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«Génocide»: poser la question, c’est déjà y répondre…

Alors que les eurodéputés de droite Jordan Bardella et Marion Maréchal font la une des journaux ce matin après leur visite remarquée d’un kibboutz attaqué le 7-Octobre 2023 en Israël, au Parlement européen, à Bruxelles, la résistance s’organise. La gauche y planifie dans quelques jours une conférence sur le thème: « Devrions-nous appeler cela un génocide ? » avec de très contestables militants « antisionistes ».


À Paris, le 12 mars, le Conseil contre l’islamophobie en Europe (CCIE), branche belge d’un défunt CCIF que la République ne regrette pas, était reçu par le député LFI Raphaël Arnault, à l’Assemblée nationale. L’objectif : « comprendre l’islamophobie pour mieux la combattre ».

À Bruxelles, la gauche européenne n’est pas en reste. Au Parlement Européen, c’est le Groupe des Verts/Alliance libre européenne, fort de cinquante-trois députés, qui régale. Les 28 et 29 avril prochains, une conférence se tiendra, réunissant « experts, juristes et représentants de la société civile ». La question nous met tout de suite dans l’ambiance : « Devrions-nous appeler cela un génocide ? »

Visuel de l’évènement DR.

Gratin propalestinien

Les quatre députés organisateurs sont Jaume Asens, Benedetta Scuderi, Mounir Satouri et Ana Miranda. Le premier vient des rangs de Podemos, la seconde de l’écologisme italien, le troisième a été élu sur la liste de Marie Toussaint et la quatrième est issue du bloc nationaliste galicien.

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Pour répondre à la question du jour (enfin, des deux jours), les quatre eurodéputés ont invité ce qui se fait de mieux sur la scène actuelle de l’antisionisme. Tout d’abord, deux historiens israéliens : Raz Segal et et Ilan Pappé (publié en France aux éditions de la Fabrique, entre les Beaufs et barbares d’Houria Bouteldja et les ouvrages du Suédois Andreas Malm, qui déclarait sa « jubilation » au lendemain du 7-Octobre[i]). Deux historiens qui ont pour habitude de placer un signe égal entre Shoah et Nakba et qui avant même les répliques au 7-Octobre, parlaient déjà de génocide. On trouve aussi Imane Maarifi, infirmière libérale à Plaisir (Seine-et-Marne) et membre du Collectif des Blouses Blanches pour Gaza, proche des milieux fréro-salafistes. Francesca Albanese, juriste et chercheuse italienne, qui, dans un rapport intitulé Anatomie d’un génocide (mars 2024), invitait à poursuivre le soutien financier à l’ Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), pourtant accusé de détourner les fonds humanitaires au profit du Hamas voire d’inciter au terrorisme. Olga Rodríguez Francisco, journaliste espagnole, qui, sur Twitter, établissait un lien de cause à effet entre la visite de M. Netanyahu aux États-Unis en juillet 2024 et la mort du chef du Hamas Ismaïl Haniyeh, tué dans une frappe israélienne à Téhéran, et en semblait émue. En octobre 2024, la même s’étonnait de l’ignorance des personnes interrogées à la télévision : « Dans une émission de télévision l’autre jour, un habitué a dit que Hamas veut conquérir Al Andalus. Ce n’est qu’à partir de la plus profonde ignorance que l’on peut confondre l’État Islamique avec le Hamas », avançait-elle alors.

https://twitter.com/olgarodriguezfr/status/1848140154436817014

Quand c’est fini, il y en a encore

La liste ne s’arrête pas là. Noura Erakat, professeure d’études africaines à l’Université Rutgers dans le New Jersey, sera également de la partie. En 2020, cette militante américano-palestinienne avait participé à un atelier en ligne avec le haut dirigeant du Hamas, Ghazi Hamad, organisé par l’organisation palestinienne Masarat Center. Le même Ghazi Hamad, qualifié par Libération de « voix du Hamas », déclarait après le 7-Octobre : « Israël est un pays qui n’a pas sa place sur notre terre ». Mais aussi : « Nous devons donner une leçon à Israël, et nous le ferons encore et encore. Le déluge d’Al-Aqsa [nom de l’offensive déclenchée par le Hamas le 7-Octobre] n’est que la première fois, et il y en aura une deuxième, une troisième, une quatrième, parce que nous avons la détermination, la résolution, et les capacités de combattre ». Noura Erakat, elle, a participé, en décembre 2023, à une discussion intitulée « Race, libération et Palestine », événement auquel se sont greffées des personnalités réputées antisémites comme Marc Lamont Hill, qui avait su garder son poste à l’université malgré un usage intensif du slogan « La Palestine du fleuve à la mer ».

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Et enfin, pour compléter ce joyeux tableau, un certain Olivier Corten se joindra aux débats. C’est en quelque sorte le régional de l’étape, puisqu’il est professeur à l’Université libre de Bruxelles. En mai 2005, le brillant universitaire s’inquiétait dans les colonnes du Soir pour les libertés des négationnistes. « Interdire indirectement la réflexion critique sur tous les événements qualifiés, par les uns mais pas toujours par les autres, de crimes de droit international, n’est pas seulement contraire aux principes les plus élémentaires de la liberté de réflexion et d’expression. La démarche aboutit aussi à décourager toute recherche sur des événements dont on prétend par ailleurs vouloir entretenir la mémoire ».

Compte tenu de ses débatteurs du jour, à Bruxelles, la réponse à la question « Devrions-nous appeler cela un génocide ? » est déjà toute trouvée…

Journal d'un prisonnier

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[i] « Je consomme [l]es vidéos [du pogrom] comme une drogue. Je les injecte dans mes veines. Je les partage avec mes camarades les plus proches »

Pierre Vermeren : « La crise française est une coproduction de la classe politique et du patronat »

Pour l’historien Pierre Vermeren, la hausse de la fiscalité au détriment d’économies budgétaires accélère les délocalisations et l’endettement public. Cette politique mène à la ruine. Mais dans ce marasme économique, l’auteur de La France qui déclasse (Tallandier) n’absout pas le patronat de ses responsabilités.


Causeur. Le gouvernement a décidé de surtaxer en 2025 les entreprises qui réalisent plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires en France. A-t-il bien fait ?

Pierre Vermeren. Comme ses prédécesseurs, François Bayrou a préféré remettre à plus tard les mesures d’économie budgétaire qui s’imposaient. Il n’a dès lors eu d’autre choix que d’augmenter les impôts. C’est désastreux. Pour les salariés, parce qu’ils sont moins bien payés que dans d’autres pays. Pour les patrons, parce que leurs capacités d’investissement sont rognées. Pour l’État, parce qu’il continue de creuser son déficit. On s’est enfermés dans un système qui n’est pas tenable à long terme, mais chaque nouveau gouvernement le reconduit quand même, en espérant que cela tiendra jusqu’à la fin de son mandat.

À l’annonce de la surtaxation, on a vu réapparaître la focalisation, très française, sur les « riches ». D’où cela vient-il ?

C’est vieux comme la République ! Seulement, je crois que ce phénomène serait moins marqué si notre pays s’était mieux prémuni, depuis quarante ans, contre la désindustrialisation et l’immigration, deux des principaux facteurs de la crise économique dans laquelle nous sommes embourbés. S’il y avait des millions d’emplois en plus en France, si la production était assurée sur le territoire et pas dans des pays à bas coûts, la démagogie anxiogène de Jean-Luc Mélenchon et de Sophie Binet serait moins audible.

On comprend que les délocalisations soient un facteur de crise. Mais pourquoi l’immigration le serait-elle aussi ?

Parce que nous ne sommes plus dans les années 1960. À l’époque, notre industrie, très performante, avait besoin de main-d’œuvre et allait la chercher non seulement dans les campagnes et dans le vivier de la population féminine, mais aussi dans les anciennes colonies. Seulement, à partir de la fin des années 1970, l’immigration de travail a été remplacée par une immigration familiale à des fins de consommation. Les millions de nouveaux arrivants, notamment originaires d’Afrique, présentent un taux d’emploi plus faible que la moyenne nationale. Certes, le secteur tertiaire continue de faire venir de l’étranger des agents de service sans qualification, qui présentent l’avantage de trimer en silence et loin des syndicats, mais l’essentiel des nouvelles vagues migratoires n’est pas dans ce cas, et subvient à ses besoins grâce aux aides sociales (inexistantes dans leurs pays). En somme, l’endettement public permet à une portion croissante de notre démographie de se nourrir et de se vêtir dans les hypermarchés, de communiquer et de se divertir avec ses smartphones et d’habiter notre parc HLM, donc de contribuer à maintenir l’économie du pays… sans produire de richesse. La grande distribution et les banques profitent à plein de cette manne, de sorte qu’ils sont devenus, à la place des industriels, le noyau dur du capitalisme français. Ce qui explique que Michel-Édouard Leclerc ait soutenu les récentes mesures fiscales de Bayrou. Il est pour ainsi dire le porte-parole des gagnants de la politique de la demande.

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Mais pourquoi rejeter cette politique si elle fait des heureux ?

Parce qu’elle accélère les délocalisations et l’endettement public, et ne peut aboutir qu’à la ruine. Rendez-vous compte, aujourd’hui les deux tiers des produits que nous consommons sont fabriqués en dehors du pays. Or nous avons au bas mot 6 millions de chômeurs, et pas 3 millions comme semblent le dire les chiffres officiels, car on oublie trop souvent tous ceux qui ne sont pas dans les radars de France Travail. Si bien qu’aujourd’hui il est devenu plus intéressant d’acheter des bons du Trésor et, à travers eux, d’entretenir l’État social consumériste, plutôt que de se risquer à investir dans la recherche/développement ou l’industrie. Bref, au lieu de miser sur la qualité, le progrès et l’innovation, notre croissance repose sur les masses. À cet égard, nous ressemblons à l’Union soviétique.

Quelle est la responsabilité des patrons dans ce sombre tableau ?

Elle n’est pas mince. L’originalité de la Ve République, c’est la fusion des élites, avec des énarques qui dirigent l’État, mais qui sont aussi présents dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Une tendance qui a été amplifiée par les privatisations des années 1980 et 1990.

Ces élites économiques sont-elles comptables de la désindustrialisation et de l’immigration ? N’ont-elles pas plutôt été contraintes de s’adapter à un contexte mondial d’ouverture des frontières qu’elles n’ont pas choisi ?

N’oubliez pas que les dirigeants des grands groupes français ont été parmi les plus chauds partisans de la mondialisation après la chute du mur de Berlin. Ils rêvaient alors de forger un pays leader en matière de consommation et de tertiarisation. Rien ne les y obligeait. Ils auraient pu au contraire imiter leurs homologues allemands, qui ont tenu à conserver une base productive puissante sur leur territoire. Résultat, outre-Rhin, il y a moins de déficit public, moins de chômage, moins d’importations – au contraire, il y a un énorme excédent du commerce extérieur. En d’autres termes, la crise économique française est une coproduction de notre classe politique et de notre patronat.

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Comment redresser la barre ?

Le seul moyen serait de sanctuariser à l’échelle nationale un certain nombre d’industries, comme cela est déjà le cas, souveraineté oblige, avec notre secteur de l’armement, qui est en conséquence l’un des meilleurs au monde.

Emmanuel Macron n’a-t-il pas pris conscience de cette nécessité ? Il a remis en route la filière nucléaire civile, promu une loi de programmation militaire ambitieuse et il vient d’annoncer un plan pour la création de gigantesques serveurs d’intelligence artificielle en France. N’est-ce pas le discours de souveraineté que vous attendiez ?

Ce n’est à ce stade qu’un discours. Dans les faits, il n’y a pas plus d’emplois industriels aujourd’hui qu’en 2017. On peut à la rigueur créditer Macron d’avoir changé son discours.

Que devrait-il faire de plus alors ?

S’attaquer aux dogmes selon lesquels l’immigration hors main-d’œuvre qualifiée et le libre-échange seraient nécessairement enrichissants. Mais il s’y refuse totalement. Il a déjà oublié ses belles paroles d’après Covid, quand il promettait de recréer une industrie du médicament. Cinq ans plus tard, on attend toujours, et nous perdons même notre souveraineté alimentaire, un véritable crime.

Coût des catastrophes naturelles: un mensonge de plus

Rémy Prud’homme dénonce dans cette tribune la mauvaise foi des assureurs quant au coût des dommages des catastrophes naturelles que nous subissons en France


Le Figaro, qui cite l’AFP, qui cite les Assureurs de France explique que le coût des événements climatiques pour les assureurs est trois fois plus élevé en 2024 (5 milliards) qu’en 1984 (1,5 milliard). Ces trois institutions voient là une preuve irréfutable des méfaits croissants du « dérèglement climatique ». Vite, doublons la taxe carbone et les crédits du ministère de la transition écologique ! Il est pourtant facile de voir que la démonstration est quadruplement mensongère.

Des allégations douteuses

Primo, elle compare un coût en euros 1984 avec un coût en euros 2024, une absurdité que l’on ne pardonnerait pas à un étudiant de première année. Secundo, cette présentation ignore le fait qu’en 40 ans, la France s’est développée, qu’il y a davantage de maisons, d’entreprises, de routes, etc. à la merci des phénomènes climatiques, et qu’un ouragan donné détruit plus de biens en 2024 qu’en 1984. Tertio, elle fait l’hypothèse que le taux d’assurancialité (le pourcentage de propriétaires assurés) est resté constant ; on espère pour les assureurs qu’il a augmenté. Quarto, elle postule que les dommages naturels dépendent uniquement de la violence des phénomènes et pas du tout des mesures prises pour les contrôler.

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Il est facile de corriger les deux premiers mensonges. Il suffit de comparer le ratio coût des dommages / PIB (en euros courants) pour les deux dates. En 1984, il était de 0,20%. En 2024, de 0,17%. Rapporté au PIB, le coût pour les assureurs des phénomènes climatiques n’a pas augmenté de 230% (ce qui serait effrayant), il a au contraire diminué de 15% (ce qui est rassurant).

Si l’évolution du coût des dommages pour les assureurs est une mesure de l’évolution des changements climatiques – ce que l’on veut nous faire croire, et qui n’est pas évident – alors les chiffres publiés montrent que le changement climatique a un effet positif. Vite, célébrons le réchauffement, et augmentons nos rejets de CO2 !

« C’est la faute au climat »

L’opération de désinformation des Assureurs, de l’AFP et du Figaro soulève des problèmes qui vont bien au-delà de son sujet. Comment est-elle possible ? Elle ne peut guère s’expliquer par l’ignorance. Les Assureurs, chez qui les statisticiens et les économistes sont nombreux et excellents, savent bien qu’on ne compare pas des euros courants avec des euros constants. Chez eux la tromperie est délibérée. Pour les journalistes (de l’AFP et du Figaro) qui ne sont pas toujours à l’aise avec les chiffres, et qui veulent – et doivent – faire vite et sensationnel, le doute est permis, et la tromperie n’est sans doute pas intentionnelle.

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Pourquoi cette désinformation est-elle engagée ? Pour les Assureurs : parce qu’elle leur profite. Faire croire aux citoyens et aux politiques que le méchant climat augmente considérablement leurs coûts est un bon moyen de faciliter l’augmentation de leurs primes. Ils le font d’autant plus volontiers qu’ils savent que tous les médias vont reprendre la fable de leur triplement des coûts. Pour les journalistes, les pouvoirs publics, et les soi-disant fact-checkers : parce qu’elle s’accorde avec la doxa officielle et dominante, et avec leurs convictions vagues et profondes. Les dommages de Mayotte ou des inondations n’ont rien à voir avec les constructions illégales ou les permis de construire en zones inondables. Pas besoin de chercher si loin quand on a sous la main un bon coupable : c’est « la faute au climat ».

