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Obama : pardon pour le compliment !

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« Elle est brillante, engagée, stricte. Il se trouve qu’elle est, aussi, la plus belle ministre de la Justice du pays. » L’homme qui a prononcé ces mots a dû s’excuser, accusé de sexisme. Il s’appelle Barack Obama et dirige la plus grande puissance de la planète. L’envie nous prend de lui envoyer ce message : « Ne t’excuse pas, Barack ! Tu as encore le droit de complimenter une dame à propos de son agréable physique ! Envoie-les sur les roses ! Et envoie des roses à ta ministre ! » Peine perdue. De l’autre côté de l’Atlantique, le féminisme cul-cul-la-praline où l’on voit sexisme derrière chaque compliment et harcèlement sexuel derrière toute tentative de séduction a atteint un tel stade qu’il devient impossible, pour bon nombre de Français, d’y envisager un exil fiscal.[access capability= »lire_inedits »] Obama, à propos duquel n’importe quelle femme peut dire, en revanche, qu’il est vachement bien gaulé, n’avait pas le choix. Impossible, dans sa position, de laisser enfler la polémique. Heureusement, nous vivons en France. Ne vous réjouissez pas si vite, mâles flatteurs et dames avides de compliments ! Les prémisses de cet hystéro-féminisme commencent à se faire sentir, notamment sous l’impulsion de Najat Vallaud-Belkacem, dont je ne me risquerai pas à vanter la plastique, même si je n’en pense pas moins. Les petits garçons sont éduqués dès la crèche contre les stéréotypes de genre et il ne leur viendra pas à l’idée de complimenter leurs petites camarades sur leur jolie robe rose et leurs magnifiques couettes[1.  D’ailleurs, elles ne doivent plus mettre de robesroses et porter des couettes, cela encourage les stéréotypes genrés.]. À droite, ce n’est pas mieux : Valérie Pécresse a tancé Roger Karoutchi parce qu’il trouvait que « NKM avait le look pour Paris ».
Et c’est Roselyne Bachelot qui a eu la peau de « Mademoiselle », civilité sexiste et patriarcale. Aussi, je tiens solennellement à m’excuser auprès des jolies lectrices de Causeur[2. Une lectrice de Causeur est forcément jolie.] pour mes compliments passés, présents et à venir.[/access]

*Photo : DonkeyHotey.

De la transparence à l’ère pure

D’où vient l’idée saugrenue de riposter à l’affaire Cahuzac par la publication du patrimoine des ministres ? Pourquoi une si mauvaise solution à un problème si grave ? De qui se moque-t-on ? Croit-on, sans rire, qu’une telle obligation aurait permis d’éviter la fraude ? Que cache, que recouvre, que dissimule une telle volonté de transparence ?
Une politique de la trouille. Une décision prise sous le coup de l’émotion collective. Une soumission du temps politique au temps médiatique. Une réduction de la politique aux effets d’annonce et d’image, opportunément présentée par ses promoteurs comme un approfondissement de la démocratie.
Un calcul. Réclamer la transparence, c’est (immanquablement) se ranger dans le camp de la foule avec l’espoir qu’elle vous épargne, mieux : qu’elle vous suive. Quelle meilleure façon de sauver sa tête que de hurler à l’unisson du troupeau qui la réclame ? Comment échapper aux sans-culottes autrement qu’en baissant soi-même son froc ?
Le sacrifice du débat sur l’autel de l’unanimisme. Il en va de la publication du patrimoine des ministres comme de l’appel à un référendum sur la « moralisation de la vie publique » : qui est contre la morale ? Qui ferait campagne contre le Bien ? Que celui qui s’y oppose lève la main, s’il l’ose ! Rien de plus malhonnête que le Désir de moralisation qui vocifère et courtise à la fois, qui s’attribue les bénéfices de la colère tout en flattant la partie de nous-mêmes qui a besoin de croire.[access capability= »lire_inedits »]
Un brouillage de pistes, qui consiste à poser des questions dont on connaît la réponse et à chercher un score à l’irakienne plutôt qu’à prendre le risque de laisser (encore) des plumes dans un débat effectivement contradictoire.
Un subterfuge, un tour de passepasse qui, déplaçant un débat de droit sur le terrain de la vertu, prétend remédier par la sainteté à l’irrespect de la loi, alors que les deux n’ont rien à voir : on peut être un saint et transgresser la loi, comme on peut être un salaud et s’y soumettre (et en temps de paix il vaut mieux avoir le second que le premier à la tête de l’État). Croire que c’est la vertu et non le droit qui permet de lutter contre la corruption est aussi absurde que d’en appeler au Bien pour terrasser le Mal ou de dire « Halte au fascisme ! » pour lutter contre le FN. Il n’en résulte qu’un dialogue de sourds où chacun essaie de crier plus fort que l’autre, dont les médias raffolent et qu’ils appellent « débat ».
L’illusion que les bonnes intentions dispensent de toute autocritique. Montaigne met en garde contre cette illusion quand il déclare privilégier la « manière du dire » sur la « matière du dire » − ce qui ne veut pas dire qu’il préfère l’apparence à la vérité, mais qu’il repère des ressemblances de fond sous des antagonismes apparents. De fait, le taux de démagogie n’est pas moindre chez ceux qui répondent « Tous purs ! » à ceux qui disent « Tous pourris ! ».
L’illusion que la vérité est un palliatif à la défiance et que la transparence est un antidote à l’apparence, alors que la transparence, qui fait apparaître ce qui ne regarde personne, produit plus de soupçons qu’elle n’en dissipe.
Une conception rétroactive de la vérité : si Cahuzac avait été innocent, aucun ministre n’aurait eu à déballer ses petites affaires et tout le gouvernement aurait dénoncé les pratiques de Mediapart (de l’inversion de la charge de la preuve au mépris systématique de la présomption d’innocence), mais comme Cahuzac est coupable, Mediapart est présenté par le Premier ministre en personne comme l’étendard de la presse libre. Autrement dit : le résultat d’une enquête l’emporte sur l’examen des moyens qu’elle met en oeuvre. L’évaluation de méthodes d’investigation souvent douteuses est suspendue non au respect du droit, mais à la nature de ce qu’on découvre.
Qu’importe le flacon, tous les moyens sont bons pourvu qu’on ait la vérité. Or, n’en déplaise à ceux qui, parce qu’ils croient voir quand ils croient savoir, se repassent en boucle toutes les fausses déclarations de l’ex-ministre pour y chercher après coup (dans un froncement de sourcils, une goutte de sueur ou un regard fuyant) les indices de la fourberie, la vérité n’est pas plus rétroactive que la loi. De même qu’on ne peut pas être condamné pour un acte qui n’est pas (encore) délictueux à l’époque où on le commet, on ne peut pas être blanchi a posteriori par la découverte de la vérité, sauf à consentir au dévoiement de l’enquête en inquisition. L’enjeu est essentiel, ici : quand on commence par blanchir le forban qui dit vrai, on en vient, un jour ou l’autre, à emprisonner un innocent par crainte de laisser un coupable en liberté, voire à punir les gens pour un crime qu’ils n’ont pas encore commis.
Une façon paradoxale de blanchir Jérôme Cahuzac lui-même en laissant entendre que, s’il n’a pas tout dit, c’est que la loi négligeait de tout demander, comme si, faute de transparence, Cahuzac n’avait menti que par omission.
Et, dans le même temps, une façon tout aussi absurde de présenter Cahuzac comme l’unique menteur d’un gouvernement par ailleurs irréprochable. En d’autres termes, un art d’absoudre celui sur qui on s’essuie les pieds. Ou de transformer une brebis galeuse en bouc émissaire.
Un acte de contrition. Une façon de se punir soi-même qui accrédite le sentiment général et dangereux que justice est un synonyme de vengeance.
Le retour d’une justice de classe, doublée d’une confusion de l’être et de l’avoir, qui juge les gens sur ce qu’ils sont (c’est-à-dire ce qu’ils ont) et non plus ce qu’ils font. Peu importe qu’on tienne la pauvreté pour une preuve d’intégrité ou la richesse pour un signe de réussite. Dans les deux cas, on est hors sujet : « Dans les pays libres, écrit Tocqueville, où chacun est plus ou moins appelé à donner son opinion sur les affaires de l’État, où la vie publique est incessamment mêlée à la vie privée, où le souverain est abordable de toutes parts, où il ne s’agit que d’élever la voix pour arriver jusqu’à son oreille, on rencontre beaucoup plus de gens qui cherchent à spéculer sur ses faiblesses et à vivre aux dépens de ses passions que dans les monarchies absolues. Ce n’est pas que les hommes y soient pires qu’ailleurs, mais la tentation y est plus forte et frappe plus de monde en même temps, si bien qu’il en résulte un abaissement général dans les âmes. »
La réduction de l’électeur à un consommateur exigeant qui, n’achetant pas n’importe quoi, réclame de connaître le patrimoine de ses ministres comme on veut connaître l’origine de son entrecôte. Traçabilité pour tout le monde.
Bref, une façon de prendre les gens pour des imbéciles, alors qu’il faudrait faire l’inverse. Rien n’est plus immoral, en réalité, qu’une telle invocation de la morale. Quand les électeurs veulent des coupables, quand les dieux ont soif, le premier devoir d’un homme politique est de ne pas étancher cette soif. Vendre de la morale sous la pression des circonstances, c’est vendre son âme à l’électeur le plus offrant.
Heureusement, il existe un double garde-fou à l’obsession frileuse, maladive, démagogique, coupable et donc culpabilisatrice, de la transparence dans les plus hautes sphères de l’État : d’une part, la majorité des électeurs s’en fichent et, d’autre part, les hommes politiques n’y voient, à moyen terme, aucun intérêt pour eux-mêmes. Tant qu’il y aura, à la tête de l’État (ou de l’Assemblée nationale) des gens assez prudents pour ne pas souhaiter que tout le monde sache tout ce qu’ils possèdent, tout espoir ne sera pas perdu. L’incurie des électeurs et la pudeur de leurs mandataires nous préservent encore de la cage de verre où les démagogues de gauche et de droite prétendent s’enfermer sous nos yeux.[/access]

*Photo: Mr. Frantastik.

