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Martine à la pêche aux frondeurs

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martine aubry frondeurs

Manuel Valls a donc obtenu une majorité relative mardi lors de son nouveau discours de politique générale alors qu’en avril dernier, il bénéficiait encore d’une majorité absolue. Une cinquantaine de députés se sont abstenus, marquant sa différence mais n’allant pas jusqu’à voter contre, consciente qu’elle aurait alors pris la responsabilité de déclencher  la dissolution de leur assemblée et le retour hautement périlleux devant les électeurs. Que vaut une fronde, en effet, face au feu nucléaire de l’article 12 de la Constitution ?

Parmi ces fameux « frondeurs », on a pu noter la présence de proches de Martine Aubry, dont Christian Paul, député de la Nièvre, qui en était l’un des porte-paroles les plus actifs, mais aussi Jean-Marc Germain ou François Lamy. Depuis la célèbre braderie de Lille, l’ancienne patronne du PS avait plaidé pour  « l’indépendance de chacun », ce qui avait été interprété comme un soutien à demi-mot aux fameux frondeurs. Il n’est un secret pour personne que Martine Aubry ne porte ni François Hollande ni Manuel Valls dans son cœur. Elle n’a pas digéré sa défaite à la primaire et considère, à tort ou à raison, qu’elle aurait été meilleur chef d’Etat que le premier et meilleur premier ministre que le second. Les frondeurs aubrystes ont annoncé que leur patronne allait parler un jour et que, ce jour-là, cela ferait mal. Le problème c’est qu’on voit mal ce qu’elle aurait à proposer de différent du gouvernement Valls II. C’est bien joli d’être « marquée plus à gauche », mais si on n’est pas prête à assumer quelques ruptures, c’est une juste question de couleur d’étiquette.

Du reste, cette étiquette est née de malentendus que nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer dans ces colonnes. Martine Aubry doit notamment cette image à Philippe Alexandre et son fameux pamphlet sur La dame des trente-cinq heures qui l’a pourtant faite beaucoup souffrir avant de lui rendre ce service : pour la plupart des gens, elle est à l’origine de la mesure sociale phare du gouvernement Jospin, conquête pour les uns, boulet pour les autres. Or, elle n’en est pas vraiment l’instigatrice puisque c’est Dominique Strauss-Kahn qui l’a pensée. Aubry doit aussi cette étiquette à la manière dont elle a mis la main sur l’aile gauche du PS, scellant une alliance avec Benoît Hamon face à Ségolène Royal lors du congrès de Reims en 2008,  rejetant ainsi la perspective d’une ouverture à François Bayrou, proposée par l’ancienne candidate à la présidentielle. Mais l’arbre Hamon cachait une forêt peuplée notamment de DSK, de Delanoë, de Fabius et de tous les adversaires de Royal en général.

En réalité, Martine Aubry, sur les dossiers économiques et sociaux, n’a rien de « plus à gauche » à proposer que le Président actuel. Peut-être aurait-elle souhaité aller plus loin sur le terrain sociétal : droit de vote des étrangers aux élections locales, procréation médicale assistée pour les femmes célibataires et homosexuelles. Mais sur le reste ? Comme souvent, c’est le sujet européen qui bloque. Si l’on ne souhaite pas remettre en cause l’Europe telle qu’elle est construite et continue à fonctionner, lorsqu’on a approuvé les différents traités qui la constituent, on n’a pas davantage de marge manœuvre que Nicolas Sarkozy hier, et François Hollande aujourd’hui. Ce n’est déjà pas facile pour des militants du Oui à ces fameux traités de se déjuger, imaginez ce que cela doit être pour la propre fille de Jacques Delors ! Aubry pourrait certes sauter comme un cabri sur sa chaise en criant « Europe sociale, Europe sociale ! », comme le faisait déjà son père il y a vingt-cinq  ans, tout en mettant en place la liberté de circulation des marchandises et des capitaux, que cela ne constituerait en rien une différence avec François Hollande ou Manuel Valls. On peut même légitimement se demander si elle aurait aussi « souhaité mettre l’Allemagne en face de ses responsabilités » comme l’a fait mardi le Premier ministre dans une geste très montebourgienne. Bref, ce n’est pas d’elle qu’on peut attendre une rupture dans ce débat-clef.

La partie aubryste des frondeurs est-elle naïve ? Est-elle consciente de  l’orthodoxie de la patronne, faisant alors preuve d’une duplicité coupable ? Dans les deux cas, ces députés ne rendent pas service au débat politique qui fourmille déjà de malentendus regrettables.

*Photo : BAZIZ CHIBANE/SIPA. 00597060_000006. 

Énarchie et dépendances

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manuel valls matignon

« Ils ont fait Sciences- Po, passé ou non un concours de l’administration, regardé autour d’eux… Et finalement trouvé un poste d’attaché parlementaire ou un job dans une collectivité et, pour les plus chanceux ou les plus habiles, dans un « Cabinet ». »

Ainsi parle, sur son blog, Michèle Delaunay, l’ancien ministre délégué chargé des personnes âgées et de l’autonomie dans le gouvernement Ayrault, et élue de Bordeaux. À partir de cette phrase initiale, elle développe une longue métaphore filée sur le « virus », qui se développe en « maladie » : « Grand air, bobine sur le journal après l’avoir eue sur de grandes affiches, ils sont quelqu’un, c’est à dire déjà plus tout-à-fait eux-mêmes. »
« Ils », ce sont les professionnels de la politique, ceux qui ont enchaîné Sciences-Po, l’ENA (parfois même, ainsi qu’on le sait grâce à Najat Vallaud-Belkacem, avoir réussi l’ENA n’est pas une obligation) et une élection locale — conseiller régional / municipal / général, l’un n’exclut pas l’autre. « Milieux un tantinet confinés », dit Michèle Delaunay. « Le danger maximum vient avec le succès dans une élection où l’on a été parachuté, voire même que l’on a sélectionnée sur la carte si on a eu la chance d’être dans les instances du Parti, d’avoir un mentor de grand renom ou de grand pouvoir, d’être choisi par un qui ne voulait/pouvait pas se représenter. » À Lyon, par exemple.

De profession réelle, note l’ancienne dermatologue-cancérologue du CHU de Bordeaux, pas de traces. La politique est une drogue forte, et l’on sait bien que les vrais drogués ne font rien à part chercher la prochaine fumette ou la prochaine pilule (les injections, comme chacun sait, ne sont plus très mode).
Comme le note finement l’ancienne ministre, les politiques qui viennent d’un milieu « modeste », comme on dit, sont plus longtemps que les purs héritiers porteurs sains du virus — jusqu’au moment où ils basculent, et passent dans la sphère des nantis, dans « l’entre-soi ».

Le peuple, pendant ce temps, s’étonne qu’ils soient si loin du monde réel — celui où le pain quotidien se fait hebdomadaire, comme disait Prévert. Celui où l’on se fiche que les maisons de retraite soient gay-friendly (une marotte de l’ancienne ministre, le gouvernement Ayrault ne savait plus quoi faire pour marquer son obédience au lobby LGBT) ou équipées de chambres doubles afin que les pensionnaires vivent confortablement leurs amours sénescentes, tout simplement parce qu’au tarif des maisons de retraite, on n’a pas les moyens d’y mettre mamie, et l’on sait bien que l’on finira soi-même dans l’un de ces mouroirs dont parle Jacques Chauviré dans l’admirable Passage des émigrants.
Comment est-ce possible ? « Entrés tôt dans le tunnel, ils n’en sont jamais ressortis. » Ils y sont entrés bébés — on a besoin de jeunes, n’est-ce pas… Il n’est jamais trop tôt pour mal faire. La jeunesse aussi est un naufrage.
Le problème, c’est que ces jeunes gens n’ont aucune expérience dans l’art de ne pas arriver à payer ses factures, la technique de la queue à Pôle Emploi, les mille et une recettes de pommes de terre / riz / spaghettis / couscous, le robusta du matin et la Kro du soir. Ils s’étonnent d’ailleurs que les pauvres soient gros. Ils ne savent rien de la misère réelle — ni même de la difficulté à boucler le mois, les loyers étant ce qu’ils sont. Ils ont des voitures de fonction, et comme Giscard en 1974 ou NKM en 2013, ils ignorent ce que coûte un ticket de métro — et ils n’ont pas la prestance de Chirac sautant par dessus les portillons de la RATP.

Que l’on mette deux heures, retards compris, pour aller d’un chez soi banlieusard à un bureau parisien leur paraît exotique.
Quand ils sont ministres de l’Education, on leur prépare leurs visites dans les établissements « sensibles », transformés pour l’occasion en villages Potemkine. J’ai eu l’occasion de conseiller à un ancien ministre d’y aller à l’improviste : eh bien, c’est impossible, paraît-il. Ils risqueraient de se frotter par accident à la réalité du terrain. Sarkozy imposait, lors de ses visites dans ces zones à grand risque qu’on appelle globalement la province, un glacis de 200 mètres pour ne pas être importuné par les cris des manifestants. À Saint-Lô, en janvier 2009, le préfet de la Manche y a laissé sa place.

Et je ne suis pas bien sûr qu’au gré de ses visites ministérielles dans les maisons de retraite, Michèle Delaunay ait été confrontée à la réalité des asiles de vieillards, les douches hebdomadaires, les personnels débordés, parfois violents, la mise systématique sous camisole chimique, les repas concentrationnaires. Mais justement, le fait qu’elle ait longtemps pratiqué la médecine a pu l’aider à voir à travers les guirlandes et les discours apprêtés — « alors, papy, content ? »

Mais qui aidera Najat Vallaud-Belkacem à comprendre ce qu’est une vraie ZEP ? Certainement pas les énarques de la rue de Grenelle — gentils, pas bêtes, déphasés.

Je ne suis pas assez fin historien pour savoir quand a commencé ce décalage entre les politiques et la réalité. Peut-être avant la création de l’ENA. Peut-être est-ce inhérent à l’exercice même du pouvoir : le personnel du Premier Empire, à partir de 1807-1808, ne sait plus rien de ce qui se passe en France — et l’empereur non plus. C’est ainsi que l’on finit par perdre des batailles.

PS. Je regardais hier la prestation de Manuel Valls devant les députés. Un discours de politique générale plein de ces anaphores qu’adorent, depuis Guaino, les « plumes » de l’Elysée ou de Matignon. Sans grand intérêt. Puis, en réponse aux réactions des chefs de groupe parlementaires (my God, est-il possible d’être Christian Jacob ?), on a vu soudain un autre Valls, plus spontané, parlant sans papier cette fois, éloquent souvent, persuasif presque. Et j’ai eu comme un bref sentiment de pitié pour ce type finalement assez doué et que Hollande entraîne dans les abysses. Casse-toi, Manuel, sinon c’est cuit pour toi en 2017 ! Run, Manuel, run ! Vite !

*Photo: WITT/SIPA.00691246_000007

Suisse : en Turgovie, le français n’a plus cours

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suisse thurgovie francais

En Suisse, les élèves des écoles primaires du canton de Thurgovie seront dispensés d’apprendre la langue de Molière. Les autorités du canton alémanique expliquent qu’il s’agit d’une mesure technique destinée à mieux repartir la charge de travail des enfants. Un argument qui laisse perplexe du côté francophone. Il est vrai qu’en matière d’enseignement, chaque canton est souverain et possède son propre système éducatif. Mais, en Suisse romande, on vit ce recul du français comme un coup porté au fragile équilibre helvète. Dans ce pays fait de subtils compromis entre les communautés, les langues sont un point sensible. Contrairement à sa voisine française – censée rester une et indivisible, la Suisse suit une toute architecture identitaire centrée autour de l’attachement à une langue particulière. Autant dire que les cours de langues des  « kinder » de ce canton dépassent largement la sphère des débats entre pédagogues.

Thomas Maissen, directeur de l’Institut Historique Allemand à Paris (IDH), relativise l’importance de la décision thurgovienne : « Il ne s’agit pas d’interdire la langue française dans les cantons alémaniques. La vraie question pour ces régions est de devoir choisir entre l’anglais et le français ». Autrement dit, pour des raisons pragmatiques – l’anglais présente surtout un intérêt économique – les professionnels de l’éducation se sont trouvés face à un problème pédagogique : ajouter l’anglais au programme déjà chargé ou bien reporter les cours de français (jugées plus difficiles) à plus tard. Or, toucher au Français a une dimension éminemment politique… 

Mais qu’en est-il côté francophone ? Sacrifie-t-on l’allemand sur l’autel de l’efficacité et de l’utilité pour faire de la place à l’anglais ? Cette question, certes légitime, est à nuancer : 19 des 26 cantons suisses sont alémaniques, ce qui fait de l’allemand une langue à l’utilité non- négligeable. Les italophones, quant à eux, se sentent plus proches des cantons alémaniques. On retrouve logiquement la domination de la langue allemande dans le domaine politique puisque la majorité de la population suisse est germanophone. Supprimer – ou affaiblir – l’apprentissage de l’allemand ne ferait qu’isoler la France romande du reste de la Suisse.

Ceci étant, Thomas Maissen n’oublie pas de rappeler que « chaque canton se sent protégé linguistiquement ». Selon lui, les véritables clivages au sein de la société suisse ne sont pas linguistiques mais séparent les urbains des ruraux, les catholiques des protestants et les tenants de telle politique étrangère contre telle autre. L’attachement aux identités cantonales n’est pas exclusif d’autres affiliations, au moins aussi importantes.

La question des langues à l’école relève donc d’une question bien plus pratique que politique. Dans l’ouest francophone on aimerait que le français reste la « lingua franca »; dans l’est alémanique,  on pousse  l’anglais.

Mais derrière ces arguments parfaitement pragmatiques, une question sous-jacente persiste : y a t-il une volonté plus large de bannir définitivement le français de tous les cantons alémaniques ? Pour l’instant, la  réforme Thurgovienne a inspiré les canton de Nidwald et Grison qui ont déjà appliqué cette restriction.

Pour autant, l’hypothèse d’un glissement de la « toute-puissance » allemande vers la Suisse est à écarter : les Suisses-Allemands ne sont pas les « Volksdeutsche » des années 2000… Ils prendraient comme une insulte d’être assimilés aux Allemands. A l’inverse, les Suisse romands entretiennent avec la France, sa langue et sa culture une liaison bien plus étroite.

Si la Suisse est loin de traverser une guerre de langues, malgré les crispations suscitées par le débat sur l’enseignement du français. Cette anecdote nous en dit long, aussi bien sur le statut de la langue française que sur l’attractivité croissante de l’anglais.  Dans un monde multipolaire où les puissances anglo-saxonnes ont tendance à décliner,  Shakespeare peut mettre tout le monde d’accord.

* Photo : Wikicommons

Le grand quizz de la rentrée

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valerie trierweiler hollande

Chers lecteurs, êtes-vous prêts pour la rentrée ? Après vous être longuement abandonné à la torpeur de l’été, et laissé cuire votre couenne au soleil zénithal, avez-vous encore les idées claires pour affronter les problématiques colossales de ce mois de septembre – entre tous tragi-comique… ? Quizz de rentrée.

