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Gérard de Villiers : Je ne fais pas de littérature, et alors ?

gerard de villiers sas

Gérard de Villiers est la preuve vivante qu’on peut connaître un succès aussi silencieux que phénoménal. Né en 1929, il publie encore aujourd’hui cinq volumes annuels racontant les aventures de Malko Linge, espion contractuel de la CIA. Tirage estimé de chaque volume : 200 000 exemplaires. De quoi faire rêver les éditeurs qui s’épuisent à la promotion d’une littérature chic, jeune, branchée et progressiste. Mais il y a longtemps que Gérard de Villiers, homme d’affaires avisé, est devenu son propre éditeur.

Les raisons de sa longévité et de celle de son héros, que sa vision du monde classe légèrement à droite d’Attila, sont d’abord à chercher dans la qualité du texte. Un SAS, qu’on n’aime ou qu’on n’aime pas, c’est écrit avec un souci de lisibilité qui ne sacrifie jamais la correction de la langue. À croire que Gérard de Villiers a lu Le Degré zéro de l’écriture de Barthes. Même s’il est peu probable qu’elle accepte, nous pourrions même recommander des extraits de SAS à l’Éducation nationale pour renouveler les auteurs de dictée. Il suffirait que les inspecteurs, pour les manuels, choisissent judicieusement les passages en évitant les scènes de torture ou, car c’est encore plus traumatisant pour les enfants, les scènes de sexe car la sodomie y a toujours un rôle prépondérant.

Gérard de Villiers est un prophète. À ceci près qu’il n’a pas de visions, mais de très bons amis dans le renseignement. Les SAS, non seulement rendent compte de l’actualité internationale en direct mais, parfois même, la devancent. Les épisodes racontant l’assassinat du premier ministre libanais, les prodromes de la guerre civile en Syrie ou l’intervention française au Mali ainsi que les conséquences désastreuses de la chute de Kadhafi, ont surpris dans les chancelleries où, d’habitude, on préfère se fier aux télégrammes diplomatiques qu’à un auteur de « contes de fées modernes », comme disait Marcel Jullian à propos du père de Son Altesse Sérénissime.

 Jérôme Leroy. Vous avez créé le personnage de Malko Linge en 1965, âge d’or du roman d’espionnage. Si on le compare au Smiley de John le Carré ou à James Bond, qu’est-ce qui explique son succès rapide ?

Gérard de Villiers. C’est une question de style : le mien était très différent de tout ce que l’on écrivait à l’époque et qui restait très sage, très convenu, notamment en matière de sexe. James Bond ou Smiley sont de très bons personnages, mais ils restent ce que l’on appelle des civil servant, des fonctionnaires. Ils n’ont pas de vie en dehors de leur vie professionnelle. Malko, lui, est un contractuel, un samouraï. Et les samouraïs n’ont jamais de maître, ils se louent.

Élisabeth Lévy. Une question de midinette : l’avez-vous rencontré ou est-il totalement inventé ?

Malko est le résultat d’un collage entre trois personnes : un chef de mission du SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, ancêtre de la DGSE), un baron allemand qui avait un château en Souabe, et un marchand d’armes autrichien nommé Ottenbach.

JL. Vous êtes bien conscient que la sexualité de Malko est absolument scandaleuse ?

Pas du tout, elle est épanouie.

ÉL. Votre héros coche toutes les cases du machisme ancestral. Votre public est-il un ramassis de réacs ?

N’oubliez pas que beaucoup de femmes lisent SAS. Vous seriez étonnée de voir à quel point le spectre de mes lecteurs est large : cela va de Chirac à BHL !

ÉL. Les gens de gauche doivent s’étrangler, non ?

En effet, je ne m’inscris pas dans la pensée dominante, et la majorité de mon public non plus. Mon héros est officiellement décrié par la gauche, qui a fait un hold-up culturel sur la France depuis cinquante ans ! La gauche est par nature hypocrite, prônant un Bien qu’elle n’incarne pas.

JL. Et Malko, incarne-t-il le Bien selon vous ?

Non, il incarne une forme de liberté, de libéralisme, de lutte pour la liberté, pour le droit de faire ce que l’on veut.

JL. Vous avez façonné Malko à votre image : il semble plus atlantiste que gaulliste. Que reprochez-vous au gaullisme ?

Le gaullisme relève de cette névrose typiquement française qui consiste à se dresser contre le monde entier, au motif qu’il est libéral. Quand Hollande arrive avec ses petits poings serrés aux réunions des « 27 », il y a 26 libéraux et lui. Il a donc très peu de chances de les faire basculer.

JL. Malgré votre anticommunisme, dans L’Ordre règne à Santiago (1975), vous êtes aussi extrêmement critique envers la dictature de Pinochet…

Les dictatures, quand bien même elles ne sont pas communistes, restent indésirables.

JL. La vision de Malko Linge a-t-elle changé après la chute du mur de Berlin ?

Non, car la guerre froide continue. [access capability= »lire_inedits »]Il reste deux blocs, même si l’ennemi n’est plus le communisme − qui n’existe plus qu’à Cuba, en Corée du Nord et en France. L’opposition entre Russie et États-Unis est néanmoins toujours aussi forte. C’est un fait culturel : les Russes détestent les Américains.

JL. Snowden a pu révéler le scandale des écoutes américaines grâce aux nouvelles technologies de l’information. Le progrès technologique ne vous a-t-il pas obligé à repenser certaines intrigues romanesques ?

Bien sûr, la technologie a une incidence, mais elle demeure marginale. Il reste des lieux, des situations, où elle ne résout rien du tout. Cela a été l’une des grandes erreurs des États-Unis de croire au « tout-technologique ». Ils en sont revenus. Au fond, rien n’a changé : il y a toujours deux grandes agences de renseignements, la CIA et celle des Russes, qui a changé de nom − le KGB, le SVR ou le FSB. Les autres sont des acteurs secondaires, pour des raisons financières. Les Anglais sont très bons, par exemple, mais n’ont pas le budget nécessaire.

ÉL. Quid des Israéliens ?

Personne ne les connaît. Ce sont des menteurs. Ils sont bons, mais ils mentent. Ils mentent connement, d’ailleurs. Leur dernier truc, c’est de débouler tous les mois en annonçant que ça y est, les Iraniens attaquent. Tout le monde sait que c’est totalement bidon.

ÉL. Et nos « services », sont-ils bons ?

Nous savons travailler. Mais il n’y a plus de politique française. Si aucun SAS ne se déroule en France, c’est d’ailleurs parce que nos services ne mènent pas de grands projets. Il n’y a rien à raconter avec des objectifs aussi limités que les nôtres !

JL. Aussi limités soient-ils, quels sont-ils ?

L’Afrique, notre zone réservée ! À une certaine époque, j’insinuais au patron de la DGSE qu’il faudrait peut-être ouvrir un poste à Istanbul ou je ne sais où. Il m’a répondu : « À chaque fois qu’un feu rouge tombe en panne à Dubrovnik, on me demande de savoir pourquoi, et je n’aurai jamais l’argent pour faire autre chose. » Les services français ont donné la priorité à l’Afrique au détriment de l’Amérique latine, de l’Asie, ou même de l’Europe. En revanche, sur l’islam je peux vous dire que nous ne sommes pas mauvais, même en Afghanistan !

ÉL. Croyez-vous à un « choc des civilisations » ?

Ah oui ! Il y a un choc entre l’islam et la civilisation chrétienne. Il n’y a que la gauche qui le nie. On oublie que l’islam est une religion de combat, financée par l’Arabie saoudite et maintenant le Qatar.

ÉL. Au quotidien, nous assistons pourtant moins à des guerres entre civilisations qu’à des affrontements économiques. L’espionnage ne s’est-il pas déplacé sur le terrain de l’économie ?

Bien entendu. Mais il n’y a pas de SAS traitant de ce sujet parce que cela n’intéresse personne, que c’est trop technique et trop ardu. Je préfère rester dans la politique.

ÉL. Vous inspirez-vous toujours de faits réels ?

Bien sûr ! J’imagine peu, vous savez, il est fatigant d‘imaginer. Je vais vous donner un exemple, à propos de la Libye, dont j’ai parlé dans Les Fous de Benghazi. J’étais au Liban l’année dernière, où je retrouvais un ami ancien patron des forces de sécurité locales, un type très francophile, et francophone, bien entendu. Il me demandait ce que Bachar Al-Assad avait fait à la France  pour qu’elle lui tombe dessus aujourd’hui alors qu’en 2008, c’était quand même lui qui présidait le défilé du 14-Juillet. Je lui ai expliqué que rien n’avait changé : simplement, avec la Lybie, Sarkozy avait eu un accès de droits de l’homme.

JL. À ce propos, que pensez-vous de l’intervention française en Libye ?

C’est des conneries, Kadhafi n’était pas méchant, il n’a fait de mal à personne. Que nous a apporté cette intervention ? Rien. Lorsque vous dirigez un pays, il faut penser à ses intérêts d’abord.

JL. Mais Kadhafi n’était pas un personnage très recommandable ! Désapprouvez-vous également notre intervention au Mali ?

François Hollande n’avait tout simplement pas envie de se retrouver avec 5000 otages à Bamako. Voilà la vraie raison de l’opération « Serval ». Il a bien fait, cela n’a pas coûté très cher, c’est bon pour nous et tout le monde s’est bien amusé.

JL. Sur un autre front, en Afghanistan, pensez-vous que le président Karzaï finira assassiné, comme vous le laissez entendre dans le dernier SAS ?

C’est la question que tout le monde se pose. Karzaï est extraordinairement corrompu, mais il veut aussi représenter l’Afghanistan moderne. Comme il ne peut plus être président, il essaye de, garder le pouvoir par personnes interposées. Il sera pendu un jour ou l’autre, comme les autres chefs d’État afghans.

JL. Depuis tout à l’heure, nous parlons géopolitique. Etes-vous un romancier qui se passionne pour la géopolitique ou un géopoliticien qui utilise le roman comme un moyen d’expression ?

Plutôt un géopoliticien qui écrit. J’ai toujours été plus proche du journalisme que de la littérature. Aussi, cela ne me gêne pas du tout qu’on me dise que je ne fais pas de la littérature.

JL. En tout cas, la critique vous ignore, ne voyant en SAS qu’un simple phénomène d’édition. Ne souffrez-vous pas tout de même d’être exclu des rubriques littéraires ?

L’Histoire jugera. Ce que l’on nomme « littérature » en France n’est que du nombrilisme. Les livres français ne se vendent pas, ne quittent pas l’Hexagone parce qu’ils racontent toujours les mêmes histoires, comme le cinéma d’ailleurs. Il n’y a pas de grands auteurs français. Il n’y a que des Anglais, des Américains, et quelques Allemands.

JL. Je vous laisse la responsabilité de vos propos. Que pensez-vous du polar français actuel ?

Je ne le lis pas beaucoup.

