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Mariage gay : Votre Golem

joseph mace scaron mariage

Parler, donc, de la loi Taubira.
Ou plutôt du non-débat autour de ce texte puisque que toute l’énergie, toute l’innovation déployée avec une frénésie de moyens n’ont visé qu’à rendre le combat aussi féroce qu’inexpiable. Dans son précédent éditorial, Élisabeth Lévy estime que la responsabilité principale de cette situation qu’elle déplore incombe à ceux qui auraient vu de l’homophobie partout. Accrochés à leur statut victimaire comme des moules à leur rocher, ils auraient fini par indisposer ces braves gens qui veulent sauver la France au nom du Sacré-Coeur et qui soutiennent que, pour se marier, il faut deux personnes de même secte.
Je ne sais pas ce qu’est un « statut victimaire ». Je sais, en revanche, ce que sont les victimes de l’homophobie. J’en ai rencontré une récemment, et je dois souligner que son statut ne relevait pas de la construction intellectuelle, comme je dois souligner qu’il ne se passe pas une semaine sans qu’un « cassage de pédés » apparaisse en une de la presse locale.[access capability= »lire_inedits »]
Je ne sais pas non plus ce qu’est une « égalité » qui consiste à ne pas donner les mêmes droits à tous. Je reprends cette curieuse équation toujours dans cet éditorial. Une égalité qui continue d’entretenir des différences de situation, une « égalité discriminante » ? Voilà assurément un joli oxymore qui aurait ravi Philippe Muray.
Après ces taquineries, j’aimerais présenter deux éléments qui n’apparaissent pas dans les contributions des causeurs de Causeur sur ce sujet. Le premier est que cette loi n’est pas une énième élucubration sociétale, mais bien une avancée sociale.
Les esprits vigilants de cette rédaction auraient dû être alertés par la mauvaise grâce, voire l’indifférence des gays établis à défendre ce texte. La raison de cette réticence était simple : le mariage pour tous n’est pas une « extension du domaine du désir », comme on le dit dans ces pages. Ceux qui, comme moi, ont défilé en faveur de cette loi ont pu voir que l’immense majorité des manifestants étaient issus de milieux modestes. Dans la crise que nous traversons, en Grèce, en Espagne,  en France, partout en Europe, pouvoir construire une famille n’est pas une tocade mais une nécessité, la première des protections.
Le second est que cette loi n’instaure pas une « filiation homosexuelle », comme cela est écrit. Tout simplement parce que les familles homosexuelles qui adopteront demain, tout comme les homosexuels qui adoptent aujourd’hui, ne peuvent évidemment pas échapper au devoir de vérité. Des couples hétérosexuels peuvent nier une filiation : j’en connais, hélas,  et les dégâts sont considérables. À moins de vivre sur la planète Xena, un couple de lesbiennes pourra difficilement faire croire à l’enfant adopté qu’il n’est pas né d’un père et d’une mère. D’ailleurs, on verra vite que les véritables opposants à la remise en cause de l’adoption plénière se  trouvent dans les rangs des familles hétérosexuelles.
Il y aurait tant à écrire sur nos désaccords. En bons schmittiens, vous voulez discerner vos ennemis. Malheureusement, vous cherchez des noises à un adversaire imaginaire, un mur contre lequel il vous sera plus aisé de rebondir. J’ai l’impression tenace que votre curseur reste bloqué à la fin des années 1990. Mais Jospin est (politiquement) mort et la gauche ne se sent plus très bien. En revanche, le Golem créé par les manifs anti-Taubira va très bien. Prévoyons déjà qu’il atteindra sa taille adulte aux prochaines élections européennes.[/access]

*Photo : Hannah Assouline.

Jacques Semelin vs Robert Paxton : les juifs de France sous l’Occupation

La librairie Les Cahiers Lamartine organise ce soir un débat – qui sera retransmis sur France culture lundi dans La Fabrique de l’histoire entre Robert Paxton et Jaques Semelin, à l’occasion de la sortie  du livre de ce dernier Persécutions et entraides dans la France occupée, Comment 75% des juifs ont échappé à la mort.
Paxton et Semelin, historiens de référence sur le régime de Vichy, ont éclairé deux faces opposées de cette période troublée de notre histoire. Comme on peut dire d’un verre qu’il est à moitié vide ou à moitié plein, chacun des deux historiens a choisi de regarder l’Occupation sous un angle différent : celui de la collaboration, et celui de l’entraide et de la résistance.
La « révolution paxtonienne » occasionnée à l’occasion de la sortie du livre La France de Vichy en 1973 fit trembler pour la première fois le mythe gaullien d’une France entièrement résistante, et rejeta la thèse du glaive et du bouclier qui consistait à faire de Gaulle et Pétain les deux faces d’un même Janus résistant. Le livre de Paxton révélait une France collabo, dont les élites avaient, en toute conscience, non seulement offert leur appui à l’Allemagne nazie, mais tenté d’instaurer un véritable fascisme à la française sous la forme de la « révolution nationale ». Quant au peuple français, l’auteur rappelait son antisémitisme foncier et son soutien massif à la législation raciale.
Semelin, lui, a choisi de regarder l’envers de la médaille. Certes, sur les 350.000 juifs demeurant en France, 90.000 ont été tués par les nazis, et il n’est pas question de relativiser un tel crime. Néanmoins, cela signifie que 75% d’entre eux ont réchappé – 90% pour les juifs de nationalité française : un taux exceptionnel par rapport à une moyenne européenne à 33%- à tel point qu’on a pu parler d’ « énigme française ».  Jacques Semelin s’intéresse à ces 260.000 personnes qui ont pu se soustraire  au sort terrible qui les attendait, et aux gens, qui, dans l’ombre on eu le courage de les aider. Quatre figures clés ressortent de ce « point aveugle » de l’historiographie de la Shoah : l’ange gardien, l’hôtesse, le faussaire et le passeur, auteurs de petits gestes d’entraide et de solidarité qui ont fait la différence, actions minimes d’anonymes souvent tombés dans l’ombre des 3500 justes officiellement reconnus par Israël.
Deux historiens de talent, deux points de vue, deux recherches approfondies : un vrai débat en perspective.

semelin paxton

Egypte : Mohamed Morsi, premier anniversaire

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Ces douze derniers mois ont probablement été les plus longs de la vie de Mohamed Morsi, cinquième président de l’Egypte et le premier démocratiquement élu. Rétrospectivement, cette première année de mandat ressemble en effet à un tour de montagnes russes.
À la veille du premier anniversaire de son élection, Morsi est confronté à une vaste fronde, largement alimentée par une opposition qu’il a involontairement contribué à unifier.  Des millions d’Egyptiens crient leur colère et leur mécontentement, non seulement à l’égard de sa politique mais aussi à l’encontre de l’homme et de tout ce qu’il représente.  Mais il ne faut pas l’enterrer trop tôt.  Coriace, patient et surtout chanceux, Mohamed Morsi a plusieurs fois déjoué les pronostics de ceux qui l’avaient sous-estimé.
Première surprise, sa candidature à la tête de l’Etat.  Un homme devait se présenter et gagner au nom des Frères Musulmans : Mohammed Khairat al-Chater, un leader naturel qui porte bien son nom – Chater en arabe signifie « brillant », « excellent », « intelligent ». Le charismatique Khairat al-Chater et le terne Morsi  n’ont rien en commun  mis à part leur formation d’ingénieurs et leur engagement politique au sein de la confrérie islamiste. Mais Morsi était là, prêt et le moment venu, il a su saisir sa chance.
Si Morsi, président du Parti de la liberté et la justice – structure politique crée par les Frères après la chute de Moubarak pour pouvoir participer aux élections – est devenu le champion de son camp, c’est parce que la candidature de son aîné a été disqualifiée par le Conseil Suprême des forces Armées. Selon la loi électorale égyptienne, un ancien prisonnier ne peut se présenter aux élections présidentielles moins de six ans après sa sortie de prison. Or, Khairat al-Chater, incarcéré par Moubarak pour ses activités au sein des Frères Musulmans, n’a retrouvé la liberté qu’en mars 2011, après la chute du raïs.
Les choses n’étaient pas gagnées d’avance pour ce fils de fellah. Car Morsi est le produit de la Révolution sociale-nationaliste des officiers libres qui a mis fin à la monarchie en 1952. Aîné d’une fratrie de cinq, Mohamed a pu s’en sortir grâce à ses talents et aux opportunités qui s’ouvraient aux jeunes égyptiens dans les années 1950-1970. Comme nombre de ses petits camarades, Morsi a suivi des études de « mouhandisse » (ingénieur) un métier à l’époque prestigieux[1. Le fait que ce n’est plus le cas est d’ailleurs un des problèmes majeurs auxquels Morsi doit aujourd’hui faire face.] qui permet une ascension sociale rapide et offre des débouchés professionnels attractifs essentiellement dans le giron de l’Etat égyptien et des entreprises qui en dépendent.
Quoiqu’ayant bénéficié des bienfaits de la révolution nassérienne, le jeune Morsi reste fidèle aux traditions les plus orthodoxes et va chercher sa femme au bled. A l’âge de 28 ans, son diplôme d’ingénieur de l’université du Caire en poche, il épouse sa cousine germaine, de onze ans sa cadette, encore lycéenne au moment du mariage, tout en poursuivant sa thèse de doctorat à l’université South California à Los Angeles.  Son épouse ne l’y rejoindra que deux ans après leurs noces. Selon les dires de Morsi, c’est là-bas, en Californie, au sein du centre islamique local, qu’il  adhère aux Frères Musulmans,  peu après la signature du traité de paix entre l’Egypte et Israël (mars 1979). Quelques années plus tard, en 1985, les Morsi referment la parenthèse californienne pour regagner l’Egypte avec leurs deux enfants nés sur le sol américain.  Le docteur en science des matériaux est embauché comme professeur à l’Université de Zagzig, chef-lieu de sa province natale dans le delta du Nil. Depuis, il mène de front deux carrières parallèles : officiellement enseignant chercheur, il devient dans l’ombre un dirigeant de plus en plus important au sein des Frères. Elu au parlement en 2000 en tant qu’indépendant – la confrérie islamiste étant officiellement interdite de candidature – il grimpe les échelons puis accède finalement à la présidence du parti de la liberté et la justice, plateforme politique de la confrérie créée en 2011.
Ce brillant cursus honorum est venu pallier le manque de charisme d’un homme qui, à défaut d’un leadership incontestable réussit à frayer son chemin à force de ténacité.
Son élection à une courte majorité (51.73% à 48.27%) contre le dernier premier ministre de Moubarak Ahmad Chafiq a été accueillie avec circonspection. Même oint du suffrage universel,  rien n’indiquait qu’il ferait le poids face au Conseil suprême des forces armées et son chef expérimenté, le maréchal Tantaoui. Mais Morsi a très vite repris la main. Dès le 12 août 2012, après un attentat sanglant contre l’armée égyptienne dans le Sinaï, le nouveau président abroge le décret du 17 juin attribuant les pouvoirs législatifs au  Conseil suprême des forces armées, et limoge Tantaoui ainsi que le chef d’état-major des forces armées. Au faîte de son pouvoir, Morsi devient véritablement raïs ce jour-là, en faisant preuve d’un leadership ferme et d’un sens politique aigu. Mais depuis cette éclatante victoire, les ennuis s’accumulent sur son bureau. En décembre 2012, sa tentative de « voler » la constitution au nez et à la barbe des libéraux a lamentablement échoué : la situation était tellement grave qu’on a dû l’évacuer du palais présidentiel de peur qu’il ne tombe aux mains des manifestants !
Six mois plus tard, la position du président Morsi s’est tant dégradée, qu’Abdel Fattah al-Sissi, le nouveau ministre de la Défense et chef du Conseil suprême des forces armées, n’a pas hésité à le mettre publiquement en garde. Dans un communiqué publié la semaine dernière, à quelques jours du premier anniversaire de l’élection, le soldat numéro un du pays brandit clairement la menace : « les forces armées ont le devoir d’intervenir pour empêcher l’Egypte de plonger dans un tunnel sombre de conflit et de troubles ». La perspective d’un retour du décret du 17 juin 2012 n’est plus exclue tant les généraux s’estiment en position de force. Une très mauvaise nouvelle de plus pour Morsi, déjà préoccupé par les piètres performances de l’économie nationale et le vide sécuritaire créé par la révolution en dehors des grandes villes, où bandes armées et hommes à poigne pullulent.
Seul point positif au tableau: la politique étrangère. Pour le moment, Morsi se montre un orfèvre de la realpolitik. Les slogans antisionistes et anti impérialistes qui égayaient sa jeunesse ont laissé la place à une diplomatie fondée sur une coopération étroite avec Israël (Sinaï, Gaza) et une alliance avec les Etats-Unis. L’ouverture vers l’Iran a tourné court et Morsi ancre de plus en plus l’Egypte dans le camp sunnite, au point qu’il n’y a plus d’ambassadeur syrien au Caire mais toujours une délégation israélienne !
Le genre de bilan qui vous fait gagner des prix Nobel mais bien souvent perdre les élections…