1/ Le 8 octobre prochain, sur l’esplanade du Parlement européen, à Bruxelles, et à l’initiative des eurodéputés doit se tenir un évènement majeur visant à « combattre les discriminations »… Lequel ?

a) Le communiste Robert Hue, connu dans les années 60 sous le sobriquet de Willy Balton, donnera un concert de rock avec son groupe, Les Rapaces, afin de défendre la tolérance à l’égard des hommes portant des « barbes difficiles« .

b) Le travesti barbu autrichien Conchita Wurst, vainqueur de l’Eurovision en mai, donnera un récital en faveur des LGBT.

c) Pierre Moscovici, qui vient d’être nommé Commissaire européen aux Affaires économiques, proposera un numéro de claquettes sur le thème de l’ « éco-citoyenneté multiculturelle« .

d) Un artiste plasticien originaire d’Amérique du Sud édifiera une « installation » monumentale en forme de bidet de 12 mètres de haut.

2/ L’ex secrétaire d’Etat socialiste Thomas Thévenoud, atteint de phobie administrative, débarqué en catastrophe du gouvernement pour retards répétés du paiement de ses impôts, laisse d’autres ardoises scandaleuses et de bien mauvais souvenirs…

a) Un kinésithérapeute (qui devait soulager Thévenoud de sa crispation fiscale) a du faire intervenir un huissier pour se faire payer.

b)  Il subsiste une vieille dette libellée en francs à la boulangerie de la rue Victor Hugo de Dijon, pour l’achat d’une quinzaine de fraises Tagada et deux chaussons aux pommes achetés en 1982.

c)  Jérôme Cahuzac a écrit à François Hollande pour dénoncer la dette de poker considérable du jeune député à son égard.

d)  L’ancien conseiller présidentiel Aquilino Morelle – qui revient d’entre les morts – a profité du scandale pour supplier Thévenoud (dans Le Point) de lui rende les trois paires de Weston qu’il lui a prêté au temps de sa magnificence.

3/ La compagnie italienne Costa Croisières va proposer en novembre 2014…

a) Une « Croisière rebelle » avec l’écrivain Edouard Louis, le philosophe Geoffroy de Lagasnerie et le chanteur Cali. Des activités festives sont prévues sur le thème : pirates et boucaniers. Atelier : rédaction de tribunes pour Libé.

b) Une « Croisière Causeur » avec Marcel Gauchet, Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut.

c) Une « Croisière au-delà du socialisme » avec Michel Rocard et Roland Dumas. En haute-mer le bateau, confié aux bons soins du grand Francesco Schettino, doit couler à pic, tandis qu’un orchestre continue à jouer sur le pont.

d) Une « Croisière des Idées » avec les éditorialistes Jean François Kahn, Franz-Olivier Giesbert, Laurent Joffrin, et Jacques Julliard. COMBO ! Conférences de Laurent Joffrin sur Napoléon. Jacques Julliard en chemisettes à fleurs. Open bar. Piscine à vagues.

4/ Lors d’une cérémonie religieuse retransmise en mondovision le géant américain de l’électronique Apple a présenté il y a quelques jours son nouveau modèle de radiotéléphone portatif, l’Iphone 6, accompagné d’une montre connectée qui a fait sensation, l’Apple Watch. À cette occasion…

a) Le publicitaire Jacques Séguéla, qui a pourtant atteint la date limite de consommation, a déclaré : « Si à cinquante ans, on n’en a pas, on a quand même raté sa vie ! »

b) Julien Dray a déclaré : « J’en veux deux, une pour chaque poignet… non, j’en veux trois ! »

c) U2, les rebelles en cellulose de la seconde moitié du XX ème siècle, ont offert leur dernier album affligeant sur la plateforme de téléchargement d’Apple. Et tout le monde a parlé de révolution.

d) Le communiste Robert Hue, connu dans les années 60 sous le sobriquet de Willy Balton, a repris avec son groupe Les Rapaces, le standard « Rock Around The Clock » de Bill Haley.

5/ Le député UMP de Haute-Loire Laurent Wauquiez s’est distingué il y a quelques jours…  

a) En arrêtant lui-même un scooter en excès de vitesse dans la ville du Puy-en-Velay, dont il est le maire et en convoquant les jeunes brigands à l’hôtel de ville.

b) En se foulant la cheville alors qu’il combattait le crime à Gotham City, comme chaque dimanche midi après la messe.

c) En se faisant photographier par Le Parisien en pleine crise de « phobie administrative« , en compagnie de Thomas Thévenoud, dans une position équivoque.

d) En se faisant insulter par une vieille dame sur le marché du Puy-en-Velay, qui le confondait avec Jean-François Copé.

6/ On n’arrête pas le progrès ! La chaîne de magasins C&A, spécialisée dans le prêt-à-porter, va proposer prochainement :

a) Des catalogues papiers sur lesquels il sera possible de « liker » les produits.

b) Une ligne de lingerie fine écologique dessinée par Cécile Duflot.

c) Des espaces dédiés, près des caisses, pour que les clients puissent faire des selfies « en toute sécurité ».

d) Une série de concerts – dans les magasins de l’hémisphère sud – de Willy Balton (alias Robert Hue), et son groupe Les Rapaces.

7/ La rentrée littéraire a été marquée par la publication du livre-règlement-de-comptes de l’ex-première girlfriend Valérie Trierweiler Merci pour ce moment, dans lequel sont révélés quelques traits de personnalité gênants du président Hollande… Parmi l’avalanche de réactions utiles, le Figaro.fr a mis à la Une la déclaration de…

a) Dominique Lavanant qui pense que c’est un « grand pas pour le féminisme« .

b) Marthe Villalonga qui estime qu’il s’agit d’une « honte !« .

c) Charlotte de Turckheim qui trouve « minable » le livre de Valérie Trierweiler.

d) Clémentine Célarié qui se dit « très heureuse » de pouvoir bientôt incarner Valérie Trierweiler au cinéma, dans l’adaptation prochaine du livre par Luc Besson, avec Samy Naceri dans le rôle du chauffeur du scooter présidentiel, José Garcia dans le rôle de François Hollande et Fanny Ardant dans celui de Nadine Morano.

Résultats :  1:b ; 2:a ; 3:d ; 4:c ; 5:a ; 6:a 7:c ; 

*Photo: MEIGNEUX/SIPA.00691594_000008

Le mystère de la frite mystérieuse

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Je suis très inquiet, d’autant plus que la braderie de Lille vient d’avoir lieu. Ce fut pour moi l’occasion de manger des quantités déraisonnables de frites qui, contrairement aux moules, sont servies pour l’occasion à volonté. Avec, pour ma part, une préférence marquée pour celles faites à la belge, c’est-à-dire dans un double bain de graisse de bœuf qui provoque toujours un sourire de bonheur chez les cardiologues.

Mais il y a un problème avec les frites. Pas seulement diététique. Un grave problème qui nécessiterait une enquête approfondie pour dissiper les inquiétudes qui vont commencer à se faire jour chez les consommateurs. Les frites ont en effet, ces derniers jours, provoqué des comportements irrationnels que les médias n’ont pas pu cacher bien longtemps. Ce fut d’abord le cas de ce détenu liégeois qui le jour où il devait comparaître, a préféré envoyer son avocat : c’était un mercredi, donc, le jour des frites au réfectoire de la prison.

Quelques jours plus tard, c’est le monde du foot qui était frappé par ces effets secondaires de l’addiction à la frite. On apprenait en effet que l’ex-entraineur de Manchester United, David Moyes, avait pratiquement été viré à la demande des joueurs parce qu’il leur interdisait de manger… des frites.  C’est Rio Ferdinand, ancien  défenseur des diables rouges mancuniens qui a lâché le morceau : « Et devinez ce qui s’est passé quand Moyes a quitté le club et que Giggs a pris sa relève ? Il n’était pas parti depuis 20 minutes qu’un des gars a dit :  »Il faut demander à Giggs qu’il nous permette de manger nos frites ».»

On peut légitimement s’interroger sur une forme de terrorisme inédit qui viserait à saper la volonté des occidentaux par le biais d’une substance inconnue inoculée dans les patates ou l’huile de cuisson. Imaginons un instant que les chefs de la future coalition contre l’Etat Islamique mangent des frites au moment de décider de la date des premiers bombardements ou que Manuel Valls en abuse avant d’appliquer ses mesures libéralo-libérales. Les conséquences seraient incalculables. Il faut donc au plus vite que l’on nous rassure en allant enquêter du côté de ceux à qui profitent le crime: les cardiologues déjà nommés, Vladimir Poutine ou encore les pétromonarchies peu pressées d’aller aider à attaquer leurs amis sunnites en Irak.

Tout cela est tellement angoissant que je vais reprendre un autre cornet, s’il vous plaît, madame.

LDJ: Juifs et méchants?

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ldj manifestation dieudonne

Voilà qui commence bien. Contacté par l’intermédiaire de Pierre Lurçat – un ancien du Tagar (un mouvement de jeunesse sioniste) et essayiste qualifié par certains de « spécialiste de l’islamisme » –, un membre de la malfamée Ligue de défense juive qui se fait appeler Moiszek Kahana m’écrit : « Sachez que nous n’avons aucune confiance dans  les journalistes ou blogueurs amateurs et qu’elle ne s’acquière pas. Vous vous intéressez à notre mouvement, je vous réponds mais notre échange sera toujours fondé sur ce paradoxe : l’impossibilité de créer une relation de confiance et mon accord pour répondre aux questions, en gardant à l’esprit que votre papier ne nous sera pas favorables. J’espère ne pas apprendre que certains de nos militants auraient accepté d’échanger avec vous sans nous en avoir avisés. Combien de personnes avez-vous déjà contactées ? (sic et resic…) » En vacances, Moiszek m’envoie son mail depuis Jérusalem, « capitale de l’État juif », comme il n’omet pas de le préciser, promettant néanmoins de m’appeler à son retour en France. Deux jours plus tard, je reçois un appel depuis un numéro masqué. Sans autre forme d’entrée en matière, une voix jeune et grave m’informe m’accorder un entretien en dépit du fait que « Causeur est un canard de gauche ». Se pourrait-il que Moiszek soit tellement à droite que son sens de l’orientation en politique soit quelque peu brouillé ? Il ne l’exclut pas, mais affirme avec fermeté n’avoir jamais donné sa voix au FN : « Au petit-fils de déportés que je suis, cela paraît tout simplement inconcevable. » [access capability= »lire_inedits »]

Décriée comme extrémiste, raciste, anti-Arabe, voire « criminelle » et « fasciste », la LDJ décevrait sans doute ses pires détracteurs s’ils se donnaient la peine de reconnaître sa vacuité idéologique – à la mesure de sa faiblesse numérique : elle ne compterait guère plus d’une soixantaine de « militants ». En pleine rédaction d’un ouvrage consacré à l’histoire des mouvements d’autodéfense juive en France depuis 1967, et réfutant la parenté avec la LDJ que lui imputent plusieurs sources, dont le site Wikipedia, Pierre Lurçat tient à souligner qu’« il n’existe aucun lien hiérarchique ou organisationnel entre la Jewish Defense League américaine et la LDJ française, qui a repris son logo, sans adhérer totalement à l’idéologie kahaniste ». En substance, la seule doctrine de la LDJ serait celle de l’« autodéfense », également mise en exergue par d’autres mouvements juifs, y compris de gauche, comme le Comité de liaison des étudiants sionistes socialistes (CLESS), actif dans les années 1970. Admettons. Sans oublier toutefois que le choix des symboles et des références engage. Assassiné à New York en 1990, Meir Kahane prônait l’expulsion aussi bien des Arabes israéliens que des Palestiniens, la réaffirmation de l’identité juive et l’émigration massive des juifs vers Israël. Des objectifs toujours en vigueur selon David Reinharc, patron du Betar, la mouvance-sœur de la LDJ, mais qui se targue, elle, d’un supplément d’âme conceptuel qui la rattache aux idées de Vladimir Jabotinsky, le père fondateur de la droite israélienne. Une nuance difficile à saisir pour les profanes, mais habilement synthétisée par le politologue Jean-Yves Camus, qui met en garde contre l’amalgame facile entre l’extrémiste LDJ et le Betar, dont sont issus, outre Menahem Begin et Yitzhak Shamir, de nombreux députés de la Knesset et des cadres dirigeants du Likoud. Confondre les deux, rappelle le chercheur, en les disqualifiant sous l’étiquette commune de phalange juive d’extrême droite, conduit à négliger un fait important : « La naissance en France d’un véritable courant néoconservateur juif, prenant réellement son essor dans les années 2000 (…), qu’il convient de prendre au sérieux comme acteur de la vie intellectuelle. » On croirait tout comprendre si David Reinharc n’avait pas signé l’Appel du printemps incitant à voter François Hollande en 2012. Passons. L’essentiel est ailleurs, à savoir dans le volet « autodéfense », pointé du doigt par les pacifiques supporteurs de la cause palestinienne.

Moiszek n’en démord pas : « Nous sommes des guerriers. Mais nos militants n’ont pas besoin d’un sigle ou d’un drapeau pour infliger une correction aux jeunes antisémites qui expriment leur haine du juif dans les quartiers devenus des zones de non-droit. » Que dire pour éviter de plagier Christophe Barbier dans une récente livraison de L’Express : « L’esprit de milice est une déchéance, et confier son sort à des nervis, c’est nourrir la violence, en accepter la pérennité et considérer qu’elle est désormais le registre dominant de la société française. » Si je persiste à croire qu’en effet la violence n’est pas (encore) le registre dominant de la société française, je n’oserai l’affirmer devant les proches d’Ilan Halimi ou devant les familles dont les enfants vont au collège Otzar Hatorah de Toulouse. David Reinharc, quant à lui, considère que le temps des débats est révolu : « Les juifs ont passé beaucoup de temps dans les colloques, symposiums et séminaires essayant de répondre à Alain Badiou. Là où était le langage (et où il n’est plus), la violence doit advenir. Désormais, il faut cesser de gloser et passer au ring et au Betar.» Ce n’est pas sans fierté qu’il revendique la présence de son mouvement, le 13 juillet, auprès de la LDJ, pour protéger la synagogue lors du « pogrom de la rue de la Roquette ». Pourtant, à le voir trébucher sur les lacets défaits de ses Converse, les bras chargés de bouquins plutôt que de battes de base-ball, on n’est pas trop pressé d’alerter la Brigade criminelle.

De multiples tentatives, toutes contestées par les intéressés, ont été faites pour cerner le profil social de ces militants radicaux. Quand Richard Prasquier, ancien président du CRIF, évoque « des jeunes gens paumés », le sociologue Samuel Ghiles Meilhac parle de « jeunesse juive désœuvrée ». Faux, rétorque Pierre Lurçat, soutenant qu’il s’agit d’étudiants ou de jeunes qui travaillent, venus des banlieues autant que des beaux quartiers, qui ne se seraient pas rencontrés ailleurs qu’au sein de la Ligue. Diplômé d’une licence en management, Moiszek, 24 ans, accepte de renouveler l’appel depuis son numéro masqué, mais vers 20 heures, parce qu’il travaille. Je n’en apprendrai pas plus sur son activité professionnelle, sinon qu’aucun de ses collègues n’est au courant de son appartenance à la LDJ : « On est un peu des voyous mais pas de la racaille. La majorité des flics nous connaissent, et je vous jure que, quand on se bagarre parfois avec eux, j’ai honte. Tout comme j’ai honte quand on m’emmène au commissariat. Pour les beurs qui sont pris avec nous, c’est un honneur ! » La différence, aussi mince qu’elle puisse paraître aux yeux de ceux qui renvoient dos à dos la LDJ et les Merah, se niche très certainement dans cette honte qu’on ressent ou pas. Plus à l’aise après des heures passées au téléphone, Moiszek avoue par ailleurs une certaine indulgence de la part de la police : « On aura tout vu ! Un flic nous a fait une quenelle. Mais un autre nous a dit qu’on était la canaille la plus classe de Paris ! » J’objecte qu’il existe des moyens plus « classe » d’affronter ses adversaires que de les asperger de peinture rouge – un traitement servi à la porte-parole des Indigènes de la République, Houria Bouteldja, qui n’inspire pas, il est vrai, une galanterie excessive. Et quid de ce blogueur juif antisioniste Jonathan Moabad, menacé à maintes reprises du fait de ses critiques d’Israël avant qu’une bombe artisanale ne soit déposée sous sa voiture ? Deux sympathisants de la LDJ ont été reconnus coupables et condamnés à des peines de prison ferme : « Certains électrons libres se font passer pour nous, proteste Moiszek. On refuse des fous furieux, qu’est-ce qu’on peut faire de plus ? » Reste à se réjouir que l’engin n’ait assurément pas été fabriqué selon les recettes des djihadistes et autres kamikazes : il n’a pas fait de dégâts en explosant.

