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Merci patron!

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pierre gattaz medef

Le Medef donne l’exemple à ces feignasses de salariés dont certains, un peu moins tétanisés que les autres, allaient promener leur flemme du côté de la Fête de l’Huma ce 14 septembre : eux au moins, les patrons, ils travaillent le dimanche contrairement à ses cossards de salariés vautrés dans les CDI et la surmutualisation, c’est bien connu. Le Medef a en effet livré la primeur d’un document de 50 pages inventoriant des mesures choc pour créer de l’emploi et même un million d’emplois. C’est dire si ça carbure, dans les têtes des grands patrons. On admirera au passage le sérieux de l’estimation. Un million.  Pas 873 475 ou un million deux cent vingt deux. Non, un million, tout rond. Il ne s’agit évidemment pas d’un chiffre destiné à frapper les esprits. Si les patrons qui savent tout et qui ont toujours raison puisqu’ils sont les seuls producteurs de richesse dans la France archaïque et soviétiquement administrée de 2014 disent qu’ils vont créer un million d’emplois tout rond, c’est que c’est vrai. Le contester ou ironiser vous vaudrait immédiatement la colère voire le mépris de tous les éditorialistes économiques de la télé, je dis bien tous,  chargés de relayer dans une grande et belle unanimité servile, la bonne parole du nouveau bureau politique de la nation, à savoir le Medef.

Regardons un peu quelles sont ces pistes innovantes proposés par Pierre Gattaz, le nouveau chef de l’Etat, un petit gars qui a dû faire ses preuves, surtout aux yeux de son père d’ailleurs, qui exerçait le même job que lui mais dans une époque où le rapport de force avec une gauche de gauche et des syndicats plus combattifs le forçaient à parler un peu meilleur à l’ouvrier.

La première est la suppression des jours fériés. Il y en a onze. C’est une honte pour le patronat que le travailleur ne travaille pas le jour férié. Le jour férié, c’est de la vacance de contrebande. Franchement, est-ce bien raisonnable d’avoir des mois de mai qui ne ressemble à rien. Et tout cela pourquoi ? Pour des fêtes qui rappellent un bien mauvais esprit de la part de travailleurs qui le 1er mai célèbrent le travail en ne foutant rien, ce qui est tout de même un comble. Quant au 8 mai, qui n’est pas fêté en Allemagne, il rappelle notre victoire sur un partenaire économique qui est un exemple à suivre désormais. On passera sur les fêtes religieuses. Pour le patronat, l’ouvrier n’a même plus le droit à, au soupir de la créature opprimée comme disait Marx. Non, la fête religieuse est aussi porteuse de mauvais esprit, qui raconte comment un homme nait, meurt et ressuscite pour continuer à proférer des inepties pleines de ressentiment contre les riches et se moquer de la réduction des déficits : « Je ne serai pas toujours parmi vous » dit-il à ses disciples qui s’indignent comme des socio-démocrates quand  Marie de Béthanie lui verse du parfum sur les pieds et les essuie avec ses cheveux, dans une dépense somptuaire qui pourrait faire péter la ligne bleue des 3%.

Mais me direz-vous, et si le jour férié tombe un dimanche, ce qui arrive quand le jour férié, rusé comme un faux  chômeur, est mobile ? Qu’importe, le Medef, qui a tout prévu, propose d’en finir avec le dimanche une bonne fois pour toutes. Bon, c’était dans l’air, de toute façon. Et on peut parier que les derniers à défendre le dimanche, on ne les trouvera pas du côté de la CFDT, qui est l’idole des jaunes, mais de quelques vieux évêques  crispés sur leurs acquis théologiques comme d’autres le sont sur des acquis sociaux.

Pour le reste, les demandes patronales sont somme toutes de bons sens : fin du Smic, « qui est un frein à la croissance, amen !», fin des 35 heures « qui sont une aberrrration » avec 4 r comme  aimait à le prononcer le baron Seillière, fin des taxations sur les flux financiers qui limitent les dividendes remis aux actionnaires et donc les empêchent d’embaucher du personnel de maison, sinon j’ai du mal à voir le lien entre création d’emplois et spéculation, mais bon, en même temps, les économistes télévisionnaires vont surement très bien me expliquer.

Bref, on ne va pas citer pour la énième fois Warren Buffet et sa phrase sur l’existence d’une guerre de classes que la sienne, celle des super riches, serait en train de gagner. Il la déplorait, d’ailleurs, Buffet, pas spécialement par philanthropie mais surtout parce que ça pourrait finir par devenir dangereux, à la longue, cet écrasement du monde du travail dans la peur,  la misère et l’esclavage soft. Mais il n’y a plus que Warren Buffet et les patrons pour croire à la lutte des classes. Même les ministres socialistes, comme Fleur Pellerin et quelques autres, expliquent doctement que ça n’existe pas.

C’est pour cela, d’ailleurs, que nous souhaitons que le gouvernement Valls mette en œuvre le plus rapidement possible ces mesures voulues par le Medef, et le fasse avec son aptitude habituelle, un peu écoeurante,  à se soumettre à tous les diktats venus du patronat.

Parce qu’avec un peu de chance, le peuple de France se souviendra peut-être alors, en menant une vie dont ses grands-parents et parents avaient réussi à s’affranchir en 1936, puis avec le CNR,  qu’il a tout de même quelques magnifiques révolutions à son actif et qu’il n’a jamais rien obtenu, conquis ou reconquis, que par la force.

*Photo: MEIGNEUX/SIPA.00691218_000086

Fête de l’Huma : deux chrétiens parmi tant d’autres

fete huma pape francois

Aller à la Fête de l’Humanité ? Pour beaucoup de catholiques pratiquants, cela ne leur viendrait pas à l’esprit. Pour d’autres, participer à un tel festival bolchevique serait même la dernière chose à faire. Errer parmi des faucilles et des marteaux flottant dans un ciel rouge pendant que cuisent les merguez et les cuisses de poulet ? Jamais. Les chrétiens, pensent-ils probablement, devraient plutôt se tenir à l’orée des écoles de commerce.

Mais pourtant, chrétien, ce slogan du Front de gauche ne l’est-il pas profondément ?  « l’humain d’abord ».  Autant par son histoire que par son sens, cette expression si chère à la « vraie gauche » n’est pas sortie du dernier meeting de Mélenchon. Chrétienne, elle est indubitablement. Nietzsche détestait le christianisme et le socialisme pour cette même raison : la racine  dégénérée de la faiblesse. Cette façon qu’ils ont tous les deux, christianisme et socialisme,  de résister à une esthétique de la force, en montrant d’abord des noms et des visages à sauver….

Le malentendu superficiel en la personne du Pape François, perçu comme le nouveau leader marxiste mondial, lient à nouveau ensemble christianisme et socialisme. Autant de prétextes pour se rendre à la Fête de l’Huma, en donnant le ton. Nous sommes chrétiens, avons-nous précisé ce week-end. Alors, universel, le socialisme et le christianisme ? Oui, mais pas universaliste.  La preuve,  l’humain existe, et nous l’avons rencontré.

Pour un habitué des rassemblements catholiques, la Fête de l’Huma n’est pas sans rappeler l’ambiance joyeuse et bonne enfant des JMJ. Il y a l’unité spirituelle, la saveur du partage et du don, pratique courante dans ce genre d’endroits,  (la boue dans les chaussures), et enfin, quand les idées et les personnes se rencontrent, le sentiment d’échapper aux impératifs individualistes en vigueur. Tel Jules, jeune maçon, militant communiste en Rhône-Alpes, qui répète presque mot pour mot ce que disent des milliers de chrétiens à leur retour des JMJ : « cet événement est grandiose ! C’est un véritable ressourcement pour moi. Je me sens d’attaque pour toute l’année ensuite ! ». Dans les deux cas, c’est un évènement attendu, façon anti club Med, parce qu’il y a toutes ces exigences mentionnées qui vont à contre-courant de l’époque.

Jules a beaucoup voyagé en Amérique latine. « Là-bas, nous explique-t-il, il y a des prêtres qui défendent les pauvres, les sans-terres. Tous les camarades sont chrétiens. Je suis obligé de reconnaître qu’ils ont une autre approche de la religion que nous, en Europe ». On lui demande s’il apprécie le Pape François. « Je n’aime pas le Vatican en tant qu’institution, mais il me semble que le Pape donne un exemple positif, en prenant soin des plus faibles ». Un de ses camarades venu de Saint-Etienne témoigne : « ma grand-mère ne va plus à la messe depuis 20 ans, car elle était en conflit avec l’Eglise. Aujourd’hui, grâce au Pape François, elle y retourne ! » Un autre ajoute : « je connais un prêtre ouvrier qui a travaillé en Corée du Sud : l’Eglise y défend les exclus et les victimes de la société capitaliste. Cela nous fait réfléchir… »

On s’arrête au stand du PCF des Alpes-de-Haute-Provence, goûter leur huile d’olive « cuvée Jaurès », sur des tartines. Dans la conversation, on tombe d’accord sur la nécessité de garder le dimanche chômé. Que pensent-ils du Pape François ? « Il ne mâche pas ses mots ! Il va vers les pauvres, il ne juge pas, il est dans l’accueil… »

Plus loin, à un stand des Jeunesses communistes tenue par deux jeunes filles, les questions reprennent, un peu spontanément : le Pape François y est  apprécié. Jean-Paul II et Benoît XVI, en revanche, sont détestés. À leur égard, le mot « contraception » revient régulièrement dans les bouches. C’est que les deux jeunes filles insistent sur la liberté et sur le choix, comme par réflexe. Et puis la discussion s’oriente sur le terrain de l’avortement. Une des jeunes filles en a vécu un. « Ce n’est pas quelque chose d’anodin. Le changement de la loi, dire que ce n’est pas une situation de détresse, c’est un mensonge. Il faut permettre à celles qui veulent garder leur enfant de le faire, mais il faut qu’elles puissent décider seules. C’est vrai qu’il peut y avoir des pressions extérieures pour ne pas le garder, mais moi, c’était plutôt l’inverse. »

À la Fête de l’Huma, lorsque vous lancez le mot « chrétien », un autre mot vous est donné comme réponse et comme assentiment : la JOC, la Jeunesse ouvrière chrétienne. Pour beaucoup, ces camarades sont apparemment leur seul lien avec le christianisme. Quand on se présente comme chrétien, la JOC arrive automatiquement dans la discussion. Auréolée d’une réputation de quasi-sainteté, elle est louée partout pour son travail associatif, complémentaire du militantisme des autres. Mais au stand de la JOC, aucun signe distinctif ne rappelle le christianisme. Ils distribuent des feuillets contre l’extrême droite, des T-shirts, des mugs, des bières… Rien de confessionnel. Seules leurs affiches à l’extérieur ont une trace religieuse, car des plaisantins y ont écrit des graffitis : « Jésus aurait voté Jaurès », « Non, il aurait voté Allende ! » En débat, ce week-end au stand de la JOC : « être chrétien et de gauche ». Pour expliquer la présence de chrétien à La Courneuve, le site de l’Huma précise qu’il n’y a pas de contradiction.

Avant d’aller vers la sortie, nous nous arrêtons au stand des Jeunesses communistes. Parmi les pin’s, l’un représente Benoît XVI, un préservatif sur la tête. « C’est rigolo, lâche-t-on en chœur,  mais tu sais camarade, le Pape est très anticapitaliste à sa façon, vous devriez le voir comme un allié, non comme un ennemi ». Le jeune homme qui tient le stand s’excuse aussitôt : « Je ne l’avais pas vu, celui-là, je vais l’enlever tout de suite ! ». Il ajoute : « Le précédent Pape, Benoît, a fait quelque chose qui m’a beaucoup touché : il a démissionné quand il ne sentait plus la force pour mener sa mission. J’ai trouvé ça très humble, et très courageux de sa part. »

Kipling avait raison. L’Est et l’Ouest, en tant que tels, sont irréconciliables, et ne peuvent se rencontrer. Mais de personne à personne, le dialogue et l’annonce sont possibles. De cœur à cœur, il n’y a plus ni Est ni Ouest.

*Photo : Lionel Urman/SIPA. 00692470_000042. 

Hippocrate, film hypocrite?

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hippocrate lilti immigration

Sur nos écrans depuis une semaine, Hippocrate, de Thomas Lilti, a reçu un bon accueil critique. Le film retrace les premiers pas de Benjamin, fils de médecin et futur médecin lui-même, en tant qu’interne dans un hôpital de la région parisienne. Il est censé faire une peinture douce-amère d’une initiation à l’âge d’homme, dans ce milieu si particulier qu’est l’hôpital. Malheureusement, ce canevas honorable cache une ambition plus profonde, plus politique.

Benjamin Barois, donc, débute son internat dans le service de médecine de son père, à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches. Il est un peu perdu, et il y a de quoi. L’ambiance est pesante, car ses collègues, médecins et infirmiers, sont tous plus abjects les uns que les autres : le Pr Barois, chef de service, glacial, corporatiste, hypocrite, menteur et en fin de compte très lâche ; le Dr Denormandy, chef de clinique, tortionnaire de vieilles dames, aussi incompétente qu’indifférente aux souffrances humaines, dont le but principal est de « libérer des lits » ; les réanimateurs, techniciens sans âme et sans cervelle, adeptes de l’acharnement thérapeutique ; les chirurgiens qui opèrent des cancéreux pour faire du chiffre, sans aucun projet à long terme, et les abandonnent sitôt sortis du bloc ; les internes, paresseux, bagarreurs, débauchés et ivrognes ; les infirmiers qui regardent la télévision au lieu de s’occuper des patients ; la lingère qui délivre des blouses tachées ; tous sont manipulés par une administration mesquine, dirigée par un technocrate parachuté depuis la grande distribution pour faire des économies en pressurant les dépenses de personnel et de matériel ; quant aux patients, ils sont pour la plupart dégénérés, alcooliques au dernier stade. Tout ce beau monde se débat dans un univers sordide, arrière-cours sinistres et murs tagués de dessins obscènes. L’équipement est à l’avenant : les appareils d’électrocardiographie comme les pompes à morphine sont en panne, évidemment. Voilà la peinture de ce que le réalisateur, lui-même médecin et fils de médecin, a paraît-il vécu lors de ses études… Peinture outrancière et complaisante, où certains détails sont justes, mais où l’accumulation de charges à sens unique donne la nausée.

