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Syrie : la diplomatie gouvernée par les images

« Tout est notre problème », la petite phrase du Président normal en réponse au « ce n’est pas notre problème » d’un concitoyen l’interpellant sur le danger d’une intervention en Syrie, restera sans doute dans les annales de la décomposition intellectuelle des élites prétendant nous gouverner. Pourquoi le Président n’a-t-il pas dit « La Syrie est notre problème » comme l’a cru la journaliste d’I-télé pressée de faire « débattre » Domenach et Zemmour sur la question ? Pour le comprendre et comprendre du même coup les nouveaux fondements de notre diplomatie, il aurait fallu déplier le syllogisme que notre Président a voulu contracter en une phrase :
1) Tout est notre problème
2) La Syrie fait partie du Tout
3) Donc la Syrie est notre problème.

On ne contestera pas ici la rigueur de la déduction implicite du Président, mais on discutera de la vérité des prémisses : comment comprendre que tout soit devenu notre problème ? Il semble que la communauté à laquelle renvoie le notre présidentiel ne soit pas la même que celle à laquelle pense le citoyen (sans doute populiste !) qui l’interpelle… Elle ne se définit pas comme une communauté d’intérêts ni même de valeurs ou de principes mais comme une communauté de spectateurs. Tout est notre problème parce que nous sommes les spectateurs de tout. Tout est notre problème car ce n’est plus la règle de droit ni la norme morale qui définit ce qui fait problème ou pas, mais la quantité supposée d’émotion et d’indignation suscitée par une image.

Obama vient de donner lui-même une définition de la communauté nationale comme communauté de spectateurs : être américain c’est regarder des images qui, en elles-mêmes, sont pourvues d’un pouvoir de révélation de la vérité : « Nous sommes les Etats-Unis. On ne peut rester aveugles devant les images de Syrie que nous avons vues… » John Kerry l’avait précédé devant la commission des Affaires étrangères du Sénat : « Nous ne pouvons fermer les yeux sur des massacres, nous sommes tous responsables.» Ainsi peut-on compléter le raisonnement présidentiel pour remonter à son véritable fondement :
1) Nous sommes spectateurs de tout
2) Être spectateurs de tout nous rend responsables de tout
3) Donc tout est notre problème.

Les questions posées par ces petites phrases mènent bien au-delà d’une réflexion sur la propagande et l’on se demande si elles révèlent le cynisme des nouvelles élites spectaculaires ou au contraire l’inconscient de spectateur qui les gouverne…


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Agrégé de philosophie, il est l'auteur d’Éloge du populisme (Elya éditions, 2012) et "Eloge de l'assimilation: Critique de l'idéologie migratoire" (Editions du Rocher, 2021)

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