Et puisque je prends la politique (très) au sérieux, j’attendais de vous, que je lis avec attention et minutie, que vous en appeliez à une droite qui unit au lieu de fracturer, à une droite qui réunisse au lieu de fragmenter sans discontinuer la communauté française, à une droite authentiquement républicaine. La droite sarkozyste ne l’était plus, authentiquement républicaine. Vous n’avez cessé de le nier. Pourquoi ? En raison de quel aveuglement idéologique ?
Si je m’autorise à revenir sur l’épisode du sarkozysme, ce n’est certes pas que je radote. Pas encore… C’est que la fatwa édictée par l’ex-Président, interdisant dans son camp tout bilan du sarkozysme, a laissé le terrain libre à la droite de la droite, à une droite de guerre civile, à une droite sans retenue, à une droite no limit, à une droite qui n’hésite plus à utiliser la haine envers la gauche et ses chefs comme comportement et symboliques politiques.
Ce n’est pas une blague : envers la droite, j’en appelle Causeur et Élisabeth Lévy à la modération, à l’esprit de responsabilité. Dès lors, nous pourrons cogner ensemble sur la… gauche.[/access]
Les fauteurs de haine
Nécrologico-commercial !
« Avec Georges Moustaki c’est une des dernières légendes , artiste et poète , qui disparaît ! Ses plus grands succès sont chez Universal ! RIP ». Ainsi twittait Pascal Nègre, PDG d’Universal ce matin à l’annonce du décès de l’auteur du « Métèque » et de « Milord ». On s’est beaucoup moqué ensuite, sur le réseau, de ce tweet nécrologico-commercial. Certains évoquaient l’anniversaire de la mort du petit Grégory provoquant une publicité d’un magasin de bricolage pour des cordelettes tandis que d’autres imaginaient une réclame d’EDF à l’occasion de la mort de Clo-Clo. Mais si Pascal Nègre était en avance sur son temps ? Faire de la mort un événement commercial, n’est ce pas furieusement moderne ? Ne reculant devant rien, j’ai contacté mon notaire afin qu’il autorise tout mécène à financer mes obsèques, lorsque je passerai de vie à trépas. Dans mes rêves les plus fous, j’imagine une sorte de caravane du Tour de France précéder le corbillard transportant ma dépouille dans un magnifique cercueil siglé Causeur.
Et il me vient à regretter qu’Elisabeth ait renoncé à jamais de twitter. Vous imaginez ? « Avec David Desgouilles, c’est une de nos plus talentueuses plumes qui disparaît ! Ses plus belles chroniques sont sur Causeur ! RIP ». La classe, non ?
Liban : la guerre civile reprend… en Syrie
Quand la Syrie s’embrase, c’est toute la poudrière moyen-orientale qui prend feu. Un million et demi de réfugiés dans les pays limitrophes, de mystérieux attentats en Turquie, un Kurdistan en pleine recomposition, et voilà un siècle de statu quo parti en éclats.
Crise syrienne ou pas, il est malheureusement une constante indépassable : le psychodrame libanais revient chaque année de plus belle, au rythme des ingérences étrangères qui – cruel paradoxe – rallument régulièrement le spectre de la guerre civile. Et le retrait de l’armée syrienne en 2005 n’a rien changé à l’affaire. Plus que jamais, on peut diviser le paysage politique libanais suivant une double ligne de faille : le rapport aux Etats-Unis et à l’Arabie Saoudite d’un côté, la relation à la Syrie de l’autre. Suivant cette dichotomie nettement plus pertinente que le clivage droite/gauche, on trouve côte à côte les chrétiens aounistes du CPL, les chiites d’Amal et du Hezbollah, le Baath libanais et le Parti social nationaliste syrien, fidèles alliés de Damas regroupés au sein de l’alliance du 8 mars. En face, les sunnites hariristes, les chrétiens phalangistes ou membres des Forces libanaises, et quelques électrons libres forment le camp du 14 mars, rassemblement scellé au lendemain de la mort de Rafic Hariri. Avec comme faiseur de rois le Parti socialiste progressiste du druze Walid Joumblatt, voici le tableau dressé. Comme en 2011, le passage de Joumblatt d’une rive à l’autre a récemment permis le basculement de la majorité parlementaire sans qu’aucune élection n’ait lieu. Résultat : un clou chasse l’autre, Mikati ayant succédé à Saad Hariri il y a deux ans avant d’être écarté par Tammam Salam, qui dirige un cabinet fantôme depuis quelques semaines, faute d’accord entre les différentes forces partisanes pour composer un gouvernement.
À quelques semaines des élections législatives, le torchon brûle toujours autour du mode de scrutin. Exit le projet ultraconfessionnel orthodoxe qui prévoyait de faire élire les députés maronites par les maronites, les chiites par les chiites, les druzes par les druzes, etc. Bis repetita : en l’absence de consensus, la loi électorale en vigueur, instituée en… 1960, servira de base aux élections de juin… si ces dernières se tiennent en temps et en heure. Retour au statu quo ex ante donc, au nez et à la barbe de Michel Aoun, dont les dernières sorties médiatiques sont autant de déclarations de guerre (verbale) à son coreligionnaire Samir Geagea…
Non loin de là, à quelques encablures du Liban, la guerre civile libanaise reprend de plus belle en territoire syrien. À Qousseir, une position stratégique que l’armée syrienne vient d’arracher à la rébellion, des troupes d’élite du Hezbollah bataillent aux côtés des troupes d’Assad contre les insurgés sunnites et quelques salafistes libanais venus leur prêter main forte, dont l’inénarrable cheikh Assir. Ce dernier s’est affiché arborant une kalachnikov rutilante sur la ligne de front, mettant ainsi en actes son appel au jihad anti-Assad. Ces combats entre chiites et sunnites libanais, s’ils se déroulent en terre étrangère, rappellent un triste souvenir aux éditorialistes levantins.
Au printemps 2008, une petite semaine d’affrontements avait mis le Liban à feu et à sang en opposant notamment les miliciens du Hezbollah aux mercenaires du Courant du Futur haririste, pour une (pas si) banale histoire de réseau de téléphonie privé aux mains du parti chiite. Bilan : plus de quatre-vingt-morts et un refrain que tout le monde ne cesse d’entonner : plus jamais ça. C’est peut-être l’odeur du sang qui sauvera le Liban d’une double discorde sur son sol. De Qousseir la syrienne à Tripoli, où sunnites et alaouites se tiennent en ligne de mire, les tenants du choc des civilisations en sont aujourd’hui pour leurs frais tant les lignes de front fracturent chaque communauté religieuse en plein cœur.
*Photo : le cheikh Assir sur le champ de bataille à Qousseir (Facebook).
Denisot, Venner, Moustaki : une semaine d’enfer
La mauvaise nouvelle, c’est que dix-sept Irakiens de confession chiite ont été abattus par des sunnites dans un bordel de Bagdad. Pire encore : Tarantino n’était pas présent pour filmer le carnage.
La mauvaise nouvelle, c’est que Dominique Venner s’est tiré une balle dans la bouche devant l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris, quadruplement affecté par son grand âge, son cancer, le mariage gay et l’islamisation de la société française. On présume qu’il voulait être un Mishima français. Sans vouloir l’accabler, je doute fort qu’il y soit parvenu. Si au moins Haneke avait été présent pour le filmer…..
La mauvaise nouvelle, c’est que Georges Moustaki a choisi une autre destination sans doute très lointaine pour affronter ses amis au tennis de table. Il nous manquera, mais Radio Nostalgie se fera un plaisir de nous rappeler qu’il est trop tard et que notre enfance est déjà si loin…Comme Gainsbourg, il aura droit à son biopic.
La mauvaise nouvelle, c’est qu’un militaire britannique en goguette a été décapité en plein jour à Londres par deux islamistes qui ont exigé, eux, que les passants les filment. Que ne ferait-on pour obtenir les grâces d’Allah !
La mauvaise nouvelle, c’est que le déséquilibré du Grand Journal n’est pas parvenu à effrayer suffisamment Michel Denisot à Cannes pour qu’il plie boutique. Le Festival n’a même été sorti de sa léthargie par ce simulacre de terrorisme. Je propose qu’il se tienne dorénavant à Bagdad, voire à Damas.
La bonne nouvelle, en revanche, nous vient de Bill Clinton …mais oui, l’ancien Président des États-Unis….. qui nous assure qu’il est optimiste sur l’avenir du monde. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il est bien le seul.
Mariage gay : les arguties du Conseil constitutionnel
Il ne sert à rien de « maudire ses juges », rappelait Beaumarchais. En revanche, rien n’interdit de jeter un regard critique sur leur jugement. Par exemple, examinons comment le Conseil constitutionnel, dans sa décision du 17 mai relative au « mariage pour tous », a écarté une question fort gênante qui l’aurait contraint à se heurter aux politiques en déclarant la loi non-conforme à la Constitution.