JL. Votre style comportementaliste me rappelle celui de Jean-Patrick Manchette, l’un des fondateurs du néo-polar français, pourtant très à gauche…

J’aimais bien Manchette. Pour la psychologie, c’est au lecteur de la déduire. Nous n’écrivons pas des essais de psychologie. Quiconque écrit beaucoup de livres peut revendiquer un style, mais ce n’est pas forcément ce que l’on appelle de la littérature : je ne suis pas sûr d’être un écrivain. Et je m’en fous ![/access]

 

*Photo: Ce soir ou jamais

Syrie : la diplomatie gouvernée par les images

« Tout est notre problème », la petite phrase du Président normal en réponse au « ce n’est pas notre problème » d’un concitoyen l’interpellant sur le danger d’une intervention en Syrie, restera sans doute dans les annales de la décomposition intellectuelle des élites prétendant nous gouverner. Pourquoi le Président n’a-t-il pas dit « La Syrie est notre problème » comme l’a cru la journaliste d’I-télé pressée de faire « débattre » Domenach et Zemmour sur la question ? Pour le comprendre et comprendre du même coup les nouveaux fondements de notre diplomatie, il aurait fallu déplier le syllogisme que notre Président a voulu contracter en une phrase :
1) Tout est notre problème
2) La Syrie fait partie du Tout
3) Donc la Syrie est notre problème.

On ne contestera pas ici la rigueur de la déduction implicite du Président, mais on discutera de la vérité des prémisses : comment comprendre que tout soit devenu notre problème ? Il semble que la communauté à laquelle renvoie le notre présidentiel ne soit pas la même que celle à laquelle pense le citoyen (sans doute populiste !) qui l’interpelle… Elle ne se définit pas comme une communauté d’intérêts ni même de valeurs ou de principes mais comme une communauté de spectateurs. Tout est notre problème parce que nous sommes les spectateurs de tout. Tout est notre problème car ce n’est plus la règle de droit ni la norme morale qui définit ce qui fait problème ou pas, mais la quantité supposée d’émotion et d’indignation suscitée par une image.

Obama vient de donner lui-même une définition de la communauté nationale comme communauté de spectateurs : être américain c’est regarder des images qui, en elles-mêmes, sont pourvues d’un pouvoir de révélation de la vérité : « Nous sommes les Etats-Unis. On ne peut rester aveugles devant les images de Syrie que nous avons vues… » John Kerry l’avait précédé devant la commission des Affaires étrangères du Sénat : « Nous ne pouvons fermer les yeux sur des massacres, nous sommes tous responsables.» Ainsi peut-on compléter le raisonnement présidentiel pour remonter à son véritable fondement :
1) Nous sommes spectateurs de tout
2) Être spectateurs de tout nous rend responsables de tout
3) Donc tout est notre problème.

Les questions posées par ces petites phrases mènent bien au-delà d’une réflexion sur la propagande et l’on se demande si elles révèlent le cynisme des nouvelles élites spectaculaires ou au contraire l’inconscient de spectateur qui les gouverne…

L’Empereur des Champs-Elysées

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daniel filipacchi
Annick Geille a écrit un joli livre de souvenirs romancés (en poche depuis cet été) sur un univers que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître et les autres… à peine imaginer. Le cœur du monde se situait alors au 65 de l’avenue des Champs-Elysées à Paris, département de la Seine. Téléphone : 359 -01- 79. Son empereur s’appelait Daniel Filipacchi, « Oncle Dan » pour les intimes. Au tournant des années 60, un français de petite taille d’origine vénitienne allait conquérir la presse magazine et devenir le plus grand éditeur de la planète. Cette réussite est faite de baraka, d’audace, de sang-froid et surtout d’un formidable don pour humer l’air du temps.

Cette indéfinissable atmosphère qui se propage dans les rues, dans les foyers, à l’école ou au bureau, Daniel Filipacchi la captait, la digérait avec toujours en tête l’idée de créer un nouveau magazine. Ce garçon était un boulimique de papier glacé. Avec toujours un coup d’avance, cet as du marketing a compartimenté, segmenté la presse française. Au fan de Jazz, il a offert « Jazz Magazine ». Aux midinettes, « Mademoiselle Age Tendre », MAT pour les initiés. Aux hommes, « Lui » et « Playboy » qui sont venus décoincer la France pompido-gaullienne. Redoutable homme d’affaires aussi craint qu’admiré par ses équipes pour ses fulgurances et son incroyable vista, Filipacchi a fait des affaires en vendant du « papier ». Il a édifié la cathédrale « Paris Match » en numéro 1 des kiosques alors que le titre était au plus bas. Quant à « Elle », il a décliné l’hebdomadaire féminin dans presque tous les pays du monde faisant de lui un traité d’émancipation à l’usage de la femme « moderne ». Au moment où notre société numérique enterre ce dit « papier », l’ascension de ce fan de jazz, animateur de SLC Salut les Copains, a quelque chose d’irréel. Filipacchi, c’est la légende de la presse. Les Trente Glorieuses du canard. L’âge d’or de la rotative.

Au détour d’une histoire d’amour compliquée, Annick Geille trace le portrait d’une époque où les journalistes étaient les mieux informés de France, où le destin des personnalités du monde politique et des spectacles se jouait lors de conférences de rédaction aussi enfumées qu’houleuses et surtout, où la carte de presse valait sauf-conduit. Lorsque vous déteniez dans votre portefeuille ou votre sac à main, ce petit rectangle barré du drapeau tricolore, vous aviez réussi dans la vie et vous pouviez dire : « J’en suis ! ».

Vous étiez, en effet, admis dans ce cercle très fermé qui donne tous les droits. Privilégiée parmi les privilégiés, Annick Geille a connu cette aventure folle au plus proche de la « bête ». Elle a côtoyé ce prédateur jusqu’à en perdre parfois son âme. Mais quelle vie ! Avec Filipacchi, les règles sautaient comme des magnums de champagne un soir d’été à Portofino. Les délices de la jet-set des années 60/70 ont été le quotidien de quelques journalistes. Griller les feux au volant d’une Triumph TR5, tutoyer Sylvie Vartan chez Castel, passer vos fins de semaine dans la propriété du patron à Marnay, commander un article à Françoise Sagan ou négocier avec Hugh Hefner dans sa Mansion. C’était ça la vie d’Annick Geille, du moins côté face. Travailler pour les Publications Filipacchi vous ouvrait toutes les portes.

Il y avait bien sûr le côté pile, moins lumineux, les luttes de pouvoir, les marchandages entre éditeurs internationaux, les modifications techniques, les gestionnaires devenus rédacteurs en chef et puis, peu à peu, la disparition du « gris » (l’écrit) au profit de la sacro-sainte « image ». Moins de textes plus de photos : équation toujours d’actualité. Car si Filipacchi a inventé le « people », il a accompagné et initié les grandes transformations de la presse sur presque un demi-siècle ce qui signifie regroupements, fusions, précarité de la profession, informations calibrées et aseptisées. Malgré tout, on ne peut rester insensible au charme de ce patron de presse qui avait une classe que n’auront jamais les apprentis managers actuels.

Le livre d’Annick Geille vaut aussi pour la description physique et vestimentaire de Filipacchi, son idole. Ce gars-là ne portait pas des costumes pisseux comme sur la photo d’une promotion de l’ENA. À la ville comme à la plage, il enfilait des mocassins bateau ou des Weston sans chaussettes, pieds nus, le comble du chic. En haut, des vestes en tweed ou en seersucker sur des tee-shirts noirs ou des shetlands beiges et sur le nez, des Ray-Ban bleu ciel. Alors quand il balançait à la jeune journaliste un « Ça va cocotte ? », on comprend qu’elle pouvait défaillir.

Pour lui – Annick Geille – Le Livre de Poche

*Photo: wikimedia commons

Obama et la Syrie : pas de surprise!

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obama syrie nasr

Le lecteur de The dispensable nation : American foreign policy in retreat (La nation dont on peut se passer : le repli de la politique étrangère américaine), n’aura pas été surpris par les méandres de la politique syrienne de Barack Obama au cours de ces dernières semaines. L’auteur, Vali Nasr, est d’origine iranienne, professeur à l’Université John Hopkins et il a été pendant deux ans conseiller senior (senior adviser) de Richard Holbrooke au Département d’Etat, en charge du Pakistan et de l’Afghanistan. C’est donc un universitaire qui s’est frotté aux réalités des négociations internationales ; on peut rapprocher son cas de celui d’Aaron David Miller, auteur du remarquable The much too promised Land : America’s elusive search for Arab-Israeli peace (La Terre beaucoup trop promise : l’insaisissable recherche américaine d’une paix israélo-arabe), qui a passé douze ans au Département d’Etat comme conseiller pour le Moyen-Orient.
Vali Nasr voue une admiration sans borne à Holbrooke, un des grands noms de la diplomatie américaine, architecte, entre autres, des accords de Dayton en 1995, et son livre peut être vu comme une sorte de testament politique de son mentor décédé en décembre 2010.
Le verdict de Vali Nasr sur la politique étrangère d’Obama est sans appel : nos partenaires et adversaires « ne savent pas ce que nous pensons et où nous allons. Nous avons abandonné l’Irak et l’Afghanistan à l’instabilité, mis le Pakistan sur la touche, déstabilisé mais pas dénucléarisé l’Iran, déçu les pays du printemps arabe  tout en nous aliénant les régimes autoritaires du Golfe ». Ce jugement est sévère, mais il est solidement étayé. Dans le cas de l’Afghanistan par exemple, Holbrooke ne croyait pas  à une solution militaire et à l’envoi de troupes supplémentaires, mais une fois cette décision prise, il aurait fallu l’appuyer par une négociation impliquant tous les acteurs régionaux et surtout ne pas fixer à l’avance une date de retrait en 2014, ce qui envoyait aux talibans un signal montrant que l’engagement  américain était, somme toute, limité. Nasr développe aussi la gestion de l’Iran : certes Bush avait « savonné la planche » à Obama en balayant d’un revers de main les ouvertures réelles de l’Iran en 2003, mais Obama a persisté dans cette voie. Il a torpillé en 2010 l’initiative commune du Brésil et de la Turquie qui était près d’aboutir, en lui préférant une politique de sanctions populaire auprès de son opinion publique, d’Israël et des monarchies du Golfe, ce qui lui permet d’apparaître à bon compte comme intransigeant envers l’Iran, alors que des concessions majeures ont été faites à la Russie et à la Chine en contrepartie de leur soutien à l’ONU.
On pourrait multiplier les exemples : selon Nasr, la politique étrangère d’Obama ne consiste pas à prendre des décisions stratégiques et à les appuyer par des actions diplomatiques n’excluant pas nécessairement le recours à la force, mais à coller à son opinion publique. La politique étrangère a été abandonnée aux agences de renseignements et au Pentagone, et elle se trouve sous le contrôle de conseillers en communication guidés par des considérations tactiques de politique intérieure et sans expérience internationale. Certaines affirmations de Vali Nasr pourront bien sûr être contestées, mais son livre est certainement un des livres de géopolitique les plus importants écrits ces dernières années ; on ne peut que souhaiter qu’il soit rapidement traduit en français.