De la cour d’assises à la cour médiatique…

Philippe Bilger compare ici son expérience à la cour d’assises et dans l’arène médiatique, en soulignant leurs points communs : écoute, curiosité, indépendance, équité et bienveillance, nécessaires pour encourager vérité et réflexion, malgré les évidentes différences de pouvoir et d’influence entre ces deux mondes.


Un jour j’ai caressé l’idée d’écrire un livre qui, d’hier à aujourd’hui, de la cour d’assises à la cour médiatique, aurait cherché à montrer les ressemblances entre ces deux univers, en tout cas pour les dispositions et les qualités qu’ils requièrent.

Je l’ai abandonnée parce que mon souffle, s’il m’a permis d’écrire MeTooMuch chez Héliopoles, m’aurait sans doute rendu fastidieux un exercice plus long, plus classique. Et heureusement mes billets sont là pour me permettre de ne pas tout à fait abandonner une inspiration initiale !

Justice médiatique

Avant d’aborder les similitudes, il y a une différence fondamentale qui tient au pouvoir qu’a un avocat général aux assises, à une parole qui n’est pas limitée quand elle arrive à son tour et, plus généralement, à l’influence décisive qu’il a le plus souvent sur un jury populaire en matière criminelle. Avec dans les affaires ayant suscité une intense médiatisation, mon obsession de ne rien céder au personnage mais tout au professionnel.

La cour médiatique, elle, apprend l’humilité et peut engendrer de la frustration.

Une autre distinction pourrait être relevée qui opposerait les arrêts de la cour d’assises à l’absence de jugement de la cour médiatique. Mais celle-ci en réalité, sur un autre mode en prononce. Elle décrète, s’interroge, débat, approuve, dénonce, stigmatise ou loue, édicte des appréciations. Appose sur la réalité, sous toutes ses formes, des regards contrastés.

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Pour l’essentiel il me semble que je n’ai pas été obligé d’abandonner, dans la cour médiatique, les qualités qu’on me prêtait à la cour d’assises et l’indépendance dont j’avais besoin et que j’ai toujours voulu sauvegarder.

Au contraire, à partir du moment où on accepte de retenir qu’à l’exception des réquisitions de condamnation ou d’acquittement, l’oralité des débats et la confrontation médiatique imposent les mêmes vertus, la même curiosité, une écoute similaire, une compréhension de l’autre équivalente, une détestation identique du sommaire et le même esprit de liberté, on consentira à admettre la validité du rapprochement que j’opère.

On pourrait pousser plus loin encore l’analyse. Comme il y a des présidents de cour d’assises remarquables et d’autres qu’on subit – comme avocat de tous les citoyens selon la définition que je donnais de mon rôle d’accusateur public, j’ai connu ces deux catégories -, il y a des animateurs et des chroniqueurs, dans la cour médiatique, avec lesquels on a plus ou moins d’affinités, qui vous stimulent ou parfois non…

Bienveillance

Je n’arrivais jamais en cour d’assises, quelle que soit la gravité des crimes à juger, sans vouloir offrir à toutes les parties au procès le meilleur humain et professionnel de moi-même, pour obtenir d’elles le plus de vérité possible. Il me semble que dans la cour médiatique, avec ce concert d’opinions et de convictions qu’est un débat, il ne peut y avoir de réussite sans équité et sans bienveillance de la part de ceux qui ont la charge d’être les « accoucheurs » de la réflexion des autres.

J’ai pu le constater dans mes billets et dans « Bilger les soumet à la question »1 sur Fréquence Protestante. Le meilleur moyen, paradoxalement, pour favoriser une concision à laquelle on tient est de ne pas interrompre et de ne pas enjoindre. Miraculeusement, alors, le verbe non contraint trouve son bon rythme et sa juste mesure. L’inverse le fait se dilater jusqu’à l’ennui.

Quand s’est accrochée dans ma tête cette envie d’évoquer mon trajet de la cour d’assises à la cour médiatique, je n’étais pas sûr de sa pertinence. J’espère que ce billet prouvera que j’avais tort.

  1. https://youtube.com/playlist?list=PLzr9aUOAaV-x8XyxQhHccw8MiXp-66ghw ↩︎

Il faut une comparution immédiate pour les mineurs

Au cœur de l’actualité politique, médiatique et législative, la justice des mineurs demeure mal connue et mal comprise du grand public. Au-delà du fait qu’il est surprenant de voir des députés de la majorité présidentielle remettre en question le code de justice pénale des mineurs (CJPM), que leur camp a pourtant conçu et porté, notre collectif affirme que la réforme qui vient d’être adoptée par l’Assemblée nationale ne résoudra rien tant elle pèche par manque d’analyse des causes profondes des dysfonctionnements actuels.


De fait divers en fait de société, la justice pénale des mineurs est régulièrement au centre des débats, que ce soit pour critiquer son ambition affichée de donner la primauté à l’éducatif sur le répressif ou pour dénoncer le code de justice pénale des mineurs comme un ouvrage crypto-fasciste ayant pour but d’incarcérer tous les mineurs de France. Les commentateurs de tous bords semblent parfois oublier qu’on ne s’improvise pas juriste et que, tout comme ils ne s’aviseraient pas de procéder à la révision d’une centrale nucléaire sur la base de quelques vagues notions de physique, ils devraient s’abstenir de livrer des pseudo-analyses fondées sur des poncifs et des contre-vérités à propos d’un droit qu’ils maîtrisent mal et qui relève davantage de l’usine à gaz que du bel ouvrage législatif. Une mise au point s’impose, précisément dans l’intérêt du débat public, afin que chacun puisse se faire une opinion éclairée, fondée sur des informations précises et fiables.

Nous analyserons donc cinq réflexions fréquentes à propos de la justice des mineurs et tenterons de démêler le vrai du faux. Cet exercice sera également l’occasion de tenter de répondre à la question centrale pour qui voudrait réformer la Justice française : si laxisme il y a, la faute aux juges ou la faute à la loi ? Enfin, nous tâcherons d’apporter des propositions de réforme réelle, voire de véritable révolution.

épisode 1 épisode 3 épisode 4 épisode 5


Dans l’épisode précédent[1], nous avons exposé la procédure de jugement applicable aux mineurs : la fameuse césure (pour rappel : « Kévin, tu seras privé de téléphone… dans 9 mois ») et ses limites.

De nombreux commentateurs, journalistes et politiques percevant les difficultés posées par cette césure brandissent une idée qui permettrait de les résoudre : instaurer une comparution immédiate pour les mineurs.

Qu’est-ce qu’une comparution immédiate ? C’est une procédure de jugement rapide qui permet de présenter immédiatement (d’où son nom) après sa garde-à-vue un délinquant à un tribunal correctionnel composé de trois magistrats (pour faire simple). Elle permet de sanctionner sans délai le délinquant. Pour les majeurs, cette comparution immédiate permet un jugement dans un délai maximum de quatre jours, ce qui est effectivement très rapide. Dans l’attente, le délinquant peut être placé en détention provisoire. C’est donc une procédure très stricte et très protectrice de la société.

Compte tenu des faiblesses de la procédure de césure, l’idée de pouvoir accélérer le jugement des mineurs dans les cas les plus graves en les sanctionnant rapidement fait son chemin et une proposition de loi en ce sens a été adoptée par l’Assemblée nationale le 13 février 2025[2]. Cependant, d’une part elle se heurte à des obstacles pratiques, et d’autre part ne résout pas les problèmes de fond (laxisme de la loi et des juges) qui empêchent une vraie répression des actes graves commis par les mineurs.

Bien essayé mais… Informons les nombreux commentateurs, journalistes et politiques qui se passionnent subitement pour le sujet qu’une procédure de comparution rapide existe déjà pour les mineurs : l’audience unique. Elle permet de présenter un mineur au procureur immédiatement après sa garde-à-vue, de le placer sous contrôle judiciaire ou en détention provisoire puis de le juger dans un délai compris entre 10 jours et un mois en cas de détention.

L’article 4 de la proposition de loi ajoute à cette audience unique une procédure dite de comparution immédiate qui permet de faire venir le mineur devant le tribunal pour enfants le jour même ou dans un délai maximum de 4 jours, sans attendre le délai de 10 jours imposé actuellement par la loi.

D’une part, il est à noter que le mineur peut de toute façon renoncer au délai de 10 jours avant l’audience unique et donc comparaître plus rapidement devant le tribunal. C’est même dans son intérêt puisque cela réduit le temps passé en détention provisoire. La réforme envisagée ne change donc pas grand-chose aux possibilités juridiques déjà existantes.

D’autre part et surtout, la comparution immédiate prévue par la proposition de loi est très difficile à mettre en place techniquement car elle nécessite d’avoir la possibilité de réunir un tribunal pour enfants en urgence, dans un délai maximum de 4 jours.

Or, le tribunal pour enfants est composé d’un juge des enfants et de deux assesseurs civils, ne travaillant pas habituellement dans le tribunal, « particulièrement intéressés » par la Justice des mineurs. Il s’agit en général de retraités de l’Education nationale, d’anciens éducateurs ou d’actifs prenant sur le temps libre. Il est donc plus difficile de les réunir de manière imprévue que des magistrats exerçant chaque jour leurs fonctions dans la juridiction.

Par ailleurs, si n’importe quel juge du tribunal peut présider une comparution immédiate pour les majeurs, les juges des enfants sont en nombre limité (parfois un ou deux pour tout le tribunal) et pas toujours disponibles pour présider une audience en urgence.

Instaurer une comparution immédiate pour les mineurs nécessite donc d’abord un renforcement significatif des effectifs de juges des enfants, notamment dans les petites juridictions, pour pouvoir libérer un juge pour tenir une audience en urgence. Ensuite, cela exige de modifier la composition du tribunal pour enfants en supprimant les assesseurs civils. Cela n’est pas impossible mais semble peu envisageable à court terme compte tenu des contraintes budgétaires, légales voire constitutionnelles et matérielles actuelles. A conditions constantes, on voit mal comment la comparution immédiate envisagée par la réforme votée le 13 février 2025 pourrait s’appliquer concrètement.

La procédure d’audience unique est aujourd’hui un bon compromis entre jugement rapide et contraintes juridictionnelles. Rappelons qu’elle permet de juger le mineur dans un délai maximum d’un mois tout en le plaçant en détention provisoire dans l’attente, conditions satisfaisantes pour la protection de la société, des victimes et l’évitement de la récidive. La vraie difficulté en l’état actuel du droit réside dans les conditions TRES restrictives du recours à cette audience unique.

En effet, pour les mineurs de moins de 16 ans, la peine encourue doit être égale ou supérieure à 5 ans : impossible de l’appliquer pour des faits de violence sans incapacité de travail, même commis avec une arme, ou pour des faits de vol sans circonstance aggravante, ou pour une conduite sans permis ni même un refus d’obtempérer. Pour les mineurs de 16 ans révolus, le seuil est abaissé à 3 ans, ce qui est plus raisonnable mais exclut tout de mêmes certaines menaces et la plupart des délits routiers.

Par ailleurs, pour tous les mineurs, une condition d’antécédent doit être remplie puisque le mineur doit déjà faire l’objet d’un suivi. Elle n’est donc pas applicable aux primo-délinquants, quelle que soit la gravité des faits commis.

Illustrations :

  • Matthéo deale de la cocaïne depuis trois mois. Mais c’est sa première fois. « Rentre chez toi Matthéo, l’audience unique ce sera pour la prochaine fois ».
  • Matthéo a agressé sexuellement sa petite sœur de 4 ans. Il est convoqué, il rentre chez lui et recommence. Mais il n’a que 15 ans. « Rentre chez toi Matthéo, tu seras jugé dans un an, tu es trop jeune pour être sanctionné rapidement. »
  • Matthéo a pillé un magasin pour manifester sa colère et son incompréhension devant un système social et politique inique (et au passage porter des baskets de marque). Il a 14 ans. Il est placé, il fugue. Il est à nouveau placé, en centre éducatif renforcé. Il fugue et commet un vol avec violences. « Retourne au foyer Matthéo, tu ne peux pas aller en prison, tu as moins de 16 ans. Ta victime a le nez cassé et peur de te recroiser ? C’est bien dommage, mais c’est la loi. »

Ces conditions draconiennes ne permettent pas de prendre en compte des mineurs commettant des infractions graves de plus en plus jeunes, fréquemment en-dessous de 16 ans, ni des mineurs commettant dès le début de leur « carrière » des faits graves et notamment des atteintes aux personnes. Sur ce point, une réforme simple et efficace s’impose. Peut-être le salut viendra-t-il de la proposition Attal ?

Encore raté. La proposition de loi adoptée ne s’applique que sous plusieurs conditions cumulatives, extrêmement difficiles à réunir :

  • Le mineur doit être âgé d’au moins 16 ans (exit les apprentis dealers marseillais recrutés désormais au niveau bac à sable)
  • Il doit avoir commis un délit puni de 7 ans d’emprisonnement (5 ans en cas de flagrant délit) : exit la plupart des délits routiers, les violences commises avec une seule circonstance aggravante, les agressions sexuelles simples non flagrantes, le port d’arme, les menaces de mort, le harcèlement scolaire, le vol avec violence sans incapacité de travail, les destructions en réunion (coucou les émeutiers de l’été 2023), la rébellion contre les policiers et les gendarmes, le refus d’obtempérer…
  • Il doit être en état de récidive, c’est-à-dire avoir déjà été condamné pour des faits similaires.

Résumé : Matthéo pourra éventuellement peut-être, selon la météo du jour et l’horoscope, passer en comparution immédiate si un tribunal l’a déjà condamné pour des violences aggravées (c’est pas gagné, cf la procédure de césure), qu’il a plus de 16 ans et qu’il passe à nouveau quelqu’un à tabac (mais en réunion ou avec une arme ou sous alcool sinon ça ne marche pas).

Traduction : vas-y Matthéo fais-toi plaisir. Tu as moins de 16 ans ? Tu ne risques rien. Tu n’as jamais commis de délit grave ? Tu as le droit d’en commettre un, on viendra te chercher à partir du deuxième. Tu veux voler, violenter, conduire sans permis, outrager un policier ? Pas de comparution immédiate pour toi, c’est cadeau.

Alors nous trouverons toujours quelques journalistes du Monde, de Libération ou de France Info, des chroniqueurs du plateau de France 5, quelques syndicalistes de la protection judiciaire de la jeunesse ou quelques juges des enfants[3] pour hurler à la réforme fasciste et à l’enfance outragée. La vérité, c’est que cette réforme ne changera rien, que pendant ce temps des mineurs continuent à voler, agresser, détruire, en quasi-toute impunité, et que c’est un drame pour eux, pour les victimes et pour notre société.

RESPONSABLE PRINCIPAL : LA LOI

NOTRE PROPOSITION POUR EN SORTIR :

  • Faire juger les mineurs en comparution immédiate par le tribunal correctionnel, avec une habilitation spéciale « mineurs » du président du tribunal

La semaine prochaine, épisode 3 : « il est impossible de mettre un mineur en prison »


[1] https://www.causeur.fr/la-cesure-du-proces-penal-est-une-mauvaise-reforme-cjpm-305918

[2] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b0448_proposition-loi#

[3] https://www.liberation.fr/societe/police-justice/justice-des-mineurs-les-comparutions-immediates-ne-sont-pas-une-procedure-adaptee-20250214_F4CWGV75FZGM7L654ONRXBNXBE/

Port du voile dans les compétitions sportives: les jeunes confondent égalité et naïveté

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Teddy Riner, après avoir mis tout le monde au tapis sur les tatamis, semble malheureusement vouloir passer au judo des idées… Mais son « on perd notre temps avec le voile » est heureusement esquivé par le gouvernement. Après quelques égarements, on semble y avoir majoritairement compris qu’après la loi de 2004 à l’école les islamistes ont bien reporté leur attention et leur travail d’entrisme sur le sport, autre espace où se forge l’éducation. Le voile demeure un « enterrement vertical » rappellent les défenseurs de la laïcité. L’accepter dans le sport serait un terrible recul pour la civilisation française, explique notre chroniqueuse.