Parmi les règles formant ce qu’on appelle le « bloc de constitutionnalité », autrement dit, l’ensemble de normes suprêmes auxquelles les lois doivent se plier, figurent les « principes fondamentaux reconnus par les lois de la République », une catégorie simplement mentionnée par le Préambule de la Constitution de 1946, à laquelle le Conseil constitutionnel a donné depuis 1971 une importance de premier plan, en déterminant lui-même les « principes » en question. Bref, en dégageant de nouvelles règles constitutionnelles s’imposant au législateur. C’est pourquoi les spécialistes se sont interrogés sur les contours, initialement très flous, de cette catégorie : dès 1972, le publiciste Jean Rivero publie une tribune où il prend le Conseil à parti : « Quels principes ? Quelles lois ? Quelles Républiques ? » Des questions qui virent bientôt à l’accusation lorsque d’autres universitaires stigmatisent des principes « à géométrie variable, au contenu élastique et aux effets aléatoires.[1. D. Lochak, « Le Conseil constitutionnel protecteur des libertés », Pouvoirs, n° 13, 1980, p. 37.]» Ce mouvement contraint le Conseil à lever le voile sur le mode de création desdits principes dans une décision du 20 juillet 1988, où il explique qu’il y a un principe fondamental reconnu par les lois de la République « quand ledit principe se fonde sur une législation précise et constante, adoptée sous l’une des Républiques ayant précédé la constitution de 1946, et qu’il se trouve doté d’un caractère obligatoire et général ».
Il y a donc trois séries de critères : le fait de se fonder « sur une législation précise et constante », le fait que celle-ci a été « adoptée sous l’une des Républiques ayant précédé la constitution de 1946 », et enfin, le fait que le principe ait « un caractère obligatoire et général ». Trois critères, ni plus, ni moins. Lorsque l’un des trois fait défaut, le Conseil doit refuser d’y voir un principe : notamment, comme c’est le cas en 1988, lorsque la législation n’est pas « constante », ou qu’elle est assortie de dérogations importantes. Mais à l’inverse, lorsque les trois critères sont bien présents, le Conseil a l’obligation de reconnaître l’existence d’un de ces principes – sans quoi les critères en question n’auraient qu’une valeur indicative, le Conseil conservant toute liberté de les fabriquer selon son bon plaisir. Une situation inacceptable au regard du principe de « sécurité juridique » – sans même parler de l’atteinte au principe démocratique.
Or, c’est à une telle difficulté que se trouve confronté le Conseil avec la loi sur le mariage, puisque selon les requérants, « l’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe méconnaît le principe fondamental reconnu par les lois de la République selon lequel le mariage est l’union d’un homme et d’une femme » – un argument auquel il est obligé de répondre, et qui semble imparable. En effet, au regard des critères précités, la définition du droit au mariage comme n’étant ouvert qu’aux couples de sexes différents constitue incontestablement un principe doté d’ « un caractère obligatoire et général », fondé sur une législation « précise et constante (…) adoptée sous l’une des Républiques ayant précédé la constitution de 1946 ». Le problème est donc simple : comme ne réussir à ne pas le reconnaître, ce qui obligerait à annuler la loi – et donc, à susciter l’ire de la majorité ?
Le Conseil, en l’espèce, va donc faire montre de rares talents de contorsionniste en se livrant à un double mouvement qui a pu échapper à la foule, mais que les connaisseurs ont apprécié à sa juste valeur. Un mouvement figurant dans le considérant 21 de sa décision : « si la législation républicaine antérieure à 1946 et les lois postérieures ont, jusqu’à la loi déférée, regardé le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme, cette règle qui n’intéresse ni les droits et libertés fondamentaux, ni la souveraineté nationale, ni l’organisation des pouvoirs publics, ne peut constituer un principe fondamental reconnu par les lois de la République au sens du premier alinéa du Préambule de 1946 ».
Décomposons l’acrobatie : premier mouvement, le Conseil rajoute, de son propre chef, un quatrième critère, inédit, portant sur l’objet du « Principe fondamental » – lequel doit concerner « les droits et libertés fondamentaux », « la souveraineté nationale » ou « l’organisation des pouvoirs publics ». Où donc a-t-il « découvert », puisque tel est le terme consacré, ce quatrième critère ? Nulle part, si ce n’est peut-être dans le proverbe selon lequel nécessité fait loi : en l’espèce, la nécessité d’éviter une non-conformité qui aurait fait si mauvais genre…. Mais cette opportune innovation ne suffit pas à balayer la demande du requérant. Le Conseil va donc se livrer, dans un second mouvement, à une interprétation non moins surprenante de la notion de « droits et libertés fondamentaux », puisqu’elle le conduit à déclarer que le mariage n’en est pas un. Peu lui importe que l’article 12 de Convention européenne des droits de l’homme fasse du droit suivant lequel « à partir de l’âge nubile, l’homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l’exercice de ce droit » l’un des droits les plus essentiels et les plus intangibles ; peu lui chaut que l’article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques précise dans son alinéa 2 que « le droit de se marier et de fonder une famille est reconnu à l’homme et à la femme à partir de l’âge nubile. » Que lui-même ait déclaré, dans une récente décision[1. Décision n° 2010-92 QPC du 28 janvier 2011] – où il refusait du reste de reconnaître l’inconstitutionnalité de la législation restreignant le mariage aux couples hétérosexuels – que « la liberté du mariage, composante de la liberté personnelle, résulte des articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 », semble plus délicat : puisqu’on voit mal comment la règle délimitant l’étendue d’une liberté ou d’un droit fondamental, autrement dit, déterminant la consistance de cette dernière, pourrait ne pas « intéresser les droits et libertés fondamentaux »… Certains diront que le Conseil a tout bonnement changé la règle du jeu en cours de partie, les mauvaises langues ajouteront qu’il n’est plus à cela près. Les autres salueront l’artiste…
*Photo : ActuaLitté.
Paris 2014 : Faire du social, pas du socialisme
Vous êtes président délégué du Parti-Chrétien démocrate et semblez avoir « un pied dehors, un pied dedans » à l’UMP. Participer à la désignation du candidat unique de la droite pour Paris, n’est-ce pas risquer de perdre votre autonomie ? Ne craignez-vous pas d’être la caution sociale et catholique de l’UMP ?
Je suis en effet le seul participant dont la candidature permet d’attester que cette primaire est bien celle de la droite et du centre et non pas seulement une primaire interne à l’UMP.
Mon profil est différent de celui des autres candidats. J’essaie de concilier une fibre sociale qui me vient de mon engagement de chrétien avec une rigueur en matière de gestion des deniers publics qui découle de mon expérience de cadre dirigeant dans le privé. Arrivé récemment en politique, je ne suis pas l’héritier de ceux qui ont fait perdre notre camp depuis vingt ans à Paris, et j’essaie de garder ce lien de proximité authentique avec les Parisiens que certains « professionnels de la politique » ont perdu. Je ne risque donc en rien de perdre mon autonomie et ne suis la caution de personne. Bien au contraire, cette primaire me donne l’occasion d’affirmer une véritable liberté, de défendre des idées qui, sans ma candidature, ne seraient pas représentées, et d’offrir un profil différent à nos électeurs !
À l’exception du MRP, il n’y a jamais eu en France de grand parti chrétien. L’électorat catholique a toujours été divisé dans le spectre politique de l’extrême droite à la gauche. Comment définissez-vous la droite chrétienne ?
Avant toute chose, j’aimerais préciser que se reconnaître dans la « droite chrétienne » n’implique en aucun cas de devoir être chrétien soi-même et encore moins de s’adresser au seul électorat catholique, à supposer d’ailleurs qu’il existe ! Se reconnaître dans les valeurs de la « droite chrétienne », c’est avoir une certaine conception de l’Homme et de l’engagement en politique. C’est chercher à proposer des repères dans un monde libéral-libertaire à la dérive qui, on le constate chaque jour, broie l’individu et le chosifie.
Cela se traduit par l’adhésion à des principes forts, avant tout, choisir de remettre l’homme au cœur de toutes les préoccupations quand notre monde tend à le considérer comme une simple variable d’ajustement. C’est refuser cette société dans laquelle l’enfant ne devient plus qu’un simple droit que l’on réclame, cette société dans laquelle la femme ne devient plus qu’un ventre que l’on pourra bientôt monnayer via la GPA, cette société dans laquelle l’homme n’est plus qu’un simple facteur de production que l’on peut rentabiliser nuit et jour, dimanche inclus. Cela conduit à se préoccuper des plus faibles et des plus fragiles.
Seriez-vous secrètement de gauche ?
Non, pas du tout! Car je ne me contente pas de grands discours et d’une compassion feinte, comme une certaine gauche sait si bien le faire. Si je me dis chrétien démocrate et de droite, c’est que je suis attaché au sens du devoir, à la responsabilité individuelle et refuse énergiquement l’assistanat.
Mon appartenance à la droite chrétienne me fait rejeter les politiques qui enferment les gens dans l’exclusion en les mettant sous perfusion sociale, et leur préférer des incitations à l’emploi qui permettent une véritable insertion dans la société. Ma droite n’ignore pas les sans-abris mais s’occupe de leur réalité et de leurs difficultés. Je m’attaque aux causes et ne me contente pas de traiter les conséquences à coup de subventions et d’anesthésiques Concrètement, je refuse catégoriquement d’abandonner les jeunes aux mirages des salles de shoot, même au nom d’une prétendue « expérimentation ».
Bref, je compte faire du social, pas du socialisme !
On vous a beaucoup vu aux cotés des manifestants contre le mariage pour tous. Pensez-vous que l’effet Manif pour tous puisse se retrouver dans les urnes, voire devenir un « label » politique ? N’est-ce pas une mobilisation ponctuelle qui échappe à toute récupération politique ?
Bien que je sois engagé pour la famille depuis très longtemps, d’ailleurs bien avant que cela ne devienne à la mode, je ne suis pas de ceux qui veulent surfer sur la vague de la manif’ pour tous. Ceci dit, je pense être le candidat naturel de ceux qui se mobilisent contre la loi Hollande/Taubira par la clarté et l’ancienneté de mes engagements en la matière. Je suis le seul candidat à la primaire qui s’est engagé à ne pas marier de personnes du même sexe, le seul qui refuse de donner une filiation fictive aux enfants.