Les retards socialistes sont des chances

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On en est là en matière de justice. On se contente de peu. On n’en est plus à espérer une politique pénale et une action pénitentiaire qui pourraient recueillir l’adhésion de tous les citoyens de bonne foi afin de sortir ces enjeux fondamentaux du débat partisan et donc stérile.
On se félicite seulement de ce qui, à la présidence de la République et au gouvernement, vient subtilement ou ostensiblement entraver le cours et les prévisions parlementaires de certains projets de Christiane Taubira, notamment celui sur la récidive qui semble enfin montrer, au-delà des congratulations solidaires de surface, un véritable et souhaitable antagonisme entre la garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur.
Yves Thréard qui, avec Alexis Brézet, a redonné de la tenue au Figaro – avec des convictions clairement de droite mais sans le sectarisme d’avant qui faisait douter de l’intelligence et de l’honnêteté – a parfaitement et avec roideur résumé l’essentiel de cette loi pénale. On rêverait que celle-ci n’arrivât pas comme Godot, qu’elle demeurât dans les limbes de cette gauche spéciale inventant une réalité pour ses fantasmes au lieu de se fonder sur elle pour les détruire.
« Pas de prison pour les peines inférieures à deux ans, pas de sanctions planchers pour les récidivistes, pas de peines de sûreté pour les délinquants les plus dangereux, pas de révision des ordonnances de 1945 sur les mineurs ».
Une philosophie de la mansuétude organisée et de la destruction systématique de ce qui peu ou prou pouvait s’opposer à la délinquance et à la criminalité. Pour leur faire comprendre, fût-ce sévèrement, qu’elles n’étaient pas bienvenues ni acceptables en France.
Sur le dernier point concernant les mineurs à Paris, il n’est pas sans intérêt de relever que selon l’Observatoire de la délinquance, un tiers des multirécidivistes ont moins de 16 ans, ce qui n’aurait pas rendu absurde l’instauration de dispositifs mêlant plus efficacement l’état de minorité et la constatation de changements sociologiques avec la gravité de plus en plus précoce de comportements transgressifs.
Pour la prison, je rappelle que le but d’une politique pénale n’est pas de la vider mais de mettre en oeuvre ce qui est nécessaire pour la sauvegarde de la sûreté publique – donc l’incarcération conjuguée à une palette d’autres sanctions adaptées aux délits et aux crimes. La prison si nécessaire, l’absence de prison si possible.
Et ces prisons, seront-elles délaissées à vie, seulement envisagées comme un univers à désemplir de toute urgence faute de savoir les restaurer humainement, matériellement, et de garantir sécurité et ordre en leur sein, pour répondre à l’attente des surveillants et améliorer la condition des détenus ?
Le plus symptomatique reste toutefois, depuis un an, la danse gouvernementale autour de la loi ayant édicté les peines plancher, probablement l’initiative la plus cohérente et heureusement rigoureuse du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Au lieu de ne considérer que l’atteinte qu’elle est susceptible de porter à la liberté des juges, on ferait mieux de s’interroger sur son principe et d’admettre la pertinence de celui-ci. Appréhender les infractions isolément sur un casier judiciaire a évidemment moins de sens que d’examiner l’entêtement mis à s’insérer dans des parcours délictuels et/ou criminels et de réprimer ceux-ci à hauteur de leur répétition.
Cette motivation qui a inspiré les peines plancher est d’ailleurs tellement fondée que le dogme socialiste dans ce domaine bat de l’aile et que promise lors de la campagne, leur suppression est différée. Au point qu’une circulaire a tenté d’en atténuer les effets bénéfiques puis que le président de la République et Manuel Valls ont fait valoir que les abolir ne serait judicieux que si on trouvait une solution pour les remplacer. Ce qui éclaire la bêtise idéologique d’une démarche qui les répudie parce que Nicolas Sarkozy les a voulues mais a conscience de devoir les garder peu ou prou sous une autre forme parce qu’elles sont utiles.
Aussi, parce que Christiane Taubira – de moins en moins icône car obligée de plus en plus à être garde des Sceaux – sera un jour à même d’obtenir ce débat parlementaire qui ne lui offrira pas la même ivresse ni le même assentiment que le mariage pour tous, je bénis les retards socialistes qui sont le signe d’une raison rendant hommage de manière indirecte à ce que l’idéologie s’acharne à défaire.
Je bénis les hésitations du président de la République et du Premier ministre. L’un comme l’autre supputent le mauvais effet de cet adoucissement envisagé. En effet, pour paraphraser Arnaud Montebourg, il ne pourra qu’être « le carburant » du FN et d’une France qui a tendance à prendre au tragique la rime entre socialisme et laxisme.
Je remercie le ministre de l’Intérieur pour avoir déclaré : « Si on supprime les peines plancher sans les remplacer, on se découvre ».
Pour lutter contre les aberrations programmées par Christiane Taubira ministre socialiste, pas d’autre choix que d’approuver les obstacles mis sur son chemin par d’autres socialistes plus lucides.
On en est là.
Les retards socialistes sont des chances.*Photo : francediplomatie.

Zyva, Merkel, libre-échange et roms: indiscrétions assurées

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trocadero psg zyva

Les casseurs du Trocadéro étaient des « zyva », pas des ultras.
Dans l’ébullition qui a suivi les violences du Trocadéro, intervenues le 12 mai après la victoire du PSG en Ligue 1 de football, plusieurs médias ont mis en avant le conflit entre un groupe de supporters – les « Ultras » – et la direction du club. Il y a trois ans, après, il est vrai, des violences ayant entraîné la mort de deux supporters, celle-ci avait dissous les deux « kops » (tribunes) – Auteuil et Boulogne –, leur interdisant de se regrouper dans le stade. Une partie des habitués, qui se sont autoproclamés « Ultras », ont alors boycotté les matchs. Et leur banderole – « Liberté pour les Ultras » – flottait effectivement place du Trocadéro le soir des violences.
De nombreux articles, notamment celui paru dans Le Monde du 16 mai sous le titre « Les Ultras résistants », ont privilégié cette hypothèse qui contrastait singulièrement avec les images diffusées en boucle sur Internet et les chaînes d’info – jusqu’à ce que la police interdise aux reporters de filmer. À l’évidence, les assaillants n’avaient pas grand-chose à voir avec des supporters du PSG, même « ultras ». Il s’agissait plutôt d’une intervention massive et apparemment organisée de « jeunes de banlieue », comme on dit.[access capability= »lire_inedits »] Certains clamaient d’ailleurs qu’ils n’en n’avaient « rien à foutre du foot ». Ils étaient venus, disaient-ils, pour « tout casser et se battre avec les flics ». L’audience au cours de laquelle les jeunes interpellés dans la soirée ont été jugés en flagrant délit a bien confirmé que l’arbre des « Ultras » avait servi à cacher la forêt des bandes de banlieue. Il ne manquerait plus que les « cailleras » cassent autant sous Hollande que sous Sarkozy ! Voire, plus grave encore, qu’ils prennent l’habitude de brûler des voitures à Paris au lieu de s’en prendre à celles de leurs voisins de cité. Personne ne leur a dit que, maintenant, c’était le changement ?
Pour Angela Merkel, le Smic est la cause du chômage en Europe.
Quand François Hollande a, sur un ton plus que modéré, évoqué les « amicales tensions » entre la France et l’Allemagne, nous avons eu droit à un concert d’indignation. La plupart de nos éditorialistes ont évoqué, souvent sur un ton très anxieux, le spectre de la « germanophobie » montante dans le pays. Les mélenchonistes, les députés frondeurs du PS et certains élus de l’UMP étaient désignés comme les idiots utiles d’un retour à la haine du « Boche ». Au point qu’on a craint une poussée d’eczéma carabinée de Bernard Guetta qui, depuis des années, prône quotidiennement la fusion entre la France et l’Allemagne, prélude à l’avenir radieux de l’Europe une et indivisible. En revanche, lorsque, vers la fin avril, Angela Merkel est montée au créneau contre les pays qui ont instauré un salaire minimum (France, Grande-Bretagne, Espagne, Portugal), pointant une supposée corrélation – très contestée par ailleurs – entre Smic et chômage, l’information a été commentée de-ci de-là, mais nul ne s’est offusqué de ses mauvaises manières. Il s’agissait pourtant d’une ingérence maladroite dans la politique intérieure desdits pays, les politiques sociales relevant, selon les tables de la loi européennes, de la souveraineté nationale.
Le traité de libre-échange euro-américain prépare le meilleur des mondes sans frontières.
On pensait que le débat sur l’exception culturelle ou sur le bœuf aux hormones était derrière nous. Fatale erreur ! Pour Obama, tout doit être mis sur la table pour ce méga-traité, qui porte sur 30% des échanges commerciaux mondiaux, et dont les objectifs plus ou moins avoués sont de lutter contre le développement du protectionnisme et d’initier une contre-offensive des pays développés face à la montée en puissance des pays émergents. François Hollande n’en a pas dit un mot lors de sa conférence de presse. Les médias ont peu évoqué le dossier. Bref, on dirait que ce genre d’accord – qui contribue à changer notre monde au moins autant que le mariage gay – ne peut se concocter qu’à l’abri du regard des peuples dits souverains.
On aurait préféré que la coopération entre les deux continents, qui ont objectivement des intérêts communs, se développe aussi sur le front du protectionnisme industriel. Ainsi l’Amérique a-t-elle, voici deux ans – fait, là encore, peu commenté − mis en place une taxe de 250% sur les importations de panneaux solaires chinois tandis que l’UE « envisageait » une taxe de 47% – finalement écartée par Angela Merkel. Entre-temps des dizaines de PME spécialisées dans le solaire ont mis la clef sous la porte en France et en Allemagne.
L’Allemagne et l’Angleterre ne veulent plus accueillir de Roms.
Rappelez-vous l’hystérie sémantique qui s’était emparée d’une partie de la gauche française après le fameux « discours de Grenoble » de Nicolas Sarkozy. Pour commenter des expulsions du territoire accompagnées de primes – et permettant aux personnes concernées de revenir en France six mois plus tard –, on parlait de « chasse aux Roms » et de « déportations ». La commissaire européenne Viviane Reding évoqua explicitement le nazisme, pour le plus grand bonheur d’une partie de nos médias. En revanche, aucun n’a évoqué la récente et très officielle requête du ministre allemand de l’Intérieur, Hans-Peter Friedrich (CSU), soutenu par ses collègues autrichien, anglais et hollandais : ceux-ci souhaitent obtenir une dérogation pour ne pas accueillir les Roms qui, notamment en Allemagne, bénéficient de prestations sociales avantageuses – et donc coûteuses − accordées par les municipalités et les Länder. Quoique rédigée avec une grande pudeur – on y parle de « certaines populations » issues de Bulgarie et de Roumanie et non de Roms, cette demande constitue un véritable « forfait » contre la libre circulation des citoyens de l’Union : il ne s’agit plus de reconduire aux frontières mais de refuser d’accueillir des candidats à l’immigration de l’Union européenne. Bien entendu, la réponse de Viviane Reding a été sèche comme une bûche de Bavière : « Tous les États de l’UE, y compris le ministre allemand de l’Intérieur, sont invités à participer aux efforts et aides mis en place en direction des Roms. La dépense relève de la compétence des États. »
L’affaire méritait bien une brève dans Libé ou dans Le Monde, non ? Non ? Bon. Donc on reparlera des Roms quand Sarko sera revenu à l’Élysée.[/access]