L’affiche de Peillon vise-t-elle l’Islam?

Évidemment qu’elle ne vise que lui, puisque les autres croyances ne posent pas de problèmes.

En France, le mode d’appartenance à leur religion des élèves catholiques, protestants et juifs s’est sécularisé. Ces élèves croyants admettent que l’on raisonne, que l’on discute rationnellement de tout sans tabou, pourvu qu’on n’attaque pas leur religion. Ils ne font pas de prosélytisme, et ne contestent pas la science et les principes républicains au nom de leurs livres sacrés. Leur présence dans l’École n’oblige donc pas les enseignants à marcher sur des œufs.

Ce qui a changé dans l’École française, c’est une chose et une seule : l’arrivée en nombre d’un Islam non sécularisé, non laïcisé.

Il est juste que le rappel des principes qui s’appliquent à tous ne mentionne personne en particulier. Mais il est vain et stupide de cacher ou de nier, quand on commente ce rappel, que c’est spécifiquement le mode d’appartenance non laïque à l’Islam qui oblige à ce rappel, après des décennies de paix laïque.

En même temps, il serait juste d’admettre que si l’École laïque exige que les élèves laissent au vestiaire leurs signes d’appartenance ostentatoires, elle n’exige pas qu’ils y laissent leurs convictions.

Les élèves fondamentalistes de toute obédience religieuse qui contestent le darwinisme doivent pouvoir exprimer leur conviction (et même la conserver) pourvu qu’ils acceptent d’écouter et d’apprendre le cours de biologie sur cette question.

Car si la laïcité impose l’examen rationnel et sans tabou de toutes les idées, sans blasphème, elle n’implique pas l’athéisation des élèves tant qu’ils sont dans l’École.

Il n’est pas certain que tous les profs français en soient bien convaincus. Et pourtant, s’ils étaient un peu plus libéraux, ils admettraient que l’apprentissage de l’esprit critique doit être mis au service de la liberté de conscience individuelle, y compris en matière religieuse.

François Fillon ouvre la voie à un gouvernement de salut public

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couteaux francois fillon

Comme on pouvait s’y attendre, les commentateurs embarrassés n’ont pas souligné l’immense portée des propos tenus le 8 septembre par M. Fillon sur Europe 1, propos confirmés le 10 au Figaro et que son auteur n’a pas cherché à amoindrir en dépit des récriminations de plusieurs caciques de son parti et des intimidations de la gauche. Pourtant, en appelant les électeurs UMP à choisir, en l’absence de leur candidat au second tour, entre « le moins sectaire » des candidats PS ou Rassemblement Bleu Marine restés en lice, en précisant tranquillement que ce choix peut se faire au bénéfice du RBM, l’ancien Premier ministre fait sauter d’un coup le verrou par lequel François Mitterrand enferma la droite française dans la division éternelle. De cette nouveauté, il nous faut comprendre les causes et les conséquences.

M. Fillon incarne un réalisme politique qui, s’il n’est pas toujours étranger à certaine lecture du gaullisme,  n’en mélange pas moins, à l’occasion, le pire et le meilleur. Nous l’avons combattu lorsque, ministre de l’Education, il a « par réalisme » introduit l’anglais dès l’école primaire; puis lorsque, Premier ministre, il oublia son opposition à l’Europe supranationale, imposant à sa majorité un traité de Lisbonne qui raya d’un trait le Non français au référendum de 2005 – et probablement le référendum lui-même. Ce type de réalisme niant la souveraineté nationale et la souveraineté populaire est celui-là même qui fit jadis admettre à une classe politique écrasée par le constat d’une réalité adverse un armistice auquel de Gaulle opposa le réalisme supérieur d’un avenir libre toujours offert à la France; le même réalisme d’abandon inspira plusieurs mesures du quinquennat Sarkozy dont il endossa sinon la paternité du moins la responsabilité. En bien des points, M. Fillon, homme d’Etat, homme de Gouvernement, a mis de côté une inspiration gaulliste dont on espérait, après le retrait de notre maître commun Philippe Séguin, qu’il reprendrait l’esprit, l’audace et l’exigence.

Il est des réalismes qui, lorsqu’ils dérangent les conforts de pensée et les routines du fil de l’eau, sont cependant nécessaires, et nous avons félicité M. Fillon quand il eut le courage de dire la réalité de nos Finances publiques, tentant de les redresser sans toutefois en avoir les moyens. Ce même réalisme l’incite aujourd’hui à ouvrir la porte à des accords locaux à droite, et à donner en somme un permis de voter RBM, contredisant de façon spectaculaire la vieille incantation au Front Républicain qu’il entonnait encore lors des cantonales de mars 2011 puis sa sortie sur « le Front national assassin du général de Gaulle », qui était d’un autre âge : c’est qu’il ne pouvait ignorer la réalité neuve d’un Rassemblement Bleu Marine dont un des partis constitutifs, le SIEL, est explicitement gaulliste, et qui commence à recueillir, ici ou là, comme à Béziers, le soutien de M. Dupont Aignan; ni ignorer l’évidence qu’un nombre croissant de Français comprennent que Marine le Pen est désormais seule à relever le gant de la souveraineté qui fut le ressort de l’aventure gaulliste sous les trois espèces de la souveraineté nationale, populaire et civilisationnelle. Il ne peut pas ne pas voir, à la différence d’un état-major UMP aveugle et paniqué, que l’effet d’entraînement du jeune RBM est tel qu’il attire à lui nombre de cadres, élus locaux et électeurs au point que l’hypothèse dans laquelle il se place, l’exclusion de l’UMP à l’issue du premier tour, va s’avérer en maintes communes.  Réaliste, M. Fillon l’est aussi en ce qu’il vise, autant que les partis cités, le sectarisme de son parti, juxtaposition de sectes devenue machine à exclure.

Le  10 mai, j’ai adressé une lettre ouverte à MM. Copé et Fillon pour les inviter, sans animosité, à comprendre le mouvement populaire qui s’esquisse et à n’y point faire obstacle afin que, perclus de coups de poignard que M. Hollande et ses ministres ne cessent de multiplier, notre pays accouche d’un large rassemblement à vocation majoritaire, et d’un Gouvernement de salut public que la force propre de Marine le Pen et ses soutiens imposeront tôt ou tard.  Si M. Copé et la direction de l’UMP, dont le SIEL n’a jamais attendu grand chose, ont répondu par le mépris, s’acharnant à exclure des responsables locaux qui ont rejoint des listes RBM menées par le  SIEL, à Gamaches (Somme), Gonesse (Val d’Oise) et bientôt ailleurs, toute autre fut l’attitude de l’entourage de M. Fillon, dont il faut croire que l’instinct gaulliste, celui du Rassemblement national, n’est pas tout à fait émoussé.

Le SIEL continuera à oeuvrer pour que Marine le Pen, tournant à son tour les vieilles pages, puisse reprendre au bond la nouvelle réalité politique et forge les alliances nécessaires à la constitution d’un Gouvernement de Salut Public seul capable d’arracher notre pays aux ornières qui le paralysent, de restaurer son indépendance, de rétablir sa politique à commencer par ses frontières qui en sont la condition, et de sauvegarder sa civilisation, laquelle s’effrite de toutes parts. Il souhaite que le RBM, tout en accueillant les déçus d’une gauche que M. Hollande détruit sans retour, cesse d’attribuer le même degré d’ignominie à un PS tombé dans tous les pièges de l’européo-mondialisme et à une UMP qui compte des patriotes dans ses rangs (et quelquefois les plus élevés), afin qu’il puisse réunir autour de Marine Le Pen les équipes qui, animées par le seul sens du service de la nation et la seule exigence de la culture d’Etat, pourront sans tarder gouverner la France.

Brétigny-sur-Orge : amis de la nuance, changez de trottoir !

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train bretigny sur orge

« Caillassage ou jets de pierre ? »

Témoins partout, justice nulle part ? À lire ou entendre les divers commentaires sur les « incidents » qui ont suivi l’accident ferroviaire de Brétigny-sur-Orge, survenu le 12 juillet, on comprenait bien que leurs auteurs ne se trouvaient pas sur les lieux. Mais on avait surtout l’impression qu’ils ne vivent pas tous dans le même pays.

En effet, les récits et analyses de ce qui s’était passé en marge de l’accident ont vite fait apparaître deux discours dans les champs médiatique et institutionnel. Pour les uns, il ne s’était rien passé ; pour les autres, on n’était pas loin des « heures sombres de notre histoire ». Bref, comme souvent, l’aveuglement des uns a nourri l’outrance, voire la paranoïa des autres.

Côté institutions, le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, bat tous les records de vitesse et de certitude : sur i-Télé, il dément tout incident avant de disposer du moindre début d’enquête. La Préfecture venait à sa rescousse un peu plus tard, déclarant « n’avoir reçu que quatre plaintes de personnes volées »  (il est vrai que les cadavres ou les victimes blessées ne sont pas dans des conditions idéales pour porter plainte). Jusqu’à ce qu’un rapport de synthèse interne de la DCCRS (Direction centrale des compagnies de CRS) fasse état d’attaques des équipes de secours et de détroussage de victimes.

Côté médias, on voyait également se former les deux camps habituels : d’un côté France Info, L’Express, Libération, Marianne et d’autres ont immédiatement qualifié de « rumeurs » les informations diffusées à ce sujet et accusé la droite d’exploiter un fait divers (qui n’avait pas eu lieu). De l’autre, Le Monde, Europe 1 et Le Figaro ont pointé la volonté du pouvoir de minimiser ou d’étouffer les incidents. Quelques rares commentateurs, tel Jérôme Guedj, député PS et président du Conseil général de l’Essonne, ont tenté de trouver une ligne médiane en évoquant les débordements tout en plaidant pour qu’on n’en exagère pas la gravité. Significativement, les partisans de la thèse de la « rumeur », propagée selon eux par les communiqués du syndicat de policiers Alliance, n’ont pas cru bon de citer l’UNSA, syndicat de gauche, qui a lui aussi dénoncé les violences de voyous, et de façon plutôt crue : « Il y avait des gens qui étaient en train de perdre leur bras ou leur jambe, et d’autres sont venus voler leur montre ou leur portable ! Il a fallu des lanceurs de 40 – il s’agit d’une arme de très grande précision − pour les disperser. »

Que chacun voie la réalité à travers ses présupposés idéologiques, c’est sans doute inévitable. Mais en l’occurrence, tout le monde –  médias, hommes politiques et gouvernement – a péché par précipitation, diffusant ou commentant à la hâte des informations partielles, imprécises ou partisanes : nombre de plaintes variant, selon les sources, de une à sept, sources elles-mêmes douteuses, ou partiales (notamment préfectorales), reprises sans distance, affirmations péremptoires sans vérification (comme celle-ci, entendue sur France Info : « Aucun témoin, aucune victime n’a confirmé les rumeurs »), etc.