Vous fustigez la boboïsation de la capitale et critiquez NKM pour sa complaisance avec une certaine pensée unique qui plaît aux Parisiens. Mais que signifie être un candidat anti-bobos à Paris ?
Face au bilan de la gauche à Paris, nous avons une vraie responsabilité. Il ne faut pas faire du Delanoë édulcoré mais refuser la captation de la capitale par une élite autoproclamée qui veut imposer son modèle de pensée et ne se soucie que des revendications communautaristes de certains groupes. Moi, je suis le candidat des classes moyennes, pas celui des communautés et des lobbies, ni celui de la pensée unique. Je suis le candidat de ceux pour qui la crise est une réalité, et pas seulement un concept sur lequel on disserte dans les dîners mondains.
Je ne suis pas dans la posture, ni dans les coups de communication, mais dans l’authenticité et la défense de valeurs.
Dutilleux rend lyrique
Claude Debussy, Vincent d’Indy, Gabriel Fauré, Paul Dukas, Maurice Ravel, Édouard Lalo : à ces artistes rayonnant dans le monde entier, qui font de la France une grande nation de musique à l’égal de l’Allemagne ou de l’Italie, il convient d’ajouter Henri Dutilleux. Né en 1916, le compositeur a enrichi notre répertoire musical de pièces majeures depuis les années 1940. Bien que Dutilleux jouisse d’une renommée mondiale, son œuvre comporte seulement une vingtaine d’opus : mais chacun d’eux compte, et marque profondément le genre qu’il explore. Sa Sonate pour piano de 1948 figurera encore au répertoire dans cent ans ; ses deux Symphonies (1951 et 1959), par leur richesse mélodique et leur inventivité formelle, ont durablement renouvelé l’exercice. Et son concerto pour violoncelle Tout un monde lointain (1970), écrit pour l’archet de Rostropovitch, est resté unique pour ceci que son aboutissement total n’appelait pas de suite.
Certes, Dutilleux a été couvert d’honneurs : sur des photos fascinantes de 1938 on peut voir le jeune compositeur porté en triomphe dans les rues de Douai après son Grand Prix de Rome. La Maison de la radio lui avait aussi rendu un bel hommage il y a quelques semaines ; cérémonie qui fut l’occasion de lui remettre en avant-première l’enregistrement de ses Correspondances, interprétées par la soprano Barbara Hannigan et l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la férule d’Esa-Pekka Salonen.[access capability= »lire_inedits »] L’œuvre, créée en 2003, n’avait pas encore connu les honneurs du disque. Deutsche Grammophon venait d’y remédier.
Correspondances : ce cycle de mélodies joue sur la polysémie du terme, qui désigne un échange épistolaire et renvoie à Baudelaire, dont la poésie est d’ailleurs omniprésente dans l’univers du compositeur – il a donné pour titre à son concerto pour violoncelle un vers extrait de La Chevelure : « Tout un monde lointain, absent, presque défunt. »
Mais autant que de poésie, Dutilleux se nourrissait de peinture : son onirique poème symphonique de 1978, Timbres, Espace, Mouvement ou la Nuit étoilée, s’inspire de bout en bout de Van Gogh. Et dans les Correspondances métaphysiques, l’homme aux tournesols fait une nouvelle apparition à travers une lettre adressée à son frère Théo : « J’ai un besoin terrible de religion. Alors, je vais la nuit, dehors, pour peindre les étoiles. » La musique de Dutilleux accompagne librement les mots, comme si c’était un poème en prose. En 1993, dans un livre d’entretiens, Mystère et Mémoire des sons, le compositeur s’expliquait sur sa réticence à l’égard de la voix, le seul instrument qu’il ait délaissé : « C’est en effet une sérieuse lacune dans mon catalogue, une absence qui intrigue beaucoup de gens et que je ne parviens pas à m’expliquer : le plus bel instrument ! Comme s’il m’intimidait…» Avec ces Correspondances, la lacune était comblée.
À 97 ans, Henri Dutilleux avait encore une foule de projets. Il avait commencé l’écriture de nouveaux opus pour la voix, l’instrument si longtemps évité. Abordant les rivages du centenaire – sans la moindre sérénité et avec une soif intacte de création – il entendait encore beaucoup de musique dans sa tête. Aurait-il exploré de nouvelles voies, comme la musique religieuse ou, rêvons un peu, l’opéra ? Il a rejoint Debussy, Dukas, Ravel, Saint-Saëns, Lalo et sa femme Geneviève Joy – pianiste et muse – au paradis de l’inspiration et de la musique française. Les générations à venir n’ont pas fini de jouer Dutilleux, dont la musique n’est pas près de se démoder…[/access]
*Photo : CaZaTo Ma.
Face à Marine Le Pen, ils touchent le fond !
Comme il convient grammaticalement, ce « ils » est bisexuel ! En tout cas, pour ce billet, il l’est.
Marine Le Pen, occupée à du jardinage, est tombée dans une piscine vide et les conséquences de cette chute auraient pu être très graves. Heureusement pour elle et ses proches, le pire a été évité, et son courage a fait le reste.
On pouvait craindre, à cause de la pauvre inventivité de notre classe politique, une série de plaisanteries douteuses sur cet accident. A ma grande surprise, nous avons eu droit, sur ce plan, au calme plat.
Jusqu’aux tweets de Jean-Luc Mélenchon. Comment une personnalité aussi évidemment fine et cultivée peut-elle se laisser aller au point de violer ses propres règles de courtoisie et de décence en assumant, en revendiquant même, une grossière singularité qui, de fait, la distingue tristement et choque même beaucoup de ses partisans ?
A peine l’ai-je félicité d’être allé au Festival de Cannes, pour mettre du réel dans cet univers qui se repaît de sa représentation et d’un artificiel tellement déconnecté du dur métier de vivre évoqué par Cesare Pavese, qu’il s’est abandonné à cette goujaterie sans allure.
Même Benjamin Biolay la lui a reprochée en regrettant que Mélenchon tombe au niveau de Marine Le Pen comme si celle-ci s’était jamais permis de telles indélicatesses à la suite de mésaventures intimes ou familiales. Je vais finir par croire que le leader du Front de gauche laisse monter en lui une exaspération inversement proportionnelle à ses succès électoraux et et à la réussite de sa stratégie à l’encontre du FN.
On est toujours le nul de quelqu’un.
Nathalie Arthaud s’est déchaînée contre François Hollande, encore plus vilipendé que Nicolas Sarkozy, et sur Mélenchon renvoyé dans la catégorie des politiciens traditionnels à la pensée et au langage creux. Le bonheur des extrémismes est de pouvoir s’abandonner sans retenue à un jeu de massacre : plus le pouvoir est loin, plus l’insulte et l’outrance sont proches (Le Monde).
Heureusement, dans cette descente vers la bêtise, il y a toujours de l’UMP qui rôde quelque part. C’est souvent le même qui s’illustre et ne fait regretter à personne de ne pas y être. J’ai nommé Guillaume Peltier. De la droite stupide prétendue forte.
Il paraît qu’il faudra abolir, toutes affaires cessantes, la loi sur le mariage pour tous ou la réécrire quand l’opposition reviendra aux responsabilités. Alors qu’au sein de ce parti qui n’est plus dirigé, personne n’ignore que cette attitude de Matamore avant l’action se dissoudra le moment venu parce que tant d’autres chats à fouetter seront mis à la disposition de la droite incarnée, je l’espère, par d’autres lumières.
Guillaume Peltier aggrave son cas en prescrivant un boycott de NKM lors de la primaire pour les municipales à Paris. Elle a eu le tort de s’être abstenue pour le mariage gay, elle est incurablement intelligente et elle pourrait devenir, qui sait ?, une candidate plausible pour 2017, en tout cas pour 2022. En ce sens, qu’un Guillaume Peltier s’en prenne à elle relève d’une logique limpide : il faut chasser la meilleure.
C’est cet homme jeune qui prétend faire la loi au sein de l’UMP, imposer ses exigences et couvrir de ridicule ce conglomérat de force inexploitée, d’ambitions et d’ajustements erratiques à une actualité, qu’est devenu ce parti.
Je voudrais terminer sur une excellente nouvelle médiatique. Alors que Marine Le Pen avait déjà subi son épreuve, quand Jean-Luc Mélenchon tweetait bassement sur son infortune personnelle, Caroline Roux, sur C politique, recevait la présidente du FN. Je n’étais donc pas fou : il était possible de la questionner et de réagir à ses réponses sans faire à chaque seconde une surenchère dans l’agressivité, ton et visage compris. Aucune complaisance de la part de cette journaliste mais une courtoisie efficace et compétente tellement sûre d’elle qu’elle n’avait pas besoin de montrer pour la frime, à tous ceux susceptibles de la juger idéologiquement, comment elle était capable d’être à chaque seconde hargneuse et partiale (France 5).
Pour la première fois, Marine Le Pen a eu droit à un entretien qui n’a pas cherché à persuader que le FN était interdit ou qu’il devait l’être. Sur un autre registre que celui du grand Serge Moati, mais la démarche d’honnêteté, d’impartialité et d’intelligence était la même !
Cette responsable politique d’un parti quantitativement important a été accueillie, enfin, comme tous les autres reçus ailleurs, généralement, par contraste avec elle, dans une ambiance à la fois superficielle et bisounours.
Caroline Roux n’a pas touché le fond. Ouf !
*Photo : C politique.