*Photo: capture d’écran Le Figaro TV

Affaire Al-Dura : Karsenty condamné

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karsenty dura enderlin

Les juges de la 11ème chambre de la Cour d’appel de Paris ont condamné Philippe Karsenty à 7000 € de dommages-intérêts pour avoir diffamé France 2 et son correspondant à Jérusalem Charles Enderlin. Karsenty avait affirmé en novembre 2004 que le reportage diffusé au journal télévisé du 30 septembre 2000, montrant la mort d’un enfant palestinien, et les sévères blessures de son père, victime de tirs ciblés de soldats israéliens, était une manipulation. Il s’agit de la fameuse affaire Al-Dura, qui a connu de multiples rebondissements judiciaires et médiatiques au cours de ces douze dernières années.
Disons-le d’emblée : en termes de droit, la Cour avait à sa disposition tous les éléments permettant de valider le jugement de première instance condamnant Philippe Karsenty pour diffamation. À l’époque où ce dernier mettait en cause France 2, il ne pouvait arguer d’une enquête approfondie, ni de la modération de son propos mettant en cause ce reportage et ses auteurs. C’est donc le Karsenty imprécateur de 2004 qui a été condamné, et non le Karsenty de 2013, qui est parvenu, à force d’opiniâtreté, à faire surgir une vérité maintenant reconnue aussi bien par les autorités israéliennes, que par tous ceux qui, en France et à l’étranger se sont penchés sérieusement sur cette affaire. La justice française a également apporté sa pierre à cette entreprise de vérité, lorsque la Cour d’appel, présidée par la juge Trébucq[1. L’arrêt de la Cour de 2008, relaxant Philippe Karsenty, avait été cassé au motif que la jurisprudence en matière de diffamation interdisait aux juges d’apporter des éléments en faveur de la partie attaquée… ], avait exigé de France 2 la mise à la disposition de la cour des « rushes », les images non diffusées des événements de Gaza, tournées par le cameraman palestinien de la chaîne française. C’est à partir de ces images que sont apparus dans toute leur évidence les mensonges et invraisemblances de la version défendue jusqu’à aujourd’hui par Charles Enderlin. Ces documents sont accessibles sur la toile, et démontrent de manière éclatante que ce reportage relève du « bidonnage » pur et simple. Un florilège des déclarations successives de Charles Enderlin et de son caméraman Talal Abou Rahma, également disponibles sur internet, est très éclairant sur leur rapport pour le moins perturbé avec la vérité lorsqu’ils tentent  de faire avaler au public leur version du meurtre délibéré de civils palestiniens par les soldats de Tsahal.
Aujourd’hui donc, et après le jugement de la Cour d’appel de Paris, je persiste à affirmer :
Que tous les éléments à notre disposition – images, témoignages, expertises balistiques et médicales – concourent à conforter la thèse d’une mise en scène orchestrée par le cameraman Talal Abou Rahma. Qu’en conséquence France 2 et Charles Enderlin se sont rendus coupables d’une faute professionnelle aux conséquences gravissimes.
Que Charles Enderlin, qui n’était pas présent sur place a, sans procéder à un minimum de vérification des affirmations de son caméraman, été le complice conscient ou inconscient de cette supercherie. De plus, il a menti en affirmant qu’il avait coupé au montage les scènes de l’agonie de l’enfant, au prétexte qu’elles auraient « été trop insupportables ». Qu’il a encore menti à la télévision israélienne en déclarant qu’il « n’avait jamais dit que l’enfant était mort sous les balles de Tsahal ». Je tiens à la disposition de la justice d’autres preuves des mensonges d’Enderlin et de Talal Abou Rahma dont je fais grâce aux lecteurs de cet article.
Que le refus, après un semblant d’acceptation, de Jamal Al-Dura, le père prétendument grièvement blessé dans cet incident, de se soumettre à une expertise médico-légale indépendante, laisse penser que les cicatrices présentes sur son corps ne relèvent pas de blessures par balles israéliennes. Elles sont, selon toute vraisemblance, la conséquence de blessures à l’arme blanche reçues au cours d’une rixe à Gaza en 1992, qui ont été soignées par un chirurgien israélien, Yehuda David.
Que France 2 et Enderlin ne sauraient tirer argument de l’arrêt Karsenty pour clamer haut et fort que la thèse défendue par le second est maintenant vérité historique. Cette dernière finira bien par s’imposer.
Enfin, on peut constater que l’adage romain, transmis par Cicéron dans son Traité des devoirs summa jus, summa injuria (Trop de droit tue le droit) a encore de beaux jours devant lui…

*Photo : xcode.

« L’Avenir pour tous », c’est maintenant

« L’Avenir pour tous », ça commence aujourd’hui. Frigide Barjot vient de lancer son nouveau mouvement d’action politique, entourée notamment de Xavier Bongibault, de Laurence Tcheng, de Thierry Vidor (Familles de France) et d’Antoine Renard (AFC). Qu’elle ait tenu sa conférence de presse dans une cave (de Saint-Germain des Prés), face à une poignée de journalistes capables de s’aventurer en terrain non médiatique, est certainement un signe prometteur :  on connaît des mouvements qui sont nés très petits dans des caves, des grottes, des souterrains, et qui ont eu quelque retentissement.
Maintenant que la loi Taubira est passée de force, l’objectif de « L’avenir pour tous » est de la réformer pour protéger la filiation.  « Le vrai clivage est la question des droits de l’enfant ». Partant d’un état de fait social et légal incontournable, l’idée est de conserver les droits juridiques et patrimoniaux des couples homosexuels, sous forme d’union civile, et de faire entrer le terme de « mariage » dans la constitution en spécifiant qu’il est l’union d’un homme et d’une femme. Distinction qui n’est pas discrimination, et permettrait d’éviter les dérives de la fabrication d’enfants par PMA et GPA . « Le principe de filiation doit reposer sur une seule base ». « On a voulu enfermer les couples de même sexe dans une loi qui dépasse leur capacité,  note Clément d’Homovox. Nous ne demandons pas l’égalité, mais l’équité, et la justesse ».
La méthode pour y parvenir ? « S’adresser à tous les candidats politiques, en amont des élections, pour leur demander d’inscrire à leur programme cette norme constitutionnelle qui met au premier plan le souci de la filiation. C’est une méthode qui a un double avantage, elle redonne la parole aux Français sans remettre en question les principes électifs ».
Les moyens ? Du travail et de la conviction.  « On repart à zéro, avec une équipe de juristes, et en comptant sur tous ces jeunes qui se sont mobilisés et ont maintenant à réfléchir et à devenir efficaces pour que la loi, même si elle est votée, ne passe pas dans les mœurs », explique Frigide Barjot.
« C’est une suite à la Manif pour Tous », dit-elle, bien placée pour savoir que personne n’imaginait l’extraordinaire dynamique qui s’est enclenchée en novembre dernier. Depuis, il y a eu parmi les dirigeants des désaccords, des pressions, des exclusions. « Aujourd’hui, nous parlons du dehors. On nous avait dit que la constitutionnalisation du mariage homme-femme serait portée par l’ensemble du mouvement, et que pour l’union civile des homosexuels, que nous défendons, on resterait dans la neutralité.  En fait, il y a eu des pressions et des violences. C’est compliqué d’évoluer, c’est comme un corps vivant qui a des crises de croissance.  Nous nous trouvons dans une séquence médiatique de discrédit et de dénigrement. Quand votre activité, c’est votre engagement, et que vous vous retrouvez sans moyens et menacés d’expulsion, c’est dur à vivre ! »  Ça ne l’empêche pas de s’être faite belle, de rayonner, de rire et de danser au milieu des amis. Il y a des après, à Saint-Germain-des-Prés !

Barjot-de Koch : Escroquerie en couple organisé ?

basile koch barjot

Ça devait arriver! Après l’« homophobie » et les « chansons pornographiques », la « vie dissolue » et les « appels à l’émeute », nous voilà carrément accusés d’escroquerie en couple organisé. Deux « grands-bourgeois » profiteurs, qui n’hésitent pas à pratiquer la fraude au logement social au détriment des plus défavorisés. Coucou c’est nous !
Tout a commencé l’hiver dernier avec une rumeur de « magouille immobilière ». Lancée sur des blogs, reprise par Marianne, alimentée par le Nouvel Obs et relayée un peu partout, elle visait une accusation bien précise : les « passe-droits » grâce auxquels nous occuperions illégitimement « deux appartements à bas prix dans un HLM. »
Désolés, mais le contentieux qui nous oppose aujourd’hui à notre bailleur, la Régie Immobilière de la Ville de Paris,  n’a rien à voir. Il porte sur la domiciliation à notre adresse de la société Jalons.
Ça n’a pas empêché la charge médiatique de se généraliser, contre « ces profiteurs qui entendent donner aux autres des leçons de morale… »
Nous voilà soudain en  Corée du Nord : parmi la centaine d’articles consacrés à notre « cas », aucun ou presque n’ envisage un instant l’hypothèse de notre bonne foi.
Avant le jugement, les préjugés
Au mieux, les moines copistes en mal de copie se sont contentés de reproduire, sans autre forme de procès, les accusations portées contre nous. Mais la plupart des médias, toujours aussi respectueux de la présomption de culpabilité, ont préféré bricoler leur propre dossier à charge – quitte à mélanger allègrement l’ « affaire Jalons » avec tous les ragots colportés ici et là sur notre « luxueux HLM low cost » et autres escroqueries immobilières putatives.
Bref l’affaire est entendue avant même d’avoir été jugée : nous sommes, en plus du reste, des aigrefins !
Calmons-nous, et tâchons de résumer notre réponse à un Jeu des 4 ou 5  erreurs. Les plus grosses commises à notre endroit par une presse copieuse-colleuse, voire rapporteuse.
1 – Non, nous n’habitons pas une HLM, mais un « logement locatif intermédiaire à loyer libre » de la Ville de Paris, naguère appelé « ILN » (Immeuble à Loyer Normal).
2 – Oui, nous sommes « éligibles » à ce type de logement intermédiaire, et la RIVP l’a encore confirmé l’an dernier. Au vu  de notre feuille d’impôts, elle nous a même exemptés – sans pression de la part de Jacques Chirac – d’une hausse de loyers applicable au-dessus d’un certain seuil de revenus. Simplement, nous ne l’atteignons pas.
3 – Oui, notre déclaration d’impôts est sincère, contrairement à ce que croassent certains articles en forme d’appels au contrôle fiscal. L’attaque se fait en deux temps : 1) Leur loyer est scandaleusement bas ; 2) Mais comment font-ils pour payer autant avec d’aussi maigres revenus déclarés ? Ces gens-là auraient un compte chez Cahuzac & Co que ça ne nous étonnerait pas… Mais qui sommes-nous pour juger ? Nous dénonçons, c’est déjà bien.
Ils ont un compte chez Cahuzac, ou quoi ?
4 – Hélas, la situation financière de notre couple est loin d’être aussi brillante. Virginie, sans emploi depuis qu’elle est devenue « opportuniste », comme dit Karl Zéro, ne survit qu’en rognant tous les mois sur le capital hérité de ses parents. Quant à Bruno, « nègre » affranchi par Pasqua il y a vingt ans déjà, il reste un prolétaire de la plume.
5- Oui, nous occupons deux appartements, et alors ? C’est un choix de vie personnel. Chacun est encore libre de décider ce qu’il fait de son argent. Certains mettent tout dans les bagnoles, les restos, les voyages, Johnny ou Kandinsky… Pourquoi pas le logement ?
Le principal danger, pour les couples qui ont l’ambition de durer (surtout à notre époque, comme disait Emma Bovary), c’est  l’érosion du quotidien.
Pour nous, garder chacun son appartement après le mariage, s’imposait comme remède homéopathique contre le divorce. Même après l’arrivée des enfants et la transformation des deux appartements en duplex, nous avons conservé nos boudoirs.
L’air de la calomnie
Il est toujours préférable de passer ensemble du « temps choisi », comme on dit, plutôt que le temps imposé par la configuration des lieux. Et en cas d’escalade verbale, mieux vaut pouvoir se retirer chacun dans ses appartements avant d’en venir aux mains…
Bien sûr ça a un prix, mais le divorce aussi. En tout cas, on voit mal d’ailleurs comment des journalistes pourraient nous reprocher un mode de vie minoritaire et même non-conformiste – que pourtant notre bailleur n’a jamais remis en cause.
Avec tout ça, une petite dent nous a poussé contre « la presse » au sens vulgaire du terme. Celle qui a surfé complaisamment sur la vague des calomnies foireuses, jusqu’à faire de nous des sortes  de Thénardier, en plus riches.
Frigide n’apprécie guère, mettez-vous à sa place ! Ce que le lecteur moyen est censé retenir, c’est qu’elle déshonore son combat public par sa conduite privée. Quant à Basile, il est vexé, et pour cause : en le traitant d’escroc, on l’accuse en plus d’être un raté !