Villiers, les abeilles et Libé

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Ces jours-ci, on reparle des abeilles et de l’enjeu écologique majeur qu’elles représentent pour l’équilibre de la biodiversité. On s’inquiète du risque prochain de leur disparition, qui serait un désastre à grande échelle. On évoque le grand danger des pesticides et des insecticides. Des pétitions circulent sur internet. La problématique est très sérieuse.
Je suis extrêmement surpris du tour que prend cette affaire, car j’ai un souvenir très net de la façon dont le sujet fut traité dans les médias et sur les blogs quand, en 2004, Philippe de Villiers avait tiré la sonnette d’alarme. Exemple avec un journal connu pour sa probité et la rigueur de ses analyses :
Libé avait publié en 2004 :
« Pour «ressusciter», le vicomte vendéen a surtout eu besoin des abeilles. Depuis 1997, le président du conseil général de Vendée a flairé « l’incroyable parabole », comme il dit. Son combat pour les abeilles, c’est celui contre «l’agrochimie», c’est le pot de miel contre le pot de fer, le bien contre le mal. Et sa leçon : «Lorsqu’il n’y a plus d’Etat national, il reste les multinationales.» Nous y voilà : Villiers mène bien une campagne. Non candidat aux régionales, il conduit déjà la bagarre d’après : les européennes de juin où son parti (le Mouvement pour la France) sera présent dans huit «grandes régions» hexagonales. Avec l’antienne connue : la lutte pour la préservation du souverainisme, la France éternelle et immuable plutôt que sa dilution dans un ensemble à vingt-cinq Etats. »
Les abeilles, un combat pathétique et secondaire, une cause de politicien intéressé, un attrape-gogo de populiste ringard dont on raille le nom qui fait un peu trop Old Régime (« vicomte », Lol !), un enculage de mouche de régionaliste à la masse qui resurgit comme un pantin à la faveur d’une élection, une paranoïa de croisé illuminé lancé seul contre « les multinationales » et « l’agrochimie ». Notez les guillemets du journaliste. Et je vous passe tout ce qu’on a lu sur les sites d’info, les blogs et les forums qui allait massivement dans le même sens.
Tadaaaaaa ! Libé écrivait pourtant en 2013 :
« Une victoire pour les défenseurs des abeilles : trois insecticides toxiques pour les butineuses seront interdits d’utilisation dans l’Union européenne pendant deux ans, à compter de décembre. À l’issue d’un vote serré, et soumis à de fortes pressions de l’industrie et des lobbys agricoles, la Commission européenne a décidé de suspendre le clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame, néonicotinoïdes présents dans des pesticides fabriqués par l’allemand Bayer ou le suisse Syngenta (Cruiser OSR). « Les abeilles sont vitales pour notre écosystème et elles doivent être protégées, d’autant qu’elles apportent une contribution annuelle de 22 milliards d’euros à l’agriculture européenne», a rappelé le commissaire en charge du dossier, Tonio Borg. »
Je vous laisse conclure, je risque d’être grossier.

*Photo : MillyNeT.

Antisémitisme de printemps

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« La culture des images et l’image de la culture » : c’était le thème du Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Casablanca, qui a eu lieu du 29 mars au 7 avril. Autant le dire, elle a une drôle de tête, la culture, vue à travers les ouvrages présentés par des éditeurs venus des principaux pays du monde arabe. Cent-cinquante stands marocains, 30 libanais, 20 syriens, 10 égyptiens, 5 saoudiens, 2 palestiniens et 1 libyen ont proposé de saines et abondantes lectures, que l’on pourrait classer en trois catégories : livres défendant les thèses complotistes les plus débiles (tout est la faute du sionisme, de l’américano-sionisme, du complot judéo-maçonnique ou judéo-américano-maçonnique, etc.), ouvrages classiquement antisémites et négationnistes, « travaux » réhabilitant Adolf Hitler.
Personnellement, j’ai un faible pour La Malice des juifs, de Saïd Muhammad Sayd Al-Sanari et Les Règles des rabbins de Lucifer, de Majdi Kamel. Ça nous change un peu des éternels Protocoles des Sages de Sion et des titres du genre Le Grand Complot, d’Hasan Latsh, dont la couverture affiche une étoile de David sur une carte de l’Afghanistan. Sans parler des ouvrages savants comme Les Judéo-francs-maçons dans les révolutions et les constitutions, chez Madbuli Press, et L’Autre Visage de Hitler, tout cela côtoyant les classiques indispensables comme Mein Kampf.
On le voit, la culture rapproche les hommes. De ce point de vue, le beau « Printemps arabe » a tenu certaines de ses promesses : les pires. Dans les libertés conquises par les peuples renversant leurs despotes, on dirait que celle d’être antisémite figure en bonne place. Pour la quatrième année consécutive, le Centre Simon Wiesenthal a étudié les incitations à l’antisémitisme au SIEL. Dans son rapport, qui dénonce l’appel à la haine, il précise que tous les textes ont été approuvés par les autorités du Salon. Cela se passe dans le pays arabe que l’on dit le plus épargné par la haine des juifs…

*Photo : miskan.

ANI : le changement c’est en pire

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La fumée du pourtoussisme s’étant un peu dissipée, le temps est venu de jeter un coup d’œil sur les autres résultats tangibles du Changement.
Le bilan social de la première année du hollandisme révolutionnaire – selon l’expression plaisante du prophète Todd, qu’il a depuis auto-critiquée – est loin d’être aussi joyeux que les premiers mariages « pour tous ». En toute discrétion, Hollande a renoncé à la renégociation du TSCG, commandé le rapport Gallois sur la compétitivité des entreprises, et surtout, fait adopter à l’Assemblée Nationale l’Accord National Interprofessionnel,  qui remet en cause les fondamentaux du droit du travail français et attaque le donjon social du CDI.  La loi a été votée au bout de deux jours de débat, le gouvernement ayant utilisé  la procédure 44-3 du vote bloqué contre sa propre majorité parlementaire – une première historique.  La couleuvre ne passe pas dans les rouges gorges, et le sénateur communiste Dominique Watrin a même déclaré dans L’Humanité : « le gouvernement a gâché l’alternance ».
Coté syndicats, la division entre réformistes et résistants et l’embarras de la CGT, qui avait appelé à voter Hollande sans contrepartie  en mai 2012, explique en partie la faiblesse de la mobilisation.
En effet, alors que la révolte contre le CPE avait fait plier le gouvernement Villepin, l’ANI est passé comme une lettre à la poste, alors que son contenu se révèle bien plus attentatoire aux droits des salariés que ne l’était le Contrat Premier Embauche (qui se contentait d’allonger la période d’essai à deux ans et de supprimer la procédure de licenciement, sans toucher au motif).
La route vers l’ANI était pourtant pavée de bonnes intentions : officiellement, il s’agissait de lutter contre la précarité dans le travail, de permettre le maintien dans l’emploi, et de s’adapter aux évolutions du marché du travail.
Deux grandes mesures remettent frontalement en cause la rigidité de la citadelle CDI : l’accord de maintien dans l’emploi (recyclage du projet sarkozyste d’« accords compétitivité-emploi ») et celui sur la mobilité interne, répondant l’une et l’autre au sacro-saint impératif de « flexibilité ».  Sous condition préalable d’ « accord », l’employeur pourra, en cas de difficultés financières de son entreprise, renégocier le nouvel équilibre salaire/temps/ lieu de travail de son salarié… jusqu’à huit fois par an ! Le maintien dans l’emploi se fera donc, mais au prix d’une baisse de salaire décidée unilatéralement et/ou d’une mutation  du salarié sans consultation, selon l’ultimatum «  la valise ou le cercueil social », rebaptisé fallacieusement  « révolution du dialogue social ».  La cause « réelle et sérieuse » du licenciement devient l’accord lui-même, le contrat de travail étant soumis intégralement à l’accord collectif, même si celui-ci est plus défavorable au salarié.
Enfin,  l’accord devenu loi  permet également de faciliter les licenciements collectifs (+ de 10 salariés), pour cause économique, soit par accord, soit par la mise en place de plans sociaux (PSE) standardisés et homologués par l’Etat.
La flexibilité, quand elle n’est pas érigée en dogme, peut être une bonne idée, surtout appliquée aux petites entreprises qui ont des difficultés à s’adapter et hésitent à embaucher. Mais cette loi sur l’emploi, puisqu’elle nécessite un accord syndical préalable, ne pourra s’appliquer qu’aux grosses entreprises, car les PME en France sont un désert syndical[1. L’élection de représentants syndicaux n’étant obligatoire que pour les entreprises de plus de 50 salariés, les délégués du personnel dans  celles de plus de 10 salariés] En revanche, on peut imaginer que les grandes multinationales ne se gêneront pas pour utiliser à loisir cet accord afin de dicter des conditions iniques aux salariés, et d’avoir ainsi un prétexte pour les licencier.
Encore une fois, Hollande, avec sa prudence, a voulu faire plaisir à chacun, au patronat, aux salariés, aux petits et aux puissants, et comme toujours, il a déçu tout le monde : ni assez flexible pour le patronat (quand même bien satisfait le Medef réclame toujours plus[2. Notamment un « acte 2 » du pacte de compétitivité qui s’attaquerait plus sérieusement à la baisse des prélèvements obligatoires]), ni assez protecteur pour les salariés du privé.
Las, l’ANI n’était qu’un tour de chauffe, avant le grand reniement : Bruxelles a « suggéré » des réformes draconiennes pour le redressement des comptes publics qui coïncident avec les douloureuses recommandations du rapport Moreau sur les retraites. La CGT annonce que ce pourrait être le casus belli qui romprait définitivement les ponts entre le gouvernement socialiste et les « travailleurs ».
Nombre de ceux-ci avaient basculé de gauche à droite à la présidentielle de 2007, et inversement en 2012. Mauvaises pioches !