Ça ira mieux quand la gauche sera au pouvoir
Une tornade fait une centaine de morts dans l’Oklahoma. Un immeuble s’effondre sur des ouvriers-esclaves au Bengladesh et fait près de 1200 victimes. A votre avis, lequel des deux sujets Hollywood va choisir dans un an ou deux pour faire un film catastrophe .
« Ce dont le Spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n’existe pas » Guy Debord, Commentaires sur la société du Spectacle.
Le mariage pour tous a été entériné par le Conseil Constitutionnel. Christine Boutin estime qu’ « il y a des lois supérieures à celles de la République. » Certainement… Mais pas en République.
Sinon, on n’empêche pas Christine Boutin d’aller vivre dans la théocratie de son choix. Je veux bien, même, lui payer son billet pour l’Arabie Saoudite. Euh non, en fait, je ne veux pas. Avec ce que son microparti a touché de l’UMP pour qu’elle ne se soit pas candidate à l’élection présidentielle, elle peut bien se le payer toute seule.
Je reviens au mariage pour tous. A l’acharnement des opposants. J’ai beau prendre le problème par tous les bouts (si je puis dire), je cherche dans l’histoire des exemples de manifestations qui ne cherchaient pas à obtenir ou défendre des droits mais à empêcher une partie de la population d’en obtenir de nouveaux. Si vous trouvez, écrivez au journal qui fera suivre.
Il ne me viendrait par exemple jamais à l’idée de manifester contre Christine Boutin pour lui retirer son droit à dire n’importe quoi. Au contraire, je perdrais un contre-exemple, une boussole qui indique le Sud.
Tenez, à propos du Sud, la semaine dernière, je vous disais que la Grèce allait mieux d’après la Troïka puisque le gouvernement avait fait subir de tels plans d’austérité à la population que bientôt le pays pourrait à nouveau emprunter sur les marchés. Je vous faisais remarquer tout de même qu’il n’y avait plus de système de santé et que le chômage touchait plus de 60% des jeunes. Je persiste : la Grèce va mieux. Elle a trouvé un moyen original de régler le problème du chômage et des retraites : il y a eu 477 suicides en 2011 soit une augmentation de 26%. Une ONG grecque, Klimaka, remarque que ces chiffres sont les plus élevés depuis 50 ans. Il n’y a évidemment aucune raison d’accuser les politiques d’austérité. Les Grecs se suicident surement à cause du mauvais temps. Il paraît qu’il fait pourri partout.
L’évasion fiscale, c’est 80 milliards d’euros par an. Bernard Cazeneuve, ministre du budget, a promis que si les fraudeurs ne régulaient pas leur situation, ils risqueraient jusqu’à 7 ans de prison. Ce qui veut dire, si j’ai bien compris, que ceux qui se sont goinfrés pendant des années, s’ils viennent voir Bernard Cazeneuve en disant « Je suis désolé, m’sieur, je recommencerai plus », ils vont s’en tirer avec quoi ? Deux heures de retenue et pas de dessert ? Ca n’aurait pas des petites allures d’amnistie fiscale, ça ? Comme quoi, si l’on veut être amnistié par les socialistes en 2013, il vaut mieux avoir planqué des millions aux îles Caïman que d’avoir cassé un ordinateur ou séquestré un patron pendant un mouvement social.
Georges Perros (1923_1978) aurait eu 90 ans. Penser à relire ses Papiers Collés (Gallimard/L’imaginaire). Idéal par temps gris de dérèglement climatique qui n’a rien à voir avec l’activité humaine, bien entendu : « Le moment à partir duquel on ne peut plus dire sa vérité, parce qu’elle est insupportable. Inécoutable. Indécente. Pire que de faire l’amour dans la rue. »
Pas gai, tout ça, n’est-ce pas ? Ne vous inquiétez pas, ça ira mieux quand la gauche sera au pouvoir.
Et puis lisez Perros
Mariage gay : fin de partie
L’hystérie prend des proportions ahurissantes. La loi Taubira a été votée et promulguée au terme d’un processus démocratique irréprochable. Elle a été validée par le Conseil constitutionnel, la plus haute instance juridique de notre pays, dont on ne peut pas dire qu’elle fleure le gauchisme. Or les tenants d’une droite dure continuent, comme ils disent, de ne rien lâcher ! La légalité, ils s’assoient dessus. Ce sont pourtant les mêmes qui se drapent dans le respect de la loi pour réclamer l’exemplarité de la répression de toute forme de délinquance, des caïds de la drogue aux incivilités ordinaires. Rien, absolument rien, ne justifie un tel déni de l’Etat de droit. Ni la récupération la plus éhontée des symboles de la résistance, comme on l’a vu avec l’effigie de Jean Moulin utilisée par les Hommen. Ni cette thématique développée jusqu’à la nausée d’une prétendue « décivilisation ». Qu’il y ait un malaise dans la société française, c’est indéniable. Mais utiliser l’accès d’une minorité à l’égalité des droits pour cristalliser les mécontentements, c’est à la fois réducteur, dangereux et lâche.
L’obsession anti-loi Taubira est telle que les événements les plus disparates y sont artificiellement ramenés. Des casseurs saccagent les abords du Trocadéro lors de la remise du trophée du PSG ? Aussitôt, des politiques de droite et des commentateurs réclament la tête du ministre de l’intérieur et du préfet de police de Paris non pas à cause des débordements, mais parce qu’ils estiment que les contestataires antimariage ont reçu un traitement inéquitable en comparaison. Angelina Jolie annonce qu’elle a subi une double mastectomie préventive ? Christine Boutin, au bord de l’évanouissement, twitte : « pour ressembler aux hommes ? Rire ! », interprétant la décision de l’actrice comme un acte militant inspiré de la théorie du genre – suivez mon regard. « Tonner contre », aurait raillé Flaubert dans son dictionnaire des idées reçues.
Il faut arrêter tout cela. Vigilance vis-à-vis des dérives de la modernité ? Oui. Mais pas dans un délire obsessionnel, qui porte la violence au cœur de milliers de personnes niées dans leurs droits. Tout cela n’a rien d’un jeu innocent. Les actes homophobes connaissent une hausse spectaculaire. Des propos d’une violence inacceptable sont tenus depuis des mois jusque dans le cadre des débats parlementaires (« vous êtes en train d’assassiner des enfants ! », etc.). Les familles homoparentales, qui devraient pouvoir désormais respirer normalement, redoutent encore de suivre les informations, craignant d’y trouver une nouvelle fois des gens enivrés de haine à leur égard, puisque « on ne lâche rien ». Quant à la droite dure, pour qui la gauche n’est pas légitime à gouverner par nature, elle portera la responsabilité d’avoir fait du mariage entre personnes de même sexe le bouc émissaire de sa diabolisation du pouvoir en place, au risque de fragiliser les institutions. Au risque, également, d’avoir aggravé le niveau de violence à l’encontre de milliers de ses concitoyens. On se souviendra enfin de ces maires qui annoncent leur refus d’appliquer la loi, au nom des mêmes notions dévoyées de résistance.
En épilogue provisoire et navrant du climat d’hystérie de notre pays, vient de survenir le suicide d’un historien d’extrême droite en pleine cathédrale Notre-Dame de Paris (qu’on puisse entrer avec une arme à feu dans un des édifices les plus symboliques de la France a de quoi surprendre, mais là n’est pas le propos). On pourra observer que cette atrocité n’a emporté que son auteur, contrairement aux poseurs de bombes islamistes[1. Aux dernières nouvelles, une activiste des Femen a parodié ce suicide à l’endroit même où il s’est produit, initiative dont l’obscénité ne peut que révolter et qui relève de la même inhumanité que celle des pires contempteurs de la loi Taubira.]. Pour autant, les catholiques les plus remontés feraient bien de ne pas en faire le martyr de leur cause, le néo-paganisme de Dominique Venner étant aussi éloigné que possible de l’esprit évangélique. On peut aussi ajouter que le rejet du mariage pour tous n’est qu’un des motifs de son acte, inspiré par une idéologie plus globale du déclin français dénonçant « l’immigration afro-maghrébine voulue par les mondialistes » (sic). Ce suicide est un acte de guerre, tendant à porter le combat politique sur d’autres terrains que celui de la légalité. Une invitation posthume à l’insurrection. À un degré certes bien plus extrême, n’est-ce pas un écho amplifié à ce « on ne lâche rien » ?
*Photo : -ANFAD-.
Les fauteurs de haine
On peut critiquer la gauche en tout et sur tout. C’est le rôle que Causeur s’est attribué, non sans succès, depuis quelques années déjà. On peut considérer, dans un fatras intellectuel sans pareil, que la social-démocratie est à la fois horriblement conservatrice (la question sociale) et ridiculement moderniste (les dossiers sociétaux). Causeur, parmi d’autres, nous a tambouriné l’esprit avec cette double accusation.
Sur les fautes et les tares de la gauche, je pourrais en remettre et en rajouter, notamment sur cette incapacité chronique à assumer son rôle historique envers ce qu’en langage marxiste, on a jadis baptisé les « classes populaires ». Mais inutile de piquer le fonds de commerce de Causeur. Nous ne serons jamais meilleurs, jamais plus efficaces dans ce genre et cette fonction qu’Élisabeth Lévy et son équipe.[access capability= »lire_inedits »] Chacun son rôle, chacun sa place… Non, soyez sans crainte, je plaisante. À peine…
Plus sérieusement, j’aurais attendu et espéré de Causeur qu’il analyse en profondeur et qu’il dénonce, oui, qu’il dénonce la radicalisation politique et idéologique de la droite. Car cette radicalisation est fauteuse de guerre et de haine civile. Je ne comprends pas pourquoi un républicain de droite, un démocrate de droite ne serait pas en mesure de l’énoncer à haute et intelligible voix. D’une voix d’autant plus forte qu’il est, précisément, de droite.