Rien ne résume mieux ce qui pose problème dans l’acceptation du voile dans le sport que la passe d’armes sur X entre Teddy Riner, le judoka moult fois médaillé et Mahyar Monshipour, qui fut champion de boxe. Dans le premier cas, on a au mieux affaire à un naïf en mode « la voix de son maître qui sert ses nouveaux employeurs qataris en diffusant les éléments de langage de l’islam politique obédience Frères musulmans » (la création de la section judo du PSG aurait été en partie liée à l’intention de s’adjoindre les services de Teddy Riner, alors en difficulté dans son club de Levallois); de l’autre un Iranien qui a vu très concrètement l’apartheid sexuel être réinstallé violemment dans son pays grâce au voile. D’un côté l’idéologie violente mais présentée en mode mièvre et dégoulinant de fausse empathie, de l’autre, la réalité de l’expérience et du vécu.

Les militantes islamistes en faveur du voile dans le foot, devant le Sénat, janvier 2022. Image: capture d’écran YOUTUBE / Le Parisien.

Teddy Riner, pas un acharné de la laïcité

La sortie de Teddy Riner sur le voile est un exemple pur de la rhétorique frèriste : « Dans certains pays voisins, tout se passe bien avec le port du voile et ça n’emmerde personne. Je crois qu’en France, on perd notre temps. Pensons plus à l’égalité plutôt que s’acharner sur une seule et même religion. » Le déploiement de cette rhétorique a ici quatre phases : premièrement il s’agit d’évacuer la signification du voile, ce qu’il symbolise et ce qu’il dit sur la place de la femme. Deuxièmement, il s’agit de nier la violence sociale que son exigence recouvre. Le « ça n’emmerde personne » vise à évacuer la question des filles considérées comme des putes si elles ne le portent pas, la pression sociale pour être considérée comme une bonne musulmane et surtout la honte de soi : la femme musulmane doit cacher ses cheveux car elle est impudique et tentatrice en soi, la seule solution qui lui reste est la dissimulation : elle doit couvrir ce qui est sale. Donc elle-même. Troisièmement, une fois cet escamotage en règle effectué, n’oubliez pas un petit coup de victimisation pour la route à coup d’ « islamophobie ». Pensez donc, en France on s’acharnerait donc sur une seule et même religion, l’islam ? Et si c’était plutôt l’islam qui aujourd’hui s’acharnait à semer la haine et la mort à travers le monde, responsable de la majorité des attentats de ces dernières années et de cette violence ethnique, religieuse et séparatiste qui se développe dans nos sociétés ? L’accusation portée contre la France escamote la réalité des horreurs vécues depuis 2012 et liées au terrorisme islamique en même temps que les revendications séparatistes mises en avant au nom de l’islam. Enfin, quatrièmement, l’inversion accusatoire. C’est là que Teddy Riner réussit un beau renversement de perspective en faisant référence à l’égalité.

Parce que mettre en avant l’égalité pour revendiquer un signe qui promeut l’apartheid sexuel et symbolise justement le refus de l’égalité de droit entre les hommes et les femmes, il fallait l’oser ! Teddy l’a fait. On peut penser que le judoka n’est pas outillé pour comprendre le rôle malsain qu’on lui fait jouer dans cette histoire. Mais on peut trouver qu’il ne faut pas sortir de Saint Cyr pour comprendre à quel point le voile est un outrage à la liberté et à l’égalité des femmes. Comme on peut aussi trouver qu’il est temps d’arrêter d’excuser un sportif grassement payé qui promeut délibérément un outil d’oppression des femmes et tire à vue sur un pilier de notre civilisation et de notre contrat social.

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D’autant que pratiquer un sport de haut niveau ne signifie pas forcément être exempté de toute conscience morale et civique, la preuve avec Mahyar Monshipour. L’homme connait très bien ces questions et ne mâche pas ses mots dans l’interview qu’il donne au Figaro : « Les sportifs ou artistes qui prennent la parole sur ce sujet ne doivent pas devenir les idiots utiles de l’islam des Frères musulmans. » « Il faut bien comprendre le dessein derrière le voile : il s’agit de rendre habituelle la présence du fait religieux. On ne parle pas de port d’une simple croix mais de la volonté de cacher la femme avec le voile. Le voile est un linceul et le signe visible d’une inégalité entre l’homme et la femme. » L’ancien boxeur explique notamment que l’école étant protégée en France par la loi de 2004 sur le voile, les Frères ont reporté leur attention et leur travail d’entrisme sur le sport, autre espace où se forge l’éducation. La place du corps dans le sport est importante et permet l’emprise notamment sur des jeunes filles en pleine transformation physique et faciles à convaincre. Quant à l’objectif ultime des Frères musulmans, il consiste à « rendre le port du voile classique puis extraire les femmes du monde du sport ».

Dans cette interview, Mahyar Monshipour fait référence notamment au travail de la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio et du sénateur Michel Savin sur ces questions. Il a raison, car comme on l’a vu à l’école, la loi et l’implication des politiques est essentielle pour empêcher que les droits des femmes finissent par succomber aux assauts islamistes. Mais justement, sur cette question, comment ont réagi les politiques ?

Auberge de la lâcheté : COMPLET

Tout part du vote d’un amendement au Sénat interdisant le port du voile dans le sport. Cela fait réagir les Frères musulmans pour qui le sport est un terrain de propagande et de recrutement privilégié qui font monter au créneau leurs sportifs stipendiés. Comme le monde politique, malgré le sang que l’islamisme a répandu sur notre sol, pense que le sujet est clivant, le président de la République prend bien garde de ne pas se positionner. Après tout, quelle importance, il ne s’agit que de défendre l’égalité en droit pour les femmes. Quel intérêt électoral ? cela ne peut que faire baisser les votes de la jeunesse des quartiers d’un côté, sans rien rapporter de l’autre, certaines femmes se mobilisant même pour être considérées comme des ventres, des sexes sur pattes et des inférieures. C’est ainsi qu’interrogé sur le sujet, Edouard Philippe s’est livré sur France Inter à tellement de contorsions que l’on n’est pas sûr d’avoir bien compris où le pauvre homme habite. A l’auberge de la lâcheté en tout cas. Sa rhétorique était le décalque absolue de celle de Lionel Jospin lorsqu’il refuse de trancher sur le voile à l’école. Il y ajoute un discours indigent qui fait de la laïcité, la société protectrice des religions. Ce n’est pas si étonnant quand on sait les liens que l’homme entretenait avec Médine et certaines associations frèristes sur son territoire comme Havre du savoir. Il a pu être constaté, à l’occasion de cette polémique, l’absence totale de convictions et de doctrine sur la question de l’islamisme alors que cette menace est une des plus fortes qui pèse sur l’hexagone.

Côté gouvernement, la polémique a fait tanguer le bateau mais celle-ci a été tranchée par François Bayrou qui a conforté les ministres en pointe dans la lutte contre l’islamisme. Bruno Retailleau (à l’origine de l’amendement du Sénat) et Gerald Darmanin sont montés au créneau pour défendre l’interdiction, soutenus par Manuel Valls tandis que Marie Barsacq, la ministre des Sports et Elisabeth Borne, ministre de l’Education défendaient la « liberté de porter le voile ». Elles sont vite rentrées dans le rang, l’arbitrage de François Bayrou ayant été clair et les Français plébiscitant la fermeté vis-à-vis des revendications islamistes.

A gauche, en revanche, pas de surprise. Mettre des limites à l’islam est vu comme raciste, donc critiquer le voile est raciste, donc critiquer le sexisme est raciste… C’est parfaitement stupide écrit ainsi, mais dans le réel, cela fonctionne. Donc, quand la droite veut interdire le voile dans le sport car cela revient à légitimer un outil sexiste de rabaissement de la femme, la gauche s’étouffe d’indignation. Pour Jean-Luc Mélenchon, sans surprise, on est dans une « surenchère raciste » et « dans la course à l’échalote à la violence verbale ». Parole d’expert ! Pour Mathilde Panot, tout cela fleure bon « l’extrême-droite ». Marine Tondelier reprend la rhétorique hypocrite utilisée par le PS et déplore une « laïcité instrumentalisée pour cibler toujours la même religion » et se dit préoccupée par une stigmatisation des femmes musulmanes. En revanche elle ne voit pas en quoi le voile est réellement stigmatisant. Olivier Faure, lui, reste courageusement planqué.

Paris, 6 septembre 2020 © GODONG/ BSIP via AFP

Pour nos faux « progressistes », un signe stigmatisant stigmatisé…

Il n’y a donc personne à gauche pour défendre les droits des femmes. Entre les revendications des islamistes et l’égalité des droits, la gauche a choisi de servir les islamistes. En matière de hiérarchie des valeurs elle fait passer la religion avant la liberté de conscience et de pensée. Un renversement qui la sort de la quête de valeurs universelles pour servir une religion particulière. Elle oublie ainsi la leçon de Kamel Daoud qui expliquait que ce morceau d’étoffe était « un enterrement vertical ». Grâce à la gauche aujourd’hui, refuser le voile au nom de la revendication de sa liberté individuelle, c’est être traître à sa culture et à ses ancêtres. Une posture honteuse dans laquelle, au nom du clientélisme électoral, la gauche a abandonné toute honnêteté intellectuelle – pour rester polie. L’un des organes d’influence des Frères musulmans, interdit en France mais réfugié au Belgistan, le CCIE (Collectif Contre l’Islamophobie en Europe) a d’ailleurs salué le discours des écologistes ou de Teddy Riner. Quant à l’ONU, qui devient la voix du Sud global sous influence islamiste, et elle critique comme Amnesty international le choix de l’interdiction en France. Entre les droits des femmes et la soumission à l’islam, ces instances choisissent la contrainte religieuse dans son expression la plus radicale. Les femmes repasseront.

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Pour les centristes et les macronistes, le flou reste de mise. Notre trop bavard président étant incapable d’avoir une doctrine sur les sujets véritablement politiques, le silence prévaut. Sauf dans le cas d’Aurore Bergé toujours impeccable sur ces sujets. En revanche la droite a une doctrine en la matière. De Bruno Retailleau à Laurent Wauquiez en passant par David Lisnard, tous sont clairs sur la nécessité de combattre le voile et sur le fait que ce signe est stigmatisant pour les femmes et remet en cause l’égalité des droits. Ils présentent donc un front uni et un diagnostic partagé ce qui augmente leur crédibilité. La droite nationale est, elle aussi, unie sur cette question évidemment.

Cette polémique aura eu le mérite d’éclaircir à la fois l’importance de l’influence des Frères musulmans, l’ampleur de l’entrisme de leur propagande en France et dans le milieu sportif, la domination des éléments de langage islamistes dans les références de la gauche en la matière et la clarification qui s’est imposée à droite. Mais elle montre aussi à quel point notre système politique accepte que soit attaqué sur notre sol un des piliers de notre contrat social, l’égalité en droits, à partir du moment où les femmes sont ciblées. Contester l’égalité au nom de la race entraîne de violents levers de boucliers, le faire au nom du sexe passe crème… En France revendiquer son sexisme est devenu un combat politique acceptable s’il est recouvert du manteau de la liberté religieuse. Un terrible recul civilisationnel.

Silence coupable

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Les belles âmes sont coupables

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La Tour Eiffel voilée, un rabbin agressé, un adolescent poignardé, un responsable communiste qui reconnaît l’existence du racisme anti-blanc : la violence se banalise en France, l’antisémitisme y prospère, pendant que ses dirigeants restent passifs, s’inquiète Ivan Rioufol…



Qui a mis la France dans cet état ? Ceux qui sont encore aux commandes. Parce qu’ils restent immobiles, ils sont aussi responsables des agressions qui se suivent et se ressemblent. À Orléans, samedi, un rabbin a été battu physiquement par un jeune musulman. Lundi, lors d’une rixe entre bandes, le jeune Sékou a été poignardé à mort devant son lycée professionnel de Yerres (Essonne). Le même jour, une marque de vêtements islamiques a, sur TikTok, habillé la Tour Eiffel de la tête aux pieds.

Les Juifs ne sont plus en sécurité dans les rues. Les couteaux se banalisent chez les élèves. L’islamisme exhibe ses voiles. En 1999, le journaliste Christian Jelen, aujourd’hui disparu, alertait déjà sur La guerre des rues (Plon) en pointant le lien entre l’immigration et l’insécurité, l’échec de l’intégration, l’inefficacité des « politiques de la ville ». Il dénonçait « la progression des violences scolaires (qui) date du début des années 1980 » et les excuses sociales qui occultent les différences culturelles du Maghreb et de l’Afrique noire. Depuis, tout a empiré. Un exemple : le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) conteste l’invitation faite par le gouvernement israélien à Jordan Bardella et Marion Maréchal, pour intervenir jeudi à Jérusalem dans un colloque sur l’antisémitisme. Bernard-Henri Lévy, en protestation, a annulé sa participation. Mais le Crif, en reproduisant par réflexe un rejet qui se comprenait s’agissant du RN de Jean-Marie Le Pen, n’est plus crédible dans sa protection des Juifs défendus par Marine Le Pen. « Il faut lutter farouchement contre l’antisémitisme », a redit ce mercredi Jean-Philippe Tanguy (RN) sur CNews et Europe 1. À l’image des dirigeants politiques, les institutions juives ne sont plus en phase avec leur base, avec la réalité. Il est vain de se désoler de l’ « antisémitisme d’atmosphère » en continuant à diaboliser ceux qui dénoncent une immigration ouverte à l’islam conquérant et judéophobe.

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En clair : il y en a marre d’entendre les belles âmes se lamenter de situations qu’elles contribuent à consolider en se pliant à des idéologies qui ont démontré leurs nuisances. Autre exemple : depuis lundi, les militantes MeeToo emplissent le prétoire du tribunal correctionnel de Paris pour soutenir l’accusation d’ « agression sexuelle » portée par deux femmes contre Gérard Depardieu, qui a décidé de se défendre contre une « terreur » féministe. Or dans le même temps, MeeToo et la presse de gauche délaissent la cause de Chahinez Daoud. Cette femme a été brûlée vive en 2021 par son mari, Mounir Boutaa, qui comparait devant les assises de la Gironde depuis lundi. L’assassin a tué son épouse parce qu’elle voulait se vêtir à l’occidental et refusait le voile. Il l’avait menacée : « Je vais te renvoyer en Algérie dans un coffre, sale pute ! ». Mais la domination de l’homme sur la femme, prescrite par le Coran, n’est pas un sujet qui intéresse celles qui ne veulent s’en prendre qu’au mâle blanc occidental vu comme un prédateur. Cet aveuglement des féministes sur la condition des femmes musulmanes s’ajoute à celui des anti-racistes qui contestent le racisme anti-Blanc et ne voient rien du nouvel antisémitisme. D’où une première question : pourquoi continuer à prendre ces gens au sérieux ? Seconde question : pourquoi ne pas leur demander réparation de leurs incuries, de leurs fautes ?

Affaire Depardieu: ce que cette époque fait à la masculinité

L’affaire de Gérard Depardieu ne semble plus relever de la justice. Elle est devenue un vaste champ de bataille…


Je regarde l’affaire Depardieu avec un mélange de malaise, de tristesse et de lucidité. Non pas parce que je veux défendre un homme, une célébrité, ou minimiser les souffrances des femmes qui disent avoir été blessées ou abusées. Mais parce que cette affaire, comme d’autres avant elle, met à nu quelque chose de plus vaste, de plus profond : notre rapport malade au pouvoir, à la masculinité, à la parole, et à la violence.