Veilleurs debout !

veilleurs manif pour tous

 Il y a quelques jours, alors que la jeunesse stambouliote battait le pavé et enchaînait les manifestations au prix d’inévitables violences, un jeune chorégraphe turc de 34 ans, Erdem Gunduz, inventait une nouvelle forme de protestation consistant à rester debout, silencieux et immobile, en réponse à  l’interdiction de manifester Place Taksim. Très vite, de nombreuses personnes rejoignaient l’artiste et les caméras du monde entier se pressaient pour immortaliser ce statisme inoffensif qui se révélait bien plus percutant que les tirs de projectiles et l’énergique scansion des slogans. Mardi dernier, le ministre de l’Intérieur turc, Muammer Gule, se résignait ainsi : « Si cette protestation ne nuit pas à l’ordre public ou n’influence pas la vie en général, nous ne pourrons pas intervenir dans de telles manifestations. » Le nouveau symbole de la contestation de la jeunesse turque s’expliquait quant à lui sur la BBC : « Je ne suis rien… L’idée importante est : pourquoi les gens résistent au gouvernement ? Le gouvernement ne veut pas comprendre pourquoi les gens sont dans la rue. »  De Rome à Paris et de Berlin à Bruxelles, médias et politiques se retrouvaient unanimement pour saluer l’homme qui, à lui seul, résumait l’antienne de Bernanos lorsqu’il affirmait ne pas être dressé, mais simplement debout.
Autre temps, autre mœurs. Hier, au cœur de la capitale, place Vendôme, quelques jeunes opposants à la loi Taubira fixent la Chancellerie. Sans bruit, sans mouvement, parfois avec un livre ou un polycopié de droit, ils laissent passer les heures et les passants ébahis. Seul moment de distraction, ces quelques enfants qui se présentent spontanément à eux, une bouteille d’eau ou un goûter à la main. Après quelques bouchées et gorgées, ils esquissent un sourire et reprennent la pose, comme ces statues vivantes qui hantent les abords du musée du Louvre et recherchent la générosité des touristes. Ces veilleurs debout –comme on les appelle déjà – ne demandent rien. Mais ils espèrent toujours. Il y a quelques jours, un des leurs est parti vers Fleury-Mérogis sans aucune raison valable à leurs yeux, sinon celle d’afficher ouvertement son opposition au mariage homosexuel au moyen d’un polo floqué et d’avoir refusé un prélèvement ADN. Ils ont l’impression que les moyens démocratiques leur sont de plus en plus fermés. Plus de quatre manifestations leur ont déjà été refusées, certaines sont cantonnées à des lieux invisibles au public (la dernière en date a eu lieu dimanche dernier, Place Dauphine, endroit en vase clos, s’il en est), le nombre de participants est toujours minimisé et les violences souvent provoquées, sans cesse exagérées et dénoncées à outrance, jugent-ils. Alors ils sont allés chercher ces recettes qui marchent, celles que l’on vante en France et en Europe, celles qui interpellent un régime et qui appellent au pacifisme. Face à l’hôtel de Bourvallais, les voilà les Erdem Gunduz français.
L’idée était sans doute trop bonne, l’initiative prometteuse. Car au bout de quelques heures, alors que de nombreux effectifs venaient remplir les rangs, la police décidait d’intervenir et d’encercler les veilleurs debout, avant de les disperser au prix de deux arrestations. Ce que la police turque n’avait pas osé faire, la police française l’a donc fait. Ce n’était pourtant ni une manifestation (elle eût sinon été préméditée et devait être déclarée), ni un attroupement comme l’entend le Code pénal (il eût fallu qu’il trouble la tranquillité, la salubrité, la sobriété ou la dignité de la personne humaine) mais un rassemblement spontané d’individus unis en pensées par leur opposition au mariage homosexuel. Il est clair que ce rassemblement a dû troubler, voire énerver. Comme le type qui vous regarde fixement dans le bus, comme ce passant qui se plante au milieu du trottoir et retarde votre course, comme l’oisif qui flâne et paresse au milieu de la cohue, comme le bellâtre aux lunettes carrées dont on devine si facilement l’orientation politique. Mais il n’y avait aucun motif qui puisse légitimer à un seul moment que les forces de l’ordre entourent ces jeunes puis les ramènent au métro. Sauf à considérer dans un premier temps que les ballerines et les mocassins sont les caractéristiques d’un opposant au mariage homosexuel. Puis à juger dans un deuxième temps que l’opposition à un tel mariage est constitutive d’un délit. Mais dans une démocratie, cela ne se conçoit pas. Alors si ces jeunes ont été dispersés mardi dernier, si ce n’était pas pour ce qu’ils faisaient (ils ne faisaient rien), si ce n’était pas pour ce qu’ils pensaient (on est encore loin de savoir lire dans les pensées), était-ce alors pour ce qu’ils sont ? That is the question aurait dit l’autre.

*Photo : frsalefran.

Fioraso speaks globish

froncophonie fioraso proust

Comment perdre notre influence de vieille nation ? Eh bien, c’est tout simple : il suffit de mépriser les gens qui aiment encore la langue française. En France, bien sûr, mais aussi ailleurs, en passant par profits et pertes un de nos derniers atouts géopolitiques : la francophonie.
On a bien compris depuis les récentes lubies de madame Fioraso, ministre de l’enseignement supérieur, que continuer à vouloir maintenir le français à l’Université relevait de l’inconscience et du provincialisme le plus crasse à l’heure de la mondialisation. Son projet de loi sur les cours en anglais à la fac rencontre quelques résistances mais on sent bien que si ce n’est pas ce coup-ci, ce sera le prochain. Depuis le livre décisif de Dominique Noguez, La colonisation douce, au début des années 90, n’importe quel observateur un peu lucide constate que nous perdons du terrain chaque jour et qu’il va de soi que l’anglais, ou son succédané à usage mercantile, le globish deviendra la langue officielle d’une Europe réduite à une zone dont la seule loi fondamentale sera  la concurrence libre et non faussée. Alors, la langue française, n’est-ce pas, on va pas s’embêter avec ça. Madame Fioraso l’a bien dit, si on continue avec le français, « Nous nous retrouverons à cinq à discuter de Proust autour d’une table. »
On croyait avoir atteint sous Sarkozy le sommet du mépris pour la culture, la littérature, le « bruissement de la langue » (aurait dit Barthes), et pas seulement avec la fameuse Princesse de Clèves bolossée à plusieurs reprises par l’ex-président mais aussi avec Christine Lagarde qui, lorsqu’elle débuta à Bercy écrivait en anglais les notes pour ses collaborateurs et avait eu cette phrase mémorable : « Assez pensé, retroussons nos manches ! ».
Nous nous trompions. L’idée que se fait madame Fioraso de l’enfer sur terre et de notre décadence, c’est d’être à cinq autour d’une table pour discuter de Proust. Quand nous avons voté au second tour pour François Hollande, nous savions bien que ce n’était pas pour son programme économique qui était le même que celui de l’UMP. Mais au moins, nous disions-nous, avec les socialistes, nous serions à l’abri de ce mépris-là. Encore raté, donc. En même temps, à force d’élire des présidents qui n’aiment pas la littérature (François Hollande ayant confié qu’il ne lisait pas de romans) il est un peu normal d’avoir l’impression d’être gouverné par des épiciers qui confondent la France avec un petit commerce de centre-ville assiégé par ces grandes surfaces que sont les puissances émergentes.
Enfin, toujours est-il que parmi les cinq archaïques qui liront Proust autour d’une table dans une université française, il n’y aura pas Bousso Dramé. Pourtant elle aurait pu. Bousso Dramé est une jeune femme sénégalaise qui aime le français. Elle l’aime tellement qu’elle a participé au concours national d’orthographe 2013, organisé par l’Institut Français de Dakar dans le cadre des prix de la francophonie. Elle l’a gagné et pouvait ainsi bénéficier d’un séjour en France pour se former à la réalisation de film documentaire au centre Albert Schweitzer.
Seulement voilà, elle ne viendra pas. Elle s’en explique dans une lettre plutôt digne et émouvante au Consul de France.
On doit  sans doute trouver, au consulat, que les jeunes femmes noires et francophones ne sont pas assez entrées dans l’histoire. Ou on est surpris de ne pas avoir affaire à de potentiels clandestins. En effet, Bousso Dramé a eu le droit à ce qu’elle appelle des « remarques infantilisantes » quand elle a demandé son visa. Elle est aimable, Bousso Dramé. C’est en fait du vrai Tintin au Congo. Parmi beaucoup de gracieusetés, on a par exemple recommandé à la jeune femme de se méfier des jolis magasins : « Faites attention, vous allez être tentés par le shopping, il y a beaucoup de choses à acheter à Paris. Et surtout, gardez-vous de tout dépenser et de laisser une note impayée à l’auberge de jeunesse sinon vous empêcheriez les futurs candidats de bénéficier de cette opportunité ! »
Bousso Dramé a ou aura probablement des enfants. Ils apprendront l’anglais. Comme ça, ils auront l’air plus sérieux, pas du genre à ne pas payer dans les auberges de jeunesse et ils pourront ainsi faire des études supérieures en France. Si ça se trouve, ils liront même Proust autour d’une table. Il doit sûrement y avoir d’excellentes traductions. En anglais, bien sûr, pour faire plaisir à madame Fioraso.