J’aurais envie de dire à mes confrères de Causeur qu’ils auraient dû rompre avec Nicolas Sarkozy dès lors qu’il avait inventé ce « monstre » conceptuel liant dans un même ministère le délitement de notre identité nationale à l’immigration ; qu’ils ne pouvaient pas accepter que, sur le même sujet d’importance, l’identité nationale, l’UMP utilise le thème pour jouer un coup politique mettant en scène (pour mieux les dénoncer) l’islam et les musulmans ; qu’ils auraient dû hurler de rage, tout comme nous à Marianne, quand, à Grenoble, à l’été 2010, le président de la République s’est perdu dans un discours à tonalité maurrassienne. Or, votre réaction a été étonnamment mesurée. Un pour, un contre, que chacun se fasse son idée. De ce quasi-silence, de cette mesure, oui, je vous en veux.
Car, évidemment, dans ce débat essentiel qui traverse la société française − quelle droite pour quelle République ? −, vous avez joué votre rôle, un rôle d’ailleurs non négligeable ; mais, à mon sens, un rôle négatif. Et puisque je prends la politique (très) au sérieux, j’attendais de vous, que je lis avec attention et minutie, que vous en appeliez à une droite qui unit au lieu de fracturer, à une droite qui réunisse au lieu de fragmenter sans discontinuer la communauté française, à une droite authentiquement républicaine. La droite sarkozyste ne l’était plus, authentiquement républicaine. Vous n’avez cessé de le nier. Pourquoi ? En raison de quel aveuglement idéologique ?
Si je m’autorise à revenir sur l’épisode du sarkozysme, ce n’est certes pas que je radote. Pas encore… C’est que la fatwa édictée par l’ex-Président, interdisant dans son camp tout bilan du sarkozysme, a laissé le terrain libre à la droite de la droite, à une droite de guerre civile, à une droite sans retenue, à une droite no limit, à une droite qui n’hésite plus à utiliser la haine envers la gauche et ses chefs comme comportement et symboliques politiques.
Ce n’est pas une blague : envers la droite, j’en appelle Causeur et Élisabeth Lévy à la modération, à l’esprit de responsabilité. Dès lors, nous pourrons cogner ensemble sur la… gauche.[/access]
Nécrologico-commercial !
« Avec Georges Moustaki c’est une des dernières légendes , artiste et poète , qui disparaît ! Ses plus grands succès sont chez Universal ! RIP ». Ainsi twittait Pascal Nègre, PDG d’Universal ce matin à l’annonce du décès de l’auteur du « Métèque » et de « Milord ». On s’est beaucoup moqué ensuite, sur le réseau, de ce tweet nécrologico-commercial. Certains évoquaient l’anniversaire de la mort du petit Grégory provoquant une publicité d’un magasin de bricolage pour des cordelettes tandis que d’autres imaginaient une réclame d’EDF à l’occasion de la mort de Clo-Clo. Mais si Pascal Nègre était en avance sur son temps ? Faire de la mort un événement commercial, n’est ce pas furieusement moderne ? Ne reculant devant rien, j’ai contacté mon notaire afin qu’il autorise tout mécène à financer mes obsèques, lorsque je passerai de vie à trépas. Dans mes rêves les plus fous, j’imagine une sorte de caravane du Tour de France précéder le corbillard transportant ma dépouille dans un magnifique cercueil siglé Causeur.
Et il me vient à regretter qu’Elisabeth ait renoncé à jamais de twitter. Vous imaginez ? « Avec David Desgouilles, c’est une de nos plus talentueuses plumes qui disparaît ! Ses plus belles chroniques sont sur Causeur ! RIP ». La classe, non ?
Liban : la guerre civile reprend… en Syrie
Quand la Syrie s’embrase, c’est toute la poudrière moyen-orientale qui prend feu. Un million et demi de réfugiés dans les pays limitrophes, de mystérieux attentats en Turquie, un Kurdistan en pleine recomposition, et voilà un siècle de statu quo parti en éclats.
Crise syrienne ou pas, il est malheureusement une constante indépassable : le psychodrame libanais revient chaque année de plus belle, au rythme des ingérences étrangères qui – cruel paradoxe – rallument régulièrement le spectre de la guerre civile. Et le retrait de l’armée syrienne en 2005 n’a rien changé à l’affaire. Plus que jamais, on peut diviser le paysage politique libanais suivant une double ligne de faille : le rapport aux Etats-Unis et à l’Arabie Saoudite d’un côté, la relation à la Syrie de l’autre. Suivant cette dichotomie nettement plus pertinente que le clivage droite/gauche, on trouve côte à côte les chrétiens aounistes du CPL, les chiites d’Amal et du Hezbollah, le Baath libanais et le Parti social nationaliste syrien, fidèles alliés de Damas regroupés au sein de l’alliance du 8 mars. En face, les sunnites hariristes, les chrétiens phalangistes ou membres des Forces libanaises, et quelques électrons libres forment le camp du 14 mars, rassemblement scellé au lendemain de la mort de Rafic Hariri. Avec comme faiseur de rois le Parti socialiste progressiste du druze Walid Joumblatt, voici le tableau dressé. Comme en 2011, le passage de Joumblatt d’une rive à l’autre a récemment permis le basculement de la majorité parlementaire sans qu’aucune élection n’ait lieu. Résultat : un clou chasse l’autre, Mikati ayant succédé à Saad Hariri il y a deux ans avant d’être écarté par Tammam Salam, qui dirige un cabinet fantôme depuis quelques semaines, faute d’accord entre les différentes forces partisanes pour composer un gouvernement.
À quelques semaines des élections législatives, le torchon brûle toujours autour du mode de scrutin. Exit le projet ultraconfessionnel orthodoxe qui prévoyait de faire élire les députés maronites par les maronites, les chiites par les chiites, les druzes par les druzes, etc. Bis repetita : en l’absence de consensus, la loi électorale en vigueur, instituée en… 1960, servira de base aux élections de juin… si ces dernières se tiennent en temps et en heure. Retour au statu quo ex ante donc, au nez et à la barbe de Michel Aoun, dont les dernières sorties médiatiques sont autant de déclarations de guerre (verbale) à son coreligionnaire Samir Geagea…
Non loin de là, à quelques encablures du Liban, la guerre civile libanaise reprend de plus belle en territoire syrien. À Qousseir, une position stratégique que l’armée syrienne vient d’arracher à la rébellion, des troupes d’élite du Hezbollah bataillent aux côtés des troupes d’Assad contre les insurgés sunnites et quelques salafistes libanais venus leur prêter main forte, dont l’inénarrable cheikh Assir. Ce dernier s’est affiché arborant une kalachnikov rutilante sur la ligne de front, mettant ainsi en actes son appel au jihad anti-Assad. Ces combats entre chiites et sunnites libanais, s’ils se déroulent en terre étrangère, rappellent un triste souvenir aux éditorialistes levantins.
Au printemps 2008, une petite semaine d’affrontements avait mis le Liban à feu et à sang en opposant notamment les miliciens du Hezbollah aux mercenaires du Courant du Futur haririste, pour une (pas si) banale histoire de réseau de téléphonie privé aux mains du parti chiite. Bilan : plus de quatre-vingt-morts et un refrain que tout le monde ne cesse d’entonner : plus jamais ça. C’est peut-être l’odeur du sang qui sauvera le Liban d’une double discorde sur son sol. De Qousseir la syrienne à Tripoli, où sunnites et alaouites se tiennent en ligne de mire, les tenants du choc des civilisations en sont aujourd’hui pour leurs frais tant les lignes de front fracturent chaque communauté religieuse en plein cœur.
*Photo : le cheikh Assir sur le champ de bataille à Qousseir (Facebook).
Denisot, Venner, Moustaki : une semaine d’enfer
La mauvaise nouvelle, c’est que dix-sept Irakiens de confession chiite ont été abattus par des sunnites dans un bordel de Bagdad. Pire encore : Tarantino n’était pas présent pour filmer le carnage.
La mauvaise nouvelle, c’est que Dominique Venner s’est tiré une balle dans la bouche devant l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris, quadruplement affecté par son grand âge, son cancer, le mariage gay et l’islamisation de la société française. On présume qu’il voulait être un Mishima français. Sans vouloir l’accabler, je doute fort qu’il y soit parvenu. Si au moins Haneke avait été présent pour le filmer…..
La mauvaise nouvelle, c’est que Georges Moustaki a choisi une autre destination sans doute très lointaine pour affronter ses amis au tennis de table. Il nous manquera, mais Radio Nostalgie se fera un plaisir de nous rappeler qu’il est trop tard et que notre enfance est déjà si loin…Comme Gainsbourg, il aura droit à son biopic.
La mauvaise nouvelle, c’est qu’un militaire britannique en goguette a été décapité en plein jour à Londres par deux islamistes qui ont exigé, eux, que les passants les filment. Que ne ferait-on pour obtenir les grâces d’Allah !
La mauvaise nouvelle, c’est que le déséquilibré du Grand Journal n’est pas parvenu à effrayer suffisamment Michel Denisot à Cannes pour qu’il plie boutique. Le Festival n’a même été sorti de sa léthargie par ce simulacre de terrorisme. Je propose qu’il se tienne dorénavant à Bagdad, voire à Damas.
La bonne nouvelle, en revanche, nous vient de Bill Clinton …mais oui, l’ancien Président des États-Unis….. qui nous assure qu’il est optimiste sur l’avenir du monde. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il est bien le seul.