Dans ce royaume d’incurie et de méchanceté, les médecins étrangers sont le seul recours. Le vrai héros d’Hippocrate, ce n’est pas Benjamin Barois, pâle figure d’adolescent égaré au milieu d’une bande de truands, mais Abdel Rezzak, un médecin algérien contraint, pour survivre, d’accepter en France un poste au-dessous de sa qualification. Abdel est tout ce que les médecins français ne sont pas : il est compétent, humain, réfléchi, consciencieux, honnête, sobre, chaleureux, confraternel… Il est l’archétype du bon médecin, et sans doute aussi du bon mari et du bon père (il souffre de l’absence de sa femme et de sa petite fille).  Abdel excelle dans la ponction lombaire et le soulagement de la douleur, tient la main des mourants et se plonge assidûment dans ses dossiers, prend soin de ses collègues comme de ses malades, refuse les boissons fortes pour garder les idées claires. Il se bat contre vents et marées pour humaniser ce septième cercle de l’enfer qu’est l’hôpital Raymond Poincaré (l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris appréciera). Comme il loge à l’hôpital, dans une chambre misérable (car l’AP-HP est aussi un marchand de sommeil qui loue des logements indignes), il est sur tous les fronts, de jour comme de nuit. Son courage et sa détermination à faire triompher le Bon Sens, le Bien et la Justice auront finalement raison de l’ignominie générale. Abdel épanouira les cœurs les plus endurcis, gagnant l’estime et l’affection de ses collègues égoïstes. Il libèrera l’énergie des personnels paramédicaux, ces damnés de la terre, grâce à lui devenus capables de formuler leurs justes revendications. Et surtout, il aidera Benjamin, triste héritier d’un système pourri, à « tuer le père » et à grandir dans la direction radieuse de son modèle : l’excellence bien connue de la médecine algérienne est là pour nous faire rêver. Un autre personnage, délicatement esquissé, renforce le tableau, s’il en était besoin : il s’agit d’un médecin africain manifestement très sympathique (il anime de ses chants la salle de garde) et travailleur (au mépris des lois organisant le repos de sécurité, il prend des gardes successives pour décharger les Français qui refusent de travailler les jours fériés).

Le message est martelé, lourdement répété scènes après scènes, où s’enchaînent caricatures et lieux communs, jamais loin de la médisance voire de la diffamation : la seule chance pour notre pays est de remplacer au plus vite ses nationaux ignobles, stupides et incompétents par des immigrés en provenance des pays du Sud. Eux seuls pourront régénérer notre système de santé à bout de souffle. Eux seuls apporteront compétence, humanisme, dévouement et solidarité. Eux seuls peuvent sauver la médecine, quand nous ne faisons que la massacrer.

La qualité artistique n’est pas en cause dans Hippocrate. Sans être un grand film, c’est un divertissement qui se regarde sans ennui. Le scénario est prenant, les acteurs sensibles, la mise en scène efficace, la caméra nerveuse. Mais ces éloges, appliqués à un projet aussi pernicieux, se transforment en critiques. De bout en bout, Hippocrate est un film détestable, vecteur d’une idéologie odieuse, et surtout fondé sur une complète méconnaissance de ce qu’est vraiment la médecine hospitalière française. Aucun soignant, aussi médiocre, dur et cynique soit-il, ne peut se reconnaître dans le tableau sans nuance et sans tendresse que trace Thomas Lilti. Aucun hôpital ne cumule à ce point les défauts organisationnels et humains. Car c’est surtout dans l’accumulation de portraits accablants que réside la mauvaise foi. La répartition des rôles est si tranchée qu’elle tourne à la caricature : à ma droite, les horribles Français, à ma gauche, les Africains et Nord-Africains admirables. Le camp du vice face au camp de la vertu. Cette préférence ethnique est aussi choquante que l’eût été l’inverse. Comment justifier, alors, un tel sectarisme ? Venant d’un Français, et d’un médecin, on ne voit pas d’autre explication que la haine de soi. Haine de soi, haine des siens : la xénophilie sert de couverture à l’autophobie.

On sort de ce film mal à l’aise, troublé par une question à double sens : « Au fait, pourquoi ce n’est pas nous, Français, qui allons faire nos études de médecine en Algérie ? Et en définitive, pourquoi n’envoyons-nous pas nos malades là-bas, pour leur plus grand bien ? ». Cette question appelle une réponse évidente, que ceux qui connaissent la qualité des soins médicaux généralement dispensés sur l’autre rive de la Méditerranée éluderont par un sourire pudique. Avant de conclure, tout simplement, que le réalisateur avait quelques comptes à régler avec sa famille et son pays[1. Le réalisateur, toute honte bue, a même attribué à ses antihéros les noms de médecins réellement en fonction à l’AP-HP ! Les Dr Barois, Denormandie et Riou seront ravis de voir leur patronyme si bien illustré au cinéma…].

Recherche prof désespéré

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lycee ecole prof

On dirait une erreur sur le calibre de la balle — 9,53 mm, cela n’existe pas.

Mais ça mériterait d’exister — juste histoire de vérifier la puissance de pénétration et les dégâts à la sortie que pourrait faire un 9,53 dans le crâne du type qui a déposé à Pôle Emploi la petite annonce suivante :

Numéro de l’offre – 019RTKF ; Offre actualisée le 08/09/2014
Professeur / Professeure de mathématiques

Métier du ROME K2107 – Enseignement général du second degré

Description de l’offre : Vous serez chargé d’assurer les cours de mathématiques auprès de collégiens.
Poste est à pourvoir rapidement.

Entreprise : COLLEGE CHARLES FRANCOIS DAUBIGNY
Lieu de travail : 95 – AUVERS-SUR-OISE

Type de contrat : Contrat à durée déterminée – 12 Mois

Nature d’offre : Contrat travail

Expérience : Expérience exigée de 1 An(s)

Formation
Niveau : Bac+3, Bac+4 ou équivalent Exigé
Domaine : Mathématiques
Diplôme demandé : licence

Niveau : Bac+5 et plus ou équivalent Exigé
Domaine : Mathématiques
Diplôme demandé : master

Permis : B – Véhicule léger Souhaité

Connaissances bureautiques
Traitement de texte : Utilisation normale
Tableur : Utilisation normale

Qualification : Employé qualifié
Salaire indicatif : Horaire de 9.53 Euros

Durée hebdomadaire de travail : 18H Horaires normaux

Taille de l’entreprise : 20 à 49 salariés

Secteur d’activité : Enseignement secondaire général

Pourquoi diable pensé-je à la déclaration de Raymond-la-Science, tête pensante de la Bande à Bonnot, aux policiers qui l’arrêtaient : « Vous faites une bonne affaire ! Ma tête vaut cent mille francs, chacune des vôtres sept centimes et demi. Oui, c’est le prix exact d’une balle de browning ! »
Qu’on se rassure, ce n’est pas réservé aux profs de maths. En Lettres, on y a droit aussi. Pour quelques heures seulement par semaine — juste assez pour faire disparaître des statistiques du chômage le masochiste qui va choisir de travailler 4h1/2 par semaine.
Les réactions des enseignants sont modérément enthousiastes.

Calculons. Sur la base de 9,53 € de l’heure, et pour 18 heures hebdomadaires (le service normal d’un prof certifié), cela fait 686 € par mois. Byzance !
En fait, c’est un peu moins de la moitié d’un titulaire officiel du CAPES, qui commence aux alentours de 1600 € mensuels. Et c’est le rêve des futurs recruteurs : plutôt que de trop payer des titulaires, autant embaucher à moitié prix, et un peu moins, des gens montés à Bac + 5, désireux de se frotter à la réalité de l’enseignement — chic ! Tous intérimaires !
Nous en parlions il y a un mois ici même…

Inutile de s’appesantir sur ce que l’on peut s’acheter avec cette manne inespérée — 686 € par mois. Mais en vérité, étudiants de toutes farines, je vous le dis : c’est moins que le tarif ordinaire d’une femme de ménage (aux alentours de 11€), et c’est infiniment moins que ce que gagne une pute. Les matheux sollicités par Pôle Emploi savent probablement compter — enfin, on l’espère. La conclusion va de soi : il vaut mieux se faire enculer pour de bon que de l’être métaphoriquement par les affameurs qui nous gouvernent. Parce qu’à ce compte, les profs aussi bientôt seront sans-dents.

*Image : wikicommons.

Lemaire, l’homme de fer

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Bruno Le Maire, qui fut, si j’ai bien suivi, ministre de l’Agriculture dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy, brigue le poste de Président de l’UMP. À ce titre, il était l’invité de Laurent Ruquier. Il est de bonne compagnie, cultivé, humaniste et séduisant. Il a une femme et quatre enfants, se montre sensible à la souffrance des déshérités et veut que les Français restent dans ce beau pays qu’est la France. Jusque-là, rien que de très convenu et de très convenable. Mais quand on lui fit observer que, face à Sarkozy, il partait perdant, il expliqua qu’il se battrait jusqu’au bout pour défendre ses convictions et qu’il avait en lui  » quelque chose de dur comme du fer ». Les femmes tombèrent alors en pâmoison et les hommes eurent un sourire entendu. Dorénavant, Bruno Le Maire dispose d’une arme cachée. On ne la trouvera pas dans son programme politique, mais dans son pantalon. Voilà ce qu’on retiendra de son passage à  » On n’est pas couché « .

Autre bon moment : la défense du roman d’amour de Valérie Trierweiler par l’ami Patrick Besson. Quand l’immense critique littéraire qu’est Aymeric Caron, approuvé par tous les invités, marqua son profond dégoût pour ce livre, le qualifiant de seau d’immondices, Patrick lui fit gentiment observer que la littérature n’avait jamais été rien d’autre. Stupéfaction et consternation générale. Enfin une bouffée d’oxygène dans ce cirque des bienpensants !

La politique arabe de la France? Une somme d’échecs et de turpitudes!

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chirac politique arabe

Le 9 juillet 2014, un bref communiqué de l’Élysée déclenchait une tempête : « Le président de la République a eu ce soir un entretien téléphonique avec le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Il lui a exprimé la solidarité de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza. Il lui a rappelé que la France condamnait ces agressions. Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces. Le président de la République rappelle la nécessité de prévenir l’escalade de la violence. »

Immédiatement, c’est le tollé, dans le petit monde des soutiens inconditionnels de la cause palestinienne en France : François Hollande ne délivrerait rien de moins qu’un « permis de tuer » au chef du gouvernement «  le plus à droite qu’Israël ait connu », principal geôlier de « la prison à ciel ouvert » enfermant les habitants de Gaza. « Israël assassin ! Hollande complice ! » devient le slogan récurrent des manifestations anti-israéliennes organisées dans toute la France, non sans dérapages carrément antisémites. Qu’un président de la République française puisse, à un moment où Tsahal ne peut faire autrement que de répondre à une agression caractérisée, manifester sa compréhension pour ceux qui se défendent, en s’exprimant clairement, relèverait donc d’une forme de complicité dans la perpétration de crimes de guerre. On laisserait dans les poubelles de l’histoire de la propagande grossière ce type d’accusations, si elles ne s’étaient immédiatement doublées d’une mise en cause encore plus dévastatrice pour un président de la Ve République : en quelques lignes, il aurait porté un coup mortel à la « politique arabe » de la France, tué une seconde fois le général de Gaulle, celui de la fameuse conférence de presse du 27 novembre 1967, où fut proféré le fameux « peuple d’élite, sûr de lui et dominateur » accusant les Juifs et Israël de tous les maux du Proche-Orient, discours devenu le dogme intangible gouvernant l’action de la France dans la région. En rompant avec l’État juif de manière aussi agressive (le style compte autant sinon plus que le fond), un de Gaulle vieillissant, perdant prise aussi bien sur les réalités intérieures françaises que sur l’évolution du monde, laissait un héritage empoisonné à ses successeurs, dont aucun, de droite comme de gauche, n’a eu suffisamment de courage ou de clairvoyance pour s’en défaire.[access capability= »lire_inedits »] Au contraire, tel un mantra, on répétait, et on répète encore aujourd’hui, que cette ligne, distincte de celle des États-Unis, comme de celle de feu l’URSS, a permis à la France de faire entendre sa voix au Proche-Orient, donc de peser sur le cours des événements. Que de telles âneries puissent encore être proférées aujourd’hui, dans des journaux aussi sérieux que Le Monde et Le Figaro, provoque l’étonnement de l’historien-diplomate Elie Barnavi, qu’on ne peut ranger dans le camp des amis politiques de Benyamin Netanyahou : « La politique arabe de la France a toujours été une illusion », écrit-il sur i24 alors que le « Hollande bashing » se déchaîne en France : « Cette illusion a été entretenue par la “rue arabe” du Quai d’Orsay et des gesticulations politiques comme celles de Jacques Chirac[1. Elie Barnavi fait allusion au coup de gueule de Chirac contre la police israélienne dans la vieille ville de Jérusalem, le 22 octobre 1996.]. Son influence sur le cours de la guerre et de la paix a toujours été nulle. (…) C’est encore plus vrai aujourd’hui que le “monde arabe” n’existe plus, s’il a jamais existé autrement que dans la propagande de la Ligue arabe et le cerveau romantique des diplomates arabisants du Quai d’Orsay. » L’ami Barnavi, qui a fréquenté étroitement le petit monde dont il parle, nous révèle que le roi est nu, et que cette fameuse « politique arabe » de la France n’a pas fait, au cours du dernier demi-siècle, bouger d’un iota les lignes de force dans le conflit israélo-arabe. À mon humble avis, il fait encore preuve d’une indulgence coupable à l’égard de cette politique en ne la taxant que d’impuissance congénitale. Non seulement le roi est nu, mais son corps est couvert de scrofules et ulcères qui ont nom soutien indéfectible à des dictateurs sanguinaires, tentative de donner l’arme nucléaire au plus sauvage d’entre eux, Saddam Hussein, corruption généralisée d’une partie de l’élite politique et diplomatique française. Jusqu’aux mal nommés «  printemps arabes » de 2011, la ligne « gaullienne » du Quai d’Orsay se résumait à lécher les babouches des dictateurs issus de la mouvance nassérienne et baasiste autant que celles des pétromonarques du Golfe en espérant que cette déférence onctueuse vaudrait de juteux contrats au complexe militaro-industriel français. Le sort des sociétés civiles de ces pays était le dernier souci de cette « rue arabe du Quai d’Orsay », dont les dithyrambes des potentats en place constituaient l’essentiel des télégrammes diplomatiques envoyés à Paris. La pauvre Michèle Alliot-Marie fut la principale victime de cette intoxication, elle qui, en suivant les analyses du Quai, préconisa que l’on instruise les CRS tunisiens pour sauver le régime de Ben Ali…

