Accueil Site Page 2461

Un front, deux visages

14

FN-philippot-aliot

Quand Pierre Mauroy meurt, le 7 juin 2013, les hommages pleuvent. On peut lire celui-ci dans La Voix du Nord : « Il a fait partie de ces authentiques hommes de gauche dont la conscience sociale n’a jamais été feinte. On ne peut que saluer aujourd’hui un engagement réel et sincère pour la défense des travailleurs français. Homme des 39 heures, de la retraite à 60 ans, des nationalisations dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie et le secteur bancaire, Pierre Mauroy n’était pas soumis à l’ultralibéralisme et à la financiarisation à outrance. Il avait par ailleurs une profonde et salutaire estime de la notion d’État. » Cette célébration du Mauroy social, socialiste et étatiste n’émane pas de ses alliés communistes de l’époque 1981-1984, ni de ses camarades socialistes qui, en bons modernes, ne retiennent de Mauroy que la gentrification de Lille et le développement de la « turbine tertiaire », selon une abominable expression de Mauroy lui-même.

Non, ce bel hommage est signé Steeve Briois. Steeve Briois est secrétaire général du Front national, conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais et conseiller municipal d’Hénin- Beaumont. [access capability= »lire_inedits »]C’est aussi un fils d’ouvrier et un petit-fils de mineur. Au début des années 1990, bien avant la dédiabolisation entamée par Marine Le Pen, Briois incarnait déjà un nouveau Front national dans le bassin minier, un Front national qui ne parlait pas tout à fait la même langue que les instances dirigeantes de l’époque, encore crispées sur un programme économique reaganien accompagné d’une dénonciation violente de l’immigration et de l’insécurité.

Briois n’abandonne pas ces thématiques identitaires pour le FN, mais sait qu’on ne drague pas le mineur exténué, le chômeur de longue durée et le gamin qui enchaîne les missions d’in- térim dans des boîtes sur le point de délocaliser en leur expliquant les bien- faits du démantèlement de l’État-pro- vidence. Et quand on est face à des ouvriers qui sortent de mois de lutte contre la fermeture de Metaleurop en 2003[1. Metaleurop, paroles ouvrières, de Frédéric Fajardie (Mille et Une Nuits, 2003).], il ne suffit pas de mettre en cause l’Arabe du coin. D’ailleurs, le meneur, à Metaleurop, est l’un de ces Arabes du coin, et beaucoup y bossent.

Pour tous ces grands brûlés de la mondialisation, dans une région où la fierté ouvrière fait vivre le chômage d’abord comme une honte, l’insécurité vécue était d’abord sociale. Porte- à-porte, marchés, tractages dans les usines, rencontres quotidiennes avec les électeurs : Briois mouille sa chemise, et pas seulement le temps d’une campagne électorale – à la différence de nombre de candidats, ce qui explique que le FN, malgré ses excellents sondages, ait du mal, faute de maillage territorial, à remplir ses listes municipales.

En revenant au militantisme de terrain, pratique oubliée au FN comme dans la plupart des partis, Briois chauffe la place pour Marine Le Pen qui, fine mouche, a compris qu’Hénin-Beaumont serait la pointe avancée du nouveau Front. Depuis, le tandem ne cesse de progresser au point de rendre de plus en plus réaliste le succès d’un ticket Briois maire d’Hénin / Marine Le Pen députée de la fameuse 11e du Pas-de-Calais. En 2012, Marine Le Pen fait 49,89 % des voix dans la circonscription et… 55,14 % dans Hénin intramuros.

De tels scores ne relèvent plus de l’accident, même si un ancien maire socialiste en prison, des querelles fratricides à gauche et une UMP sociologiquement, historiquement et électoralement inexistante facilitent le travail. Il n’empêche, c’est l’exemple même d’une implanta- tion réussie, réussie parce que Briois a mis en pratique ce que Florian Philippot théorisera par la suite : des orphelins du PCF aux socialistes désabusés, l’électorat naturel du FN serait celui d’une gauche qui a oublié le peuple. Celui-ci, à Hénin, est en outre furieux contre les écolos qui, en dénonçant à grands cris la pollution du site de Metaleurop, ont été les idiots utiles de la maison-mère, trop heureuse qu’on lui offre un alibi environnemental pour la délocalisation.

Du coup, on est en droit de se demander si le Front national de Steeve Briois est bien le même que celui de Marion Maréchal-Le Pen. On sait bien, depuis l’Évangile, qu’il y a plusieurs demeures dans la maison du Père. Reste que ce n’est pas tout à fait la même musique. Certes, on retrouve quelques fondamentaux communs au prolo du Nord et au retraité du Midi. Selon un sondage IFOP de juillet, plus de 80 % des électeurs du FN, sans distinction géographique, ont des craintes sur l’immigra- tion et l’insécurité ; 95 % des électeurs FN du Nord et 97 % de ceux du Sud approuvent la phrase : « Il y a trop d’immigrés en France ». Mais il est probable que cette assertion trouverait un écho ailleurs que dans l’électorat lepéniste, y compris chez les écolos si, par un malheureux hasard, un camp rom s’installait dans le 11e ou le 12e arrondissement de Paris – on connaît le syndrome nimby[2. Not in my backyard (« Pas dans mon jardin ») : désigne ce comportement qui consiste par exemple à être pour les éoliennes tant que vous ne les voyez pas. Idem pour les centrales nucléaires, les Roms, les SDF, etc.].

En revanche, sur toutes les autres questions, il semble bien que l’électeur FN moules-frites et l’électeur FN aïoli-tapenade aient ce qu’on appelait naguère des « intérêts de classe » divergents. Quand 42 % des frontistes du Nord estiment que les riches ne sont pas assez imposés, 60 % des frontistes du Sud pensent que les riches sont des vaches à lait fiscales. Et l’opposition est encore plus nette sur la retraite, le salaire minimum, le rôle de la fonction publique, les filets de protection sociaux.

Pour l’instant, le cumul de ces deux électorats, si opposés sociologiquement et historiquement, est une force parce qu’il n’apparaît pas encore comme une contradiction. Le FN sait faire de la modulation de fréquence régionale : une caresse au Pied-Noir par ici, une autre au catho tradi par là, et encore une autre pour la mère de famille avec le minimum vital dans son coron. Mais cette habileté peut trouver ses limites quand il s’agira de mettre en œuvre concrète- ment le programme économique chevènementiste et colbertiste, au moins sur le papier, dans lequel un communiste pourrait parfaitement se reconnaître.

C’est sur la question des alliances que ce grand écart pourrait devenir un piège mortel. Le FN a beau parler le langage du « ni droite ni gauche » inventé par Samuel Maréchal, le père de Marion, il n’en demeure pas moins que son allié naturel est toujours l’UMP, ce qui renvoie le Front dans le camp du ni gauche… ni gauche. Sans compter qu’à un moment ou à un autre, l’UMP, comme le FN, devront inviter leurs électeurs à reporter leurs voix sur des candidats qui pensent exactement l’inverse d’eux sur des questions aussi accessoires que l’euro, le protectionnisme, la retraite à 60 ans et le rôle de l’État dans l’économie. Il faudra alors se montrer très, très pédagogique…[/access]

*Photo : CHAMUSSY/SIPA. 00625912_000010.

 

Le dimanche sans soleil

dimanche rapport bailly

« Travailler plus pour gagner plus » scandait Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007, excitant la convoitise de quelques-uns et la frustration de beaucoup. Deux ans plus tard, la loi du 10 août 2009 autorisait, par la grâce du préfet,  les entreprises de commerce et de distribution installées dans les zones d’intérêt touristique ou à l’intérieur de périmètres d’usage de consommation, une ouverture sept jours sur sept. On jurait alors que le dimanche d’autrefois restait la règle, le travail dominical l’exception. Et on moquait les petits clercs qui osaient s’offusquer, oubliant un peu vite que la loi Lerolle du 13 juillet 1906 avait érigé en règle, dans un contexte clairement anticlérical, une relâche hebdomadaire fixée le dimanche, au nom du repos et de la famille.

Quelque années ont passé depuis et l’alternance politique n’a pas altéré l’esprit de la loi libéralisant le travail dominical, tant s’en faut. Au nom de l’égalité, le pouvoir « socialiste » entend désormais étendre les zones et périmètres visés par la loi de 2009, afin que ceux qui en sont exclus ne puissent alléguer d’une inégalité de traitement. Lundi dernier, l’ancien directeur de La Poste, Jean-Paul Bailly, a donc remis ses conclusions au Premier ministre Jean-Marc Ayrault, accompagné de suggestions qui, nous prévient-on déjà, en toucheraient une sans faire bouger l’autre. Le jour dominical resterait donc naturellement sanctuarisé, mais les dérogations restrictives aux effets parfois déloyaux devraient être assouplies. En un mot, une loi viendra remettre à plat le système et augmenter le quota d’autorisations annuelles d’ouvertures le dimanche, qui plus est au plus grand nombre.

On pourrait, de bonne foi, considérer qu’au regard du contexte économique et des activités dominicales habituelles, l’ouverture de certains magasins le dimanche n’est pas une aberration. Redonner du souffle aux commerçants étranglés, favoriser la croissance autant que la concurrence, permettre aux étudiants de travailler, s’aligner sur un fait majoritaire en Europe, laïciser un peu plus le calendrier grégorien, mais surtout ne pas remettre en cause le fondement théorique du dimanche, certains avancent-ils comme arguments. Mais la ficelle est un peu grosse lorsque l’on connaît le mécanisme parlementaire consistant, sur un sujet délicat de société, à poser un principe et quelques exceptions pour, quelques années plus tard, en inverser la charge. Et c’est bien de cela qu’il s’agit puisque le principe de la loi de 2009 devrait voir sa portée réduite, si les suggestions du rapport sont observées, à la faveur d’une extension de l’exception.

Nul besoin d’être prophète, donc, pour observer, dans la saillie législative que l’on nous annonce, un stade supplémentaire dans la « gangrénisation » du dimanche dont pâtiront, en premier lieu, les ouvriers, les étudiants, les couples sans gros revenus, qui n’auront d’autre choix que de prouver leur disponibilité pour satisfaire aux exigences d’embauches. Et pourtant, on ne saurait mesurer l’importance fondamentale de ce jour, espace temporel de complétude des familles; moment de retrouvailles aussi, de convivialité, expérience du détachement et exaltation de l’altruisme.

Dans un mémoire soumis à l’Académie de Besançon en 1839, De la célébration du dimanche, Pierre-Joseph Proudhon, peu suspect de cléricalisme, justifiait la défense du repos dominical par la nécessité du ressourcement, de la méditation, du rêve. Et c’est alors, disait-il, que l’on juge sainement de tout, que le cœur se détache, que la conscience se retrempe, que la volonté s’acère, que l’on sent la vertu bondir sous la poitrine. Il y a quelques jours, Frédéric Lefebvre, député UMP et ancien secrétaire d’Etat au Commerce et à la Consommation légitimait la politique du gouvernement socialiste au nom de l’axiome : « Chacun doit être libre de travailler différemment pour gagner plus ». Autres temps, autres mœurs.

*Photo : WITT/SIPA. 00666535_000022.

« Le FN est la planche de salut du PS et de l’UMP »

nicolas-dupont-aignan

Causeur. Depuis quelques années, Marine Le Pen défend la sortie de l’euro et campe sur des positions souverainistes. Ne vous a-t-elle pas privé d’espace politique ?

Nicolas Dupont-Aignan. Je ne raisonne pas en terme de niche politique. Comme disait le général de Gaulle : « Nous ne sommes pas là pour faire cuire nos petites soupes sur nos petits feux, dans nos petits coins. » Les patriotes sont en train de gagner le combat idéologique ; pour autant, les Français ne leur donneront une majorité que si ce patriotisme est apaisé, serein et rassembleur.[access capability= »lire_inedits »]

Pour moi, l’enjeu majeur est moins de capter l’électorat du Front national que de s’adresser aux millions d’abstentionnistes qui commencent tout juste à comprendre ce que Philippe Séguin, Jean-Pierre Chevènement moi-même et tant d’autres patriotes républicains avions compris il y a vingt ans, dès Maastricht.

Reste-t-il encore des différences de programme entre votre parti, Debout la République, et le FN de Marine Le Pen ?

Vous n’allez pas, vous aussi, tomber dans ce piège tendu par les partis qui ont tous échoué depuis vingt ans et qui, pour se maintenir au pouvoir, n’ont que le mot « Front national » à la bouche ! À Debout la République, nous refusons ce piège mortel pour la France, qui veut obligatoirement assimiler toute alternative politique au Front national. Entre le système et les extrêmes, nous savons que des millions de Français attendent ce patriotisme républicain qui manque tant aujourd’hui.

Pour répondre à votre question, ce n’est pas parce que Marine Le Pen a heureusement repris certaines de nos thèses économiques que notre histoire et notre projet politique doivent obligatoirement se confondre. L’important est en effet de savoir d’où l’on vient et où l’on va. Depuis toujours, je porte les valeurs du gaullisme social.

L’indépendance de la France va pour moi avec le rassemblement de tous les Français, d’où qu’ils viennent. Cette constance dans les idées, cette cohérence dans mes choix, personne ne peut les mettre en doute.

Comme Marine Le Pen, vous souhaitez mettre des barrières aux frontières de la France pour la protéger des flux migratoires …

Je pense qu’il y a un excès d’immigration qui empêche l’assimilation des Français naturalisés récemment. Ce n’est pas une prise de conscience récente. J’ai toujours été opposé aux accords de Schengen, certain que j’étais qu’ils allaient mener à l’anarchie sans frontières. Et ça n’a pas manqué.

Le Front national prône l’« immigration zéro » – ou  10 000 entrées par an, ce qui revient au même – alors qu’à Debout la République, nous souhaitons une immigration maîtrisée mais réaliste. Nous souhaitons la diviser par deux pour ramener le nombre d’entrées à 100 000 par an.

Enfin, je suis maire de banlieue et je vois la grande majorité des jeunes issus de l’immigration aimer la France et tout faire pour s’intégrer. Je n’oublie pas certains mots de Marine Le Pen qui a laissé entendre que tous ces jeunes seraient des Mohamed Merah en puissance. Pour ma part, je pense qu’on ne redressera la France qu’en rassemblant tous les Français d’où qu’ils viennent.