Mariage gay : les arguties du Conseil constitutionnel
Il ne sert à rien de « maudire ses juges », rappelait Beaumarchais. En revanche, rien n’interdit de jeter un regard critique sur leur jugement. Par exemple, examinons comment le Conseil constitutionnel, dans sa décision du 17 mai relative au « mariage pour tous », a écarté une question fort gênante qui l’aurait contraint à se heurter aux politiques en déclarant la loi non-conforme à la Constitution.
Parmi les règles formant ce qu’on appelle le « bloc de constitutionnalité », autrement dit, l’ensemble de normes suprêmes auxquelles les lois doivent se plier, figurent les « principes fondamentaux reconnus par les lois de la République », une catégorie simplement mentionnée par le Préambule de la Constitution de 1946, à laquelle le Conseil constitutionnel a donné depuis 1971 une importance de premier plan, en déterminant lui-même les « principes » en question. Bref, en dégageant de nouvelles règles constitutionnelles s’imposant au législateur. C’est pourquoi les spécialistes se sont interrogés sur les contours, initialement très flous, de cette catégorie : dès 1972, le publiciste Jean Rivero publie une tribune où il prend le Conseil à parti : « Quels principes ? Quelles lois ? Quelles Républiques ? » Des questions qui virent bientôt à l’accusation lorsque d’autres universitaires stigmatisent des principes « à géométrie variable, au contenu élastique et aux effets aléatoires.[1. D. Lochak, « Le Conseil constitutionnel protecteur des libertés », Pouvoirs, n° 13, 1980, p. 37.]» Ce mouvement contraint le Conseil à lever le voile sur le mode de création desdits principes dans une décision du 20 juillet 1988, où il explique qu’il y a un principe fondamental reconnu par les lois de la République « quand ledit principe se fonde sur une législation précise et constante, adoptée sous l’une des Républiques ayant précédé la constitution de 1946, et qu’il se trouve doté d’un caractère obligatoire et général ».
Il y a donc trois séries de critères : le fait de se fonder « sur une législation précise et constante », le fait que celle-ci a été « adoptée sous l’une des Républiques ayant précédé la constitution de 1946 », et enfin, le fait que le principe ait « un caractère obligatoire et général ». Trois critères, ni plus, ni moins. Lorsque l’un des trois fait défaut, le Conseil doit refuser d’y voir un principe : notamment, comme c’est le cas en 1988, lorsque la législation n’est pas « constante », ou qu’elle est assortie de dérogations importantes. Mais à l’inverse, lorsque les trois critères sont bien présents, le Conseil a l’obligation de reconnaître l’existence d’un de ces principes – sans quoi les critères en question n’auraient qu’une valeur indicative, le Conseil conservant toute liberté de les fabriquer selon son bon plaisir. Une situation inacceptable au regard du principe de « sécurité juridique » – sans même parler de l’atteinte au principe démocratique.
Or, c’est à une telle difficulté que se trouve confronté le Conseil avec la loi sur le mariage, puisque selon les requérants, « l’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe méconnaît le principe fondamental reconnu par les lois de la République selon lequel le mariage est l’union d’un homme et d’une femme » – un argument auquel il est obligé de répondre, et qui semble imparable. En effet, au regard des critères précités, la définition du droit au mariage comme n’étant ouvert qu’aux couples de sexes différents constitue incontestablement un principe doté d’ « un caractère obligatoire et général », fondé sur une législation « précise et constante (…) adoptée sous l’une des Républiques ayant précédé la constitution de 1946 ». Le problème est donc simple : comme ne réussir à ne pas le reconnaître, ce qui obligerait à annuler la loi – et donc, à susciter l’ire de la majorité ?
Le Conseil, en l’espèce, va donc faire montre de rares talents de contorsionniste en se livrant à un double mouvement qui a pu échapper à la foule, mais que les connaisseurs ont apprécié à sa juste valeur. Un mouvement figurant dans le considérant 21 de sa décision : « si la législation républicaine antérieure à 1946 et les lois postérieures ont, jusqu’à la loi déférée, regardé le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme, cette règle qui n’intéresse ni les droits et libertés fondamentaux, ni la souveraineté nationale, ni l’organisation des pouvoirs publics, ne peut constituer un principe fondamental reconnu par les lois de la République au sens du premier alinéa du Préambule de 1946 ».
Décomposons l’acrobatie : premier mouvement, le Conseil rajoute, de son propre chef, un quatrième critère, inédit, portant sur l’objet du « Principe fondamental » – lequel doit concerner « les droits et libertés fondamentaux », « la souveraineté nationale » ou « l’organisation des pouvoirs publics ». Où donc a-t-il « découvert », puisque tel est le terme consacré, ce quatrième critère ? Nulle part, si ce n’est peut-être dans le proverbe selon lequel nécessité fait loi : en l’espèce, la nécessité d’éviter une non-conformité qui aurait fait si mauvais genre…. Mais cette opportune innovation ne suffit pas à balayer la demande du requérant. Le Conseil va donc se livrer, dans un second mouvement, à une interprétation non moins surprenante de la notion de « droits et libertés fondamentaux », puisqu’elle le conduit à déclarer que le mariage n’en est pas un. Peu lui importe que l’article 12 de Convention européenne des droits de l’homme fasse du droit suivant lequel « à partir de l’âge nubile, l’homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l’exercice de ce droit » l’un des droits les plus essentiels et les plus intangibles ; peu lui chaut que l’article 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques précise dans son alinéa 2 que « le droit de se marier et de fonder une famille est reconnu à l’homme et à la femme à partir de l’âge nubile. » Que lui-même ait déclaré, dans une récente décision[1. Décision n° 2010-92 QPC du 28 janvier 2011] – où il refusait du reste de reconnaître l’inconstitutionnalité de la législation restreignant le mariage aux couples hétérosexuels – que « la liberté du mariage, composante de la liberté personnelle, résulte des articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 », semble plus délicat : puisqu’on voit mal comment la règle délimitant l’étendue d’une liberté ou d’un droit fondamental, autrement dit, déterminant la consistance de cette dernière, pourrait ne pas « intéresser les droits et libertés fondamentaux »… Certains diront que le Conseil a tout bonnement changé la règle du jeu en cours de partie, les mauvaises langues ajouteront qu’il n’est plus à cela près. Les autres salueront l’artiste…
*Photo : ActuaLitté.
Paris 2014 : Faire du social, pas du socialisme
Vous êtes président délégué du Parti-Chrétien démocrate et semblez avoir « un pied dehors, un pied dedans » à l’UMP. Participer à la désignation du candidat unique de la droite pour Paris, n’est-ce pas risquer de perdre votre autonomie ? Ne craignez-vous pas d’être la caution sociale et catholique de l’UMP ?
Je suis en effet le seul participant dont la candidature permet d’attester que cette primaire est bien celle de la droite et du centre et non pas seulement une primaire interne à l’UMP.
Mon profil est différent de celui des autres candidats. J’essaie de concilier une fibre sociale qui me vient de mon engagement de chrétien avec une rigueur en matière de gestion des deniers publics qui découle de mon expérience de cadre dirigeant dans le privé. Arrivé récemment en politique, je ne suis pas l’héritier de ceux qui ont fait perdre notre camp depuis vingt ans à Paris, et j’essaie de garder ce lien de proximité authentique avec les Parisiens que certains « professionnels de la politique » ont perdu. Je ne risque donc en rien de perdre mon autonomie et ne suis la caution de personne. Bien au contraire, cette primaire me donne l’occasion d’affirmer une véritable liberté, de défendre des idées qui, sans ma candidature, ne seraient pas représentées, et d’offrir un profil différent à nos électeurs !
À l’exception du MRP, il n’y a jamais eu en France de grand parti chrétien. L’électorat catholique a toujours été divisé dans le spectre politique de l’extrême droite à la gauche. Comment définissez-vous la droite chrétienne ?
Avant toute chose, j’aimerais préciser que se reconnaître dans la « droite chrétienne » n’implique en aucun cas de devoir être chrétien soi-même et encore moins de s’adresser au seul électorat catholique, à supposer d’ailleurs qu’il existe ! Se reconnaître dans les valeurs de la « droite chrétienne », c’est avoir une certaine conception de l’Homme et de l’engagement en politique. C’est chercher à proposer des repères dans un monde libéral-libertaire à la dérive qui, on le constate chaque jour, broie l’individu et le chosifie.
Cela se traduit par l’adhésion à des principes forts, avant tout, choisir de remettre l’homme au cœur de toutes les préoccupations quand notre monde tend à le considérer comme une simple variable d’ajustement. C’est refuser cette société dans laquelle l’enfant ne devient plus qu’un simple droit que l’on réclame, cette société dans laquelle la femme ne devient plus qu’un ventre que l’on pourra bientôt monnayer via la GPA, cette société dans laquelle l’homme n’est plus qu’un simple facteur de production que l’on peut rentabiliser nuit et jour, dimanche inclus. Cela conduit à se préoccuper des plus faibles et des plus fragiles.
Seriez-vous secrètement de gauche ?
Non, pas du tout! Car je ne me contente pas de grands discours et d’une compassion feinte, comme une certaine gauche sait si bien le faire. Si je me dis chrétien démocrate et de droite, c’est que je suis attaché au sens du devoir, à la responsabilité individuelle et refuse énergiquement l’assistanat.