Si elle était adoptée, l’option de la dissolution de la LDJ, sérieusement étudiée par la direction des libertés et des affaires juridiques du ministère de l’Intérieur, donnerait-elle les résultats escomptés – l’arrêt des agissements violents et l’extinction des « accrochages communautaires » ? Moiszek se contente de rire. « Que peuvent-ils nous faire ? Nous interroger pendant quatre-vingt-seize heures et puis nous relâcher ? Nous mettre sur écoutes ? Nous emmerder un peu dans la vie quotidienne, d’accord, et alors ? » Autant dire que la menace est aussi sérieuse que si on annonçait la fermeture de Météo France dans le but d’empêcher la pluie de tomber. Dépourvue de statut légal ou associatif, la LDJ correspondrait néanmoins aux critères qui caractérisent les « groupements de fait » et pourrait être dissoute comme tel. La Ligue n’aurait alors plus le droit d’organiser des réunions, de diffuser des tracts ou d’animer un site Internet. Rappelons qu’on parle de quelques dizaines d’activistes et que, dès à présent, ceux qui ont un casier judiciaire « ne se présentent pas sous le drapeau », dixit Moiszek, tout en restant au service de la cause. Pour Pierre Lurçat, le coup de la dissolution fait office de diversion : « On a l’impression que la LDJ est médiatisée à outrance pour ne pas parler de l’antisémitisme ni désigner ses coupables. » Dénonçant « un chantage au républicanisme », d’une part, et, de l’autre, « les penchants criminels de l’Europe démocratique qui veut dissoudre les juifs non reconnaissables dans la figure du dhimmi ou du mort », David Reinharc annonce le lancement contre vents et marées d’Altalena, une revue du Betar.

Doit-on en conclure que les groupes juifs réputés violents n’ont pas trop de souci à se faire ?

Mais quiconque a fréquenté un cours de Sciences-Po a en mémoire ce grand classique pompidolien que fut la dissolution simultanée de la Ligue Communiste et d’Ordre Nouveau en 1973. Au cas où il viendrait à l’idée de l’actuel ministre de l’Intérieur de mettre hors-la-loi quelques groupuscules salafistes, il risque d’être tenté d’inclure la LDJ dans son panier garni, histoire de pas prêter le flanc aux accusations infamantes d’islamophobie, voire de sionisme.[/access]

*Photo: MEUNIER AURELIEN/SIPA.00673298_000004

L’Union européenne, prison des peuples?

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referendum ecosse royaume uni

Il aura suffi d’un sondage publié début septembre, indiquant pour la première fois qu’une courte majorité d’Ecossais serait favorable à l’indépendance du pays de Braveheart et Walter Scott pour que la caste européiste soit saisie d’affolement. Dans les plus hautes sphères de Bruxelles comme à l’Elysée, on tente de masquer son inquiétude en pratiquant l’autosuggestion : cela ne doit pas être, donc cela ne sera pas ! Une semaine plus tard, une nouvelle batterie de sondages, cette fois-ci plus favorable aux partisans du maintien de l’Ecosse dans le Royaume-Uni, ne suffisait pas à ramener la sérénité : à Barcelone, le 11 septembre, une manifestation monstre s’est appuyée sur l’exemple écossais pour exiger de Madrid la tenue d’un référendum dont l’issue serait beaucoup moins incertaine que le scrutin écossais, tant la cause indépendantiste a progressé en Catalogne. Pendant ce temps-là, sans bruit, mais avec constance, les séparatistes flamands de Bart de Wever s’emploient à vider encore plus la coquille Belgique dans le cadre des négociations pour la formation du nouveau gouvernement du royaume.

Paradoxalement, même s’il est le déclencheur d’un phénomène paneuropéen, le référendum écossais, quel qu’en soit le résultat, n’aura, pour le Royaume-Uni, que des conséquences mineures. Ce n’est pas avec un vote ric-rac, genre 51/49, en faveur de l’indépendance, qu’Alex Salmond pourra mettre en place plus qu’un Etat d’opérette, Westminster et Downing street conservant la haute main sur la diplomatie, l’armée, la monnaie, et Elizabeth II la couronne commune et l’usage du château de Balmoral. D’ailleurs, Salmond a déjà obtenu ce qu’il souhaitait, la promesse d’une dévolution élargie des compétences pour son gouvernement régional appuyé sur une forte majorité autonomiste conduite par le Scottish National Party (SNP). Solide pragmatique, Alex Salmond, saura trouver les moyens de parvenir à un accommodement avec Londres, que le oui ou le non l’emporte. Cette affaire va faire  donc pschitt ! : si l’identité écossaise est incontestable, fondée sur un roman historique partagé et une religion presbytérienne majoritaire, l’espace culturel britannique commun (langue, insularité, rapport aux autres) est également un fait incontournable.

En revanche, pour la Flandre la Catalogne et peut-être demain d’autres régions à forte identité, ou pour des populations enfermées dans des nations qu’elles récusent, comme les Hongrois de Roumanie et de Slovaquie, la mise en avant de revendications relevant du « droit des peuples à l’autodétermination », ne devrait que s’amplifier. On pensait jusque-là, à tort, que la construction européenne, l’abaissement quasi-total des barrières frontalières, et la liberté générale de circulation allaient remiser ces vieilleries au rayon des accessoires défraîchis du « monde d’hier ». Or, il n’est en rien : la mondialisation et de la crise économique ont provoqué un réveil des nationalités fondé sur le sentiment qu’il n’est de solidarité réelle que dans un espace géographique, culturel et politique homogène, où l’on se comprend au delà des conflits de classe et des querelles de clocher. À cela s’ajoute dans de larges couches des populations concernées, le souhait de d’abandonner la statut de citoyen d’une « grande nation », à vocation mondiale sinon universelle, pour se réfugier dans l’appartenance à une « petite nation » tranquille et prospère, dont la Suisse est le modèle. L’exemple des pays d’Europe centrale (à l’exception de la Pologne), et des pays baltes, qui s’accommodent d’une double allégeance, aux Etats-Unis pour leur sécurité, à l’Allemagne pour leur développement économique et leur prospérité, montrent que les « petits » ne sont pas moins biens armés que les « grands » pour faire face aux défis du moment. Ce nationalisme n’est pas agressif : il est boutiquier (les Allemands diraient Spiessburger), un tantinet égoïste et peu exaltant pour les âmes romantiques, mais il est néanmoins un puissant moteur de changement de l’ordre géopolitique en place.

L’Union européenne, face à ce phénomène, adopte pour l’instant une attitude disciplinaire : rien ne doit bouger ! L’intangibilité des frontières des pays adhérents est un dogme absolu, conforté par des traités qui contraindraient les sécessionnistes potentiels à refaire une demande d’adhésion à l’UE, processus long et aléatoire. La règle de l’unanimité pour l’intégration exclut d’autre part l’admission d’un nouveau membre à laquelle s’opposerait la « maison mère » de la nouvelle entité. Le conflit récurrent, en droit international, entre le principe du  droit des peuples à l’autodétermination  et celui du respect de l’intégrité territoriale des Etats membres de l’ONU est tranché en faveur exclusive du second par Bruxelles. «Votez si cela vous chante, mais sachez que c’est le statu quo ou la porte ! », tel est le message, brutal et sans équivoque, des pontes de l’UE. Cela induit, chez les peuples concernés, un sentiment de frustration et d’injustice : les séparatistes divers et variés ne remettent pas en cause les institutions de l’UE, n’ont pas pour programme de la quitter, et se refusent à la violence pour faire triompher leur projet national. Ils demandent seulement que Bruxelles prenne acte de l’expression majoritaire d’un choix populaire. Déjà fortement entamée par l’entourloupe du retour, par la fenêtre, du projet de Constitution européenne rejetée par le suffrage universel, en France et aux Pays-Bas, en 2005, la légitimité démocratique des institutions de l’UE se réduit comme peau de chagrin. Il serait paradoxal qu’une Union, fruit du libre consentement des peuples et des Etats membres, devienne l’avatar tardif d’une Russie tsariste qualifiée jadis de « prison des peuples ».

*Photo: Scott Heppell/AP/SIPA.AP21624178_000003

Foot africain: Ubu arbitre

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foot africa cup

Pour De Gaulle, le sport est le reflet d’une nation, de sa puissance, de son dynamisme. Si l’on en croit le Général, le continent africain a encore quelques soucis à se faire. Malgré un certain optimisme affiché ces dernières années quant à ses perspectives économiques, la phase de qualification de la prochaine Coupe d’Afrique des nations (prévue au Maroc, en janvier 2015) dont l’étape finale se déroule entre septembre et novembre 2014, laisse plutôt l’impression que le continent n’en a pas fini avec ses vieux démons. Pour le moment, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on assiste à un spectacle unique et rocambolesque. Pas forcément d’un point de vue sportif. Un scénario – ou plutôt un ensemble de scénarii – qu’il eût été impossible d’imaginer sauf peut-être par un Gérard Oury.

Le match Mauritanie/Guinée Equatoriale a été le premier théâtre de cette succession d’événements. La rencontre pourtant remportée par la Guinée Equatoriale, jouée en un match aller et un match retour, portait la mention « awd » ; abréviation anglaise du terme « awarded », elle signifiait tout simplement qu’à la suite d’une réclamation, la Confédération africaine de football avait décidé d’attribuer la victoire à la Mauritanie après que fut prouvée l’utilisation par la Guinée Equatoriale d’un joueur en réalité camerounais, Thierry Fidjeu. Ce n’était que le début.

Plus tard, c’est la mention « w/o » (« walkover ») qui figurait cette fois-ci à la place du score final cumulé de la rencontre Gambie/Seychelles. Habituée aux abréviations sportives et en anglais, mais non moins intriguée, je n’ai pas tardé à découvrir que ni le match aller, ni le match retour de cette rencontre ne s’étaient disputés ; la Gambie avait cette fois été disqualifiée, s’étant rendue coupable d’avoir enfreint la limite d’âge  des joueurs lors d’un match éliminatoire de la Coupe d’Afrique des moins de 20 ans contre le Libéria. Peu chanceuse, la Gambie s’était faite prendre. Elle avait donc écopé peu avant de 2 ans de suspension, suspension qui touchait également l’équipe A de Gambie.

Alors que je m’attendais à naviguer en des eaux plus calmes pour la seconde phase des éliminatoires et que je découvrais avec délectation la victoire surprise du petit Lesotho face au Kenya, le répit fut de courte durée. Sacrebleu ! Retour de la mention « awd ». La rencontre Congo / Rwanda, s’était soldée par une victoire du dernier au terme d’un suspens haletant et d’une séance de tirs aux buts fortement déconseillée aux cardiaques. Hélas, pour les malheureux Rwandais, la confédération africaine de football avait trouvé parmi ses rangs un obscur joueur du nom de Daddy Birori, au sujet duquel la fédération rwandaise avait affirmé mordicus qu’il était au-dessus de tout soupçon. Jusqu’à ce que l’on découvre que le dit Daddy Birori, de son vrai nom Etekiama Agity Tady, possédait un passeport congolais (du Congo Kinshasa). La fédération rwandaise, dont la combine fut très peu appréciée de la confédération africaine de football, fut donc elle aussi priée de quitter la compétition et vit le Congo accéder à la phase ultime des éliminatoires.

Et pour la Libye, même sur la pelouse, rien ne va plus. Les Libyens, qui avaient affronté le Rwanda et perdu au tour précédent, avaient en vain formulé une plainte au même sujet. Leur élimination après leur défaite  3 – 0 (les trois buts marqués par un certain… Daddy Birori ! ), a bien été validée.

Un peu plus loin, la confrontation entre la Sierra Leone et les Seychelles (rescapées du premier tour), m’interrompait une nouvelle fois et je me mis à avoir peine à croire au surréalisme et à l’ubuesque de ces éliminatoires. Cette fois, le match aller s’était bien déroulé et avait vu la Sierra Leone l’emporter logiquement 2 – 0 ; mais pas de match retour. Ce dernier, prévu aux Seychelles, n’avait pas pu se disputer malgré la bonne volonté des Sierra Leonais qui s’étaient présentés le moment venu chez leurs adversaires : ils furent tout bonnement refoulés par les douanes seychelloises de l’aéroport international craintives du virus Ebola, et qui dans leur zèle ont empêché toute la sélection sierra-leonaise de disputer le match éliminatoire, préférant leur indiquer le chemin du vol retour vers Freetown. Enterrant aussi tout espoir pour leur propre équipe nationale de se qualifier pour la prochaine CAN puisque cette mesure équivaut aux yeux de la confédération africaine à un forfait des Seychelles. Les Seychelles avaient donc rendu vaine leur qualification au tour précédent face à une Gambie exclue, et  désormais certainement dépitée. Que va-t-il advenir de la Sierra Leone lors de la dernière phase des éliminatoires ? L’ensemble de ses adversaires va-t-il imiter la décision des Seychelles, offrant victoire sur victoire aux Sierra-Leonais sans même jouer et une qualification plus qu’inespérée pour la CAN ? Nul ne le sait pour l’instant.

Bien plus que les dysfonctionnements et à contresens du traditionnel discours moralisateur, ce sont, peut-être paradoxalement, les sentiments de liberté, de spontanéité et de fraîcheur qui émanent de tout cela. De toute évidence, cette phase éliminatoire de la CAN et sa série de péripéties qu’il aurait été difficile de croire si elles étaient survenues ailleurs qu’en Afrique, viennent nous le rappeler : quelques hirondelles ne font pas un printemps africain.

*Photo:  JEFFROY GUY/SIPA.00652540_000010

Sur Israël, Valls dit des choses que Sarkozy n’a jamais osé dire

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Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Il préside les associations Avocats sans frontières et France-Israël. Dernier ouvrage publié : Le vieil homme m’indigne ! (Jean-Claude Gawsewitch, 2012).

Propos recueillis par Daoud Boughezala.

Causeur : Jusqu’au sommet de l’État, nos politiques déplorent l’importation du conflit israélo-palestinien en France. Mais, après tout, de même qu’une majorité de juifs français semble soutenir Israël, est-il anormal que les immigrés arabo-musulmans se sentent solidaires des Palestiniens de Gaza ?

Gilles-William Goldnadel : Non, ça ne me paraît pas inouï. En tant que défenseur de l’identité, je ne dénie à personne le droit d’avoir sa part de tribalité sur le conflit israélo-palestinien. Là où le bât blesse, c’est lorsqu’on fait parler le cocktail Molotov et qu’on glisse du conflit israélo-arabe à l’antisémitisme pur et simple. De manière un peu controuvée, François Hollande a d’ailleurs parlé d’« importation du conflit » après les violences. Or, celles-ci émanaient essentiellement du camp arabo-islamique.