Vous caricaturez quelques peu les positions de Marine Le Pen. Loin de se réclamer d’une vision ethnique de la nation, la présidente du FN n’a que le mot « République » à la bouche…

Il y a encore une différence entre ce que propose Marine Le Pen et ce que dit et vit son parti. Le FN cache une ambiguïté : il y a la devanture, et puis l’arrière-boutique… De mon côté, en tant que gaulliste, j’aspire au rassemblement de tous les Français, indépendamment de leurs origines. Notre modèle civilisationnel passe par un ensemble de droits et de devoirs, l’égalité des sexes, l’École laïque et gratuite, les services publics, etc.

La présence des musulmans pose-t-elle problème au « modèle français » ?

Oui et non. Non si la République est ferme, oui si la République est lâche face aux intégristes. Le premier problème est notre capacité d’assimilation. Osons d’abord contrôler nos frontières pour gérer l’afflux d’immigrés. Une fois que l’on a géré ce flux, reste à faire primer la sphère publique sur la sphère religieuse. Ce n’est pas une mince affaire, d’autant que, lorsque la République est faible, elle favorise les communautarismes les plus intégristes. L’Histoire se répète : comme, au début du siècle, elle le fut avec les catholiques, la République doit aujourd’hui rester ferme avec les musulmans. Il ne faut rien lâcher sur les principes, pour ne pas basculer dans une guerre civile entre, d’un côté, une communauté musulmane qui peut se renfermer, et de l’autre un identitarisme malsain qui n’a rien à voir avec la France.

À propos de laïcité, que pensez-vous de l’affaire Baby-loup ?

Je soutiens le principe d’une nouvelle loi. Le port de signes religieux devrait être interdit dans les entreprises dès lors qu’il y a un accueil du public. C’est une question vitale ! Il faut tuer l’intégrisme dans l’œuf.

Votre « patriotisme tranquille » ne fait pas autant recette que les harangues du Front National contre l’islam et l’immigration. Cela vous inquiète-t-il ?

Pas du tout ! Cessons de vouloir faire du Front national le mètre-étalon de la vie politique.  Aujourd’hui, on ne peut être sûr que d’une chose : les partis au pouvoir depuis trente ans, UMP et PS, sont finis. Plus jamais les Français ne leur feront confiance. Leur seul espoir est de pousser les Français dans l’abstention et d’assimiler toute alternative politique au Front national.

Déjà, lors de la dernière élection présidentielle, les votes se résumaient à des votes de contestation, d’opposition ou de résignation. Ceux qui votaient Nicolas Sarkozy le faisaient pour éviter la gauche au pouvoir, ceux qui votaient François Hollande le faisaient parce qu’ils en avaient assez de Nicolas Sarkozy, ceux qui votaient Marine Le Pen le faisaient pour en finir avec l’UMP et le PS…

L’enjeu de DLR est d’offrir un vote d’adhésion, car c’est le seul qui permettra aux Français de se rassembler et au pays de réussir.

Ce déclic passe peut-être par la mort de l’euro, que vous jugez inéluctable. Pourtant, depuis quelques semaines, la situation des pays en crise comme l’Espagne, le Portugal et l’Irlande semble s’améliorer…

Au contraire, le pire est devant nous ! Si certains indices économiques s’améliorent légèrement, le traitement de choc imposé aux peuples reste aussi inefficace que douloureux. En Grèce, le montant de la dette ne cesse de s’accroître, ce qui obligera bientôt les Européens à remettre la main à la poche. Le chômage et la souffrance sociale atteignent des niveaux monstrueux. L’euro est condamné, y compris en Italie et en France, deux pays dont la faillite ne pourra être évitée par aucun fonds européen ! Nul ne sait précisément quand ni comment ce système s’écroulera, mais ce n’est qu’une question de temps…[/access]

*Photo: Hannah. 

Soirée Taubira au Rond-Point : Regardez comme nous sommes généreux !

66

Qui aurait cru que les propos -lamentables- d’une petite fille de onze ans – comme on en entend tous les jours dans une cour de récréation – auraient pu soulever les plus hautes autorités de l’Etat au point qu’une soirée de résistance soit organisée à l’initiative de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti et du metteur en scène Jean-Michel Ribes ? Deux jours après le bide des manifs du samedi,  un cortège d’artistes, de penseurs, de politiques, de stars cathodiques, remettaient ça, mais dans l’enceinte chauffée du théâtre du Rond-point

On se rappellera que le 28 janvier dernier, on avait eu le droit au même jeu et aux mêmes couleurs pour un numéro d’exhibition tout aussi grandiloquent afin, nous disait-on, de faire taire l’homophobie latente qui régnait alors ; c’était le temps des discussions de la loi Taubira portant le mariage entre personnes de même sexe.

Qu’il doit-être doux et complaisant d’aimer les autres. Surtout lorsque l’on s’aime de tant aimer les autres. Alors on vilipende cette France rance, cette France moisie, cette France qui s’emmêle au lieu de se mêler. Et chacun se persuade de son altruisme exorbitant, en détestant ces millions de Français en détresse qui finissent par grossir les rangs du vote Front national.

Sartre, l’homme dont ils se gargarisaient hier, aimait à définir l’intellectuel comme quelqu’un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas. Aujourd’hui, l’intellectuel est manifestement celui qui s’engage quand la télé le regarde .

Pour une nouvelle Garde nationale

garde nationale insecurite

À la fin du mois d’août, un homme est mort parce qu’il a cru de son devoir de concourir à l’ordre public de façon active en s’opposant à deux criminels. Cet homme, Jacques Blondel, a été décrit par certains comme un inconscient. D’autres ont vu en lui un héros du quotidien. La vérité est qu’il était à sa façon un « garde national », héritier d’une institution qui a été un des apports essentiels – et aujourd’hui bien oublié – de la Révolution française.

Peu de gens aujourd’hui se souviennent de ce qu’a été la Garde nationale en France de 1789 à 1872. Elle reposait pourtant sur une idée qui a toujours une très grande force. Dans une démocratie, le maintien de l’ordre ne peut pas délégué aux seuls professionnels : police, gendarmerie, armée. Chaque citoyen a le devoir de participer activement au maintien de l’ordre public et de la paix civile: c’est une condition du bon fonctionnement de la démocratie. Les régimes qui se sont succédé de 1789 à 1871 ont fait varier l’organisation de la Garde nationale, mais les principes sont restés les mêmes pendant près de 100 ans et se résumaient à une idée somme toute simple : en démocratie, la sécurité « nationale » doit être l’affaire de tous. Cette perspective garde-t-elle encore aujourd’hui un pouvoir d’attraction ou d’inspiration ou est-elle totalement dépassée ?

L’analyse économique de la criminalité et de la sécurité, telle qu’elle a été lancée par le prix Nobel d’économie Gary Becker, permet de répondre, au moins partiellement, à cette question. Raisonner en économiste, sur des questions comme la criminalité ou la sécurité, c’est faire l’hypothèse, pas du tout absurde, que la sécurité, par exemple, peut être correctement appréhendée par une offre et une demande qui se rencontrent sur un marché et que les quantités demandées et produites sont sensibles aux prix. Prenons l’exemple de la sécurité. Elle fait l’objet d’une demande de la part des ménages. Cette demande est naturellement d’autant plus forte que le coût de l’insécurité est élevé. Or, dans tous les pays de l’OCDE, les crimes et les délits ont été multipliés en moyenne par trois au moins de 1945 à aujourd’hui. Dans ces conditions, il n’y a pas lieu de s’étonner que la demande de sécurité des ménages soit aujourd’hui très élevée. Le problème vient essentiellement de l’offre : l’offre de sécurité est insuffisante parce qu’elle n’est pas libre et que le maintien de l’ordre est le monopole des forces publiques. Pour parler le langage des économistes, l’offre est inélastique alors que la demande s’avère, elle, très élastique.

La solution consiste à libérer l’offre pour qu’elle satisfasse la demande des ménages. C’est ce qui se fait, au moins partiellement, avec les polices municipales et surtout les services de sécurité proposés par des sociétés privées de gardiennage ou bien encore par les matériels toujours plus sophistiqués qui sont proposés aux ménages pour protéger leurs domiciles et leurs biens. Cette privatisation de la sécurité est une soupape, mais elle n’est pas sans inconvénients : tout le monde ne peut pas s’offrir une porte blindée hyper-sécurisée ou les services très onéreux d’une société privée de protection. En France, les solutions « associatives » se multiplient dans les quartiers : ramassage du courrier, surveillance mutuelle dans certains lotissements, entraides diverses. Ces initiatives sont encore limitées, mais elles témoignent d’un sursaut positif : sans cet appoint civique, la croissance de l’insécurité sera sans limites. La coopération spontanée des citoyens pour contribuer à davantage de sécurité est toutefois soumise à ce qu’on appelle « le dilemme du prisonnier » : chacun risque de se reposer sur l’effort réalisé par les autres et, au bout de ces petites tricheries, la solution coopérative a toute chance d’être insuffisante. Un encadrement légal créant un minimum d’incitations à participer à l’effort de sécurité collective peut donc être nécessaire.

Alors, pourquoi ne pas imaginer une nouvelle Garde nationale en France ? Son but serait à la fois de développer une véritable « sécurité nationale » et d’organiser correctement son fonctionnement. Gageons que beaucoup de Français seraient prêts à s’associer aux forces de l’ordre pour que, encadrés par elles, l’insécurité régresse dans leurs quartiers et dans leurs communes. Pourquoi ne pas le faire ou, au moins, y réfléchir sérieusement? L’histoire de la Garde nationale a été passablement compliquée. Mais il est possible de tirer parti des erreurs passées. Et cela pourrait constituer l’amorce d’une solution responsable, économique et civique aux défis de l’insécurité.µ

 

*Photo : C. VILLEMAIN/20 MINUTES/SIPA.  00652067_000001.

Au commencement était le spaghetti volant

31

spaghetti volant usa

Les illuminés évangéliques adeptes d’un créationnisme bas de plafond ont vu se dresser face à eux un adversaire aussi réjouissant que redoutable : le « Monstre spaghetti volant ». C’est en 2005 que celui-ci prend son envol pour rejoindre dans les cieux croquignolesques la théière de Russell et la Licorne rose invisible (voir ci-dessous). À l’instar de ses deux grandes sœurs, le Flying Spaghetti Monster souligne par l’absurde le fait que toute hypothèse ne pouvant être éventuellement validée ou invalidée par l’expérience ne saurait être tenue pour scientifique – aussi éminents que puissent être par ailleurs ses mérites poétiques.

En janvier 2005, le Comité d’éducation de l’État du Kansas rend obligatoire l’enseignement de l’hypothèse créationniste dite du « dessein intelligent » durant les cours de science. Celle-ci devra figurer aux côtés de la théorie de l’évolution de Darwin. [access capability= »lire_inedits »]Les deux « théories » devront bénéficier naturellement d’un quota horaire et d’un traitement rigoureusement égaux.

C’est alors que Bobby Henderson décide de mettre les pieds dans son plat de nouilles, propulsant ainsi dans les airs une divinité nouvelle. Ce jeune diplômé en physique de l’université de l’Oregon rédige une lettre ouverte dans laquelle il s’insurge contre le dadaïsme institutionnel. Il y professe sa foi en un dieu créateur invisible et indétectable revêtant pour les initiés l’aspect d’un plat de spaghettis accompagné de deux boulettes de viande. La Création tout entière, il n’en démord pas, est l’œuvre de ce Monstre spaghetti volant, accomplie dans un moment d’ébriété finalement très excusable.

Comment Bobby Henderson pourrait-il renoncer à ses droits d’illuminé ordinaire ? Il réclame naturellement que l’on témoigne du respect dû à sa croyance en lui attribuant le temps d’enseignement qu’elle mérite. Il exige que le gâteau de la Création soit coupé en trois. L’inique Comité d’éducation de l’État du Kansas n’accédera, hélas, jamais à sa juste requête. Après avoir maintenu durant deux ans sa décision, il finira en revanche tout de même par supprimer l’enseignement de l’hypothèse créationniste en février 2007.

Pendant ce temps-là, il est vrai, le pastafarisme s’est répandu comme une traînée de poudre. Tel est le nom, en effet, de la nouvelle religion fondée par inadvertance par Henderson. Le terme comporte une allusion au mouvement rastafari. Une traduction française me semble s’imposer : le culte de la pasta-rasta. La lettre d’Henderson donne naissance à un phénomène internet considérable, à la surprise de son auteur, qui ne l’avait composée que « pour son amusement personnel et rien de plus». Elle est reproduite dans le New York Times et reprise par de nombreux adversaires des créationnistes.

Un peu plus tard, le nouveau prophète publie L’Évangile du Monstre spaghetti volant, qui est vendu à 100 000 exemplaires. C’est pour lui l’occasion de nouvelles révélations. Les pirates y apparaissent comme les premiers pastafariens. Il s’avère que la multiplication des catastrophes, et notamment le réchauffement climatique, s’expliquent par l’inexorable déclin du nombre des pirates.

Tous les éléments semblant confirmer le bien-fondé de la théorie de l’évolution sont démasqués comme autant de pièges tendus par le Monstre spaghetti afin de mettre à l’épreuve la foi de ses admirateurs.

Les mesures scientifiques telles que la datation par le carbone 14 sont systématiquement falsifiées par le Monstre au moyen de son astucieux « appendice nouillesque ». Henderson formule une hypothèse qui me semble très raisonnable : « S’il existe un dieu et s’Il est intelligent, alors je pense qu’Il a le sens de l’humour. »

L’Église du Monstre spaghetti volant a fait désormais des adeptes dans le monde entier, en particulier parmi les étudiants américains et européens. Ceux-ci se sont plu à multiplier les actions d’éclat pastafariennes. En mars 2007, Bryan Killian, un étudiant de Caroline du Nord, se fait remonter les bretelles pour port de costume de pirate et proteste avec véhémence contre cette atteinte à sa liberté d’expression religieuse.