Mon appartenance à la droite chrétienne me fait rejeter les politiques qui enferment les gens dans l’exclusion en les mettant sous perfusion sociale, et leur préférer des incitations à l’emploi qui permettent une véritable insertion dans la société. Ma droite n’ignore pas les sans-abris mais s’occupe de leur réalité et de leurs difficultés. Je m’attaque aux causes et ne me contente pas de traiter les conséquences à coup de subventions et d’anesthésiques Concrètement, je refuse catégoriquement d’abandonner les jeunes aux mirages des salles de shoot, même au nom d’une prétendue « expérimentation ».
Bref, je compte faire du social, pas du socialisme !
On vous a beaucoup vu aux cotés des manifestants contre le mariage pour tous. Pensez-vous que l’effet Manif pour tous puisse se retrouver dans les urnes, voire devenir un « label » politique ? N’est-ce pas une mobilisation ponctuelle qui échappe à toute récupération politique ?
Bien que je sois engagé pour la famille depuis très longtemps, d’ailleurs bien avant que cela ne devienne à la mode, je ne suis pas de ceux qui veulent surfer sur la vague de la manif’ pour tous. Ceci dit, je pense être le candidat naturel de ceux qui se mobilisent contre la loi Hollande/Taubira par la clarté et l’ancienneté de mes engagements en la matière. Je suis le seul candidat à la primaire qui s’est engagé à ne pas marier de personnes du même sexe, le seul qui refuse de donner une filiation fictive aux enfants.
Vous fustigez la boboïsation de la capitale et critiquez NKM pour sa complaisance avec une certaine pensée unique qui plaît aux Parisiens. Mais que signifie être un candidat anti-bobos à Paris ?
Face au bilan de la gauche à Paris, nous avons une vraie responsabilité. Il ne faut pas faire du Delanoë édulcoré mais refuser la captation de la capitale par une élite autoproclamée qui veut imposer son modèle de pensée et ne se soucie que des revendications communautaristes de certains groupes. Moi, je suis le candidat des classes moyennes, pas celui des communautés et des lobbies, ni celui de la pensée unique. Je suis le candidat de ceux pour qui la crise est une réalité, et pas seulement un concept sur lequel on disserte dans les dîners mondains.
Je ne suis pas dans la posture, ni dans les coups de communication, mais dans l’authenticité et la défense de valeurs.
Dutilleux rend lyrique
Claude Debussy, Vincent d’Indy, Gabriel Fauré, Paul Dukas, Maurice Ravel, Édouard Lalo : à ces artistes rayonnant dans le monde entier, qui font de la France une grande nation de musique à l’égal de l’Allemagne ou de l’Italie, il convient d’ajouter Henri Dutilleux. Né en 1916, le compositeur a enrichi notre répertoire musical de pièces majeures depuis les années 1940. Bien que Dutilleux jouisse d’une renommée mondiale, son œuvre comporte seulement une vingtaine d’opus : mais chacun d’eux compte, et marque profondément le genre qu’il explore. Sa Sonate pour piano de 1948 figurera encore au répertoire dans cent ans ; ses deux Symphonies (1951 et 1959), par leur richesse mélodique et leur inventivité formelle, ont durablement renouvelé l’exercice. Et son concerto pour violoncelle Tout un monde lointain (1970), écrit pour l’archet de Rostropovitch, est resté unique pour ceci que son aboutissement total n’appelait pas de suite.
Certes, Dutilleux a été couvert d’honneurs : sur des photos fascinantes de 1938 on peut voir le jeune compositeur porté en triomphe dans les rues de Douai après son Grand Prix de Rome. La Maison de la radio lui avait aussi rendu un bel hommage il y a quelques semaines ; cérémonie qui fut l’occasion de lui remettre en avant-première l’enregistrement de ses Correspondances, interprétées par la soprano Barbara Hannigan et l’Orchestre philharmonique de Radio France sous la férule d’Esa-Pekka Salonen.[access capability= »lire_inedits »] L’œuvre, créée en 2003, n’avait pas encore connu les honneurs du disque. Deutsche Grammophon venait d’y remédier.
Correspondances : ce cycle de mélodies joue sur la polysémie du terme, qui désigne un échange épistolaire et renvoie à Baudelaire, dont la poésie est d’ailleurs omniprésente dans l’univers du compositeur – il a donné pour titre à son concerto pour violoncelle un vers extrait de La Chevelure : « Tout un monde lointain, absent, presque défunt. »
Mais autant que de poésie, Dutilleux se nourrissait de peinture : son onirique poème symphonique de 1978, Timbres, Espace, Mouvement ou la Nuit étoilée, s’inspire de bout en bout de Van Gogh. Et dans les Correspondances métaphysiques, l’homme aux tournesols fait une nouvelle apparition à travers une lettre adressée à son frère Théo : « J’ai un besoin terrible de religion. Alors, je vais la nuit, dehors, pour peindre les étoiles. » La musique de Dutilleux accompagne librement les mots, comme si c’était un poème en prose. En 1993, dans un livre d’entretiens, Mystère et Mémoire des sons, le compositeur s’expliquait sur sa réticence à l’égard de la voix, le seul instrument qu’il ait délaissé : « C’est en effet une sérieuse lacune dans mon catalogue, une absence qui intrigue beaucoup de gens et que je ne parviens pas à m’expliquer : le plus bel instrument ! Comme s’il m’intimidait…» Avec ces Correspondances, la lacune était comblée.
À 97 ans, Henri Dutilleux avait encore une foule de projets. Il avait commencé l’écriture de nouveaux opus pour la voix, l’instrument si longtemps évité. Abordant les rivages du centenaire – sans la moindre sérénité et avec une soif intacte de création – il entendait encore beaucoup de musique dans sa tête. Aurait-il exploré de nouvelles voies, comme la musique religieuse ou, rêvons un peu, l’opéra ? Il a rejoint Debussy, Dukas, Ravel, Saint-Saëns, Lalo et sa femme Geneviève Joy – pianiste et muse – au paradis de l’inspiration et de la musique française. Les générations à venir n’ont pas fini de jouer Dutilleux, dont la musique n’est pas près de se démoder…[/access]
*Photo : CaZaTo Ma.
Face à Marine Le Pen, ils touchent le fond !
Comme il convient grammaticalement, ce « ils » est bisexuel ! En tout cas, pour ce billet, il l’est.
Marine Le Pen, occupée à du jardinage, est tombée dans une piscine vide et les conséquences de cette chute auraient pu être très graves. Heureusement pour elle et ses proches, le pire a été évité, et son courage a fait le reste.
On pouvait craindre, à cause de la pauvre inventivité de notre classe politique, une série de plaisanteries douteuses sur cet accident. A ma grande surprise, nous avons eu droit, sur ce plan, au calme plat.
Jusqu’aux tweets de Jean-Luc Mélenchon. Comment une personnalité aussi évidemment fine et cultivée peut-elle se laisser aller au point de violer ses propres règles de courtoisie et de décence en assumant, en revendiquant même, une grossière singularité qui, de fait, la distingue tristement et choque même beaucoup de ses partisans ?
A peine l’ai-je félicité d’être allé au Festival de Cannes, pour mettre du réel dans cet univers qui se repaît de sa représentation et d’un artificiel tellement déconnecté du dur métier de vivre évoqué par Cesare Pavese, qu’il s’est abandonné à cette goujaterie sans allure.
Même Benjamin Biolay la lui a reprochée en regrettant que Mélenchon tombe au niveau de Marine Le Pen comme si celle-ci s’était jamais permis de telles indélicatesses à la suite de mésaventures intimes ou familiales. Je vais finir par croire que le leader du Front de gauche laisse monter en lui une exaspération inversement proportionnelle à ses succès électoraux et et à la réussite de sa stratégie à l’encontre du FN.
On est toujours le nul de quelqu’un.
Nathalie Arthaud s’est déchaînée contre François Hollande, encore plus vilipendé que Nicolas Sarkozy, et sur Mélenchon renvoyé dans la catégorie des politiciens traditionnels à la pensée et au langage creux. Le bonheur des extrémismes est de pouvoir s’abandonner sans retenue à un jeu de massacre : plus le pouvoir est loin, plus l’insulte et l’outrance sont proches (Le Monde).
Heureusement, dans cette descente vers la bêtise, il y a toujours de l’UMP qui rôde quelque part. C’est souvent le même qui s’illustre et ne fait regretter à personne de ne pas y être. J’ai nommé Guillaume Peltier. De la droite stupide prétendue forte.
Il paraît qu’il faudra abolir, toutes affaires cessantes, la loi sur le mariage pour tous ou la réécrire quand l’opposition reviendra aux responsabilités. Alors qu’au sein de ce parti qui n’est plus dirigé, personne n’ignore que cette attitude de Matamore avant l’action se dissoudra le moment venu parce que tant d’autres chats à fouetter seront mis à la disposition de la droite incarnée, je l’espère, par d’autres lumières.
Guillaume Peltier aggrave son cas en prescrivant un boycott de NKM lors de la primaire pour les municipales à Paris. Elle a eu le tort de s’être abstenue pour le mariage gay, elle est incurablement intelligente et elle pourrait devenir, qui sait ?, une candidate plausible pour 2017, en tout cas pour 2022. En ce sens, qu’un Guillaume Peltier s’en prenne à elle relève d’une logique limpide : il faut chasser la meilleure.
C’est cet homme jeune qui prétend faire la loi au sein de l’UMP, imposer ses exigences et couvrir de ridicule ce conglomérat de force inexploitée, d’ambitions et d’ajustements erratiques à une actualité, qu’est devenu ce parti.
