Accueil Site Page 2440

Le Front de gauche va mieux, merci Hollande !

188

melenchon laurent front gauche

Le Front de gauche va mieux : il n’est pas allé au cimetière à pied. En tout cas, il va un peu mieux.  Pour commencer, Pierre Laurent, secrétaire national du Parti Communiste et Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche se sont rencontrés le 17 janvier dans un restaurant des Buttes-Chaumont. Un restaurant, quand il y a de l’eau dans le gaz dans un couple, ce n’est pas une mauvaise idée, ça permet de se retrouver ailleurs et se rappeler pourquoi on s’aime, au fond, malgré les vicissitudes du quotidien. De toute manière, il était inconcevable de se rencontrer Place du Colonel-Fabien, chez les communistes. Mélenchon n’aurait pas voulu, et il était déjà assez énervé comme ça. Ensuite, autre signe de convalescence, le groupe Front de Gauche à l’Assemblée Nationale va refuser comme un seul homme de voter la confiance au gouvernement sur le « pacte de responsabilité ».

Il faut inlassablement rappeler parce que ce ne sont pas les médias qui feront de la pédagogie là-dessus car c’est moins sexy que Julie Gayet,  que le Front de gauche n’est pas un parti, c’est une alliance électorale portée par un programme commun, L’Humain d’abord, toujours disponible chez Librio au prix de 2 euros.

Je précise ça pour les curieux ou les adorateurs de Tina (There is no alternative), qui pensent qu’il n’y a pas d’idées et de propositions autres que celles d’une soumission définitive et sans conditions au libéralisme et à l’Europe, telle qu’elle ne se construit pas.

Si l’idée un peu folle vous en prenez, vous ne pourriez  pas adhérer directement au Front de gauche. Il faudrait choisir entre le PCF de Pierre Laurent, le PG de Mélenchon, Ensemble de Clémentine Autain, Gauche Unitaire de Christian Picquet et quelques autres organisations issues de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui la gauche radicale.

Cela peut paraître compliqué, voire ridicule, cette galaxie d’organisations. C’est que contrairement aux simplifications médiatiques, les idées du Front de Gauche ne sont pas des éructations tribuniciennes, que chaque mouvement a son histoire propre, sa culture. Pour aller vite, cette propension à la scissiparité à la gauche de la gauche (« deux trotskistes, trois tendances ») qu’il est de bon ton de railler est surtout la preuve que pour les militants des organisations en question, les idées sont plus importantes que les éventuels succès électoraux et qu’il vaut mieux perdre des élections que son âme. Quand on a un corpus idéologique solide, on préfère rompre que de rester ensemble pour de mauvaises raisons, comme ces couples, justement, qui ne vont plus au restaurant en amoureux mais font semblant à cause des enfants. Par exemple, ce n’est pas au Front de gauche, que l’on trouvera un François Bayrou qui a appelé à voter Hollande en 2012 et accepte le soutien de Jean-François Copé pour conquérir la mairie de Pau en 2014.

Autre  rappel utile, Mélenchon n’est pas le chef du Front de gauche. Il en a été le candidat pour l’élection présidentielle. Le problème, quand on est dans une Vème république où l’on continue de croire, par une forme de pensée magique, que la présidentielle, c’est la « rencontre du peuple et d’un homme », il est difficile de ne pas procéder à l’identification des deux. C’est bien pour cela que le Front de gauche souhaite une VIème république où le Parlement retrouverait un rôle prééminent et où un homme seul cesserait de compter davantage que les idées qu’il porte. En plus, ça éviterait aux citoyens-électeurs ces éternelles désillusions devant les trahisons du Président qui oublie son programme à peine élu au nom du principe de réalité, ou de que l’on nous présente comme la réalité. Dernier exemple en date, la conférence de presse de François Hollande, le 14 janvier, qui a dû faire hurler de plaisir le FN tant cela confirme ses propos sur « l’UMPS ».

Pourquoi le Front de gauche allait moins bien ces derniers temps ? À cause des élections municipales. Alors que le but du Front de gauche est de créer une force autonome sur la gauche du PS et, à terme, de le dépasser comme en Grèce où Syrisa a renvoyé le PASOK au rôle de supplétif de la droite pour devenir la première force de gauche.

En France, on en est loin, c’est le moins qu’on puisse dire. Alors que le PG de Mélenchon qui est un parti récent refuse tout accord avec le PS, le PCF qui dispose encore de nombreux maires et élus dans de vieilles alliances locales avec les socialistes, a décidé dans certains cas de les reconduire. Et notamment à Paris, ce qui a mis en fureur Mélenchon. Paris est le centre du monde, dans tous les domaines, et pour la gauche de la gauche aussi. Peu importe que dans de nombreuses villes, y compris des grandes comme à Lille, le PCF ait rompu avec le PS, l’exemple de Paris fait tâche. Que le PCF ait voulu sauver des élus, c’est évident. Il faut le comprendre aussi, le PCF : grâce au Front de Gauche et à la belle campagne de 2012, il a retrouvé des couleurs, une audience et des adhésions mais depuis 2008, date de la création du FDG, malgré les jolis scores aux Européennes et aux Régionales de 2009 et 2010, il a quand même perdu des sièges car en bon camarade, il a partagé les places avec ses nouveaux copains.

Pierre Laurent a donc estimé assez sagement pour ces municipales que s’il y avait une stratégie nationale d’opposition à la politique de François Hollande, il n’était pas inutile parfois de « rassembler les forces de gauche pour mettre en œuvre, au plan local, des politiques utiles aux populations». Pragmatisme et dialectique, sans doute, mais on sait que ceux qui ont les mains trop blanches n’ont plus de mains.

Jean-Luc Mélenchon a assez mal pris la chose. Il faut le comprendre, lui aussi. Il se voyait déjà en haut de l’affiche, « en dix fois plus gros que n’importe qui son nom s’étalait ». C’est le syndrome Vème république, encore une fois. Ayant instrumentalisé les médias autant qu’ils l’ont instrumentalisé, Mélenchon a oublié les sages paroles de l’Internationale « Il n’est pas de sauveur suprême. » Il a par exemple fait un très gros caprice mal compris de ses propres militants, en décembre, lors du congrès du PGE (parti de la gauche européenne) à Madrid dont Pierre Laurent a été réélu président. Il a refusé de prendre part au vote et a décidé de se mettre en congé du PGE. Là, on a vraiment cru que c’était la fin.
Et puis le ton s’est radouci, de plus en plus, jusqu’à cette rencontre des Buttes Chaumont dont tout le monde est ressorti raisonnablement optimiste. C’est que personne, au Front de gauche, n’a intérêt à voir disparaître cette alliance. Pour des raisons pratiques : aucune chance de retrouver cinq députés européens en mai si tout le monde part sur des listes séparées et aussi, plus nobles, pour des raisons politiques : l’union est le seul moyen, même si c’est difficile, de concurrencer le Front National qui a siphonné le programme du Front de gauche en le pimentant avec ces vieilles épices démagogiques que sont l’immigration et la sécurité, ou plutôt le sécuritarisme.