En mars 2008, les pastafariens de Crossville, dans le Tennessee, remportent une grande victoire en obtenant la permission d’ériger une statue du Monstre spaghetti volant dans une zone de libre expression du jardin du Palais de justice. La gloire la plus grande revient cependant à Niko Alm, un jeune Autrichien qui, après trois ans d’intense lutte spirituelle et administrative, s’est vu finalement officiellement autorisé, en juillet 2011, à porter une passoire sur la tête sur la photo d’identité de son permis de conduire.

Notons pour finir que la théorie de Darwin a tout de même connu des adversaires plus éclairés que les néo-créationnistes en les personnes de Nietzsche, Marx et Bergson. Et Marx nous prouve qu’il est aussi possible de rire de Darwin : « Il est curieux de voir comment Darwin retrouve chez les bêtes et les végétaux sa société anglaise avec la division du travail, la concurrence, l’ouverture de nouveaux marchés, les inventions et la lutte pour la survie. »

Et c’est ainsi que Pasta est grand.

 

Les quatre commandements pastafariens :

Certains commandent des pâtes. D’autres reçoivent d’elles des commandements.

Premier Commandement :

Tu aimeras les pâtes comme toi-même

Deuxième Commandement :

Tu réclameras tes droits comme les autres

Troisième Commandement :

Tu seras chicanier et procédurier, mais seulement en costume de pirate

Quatrième Commandement :

En tous lieux, ta passoire en guise de coiffe tu arboreras

 

Théière, licorne et science

Dans l’une de ses  croisades athées, Bertrand Russell avait donné comme parangon de « l’hypothèse irréfutable », et donc sans valeur à ses yeux , l’exemple d’une minuscule théière voguant dans l’espace entre la Terre et Mars et malheureusement indétectable, même avec les plus puissants télescopes. La Licorne rose invisible est, en dépit de son nom charmant, un animal un peu décevant. Inventée en 1990 par des étudiants américains athées sur le site Usenet, elle tourne en dérision la notion de mystère, malheureusement de manière plate et peu « heuristique », comme dirait le Président de Koch – dont je salue avec émotion le récent ralliement au marxisme et qui ne saurait tarder à embrasser bientôt, j’en suis sûr, la foi pastafarienne. Nonsensologues de tous les pays, unissez-vous ! [/access]

*Photo: Soleil.

Classes prépas : le mauvais tour de la Cour des mauvais comptes

peillon prepas zep

Vincent Peillon sera certainement très attentif à la publication de l’enquête internationale PISA sur les performances des élèves de 15 ans en 2012. Les résultats, n’a-t-il pas manqué de rappeler, révéleront à coup sûr que les écarts entre les élèves qui réussissent et ceux qui sont en grande difficulté se sont « accrus dans des proportions inacceptables ». En conséquence, a martelé Vincent Peillon, il faudra, encore une fois, « refonder lécole », en proposant, pour la bonne cause, de déshabiller Jean pour faire semblant d’habiller Paul. Ce projet s’inscrit dans une plus large réforme du statut enseignant dont les premiers à faire les frais semblent devoir être les quelques six mille professeurs de prépas qui se voient imposer un régime plutôt sec.

Rappelons que le service, à savoir la charge horaire, d’un professeur de Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles varie entre huit et dix heures par semaine. Plutôt huit ou neuf pour celui qui a une classe de deuxième année, c’est-à-dire une classe d’examen, de plus de 36 élèves, et plutôt dix pour celui qui a une classe de première année de 20 élèves. La réforme Peillon prévoit que tous les professeurs de prépas passeraient à dix heures.

La majorité de ces enseignants ayant des classes d’examen et des effectifs lourds (il n’est pas rare de trouver cinquante élèves par classes en prépa) verraient ainsi leur service s’alourdir de manière très significative sans aucune contrepartie financière. En outre, la réforme conduirait à une diminution de la rémunération des heures supplémentaires, d’où une baisse très importante des revenus. Afin de justifier sa mesure, Vincent Peillon a déclaré que cet aménagement permettrait de dégager vingt millions d’euros qui permettrait d’alléger au contraire l’horaire des professeurs enseignant en ZEP, à savoir en Zone d’Education Prioritaire, c’est-à dire les établissements les plus difficiles. Ce faisant, Vincent Peillon joue très habilement la carte d’une démagogie rusée. Il a tout à fait conscience que l’opinion publique sera prompte à ne considérer que le chiffre de huit ou dix heures de service en prépas et ne manquera pas de dénoncer les « privilégiés » qui bénéficient d’un système aussi avantageux.

Evidemment, il faut avoir conscience que ces huit ou dix heures de présence devant les élèves représentent une faible partie du travail d’un professeur. Préparer une heure de cours en prépa requiert deux ou trois heures de recherches ou de préparation en amont. Essayez de bricoler un cours sur l’usage de la métaphore chez Proust, la conception du temps bergsonien ou l’algèbre bilinéaire et vous comprendrez assez rapidement que vous risquez d’y sacrifier un peu plus qu’une pause-café. Deux heures de plus, cela représente éventuellement une classe supplémentaire, soit une quarantaine ou une cinquantaine de copies en plus. Et corriger une copie de prépa prend presque plus de temps que de lire un ouvrage de Vincent Peillon.

Evidemment, les enseignants des classes préparatoires sont dans une très mauvaise position pour présenter ces arguments. Comme l’écrivait Arthur Schopenhauer dans Lart davoir toujours raison : « Si vous n’avez pas d’argumentum ad rem, ni même d’ad hominem, vous pouvez en faire un ad auditores, c.-à-d. une objection invalide, mais invalide seulement pour un expert. […] Montrer que votre objection est invalide nécessitera une explication longue faisant référence à des branches de la science dont vous débattez et le public n’est pas spécialement disposé à l’écouter. » (Stratagème XXVIII). Vincent Peillon a donc choisi de placer les professeurs de CPGE en position de profiteurs face aux enseignants de ZEP, dont il s’improvise le défenseur. Le ministre de l’Education Nationale se fait soudain Robin des Bois et Thierry la Fronde, il vole aux riches pour donner aux pauvres, défendant avec courage un idéal de partage et de solidarité. Mais les choses ne sont jamais aussi belles que l’on voudrait qu’elles soient. Huit mille profs de prépa, ce n’est pas beaucoup pour commencer. Même en les ponctionnant très largement, le ministre a concédé ne pouvoir tirer que vingt millions d’euros. Cela ne pèse pas lourd face au un milliard et cent trente et un millions d’euros que représente le budget des ZEP en 2012, d’après le rapport d’information n°1295 du 23 juillet 2013. Détail amusant, ce rapport mentionne d’ailleurs bien les fameux vingt millions qui doivent servir à « la mise en place dune prime modulable » valorisant « lengagement des personnels, notamment dans des missions, activités et responsabilités nouvelles »[1. Rapport d’information présenté par Carole Delga et Xavier Breton le 23 juillet 2013.] Valorisation impressionnante : les 112 173 professeurs du premier et second degré en ZEP ont perçu pour l’année 2012 une prime d’un montant de cent quarante euros. Hurray for Robin Hood ! Réduire de 10 à 20% (par mois) la rémunération des enseignants de CPGE pour financer quelques centaines d’euros de prime par an, voilà le principe de vases communicants défendu par Vincent Peillon. L’un des vases est tout de même beaucoup plus gros que l’autre.

L’autre argument avancé, cette fois par la Cour des comptes, est la trop importante rémunération des professeurs de classe préparatoire, qui est estimé à 10 7000 euros en fin de carrière. Un argument qui a ulcéré les intéressés qui ont démontré rapidement, barème officiel à l’appui, que la vénérable institution s’était quelque peu égarée dans son empressement à venir au secours du ministre au cœur d’or et que la rémunération d’un professeur de CPGE en fin de carrière est deux fois moins importante. Pour s’approcher des niveaux astronomiques avancés par le rapport de la cour, il faudrait cumuler autant d’heures supplémentaires et d’heures de khôlles que d’heures de cours ce dont aucun enseignant en CPGE n’est capable en termes d’emploi du temps. Un professeur de prépas perçoit le même traitement qu’un agrégé du secondaire, soit environ 2200 euros en début de carrière et un salaire moyen annuel de 53733 €, soit 41364 € net (en comparaison, le salaire moyen des cadres est évalué à 54 100 € brut en France en 2012). En 2011, quand Luc Châtel avait voulu accélérer sa politique de réforme de l’éducation, il avait commencé par avancer qu’il « avait connaissance » de professeurs gagnant « 4500 € par mois » au bas mot. Les professeurs certifiés arrivant, en milieu de carrière, soit après dix ans d’exercice, à peine à 1800 € par mois avaient apprécié le flou artistique entourant les sources d’information du ministre en particulier en regard de l’énormité du chiffre avancé.

Qu’importe le caractère erroné, voire mensonger, de ces informations. Le but ici recherché est bien de présenter notre courageux ministre de l’éducation comme le champion de l’égalité face à l’élitisme le plus détestable. Qu’importe donc si les moyens invoqués sont en réalité bien insuffisants pour renflouer la politique des Zones d’Education Prioritaire, dont le bilan est aujourd’hui contesté. Il s’agit non pas tant de faire valoir un calcul économique qu’un biais idéologique : si l’on ne peut réellement mettre en place une véritable politique de promotion de la réussite à l’école, autant donc s’attaquer à ce qui dépasse et aux forteresses de l’élitisme, à savoir les classes préparatoires, temple de la discrimination sociale. Les classes préparatoires sont un système sélectif et élitiste pour la bonne raison que ces filières d’excellence sont intrinsèquement attachées au système des grandes écoles (Polytechnique, Centrale, HEC…). Mais l’argument de l’élitisme tombe aussi en partie à plat si l’on prend en compte l’existence des prépas ECT (Economique et Commercial option Technologique), TSI (Technologie et Sciences Industrielles) et ATS (Adaptation Technicien Supérieur) qui permettent d’ouvrir les CPGE à des élèves ou des étudiants venus des filières technologiques et de BTS.

Les prépas peuvent donc s’avérer être de véritables instruments de promotion sociale et non pas seulement un organe de reproduction des élites. La méritocratie ne semble cependant plus être au goût du jour. Le système de formation des classes préparatoires, qui n’est déjà plus gratuit depuis quelques mois par volonté gouvernementale, est aujourd’hui menacé par un égalitarisme niveleur, dont les excès peuvent avoir des conséquences économiques préoccupantes si l’on considère en effet que les CPGE fournissent une grande partie du futur personnel hautement qualifié sur lequel peut encore s’appuyer la compétitivité du pays. Les étudiants de CPGE, qui soutiennent en grand nombre leurs professeurs, ne semblent d’ailleurs pas s’y tromper.

 

*Photo : POUZET20MN/WPA/SIPA. 00476294_000003.

FN: Ne me poussez pas!

177

FN UMP islam

Même pas honte. Oui, la victoire du candidat FN, Laurent Lopez, à la cantonale de Brignoles (Var), m’a réjoui. J’ai même l’impression de n’être pas le seul. Pourtant, je reste circonspect sur la nouvelle respectabilité du parti. Je fréquente malgré moi son « noyau dur », socle de la vieille extrême droite : il rôde en bande autour de mon blog, en tablant sur la distraction de la modération.
Même à jeun, ces nostalgiques en treillis peuvent facilement bouffer du « bougnoule » ou du « bamboula ». Marine Le Pen jure faire le ménage, mais ces flambards n’ont pas l’air traqués. Ils prennent plutôt de l’assurance par les temps qui courent. C’est une candidate FN aux municipales, caricature de la bêtise fruste, qui a comparé Christiane Taubira à un singe, sans voir ensuite où était le problème. Elle a été immédiatement suspendue. Cependant, il est aisé d’entendre les mêmes pensées grasses sur le Net. Je ne dis pas que la patronne leur ressemble, non. Mais, même minoritaires, ces adhérents répulsifs existent et s’accrochent.