Je voudrais terminer sur une excellente nouvelle médiatique. Alors que Marine Le Pen avait déjà subi son épreuve, quand Jean-Luc Mélenchon tweetait bassement sur son infortune personnelle, Caroline Roux, sur C politique, recevait la présidente du FN. Je n’étais donc pas fou : il était possible de la questionner et de réagir à ses réponses sans faire à chaque seconde une surenchère dans l’agressivité, ton et visage compris. Aucune complaisance de la part de cette journaliste mais une courtoisie efficace et compétente tellement sûre d’elle qu’elle n’avait pas besoin de montrer pour la frime, à tous ceux susceptibles de la juger idéologiquement, comment elle était capable d’être à chaque seconde hargneuse et partiale (France 5).
Pour la première fois, Marine Le Pen a eu droit à un entretien qui n’a pas cherché à persuader que le FN était interdit ou qu’il devait l’être. Sur un autre registre que celui du grand Serge Moati, mais la démarche d’honnêteté, d’impartialité et d’intelligence était la même !
Cette responsable politique d’un parti quantitativement important a été accueillie, enfin, comme tous les autres reçus ailleurs, généralement, par contraste avec elle, dans une ambiance à la fois superficielle et bisounours.
Caroline Roux n’a pas touché le fond. Ouf !
*Photo : C politique.
Ça ira mieux quand la gauche sera au pouvoir
Une tornade fait une centaine de morts dans l’Oklahoma. Un immeuble s’effondre sur des ouvriers-esclaves au Bengladesh et fait près de 1200 victimes. A votre avis, lequel des deux sujets Hollywood va choisir dans un an ou deux pour faire un film catastrophe .
« Ce dont le Spectacle peut cesser de parler pendant trois jours est comme ce qui n’existe pas » Guy Debord, Commentaires sur la société du Spectacle.
Le mariage pour tous a été entériné par le Conseil Constitutionnel. Christine Boutin estime qu’ « il y a des lois supérieures à celles de la République. » Certainement… Mais pas en République.
Sinon, on n’empêche pas Christine Boutin d’aller vivre dans la théocratie de son choix. Je veux bien, même, lui payer son billet pour l’Arabie Saoudite. Euh non, en fait, je ne veux pas. Avec ce que son microparti a touché de l’UMP pour qu’elle ne se soit pas candidate à l’élection présidentielle, elle peut bien se le payer toute seule.
Je reviens au mariage pour tous. A l’acharnement des opposants. J’ai beau prendre le problème par tous les bouts (si je puis dire), je cherche dans l’histoire des exemples de manifestations qui ne cherchaient pas à obtenir ou défendre des droits mais à empêcher une partie de la population d’en obtenir de nouveaux. Si vous trouvez, écrivez au journal qui fera suivre.
Il ne me viendrait par exemple jamais à l’idée de manifester contre Christine Boutin pour lui retirer son droit à dire n’importe quoi. Au contraire, je perdrais un contre-exemple, une boussole qui indique le Sud.
Tenez, à propos du Sud, la semaine dernière, je vous disais que la Grèce allait mieux d’après la Troïka puisque le gouvernement avait fait subir de tels plans d’austérité à la population que bientôt le pays pourrait à nouveau emprunter sur les marchés. Je vous faisais remarquer tout de même qu’il n’y avait plus de système de santé et que le chômage touchait plus de 60% des jeunes. Je persiste : la Grèce va mieux. Elle a trouvé un moyen original de régler le problème du chômage et des retraites : il y a eu 477 suicides en 2011 soit une augmentation de 26%. Une ONG grecque, Klimaka, remarque que ces chiffres sont les plus élevés depuis 50 ans. Il n’y a évidemment aucune raison d’accuser les politiques d’austérité. Les Grecs se suicident surement à cause du mauvais temps. Il paraît qu’il fait pourri partout.
L’évasion fiscale, c’est 80 milliards d’euros par an. Bernard Cazeneuve, ministre du budget, a promis que si les fraudeurs ne régulaient pas leur situation, ils risqueraient jusqu’à 7 ans de prison. Ce qui veut dire, si j’ai bien compris, que ceux qui se sont goinfrés pendant des années, s’ils viennent voir Bernard Cazeneuve en disant « Je suis désolé, m’sieur, je recommencerai plus », ils vont s’en tirer avec quoi ? Deux heures de retenue et pas de dessert ? Ca n’aurait pas des petites allures d’amnistie fiscale, ça ? Comme quoi, si l’on veut être amnistié par les socialistes en 2013, il vaut mieux avoir planqué des millions aux îles Caïman que d’avoir cassé un ordinateur ou séquestré un patron pendant un mouvement social.
Georges Perros (1923_1978) aurait eu 90 ans. Penser à relire ses Papiers Collés (Gallimard/L’imaginaire). Idéal par temps gris de dérèglement climatique qui n’a rien à voir avec l’activité humaine, bien entendu : « Le moment à partir duquel on ne peut plus dire sa vérité, parce qu’elle est insupportable. Inécoutable. Indécente. Pire que de faire l’amour dans la rue. »
Pas gai, tout ça, n’est-ce pas ? Ne vous inquiétez pas, ça ira mieux quand la gauche sera au pouvoir.
Et puis lisez Perros
Mariage gay : fin de partie
L’hystérie prend des proportions ahurissantes. La loi Taubira a été votée et promulguée au terme d’un processus démocratique irréprochable. Elle a été validée par le Conseil constitutionnel, la plus haute instance juridique de notre pays, dont on ne peut pas dire qu’elle fleure le gauchisme. Or les tenants d’une droite dure continuent, comme ils disent, de ne rien lâcher ! La légalité, ils s’assoient dessus. Ce sont pourtant les mêmes qui se drapent dans le respect de la loi pour réclamer l’exemplarité de la répression de toute forme de délinquance, des caïds de la drogue aux incivilités ordinaires. Rien, absolument rien, ne justifie un tel déni de l’Etat de droit. Ni la récupération la plus éhontée des symboles de la résistance, comme on l’a vu avec l’effigie de Jean Moulin utilisée par les Hommen. Ni cette thématique développée jusqu’à la nausée d’une prétendue « décivilisation ». Qu’il y ait un malaise dans la société française, c’est indéniable. Mais utiliser l’accès d’une minorité à l’égalité des droits pour cristalliser les mécontentements, c’est à la fois réducteur, dangereux et lâche.
L’obsession anti-loi Taubira est telle que les événements les plus disparates y sont artificiellement ramenés. Des casseurs saccagent les abords du Trocadéro lors de la remise du trophée du PSG ? Aussitôt, des politiques de droite et des commentateurs réclament la tête du ministre de l’intérieur et du préfet de police de Paris non pas à cause des débordements, mais parce qu’ils estiment que les contestataires antimariage ont reçu un traitement inéquitable en comparaison. Angelina Jolie annonce qu’elle a subi une double mastectomie préventive ? Christine Boutin, au bord de l’évanouissement, twitte : « pour ressembler aux hommes ? Rire ! », interprétant la décision de l’actrice comme un acte militant inspiré de la théorie du genre – suivez mon regard. « Tonner contre », aurait raillé Flaubert dans son dictionnaire des idées reçues.
Il faut arrêter tout cela. Vigilance vis-à-vis des dérives de la modernité ? Oui. Mais pas dans un délire obsessionnel, qui porte la violence au cœur de milliers de personnes niées dans leurs droits. Tout cela n’a rien d’un jeu innocent. Les actes homophobes connaissent une hausse spectaculaire. Des propos d’une violence inacceptable sont tenus depuis des mois jusque dans le cadre des débats parlementaires (« vous êtes en train d’assassiner des enfants ! », etc.). Les familles homoparentales, qui devraient pouvoir désormais respirer normalement, redoutent encore de suivre les informations, craignant d’y trouver une nouvelle fois des gens enivrés de haine à leur égard, puisque « on ne lâche rien ». Quant à la droite dure, pour qui la gauche n’est pas légitime à gouverner par nature, elle portera la responsabilité d’avoir fait du mariage entre personnes de même sexe le bouc émissaire de sa diabolisation du pouvoir en place, au risque de fragiliser les institutions. Au risque, également, d’avoir aggravé le niveau de violence à l’encontre de milliers de ses concitoyens. On se souviendra enfin de ces maires qui annoncent leur refus d’appliquer la loi, au nom des mêmes notions dévoyées de résistance.
En épilogue provisoire et navrant du climat d’hystérie de notre pays, vient de survenir le suicide d’un historien d’extrême droite en pleine cathédrale Notre-Dame de Paris (qu’on puisse entrer avec une arme à feu dans un des édifices les plus symboliques de la France a de quoi surprendre, mais là n’est pas le propos). On pourra observer que cette atrocité n’a emporté que son auteur, contrairement aux poseurs de bombes islamistes[1. Aux dernières nouvelles, une activiste des Femen a parodié ce suicide à l’endroit même où il s’est produit, initiative dont l’obscénité ne peut que révolter et qui relève de la même inhumanité que celle des pires contempteurs de la loi Taubira.]. Pour autant, les catholiques les plus remontés feraient bien de ne pas en faire le martyr de leur cause, le néo-paganisme de Dominique Venner étant aussi éloigné que possible de l’esprit évangélique. On peut aussi ajouter que le rejet du mariage pour tous n’est qu’un des motifs de son acte, inspiré par une idéologie plus globale du déclin français dénonçant « l’immigration afro-maghrébine voulue par les mondialistes » (sic). Ce suicide est un acte de guerre, tendant à porter le combat politique sur d’autres terrains que celui de la légalité. Une invitation posthume à l’insurrection. À un degré certes bien plus extrême, n’est-ce pas un écho amplifié à ce « on ne lâche rien » ?
*Photo : -ANFAD-.