On a oublié aussi que la France, en 1976, sous l’impulsion de Valéry Giscard d’Estaing et de son Premier ministre Jacques Chirac, a été à deux doigts de favoriser la prolifération nucléaire au Moyen-Orient en fournissant un réacteur nucléaire, Osirak, à Saddam Hussein. En dépit des dénégations de ses promoteurs, il est prouvé aujourd’hui que l’exécution complète de ce contrat aurait permis au dictateur irakien de disposer de cinq ou six bombes nucléaires dans un très court délai. Un raid israélien mit un terme, heureusement, à cette aventure sinistre. Ces choix stratégiques firent l’affaire, certes, de la maison Dassault et des industriels français de l’armement, qui livrèrent pour des dizaines de milliards d’avions et de machines à tuer à des humanistes du style de Saddam Hussein ou de Mouammar Kadhafi. Pendant ce temps-là, sans bruit, sans « politique arabe » tonitruante, en soutenant sans faillir Israël sur le plan diplomatique, l’Allemagne s’installait confortablement sur ces marchés : pour les pétromonarques et les prébendiers des régimes corrompus, la Mercedes blindée est de rigueur, ainsi que l’électroménager d’outre-Rhin, bien plus fiable que celui venu de France… Mis bout à bout, tous ces gadgets finissent par faire des sommes rondelettes, et surtout créent des flux commerciaux indépendants de la conjoncture politique. L’humiliation finale fut le choix, par les Émirats arabes unis, de l’offre sud-coréenne de centrale nucléaire au détriment des petits bijoux technologiques offerts par le consortium français Areva-EDF… Alors à quoi ça sert que la « rue arabe du Quai » se décarcasse ?

Aurait-elle au moins protégé notre pays des attaques terroristes ? Que nenni ! En confondant le monde arabo-musulman avec les potentats en place, nos savants arabisants on fait de la France la cible privilégiée des attentats aveugles et meurtriers en Occident, avant que le 11-Septembre ne vienne en effacer la mémoire. Le soutien à Saddam Hussein, engagé dans une guerre à mort avec l’Iran, fut la conséquence d’une série d’attentats meurtriers à Paris dans les année 1980, ainsi que des enlèvements de Français au Liban, de l’assassinat d’un ambassadeur et du camion piégé contre les légionnaires français envoyés par l’ONU à Beyrouth[2. L’Iran pressait également la France pour obtenir le remboursement du prêt Eurodif, que Paris avait conclu avec Téhéran pour financer la construction d’une centrale nucléaire. À la chute du chah, la France se retira de cet accord bilatéral, ce qui provoqua la colère des mollahs…]. Dans les années 1990, ce fut le tour du FIS algérien de semer la mort terroriste à Paris.

Enfin, et cela aura bizarrement échappé aux limiers de Médiapart, les plus gros scandales de corruption d’hommes politiques et de hauts fonctionnaires français ont pour toile de fond les liaisons dangereuses entretenues par ces derniers avec les détenteurs de pétrodollars. Comme ces gens-là sont habiles, il est rare que ces faits arrivent jusqu’aux tribunaux. Quel mal pourrait-on voir dans le fait qu’un ancien président de la République française soit logé gracieusement sur les quais de la Seine par le fils de son ami Rafic Hariri, Premier ministre libanais assassiné par les Syriens ? Ou qu’un ancien ministre des Affaires étrangères de droite, Hervé de Charrette, connu pour son anti-israélisme viscéral, émarge aujourd’hui à quelque 150 000 euros par an comme président de la Chambre de commerce franco-arabe ? Ou encore qu’un ancien Premier ministre de la France, Dominique de Villepin, ne voie aucune contradiction à fustiger la prétendue bévue de François Hollande dans l’affaire de Gaza alors qu’il empoche des sommes considérable pour ses « activités de conseil » au Qatar ? Il en est, certes, qui se sont fait prendre par la patrouille, comme l’ancien secrétaire général du Quai d’Orsay Serge Boidevaix et son collègue ambassadeur Jean-Bernard Mérimée, qui se sont goinfrés de « bons de pétrole » distribués par leur ami Saddam en échange de leur bons et loyaux services de lobbying en sa faveur en Occident. La chance ne souriant pas seulement aux audacieux, mais aussi parfois aux mauvais sujets, une instruction bousillée par le juge Courroye a provoqué, en 2013, la relaxe générale des diplomates affairistes en première instance. Le parquet a fait appel, mais qui se soucie encore de cette affaire ?

Aujourd’hui, les riverains de la « rue arabe du Quai d’Orsay », ces diplomates dont l’influence n’est plus aussi massive qu’auparavant, sont eux aussi victimes de ces révoltes arabes révélatrices de leur incompétence, sinon de leur corruption. Et ils en deviennent paranoïaques. Ils crient à un complot néoconservateur ourdi par des diplomates bushistes infiltrés jusqu’au plus haut sommet de l’État, et dans les postes-clés à l’étranger, livrant des noms par l’intermédiaire du corbeau habituel Claude Angeli, du Canard enchaîné. Espérons que c’est leur chant du cygne.[/access]

*Photo : HENDLER/SIPA. 00290805_000006.

Réforme territoriale : c’est très mal parti…

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elections regionales hollande

Nicolas Sarkozy, cédant à un effet de mode parisien assez ancien, avait mis en chantier, peu de temps après son arrivée à la présidence de la République, une soi-disant réforme du « millefeuille territorial ». Une loi prévoyant un conseiller territorial unique qui siégerait à la fois à la région et au conseil général fut adoptée. Pour cette raison, le mandat habituel de six ans de chacune de ces instances avait été modifié. Prolongé pour le Département et raccourcis pour la Région afin de coïncider. C’était la logique. Les élections cantonales de 2008 et les régionales de 2010 ont eu lieu, les électeurs étant informés de la durée du mandat confié à leurs représentants. Cette réforme de bric et de broc fut mal acceptée par les élus locaux de droite, et coûta à l’UMP la majorité du Sénat, aux sénatoriales de septembre 2008. Dans un premier temps, François Hollande ne fut pas ingrat et fit abroger cette création du « conseiller territorial ». La catastrophe des municipales du printemps 2014 prévue par tout le monde sauf par François Hollande qui pensait « enjamber » cette échéance, provoqua le congédiement de Jean-Marc Ayrault, et la nomination de Manuel Valls. La diversion du mariage gay déjà utilisée, la situation économique toujours aussi désastreuse, il fallait trouver quelque chose. Ce fut l’épisode assez ridicule du bricolage improvisé aboutissant à la proposition des 12 nouvelles régions à la place des 28 précédentes et au retour de la suppression des départements.

Nous avons dit dans ces colonnes ce que nous pensions de cette lubie qui vise à détruire un système qui marche, en prévoyant notamment la suppression du département, instance territoriale à laquelle les Français sont particulièrement attachés et qui ne marche pas si mal, et qui a surtout les missions sociales en charge.

Décidé et martial, pour suppléer comme c’est maintenant la règle, à l’absence d’arguments sérieux, le Premier ministre balaya les objections sur l’inutilité, la difficulté, et le coût de la réforme. Et confia la tâche et un ministère à un élu qui avait été toute sa carrière opposé aux mesures qu’on lui demandait de maintenant mettre en œuvre. Avec la consigne d’aller vite. Et c’est là que les ennuis ont commencé. Première objection, pour supprimer les départements il faut une réforme constitutionnelle. Il n’y a pas de majorité pour cela. Ensuite le redécoupage. Le premier présenté comme une « proposition » était tellement ridicule qu’il a fallu en élaborer un autre, aussi boiteux que le précédent. Et puis, cela commence à gronder chez les élus locaux socialistes dont 30 000 ont disparu dans la tourmente de mars. Alors, peut-être qu’un peu de concertation et moins de n’importe quoi, ne seraient pas de trop. Et puis, il y a quand même une question d’une certaine importance traitée jusqu’à présent avec une drôle de désinvolture: la question des scrutins. On a beaucoup entendu les quelques fidèles survivants du Président de la République appeler au « respect des institutions » face à ceux qui s’interrogeaient sur la capacité de François Hollande à terminer son mandat. Ils ont été plus discrets sur les différentes manipulations auxquelles nous avons assisté. Dans un premier temps, il était envisagé de fixer la date commune des scrutins régionaux et départementaux à la fin 2016, c’est-à-dire à quelques semaines de la fin du mandat de François Hollande.

Ben voyons… En pleine campagne des présidentielles. Gros problème, cette mesure qui amenait à changer la durée des mandats à moins d’un an de leur renouvellement semblait entretenir des rapports assez élastiques avec la rigueur constitutionnelle. Deuxièmement, puisque l’on invitait les collectivités à participer et  à s’impliquer dans l’élaboration de la réforme, peut-être serait-il assez démocratique de le faire avec leur représentativité d’aujourd’hui ? Qui doit être probablement très éloigné de celle de 2008.

L’été est passé, rien n’a été décidé. Nous sommes donc actuellement à cinq mois de l’échéance légale à laquelle doivent se dérouler ces élections locales. Comme c’était prévu, le Conseil Constitutionnel a fait savoir discrètement qu’il ne fallait quand même pas trop exagérer et qu’un allongement de près de deux ans du mandat des conseils généraux ne serait pas accepté. Première tentative de repousser le scrutin commun fin 2015. Ça grince toujours. Dernier état de la réflexion, nouveau découplage, et les cantonales pour juin 2015. Pour les régionales, on verra.

Bien joué ! À ce niveau d’amateurisme, de tâtonnements et de navigation à vue, on atteint quand même des sommets inquiétants. À cinq mois d’une échéance majeure, on ne sait toujours pas si elle aura lieu. Les élus actuellement en charge ne savent pas s’ils auront cinq mois, un an, deux ans pour la conduite des missions et des projets qui sont les leurs. La loi de 1990 sur le financement de la vie publique et qui a sévèrement réglementé le déroulement des campagnes électorales a expressément prévu deux dates très importantes, relatives au financement des campagnes et à la communication en période électorale. La première un an, et la deuxième six mois avant le scrutin. Impossible à ce jour pour les sortants et les futurs candidats de savoir comment ils doivent s’organiser et quelles sont leurs possibilités d’expression. Sachant que les manquements sont sévèrement sanctionnés comme Nicolas Sarkozy en a fait l’expérience. Cette situation est invraisemblable.

Petit détail ensuite, les communes ont la compétence d’organiser les élections, ce qui leur coûte fort cher. Ce découplage est idiot, il aboutira à des surcoûts conséquents en ces temps d’économie, et surtout il ne servira à rien car personne n’imagine sérieusement que la réforme des régions puisse intervenir avant qu’une nouvelle date d’élections constitutionnellement régulières puisse être fixée.

En 1982, les lois de décentralisation adoptées, François Mitterrand étant au pouvoir, avaient fait l’objet d’un travail de préparation et d’élaboration de près de vingt ans. La plupart des textes furent votées quasiment à l’unanimité. Pourtant, les transferts de compétences, de patrimoines, de ressources demandèrent quatre ans. C’est en 1986 que cette décentralisation que l’on essaye aujourd’hui de détruire trouva à vraiment se déployer. Les trente années suivantes ont permis de la faire évoluer et quoi qu’on en dise de l’améliorer. Il y a encore sûrement beaucoup à faire, mais en évitant à tout prix, l’amateurisme, le bricolage et la désinvolture de cette incroyable navigation à vue.

Pialat écrivain

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pialat vieillirons ensemble

La personnalité de Pialat, mort en 2003,  n’était pas aimable. Mais on paraît rarement aimable quand on refuse absolument toute concession aux goûts et aux convenances de son époque. On se souvient, le plus souvent, en ce qui concerne Pialat, de sa magnifique réponse, aux sifflets des festivaliers cannois lorsqu’il reçut la Palme d’Or pour Sous le soleil de Satan : «  Si vous ne m’aimez pas, sachez que je ne vous aime pas non plus ». Pialat a toujours fait partie de ceux, en effet, qui préféraient la colère à la peur, attitude qui paraît aujourd’hui plus que jamais comme profondément morale. Dans un monde placé sous le signe de la précarité et de l’oppression soft des politiques austéritaires présentées comme la seule alternative, si les gens se mettaient en rogne un peu plus souvent plutôt que de se confire dans la trouille aliénée de ceux qui croient encore avoir quelque chose à perdre, on aurait peut-être un paysage politique moins désespérant.