De toute façon, Mme Le Pen n’est pas de ma chapelle ; elle est irresponsable quand elle promet la retraite à 60 ans et autres démagogies du même tabac. Il n’empêche − et voilà où je voulais en venir −, en toute franchise, car cela me perturbe : si j’avais habité Brignoles, j’aurais sans doute pu voter Lopez. Histoire de me détendre devant les états-majors paniqués et les mines graves des commentateurs. Histoire d’enclencher, par un bout, la révolution attendue. Mon bulletin aurait envoyé paître le Parti de l’ordre, la maréchaussée médiatique et les docteurs Folamour de l’Homme nouveau. Je suis comme l’Indien sur le sentier de la guerre, décidé à protéger sa terre des brutes qui la saccagent. Touche pas à ma France !
J’aurais pu voter Lopez parce que je me sens solidaire des Français désespérés de ne plus être entendus des puissants. Ces oubliés ne sont pas des « fachos », comme l’assure le manichéisme des perroquets à carte de presse. Les insultés s’angoissent de disparaître des écrans radars et de devoir céder la place. Je les écoute, je les comprends, je partage leur colère contre les « élites », si mal nommées quand elles volent si bas. Je me fais volontiers l’écho de leur exaspération car je la crois utile, saine, honorable, légitime, républicaine. Je fais partie de ces indigènes rancis − n’est-ce pas ainsi que Boboland nous voit ? – qui n’acceptent pas le deux poids-deux mesures du hollandisme dévoué exclusivement aux « minorités ». Les authentiques Indignés (que Stéphane Hessel n’avait pas vu venir) refusent de voir leur pays se fracturer sous le poids du communautarisme, reculer sous les intimidations de l’islam politique, se dissoudre sous l’effet d’une immigration de peuplement que la gauche au pouvoir, refugiée dans son narcissisme compassionnel, ne fait rien pour modérer.
Ah ! J’oubliais : j’aurais aussi pu voter Lopez pour bien faire comprendre à son adversaire UMP ce que je pense de son parti trop centriste, mollasson, propre sur lui, que je n’ai cessé de soutenir, faute de mieux, en dépit de ses incohérences. Je n’ai pas oublié, par exemple, les contradictions de Nicolas Sarkozy, plaidant pour l’identité nationale tout en défendant l’impératif du métissage. Aujourd’hui, l’UMP a un boulevard devant elle. Mais elle est incapable de l’emprunter – ce qui signifierait tenir son rôle d’opposant, émettre une idée claire, répondre aux abandonnés. Elle ne sait plus où elle habite. Je tente de la secouer comme je peux, voilà tout.
Et puisque j’en suis aux confidences (Élisabeth Lévy sait parler aux hommes), allons un pas plus loin. Je crois que la leçon de Brignoles, trop anecdotique pour les dénégationnistes qui ne veulent rien voir ni entendre, ne sera pas suffisante pour réveiller la droite assoupie et créer l’électrochoc. Étant donné le nombre de coups de pieds aux fesses qui se perdent, la lointaine Union européenne pourrait aussi prendre sa part de gnons aux européennes de 2014.
Je suis européen, libéral, atlantiste même. Un fédéralisme raisonnable ne me fait pas peur. Je n’envisage pas une France claquemurée, protégée par une immigration zéro, des droits de douane et des priorités cocardières. Vladimir Poutine, l’étoile qui monte et qui fascine jusqu’à François Fillon, m’inquiète par sa brutalité. Mais quand j’entends la commis- saire Cecilia Malmström plaider pour toujours plus d’immigration, le commissaire Nils Muiznieks réclamer la suppression de la loi française inter- disant le voile intégral, ou le président du Parlement européen, Martin Schulz, faire l’éloge des minorités et du sans-frontiérisme en traitant ses contradicteurs de « populistes » et de « racistes », me brûle l’envie de leur répondre, puisque l’UMP reste muette.
L’Europe que j’aime n’est pas ce monstre froid et désincarné qui méprise la diversité des peuples et les racines de leur culture commune. Je refuse de ressembler au portrait-robot que l’UE et ses eurocrates aimeraient imposer avec leur homme post-moderne, amnésique, remplaçable, docile, utilitaire. Bon chienchien. Oui, si décidément rien ne change d’ici là dans les discours aseptisés de la droite, incapable de faire front contre cette Union soviétoïde qui s’abandonne au multiculturalisme, cheval de Troie du fondamentalisme, je pourrais cette fois passer à l’acte. Je pourrais voter, pour la première fois, pour un candidat FN. L’écrire me rend furieux de tout. Je n’ai pas envie d’un slow avec Marine. Mais va pour une danse du scalp !
Les salauds ne sont pas ceux qui votent pour le FN. L’un des derniers maires de Brignoles, Jacques Cestor (UMP), était noir : il a été réélu trois fois à la mairie, et trois fois au conseil général. Le FN a ses vieux cons franchouillards, xénophobes, antisémites. Mais l’extrême gauche a sensiblement les mêmes (les franchouillards en moins) avec ses soutiens aux islamistes qui haïssent les Blancs, les juifs et les femmes affranchies, avec l’absolution des belles âmes de l’antiracisme. Les nouveaux venus qui se tournent vers Marine Le Pen ne cherchent pas à flirter avec un diable. Ils estiment ne plus avoir d’autre choix politique. Ils n’ont pas tort.

Ces électeurs écœurés viennent de la droite comme de la gauche. Ils fuient un monde politique incapable de se confronte aux désastres qu’il a solidairement engendrés en quarante ans de pouvoir partagé. Le discrédit de la politique s’étale spectaculairement quand une enfant rom de 15 ans, Leonarda, s’autorise à interpeller le chef de l’État et le met en difficulté. Ceux qui se tournent vers le FN veulent changer de système, rebâtir une société plus responsable et plus mûre. Ils font partie des acteurs de ce que j’ai appelé la « révolution des Œillères », ce mouvement de fond né du coup d’État permanent des réalités. Cette révolution sonne le glas des idéologies, redonne la parole à la société civile, oblige les puissants à descendre dans l’arène, à parler aux gens et à dessiller leurs yeux. Le vote FN est un des éléments de l’insurrection civique qui déboule et qu’attisent aussi l’insécurité, la paupérisation et l’éreintement fiscal.
Les salauds sont ceux qui maltraitent et humilient la France, mais aussi ceux qui les laissent faire. Ce sont ceux qui voient des « fafs » partout, sauf dans les cités sous l’emprise salafiste. Ce sont ceux qui répètent, François Hollande en tête, que la crise n’est qu’économique et sociale et qu’elle s’estompera avec les premiers résultats sur la baisse du chômage. Ceux-là ont décidé d’ignorer l’inquiétude identitaire, le mal-vivre ensemble qui est au cœur de la dépression française. Les salauds sont ceux qui persistent à faire croire aux démunis du tiers-monde qu’ils peuvent risquer leur vie pou l’Eldorado européen. Ces sirène savent qu’elles contribuent à créer des ghettos, des repliements, des chocs de cultures qui se termineront peut-être en guerres civiles. Les salauds sont ceux qui vident les prisons, poussant les citoyens à se protéger eux-mêmes et à rendre une justice expéditive.
Les salauds appliquent le conseil de Bertolt Brecht : ils ont choisi de changer de peuple indocile. C’est ce qu’a théorisé Terra Nova en conseillant au PS de laisser tomber la classe ouvrière au profit de l’immigré du tiers-monde, ce nouveau damné de la terre. Les salauds sont ceux qui, par accommodements, ont abandonné la défense de la laïcité et de la liberté d’expression. Les salauds sont ceux qui poussent Robert Redeker à se cacher depuis 2006, Richard Millet à envisager l’exil, Renaud Camus à devoir répondre de ses écrits devant un tribunal, Charb, patron de Charlie Hebdo, à avoir deux gardes du corps en permanence[1. Je viens moi-même d’être mis en examen après une plainte du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) faisant suite à une libre opinion que j’avais émise sur RTL à propos de leur campagne « Nous sommes la nation ». L’affaire sera jugée en correctionnelle.]
Les salauds sont ceux qui m’obligeraient, demain, à valser avec Marine.

*Photo : Peter Dejong/AP/SIPA. AP21482993_000009.

Maman, j’ai peur du futur…

4

Il y a les mères poules, les mères filles, les mères cools et les mères tyranniques. Les adulescentes et les matriarcales. Pauline, elle, est une « bonne mère », elle se le dit, se le répète, elle ne vit que pour sa fille, son enfant, son bébé. Une fille qu’elle serre dans ses bras la nuit, une fille sans prénom, anonyme poupée qu’elle cajole comme un prolongement d’elle même. Dans son grand appartement cosy et aseptisé, protégé de la bêtise du monde extérieur, Pauline entoure sa fille d’un amour total qui ressemble moins à l’instinct maternel qu’à la passion du créateur pour sa créature. Car, « à une époque où il se murmurait avec désapprobation qu’il serait devenu possible de choisir le sexe de son enfant, caprice réservé à quelques milliardaires zinzins et probablement musulmans, à cette époque, Pauline avait une fille de 6 ans aux composantes génétiques dûment sélectionnées ».

Fusion est l’histoire, à la fois glaçante et drôle, du désir absolu d’enfant devenu dans nos sociétés contemporaines, non plus l’ouverture à une descendance qui serait transcendance, mais l’extension narcissique de l’amour de soi, non plus le lieu de la transmission d’une filiation, mais l’endroit d’une impossible fusion. C’est une fable caustique, écrite d’une plume dynamique qui dépeint la logique infernale où les individus enivrés de technique confondent le rôle de parent avec celui de démiurge.

Dans cette nouvelle de 80 pages, Sophie Flamand nous entraîne à un rythme endiablé et cynique vers l’apocalypse, au triple sens du mot : révélation, catastrophe et fin du monde, de notre monde humain. Et quand on est en train de comprendre où elle nous a amené, il est déjà trop tard.

Cadeau mère-fille idéal pour Noël. Ou pas. A vous de lire.

Fusion, Sophie Flamand, Lamiroy, 2013.

Moi François Hollande, je romprai avec la Françafrique

6

centrafrique francois hollande

Lionel Jospin, lors du putsch du général Gueï à la Noël 1999 en Côte d’Ivoire, avait mis en application sa doctrine dite « ni ingérence, ni indifférence ». Il s’ensuivit une décennie de guerre civile. Un gâchis que le défunt 43°BIMa de Port- Bouët aurait pu éviter s’il était intervenu pour défendre le président élu, Henri Konan-Bédié. La cohabitation fit que Chirac et Jospin jugèrent urgent d’attendre. En mars 2012, la France en campagne présidentielle regardait impotente le putsch du capitaine Sanogo à l’origine de l’effondrement de l’Etat malien. Un an plus tard, belote et rebelote, François Hollande laissait tomber le centrafricain François Bozizé, un despote parmi d’autres, face aux colonnes de la Séléka. Hier, une opposition armée, aujourd’hui un mouvement accusé par le Département d’Etat, mais un peu tard, d’être « prégénocidaire ».

En Côte d’Ivoire, au Mali, en Centrafrique, à chaque fois une coûteuse opération militaire est nécessaire pour colmater les brèches et remettre en selle un processus démocratique qu’on aurait pu réformer lorsque tout allait pour le mieux. Mais c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur… Alexandra Geneste soulignait, non sans ironie, dans Le Monde: « il aura fallu huit mois aux quinze pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU pour s’entendre sur le « besoin d’une action rapide et décisive » en République centrafricaine (RCA)« . Rejeter la faute de cet attentisme chronique sur les seules Nations-Unies serait toutefois injuste car c’est bien l’Élysée qui semble marabouté par le spectre de la « Françafrique ». Ce fantôme réactivé avec gourmandise par la médiacratie française a fait oublier le sens premier de ce néologisme forgé par Félix Houphouët-Boigny. Une fusion stratégique franco-africaine, pour le meilleur et pour le pire, qui mériterait d’être extirpée de ses interprétations simplistes (du style France-à-Fric) pour n’en garder que l’idéal fondateur imaginé par de Gaulle.

Malheureusement, on a pris la regrettable habitude de dénigrer la « Françafrique » à force de cultiver un complexe colonial et antiraciste. L’aventure coloniale, qui fut largement l’œuvre des républicains, a suscité au lendemain de la seconde guerre mondiale, un malaise et un repentir dont la France et, tout particulièrement la gauche, peinent à se défaire. Car la décolonisation fut mieux assumée par le gaullisme que par le socialisme. Ce malaise est entretenu par une partie des descendants des colonisés et de certaines personnalités de gauche qui trouvent dans le combat contre la Françafrique une sorte de rattrapage militant de la lutte anticoloniale. Un phénomène que reconnaissait volontiers Thomas Mélonio, aujourd’hui conseiller Afrique adjoint de l’Élysée, dans une tribune au Monde le 13 juillet 2011 au profit de la Fondation Jean-Jaurès : « Une relation complexe, marquée par les traumatismes de la décolonisation et les indépendances. (…) des enjeux de politique intérieur sensibles : il faut donc définir un discours susceptible d’en porter toutes les dimensions et éviter le double écueil de l’autoflagellation et de la glorification de la colonisation. »
Pas étonnant que le premier à prononcer l’arrêt de mort de la Françafrique dans un discours présidentiel fut François Mitterrand, lequel dut en partie son élection au scandale des diamants de Jean-Bedel Bokassa. Des sentences récurrentes à chaque début de mandat. Autant de coups d’épée dans l’eau dont la « Françafrique moribonde » se releva à chaque fois.

Avec le temps, la droite a repris le slogan de « la fin de la Françafrique ». Un peu comme si elle était gagnée par le complexe colonial de la gauche. Foccard et Giscard jouant le rôle de Ferry et Gallieni. Pourtant, la droite a continué, comme la gauche, à s’impliquer; toujours rattrapées par l’étroitesse des relations franco-africaines. Souvenons-nous du discours de Nicolas Sarkozy, bien plus insultant que celui de Dakar,  qui annonçait, à l’occasion du 25ème Sommet Afrique-France (on ne peut plus dire sommet France-Afrique…), vouloir « en finir avec 50 ans de Françafrique » et faire de l’année 2010 « la véritable année de la décolonisation ». Et pourtant Nicolas Sarkozy, qui ne s’y était jamais intéressé et qui a commencé par démanteler la moitié de nos bases militaires, n’a cessé d’y intervenir au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Niger, en Mauritanie, en Libye… mi-indifférence, mi-ingérence!

François Hollande, en fidèle disciple de Mitterrand, ne fut pas en reste. « Je romprai avec la « Françafrique », en proposant une relation fondée sur l’égalité, la confiance et la solidarité. » pouvait-on lire dans sa 58ème promesse de campagne. Après quelques pudibonderies post-électorales, il se rendait en juillet 2012 à Kinshasa au sommet de la francophonie, poussé par sa ministre Yamina Benguigui, sur fond de crise malienne. Alors même que des émeutes urbaines venaient d’être réprimées dans le sang en RDC. En l’absence de cellule africaine conséquente à l’Élysée et face à l’inconsistance de Pascal Canfin et Yamina Benguigui, Jean-Yves Le Drian en a profité pour prendre la main sur les questions africaines. Sur Europe 1 cette semaine il s’est même autorisé à remarquer que « Le Premier ministre et le Président Djotodia (…) sont des autorités de transition (…) ces autorités sont provisoires, elles seront remplacées« . Comme au bon vieux temps de Bokassa Ier?  Reste à savoir pourquoi ne l’avait-on pas fait plus tôt en empêchant les rebelles de piller Bangui.

Peut-être parce qu’à la gauche du PS, on recommence à agiter le spectre de la Françafrique… « On a le triste sentiment de revenir aux méthodes anciennes de la Françafrique » regrettait Noël Mamère au lendemain de l’opération Serval. Pour le PCF et le Front de Gauche  « la France doit se désengager sur le plan militaire, rompre avec la politique de domination contenue dans le Livre blanc 2013 de la défense. » « La France a une responsabilité écrasante dans cette tragédie. Elle a une dette considérable envers le peuple de Centrafrique » poursuit Dominique Josse, animateur du « collectif Afrique du PCF ». La tentation de l’autoflagellation n’est jamais très loin à gauche.

*Photo : REX/Alon Skuy/Gallo Ima/REX/SIPA. REX40311099_000004.