Le Front de gauche peut aussi dire merci à François Hollande. La conférence de presse présidentielle a montré que les électeurs de gauche, y compris une bonne partie des socialistes, étaient orphelins et que la place existait pour ce que Mélenchon a appelé une « opposition de gauche. »
Et une opposition de gauche, par les temps qui courent, ce n’est pas du luxe face à un autre programme commun économique, celui qui est partagé par les socialistes et l’UMP dont on voudrait nous faire croire que la seule qui le refuse est Marine Le Pen.

*Photo : F.LEPAGE/SIPA/SIPA. 00658897_000007.

Edouard Martin, BFM TV, Mc Donald’s…

philippot bfm droite

Vas-y Edouard !

Cher Édouard Martin, ta décision d’être tête de liste PS dans le Grand Est aux élections européennes du printemps 2014 a provoqué un énorme scandale. Sans doute parce que c’est la bonne.[access capability= »lire_inedits »] La vie politique a besoin de gens comme toi, qui se souviennent de ce qu’est la « valeur travail ». Ce sera un grand bien que tu portes cette science oubliée dans les lieux politiques.

Dans la « restructuration » de Florange, toi et tes camarades n’aurez jamais lâché la proie pour l’ombre : 600 salariés sont recasés, et il n’en reste que 13 sur le carreau, dont tu promets que tu ne les lâcheras jamais. Peu de sites fermés peuvent se féliciter d’un tel sauvetage.

Tu as su, à l’égard du politique, incarner une liberté de parole récusant toute forme de tutelle, conformément à la Charte d’Amiens. Ce qui n’est pas sans mérite, surtout quand la gauche, s’identifiant un peu trop facilement au peuple, persiste à voir le syndicalisme comme une force d’appoint. Tu as donc réussi à faire sortir le PS de son esprit de clan habituel : bel exploit !

Tu veux maintenant défendre le travail et l’emploi à l’échelle européenne. Tu as démissionné de tes mandats mais gardé ta carte CFDT. Ce faisant, tu ne mélanges pas les rôles et tu maintiens le sens de ton combat. Tu ne t’es pas encarté au PS et tu as invoqué ta liberté de parole. Au passage, tu as très bien fait de rappeler que tu n’étais pas allé te faire adouber à l’Élysée.

Le remue-ménage suscité par ton choix nous en dit beaucoup sur les blocages français – et sur tes copains de FO et de la CGT qui ne voient dans ton investissement politique qu’une trahison. Cette haine prend sa source dans un certain syndicalisme nostalgique de la révolution, qui considère toute organisation réformiste comme l’allié objectif du capital. Tu aurais choisi de t’engager chez Mélenchon que tu n’aurais pas subi la même haine. Côté PS, il te faudra tout de même rester vigilant.

Finalement, si c’est par toi que le scandale arrive, c’est qu’on avait oublié que la fonction de la politique est de donner du sens à la Cité.

Bon vent, Édouard.

Henri Vacquin, sociologue du travail

 

Capitalisme punk

Vous pensez que l’Etat doit protéger tout le monde contre tout le monde ? Dans ce cas, oubliez Edmund Phelps. Ce lauréat du prix Nobel d’économie 2006 vient de publier Mass Flourishing (Prospérité de masse, Princeton University Press). Il y explique sans chichis que l’idéologie mussolinienne est la matrice de nos corporatismes. Le Duce prônait une forte imposition du capital, la cogestion des entreprises et le salaire minimum, toutes idées qui lui ont manifestement survécu.

En Europe, les pays les plus corporatistes sont l’Italie, l’Espagne et la France, cette dernière ayant en outre le triste privilège d’être la nation qui a le taux le plus bas de satisfaction au travail et celle où la Edmund Phelps tient en quelques mots : on oublie les politiques de prévention, de précaution et de préservation des acquis. Et on leur substitue des politiques valorisant les défis, les passions, les risques, l’individualisme, bref le goût de l’aventure.

Vous aurez compris qu’Edmund Phelps est adepte d’un capitalisme punk, résolument hostile à l’ordre établi. Il n’a aucune chance d’être entendu en France, sauf peut- être pour l’une de ses propositions : exiger des parlementaires qu’ils fassent des stages dans l’économie privée afin de prendre la mesure des obstacles étatiques à l’innovation, ainsi que des méfaits des déficits, des dettes publiques et des réglementations abusives.

On sait que Fleur Pellerin pense, tout comme Phelps, que l’innovation est le moteur ultime de la prospérité économique. Si elle n’a pas encore lu son dernier livre, je me ferai un plaisir de le lui offrir, autour d’une coupe, au Flore…

Roland Jaccard

 

BFN TV ?

À entendre certains commentateurs politiques, on croirait que les barbares ne sont plus seulement à  nos portes : Ils se sont installés en douce au cœur de nos maisons, via le petit écran. Les « chaînes d’info », comme on dit, au premier rang desquelles BFM TV et iTélé, sont accusées depuis quelque temps de « faire le jeu du Front national » en lui tendant simplement leurs micros.

L’orage a éclaté au lendemain de la victoire anecdotique du parti de Marine Le Pen à l’élection cantonale de Brignoles, le 13 octobre. L’injonction qui est faite à ces médias apparemment puissants dans la fabrication du sentiment populaire est contradictoire. Les jours qui précédaient le second tour du scrutin, il semble que nul organe de presse ne se soit privé de l’évoquer, qui parlant d’un « test », qui invoquant le « dernier rempart du front républicain ».

Hélas, c’est Laurent Lopez, du Front national, qui l’a emporté. Il eût alors fallu, pour nos chaînes d’info, taire ce que l’on ne pouvait dire. Il eût fallu qu’elles ne couvrissent pas cet événement, fabriqué de toutes pièces par la presse en général. Pile, je gagne, face, tu perds.

Le ton s’est envenimé encore quand, quelques jours plus tard, le Parti socialiste a accusé lesdites chaînes d’avoir mis sur le même plan la déclaration de François Hollande à propos de Leonarda et la réponse de la pauvre adolescente kosovare. À gauche, on dénonce donc maintenant la dictature de l’urgence, le parti pris du spectacle, de l’information non traitée mais rabâchée, qui prévalent dans ces chaînes, notamment à « BFN TV », jeu de mots qui fait fureur ces temps-ci dans le Landerneau socialiste.

On ne se souvient pas que ces prudes aient déjà pesté contre France Info qui, depuis vingt-cinq ans, pratique le même maelström. Mais il est vrai que chez Radio France, on est entre soi, c’est-à-dire de gauche. La profondeur du raisonnement le rend implacable. La démocratie, c’est mieux quand il y en a qui savent ce qu’il faut savoir. Pour le reste, tu comprendras quand tu seras grand.

Jacques de Guillebon

 

Vade retro platanas!

Depuis quelques mois, un psychodrame insoutenable se joue à Angers : la mairie plante des « arbres de la laïcité » que des individus malveillants s’empressent de décapiter sauvagement. Le gang des bûcherons (farceurs ? laïcophobes ? trafiquants de bois de chauffage ?) agit de nuit, et fait régner la terreur dans la communauté très soudée des arbres de la laïcité de toute la région.

Peut-être vous demandez-vous ce qu’est un « arbre de la laïcité ». Eh bien, c’est très simple : un végétal très proche de l’arbre commun, voire vulgaire, se composant de racines, d’un tronc, de branches et de feuilles mortes qu’on ramasse à la pelle… Mais ce qui le distingue des arbres vulgaires, c’est qu’on le plante pour commémorer la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l’État.