Mariage gay : Votre Golem

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joseph mace scaron mariage

joseph mace scaron mariage

Parler, donc, de la loi Taubira.
Ou plutôt du non-débat autour de ce texte puisque que toute l’énergie, toute l’innovation déployée avec une frénésie de moyens n’ont visé qu’à rendre le combat aussi féroce qu’inexpiable. Dans son précédent éditorial, Élisabeth Lévy estime que la responsabilité principale de cette situation qu’elle déplore incombe à ceux qui auraient vu de l’homophobie partout. Accrochés à leur statut victimaire comme des moules à leur rocher, ils auraient fini par indisposer ces braves gens qui veulent sauver la France au nom du Sacré-Coeur et qui soutiennent que, pour se marier, il faut deux personnes de même secte.
Je ne sais pas ce qu’est un « statut victimaire ». Je sais, en revanche, ce que sont les victimes de l’homophobie. J’en ai rencontré une récemment, et je dois souligner que son statut ne relevait pas de la construction intellectuelle, comme je dois souligner qu’il ne se passe pas une semaine sans qu’un « cassage de pédés » apparaisse en une de la presse locale.[access capability= »lire_inedits »]
Je ne sais pas non plus ce qu’est une « égalité » qui consiste à ne pas donner les mêmes droits à tous. Je reprends cette curieuse équation toujours dans cet éditorial. Une égalité qui continue d’entretenir des différences de situation, une « égalité discriminante » ? Voilà assurément un joli oxymore qui aurait ravi Philippe Muray.
Après ces taquineries, j’aimerais présenter deux éléments qui n’apparaissent pas dans les contributions des causeurs de Causeur sur ce sujet. Le premier est que cette loi n’est pas une énième élucubration sociétale, mais bien une avancée sociale.
Les esprits vigilants de cette rédaction auraient dû être alertés par la mauvaise grâce, voire l’indifférence des gays établis à défendre ce texte. La raison de cette réticence était simple : le mariage pour tous n’est pas une « extension du domaine du désir », comme on le dit dans ces pages. Ceux qui, comme moi, ont défilé en faveur de cette loi ont pu voir que l’immense majorité des manifestants étaient issus de milieux modestes. Dans la crise que nous traversons, en Grèce, en Espagne,  en France, partout en Europe, pouvoir construire une famille n’est pas une tocade mais une nécessité, la première des protections.
Le second est que cette loi n’instaure pas une « filiation homosexuelle », comme cela est écrit. Tout simplement parce que les familles homosexuelles qui adopteront demain, tout comme les homosexuels qui adoptent aujourd’hui, ne peuvent évidemment pas échapper au devoir de vérité. Des couples hétérosexuels peuvent nier une filiation : j’en connais, hélas,  et les dégâts sont considérables. À moins de vivre sur la planète Xena, un couple de lesbiennes pourra difficilement faire croire à l’enfant adopté qu’il n’est pas né d’un père et d’une mère. D’ailleurs, on verra vite que les véritables opposants à la remise en cause de l’adoption plénière se  trouvent dans les rangs des familles hétérosexuelles.
Il y aurait tant à écrire sur nos désaccords. En bons schmittiens, vous voulez discerner vos ennemis. Malheureusement, vous cherchez des noises à un adversaire imaginaire, un mur contre lequel il vous sera plus aisé de rebondir. J’ai l’impression tenace que votre curseur reste bloqué à la fin des années 1990. Mais Jospin est (politiquement) mort et la gauche ne se sent plus très bien. En revanche, le Golem créé par les manifs anti-Taubira va très bien. Prévoyons déjà qu’il atteindra sa taille adulte aux prochaines élections européennes.[/access]

*Photo : Hannah Assouline.

Jacques Semelin vs Robert Paxton : les juifs de France sous l’Occupation

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La librairie Les Cahiers Lamartine organise ce soir un débat – qui sera retransmis sur France culture lundi dans La Fabrique de l’histoire entre Robert Paxton et Jaques Semelin, à l’occasion de la sortie  du livre de ce dernier Persécutions et entraides dans la France occupée, Comment 75% des juifs ont échappé à la mort.
Paxton et Semelin, historiens de référence sur le régime de Vichy, ont éclairé deux faces opposées de cette période troublée de notre histoire. Comme on peut dire d’un verre qu’il est à moitié vide ou à moitié plein, chacun des deux historiens a choisi de regarder l’Occupation sous un angle différent : celui de la collaboration, et celui de l’entraide et de la résistance.
La « révolution paxtonienne » occasionnée à l’occasion de la sortie du livre La France de Vichy en 1973 fit trembler pour la première fois le mythe gaullien d’une France entièrement résistante, et rejeta la thèse du glaive et du bouclier qui consistait à faire de Gaulle et Pétain les deux faces d’un même Janus résistant. Le livre de Paxton révélait une France collabo, dont les élites avaient, en toute conscience, non seulement offert leur appui à l’Allemagne nazie, mais tenté d’instaurer un véritable fascisme à la française sous la forme de la « révolution nationale ». Quant au peuple français, l’auteur rappelait son antisémitisme foncier et son soutien massif à la législation raciale.
Semelin, lui, a choisi de regarder l’envers de la médaille. Certes, sur les 350.000 juifs demeurant en France, 90.000 ont été tués par les nazis, et il n’est pas question de relativiser un tel crime. Néanmoins, cela signifie que 75% d’entre eux ont réchappé – 90% pour les juifs de nationalité française : un taux exceptionnel par rapport à une moyenne européenne à 33%- à tel point qu’on a pu parler d’ « énigme française ».  Jacques Semelin s’intéresse à ces 260.000 personnes qui ont pu se soustraire  au sort terrible qui les attendait, et aux gens, qui, dans l’ombre on eu le courage de les aider. Quatre figures clés ressortent de ce « point aveugle » de l’historiographie de la Shoah : l’ange gardien, l’hôtesse, le faussaire et le passeur, auteurs de petits gestes d’entraide et de solidarité qui ont fait la différence, actions minimes d’anonymes souvent tombés dans l’ombre des 3500 justes officiellement reconnus par Israël.
Deux historiens de talent, deux points de vue, deux recherches approfondies : un vrai débat en perspective.

semelin paxton

Egypte : Mohamed Morsi, premier anniversaire

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morsi egypte freres musulmans

morsi egypte freres musulmans

Ces douze derniers mois ont probablement été les plus longs de la vie de Mohamed Morsi, cinquième président de l’Egypte et le premier démocratiquement élu. Rétrospectivement, cette première année de mandat ressemble en effet à un tour de montagnes russes.
À la veille du premier anniversaire de son élection, Morsi est confronté à une vaste fronde, largement alimentée par une opposition qu’il a involontairement contribué à unifier.  Des millions d’Egyptiens crient leur colère et leur mécontentement, non seulement à l’égard de sa politique mais aussi à l’encontre de l’homme et de tout ce qu’il représente.  Mais il ne faut pas l’enterrer trop tôt.  Coriace, patient et surtout chanceux, Mohamed Morsi a plusieurs fois déjoué les pronostics de ceux qui l’avaient sous-estimé.
Première surprise, sa candidature à la tête de l’Etat.  Un homme devait se présenter et gagner au nom des Frères Musulmans : Mohammed Khairat al-Chater, un leader naturel qui porte bien son nom – Chater en arabe signifie « brillant », « excellent », « intelligent ». Le charismatique Khairat al-Chater et le terne Morsi  n’ont rien en commun  mis à part leur formation d’ingénieurs et leur engagement politique au sein de la confrérie islamiste. Mais Morsi était là, prêt et le moment venu, il a su saisir sa chance.
Si Morsi, président du Parti de la liberté et la justice – structure politique crée par les Frères après la chute de Moubarak pour pouvoir participer aux élections – est devenu le champion de son camp, c’est parce que la candidature de son aîné a été disqualifiée par le Conseil Suprême des forces Armées. Selon la loi électorale égyptienne, un ancien prisonnier ne peut se présenter aux élections présidentielles moins de six ans après sa sortie de prison. Or, Khairat al-Chater, incarcéré par Moubarak pour ses activités au sein des Frères Musulmans, n’a retrouvé la liberté qu’en mars 2011, après la chute du raïs.
Les choses n’étaient pas gagnées d’avance pour ce fils de fellah. Car Morsi est le produit de la Révolution sociale-nationaliste des officiers libres qui a mis fin à la monarchie en 1952. Aîné d’une fratrie de cinq, Mohamed a pu s’en sortir grâce à ses talents et aux opportunités qui s’ouvraient aux jeunes égyptiens dans les années 1950-1970. Comme nombre de ses petits camarades, Morsi a suivi des études de « mouhandisse » (ingénieur) un métier à l’époque prestigieux[1. Le fait que ce n’est plus le cas est d’ailleurs un des problèmes majeurs auxquels Morsi doit aujourd’hui faire face.] qui permet une ascension sociale rapide et offre des débouchés professionnels attractifs essentiellement dans le giron de l’Etat égyptien et des entreprises qui en dépendent.
Quoiqu’ayant bénéficié des bienfaits de la révolution nassérienne, le jeune Morsi reste fidèle aux traditions les plus orthodoxes et va chercher sa femme au bled. A l’âge de 28 ans, son diplôme d’ingénieur de l’université du Caire en poche, il épouse sa cousine germaine, de onze ans sa cadette, encore lycéenne au moment du mariage, tout en poursuivant sa thèse de doctorat à l’université South California à Los Angeles.  Son épouse ne l’y rejoindra que deux ans après leurs noces. Selon les dires de Morsi, c’est là-bas, en Californie, au sein du centre islamique local, qu’il  adhère aux Frères Musulmans,  peu après la signature du traité de paix entre l’Egypte et Israël (mars 1979). Quelques années plus tard, en 1985, les Morsi referment la parenthèse californienne pour regagner l’Egypte avec leurs deux enfants nés sur le sol américain.  Le docteur en science des matériaux est embauché comme professeur à l’Université de Zagzig, chef-lieu de sa province natale dans le delta du Nil. Depuis, il mène de front deux carrières parallèles : officiellement enseignant chercheur, il devient dans l’ombre un dirigeant de plus en plus important au sein des Frères. Elu au parlement en 2000 en tant qu’indépendant – la confrérie islamiste étant officiellement interdite de candidature – il grimpe les échelons puis accède finalement à la présidence du parti de la liberté et la justice, plateforme politique de la confrérie créée en 2011.
Ce brillant cursus honorum est venu pallier le manque de charisme d’un homme qui, à défaut d’un leadership incontestable réussit à frayer son chemin à force de ténacité.
Son élection à une courte majorité (51.73% à 48.27%) contre le dernier premier ministre de Moubarak Ahmad Chafiq a été accueillie avec circonspection. Même oint du suffrage universel,  rien n’indiquait qu’il ferait le poids face au Conseil suprême des forces armées et son chef expérimenté, le maréchal Tantaoui. Mais Morsi a très vite repris la main. Dès le 12 août 2012, après un attentat sanglant contre l’armée égyptienne dans le Sinaï, le nouveau président abroge le décret du 17 juin attribuant les pouvoirs législatifs au  Conseil suprême des forces armées, et limoge Tantaoui ainsi que le chef d’état-major des forces armées. Au faîte de son pouvoir, Morsi devient véritablement raïs ce jour-là, en faisant preuve d’un leadership ferme et d’un sens politique aigu. Mais depuis cette éclatante victoire, les ennuis s’accumulent sur son bureau. En décembre 2012, sa tentative de « voler » la constitution au nez et à la barbe des libéraux a lamentablement échoué : la situation était tellement grave qu’on a dû l’évacuer du palais présidentiel de peur qu’il ne tombe aux mains des manifestants !
Six mois plus tard, la position du président Morsi s’est tant dégradée, qu’Abdel Fattah al-Sissi, le nouveau ministre de la Défense et chef du Conseil suprême des forces armées, n’a pas hésité à le mettre publiquement en garde. Dans un communiqué publié la semaine dernière, à quelques jours du premier anniversaire de l’élection, le soldat numéro un du pays brandit clairement la menace : « les forces armées ont le devoir d’intervenir pour empêcher l’Egypte de plonger dans un tunnel sombre de conflit et de troubles ». La perspective d’un retour du décret du 17 juin 2012 n’est plus exclue tant les généraux s’estiment en position de force. Une très mauvaise nouvelle de plus pour Morsi, déjà préoccupé par les piètres performances de l’économie nationale et le vide sécuritaire créé par la révolution en dehors des grandes villes, où bandes armées et hommes à poigne pullulent.
Seul point positif au tableau: la politique étrangère. Pour le moment, Morsi se montre un orfèvre de la realpolitik. Les slogans antisionistes et anti impérialistes qui égayaient sa jeunesse ont laissé la place à une diplomatie fondée sur une coopération étroite avec Israël (Sinaï, Gaza) et une alliance avec les Etats-Unis. L’ouverture vers l’Iran a tourné court et Morsi ancre de plus en plus l’Egypte dans le camp sunnite, au point qu’il n’y a plus d’ambassadeur syrien au Caire mais toujours une délégation israélienne !
Le genre de bilan qui vous fait gagner des prix Nobel mais bien souvent perdre les élections…