Paris est une fête

Ernest Hemingway avait raison sur tout : les femmes, l’alcool et la littérature. Il aimait Paris et y vécut une partie de sa folle jeunesse. Ses souvenirs de ces temps bohèmes ont été publiés en France sous le titre Paris est une fête. La rue Mouffetard y est intemporelle. On croise des poètes. Et les gens vont à vélo, et non à Velib’. Le festivisme parisien n’a plus le même profil. Il s’est industrialisé. On a appris récemment que la capitale était en lice pour accueillir les « Gay Games », événement mondial de l’olympisme homo (Ne me demandez pas en quoi consistent les épreuves). On nous a également avisé que  la capitale avait accueilli – à l’initiative de la Société Protectrice des animaux – un grand rassemblement « cani-citoyen »… évidemment festif. L’association appelle à la pride en ces termes : « Les maîtres franciliens sont invités à venir avec leurs compagnons à 4 pattes, pour une marche cani-citoyenne dont le but est d’interpeller les politiques et l’opinion publique ».
Paris est une ville fascinante : elle rayonne comme un phare dans la nuit culturelle. Les pouvoirs publics – impliqués dans une démarche qui va dans le bon sens – y font sans relâche la promotion du hip-hop, des « cultures urbaines », voire du slam. Ainsi un concours de slam, présenté sous le nom « Coupe du monde de slam » se tiendra prochainement à Paris. Tous les épigones fatigants de Grand Corps Malade (l’époque a les poètes qu’elle mérite…) seront présents pour célébrer la fête des mots. Quant à la Ville de Paris, elle lance un grand concours afin de nommer le « centre culturel hip-hop des Halles ».  On apprend – et cela fait froid dans le dos – que la mairie a déjà reçu « plus de 1000 propositions« .
Depuis que Nathalie Kosciusko-Morizet a remporté les primaires de l’UMP en scooter (des primaires où Georges Moustaki, mort la semaine dernière, n’a pu voter…), un duel féminin titanesque se profile pour les élections municipales qui se tiendront en 2014. Anne Hidalgo contre NKM. Celle qui entend fermer les voies sur berges afin de les « rendre » aux « usagers de la nuit »; et celle qui entend transformer les stations de métro abandonnées en  lieux festifs. C’est le site Terrafémina qui nous apprend le désir de NKM de réhabiliter les stations de métro abandonnées par la RATP (il y en a huit) en « lieux de convivialité ». Le but étant de donner un « nouveau souffle » aux nuits parisiennes. Un souffle fantôme parcourant les catacombes… Paris est une fête !

Baby Loup : la loi de la cité

baby loup islam laicite

On entend souvent dire, dans les cités, qu’il faudrait obliger les architectes à vivre dans leurs merveilleuses créations. Il serait bon aussi, parfois, que les juges touchent du doigt le résultat de leurs subtiles cogitations. On espère donc que les membres de la chambre sociale de la Cour de cassation assisteront au déménagement de Baby Loup. Ce n’est pas encore une certitude, mais déjà bien plus qu’une probabilité. La proposition du sénateur maire socialiste de la ville voisine de Conflans-Sainte-Honorine, Philippe Esnol, et de sa « dircab », la conseillère générale du coin, Fanny Ervera, est sur la table. Ce sera, grâce à eux, la défaite sans le déshonneur. Mieux vaut partir que mourir – même si chacun sait que partir, c’est mourir un peu.
Assommée par l’arrêt qui a invalidé le licenciement de la puéricultrice qui refusait d’enlever son voile, l’équipe de la crèche a été consultée à bulletins secrets. Une majorité a choisi d’arrêter les frais : Baby Loup doit quitter . Natalia Baleato ne se fait pas d’illusions : si le déménagement a lieu, une bonne partie de l’équipe quittera le navire.[access capability= »lire_inedits »]
Plusieurs filles sont déjà parties, épuisées par les menaces, allusions, pressions et insultes des fondamentalistes qui entendent régner sur le quartier des Poètes.
Depuis le 19 mars, l’atmosphère est passée de « pénible » à « insupportable ». Natalia n’ose plus sortir de la crèche pour fumer. « Maintenant qu’ils ont gagné sur le voile, dit-elle, la nouvelle étape, c’est de nous obliger à faire observer les rites religieux aux enfants. » Dans son bureau, des parents défilent pour s’étonner qu’on ne serve pas des repas halal. Certains ont déjà, dans le passé, demandé qu’on les réveille pour la prière. Même la maire de la ville, Catherine Arenou, admet que l’emprise religieuse a progressé ces dernières années : « Avant, explique-t-elle au New York Times, seules quelques vieilles femmes portaient le voile traditionnel. Aujourd’hui, on voit de plus en plus de jeunes filles avec la tête couverte. »
« De plus en plus » signifie ici la quasi-totalité. Elle observe avec satisfaction que la poignée de femmes qui persistent à porter la burqa sont discrètes, sortant faire leurs courses en dehors des heures d’affluence : « Cela signifie qu’elles connaissent la loi. » De quoi pavoiser, en effet. Tentant de ménager chèvre et chou – les élections approchent –, elle renvoie dos à dos « fondamentalistes et ultra-laïques ». On aimerait bien savoir où sont ces « ultralaïques ». Catherine Arenou a peut-être compris que le départ de Baby Loup serait une catastrophe pour elle. Un peu tard, Madame le Maire, pour découvrir que votre ville est un territoire perdu. Un de plus.[/access]

*Photo : ChrisGoldNY.