Un procès qui appelle à la réflexion collective

Gérard Depardieu n’est pas un monstre. Il est un homme, un acteur, un corps vivant et débordant, comme souvent les grands artistes. Il porte en lui l’excès, le désir, parfois la confusion des limites. Il est aussi le produit d’un monde — celui du cinéma, du pouvoir, de l’impunité masculine — qui a trop longtemps toléré des comportements douteux, et parfois inacceptables. Il est à la fois responsable de ses gestes et victime d’un système qui l’a glorifié pour cela. Le problème, ce n’est pas seulement lui. C’est ce que nous avons fait collectivement de cette confusion entre désir et domination, entre séduction et emprise.

Mais ce qui me trouble aujourd’hui, c’est que cette affaire ne semble plus relever de la justice. Elle est devenue un champ de bataille. Depardieu n’est plus un homme à juger, à comprendre, éventuellement à condamner — il est un symbole à abattre. Et ce que je vois dans cette violence, c’est une colère légitime — celle des femmes blessées, méprisées, réduites au silence — qui, dans certains discours féministes contemporains, se transforme en stratégie de prise de pouvoir.

On ne combat plus un abus de pouvoir, on combat la masculinité elle-même.

Or c’est là que je me sens obligé de parler. Car il me semble qu’on oublie une chose essentielle : la masculinité n’est pas la violence. La masculinité n’est pas l’oppression. Elle est une énergie offensive, oui, une force tournée vers l’extérieur, vers le risque, la confrontation, parfois le conflit. Et cette conflictualité-là, cette tension fondatrice de l’humain, elle existe aussi dans le registre du désir et de la séduction.

Bug de civilisation

Il faut oser le dire : la drague masculine est souvent offensive. Elle est directe, parfois maladroite, parfois insistante. Ce n’est pas un bug de civilisation, c’est une donnée anthropologique. Depuis toujours, les codes du jeu amoureux sont asymétriques, et cela ne fait pas de chaque homme un prédateur. Le désir n’est pas toujours poli. Il bouscule, il s’expose, il prend des risques — et c’est là, justement, qu’il devient humain.

Mais c’est aussi là que le basculement peut survenir : quand cette énergie devient abus de pouvoir. Et c’est cela qu’il faut nommer, distinguer, combattre. Pas l’offensive du désir, mais l’emprise du pouvoir. Pas la masculinité en tant que telle, mais ce qu’un certain patriarcat a fait de la relation : une structure de domination, souvent invisible, où l’autre devient un objet, un territoire, une proie.

Ce glissement est fondamental. Car ce n’est pas la virilité qu’il faut effacer, ni la séduction qu’il faut aseptiser, mais l’abus de pouvoir dans toutes ses formes. Et cela dépasse largement la question des sexes. Le pouvoir se prend, se garde, s’impose dans tous les espaces : au travail, en politique, dans les familles, dans les milieux culturels. Il écrase, invisibilise, humilie — parfois sans bruit. Et il n’est pas toujours masculin.

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Je vois aujourd’hui dans une certaine frange du féminisme une tentation de purger l’espace public de toute forme d’ambiguïté, de tension, de complexité. Tout ce qui peut ressembler à une prise de pouvoir — même dans la séduction, même dans le langage — est immédiatement assimilé à une agression. On ne distingue plus l’offensive de la violence. Et c’est une catastrophe anthropologique.

Car la relation entre les sexes, depuis toujours, est traversée de tensions, de désirs, d’inégalités, de malentendus. Ce n’est pas une guerre. C’est une danse difficile, parfois maladroite, parfois injuste. Mais cette danse exige qu’on accepte la part conflictuelle de la rencontre humaine. Qu’on accepte de se heurter, de se chercher, de s’opposer. Pas pour dominer, mais pour créer du lien, du vrai.

Je ne dis pas que tout est acceptable. Je ne dis pas que les femmes doivent supporter des gestes ou des mots qui les blessent. Mais je dis que le monde ne se réparera pas en supprimant le masculin, en l’aseptisant, en le condamnant en bloc. Ce que nous devons combattre, c’est l’abus de pouvoir — dans toutes ses formes, qu’il soit sexuel, économique, institutionnel, ou symbolique. Et cela vaut pour les hommes, mais aussi pour les femmes. Car le pouvoir corrompt tout le monde, pas seulement les hommes.

La parole des femmes n’est pas supérieure à la parole des hommes

Je veux vivre dans un monde où la parole des femmes est entendue. Mais je veux aussi vivre dans un monde où les hommes ne sont pas réduits au silence par peur d’être mal interprétés. Où l’on peut dire « je désire », « je conteste », « je m’oppose », sans être accusé de violence.

Depardieu, qu’on le veuille ou non, nous force à penser tout cela. Il est le miroir grossissant de notre époque : celle qui ne supporte plus l’ambiguïté, qui préfère l’élimination à la réparation, la pureté morale à la complexité humaine. Et si nous n’apprenons pas à regarder ce miroir, nous continuerons à produire des figures d’exclusion, à gauche comme à droite, chez les hommes comme chez les femmes.

Il est temps de reconstruire une culture du lien. Une culture du masculin non-violent mais pas castré. Une culture de la parole libre mais responsable. Une culture où le conflit n’est pas évité, mais traversé, ensemble.

Sinon, nous serons tous perdants (et les gagnants seront ceux qui voudront  nous imposer un patriarcat régressif et violent).

Ras-le-bol de tapiner pour l’État !

Notre pays n’est pas un paradis néolibéral mais un enfer collectiviste. La classe politique ne comprend rien à l’économie et se repose sur un secteur privé exsangue pour entretenir un État qui ne regarde pas à la dépense. Entre déni du réel et aveuglement idéologique, nos gouvernants ne sont pas près d’inverser la tendance.


On en parle peu, mais l’économie française va mal et même très mal. Carnet de commandes en berne, manque de visibilité, instabilité gouvernementale, dette abyssale, tout concourt à tuer la confiance et à nous plonger dans la récession. Résultat, une stagnation voire une baisse du niveau de vie : aux États-Unis, il est, pour le même poste de travail, supérieur de 40 %.

Une classe politique déconnectée des réalités économiques

Face à ce désastre, patrons et entrepreneurs observent les errances d’une classe politique qui de toute évidence ne comprend rien à l’économie. La plupart n’ont jamais eu qu’à dépenser des budgets qui tombaient du ciel, ils n’ont jamais gagné d’argent. La panoplie d’impôts imaginés par l’extrême gauche en dit long sur ce monde qui évoque l’Ancien Régime. Bien au chaud à Paris, cette aristocratie dépense et répartit 60 % des richesses créées par le travail des combattants des tranchées. Autrement dit, le secteur privé doit cravacher pour fournir les recettes que dépenseront les donneurs de leçons de morale.

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Sur 100 euros facturés par une entreprise, l’État au sens large (incluant la Sécurité sociale) ponctionne 60 à 70 euros, entre charges sociales, TVA, taxes, IS. Et le salaire net de l’employé sera lui aussi taxé par la TVA et ses impôts (habitation, foncier, revenu). L’État a faim, très faim. En quarante ans, il est devenu un obèse tentaculaire en roue libre vers son probable AVC.

Au final, les patrons et leurs salariés sont les plus sociaux des acteurs économiques : combien de RSA, de lits d’hôpital, de feuilles de soins leurs entreprises payent-elles ?

En somme, ils sont des hauts fonctionnaires qui rapportent versus ceux qui dépensent.

Un État qui vampirise le secteur privé

Et pourtant, certains prétendent sans rire que la France est un paradis néolibéral. En réalité, elle s’apparente de plus en plus à un pays collectiviste qui sombre à petit feu en dévorant les restes de son secteur privé.

L’État est le proxénète des patrons. Nous tapinons pour payer ses folies. Les millions de salariés du privé sont obligés d’être hyperproductifs pour satisfaire l’appétit dément de l’ogre étatique, véritables « serfs » d’une oligarchie qui vit sur la bête – sureffectifs, budgets associatifs à la limite du clientélisme, médias étatiques subventionnés, agences publiques présentes à tous les étages du millefeuille territorial. Le nombre de burn-out n’explose pas pour rien.

En ce cas, dira-t-on, pourquoi les patrons ne descendent-ils pas dans l’arène politique ? C’est simple : ils n’ont pas le temps. Travailler cinquante à soixante heures par semaine leur permet à peine de payer leur mac.

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De surcroît, au lieu de dessiller les citoyens pour qu’enfin la restructuration en profondeur du pays soit engagée, les gouvernants se complaisent dans le déni, refusant avec constance toute évaluation des politiques menées. Le plus bel exemple de mensonge d’État par omission réside dans la présentation de la dette, toujours rapportée au PIB, comme si cette dette avait été contractée par les entreprises, alors qu’elle est constituée par le déficit de l’État (et de ses proxys). Ainsi, quand on affirme que la dette représente 5 % du PIB, toute personne vivant dans la vraie vie, qui sait ce qu’est un déficit, pense naturellement que les recettes de l’État sont inférieures de 5 % à ses dépenses. Si on compare le déficit public au budget et non pas au PIB, on découvre que, depuis des années, il oscille entre 20 et 25 %.

Un peu comme si un foyer dépensait 4 000 euros en gagnant 3 000 euros par mois

Une impasse économique inéluctable

Ainsi, en 2025, le budget prévisionnel[1]  annonce 545 milliards de recettes contre 686 milliards de dépenses, le différentiel étant de 141 milliards, soit 25 %. On comprend mieux l’explosion de la dette depuis quarante ans. Notre État est un vrai junky (140 milliards de doses sur une seule année). Les marchés financiers lui fournissent sa came tous les dix ou quinze jours.

Un particulier ou une entreprise qui gérerait aussi mal ses finances déposerait son bilan et serait interdit de gestion…

Comment expliquer par ailleurs que tant de gens éduqués, intelligents et parfaitement conscients de la catastrophe manquent à ce point de courage ? L’une des raisons est sans doute que les caractères trempés ne vont plus vers la politique. Elle attire plutôt les « offusqués » de profession, comme ces syndicalistes lycéens puis étudiants qui deviennent députés ou syndicalistes et font le commerce des promesses, additionnées d’une bonne soupe de moraline : l’enfer qu’ils ont créé est pavé de bonnes intentions – dites « humanistes » ou « progressistes ».

Qu’on ne compte pas sur l’université pour les déniaiser. Sandrine Rousseau a été enseignante-chercheuse en économie et vice-présidente de l’université de Lille, c’est dire. Les théories absurdes enseignées aux étudiants qui deviennent professeurs, deviennent ensuite la pensée dominante qui valide les théories, qui brodent autour d’une certitude de fer : « le privé c’est mal, le public c’est bien ». « La dépense publique crée du bonheur », dit Mélenchon.

L’idéologie continuera à gouverner tandis que les entrepreneurs continueront à se colleter à la réalité. Dans le vrai monde, celui des entreprises, on ne peut pas se payer de mots. On doit chercher ce qui marche. Exemple, on sait que le CESE (Conseil économique, social et environnemental) ne sert à rien, sinon à récompenser quelques amis, et coûte 50 millions par an. Un patron – ou un véritable homme d’État – fermerait ce machin en trois à six mois. Et il existe des centaines de structures, comités, agences tout aussi inutiles.

Pour retrouver le moral, les patrons et les salariés du privé ont besoin de savoir que le courage est de retour au sommet de l’État. Ils ne vont pas continuer à trimer pour que leur travail soit ruiné par le sabotage public. Certains partiront, la plupart resteront mais baisseront les bras, et géreront la décroissance tant souhaitée par certains pour tenir quelques années avant de voir les entreprises, puis l’économie et les services publics s’écrouler sous le regard ahuri de l’ogre et des donneurs de leçons. Le FMI débarquera, et nous serons tous pauvres et égaux.

*Je ne signe pas de mon nom car la démocratie est attaquée depuis des années par l’hégémonie de l’extrême gauche dans la justice, une partie des médias, beaucoup de facultés et dans bien des corps d’État : je serais rapidement désigné comme cible et socialement exécuté. Nous vivons un peu comme dans l’Europe de l’Est racontée par Kundera.


[1] Source : www.budget.gouv.fr/budget-etat.

Candide au théâtre : des raisons d’être… optimiste

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Candide ou l’Optimisme, de Voltaire au Théâtre de Poche-Montparnasse, un spectacle d’une heure quarante tourbillonnant.


Il y a une raison toute simple et – apparemment – paradoxale qui fait que nombreux sont ceux qui renoncent à aller au théâtre : la pléthore des propositions – et l’embarras du choix subséquent (nous parlons de Paris – mais non seulement). D’où que l’on se permette d’intervenir, parfois, pour signaler un spectacle, une mise en scène, qui valent le déplacement. Le dépaysement. Le voyage.

Prenez Candide ou l’Optimisme, de Voltaire, mis en scène et adapté par Didier Long au Théâtre de Poche, en ce moment. Fidèle à sa tradition – puisqu’elle l’est devenue – le Théâtre des Tesson fait revivre des écrivains, hommes et femmes (Montaigne et Rabelais, Yourcenar et Sagan, Anouilh et Dumas, etc.) – et des textes. Il les donne à entendre, et à vivre. C’est une « alternative » joyeuse à une autre activité très joyeuse : la lecture. La position est la même – nous sommes assis. Mais l’effet est différent – comme la fin : nous avons bien remarqué qu’il y a peu d’applaudissements lorsqu’on quitte sa table de travail après avoir lu et écrit pendant six heures.

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Nous n’avions pas lu Candide depuis bien longtemps. Nous sommes donc allé voir le Candide de Didier Long – pour en ranimer le souvenir, entendre ce que le texte était devenu. Et c’est un ravissement. Nous avions oublié comme Candide est drôle, impertinent, substantiel, iconoclaste. Ah ! cette démonstration-raisonnement imparable de Pangloss : « Toute chose a sa raison d’être qui est nécessairement la meilleure qui soit. Remarquez bien que les nez ont été fait d’une forme à porter des lunettes : aussi avons-nous des lunettes. »

Les rires fusaient, d’ailleurs, pendant la représentation qu’honorent l’énergie et l’allant de chacun de trois comédiens – Charles Templon, Sylvain Katan, Cassandre Vittu de Kerraoul (qui incarnent Candide, Pangloss et Cunégonde – mais qui savent apparaître grimés ou déguisés pour les autres silhouettes du conte philosophique).

Une heure quarante trépidante, virevoltante, qui donne (certes) envie de cultiver son jardin – sans renoncer nécessairement, pardon Voltaire, aux curiosités philosophiques, voire métaphysiques. Ni au théâtre, donc. Et c’est ainsi que Voltaire est grand.


Candide ou l’Optimisme, de Voltaire. Mise en scène et adaptation de Didier Long. Avec Charles Templon, Sylvain Katan, Cassandre Vittu de Kerraoul. Théâtre de Poche-Montparnasse, Paris VI. Du mardi au samedi à 21H, dimanche 17H.

Et toujours : Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés, de François Kasbi, Éditions de Paris-Max Chaleil – à propos de 600 écrivains, femmes et hommes, de France et d’ailleurs.

«Génocide»: poser la question, c’est déjà y répondre…

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Manifestation pro-Palestine à Bruxelles, 17 mars 2024 © Shutterstock/SIPA

Alors que les eurodéputés de droite Jordan Bardella et Marion Maréchal font la une des journaux ce matin après leur visite remarquée d’un kibboutz attaqué le 7-Octobre 2023 en Israël, au Parlement européen, à Bruxelles, la résistance s’organise. La gauche y planifie dans quelques jours une conférence sur le thème: « Devrions-nous appeler cela un génocide ? » avec de très contestables militants « antisionistes ».


À Paris, le 12 mars, le Conseil contre l’islamophobie en Europe (CCIE), branche belge d’un défunt CCIF que la République ne regrette pas, était reçu par le député LFI Raphaël Arnault, à l’Assemblée nationale. L’objectif : « comprendre l’islamophobie pour mieux la combattre ».