Le camp d’en face a beau se targuer d’être celui du réel, il n’en a pas moins, lui aussi, parlé et dénoncé avant de savoir.[access capability= »lire_inedits »] Si bien que des arguments de bon sens ont été recouverts par les cris d’orfraie de la droite, évoquant une nouvelle barbarie – comme si les attaques de wagon façon diligence n’étaient pas un sport, disons au moins régional, depuis quelque temps déjà. Pendant ce temps, le complotisme s’en donnait à cœur joie sur Internet, des petits malins assurant que le déraillement avait été provoqué pour donner libre cours au pillage. Dans ce festival de sottises, nul n’a pris la peine de répondre à l’objection, pourtant sérieuse, selon laquelle les CRS, arrivés nettement après sur les lieux, ne pouvaient témoigner contre les voyous dans le rapport de la DCCRS.

Le plus surprenant, c’est qu’un décryptage élémentaire révèle que les deux versions diffèrent surtout par le vocabulaire. Quelle est la différence entre un « pillage » et des « actes isolés » (pourquoi un « acte de pillage » devrait-il être « généralisé »)? Entre un simple « vol » et le « dépouillage » d’une victime ? Entre un « caillassage » et des « jets de pierre » ? Entre des « tensions » opposant les forces de l’ordre et ces mêmes « jets de pierre sur les CRS » ? La sémantique n’est pas seulement une discipline universitaire, c’est aussi une politique, comme l’a bien démontré George Orwell.

Moscovici, le poupon qui dit oui

 Le 29 mai, la Commission européenne publiait une série de recommandations à la France, résumées par une note d’une dizaine de pages. La copie mérite le détour, autant par le ton employé – tout d’un coup, c’est fou comme on se sent plus proche des Grecs que des Allemands – que par l’ampleur des mesures d’austérité exigées, malgré les échecs flagrants de cette politique, mise en œuvre depuis cinq ans dans la très grande majorité des pays de l’Union. C’est d’ailleurs le ton qui a fait réagir François Hollande : le 30 mai, le Président envoyait les eurocrates aux pelotes en déclarant que l’Union n’avait pas à « dicter à la France ce qu’elle doit faire ». Mosco a dû en être malade, car la veille, le 29 mai donc, lui-même avait approuvé toutes les préconisations de l’Union dans un sirupeux communiqué. Le texte, qui commençait par remercier la Commission européenne d’avoir bien voulu repousser de deux ans le retour à l’équilibre budgétaire en France, suait la trouille du ministre de voir « les marchés » s’intéresser de trop près aux gesticulations de l’Union.

Dans ces conditions, on pouvait s’attendre à ce que, quelques mois plus tard, le courageux ministre affronte le FMI, qui a pris l’exact contrepied des orientations bruxelloises. Le 6 août, l’institution internationale qui, rappelons-le, a fait récemment son autocritique au sujet de la politique économique imposée à la Grèce, a en effet recommandé à la France de lever le pied sur l’austérité, estimant que la priorité devait être la recherche de la croissance. Que croyez-vous qu’a fait notre cher Moscovici ? Il a approuvé des deux mains cette prise de position en soulignant les convergences entre le FMI et la France. Et les « convergences » entre la France et son ministre de l’Économie, elles avancent ? Quant aux journalistes économiques, ils se sont jetés sur les acrobaties du ministre à propos des prévisions de croissance, qu’il situe « entre -0,1 et +0,1 ». Comme si cela avait une quelconque importance.[/access]

 *Photo: France 2

 

Nazis vs Barbares à Marseille

Marseille est ces derniers temps au centre des sollicitudes politiques. Délinquance, banditisme et affairisme : la ville est présentée à longueur de colonnes comme une capitale du crime qui ressemblerait plus à un film de Tarantino qu’à un épisode de Plus Belle la Vie.
Une horrible rumeur enfle, de sondages en faits divers, et peu à peu on voit revenir dans les journaux locaux, comme un oiseau de mauvais augure, la mythique expression incantatoire de « 21 avril » pour désigner les prochains résultats des municipales marseillaises. En effet, d’après un sondage, le FN pourrait y supplanter le PS, ce qui plongerait la cité phocéenne devant une alternative pour le moins cauchemardesque.
Devant l’horreur d’une telle perspective, le collectif « Marseille solidaire contre l’extrême droite » mobilise pour l’organisation d’une « semaine contre le fascisme pour le progrès social et l’égalité des droits » censée se faire le contrepoids de l’université d’été du FN qui se tiendra à Marseille le 14 et 15 septembre. Pour faire barrage à la bête immonde, une série d’événements festivo-culturels sont organisés : au programme, une « soirée antiraciste », une « soirée LGBTI et extrême droite » où deux personnes du même avis (un membre du collectif Aix-égalité et un militant de la Ligue des droits de l’homme) feront semblant de débattre sur « la question des slogans homophobes des Manifs pour tous », et une projection du documentaire au titre glaçant « Mains brunes sur la ville » qui décrit la prise des villes de Bollène et d’Orange par les phalangistes époux Bompard…
« Marseille, Tais-toi Marseille, Tu cries trop fort » chantait Barbara. Là-bas, l’invective répond à l’imprécation, et l’invocation mystique à une démagogie quasi-parodique : alors que Stéphane Ravier, candidat FN aux municipales, appelait à une manifestation « contre l’insécurité et la barbarie » qui rassembla plusieurs centaines de personnes aux cris de « Pas de racailles dans nos quartiers », une banderole de contre-manifestants du NPA affichait un objectif aussi limpide qu’inopérant : « Pas de quartier pour les fachos ».
Barbares contre nazis, racaille contre fachos, les slogans du cru ne sont que l’expression tout en nuances d’un discours politique depuis longtemps vidé de toute substance idéologique et qui se contente de flatter tantôt les bas instincts, tantôt la bonne conscience. Comme quoi Marseille, c’est bien la France…

 

 

 

Le bikini ne passera pas

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miss monde bikini

La finale du concours de Miss Monde se déroule donc ces jours-ci à Bali — merci à l’actualité qui me permet d’entasser dans une seule phrase autant d’occasions de rêver.
Mais ce qui se présentait, à l’origine, comme une cérémonie quelque peu kitsch est en train de virer à la manifestation politique : dans cette île où les touristes se baladent souvent dans le simple appareil d’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil, et parfois un peu moins, où les hindouistes, majoritaires, ont sur la nudité un regard complaisant et alléché (regardez de près les temples hindous, c’est le kama-soutra en trois dimensions), une minorité d’islamistes radicaux fait le siège de l’hôtel où se déroulent les festivités en hurlant à l’obscénité (merci encore à l’actualité qui me permet d’entasser en trois propositions autant d’occasions de cauchemarder).
Passons sur le fait que l’obscénité est toujours dans la tête de celui qui hurle, pas sur les fesses de celle qui les montre. Les organisateurs ont déjà cédé à la rue : il n’y aura pas de défilé en bikini — on voilera ces sculpturales jeunes femmes. Cachez ce sein… Il en est de l’Indonésie comme de chez nous : pour les politiques, toutes les occasions de baisser culotte sont bonnes.
Les îlots de résistance sont peu nombreux. Dans le grand jeu de Go où les islamistes placent stratégiquement leurs pions noirs, les taches de lumière se font rares. À peine Vincent Peillon publie-t-il une Charte de la laïcité qui ne mange pas de pain mais ne casse pas trois pattes à un canard que les représentants de la « communauté » musulmane se dressent vent debout pour crier à l’islamophobie. Dalil Boubakeur, le nouveau Président du Conseil du culte musulman craint de « voir les Musulmans de France stigmatisés dans leur ensemble, et que cette interdiction ne soit perçue comme trop brutale » : « 90% des musulmans, ajoute-t-il, vont avoir l’impression d’être visés par cette charte, alors que, dans 99% des cas, ils ne posent aucun problème à la laïcité ». Ah bon ? Où est-il question d’Islam dans les quinze articles de cette charte ? N’est-ce pas ce qui s’appelle « crier au loup » ? Et Abdallah Zekri, président de l’Observatoire de l’Islamophobie, en rajoute une couche : « Cette charte a été faite soi-disant pour combattre le communautariste. Qui dit communautarisme… Forcément, je me sens visé parce que maintenant quand on parle de communautarisme, on parle de Musulmans ».

Mais bon sang, il n’y a qu’une communauté en France, et elle est composée de Français ! La religion n’est pas indiquée sur les cartes d’identité, que je sache ! Les médias en ont plein la bouche : communauté ceci, communauté cela. On devrait leur interdire une bonne fois pour toutes le terme : « La laïcité assure aux élèves l’accès à une culture commune et partagée ». UNE culture ! Pas trois, pas vingt. Et plus loin : « Nul ne peut se prévaloir de sn appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’Ecole de la République ». Par exemple aux programmes, ou aux devoirs obligatoires. De partout m’arrivent des nouvelles d’élèves musulmans rendant copie blanche quand on les interroge sur quoi que ce soit qui a un rapport avec l’évolutionnisme : alors, en vérité, je vous le dis, Mohamed / Ismaël / Sarah / Hanifa / Nawel et les autres : vous descendez d’un être mono-cellulaire qui fut une algue bleue —, et ultérieurement, après des péripéties sans nombre, un grand anthropoïde. Et ce que vous êtes actuellement est en évolution aussi — vous avez moins de dents que le Prophète, qui en avait 32 lors de l’Hégire alors que vous en possédez difficilement 28 en ce moment, et bientôt 24. Votre mâchoire se contracte, votre museau s’affine, vous pourriez bien glisser vers l’écureuil — et alors ? Qu’est-ce que cela fait à la Vie, qui continuera sous une forme ou une autre ?
En attendant, elle persiste, sous une forme intermédiaire en sari.

Et c’est Marine Lorphelin, Miss Bourgogne 2012 et Miss France 2013, qui représentera la France – allez, Musulmans de tous les pays, franchement, vous ne voulez pas adopter l’orpheline ?

*Photo : archangel 12.

Syrie : Réponse à Jacques de Guillebon

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Le pape François, Bachar Al-Assad, Vladimir Poutine et Jacques de Guillebon sont les seuls au monde à s’opposer par principe à l’usage de la force contre le crime commis en Syrie.

Mieux encore : Jacques de Guillebon est le seul que je connaisse à louer le silence du pape (et celui de Dieu, sans doute par la même occasion) face à l’extermination des Juifs, en expliquant que ce silence a sauvé les Juifs.

Comme quoi il y a aussi un humour goy. 

 


 

 

Gérard de Villiers : Je ne fais pas de littérature, et alors ?