Il fait partie d’une forêt de symboles, comme disait le poète, et la République lui voue un culte païen qui ne faiblit pas. C’est pour cette raison que le maire socialiste d’Angers, Frédéric Béaste, a récemment exprimé sa « tristesse » et son « désarroi » après la décapitation de l’arbre de la laïcité de sa ville, accusant le ou les auteurs de mener  « une sorte de guérilla antirépublicaine à la petite semaine ». L’édile, désespéré, a rappelé à cette occasion qu’un précédent arbre du même métal avait subi un sort comparable au début du mois de novembre. Ces attentats antisylvestres « soulèvent l’indignation » nous apprend Ouest-France. Les élus et les habitants se sont « mobilisés pour la République ». Une nouvelle plainte a été déposée. « La République est plus forte que la haine », a déclaré un conseiller régional lors d’une manifestation qui a eu lieu au pied de la souche sciée.

Tant d’émotion nous fait vibrer, mais pose une question : et si les républicains étaient devenus plus sensibles aux symboles de la laïcité qu’à la laïcité elle-même ? Aux « arbres de la laïcité » qu’à ce qui la met en péril ? Qu’importe, pourvu que justice soit faite et les coupables pendus à la plus haute branche du prochain arbre…

François-Xavier Avajon

 

Vivre ensemble, mais manger entre soi…

Amateurs de Big Mac, allez bâfrer ailleurs : les habitants de la rue Montorgueil (Paris 2e) viennent d’obtenir l’annulation d’un projet d’implantation de McDo en bas de chez eux. Saisie par le maire EELV de l’arrondissement et par un comité de défense ad hoc, la Mairie de Paris a fini par annuler le projet, pourtant déposé et bouclé dans les règles. Motif invoqué : la « protection de l’artisanat et du commerce de proximité à Paris, prévue par le plan local d’urbanisme de la capitale ».

On est content pour les riverains, mais on rigole sous cape. Car quiconque connaît un peu le quartier – incontestablement le plus bobo de la capitale – a du mal à croire que le commerce de bouche aurait été mis en danger par cette implantation. Menacé par les donuts, le fabuleux Ali Baba de chez Stohrer, arrosé de rhum, of course, mais en sus garni de crème pâtissière et de raisins secs de Corinthe, que l’on sert au 51 de la rue depuis le règne de Louis XV ? Concurrencés par les nuggets, les succulents gastéropodes bourguignons au persil plat et curry de madras, de L’Escargot (au n° 38), dont raffolait Yves Saint Laurent ? Asséchés par une déferlante de Coca light, les daïquiris de Mi Cayito, l’excellent restaurant cubain de la contigüe rue Marie-Stuart ?

Alors, pourquoi tant de haine ? On n’ose imaginer que ce n’est pas seulement le fast-food qui a horrifié les riverains, mais aussi la population supposée s’y adonner. Jusqu’à présent, le RER déverse par milliers les banlieusards accros au McDo, Quick et autres KFC dans le tout proche quartier des Halles. Aurait-on craint que ces hordes de malbouffeurs viennent troubler l’ambiance so cosy d’un quartier Montorgueil rendu inhabitable par le bruit (de la foule) et l’odeur (de friture) ?

En tout cas, l’alerte était si chaude que la gauche n’a pas hésité à s’allier avec les élus UMP du coin, réputés pourtant fort droitiers. Mais bon, ce n’est pas moi qui irais moquer les alliances de circonstance, car me voilà pris en flagrant délit de défense de McDo alors que j’ai toujours été un partisan exclusif de Burger King…

Marc Cohen[/access]

Le racisme anti-blancs existe

14

racisme anti blancs licra

La cour d’appel de Paris a rendu mardi 21 janvier sa décision dans l’affaire de l’agression du RER D dite du « racisme anti-blancs », survenue en 2010.

Alourdissant d’une année la peine de 3 ans de prison prononcée en première instance contre Arnaud Djender, reconnu coupable de violences volontaires, la cour d’Appel a en outre retenu la circonstance aggravante de racisme (anti-blancs) qui avait été écartée par le tribunal correctionnel en juin 2013.

La Cour a suivi les réquisitions de l’Avocat Général et admis la recevabilité de la circonstance aggravante de racisme soulevée par la LICRA, partie civile à l’audience.

Les faits remontent à septembre 2010.  À 6 heures du matin, Terrence Cheval, la victime âgée d’une vingtaine d’années, descend dans le métro à la station Strasbourg Saint Denis et se retrouve impliquée dans une bagarre qui dégénère. Il est alors battu par deux individus. Au cours de la rixe, des  agents de la RATP témoins des faits affirment avoir entendu le comparse de l’accusé (que l’on n’a jamais retrouvé)  traiter la victime de « sale blanc,  sale français » et « Gawerer » (qui signifie sale français en arabe, ndlr).  Arnaud Djender a toujours admis avoir battu et défiguré Terrence Cheval. Il  ni  en revanche  avoir insulté la victime, ce que les bandes vidéo n’ont pas permis de confirmer ou d’infirmer.

La question à laquelle devait répondre la Cour était  de savoir si une insulte du type « sale blanc, sale français » pouvait constituer une circonstance aggravante de racisme ; en d’autres termes, si le racisme pouvait concerner  les blancs. Le tribunal correctionnel avait rejeté cette demande des parties civiles

Mais la cour d’appel, contre toute attente,  s’est ralliée aux demandes du Ministère Public, et a reconnu la notion de racisme anti-blancs. L’avocat de la LICRA, Me Mario-Pierre Stasi, voit « une vérité judiciaire » dans la reconnaissance de « ce racisme au même titre que d’autres racismes, indépendamment de sa couleur de peau. »

« Indépendamment de la couleur de peau de qui ? », devrait-on alors demander au président de la commission juridique de la LICRA. Car si la notion même de racisme anti-blancs ne va pas de soi, il se trouve qu’en l’espèce Arnaud Djender est lui même blanc. C’est précisément ce qu’a souligné dés le début des débats son avocat, Me Grégoire Etrillard, pour écarter d’emblée toute accusation de racisme envers son client. Comment peut-on être raciste envers un blanc quand on l’est soi même ? Impensable selon son conseil.

La LICRA, refusant « d’ethniciser » le débat et de remettre en cause cette blancheur de peau revendiquée, s’est attachée à démontrer simplement que l’accusé a participé à l’agression «  en ayant pleinement conscience de la motivation raciste du coauteur », qui lui est métis. Car si Arnaud Djender s’avère blanc de peau, il est en fait d’origine kabyle et s’est décrit comme de « type arabe » lors des premiers interrogatoires devant le juge d’instruction, avant de se rétracter  à l’audience.

Pour Grégoire Etrillard, il s’agit « d’une  erreur de fait, car on aggrave la peine de (son) client pour des paroles qu’il n’a pas prononcées, doublée d’une erreur de droit, car on crée une complicité de circonstance aggravante de racisme ».  « Ce procès a été monté en épingle, la Justice doit revenir à sa juste proportion et juger Arnaud Djender pour ce qu’il a fait, pas  pour nourrir un débat de société », explique-t-il.

L’avocat envisage de se pourvoir en cassation. À suivre…

*Photo : 4alexandre.