Un front, deux visages

14
FN-philippot-aliot

FN-philippot-aliot

Quand Pierre Mauroy meurt, le 7 juin 2013, les hommages pleuvent. On peut lire celui-ci dans La Voix du Nord : « Il a fait partie de ces authentiques hommes de gauche dont la conscience sociale n’a jamais été feinte. On ne peut que saluer aujourd’hui un engagement réel et sincère pour la défense des travailleurs français. Homme des 39 heures, de la retraite à 60 ans, des nationalisations dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie et le secteur bancaire, Pierre Mauroy n’était pas soumis à l’ultralibéralisme et à la financiarisation à outrance. Il avait par ailleurs une profonde et salutaire estime de la notion d’État. » Cette célébration du Mauroy social, socialiste et étatiste n’émane pas de ses alliés communistes de l’époque 1981-1984, ni de ses camarades socialistes qui, en bons modernes, ne retiennent de Mauroy que la gentrification de Lille et le développement de la « turbine tertiaire », selon une abominable expression de Mauroy lui-même.

Non, ce bel hommage est signé Steeve Briois. Steeve Briois est secrétaire général du Front national, conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais et conseiller municipal d’Hénin- Beaumont. [access capability= »lire_inedits »]C’est aussi un fils d’ouvrier et un petit-fils de mineur. Au début des années 1990, bien avant la dédiabolisation entamée par Marine Le Pen, Briois incarnait déjà un nouveau Front national dans le bassin minier, un Front national qui ne parlait pas tout à fait la même langue que les instances dirigeantes de l’époque, encore crispées sur un programme économique reaganien accompagné d’une dénonciation violente de l’immigration et de l’insécurité.

Briois n’abandonne pas ces thématiques identitaires pour le FN, mais sait qu’on ne drague pas le mineur exténué, le chômeur de longue durée et le gamin qui enchaîne les missions d’in- térim dans des boîtes sur le point de délocaliser en leur expliquant les bien- faits du démantèlement de l’État-pro- vidence. Et quand on est face à des ouvriers qui sortent de mois de lutte contre la fermeture de Metaleurop en 2003[1. Metaleurop, paroles ouvrières, de Frédéric Fajardie (Mille et Une Nuits, 2003).], il ne suffit pas de mettre en cause l’Arabe du coin. D’ailleurs, le meneur, à Metaleurop, est l’un de ces Arabes du coin, et beaucoup y bossent.

Pour tous ces grands brûlés de la mondialisation, dans une région où la fierté ouvrière fait vivre le chômage d’abord comme une honte, l’insécurité vécue était d’abord sociale. Porte- à-porte, marchés, tractages dans les usines, rencontres quotidiennes avec les électeurs : Briois mouille sa chemise, et pas seulement le temps d’une campagne électorale – à la différence de nombre de candidats, ce qui explique que le FN, malgré ses excellents sondages, ait du mal, faute de maillage territorial, à remplir ses listes municipales.

En revenant au militantisme de terrain, pratique oubliée au FN comme dans la plupart des partis, Briois chauffe la place pour Marine Le Pen qui, fine mouche, a compris qu’Hénin-Beaumont serait la pointe avancée du nouveau Front. Depuis, le tandem ne cesse de progresser au point de rendre de plus en plus réaliste le succès d’un ticket Briois maire d’Hénin / Marine Le Pen députée de la fameuse 11e du Pas-de-Calais. En 2012, Marine Le Pen fait 49,89 % des voix dans la circonscription et… 55,14 % dans Hénin intramuros.

De tels scores ne relèvent plus de l’accident, même si un ancien maire socialiste en prison, des querelles fratricides à gauche et une UMP sociologiquement, historiquement et électoralement inexistante facilitent le travail. Il n’empêche, c’est l’exemple même d’une implanta- tion réussie, réussie parce que Briois a mis en pratique ce que Florian Philippot théorisera par la suite : des orphelins du PCF aux socialistes désabusés, l’électorat naturel du FN serait celui d’une gauche qui a oublié le peuple. Celui-ci, à Hénin, est en outre furieux contre les écolos qui, en dénonçant à grands cris la pollution du site de Metaleurop, ont été les idiots utiles de la maison-mère, trop heureuse qu’on lui offre un alibi environnemental pour la délocalisation.

Du coup, on est en droit de se demander si le Front national de Steeve Briois est bien le même que celui de Marion Maréchal-Le Pen. On sait bien, depuis l’Évangile, qu’il y a plusieurs demeures dans la maison du Père. Reste que ce n’est pas tout à fait la même musique. Certes, on retrouve quelques fondamentaux communs au prolo du Nord et au retraité du Midi. Selon un sondage IFOP de juillet, plus de 80 % des électeurs du FN, sans distinction géographique, ont des craintes sur l’immigra- tion et l’insécurité ; 95 % des électeurs FN du Nord et 97 % de ceux du Sud approuvent la phrase : « Il y a trop d’immigrés en France ». Mais il est probable que cette assertion trouverait un écho ailleurs que dans l’électorat lepéniste, y compris chez les écolos si, par un malheureux hasard, un camp rom s’installait dans le 11e ou le 12e arrondissement de Paris – on connaît le syndrome nimby[2. Not in my backyard (« Pas dans mon jardin ») : désigne ce comportement qui consiste par exemple à être pour les éoliennes tant que vous ne les voyez pas. Idem pour les centrales nucléaires, les Roms, les SDF, etc.].

En revanche, sur toutes les autres questions, il semble bien que l’électeur FN moules-frites et l’électeur FN aïoli-tapenade aient ce qu’on appelait naguère des « intérêts de classe » divergents. Quand 42 % des frontistes du Nord estiment que les riches ne sont pas assez imposés, 60 % des frontistes du Sud pensent que les riches sont des vaches à lait fiscales. Et l’opposition est encore plus nette sur la retraite, le salaire minimum, le rôle de la fonction publique, les filets de protection sociaux.

Pour l’instant, le cumul de ces deux électorats, si opposés sociologiquement et historiquement, est une force parce qu’il n’apparaît pas encore comme une contradiction. Le FN sait faire de la modulation de fréquence régionale : une caresse au Pied-Noir par ici, une autre au catho tradi par là, et encore une autre pour la mère de famille avec le minimum vital dans son coron. Mais cette habileté peut trouver ses limites quand il s’agira de mettre en œuvre concrète- ment le programme économique chevènementiste et colbertiste, au moins sur le papier, dans lequel un communiste pourrait parfaitement se reconnaître.

C’est sur la question des alliances que ce grand écart pourrait devenir un piège mortel. Le FN a beau parler le langage du « ni droite ni gauche » inventé par Samuel Maréchal, le père de Marion, il n’en demeure pas moins que son allié naturel est toujours l’UMP, ce qui renvoie le Front dans le camp du ni gauche… ni gauche. Sans compter qu’à un moment ou à un autre, l’UMP, comme le FN, devront inviter leurs électeurs à reporter leurs voix sur des candidats qui pensent exactement l’inverse d’eux sur des questions aussi accessoires que l’euro, le protectionnisme, la retraite à 60 ans et le rôle de l’État dans l’économie. Il faudra alors se montrer très, très pédagogique…[/access]

*Photo : CHAMUSSY/SIPA. 00625912_000010.

 

Le dimanche sans soleil

29
dimanche rapport bailly

dimanche rapport bailly

« Travailler plus pour gagner plus » scandait Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2007, excitant la convoitise de quelques-uns et la frustration de beaucoup. Deux ans plus tard, la loi du 10 août 2009 autorisait, par la grâce du préfet,  les entreprises de commerce et de distribution installées dans les zones d’intérêt touristique ou à l’intérieur de périmètres d’usage de consommation, une ouverture sept jours sur sept. On jurait alors que le dimanche d’autrefois restait la règle, le travail dominical l’exception. Et on moquait les petits clercs qui osaient s’offusquer, oubliant un peu vite que la loi Lerolle du 13 juillet 1906 avait érigé en règle, dans un contexte clairement anticlérical, une relâche hebdomadaire fixée le dimanche, au nom du repos et de la famille.

Quelque années ont passé depuis et l’alternance politique n’a pas altéré l’esprit de la loi libéralisant le travail dominical, tant s’en faut. Au nom de l’égalité, le pouvoir « socialiste » entend désormais étendre les zones et périmètres visés par la loi de 2009, afin que ceux qui en sont exclus ne puissent alléguer d’une inégalité de traitement. Lundi dernier, l’ancien directeur de La Poste, Jean-Paul Bailly, a donc remis ses conclusions au Premier ministre Jean-Marc Ayrault, accompagné de suggestions qui, nous prévient-on déjà, en toucheraient une sans faire bouger l’autre. Le jour dominical resterait donc naturellement sanctuarisé, mais les dérogations restrictives aux effets parfois déloyaux devraient être assouplies. En un mot, une loi viendra remettre à plat le système et augmenter le quota d’autorisations annuelles d’ouvertures le dimanche, qui plus est au plus grand nombre.

On pourrait, de bonne foi, considérer qu’au regard du contexte économique et des activités dominicales habituelles, l’ouverture de certains magasins le dimanche n’est pas une aberration. Redonner du souffle aux commerçants étranglés, favoriser la croissance autant que la concurrence, permettre aux étudiants de travailler, s’aligner sur un fait majoritaire en Europe, laïciser un peu plus le calendrier grégorien, mais surtout ne pas remettre en cause le fondement théorique du dimanche, certains avancent-ils comme arguments. Mais la ficelle est un peu grosse lorsque l’on connaît le mécanisme parlementaire consistant, sur un sujet délicat de société, à poser un principe et quelques exceptions pour, quelques années plus tard, en inverser la charge. Et c’est bien de cela qu’il s’agit puisque le principe de la loi de 2009 devrait voir sa portée réduite, si les suggestions du rapport sont observées, à la faveur d’une extension de l’exception.

Nul besoin d’être prophète, donc, pour observer, dans la saillie législative que l’on nous annonce, un stade supplémentaire dans la « gangrénisation » du dimanche dont pâtiront, en premier lieu, les ouvriers, les étudiants, les couples sans gros revenus, qui n’auront d’autre choix que de prouver leur disponibilité pour satisfaire aux exigences d’embauches. Et pourtant, on ne saurait mesurer l’importance fondamentale de ce jour, espace temporel de complétude des familles; moment de retrouvailles aussi, de convivialité, expérience du détachement et exaltation de l’altruisme.

Dans un mémoire soumis à l’Académie de Besançon en 1839, De la célébration du dimanche, Pierre-Joseph Proudhon, peu suspect de cléricalisme, justifiait la défense du repos dominical par la nécessité du ressourcement, de la méditation, du rêve. Et c’est alors, disait-il, que l’on juge sainement de tout, que le cœur se détache, que la conscience se retrempe, que la volonté s’acère, que l’on sent la vertu bondir sous la poitrine. Il y a quelques jours, Frédéric Lefebvre, député UMP et ancien secrétaire d’Etat au Commerce et à la Consommation légitimait la politique du gouvernement socialiste au nom de l’axiome : « Chacun doit être libre de travailler différemment pour gagner plus ». Autres temps, autres mœurs.

*Photo : WITT/SIPA. 00666535_000022.

« Le FN est la planche de salut du PS et de l’UMP »

14
nicolas-dupont-aignan

nicolas-dupont-aignan

Causeur. Depuis quelques années, Marine Le Pen défend la sortie de l’euro et campe sur des positions souverainistes. Ne vous a-t-elle pas privé d’espace politique ?

Nicolas Dupont-Aignan. Je ne raisonne pas en terme de niche politique. Comme disait le général de Gaulle : « Nous ne sommes pas là pour faire cuire nos petites soupes sur nos petits feux, dans nos petits coins. » Les patriotes sont en train de gagner le combat idéologique ; pour autant, les Français ne leur donneront une majorité que si ce patriotisme est apaisé, serein et rassembleur.[access capability= »lire_inedits »]

Pour moi, l’enjeu majeur est moins de capter l’électorat du Front national que de s’adresser aux millions d’abstentionnistes qui commencent tout juste à comprendre ce que Philippe Séguin, Jean-Pierre Chevènement moi-même et tant d’autres patriotes républicains avions compris il y a vingt ans, dès Maastricht.

Reste-t-il encore des différences de programme entre votre parti, Debout la République, et le FN de Marine Le Pen ?

Vous n’allez pas, vous aussi, tomber dans ce piège tendu par les partis qui ont tous échoué depuis vingt ans et qui, pour se maintenir au pouvoir, n’ont que le mot « Front national » à la bouche ! À Debout la République, nous refusons ce piège mortel pour la France, qui veut obligatoirement assimiler toute alternative politique au Front national. Entre le système et les extrêmes, nous savons que des millions de Français attendent ce patriotisme républicain qui manque tant aujourd’hui.

Pour répondre à votre question, ce n’est pas parce que Marine Le Pen a heureusement repris certaines de nos thèses économiques que notre histoire et notre projet politique doivent obligatoirement se confondre. L’important est en effet de savoir d’où l’on vient et où l’on va. Depuis toujours, je porte les valeurs du gaullisme social.

L’indépendance de la France va pour moi avec le rassemblement de tous les Français, d’où qu’ils viennent. Cette constance dans les idées, cette cohérence dans mes choix, personne ne peut les mettre en doute.

Comme Marine Le Pen, vous souhaitez mettre des barrières aux frontières de la France pour la protéger des flux migratoires …

Je pense qu’il y a un excès d’immigration qui empêche l’assimilation des Français naturalisés récemment. Ce n’est pas une prise de conscience récente. J’ai toujours été opposé aux accords de Schengen, certain que j’étais qu’ils allaient mener à l’anarchie sans frontières. Et ça n’a pas manqué.

Le Front national prône l’« immigration zéro » – ou  10 000 entrées par an, ce qui revient au même – alors qu’à Debout la République, nous souhaitons une immigration maîtrisée mais réaliste. Nous souhaitons la diviser par deux pour ramener le nombre d’entrées à 100 000 par an.

Enfin, je suis maire de banlieue et je vois la grande majorité des jeunes issus de l’immigration aimer la France et tout faire pour s’intégrer. Je n’oublie pas certains mots de Marine Le Pen qui a laissé entendre que tous ces jeunes seraient des Mohamed Merah en puissance. Pour ma part, je pense qu’on ne redressera la France qu’en rassemblant tous les Français d’où qu’ils viennent.