Les retards socialistes sont des chances

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taubira ps securite

taubira ps securite

On en est là en matière de justice. On se contente de peu. On n’en est plus à espérer une politique pénale et une action pénitentiaire qui pourraient recueillir l’adhésion de tous les citoyens de bonne foi afin de sortir ces enjeux fondamentaux du débat partisan et donc stérile.
On se félicite seulement de ce qui, à la présidence de la République et au gouvernement, vient subtilement ou ostensiblement entraver le cours et les prévisions parlementaires de certains projets de Christiane Taubira, notamment celui sur la récidive qui semble enfin montrer, au-delà des congratulations solidaires de surface, un véritable et souhaitable antagonisme entre la garde des Sceaux et le ministre de l’Intérieur.
Yves Thréard qui, avec Alexis Brézet, a redonné de la tenue au Figaro – avec des convictions clairement de droite mais sans le sectarisme d’avant qui faisait douter de l’intelligence et de l’honnêteté – a parfaitement et avec roideur résumé l’essentiel de cette loi pénale. On rêverait que celle-ci n’arrivât pas comme Godot, qu’elle demeurât dans les limbes de cette gauche spéciale inventant une réalité pour ses fantasmes au lieu de se fonder sur elle pour les détruire.
« Pas de prison pour les peines inférieures à deux ans, pas de sanctions planchers pour les récidivistes, pas de peines de sûreté pour les délinquants les plus dangereux, pas de révision des ordonnances de 1945 sur les mineurs ».
Une philosophie de la mansuétude organisée et de la destruction systématique de ce qui peu ou prou pouvait s’opposer à la délinquance et à la criminalité. Pour leur faire comprendre, fût-ce sévèrement, qu’elles n’étaient pas bienvenues ni acceptables en France.
Sur le dernier point concernant les mineurs à Paris, il n’est pas sans intérêt de relever que selon l’Observatoire de la délinquance, un tiers des multirécidivistes ont moins de 16 ans, ce qui n’aurait pas rendu absurde l’instauration de dispositifs mêlant plus efficacement l’état de minorité et la constatation de changements sociologiques avec la gravité de plus en plus précoce de comportements transgressifs.
Pour la prison, je rappelle que le but d’une politique pénale n’est pas de la vider mais de mettre en oeuvre ce qui est nécessaire pour la sauvegarde de la sûreté publique – donc l’incarcération conjuguée à une palette d’autres sanctions adaptées aux délits et aux crimes. La prison si nécessaire, l’absence de prison si possible.
Et ces prisons, seront-elles délaissées à vie, seulement envisagées comme un univers à désemplir de toute urgence faute de savoir les restaurer humainement, matériellement, et de garantir sécurité et ordre en leur sein, pour répondre à l’attente des surveillants et améliorer la condition des détenus ?
Le plus symptomatique reste toutefois, depuis un an, la danse gouvernementale autour de la loi ayant édicté les peines plancher, probablement l’initiative la plus cohérente et heureusement rigoureuse du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Au lieu de ne considérer que l’atteinte qu’elle est susceptible de porter à la liberté des juges, on ferait mieux de s’interroger sur son principe et d’admettre la pertinence de celui-ci. Appréhender les infractions isolément sur un casier judiciaire a évidemment moins de sens que d’examiner l’entêtement mis à s’insérer dans des parcours délictuels et/ou criminels et de réprimer ceux-ci à hauteur de leur répétition.
Cette motivation qui a inspiré les peines plancher est d’ailleurs tellement fondée que le dogme socialiste dans ce domaine bat de l’aile et que promise lors de la campagne, leur suppression est différée. Au point qu’une circulaire a tenté d’en atténuer les effets bénéfiques puis que le président de la République et Manuel Valls ont fait valoir que les abolir ne serait judicieux que si on trouvait une solution pour les remplacer. Ce qui éclaire la bêtise idéologique d’une démarche qui les répudie parce que Nicolas Sarkozy les a voulues mais a conscience de devoir les garder peu ou prou sous une autre forme parce qu’elles sont utiles.
Aussi, parce que Christiane Taubira – de moins en moins icône car obligée de plus en plus à être garde des Sceaux – sera un jour à même d’obtenir ce débat parlementaire qui ne lui offrira pas la même ivresse ni le même assentiment que le mariage pour tous, je bénis les retards socialistes qui sont le signe d’une raison rendant hommage de manière indirecte à ce que l’idéologie s’acharne à défaire.
Je bénis les hésitations du président de la République et du Premier ministre. L’un comme l’autre supputent le mauvais effet de cet adoucissement envisagé. En effet, pour paraphraser Arnaud Montebourg, il ne pourra qu’être « le carburant » du FN et d’une France qui a tendance à prendre au tragique la rime entre socialisme et laxisme.
Je remercie le ministre de l’Intérieur pour avoir déclaré : « Si on supprime les peines plancher sans les remplacer, on se découvre ».
Pour lutter contre les aberrations programmées par Christiane Taubira ministre socialiste, pas d’autre choix que d’approuver les obstacles mis sur son chemin par d’autres socialistes plus lucides.
On en est là.
Les retards socialistes sont des chances.*Photo : francediplomatie.

Zyva, Merkel, libre-échange et roms: indiscrétions assurées

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trocadero psg zyva

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Les casseurs du Trocadéro étaient des « zyva », pas des ultras.
Dans l’ébullition qui a suivi les violences du Trocadéro, intervenues le 12 mai après la victoire du PSG en Ligue 1 de football, plusieurs médias ont mis en avant le conflit entre un groupe de supporters – les « Ultras » – et la direction du club. Il y a trois ans, après, il est vrai, des violences ayant entraîné la mort de deux supporters, celle-ci avait dissous les deux « kops » (tribunes) – Auteuil et Boulogne –, leur interdisant de se regrouper dans le stade. Une partie des habitués, qui se sont autoproclamés « Ultras », ont alors boycotté les matchs. Et leur banderole – « Liberté pour les Ultras » – flottait effectivement place du Trocadéro le soir des violences.
De nombreux articles, notamment celui paru dans Le Monde du 16 mai sous le titre « Les Ultras résistants », ont privilégié cette hypothèse qui contrastait singulièrement avec les images diffusées en boucle sur Internet et les chaînes d’info – jusqu’à ce que la police interdise aux reporters de filmer. À l’évidence, les assaillants n’avaient pas grand-chose à voir avec des supporters du PSG, même « ultras ». Il s’agissait plutôt d’une intervention massive et apparemment organisée de « jeunes de banlieue », comme on dit.[access capability= »lire_inedits »] Certains clamaient d’ailleurs qu’ils n’en n’avaient « rien à foutre du foot ». Ils étaient venus, disaient-ils, pour « tout casser et se battre avec les flics ». L’audience au cours de laquelle les jeunes interpellés dans la soirée ont été jugés en flagrant délit a bien confirmé que l’arbre des « Ultras » avait servi à cacher la forêt des bandes de banlieue. Il ne manquerait plus que les « cailleras » cassent autant sous Hollande que sous Sarkozy ! Voire, plus grave encore, qu’ils prennent l’habitude de brûler des voitures à Paris au lieu de s’en prendre à celles de leurs voisins de cité. Personne ne leur a dit que, maintenant, c’était le changement ?
Pour Angela Merkel, le Smic est la cause du chômage en Europe.
Quand François Hollande a, sur un ton plus que modéré, évoqué les « amicales tensions » entre la France et l’Allemagne, nous avons eu droit à un concert d’indignation. La plupart de nos éditorialistes ont évoqué, souvent sur un ton très anxieux, le spectre de la « germanophobie » montante dans le pays. Les mélenchonistes, les députés frondeurs du PS et certains élus de l’UMP étaient désignés comme les idiots utiles d’un retour à la haine du « Boche ». Au point qu’on a craint une poussée d’eczéma carabinée de Bernard Guetta qui, depuis des années, prône quotidiennement la fusion entre la France et l’Allemagne, prélude à l’avenir radieux de l’Europe une et indivisible. En revanche, lorsque, vers la fin avril, Angela Merkel est montée au créneau contre les pays qui ont instauré un salaire minimum (France, Grande-Bretagne, Espagne, Portugal), pointant une supposée corrélation – très contestée par ailleurs – entre Smic et chômage, l’information a été commentée de-ci de-là, mais nul ne s’est offusqué de ses mauvaises manières. Il s’agissait pourtant d’une ingérence maladroite dans la politique intérieure desdits pays, les politiques sociales relevant, selon les tables de la loi européennes, de la souveraineté nationale.
Le traité de libre-échange euro-américain prépare le meilleur des mondes sans frontières.
On pensait que le débat sur l’exception culturelle ou sur le bœuf aux hormones était derrière nous. Fatale erreur ! Pour Obama, tout doit être mis sur la table pour ce méga-traité, qui porte sur 30% des échanges commerciaux mondiaux, et dont les objectifs plus ou moins avoués sont de lutter contre le développement du protectionnisme et d’initier une contre-offensive des pays développés face à la montée en puissance des pays émergents. François Hollande n’en a pas dit un mot lors de sa conférence de presse. Les médias ont peu évoqué le dossier. Bref, on dirait que ce genre d’accord – qui contribue à changer notre monde au moins autant que le mariage gay – ne peut se concocter qu’à l’abri du regard des peuples dits souverains.
On aurait préféré que la coopération entre les deux continents, qui ont objectivement des intérêts communs, se développe aussi sur le front du protectionnisme industriel. Ainsi l’Amérique a-t-elle, voici deux ans – fait, là encore, peu commenté − mis en place une taxe de 250% sur les importations de panneaux solaires chinois tandis que l’UE « envisageait » une taxe de 47% – finalement écartée par Angela Merkel. Entre-temps des dizaines de PME spécialisées dans le solaire ont mis la clef sous la porte en France et en Allemagne.
L’Allemagne et l’Angleterre ne veulent plus accueillir de Roms.
Rappelez-vous l’hystérie sémantique qui s’était emparée d’une partie de la gauche française après le fameux « discours de Grenoble » de Nicolas Sarkozy. Pour commenter des expulsions du territoire accompagnées de primes – et permettant aux personnes concernées de revenir en France six mois plus tard –, on parlait de « chasse aux Roms » et de « déportations ». La commissaire européenne Viviane Reding évoqua explicitement le nazisme, pour le plus grand bonheur d’une partie de nos médias. En revanche, aucun n’a évoqué la récente et très officielle requête du ministre allemand de l’Intérieur, Hans-Peter Friedrich (CSU), soutenu par ses collègues autrichien, anglais et hollandais : ceux-ci souhaitent obtenir une dérogation pour ne pas accueillir les Roms qui, notamment en Allemagne, bénéficient de prestations sociales avantageuses – et donc coûteuses − accordées par les municipalités et les Länder. Quoique rédigée avec une grande pudeur – on y parle de « certaines populations » issues de Bulgarie et de Roumanie et non de Roms, cette demande constitue un véritable « forfait » contre la libre circulation des citoyens de l’Union : il ne s’agit plus de reconduire aux frontières mais de refuser d’accueillir des candidats à l’immigration de l’Union européenne. Bien entendu, la réponse de Viviane Reding a été sèche comme une bûche de Bavière : « Tous les États de l’UE, y compris le ministre allemand de l’Intérieur, sont invités à participer aux efforts et aides mis en place en direction des Roms. La dépense relève de la compétence des États. »
L’affaire méritait bien une brève dans Libé ou dans Le Monde, non ? Non ? Bon. Donc on reparlera des Roms quand Sarko sera revenu à l’Élysée.[/access]