Moralisme partout, justice nulle part

boutin royal orelsan

La « séquence », comme on dit dans la novlangue des communicants, des politiques et des médias, a commencé il y a une dizaine de jours avec Christine Boutin. L’ancienne égérie de la croisade anti-PACS a déclaré : « On est envahi par les gays ! » lors d’une interview où elle a pris une position clairement antisaphiste après l’attribution de la dernière Palme d’Or à la Vie d’Adèle, film lesbien nécessaire. La présidente du parti chrétien-démocrate qui sait pourtant à l’occasion prendre des positions courageuses sur les conditions inhumaines faite aux détenus, dénonçait la « mode » gay qui se serait emparée de la fiction contemporaine.
On aurait beau jeu de lui faire remarquer que cet envahissement des gays dans l’art, la littérature ou même le cinéma ne date pas d’hier et qu’un examen rapide des rayons d’une bonne bibliothèque montre qu’il n’y a pas eu besoin d’attendre ces dernières années pour que l’homosexualité ait été le thème majeur de quelques chefs d’œuvres de notre littérature. Je ne citerai que la Recherche du Temps perdu que l’on peut aussi lire comme une enquête policière où un narrateur comprend au bout de quelques milliers de pages que ce qui agit en secret la société de son temps, c’est que le violoniste comme le duc, l’officier courageux comme le concierge, la jeune fille en fleur comme la courtisane sont tous des ressortissants de Sodome et Gomorrhe. On oubliera Gide, Genet, Wilde, Colette ou Marguerite Yourcenar. Mais pour le coup, cela semble un peu plus important qu’une mode.
Ou il faudrait également résumer l’antiquité gréco-romaine, qui est largement aussi prégnante dans notre héritage culturel que le christianisme, à une simple mode. Les historiens romains, toujours un peu ragoteurs, nous rappellent assez souvent que la bisexualité était la chose du monde la mieux partagée dans les élites avec par exemple le jeune César décrit par Suétone comme « le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris ». Ne parlons pas des Grecs. Bien avant qu’ils soient connus comme première nation martyre des politiques austéritaires de la troïka, ils avaient érigé, si je puis dire, la pédérastie en mode de transmission. On pourra renvoyer au Banquet ou à l’Iliade, à la figure du bel Alcibiade ou au désespoir amoureux d’Achille qui reprendra le combat contre les Troyens seulement après la mort de Patrocle, son amant mort au front à sa place en revêtant ses propres armes. On pourrait aussi évoquer la mythologie qui, elle, sombre franchement dans le transgenre : on change de sexe comme Tirésias, on fait l’amour avec des animaux qui sont en fait des dieux, on a le droit à des orgies furieuses et fondatrices à chaque retour de Pan ou de Dionysos. Oui, décidément on est envahi par les gays.
Mais s‘il n’y avait que ça : voilà qu’après Christine Boutin, c’est Ségolène Royal qui s’en prend à la ministre de la culture Aurélie Filippetti. Cette dernière aurait trouvé inssuffisante une interdiction au moins de douze ans pour un le film ultraviolent Only god forgives de Nicolas Winding Refn, le metteur en scène remarqué de l’excellent Drive. Pour Ségolène Royal : «  Si les producteurs veulent des films vus par toutes familles, qu’ils fassent des films visibles par toutes les familles » C’est intéressant, comme remarque. Cela signifie pour Ségolène Royal que la famille est l’unité de mesure première pour juger ce qui fait qu’une œuvre est bonne ou non.
Retour à la case Boutin, en quelque sorte. Cela présuppose donc qu’un film se regarde forcément en famille, perspective assez cauchemardesque et pas seulement pour les cinéphiles. À moins d’être une famille particulièrement inconséquente, nous ne voyons pas  papa, maman, la bonne et un enfant de douze ans ou même papa, papa, la bonne et une fille de douze regarder un film de Nicolas Winding Refn ou de Michael Haneke ou même de Sam Peckinpah.
Mais non, un film, dans l’imaginaire de Ségolène Royal et de Christine Boutin doit être un spectacle familial, forcément familial. On invite donc les futurs metteurs en scène à se concentrer sur l’élaboration d’œuvres répondant aux critères boutino-royalistes : pas de violence, pas de représentation explicite de la sexualité, pas de comportements déviants.
Si par lassitude, vous renoncez et décider d’aller fumer sur le balcon votre nouvelle e-cigarette, faites attention. Vous pourriez être dénoncé par votre progéniture, Marisol Touraine ayant indiqué qu’elle prenait pour argent comptant le dernier rapport sur la question recommandant que la e-cigarette soit considérée comme aussi monstrueuse que la bonne vieille clope à l’ancienne.
N’espérez même pas vous défouler en écoutant Orelsan. Le rappeur vient d’être condamné à 1000 euros d’amende et les féministes ont parlé d’une « avancée historique ». Orelsan n’est pas Baudelaire, oh non, mais trouver que condamner un artiste est une avancée historique est aussi rassurant que de trouver que le procureur Pinard qui attaqua Baudelaire (et aussi Flaubert) pour immoralité avait lui aussi fait une avancée historique.

« Les filles aux yeux creux, de leur corps amoureuses,
Caressent les fruits mûrs de leur nubilité ;
Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses’

Oui, c’est de Baudelaire, ce fumeur de shit sans cigarette électronique. Il prend quoi, à votre avis aujourd’hui ? Une remarque de Christine Boutin : « On est envahi par les lesbiennes », une autre de Ségolène Royal, « Si les poètes veulent être lus par toute la famille, qu’ils écrivent des poèmes pour toute la famille » ou mille euros d’amende ?
Tiens, ça me désespère tellement que je vais aller me faire une côte de bœuf bien saignante.
En attendant qu’Aymeric Caron soit ministre de l’alimentation végétarienne.
Ce qui, au rythme où on va, ne saurait tarder.

*Photo : Raïssa B.

Les mille chapelles du mariage gay

Dans les pro-mariage gay, il y en a qui sont anti-adoption simple. D’autres sont pour le mariage gay et pour l’adoption simple, mais contre l’adoption plénière. D’autres sont pour le mariage gay et l’adoption plénière, mais contre la PMA pour les lesbiennes. D’autres encore sont pour le mariage gay et l’adoption plénière et la PMA pour les lesbiennes, mais pas pour les gays.[access capability= »lire_inedits »]
D’autres sont pour le mariage gay et l’adoption plénière et la PMA pour les lesbiennes et pour les gays. D’autres sont pour le mariage gay et l’adoption plénière et la PMA pour les lesbiennes et pour les gays et pour la GPA. Et parmi ceux-là, il y a même des cathos. Et il y a des laïcards qui sont anti-mariage pour tous. Et même des gays cathos qui sont anti-mariage gay. C’est vous dire si c’est simple. Le seul point commun entre tous ces joyeux lurons, c’est qu’ils font beaucoup de bruit et occupent à foison l’espace médiatique et le pavé parisien. C’est très chouette et bien dans l’air du temps. De Frigide Barjot à Caroline Fourest, tout le monde fait son fitness, tous ensemble, tous ensemble !
Tandis qu’on vire les pique-niqueurs des jardins du Luxembourg, Karl Zéro écrit à sa belle-sœur. Pas avec une lettre et un timbre, non, dans la presse, ça va plus vite. Le Net s’affole. Les conversations de salon de tous ceux qui s’en foutaient encore il y a six mois se chargent d’électricité.
Chacun est sommé de prendre parti et de justifier sa position – pourquoi le mariage, mais pas la PMA, hein, pourquoi ? Explique-toi !
Il y a une remarquable expo sur Watteau aux Beaux-Arts. Sans compter le dernier Harlan Coben qui donne à frissonner et à réfléchir. Il y a le printemps qui arrive enfin…
Est-ce qu’on pourrait baiser tranquille ?.[/access]

*Photo : naiveartist.

Des CDD pour nos députés !

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depute cahuzac hollande

Un seul être vous ment et tout est dévasté : pour tenter d’endiguer l’« effet Cahuzac », notre Président a sorti l’arme fatale, quoique verbale, de la « transparence ». On aurait pu croire que son appel à la moralisation de la vie publique recueillerait l’adhésion pleine et entière du pays réel et de son lointain cousin légal. Las, le peuple a ricané et les élites ont hurlé.
Ainsi le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, a-t-il aussitôt fait connaître, sous les applaudissements unanimes de tout l’Hémicycle, son désaccord profond avec l’obligation de déclaration de patrimoine des élus, mesure conduisant, selon lui, à une République « paparazzi ». Bigre ! Voilà qu’après les ministres, les députés allaient devoir entrer dans le Loft pour s’offrir aux regards de tous et susciter l’envie et la haine mêlées des sans-culottes, qu’à l’occasion on appelle « électeurs ». En employant le mot « paparazzi », Claude Bartolone a vendu la mèche : le personnel politique se situe, à l’instar des people, au-dessus du vulgum pecus… [access capability= »lire_inedits »]
Ce mépris affiché recouvre une réalité : si la transparence est si opaque, c’est parce que notre République est encore imprégnée de féodalité. Les élus se voient comme des seigneurs, et leurs électeurs agissent trop souvent en serfs.
Les élus se comportent comme s’ils étaient titulaires à vie d’un fief ou d’une charge. Ces carrières au long cours sont source de clientélisme, de conflits d’intérêts, et dans certains cas d’abus. Depuis des années, je dénonce, en vain, le « moulisme », la propension de ceux qui nous gouvernent à s’accrocher au pouvoir comme le mollusque à son rocher. Quel pays peut se targuer d’avoir élu tant de présidents battus aux scrutins précédents ? Aux États-Unis, par exemple, la règle, c’est vae victis ! et place aux jeunes !
Cet irrédentisme est hélas cautionné par le citoyen qui voit dans l’acharnement électoral une figure de style romanesque. Combien de fois entend-on de braves gens dire, avec un soupçon d’admiration dans la voix, qu’« en politique, on n’est jamais mort ». Le pouvoir est aphrodisiaque, y compris pour le peuple.
La transparence, la vraie, commencerait donc par dissocier à la tronçonneuse pouvoir et privilèges. La res publica ne serait plus un fromage, mais un devoir civique puisqu’on ne pourrait plus en faire une carrière. Or, le mandat politique comporte, comme tout mandat, une obligation essentielle qui pèse sur son récipiendaire : rendre des comptes à ceux qui le lui ont confié. On en est encore loin.
L’erreur de François Hollande est d’avoir confondu l’édition des comptes avec la reddition des comptes. D’où l’intérêt de réformes lourdes : interdiction du cumul, limitation des mandats dans la durée, réduction du nombre de députés qui seraient élus sur des listes dissociées des territoires, mandat présidentiel de sept ans non renouvelable, etc. Toutes dispositions qui, mécaniquement, provoqueront un renouvellement de la classe politique.
Dans cette République sans aristocrates élus, la publication du patrimoine ne sera plus extravagante et ne suscitera aucun commentaire. On m’objectera que cette vision manque de panache et que nous nous promettons une médiocrité moyenne sans personnalités ni talents. Cela revient à penser qu’il ne se trouvera pas, parmi 65 millions de Français, quelques centaines de citoyens passionnés, compétents et incorruptibles pour vouloir remplir un unique et seul mandat au nom du bien public et de l’intérêt général.
Nous avons besoin d’une vraie révolution des mentalités. La seule transparence qui vaille est celle qui rendra le personnel politique invisible, aussi banal qu’un député danois. Et puisque nous avons commencé cet article en massacrant honteusement Lamartine, finissons- le en beauté avec Musset en clamant haut et fort que les choix les plus beaux sont les plus désintéressés.[/access]

*Photo : sarahstierch.

Obama : pardon pour le compliment !

