Avec Ponant Express, Thierry Clermont nous donne – comme l’indique le sous-titre – « une lecture sensible des îles de la Manche et de l’Atlantique », un récit poétique et de haute qualité.

Journaliste et écrivain voyageur, Thierry Clermont, avec Ponant Express, nous fait découvrir un autre visage des îles de la Manche et de l’Atlantique. Comme le note l’éditeur en quatrième de couverture « en quinze escales entre Bretagne, Normandie, Vendée et Charente, il explore l’âme insulaire à travers ses paysages, ses dialectes, ses légendes et ses figures illustres. » Il nous promène d’île en île, égrène Chausey, Bréhat, Batz, Ouessant, Les Glénan, Groix, Belle-Île, Aix et quelques autres. C’est carrément délicieux. Car Thierry Clermont n’est pas seulement un intrépide voyageur ; c’est avant tout un sacré écrivain dont la plume subtile, légère, poétique et sans emphase nous séduit.
« Salauds »
« Islomanie : c’est le mot forgé par l’écrivain-voyageur Lawrence Durrell afin de désigner cette passion généreuse pour l’univers des îles, ces terres d’aventures, d’utopie, de mythes et de héros. Il me convient parfaitement », écrit-il dès l’ouverture de son récit. Car, bien plus qu’un essai, c’est bien d’un récit éminemment littéraire et poétique dont il s’agit. Poésie et histoire : ces îles ont également leurs héros. Lorsqu’il parcourt celle de Batz, Thierry Clermont se souvient de l’appel du 18-Juin du général de Gaulle : « Les premiers à embarquer pour l’Angleterre furent, dès la nuit du 18 au 19, ceux d’Ouessant, de Sein, puis de Molène (à bord du canot de sauvetage Jean-Charcot). Dans la soirée du 25 juin 1940, au son d’une Marseillaise chantée par la population massée sur l’île aux Moutons, une dizaine d’hommes de Batz rejoignent la France libre à bord de La Mouette, voilier de sept mètres non ponté, qui accoste à Dartmouth après avoir traversé une zone piégée par des mines. » Quel bonheur aussi, quand il cite ou parle d’écrivains qui nous sont chers et pour qui la mer était tout ou presque. « Et même le vent, qui ici a pris une couleur : grise. Mac Orlan appelait Ouessant l’île toujours en détresse. » Un peu plus loin, au chapitre « Houat » (« Superficie : 2,9 kilomètres carrés. Population permanente : environ 200 habitants »), il confie : « Après avoir sillonné les mers, bourlingué du côté des Carpates, traversé la Mongolie, l’Afrique et l’Europe jusqu’à la mer Noire, Elisabeth Prévost revient dans sa propriété des Ardennes, où elle invite Blaise Cendrars, cet homme dispersé dans un monde éclaté (…) » C’est tellement vrai qu’il y a du Mac Orlan et du Cendrars dans la prose de Thierry, lui aussi, conteur impénitent. La preuve ? « Aussi incroyable que cela puisse paraître, en mars 2024, une laie est parvenue à atteindre Groix à la nage et y a mis bas trois marcassins, réfugiés dans un roncier, dans les environs du hameau de Mène, à l’est. L’animal avait fui une battue à Larmor-Plage, au sud de Lorient, et se serait jeté à l’eau pour traverser les Courreaux. Le sort futur de la jeune famille a divisé l’île, partagée entre ceux qui étaient résolus à la tuer sans autre forme de procès et ceux qui voulaient, à juste titre, l’épargner. Finalement, le mammifère et ses petits ont été tués deux jours plus tard par des membres de l’association de chasse locale. Comme quoi, il y aura toujours autant de salauds sur terre que sur les îles. » On est en droit de ne pas lui donner tort.
Ponant Express, Thierry Clermont ; Stock ; 421 pages.