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de villiers sas

gerard de villiers sas

Gérard de Villiers est la preuve vivante qu’on peut connaître un succès aussi silencieux que phénoménal. Né en 1929, il publie encore aujourd’hui cinq volumes annuels racontant les aventures de Malko Linge, espion contractuel de la CIA. Tirage estimé de chaque volume : 200 000 exemplaires. De quoi faire rêver les éditeurs qui s’épuisent à la promotion d’une littérature chic, jeune, branchée et progressiste. Mais il y a longtemps que Gérard de Villiers, homme d’affaires avisé, est devenu son propre éditeur.

Les raisons de sa longévité et de celle de son héros, que sa vision du monde classe légèrement à droite d’Attila, sont d’abord à chercher dans la qualité du texte. Un SAS, qu’on n’aime ou qu’on n’aime pas, c’est écrit avec un souci de lisibilité qui ne sacrifie jamais la correction de la langue. À croire que Gérard de Villiers a lu Le Degré zéro de l’écriture de Barthes. Même s’il est peu probable qu’elle accepte, nous pourrions même recommander des extraits de SAS à l’Éducation nationale pour renouveler les auteurs de dictée. Il suffirait que les inspecteurs, pour les manuels, choisissent judicieusement les passages en évitant les scènes de torture ou, car c’est encore plus traumatisant pour les enfants, les scènes de sexe car la sodomie y a toujours un rôle prépondérant.

Gérard de Villiers est un prophète. À ceci près qu’il n’a pas de visions, mais de très bons amis dans le renseignement. Les SAS, non seulement rendent compte de l’actualité internationale en direct mais, parfois même, la devancent. Les épisodes racontant l’assassinat du premier ministre libanais, les prodromes de la guerre civile en Syrie ou l’intervention française au Mali ainsi que les conséquences désastreuses de la chute de Kadhafi, ont surpris dans les chancelleries où, d’habitude, on préfère se fier aux télégrammes diplomatiques qu’à un auteur de « contes de fées modernes », comme disait Marcel Jullian à propos du père de Son Altesse Sérénissime.

 Jérôme Leroy. Vous avez créé le personnage de Malko Linge en 1965, âge d’or du roman d’espionnage. Si on le compare au Smiley de John le Carré ou à James Bond, qu’est-ce qui explique son succès rapide ?

Gérard de Villiers. C’est une question de style : le mien était très différent de tout ce que l’on écrivait à l’époque et qui restait très sage, très convenu, notamment en matière de sexe. James Bond ou Smiley sont de très bons personnages, mais ils restent ce que l’on appelle des civil servant, des fonctionnaires. Ils n’ont pas de vie en dehors de leur vie professionnelle. Malko, lui, est un contractuel, un samouraï. Et les samouraïs n’ont jamais de maître, ils se louent.

Élisabeth Lévy. Une question de midinette : l’avez-vous rencontré ou est-il totalement inventé ?

Malko est le résultat d’un collage entre trois personnes : un chef de mission du SDECE (Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, ancêtre de la DGSE), un baron allemand qui avait un château en Souabe, et un marchand d’armes autrichien nommé Ottenbach.

JL. Vous êtes bien conscient que la sexualité de Malko est absolument scandaleuse ?

Pas du tout, elle est épanouie.

ÉL. Votre héros coche toutes les cases du machisme ancestral. Votre public est-il un ramassis de réacs ?

N’oubliez pas que beaucoup de femmes lisent SAS. Vous seriez étonnée de voir à quel point le spectre de mes lecteurs est large : cela va de Chirac à BHL !

ÉL. Les gens de gauche doivent s’étrangler, non ?

En effet, je ne m’inscris pas dans la pensée dominante, et la majorité de mon public non plus. Mon héros est officiellement décrié par la gauche, qui a fait un hold-up culturel sur la France depuis cinquante ans ! La gauche est par nature hypocrite, prônant un Bien qu’elle n’incarne pas.

JL. Et Malko, incarne-t-il le Bien selon vous ?

Non, il incarne une forme de liberté, de libéralisme, de lutte pour la liberté, pour le droit de faire ce que l’on veut.

JL. Vous avez façonné Malko à votre image : il semble plus atlantiste que gaulliste. Que reprochez-vous au gaullisme ?

Le gaullisme relève de cette névrose typiquement française qui consiste à se dresser contre le monde entier, au motif qu’il est libéral. Quand Hollande arrive avec ses petits poings serrés aux réunions des « 27 », il y a 26 libéraux et lui. Il a donc très peu de chances de les faire basculer.

JL. Malgré votre anticommunisme, dans L’Ordre règne à Santiago (1975), vous êtes aussi extrêmement critique envers la dictature de Pinochet…

Les dictatures, quand bien même elles ne sont pas communistes, restent indésirables.

JL. La vision de Malko Linge a-t-elle changé après la chute du mur de Berlin ?

Non, car la guerre froide continue. [access capability= »lire_inedits »]Il reste deux blocs, même si l’ennemi n’est plus le communisme − qui n’existe plus qu’à Cuba, en Corée du Nord et en France. L’opposition entre Russie et États-Unis est néanmoins toujours aussi forte. C’est un fait culturel : les Russes détestent les Américains.

JL. Snowden a pu révéler le scandale des écoutes américaines grâce aux nouvelles technologies de l’information. Le progrès technologique ne vous a-t-il pas obligé à repenser certaines intrigues romanesques ?

Bien sûr, la technologie a une incidence, mais elle demeure marginale. Il reste des lieux, des situations, où elle ne résout rien du tout. Cela a été l’une des grandes erreurs des États-Unis de croire au « tout-technologique ». Ils en sont revenus. Au fond, rien n’a changé : il y a toujours deux grandes agences de renseignements, la CIA et celle des Russes, qui a changé de nom − le KGB, le SVR ou le FSB. Les autres sont des acteurs secondaires, pour des raisons financières. Les Anglais sont très bons, par exemple, mais n’ont pas le budget nécessaire.

ÉL. Quid des Israéliens ?

Personne ne les connaît. Ce sont des menteurs. Ils sont bons, mais ils mentent. Ils mentent connement, d’ailleurs. Leur dernier truc, c’est de débouler tous les mois en annonçant que ça y est, les Iraniens attaquent. Tout le monde sait que c’est totalement bidon.

ÉL. Et nos « services », sont-ils bons ?

Nous savons travailler. Mais il n’y a plus de politique française. Si aucun SAS ne se déroule en France, c’est d’ailleurs parce que nos services ne mènent pas de grands projets. Il n’y a rien à raconter avec des objectifs aussi limités que les nôtres !

JL. Aussi limités soient-ils, quels sont-ils ?

L’Afrique, notre zone réservée ! À une certaine époque, j’insinuais au patron de la DGSE qu’il faudrait peut-être ouvrir un poste à Istanbul ou je ne sais où. Il m’a répondu : « À chaque fois qu’un feu rouge tombe en panne à Dubrovnik, on me demande de savoir pourquoi, et je n’aurai jamais l’argent pour faire autre chose. » Les services français ont donné la priorité à l’Afrique au détriment de l’Amérique latine, de l’Asie, ou même de l’Europe. En revanche, sur l’islam je peux vous dire que nous ne sommes pas mauvais, même en Afghanistan !

ÉL. Croyez-vous à un « choc des civilisations » ?

Ah oui ! Il y a un choc entre l’islam et la civilisation chrétienne. Il n’y a que la gauche qui le nie. On oublie que l’islam est une religion de combat, financée par l’Arabie saoudite et maintenant le Qatar.

ÉL. Au quotidien, nous assistons pourtant moins à des guerres entre civilisations qu’à des affrontements économiques. L’espionnage ne s’est-il pas déplacé sur le terrain de l’économie ?

Bien entendu. Mais il n’y a pas de SAS traitant de ce sujet parce que cela n’intéresse personne, que c’est trop technique et trop ardu. Je préfère rester dans la politique.

ÉL. Vous inspirez-vous toujours de faits réels ?

Bien sûr ! J’imagine peu, vous savez, il est fatigant d‘imaginer. Je vais vous donner un exemple, à propos de la Libye, dont j’ai parlé dans Les Fous de Benghazi. J’étais au Liban l’année dernière, où je retrouvais un ami ancien patron des forces de sécurité locales, un type très francophile, et francophone, bien entendu. Il me demandait ce que Bachar Al-Assad avait fait à la France  pour qu’elle lui tombe dessus aujourd’hui alors qu’en 2008, c’était quand même lui qui présidait le défilé du 14-Juillet. Je lui ai expliqué que rien n’avait changé : simplement, avec la Lybie, Sarkozy avait eu un accès de droits de l’homme.

JL. À ce propos, que pensez-vous de l’intervention française en Libye ?

C’est des conneries, Kadhafi n’était pas méchant, il n’a fait de mal à personne. Que nous a apporté cette intervention ? Rien. Lorsque vous dirigez un pays, il faut penser à ses intérêts d’abord.

JL. Mais Kadhafi n’était pas un personnage très recommandable ! Désapprouvez-vous également notre intervention au Mali ?

François Hollande n’avait tout simplement pas envie de se retrouver avec 5000 otages à Bamako. Voilà la vraie raison de l’opération « Serval ». Il a bien fait, cela n’a pas coûté très cher, c’est bon pour nous et tout le monde s’est bien amusé.

JL. Sur un autre front, en Afghanistan, pensez-vous que le président Karzaï finira assassiné, comme vous le laissez entendre dans le dernier SAS ?

C’est la question que tout le monde se pose. Karzaï est extraordinairement corrompu, mais il veut aussi représenter l’Afghanistan moderne. Comme il ne peut plus être président, il essaye de, garder le pouvoir par personnes interposées. Il sera pendu un jour ou l’autre, comme les autres chefs d’État afghans.

JL. Depuis tout à l’heure, nous parlons géopolitique. Etes-vous un romancier qui se passionne pour la géopolitique ou un géopoliticien qui utilise le roman comme un moyen d’expression ?

Plutôt un géopoliticien qui écrit. J’ai toujours été plus proche du journalisme que de la littérature. Aussi, cela ne me gêne pas du tout qu’on me dise que je ne fais pas de la littérature.

JL. En tout cas, la critique vous ignore, ne voyant en SAS qu’un simple phénomène d’édition. Ne souffrez-vous pas tout de même d’être exclu des rubriques littéraires ?

L’Histoire jugera. Ce que l’on nomme « littérature » en France n’est que du nombrilisme. Les livres français ne se vendent pas, ne quittent pas l’Hexagone parce qu’ils racontent toujours les mêmes histoires, comme le cinéma d’ailleurs. Il n’y a pas de grands auteurs français. Il n’y a que des Anglais, des Américains, et quelques Allemands.

JL. Je vous laisse la responsabilité de vos propos. Que pensez-vous du polar français actuel ?

Je ne le lis pas beaucoup.