Beaucoup de jeunes manifestantes de Barbès et de République arboraient des keffiehs palestiniens plutôt qu’un voile. Les islamistes n’ont apparemment pas la mainmise sur ce mouvement.

Dans ce bouillon de culture, ou plutôt d’inculture, on voit de tout : des voyous, des barbus islamistes, des femmes voilées, des Beurs acculturés ainsi que des « Français de souche » biberonnés à un antiracisme sélectif. Au milieu de ce magma en fusion, émerge une sorte d’islamo-gauchisme : l’antisionisme radical d’une part non négligeable de la communauté musulmane se fait cornaquer par les gauchistes qui tiennent le pavé à Paris. En réalité, les gauchistes sont désormais les idiots utiles des islamistes. Comme lors du procès Garaudy, lorsque je croisais le fer avec Vergès, se constitue une alliance rouge-vert-brun où l’extrême droite la plus obsessionnellement antisémite se joint à la gauche extrême. Il peut sembler paradoxal que les plus nationalistes donnent la main aux internationalistes, mais l’antisémitisme réconcilie tous ces gens.

On croirait entendre Manuel Valls !

Ces derniers mois, Valls aura dit des choses que Sarkozy n’a jamais osé dire. Il a osé critiquer les Verts qui se sont rendus dans des manifestations pavoisées des drapeaux d’organisations terroristes comme le Hamas, le Hezbollah ou même le califat islamique, et où certains criaient « Mort aux juifs ! ». Reste à la gauche modérée à en tirer enfin les conséquences en renonçant à faire alliance avec ces gens-là, sauf à trahir les rares principes qui lui restent, d’autant plus qu’elle continue à vouloir faire la leçon à la droite pour son alliance imaginaire avec une Marine Le Pen autrement plus calme sur la question que l’extrême gauche.

Si, à la gauche de la gauche, l’antisionisme est un dogme indiscuté, tous les anti-Israéliens virulents ne basculent pas dans l’antisémitisme. À trop traquer le paravent antisioniste du nouvel antisémitisme, ne diabolisez-vous pas toute critique d’Israël ?

On peut évidemment être anti-israélien sans être antisémite.[access capability= »lire_inedits »] On peut être stupide, ignorant, iconoclaste, provocateur, salaud… L’antisémitisme n’est pas le seul et unique paramètre de l’abjection humaine. On peut être aussi anti-israélien et antisémite, et même ça peut aider. Vous ne trouverez pas sous ma plume une ligne où je traite quelqu’un d’antisémite sous le prétexte qu’il a critiqué Israël ; cela ne me viendrait même pas à l’idée ! Du reste, Israël est le pays le plus critiqué au monde, y compris chez certains juifs, qui posent en s’opposant.

À l’instar des nouveaux judéophobes, certains soutiens inconditionnels d’Israël n’en amalgament pas moins judaïsme et sionisme. Lorsqu’il organise des manifestations et des galas de soutien à l’État hébreu, le CRIF ne sort-il pas de son rôle ?

La défense de l’existence de l’État d’Israël est inscrite dans les statuts du CRIF. Je vous mentirais en vous disant que cela me choque. Que cela plaise ou non, Israël, c’est l’État juif. Comme l’a fait remarquer Alain Finkielkraut, qui n’a jamais ménagé les gouvernements israéliens, il faudrait renier Israël pour trouver grâce aux yeux des contempteurs de l’État juif. Or, par une sorte de ruse de l’histoire, le principal ciment aujourd’hui entre les juifs, ce qui les fait vibrer pour Israël, accomplir leur alya et renforcer le sionisme, c’est la critique et le dénigrement obsessionnel d’Israël ! Je prétends que ce qui fait partir nombre de juifs de France, c’est moins la peur de la violence islamiste que la capitulation en rase campagne des prétendues élites qui n’arrivent pas à détester totalement ceux qui détestent Israël.

De même que son soutien inconditionnel à Israël, l’institutionnalisation du dîner du CRIF, auxquels sont conviés ministres et chefs de l’opposition, peut accréditer le fantasme d’un lobby juif tout-puissant…

Je ne suis pas allé au dernier dîner du CRIF, parce que je me reconnais de moins en moins dans son action. De la même manière, je déteste les mondanités autour de la Shoah, que je considère comme indécentes et contre-productives. Cela dit, alors que les politiques font également la cour à la communauté musulmane, ce n’est que lorsqu’il s’agit des juifs et d’Israël que l’esprit critique se manifeste.

Que répondez-vous à ceux qui s’inquiètent d’une possible défrancisation des juifs de France, de plus en plus identifiés à l’État d’Israël ?

Je crois qu’on ne peut pas séparer l’histoire récente de la communauté juive française du destin d’Israël. Avant la guerre des Six-Jours, ce n’était pas très gratifiant d’être « israélite ». Les juifs étaient perçus faussement comme un peuple un peu veule, ils n’assumaient pas toujours leur identité. À partir de 1967, on est passé d’un excès à l’autre, lorsqu’Israël a vaincu toutes les armées arabes coalisées. La communauté juive a recouvré sa fierté. Les prouesses scientifiques, industrielles, culturelles ont fait le reste. C’est quelque chose d’impalpable. De l’ordre de la dette. Cette franchise n’empêche pas la francité. Je ne connais pas beaucoup d’autres communautés aussi anciennes, aussi loyales et aussi intégrées.

Cette fierté retrouvée se mue parfois en susceptibilité à fleur de peau. Après la guerre des Six-Jours, lorsque de Gaulle avait critiqué Israël en évoquant un « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », le CRIF de l’époque ne s’en était pas ému outre mesure. Imaginez le tollé que de tels propos provoqueraient aujourd’hui !

Non, je vous assure que le CRIF et d’autres organisations s’étaient alors indignées contre le parti pris pro-arabe du général de Gaulle, et encore davantage après que celui-ci eut parlé d’un « peuple sûr de lui-même et dominateur ». À l’époque, les États, à commencer par la France, étaient anti-israéliens par realpolitik, notamment afin de ne pas s’aliéner le pouvoir pétrolier arabe, mais les médias protestaient contre ce mercantilisme.
Les choses se sont aujourd’hui inversées : après l’agression du Hamas, les gouvernements occidentaux, inquiets de la montée de l’islamisme, ont affiché des positions plutôt convenables à l’égard d’Israël, tandis que la majorité des médias, influencés par une idéologie sommairement gauchisante, ont au contraire diabolisé l’État hébreu. Prenons un exemple : j’ai lu cet après-midi un merveilleux article d’un intellectuel arabe qui disait tout le mal qu’il pense du Hamas. Ce type-là, rare critique dans son propre camp, n’a aucune chance d’être interviewé par Le Monde, alors que tous les professeurs d’université israéliens qui critiquent leur gouvernement, comme Gideon Levy, de Haaretz, ou Zeev Sternhell, y ont table ouverte. Un peu comme si on ne demandait leur avis sur la politique étrangère de la France qu’à Besancenot et Duflot.

Là où vous dénoncez un acharnement anti-israélien, les opposants à l’offensive de Tsahal dans la bande de Gaza parlent de « carnage », ou à tout le moins de « disproportion » dans la riposte. Il y a bel et bien un rapport de un à dix dans le nombre de morts…

Nous vivons un drame, et la guerre asymétrique est un drame disproportionné. Mais il y a encore plus dramatique que la guerre, c’est l’abandon. Les pacifistes sont les premiers fossoyeurs des grands cimetières sous la lune. Je pense à cet abruti de Bertrand Russell qui, en 1937, prônait le désarmement unilatéral de la Grande-Bretagne contre Hitler, et disait : « Si jamais les nazis envahissent l’Angleterre, il ne faudra même pas se défendre, et lorsque les soldats allemands verront la grandeur de la civilisation britannique, ils mettront l’arme au pied. » Aujourd’hui, une cohorte de Bertrand Russell induit en erreur une jeunesse européenne qui n’a pas conscience de ce que peut être une guerre cruelle en face d’islamistes. Si je n’étais pas juif, il me plaît à penser que je prendrais parti pour un État démocratique agressé par une organisation terroriste, islamiste et antisémite, qui cherche à tuer les enfants des autres et à faire tuer les siens.

Il se dit que l’Autorité palestinienne tente de faire pression sur le Hamas pour lui faire reconnaître Israël. Ne risque-t-on pas de regretter le Hamas dans quelques années, sachant que des groupes salafistes incontrôlés essaiment dans les territoires occupés ?

Cela fait vingt ans que l’on essaye de me vendre le mythe d’un Hamas reconnaissant Israël. Je ne vois pas comment on pourrait changer les vues de ses responsables, qui ont beaucoup plus d’opiniâtreté idéologique, intellectuelle et religieuse que vous et moi. Le Hamas considère que pas un pouce de la terre musulmane, arabe et palestinienne ne peut être cédé. Ses membres pensent que les sionistes sont les voleurs de la terre arabe et musulmane, qu’il s’agisse d’Hébron, de Jaffa, ou de Haïfa. Le Hamas, lorsqu’il tue des Israéliens, laisse parfois des messages de ce style : « Nous avons goûté la chair des juifs et nous l’avons trouvée bonne. » Certains djihadistes sont peut-être plus gourmands, mais, pour la peau des Israéliens, cela ne fait guère de différence.

Ce choix entre la peste et le choléra islamistes découle aussi de l’affaiblissement de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. En marginalisant les nationalistes palestiniens laïcs, notamment lors du désengagement unilatéral de Gaza en 2005, Israël n’a-t-il pas favorisé le Hamas ?

Sharon a décidé de quitter la bande de Gaza unilatéralement, parce qu’il n’arrivait pas à un compromis avec l’Autorité palestinienne. En 2005, après avoir évalué le rapport de force politique et militaire de l’époque, il a fait le pari que les Palestiniens utiliseraient Gaza comme base pour édifier un État défiant Israël sur les terrains économique, scientifique, culturel – pas militaire. Or, en 2007, le Hamas a pris Gaza par la force et a commencé à lancer des bordées de roquettes sur Israël. Le drame, c’est que le peuple arabe de Palestine est dans la surenchère permanente. Lorsque vous lisez les commentaires antisémites au sein du Fatah, vous avez du mal à faire la différence avec le Hamas ! Si nous avions le choix entre un Hamas extrémiste et une Autorité palestinienne vraiment disposée à des compromis, ce serait merveilleux, mais nous en sommes très loin.

D’éminents diplomates expliquent que le processus de paix s’est enlisé à cause de la poursuite de la colonisation israélienne…

Ce qui explique l’impasse des négociations, bien plus que le problème des implantations, c’est avant tout le refus arabe, toujours aussi constant, d’accepter une entité nationale non arabe et non musulmane sur ne serait-ce qu’une partie de la terre sacrée. Voilà pourquoi, plus de six décennies après le vote de partage de la Palestine entre deux États, arabe et juif, les premiers sont toujours autant arc-boutés sur leur refus de reconnaître Israël en tant qu’État du peuple juif. N’allez surtout pas croire que je ne reconnaisse pas la spécificité du peuple arabe de Palestine : je suis disposé à un compromis territorial, même douloureux, pourvu qu’il garantisse une paix définitive. C’est pourquoi j’avais applaudi aux accords d’Oslo. Mais je n’ai aucune estime pour les formes irrédentistes et mortifères que prend depuis toujours le nationalisme palestinien. J’ajoute que, si je suis favorable à un compromis territorial définitif, je suis intransigeant sur la réciprocité, qui doit avoir valeur de test. Il faudra m’expliquer au nom de quoi on exige des Israéliens la reconnaissance du droit du peuple arabe de Palestine à un État indépendant et pourquoi l’inverse n’est pas exigé avec autant de fermeté lorsqu’il s’agit du peuple juif.

Il faut être deux pour faire la paix. Et rien n’indique que la frange la plus droitière du gouvernement israélien y soit disposée. Netanyahou ne craint-il pas de déclencher une guerre civile en acceptant des concessions territoriales ?

Alors qu’il n’a aucune confiance dans ses actuels interlocuteurs, Netanyahou n’est en effet pas pressé d’engager une partie difficile contre les habitants des territoires, sur la base d’un accord boiteux. Cela étant, 90 % du peuple israélien serait d’accord pour un sacrifice historique et douloureux, en contrepartie d’une paix et d’une sécurité définitives.
Certains semblent penser que Jérusalem a les cartes en main et qu’il suffirait de faire un effort pour arriver à la paix. Mais Shimon Peres, Ehoud Barak et Ehoud Olmert ont fait des efforts considérables sans rien obtenir en échange sinon la terreur. Vingt ans après Oslo, nous sommes encore dans la même situation. Et celle-ci est invraisemblablement plus complexe qu’on voudrait le faire croire en France. De mon point de vue, il n’y aura pas de paix tant que les Palestiniens plébisciteront ceux qui portent le plus de coups à Israël. Dès 1962, le président tunisien Habib Bourguiba l’avait remarqué : « Les dirigeants arabes enflamment les foules avec leurs slogans belliqueux, et ensuite ils s’étonnent de ne pouvoir éteindre l’incendie. »[/access]

Questions vaches à Stéphane Le Foll

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 « On se demande à quoi sert un ministre s’il n’est pas capable de rédiger une loi » m’a fait remarquer le porte-parole de la Confédération paysanne, Laurent Pinatel, au téléphone. La question posée à l’occasion du débat sur l’installation de la ferme, dans la baie de Somme, ayant la capacité de réunir 1000 vaches laitières sous un même toit, pour un rendement maximum, a de quoi titiller jusqu’aux oreilles étiquetées de Marguerite et de ses 999 copines.

Dimanche dernier, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a rappelé qu’il ne « soutenait pas le projet de la ferme des «1000 vaches».  On en meugle de soulagement. Mais il ne l’a pas interdit non plus. C’est que le projet est « dans les règles ». Des règles qui pourraient être modifiées, si « le Ministre en question en avait le courage », précise Laurent Pinatel.

En fait, la schizophrénie gouvernementale va plus loin que ça. Car, pendant que le ministre de l’agriculture  n’ose pas affronter le système d’exploitation inhumain des bovins, son projet de loi sur l’avenir de l’agriculture a été adopté. Or, ce texte est inscrit dans une idéologie radicalement opposée à celle de la ferme-usine. Il porte comme priorité gouvernementale « l’agroécologie », c’est-à-dire une alliance entre l’agronomie et l’écologie. En résumé, on donne la préférence aux écosystèmes plutôt qu’aux alliages chimiques.

Comment expliquer ce grand écart entre la culture et l’élevage? Et encore, souligne Laurent Pinatel, « la ferme des 1000 vaches, c’est emblématique, parce qu’elle accumule tout ce contre lequel on lutte, mais il existe des élevages encore plus intensifs que celui-là. Le centre d’engraissement des taurillons par exemple, les élevages de 2000 porcs, etc… »

Alors, c’est grave docteur, notre ministre est vraiment bipolaire? Certes, mais il existe un remède. D’après le Doc’ de la Confédération paysanne, il suffit de compter sur un retour au réflexe démocratique : « Aux Français d’interroger les responsables politiques et de les mettre devant leurs responsabilités ».

Bref, on n’est pas sorti de l’auberge. Et les vaches non plus.