Vous caricaturez quelques peu les positions de Marine Le Pen. Loin de se réclamer d’une vision ethnique de la nation, la présidente du FN n’a que le mot « République » à la bouche…

Il y a encore une différence entre ce que propose Marine Le Pen et ce que dit et vit son parti. Le FN cache une ambiguïté : il y a la devanture, et puis l’arrière-boutique… De mon côté, en tant que gaulliste, j’aspire au rassemblement de tous les Français, indépendamment de leurs origines. Notre modèle civilisationnel passe par un ensemble de droits et de devoirs, l’égalité des sexes, l’École laïque et gratuite, les services publics, etc.

La présence des musulmans pose-t-elle problème au « modèle français » ?

Oui et non. Non si la République est ferme, oui si la République est lâche face aux intégristes. Le premier problème est notre capacité d’assimilation. Osons d’abord contrôler nos frontières pour gérer l’afflux d’immigrés. Une fois que l’on a géré ce flux, reste à faire primer la sphère publique sur la sphère religieuse. Ce n’est pas une mince affaire, d’autant que, lorsque la République est faible, elle favorise les communautarismes les plus intégristes. L’Histoire se répète : comme, au début du siècle, elle le fut avec les catholiques, la République doit aujourd’hui rester ferme avec les musulmans. Il ne faut rien lâcher sur les principes, pour ne pas basculer dans une guerre civile entre, d’un côté, une communauté musulmane qui peut se renfermer, et de l’autre un identitarisme malsain qui n’a rien à voir avec la France.

À propos de laïcité, que pensez-vous de l’affaire Baby-loup ?

Je soutiens le principe d’une nouvelle loi. Le port de signes religieux devrait être interdit dans les entreprises dès lors qu’il y a un accueil du public. C’est une question vitale ! Il faut tuer l’intégrisme dans l’œuf.

Votre « patriotisme tranquille » ne fait pas autant recette que les harangues du Front National contre l’islam et l’immigration. Cela vous inquiète-t-il ?

Pas du tout ! Cessons de vouloir faire du Front national le mètre-étalon de la vie politique.  Aujourd’hui, on ne peut être sûr que d’une chose : les partis au pouvoir depuis trente ans, UMP et PS, sont finis. Plus jamais les Français ne leur feront confiance. Leur seul espoir est de pousser les Français dans l’abstention et d’assimiler toute alternative politique au Front national.

Déjà, lors de la dernière élection présidentielle, les votes se résumaient à des votes de contestation, d’opposition ou de résignation. Ceux qui votaient Nicolas Sarkozy le faisaient pour éviter la gauche au pouvoir, ceux qui votaient François Hollande le faisaient parce qu’ils en avaient assez de Nicolas Sarkozy, ceux qui votaient Marine Le Pen le faisaient pour en finir avec l’UMP et le PS…

L’enjeu de DLR est d’offrir un vote d’adhésion, car c’est le seul qui permettra aux Français de se rassembler et au pays de réussir.

Ce déclic passe peut-être par la mort de l’euro, que vous jugez inéluctable. Pourtant, depuis quelques semaines, la situation des pays en crise comme l’Espagne, le Portugal et l’Irlande semble s’améliorer…

Au contraire, le pire est devant nous ! Si certains indices économiques s’améliorent légèrement, le traitement de choc imposé aux peuples reste aussi inefficace que douloureux. En Grèce, le montant de la dette ne cesse de s’accroître, ce qui obligera bientôt les Européens à remettre la main à la poche. Le chômage et la souffrance sociale atteignent des niveaux monstrueux. L’euro est condamné, y compris en Italie et en France, deux pays dont la faillite ne pourra être évitée par aucun fonds européen ! Nul ne sait précisément quand ni comment ce système s’écroulera, mais ce n’est qu’une question de temps…[/access]

*Photo: Hannah. 

Soirée Taubira au Rond-Point : Regardez comme nous sommes généreux !

66

Qui aurait cru que les propos -lamentables- d’une petite fille de onze ans – comme on en entend tous les jours dans une cour de récréation – auraient pu soulever les plus hautes autorités de l’Etat au point qu’une soirée de résistance soit organisée à l’initiative de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti et du metteur en scène Jean-Michel Ribes ? Deux jours après le bide des manifs du samedi,  un cortège d’artistes, de penseurs, de politiques, de stars cathodiques, remettaient ça, mais dans l’enceinte chauffée du théâtre du Rond-point

On se rappellera que le 28 janvier dernier, on avait eu le droit au même jeu et aux mêmes couleurs pour un numéro d’exhibition tout aussi grandiloquent afin, nous disait-on, de faire taire l’homophobie latente qui régnait alors ; c’était le temps des discussions de la loi Taubira portant le mariage entre personnes de même sexe.

Qu’il doit-être doux et complaisant d’aimer les autres. Surtout lorsque l’on s’aime de tant aimer les autres. Alors on vilipende cette France rance, cette France moisie, cette France qui s’emmêle au lieu de se mêler. Et chacun se persuade de son altruisme exorbitant, en détestant ces millions de Français en détresse qui finissent par grossir les rangs du vote Front national.

Sartre, l’homme dont ils se gargarisaient hier, aimait à définir l’intellectuel comme quelqu’un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas. Aujourd’hui, l’intellectuel est manifestement celui qui s’engage quand la télé le regarde .

Pour une nouvelle Garde nationale

127
garde nationale insecurite

garde nationale insecurite

À la fin du mois d’août, un homme est mort parce qu’il a cru de son devoir de concourir à l’ordre public de façon active en s’opposant à deux criminels. Cet homme, Jacques Blondel, a été décrit par certains comme un inconscient. D’autres ont vu en lui un héros du quotidien. La vérité est qu’il était à sa façon un « garde national », héritier d’une institution qui a été un des apports essentiels – et aujourd’hui bien oublié – de la Révolution française.

Peu de gens aujourd’hui se souviennent de ce qu’a été la Garde nationale en France de 1789 à 1872. Elle reposait pourtant sur une idée qui a toujours une très grande force. Dans une démocratie, le maintien de l’ordre ne peut pas délégué aux seuls professionnels : police, gendarmerie, armée. Chaque citoyen a le devoir de participer activement au maintien de l’ordre public et de la paix civile: c’est une condition du bon fonctionnement de la démocratie. Les régimes qui se sont succédé de 1789 à 1871 ont fait varier l’organisation de la Garde nationale, mais les principes sont restés les mêmes pendant près de 100 ans et se résumaient à une idée somme toute simple : en démocratie, la sécurité « nationale » doit être l’affaire de tous. Cette perspective garde-t-elle encore aujourd’hui un pouvoir d’attraction ou d’inspiration ou est-elle totalement dépassée ?

L’analyse économique de la criminalité et de la sécurité, telle qu’elle a été lancée par le prix Nobel d’économie Gary Becker, permet de répondre, au moins partiellement, à cette question. Raisonner en économiste, sur des questions comme la criminalité ou la sécurité, c’est faire l’hypothèse, pas du tout absurde, que la sécurité, par exemple, peut être correctement appréhendée par une offre et une demande qui se rencontrent sur un marché et que les quantités demandées et produites sont sensibles aux prix. Prenons l’exemple de la sécurité. Elle fait l’objet d’une demande de la part des ménages. Cette demande est naturellement d’autant plus forte que le coût de l’insécurité est élevé. Or, dans tous les pays de l’OCDE, les crimes et les délits ont été multipliés en moyenne par trois au moins de 1945 à aujourd’hui. Dans ces conditions, il n’y a pas lieu de s’étonner que la demande de sécurité des ménages soit aujourd’hui très élevée. Le problème vient essentiellement de l’offre : l’offre de sécurité est insuffisante parce qu’elle n’est pas libre et que le maintien de l’ordre est le monopole des forces publiques. Pour parler le langage des économistes, l’offre est inélastique alors que la demande s’avère, elle, très élastique.

La solution consiste à libérer l’offre pour qu’elle satisfasse la demande des ménages. C’est ce qui se fait, au moins partiellement, avec les polices municipales et surtout les services de sécurité proposés par des sociétés privées de gardiennage ou bien encore par les matériels toujours plus sophistiqués qui sont proposés aux ménages pour protéger leurs domiciles et leurs biens. Cette privatisation de la sécurité est une soupape, mais elle n’est pas sans inconvénients : tout le monde ne peut pas s’offrir une porte blindée hyper-sécurisée ou les services très onéreux d’une société privée de protection. En France, les solutions « associatives » se multiplient dans les quartiers : ramassage du courrier, surveillance mutuelle dans certains lotissements, entraides diverses. Ces initiatives sont encore limitées, mais elles témoignent d’un sursaut positif : sans cet appoint civique, la croissance de l’insécurité sera sans limites. La coopération spontanée des citoyens pour contribuer à davantage de sécurité est toutefois soumise à ce qu’on appelle « le dilemme du prisonnier » : chacun risque de se reposer sur l’effort réalisé par les autres et, au bout de ces petites tricheries, la solution coopérative a toute chance d’être insuffisante. Un encadrement légal créant un minimum d’incitations à participer à l’effort de sécurité collective peut donc être nécessaire.

Alors, pourquoi ne pas imaginer une nouvelle Garde nationale en France ? Son but serait à la fois de développer une véritable « sécurité nationale » et d’organiser correctement son fonctionnement. Gageons que beaucoup de Français seraient prêts à s’associer aux forces de l’ordre pour que, encadrés par elles, l’insécurité régresse dans leurs quartiers et dans leurs communes. Pourquoi ne pas le faire ou, au moins, y réfléchir sérieusement? L’histoire de la Garde nationale a été passablement compliquée. Mais il est possible de tirer parti des erreurs passées. Et cela pourrait constituer l’amorce d’une solution responsable, économique et civique aux défis de l’insécurité.µ

 

*Photo : C. VILLEMAIN/20 MINUTES/SIPA.  00652067_000001.

Au commencement était le spaghetti volant

31
spaghetti volant usa

spaghetti volant usa

Les illuminés évangéliques adeptes d’un créationnisme bas de plafond ont vu se dresser face à eux un adversaire aussi réjouissant que redoutable : le « Monstre spaghetti volant ». C’est en 2005 que celui-ci prend son envol pour rejoindre dans les cieux croquignolesques la théière de Russell et la Licorne rose invisible (voir ci-dessous). À l’instar de ses deux grandes sœurs, le Flying Spaghetti Monster souligne par l’absurde le fait que toute hypothèse ne pouvant être éventuellement validée ou invalidée par l’expérience ne saurait être tenue pour scientifique – aussi éminents que puissent être par ailleurs ses mérites poétiques.

En janvier 2005, le Comité d’éducation de l’État du Kansas rend obligatoire l’enseignement de l’hypothèse créationniste dite du « dessein intelligent » durant les cours de science. Celle-ci devra figurer aux côtés de la théorie de l’évolution de Darwin. [access capability= »lire_inedits »]Les deux « théories » devront bénéficier naturellement d’un quota horaire et d’un traitement rigoureusement égaux.

C’est alors que Bobby Henderson décide de mettre les pieds dans son plat de nouilles, propulsant ainsi dans les airs une divinité nouvelle. Ce jeune diplômé en physique de l’université de l’Oregon rédige une lettre ouverte dans laquelle il s’insurge contre le dadaïsme institutionnel. Il y professe sa foi en un dieu créateur invisible et indétectable revêtant pour les initiés l’aspect d’un plat de spaghettis accompagné de deux boulettes de viande. La Création tout entière, il n’en démord pas, est l’œuvre de ce Monstre spaghetti volant, accomplie dans un moment d’ébriété finalement très excusable.

Comment Bobby Henderson pourrait-il renoncer à ses droits d’illuminé ordinaire ? Il réclame naturellement que l’on témoigne du respect dû à sa croyance en lui attribuant le temps d’enseignement qu’elle mérite. Il exige que le gâteau de la Création soit coupé en trois. L’inique Comité d’éducation de l’État du Kansas n’accédera, hélas, jamais à sa juste requête. Après avoir maintenu durant deux ans sa décision, il finira en revanche tout de même par supprimer l’enseignement de l’hypothèse créationniste en février 2007.

Pendant ce temps-là, il est vrai, le pastafarisme s’est répandu comme une traînée de poudre. Tel est le nom, en effet, de la nouvelle religion fondée par inadvertance par Henderson. Le terme comporte une allusion au mouvement rastafari. Une traduction française me semble s’imposer : le culte de la pasta-rasta. La lettre d’Henderson donne naissance à un phénomène internet considérable, à la surprise de son auteur, qui ne l’avait composée que « pour son amusement personnel et rien de plus». Elle est reproduite dans le New York Times et reprise par de nombreux adversaires des créationnistes.

Un peu plus tard, le nouveau prophète publie L’Évangile du Monstre spaghetti volant, qui est vendu à 100 000 exemplaires. C’est pour lui l’occasion de nouvelles révélations. Les pirates y apparaissent comme les premiers pastafariens. Il s’avère que la multiplication des catastrophes, et notamment le réchauffement climatique, s’expliquent par l’inexorable déclin du nombre des pirates.

Tous les éléments semblant confirmer le bien-fondé de la théorie de l’évolution sont démasqués comme autant de pièges tendus par le Monstre spaghetti afin de mettre à l’épreuve la foi de ses admirateurs.

Les mesures scientifiques telles que la datation par le carbone 14 sont systématiquement falsifiées par le Monstre au moyen de son astucieux « appendice nouillesque ». Henderson formule une hypothèse qui me semble très raisonnable : « S’il existe un dieu et s’Il est intelligent, alors je pense qu’Il a le sens de l’humour. »

L’Église du Monstre spaghetti volant a fait désormais des adeptes dans le monde entier, en particulier parmi les étudiants américains et européens. Ceux-ci se sont plu à multiplier les actions d’éclat pastafariennes. En mars 2007, Bryan Killian, un étudiant de Caroline du Nord, se fait remonter les bretelles pour port de costume de pirate et proteste avec véhémence contre cette atteinte à sa liberté d’expression religieuse.