À Bruxelles, la gauche européenne n’est pas en reste. Au Parlement Européen, c’est le Groupe des Verts/Alliance libre européenne, fort de cinquante-trois députés, qui régale. Les 28 et 29 avril prochains, une conférence se tiendra, réunissant « experts, juristes et représentants de la société civile ». La question nous met tout de suite dans l’ambiance : « Devrions-nous appeler cela un génocide ? »

Visuel de l’évènement DR.

Gratin propalestinien

Les quatre députés organisateurs sont Jaume Asens, Benedetta Scuderi, Mounir Satouri et Ana Miranda. Le premier vient des rangs de Podemos, la seconde de l’écologisme italien, le troisième a été élu sur la liste de Marie Toussaint et la quatrième est issue du bloc nationaliste galicien.

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Pour répondre à la question du jour (enfin, des deux jours), les quatre eurodéputés ont invité ce qui se fait de mieux sur la scène actuelle de l’antisionisme. Tout d’abord, deux historiens israéliens : Raz Segal et et Ilan Pappé (publié en France aux éditions de la Fabrique, entre les Beaufs et barbares d’Houria Bouteldja et les ouvrages du Suédois Andreas Malm, qui déclarait sa « jubilation » au lendemain du 7-Octobre[i]). Deux historiens qui ont pour habitude de placer un signe égal entre Shoah et Nakba et qui avant même les répliques au 7-Octobre, parlaient déjà de génocide. On trouve aussi Imane Maarifi, infirmière libérale à Plaisir (Seine-et-Marne) et membre du Collectif des Blouses Blanches pour Gaza, proche des milieux fréro-salafistes. Francesca Albanese, juriste et chercheuse italienne, qui, dans un rapport intitulé Anatomie d’un génocide (mars 2024), invitait à poursuivre le soutien financier à l’ Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), pourtant accusé de détourner les fonds humanitaires au profit du Hamas voire d’inciter au terrorisme. Olga Rodríguez Francisco, journaliste espagnole, qui, sur Twitter, établissait un lien de cause à effet entre la visite de M. Netanyahu aux États-Unis en juillet 2024 et la mort du chef du Hamas Ismaïl Haniyeh, tué dans une frappe israélienne à Téhéran, et en semblait émue. En octobre 2024, la même s’étonnait de l’ignorance des personnes interrogées à la télévision : « Dans une émission de télévision l’autre jour, un habitué a dit que Hamas veut conquérir Al Andalus. Ce n’est qu’à partir de la plus profonde ignorance que l’on peut confondre l’État Islamique avec le Hamas », avançait-elle alors.

https://twitter.com/olgarodriguezfr/status/1848140154436817014

Quand c’est fini, il y en a encore

La liste ne s’arrête pas là. Noura Erakat, professeure d’études africaines à l’Université Rutgers dans le New Jersey, sera également de la partie. En 2020, cette militante américano-palestinienne avait participé à un atelier en ligne avec le haut dirigeant du Hamas, Ghazi Hamad, organisé par l’organisation palestinienne Masarat Center. Le même Ghazi Hamad, qualifié par Libération de « voix du Hamas », déclarait après le 7-Octobre : « Israël est un pays qui n’a pas sa place sur notre terre ». Mais aussi : « Nous devons donner une leçon à Israël, et nous le ferons encore et encore. Le déluge d’Al-Aqsa [nom de l’offensive déclenchée par le Hamas le 7-Octobre] n’est que la première fois, et il y en aura une deuxième, une troisième, une quatrième, parce que nous avons la détermination, la résolution, et les capacités de combattre ». Noura Erakat, elle, a participé, en décembre 2023, à une discussion intitulée « Race, libération et Palestine », événement auquel se sont greffées des personnalités réputées antisémites comme Marc Lamont Hill, qui avait su garder son poste à l’université malgré un usage intensif du slogan « La Palestine du fleuve à la mer ».

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Et enfin, pour compléter ce joyeux tableau, un certain Olivier Corten se joindra aux débats. C’est en quelque sorte le régional de l’étape, puisqu’il est professeur à l’Université libre de Bruxelles. En mai 2005, le brillant universitaire s’inquiétait dans les colonnes du Soir pour les libertés des négationnistes. « Interdire indirectement la réflexion critique sur tous les événements qualifiés, par les uns mais pas toujours par les autres, de crimes de droit international, n’est pas seulement contraire aux principes les plus élémentaires de la liberté de réflexion et d’expression. La démarche aboutit aussi à décourager toute recherche sur des événements dont on prétend par ailleurs vouloir entretenir la mémoire ».

Compte tenu de ses débatteurs du jour, à Bruxelles, la réponse à la question « Devrions-nous appeler cela un génocide ? » est déjà toute trouvée…

Journal d'un prisonnier

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[i] « Je consomme [l]es vidéos [du pogrom] comme une drogue. Je les injecte dans mes veines. Je les partage avec mes camarades les plus proches »

Pierre Vermeren : « La crise française est une coproduction de la classe politique et du patronat »

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Pierre Vermeren © Hannah Assouline

Pour l’historien Pierre Vermeren, la hausse de la fiscalité au détriment d’économies budgétaires accélère les délocalisations et l’endettement public. Cette politique mène à la ruine. Mais dans ce marasme économique, l’auteur de La France qui déclasse (Tallandier) n’absout pas le patronat de ses responsabilités.


Causeur. Le gouvernement a décidé de surtaxer en 2025 les entreprises qui réalisent plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires en France. A-t-il bien fait ?

Pierre Vermeren. Comme ses prédécesseurs, François Bayrou a préféré remettre à plus tard les mesures d’économie budgétaire qui s’imposaient. Il n’a dès lors eu d’autre choix que d’augmenter les impôts. C’est désastreux. Pour les salariés, parce qu’ils sont moins bien payés que dans d’autres pays. Pour les patrons, parce que leurs capacités d’investissement sont rognées. Pour l’État, parce qu’il continue de creuser son déficit. On s’est enfermés dans un système qui n’est pas tenable à long terme, mais chaque nouveau gouvernement le reconduit quand même, en espérant que cela tiendra jusqu’à la fin de son mandat.

À l’annonce de la surtaxation, on a vu réapparaître la focalisation, très française, sur les « riches ». D’où cela vient-il ?

C’est vieux comme la République ! Seulement, je crois que ce phénomène serait moins marqué si notre pays s’était mieux prémuni, depuis quarante ans, contre la désindustrialisation et l’immigration, deux des principaux facteurs de la crise économique dans laquelle nous sommes embourbés. S’il y avait des millions d’emplois en plus en France, si la production était assurée sur le territoire et pas dans des pays à bas coûts, la démagogie anxiogène de Jean-Luc Mélenchon et de Sophie Binet serait moins audible.

On comprend que les délocalisations soient un facteur de crise. Mais pourquoi l’immigration le serait-elle aussi ?

Parce que nous ne sommes plus dans les années 1960. À l’époque, notre industrie, très performante, avait besoin de main-d’œuvre et allait la chercher non seulement dans les campagnes et dans le vivier de la population féminine, mais aussi dans les anciennes colonies. Seulement, à partir de la fin des années 1970, l’immigration de travail a été remplacée par une immigration familiale à des fins de consommation. Les millions de nouveaux arrivants, notamment originaires d’Afrique, présentent un taux d’emploi plus faible que la moyenne nationale. Certes, le secteur tertiaire continue de faire venir de l’étranger des agents de service sans qualification, qui présentent l’avantage de trimer en silence et loin des syndicats, mais l’essentiel des nouvelles vagues migratoires n’est pas dans ce cas, et subvient à ses besoins grâce aux aides sociales (inexistantes dans leurs pays). En somme, l’endettement public permet à une portion croissante de notre démographie de se nourrir et de se vêtir dans les hypermarchés, de communiquer et de se divertir avec ses smartphones et d’habiter notre parc HLM, donc de contribuer à maintenir l’économie du pays… sans produire de richesse. La grande distribution et les banques profitent à plein de cette manne, de sorte qu’ils sont devenus, à la place des industriels, le noyau dur du capitalisme français. Ce qui explique que Michel-Édouard Leclerc ait soutenu les récentes mesures fiscales de Bayrou. Il est pour ainsi dire le porte-parole des gagnants de la politique de la demande.

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Mais pourquoi rejeter cette politique si elle fait des heureux ?

Parce qu’elle accélère les délocalisations et l’endettement public, et ne peut aboutir qu’à la ruine. Rendez-vous compte, aujourd’hui les deux tiers des produits que nous consommons sont fabriqués en dehors du pays. Or nous avons au bas mot 6 millions de chômeurs, et pas 3 millions comme semblent le dire les chiffres officiels, car on oublie trop souvent tous ceux qui ne sont pas dans les radars de France Travail. Si bien qu’aujourd’hui il est devenu plus intéressant d’acheter des bons du Trésor et, à travers eux, d’entretenir l’État social consumériste, plutôt que de se risquer à investir dans la recherche/développement ou l’industrie. Bref, au lieu de miser sur la qualité, le progrès et l’innovation, notre croissance repose sur les masses. À cet égard, nous ressemblons à l’Union soviétique.

Quelle est la responsabilité des patrons dans ce sombre tableau ?

Elle n’est pas mince. L’originalité de la Ve République, c’est la fusion des élites, avec des énarques qui dirigent l’État, mais qui sont aussi présents dans les conseils d’administration des grandes entreprises. Une tendance qui a été amplifiée par les privatisations des années 1980 et 1990.

Ces élites économiques sont-elles comptables de la désindustrialisation et de l’immigration ? N’ont-elles pas plutôt été contraintes de s’adapter à un contexte mondial d’ouverture des frontières qu’elles n’ont pas choisi ?

N’oubliez pas que les dirigeants des grands groupes français ont été parmi les plus chauds partisans de la mondialisation après la chute du mur de Berlin. Ils rêvaient alors de forger un pays leader en matière de consommation et de tertiarisation. Rien ne les y obligeait. Ils auraient pu au contraire imiter leurs homologues allemands, qui ont tenu à conserver une base productive puissante sur leur territoire. Résultat, outre-Rhin, il y a moins de déficit public, moins de chômage, moins d’importations – au contraire, il y a un énorme excédent du commerce extérieur. En d’autres termes, la crise économique française est une coproduction de notre classe politique et de notre patronat.

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Comment redresser la barre ?

Le seul moyen serait de sanctuariser à l’échelle nationale un certain nombre d’industries, comme cela est déjà le cas, souveraineté oblige, avec notre secteur de l’armement, qui est en conséquence l’un des meilleurs au monde.

Emmanuel Macron n’a-t-il pas pris conscience de cette nécessité ? Il a remis en route la filière nucléaire civile, promu une loi de programmation militaire ambitieuse et il vient d’annoncer un plan pour la création de gigantesques serveurs d’intelligence artificielle en France. N’est-ce pas le discours de souveraineté que vous attendiez ?

Ce n’est à ce stade qu’un discours. Dans les faits, il n’y a pas plus d’emplois industriels aujourd’hui qu’en 2017. On peut à la rigueur créditer Macron d’avoir changé son discours.

Que devrait-il faire de plus alors ?

S’attaquer aux dogmes selon lesquels l’immigration hors main-d’œuvre qualifiée et le libre-échange seraient nécessairement enrichissants. Mais il s’y refuse totalement. Il a déjà oublié ses belles paroles d’après Covid, quand il promettait de recréer une industrie du médicament. Cinq ans plus tard, on attend toujours, et nous perdons même notre souveraineté alimentaire, un véritable crime.

Coût des catastrophes naturelles: un mensonge de plus

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Crue de la Vilaine, au sud de Rennes, dans la commune de Pont Rean, 30 janvier 2025 © Bruno Colliot/SIPA

Rémy Prud’homme dénonce dans cette tribune la mauvaise foi des assureurs quant au coût des dommages des catastrophes naturelles que nous subissons en France


Le Figaro, qui cite l’AFP, qui cite les Assureurs de France explique que le coût des événements climatiques pour les assureurs est trois fois plus élevé en 2024 (5 milliards) qu’en 1984 (1,5 milliard). Ces trois institutions voient là une preuve irréfutable des méfaits croissants du « dérèglement climatique ». Vite, doublons la taxe carbone et les crédits du ministère de la transition écologique ! Il est pourtant facile de voir que la démonstration est quadruplement mensongère.

Des allégations douteuses

Primo, elle compare un coût en euros 1984 avec un coût en euros 2024, une absurdité que l’on ne pardonnerait pas à un étudiant de première année. Secundo, cette présentation ignore le fait qu’en 40 ans, la France s’est développée, qu’il y a davantage de maisons, d’entreprises, de routes, etc. à la merci des phénomènes climatiques, et qu’un ouragan donné détruit plus de biens en 2024 qu’en 1984. Tertio, elle fait l’hypothèse que le taux d’assurancialité (le pourcentage de propriétaires assurés) est resté constant ; on espère pour les assureurs qu’il a augmenté. Quarto, elle postule que les dommages naturels dépendent uniquement de la violence des phénomènes et pas du tout des mesures prises pour les contrôler.

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Il est facile de corriger les deux premiers mensonges. Il suffit de comparer le ratio coût des dommages / PIB (en euros courants) pour les deux dates. En 1984, il était de 0,20%. En 2024, de 0,17%. Rapporté au PIB, le coût pour les assureurs des phénomènes climatiques n’a pas augmenté de 230% (ce qui serait effrayant), il a au contraire diminué de 15% (ce qui est rassurant).

Si l’évolution du coût des dommages pour les assureurs est une mesure de l’évolution des changements climatiques – ce que l’on veut nous faire croire, et qui n’est pas évident – alors les chiffres publiés montrent que le changement climatique a un effet positif. Vite, célébrons le réchauffement, et augmentons nos rejets de CO2 !

« C’est la faute au climat »

L’opération de désinformation des Assureurs, de l’AFP et du Figaro soulève des problèmes qui vont bien au-delà de son sujet. Comment est-elle possible ? Elle ne peut guère s’expliquer par l’ignorance. Les Assureurs, chez qui les statisticiens et les économistes sont nombreux et excellents, savent bien qu’on ne compare pas des euros courants avec des euros constants. Chez eux la tromperie est délibérée. Pour les journalistes (de l’AFP et du Figaro) qui ne sont pas toujours à l’aise avec les chiffres, et qui veulent – et doivent – faire vite et sensationnel, le doute est permis, et la tromperie n’est sans doute pas intentionnelle.

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Pourquoi cette désinformation est-elle engagée ? Pour les Assureurs : parce qu’elle leur profite. Faire croire aux citoyens et aux politiques que le méchant climat augmente considérablement leurs coûts est un bon moyen de faciliter l’augmentation de leurs primes. Ils le font d’autant plus volontiers qu’ils savent que tous les médias vont reprendre la fable de leur triplement des coûts. Pour les journalistes, les pouvoirs publics, et les soi-disant fact-checkers : parce qu’elle s’accorde avec la doxa officielle et dominante, et avec leurs convictions vagues et profondes. Les dommages de Mayotte ou des inondations n’ont rien à voir avec les constructions illégales ou les permis de construire en zones inondables. Pas besoin de chercher si loin quand on a sous la main un bon coupable : c’est « la faute au climat ».

De la cour d’assises à la cour médiatique…

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Philippe Bilger © Pierre Olivier

Philippe Bilger compare ici son expérience à la cour d’assises et dans l’arène médiatique, en soulignant leurs points communs : écoute, curiosité, indépendance, équité et bienveillance, nécessaires pour encourager vérité et réflexion, malgré les évidentes différences de pouvoir et d’influence entre ces deux mondes.