Pialat, qui a eu  une enfance célinienne avec des parents ruinés et sa grand-mère qui l’a élevé, n’avait aucune raison de prendre des gants avec qui que ce soit. Et il ne les a pas pris, y compris dans ses amours. Son deuxième long métrage, Nous ne vieillirons pas ensemble (1972), décrit la décomposition d’un couple joué par Jean Yanne et Marlène Jobert.  On raconte d’ailleurs que Jean Yanne qui se révèle là un acteur extraordinaire, a failli en venir aux mains avec Pialat lors du tournage. Il y a de quoi, pour ceux qui se souviennent du film. Il n’est pas facile de jouer un personnage odieux et malheureux à la fois, un mec abject avec une femme qui est sa maitresse et qui commence à l’aimer quand elle, elle se met à moins l’aimer.  Si on se fie à l’intrigue, on pourrait croire à du Harlequin, avec le triangle amoureux classique. Mais comme le remarquait Fanny Ardant chez Truffaut dans La Femme d’a côté, ce sont les chansons d’amour à la radio, mêmes idiotes et sirupeuses, qui disent la vérité de l’amour. Et Pialat, le génie de Pialat avait été dans Nous ne vieillirons pas ensemble de transformer une situation convenue en  chef d’œuvre.

Autre question, que se posèrent les spectateurs de Nous ne vieillirons pas ensemble : comment un film sentimental pouvait-il être aussi brutal ? La fin d’un amour aurait appelé plutôt à une forme de mélancolie élégante et non à ces répliques blessantes, ces paires de gifles, ce refus de l’attendrissement, cette psychologie au hachoir. On pourrait aller chercher une explication du côté d’une pudeur exacerbée ou d’une forme d’étrangeté à soi-même comme si précisément, on assistait à sa propre vie dans un film dont on ne serait même pas le metteur en scène.

Mais une  réponse plus précise est sans doute à trouver dans le roman qui donna naissance au film et qui reparait aujourd’hui dans cette collection d’Archipel/Poche intelligemment consacrée à exhumer les romans oubliés qui furent à l’origine de films restés célèbres. Nous ne vieillirons pas ensemble est un roman qui paraît deux ans avant le film, chez un éditeur relativement obscur. Comme le signale l’ami Le Guern dans son intelligente préface, Pialat a déjà 45 ans quand il publie ce livre et sa carrière est au point mort puisqu’il reste confiné à la réalisation de documentaires sans pouvoir réaliser les films qu’il voudrait.  Le lecteur découvrira un texte qui ressemble déjà au Pialat cinéaste. Sur une trame très proche du film, le narrateur Jean vit encore avec sa femme Françoise qu’il trompe depuis des années avec Colette. Tout le monde est au courant dans le trio et dans leur entourage. Ce qui frappe, c’est la sècheresse du roman, une sècheresse qui confine à la désorientation non seulement parce que le narrateur parle de lui comme d’un étranger, se décrivant de manière purement comportementale à la façon d’un polar. Littéralement, il ne sait pas qui il est, ce qu’il pense. Il se raccroche à des bars, des bistrots, des rendez-vous, des errances sur les routes françaises des années 70 entre l’Auvergne, la Côte Normande, la Camargue, Paris.  On peut seulement arriver à deviner ce que les personnages ressentent dans les dialogues, et encore. Tous les bons cinéastes savent que les dialogues ne  sont là que pour ajouter à la confusion, surtout quand ils sont parfaitement ciselés au point de paraître vraiment naturels, ce qui est le comble de l’art.

Nous ne vieillirons pas ensemble, le roman, est donc celui de personnages nus et opaques à la fois, surexposés et pourtant insaisissables. Et au bout du compte, humains, trop humains.  On a là, du coup, une clé bouleversante pour comprendre un peu mieux le grand Maurice.

Tartuffe, un discours sur la servitude volontaire

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tartuffe moliere jesuite

Qui n’a pas vu jouer Tartuffe ignore ce qu’est le jeu de bonneteau. La pièce centrée sur le personnage à double fond, faux dévot aux manières patelines dont Molière fait le portrait à coups de serpe, dénonce moins un caractère universel qu’un phénomène d’emprise aux résonances politiques. C’est avant tout cela, Tartuffe : une pièce politique. À ce titre, plus importante, plus nécessaire, que L’Avare, Le Malade imaginaire, Les Femmes savantes ou même Don Juan. Et comme il s’agit d’une pièce foncièrement politique, elle fut interdite dès sa première représentation. C’était le 12 mai 1664, il y a trois cent cinquante ans. Anniversaire bienvenu pour célébrer la liberté d’esprit contre les impostures.

À peine les trois actes qui constituaient alors la pièce furent-ils joués à Versailles devant Louis XIV pendant les fêtes grandioses données à l’aube du nouveau règne – Les Plaisirs de l’Île enchanté – que l’enchantement comique tourna court : les dévots, jésuites en tête, se sentirent attaqués, ils en appelèrent au roi, lequel mit le holà en dépit de son goût pour Molière. « Truffer », en vieux français, signifiait « tromper » : d’où le titre exact, Le Tartuffe ou l’imposteur, de quoi contrarier bien des gens. La pièce sera reprise à Paris trois ans plus tard, allongée de deux actes, aussitôt interdite. Puis en février 1669, toujours à Paris : et c’est un triomphe ![access capability= »lire_inedits »]

Il a fallu cinq ans pour que les conservateurs baissent pavillon. Bigots pour les uns, saintes âmes pour les autres. En tout cas, dans l’intervalle, la reine mère Anne d’Autriche soutient leur combat, vigie des bonnes mœurs qui surveille la cour où le Roi-Soleil, gracieux danseur de ballets, conte fleurette à Madame, sa cousine germaine et incidemment sa belle-sœur, épouse de Monsieur, esthète grassouillet qui, à Madame, préfère les seigneurs bravaches et les valets de pied. Tout ce petit monde s’amuse beaucoup sous le regard de la reine mère qu’entourent les pieuses figures de la Compagnie du Saint-Sacrement, parmi lesquelles Bossuet, unies dans le souvenir du grand Vincent de Paul récemment décédé : une école de prédicateurs à l’ancienne, rigoureux, sincères, dynamiques, des jésuites de feu qui ne badinent pas avec la foi ni avec la morale, et qui tempêtent contre le théâtre. Pour eux, Molière et Satan, c’est tout un. Anne d’Autriche meurt en 1667 d’un cancer du sein dont elle a enduré les douleurs avec un courage exemplaire. La cour peut enfin jouir de libertés nouvelles. Et la troupe du roi, conduite par un Molière au comble de la faveur que le jeune monarque lui prodigue, joue Tartuffe sans interruption devant des publics aux anges.

Ce n’est pas une pièce drôle. Elle s’attaque plaisamment, mais avec gravité, au pouvoir de l’Église ainsi qu’aux deux branches maîtresses du tronc social, l’institution du mariage, en opposant l’amour à la toute-puissance paternelle, et l’institution judiciaire, à travers une affaire d’héritage. On y rit peu. Seule égaie vraiment la fameuse scène 4 de l’acte I, très brève, où Orgon, le maître de maison de retour chez lui après une absence de deux jours, s’inquiète de la santé de Tartuffe au lieu de celle d’Elmire, sa femme, qui, durant ces deux jours, a souffert d’un fort mal de tête avec de la fièvre. Elmire justement que ledit Tartuffe tente de séduire et qui, pour convaincre Orgon de la duplicité du gourou, feint de céder à ses avances après avoir enjoint au cocu virtuel de se cacher sous la table. Jusqu’au terme heureux de la comédie, on assiste avec une sorte d’effroi à la caricature sans concession d’un parfait hypocrite, manipulateur irrésistible et cynique absolu. Quoique… Pas vraiment irrésistible, en réalité. Et là réside l’aspect foncièrement politique de Tartuffe, pour nous autres les modernes.

Voici le fond du propos : les dupes sont dupes de l’imposteur parce qu’elles le veulent bien. Orgon et sa mère, Mme Pernelle, se soumettent de bon gré aux préceptes, reproches, volontés que leur dispense Tartuffe, lequel est logé, nourri, blanchi dans la maison du crédule et à ses frais. Mais à part ces deux-là, personne dans la famille ne mord à l’hameçon. Cléante le beau-frère, Elmire l’épouse, Damis le fils, Mariane la fille, Valère l’amoureux de Mariane qui l’aime et qu’il veut épouser, Dorine la servante vive et fraîche, chacun voit parfaitement clair dans le jeu de l’infâme. Résultat : le faussaire n’abuse que ceux qui s’y prêtent. C’est d’autant plus vrai qu’Orgon dispose de la sagesse nécessaire pour distinguer le visage et son masque. Dorine le souligne d’emblée (acte I , sc. 2).

« Nos troubles l’avaient mis sur le pied d’homme sage,

Et pour servir son prince il montra du courage ;

Mais il est devenu comme un homme hébété,

Depuis que de Tartuffe on le voit entêté. »

Elle parle de la Fronde, cette guerre civile achevée quinze ans plus tôt par la victoire de la monarchie, qui représente l’État central, contre les grands féodaux, évoquée de nouveau à la fin de la pièce par l’exempt, c’est-à-dire l’officier de police, venu chasser de leur maison Orgon et sa famille en vertu d’une décision de justice favorable à Tartuffe, fruit, évidemment, de sa félonie. En fait, l’exempt vient en sauveur. Le roi, usant de son pouvoir souverain, a rompu le contrat par lequel Orgon cédait tous ses biens au faux dévot :

« Et c’est le prix qu’il donne au zèle qu’autrefois

On vous vit témoigner en appuyant ses droits. »

Orgon a su juger droitement au temps de la Fronde. Il s’est montré capable de choisir le parti juste et légitime. Comme ses proches, qui ne cessent de le mettre en garde contre son entêtement, il avait les moyens de résister à la fascination exercée par le faussaire. Il se laisse volontairement embobiner. Il agit librement, sans qu’on le force le moins du monde. Il n’est pas tant victime de l’imposture que complice de sa propre faiblesse. Exemple magistral de servitude volontaire : la dupe est pleinement responsable des abus qu’elle subit.

Ainsi en va-t-il aujourd’hui en matière politique, où les communicants dirigent les opérations : l’artifice règne en maître. Mais les électeurs qui se laissent prendre participent du leurre. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient, professait Chirac le pragmatique. À sa manière tranquillement odieuse, Tartuffe chante le même couplet. Les principes sacrés qu’il prétend servir ne visent que son intérêt le plus personnel, auquel Orgon contribue. L’homme politique use forcément de masques : pour l’emporter, il doit séduire, par conséquent leurrer. Mais il ne leurre que les naïfs qui l’acceptent. Les croyances auxquelles on adhère nous engagent. Orgon est fou de croire aux discours de Tartuffe (« fou » : le terme revient plusieurs fois). Mais loin de l’innocenter, cette folie le condamne.

Les tricheurs contemporains qui battent les estrades, chefs de parti de toutes obédiences, élus de toute farine, n’affichent guère moins d’insolente tromperie que l’imposteur dont s’est entiché Orgon. Un Mendès-France s’est refusé à ce jeu : il a tenu six mois. Un Sarkozy empêtré dans les affaires dont il essaie de se dépêtrer, un Hollande et son optimisme dont il farde la réalité, tous ces truqueurs l’emportent non par leurs vertus, mais par leurs manœuvres, sincérités feintes, froids calculs et mensonges. Encore s’agit-il de démocrates, qui enchâssent leurs faussetés dans le cadre de libertés publiques qu’ils respectent sincèrement. Il arrive aussi que les peuples s’entichent de démagogues pur jus qui, à l’instar de Tartuffe se décrivant, pour se défendre, carrément tel qu’il est, annoncent la couleur : de ce qu’ils feront ou font, de ce qu’ils sont, ils ne cachent rien. Ce qui pousse d’ailleurs à penser que, lors d’élections présidentielles, les candidats élus sur un programme détaillé avec engagements précis doivent inquiéter davantage quand ils se mettent en tête d’appliquer leur programme que s’ils s’en écartent.

Usant de méthodes démagogiques par une nécessité quasi naturelle, la plupart des politiciens manipulent les peuples avec un art aussi grossier qu’efficace. Les avertissements dont ceux-ci bénéficient ne les protègent pas des catastrophes auxquelles leur crédulité les mène. Pas de faux-fuyants ni de vaines excuses : dupes et contents de l’être, les peuples sont responsables de leur crédulité et des conséquences qui s’ensuivent.

Dure leçon. Restent néanmoins deux chances. La première, c’est qu’à l’entêtement des uns réponde la lucidité des autres, ouvrant la voie à l’ouverture des yeux. La seconde réside dans la conclusion de la pièce. Menacé d’être spolié de tous ses biens par Tartuffe, et d’être même chassé de chez lui, Orgon prouve qu’aux individus aveuglés par les cyniques, la vraie difficulté consiste à rendre la vue, mais qu’un artifice positif comme celui d’Elmire s’offrant faussement au dévot pour le confondre permet d’ôter le masque du visage, et, avec la vue, de rendre la raison. À quoi s’ajoute le fait que, s’il est juste et vertueux, un prince parvient toujours, par sa clairvoyance, à châtier l’imposture et remettre le monde en ordre. C’est même à cette aune que se reconnaît sa valeur.[/access]

*Photo: MARY EVANS/SIPA.51014659_000001

Merci patron!