Pas la peine d’attendre la social-démocratie au tournant

20

Question à 1000 Euros : les dernières conférences de presse du Président ont-elles été éclipsées par le Closergate ou ses annonces économiques furent-elles autant de paravents pour faire oublier la rue du Cirque?

De l’avis de la presse mondiale, la très pudique presse française a mollement cherché à savoir qui est aujourd’hui la « Première Dame ». Et en guise de réponse elle n’a obtenu qu’une énième pacte de responsabilité

La droite non plus n’a pas voulu se compromettre dans la « politique-caniveau ». Elle a oscillé entre le « chiche » un peu moqueur de Raffarin et l’attitude complètement désabusée d’un Jean-François Copé. On peut la comprendre. Hormis Pierre Gattaz, qui peut prendre au sérieux un tel tour de passe-passe ? Ce dernier prend pour argent comptant l’allègement des charges familiales pour les entreprises.

Or on parle déjà de l’arrêt du CICE, entré en vigueur depuis quelques jours et que personne ne comprend. Côté PS, on fait miroiter de sérieuses contreparties alors qu’il s’agit simplement de recycler ce crédit d’impôt déjà inefficace et, d’une pierre deux coups, de faire oublier les événements que vous savez.

De quoi donner du grain à moudre aux éditorialistes… Jean-Marc Ayrault, au bord de la démission en décembre après l’affaire du rapport sur l’intégration, avait utilisé le même procédé. Les médias avaient salué une courageuse initiative: la « remise à plat » de la fiscalité française. Tout un programme!

On sait qu’il n’en fut rien. Et Jean-Marc Ayrault est toujours là.

Marquée par le précédent Mauroy de 1983, la presse attend le « tournant social-démocrate » comme le Messie. Mais il n’aura pas lieu en 2014 ni en 2015 puisqu’il a déjà été pris… en 2011 sans connaître, bien sûr, d’interruption en 2012.

Fédéralisme, une chance pour les patries?

rubik cube europe

Par un hasard étonnant – l’un de ces hasards qui peuvent transformer les « périodes » en « époques », selon la célèbre distinction de Péguy –, il nous est donné de vivre l’épuisement concomitant du « modèle français » et du processus d’intégration européenne. L’un et l’autre nés sur les décombres de la Seconde Guerre mondiale, l’un et l’autre servis par la conjoncture heureuse des Trente Glorieuses, l’un et l’autre ébranlés par le basculement du monde consécutif à la fin de l’ex-URSS et l’accélération d’une mondialisation qui tend le flambeau de la puissance à d’autres, ils sortent laminés par cinq années d’une « crise » qu’il faudrait savoir nommer autrement tant elle dure.

Le « modèle français » craque en effet, et il craque sous ses deux espèces[access capability= »lire_inedits »] : sous l’espèce politique, le modèle national-républicain ne remplit plus ses promesses d’égalité et d’intégration ; sous l’espèce économique, le modèle social épuise l’appareil productif et fragilise toujours davantage l’environnement de l’individu qu’il prétend protéger. Le « modèle français » se réduit dans les faits à une interminable extension du domaine de l’État : un État omnipotent, tentaculaire et dévorateur, qui se regarde comme seul défenseur légitime d’un « intérêt général » de moins en moins évident, qui étouffe, gendarme ou encadre toute expression politique ou sociale qui lui échapperait, qui « régente plutôt qu’il ne règne », selon la subtile distinction de Stephen Hecquet. Ce modèle-là, dont de plus en plus de Français constatent l’inefficacité grandissante et le coût abyssal, est naturellement défendu par une classe politique formée pour le maintenir.

Quant à l’Europe, longtemps restée une technostructure anonyme et lointaine, à très faible teneur politique jusqu’au début des années 1990, elle connut un virage historique majeur avec la chute du mur de Berlin, le vote du traité de Maastricht, la perspective d’adhésion des « frères séparés » de l’Est et le lancement de l’euro. Elle allait « entrer dans l’Histoire »… Sanctionné en 2005 par les Français et les Néerlandais, ce coup d’accélérateur a fait long feu et la crise (les crises, plutôt : de l’euro, des dettes souveraines, de l’Europe politique) n’a fait que révéler au grand jour les faiblesses intrinsèques d’un projet politique au final incertain et mal servi par des responsables politiques nationaux disant « blanc » à Bruxelles et « noir » une fois rentrés chez eux. Restent, aux yeux des citoyens, une Europe « ouverte à tous les vents » (de la mondialisation, des produits chinois, de l’immigration incontrôlée, etc.), les « technocrates de Bruxelles » et des directives absurdes qui règlent la taille des bananes antillaises et mettent en péril les clubs de poneys de France et de Navarre – mais dont il faut tout de même rappeler qu’elles ont été, un jour, approuvées par un quelconque ministre français…

D’évidence, le « modèle français » et le projet européen ne souffrent pas de la même maladie. On pourrait même dire qu’ils se délitent pour des raisons contraires : le premier parce qu’il est saturé de politique, le second parce qu’il en est privé. La France républicaine s’épuise et épuise les Français par son idéologie égalitaire, laïque et centralisatrice. Laquelle a inspiré à Raymond Radiguet, qu’on n’attendait pas sur un tel sujet, cette fulgurance lumineuse : « Depuis 1789, on me force à penser, j’en ai mal à la tête… » L’Europe, elle, s’interdit avec constance d’affirmer qui elle est et prive par là les Européens des moyens de savoir où ils vont. La France républicaine ne veut voir qu’une seule tête, l’Europe institutionnelle n’a pas de visage. Il s’ensuit que les Français et les Européens, hommes concrets, définis et enracinés, commencent à s’en détourner sérieusement.

Y a-t-il une réponse à ce grand désinvestissement politique en cours ? Peut-être si l’on sait repartir de ces hommes concrets justement, tels qu’ils sont, porteurs d’identités singulières, capables d’exercer leur liberté et de s’organiser là où ils sont. La vieille idée fédérale – mais d’un fédéralisme bien compris – a peut-être de l’avenir…

Fédéralisme : on entend déjà pousser les hauts cris ! Le mot peut déplaire – et Dieu sait qu’il déplaît autant aux jacobins de la gauche qu’aux nationaux-étatistes de la droite… – mais la France est malade de son État et guérira du réveil de ses territoires et des gens qui y vivent. « L’homme est plus vieux que l’État », dit un antique adage germanique et, dans l’année qui vient de s’écouler, la « Manif pour tous » et les « bonnets rouges », par-delà leurs différences bien sûr et sans préjuger de leurs résultats, sonnent comme des signaux du ras-le-bol et du désir d’agir des hommes concrets d’en bas qui n’attendent plus rien de bon d’en haut. Ces chahuts sont des laboratoires.

Si le mot de « fédéralisme » déplaît, donc, qu’on en trouve un autre ou qu’on le taise mais sa conception de l’homme, des libertés et de l’organisation des pouvoirs peut servir de principe organisateur à la refondation : par le renforcement des libertés et de la responsabilité des personnes (car la politique doit avoir comme objectif de faire respirer et s’épanouir la société et non l’État), par la confiance dans la capacité de la société civile à s’organiser et à faire vivre les solidarités locales (la France compte 20 millions de bénévoles et 70 000 nouvelles associations chaque année), par la promotion de l’initiative économique individuelle (un peu plus de 20 000 entreprises créées chaque mois), par la respiration des territoires (les Français sont attachés à leur commune et les régions sont le bon échelon pour le développement économique).