Un jour j’ai caressé l’idée d’écrire un livre qui, d’hier à aujourd’hui, de la cour d’assises à la cour médiatique, aurait cherché à montrer les ressemblances entre ces deux univers, en tout cas pour les dispositions et les qualités qu’ils requièrent.

Je l’ai abandonnée parce que mon souffle, s’il m’a permis d’écrire MeTooMuch chez Héliopoles, m’aurait sans doute rendu fastidieux un exercice plus long, plus classique. Et heureusement mes billets sont là pour me permettre de ne pas tout à fait abandonner une inspiration initiale !

Justice médiatique

Avant d’aborder les similitudes, il y a une différence fondamentale qui tient au pouvoir qu’a un avocat général aux assises, à une parole qui n’est pas limitée quand elle arrive à son tour et, plus généralement, à l’influence décisive qu’il a le plus souvent sur un jury populaire en matière criminelle. Avec dans les affaires ayant suscité une intense médiatisation, mon obsession de ne rien céder au personnage mais tout au professionnel.

La cour médiatique, elle, apprend l’humilité et peut engendrer de la frustration.

Une autre distinction pourrait être relevée qui opposerait les arrêts de la cour d’assises à l’absence de jugement de la cour médiatique. Mais celle-ci en réalité, sur un autre mode en prononce. Elle décrète, s’interroge, débat, approuve, dénonce, stigmatise ou loue, édicte des appréciations. Appose sur la réalité, sous toutes ses formes, des regards contrastés.

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Pour l’essentiel il me semble que je n’ai pas été obligé d’abandonner, dans la cour médiatique, les qualités qu’on me prêtait à la cour d’assises et l’indépendance dont j’avais besoin et que j’ai toujours voulu sauvegarder.

Au contraire, à partir du moment où on accepte de retenir qu’à l’exception des réquisitions de condamnation ou d’acquittement, l’oralité des débats et la confrontation médiatique imposent les mêmes vertus, la même curiosité, une écoute similaire, une compréhension de l’autre équivalente, une détestation identique du sommaire et le même esprit de liberté, on consentira à admettre la validité du rapprochement que j’opère.

On pourrait pousser plus loin encore l’analyse. Comme il y a des présidents de cour d’assises remarquables et d’autres qu’on subit – comme avocat de tous les citoyens selon la définition que je donnais de mon rôle d’accusateur public, j’ai connu ces deux catégories -, il y a des animateurs et des chroniqueurs, dans la cour médiatique, avec lesquels on a plus ou moins d’affinités, qui vous stimulent ou parfois non…

Bienveillance

Je n’arrivais jamais en cour d’assises, quelle que soit la gravité des crimes à juger, sans vouloir offrir à toutes les parties au procès le meilleur humain et professionnel de moi-même, pour obtenir d’elles le plus de vérité possible. Il me semble que dans la cour médiatique, avec ce concert d’opinions et de convictions qu’est un débat, il ne peut y avoir de réussite sans équité et sans bienveillance de la part de ceux qui ont la charge d’être les « accoucheurs » de la réflexion des autres.

J’ai pu le constater dans mes billets et dans « Bilger les soumet à la question »1 sur Fréquence Protestante. Le meilleur moyen, paradoxalement, pour favoriser une concision à laquelle on tient est de ne pas interrompre et de ne pas enjoindre. Miraculeusement, alors, le verbe non contraint trouve son bon rythme et sa juste mesure. L’inverse le fait se dilater jusqu’à l’ennui.

Quand s’est accrochée dans ma tête cette envie d’évoquer mon trajet de la cour d’assises à la cour médiatique, je n’étais pas sûr de sa pertinence. J’espère que ce billet prouvera que j’avais tort.

  1. https://youtube.com/playlist?list=PLzr9aUOAaV-x8XyxQhHccw8MiXp-66ghw ↩︎

Il faut une comparution immédiate pour les mineurs

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L'ancien Premier ministre Gabriel Attal, ici photographié le 20 février, a fait voter un texte qui durcit la justice des mineurs © OLIVIER JUSZCZAK/SIPA

Au cœur de l’actualité politique, médiatique et législative, la justice des mineurs demeure mal connue et mal comprise du grand public. Au-delà du fait qu’il est surprenant de voir des députés de la majorité présidentielle remettre en question le code de justice pénale des mineurs (CJPM), que leur camp a pourtant conçu et porté, notre collectif affirme que la réforme qui vient d’être adoptée par l’Assemblée nationale ne résoudra rien tant elle pèche par manque d’analyse des causes profondes des dysfonctionnements actuels.


De fait divers en fait de société, la justice pénale des mineurs est régulièrement au centre des débats, que ce soit pour critiquer son ambition affichée de donner la primauté à l’éducatif sur le répressif ou pour dénoncer le code de justice pénale des mineurs comme un ouvrage crypto-fasciste ayant pour but d’incarcérer tous les mineurs de France. Les commentateurs de tous bords semblent parfois oublier qu’on ne s’improvise pas juriste et que, tout comme ils ne s’aviseraient pas de procéder à la révision d’une centrale nucléaire sur la base de quelques vagues notions de physique, ils devraient s’abstenir de livrer des pseudo-analyses fondées sur des poncifs et des contre-vérités à propos d’un droit qu’ils maîtrisent mal et qui relève davantage de l’usine à gaz que du bel ouvrage législatif. Une mise au point s’impose, précisément dans l’intérêt du débat public, afin que chacun puisse se faire une opinion éclairée, fondée sur des informations précises et fiables.

Nous analyserons donc cinq réflexions fréquentes à propos de la justice des mineurs et tenterons de démêler le vrai du faux. Cet exercice sera également l’occasion de tenter de répondre à la question centrale pour qui voudrait réformer la Justice française : si laxisme il y a, la faute aux juges ou la faute à la loi ? Enfin, nous tâcherons d’apporter des propositions de réforme réelle, voire de véritable révolution.

épisode 1 épisode 3 épisode 4 épisode 5


Dans l’épisode précédent[1], nous avons exposé la procédure de jugement applicable aux mineurs : la fameuse césure (pour rappel : « Kévin, tu seras privé de téléphone… dans 9 mois ») et ses limites.

De nombreux commentateurs, journalistes et politiques percevant les difficultés posées par cette césure brandissent une idée qui permettrait de les résoudre : instaurer une comparution immédiate pour les mineurs.

Qu’est-ce qu’une comparution immédiate ? C’est une procédure de jugement rapide qui permet de présenter immédiatement (d’où son nom) après sa garde-à-vue un délinquant à un tribunal correctionnel composé de trois magistrats (pour faire simple). Elle permet de sanctionner sans délai le délinquant. Pour les majeurs, cette comparution immédiate permet un jugement dans un délai maximum de quatre jours, ce qui est effectivement très rapide. Dans l’attente, le délinquant peut être placé en détention provisoire. C’est donc une procédure très stricte et très protectrice de la société.

Compte tenu des faiblesses de la procédure de césure, l’idée de pouvoir accélérer le jugement des mineurs dans les cas les plus graves en les sanctionnant rapidement fait son chemin et une proposition de loi en ce sens a été adoptée par l’Assemblée nationale le 13 février 2025[2]. Cependant, d’une part elle se heurte à des obstacles pratiques, et d’autre part ne résout pas les problèmes de fond (laxisme de la loi et des juges) qui empêchent une vraie répression des actes graves commis par les mineurs.

Bien essayé mais… Informons les nombreux commentateurs, journalistes et politiques qui se passionnent subitement pour le sujet qu’une procédure de comparution rapide existe déjà pour les mineurs : l’audience unique. Elle permet de présenter un mineur au procureur immédiatement après sa garde-à-vue, de le placer sous contrôle judiciaire ou en détention provisoire puis de le juger dans un délai compris entre 10 jours et un mois en cas de détention.

L’article 4 de la proposition de loi ajoute à cette audience unique une procédure dite de comparution immédiate qui permet de faire venir le mineur devant le tribunal pour enfants le jour même ou dans un délai maximum de 4 jours, sans attendre le délai de 10 jours imposé actuellement par la loi.

D’une part, il est à noter que le mineur peut de toute façon renoncer au délai de 10 jours avant l’audience unique et donc comparaître plus rapidement devant le tribunal. C’est même dans son intérêt puisque cela réduit le temps passé en détention provisoire. La réforme envisagée ne change donc pas grand-chose aux possibilités juridiques déjà existantes.

D’autre part et surtout, la comparution immédiate prévue par la proposition de loi est très difficile à mettre en place techniquement car elle nécessite d’avoir la possibilité de réunir un tribunal pour enfants en urgence, dans un délai maximum de 4 jours.

Or, le tribunal pour enfants est composé d’un juge des enfants et de deux assesseurs civils, ne travaillant pas habituellement dans le tribunal, « particulièrement intéressés » par la Justice des mineurs. Il s’agit en général de retraités de l’Education nationale, d’anciens éducateurs ou d’actifs prenant sur le temps libre. Il est donc plus difficile de les réunir de manière imprévue que des magistrats exerçant chaque jour leurs fonctions dans la juridiction.

Par ailleurs, si n’importe quel juge du tribunal peut présider une comparution immédiate pour les majeurs, les juges des enfants sont en nombre limité (parfois un ou deux pour tout le tribunal) et pas toujours disponibles pour présider une audience en urgence.

Instaurer une comparution immédiate pour les mineurs nécessite donc d’abord un renforcement significatif des effectifs de juges des enfants, notamment dans les petites juridictions, pour pouvoir libérer un juge pour tenir une audience en urgence. Ensuite, cela exige de modifier la composition du tribunal pour enfants en supprimant les assesseurs civils. Cela n’est pas impossible mais semble peu envisageable à court terme compte tenu des contraintes budgétaires, légales voire constitutionnelles et matérielles actuelles. A conditions constantes, on voit mal comment la comparution immédiate envisagée par la réforme votée le 13 février 2025 pourrait s’appliquer concrètement.

La procédure d’audience unique est aujourd’hui un bon compromis entre jugement rapide et contraintes juridictionnelles. Rappelons qu’elle permet de juger le mineur dans un délai maximum d’un mois tout en le plaçant en détention provisoire dans l’attente, conditions satisfaisantes pour la protection de la société, des victimes et l’évitement de la récidive. La vraie difficulté en l’état actuel du droit réside dans les conditions TRES restrictives du recours à cette audience unique.

En effet, pour les mineurs de moins de 16 ans, la peine encourue doit être égale ou supérieure à 5 ans : impossible de l’appliquer pour des faits de violence sans incapacité de travail, même commis avec une arme, ou pour des faits de vol sans circonstance aggravante, ou pour une conduite sans permis ni même un refus d’obtempérer. Pour les mineurs de 16 ans révolus, le seuil est abaissé à 3 ans, ce qui est plus raisonnable mais exclut tout de mêmes certaines menaces et la plupart des délits routiers.

Par ailleurs, pour tous les mineurs, une condition d’antécédent doit être remplie puisque le mineur doit déjà faire l’objet d’un suivi. Elle n’est donc pas applicable aux primo-délinquants, quelle que soit la gravité des faits commis.

Illustrations :

  • Matthéo deale de la cocaïne depuis trois mois. Mais c’est sa première fois. « Rentre chez toi Matthéo, l’audience unique ce sera pour la prochaine fois ».
  • Matthéo a agressé sexuellement sa petite sœur de 4 ans. Il est convoqué, il rentre chez lui et recommence. Mais il n’a que 15 ans. « Rentre chez toi Matthéo, tu seras jugé dans un an, tu es trop jeune pour être sanctionné rapidement. »
  • Matthéo a pillé un magasin pour manifester sa colère et son incompréhension devant un système social et politique inique (et au passage porter des baskets de marque). Il a 14 ans. Il est placé, il fugue. Il est à nouveau placé, en centre éducatif renforcé. Il fugue et commet un vol avec violences. « Retourne au foyer Matthéo, tu ne peux pas aller en prison, tu as moins de 16 ans. Ta victime a le nez cassé et peur de te recroiser ? C’est bien dommage, mais c’est la loi. »

Ces conditions draconiennes ne permettent pas de prendre en compte des mineurs commettant des infractions graves de plus en plus jeunes, fréquemment en-dessous de 16 ans, ni des mineurs commettant dès le début de leur « carrière » des faits graves et notamment des atteintes aux personnes. Sur ce point, une réforme simple et efficace s’impose. Peut-être le salut viendra-t-il de la proposition Attal ?

Encore raté. La proposition de loi adoptée ne s’applique que sous plusieurs conditions cumulatives, extrêmement difficiles à réunir :

  • Le mineur doit être âgé d’au moins 16 ans (exit les apprentis dealers marseillais recrutés désormais au niveau bac à sable)
  • Il doit avoir commis un délit puni de 7 ans d’emprisonnement (5 ans en cas de flagrant délit) : exit la plupart des délits routiers, les violences commises avec une seule circonstance aggravante, les agressions sexuelles simples non flagrantes, le port d’arme, les menaces de mort, le harcèlement scolaire, le vol avec violence sans incapacité de travail, les destructions en réunion (coucou les émeutiers de l’été 2023), la rébellion contre les policiers et les gendarmes, le refus d’obtempérer…
  • Il doit être en état de récidive, c’est-à-dire avoir déjà été condamné pour des faits similaires.

Résumé : Matthéo pourra éventuellement peut-être, selon la météo du jour et l’horoscope, passer en comparution immédiate si un tribunal l’a déjà condamné pour des violences aggravées (c’est pas gagné, cf la procédure de césure), qu’il a plus de 16 ans et qu’il passe à nouveau quelqu’un à tabac (mais en réunion ou avec une arme ou sous alcool sinon ça ne marche pas).

Traduction : vas-y Matthéo fais-toi plaisir. Tu as moins de 16 ans ? Tu ne risques rien. Tu n’as jamais commis de délit grave ? Tu as le droit d’en commettre un, on viendra te chercher à partir du deuxième. Tu veux voler, violenter, conduire sans permis, outrager un policier ? Pas de comparution immédiate pour toi, c’est cadeau.

Alors nous trouverons toujours quelques journalistes du Monde, de Libération ou de France Info, des chroniqueurs du plateau de France 5, quelques syndicalistes de la protection judiciaire de la jeunesse ou quelques juges des enfants[3] pour hurler à la réforme fasciste et à l’enfance outragée. La vérité, c’est que cette réforme ne changera rien, que pendant ce temps des mineurs continuent à voler, agresser, détruire, en quasi-toute impunité, et que c’est un drame pour eux, pour les victimes et pour notre société.

RESPONSABLE PRINCIPAL : LA LOI

NOTRE PROPOSITION POUR EN SORTIR :

  • Faire juger les mineurs en comparution immédiate par le tribunal correctionnel, avec une habilitation spéciale « mineurs » du président du tribunal

La semaine prochaine, épisode 3 : « il est impossible de mettre un mineur en prison »


[1] https://www.causeur.fr/la-cesure-du-proces-penal-est-une-mauvaise-reforme-cjpm-305918

[2] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/textes/l17b0448_proposition-loi#

[3] https://www.liberation.fr/societe/police-justice/justice-des-mineurs-les-comparutions-immediates-ne-sont-pas-une-procedure-adaptee-20250214_F4CWGV75FZGM7L654ONRXBNXBE/

Port du voile dans les compétitions sportives: les jeunes confondent égalité et naïveté

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Le champion Teddy Riner. Paris, 4 février 2025 © JP PARIENTE/SIPA

Teddy Riner, après avoir mis tout le monde au tapis sur les tatamis, semble malheureusement vouloir passer au judo des idées… Mais son « on perd notre temps avec le voile » est heureusement esquivé par le gouvernement. Après quelques égarements, on semble y avoir majoritairement compris qu’après la loi de 2004 à l’école les islamistes ont bien reporté leur attention et leur travail d’entrisme sur le sport, autre espace où se forge l’éducation. Le voile demeure un « enterrement vertical » rappellent les défenseurs de la laïcité. L’accepter dans le sport serait un terrible recul pour la civilisation française, explique notre chroniqueuse.