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pierre gattaz medef

pierre gattaz medef

Le Medef donne l’exemple à ces feignasses de salariés dont certains, un peu moins tétanisés que les autres, allaient promener leur flemme du côté de la Fête de l’Huma ce 14 septembre : eux au moins, les patrons, ils travaillent le dimanche contrairement à ses cossards de salariés vautrés dans les CDI et la surmutualisation, c’est bien connu. Le Medef a en effet livré la primeur d’un document de 50 pages inventoriant des mesures choc pour créer de l’emploi et même un million d’emplois. C’est dire si ça carbure, dans les têtes des grands patrons. On admirera au passage le sérieux de l’estimation. Un million.  Pas 873 475 ou un million deux cent vingt deux. Non, un million, tout rond. Il ne s’agit évidemment pas d’un chiffre destiné à frapper les esprits. Si les patrons qui savent tout et qui ont toujours raison puisqu’ils sont les seuls producteurs de richesse dans la France archaïque et soviétiquement administrée de 2014 disent qu’ils vont créer un million d’emplois tout rond, c’est que c’est vrai. Le contester ou ironiser vous vaudrait immédiatement la colère voire le mépris de tous les éditorialistes économiques de la télé, je dis bien tous,  chargés de relayer dans une grande et belle unanimité servile, la bonne parole du nouveau bureau politique de la nation, à savoir le Medef.

Regardons un peu quelles sont ces pistes innovantes proposés par Pierre Gattaz, le nouveau chef de l’Etat, un petit gars qui a dû faire ses preuves, surtout aux yeux de son père d’ailleurs, qui exerçait le même job que lui mais dans une époque où le rapport de force avec une gauche de gauche et des syndicats plus combattifs le forçaient à parler un peu meilleur à l’ouvrier.

La première est la suppression des jours fériés. Il y en a onze. C’est une honte pour le patronat que le travailleur ne travaille pas le jour férié. Le jour férié, c’est de la vacance de contrebande. Franchement, est-ce bien raisonnable d’avoir des mois de mai qui ne ressemble à rien. Et tout cela pourquoi ? Pour des fêtes qui rappellent un bien mauvais esprit de la part de travailleurs qui le 1er mai célèbrent le travail en ne foutant rien, ce qui est tout de même un comble. Quant au 8 mai, qui n’est pas fêté en Allemagne, il rappelle notre victoire sur un partenaire économique qui est un exemple à suivre désormais. On passera sur les fêtes religieuses. Pour le patronat, l’ouvrier n’a même plus le droit à, au soupir de la créature opprimée comme disait Marx. Non, la fête religieuse est aussi porteuse de mauvais esprit, qui raconte comment un homme nait, meurt et ressuscite pour continuer à proférer des inepties pleines de ressentiment contre les riches et se moquer de la réduction des déficits : « Je ne serai pas toujours parmi vous » dit-il à ses disciples qui s’indignent comme des socio-démocrates quand  Marie de Béthanie lui verse du parfum sur les pieds et les essuie avec ses cheveux, dans une dépense somptuaire qui pourrait faire péter la ligne bleue des 3%.

Mais me direz-vous, et si le jour férié tombe un dimanche, ce qui arrive quand le jour férié, rusé comme un faux  chômeur, est mobile ? Qu’importe, le Medef, qui a tout prévu, propose d’en finir avec le dimanche une bonne fois pour toutes. Bon, c’était dans l’air, de toute façon. Et on peut parier que les derniers à défendre le dimanche, on ne les trouvera pas du côté de la CFDT, qui est l’idole des jaunes, mais de quelques vieux évêques  crispés sur leurs acquis théologiques comme d’autres le sont sur des acquis sociaux.

Pour le reste, les demandes patronales sont somme toutes de bons sens : fin du Smic, « qui est un frein à la croissance, amen !», fin des 35 heures « qui sont une aberrrration » avec 4 r comme  aimait à le prononcer le baron Seillière, fin des taxations sur les flux financiers qui limitent les dividendes remis aux actionnaires et donc les empêchent d’embaucher du personnel de maison, sinon j’ai du mal à voir le lien entre création d’emplois et spéculation, mais bon, en même temps, les économistes télévisionnaires vont surement très bien me expliquer.

Bref, on ne va pas citer pour la énième fois Warren Buffet et sa phrase sur l’existence d’une guerre de classes que la sienne, celle des super riches, serait en train de gagner. Il la déplorait, d’ailleurs, Buffet, pas spécialement par philanthropie mais surtout parce que ça pourrait finir par devenir dangereux, à la longue, cet écrasement du monde du travail dans la peur,  la misère et l’esclavage soft. Mais il n’y a plus que Warren Buffet et les patrons pour croire à la lutte des classes. Même les ministres socialistes, comme Fleur Pellerin et quelques autres, expliquent doctement que ça n’existe pas.

C’est pour cela, d’ailleurs, que nous souhaitons que le gouvernement Valls mette en œuvre le plus rapidement possible ces mesures voulues par le Medef, et le fasse avec son aptitude habituelle, un peu écoeurante,  à se soumettre à tous les diktats venus du patronat.

Parce qu’avec un peu de chance, le peuple de France se souviendra peut-être alors, en menant une vie dont ses grands-parents et parents avaient réussi à s’affranchir en 1936, puis avec le CNR,  qu’il a tout de même quelques magnifiques révolutions à son actif et qu’il n’a jamais rien obtenu, conquis ou reconquis, que par la force.

*Photo: MEIGNEUX/SIPA.00691218_000086

Fête de l’Huma : deux chrétiens parmi tant d’autres

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fete huma pape francois

fete huma pape francois

Aller à la Fête de l’Humanité ? Pour beaucoup de catholiques pratiquants, cela ne leur viendrait pas à l’esprit. Pour d’autres, participer à un tel festival bolchevique serait même la dernière chose à faire. Errer parmi des faucilles et des marteaux flottant dans un ciel rouge pendant que cuisent les merguez et les cuisses de poulet ? Jamais. Les chrétiens, pensent-ils probablement, devraient plutôt se tenir à l’orée des écoles de commerce.

Mais pourtant, chrétien, ce slogan du Front de gauche ne l’est-il pas profondément ?  « l’humain d’abord ».  Autant par son histoire que par son sens, cette expression si chère à la « vraie gauche » n’est pas sortie du dernier meeting de Mélenchon. Chrétienne, elle est indubitablement. Nietzsche détestait le christianisme et le socialisme pour cette même raison : la racine  dégénérée de la faiblesse. Cette façon qu’ils ont tous les deux, christianisme et socialisme,  de résister à une esthétique de la force, en montrant d’abord des noms et des visages à sauver….

Le malentendu superficiel en la personne du Pape François, perçu comme le nouveau leader marxiste mondial, lient à nouveau ensemble christianisme et socialisme. Autant de prétextes pour se rendre à la Fête de l’Huma, en donnant le ton. Nous sommes chrétiens, avons-nous précisé ce week-end. Alors, universel, le socialisme et le christianisme ? Oui, mais pas universaliste.  La preuve,  l’humain existe, et nous l’avons rencontré.

Pour un habitué des rassemblements catholiques, la Fête de l’Huma n’est pas sans rappeler l’ambiance joyeuse et bonne enfant des JMJ. Il y a l’unité spirituelle, la saveur du partage et du don, pratique courante dans ce genre d’endroits,  (la boue dans les chaussures), et enfin, quand les idées et les personnes se rencontrent, le sentiment d’échapper aux impératifs individualistes en vigueur. Tel Jules, jeune maçon, militant communiste en Rhône-Alpes, qui répète presque mot pour mot ce que disent des milliers de chrétiens à leur retour des JMJ : « cet événement est grandiose ! C’est un véritable ressourcement pour moi. Je me sens d’attaque pour toute l’année ensuite ! ». Dans les deux cas, c’est un évènement attendu, façon anti club Med, parce qu’il y a toutes ces exigences mentionnées qui vont à contre-courant de l’époque.

Jules a beaucoup voyagé en Amérique latine. « Là-bas, nous explique-t-il, il y a des prêtres qui défendent les pauvres, les sans-terres. Tous les camarades sont chrétiens. Je suis obligé de reconnaître qu’ils ont une autre approche de la religion que nous, en Europe ». On lui demande s’il apprécie le Pape François. « Je n’aime pas le Vatican en tant qu’institution, mais il me semble que le Pape donne un exemple positif, en prenant soin des plus faibles ». Un de ses camarades venu de Saint-Etienne témoigne : « ma grand-mère ne va plus à la messe depuis 20 ans, car elle était en conflit avec l’Eglise. Aujourd’hui, grâce au Pape François, elle y retourne ! » Un autre ajoute : « je connais un prêtre ouvrier qui a travaillé en Corée du Sud : l’Eglise y défend les exclus et les victimes de la société capitaliste. Cela nous fait réfléchir… »

On s’arrête au stand du PCF des Alpes-de-Haute-Provence, goûter leur huile d’olive « cuvée Jaurès », sur des tartines. Dans la conversation, on tombe d’accord sur la nécessité de garder le dimanche chômé. Que pensent-ils du Pape François ? « Il ne mâche pas ses mots ! Il va vers les pauvres, il ne juge pas, il est dans l’accueil… »

Plus loin, à un stand des Jeunesses communistes tenue par deux jeunes filles, les questions reprennent, un peu spontanément : le Pape François y est  apprécié. Jean-Paul II et Benoît XVI, en revanche, sont détestés. À leur égard, le mot « contraception » revient régulièrement dans les bouches. C’est que les deux jeunes filles insistent sur la liberté et sur le choix, comme par réflexe. Et puis la discussion s’oriente sur le terrain de l’avortement. Une des jeunes filles en a vécu un. « Ce n’est pas quelque chose d’anodin. Le changement de la loi, dire que ce n’est pas une situation de détresse, c’est un mensonge. Il faut permettre à celles qui veulent garder leur enfant de le faire, mais il faut qu’elles puissent décider seules. C’est vrai qu’il peut y avoir des pressions extérieures pour ne pas le garder, mais moi, c’était plutôt l’inverse. »

À la Fête de l’Huma, lorsque vous lancez le mot « chrétien », un autre mot vous est donné comme réponse et comme assentiment : la JOC, la Jeunesse ouvrière chrétienne. Pour beaucoup, ces camarades sont apparemment leur seul lien avec le christianisme. Quand on se présente comme chrétien, la JOC arrive automatiquement dans la discussion. Auréolée d’une réputation de quasi-sainteté, elle est louée partout pour son travail associatif, complémentaire du militantisme des autres. Mais au stand de la JOC, aucun signe distinctif ne rappelle le christianisme. Ils distribuent des feuillets contre l’extrême droite, des T-shirts, des mugs, des bières… Rien de confessionnel. Seules leurs affiches à l’extérieur ont une trace religieuse, car des plaisantins y ont écrit des graffitis : « Jésus aurait voté Jaurès », « Non, il aurait voté Allende ! » En débat, ce week-end au stand de la JOC : « être chrétien et de gauche ». Pour expliquer la présence de chrétien à La Courneuve, le site de l’Huma précise qu’il n’y a pas de contradiction.

Avant d’aller vers la sortie, nous nous arrêtons au stand des Jeunesses communistes. Parmi les pin’s, l’un représente Benoît XVI, un préservatif sur la tête. « C’est rigolo, lâche-t-on en chœur,  mais tu sais camarade, le Pape est très anticapitaliste à sa façon, vous devriez le voir comme un allié, non comme un ennemi ». Le jeune homme qui tient le stand s’excuse aussitôt : « Je ne l’avais pas vu, celui-là, je vais l’enlever tout de suite ! ». Il ajoute : « Le précédent Pape, Benoît, a fait quelque chose qui m’a beaucoup touché : il a démissionné quand il ne sentait plus la force pour mener sa mission. J’ai trouvé ça très humble, et très courageux de sa part. »

Kipling avait raison. L’Est et l’Ouest, en tant que tels, sont irréconciliables, et ne peuvent se rencontrer. Mais de personne à personne, le dialogue et l’annonce sont possibles. De cœur à cœur, il n’y a plus ni Est ni Ouest.

*Photo : Lionel Urman/SIPA. 00692470_000042. 

Hippocrate, film hypocrite?

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hippocrate lilti immigration

hippocrate lilti immigration

Sur nos écrans depuis une semaine, Hippocrate, de Thomas Lilti, a reçu un bon accueil critique. Le film retrace les premiers pas de Benjamin, fils de médecin et futur médecin lui-même, en tant qu’interne dans un hôpital de la région parisienne. Il est censé faire une peinture douce-amère d’une initiation à l’âge d’homme, dans ce milieu si particulier qu’est l’hôpital. Malheureusement, ce canevas honorable cache une ambition plus profonde, plus politique.

Benjamin Barois, donc, débute son internat dans le service de médecine de son père, à l’hôpital Raymond Poincaré de Garches. Il est un peu perdu, et il y a de quoi. L’ambiance est pesante, car ses collègues, médecins et infirmiers, sont tous plus abjects les uns que les autres : le Pr Barois, chef de service, glacial, corporatiste, hypocrite, menteur et en fin de compte très lâche ; le Dr Denormandy, chef de clinique, tortionnaire de vieilles dames, aussi incompétente qu’indifférente aux souffrances humaines, dont le but principal est de « libérer des lits » ; les réanimateurs, techniciens sans âme et sans cervelle, adeptes de l’acharnement thérapeutique ; les chirurgiens qui opèrent des cancéreux pour faire du chiffre, sans aucun projet à long terme, et les abandonnent sitôt sortis du bloc ; les internes, paresseux, bagarreurs, débauchés et ivrognes ; les infirmiers qui regardent la télévision au lieu de s’occuper des patients ; la lingère qui délivre des blouses tachées ; tous sont manipulés par une administration mesquine, dirigée par un technocrate parachuté depuis la grande distribution pour faire des économies en pressurant les dépenses de personnel et de matériel ; quant aux patients, ils sont pour la plupart dégénérés, alcooliques au dernier stade. Tout ce beau monde se débat dans un univers sordide, arrière-cours sinistres et murs tagués de dessins obscènes. L’équipement est à l’avenant : les appareils d’électrocardiographie comme les pompes à morphine sont en panne, évidemment. Voilà la peinture de ce que le réalisateur, lui-même médecin et fils de médecin, a paraît-il vécu lors de ses études… Peinture outrancière et complaisante, où certains détails sont justes, mais où l’accumulation de charges à sens unique donne la nausée.