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obama feminisme nkm

obama feminisme nkm

« Elle est brillante, engagée, stricte. Il se trouve qu’elle est, aussi, la plus belle ministre de la Justice du pays. » L’homme qui a prononcé ces mots a dû s’excuser, accusé de sexisme. Il s’appelle Barack Obama et dirige la plus grande puissance de la planète. L’envie nous prend de lui envoyer ce message : « Ne t’excuse pas, Barack ! Tu as encore le droit de complimenter une dame à propos de son agréable physique ! Envoie-les sur les roses ! Et envoie des roses à ta ministre ! » Peine perdue. De l’autre côté de l’Atlantique, le féminisme cul-cul-la-praline où l’on voit sexisme derrière chaque compliment et harcèlement sexuel derrière toute tentative de séduction a atteint un tel stade qu’il devient impossible, pour bon nombre de Français, d’y envisager un exil fiscal.[access capability= »lire_inedits »] Obama, à propos duquel n’importe quelle femme peut dire, en revanche, qu’il est vachement bien gaulé, n’avait pas le choix. Impossible, dans sa position, de laisser enfler la polémique. Heureusement, nous vivons en France. Ne vous réjouissez pas si vite, mâles flatteurs et dames avides de compliments ! Les prémisses de cet hystéro-féminisme commencent à se faire sentir, notamment sous l’impulsion de Najat Vallaud-Belkacem, dont je ne me risquerai pas à vanter la plastique, même si je n’en pense pas moins. Les petits garçons sont éduqués dès la crèche contre les stéréotypes de genre et il ne leur viendra pas à l’idée de complimenter leurs petites camarades sur leur jolie robe rose et leurs magnifiques couettes[1.  D’ailleurs, elles ne doivent plus mettre de robesroses et porter des couettes, cela encourage les stéréotypes genrés.]. À droite, ce n’est pas mieux : Valérie Pécresse a tancé Roger Karoutchi parce qu’il trouvait que « NKM avait le look pour Paris ».
Et c’est Roselyne Bachelot qui a eu la peau de « Mademoiselle », civilité sexiste et patriarcale. Aussi, je tiens solennellement à m’excuser auprès des jolies lectrices de Causeur[2. Une lectrice de Causeur est forcément jolie.] pour mes compliments passés, présents et à venir.[/access]

*Photo : DonkeyHotey.

De la transparence à l’ère pure

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D’où vient l’idée saugrenue de riposter à l’affaire Cahuzac par la publication du patrimoine des ministres ? Pourquoi une si mauvaise solution à un problème si grave ? De qui se moque-t-on ? Croit-on, sans rire, qu’une telle obligation aurait permis d’éviter la fraude ? Que cache, que recouvre, que dissimule une telle volonté de transparence ?
Une politique de la trouille. Une décision prise sous le coup de l’émotion collective. Une soumission du temps politique au temps médiatique. Une réduction de la politique aux effets d’annonce et d’image, opportunément présentée par ses promoteurs comme un approfondissement de la démocratie.
Un calcul. Réclamer la transparence, c’est (immanquablement) se ranger dans le camp de la foule avec l’espoir qu’elle vous épargne, mieux : qu’elle vous suive. Quelle meilleure façon de sauver sa tête que de hurler à l’unisson du troupeau qui la réclame ? Comment échapper aux sans-culottes autrement qu’en baissant soi-même son froc ?
Le sacrifice du débat sur l’autel de l’unanimisme. Il en va de la publication du patrimoine des ministres comme de l’appel à un référendum sur la « moralisation de la vie publique » : qui est contre la morale ? Qui ferait campagne contre le Bien ? Que celui qui s’y oppose lève la main, s’il l’ose ! Rien de plus malhonnête que le Désir de moralisation qui vocifère et courtise à la fois, qui s’attribue les bénéfices de la colère tout en flattant la partie de nous-mêmes qui a besoin de croire.[access capability= »lire_inedits »]
Un brouillage de pistes, qui consiste à poser des questions dont on connaît la réponse et à chercher un score à l’irakienne plutôt qu’à prendre le risque de laisser (encore) des plumes dans un débat effectivement contradictoire.
Un subterfuge, un tour de passepasse qui, déplaçant un débat de droit sur le terrain de la vertu, prétend remédier par la sainteté à l’irrespect de la loi, alors que les deux n’ont rien à voir : on peut être un saint et transgresser la loi, comme on peut être un salaud et s’y soumettre (et en temps de paix il vaut mieux avoir le second que le premier à la tête de l’État). Croire que c’est la vertu et non le droit qui permet de lutter contre la corruption est aussi absurde que d’en appeler au Bien pour terrasser le Mal ou de dire « Halte au fascisme ! » pour lutter contre le FN. Il n’en résulte qu’un dialogue de sourds où chacun essaie de crier plus fort que l’autre, dont les médias raffolent et qu’ils appellent « débat ».
L’illusion que les bonnes intentions dispensent de toute autocritique. Montaigne met en garde contre cette illusion quand il déclare privilégier la « manière du dire » sur la « matière du dire » − ce qui ne veut pas dire qu’il préfère l’apparence à la vérité, mais qu’il repère des ressemblances de fond sous des antagonismes apparents. De fait, le taux de démagogie n’est pas moindre chez ceux qui répondent « Tous purs ! » à ceux qui disent « Tous pourris ! ».
L’illusion que la vérité est un palliatif à la défiance et que la transparence est un antidote à l’apparence, alors que la transparence, qui fait apparaître ce qui ne regarde personne, produit plus de soupçons qu’elle n’en dissipe.
Une conception rétroactive de la vérité : si Cahuzac avait été innocent, aucun ministre n’aurait eu à déballer ses petites affaires et tout le gouvernement aurait dénoncé les pratiques de Mediapart (de l’inversion de la charge de la preuve au mépris systématique de la présomption d’innocence), mais comme Cahuzac est coupable, Mediapart est présenté par le Premier ministre en personne comme l’étendard de la presse libre. Autrement dit : le résultat d’une enquête l’emporte sur l’examen des moyens qu’elle met en oeuvre. L’évaluation de méthodes d’investigation souvent douteuses est suspendue non au respect du droit, mais à la nature de ce qu’on découvre.
Qu’importe le flacon, tous les moyens sont bons pourvu qu’on ait la vérité. Or, n’en déplaise à ceux qui, parce qu’ils croient voir quand ils croient savoir, se repassent en boucle toutes les fausses déclarations de l’ex-ministre pour y chercher après coup (dans un froncement de sourcils, une goutte de sueur ou un regard fuyant) les indices de la fourberie, la vérité n’est pas plus rétroactive que la loi. De même qu’on ne peut pas être condamné pour un acte qui n’est pas (encore) délictueux à l’époque où on le commet, on ne peut pas être blanchi a posteriori par la découverte de la vérité, sauf à consentir au dévoiement de l’enquête en inquisition. L’enjeu est essentiel, ici : quand on commence par blanchir le forban qui dit vrai, on en vient, un jour ou l’autre, à emprisonner un innocent par crainte de laisser un coupable en liberté, voire à punir les gens pour un crime qu’ils n’ont pas encore commis.
Une façon paradoxale de blanchir Jérôme Cahuzac lui-même en laissant entendre que, s’il n’a pas tout dit, c’est que la loi négligeait de tout demander, comme si, faute de transparence, Cahuzac n’avait menti que par omission.
Et, dans le même temps, une façon tout aussi absurde de présenter Cahuzac comme l’unique menteur d’un gouvernement par ailleurs irréprochable. En d’autres termes, un art d’absoudre celui sur qui on s’essuie les pieds. Ou de transformer une brebis galeuse en bouc émissaire.
Un acte de contrition. Une façon de se punir soi-même qui accrédite le sentiment général et dangereux que justice est un synonyme de vengeance.
Le retour d’une justice de classe, doublée d’une confusion de l’être et de l’avoir, qui juge les gens sur ce qu’ils sont (c’est-à-dire ce qu’ils ont) et non plus ce qu’ils font. Peu importe qu’on tienne la pauvreté pour une preuve d’intégrité ou la richesse pour un signe de réussite. Dans les deux cas, on est hors sujet : « Dans les pays libres, écrit Tocqueville, où chacun est plus ou moins appelé à donner son opinion sur les affaires de l’État, où la vie publique est incessamment mêlée à la vie privée, où le souverain est abordable de toutes parts, où il ne s’agit que d’élever la voix pour arriver jusqu’à son oreille, on rencontre beaucoup plus de gens qui cherchent à spéculer sur ses faiblesses et à vivre aux dépens de ses passions que dans les monarchies absolues. Ce n’est pas que les hommes y soient pires qu’ailleurs, mais la tentation y est plus forte et frappe plus de monde en même temps, si bien qu’il en résulte un abaissement général dans les âmes. »
La réduction de l’électeur à un consommateur exigeant qui, n’achetant pas n’importe quoi, réclame de connaître le patrimoine de ses ministres comme on veut connaître l’origine de son entrecôte. Traçabilité pour tout le monde.
Bref, une façon de prendre les gens pour des imbéciles, alors qu’il faudrait faire l’inverse. Rien n’est plus immoral, en réalité, qu’une telle invocation de la morale. Quand les électeurs veulent des coupables, quand les dieux ont soif, le premier devoir d’un homme politique est de ne pas étancher cette soif. Vendre de la morale sous la pression des circonstances, c’est vendre son âme à l’électeur le plus offrant.
Heureusement, il existe un double garde-fou à l’obsession frileuse, maladive, démagogique, coupable et donc culpabilisatrice, de la transparence dans les plus hautes sphères de l’État : d’une part, la majorité des électeurs s’en fichent et, d’autre part, les hommes politiques n’y voient, à moyen terme, aucun intérêt pour eux-mêmes. Tant qu’il y aura, à la tête de l’État (ou de l’Assemblée nationale) des gens assez prudents pour ne pas souhaiter que tout le monde sache tout ce qu’ils possèdent, tout espoir ne sera pas perdu. L’incurie des électeurs et la pudeur de leurs mandataires nous préservent encore de la cage de verre où les démagogues de gauche et de droite prétendent s’enfermer sous nos yeux.[/access]

*Photo: Mr. Frantastik.