Rien ne résume mieux ce qui pose problème dans l’acceptation du voile dans le sport que la passe d’armes sur X entre Teddy Riner, le judoka moult fois médaillé et Mahyar Monshipour, qui fut champion de boxe. Dans le premier cas, on a au mieux affaire à un naïf en mode « la voix de son maître qui sert ses nouveaux employeurs qataris en diffusant les éléments de langage de l’islam politique obédience Frères musulmans » (la création de la section judo du PSG aurait été en partie liée à l’intention de s’adjoindre les services de Teddy Riner, alors en difficulté dans son club de Levallois); de l’autre un Iranien qui a vu très concrètement l’apartheid sexuel être réinstallé violemment dans son pays grâce au voile. D’un côté l’idéologie violente mais présentée en mode mièvre et dégoulinant de fausse empathie, de l’autre, la réalité de l’expérience et du vécu.

Les militantes islamistes en faveur du voile dans le foot, devant le Sénat, janvier 2022. Image: capture d’écran YOUTUBE / Le Parisien.

Teddy Riner, pas un acharné de la laïcité

La sortie de Teddy Riner sur le voile est un exemple pur de la rhétorique frèriste : « Dans certains pays voisins, tout se passe bien avec le port du voile et ça n’emmerde personne. Je crois qu’en France, on perd notre temps. Pensons plus à l’égalité plutôt que s’acharner sur une seule et même religion. » Le déploiement de cette rhétorique a ici quatre phases : premièrement il s’agit d’évacuer la signification du voile, ce qu’il symbolise et ce qu’il dit sur la place de la femme. Deuxièmement, il s’agit de nier la violence sociale que son exigence recouvre. Le « ça n’emmerde personne » vise à évacuer la question des filles considérées comme des putes si elles ne le portent pas, la pression sociale pour être considérée comme une bonne musulmane et surtout la honte de soi : la femme musulmane doit cacher ses cheveux car elle est impudique et tentatrice en soi, la seule solution qui lui reste est la dissimulation : elle doit couvrir ce qui est sale. Donc elle-même. Troisièmement, une fois cet escamotage en règle effectué, n’oubliez pas un petit coup de victimisation pour la route à coup d’ « islamophobie ». Pensez donc, en France on s’acharnerait donc sur une seule et même religion, l’islam ? Et si c’était plutôt l’islam qui aujourd’hui s’acharnait à semer la haine et la mort à travers le monde, responsable de la majorité des attentats de ces dernières années et de cette violence ethnique, religieuse et séparatiste qui se développe dans nos sociétés ? L’accusation portée contre la France escamote la réalité des horreurs vécues depuis 2012 et liées au terrorisme islamique en même temps que les revendications séparatistes mises en avant au nom de l’islam. Enfin, quatrièmement, l’inversion accusatoire. C’est là que Teddy Riner réussit un beau renversement de perspective en faisant référence à l’égalité.

Parce que mettre en avant l’égalité pour revendiquer un signe qui promeut l’apartheid sexuel et symbolise justement le refus de l’égalité de droit entre les hommes et les femmes, il fallait l’oser ! Teddy l’a fait. On peut penser que le judoka n’est pas outillé pour comprendre le rôle malsain qu’on lui fait jouer dans cette histoire. Mais on peut trouver qu’il ne faut pas sortir de Saint Cyr pour comprendre à quel point le voile est un outrage à la liberté et à l’égalité des femmes. Comme on peut aussi trouver qu’il est temps d’arrêter d’excuser un sportif grassement payé qui promeut délibérément un outil d’oppression des femmes et tire à vue sur un pilier de notre civilisation et de notre contrat social.

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D’autant que pratiquer un sport de haut niveau ne signifie pas forcément être exempté de toute conscience morale et civique, la preuve avec Mahyar Monshipour. L’homme connait très bien ces questions et ne mâche pas ses mots dans l’interview qu’il donne au Figaro : « Les sportifs ou artistes qui prennent la parole sur ce sujet ne doivent pas devenir les idiots utiles de l’islam des Frères musulmans. » « Il faut bien comprendre le dessein derrière le voile : il s’agit de rendre habituelle la présence du fait religieux. On ne parle pas de port d’une simple croix mais de la volonté de cacher la femme avec le voile. Le voile est un linceul et le signe visible d’une inégalité entre l’homme et la femme. » L’ancien boxeur explique notamment que l’école étant protégée en France par la loi de 2004 sur le voile, les Frères ont reporté leur attention et leur travail d’entrisme sur le sport, autre espace où se forge l’éducation. La place du corps dans le sport est importante et permet l’emprise notamment sur des jeunes filles en pleine transformation physique et faciles à convaincre. Quant à l’objectif ultime des Frères musulmans, il consiste à « rendre le port du voile classique puis extraire les femmes du monde du sport ».

Dans cette interview, Mahyar Monshipour fait référence notamment au travail de la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio et du sénateur Michel Savin sur ces questions. Il a raison, car comme on l’a vu à l’école, la loi et l’implication des politiques est essentielle pour empêcher que les droits des femmes finissent par succomber aux assauts islamistes. Mais justement, sur cette question, comment ont réagi les politiques ?

Auberge de la lâcheté : COMPLET

Tout part du vote d’un amendement au Sénat interdisant le port du voile dans le sport. Cela fait réagir les Frères musulmans pour qui le sport est un terrain de propagande et de recrutement privilégié qui font monter au créneau leurs sportifs stipendiés. Comme le monde politique, malgré le sang que l’islamisme a répandu sur notre sol, pense que le sujet est clivant, le président de la République prend bien garde de ne pas se positionner. Après tout, quelle importance, il ne s’agit que de défendre l’égalité en droit pour les femmes. Quel intérêt électoral ? cela ne peut que faire baisser les votes de la jeunesse des quartiers d’un côté, sans rien rapporter de l’autre, certaines femmes se mobilisant même pour être considérées comme des ventres, des sexes sur pattes et des inférieures. C’est ainsi qu’interrogé sur le sujet, Edouard Philippe s’est livré sur France Inter à tellement de contorsions que l’on n’est pas sûr d’avoir bien compris où le pauvre homme habite. A l’auberge de la lâcheté en tout cas. Sa rhétorique était le décalque absolue de celle de Lionel Jospin lorsqu’il refuse de trancher sur le voile à l’école. Il y ajoute un discours indigent qui fait de la laïcité, la société protectrice des religions. Ce n’est pas si étonnant quand on sait les liens que l’homme entretenait avec Médine et certaines associations frèristes sur son territoire comme Havre du savoir. Il a pu être constaté, à l’occasion de cette polémique, l’absence totale de convictions et de doctrine sur la question de l’islamisme alors que cette menace est une des plus fortes qui pèse sur l’hexagone.

Côté gouvernement, la polémique a fait tanguer le bateau mais celle-ci a été tranchée par François Bayrou qui a conforté les ministres en pointe dans la lutte contre l’islamisme. Bruno Retailleau (à l’origine de l’amendement du Sénat) et Gerald Darmanin sont montés au créneau pour défendre l’interdiction, soutenus par Manuel Valls tandis que Marie Barsacq, la ministre des Sports et Elisabeth Borne, ministre de l’Education défendaient la « liberté de porter le voile ». Elles sont vite rentrées dans le rang, l’arbitrage de François Bayrou ayant été clair et les Français plébiscitant la fermeté vis-à-vis des revendications islamistes.

A gauche, en revanche, pas de surprise. Mettre des limites à l’islam est vu comme raciste, donc critiquer le voile est raciste, donc critiquer le sexisme est raciste… C’est parfaitement stupide écrit ainsi, mais dans le réel, cela fonctionne. Donc, quand la droite veut interdire le voile dans le sport car cela revient à légitimer un outil sexiste de rabaissement de la femme, la gauche s’étouffe d’indignation. Pour Jean-Luc Mélenchon, sans surprise, on est dans une « surenchère raciste » et « dans la course à l’échalote à la violence verbale ». Parole d’expert ! Pour Mathilde Panot, tout cela fleure bon « l’extrême-droite ». Marine Tondelier reprend la rhétorique hypocrite utilisée par le PS et déplore une « laïcité instrumentalisée pour cibler toujours la même religion » et se dit préoccupée par une stigmatisation des femmes musulmanes. En revanche elle ne voit pas en quoi le voile est réellement stigmatisant. Olivier Faure, lui, reste courageusement planqué.

Paris, 6 septembre 2020 © GODONG/ BSIP via AFP

Pour nos faux « progressistes », un signe stigmatisant stigmatisé…

Il n’y a donc personne à gauche pour défendre les droits des femmes. Entre les revendications des islamistes et l’égalité des droits, la gauche a choisi de servir les islamistes. En matière de hiérarchie des valeurs elle fait passer la religion avant la liberté de conscience et de pensée. Un renversement qui la sort de la quête de valeurs universelles pour servir une religion particulière. Elle oublie ainsi la leçon de Kamel Daoud qui expliquait que ce morceau d’étoffe était « un enterrement vertical ». Grâce à la gauche aujourd’hui, refuser le voile au nom de la revendication de sa liberté individuelle, c’est être traître à sa culture et à ses ancêtres. Une posture honteuse dans laquelle, au nom du clientélisme électoral, la gauche a abandonné toute honnêteté intellectuelle – pour rester polie. L’un des organes d’influence des Frères musulmans, interdit en France mais réfugié au Belgistan, le CCIE (Collectif Contre l’Islamophobie en Europe) a d’ailleurs salué le discours des écologistes ou de Teddy Riner. Quant à l’ONU, qui devient la voix du Sud global sous influence islamiste, et elle critique comme Amnesty international le choix de l’interdiction en France. Entre les droits des femmes et la soumission à l’islam, ces instances choisissent la contrainte religieuse dans son expression la plus radicale. Les femmes repasseront.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Dominique Besnehard dépose les armes aux pieds de la juge Rousseau

Pour les centristes et les macronistes, le flou reste de mise. Notre trop bavard président étant incapable d’avoir une doctrine sur les sujets véritablement politiques, le silence prévaut. Sauf dans le cas d’Aurore Bergé toujours impeccable sur ces sujets. En revanche la droite a une doctrine en la matière. De Bruno Retailleau à Laurent Wauquiez en passant par David Lisnard, tous sont clairs sur la nécessité de combattre le voile et sur le fait que ce signe est stigmatisant pour les femmes et remet en cause l’égalité des droits. Ils présentent donc un front uni et un diagnostic partagé ce qui augmente leur crédibilité. La droite nationale est, elle aussi, unie sur cette question évidemment.

Cette polémique aura eu le mérite d’éclaircir à la fois l’importance de l’influence des Frères musulmans, l’ampleur de l’entrisme de leur propagande en France et dans le milieu sportif, la domination des éléments de langage islamistes dans les références de la gauche en la matière et la clarification qui s’est imposée à droite. Mais elle montre aussi à quel point notre système politique accepte que soit attaqué sur notre sol un des piliers de notre contrat social, l’égalité en droits, à partir du moment où les femmes sont ciblées. Contester l’égalité au nom de la race entraîne de violents levers de boucliers, le faire au nom du sexe passe crème… En France revendiquer son sexisme est devenu un combat politique acceptable s’il est recouvert du manteau de la liberté religieuse. Un terrible recul civilisationnel.

Silence coupable

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Les belles âmes sont coupables

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Fabien Roussel (ici photographié à Paris en février 2025), leader du Parti communiste français, a affirmé le 25 mars sur CNews que « le racisme anti-blanc ça existe ». Cette déclaration a provoqué la colère des députés insoumis, comme le président de la commission des finances Éric Coquerel, qui lui reproche de « reprendre un concept d'extrême droite sur une chaîne d'extrême droite » © Jeanne Accorsini/SIPA

La Tour Eiffel voilée, un rabbin agressé, un adolescent poignardé, un responsable communiste qui reconnaît l’existence du racisme anti-blanc : la violence se banalise en France, l’antisémitisme y prospère, pendant que ses dirigeants restent passifs, s’inquiète Ivan Rioufol…



Qui a mis la France dans cet état ? Ceux qui sont encore aux commandes. Parce qu’ils restent immobiles, ils sont aussi responsables des agressions qui se suivent et se ressemblent. À Orléans, samedi, un rabbin a été battu physiquement par un jeune musulman. Lundi, lors d’une rixe entre bandes, le jeune Sékou a été poignardé à mort devant son lycée professionnel de Yerres (Essonne). Le même jour, une marque de vêtements islamiques a, sur TikTok, habillé la Tour Eiffel de la tête aux pieds.

Les Juifs ne sont plus en sécurité dans les rues. Les couteaux se banalisent chez les élèves. L’islamisme exhibe ses voiles. En 1999, le journaliste Christian Jelen, aujourd’hui disparu, alertait déjà sur La guerre des rues (Plon) en pointant le lien entre l’immigration et l’insécurité, l’échec de l’intégration, l’inefficacité des « politiques de la ville ». Il dénonçait « la progression des violences scolaires (qui) date du début des années 1980 » et les excuses sociales qui occultent les différences culturelles du Maghreb et de l’Afrique noire. Depuis, tout a empiré. Un exemple : le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) conteste l’invitation faite par le gouvernement israélien à Jordan Bardella et Marion Maréchal, pour intervenir jeudi à Jérusalem dans un colloque sur l’antisémitisme. Bernard-Henri Lévy, en protestation, a annulé sa participation. Mais le Crif, en reproduisant par réflexe un rejet qui se comprenait s’agissant du RN de Jean-Marie Le Pen, n’est plus crédible dans sa protection des Juifs défendus par Marine Le Pen. « Il faut lutter farouchement contre l’antisémitisme », a redit ce mercredi Jean-Philippe Tanguy (RN) sur CNews et Europe 1. À l’image des dirigeants politiques, les institutions juives ne sont plus en phase avec leur base, avec la réalité. Il est vain de se désoler de l’ « antisémitisme d’atmosphère » en continuant à diaboliser ceux qui dénoncent une immigration ouverte à l’islam conquérant et judéophobe.

À lire aussi : Quand l’imposture « antiraciste » attise la haine de la France

En clair : il y en a marre d’entendre les belles âmes se lamenter de situations qu’elles contribuent à consolider en se pliant à des idéologies qui ont démontré leurs nuisances. Autre exemple : depuis lundi, les militantes MeeToo emplissent le prétoire du tribunal correctionnel de Paris pour soutenir l’accusation d’ « agression sexuelle » portée par deux femmes contre Gérard Depardieu, qui a décidé de se défendre contre une « terreur » féministe. Or dans le même temps, MeeToo et la presse de gauche délaissent la cause de Chahinez Daoud. Cette femme a été brûlée vive en 2021 par son mari, Mounir Boutaa, qui comparait devant les assises de la Gironde depuis lundi. L’assassin a tué son épouse parce qu’elle voulait se vêtir à l’occidental et refusait le voile. Il l’avait menacée : « Je vais te renvoyer en Algérie dans un coffre, sale pute ! ». Mais la domination de l’homme sur la femme, prescrite par le Coran, n’est pas un sujet qui intéresse celles qui ne veulent s’en prendre qu’au mâle blanc occidental vu comme un prédateur. Cet aveuglement des féministes sur la condition des femmes musulmanes s’ajoute à celui des anti-racistes qui contestent le racisme anti-Blanc et ne voient rien du nouvel antisémitisme. D’où une première question : pourquoi continuer à prendre ces gens au sérieux ? Seconde question : pourquoi ne pas leur demander réparation de leurs incuries, de leurs fautes ?