Dans ce royaume d’incurie et de méchanceté, les médecins étrangers sont le seul recours. Le vrai héros d’Hippocrate, ce n’est pas Benjamin Barois, pâle figure d’adolescent égaré au milieu d’une bande de truands, mais Abdel Rezzak, un médecin algérien contraint, pour survivre, d’accepter en France un poste au-dessous de sa qualification. Abdel est tout ce que les médecins français ne sont pas : il est compétent, humain, réfléchi, consciencieux, honnête, sobre, chaleureux, confraternel… Il est l’archétype du bon médecin, et sans doute aussi du bon mari et du bon père (il souffre de l’absence de sa femme et de sa petite fille).  Abdel excelle dans la ponction lombaire et le soulagement de la douleur, tient la main des mourants et se plonge assidûment dans ses dossiers, prend soin de ses collègues comme de ses malades, refuse les boissons fortes pour garder les idées claires. Il se bat contre vents et marées pour humaniser ce septième cercle de l’enfer qu’est l’hôpital Raymond Poincaré (l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris appréciera). Comme il loge à l’hôpital, dans une chambre misérable (car l’AP-HP est aussi un marchand de sommeil qui loue des logements indignes), il est sur tous les fronts, de jour comme de nuit. Son courage et sa détermination à faire triompher le Bon Sens, le Bien et la Justice auront finalement raison de l’ignominie générale. Abdel épanouira les cœurs les plus endurcis, gagnant l’estime et l’affection de ses collègues égoïstes. Il libèrera l’énergie des personnels paramédicaux, ces damnés de la terre, grâce à lui devenus capables de formuler leurs justes revendications. Et surtout, il aidera Benjamin, triste héritier d’un système pourri, à « tuer le père » et à grandir dans la direction radieuse de son modèle : l’excellence bien connue de la médecine algérienne est là pour nous faire rêver. Un autre personnage, délicatement esquissé, renforce le tableau, s’il en était besoin : il s’agit d’un médecin africain manifestement très sympathique (il anime de ses chants la salle de garde) et travailleur (au mépris des lois organisant le repos de sécurité, il prend des gardes successives pour décharger les Français qui refusent de travailler les jours fériés).

Le message est martelé, lourdement répété scènes après scènes, où s’enchaînent caricatures et lieux communs, jamais loin de la médisance voire de la diffamation : la seule chance pour notre pays est de remplacer au plus vite ses nationaux ignobles, stupides et incompétents par des immigrés en provenance des pays du Sud. Eux seuls pourront régénérer notre système de santé à bout de souffle. Eux seuls apporteront compétence, humanisme, dévouement et solidarité. Eux seuls peuvent sauver la médecine, quand nous ne faisons que la massacrer.

La qualité artistique n’est pas en cause dans Hippocrate. Sans être un grand film, c’est un divertissement qui se regarde sans ennui. Le scénario est prenant, les acteurs sensibles, la mise en scène efficace, la caméra nerveuse. Mais ces éloges, appliqués à un projet aussi pernicieux, se transforment en critiques. De bout en bout, Hippocrate est un film détestable, vecteur d’une idéologie odieuse, et surtout fondé sur une complète méconnaissance de ce qu’est vraiment la médecine hospitalière française. Aucun soignant, aussi médiocre, dur et cynique soit-il, ne peut se reconnaître dans le tableau sans nuance et sans tendresse que trace Thomas Lilti. Aucun hôpital ne cumule à ce point les défauts organisationnels et humains. Car c’est surtout dans l’accumulation de portraits accablants que réside la mauvaise foi. La répartition des rôles est si tranchée qu’elle tourne à la caricature : à ma droite, les horribles Français, à ma gauche, les Africains et Nord-Africains admirables. Le camp du vice face au camp de la vertu. Cette préférence ethnique est aussi choquante que l’eût été l’inverse. Comment justifier, alors, un tel sectarisme ? Venant d’un Français, et d’un médecin, on ne voit pas d’autre explication que la haine de soi. Haine de soi, haine des siens : la xénophilie sert de couverture à l’autophobie.

On sort de ce film mal à l’aise, troublé par une question à double sens : « Au fait, pourquoi ce n’est pas nous, Français, qui allons faire nos études de médecine en Algérie ? Et en définitive, pourquoi n’envoyons-nous pas nos malades là-bas, pour leur plus grand bien ? ». Cette question appelle une réponse évidente, que ceux qui connaissent la qualité des soins médicaux généralement dispensés sur l’autre rive de la Méditerranée éluderont par un sourire pudique. Avant de conclure, tout simplement, que le réalisateur avait quelques comptes à régler avec sa famille et son pays[1. Le réalisateur, toute honte bue, a même attribué à ses antihéros les noms de médecins réellement en fonction à l’AP-HP ! Les Dr Barois, Denormandie et Riou seront ravis de voir leur patronyme si bien illustré au cinéma…].

Recherche prof désespéré

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lycee ecole prof

lycee ecole prof

On dirait une erreur sur le calibre de la balle — 9,53 mm, cela n’existe pas.

Mais ça mériterait d’exister — juste histoire de vérifier la puissance de pénétration et les dégâts à la sortie que pourrait faire un 9,53 dans le crâne du type qui a déposé à Pôle Emploi la petite annonce suivante :

Numéro de l’offre – 019RTKF ; Offre actualisée le 08/09/2014
Professeur / Professeure de mathématiques

Métier du ROME K2107 – Enseignement général du second degré

Description de l’offre : Vous serez chargé d’assurer les cours de mathématiques auprès de collégiens.
Poste est à pourvoir rapidement.

Entreprise : COLLEGE CHARLES FRANCOIS DAUBIGNY
Lieu de travail : 95 – AUVERS-SUR-OISE

Type de contrat : Contrat à durée déterminée – 12 Mois

Nature d’offre : Contrat travail

Expérience : Expérience exigée de 1 An(s)

Formation
Niveau : Bac+3, Bac+4 ou équivalent Exigé
Domaine : Mathématiques
Diplôme demandé : licence

Niveau : Bac+5 et plus ou équivalent Exigé
Domaine : Mathématiques
Diplôme demandé : master

Permis : B – Véhicule léger Souhaité

Connaissances bureautiques
Traitement de texte : Utilisation normale
Tableur : Utilisation normale

Qualification : Employé qualifié
Salaire indicatif : Horaire de 9.53 Euros

Durée hebdomadaire de travail : 18H Horaires normaux

Taille de l’entreprise : 20 à 49 salariés

Secteur d’activité : Enseignement secondaire général

Pourquoi diable pensé-je à la déclaration de Raymond-la-Science, tête pensante de la Bande à Bonnot, aux policiers qui l’arrêtaient : « Vous faites une bonne affaire ! Ma tête vaut cent mille francs, chacune des vôtres sept centimes et demi. Oui, c’est le prix exact d’une balle de browning ! »
Qu’on se rassure, ce n’est pas réservé aux profs de maths. En Lettres, on y a droit aussi. Pour quelques heures seulement par semaine — juste assez pour faire disparaître des statistiques du chômage le masochiste qui va choisir de travailler 4h1/2 par semaine.
Les réactions des enseignants sont modérément enthousiastes.

Calculons. Sur la base de 9,53 € de l’heure, et pour 18 heures hebdomadaires (le service normal d’un prof certifié), cela fait 686 € par mois. Byzance !
En fait, c’est un peu moins de la moitié d’un titulaire officiel du CAPES, qui commence aux alentours de 1600 € mensuels. Et c’est le rêve des futurs recruteurs : plutôt que de trop payer des titulaires, autant embaucher à moitié prix, et un peu moins, des gens montés à Bac + 5, désireux de se frotter à la réalité de l’enseignement — chic ! Tous intérimaires !
Nous en parlions il y a un mois ici même…

Inutile de s’appesantir sur ce que l’on peut s’acheter avec cette manne inespérée — 686 € par mois. Mais en vérité, étudiants de toutes farines, je vous le dis : c’est moins que le tarif ordinaire d’une femme de ménage (aux alentours de 11€), et c’est infiniment moins que ce que gagne une pute. Les matheux sollicités par Pôle Emploi savent probablement compter — enfin, on l’espère. La conclusion va de soi : il vaut mieux se faire enculer pour de bon que de l’être métaphoriquement par les affameurs qui nous gouvernent. Parce qu’à ce compte, les profs aussi bientôt seront sans-dents.

*Image : wikicommons.

Lemaire, l’homme de fer

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Bruno Le Maire, qui fut, si j’ai bien suivi, ministre de l’Agriculture dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy, brigue le poste de Président de l’UMP. À ce titre, il était l’invité de Laurent Ruquier. Il est de bonne compagnie, cultivé, humaniste et séduisant. Il a une femme et quatre enfants, se montre sensible à la souffrance des déshérités et veut que les Français restent dans ce beau pays qu’est la France. Jusque-là, rien que de très convenu et de très convenable. Mais quand on lui fit observer que, face à Sarkozy, il partait perdant, il expliqua qu’il se battrait jusqu’au bout pour défendre ses convictions et qu’il avait en lui  » quelque chose de dur comme du fer ». Les femmes tombèrent alors en pâmoison et les hommes eurent un sourire entendu. Dorénavant, Bruno Le Maire dispose d’une arme cachée. On ne la trouvera pas dans son programme politique, mais dans son pantalon. Voilà ce qu’on retiendra de son passage à  » On n’est pas couché « .

Autre bon moment : la défense du roman d’amour de Valérie Trierweiler par l’ami Patrick Besson. Quand l’immense critique littéraire qu’est Aymeric Caron, approuvé par tous les invités, marqua son profond dégoût pour ce livre, le qualifiant de seau d’immondices, Patrick lui fit gentiment observer que la littérature n’avait jamais été rien d’autre. Stupéfaction et consternation générale. Enfin une bouffée d’oxygène dans ce cirque des bienpensants !

La politique arabe de la France? Une somme d’échecs et de turpitudes!

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chirac politique arabe

chirac politique arabe

Le 9 juillet 2014, un bref communiqué de l’Élysée déclenchait une tempête : « Le président de la République a eu ce soir un entretien téléphonique avec le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Il lui a exprimé la solidarité de la France face aux tirs de roquettes en provenance de Gaza. Il lui a rappelé que la France condamnait ces agressions. Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa population face aux menaces. Le président de la République rappelle la nécessité de prévenir l’escalade de la violence. »

Immédiatement, c’est le tollé, dans le petit monde des soutiens inconditionnels de la cause palestinienne en France : François Hollande ne délivrerait rien de moins qu’un « permis de tuer » au chef du gouvernement «  le plus à droite qu’Israël ait connu », principal geôlier de « la prison à ciel ouvert » enfermant les habitants de Gaza. « Israël assassin ! Hollande complice ! » devient le slogan récurrent des manifestations anti-israéliennes organisées dans toute la France, non sans dérapages carrément antisémites. Qu’un président de la République française puisse, à un moment où Tsahal ne peut faire autrement que de répondre à une agression caractérisée, manifester sa compréhension pour ceux qui se défendent, en s’exprimant clairement, relèverait donc d’une forme de complicité dans la perpétration de crimes de guerre. On laisserait dans les poubelles de l’histoire de la propagande grossière ce type d’accusations, si elles ne s’étaient immédiatement doublées d’une mise en cause encore plus dévastatrice pour un président de la Ve République : en quelques lignes, il aurait porté un coup mortel à la « politique arabe » de la France, tué une seconde fois le général de Gaulle, celui de la fameuse conférence de presse du 27 novembre 1967, où fut proféré le fameux « peuple d’élite, sûr de lui et dominateur » accusant les Juifs et Israël de tous les maux du Proche-Orient, discours devenu le dogme intangible gouvernant l’action de la France dans la région. En rompant avec l’État juif de manière aussi agressive (le style compte autant sinon plus que le fond), un de Gaulle vieillissant, perdant prise aussi bien sur les réalités intérieures françaises que sur l’évolution du monde, laissait un héritage empoisonné à ses successeurs, dont aucun, de droite comme de gauche, n’a eu suffisamment de courage ou de clairvoyance pour s’en défaire.[access capability= »lire_inedits »] Au contraire, tel un mantra, on répétait, et on répète encore aujourd’hui, que cette ligne, distincte de celle des États-Unis, comme de celle de feu l’URSS, a permis à la France de faire entendre sa voix au Proche-Orient, donc de peser sur le cours des événements. Que de telles âneries puissent encore être proférées aujourd’hui, dans des journaux aussi sérieux que Le Monde et Le Figaro, provoque l’étonnement de l’historien-diplomate Elie Barnavi, qu’on ne peut ranger dans le camp des amis politiques de Benyamin Netanyahou : « La politique arabe de la France a toujours été une illusion », écrit-il sur i24 alors que le « Hollande bashing » se déchaîne en France : « Cette illusion a été entretenue par la “rue arabe” du Quai d’Orsay et des gesticulations politiques comme celles de Jacques Chirac[1. Elie Barnavi fait allusion au coup de gueule de Chirac contre la police israélienne dans la vieille ville de Jérusalem, le 22 octobre 1996.]. Son influence sur le cours de la guerre et de la paix a toujours été nulle. (…) C’est encore plus vrai aujourd’hui que le “monde arabe” n’existe plus, s’il a jamais existé autrement que dans la propagande de la Ligue arabe et le cerveau romantique des diplomates arabisants du Quai d’Orsay. » L’ami Barnavi, qui a fréquenté étroitement le petit monde dont il parle, nous révèle que le roi est nu, et que cette fameuse « politique arabe » de la France n’a pas fait, au cours du dernier demi-siècle, bouger d’un iota les lignes de force dans le conflit israélo-arabe. À mon humble avis, il fait encore preuve d’une indulgence coupable à l’égard de cette politique en ne la taxant que d’impuissance congénitale. Non seulement le roi est nu, mais son corps est couvert de scrofules et ulcères qui ont nom soutien indéfectible à des dictateurs sanguinaires, tentative de donner l’arme nucléaire au plus sauvage d’entre eux, Saddam Hussein, corruption généralisée d’une partie de l’élite politique et diplomatique française. Jusqu’aux mal nommés «  printemps arabes » de 2011, la ligne « gaullienne » du Quai d’Orsay se résumait à lécher les babouches des dictateurs issus de la mouvance nassérienne et baasiste autant que celles des pétromonarques du Golfe en espérant que cette déférence onctueuse vaudrait de juteux contrats au complexe militaro-industriel français. Le sort des sociétés civiles de ces pays était le dernier souci de cette « rue arabe du Quai d’Orsay », dont les dithyrambes des potentats en place constituaient l’essentiel des télégrammes diplomatiques envoyés à Paris. La pauvre Michèle Alliot-Marie fut la principale victime de cette intoxication, elle qui, en suivant les analyses du Quai, préconisa que l’on instruise les CRS tunisiens pour sauver le régime de Ben Ali…