Ces pistes modèlent ce que pourrait être la France demain, car nous savons que les Français ont besoin d’une nouvelle pédagogie de l’enracinement. Ni tabous, ni gros mots, l’appartenance, l’identité, les racines n’interdisent ni l’ouverture à l’autre, ni l’accès à l’universel. Elles les précèdent. C’est d’elles qu’il faut partir. Mais après quarante ans d’un débat jacobin stérile entre réduction de l’identité française aux valeurs républicaines à gauche et célébration de la « France seule » à la droite de la droite, il est temps d’ouvrir les fenêtres et d’oser renverser les totems : la France n’est pas la France sans ses provinces et la France n’est pas la France sans l’Europe. Il faut en finir avec l’obsession unitaire qui étouffe et uniformise.

La patrie, les patries, respirent mieux que la République égalitaire. Subsidiarité à l’intérieur (contre le centralisme) et fédéralisme à l’extérieur (plutôt que la hantise de la frontière) peuvent désormais se conjuguer pour réinventer l’« art d’être français »… Quant à l’Europe, sa refondation sur une base authentiquement fédérale pourrait être la clé de la ré-adhésion des Européens à son projet. Car il est faux d’affirmer qu’elle est aujourd’hui fédérale. C’est un abus de langage utile à ses détracteurs. On l’a dit, elle est un objet politique non identifié, largement dominé par les États et la logique inter- gouvernementale. Et quant aux quelques figures qui se prétendent « fédéralistes » (on pense à Guy Verhofstadt ou Dany Cohn-Bendit), ce sont de vrais centralisateurs européens pour qui l’accroissement des pouvoirs de « Bruxelles » constitue l’alpha et l’oméga de l’avenir du continent.

Car malgré l’inscription du principe de subsidiarité, dès 1992, dans le traité de Maastricht, l’Europe fédérale, authentiquement fédérale, reste à faire. Comme le montre bien le politologue allemand Carl Joachim Friedrich, le fédéralisme est moins un modèle statique et uniforme qui organise les pouvoirs et les compétences qu’une dynamique ascendante et subsidiaire qui part d’en bas pour ne faire remonter en haut que les compétences qui ne peuvent pas être mieux exercées plus bas. L’Europe, pour être fédérale, ne doit pas partir de Bruxelles mais aboutir à Bruxelles.

C’est seulement par cette voie, respectueuse des identités et des autonomies locales, confiante dans la capacité des Européens à s’organiser et n’assumant en haut que le strict nécessaire, qu’une nouvelle Europe sera possible. Laissant aux territoires le soin d’un maximum de compétences (éducation, santé, police, développement économique, etc.), cette Europe, soumise au contrôle strict des citoyens et des territoires fédérés, se chargera du régalien et du transversal (monnaie, défense, diplomatie, commerce international, police aux frontières).

Elle cessera ainsi d’être le « monstre froid » et presque ennemi qu’elle est devenue aux yeux de nombre de citoyens pour devenir ce qu’elle doit être : la structure faîtière (et légère) d’un peu plus de 500 millions d’Européens divers, enracinés et libres – Français y compris…[/access]

*Photo: Soleil

Syrie : Assad revient dans le jeu diplomatique

44

syrie geneve assad

Manuel Valls vient de rappeler l’urgence de la situation en Syrie: 130 000 morts et 2.4 millions de réfugiés en trois ans de guerre civile. Selon le ministre de l’Intérieur, le nombre de jeunes jihadistes français qui s’y rendent augmente, leur radicalisation aggrave la menace terroriste sur notre territoire. Dans ce contexte, on peut juger bienvenue une négociation diplomatique telle que « Genève 2 ».
Bachar Al-Assad, qui gagne chaque jour un peu plus de terrain, y voit une occasion de réintégrer le système diplomatique mondial par l’intermédiaire de l’ONU. La composition de son équipe (en majorité des diplomates et des communicants) est révélatrice de son intention : donner une image responsable de son régime.

On comprend les réticences de l’opposition syrienne à rejoindre les technos baathistes en Suisse. En très grande difficulté sur le terrain, l’Armée syrienne Libre est déconfite, et la coalition nationale syrienne, minée par les divisions internes, n’a pas vraiment de relais sur le terrain. Bref, les discussions de Genève 2 s’annoncent comme une conférence au sens littéral du terme. Chacun va déclamer son point de vue : démission d’Assad d’un côté, soutien à Assad de l’autre.

Une occasion manquée dès le 11 janvier quand Laurent Fabius a réuni « les amis de la Syrie » à Paris. Une belle déclaration fut prononcée par notre ministre pour répéter l’objectif de Genève 2 : « la constitution d’un gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs exécutifs (…) C’est le régime de Bachar al-Assad qui nourrit le terrorisme. Il faut faire en sorte que ce régime voit sa fin« .
Autrement dit, pas de changement par rapport aux conclusions de Genève 1. Normal car la position française n’a pas évolué depuis juin 2012, lorsque l’Occident anticipait une chute imminente du régime. Cette position semble ignorer que les alliés chiites de Bachar sont entrés en force dans la mêlée et le rapport de force s’est depuis inversé. Face à ce nouvel état de fait, Ban Ki-moon et Lakhdar Brahimi ont proposé d’inclure l’Iran dans les négociations afin de réunir tous les belligérants autour de la table.

C’était sans compter sur « les amis (sunnites) de la Syrie« , qui conditionnent leur participation à la conférence d' »un préalable » en forme de conclusion:  « Il est évident qu’aucun pays ne saurait participer à cette conférence s’il n’en acceptait pas expressément le mandat » a asséné Laurent Fabius. Mais si tout est décidé d’avance, pourquoi se déplacer sur les bords du lac Léman?

Sans que le chef de la diplomatie française ne s’en soit aperçu, « la conférence de Genève II a déjà eu lieu » analysait malicieusement l’universitaire Fabrice Balanche en novembre. En acceptant la proposition russe de désarmement de l’arsenal chimique syrien, les Américains ont tacitement accepté le maintien d’Assad. Le gel des livraisons d’armes aux rebelles a fait comprendre aux indécis que la confiance américaine dans les groupuscules djihadistes qui combattent le régime syrien était rompue. Dans ces conditions, Bachar constitue un moindre mal.
Aussi, juste après que « les amis de la Syrie » eurent rappelé leur position autour de Laurent Fabius, John Kerry accueillait Sergueï Lavrov à l’ambassade américaine à Paris. Peu après, les deux ministres faisaient part d’une initiative pour la négociation d’un cessez-le-feu et d’une intervention humanitaire limitée. Encore un camouflet pour Laurent Fabius.

Et il s’en est fallu de peu que les iraniens aillent à Montreux. Il faut croire que la réintégration officielle de l’Iran dans le concert des nations, souhaitée par Moscou, semble encore prématurée pour les Américains. Certes, la mise en œuvre de l’accord sur le nucléaire iranien est en bonne voie mais pour les alliés traditionnels de Washington, c’était l’affront de trop: l’Arabie saoudite et la coalition nationale syrienne ont publiquement menacé de ne pas participer aux discussions en cas de présence iranienne. Si la réconciliation irano-saoudienne n’est pas pour demain, Genève 2 sera l’occasion pour la « communauté internationale » de renouer le contact diplomatique avec le régime syrien. C’est déjà beaucoup.

