L’hystérie prend des proportions ahurissantes. La loi Taubira a été votée et promulguée au terme d’un processus démocratique irréprochable. Elle a été validée par le Conseil constitutionnel, la plus haute instance juridique de notre pays, dont on ne peut pas dire qu’elle fleure le gauchisme. Or les tenants d’une droite dure continuent, comme ils disent, de ne rien lâcher ! La légalité, ils s’assoient dessus. Ce sont pourtant les mêmes qui se drapent dans le respect de la loi pour réclamer l’exemplarité de la répression de toute forme de délinquance, des caïds de la drogue aux incivilités ordinaires. Rien, absolument rien, ne justifie un tel déni de l’Etat de droit. Ni la récupération la plus éhontée des symboles de la résistance, comme on l’a vu avec l’effigie de Jean Moulin utilisée par les Hommen. Ni cette thématique développée jusqu’à la nausée d’une prétendue « décivilisation ». Qu’il y ait un malaise dans la société française, c’est indéniable. Mais utiliser l’accès d’une minorité à l’égalité des droits pour cristalliser les mécontentements, c’est à la fois réducteur, dangereux et lâche.
L’obsession anti-loi Taubira est telle que les événements les plus disparates y sont artificiellement ramenés. Des casseurs saccagent les abords du Trocadéro lors de la remise du trophée du PSG ? Aussitôt, des politiques de droite et des commentateurs réclament la tête du ministre de l’intérieur et du préfet de police de Paris non pas à cause des débordements, mais parce qu’ils estiment que les contestataires antimariage ont reçu un traitement inéquitable en comparaison. Angelina Jolie annonce qu’elle a subi une double mastectomie préventive ? Christine Boutin, au bord de l’évanouissement, twitte : « pour ressembler aux hommes ? Rire ! », interprétant la décision de l’actrice comme un acte militant inspiré de la théorie du genre – suivez mon regard. « Tonner contre », aurait raillé Flaubert dans son dictionnaire des idées reçues.
Il faut arrêter tout cela. Vigilance vis-à-vis des dérives de la modernité ? Oui. Mais pas dans un délire obsessionnel, qui porte la violence au cœur de milliers de personnes niées dans leurs droits. Tout cela n’a rien d’un jeu innocent. Les actes homophobes connaissent une hausse spectaculaire. Des propos d’une violence inacceptable sont tenus depuis des mois jusque dans le cadre des débats parlementaires (« vous êtes en train d’assassiner des enfants ! », etc.). Les familles homoparentales, qui devraient pouvoir désormais respirer normalement, redoutent encore de suivre les informations, craignant d’y trouver une nouvelle fois des gens enivrés de haine à leur égard, puisque « on ne lâche rien ». Quant à la droite dure, pour qui la gauche n’est pas légitime à gouverner par nature, elle portera la responsabilité d’avoir fait du mariage entre personnes de même sexe le bouc émissaire de sa diabolisation du pouvoir en place, au risque de fragiliser les institutions. Au risque, également, d’avoir aggravé  le niveau de violence à l’encontre de milliers de ses concitoyens. On se souviendra enfin de ces maires qui annoncent leur refus d’appliquer la loi, au nom des mêmes notions dévoyées de résistance.
En épilogue provisoire et navrant du climat d’hystérie de notre pays, vient de survenir le suicide d’un historien d’extrême droite en pleine cathédrale Notre-Dame de Paris (qu’on puisse entrer avec une arme à feu dans un des édifices les plus symboliques de la France a de quoi surprendre, mais là n’est pas le propos). On pourra observer que cette atrocité n’a emporté que son auteur, contrairement aux poseurs de bombes islamistes[1. Aux dernières nouvelles, une activiste des Femen a parodié ce suicide à l’endroit même où il s’est produit, initiative dont l’obscénité ne peut que révolter et qui relève de la même inhumanité que celle des pires contempteurs de la loi Taubira.]. Pour autant, les catholiques les plus remontés feraient bien de ne pas en faire le martyr de leur cause, le néo-paganisme de Dominique Venner étant aussi éloigné que possible de l’esprit évangélique. On peut aussi ajouter que le rejet du mariage pour tous n’est qu’un des motifs de son acte, inspiré par une idéologie plus globale du déclin français dénonçant « l’immigration afro-maghrébine voulue par les mondialistes » (sic). Ce suicide est un acte de guerre, tendant à porter le combat politique sur d’autres terrains que celui de la légalité. Une invitation posthume à l’insurrection. À un degré certes bien plus extrême, n’est-ce pas un écho amplifié à ce « on ne lâche rien » ?

*Photo : -ANFAD-.

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