On a oublié aussi que la France, en 1976, sous l’impulsion de Valéry Giscard d’Estaing et de son Premier ministre Jacques Chirac, a été à deux doigts de favoriser la prolifération nucléaire au Moyen-Orient en fournissant un réacteur nucléaire, Osirak, à Saddam Hussein. En dépit des dénégations de ses promoteurs, il est prouvé aujourd’hui que l’exécution complète de ce contrat aurait permis au dictateur irakien de disposer de cinq ou six bombes nucléaires dans un très court délai. Un raid israélien mit un terme, heureusement, à cette aventure sinistre. Ces choix stratégiques firent l’affaire, certes, de la maison Dassault et des industriels français de l’armement, qui livrèrent pour des dizaines de milliards d’avions et de machines à tuer à des humanistes du style de Saddam Hussein ou de Mouammar Kadhafi. Pendant ce temps-là, sans bruit, sans « politique arabe » tonitruante, en soutenant sans faillir Israël sur le plan diplomatique, l’Allemagne s’installait confortablement sur ces marchés : pour les pétromonarques et les prébendiers des régimes corrompus, la Mercedes blindée est de rigueur, ainsi que l’électroménager d’outre-Rhin, bien plus fiable que celui venu de France… Mis bout à bout, tous ces gadgets finissent par faire des sommes rondelettes, et surtout créent des flux commerciaux indépendants de la conjoncture politique. L’humiliation finale fut le choix, par les Émirats arabes unis, de l’offre sud-coréenne de centrale nucléaire au détriment des petits bijoux technologiques offerts par le consortium français Areva-EDF… Alors à quoi ça sert que la « rue arabe du Quai » se décarcasse ?

Aurait-elle au moins protégé notre pays des attaques terroristes ? Que nenni ! En confondant le monde arabo-musulman avec les potentats en place, nos savants arabisants on fait de la France la cible privilégiée des attentats aveugles et meurtriers en Occident, avant que le 11-Septembre ne vienne en effacer la mémoire. Le soutien à Saddam Hussein, engagé dans une guerre à mort avec l’Iran, fut la conséquence d’une série d’attentats meurtriers à Paris dans les année 1980, ainsi que des enlèvements de Français au Liban, de l’assassinat d’un ambassadeur et du camion piégé contre les légionnaires français envoyés par l’ONU à Beyrouth[2. L’Iran pressait également la France pour obtenir le remboursement du prêt Eurodif, que Paris avait conclu avec Téhéran pour financer la construction d’une centrale nucléaire. À la chute du chah, la France se retira de cet accord bilatéral, ce qui provoqua la colère des mollahs…]. Dans les années 1990, ce fut le tour du FIS algérien de semer la mort terroriste à Paris.

Enfin, et cela aura bizarrement échappé aux limiers de Médiapart, les plus gros scandales de corruption d’hommes politiques et de hauts fonctionnaires français ont pour toile de fond les liaisons dangereuses entretenues par ces derniers avec les détenteurs de pétrodollars. Comme ces gens-là sont habiles, il est rare que ces faits arrivent jusqu’aux tribunaux. Quel mal pourrait-on voir dans le fait qu’un ancien président de la République française soit logé gracieusement sur les quais de la Seine par le fils de son ami Rafic Hariri, Premier ministre libanais assassiné par les Syriens ? Ou qu’un ancien ministre des Affaires étrangères de droite, Hervé de Charrette, connu pour son anti-israélisme viscéral, émarge aujourd’hui à quelque 150 000 euros par an comme président de la Chambre de commerce franco-arabe ? Ou encore qu’un ancien Premier ministre de la France, Dominique de Villepin, ne voie aucune contradiction à fustiger la prétendue bévue de François Hollande dans l’affaire de Gaza alors qu’il empoche des sommes considérable pour ses « activités de conseil » au Qatar ? Il en est, certes, qui se sont fait prendre par la patrouille, comme l’ancien secrétaire général du Quai d’Orsay Serge Boidevaix et son collègue ambassadeur Jean-Bernard Mérimée, qui se sont goinfrés de « bons de pétrole » distribués par leur ami Saddam en échange de leur bons et loyaux services de lobbying en sa faveur en Occident. La chance ne souriant pas seulement aux audacieux, mais aussi parfois aux mauvais sujets, une instruction bousillée par le juge Courroye a provoqué, en 2013, la relaxe générale des diplomates affairistes en première instance. Le parquet a fait appel, mais qui se soucie encore de cette affaire ?

Aujourd’hui, les riverains de la « rue arabe du Quai d’Orsay », ces diplomates dont l’influence n’est plus aussi massive qu’auparavant, sont eux aussi victimes de ces révoltes arabes révélatrices de leur incompétence, sinon de leur corruption. Et ils en deviennent paranoïaques. Ils crient à un complot néoconservateur ourdi par des diplomates bushistes infiltrés jusqu’au plus haut sommet de l’État, et dans les postes-clés à l’étranger, livrant des noms par l’intermédiaire du corbeau habituel Claude Angeli, du Canard enchaîné. Espérons que c’est leur chant du cygne.[/access]

*Photo : HENDLER/SIPA. 00290805_000006.

Réforme territoriale : c’est très mal parti…

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elections regionales hollande

elections regionales hollande

Nicolas Sarkozy, cédant à un effet de mode parisien assez ancien, avait mis en chantier, peu de temps après son arrivée à la présidence de la République, une soi-disant réforme du « millefeuille territorial ». Une loi prévoyant un conseiller territorial unique qui siégerait à la fois à la région et au conseil général fut adoptée. Pour cette raison, le mandat habituel de six ans de chacune de ces instances avait été modifié. Prolongé pour le Département et raccourcis pour la Région afin de coïncider. C’était la logique. Les élections cantonales de 2008 et les régionales de 2010 ont eu lieu, les électeurs étant informés de la durée du mandat confié à leurs représentants. Cette réforme de bric et de broc fut mal acceptée par les élus locaux de droite, et coûta à l’UMP la majorité du Sénat, aux sénatoriales de septembre 2008. Dans un premier temps, François Hollande ne fut pas ingrat et fit abroger cette création du « conseiller territorial ». La catastrophe des municipales du printemps 2014 prévue par tout le monde sauf par François Hollande qui pensait « enjamber » cette échéance, provoqua le congédiement de Jean-Marc Ayrault, et la nomination de Manuel Valls. La diversion du mariage gay déjà utilisée, la situation économique toujours aussi désastreuse, il fallait trouver quelque chose. Ce fut l’épisode assez ridicule du bricolage improvisé aboutissant à la proposition des 12 nouvelles régions à la place des 28 précédentes et au retour de la suppression des départements.

Nous avons dit dans ces colonnes ce que nous pensions de cette lubie qui vise à détruire un système qui marche, en prévoyant notamment la suppression du département, instance territoriale à laquelle les Français sont particulièrement attachés et qui ne marche pas si mal, et qui a surtout les missions sociales en charge.

Décidé et martial, pour suppléer comme c’est maintenant la règle, à l’absence d’arguments sérieux, le Premier ministre balaya les objections sur l’inutilité, la difficulté, et le coût de la réforme. Et confia la tâche et un ministère à un élu qui avait été toute sa carrière opposé aux mesures qu’on lui demandait de maintenant mettre en œuvre. Avec la consigne d’aller vite. Et c’est là que les ennuis ont commencé. Première objection, pour supprimer les départements il faut une réforme constitutionnelle. Il n’y a pas de majorité pour cela. Ensuite le redécoupage. Le premier présenté comme une « proposition » était tellement ridicule qu’il a fallu en élaborer un autre, aussi boiteux que le précédent. Et puis, cela commence à gronder chez les élus locaux socialistes dont 30 000 ont disparu dans la tourmente de mars. Alors, peut-être qu’un peu de concertation et moins de n’importe quoi, ne seraient pas de trop. Et puis, il y a quand même une question d’une certaine importance traitée jusqu’à présent avec une drôle de désinvolture: la question des scrutins. On a beaucoup entendu les quelques fidèles survivants du Président de la République appeler au « respect des institutions » face à ceux qui s’interrogeaient sur la capacité de François Hollande à terminer son mandat. Ils ont été plus discrets sur les différentes manipulations auxquelles nous avons assisté. Dans un premier temps, il était envisagé de fixer la date commune des scrutins régionaux et départementaux à la fin 2016, c’est-à-dire à quelques semaines de la fin du mandat de François Hollande.

Ben voyons… En pleine campagne des présidentielles. Gros problème, cette mesure qui amenait à changer la durée des mandats à moins d’un an de leur renouvellement semblait entretenir des rapports assez élastiques avec la rigueur constitutionnelle. Deuxièmement, puisque l’on invitait les collectivités à participer et  à s’impliquer dans l’élaboration de la réforme, peut-être serait-il assez démocratique de le faire avec leur représentativité d’aujourd’hui ? Qui doit être probablement très éloigné de celle de 2008.

L’été est passé, rien n’a été décidé. Nous sommes donc actuellement à cinq mois de l’échéance légale à laquelle doivent se dérouler ces élections locales. Comme c’était prévu, le Conseil Constitutionnel a fait savoir discrètement qu’il ne fallait quand même pas trop exagérer et qu’un allongement de près de deux ans du mandat des conseils généraux ne serait pas accepté. Première tentative de repousser le scrutin commun fin 2015. Ça grince toujours. Dernier état de la réflexion, nouveau découplage, et les cantonales pour juin 2015. Pour les régionales, on verra.

Bien joué ! À ce niveau d’amateurisme, de tâtonnements et de navigation à vue, on atteint quand même des sommets inquiétants. À cinq mois d’une échéance majeure, on ne sait toujours pas si elle aura lieu. Les élus actuellement en charge ne savent pas s’ils auront cinq mois, un an, deux ans pour la conduite des missions et des projets qui sont les leurs. La loi de 1990 sur le financement de la vie publique et qui a sévèrement réglementé le déroulement des campagnes électorales a expressément prévu deux dates très importantes, relatives au financement des campagnes et à la communication en période électorale. La première un an, et la deuxième six mois avant le scrutin. Impossible à ce jour pour les sortants et les futurs candidats de savoir comment ils doivent s’organiser et quelles sont leurs possibilités d’expression. Sachant que les manquements sont sévèrement sanctionnés comme Nicolas Sarkozy en a fait l’expérience. Cette situation est invraisemblable.

Petit détail ensuite, les communes ont la compétence d’organiser les élections, ce qui leur coûte fort cher. Ce découplage est idiot, il aboutira à des surcoûts conséquents en ces temps d’économie, et surtout il ne servira à rien car personne n’imagine sérieusement que la réforme des régions puisse intervenir avant qu’une nouvelle date d’élections constitutionnellement régulières puisse être fixée.

En 1982, les lois de décentralisation adoptées, François Mitterrand étant au pouvoir, avaient fait l’objet d’un travail de préparation et d’élaboration de près de vingt ans. La plupart des textes furent votées quasiment à l’unanimité. Pourtant, les transferts de compétences, de patrimoines, de ressources demandèrent quatre ans. C’est en 1986 que cette décentralisation que l’on essaye aujourd’hui de détruire trouva à vraiment se déployer. Les trente années suivantes ont permis de la faire évoluer et quoi qu’on en dise de l’améliorer. Il y a encore sûrement beaucoup à faire, mais en évitant à tout prix, l’amateurisme, le bricolage et la désinvolture de cette incroyable navigation à vue.

Pialat écrivain

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pialat vieillirons ensemble

pialat vieillirons ensemble

La personnalité de Pialat, mort en 2003,  n’était pas aimable. Mais on paraît rarement aimable quand on refuse absolument toute concession aux goûts et aux convenances de son époque. On se souvient, le plus souvent, en ce qui concerne Pialat, de sa magnifique réponse, aux sifflets des festivaliers cannois lorsqu’il reçut la Palme d’Or pour Sous le soleil de Satan : «  Si vous ne m’aimez pas, sachez que je ne vous aime pas non plus ». Pialat a toujours fait partie de ceux, en effet, qui préféraient la colère à la peur, attitude qui paraît aujourd’hui plus que jamais comme profondément morale. Dans un monde placé sous le signe de la précarité et de l’oppression soft des politiques austéritaires présentées comme la seule alternative, si les gens se mettaient en rogne un peu plus souvent plutôt que de se confire dans la trouille aliénée de ceux qui croient encore avoir quelque chose à perdre, on aurait peut-être un paysage politique moins désespérant.