Villiers, les abeilles et Libé

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abeilles libe gaucho

abeilles libe gaucho

Ces jours-ci, on reparle des abeilles et de l’enjeu écologique majeur qu’elles représentent pour l’équilibre de la biodiversité. On s’inquiète du risque prochain de leur disparition, qui serait un désastre à grande échelle. On évoque le grand danger des pesticides et des insecticides. Des pétitions circulent sur internet. La problématique est très sérieuse.
Je suis extrêmement surpris du tour que prend cette affaire, car j’ai un souvenir très net de la façon dont le sujet fut traité dans les médias et sur les blogs quand, en 2004, Philippe de Villiers avait tiré la sonnette d’alarme. Exemple avec un journal connu pour sa probité et la rigueur de ses analyses :
Libé avait publié en 2004 :
« Pour «ressusciter», le vicomte vendéen a surtout eu besoin des abeilles. Depuis 1997, le président du conseil général de Vendée a flairé « l’incroyable parabole », comme il dit. Son combat pour les abeilles, c’est celui contre «l’agrochimie», c’est le pot de miel contre le pot de fer, le bien contre le mal. Et sa leçon : «Lorsqu’il n’y a plus d’Etat national, il reste les multinationales.» Nous y voilà : Villiers mène bien une campagne. Non candidat aux régionales, il conduit déjà la bagarre d’après : les européennes de juin où son parti (le Mouvement pour la France) sera présent dans huit «grandes régions» hexagonales. Avec l’antienne connue : la lutte pour la préservation du souverainisme, la France éternelle et immuable plutôt que sa dilution dans un ensemble à vingt-cinq Etats. »
Les abeilles, un combat pathétique et secondaire, une cause de politicien intéressé, un attrape-gogo de populiste ringard dont on raille le nom qui fait un peu trop Old Régime (« vicomte », Lol !), un enculage de mouche de régionaliste à la masse qui resurgit comme un pantin à la faveur d’une élection, une paranoïa de croisé illuminé lancé seul contre « les multinationales » et « l’agrochimie ». Notez les guillemets du journaliste. Et je vous passe tout ce qu’on a lu sur les sites d’info, les blogs et les forums qui allait massivement dans le même sens.
Tadaaaaaa ! Libé écrivait pourtant en 2013 :
« Une victoire pour les défenseurs des abeilles : trois insecticides toxiques pour les butineuses seront interdits d’utilisation dans l’Union européenne pendant deux ans, à compter de décembre. À l’issue d’un vote serré, et soumis à de fortes pressions de l’industrie et des lobbys agricoles, la Commission européenne a décidé de suspendre le clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame, néonicotinoïdes présents dans des pesticides fabriqués par l’allemand Bayer ou le suisse Syngenta (Cruiser OSR). « Les abeilles sont vitales pour notre écosystème et elles doivent être protégées, d’autant qu’elles apportent une contribution annuelle de 22 milliards d’euros à l’agriculture européenne», a rappelé le commissaire en charge du dossier, Tonio Borg. »
Je vous laisse conclure, je risque d’être grossier.

*Photo : MillyNeT.

Antisémitisme de printemps

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maroc antisemitisme livre

maroc antisemitisme livre

« La culture des images et l’image de la culture » : c’était le thème du Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Casablanca, qui a eu lieu du 29 mars au 7 avril. Autant le dire, elle a une drôle de tête, la culture, vue à travers les ouvrages présentés par des éditeurs venus des principaux pays du monde arabe. Cent-cinquante stands marocains, 30 libanais, 20 syriens, 10 égyptiens, 5 saoudiens, 2 palestiniens et 1 libyen ont proposé de saines et abondantes lectures, que l’on pourrait classer en trois catégories : livres défendant les thèses complotistes les plus débiles (tout est la faute du sionisme, de l’américano-sionisme, du complot judéo-maçonnique ou judéo-américano-maçonnique, etc.), ouvrages classiquement antisémites et négationnistes, « travaux » réhabilitant Adolf Hitler.
Personnellement, j’ai un faible pour La Malice des juifs, de Saïd Muhammad Sayd Al-Sanari et Les Règles des rabbins de Lucifer, de Majdi Kamel. Ça nous change un peu des éternels Protocoles des Sages de Sion et des titres du genre Le Grand Complot, d’Hasan Latsh, dont la couverture affiche une étoile de David sur une carte de l’Afghanistan. Sans parler des ouvrages savants comme Les Judéo-francs-maçons dans les révolutions et les constitutions, chez Madbuli Press, et L’Autre Visage de Hitler, tout cela côtoyant les classiques indispensables comme Mein Kampf.
On le voit, la culture rapproche les hommes. De ce point de vue, le beau « Printemps arabe » a tenu certaines de ses promesses : les pires. Dans les libertés conquises par les peuples renversant leurs despotes, on dirait que celle d’être antisémite figure en bonne place. Pour la quatrième année consécutive, le Centre Simon Wiesenthal a étudié les incitations à l’antisémitisme au SIEL. Dans son rapport, qui dénonce l’appel à la haine, il précise que tous les textes ont été approuvés par les autorités du Salon. Cela se passe dans le pays arabe que l’on dit le plus épargné par la haine des juifs…

*Photo : miskan.

ANI : le changement c’est en pire

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hollande cgt ani

hollande cgt ani

La fumée du pourtoussisme s’étant un peu dissipée, le temps est venu de jeter un coup d’œil sur les autres résultats tangibles du Changement.
Le bilan social de la première année du hollandisme révolutionnaire – selon l’expression plaisante du prophète Todd, qu’il a depuis auto-critiquée – est loin d’être aussi joyeux que les premiers mariages « pour tous ». En toute discrétion, Hollande a renoncé à la renégociation du TSCG, commandé le rapport Gallois sur la compétitivité des entreprises, et surtout, fait adopter à l’Assemblée Nationale l’Accord National Interprofessionnel,  qui remet en cause les fondamentaux du droit du travail français et attaque le donjon social du CDI.  La loi a été votée au bout de deux jours de débat, le gouvernement ayant utilisé  la procédure 44-3 du vote bloqué contre sa propre majorité parlementaire – une première historique.  La couleuvre ne passe pas dans les rouges gorges, et le sénateur communiste Dominique Watrin a même déclaré dans L’Humanité : « le gouvernement a gâché l’alternance ».
Coté syndicats, la division entre réformistes et résistants et l’embarras de la CGT, qui avait appelé à voter Hollande sans contrepartie  en mai 2012, explique en partie la faiblesse de la mobilisation.
En effet, alors que la révolte contre le CPE avait fait plier le gouvernement Villepin, l’ANI est passé comme une lettre à la poste, alors que son contenu se révèle bien plus attentatoire aux droits des salariés que ne l’était le Contrat Premier Embauche (qui se contentait d’allonger la période d’essai à deux ans et de supprimer la procédure de licenciement, sans toucher au motif).
La route vers l’ANI était pourtant pavée de bonnes intentions : officiellement, il s’agissait de lutter contre la précarité dans le travail, de permettre le maintien dans l’emploi, et de s’adapter aux évolutions du marché du travail.
Deux grandes mesures remettent frontalement en cause la rigidité de la citadelle CDI : l’accord de maintien dans l’emploi (recyclage du projet sarkozyste d’« accords compétitivité-emploi ») et celui sur la mobilité interne, répondant l’une et l’autre au sacro-saint impératif de « flexibilité ».  Sous condition préalable d’ « accord », l’employeur pourra, en cas de difficultés financières de son entreprise, renégocier le nouvel équilibre salaire/temps/ lieu de travail de son salarié… jusqu’à huit fois par an ! Le maintien dans l’emploi se fera donc, mais au prix d’une baisse de salaire décidée unilatéralement et/ou d’une mutation  du salarié sans consultation, selon l’ultimatum «  la valise ou le cercueil social », rebaptisé fallacieusement  « révolution du dialogue social ».  La cause « réelle et sérieuse » du licenciement devient l’accord lui-même, le contrat de travail étant soumis intégralement à l’accord collectif, même si celui-ci est plus défavorable au salarié.
Enfin,  l’accord devenu loi  permet également de faciliter les licenciements collectifs (+ de 10 salariés), pour cause économique, soit par accord, soit par la mise en place de plans sociaux (PSE) standardisés et homologués par l’Etat.
La flexibilité, quand elle n’est pas érigée en dogme, peut être une bonne idée, surtout appliquée aux petites entreprises qui ont des difficultés à s’adapter et hésitent à embaucher. Mais cette loi sur l’emploi, puisqu’elle nécessite un accord syndical préalable, ne pourra s’appliquer qu’aux grosses entreprises, car les PME en France sont un désert syndical[1. L’élection de représentants syndicaux n’étant obligatoire que pour les entreprises de plus de 50 salariés, les délégués du personnel dans  celles de plus de 10 salariés] En revanche, on peut imaginer que les grandes multinationales ne se gêneront pas pour utiliser à loisir cet accord afin de dicter des conditions iniques aux salariés, et d’avoir ainsi un prétexte pour les licencier.
Encore une fois, Hollande, avec sa prudence, a voulu faire plaisir à chacun, au patronat, aux salariés, aux petits et aux puissants, et comme toujours, il a déçu tout le monde : ni assez flexible pour le patronat (quand même bien satisfait le Medef réclame toujours plus[2. Notamment un « acte 2 » du pacte de compétitivité qui s’attaquerait plus sérieusement à la baisse des prélèvements obligatoires]), ni assez protecteur pour les salariés du privé.
Las, l’ANI n’était qu’un tour de chauffe, avant le grand reniement : Bruxelles a « suggéré » des réformes draconiennes pour le redressement des comptes publics qui coïncident avec les douloureuses recommandations du rapport Moreau sur les retraites. La CGT annonce que ce pourrait être le casus belli qui romprait définitivement les ponts entre le gouvernement socialiste et les « travailleurs ».
Nombre de ceux-ci avaient basculé de gauche à droite à la présidentielle de 2007, et inversement en 2012. Mauvaises pioches !