*Photo: capture d’écran Le Figaro TV

Affaire Al-Dura : Karsenty condamné

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karsenty dura enderlin

karsenty dura enderlin

Les juges de la 11ème chambre de la Cour d’appel de Paris ont condamné Philippe Karsenty à 7000 € de dommages-intérêts pour avoir diffamé France 2 et son correspondant à Jérusalem Charles Enderlin. Karsenty avait affirmé en novembre 2004 que le reportage diffusé au journal télévisé du 30 septembre 2000, montrant la mort d’un enfant palestinien, et les sévères blessures de son père, victime de tirs ciblés de soldats israéliens, était une manipulation. Il s’agit de la fameuse affaire Al-Dura, qui a connu de multiples rebondissements judiciaires et médiatiques au cours de ces douze dernières années.
Disons-le d’emblée : en termes de droit, la Cour avait à sa disposition tous les éléments permettant de valider le jugement de première instance condamnant Philippe Karsenty pour diffamation. À l’époque où ce dernier mettait en cause France 2, il ne pouvait arguer d’une enquête approfondie, ni de la modération de son propos mettant en cause ce reportage et ses auteurs. C’est donc le Karsenty imprécateur de 2004 qui a été condamné, et non le Karsenty de 2013, qui est parvenu, à force d’opiniâtreté, à faire surgir une vérité maintenant reconnue aussi bien par les autorités israéliennes, que par tous ceux qui, en France et à l’étranger se sont penchés sérieusement sur cette affaire. La justice française a également apporté sa pierre à cette entreprise de vérité, lorsque la Cour d’appel, présidée par la juge Trébucq[1. L’arrêt de la Cour de 2008, relaxant Philippe Karsenty, avait été cassé au motif que la jurisprudence en matière de diffamation interdisait aux juges d’apporter des éléments en faveur de la partie attaquée… ], avait exigé de France 2 la mise à la disposition de la cour des « rushes », les images non diffusées des événements de Gaza, tournées par le cameraman palestinien de la chaîne française. C’est à partir de ces images que sont apparus dans toute leur évidence les mensonges et invraisemblances de la version défendue jusqu’à aujourd’hui par Charles Enderlin. Ces documents sont accessibles sur la toile, et démontrent de manière éclatante que ce reportage relève du « bidonnage » pur et simple. Un florilège des déclarations successives de Charles Enderlin et de son caméraman Talal Abou Rahma, également disponibles sur internet, est très éclairant sur leur rapport pour le moins perturbé avec la vérité lorsqu’ils tentent  de faire avaler au public leur version du meurtre délibéré de civils palestiniens par les soldats de Tsahal.
Aujourd’hui donc, et après le jugement de la Cour d’appel de Paris, je persiste à affirmer :
Que tous les éléments à notre disposition – images, témoignages, expertises balistiques et médicales – concourent à conforter la thèse d’une mise en scène orchestrée par le cameraman Talal Abou Rahma. Qu’en conséquence France 2 et Charles Enderlin se sont rendus coupables d’une faute professionnelle aux conséquences gravissimes.
Que Charles Enderlin, qui n’était pas présent sur place a, sans procéder à un minimum de vérification des affirmations de son caméraman, été le complice conscient ou inconscient de cette supercherie. De plus, il a menti en affirmant qu’il avait coupé au montage les scènes de l’agonie de l’enfant, au prétexte qu’elles auraient « été trop insupportables ». Qu’il a encore menti à la télévision israélienne en déclarant qu’il « n’avait jamais dit que l’enfant était mort sous les balles de Tsahal ». Je tiens à la disposition de la justice d’autres preuves des mensonges d’Enderlin et de Talal Abou Rahma dont je fais grâce aux lecteurs de cet article.
Que le refus, après un semblant d’acceptation, de Jamal Al-Dura, le père prétendument grièvement blessé dans cet incident, de se soumettre à une expertise médico-légale indépendante, laisse penser que les cicatrices présentes sur son corps ne relèvent pas de blessures par balles israéliennes. Elles sont, selon toute vraisemblance, la conséquence de blessures à l’arme blanche reçues au cours d’une rixe à Gaza en 1992, qui ont été soignées par un chirurgien israélien, Yehuda David.
Que France 2 et Enderlin ne sauraient tirer argument de l’arrêt Karsenty pour clamer haut et fort que la thèse défendue par le second est maintenant vérité historique. Cette dernière finira bien par s’imposer.
Enfin, on peut constater que l’adage romain, transmis par Cicéron dans son Traité des devoirs summa jus, summa injuria (Trop de droit tue le droit) a encore de beaux jours devant lui…

*Photo : xcode.

« L’Avenir pour tous », c’est maintenant

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« L’Avenir pour tous », ça commence aujourd’hui. Frigide Barjot vient de lancer son nouveau mouvement d’action politique, entourée notamment de Xavier Bongibault, de Laurence Tcheng, de Thierry Vidor (Familles de France) et d’Antoine Renard (AFC). Qu’elle ait tenu sa conférence de presse dans une cave (de Saint-Germain des Prés), face à une poignée de journalistes capables de s’aventurer en terrain non médiatique, est certainement un signe prometteur :  on connaît des mouvements qui sont nés très petits dans des caves, des grottes, des souterrains, et qui ont eu quelque retentissement.
Maintenant que la loi Taubira est passée de force, l’objectif de « L’avenir pour tous » est de la réformer pour protéger la filiation.  « Le vrai clivage est la question des droits de l’enfant ». Partant d’un état de fait social et légal incontournable, l’idée est de conserver les droits juridiques et patrimoniaux des couples homosexuels, sous forme d’union civile, et de faire entrer le terme de « mariage » dans la constitution en spécifiant qu’il est l’union d’un homme et d’une femme. Distinction qui n’est pas discrimination, et permettrait d’éviter les dérives de la fabrication d’enfants par PMA et GPA . « Le principe de filiation doit reposer sur une seule base ». « On a voulu enfermer les couples de même sexe dans une loi qui dépasse leur capacité,  note Clément d’Homovox. Nous ne demandons pas l’égalité, mais l’équité, et la justesse ».
La méthode pour y parvenir ? « S’adresser à tous les candidats politiques, en amont des élections, pour leur demander d’inscrire à leur programme cette norme constitutionnelle qui met au premier plan le souci de la filiation. C’est une méthode qui a un double avantage, elle redonne la parole aux Français sans remettre en question les principes électifs ».
Les moyens ? Du travail et de la conviction.  « On repart à zéro, avec une équipe de juristes, et en comptant sur tous ces jeunes qui se sont mobilisés et ont maintenant à réfléchir et à devenir efficaces pour que la loi, même si elle est votée, ne passe pas dans les mœurs », explique Frigide Barjot.
« C’est une suite à la Manif pour Tous », dit-elle, bien placée pour savoir que personne n’imaginait l’extraordinaire dynamique qui s’est enclenchée en novembre dernier. Depuis, il y a eu parmi les dirigeants des désaccords, des pressions, des exclusions. « Aujourd’hui, nous parlons du dehors. On nous avait dit que la constitutionnalisation du mariage homme-femme serait portée par l’ensemble du mouvement, et que pour l’union civile des homosexuels, que nous défendons, on resterait dans la neutralité.  En fait, il y a eu des pressions et des violences. C’est compliqué d’évoluer, c’est comme un corps vivant qui a des crises de croissance.  Nous nous trouvons dans une séquence médiatique de discrédit et de dénigrement. Quand votre activité, c’est votre engagement, et que vous vous retrouvez sans moyens et menacés d’expulsion, c’est dur à vivre ! »  Ça ne l’empêche pas de s’être faite belle, de rayonner, de rire et de danser au milieu des amis. Il y a des après, à Saint-Germain-des-Prés !

Barjot-de Koch : Escroquerie en couple organisé ?

basile koch barjot

basile koch barjot

Ça devait arriver! Après l’« homophobie » et les « chansons pornographiques », la « vie dissolue » et les « appels à l’émeute », nous voilà carrément accusés d’escroquerie en couple organisé. Deux « grands-bourgeois » profiteurs, qui n’hésitent pas à pratiquer la fraude au logement social au détriment des plus défavorisés. Coucou c’est nous !
Tout a commencé l’hiver dernier avec une rumeur de « magouille immobilière ». Lancée sur des blogs, reprise par Marianne, alimentée par le Nouvel Obs et relayée un peu partout, elle visait une accusation bien précise : les « passe-droits » grâce auxquels nous occuperions illégitimement « deux appartements à bas prix dans un HLM. »
Désolés, mais le contentieux qui nous oppose aujourd’hui à notre bailleur, la Régie Immobilière de la Ville de Paris,  n’a rien à voir. Il porte sur la domiciliation à notre adresse de la société Jalons.
Ça n’a pas empêché la charge médiatique de se généraliser, contre « ces profiteurs qui entendent donner aux autres des leçons de morale… »
Nous voilà soudain en  Corée du Nord : parmi la centaine d’articles consacrés à notre « cas », aucun ou presque n’ envisage un instant l’hypothèse de notre bonne foi.
Avant le jugement, les préjugés
Au mieux, les moines copistes en mal de copie se sont contentés de reproduire, sans autre forme de procès, les accusations portées contre nous. Mais la plupart des médias, toujours aussi respectueux de la présomption de culpabilité, ont préféré bricoler leur propre dossier à charge – quitte à mélanger allègrement l’ « affaire Jalons » avec tous les ragots colportés ici et là sur notre « luxueux HLM low cost » et autres escroqueries immobilières putatives.
Bref l’affaire est entendue avant même d’avoir été jugée : nous sommes, en plus du reste, des aigrefins !
Calmons-nous, et tâchons de résumer notre réponse à un Jeu des 4 ou 5  erreurs. Les plus grosses commises à notre endroit par une presse copieuse-colleuse, voire rapporteuse.
1 – Non, nous n’habitons pas une HLM, mais un « logement locatif intermédiaire à loyer libre » de la Ville de Paris, naguère appelé « ILN » (Immeuble à Loyer Normal).
2 – Oui, nous sommes « éligibles » à ce type de logement intermédiaire, et la RIVP l’a encore confirmé l’an dernier. Au vu  de notre feuille d’impôts, elle nous a même exemptés – sans pression de la part de Jacques Chirac – d’une hausse de loyers applicable au-dessus d’un certain seuil de revenus. Simplement, nous ne l’atteignons pas.
3 – Oui, notre déclaration d’impôts est sincère, contrairement à ce que croassent certains articles en forme d’appels au contrôle fiscal. L’attaque se fait en deux temps : 1) Leur loyer est scandaleusement bas ; 2) Mais comment font-ils pour payer autant avec d’aussi maigres revenus déclarés ? Ces gens-là auraient un compte chez Cahuzac & Co que ça ne nous étonnerait pas… Mais qui sommes-nous pour juger ? Nous dénonçons, c’est déjà bien.
Ils ont un compte chez Cahuzac, ou quoi ?
4 – Hélas, la situation financière de notre couple est loin d’être aussi brillante. Virginie, sans emploi depuis qu’elle est devenue « opportuniste », comme dit Karl Zéro, ne survit qu’en rognant tous les mois sur le capital hérité de ses parents. Quant à Bruno, « nègre » affranchi par Pasqua il y a vingt ans déjà, il reste un prolétaire de la plume.
5- Oui, nous occupons deux appartements, et alors ? C’est un choix de vie personnel. Chacun est encore libre de décider ce qu’il fait de son argent. Certains mettent tout dans les bagnoles, les restos, les voyages, Johnny ou Kandinsky… Pourquoi pas le logement ?
Le principal danger, pour les couples qui ont l’ambition de durer (surtout à notre époque, comme disait Emma Bovary), c’est  l’érosion du quotidien.
Pour nous, garder chacun son appartement après le mariage, s’imposait comme remède homéopathique contre le divorce. Même après l’arrivée des enfants et la transformation des deux appartements en duplex, nous avons conservé nos boudoirs.
L’air de la calomnie
Il est toujours préférable de passer ensemble du « temps choisi », comme on dit, plutôt que le temps imposé par la configuration des lieux. Et en cas d’escalade verbale, mieux vaut pouvoir se retirer chacun dans ses appartements avant d’en venir aux mains…
Bien sûr ça a un prix, mais le divorce aussi. En tout cas, on voit mal d’ailleurs comment des journalistes pourraient nous reprocher un mode de vie minoritaire et même non-conformiste – que pourtant notre bailleur n’a jamais remis en cause.
Avec tout ça, une petite dent nous a poussé contre « la presse » au sens vulgaire du terme. Celle qui a surfé complaisamment sur la vague des calomnies foireuses, jusqu’à faire de nous des sortes  de Thénardier, en plus riches.
Frigide n’apprécie guère, mettez-vous à sa place ! Ce que le lecteur moyen est censé retenir, c’est qu’elle déshonore son combat public par sa conduite privée. Quant à Basile, il est vexé, et pour cause : en le traitant d’escroc, on l’accuse en plus d’être un raté !