JL. Votre style comportementaliste me rappelle celui de Jean-Patrick Manchette, l’un des fondateurs du néo-polar français, pourtant très à gauche…

J’aimais bien Manchette. Pour la psychologie, c’est au lecteur de la déduire. Nous n’écrivons pas des essais de psychologie. Quiconque écrit beaucoup de livres peut revendiquer un style, mais ce n’est pas forcément ce que l’on appelle de la littérature : je ne suis pas sûr d’être un écrivain. Et je m’en fous ![/access]

 

*Photo: Ce soir ou jamais

Syrie : la diplomatie gouvernée par les images

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« Tout est notre problème », la petite phrase du Président normal en réponse au « ce n’est pas notre problème » d’un concitoyen l’interpellant sur le danger d’une intervention en Syrie, restera sans doute dans les annales de la décomposition intellectuelle des élites prétendant nous gouverner. Pourquoi le Président n’a-t-il pas dit « La Syrie est notre problème » comme l’a cru la journaliste d’I-télé pressée de faire « débattre » Domenach et Zemmour sur la question ? Pour le comprendre et comprendre du même coup les nouveaux fondements de notre diplomatie, il aurait fallu déplier le syllogisme que notre Président a voulu contracter en une phrase :
1) Tout est notre problème
2) La Syrie fait partie du Tout
3) Donc la Syrie est notre problème.

On ne contestera pas ici la rigueur de la déduction implicite du Président, mais on discutera de la vérité des prémisses : comment comprendre que tout soit devenu notre problème ? Il semble que la communauté à laquelle renvoie le notre présidentiel ne soit pas la même que celle à laquelle pense le citoyen (sans doute populiste !) qui l’interpelle… Elle ne se définit pas comme une communauté d’intérêts ni même de valeurs ou de principes mais comme une communauté de spectateurs. Tout est notre problème parce que nous sommes les spectateurs de tout. Tout est notre problème car ce n’est plus la règle de droit ni la norme morale qui définit ce qui fait problème ou pas, mais la quantité supposée d’émotion et d’indignation suscitée par une image.

Obama vient de donner lui-même une définition de la communauté nationale comme communauté de spectateurs : être américain c’est regarder des images qui, en elles-mêmes, sont pourvues d’un pouvoir de révélation de la vérité : « Nous sommes les Etats-Unis. On ne peut rester aveugles devant les images de Syrie que nous avons vues… » John Kerry l’avait précédé devant la commission des Affaires étrangères du Sénat : « Nous ne pouvons fermer les yeux sur des massacres, nous sommes tous responsables.» Ainsi peut-on compléter le raisonnement présidentiel pour remonter à son véritable fondement :
1) Nous sommes spectateurs de tout
2) Être spectateurs de tout nous rend responsables de tout
3) Donc tout est notre problème.

Les questions posées par ces petites phrases mènent bien au-delà d’une réflexion sur la propagande et l’on se demande si elles révèlent le cynisme des nouvelles élites spectaculaires ou au contraire l’inconscient de spectateur qui les gouverne…

L’Empereur des Champs-Elysées

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daniel filipacchi

daniel filipacchi
Annick Geille a écrit un joli livre de souvenirs romancés (en poche depuis cet été) sur un univers que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître et les autres… à peine imaginer. Le cœur du monde se situait alors au 65 de l’avenue des Champs-Elysées à Paris, département de la Seine. Téléphone : 359 -01- 79. Son empereur s’appelait Daniel Filipacchi, « Oncle Dan » pour les intimes. Au tournant des années 60, un français de petite taille d’origine vénitienne allait conquérir la presse magazine et devenir le plus grand éditeur de la planète. Cette réussite est faite de baraka, d’audace, de sang-froid et surtout d’un formidable don pour humer l’air du temps.

Cette indéfinissable atmosphère qui se propage dans les rues, dans les foyers, à l’école ou au bureau, Daniel Filipacchi la captait, la digérait avec toujours en tête l’idée de créer un nouveau magazine. Ce garçon était un boulimique de papier glacé. Avec toujours un coup d’avance, cet as du marketing a compartimenté, segmenté la presse française. Au fan de Jazz, il a offert « Jazz Magazine ». Aux midinettes, « Mademoiselle Age Tendre », MAT pour les initiés. Aux hommes, « Lui » et « Playboy » qui sont venus décoincer la France pompido-gaullienne. Redoutable homme d’affaires aussi craint qu’admiré par ses équipes pour ses fulgurances et son incroyable vista, Filipacchi a fait des affaires en vendant du « papier ». Il a édifié la cathédrale « Paris Match » en numéro 1 des kiosques alors que le titre était au plus bas. Quant à « Elle », il a décliné l’hebdomadaire féminin dans presque tous les pays du monde faisant de lui un traité d’émancipation à l’usage de la femme « moderne ». Au moment où notre société numérique enterre ce dit « papier », l’ascension de ce fan de jazz, animateur de SLC Salut les Copains, a quelque chose d’irréel. Filipacchi, c’est la légende de la presse. Les Trente Glorieuses du canard. L’âge d’or de la rotative.

Au détour d’une histoire d’amour compliquée, Annick Geille trace le portrait d’une époque où les journalistes étaient les mieux informés de France, où le destin des personnalités du monde politique et des spectacles se jouait lors de conférences de rédaction aussi enfumées qu’houleuses et surtout, où la carte de presse valait sauf-conduit. Lorsque vous déteniez dans votre portefeuille ou votre sac à main, ce petit rectangle barré du drapeau tricolore, vous aviez réussi dans la vie et vous pouviez dire : « J’en suis ! ».

Vous étiez, en effet, admis dans ce cercle très fermé qui donne tous les droits. Privilégiée parmi les privilégiés, Annick Geille a connu cette aventure folle au plus proche de la « bête ». Elle a côtoyé ce prédateur jusqu’à en perdre parfois son âme. Mais quelle vie ! Avec Filipacchi, les règles sautaient comme des magnums de champagne un soir d’été à Portofino. Les délices de la jet-set des années 60/70 ont été le quotidien de quelques journalistes. Griller les feux au volant d’une Triumph TR5, tutoyer Sylvie Vartan chez Castel, passer vos fins de semaine dans la propriété du patron à Marnay, commander un article à Françoise Sagan ou négocier avec Hugh Hefner dans sa Mansion. C’était ça la vie d’Annick Geille, du moins côté face. Travailler pour les Publications Filipacchi vous ouvrait toutes les portes.

Il y avait bien sûr le côté pile, moins lumineux, les luttes de pouvoir, les marchandages entre éditeurs internationaux, les modifications techniques, les gestionnaires devenus rédacteurs en chef et puis, peu à peu, la disparition du « gris » (l’écrit) au profit de la sacro-sainte « image ». Moins de textes plus de photos : équation toujours d’actualité. Car si Filipacchi a inventé le « people », il a accompagné et initié les grandes transformations de la presse sur presque un demi-siècle ce qui signifie regroupements, fusions, précarité de la profession, informations calibrées et aseptisées. Malgré tout, on ne peut rester insensible au charme de ce patron de presse qui avait une classe que n’auront jamais les apprentis managers actuels.

Le livre d’Annick Geille vaut aussi pour la description physique et vestimentaire de Filipacchi, son idole. Ce gars-là ne portait pas des costumes pisseux comme sur la photo d’une promotion de l’ENA. À la ville comme à la plage, il enfilait des mocassins bateau ou des Weston sans chaussettes, pieds nus, le comble du chic. En haut, des vestes en tweed ou en seersucker sur des tee-shirts noirs ou des shetlands beiges et sur le nez, des Ray-Ban bleu ciel. Alors quand il balançait à la jeune journaliste un « Ça va cocotte ? », on comprend qu’elle pouvait défaillir.

Pour lui – Annick Geille – Le Livre de Poche

*Photo: wikimedia commons

Obama et la Syrie : pas de surprise!

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obama syrie nasr

obama syrie nasr

Le lecteur de The dispensable nation : American foreign policy in retreat (La nation dont on peut se passer : le repli de la politique étrangère américaine), n’aura pas été surpris par les méandres de la politique syrienne de Barack Obama au cours de ces dernières semaines. L’auteur, Vali Nasr, est d’origine iranienne, professeur à l’Université John Hopkins et il a été pendant deux ans conseiller senior (senior adviser) de Richard Holbrooke au Département d’Etat, en charge du Pakistan et de l’Afghanistan. C’est donc un universitaire qui s’est frotté aux réalités des négociations internationales ; on peut rapprocher son cas de celui d’Aaron David Miller, auteur du remarquable The much too promised Land : America’s elusive search for Arab-Israeli peace (La Terre beaucoup trop promise : l’insaisissable recherche américaine d’une paix israélo-arabe), qui a passé douze ans au Département d’Etat comme conseiller pour le Moyen-Orient.
Vali Nasr voue une admiration sans borne à Holbrooke, un des grands noms de la diplomatie américaine, architecte, entre autres, des accords de Dayton en 1995, et son livre peut être vu comme une sorte de testament politique de son mentor décédé en décembre 2010.
Le verdict de Vali Nasr sur la politique étrangère d’Obama est sans appel : nos partenaires et adversaires « ne savent pas ce que nous pensons et où nous allons. Nous avons abandonné l’Irak et l’Afghanistan à l’instabilité, mis le Pakistan sur la touche, déstabilisé mais pas dénucléarisé l’Iran, déçu les pays du printemps arabe  tout en nous aliénant les régimes autoritaires du Golfe ». Ce jugement est sévère, mais il est solidement étayé. Dans le cas de l’Afghanistan par exemple, Holbrooke ne croyait pas  à une solution militaire et à l’envoi de troupes supplémentaires, mais une fois cette décision prise, il aurait fallu l’appuyer par une négociation impliquant tous les acteurs régionaux et surtout ne pas fixer à l’avance une date de retrait en 2014, ce qui envoyait aux talibans un signal montrant que l’engagement  américain était, somme toute, limité. Nasr développe aussi la gestion de l’Iran : certes Bush avait « savonné la planche » à Obama en balayant d’un revers de main les ouvertures réelles de l’Iran en 2003, mais Obama a persisté dans cette voie. Il a torpillé en 2010 l’initiative commune du Brésil et de la Turquie qui était près d’aboutir, en lui préférant une politique de sanctions populaire auprès de son opinion publique, d’Israël et des monarchies du Golfe, ce qui lui permet d’apparaître à bon compte comme intransigeant envers l’Iran, alors que des concessions majeures ont été faites à la Russie et à la Chine en contrepartie de leur soutien à l’ONU.
On pourrait multiplier les exemples : selon Nasr, la politique étrangère d’Obama ne consiste pas à prendre des décisions stratégiques et à les appuyer par des actions diplomatiques n’excluant pas nécessairement le recours à la force, mais à coller à son opinion publique. La politique étrangère a été abandonnée aux agences de renseignements et au Pentagone, et elle se trouve sous le contrôle de conseillers en communication guidés par des considérations tactiques de politique intérieure et sans expérience internationale. Certaines affirmations de Vali Nasr pourront bien sûr être contestées, mais son livre est certainement un des livres de géopolitique les plus importants écrits ces dernières années ; on ne peut que souhaiter qu’il soit rapidement traduit en français.