Martine à la pêche aux frondeurs

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martine aubry frondeurs

martine aubry frondeurs

Manuel Valls a donc obtenu une majorité relative mardi lors de son nouveau discours de politique générale alors qu’en avril dernier, il bénéficiait encore d’une majorité absolue. Une cinquantaine de députés se sont abstenus, marquant sa différence mais n’allant pas jusqu’à voter contre, consciente qu’elle aurait alors pris la responsabilité de déclencher  la dissolution de leur assemblée et le retour hautement périlleux devant les électeurs. Que vaut une fronde, en effet, face au feu nucléaire de l’article 12 de la Constitution ?

Parmi ces fameux « frondeurs », on a pu noter la présence de proches de Martine Aubry, dont Christian Paul, député de la Nièvre, qui en était l’un des porte-paroles les plus actifs, mais aussi Jean-Marc Germain ou François Lamy. Depuis la célèbre braderie de Lille, l’ancienne patronne du PS avait plaidé pour  « l’indépendance de chacun », ce qui avait été interprété comme un soutien à demi-mot aux fameux frondeurs. Il n’est un secret pour personne que Martine Aubry ne porte ni François Hollande ni Manuel Valls dans son cœur. Elle n’a pas digéré sa défaite à la primaire et considère, à tort ou à raison, qu’elle aurait été meilleur chef d’Etat que le premier et meilleur premier ministre que le second. Les frondeurs aubrystes ont annoncé que leur patronne allait parler un jour et que, ce jour-là, cela ferait mal. Le problème c’est qu’on voit mal ce qu’elle aurait à proposer de différent du gouvernement Valls II. C’est bien joli d’être « marquée plus à gauche », mais si on n’est pas prête à assumer quelques ruptures, c’est une juste question de couleur d’étiquette.

Du reste, cette étiquette est née de malentendus que nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer dans ces colonnes. Martine Aubry doit notamment cette image à Philippe Alexandre et son fameux pamphlet sur La dame des trente-cinq heures qui l’a pourtant faite beaucoup souffrir avant de lui rendre ce service : pour la plupart des gens, elle est à l’origine de la mesure sociale phare du gouvernement Jospin, conquête pour les uns, boulet pour les autres. Or, elle n’en est pas vraiment l’instigatrice puisque c’est Dominique Strauss-Kahn qui l’a pensée. Aubry doit aussi cette étiquette à la manière dont elle a mis la main sur l’aile gauche du PS, scellant une alliance avec Benoît Hamon face à Ségolène Royal lors du congrès de Reims en 2008,  rejetant ainsi la perspective d’une ouverture à François Bayrou, proposée par l’ancienne candidate à la présidentielle. Mais l’arbre Hamon cachait une forêt peuplée notamment de DSK, de Delanoë, de Fabius et de tous les adversaires de Royal en général.

En réalité, Martine Aubry, sur les dossiers économiques et sociaux, n’a rien de « plus à gauche » à proposer que le Président actuel. Peut-être aurait-elle souhaité aller plus loin sur le terrain sociétal : droit de vote des étrangers aux élections locales, procréation médicale assistée pour les femmes célibataires et homosexuelles. Mais sur le reste ? Comme souvent, c’est le sujet européen qui bloque. Si l’on ne souhaite pas remettre en cause l’Europe telle qu’elle est construite et continue à fonctionner, lorsqu’on a approuvé les différents traités qui la constituent, on n’a pas davantage de marge manœuvre que Nicolas Sarkozy hier, et François Hollande aujourd’hui. Ce n’est déjà pas facile pour des militants du Oui à ces fameux traités de se déjuger, imaginez ce que cela doit être pour la propre fille de Jacques Delors ! Aubry pourrait certes sauter comme un cabri sur sa chaise en criant « Europe sociale, Europe sociale ! », comme le faisait déjà son père il y a vingt-cinq  ans, tout en mettant en place la liberté de circulation des marchandises et des capitaux, que cela ne constituerait en rien une différence avec François Hollande ou Manuel Valls. On peut même légitimement se demander si elle aurait aussi « souhaité mettre l’Allemagne en face de ses responsabilités » comme l’a fait mardi le Premier ministre dans une geste très montebourgienne. Bref, ce n’est pas d’elle qu’on peut attendre une rupture dans ce débat-clef.

La partie aubryste des frondeurs est-elle naïve ? Est-elle consciente de  l’orthodoxie de la patronne, faisant alors preuve d’une duplicité coupable ? Dans les deux cas, ces députés ne rendent pas service au débat politique qui fourmille déjà de malentendus regrettables.

*Photo : BAZIZ CHIBANE/SIPA. 00597060_000006. 

Énarchie et dépendances

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manuel valls matignon

manuel valls matignon

« Ils ont fait Sciences- Po, passé ou non un concours de l’administration, regardé autour d’eux… Et finalement trouvé un poste d’attaché parlementaire ou un job dans une collectivité et, pour les plus chanceux ou les plus habiles, dans un « Cabinet ». »

Ainsi parle, sur son blog, Michèle Delaunay, l’ancien ministre délégué chargé des personnes âgées et de l’autonomie dans le gouvernement Ayrault, et élue de Bordeaux. À partir de cette phrase initiale, elle développe une longue métaphore filée sur le « virus », qui se développe en « maladie » : « Grand air, bobine sur le journal après l’avoir eue sur de grandes affiches, ils sont quelqu’un, c’est à dire déjà plus tout-à-fait eux-mêmes. »
« Ils », ce sont les professionnels de la politique, ceux qui ont enchaîné Sciences-Po, l’ENA (parfois même, ainsi qu’on le sait grâce à Najat Vallaud-Belkacem, avoir réussi l’ENA n’est pas une obligation) et une élection locale — conseiller régional / municipal / général, l’un n’exclut pas l’autre. « Milieux un tantinet confinés », dit Michèle Delaunay. « Le danger maximum vient avec le succès dans une élection où l’on a été parachuté, voire même que l’on a sélectionnée sur la carte si on a eu la chance d’être dans les instances du Parti, d’avoir un mentor de grand renom ou de grand pouvoir, d’être choisi par un qui ne voulait/pouvait pas se représenter. » À Lyon, par exemple.

De profession réelle, note l’ancienne dermatologue-cancérologue du CHU de Bordeaux, pas de traces. La politique est une drogue forte, et l’on sait bien que les vrais drogués ne font rien à part chercher la prochaine fumette ou la prochaine pilule (les injections, comme chacun sait, ne sont plus très mode).
Comme le note finement l’ancienne ministre, les politiques qui viennent d’un milieu « modeste », comme on dit, sont plus longtemps que les purs héritiers porteurs sains du virus — jusqu’au moment où ils basculent, et passent dans la sphère des nantis, dans « l’entre-soi ».

Le peuple, pendant ce temps, s’étonne qu’ils soient si loin du monde réel — celui où le pain quotidien se fait hebdomadaire, comme disait Prévert. Celui où l’on se fiche que les maisons de retraite soient gay-friendly (une marotte de l’ancienne ministre, le gouvernement Ayrault ne savait plus quoi faire pour marquer son obédience au lobby LGBT) ou équipées de chambres doubles afin que les pensionnaires vivent confortablement leurs amours sénescentes, tout simplement parce qu’au tarif des maisons de retraite, on n’a pas les moyens d’y mettre mamie, et l’on sait bien que l’on finira soi-même dans l’un de ces mouroirs dont parle Jacques Chauviré dans l’admirable Passage des émigrants.
Comment est-ce possible ? « Entrés tôt dans le tunnel, ils n’en sont jamais ressortis. » Ils y sont entrés bébés — on a besoin de jeunes, n’est-ce pas… Il n’est jamais trop tôt pour mal faire. La jeunesse aussi est un naufrage.
Le problème, c’est que ces jeunes gens n’ont aucune expérience dans l’art de ne pas arriver à payer ses factures, la technique de la queue à Pôle Emploi, les mille et une recettes de pommes de terre / riz / spaghettis / couscous, le robusta du matin et la Kro du soir. Ils s’étonnent d’ailleurs que les pauvres soient gros. Ils ne savent rien de la misère réelle — ni même de la difficulté à boucler le mois, les loyers étant ce qu’ils sont. Ils ont des voitures de fonction, et comme Giscard en 1974 ou NKM en 2013, ils ignorent ce que coûte un ticket de métro — et ils n’ont pas la prestance de Chirac sautant par dessus les portillons de la RATP.

Que l’on mette deux heures, retards compris, pour aller d’un chez soi banlieusard à un bureau parisien leur paraît exotique.
Quand ils sont ministres de l’Education, on leur prépare leurs visites dans les établissements « sensibles », transformés pour l’occasion en villages Potemkine. J’ai eu l’occasion de conseiller à un ancien ministre d’y aller à l’improviste : eh bien, c’est impossible, paraît-il. Ils risqueraient de se frotter par accident à la réalité du terrain. Sarkozy imposait, lors de ses visites dans ces zones à grand risque qu’on appelle globalement la province, un glacis de 200 mètres pour ne pas être importuné par les cris des manifestants. À Saint-Lô, en janvier 2009, le préfet de la Manche y a laissé sa place.

Et je ne suis pas bien sûr qu’au gré de ses visites ministérielles dans les maisons de retraite, Michèle Delaunay ait été confrontée à la réalité des asiles de vieillards, les douches hebdomadaires, les personnels débordés, parfois violents, la mise systématique sous camisole chimique, les repas concentrationnaires. Mais justement, le fait qu’elle ait longtemps pratiqué la médecine a pu l’aider à voir à travers les guirlandes et les discours apprêtés — « alors, papy, content ? »

Mais qui aidera Najat Vallaud-Belkacem à comprendre ce qu’est une vraie ZEP ? Certainement pas les énarques de la rue de Grenelle — gentils, pas bêtes, déphasés.

Je ne suis pas assez fin historien pour savoir quand a commencé ce décalage entre les politiques et la réalité. Peut-être avant la création de l’ENA. Peut-être est-ce inhérent à l’exercice même du pouvoir : le personnel du Premier Empire, à partir de 1807-1808, ne sait plus rien de ce qui se passe en France — et l’empereur non plus. C’est ainsi que l’on finit par perdre des batailles.

PS. Je regardais hier la prestation de Manuel Valls devant les députés. Un discours de politique générale plein de ces anaphores qu’adorent, depuis Guaino, les « plumes » de l’Elysée ou de Matignon. Sans grand intérêt. Puis, en réponse aux réactions des chefs de groupe parlementaires (my God, est-il possible d’être Christian Jacob ?), on a vu soudain un autre Valls, plus spontané, parlant sans papier cette fois, éloquent souvent, persuasif presque. Et j’ai eu comme un bref sentiment de pitié pour ce type finalement assez doué et que Hollande entraîne dans les abysses. Casse-toi, Manuel, sinon c’est cuit pour toi en 2017 ! Run, Manuel, run ! Vite !

*Photo: WITT/SIPA.00691246_000007

Suisse : en Turgovie, le français n’a plus cours

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suisse thurgovie francais

suisse thurgovie francais

En Suisse, les élèves des écoles primaires du canton de Thurgovie seront dispensés d’apprendre la langue de Molière. Les autorités du canton alémanique expliquent qu’il s’agit d’une mesure technique destinée à mieux repartir la charge de travail des enfants. Un argument qui laisse perplexe du côté francophone. Il est vrai qu’en matière d’enseignement, chaque canton est souverain et possède son propre système éducatif. Mais, en Suisse romande, on vit ce recul du français comme un coup porté au fragile équilibre helvète. Dans ce pays fait de subtils compromis entre les communautés, les langues sont un point sensible. Contrairement à sa voisine française – censée rester une et indivisible, la Suisse suit une toute architecture identitaire centrée autour de l’attachement à une langue particulière. Autant dire que les cours de langues des  « kinder » de ce canton dépassent largement la sphère des débats entre pédagogues.

Thomas Maissen, directeur de l’Institut Historique Allemand à Paris (IDH), relativise l’importance de la décision thurgovienne : « Il ne s’agit pas d’interdire la langue française dans les cantons alémaniques. La vraie question pour ces régions est de devoir choisir entre l’anglais et le français ». Autrement dit, pour des raisons pragmatiques – l’anglais présente surtout un intérêt économique – les professionnels de l’éducation se sont trouvés face à un problème pédagogique : ajouter l’anglais au programme déjà chargé ou bien reporter les cours de français (jugées plus difficiles) à plus tard. Or, toucher au Français a une dimension éminemment politique… 

Mais qu’en est-il côté francophone ? Sacrifie-t-on l’allemand sur l’autel de l’efficacité et de l’utilité pour faire de la place à l’anglais ? Cette question, certes légitime, est à nuancer : 19 des 26 cantons suisses sont alémaniques, ce qui fait de l’allemand une langue à l’utilité non- négligeable. Les italophones, quant à eux, se sentent plus proches des cantons alémaniques. On retrouve logiquement la domination de la langue allemande dans le domaine politique puisque la majorité de la population suisse est germanophone. Supprimer – ou affaiblir – l’apprentissage de l’allemand ne ferait qu’isoler la France romande du reste de la Suisse.

Ceci étant, Thomas Maissen n’oublie pas de rappeler que « chaque canton se sent protégé linguistiquement ». Selon lui, les véritables clivages au sein de la société suisse ne sont pas linguistiques mais séparent les urbains des ruraux, les catholiques des protestants et les tenants de telle politique étrangère contre telle autre. L’attachement aux identités cantonales n’est pas exclusif d’autres affiliations, au moins aussi importantes.

La question des langues à l’école relève donc d’une question bien plus pratique que politique. Dans l’ouest francophone on aimerait que le français reste la « lingua franca »; dans l’est alémanique,  on pousse  l’anglais.

Mais derrière ces arguments parfaitement pragmatiques, une question sous-jacente persiste : y a t-il une volonté plus large de bannir définitivement le français de tous les cantons alémaniques ? Pour l’instant, la  réforme Thurgovienne a inspiré les canton de Nidwald et Grison qui ont déjà appliqué cette restriction.

Pour autant, l’hypothèse d’un glissement de la « toute-puissance » allemande vers la Suisse est à écarter : les Suisses-Allemands ne sont pas les « Volksdeutsche » des années 2000… Ils prendraient comme une insulte d’être assimilés aux Allemands. A l’inverse, les Suisse romands entretiennent avec la France, sa langue et sa culture une liaison bien plus étroite.

Si la Suisse est loin de traverser une guerre de langues, malgré les crispations suscitées par le débat sur l’enseignement du français. Cette anecdote nous en dit long, aussi bien sur le statut de la langue française que sur l’attractivité croissante de l’anglais.  Dans un monde multipolaire où les puissances anglo-saxonnes ont tendance à décliner,  Shakespeare peut mettre tout le monde d’accord.

* Photo : Wikicommons

Le grand quizz de la rentrée

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valerie trierweiler hollande

valerie trierweiler hollande

Chers lecteurs, êtes-vous prêts pour la rentrée ? Après vous être longuement abandonné à la torpeur de l’été, et laissé cuire votre couenne au soleil zénithal, avez-vous encore les idées claires pour affronter les problématiques colossales de ce mois de septembre – entre tous tragi-comique… ? Quizz de rentrée.