*Photo : Bassem Tellawi/AP/SIPA. AP21510328_000021.

Faut-il décoloniser l’utérus ?

84

espagne preciado eglise

Dans Libération, la philosophe Béatriz Préciado vient de publier une tribune appelant les Espagnols et tou(te)s les lecteurs/lectrices du monde à une prise de conscience féministe. Comme j’aime les philosophes, et puis surtout les femmes, je me suis mis à la lecture de l’article.

Il faut dire qu’elle commençait bien, sa tribune: « Enfermés dans la fiction individualiste néolibérale, nous vivons avec la croyance naïve que notre corps nous appartient, qu’il est notre propriété la plus intime, alors que la gestion de la plupart de nos organes est assurée par diverses instances gouvernementales ou économiques ». Je l’aurai signé des deux mains, et des deux pieds aussi, s’il l’avait fallu. Avec cette idée que par un malicieux tour de passe-passe, la société marchande nous fait croire que nos corps sont des meubles dont nous sommes propriétaires. Non, vraiment, cela commençait bien. Elle continue :

« Chaque femme porte en elle un laboratoire de l’Etat-nation, et c’est de sa gestion que dépend la pureté de l’ethnie nationale. »  C’est ici que je la perds, la philosophe. Je croyais lire une critique actuelle de l’état marchand, et voilà que je me retrouve avec une froide synthèse d’histoire des idées politiques. Pourquoi remonte-t-elle aussi loin ? Car la théorie de l’Etat-nation, à strictement parler, est une doctrine de physique politique nous expliquant que les individus sont d’abord les fils d’une société à laquelle ils doivent tout.  Pour dire vite, les sexes seraient encore arraisonnés par un mythe national. Cela sent la naphtaline. Or, que ne lis-je pas quelques lignes plus loin: il faudrait selon elle « décoloniser l’utérus ». Sapristi saucisse. On est en effet en pleine crise financière de 29, ou quelque chose dans le genre. L’utérus, qu’il fallait protéger coûte que coûte, devient selon les mots de la philosophe un terrain d’exploitation, un chantier en travaux, une propriété …

Mazette. Je comprends enfin qu’il s’agit d’avortement, comme c’était marqué en gros et gras dans le chapô. Dame Béatriz poursuit en livrant toute son analyse sur les arcanes et les ourdis du gouvernement espagnol, et ça m’intéresse :

« Le gouvernement Rajoy, proche des intégristes catholiques de l’Opus Dei et du cardinal Rouco Varela, entend aujourd’hui occuper le corps féminin comme lieu ultime où se joue, non seulement la reproduction nationale, mais aussi la définition de l’hégémonie masculine. »  Encore de l’histoire. Une expression me chagrine Qu’emploie-t-elle, pour évoquer la procréation ? La notion de « reproduction nationale ». ? Je pensais que le terme de reproduction fût d’ordinaire attribué aux photocopieuses (cela lui permettra peut-être un jour de filer la métaphore du jet d’encre). Elle continue de s’adresser à nous(mais à ce moment-là, nous ne sommes plus un nous, seulement des vis et des écrous, des pistons qui tentons de nous ajuster par la force à des bielles) avec force vindicte :

« Ton utérus est un territoire de l’Etat, domaine fertile pour la souveraineté nationale catholique. Tu n’existes qu’en tant que mère. Ecarte les jambes, deviens terre d’insémination, reproduis l’Espagne. ». 

Ici, je décroche totalement. Je crois me souvenir d’avoir séché les cours sur Ferdinand II d’Aragon et Isabelle de Castille. Son histoire de reconquête par l’entrecuisse me parle quand même un peu.  Elle me ramène à un temps où la cohésion du royaume se faisait par l’étreinte charnelle. Mais Béatriz Préciado préfère la chimie et les laboratoires. Je poursuis : Depuis cette modeste tribune, j’invite tous les corps à faire la grève de l’utérus. Affirmons-nous en tant que citoyens entiers et non plus comme utérus reproductifs. Par l’abstinence et par l’homosexualité, mais aussi par la masturbation, la sodomie, le fétichisme, la coprophagie, la zoophilie… et l’avortement.

C’est Torquemada. Je ne suis pas contre une certaine ascèse, mais elle charrie sévère, la Béatriz. Souffrir comme st Benoît l’abstinence m’a toujours été présenté comme une grâce du Ciel, et je crois ne pas en bénéficier. Pour ce qui est de la masturbation, l’activité pourrait se montrer sauvagement exigeante à la longue : avec cette nécessité de forcer l’imagination, quand on pourrait étreindre un corps, un vrai. Mes réticences ne sont-elles pas légitimes ? Enfin , manger du caca, quand on vit à Paris, avec ces restaurants que borde l’île St Louis, qui s’allongent rue Mouffetard, quand ils ne vous jaillissent pas tout à coup d’une petite ruelle à la croisée du faubourg Montmartre… Non, vraiment, la coprophagie serait une loi plus dure que l’ascétisme monacal.

Avant de conclure, l’inquisitrice philosophe résume son programme en une sentence tout à fait charmante, ouverte sur la diversité et amie de l’Autre : « Ne laissons pas pénétrer dans nos vagins une seule goutte de sperme national catholique. » No passaran, les zizis. Fermez les cuisses, toutes. Et nous qui, amis de la liberté, nous étions préparés à une grande partouze… Décidément, ils ne sont vraiment pas drôles dans le camp d’en face.

*Photo : Chameleons Eye / Rex Fe/REX/SIPA. REX40233320_000044. 

L’Union impopulaire

119

airbus europe reussite

De mémoire d’Européen, jamais la situation de l’Europe, sa patrie supposée, n’a été pire. Du moins dans sa tête. Sondage après sondage, l’Union apparaît comme une créature chétive et mal-aimée, responsable de tous les maux dont souffrent ses citoyens – le « nouvel homme malade de l’Europe » selon le titre de la dernière étude d’opinion approfondie que lui a consacrée l’excellent Pew Research Center en mai. La sanction politique de cet état d’esprit est la montée en force des partis populistes et europhobes, qui menacent de submerger le prochain Parlement européen.

Les raisons de ce désamour varient d’un pays à l’autre. En France,[access capability= »lire_inedits »] où la construction européenne était volontiers considérée comme la prolongation de la puissance nationale, la désaffection est d’autant plus forte que c’est l’Allemagne qui est la mieux armée pour profiter de ce surcroît de puissance. Celle-ci, seule nation à sortir indemne de l’interminable crise qui affecte le continent, n’entend pas servir de tiroir-caisse au bénéfice des mauvais coucheurs de la maison commune. Dans les économies périphériques de l’Union, pays de sa ceinture méridionale et nouveaux venus de l’ex-empire soviétique, l’Europe apparaît comme un père fouettard plutôt que comme la mère nourricière promise. Partout, la crise creuse les inégalités, excite les nationalismes, ouvre un boulevard aux démagogues de tout poil. Et met à nu les imperfections d’une construction européenne qui croule sous le poids de ses propres contradictions.