L’affiche de Peillon vise-t-elle l’Islam?

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Évidemment qu’elle ne vise que lui, puisque les autres croyances ne posent pas de problèmes.

En France, le mode d’appartenance à leur religion des élèves catholiques, protestants et juifs s’est sécularisé. Ces élèves croyants admettent que l’on raisonne, que l’on discute rationnellement de tout sans tabou, pourvu qu’on n’attaque pas leur religion. Ils ne font pas de prosélytisme, et ne contestent pas la science et les principes républicains au nom de leurs livres sacrés. Leur présence dans l’École n’oblige donc pas les enseignants à marcher sur des œufs.

Ce qui a changé dans l’École française, c’est une chose et une seule : l’arrivée en nombre d’un Islam non sécularisé, non laïcisé.

Il est juste que le rappel des principes qui s’appliquent à tous ne mentionne personne en particulier. Mais il est vain et stupide de cacher ou de nier, quand on commente ce rappel, que c’est spécifiquement le mode d’appartenance non laïque à l’Islam qui oblige à ce rappel, après des décennies de paix laïque.

En même temps, il serait juste d’admettre que si l’École laïque exige que les élèves laissent au vestiaire leurs signes d’appartenance ostentatoires, elle n’exige pas qu’ils y laissent leurs convictions.

Les élèves fondamentalistes de toute obédience religieuse qui contestent le darwinisme doivent pouvoir exprimer leur conviction (et même la conserver) pourvu qu’ils acceptent d’écouter et d’apprendre le cours de biologie sur cette question.

Car si la laïcité impose l’examen rationnel et sans tabou de toutes les idées, sans blasphème, elle n’implique pas l’athéisation des élèves tant qu’ils sont dans l’École.

Il n’est pas certain que tous les profs français en soient bien convaincus. Et pourtant, s’ils étaient un peu plus libéraux, ils admettraient que l’apprentissage de l’esprit critique doit être mis au service de la liberté de conscience individuelle, y compris en matière religieuse.

François Fillon ouvre la voie à un gouvernement de salut public

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couteaux francois fillon

couteaux francois fillon

Comme on pouvait s’y attendre, les commentateurs embarrassés n’ont pas souligné l’immense portée des propos tenus le 8 septembre par M. Fillon sur Europe 1, propos confirmés le 10 au Figaro et que son auteur n’a pas cherché à amoindrir en dépit des récriminations de plusieurs caciques de son parti et des intimidations de la gauche. Pourtant, en appelant les électeurs UMP à choisir, en l’absence de leur candidat au second tour, entre « le moins sectaire » des candidats PS ou Rassemblement Bleu Marine restés en lice, en précisant tranquillement que ce choix peut se faire au bénéfice du RBM, l’ancien Premier ministre fait sauter d’un coup le verrou par lequel François Mitterrand enferma la droite française dans la division éternelle. De cette nouveauté, il nous faut comprendre les causes et les conséquences.

M. Fillon incarne un réalisme politique qui, s’il n’est pas toujours étranger à certaine lecture du gaullisme,  n’en mélange pas moins, à l’occasion, le pire et le meilleur. Nous l’avons combattu lorsque, ministre de l’Education, il a « par réalisme » introduit l’anglais dès l’école primaire; puis lorsque, Premier ministre, il oublia son opposition à l’Europe supranationale, imposant à sa majorité un traité de Lisbonne qui raya d’un trait le Non français au référendum de 2005 – et probablement le référendum lui-même. Ce type de réalisme niant la souveraineté nationale et la souveraineté populaire est celui-là même qui fit jadis admettre à une classe politique écrasée par le constat d’une réalité adverse un armistice auquel de Gaulle opposa le réalisme supérieur d’un avenir libre toujours offert à la France; le même réalisme d’abandon inspira plusieurs mesures du quinquennat Sarkozy dont il endossa sinon la paternité du moins la responsabilité. En bien des points, M. Fillon, homme d’Etat, homme de Gouvernement, a mis de côté une inspiration gaulliste dont on espérait, après le retrait de notre maître commun Philippe Séguin, qu’il reprendrait l’esprit, l’audace et l’exigence.

Il est des réalismes qui, lorsqu’ils dérangent les conforts de pensée et les routines du fil de l’eau, sont cependant nécessaires, et nous avons félicité M. Fillon quand il eut le courage de dire la réalité de nos Finances publiques, tentant de les redresser sans toutefois en avoir les moyens. Ce même réalisme l’incite aujourd’hui à ouvrir la porte à des accords locaux à droite, et à donner en somme un permis de voter RBM, contredisant de façon spectaculaire la vieille incantation au Front Républicain qu’il entonnait encore lors des cantonales de mars 2011 puis sa sortie sur « le Front national assassin du général de Gaulle », qui était d’un autre âge : c’est qu’il ne pouvait ignorer la réalité neuve d’un Rassemblement Bleu Marine dont un des partis constitutifs, le SIEL, est explicitement gaulliste, et qui commence à recueillir, ici ou là, comme à Béziers, le soutien de M. Dupont Aignan; ni ignorer l’évidence qu’un nombre croissant de Français comprennent que Marine le Pen est désormais seule à relever le gant de la souveraineté qui fut le ressort de l’aventure gaulliste sous les trois espèces de la souveraineté nationale, populaire et civilisationnelle. Il ne peut pas ne pas voir, à la différence d’un état-major UMP aveugle et paniqué, que l’effet d’entraînement du jeune RBM est tel qu’il attire à lui nombre de cadres, élus locaux et électeurs au point que l’hypothèse dans laquelle il se place, l’exclusion de l’UMP à l’issue du premier tour, va s’avérer en maintes communes.  Réaliste, M. Fillon l’est aussi en ce qu’il vise, autant que les partis cités, le sectarisme de son parti, juxtaposition de sectes devenue machine à exclure.

Le  10 mai, j’ai adressé une lettre ouverte à MM. Copé et Fillon pour les inviter, sans animosité, à comprendre le mouvement populaire qui s’esquisse et à n’y point faire obstacle afin que, perclus de coups de poignard que M. Hollande et ses ministres ne cessent de multiplier, notre pays accouche d’un large rassemblement à vocation majoritaire, et d’un Gouvernement de salut public que la force propre de Marine le Pen et ses soutiens imposeront tôt ou tard.  Si M. Copé et la direction de l’UMP, dont le SIEL n’a jamais attendu grand chose, ont répondu par le mépris, s’acharnant à exclure des responsables locaux qui ont rejoint des listes RBM menées par le  SIEL, à Gamaches (Somme), Gonesse (Val d’Oise) et bientôt ailleurs, toute autre fut l’attitude de l’entourage de M. Fillon, dont il faut croire que l’instinct gaulliste, celui du Rassemblement national, n’est pas tout à fait émoussé.

Le SIEL continuera à oeuvrer pour que Marine le Pen, tournant à son tour les vieilles pages, puisse reprendre au bond la nouvelle réalité politique et forge les alliances nécessaires à la constitution d’un Gouvernement de Salut Public seul capable d’arracher notre pays aux ornières qui le paralysent, de restaurer son indépendance, de rétablir sa politique à commencer par ses frontières qui en sont la condition, et de sauvegarder sa civilisation, laquelle s’effrite de toutes parts. Il souhaite que le RBM, tout en accueillant les déçus d’une gauche que M. Hollande détruit sans retour, cesse d’attribuer le même degré d’ignominie à un PS tombé dans tous les pièges de l’européo-mondialisme et à une UMP qui compte des patriotes dans ses rangs (et quelquefois les plus élevés), afin qu’il puisse réunir autour de Marine Le Pen les équipes qui, animées par le seul sens du service de la nation et la seule exigence de la culture d’Etat, pourront sans tarder gouverner la France.

Brétigny-sur-Orge : amis de la nuance, changez de trottoir !

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train bretigny sur orge

train bretigny sur orge

« Caillassage ou jets de pierre ? »

Témoins partout, justice nulle part ? À lire ou entendre les divers commentaires sur les « incidents » qui ont suivi l’accident ferroviaire de Brétigny-sur-Orge, survenu le 12 juillet, on comprenait bien que leurs auteurs ne se trouvaient pas sur les lieux. Mais on avait surtout l’impression qu’ils ne vivent pas tous dans le même pays.

En effet, les récits et analyses de ce qui s’était passé en marge de l’accident ont vite fait apparaître deux discours dans les champs médiatique et institutionnel. Pour les uns, il ne s’était rien passé ; pour les autres, on n’était pas loin des « heures sombres de notre histoire ». Bref, comme souvent, l’aveuglement des uns a nourri l’outrance, voire la paranoïa des autres.

Côté institutions, le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, bat tous les records de vitesse et de certitude : sur i-Télé, il dément tout incident avant de disposer du moindre début d’enquête. La Préfecture venait à sa rescousse un peu plus tard, déclarant « n’avoir reçu que quatre plaintes de personnes volées »  (il est vrai que les cadavres ou les victimes blessées ne sont pas dans des conditions idéales pour porter plainte). Jusqu’à ce qu’un rapport de synthèse interne de la DCCRS (Direction centrale des compagnies de CRS) fasse état d’attaques des équipes de secours et de détroussage de victimes.

Côté médias, on voyait également se former les deux camps habituels : d’un côté France Info, L’Express, Libération, Marianne et d’autres ont immédiatement qualifié de « rumeurs » les informations diffusées à ce sujet et accusé la droite d’exploiter un fait divers (qui n’avait pas eu lieu). De l’autre, Le Monde, Europe 1 et Le Figaro ont pointé la volonté du pouvoir de minimiser ou d’étouffer les incidents. Quelques rares commentateurs, tel Jérôme Guedj, député PS et président du Conseil général de l’Essonne, ont tenté de trouver une ligne médiane en évoquant les débordements tout en plaidant pour qu’on n’en exagère pas la gravité. Significativement, les partisans de la thèse de la « rumeur », propagée selon eux par les communiqués du syndicat de policiers Alliance, n’ont pas cru bon de citer l’UNSA, syndicat de gauche, qui a lui aussi dénoncé les violences de voyous, et de façon plutôt crue : « Il y avait des gens qui étaient en train de perdre leur bras ou leur jambe, et d’autres sont venus voler leur montre ou leur portable ! Il a fallu des lanceurs de 40 – il s’agit d’une arme de très grande précision − pour les disperser. »

Que chacun voie la réalité à travers ses présupposés idéologiques, c’est sans doute inévitable. Mais en l’occurrence, tout le monde –  médias, hommes politiques et gouvernement – a péché par précipitation, diffusant ou commentant à la hâte des informations partielles, imprécises ou partisanes : nombre de plaintes variant, selon les sources, de une à sept, sources elles-mêmes douteuses, ou partiales (notamment préfectorales), reprises sans distance, affirmations péremptoires sans vérification (comme celle-ci, entendue sur France Info : « Aucun témoin, aucune victime n’a confirmé les rumeurs »), etc.