Paris est une fête

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baby loup islam laicite

Ernest Hemingway avait raison sur tout : les femmes, l’alcool et la littérature. Il aimait Paris et y vécut une partie de sa folle jeunesse. Ses souvenirs de ces temps bohèmes ont été publiés en France sous le titre Paris est une fête. La rue Mouffetard y est intemporelle. On croise des poètes. Et les gens vont à vélo, et non à Velib’. Le festivisme parisien n’a plus le même profil. Il s’est industrialisé. On a appris récemment que la capitale était en lice pour accueillir les « Gay Games », événement mondial de l’olympisme homo (Ne me demandez pas en quoi consistent les épreuves). On nous a également avisé que  la capitale avait accueilli – à l’initiative de la Société Protectrice des animaux – un grand rassemblement « cani-citoyen »… évidemment festif. L’association appelle à la pride en ces termes : « Les maîtres franciliens sont invités à venir avec leurs compagnons à 4 pattes, pour une marche cani-citoyenne dont le but est d’interpeller les politiques et l’opinion publique ».
Paris est une ville fascinante : elle rayonne comme un phare dans la nuit culturelle. Les pouvoirs publics – impliqués dans une démarche qui va dans le bon sens – y font sans relâche la promotion du hip-hop, des « cultures urbaines », voire du slam. Ainsi un concours de slam, présenté sous le nom « Coupe du monde de slam » se tiendra prochainement à Paris. Tous les épigones fatigants de Grand Corps Malade (l’époque a les poètes qu’elle mérite…) seront présents pour célébrer la fête des mots. Quant à la Ville de Paris, elle lance un grand concours afin de nommer le « centre culturel hip-hop des Halles ».  On apprend – et cela fait froid dans le dos – que la mairie a déjà reçu « plus de 1000 propositions« .
Depuis que Nathalie Kosciusko-Morizet a remporté les primaires de l’UMP en scooter (des primaires où Georges Moustaki, mort la semaine dernière, n’a pu voter…), un duel féminin titanesque se profile pour les élections municipales qui se tiendront en 2014. Anne Hidalgo contre NKM. Celle qui entend fermer les voies sur berges afin de les « rendre » aux « usagers de la nuit »; et celle qui entend transformer les stations de métro abandonnées en  lieux festifs. C’est le site Terrafémina qui nous apprend le désir de NKM de réhabiliter les stations de métro abandonnées par la RATP (il y en a huit) en « lieux de convivialité ». Le but étant de donner un « nouveau souffle » aux nuits parisiennes. Un souffle fantôme parcourant les catacombes… Paris est une fête !

Baby Loup : la loi de la cité

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baby loup islam laicite

baby loup islam laicite

On entend souvent dire, dans les cités, qu’il faudrait obliger les architectes à vivre dans leurs merveilleuses créations. Il serait bon aussi, parfois, que les juges touchent du doigt le résultat de leurs subtiles cogitations. On espère donc que les membres de la chambre sociale de la Cour de cassation assisteront au déménagement de Baby Loup. Ce n’est pas encore une certitude, mais déjà bien plus qu’une probabilité. La proposition du sénateur maire socialiste de la ville voisine de Conflans-Sainte-Honorine, Philippe Esnol, et de sa « dircab », la conseillère générale du coin, Fanny Ervera, est sur la table. Ce sera, grâce à eux, la défaite sans le déshonneur. Mieux vaut partir que mourir – même si chacun sait que partir, c’est mourir un peu.
Assommée par l’arrêt qui a invalidé le licenciement de la puéricultrice qui refusait d’enlever son voile, l’équipe de la crèche a été consultée à bulletins secrets. Une majorité a choisi d’arrêter les frais : Baby Loup doit quitter . Natalia Baleato ne se fait pas d’illusions : si le déménagement a lieu, une bonne partie de l’équipe quittera le navire.[access capability= »lire_inedits »]
Plusieurs filles sont déjà parties, épuisées par les menaces, allusions, pressions et insultes des fondamentalistes qui entendent régner sur le quartier des Poètes.
Depuis le 19 mars, l’atmosphère est passée de « pénible » à « insupportable ». Natalia n’ose plus sortir de la crèche pour fumer. « Maintenant qu’ils ont gagné sur le voile, dit-elle, la nouvelle étape, c’est de nous obliger à faire observer les rites religieux aux enfants. » Dans son bureau, des parents défilent pour s’étonner qu’on ne serve pas des repas halal. Certains ont déjà, dans le passé, demandé qu’on les réveille pour la prière. Même la maire de la ville, Catherine Arenou, admet que l’emprise religieuse a progressé ces dernières années : « Avant, explique-t-elle au New York Times, seules quelques vieilles femmes portaient le voile traditionnel. Aujourd’hui, on voit de plus en plus de jeunes filles avec la tête couverte. »
« De plus en plus » signifie ici la quasi-totalité. Elle observe avec satisfaction que la poignée de femmes qui persistent à porter la burqa sont discrètes, sortant faire leurs courses en dehors des heures d’affluence : « Cela signifie qu’elles connaissent la loi. » De quoi pavoiser, en effet. Tentant de ménager chèvre et chou – les élections approchent –, elle renvoie dos à dos « fondamentalistes et ultra-laïques ». On aimerait bien savoir où sont ces « ultralaïques ». Catherine Arenou a peut-être compris que le départ de Baby Loup serait une catastrophe pour elle. Un peu tard, Madame le Maire, pour découvrir que votre ville est un territoire perdu. Un de plus.[/access]

*Photo : ChrisGoldNY.