Tout cela est bien connu. Mais à qui la faute ? La faute à « Bruxelles », répond le chœur unanime des imprécateurs. À « Bruxelles », avec sa manie régulatrice, ses oukases administratifs ridicules, règlementant tous azimuts, de la forme des bananes à la taille des avertissements inscrits sur les paquets de cigarettes en passant par le contenant de l’huile d’olive sur les tables de restaurant. À « Bruxelles », repaire de fonctionnaires anonymes que personne n’a élus, pouvoir opaque assiégé par les lobbys et dominé par la pensée unique ultra-libérale.

Mauvaise réponse. « Bruxelles » n’est que l’émanation des gouvernements nationaux, surtout des plus puissants. « Bruxelles » est l’expression de la trahison de l’idée européenne par deux générations de dirigeants qui ont délaissé le projet communautaire au profit de la méthode intergouvernementale. Qui se souvient que le Conseil européen, organe éminemment intergouvernemental qui s’est arrogé la direction effective de l’Union, n’existe que depuis le milieu des années 1970 et n’a d’existence légale que depuis l’Acte unique de 1987 ?

Car l’Europe a été d’abord une idée, et de même que les souverainistes protègent la leur, il fallait la défendre. Sans mépris, car il n’est pas déshonorant de s’arc-bouter sur la patrie et de rejeter tout pouvoir supranational ; mais sans faiblesse ni faux-fuyant, en se livrant à une véritable pédagogie de l’Europe. Il n’était pas si difficile de montrer en quoi cet « empire sans empereur », édifié par la libre adhésion des peuples sur les ruines de deux conflits mondiaux, était une entreprise inouïe, proprement révolutionnaire, un saut de civilisation.

Cette pédagogie n’a jamais été tentée. Les adversaires de l’Europe sont vent debout, ses partisans la défendent du bout des lèvres. Pis, « Bruxelles » est devenue le punching- ball des gouvernements nationaux – ce qui est bien, c’est nous, ce qui est mauvais, c’est « Bruxelles » – en faisant mine d’oublier que rien ne s’y passe sans leur aval. Étonnez- vous, après cela, que l’Europe soit devenue impopulaire et que, scrutin après scrutin, les Européens votent contre elle, ou ne votent pas du tout !

Tout cela ne signifie pas que l’Europe se porte bien. Elle se porte objectivement mal. Comme un enfant souffreteux né avec un problème cardiaque et survivant grâce à des soins intensifs, elle souffre d’un défaut congénital : c’est d’avoir fabriqué un objet politique en le maquillant en projet économique, comme s’il existait d’économie autre que politique. L’invention de l’euro fut le summum de cette absurdité. Pour la première fois dans l’histoire des sociétés humaines organisées, on a prétendu créer une monnaie, ce marqueur absolu de la souveraineté, sans l’adosser à une entité souveraine. Tant que l’Europe prospérait sous la protection américaine, cette construction baroque a fonctionné tant bien que mal. L’implosion de l’empire soviétique, l’élargissement massif qui s’en est suivi, la crise enfin, ont démontré les limites d’une méthode qui n’en était pas une. Un géant économique aux pieds d’argile politiques est condamné à mordre la poussière.

Que faire ? Pour les adversaires de toujours de l’idée européenne, la messe est dite : défaisons l’Europe. Le plus troublant est que des Européens convaincus rejoignent désormais le camp eurosceptique. Qu’un François Heisbourg préconise, dans un livre choc (La Fin du rêve européen, Stock), la sortie « consensuelle, organisée » de l’euro, en dit long sur l’état de désenchantement de nombre d’europhiles, convaincus qu’il sont que l’Europe s’avère incapable de se doter du minimum requis de structures fédérales pour échapper au cercle vicieux de l’austérité, de l’appauvrissement et de la montée des forces réactionnaires qui la condamne à l’implosion.

C’est une fausse solution. La sortie de l’euro, « organisée » ou pas, serait une telle catastrophe qu’elle ferait passer la crise actuelle pour une péripétie sans conséquence. Malgré tous ses défauts, l’euro a servi de bouclier aux économies les plus faibles de l’Union, en même temps que de frein correctif aux plus puissantes, au premier rang desquelles l’allemande. Les opinions publiques ne s’y sont pas trompées, qui restent toutes, Grèce comprise, massivement favorables à la survie de la monnaie unique.

En l’occurrence plus lucides que leurs élites, les citoyens comprennent d’instinct que l’émiettement de l’Europe en États-nations derechef pleinement souverains ne résoudrait en rien le problème de leur dette ni ne leur ferait retrouver le chemin de la croissance. Sans même évoquer la panique des marchés, comment ferait la Grèce, pour ne parler que d’elle, pour honorer ses dettes et financer ses achats d’énergie et de biens manufacturés en drachmes dévaluées ? Et comment l’Allemagne pourrait-elle lui vendre quoi que ce soit avec un mark surévalué ?

L’essentiel est ailleurs. L’Europe elle-même, soit la plus belle idée que le XXe siècle ait enfantée, ne survivrait pas à la disparition de l’euro. Pour Helmut Kohl, le choix c’était « l’Europe ou la guerre ». Il avait sans doute tort. L’Europe n’est pas la cause de la paix, c’est sa conséquence. Même si la maison européenne s’effondrait demain, ce ne serait pas la guerre pour autant. Aussi bien, l’alternative qui se pose aux Européens, ce n’est pas « l’Europe ou la guerre », mais « l’Europe ou le chaos ». Et aussi, excusez du peu, l’Europe ou l’insignifiance, ou, si l’on préfère, l’Europe ou la sortie définitive de l’Histoire. À l’heure où notre monde globalisé s’organise en grands ensembles et où, à nouveau, les

Cependant, ce n’est pas que l’Europe ait mauvaise presse et que l’État-nation se porte comme un charme. Le plus paradoxal, dans la situation actuelle, est que, à l’exception notable de l’Allemagne, le discrédit qui frappe les gouvernements nationaux soit au moins aussi dévastateur que celui dont souffre l’Union. Certes, la langue commune, les références culturelles partagées, l’habitude, rendent l’état de la démocratie nationale plus solide, ou moins désespéré, alors que l’UE opère dans un vide politique total.

Mais la crise de confiance est générale. Elle affecte les élites en tous genres, dirigeants politiques, partis, institutions. C’est une crise de la démocratie. Tuer l’Europe pour sauver les peuples ? Allons donc…

La bonne nouvelle est que personne ne tuera l’Europe, pour la raison simple que les dirigeants européens, aussi sceptiques et insuffisants soient-ils, savent qu’ils n’ont pas de solution de rechange. Bien sûr, ils ne feront pas non plus ce qu’il faudrait pour créer les conditions d’une véritable démocratie européenne ; le saut vers un gouvernement démocratiquement issu d’élections générales sur l’ensemble du territoire de l’Union n’est pas pour demain. Cela viendra peut-être un jour – après tout, à l’échelle de l’Histoire, les six petites décennies de construction européenne valent un battement de cils. Il serait malvenu d’exiger de cette construction originale, sans précédents sur lesquels elle puisse prendre appui, qu’elle ait la force de l’État-nation, lequel a d’ailleurs mis des siècles à se mettre en place.