1/ Le 8 octobre prochain, sur l’esplanade du Parlement européen, à Bruxelles, et à l’initiative des eurodéputés doit se tenir un évènement majeur visant à « combattre les discriminations »… Lequel ?

a) Le communiste Robert Hue, connu dans les années 60 sous le sobriquet de Willy Balton, donnera un concert de rock avec son groupe, Les Rapaces, afin de défendre la tolérance à l’égard des hommes portant des « barbes difficiles« .

b) Le travesti barbu autrichien Conchita Wurst, vainqueur de l’Eurovision en mai, donnera un récital en faveur des LGBT.

c) Pierre Moscovici, qui vient d’être nommé Commissaire européen aux Affaires économiques, proposera un numéro de claquettes sur le thème de l’ « éco-citoyenneté multiculturelle« .

d) Un artiste plasticien originaire d’Amérique du Sud édifiera une « installation » monumentale en forme de bidet de 12 mètres de haut.

2/ L’ex secrétaire d’Etat socialiste Thomas Thévenoud, atteint de phobie administrative, débarqué en catastrophe du gouvernement pour retards répétés du paiement de ses impôts, laisse d’autres ardoises scandaleuses et de bien mauvais souvenirs…

a) Un kinésithérapeute (qui devait soulager Thévenoud de sa crispation fiscale) a du faire intervenir un huissier pour se faire payer.

b)  Il subsiste une vieille dette libellée en francs à la boulangerie de la rue Victor Hugo de Dijon, pour l’achat d’une quinzaine de fraises Tagada et deux chaussons aux pommes achetés en 1982.

c)  Jérôme Cahuzac a écrit à François Hollande pour dénoncer la dette de poker considérable du jeune député à son égard.

d)  L’ancien conseiller présidentiel Aquilino Morelle – qui revient d’entre les morts – a profité du scandale pour supplier Thévenoud (dans Le Point) de lui rende les trois paires de Weston qu’il lui a prêté au temps de sa magnificence.

3/ La compagnie italienne Costa Croisières va proposer en novembre 2014…

a) Une « Croisière rebelle » avec l’écrivain Edouard Louis, le philosophe Geoffroy de Lagasnerie et le chanteur Cali. Des activités festives sont prévues sur le thème : pirates et boucaniers. Atelier : rédaction de tribunes pour Libé.

b) Une « Croisière Causeur » avec Marcel Gauchet, Elisabeth Lévy et Alain Finkielkraut.

c) Une « Croisière au-delà du socialisme » avec Michel Rocard et Roland Dumas. En haute-mer le bateau, confié aux bons soins du grand Francesco Schettino, doit couler à pic, tandis qu’un orchestre continue à jouer sur le pont.

d) Une « Croisière des Idées » avec les éditorialistes Jean François Kahn, Franz-Olivier Giesbert, Laurent Joffrin, et Jacques Julliard. COMBO ! Conférences de Laurent Joffrin sur Napoléon. Jacques Julliard en chemisettes à fleurs. Open bar. Piscine à vagues.

4/ Lors d’une cérémonie religieuse retransmise en mondovision le géant américain de l’électronique Apple a présenté il y a quelques jours son nouveau modèle de radiotéléphone portatif, l’Iphone 6, accompagné d’une montre connectée qui a fait sensation, l’Apple Watch. À cette occasion…

a) Le publicitaire Jacques Séguéla, qui a pourtant atteint la date limite de consommation, a déclaré : « Si à cinquante ans, on n’en a pas, on a quand même raté sa vie ! »

b) Julien Dray a déclaré : « J’en veux deux, une pour chaque poignet… non, j’en veux trois ! »

c) U2, les rebelles en cellulose de la seconde moitié du XX ème siècle, ont offert leur dernier album affligeant sur la plateforme de téléchargement d’Apple. Et tout le monde a parlé de révolution.

d) Le communiste Robert Hue, connu dans les années 60 sous le sobriquet de Willy Balton, a repris avec son groupe Les Rapaces, le standard « Rock Around The Clock » de Bill Haley.

5/ Le député UMP de Haute-Loire Laurent Wauquiez s’est distingué il y a quelques jours…  

a) En arrêtant lui-même un scooter en excès de vitesse dans la ville du Puy-en-Velay, dont il est le maire et en convoquant les jeunes brigands à l’hôtel de ville.

b) En se foulant la cheville alors qu’il combattait le crime à Gotham City, comme chaque dimanche midi après la messe.

c) En se faisant photographier par Le Parisien en pleine crise de « phobie administrative« , en compagnie de Thomas Thévenoud, dans une position équivoque.

d) En se faisant insulter par une vieille dame sur le marché du Puy-en-Velay, qui le confondait avec Jean-François Copé.

6/ On n’arrête pas le progrès ! La chaîne de magasins C&A, spécialisée dans le prêt-à-porter, va proposer prochainement :

a) Des catalogues papiers sur lesquels il sera possible de « liker » les produits.

b) Une ligne de lingerie fine écologique dessinée par Cécile Duflot.

c) Des espaces dédiés, près des caisses, pour que les clients puissent faire des selfies « en toute sécurité ».

d) Une série de concerts – dans les magasins de l’hémisphère sud – de Willy Balton (alias Robert Hue), et son groupe Les Rapaces.

7/ La rentrée littéraire a été marquée par la publication du livre-règlement-de-comptes de l’ex-première girlfriend Valérie Trierweiler Merci pour ce moment, dans lequel sont révélés quelques traits de personnalité gênants du président Hollande… Parmi l’avalanche de réactions utiles, le Figaro.fr a mis à la Une la déclaration de…

a) Dominique Lavanant qui pense que c’est un « grand pas pour le féminisme« .

b) Marthe Villalonga qui estime qu’il s’agit d’une « honte !« .

c) Charlotte de Turckheim qui trouve « minable » le livre de Valérie Trierweiler.

d) Clémentine Célarié qui se dit « très heureuse » de pouvoir bientôt incarner Valérie Trierweiler au cinéma, dans l’adaptation prochaine du livre par Luc Besson, avec Samy Naceri dans le rôle du chauffeur du scooter présidentiel, José Garcia dans le rôle de François Hollande et Fanny Ardant dans celui de Nadine Morano.

Résultats :  1:b ; 2:a ; 3:d ; 4:c ; 5:a ; 6:a 7:c ; 

*Photo: MEIGNEUX/SIPA.00691594_000008

Le mystère de la frite mystérieuse

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Je suis très inquiet, d’autant plus que la braderie de Lille vient d’avoir lieu. Ce fut pour moi l’occasion de manger des quantités déraisonnables de frites qui, contrairement aux moules, sont servies pour l’occasion à volonté. Avec, pour ma part, une préférence marquée pour celles faites à la belge, c’est-à-dire dans un double bain de graisse de bœuf qui provoque toujours un sourire de bonheur chez les cardiologues.

Mais il y a un problème avec les frites. Pas seulement diététique. Un grave problème qui nécessiterait une enquête approfondie pour dissiper les inquiétudes qui vont commencer à se faire jour chez les consommateurs. Les frites ont en effet, ces derniers jours, provoqué des comportements irrationnels que les médias n’ont pas pu cacher bien longtemps. Ce fut d’abord le cas de ce détenu liégeois qui le jour où il devait comparaître, a préféré envoyer son avocat : c’était un mercredi, donc, le jour des frites au réfectoire de la prison.

Quelques jours plus tard, c’est le monde du foot qui était frappé par ces effets secondaires de l’addiction à la frite. On apprenait en effet que l’ex-entraineur de Manchester United, David Moyes, avait pratiquement été viré à la demande des joueurs parce qu’il leur interdisait de manger… des frites.  C’est Rio Ferdinand, ancien  défenseur des diables rouges mancuniens qui a lâché le morceau : « Et devinez ce qui s’est passé quand Moyes a quitté le club et que Giggs a pris sa relève ? Il n’était pas parti depuis 20 minutes qu’un des gars a dit :  »Il faut demander à Giggs qu’il nous permette de manger nos frites ».»

On peut légitimement s’interroger sur une forme de terrorisme inédit qui viserait à saper la volonté des occidentaux par le biais d’une substance inconnue inoculée dans les patates ou l’huile de cuisson. Imaginons un instant que les chefs de la future coalition contre l’Etat Islamique mangent des frites au moment de décider de la date des premiers bombardements ou que Manuel Valls en abuse avant d’appliquer ses mesures libéralo-libérales. Les conséquences seraient incalculables. Il faut donc au plus vite que l’on nous rassure en allant enquêter du côté de ceux à qui profitent le crime: les cardiologues déjà nommés, Vladimir Poutine ou encore les pétromonarchies peu pressées d’aller aider à attaquer leurs amis sunnites en Irak.

Tout cela est tellement angoissant que je vais reprendre un autre cornet, s’il vous plaît, madame.

LDJ: Juifs et méchants?

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ldj manifestation dieudonne

ldj manifestation dieudonne

Voilà qui commence bien. Contacté par l’intermédiaire de Pierre Lurçat – un ancien du Tagar (un mouvement de jeunesse sioniste) et essayiste qualifié par certains de « spécialiste de l’islamisme » –, un membre de la malfamée Ligue de défense juive qui se fait appeler Moiszek Kahana m’écrit : « Sachez que nous n’avons aucune confiance dans  les journalistes ou blogueurs amateurs et qu’elle ne s’acquière pas. Vous vous intéressez à notre mouvement, je vous réponds mais notre échange sera toujours fondé sur ce paradoxe : l’impossibilité de créer une relation de confiance et mon accord pour répondre aux questions, en gardant à l’esprit que votre papier ne nous sera pas favorables. J’espère ne pas apprendre que certains de nos militants auraient accepté d’échanger avec vous sans nous en avoir avisés. Combien de personnes avez-vous déjà contactées ? (sic et resic…) » En vacances, Moiszek m’envoie son mail depuis Jérusalem, « capitale de l’État juif », comme il n’omet pas de le préciser, promettant néanmoins de m’appeler à son retour en France. Deux jours plus tard, je reçois un appel depuis un numéro masqué. Sans autre forme d’entrée en matière, une voix jeune et grave m’informe m’accorder un entretien en dépit du fait que « Causeur est un canard de gauche ». Se pourrait-il que Moiszek soit tellement à droite que son sens de l’orientation en politique soit quelque peu brouillé ? Il ne l’exclut pas, mais affirme avec fermeté n’avoir jamais donné sa voix au FN : « Au petit-fils de déportés que je suis, cela paraît tout simplement inconcevable. » [access capability= »lire_inedits »]

Décriée comme extrémiste, raciste, anti-Arabe, voire « criminelle » et « fasciste », la LDJ décevrait sans doute ses pires détracteurs s’ils se donnaient la peine de reconnaître sa vacuité idéologique – à la mesure de sa faiblesse numérique : elle ne compterait guère plus d’une soixantaine de « militants ». En pleine rédaction d’un ouvrage consacré à l’histoire des mouvements d’autodéfense juive en France depuis 1967, et réfutant la parenté avec la LDJ que lui imputent plusieurs sources, dont le site Wikipedia, Pierre Lurçat tient à souligner qu’« il n’existe aucun lien hiérarchique ou organisationnel entre la Jewish Defense League américaine et la LDJ française, qui a repris son logo, sans adhérer totalement à l’idéologie kahaniste ». En substance, la seule doctrine de la LDJ serait celle de l’« autodéfense », également mise en exergue par d’autres mouvements juifs, y compris de gauche, comme le Comité de liaison des étudiants sionistes socialistes (CLESS), actif dans les années 1970. Admettons. Sans oublier toutefois que le choix des symboles et des références engage. Assassiné à New York en 1990, Meir Kahane prônait l’expulsion aussi bien des Arabes israéliens que des Palestiniens, la réaffirmation de l’identité juive et l’émigration massive des juifs vers Israël. Des objectifs toujours en vigueur selon David Reinharc, patron du Betar, la mouvance-sœur de la LDJ, mais qui se targue, elle, d’un supplément d’âme conceptuel qui la rattache aux idées de Vladimir Jabotinsky, le père fondateur de la droite israélienne. Une nuance difficile à saisir pour les profanes, mais habilement synthétisée par le politologue Jean-Yves Camus, qui met en garde contre l’amalgame facile entre l’extrémiste LDJ et le Betar, dont sont issus, outre Menahem Begin et Yitzhak Shamir, de nombreux députés de la Knesset et des cadres dirigeants du Likoud. Confondre les deux, rappelle le chercheur, en les disqualifiant sous l’étiquette commune de phalange juive d’extrême droite, conduit à négliger un fait important : « La naissance en France d’un véritable courant néoconservateur juif, prenant réellement son essor dans les années 2000 (…), qu’il convient de prendre au sérieux comme acteur de la vie intellectuelle. » On croirait tout comprendre si David Reinharc n’avait pas signé l’Appel du printemps incitant à voter François Hollande en 2012. Passons. L’essentiel est ailleurs, à savoir dans le volet « autodéfense », pointé du doigt par les pacifiques supporteurs de la cause palestinienne.

Moiszek n’en démord pas : « Nous sommes des guerriers. Mais nos militants n’ont pas besoin d’un sigle ou d’un drapeau pour infliger une correction aux jeunes antisémites qui expriment leur haine du juif dans les quartiers devenus des zones de non-droit. » Que dire pour éviter de plagier Christophe Barbier dans une récente livraison de L’Express : « L’esprit de milice est une déchéance, et confier son sort à des nervis, c’est nourrir la violence, en accepter la pérennité et considérer qu’elle est désormais le registre dominant de la société française. » Si je persiste à croire qu’en effet la violence n’est pas (encore) le registre dominant de la société française, je n’oserai l’affirmer devant les proches d’Ilan Halimi ou devant les familles dont les enfants vont au collège Otzar Hatorah de Toulouse. David Reinharc, quant à lui, considère que le temps des débats est révolu : « Les juifs ont passé beaucoup de temps dans les colloques, symposiums et séminaires essayant de répondre à Alain Badiou. Là où était le langage (et où il n’est plus), la violence doit advenir. Désormais, il faut cesser de gloser et passer au ring et au Betar.» Ce n’est pas sans fierté qu’il revendique la présence de son mouvement, le 13 juillet, auprès de la LDJ, pour protéger la synagogue lors du « pogrom de la rue de la Roquette ». Pourtant, à le voir trébucher sur les lacets défaits de ses Converse, les bras chargés de bouquins plutôt que de battes de base-ball, on n’est pas trop pressé d’alerter la Brigade criminelle.

De multiples tentatives, toutes contestées par les intéressés, ont été faites pour cerner le profil social de ces militants radicaux. Quand Richard Prasquier, ancien président du CRIF, évoque « des jeunes gens paumés », le sociologue Samuel Ghiles Meilhac parle de « jeunesse juive désœuvrée ». Faux, rétorque Pierre Lurçat, soutenant qu’il s’agit d’étudiants ou de jeunes qui travaillent, venus des banlieues autant que des beaux quartiers, qui ne se seraient pas rencontrés ailleurs qu’au sein de la Ligue. Diplômé d’une licence en management, Moiszek, 24 ans, accepte de renouveler l’appel depuis son numéro masqué, mais vers 20 heures, parce qu’il travaille. Je n’en apprendrai pas plus sur son activité professionnelle, sinon qu’aucun de ses collègues n’est au courant de son appartenance à la LDJ : « On est un peu des voyous mais pas de la racaille. La majorité des flics nous connaissent, et je vous jure que, quand on se bagarre parfois avec eux, j’ai honte. Tout comme j’ai honte quand on m’emmène au commissariat. Pour les beurs qui sont pris avec nous, c’est un honneur ! » La différence, aussi mince qu’elle puisse paraître aux yeux de ceux qui renvoient dos à dos la LDJ et les Merah, se niche très certainement dans cette honte qu’on ressent ou pas. Plus à l’aise après des heures passées au téléphone, Moiszek avoue par ailleurs une certaine indulgence de la part de la police : « On aura tout vu ! Un flic nous a fait une quenelle. Mais un autre nous a dit qu’on était la canaille la plus classe de Paris ! » J’objecte qu’il existe des moyens plus « classe » d’affronter ses adversaires que de les asperger de peinture rouge – un traitement servi à la porte-parole des Indigènes de la République, Houria Bouteldja, qui n’inspire pas, il est vrai, une galanterie excessive. Et quid de ce blogueur juif antisioniste Jonathan Moabad, menacé à maintes reprises du fait de ses critiques d’Israël avant qu’une bombe artisanale ne soit déposée sous sa voiture ? Deux sympathisants de la LDJ ont été reconnus coupables et condamnés à des peines de prison ferme : « Certains électrons libres se font passer pour nous, proteste Moiszek. On refuse des fous furieux, qu’est-ce qu’on peut faire de plus ? » Reste à se réjouir que l’engin n’ait assurément pas été fabriqué selon les recettes des djihadistes et autres kamikazes : il n’a pas fait de dégâts en explosant.