En mars 2008, les pastafariens de Crossville, dans le Tennessee, remportent une grande victoire en obtenant la permission d’ériger une statue du Monstre spaghetti volant dans une zone de libre expression du jardin du Palais de justice. La gloire la plus grande revient cependant à Niko Alm, un jeune Autrichien qui, après trois ans d’intense lutte spirituelle et administrative, s’est vu finalement officiellement autorisé, en juillet 2011, à porter une passoire sur la tête sur la photo d’identité de son permis de conduire.

Notons pour finir que la théorie de Darwin a tout de même connu des adversaires plus éclairés que les néo-créationnistes en les personnes de Nietzsche, Marx et Bergson. Et Marx nous prouve qu’il est aussi possible de rire de Darwin : « Il est curieux de voir comment Darwin retrouve chez les bêtes et les végétaux sa société anglaise avec la division du travail, la concurrence, l’ouverture de nouveaux marchés, les inventions et la lutte pour la survie. »

Et c’est ainsi que Pasta est grand.

 

Les quatre commandements pastafariens :

Certains commandent des pâtes. D’autres reçoivent d’elles des commandements.

Premier Commandement :

Tu aimeras les pâtes comme toi-même

Deuxième Commandement :

Tu réclameras tes droits comme les autres

Troisième Commandement :

Tu seras chicanier et procédurier, mais seulement en costume de pirate

Quatrième Commandement :

En tous lieux, ta passoire en guise de coiffe tu arboreras

 

Théière, licorne et science

Dans l’une de ses  croisades athées, Bertrand Russell avait donné comme parangon de « l’hypothèse irréfutable », et donc sans valeur à ses yeux , l’exemple d’une minuscule théière voguant dans l’espace entre la Terre et Mars et malheureusement indétectable, même avec les plus puissants télescopes. La Licorne rose invisible est, en dépit de son nom charmant, un animal un peu décevant. Inventée en 1990 par des étudiants américains athées sur le site Usenet, elle tourne en dérision la notion de mystère, malheureusement de manière plate et peu « heuristique », comme dirait le Président de Koch – dont je salue avec émotion le récent ralliement au marxisme et qui ne saurait tarder à embrasser bientôt, j’en suis sûr, la foi pastafarienne. Nonsensologues de tous les pays, unissez-vous ! [/access]

*Photo: Soleil.

Classes prépas : le mauvais tour de la Cour des mauvais comptes

19
peillon prepas zep

peillon prepas zep

Vincent Peillon sera certainement très attentif à la publication de l’enquête internationale PISA sur les performances des élèves de 15 ans en 2012. Les résultats, n’a-t-il pas manqué de rappeler, révéleront à coup sûr que les écarts entre les élèves qui réussissent et ceux qui sont en grande difficulté se sont « accrus dans des proportions inacceptables ». En conséquence, a martelé Vincent Peillon, il faudra, encore une fois, « refonder lécole », en proposant, pour la bonne cause, de déshabiller Jean pour faire semblant d’habiller Paul. Ce projet s’inscrit dans une plus large réforme du statut enseignant dont les premiers à faire les frais semblent devoir être les quelques six mille professeurs de prépas qui se voient imposer un régime plutôt sec.

Rappelons que le service, à savoir la charge horaire, d’un professeur de Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles varie entre huit et dix heures par semaine. Plutôt huit ou neuf pour celui qui a une classe de deuxième année, c’est-à-dire une classe d’examen, de plus de 36 élèves, et plutôt dix pour celui qui a une classe de première année de 20 élèves. La réforme Peillon prévoit que tous les professeurs de prépas passeraient à dix heures.

La majorité de ces enseignants ayant des classes d’examen et des effectifs lourds (il n’est pas rare de trouver cinquante élèves par classes en prépa) verraient ainsi leur service s’alourdir de manière très significative sans aucune contrepartie financière. En outre, la réforme conduirait à une diminution de la rémunération des heures supplémentaires, d’où une baisse très importante des revenus. Afin de justifier sa mesure, Vincent Peillon a déclaré que cet aménagement permettrait de dégager vingt millions d’euros qui permettrait d’alléger au contraire l’horaire des professeurs enseignant en ZEP, à savoir en Zone d’Education Prioritaire, c’est-à dire les établissements les plus difficiles. Ce faisant, Vincent Peillon joue très habilement la carte d’une démagogie rusée. Il a tout à fait conscience que l’opinion publique sera prompte à ne considérer que le chiffre de huit ou dix heures de service en prépas et ne manquera pas de dénoncer les « privilégiés » qui bénéficient d’un système aussi avantageux.

Evidemment, il faut avoir conscience que ces huit ou dix heures de présence devant les élèves représentent une faible partie du travail d’un professeur. Préparer une heure de cours en prépa requiert deux ou trois heures de recherches ou de préparation en amont. Essayez de bricoler un cours sur l’usage de la métaphore chez Proust, la conception du temps bergsonien ou l’algèbre bilinéaire et vous comprendrez assez rapidement que vous risquez d’y sacrifier un peu plus qu’une pause-café. Deux heures de plus, cela représente éventuellement une classe supplémentaire, soit une quarantaine ou une cinquantaine de copies en plus. Et corriger une copie de prépa prend presque plus de temps que de lire un ouvrage de Vincent Peillon.

Evidemment, les enseignants des classes préparatoires sont dans une très mauvaise position pour présenter ces arguments. Comme l’écrivait Arthur Schopenhauer dans Lart davoir toujours raison : « Si vous n’avez pas d’argumentum ad rem, ni même d’ad hominem, vous pouvez en faire un ad auditores, c.-à-d. une objection invalide, mais invalide seulement pour un expert. […] Montrer que votre objection est invalide nécessitera une explication longue faisant référence à des branches de la science dont vous débattez et le public n’est pas spécialement disposé à l’écouter. » (Stratagème XXVIII). Vincent Peillon a donc choisi de placer les professeurs de CPGE en position de profiteurs face aux enseignants de ZEP, dont il s’improvise le défenseur. Le ministre de l’Education Nationale se fait soudain Robin des Bois et Thierry la Fronde, il vole aux riches pour donner aux pauvres, défendant avec courage un idéal de partage et de solidarité. Mais les choses ne sont jamais aussi belles que l’on voudrait qu’elles soient. Huit mille profs de prépa, ce n’est pas beaucoup pour commencer. Même en les ponctionnant très largement, le ministre a concédé ne pouvoir tirer que vingt millions d’euros. Cela ne pèse pas lourd face au un milliard et cent trente et un millions d’euros que représente le budget des ZEP en 2012, d’après le rapport d’information n°1295 du 23 juillet 2013. Détail amusant, ce rapport mentionne d’ailleurs bien les fameux vingt millions qui doivent servir à « la mise en place dune prime modulable » valorisant « lengagement des personnels, notamment dans des missions, activités et responsabilités nouvelles »[1. Rapport d’information présenté par Carole Delga et Xavier Breton le 23 juillet 2013.] Valorisation impressionnante : les 112 173 professeurs du premier et second degré en ZEP ont perçu pour l’année 2012 une prime d’un montant de cent quarante euros. Hurray for Robin Hood ! Réduire de 10 à 20% (par mois) la rémunération des enseignants de CPGE pour financer quelques centaines d’euros de prime par an, voilà le principe de vases communicants défendu par Vincent Peillon. L’un des vases est tout de même beaucoup plus gros que l’autre.

L’autre argument avancé, cette fois par la Cour des comptes, est la trop importante rémunération des professeurs de classe préparatoire, qui est estimé à 10 7000 euros en fin de carrière. Un argument qui a ulcéré les intéressés qui ont démontré rapidement, barème officiel à l’appui, que la vénérable institution s’était quelque peu égarée dans son empressement à venir au secours du ministre au cœur d’or et que la rémunération d’un professeur de CPGE en fin de carrière est deux fois moins importante. Pour s’approcher des niveaux astronomiques avancés par le rapport de la cour, il faudrait cumuler autant d’heures supplémentaires et d’heures de khôlles que d’heures de cours ce dont aucun enseignant en CPGE n’est capable en termes d’emploi du temps. Un professeur de prépas perçoit le même traitement qu’un agrégé du secondaire, soit environ 2200 euros en début de carrière et un salaire moyen annuel de 53733 €, soit 41364 € net (en comparaison, le salaire moyen des cadres est évalué à 54 100 € brut en France en 2012). En 2011, quand Luc Châtel avait voulu accélérer sa politique de réforme de l’éducation, il avait commencé par avancer qu’il « avait connaissance » de professeurs gagnant « 4500 € par mois » au bas mot. Les professeurs certifiés arrivant, en milieu de carrière, soit après dix ans d’exercice, à peine à 1800 € par mois avaient apprécié le flou artistique entourant les sources d’information du ministre en particulier en regard de l’énormité du chiffre avancé.

Qu’importe le caractère erroné, voire mensonger, de ces informations. Le but ici recherché est bien de présenter notre courageux ministre de l’éducation comme le champion de l’égalité face à l’élitisme le plus détestable. Qu’importe donc si les moyens invoqués sont en réalité bien insuffisants pour renflouer la politique des Zones d’Education Prioritaire, dont le bilan est aujourd’hui contesté. Il s’agit non pas tant de faire valoir un calcul économique qu’un biais idéologique : si l’on ne peut réellement mettre en place une véritable politique de promotion de la réussite à l’école, autant donc s’attaquer à ce qui dépasse et aux forteresses de l’élitisme, à savoir les classes préparatoires, temple de la discrimination sociale. Les classes préparatoires sont un système sélectif et élitiste pour la bonne raison que ces filières d’excellence sont intrinsèquement attachées au système des grandes écoles (Polytechnique, Centrale, HEC…). Mais l’argument de l’élitisme tombe aussi en partie à plat si l’on prend en compte l’existence des prépas ECT (Economique et Commercial option Technologique), TSI (Technologie et Sciences Industrielles) et ATS (Adaptation Technicien Supérieur) qui permettent d’ouvrir les CPGE à des élèves ou des étudiants venus des filières technologiques et de BTS.

Les prépas peuvent donc s’avérer être de véritables instruments de promotion sociale et non pas seulement un organe de reproduction des élites. La méritocratie ne semble cependant plus être au goût du jour. Le système de formation des classes préparatoires, qui n’est déjà plus gratuit depuis quelques mois par volonté gouvernementale, est aujourd’hui menacé par un égalitarisme niveleur, dont les excès peuvent avoir des conséquences économiques préoccupantes si l’on considère en effet que les CPGE fournissent une grande partie du futur personnel hautement qualifié sur lequel peut encore s’appuyer la compétitivité du pays. Les étudiants de CPGE, qui soutiennent en grand nombre leurs professeurs, ne semblent d’ailleurs pas s’y tromper.

 

*Photo : POUZET20MN/WPA/SIPA. 00476294_000003.

FN: Ne me poussez pas!

177
FN UMP islam

FN UMP islam

Même pas honte. Oui, la victoire du candidat FN, Laurent Lopez, à la cantonale de Brignoles (Var), m’a réjoui. J’ai même l’impression de n’être pas le seul. Pourtant, je reste circonspect sur la nouvelle respectabilité du parti. Je fréquente malgré moi son « noyau dur », socle de la vieille extrême droite : il rôde en bande autour de mon blog, en tablant sur la distraction de la modération.
Même à jeun, ces nostalgiques en treillis peuvent facilement bouffer du « bougnoule » ou du « bamboula ». Marine Le Pen jure faire le ménage, mais ces flambards n’ont pas l’air traqués. Ils prennent plutôt de l’assurance par les temps qui courent. C’est une candidate FN aux municipales, caricature de la bêtise fruste, qui a comparé Christiane Taubira à un singe, sans voir ensuite où était le problème. Elle a été immédiatement suspendue. Cependant, il est aisé d’entendre les mêmes pensées grasses sur le Net. Je ne dis pas que la patronne leur ressemble, non. Mais, même minoritaires, ces adhérents répulsifs existent et s’accrochent.