Affaire Depardieu: ce que cette époque fait à la masculinité

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Cannes, 1989 © FACELLY/SIPA

L’affaire de Gérard Depardieu ne semble plus relever de la justice. Elle est devenue un vaste champ de bataille…


Je regarde l’affaire Depardieu avec un mélange de malaise, de tristesse et de lucidité. Non pas parce que je veux défendre un homme, une célébrité, ou minimiser les souffrances des femmes qui disent avoir été blessées ou abusées. Mais parce que cette affaire, comme d’autres avant elle, met à nu quelque chose de plus vaste, de plus profond : notre rapport malade au pouvoir, à la masculinité, à la parole, et à la violence.

Un procès qui appelle à la réflexion collective

Gérard Depardieu n’est pas un monstre. Il est un homme, un acteur, un corps vivant et débordant, comme souvent les grands artistes. Il porte en lui l’excès, le désir, parfois la confusion des limites. Il est aussi le produit d’un monde — celui du cinéma, du pouvoir, de l’impunité masculine — qui a trop longtemps toléré des comportements douteux, et parfois inacceptables. Il est à la fois responsable de ses gestes et victime d’un système qui l’a glorifié pour cela. Le problème, ce n’est pas seulement lui. C’est ce que nous avons fait collectivement de cette confusion entre désir et domination, entre séduction et emprise.

Mais ce qui me trouble aujourd’hui, c’est que cette affaire ne semble plus relever de la justice. Elle est devenue un champ de bataille. Depardieu n’est plus un homme à juger, à comprendre, éventuellement à condamner — il est un symbole à abattre. Et ce que je vois dans cette violence, c’est une colère légitime — celle des femmes blessées, méprisées, réduites au silence — qui, dans certains discours féministes contemporains, se transforme en stratégie de prise de pouvoir.

On ne combat plus un abus de pouvoir, on combat la masculinité elle-même.

Or c’est là que je me sens obligé de parler. Car il me semble qu’on oublie une chose essentielle : la masculinité n’est pas la violence. La masculinité n’est pas l’oppression. Elle est une énergie offensive, oui, une force tournée vers l’extérieur, vers le risque, la confrontation, parfois le conflit. Et cette conflictualité-là, cette tension fondatrice de l’humain, elle existe aussi dans le registre du désir et de la séduction.

Bug de civilisation

Il faut oser le dire : la drague masculine est souvent offensive. Elle est directe, parfois maladroite, parfois insistante. Ce n’est pas un bug de civilisation, c’est une donnée anthropologique. Depuis toujours, les codes du jeu amoureux sont asymétriques, et cela ne fait pas de chaque homme un prédateur. Le désir n’est pas toujours poli. Il bouscule, il s’expose, il prend des risques — et c’est là, justement, qu’il devient humain.

Mais c’est aussi là que le basculement peut survenir : quand cette énergie devient abus de pouvoir. Et c’est cela qu’il faut nommer, distinguer, combattre. Pas l’offensive du désir, mais l’emprise du pouvoir. Pas la masculinité en tant que telle, mais ce qu’un certain patriarcat a fait de la relation : une structure de domination, souvent invisible, où l’autre devient un objet, un territoire, une proie.

Ce glissement est fondamental. Car ce n’est pas la virilité qu’il faut effacer, ni la séduction qu’il faut aseptiser, mais l’abus de pouvoir dans toutes ses formes. Et cela dépasse largement la question des sexes. Le pouvoir se prend, se garde, s’impose dans tous les espaces : au travail, en politique, dans les familles, dans les milieux culturels. Il écrase, invisibilise, humilie — parfois sans bruit. Et il n’est pas toujours masculin.

A relire: Fanny Ardant: «Je n’ai jamais voulu être une victime»

Je vois aujourd’hui dans une certaine frange du féminisme une tentation de purger l’espace public de toute forme d’ambiguïté, de tension, de complexité. Tout ce qui peut ressembler à une prise de pouvoir — même dans la séduction, même dans le langage — est immédiatement assimilé à une agression. On ne distingue plus l’offensive de la violence. Et c’est une catastrophe anthropologique.

Car la relation entre les sexes, depuis toujours, est traversée de tensions, de désirs, d’inégalités, de malentendus. Ce n’est pas une guerre. C’est une danse difficile, parfois maladroite, parfois injuste. Mais cette danse exige qu’on accepte la part conflictuelle de la rencontre humaine. Qu’on accepte de se heurter, de se chercher, de s’opposer. Pas pour dominer, mais pour créer du lien, du vrai.

Je ne dis pas que tout est acceptable. Je ne dis pas que les femmes doivent supporter des gestes ou des mots qui les blessent. Mais je dis que le monde ne se réparera pas en supprimant le masculin, en l’aseptisant, en le condamnant en bloc. Ce que nous devons combattre, c’est l’abus de pouvoir — dans toutes ses formes, qu’il soit sexuel, économique, institutionnel, ou symbolique. Et cela vaut pour les hommes, mais aussi pour les femmes. Car le pouvoir corrompt tout le monde, pas seulement les hommes.

La parole des femmes n’est pas supérieure à la parole des hommes

Je veux vivre dans un monde où la parole des femmes est entendue. Mais je veux aussi vivre dans un monde où les hommes ne sont pas réduits au silence par peur d’être mal interprétés. Où l’on peut dire « je désire », « je conteste », « je m’oppose », sans être accusé de violence.

Depardieu, qu’on le veuille ou non, nous force à penser tout cela. Il est le miroir grossissant de notre époque : celle qui ne supporte plus l’ambiguïté, qui préfère l’élimination à la réparation, la pureté morale à la complexité humaine. Et si nous n’apprenons pas à regarder ce miroir, nous continuerons à produire des figures d’exclusion, à gauche comme à droite, chez les hommes comme chez les femmes.

Il est temps de reconstruire une culture du lien. Une culture du masculin non-violent mais pas castré. Une culture de la parole libre mais responsable. Une culture où le conflit n’est pas évité, mais traversé, ensemble.

Sinon, nous serons tous perdants (et les gagnants seront ceux qui voudront  nous imposer un patriarcat régressif et violent).

Ras-le-bol de tapiner pour l’État !

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Assurance maladie, CAF, Urssaf… Autant de symboles des charges écrasantes qui pèsent sur les entrepreneurs pour alimenter un État insatiable © Michel Gile/SIPA

Notre pays n’est pas un paradis néolibéral mais un enfer collectiviste. La classe politique ne comprend rien à l’économie et se repose sur un secteur privé exsangue pour entretenir un État qui ne regarde pas à la dépense. Entre déni du réel et aveuglement idéologique, nos gouvernants ne sont pas près d’inverser la tendance.


On en parle peu, mais l’économie française va mal et même très mal. Carnet de commandes en berne, manque de visibilité, instabilité gouvernementale, dette abyssale, tout concourt à tuer la confiance et à nous plonger dans la récession. Résultat, une stagnation voire une baisse du niveau de vie : aux États-Unis, il est, pour le même poste de travail, supérieur de 40 %.

Une classe politique déconnectée des réalités économiques

Face à ce désastre, patrons et entrepreneurs observent les errances d’une classe politique qui de toute évidence ne comprend rien à l’économie. La plupart n’ont jamais eu qu’à dépenser des budgets qui tombaient du ciel, ils n’ont jamais gagné d’argent. La panoplie d’impôts imaginés par l’extrême gauche en dit long sur ce monde qui évoque l’Ancien Régime. Bien au chaud à Paris, cette aristocratie dépense et répartit 60 % des richesses créées par le travail des combattants des tranchées. Autrement dit, le secteur privé doit cravacher pour fournir les recettes que dépenseront les donneurs de leçons de morale.

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Sur 100 euros facturés par une entreprise, l’État au sens large (incluant la Sécurité sociale) ponctionne 60 à 70 euros, entre charges sociales, TVA, taxes, IS. Et le salaire net de l’employé sera lui aussi taxé par la TVA et ses impôts (habitation, foncier, revenu). L’État a faim, très faim. En quarante ans, il est devenu un obèse tentaculaire en roue libre vers son probable AVC.

Au final, les patrons et leurs salariés sont les plus sociaux des acteurs économiques : combien de RSA, de lits d’hôpital, de feuilles de soins leurs entreprises payent-elles ?

En somme, ils sont des hauts fonctionnaires qui rapportent versus ceux qui dépensent.

Un État qui vampirise le secteur privé

Et pourtant, certains prétendent sans rire que la France est un paradis néolibéral. En réalité, elle s’apparente de plus en plus à un pays collectiviste qui sombre à petit feu en dévorant les restes de son secteur privé.

L’État est le proxénète des patrons. Nous tapinons pour payer ses folies. Les millions de salariés du privé sont obligés d’être hyperproductifs pour satisfaire l’appétit dément de l’ogre étatique, véritables « serfs » d’une oligarchie qui vit sur la bête – sureffectifs, budgets associatifs à la limite du clientélisme, médias étatiques subventionnés, agences publiques présentes à tous les étages du millefeuille territorial. Le nombre de burn-out n’explose pas pour rien.

En ce cas, dira-t-on, pourquoi les patrons ne descendent-ils pas dans l’arène politique ? C’est simple : ils n’ont pas le temps. Travailler cinquante à soixante heures par semaine leur permet à peine de payer leur mac.

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De surcroît, au lieu de dessiller les citoyens pour qu’enfin la restructuration en profondeur du pays soit engagée, les gouvernants se complaisent dans le déni, refusant avec constance toute évaluation des politiques menées. Le plus bel exemple de mensonge d’État par omission réside dans la présentation de la dette, toujours rapportée au PIB, comme si cette dette avait été contractée par les entreprises, alors qu’elle est constituée par le déficit de l’État (et de ses proxys). Ainsi, quand on affirme que la dette représente 5 % du PIB, toute personne vivant dans la vraie vie, qui sait ce qu’est un déficit, pense naturellement que les recettes de l’État sont inférieures de 5 % à ses dépenses. Si on compare le déficit public au budget et non pas au PIB, on découvre que, depuis des années, il oscille entre 20 et 25 %.

Un peu comme si un foyer dépensait 4 000 euros en gagnant 3 000 euros par mois

Une impasse économique inéluctable

Ainsi, en 2025, le budget prévisionnel[1]  annonce 545 milliards de recettes contre 686 milliards de dépenses, le différentiel étant de 141 milliards, soit 25 %. On comprend mieux l’explosion de la dette depuis quarante ans. Notre État est un vrai junky (140 milliards de doses sur une seule année). Les marchés financiers lui fournissent sa came tous les dix ou quinze jours.

Un particulier ou une entreprise qui gérerait aussi mal ses finances déposerait son bilan et serait interdit de gestion…

Comment expliquer par ailleurs que tant de gens éduqués, intelligents et parfaitement conscients de la catastrophe manquent à ce point de courage ? L’une des raisons est sans doute que les caractères trempés ne vont plus vers la politique. Elle attire plutôt les « offusqués » de profession, comme ces syndicalistes lycéens puis étudiants qui deviennent députés ou syndicalistes et font le commerce des promesses, additionnées d’une bonne soupe de moraline : l’enfer qu’ils ont créé est pavé de bonnes intentions – dites « humanistes » ou « progressistes ».

Qu’on ne compte pas sur l’université pour les déniaiser. Sandrine Rousseau a été enseignante-chercheuse en économie et vice-présidente de l’université de Lille, c’est dire. Les théories absurdes enseignées aux étudiants qui deviennent professeurs, deviennent ensuite la pensée dominante qui valide les théories, qui brodent autour d’une certitude de fer : « le privé c’est mal, le public c’est bien ». « La dépense publique crée du bonheur », dit Mélenchon.

L’idéologie continuera à gouverner tandis que les entrepreneurs continueront à se colleter à la réalité. Dans le vrai monde, celui des entreprises, on ne peut pas se payer de mots. On doit chercher ce qui marche. Exemple, on sait que le CESE (Conseil économique, social et environnemental) ne sert à rien, sinon à récompenser quelques amis, et coûte 50 millions par an. Un patron – ou un véritable homme d’État – fermerait ce machin en trois à six mois. Et il existe des centaines de structures, comités, agences tout aussi inutiles.

Pour retrouver le moral, les patrons et les salariés du privé ont besoin de savoir que le courage est de retour au sommet de l’État. Ils ne vont pas continuer à trimer pour que leur travail soit ruiné par le sabotage public. Certains partiront, la plupart resteront mais baisseront les bras, et géreront la décroissance tant souhaitée par certains pour tenir quelques années avant de voir les entreprises, puis l’économie et les services publics s’écrouler sous le regard ahuri de l’ogre et des donneurs de leçons. Le FMI débarquera, et nous serons tous pauvres et égaux.

*Je ne signe pas de mon nom car la démocratie est attaquée depuis des années par l’hégémonie de l’extrême gauche dans la justice, une partie des médias, beaucoup de facultés et dans bien des corps d’État : je serais rapidement désigné comme cible et socialement exécuté. Nous vivons un peu comme dans l’Europe de l’Est racontée par Kundera.


[1] Source : www.budget.gouv.fr/budget-etat.

Candide au théâtre : des raisons d’être… optimiste

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© Pascal Gely

Candide ou l’Optimisme, de Voltaire au Théâtre de Poche-Montparnasse, un spectacle d’une heure quarante tourbillonnant.


Il y a une raison toute simple et – apparemment – paradoxale qui fait que nombreux sont ceux qui renoncent à aller au théâtre : la pléthore des propositions – et l’embarras du choix subséquent (nous parlons de Paris – mais non seulement). D’où que l’on se permette d’intervenir, parfois, pour signaler un spectacle, une mise en scène, qui valent le déplacement. Le dépaysement. Le voyage.

Prenez Candide ou l’Optimisme, de Voltaire, mis en scène et adapté par Didier Long au Théâtre de Poche, en ce moment. Fidèle à sa tradition – puisqu’elle l’est devenue – le Théâtre des Tesson fait revivre des écrivains, hommes et femmes (Montaigne et Rabelais, Yourcenar et Sagan, Anouilh et Dumas, etc.) – et des textes. Il les donne à entendre, et à vivre. C’est une « alternative » joyeuse à une autre activité très joyeuse : la lecture. La position est la même – nous sommes assis. Mais l’effet est différent – comme la fin : nous avons bien remarqué qu’il y a peu d’applaudissements lorsqu’on quitte sa table de travail après avoir lu et écrit pendant six heures.

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Nous n’avions pas lu Candide depuis bien longtemps. Nous sommes donc allé voir le Candide de Didier Long – pour en ranimer le souvenir, entendre ce que le texte était devenu. Et c’est un ravissement. Nous avions oublié comme Candide est drôle, impertinent, substantiel, iconoclaste. Ah ! cette démonstration-raisonnement imparable de Pangloss : « Toute chose a sa raison d’être qui est nécessairement la meilleure qui soit. Remarquez bien que les nez ont été fait d’une forme à porter des lunettes : aussi avons-nous des lunettes. »

Les rires fusaient, d’ailleurs, pendant la représentation qu’honorent l’énergie et l’allant de chacun de trois comédiens – Charles Templon, Sylvain Katan, Cassandre Vittu de Kerraoul (qui incarnent Candide, Pangloss et Cunégonde – mais qui savent apparaître grimés ou déguisés pour les autres silhouettes du conte philosophique).

Une heure quarante trépidante, virevoltante, qui donne (certes) envie de cultiver son jardin – sans renoncer nécessairement, pardon Voltaire, aux curiosités philosophiques, voire métaphysiques. Ni au théâtre, donc. Et c’est ainsi que Voltaire est grand.


Candide ou l’Optimisme, de Voltaire. Mise en scène et adaptation de Didier Long. Avec Charles Templon, Sylvain Katan, Cassandre Vittu de Kerraoul. Théâtre de Poche-Montparnasse, Paris VI. Du mardi au samedi à 21H, dimanche 17H.

Et toujours : Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés, de François Kasbi, Éditions de Paris-Max Chaleil – à propos de 600 écrivains, femmes et hommes, de France et d’ailleurs.