Veilleurs debout !

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veilleurs manif pour tous

veilleurs manif pour tous

 Il y a quelques jours, alors que la jeunesse stambouliote battait le pavé et enchaînait les manifestations au prix d’inévitables violences, un jeune chorégraphe turc de 34 ans, Erdem Gunduz, inventait une nouvelle forme de protestation consistant à rester debout, silencieux et immobile, en réponse à  l’interdiction de manifester Place Taksim. Très vite, de nombreuses personnes rejoignaient l’artiste et les caméras du monde entier se pressaient pour immortaliser ce statisme inoffensif qui se révélait bien plus percutant que les tirs de projectiles et l’énergique scansion des slogans. Mardi dernier, le ministre de l’Intérieur turc, Muammer Gule, se résignait ainsi : « Si cette protestation ne nuit pas à l’ordre public ou n’influence pas la vie en général, nous ne pourrons pas intervenir dans de telles manifestations. » Le nouveau symbole de la contestation de la jeunesse turque s’expliquait quant à lui sur la BBC : « Je ne suis rien… L’idée importante est : pourquoi les gens résistent au gouvernement ? Le gouvernement ne veut pas comprendre pourquoi les gens sont dans la rue. »  De Rome à Paris et de Berlin à Bruxelles, médias et politiques se retrouvaient unanimement pour saluer l’homme qui, à lui seul, résumait l’antienne de Bernanos lorsqu’il affirmait ne pas être dressé, mais simplement debout.
Autre temps, autre mœurs. Hier, au cœur de la capitale, place Vendôme, quelques jeunes opposants à la loi Taubira fixent la Chancellerie. Sans bruit, sans mouvement, parfois avec un livre ou un polycopié de droit, ils laissent passer les heures et les passants ébahis. Seul moment de distraction, ces quelques enfants qui se présentent spontanément à eux, une bouteille d’eau ou un goûter à la main. Après quelques bouchées et gorgées, ils esquissent un sourire et reprennent la pose, comme ces statues vivantes qui hantent les abords du musée du Louvre et recherchent la générosité des touristes. Ces veilleurs debout –comme on les appelle déjà – ne demandent rien. Mais ils espèrent toujours. Il y a quelques jours, un des leurs est parti vers Fleury-Mérogis sans aucune raison valable à leurs yeux, sinon celle d’afficher ouvertement son opposition au mariage homosexuel au moyen d’un polo floqué et d’avoir refusé un prélèvement ADN. Ils ont l’impression que les moyens démocratiques leur sont de plus en plus fermés. Plus de quatre manifestations leur ont déjà été refusées, certaines sont cantonnées à des lieux invisibles au public (la dernière en date a eu lieu dimanche dernier, Place Dauphine, endroit en vase clos, s’il en est), le nombre de participants est toujours minimisé et les violences souvent provoquées, sans cesse exagérées et dénoncées à outrance, jugent-ils. Alors ils sont allés chercher ces recettes qui marchent, celles que l’on vante en France et en Europe, celles qui interpellent un régime et qui appellent au pacifisme. Face à l’hôtel de Bourvallais, les voilà les Erdem Gunduz français.
L’idée était sans doute trop bonne, l’initiative prometteuse. Car au bout de quelques heures, alors que de nombreux effectifs venaient remplir les rangs, la police décidait d’intervenir et d’encercler les veilleurs debout, avant de les disperser au prix de deux arrestations. Ce que la police turque n’avait pas osé faire, la police française l’a donc fait. Ce n’était pourtant ni une manifestation (elle eût sinon été préméditée et devait être déclarée), ni un attroupement comme l’entend le Code pénal (il eût fallu qu’il trouble la tranquillité, la salubrité, la sobriété ou la dignité de la personne humaine) mais un rassemblement spontané d’individus unis en pensées par leur opposition au mariage homosexuel. Il est clair que ce rassemblement a dû troubler, voire énerver. Comme le type qui vous regarde fixement dans le bus, comme ce passant qui se plante au milieu du trottoir et retarde votre course, comme l’oisif qui flâne et paresse au milieu de la cohue, comme le bellâtre aux lunettes carrées dont on devine si facilement l’orientation politique. Mais il n’y avait aucun motif qui puisse légitimer à un seul moment que les forces de l’ordre entourent ces jeunes puis les ramènent au métro. Sauf à considérer dans un premier temps que les ballerines et les mocassins sont les caractéristiques d’un opposant au mariage homosexuel. Puis à juger dans un deuxième temps que l’opposition à un tel mariage est constitutive d’un délit. Mais dans une démocratie, cela ne se conçoit pas. Alors si ces jeunes ont été dispersés mardi dernier, si ce n’était pas pour ce qu’ils faisaient (ils ne faisaient rien), si ce n’était pas pour ce qu’ils pensaient (on est encore loin de savoir lire dans les pensées), était-ce alors pour ce qu’ils sont ? That is the question aurait dit l’autre.

*Photo : frsalefran.

Fioraso speaks globish

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froncophonie fioraso proust

froncophonie fioraso proust

Comment perdre notre influence de vieille nation ? Eh bien, c’est tout simple : il suffit de mépriser les gens qui aiment encore la langue française. En France, bien sûr, mais aussi ailleurs, en passant par profits et pertes un de nos derniers atouts géopolitiques : la francophonie.
On a bien compris depuis les récentes lubies de madame Fioraso, ministre de l’enseignement supérieur, que continuer à vouloir maintenir le français à l’Université relevait de l’inconscience et du provincialisme le plus crasse à l’heure de la mondialisation. Son projet de loi sur les cours en anglais à la fac rencontre quelques résistances mais on sent bien que si ce n’est pas ce coup-ci, ce sera le prochain. Depuis le livre décisif de Dominique Noguez, La colonisation douce, au début des années 90, n’importe quel observateur un peu lucide constate que nous perdons du terrain chaque jour et qu’il va de soi que l’anglais, ou son succédané à usage mercantile, le globish deviendra la langue officielle d’une Europe réduite à une zone dont la seule loi fondamentale sera  la concurrence libre et non faussée. Alors, la langue française, n’est-ce pas, on va pas s’embêter avec ça. Madame Fioraso l’a bien dit, si on continue avec le français, « Nous nous retrouverons à cinq à discuter de Proust autour d’une table. »
On croyait avoir atteint sous Sarkozy le sommet du mépris pour la culture, la littérature, le « bruissement de la langue » (aurait dit Barthes), et pas seulement avec la fameuse Princesse de Clèves bolossée à plusieurs reprises par l’ex-président mais aussi avec Christine Lagarde qui, lorsqu’elle débuta à Bercy écrivait en anglais les notes pour ses collaborateurs et avait eu cette phrase mémorable : « Assez pensé, retroussons nos manches ! ».
Nous nous trompions. L’idée que se fait madame Fioraso de l’enfer sur terre et de notre décadence, c’est d’être à cinq autour d’une table pour discuter de Proust. Quand nous avons voté au second tour pour François Hollande, nous savions bien que ce n’était pas pour son programme économique qui était le même que celui de l’UMP. Mais au moins, nous disions-nous, avec les socialistes, nous serions à l’abri de ce mépris-là. Encore raté, donc. En même temps, à force d’élire des présidents qui n’aiment pas la littérature (François Hollande ayant confié qu’il ne lisait pas de romans) il est un peu normal d’avoir l’impression d’être gouverné par des épiciers qui confondent la France avec un petit commerce de centre-ville assiégé par ces grandes surfaces que sont les puissances émergentes.
Enfin, toujours est-il que parmi les cinq archaïques qui liront Proust autour d’une table dans une université française, il n’y aura pas Bousso Dramé. Pourtant elle aurait pu. Bousso Dramé est une jeune femme sénégalaise qui aime le français. Elle l’aime tellement qu’elle a participé au concours national d’orthographe 2013, organisé par l’Institut Français de Dakar dans le cadre des prix de la francophonie. Elle l’a gagné et pouvait ainsi bénéficier d’un séjour en France pour se former à la réalisation de film documentaire au centre Albert Schweitzer.
Seulement voilà, elle ne viendra pas. Elle s’en explique dans une lettre plutôt digne et émouvante au Consul de France.
On doit  sans doute trouver, au consulat, que les jeunes femmes noires et francophones ne sont pas assez entrées dans l’histoire. Ou on est surpris de ne pas avoir affaire à de potentiels clandestins. En effet, Bousso Dramé a eu le droit à ce qu’elle appelle des « remarques infantilisantes » quand elle a demandé son visa. Elle est aimable, Bousso Dramé. C’est en fait du vrai Tintin au Congo. Parmi beaucoup de gracieusetés, on a par exemple recommandé à la jeune femme de se méfier des jolis magasins : « Faites attention, vous allez être tentés par le shopping, il y a beaucoup de choses à acheter à Paris. Et surtout, gardez-vous de tout dépenser et de laisser une note impayée à l’auberge de jeunesse sinon vous empêcheriez les futurs candidats de bénéficier de cette opportunité ! »
Bousso Dramé a ou aura probablement des enfants. Ils apprendront l’anglais. Comme ça, ils auront l’air plus sérieux, pas du genre à ne pas payer dans les auberges de jeunesse et ils pourront ainsi faire des études supérieures en France. Si ça se trouve, ils liront même Proust autour d’une table. Il doit sûrement y avoir d’excellentes traductions. En anglais, bien sûr, pour faire plaisir à madame Fioraso.