Pialat, qui a eu  une enfance célinienne avec des parents ruinés et sa grand-mère qui l’a élevé, n’avait aucune raison de prendre des gants avec qui que ce soit. Et il ne les a pas pris, y compris dans ses amours. Son deuxième long métrage, Nous ne vieillirons pas ensemble (1972), décrit la décomposition d’un couple joué par Jean Yanne et Marlène Jobert.  On raconte d’ailleurs que Jean Yanne qui se révèle là un acteur extraordinaire, a failli en venir aux mains avec Pialat lors du tournage. Il y a de quoi, pour ceux qui se souviennent du film. Il n’est pas facile de jouer un personnage odieux et malheureux à la fois, un mec abject avec une femme qui est sa maitresse et qui commence à l’aimer quand elle, elle se met à moins l’aimer.  Si on se fie à l’intrigue, on pourrait croire à du Harlequin, avec le triangle amoureux classique. Mais comme le remarquait Fanny Ardant chez Truffaut dans La Femme d’a côté, ce sont les chansons d’amour à la radio, mêmes idiotes et sirupeuses, qui disent la vérité de l’amour. Et Pialat, le génie de Pialat avait été dans Nous ne vieillirons pas ensemble de transformer une situation convenue en  chef d’œuvre.

Autre question, que se posèrent les spectateurs de Nous ne vieillirons pas ensemble : comment un film sentimental pouvait-il être aussi brutal ? La fin d’un amour aurait appelé plutôt à une forme de mélancolie élégante et non à ces répliques blessantes, ces paires de gifles, ce refus de l’attendrissement, cette psychologie au hachoir. On pourrait aller chercher une explication du côté d’une pudeur exacerbée ou d’une forme d’étrangeté à soi-même comme si précisément, on assistait à sa propre vie dans un film dont on ne serait même pas le metteur en scène.

Mais une  réponse plus précise est sans doute à trouver dans le roman qui donna naissance au film et qui reparait aujourd’hui dans cette collection d’Archipel/Poche intelligemment consacrée à exhumer les romans oubliés qui furent à l’origine de films restés célèbres. Nous ne vieillirons pas ensemble est un roman qui paraît deux ans avant le film, chez un éditeur relativement obscur. Comme le signale l’ami Le Guern dans son intelligente préface, Pialat a déjà 45 ans quand il publie ce livre et sa carrière est au point mort puisqu’il reste confiné à la réalisation de documentaires sans pouvoir réaliser les films qu’il voudrait.  Le lecteur découvrira un texte qui ressemble déjà au Pialat cinéaste. Sur une trame très proche du film, le narrateur Jean vit encore avec sa femme Françoise qu’il trompe depuis des années avec Colette. Tout le monde est au courant dans le trio et dans leur entourage. Ce qui frappe, c’est la sècheresse du roman, une sècheresse qui confine à la désorientation non seulement parce que le narrateur parle de lui comme d’un étranger, se décrivant de manière purement comportementale à la façon d’un polar. Littéralement, il ne sait pas qui il est, ce qu’il pense. Il se raccroche à des bars, des bistrots, des rendez-vous, des errances sur les routes françaises des années 70 entre l’Auvergne, la Côte Normande, la Camargue, Paris.  On peut seulement arriver à deviner ce que les personnages ressentent dans les dialogues, et encore. Tous les bons cinéastes savent que les dialogues ne  sont là que pour ajouter à la confusion, surtout quand ils sont parfaitement ciselés au point de paraître vraiment naturels, ce qui est le comble de l’art.

Nous ne vieillirons pas ensemble, le roman, est donc celui de personnages nus et opaques à la fois, surexposés et pourtant insaisissables. Et au bout du compte, humains, trop humains.  On a là, du coup, une clé bouleversante pour comprendre un peu mieux le grand Maurice.

Tartuffe, un discours sur la servitude volontaire

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tartuffe moliere jesuite

tartuffe moliere jesuite

Qui n’a pas vu jouer Tartuffe ignore ce qu’est le jeu de bonneteau. La pièce centrée sur le personnage à double fond, faux dévot aux manières patelines dont Molière fait le portrait à coups de serpe, dénonce moins un caractère universel qu’un phénomène d’emprise aux résonances politiques. C’est avant tout cela, Tartuffe : une pièce politique. À ce titre, plus importante, plus nécessaire, que L’Avare, Le Malade imaginaire, Les Femmes savantes ou même Don Juan. Et comme il s’agit d’une pièce foncièrement politique, elle fut interdite dès sa première représentation. C’était le 12 mai 1664, il y a trois cent cinquante ans. Anniversaire bienvenu pour célébrer la liberté d’esprit contre les impostures.

À peine les trois actes qui constituaient alors la pièce furent-ils joués à Versailles devant Louis XIV pendant les fêtes grandioses données à l’aube du nouveau règne – Les Plaisirs de l’Île enchanté – que l’enchantement comique tourna court : les dévots, jésuites en tête, se sentirent attaqués, ils en appelèrent au roi, lequel mit le holà en dépit de son goût pour Molière. « Truffer », en vieux français, signifiait « tromper » : d’où le titre exact, Le Tartuffe ou l’imposteur, de quoi contrarier bien des gens. La pièce sera reprise à Paris trois ans plus tard, allongée de deux actes, aussitôt interdite. Puis en février 1669, toujours à Paris : et c’est un triomphe ![access capability= »lire_inedits »]

Il a fallu cinq ans pour que les conservateurs baissent pavillon. Bigots pour les uns, saintes âmes pour les autres. En tout cas, dans l’intervalle, la reine mère Anne d’Autriche soutient leur combat, vigie des bonnes mœurs qui surveille la cour où le Roi-Soleil, gracieux danseur de ballets, conte fleurette à Madame, sa cousine germaine et incidemment sa belle-sœur, épouse de Monsieur, esthète grassouillet qui, à Madame, préfère les seigneurs bravaches et les valets de pied. Tout ce petit monde s’amuse beaucoup sous le regard de la reine mère qu’entourent les pieuses figures de la Compagnie du Saint-Sacrement, parmi lesquelles Bossuet, unies dans le souvenir du grand Vincent de Paul récemment décédé : une école de prédicateurs à l’ancienne, rigoureux, sincères, dynamiques, des jésuites de feu qui ne badinent pas avec la foi ni avec la morale, et qui tempêtent contre le théâtre. Pour eux, Molière et Satan, c’est tout un. Anne d’Autriche meurt en 1667 d’un cancer du sein dont elle a enduré les douleurs avec un courage exemplaire. La cour peut enfin jouir de libertés nouvelles. Et la troupe du roi, conduite par un Molière au comble de la faveur que le jeune monarque lui prodigue, joue Tartuffe sans interruption devant des publics aux anges.

Ce n’est pas une pièce drôle. Elle s’attaque plaisamment, mais avec gravité, au pouvoir de l’Église ainsi qu’aux deux branches maîtresses du tronc social, l’institution du mariage, en opposant l’amour à la toute-puissance paternelle, et l’institution judiciaire, à travers une affaire d’héritage. On y rit peu. Seule égaie vraiment la fameuse scène 4 de l’acte I, très brève, où Orgon, le maître de maison de retour chez lui après une absence de deux jours, s’inquiète de la santé de Tartuffe au lieu de celle d’Elmire, sa femme, qui, durant ces deux jours, a souffert d’un fort mal de tête avec de la fièvre. Elmire justement que ledit Tartuffe tente de séduire et qui, pour convaincre Orgon de la duplicité du gourou, feint de céder à ses avances après avoir enjoint au cocu virtuel de se cacher sous la table. Jusqu’au terme heureux de la comédie, on assiste avec une sorte d’effroi à la caricature sans concession d’un parfait hypocrite, manipulateur irrésistible et cynique absolu. Quoique… Pas vraiment irrésistible, en réalité. Et là réside l’aspect foncièrement politique de Tartuffe, pour nous autres les modernes.

Voici le fond du propos : les dupes sont dupes de l’imposteur parce qu’elles le veulent bien. Orgon et sa mère, Mme Pernelle, se soumettent de bon gré aux préceptes, reproches, volontés que leur dispense Tartuffe, lequel est logé, nourri, blanchi dans la maison du crédule et à ses frais. Mais à part ces deux-là, personne dans la famille ne mord à l’hameçon. Cléante le beau-frère, Elmire l’épouse, Damis le fils, Mariane la fille, Valère l’amoureux de Mariane qui l’aime et qu’il veut épouser, Dorine la servante vive et fraîche, chacun voit parfaitement clair dans le jeu de l’infâme. Résultat : le faussaire n’abuse que ceux qui s’y prêtent. C’est d’autant plus vrai qu’Orgon dispose de la sagesse nécessaire pour distinguer le visage et son masque. Dorine le souligne d’emblée (acte I , sc. 2).

« Nos troubles l’avaient mis sur le pied d’homme sage,

Et pour servir son prince il montra du courage ;

Mais il est devenu comme un homme hébété,

Depuis que de Tartuffe on le voit entêté. »

Elle parle de la Fronde, cette guerre civile achevée quinze ans plus tôt par la victoire de la monarchie, qui représente l’État central, contre les grands féodaux, évoquée de nouveau à la fin de la pièce par l’exempt, c’est-à-dire l’officier de police, venu chasser de leur maison Orgon et sa famille en vertu d’une décision de justice favorable à Tartuffe, fruit, évidemment, de sa félonie. En fait, l’exempt vient en sauveur. Le roi, usant de son pouvoir souverain, a rompu le contrat par lequel Orgon cédait tous ses biens au faux dévot :

« Et c’est le prix qu’il donne au zèle qu’autrefois

On vous vit témoigner en appuyant ses droits. »

Orgon a su juger droitement au temps de la Fronde. Il s’est montré capable de choisir le parti juste et légitime. Comme ses proches, qui ne cessent de le mettre en garde contre son entêtement, il avait les moyens de résister à la fascination exercée par le faussaire. Il se laisse volontairement embobiner. Il agit librement, sans qu’on le force le moins du monde. Il n’est pas tant victime de l’imposture que complice de sa propre faiblesse. Exemple magistral de servitude volontaire : la dupe est pleinement responsable des abus qu’elle subit.

Ainsi en va-t-il aujourd’hui en matière politique, où les communicants dirigent les opérations : l’artifice règne en maître. Mais les électeurs qui se laissent prendre participent du leurre. Les promesses n’engagent que ceux qui les croient, professait Chirac le pragmatique. À sa manière tranquillement odieuse, Tartuffe chante le même couplet. Les principes sacrés qu’il prétend servir ne visent que son intérêt le plus personnel, auquel Orgon contribue. L’homme politique use forcément de masques : pour l’emporter, il doit séduire, par conséquent leurrer. Mais il ne leurre que les naïfs qui l’acceptent. Les croyances auxquelles on adhère nous engagent. Orgon est fou de croire aux discours de Tartuffe (« fou » : le terme revient plusieurs fois). Mais loin de l’innocenter, cette folie le condamne.

Les tricheurs contemporains qui battent les estrades, chefs de parti de toutes obédiences, élus de toute farine, n’affichent guère moins d’insolente tromperie que l’imposteur dont s’est entiché Orgon. Un Mendès-France s’est refusé à ce jeu : il a tenu six mois. Un Sarkozy empêtré dans les affaires dont il essaie de se dépêtrer, un Hollande et son optimisme dont il farde la réalité, tous ces truqueurs l’emportent non par leurs vertus, mais par leurs manœuvres, sincérités feintes, froids calculs et mensonges. Encore s’agit-il de démocrates, qui enchâssent leurs faussetés dans le cadre de libertés publiques qu’ils respectent sincèrement. Il arrive aussi que les peuples s’entichent de démagogues pur jus qui, à l’instar de Tartuffe se décrivant, pour se défendre, carrément tel qu’il est, annoncent la couleur : de ce qu’ils feront ou font, de ce qu’ils sont, ils ne cachent rien. Ce qui pousse d’ailleurs à penser que, lors d’élections présidentielles, les candidats élus sur un programme détaillé avec engagements précis doivent inquiéter davantage quand ils se mettent en tête d’appliquer leur programme que s’ils s’en écartent.

Usant de méthodes démagogiques par une nécessité quasi naturelle, la plupart des politiciens manipulent les peuples avec un art aussi grossier qu’efficace. Les avertissements dont ceux-ci bénéficient ne les protègent pas des catastrophes auxquelles leur crédulité les mène. Pas de faux-fuyants ni de vaines excuses : dupes et contents de l’être, les peuples sont responsables de leur crédulité et des conséquences qui s’ensuivent.

Dure leçon. Restent néanmoins deux chances. La première, c’est qu’à l’entêtement des uns réponde la lucidité des autres, ouvrant la voie à l’ouverture des yeux. La seconde réside dans la conclusion de la pièce. Menacé d’être spolié de tous ses biens par Tartuffe, et d’être même chassé de chez lui, Orgon prouve qu’aux individus aveuglés par les cyniques, la vraie difficulté consiste à rendre la vue, mais qu’un artifice positif comme celui d’Elmire s’offrant faussement au dévot pour le confondre permet d’ôter le masque du visage, et, avec la vue, de rendre la raison. À quoi s’ajoute le fait que, s’il est juste et vertueux, un prince parvient toujours, par sa clairvoyance, à châtier l’imposture et remettre le monde en ordre. C’est même à cette aune que se reconnaît sa valeur.[/access]

*Photo: MARY EVANS/SIPA.51014659_000001