Moralisme partout, justice nulle part

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boutin royal orelsan

boutin royal orelsan

La « séquence », comme on dit dans la novlangue des communicants, des politiques et des médias, a commencé il y a une dizaine de jours avec Christine Boutin. L’ancienne égérie de la croisade anti-PACS a déclaré : « On est envahi par les gays ! » lors d’une interview où elle a pris une position clairement antisaphiste après l’attribution de la dernière Palme d’Or à la Vie d’Adèle, film lesbien nécessaire. La présidente du parti chrétien-démocrate qui sait pourtant à l’occasion prendre des positions courageuses sur les conditions inhumaines faite aux détenus, dénonçait la « mode » gay qui se serait emparée de la fiction contemporaine.
On aurait beau jeu de lui faire remarquer que cet envahissement des gays dans l’art, la littérature ou même le cinéma ne date pas d’hier et qu’un examen rapide des rayons d’une bonne bibliothèque montre qu’il n’y a pas eu besoin d’attendre ces dernières années pour que l’homosexualité ait été le thème majeur de quelques chefs d’œuvres de notre littérature. Je ne citerai que la Recherche du Temps perdu que l’on peut aussi lire comme une enquête policière où un narrateur comprend au bout de quelques milliers de pages que ce qui agit en secret la société de son temps, c’est que le violoniste comme le duc, l’officier courageux comme le concierge, la jeune fille en fleur comme la courtisane sont tous des ressortissants de Sodome et Gomorrhe. On oubliera Gide, Genet, Wilde, Colette ou Marguerite Yourcenar. Mais pour le coup, cela semble un peu plus important qu’une mode.
Ou il faudrait également résumer l’antiquité gréco-romaine, qui est largement aussi prégnante dans notre héritage culturel que le christianisme, à une simple mode. Les historiens romains, toujours un peu ragoteurs, nous rappellent assez souvent que la bisexualité était la chose du monde la mieux partagée dans les élites avec par exemple le jeune César décrit par Suétone comme « le mari de toutes les femmes et la femme de tous les maris ». Ne parlons pas des Grecs. Bien avant qu’ils soient connus comme première nation martyre des politiques austéritaires de la troïka, ils avaient érigé, si je puis dire, la pédérastie en mode de transmission. On pourra renvoyer au Banquet ou à l’Iliade, à la figure du bel Alcibiade ou au désespoir amoureux d’Achille qui reprendra le combat contre les Troyens seulement après la mort de Patrocle, son amant mort au front à sa place en revêtant ses propres armes. On pourrait aussi évoquer la mythologie qui, elle, sombre franchement dans le transgenre : on change de sexe comme Tirésias, on fait l’amour avec des animaux qui sont en fait des dieux, on a le droit à des orgies furieuses et fondatrices à chaque retour de Pan ou de Dionysos. Oui, décidément on est envahi par les gays.
Mais s‘il n’y avait que ça : voilà qu’après Christine Boutin, c’est Ségolène Royal qui s’en prend à la ministre de la culture Aurélie Filippetti. Cette dernière aurait trouvé inssuffisante une interdiction au moins de douze ans pour un le film ultraviolent Only god forgives de Nicolas Winding Refn, le metteur en scène remarqué de l’excellent Drive. Pour Ségolène Royal : «  Si les producteurs veulent des films vus par toutes familles, qu’ils fassent des films visibles par toutes les familles » C’est intéressant, comme remarque. Cela signifie pour Ségolène Royal que la famille est l’unité de mesure première pour juger ce qui fait qu’une œuvre est bonne ou non.
Retour à la case Boutin, en quelque sorte. Cela présuppose donc qu’un film se regarde forcément en famille, perspective assez cauchemardesque et pas seulement pour les cinéphiles. À moins d’être une famille particulièrement inconséquente, nous ne voyons pas  papa, maman, la bonne et un enfant de douze ans ou même papa, papa, la bonne et une fille de douze regarder un film de Nicolas Winding Refn ou de Michael Haneke ou même de Sam Peckinpah.
Mais non, un film, dans l’imaginaire de Ségolène Royal et de Christine Boutin doit être un spectacle familial, forcément familial. On invite donc les futurs metteurs en scène à se concentrer sur l’élaboration d’œuvres répondant aux critères boutino-royalistes : pas de violence, pas de représentation explicite de la sexualité, pas de comportements déviants.
Si par lassitude, vous renoncez et décider d’aller fumer sur le balcon votre nouvelle e-cigarette, faites attention. Vous pourriez être dénoncé par votre progéniture, Marisol Touraine ayant indiqué qu’elle prenait pour argent comptant le dernier rapport sur la question recommandant que la e-cigarette soit considérée comme aussi monstrueuse que la bonne vieille clope à l’ancienne.
N’espérez même pas vous défouler en écoutant Orelsan. Le rappeur vient d’être condamné à 1000 euros d’amende et les féministes ont parlé d’une « avancée historique ». Orelsan n’est pas Baudelaire, oh non, mais trouver que condamner un artiste est une avancée historique est aussi rassurant que de trouver que le procureur Pinard qui attaqua Baudelaire (et aussi Flaubert) pour immoralité avait lui aussi fait une avancée historique.

« Les filles aux yeux creux, de leur corps amoureuses,
Caressent les fruits mûrs de leur nubilité ;
Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses’

Oui, c’est de Baudelaire, ce fumeur de shit sans cigarette électronique. Il prend quoi, à votre avis aujourd’hui ? Une remarque de Christine Boutin : « On est envahi par les lesbiennes », une autre de Ségolène Royal, « Si les poètes veulent être lus par toute la famille, qu’ils écrivent des poèmes pour toute la famille » ou mille euros d’amende ?
Tiens, ça me désespère tellement que je vais aller me faire une côte de bœuf bien saignante.
En attendant qu’Aymeric Caron soit ministre de l’alimentation végétarienne.
Ce qui, au rythme où on va, ne saurait tarder.

*Photo : Raïssa B.

Les mille chapelles du mariage gay

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Dans les pro-mariage gay, il y en a qui sont anti-adoption simple. D’autres sont pour le mariage gay et pour l’adoption simple, mais contre l’adoption plénière. D’autres sont pour le mariage gay et l’adoption plénière, mais contre la PMA pour les lesbiennes. D’autres encore sont pour le mariage gay et l’adoption plénière et la PMA pour les lesbiennes, mais pas pour les gays.[access capability= »lire_inedits »]
D’autres sont pour le mariage gay et l’adoption plénière et la PMA pour les lesbiennes et pour les gays. D’autres sont pour le mariage gay et l’adoption plénière et la PMA pour les lesbiennes et pour les gays et pour la GPA. Et parmi ceux-là, il y a même des cathos. Et il y a des laïcards qui sont anti-mariage pour tous. Et même des gays cathos qui sont anti-mariage gay. C’est vous dire si c’est simple. Le seul point commun entre tous ces joyeux lurons, c’est qu’ils font beaucoup de bruit et occupent à foison l’espace médiatique et le pavé parisien. C’est très chouette et bien dans l’air du temps. De Frigide Barjot à Caroline Fourest, tout le monde fait son fitness, tous ensemble, tous ensemble !
Tandis qu’on vire les pique-niqueurs des jardins du Luxembourg, Karl Zéro écrit à sa belle-sœur. Pas avec une lettre et un timbre, non, dans la presse, ça va plus vite. Le Net s’affole. Les conversations de salon de tous ceux qui s’en foutaient encore il y a six mois se chargent d’électricité.
Chacun est sommé de prendre parti et de justifier sa position – pourquoi le mariage, mais pas la PMA, hein, pourquoi ? Explique-toi !
Il y a une remarquable expo sur Watteau aux Beaux-Arts. Sans compter le dernier Harlan Coben qui donne à frissonner et à réfléchir. Il y a le printemps qui arrive enfin…
Est-ce qu’on pourrait baiser tranquille ?.[/access]

*Photo : naiveartist.

Des CDD pour nos députés !

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depute cahuzac hollande

depute cahuzac hollande

Un seul être vous ment et tout est dévasté : pour tenter d’endiguer l’« effet Cahuzac », notre Président a sorti l’arme fatale, quoique verbale, de la « transparence ». On aurait pu croire que son appel à la moralisation de la vie publique recueillerait l’adhésion pleine et entière du pays réel et de son lointain cousin légal. Las, le peuple a ricané et les élites ont hurlé.
Ainsi le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, a-t-il aussitôt fait connaître, sous les applaudissements unanimes de tout l’Hémicycle, son désaccord profond avec l’obligation de déclaration de patrimoine des élus, mesure conduisant, selon lui, à une République « paparazzi ». Bigre ! Voilà qu’après les ministres, les députés allaient devoir entrer dans le Loft pour s’offrir aux regards de tous et susciter l’envie et la haine mêlées des sans-culottes, qu’à l’occasion on appelle « électeurs ». En employant le mot « paparazzi », Claude Bartolone a vendu la mèche : le personnel politique se situe, à l’instar des people, au-dessus du vulgum pecus… [access capability= »lire_inedits »]
Ce mépris affiché recouvre une réalité : si la transparence est si opaque, c’est parce que notre République est encore imprégnée de féodalité. Les élus se voient comme des seigneurs, et leurs électeurs agissent trop souvent en serfs.
Les élus se comportent comme s’ils étaient titulaires à vie d’un fief ou d’une charge. Ces carrières au long cours sont source de clientélisme, de conflits d’intérêts, et dans certains cas d’abus. Depuis des années, je dénonce, en vain, le « moulisme », la propension de ceux qui nous gouvernent à s’accrocher au pouvoir comme le mollusque à son rocher. Quel pays peut se targuer d’avoir élu tant de présidents battus aux scrutins précédents ? Aux États-Unis, par exemple, la règle, c’est vae victis ! et place aux jeunes !
Cet irrédentisme est hélas cautionné par le citoyen qui voit dans l’acharnement électoral une figure de style romanesque. Combien de fois entend-on de braves gens dire, avec un soupçon d’admiration dans la voix, qu’« en politique, on n’est jamais mort ». Le pouvoir est aphrodisiaque, y compris pour le peuple.
La transparence, la vraie, commencerait donc par dissocier à la tronçonneuse pouvoir et privilèges. La res publica ne serait plus un fromage, mais un devoir civique puisqu’on ne pourrait plus en faire une carrière. Or, le mandat politique comporte, comme tout mandat, une obligation essentielle qui pèse sur son récipiendaire : rendre des comptes à ceux qui le lui ont confié. On en est encore loin.
L’erreur de François Hollande est d’avoir confondu l’édition des comptes avec la reddition des comptes. D’où l’intérêt de réformes lourdes : interdiction du cumul, limitation des mandats dans la durée, réduction du nombre de députés qui seraient élus sur des listes dissociées des territoires, mandat présidentiel de sept ans non renouvelable, etc. Toutes dispositions qui, mécaniquement, provoqueront un renouvellement de la classe politique.
Dans cette République sans aristocrates élus, la publication du patrimoine ne sera plus extravagante et ne suscitera aucun commentaire. On m’objectera que cette vision manque de panache et que nous nous promettons une médiocrité moyenne sans personnalités ni talents. Cela revient à penser qu’il ne se trouvera pas, parmi 65 millions de Français, quelques centaines de citoyens passionnés, compétents et incorruptibles pour vouloir remplir un unique et seul mandat au nom du bien public et de l’intérêt général.
Nous avons besoin d’une vraie révolution des mentalités. La seule transparence qui vaille est celle qui rendra le personnel politique invisible, aussi banal qu’un député danois. Et puisque nous avons commencé cet article en massacrant honteusement Lamartine, finissons- le en beauté avec Musset en clamant haut et fort que les choix les plus beaux sont les plus désintéressés.[/access]

*Photo : sarahstierch.