De toute façon, Mme Le Pen n’est pas de ma chapelle ; elle est irresponsable quand elle promet la retraite à 60 ans et autres démagogies du même tabac. Il n’empêche − et voilà où je voulais en venir −, en toute franchise, car cela me perturbe : si j’avais habité Brignoles, j’aurais sans doute pu voter Lopez. Histoire de me détendre devant les états-majors paniqués et les mines graves des commentateurs. Histoire d’enclencher, par un bout, la révolution attendue. Mon bulletin aurait envoyé paître le Parti de l’ordre, la maréchaussée médiatique et les docteurs Folamour de l’Homme nouveau. Je suis comme l’Indien sur le sentier de la guerre, décidé à protéger sa terre des brutes qui la saccagent. Touche pas à ma France !
J’aurais pu voter Lopez parce que je me sens solidaire des Français désespérés de ne plus être entendus des puissants. Ces oubliés ne sont pas des « fachos », comme l’assure le manichéisme des perroquets à carte de presse. Les insultés s’angoissent de disparaître des écrans radars et de devoir céder la place. Je les écoute, je les comprends, je partage leur colère contre les « élites », si mal nommées quand elles volent si bas. Je me fais volontiers l’écho de leur exaspération car je la crois utile, saine, honorable, légitime, républicaine. Je fais partie de ces indigènes rancis − n’est-ce pas ainsi que Boboland nous voit ? – qui n’acceptent pas le deux poids-deux mesures du hollandisme dévoué exclusivement aux « minorités ». Les authentiques Indignés (que Stéphane Hessel n’avait pas vu venir) refusent de voir leur pays se fracturer sous le poids du communautarisme, reculer sous les intimidations de l’islam politique, se dissoudre sous l’effet d’une immigration de peuplement que la gauche au pouvoir, refugiée dans son narcissisme compassionnel, ne fait rien pour modérer.
Ah ! J’oubliais : j’aurais aussi pu voter Lopez pour bien faire comprendre à son adversaire UMP ce que je pense de son parti trop centriste, mollasson, propre sur lui, que je n’ai cessé de soutenir, faute de mieux, en dépit de ses incohérences. Je n’ai pas oublié, par exemple, les contradictions de Nicolas Sarkozy, plaidant pour l’identité nationale tout en défendant l’impératif du métissage. Aujourd’hui, l’UMP a un boulevard devant elle. Mais elle est incapable de l’emprunter – ce qui signifierait tenir son rôle d’opposant, émettre une idée claire, répondre aux abandonnés. Elle ne sait plus où elle habite. Je tente de la secouer comme je peux, voilà tout.
Et puisque j’en suis aux confidences (Élisabeth Lévy sait parler aux hommes), allons un pas plus loin. Je crois que la leçon de Brignoles, trop anecdotique pour les dénégationnistes qui ne veulent rien voir ni entendre, ne sera pas suffisante pour réveiller la droite assoupie et créer l’électrochoc. Étant donné le nombre de coups de pieds aux fesses qui se perdent, la lointaine Union européenne pourrait aussi prendre sa part de gnons aux européennes de 2014.
Je suis européen, libéral, atlantiste même. Un fédéralisme raisonnable ne me fait pas peur. Je n’envisage pas une France claquemurée, protégée par une immigration zéro, des droits de douane et des priorités cocardières. Vladimir Poutine, l’étoile qui monte et qui fascine jusqu’à François Fillon, m’inquiète par sa brutalité. Mais quand j’entends la commis- saire Cecilia Malmström plaider pour toujours plus d’immigration, le commissaire Nils Muiznieks réclamer la suppression de la loi française inter- disant le voile intégral, ou le président du Parlement européen, Martin Schulz, faire l’éloge des minorités et du sans-frontiérisme en traitant ses contradicteurs de « populistes » et de « racistes », me brûle l’envie de leur répondre, puisque l’UMP reste muette.
L’Europe que j’aime n’est pas ce monstre froid et désincarné qui méprise la diversité des peuples et les racines de leur culture commune. Je refuse de ressembler au portrait-robot que l’UE et ses eurocrates aimeraient imposer avec leur homme post-moderne, amnésique, remplaçable, docile, utilitaire. Bon chienchien. Oui, si décidément rien ne change d’ici là dans les discours aseptisés de la droite, incapable de faire front contre cette Union soviétoïde qui s’abandonne au multiculturalisme, cheval de Troie du fondamentalisme, je pourrais cette fois passer à l’acte. Je pourrais voter, pour la première fois, pour un candidat FN. L’écrire me rend furieux de tout. Je n’ai pas envie d’un slow avec Marine. Mais va pour une danse du scalp !
Les salauds ne sont pas ceux qui votent pour le FN. L’un des derniers maires de Brignoles, Jacques Cestor (UMP), était noir : il a été réélu trois fois à la mairie, et trois fois au conseil général. Le FN a ses vieux cons franchouillards, xénophobes, antisémites. Mais l’extrême gauche a sensiblement les mêmes (les franchouillards en moins) avec ses soutiens aux islamistes qui haïssent les Blancs, les juifs et les femmes affranchies, avec l’absolution des belles âmes de l’antiracisme. Les nouveaux venus qui se tournent vers Marine Le Pen ne cherchent pas à flirter avec un diable. Ils estiment ne plus avoir d’autre choix politique. Ils n’ont pas tort.

Ces électeurs écœurés viennent de la droite comme de la gauche. Ils fuient un monde politique incapable de se confronte aux désastres qu’il a solidairement engendrés en quarante ans de pouvoir partagé. Le discrédit de la politique s’étale spectaculairement quand une enfant rom de 15 ans, Leonarda, s’autorise à interpeller le chef de l’État et le met en difficulté. Ceux qui se tournent vers le FN veulent changer de système, rebâtir une société plus responsable et plus mûre. Ils font partie des acteurs de ce que j’ai appelé la « révolution des Œillères », ce mouvement de fond né du coup d’État permanent des réalités. Cette révolution sonne le glas des idéologies, redonne la parole à la société civile, oblige les puissants à descendre dans l’arène, à parler aux gens et à dessiller leurs yeux. Le vote FN est un des éléments de l’insurrection civique qui déboule et qu’attisent aussi l’insécurité, la paupérisation et l’éreintement fiscal.
Les salauds sont ceux qui maltraitent et humilient la France, mais aussi ceux qui les laissent faire. Ce sont ceux qui voient des « fafs » partout, sauf dans les cités sous l’emprise salafiste. Ce sont ceux qui répètent, François Hollande en tête, que la crise n’est qu’économique et sociale et qu’elle s’estompera avec les premiers résultats sur la baisse du chômage. Ceux-là ont décidé d’ignorer l’inquiétude identitaire, le mal-vivre ensemble qui est au cœur de la dépression française. Les salauds sont ceux qui persistent à faire croire aux démunis du tiers-monde qu’ils peuvent risquer leur vie pou l’Eldorado européen. Ces sirène savent qu’elles contribuent à créer des ghettos, des repliements, des chocs de cultures qui se termineront peut-être en guerres civiles. Les salauds sont ceux qui vident les prisons, poussant les citoyens à se protéger eux-mêmes et à rendre une justice expéditive.
Les salauds appliquent le conseil de Bertolt Brecht : ils ont choisi de changer de peuple indocile. C’est ce qu’a théorisé Terra Nova en conseillant au PS de laisser tomber la classe ouvrière au profit de l’immigré du tiers-monde, ce nouveau damné de la terre. Les salauds sont ceux qui, par accommodements, ont abandonné la défense de la laïcité et de la liberté d’expression. Les salauds sont ceux qui poussent Robert Redeker à se cacher depuis 2006, Richard Millet à envisager l’exil, Renaud Camus à devoir répondre de ses écrits devant un tribunal, Charb, patron de Charlie Hebdo, à avoir deux gardes du corps en permanence[1. Je viens moi-même d’être mis en examen après une plainte du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) faisant suite à une libre opinion que j’avais émise sur RTL à propos de leur campagne « Nous sommes la nation ». L’affaire sera jugée en correctionnelle.]
Les salauds sont ceux qui m’obligeraient, demain, à valser avec Marine.

*Photo : Peter Dejong/AP/SIPA. AP21482993_000009.

Maman, j’ai peur du futur…

4

Il y a les mères poules, les mères filles, les mères cools et les mères tyranniques. Les adulescentes et les matriarcales. Pauline, elle, est une « bonne mère », elle se le dit, se le répète, elle ne vit que pour sa fille, son enfant, son bébé. Une fille qu’elle serre dans ses bras la nuit, une fille sans prénom, anonyme poupée qu’elle cajole comme un prolongement d’elle même. Dans son grand appartement cosy et aseptisé, protégé de la bêtise du monde extérieur, Pauline entoure sa fille d’un amour total qui ressemble moins à l’instinct maternel qu’à la passion du créateur pour sa créature. Car, « à une époque où il se murmurait avec désapprobation qu’il serait devenu possible de choisir le sexe de son enfant, caprice réservé à quelques milliardaires zinzins et probablement musulmans, à cette époque, Pauline avait une fille de 6 ans aux composantes génétiques dûment sélectionnées ».

Fusion est l’histoire, à la fois glaçante et drôle, du désir absolu d’enfant devenu dans nos sociétés contemporaines, non plus l’ouverture à une descendance qui serait transcendance, mais l’extension narcissique de l’amour de soi, non plus le lieu de la transmission d’une filiation, mais l’endroit d’une impossible fusion. C’est une fable caustique, écrite d’une plume dynamique qui dépeint la logique infernale où les individus enivrés de technique confondent le rôle de parent avec celui de démiurge.

Dans cette nouvelle de 80 pages, Sophie Flamand nous entraîne à un rythme endiablé et cynique vers l’apocalypse, au triple sens du mot : révélation, catastrophe et fin du monde, de notre monde humain. Et quand on est en train de comprendre où elle nous a amené, il est déjà trop tard.

Cadeau mère-fille idéal pour Noël. Ou pas. A vous de lire.

Fusion, Sophie Flamand, Lamiroy, 2013.

Moi François Hollande, je romprai avec la Françafrique

6
centrafrique francois hollande

centrafrique francois hollande

Lionel Jospin, lors du putsch du général Gueï à la Noël 1999 en Côte d’Ivoire, avait mis en application sa doctrine dite « ni ingérence, ni indifférence ». Il s’ensuivit une décennie de guerre civile. Un gâchis que le défunt 43°BIMa de Port- Bouët aurait pu éviter s’il était intervenu pour défendre le président élu, Henri Konan-Bédié. La cohabitation fit que Chirac et Jospin jugèrent urgent d’attendre. En mars 2012, la France en campagne présidentielle regardait impotente le putsch du capitaine Sanogo à l’origine de l’effondrement de l’Etat malien. Un an plus tard, belote et rebelote, François Hollande laissait tomber le centrafricain François Bozizé, un despote parmi d’autres, face aux colonnes de la Séléka. Hier, une opposition armée, aujourd’hui un mouvement accusé par le Département d’Etat, mais un peu tard, d’être « prégénocidaire ».

En Côte d’Ivoire, au Mali, en Centrafrique, à chaque fois une coûteuse opération militaire est nécessaire pour colmater les brèches et remettre en selle un processus démocratique qu’on aurait pu réformer lorsque tout allait pour le mieux. Mais c’est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur… Alexandra Geneste soulignait, non sans ironie, dans Le Monde: « il aura fallu huit mois aux quinze pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU pour s’entendre sur le « besoin d’une action rapide et décisive » en République centrafricaine (RCA)« . Rejeter la faute de cet attentisme chronique sur les seules Nations-Unies serait toutefois injuste car c’est bien l’Élysée qui semble marabouté par le spectre de la « Françafrique ». Ce fantôme réactivé avec gourmandise par la médiacratie française a fait oublier le sens premier de ce néologisme forgé par Félix Houphouët-Boigny. Une fusion stratégique franco-africaine, pour le meilleur et pour le pire, qui mériterait d’être extirpée de ses interprétations simplistes (du style France-à-Fric) pour n’en garder que l’idéal fondateur imaginé par de Gaulle.

Malheureusement, on a pris la regrettable habitude de dénigrer la « Françafrique » à force de cultiver un complexe colonial et antiraciste. L’aventure coloniale, qui fut largement l’œuvre des républicains, a suscité au lendemain de la seconde guerre mondiale, un malaise et un repentir dont la France et, tout particulièrement la gauche, peinent à se défaire. Car la décolonisation fut mieux assumée par le gaullisme que par le socialisme. Ce malaise est entretenu par une partie des descendants des colonisés et de certaines personnalités de gauche qui trouvent dans le combat contre la Françafrique une sorte de rattrapage militant de la lutte anticoloniale. Un phénomène que reconnaissait volontiers Thomas Mélonio, aujourd’hui conseiller Afrique adjoint de l’Élysée, dans une tribune au Monde le 13 juillet 2011 au profit de la Fondation Jean-Jaurès : « Une relation complexe, marquée par les traumatismes de la décolonisation et les indépendances. (…) des enjeux de politique intérieur sensibles : il faut donc définir un discours susceptible d’en porter toutes les dimensions et éviter le double écueil de l’autoflagellation et de la glorification de la colonisation. »
Pas étonnant que le premier à prononcer l’arrêt de mort de la Françafrique dans un discours présidentiel fut François Mitterrand, lequel dut en partie son élection au scandale des diamants de Jean-Bedel Bokassa. Des sentences récurrentes à chaque début de mandat. Autant de coups d’épée dans l’eau dont la « Françafrique moribonde » se releva à chaque fois.

Avec le temps, la droite a repris le slogan de « la fin de la Françafrique ». Un peu comme si elle était gagnée par le complexe colonial de la gauche. Foccard et Giscard jouant le rôle de Ferry et Gallieni. Pourtant, la droite a continué, comme la gauche, à s’impliquer; toujours rattrapées par l’étroitesse des relations franco-africaines. Souvenons-nous du discours de Nicolas Sarkozy, bien plus insultant que celui de Dakar,  qui annonçait, à l’occasion du 25ème Sommet Afrique-France (on ne peut plus dire sommet France-Afrique…), vouloir « en finir avec 50 ans de Françafrique » et faire de l’année 2010 « la véritable année de la décolonisation ». Et pourtant Nicolas Sarkozy, qui ne s’y était jamais intéressé et qui a commencé par démanteler la moitié de nos bases militaires, n’a cessé d’y intervenir au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Niger, en Mauritanie, en Libye… mi-indifférence, mi-ingérence!

François Hollande, en fidèle disciple de Mitterrand, ne fut pas en reste. « Je romprai avec la « Françafrique », en proposant une relation fondée sur l’égalité, la confiance et la solidarité. » pouvait-on lire dans sa 58ème promesse de campagne. Après quelques pudibonderies post-électorales, il se rendait en juillet 2012 à Kinshasa au sommet de la francophonie, poussé par sa ministre Yamina Benguigui, sur fond de crise malienne. Alors même que des émeutes urbaines venaient d’être réprimées dans le sang en RDC. En l’absence de cellule africaine conséquente à l’Élysée et face à l’inconsistance de Pascal Canfin et Yamina Benguigui, Jean-Yves Le Drian en a profité pour prendre la main sur les questions africaines. Sur Europe 1 cette semaine il s’est même autorisé à remarquer que « Le Premier ministre et le Président Djotodia (…) sont des autorités de transition (…) ces autorités sont provisoires, elles seront remplacées« . Comme au bon vieux temps de Bokassa Ier?  Reste à savoir pourquoi ne l’avait-on pas fait plus tôt en empêchant les rebelles de piller Bangui.

Peut-être parce qu’à la gauche du PS, on recommence à agiter le spectre de la Françafrique… « On a le triste sentiment de revenir aux méthodes anciennes de la Françafrique » regrettait Noël Mamère au lendemain de l’opération Serval. Pour le PCF et le Front de Gauche  « la France doit se désengager sur le plan militaire, rompre avec la politique de domination contenue dans le Livre blanc 2013 de la défense. » « La France a une responsabilité écrasante dans cette tragédie. Elle a une dette considérable envers le peuple de Centrafrique » poursuit Dominique Josse, animateur du « collectif Afrique du PCF ». La tentation de l’autoflagellation n’est jamais très loin à gauche.

*Photo : REX/Alon Skuy/Gallo Ima/REX/SIPA. REX40311099_000004.