Si elle était adoptée, l’option de la dissolution de la LDJ, sérieusement étudiée par la direction des libertés et des affaires juridiques du ministère de l’Intérieur, donnerait-elle les résultats escomptés – l’arrêt des agissements violents et l’extinction des « accrochages communautaires » ? Moiszek se contente de rire. « Que peuvent-ils nous faire ? Nous interroger pendant quatre-vingt-seize heures et puis nous relâcher ? Nous mettre sur écoutes ? Nous emmerder un peu dans la vie quotidienne, d’accord, et alors ? » Autant dire que la menace est aussi sérieuse que si on annonçait la fermeture de Météo France dans le but d’empêcher la pluie de tomber. Dépourvue de statut légal ou associatif, la LDJ correspondrait néanmoins aux critères qui caractérisent les « groupements de fait » et pourrait être dissoute comme tel. La Ligue n’aurait alors plus le droit d’organiser des réunions, de diffuser des tracts ou d’animer un site Internet. Rappelons qu’on parle de quelques dizaines d’activistes et que, dès à présent, ceux qui ont un casier judiciaire « ne se présentent pas sous le drapeau », dixit Moiszek, tout en restant au service de la cause. Pour Pierre Lurçat, le coup de la dissolution fait office de diversion : « On a l’impression que la LDJ est médiatisée à outrance pour ne pas parler de l’antisémitisme ni désigner ses coupables. » Dénonçant « un chantage au républicanisme », d’une part, et, de l’autre, « les penchants criminels de l’Europe démocratique qui veut dissoudre les juifs non reconnaissables dans la figure du dhimmi ou du mort », David Reinharc annonce le lancement contre vents et marées d’Altalena, une revue du Betar.

Doit-on en conclure que les groupes juifs réputés violents n’ont pas trop de souci à se faire ?

Mais quiconque a fréquenté un cours de Sciences-Po a en mémoire ce grand classique pompidolien que fut la dissolution simultanée de la Ligue Communiste et d’Ordre Nouveau en 1973. Au cas où il viendrait à l’idée de l’actuel ministre de l’Intérieur de mettre hors-la-loi quelques groupuscules salafistes, il risque d’être tenté d’inclure la LDJ dans son panier garni, histoire de pas prêter le flanc aux accusations infamantes d’islamophobie, voire de sionisme.[/access]

*Photo: MEUNIER AURELIEN/SIPA.00673298_000004

L’Union européenne, prison des peuples?

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referendum ecosse royaume uni

referendum ecosse royaume uni

Il aura suffi d’un sondage publié début septembre, indiquant pour la première fois qu’une courte majorité d’Ecossais serait favorable à l’indépendance du pays de Braveheart et Walter Scott pour que la caste européiste soit saisie d’affolement. Dans les plus hautes sphères de Bruxelles comme à l’Elysée, on tente de masquer son inquiétude en pratiquant l’autosuggestion : cela ne doit pas être, donc cela ne sera pas ! Une semaine plus tard, une nouvelle batterie de sondages, cette fois-ci plus favorable aux partisans du maintien de l’Ecosse dans le Royaume-Uni, ne suffisait pas à ramener la sérénité : à Barcelone, le 11 septembre, une manifestation monstre s’est appuyée sur l’exemple écossais pour exiger de Madrid la tenue d’un référendum dont l’issue serait beaucoup moins incertaine que le scrutin écossais, tant la cause indépendantiste a progressé en Catalogne. Pendant ce temps-là, sans bruit, mais avec constance, les séparatistes flamands de Bart de Wever s’emploient à vider encore plus la coquille Belgique dans le cadre des négociations pour la formation du nouveau gouvernement du royaume.

Paradoxalement, même s’il est le déclencheur d’un phénomène paneuropéen, le référendum écossais, quel qu’en soit le résultat, n’aura, pour le Royaume-Uni, que des conséquences mineures. Ce n’est pas avec un vote ric-rac, genre 51/49, en faveur de l’indépendance, qu’Alex Salmond pourra mettre en place plus qu’un Etat d’opérette, Westminster et Downing street conservant la haute main sur la diplomatie, l’armée, la monnaie, et Elizabeth II la couronne commune et l’usage du château de Balmoral. D’ailleurs, Salmond a déjà obtenu ce qu’il souhaitait, la promesse d’une dévolution élargie des compétences pour son gouvernement régional appuyé sur une forte majorité autonomiste conduite par le Scottish National Party (SNP). Solide pragmatique, Alex Salmond, saura trouver les moyens de parvenir à un accommodement avec Londres, que le oui ou le non l’emporte. Cette affaire va faire  donc pschitt ! : si l’identité écossaise est incontestable, fondée sur un roman historique partagé et une religion presbytérienne majoritaire, l’espace culturel britannique commun (langue, insularité, rapport aux autres) est également un fait incontournable.

En revanche, pour la Flandre la Catalogne et peut-être demain d’autres régions à forte identité, ou pour des populations enfermées dans des nations qu’elles récusent, comme les Hongrois de Roumanie et de Slovaquie, la mise en avant de revendications relevant du « droit des peuples à l’autodétermination », ne devrait que s’amplifier. On pensait jusque-là, à tort, que la construction européenne, l’abaissement quasi-total des barrières frontalières, et la liberté générale de circulation allaient remiser ces vieilleries au rayon des accessoires défraîchis du « monde d’hier ». Or, il n’est en rien : la mondialisation et de la crise économique ont provoqué un réveil des nationalités fondé sur le sentiment qu’il n’est de solidarité réelle que dans un espace géographique, culturel et politique homogène, où l’on se comprend au delà des conflits de classe et des querelles de clocher. À cela s’ajoute dans de larges couches des populations concernées, le souhait de d’abandonner la statut de citoyen d’une « grande nation », à vocation mondiale sinon universelle, pour se réfugier dans l’appartenance à une « petite nation » tranquille et prospère, dont la Suisse est le modèle. L’exemple des pays d’Europe centrale (à l’exception de la Pologne), et des pays baltes, qui s’accommodent d’une double allégeance, aux Etats-Unis pour leur sécurité, à l’Allemagne pour leur développement économique et leur prospérité, montrent que les « petits » ne sont pas moins biens armés que les « grands » pour faire face aux défis du moment. Ce nationalisme n’est pas agressif : il est boutiquier (les Allemands diraient Spiessburger), un tantinet égoïste et peu exaltant pour les âmes romantiques, mais il est néanmoins un puissant moteur de changement de l’ordre géopolitique en place.

L’Union européenne, face à ce phénomène, adopte pour l’instant une attitude disciplinaire : rien ne doit bouger ! L’intangibilité des frontières des pays adhérents est un dogme absolu, conforté par des traités qui contraindraient les sécessionnistes potentiels à refaire une demande d’adhésion à l’UE, processus long et aléatoire. La règle de l’unanimité pour l’intégration exclut d’autre part l’admission d’un nouveau membre à laquelle s’opposerait la « maison mère » de la nouvelle entité. Le conflit récurrent, en droit international, entre le principe du  droit des peuples à l’autodétermination  et celui du respect de l’intégrité territoriale des Etats membres de l’ONU est tranché en faveur exclusive du second par Bruxelles. «Votez si cela vous chante, mais sachez que c’est le statu quo ou la porte ! », tel est le message, brutal et sans équivoque, des pontes de l’UE. Cela induit, chez les peuples concernés, un sentiment de frustration et d’injustice : les séparatistes divers et variés ne remettent pas en cause les institutions de l’UE, n’ont pas pour programme de la quitter, et se refusent à la violence pour faire triompher leur projet national. Ils demandent seulement que Bruxelles prenne acte de l’expression majoritaire d’un choix populaire. Déjà fortement entamée par l’entourloupe du retour, par la fenêtre, du projet de Constitution européenne rejetée par le suffrage universel, en France et aux Pays-Bas, en 2005, la légitimité démocratique des institutions de l’UE se réduit comme peau de chagrin. Il serait paradoxal qu’une Union, fruit du libre consentement des peuples et des Etats membres, devienne l’avatar tardif d’une Russie tsariste qualifiée jadis de « prison des peuples ».

*Photo: Scott Heppell/AP/SIPA.AP21624178_000003

Foot africain: Ubu arbitre

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foot africa cup

foot africa cup

Pour De Gaulle, le sport est le reflet d’une nation, de sa puissance, de son dynamisme. Si l’on en croit le Général, le continent africain a encore quelques soucis à se faire. Malgré un certain optimisme affiché ces dernières années quant à ses perspectives économiques, la phase de qualification de la prochaine Coupe d’Afrique des nations (prévue au Maroc, en janvier 2015) dont l’étape finale se déroule entre septembre et novembre 2014, laisse plutôt l’impression que le continent n’en a pas fini avec ses vieux démons. Pour le moment, le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on assiste à un spectacle unique et rocambolesque. Pas forcément d’un point de vue sportif. Un scénario – ou plutôt un ensemble de scénarii – qu’il eût été impossible d’imaginer sauf peut-être par un Gérard Oury.

Le match Mauritanie/Guinée Equatoriale a été le premier théâtre de cette succession d’événements. La rencontre pourtant remportée par la Guinée Equatoriale, jouée en un match aller et un match retour, portait la mention « awd » ; abréviation anglaise du terme « awarded », elle signifiait tout simplement qu’à la suite d’une réclamation, la Confédération africaine de football avait décidé d’attribuer la victoire à la Mauritanie après que fut prouvée l’utilisation par la Guinée Equatoriale d’un joueur en réalité camerounais, Thierry Fidjeu. Ce n’était que le début.

Plus tard, c’est la mention « w/o » (« walkover ») qui figurait cette fois-ci à la place du score final cumulé de la rencontre Gambie/Seychelles. Habituée aux abréviations sportives et en anglais, mais non moins intriguée, je n’ai pas tardé à découvrir que ni le match aller, ni le match retour de cette rencontre ne s’étaient disputés ; la Gambie avait cette fois été disqualifiée, s’étant rendue coupable d’avoir enfreint la limite d’âge  des joueurs lors d’un match éliminatoire de la Coupe d’Afrique des moins de 20 ans contre le Libéria. Peu chanceuse, la Gambie s’était faite prendre. Elle avait donc écopé peu avant de 2 ans de suspension, suspension qui touchait également l’équipe A de Gambie.

Alors que je m’attendais à naviguer en des eaux plus calmes pour la seconde phase des éliminatoires et que je découvrais avec délectation la victoire surprise du petit Lesotho face au Kenya, le répit fut de courte durée. Sacrebleu ! Retour de la mention « awd ». La rencontre Congo / Rwanda, s’était soldée par une victoire du dernier au terme d’un suspens haletant et d’une séance de tirs aux buts fortement déconseillée aux cardiaques. Hélas, pour les malheureux Rwandais, la confédération africaine de football avait trouvé parmi ses rangs un obscur joueur du nom de Daddy Birori, au sujet duquel la fédération rwandaise avait affirmé mordicus qu’il était au-dessus de tout soupçon. Jusqu’à ce que l’on découvre que le dit Daddy Birori, de son vrai nom Etekiama Agity Tady, possédait un passeport congolais (du Congo Kinshasa). La fédération rwandaise, dont la combine fut très peu appréciée de la confédération africaine de football, fut donc elle aussi priée de quitter la compétition et vit le Congo accéder à la phase ultime des éliminatoires.

Et pour la Libye, même sur la pelouse, rien ne va plus. Les Libyens, qui avaient affronté le Rwanda et perdu au tour précédent, avaient en vain formulé une plainte au même sujet. Leur élimination après leur défaite  3 – 0 (les trois buts marqués par un certain… Daddy Birori ! ), a bien été validée.

Un peu plus loin, la confrontation entre la Sierra Leone et les Seychelles (rescapées du premier tour), m’interrompait une nouvelle fois et je me mis à avoir peine à croire au surréalisme et à l’ubuesque de ces éliminatoires. Cette fois, le match aller s’était bien déroulé et avait vu la Sierra Leone l’emporter logiquement 2 – 0 ; mais pas de match retour. Ce dernier, prévu aux Seychelles, n’avait pas pu se disputer malgré la bonne volonté des Sierra Leonais qui s’étaient présentés le moment venu chez leurs adversaires : ils furent tout bonnement refoulés par les douanes seychelloises de l’aéroport international craintives du virus Ebola, et qui dans leur zèle ont empêché toute la sélection sierra-leonaise de disputer le match éliminatoire, préférant leur indiquer le chemin du vol retour vers Freetown. Enterrant aussi tout espoir pour leur propre équipe nationale de se qualifier pour la prochaine CAN puisque cette mesure équivaut aux yeux de la confédération africaine à un forfait des Seychelles. Les Seychelles avaient donc rendu vaine leur qualification au tour précédent face à une Gambie exclue, et  désormais certainement dépitée. Que va-t-il advenir de la Sierra Leone lors de la dernière phase des éliminatoires ? L’ensemble de ses adversaires va-t-il imiter la décision des Seychelles, offrant victoire sur victoire aux Sierra-Leonais sans même jouer et une qualification plus qu’inespérée pour la CAN ? Nul ne le sait pour l’instant.

Bien plus que les dysfonctionnements et à contresens du traditionnel discours moralisateur, ce sont, peut-être paradoxalement, les sentiments de liberté, de spontanéité et de fraîcheur qui émanent de tout cela. De toute évidence, cette phase éliminatoire de la CAN et sa série de péripéties qu’il aurait été difficile de croire si elles étaient survenues ailleurs qu’en Afrique, viennent nous le rappeler : quelques hirondelles ne font pas un printemps africain.

*Photo:  JEFFROY GUY/SIPA.00652540_000010

Sur Israël, Valls dit des choses que Sarkozy n’a jamais osé dire

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goldnadel israel gaza

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Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Il préside les associations Avocats sans frontières et France-Israël. Dernier ouvrage publié : Le vieil homme m’indigne ! (Jean-Claude Gawsewitch, 2012).

Propos recueillis par Daoud Boughezala.

Causeur : Jusqu’au sommet de l’État, nos politiques déplorent l’importation du conflit israélo-palestinien en France. Mais, après tout, de même qu’une majorité de juifs français semble soutenir Israël, est-il anormal que les immigrés arabo-musulmans se sentent solidaires des Palestiniens de Gaza ?