Le camp d’en face a beau se targuer d’être celui du réel, il n’en a pas moins, lui aussi, parlé et dénoncé avant de savoir.[access capability= »lire_inedits »] Si bien que des arguments de bon sens ont été recouverts par les cris d’orfraie de la droite, évoquant une nouvelle barbarie – comme si les attaques de wagon façon diligence n’étaient pas un sport, disons au moins régional, depuis quelque temps déjà. Pendant ce temps, le complotisme s’en donnait à cœur joie sur Internet, des petits malins assurant que le déraillement avait été provoqué pour donner libre cours au pillage. Dans ce festival de sottises, nul n’a pris la peine de répondre à l’objection, pourtant sérieuse, selon laquelle les CRS, arrivés nettement après sur les lieux, ne pouvaient témoigner contre les voyous dans le rapport de la DCCRS.

Le plus surprenant, c’est qu’un décryptage élémentaire révèle que les deux versions diffèrent surtout par le vocabulaire. Quelle est la différence entre un « pillage » et des « actes isolés » (pourquoi un « acte de pillage » devrait-il être « généralisé »)? Entre un simple « vol » et le « dépouillage » d’une victime ? Entre un « caillassage » et des « jets de pierre » ? Entre des « tensions » opposant les forces de l’ordre et ces mêmes « jets de pierre sur les CRS » ? La sémantique n’est pas seulement une discipline universitaire, c’est aussi une politique, comme l’a bien démontré George Orwell.

Moscovici, le poupon qui dit oui

 Le 29 mai, la Commission européenne publiait une série de recommandations à la France, résumées par une note d’une dizaine de pages. La copie mérite le détour, autant par le ton employé – tout d’un coup, c’est fou comme on se sent plus proche des Grecs que des Allemands – que par l’ampleur des mesures d’austérité exigées, malgré les échecs flagrants de cette politique, mise en œuvre depuis cinq ans dans la très grande majorité des pays de l’Union. C’est d’ailleurs le ton qui a fait réagir François Hollande : le 30 mai, le Président envoyait les eurocrates aux pelotes en déclarant que l’Union n’avait pas à « dicter à la France ce qu’elle doit faire ». Mosco a dû en être malade, car la veille, le 29 mai donc, lui-même avait approuvé toutes les préconisations de l’Union dans un sirupeux communiqué. Le texte, qui commençait par remercier la Commission européenne d’avoir bien voulu repousser de deux ans le retour à l’équilibre budgétaire en France, suait la trouille du ministre de voir « les marchés » s’intéresser de trop près aux gesticulations de l’Union.

Dans ces conditions, on pouvait s’attendre à ce que, quelques mois plus tard, le courageux ministre affronte le FMI, qui a pris l’exact contrepied des orientations bruxelloises. Le 6 août, l’institution internationale qui, rappelons-le, a fait récemment son autocritique au sujet de la politique économique imposée à la Grèce, a en effet recommandé à la France de lever le pied sur l’austérité, estimant que la priorité devait être la recherche de la croissance. Que croyez-vous qu’a fait notre cher Moscovici ? Il a approuvé des deux mains cette prise de position en soulignant les convergences entre le FMI et la France. Et les « convergences » entre la France et son ministre de l’Économie, elles avancent ? Quant aux journalistes économiques, ils se sont jetés sur les acrobaties du ministre à propos des prévisions de croissance, qu’il situe « entre -0,1 et +0,1 ». Comme si cela avait une quelconque importance.[/access]

 *Photo: France 2

 

Nazis vs Barbares à Marseille

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Marseille est ces derniers temps au centre des sollicitudes politiques. Délinquance, banditisme et affairisme : la ville est présentée à longueur de colonnes comme une capitale du crime qui ressemblerait plus à un film de Tarantino qu’à un épisode de Plus Belle la Vie.
Une horrible rumeur enfle, de sondages en faits divers, et peu à peu on voit revenir dans les journaux locaux, comme un oiseau de mauvais augure, la mythique expression incantatoire de « 21 avril » pour désigner les prochains résultats des municipales marseillaises. En effet, d’après un sondage, le FN pourrait y supplanter le PS, ce qui plongerait la cité phocéenne devant une alternative pour le moins cauchemardesque.
Devant l’horreur d’une telle perspective, le collectif « Marseille solidaire contre l’extrême droite » mobilise pour l’organisation d’une « semaine contre le fascisme pour le progrès social et l’égalité des droits » censée se faire le contrepoids de l’université d’été du FN qui se tiendra à Marseille le 14 et 15 septembre. Pour faire barrage à la bête immonde, une série d’événements festivo-culturels sont organisés : au programme, une « soirée antiraciste », une « soirée LGBTI et extrême droite » où deux personnes du même avis (un membre du collectif Aix-égalité et un militant de la Ligue des droits de l’homme) feront semblant de débattre sur « la question des slogans homophobes des Manifs pour tous », et une projection du documentaire au titre glaçant « Mains brunes sur la ville » qui décrit la prise des villes de Bollène et d’Orange par les phalangistes époux Bompard…
« Marseille, Tais-toi Marseille, Tu cries trop fort » chantait Barbara. Là-bas, l’invective répond à l’imprécation, et l’invocation mystique à une démagogie quasi-parodique : alors que Stéphane Ravier, candidat FN aux municipales, appelait à une manifestation « contre l’insécurité et la barbarie » qui rassembla plusieurs centaines de personnes aux cris de « Pas de racailles dans nos quartiers », une banderole de contre-manifestants du NPA affichait un objectif aussi limpide qu’inopérant : « Pas de quartier pour les fachos ».
Barbares contre nazis, racaille contre fachos, les slogans du cru ne sont que l’expression tout en nuances d’un discours politique depuis longtemps vidé de toute substance idéologique et qui se contente de flatter tantôt les bas instincts, tantôt la bonne conscience. Comme quoi Marseille, c’est bien la France…

 

 

 

Le bikini ne passera pas

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miss monde bikini

miss monde bikini

La finale du concours de Miss Monde se déroule donc ces jours-ci à Bali — merci à l’actualité qui me permet d’entasser dans une seule phrase autant d’occasions de rêver.
Mais ce qui se présentait, à l’origine, comme une cérémonie quelque peu kitsch est en train de virer à la manifestation politique : dans cette île où les touristes se baladent souvent dans le simple appareil d’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil, et parfois un peu moins, où les hindouistes, majoritaires, ont sur la nudité un regard complaisant et alléché (regardez de près les temples hindous, c’est le kama-soutra en trois dimensions), une minorité d’islamistes radicaux fait le siège de l’hôtel où se déroulent les festivités en hurlant à l’obscénité (merci encore à l’actualité qui me permet d’entasser en trois propositions autant d’occasions de cauchemarder).
Passons sur le fait que l’obscénité est toujours dans la tête de celui qui hurle, pas sur les fesses de celle qui les montre. Les organisateurs ont déjà cédé à la rue : il n’y aura pas de défilé en bikini — on voilera ces sculpturales jeunes femmes. Cachez ce sein… Il en est de l’Indonésie comme de chez nous : pour les politiques, toutes les occasions de baisser culotte sont bonnes.
Les îlots de résistance sont peu nombreux. Dans le grand jeu de Go où les islamistes placent stratégiquement leurs pions noirs, les taches de lumière se font rares. À peine Vincent Peillon publie-t-il une Charte de la laïcité qui ne mange pas de pain mais ne casse pas trois pattes à un canard que les représentants de la « communauté » musulmane se dressent vent debout pour crier à l’islamophobie. Dalil Boubakeur, le nouveau Président du Conseil du culte musulman craint de « voir les Musulmans de France stigmatisés dans leur ensemble, et que cette interdiction ne soit perçue comme trop brutale » : « 90% des musulmans, ajoute-t-il, vont avoir l’impression d’être visés par cette charte, alors que, dans 99% des cas, ils ne posent aucun problème à la laïcité ». Ah bon ? Où est-il question d’Islam dans les quinze articles de cette charte ? N’est-ce pas ce qui s’appelle « crier au loup » ? Et Abdallah Zekri, président de l’Observatoire de l’Islamophobie, en rajoute une couche : « Cette charte a été faite soi-disant pour combattre le communautariste. Qui dit communautarisme… Forcément, je me sens visé parce que maintenant quand on parle de communautarisme, on parle de Musulmans ».

Mais bon sang, il n’y a qu’une communauté en France, et elle est composée de Français ! La religion n’est pas indiquée sur les cartes d’identité, que je sache ! Les médias en ont plein la bouche : communauté ceci, communauté cela. On devrait leur interdire une bonne fois pour toutes le terme : « La laïcité assure aux élèves l’accès à une culture commune et partagée ». UNE culture ! Pas trois, pas vingt. Et plus loin : « Nul ne peut se prévaloir de sn appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’Ecole de la République ». Par exemple aux programmes, ou aux devoirs obligatoires. De partout m’arrivent des nouvelles d’élèves musulmans rendant copie blanche quand on les interroge sur quoi que ce soit qui a un rapport avec l’évolutionnisme : alors, en vérité, je vous le dis, Mohamed / Ismaël / Sarah / Hanifa / Nawel et les autres : vous descendez d’un être mono-cellulaire qui fut une algue bleue —, et ultérieurement, après des péripéties sans nombre, un grand anthropoïde. Et ce que vous êtes actuellement est en évolution aussi — vous avez moins de dents que le Prophète, qui en avait 32 lors de l’Hégire alors que vous en possédez difficilement 28 en ce moment, et bientôt 24. Votre mâchoire se contracte, votre museau s’affine, vous pourriez bien glisser vers l’écureuil — et alors ? Qu’est-ce que cela fait à la Vie, qui continuera sous une forme ou une autre ?
En attendant, elle persiste, sous une forme intermédiaire en sari.

Et c’est Marine Lorphelin, Miss Bourgogne 2012 et Miss France 2013, qui représentera la France – allez, Musulmans de tous les pays, franchement, vous ne voulez pas adopter l’orpheline ?

*Photo : archangel 12.

Syrie : Réponse à Jacques de Guillebon

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Le pape François, Bachar Al-Assad, Vladimir Poutine et Jacques de Guillebon sont les seuls au monde à s’opposer par principe à l’usage de la force contre le crime commis en Syrie.

Mieux encore : Jacques de Guillebon est le seul que je connaisse à louer le silence du pape (et celui de Dieu, sans doute par la même occasion) face à l’extermination des Juifs, en expliquant que ce silence a sauvé les Juifs.

Comme quoi il y a aussi un humour goy.