Gilles-William Goldnadel : Non, ça ne me paraît pas inouï. En tant que défenseur de l’identité, je ne dénie à personne le droit d’avoir sa part de tribalité sur le conflit israélo-palestinien. Là où le bât blesse, c’est lorsqu’on fait parler le cocktail Molotov et qu’on glisse du conflit israélo-arabe à l’antisémitisme pur et simple. De manière un peu controuvée, François Hollande a d’ailleurs parlé d’« importation du conflit » après les violences. Or, celles-ci émanaient essentiellement du camp arabo-islamique.

Beaucoup de jeunes manifestantes de Barbès et de République arboraient des keffiehs palestiniens plutôt qu’un voile. Les islamistes n’ont apparemment pas la mainmise sur ce mouvement.

Dans ce bouillon de culture, ou plutôt d’inculture, on voit de tout : des voyous, des barbus islamistes, des femmes voilées, des Beurs acculturés ainsi que des « Français de souche » biberonnés à un antiracisme sélectif. Au milieu de ce magma en fusion, émerge une sorte d’islamo-gauchisme : l’antisionisme radical d’une part non négligeable de la communauté musulmane se fait cornaquer par les gauchistes qui tiennent le pavé à Paris. En réalité, les gauchistes sont désormais les idiots utiles des islamistes. Comme lors du procès Garaudy, lorsque je croisais le fer avec Vergès, se constitue une alliance rouge-vert-brun où l’extrême droite la plus obsessionnellement antisémite se joint à la gauche extrême. Il peut sembler paradoxal que les plus nationalistes donnent la main aux internationalistes, mais l’antisémitisme réconcilie tous ces gens.

On croirait entendre Manuel Valls !

Ces derniers mois, Valls aura dit des choses que Sarkozy n’a jamais osé dire. Il a osé critiquer les Verts qui se sont rendus dans des manifestations pavoisées des drapeaux d’organisations terroristes comme le Hamas, le Hezbollah ou même le califat islamique, et où certains criaient « Mort aux juifs ! ». Reste à la gauche modérée à en tirer enfin les conséquences en renonçant à faire alliance avec ces gens-là, sauf à trahir les rares principes qui lui restent, d’autant plus qu’elle continue à vouloir faire la leçon à la droite pour son alliance imaginaire avec une Marine Le Pen autrement plus calme sur la question que l’extrême gauche.

Si, à la gauche de la gauche, l’antisionisme est un dogme indiscuté, tous les anti-Israéliens virulents ne basculent pas dans l’antisémitisme. À trop traquer le paravent antisioniste du nouvel antisémitisme, ne diabolisez-vous pas toute critique d’Israël ?

On peut évidemment être anti-israélien sans être antisémite.[access capability= »lire_inedits »] On peut être stupide, ignorant, iconoclaste, provocateur, salaud… L’antisémitisme n’est pas le seul et unique paramètre de l’abjection humaine. On peut être aussi anti-israélien et antisémite, et même ça peut aider. Vous ne trouverez pas sous ma plume une ligne où je traite quelqu’un d’antisémite sous le prétexte qu’il a critiqué Israël ; cela ne me viendrait même pas à l’idée ! Du reste, Israël est le pays le plus critiqué au monde, y compris chez certains juifs, qui posent en s’opposant.

À l’instar des nouveaux judéophobes, certains soutiens inconditionnels d’Israël n’en amalgament pas moins judaïsme et sionisme. Lorsqu’il organise des manifestations et des galas de soutien à l’État hébreu, le CRIF ne sort-il pas de son rôle ?

La défense de l’existence de l’État d’Israël est inscrite dans les statuts du CRIF. Je vous mentirais en vous disant que cela me choque. Que cela plaise ou non, Israël, c’est l’État juif. Comme l’a fait remarquer Alain Finkielkraut, qui n’a jamais ménagé les gouvernements israéliens, il faudrait renier Israël pour trouver grâce aux yeux des contempteurs de l’État juif. Or, par une sorte de ruse de l’histoire, le principal ciment aujourd’hui entre les juifs, ce qui les fait vibrer pour Israël, accomplir leur alya et renforcer le sionisme, c’est la critique et le dénigrement obsessionnel d’Israël ! Je prétends que ce qui fait partir nombre de juifs de France, c’est moins la peur de la violence islamiste que la capitulation en rase campagne des prétendues élites qui n’arrivent pas à détester totalement ceux qui détestent Israël.

De même que son soutien inconditionnel à Israël, l’institutionnalisation du dîner du CRIF, auxquels sont conviés ministres et chefs de l’opposition, peut accréditer le fantasme d’un lobby juif tout-puissant…

Je ne suis pas allé au dernier dîner du CRIF, parce que je me reconnais de moins en moins dans son action. De la même manière, je déteste les mondanités autour de la Shoah, que je considère comme indécentes et contre-productives. Cela dit, alors que les politiques font également la cour à la communauté musulmane, ce n’est que lorsqu’il s’agit des juifs et d’Israël que l’esprit critique se manifeste.

Que répondez-vous à ceux qui s’inquiètent d’une possible défrancisation des juifs de France, de plus en plus identifiés à l’État d’Israël ?

Je crois qu’on ne peut pas séparer l’histoire récente de la communauté juive française du destin d’Israël. Avant la guerre des Six-Jours, ce n’était pas très gratifiant d’être « israélite ». Les juifs étaient perçus faussement comme un peuple un peu veule, ils n’assumaient pas toujours leur identité. À partir de 1967, on est passé d’un excès à l’autre, lorsqu’Israël a vaincu toutes les armées arabes coalisées. La communauté juive a recouvré sa fierté. Les prouesses scientifiques, industrielles, culturelles ont fait le reste. C’est quelque chose d’impalpable. De l’ordre de la dette. Cette franchise n’empêche pas la francité. Je ne connais pas beaucoup d’autres communautés aussi anciennes, aussi loyales et aussi intégrées.

Cette fierté retrouvée se mue parfois en susceptibilité à fleur de peau. Après la guerre des Six-Jours, lorsque de Gaulle avait critiqué Israël en évoquant un « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur », le CRIF de l’époque ne s’en était pas ému outre mesure. Imaginez le tollé que de tels propos provoqueraient aujourd’hui !

Non, je vous assure que le CRIF et d’autres organisations s’étaient alors indignées contre le parti pris pro-arabe du général de Gaulle, et encore davantage après que celui-ci eut parlé d’un « peuple sûr de lui-même et dominateur ». À l’époque, les États, à commencer par la France, étaient anti-israéliens par realpolitik, notamment afin de ne pas s’aliéner le pouvoir pétrolier arabe, mais les médias protestaient contre ce mercantilisme.
Les choses se sont aujourd’hui inversées : après l’agression du Hamas, les gouvernements occidentaux, inquiets de la montée de l’islamisme, ont affiché des positions plutôt convenables à l’égard d’Israël, tandis que la majorité des médias, influencés par une idéologie sommairement gauchisante, ont au contraire diabolisé l’État hébreu. Prenons un exemple : j’ai lu cet après-midi un merveilleux article d’un intellectuel arabe qui disait tout le mal qu’il pense du Hamas. Ce type-là, rare critique dans son propre camp, n’a aucune chance d’être interviewé par Le Monde, alors que tous les professeurs d’université israéliens qui critiquent leur gouvernement, comme Gideon Levy, de Haaretz, ou Zeev Sternhell, y ont table ouverte. Un peu comme si on ne demandait leur avis sur la politique étrangère de la France qu’à Besancenot et Duflot.

Là où vous dénoncez un acharnement anti-israélien, les opposants à l’offensive de Tsahal dans la bande de Gaza parlent de « carnage », ou à tout le moins de « disproportion » dans la riposte. Il y a bel et bien un rapport de un à dix dans le nombre de morts…

Nous vivons un drame, et la guerre asymétrique est un drame disproportionné. Mais il y a encore plus dramatique que la guerre, c’est l’abandon. Les pacifistes sont les premiers fossoyeurs des grands cimetières sous la lune. Je pense à cet abruti de Bertrand Russell qui, en 1937, prônait le désarmement unilatéral de la Grande-Bretagne contre Hitler, et disait : « Si jamais les nazis envahissent l’Angleterre, il ne faudra même pas se défendre, et lorsque les soldats allemands verront la grandeur de la civilisation britannique, ils mettront l’arme au pied. » Aujourd’hui, une cohorte de Bertrand Russell induit en erreur une jeunesse européenne qui n’a pas conscience de ce que peut être une guerre cruelle en face d’islamistes. Si je n’étais pas juif, il me plaît à penser que je prendrais parti pour un État démocratique agressé par une organisation terroriste, islamiste et antisémite, qui cherche à tuer les enfants des autres et à faire tuer les siens.

Il se dit que l’Autorité palestinienne tente de faire pression sur le Hamas pour lui faire reconnaître Israël. Ne risque-t-on pas de regretter le Hamas dans quelques années, sachant que des groupes salafistes incontrôlés essaiment dans les territoires occupés ?

Cela fait vingt ans que l’on essaye de me vendre le mythe d’un Hamas reconnaissant Israël. Je ne vois pas comment on pourrait changer les vues de ses responsables, qui ont beaucoup plus d’opiniâtreté idéologique, intellectuelle et religieuse que vous et moi. Le Hamas considère que pas un pouce de la terre musulmane, arabe et palestinienne ne peut être cédé. Ses membres pensent que les sionistes sont les voleurs de la terre arabe et musulmane, qu’il s’agisse d’Hébron, de Jaffa, ou de Haïfa. Le Hamas, lorsqu’il tue des Israéliens, laisse parfois des messages de ce style : « Nous avons goûté la chair des juifs et nous l’avons trouvée bonne. » Certains djihadistes sont peut-être plus gourmands, mais, pour la peau des Israéliens, cela ne fait guère de différence.

Ce choix entre la peste et le choléra islamistes découle aussi de l’affaiblissement de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas. En marginalisant les nationalistes palestiniens laïcs, notamment lors du désengagement unilatéral de Gaza en 2005, Israël n’a-t-il pas favorisé le Hamas ?

Sharon a décidé de quitter la bande de Gaza unilatéralement, parce qu’il n’arrivait pas à un compromis avec l’Autorité palestinienne. En 2005, après avoir évalué le rapport de force politique et militaire de l’époque, il a fait le pari que les Palestiniens utiliseraient Gaza comme base pour édifier un État défiant Israël sur les terrains économique, scientifique, culturel – pas militaire. Or, en 2007, le Hamas a pris Gaza par la force et a commencé à lancer des bordées de roquettes sur Israël. Le drame, c’est que le peuple arabe de Palestine est dans la surenchère permanente. Lorsque vous lisez les commentaires antisémites au sein du Fatah, vous avez du mal à faire la différence avec le Hamas ! Si nous avions le choix entre un Hamas extrémiste et une Autorité palestinienne vraiment disposée à des compromis, ce serait merveilleux, mais nous en sommes très loin.

D’éminents diplomates expliquent que le processus de paix s’est enlisé à cause de la poursuite de la colonisation israélienne…

Ce qui explique l’impasse des négociations, bien plus que le problème des implantations, c’est avant tout le refus arabe, toujours aussi constant, d’accepter une entité nationale non arabe et non musulmane sur ne serait-ce qu’une partie de la terre sacrée. Voilà pourquoi, plus de six décennies après le vote de partage de la Palestine entre deux États, arabe et juif, les premiers sont toujours autant arc-boutés sur leur refus de reconnaître Israël en tant qu’État du peuple juif. N’allez surtout pas croire que je ne reconnaisse pas la spécificité du peuple arabe de Palestine : je suis disposé à un compromis territorial, même douloureux, pourvu qu’il garantisse une paix définitive. C’est pourquoi j’avais applaudi aux accords d’Oslo. Mais je n’ai aucune estime pour les formes irrédentistes et mortifères que prend depuis toujours le nationalisme palestinien. J’ajoute que, si je suis favorable à un compromis territorial définitif, je suis intransigeant sur la réciprocité, qui doit avoir valeur de test. Il faudra m’expliquer au nom de quoi on exige des Israéliens la reconnaissance du droit du peuple arabe de Palestine à un État indépendant et pourquoi l’inverse n’est pas exigé avec autant de fermeté lorsqu’il s’agit du peuple juif.

Il faut être deux pour faire la paix. Et rien n’indique que la frange la plus droitière du gouvernement israélien y soit disposée. Netanyahou ne craint-il pas de déclencher une guerre civile en acceptant des concessions territoriales ?

Alors qu’il n’a aucune confiance dans ses actuels interlocuteurs, Netanyahou n’est en effet pas pressé d’engager une partie difficile contre les habitants des territoires, sur la base d’un accord boiteux. Cela étant, 90 % du peuple israélien serait d’accord pour un sacrifice historique et douloureux, en contrepartie d’une paix et d’une sécurité définitives.
Certains semblent penser que Jérusalem a les cartes en main et qu’il suffirait de faire un effort pour arriver à la paix. Mais Shimon Peres, Ehoud Barak et Ehoud Olmert ont fait des efforts considérables sans rien obtenir en échange sinon la terreur. Vingt ans après Oslo, nous sommes encore dans la même situation. Et celle-ci est invraisemblablement plus complexe qu’on voudrait le faire croire en France. De mon point de vue, il n’y aura pas de paix tant que les Palestiniens plébisciteront ceux qui portent le plus de coups à Israël. Dès 1962, le président tunisien Habib Bourguiba l’avait remarqué : « Les dirigeants arabes enflamment les foules avec leurs slogans belliqueux, et ensuite ils s’étonnent de ne pouvoir éteindre l’incendie. »[/access]

Questions vaches à Stéphane Le Foll

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 « On se demande à quoi sert un ministre s’il n’est pas capable de rédiger une loi » m’a fait remarquer le porte-parole de la Confédération paysanne, Laurent Pinatel, au téléphone. La question posée à l’occasion du débat sur l’installation de la ferme, dans la baie de Somme, ayant la capacité de réunir 1000 vaches laitières sous un même toit, pour un rendement maximum, a de quoi titiller jusqu’aux oreilles étiquetées de Marguerite et de ses 999 copines.

Dimanche dernier, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a rappelé qu’il ne « soutenait pas le projet de la ferme des «1000 vaches».  On en meugle de soulagement. Mais il ne l’a pas interdit non plus. C’est que le projet est « dans les règles ». Des règles qui pourraient être modifiées, si « le Ministre en question en avait le courage », précise Laurent Pinatel.

En fait, la schizophrénie gouvernementale va plus loin que ça. Car, pendant que le ministre de l’agriculture  n’ose pas affronter le système d’exploitation inhumain des bovins, son projet de loi sur l’avenir de l’agriculture a été adopté. Or, ce texte est inscrit dans une idéologie radicalement opposée à celle de la ferme-usine. Il porte comme priorité gouvernementale « l’agroécologie », c’est-à-dire une alliance entre l’agronomie et l’écologie. En résumé, on donne la préférence aux écosystèmes plutôt qu’aux alliages chimiques.

Comment expliquer ce grand écart entre la culture et l’élevage? Et encore, souligne Laurent Pinatel, « la ferme des 1000 vaches, c’est emblématique, parce qu’elle accumule tout ce contre lequel on lutte, mais il existe des élevages encore plus intensifs que celui-là. Le centre d’engraissement des taurillons par exemple, les élevages de 2000 porcs, etc… »

Alors, c’est grave docteur, notre ministre est vraiment bipolaire? Certes, mais il existe un remède. D’après le Doc’ de la Confédération paysanne, il suffit de compter sur un retour au réflexe démocratique : « Aux Français d’interroger les responsables politiques et de les mettre devant leurs responsabilités ».

Bref, on n’est pas sorti de l’auberge. Et les vaches non plus.