En attendant, l’Europe bricole, comme elle l’a toujours fait. Péniblement, avec acrimonie, sans panache ni générosité, des garde-fous se mettent en place, des institutions voient le jour, l’Union bancaire est en marche, un semblant de « gouvernement économique » est en gestation. Sans doute, aussi, se dirige-t-on vers une Europe à deux ou plusieurs vitesses ou, si l’on préfère, une Europe à cercles concentriques, au cœur de laquelle on trouverait une sorte de « coalition de volontaires » qui veulent ou peuvent aller plus loin. Certes, nous sommes loin de l’élan et de l’enthousiasme du « New Deal » dont elle aurait besoin. Mais c’en est assez pour sauver l’euro et préserver l’avenir. À sa manière chaotique et titubante, l’Europe sortira de la crise plus forte qu’elle n’y est entrée. On eût aimé que ce fût par choix ; ce sera par manque de choix. Ce n’est pas glorieux, mais c’est mieux que rien.

Au fait, c’est toujours ainsi que fonctionne la démocratie, régime gris et terne, constitué de compromis sans gloire et d’arrangements à la petite semaine, qui ne laisse découvrir ses charmes puissants qu’à ceux qui n’en bénéficient pas. Comme la démocratie, l’Europe n’est grande et belle qu’aux yeux de ceux qui frappent à sa porte.

Espérons qu’elle ne le deviendra pas pour ses citoyens seulement le jour où, par aveuglement coupable, ils l’auront définitivement perdue.[/access]

*Photo: Christophe Ena/AP/SIPA. AP21506923_000003

Au ballon pour un ballon !

6

Jusque-là je n’avais jamais entendu parler de David Van Hemelryck ni de son mouvement « Hollande-démission ». Ou plutôt si, j’en avais entendu causer, mais sans savoir que c’était lui, à propos du fort malvenu sifflage du chef de l’Etat lors des dernières commémorations de l’Armistice de 1918. A mon avis, les lazzis, y’a des endroits pour ça, et les Champs-Elysées le 11 novembre n’en font certainement pas partie.

Toujours est-il que ce garçon agité, dont les agences précisent qu’il est polytechnicien, a fait reparler de lui ce week-end. A l’orée d’une micromanif droitière place du Chatelet, il a été interpellé, dimanche vers 14 h, au motif qu’il gonflait un mini dirigeable où était inscrit son slogan fétiche appelant le président à prendre sa retraite avant 65 ans.

À ma connaissance, il n’y a pas de loi interdisant aux polytechniciens de gonfler des ballons, ni de réclamer pacifiquement un changement illico au sommet de l’Etat. Ce n’est d’ailleurs pas pour ça qu’on l’a embastillé Van Hemelryck tout un après-midi.

Non, si les gardiens de la paix ont sévi, ce serait, nous disent les gazettes, parce que la forme oblongue de son dirigeable « évoquait celle d’une quenelle »…

Et moi je trouve que ce fait d’armes évoque furieusement Honoré Daumier…

daumier-poire-ballon

Papa coud et maman lit

peillon abcd vallaud egalite

L’ABCD de l’égalité, vaste programme de rééducation des masses engagé par Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem, dont nous avons appris qu’il était déjà en place depuis le mois de septembre et qu’il avait commencé par la formation des inspecteurs et des chefs d’établissements, constitue une pure et simple entreprise idéologique. Depuis la semaine dernière, les médias s’en font les porte-paroles les plus actifs. Objectif officiel : effacer les inégalités entre les sexes qui déterminent trop souvent l’orientation scolaire et professionnelle des garçons et des filles, ce depuis le plus jeune âge. Objectif officieux officieux : extirper de l’esprit de nos enfants les stéréotypes liés aux genres qui déterminent leur vie.

Pour réformer les esprits, Vincent Peillon, aidé de Najat Vallaud-Belkacem, a décidé de s’en prendre aux plus malléables, ceux des enfants. Mais pas seulement. « Najat Vallaud-Belkacem veut éduquer les pères » jugés responsables de transmettre à leurs enfants les idées stéréotypées selon lesquelles les filles ne peuvent qu’être coiffeuses, maîtresses d’école ou secrétaires et les garçons footballeurs, pompiers ou patrons, précisait Léa Salamé sur I>télé mercredi dernier. On avait compris que Mme Vallaud-Belkacem n’aimait pas beaucoup la masculinité, la voilà qui dévoile chaque jour un peu plus son fantasme d’un Etat maternaliste total.

Pour se faire une idée de ce qu’est une idéologie en actes, il faut regarder le débat animé par Elisabeth Quin dans l’émission « 28 minutes » d’Arte du 14 janvier, qui opposait Nicole Abar, ancienne footballeuse de haut niveau et chargée de mission pour l’ABCD de l’égalité et Nacira Guenif-Souilamas, sociologue sans arguments autres que son idéologie, à Olivier Vial, président de l’UNI et porte-parole de l’Observatoire sur la théorie du genre, dont les arguments factuels étaient constamment balayés par les deux idéologues.

Pour commencer, les promoteurs de l’ABCD de l’égalité insistent sur le fait – censé nous rassurer –qu’il s’agit d’une expérimentation du ministère de l’Education nationale, expérimentation dont les enfants sont les premiers cobayes, mais qui n’oublie pas les adultes, coupables d’inculquer à leur progéniture les idées selon lesquelles un garçon et une fille, ce ne serait pas tout à fait pareil.

Soyez rassurés, nous dit-on encore, d’autres l’ont fait avant nous, notamment la Suède. Là, nous explique doctement un journaliste d’ I>télé, certains couples élèvent leurs enfants de la manière la plus neutre possible, en leur choisissant des prénoms qui ne soient pas « genrés » et sans jamais leur révéler leur identité sexuelle.

« Pop » n’est donc ni un garçon ni une fille mais seulement « Pop », paraît-il. Et de nous apprendre que les Suédois ont également introduit un nouveau pronom neutre dans leur langue, lequel remplace le « il » et le « elle », afin de promouvoir l’égalité des chances des filles et des garçons. « Cela est une question de démocratie » explique une directrice d’école interrogée par les journalistes en mission, lesquels nous apprennent également qu’une marque de vêtements suédois a supprimé de ses magasins les rayons filles et garçons pour ne pas jouer le jeu des stéréotypes de genre. Ces initiatives ne font pas polémique en Suède qui, nous dit-on encore, est un pays très avancé en ce domaine. La France est ainsi priée de se conformer à l’Esprit de l’Histoire que la Suède incarne aujourd’hui.

Malheureusement, on chasse le naturel, il revient au galop. C’est ce qui a été observé dans les écoles où les jeux neutres sont mis en avant (entendez des jeux où chaque rôle peut être tenu indifféremment par une fille ou un garçon). Dès qu’on cesse d’imposer ces jeux neutres aux enfants, les garçons retournent jouer aux pompiers et les filles à la dînette. Ainsi, nous explique Nacira Guenif-Souilamas, il faudrait commencer par changer le nom de l’école maternelle et l’appeler par exemple école passerelle. Avouons que ce terme a le mérite du flou, à défaut d’une consonance agréable.

Il faut ensuite travailler sur l’inconscient car les obstacles à la réussite des femmes viennent souvent d’elles-mêmes et sont invisibles ; les hommes, eux, répètent le même schéma inconsciemment et l’inculquent à leurs enfants.

Nicole Abar préconise donc de dépêcher plus d’enseignants hommes dans les petites classes du primaire car il ne faut pas seulement féminiser les professions masculines, mais aussi masculiniser les professions féminines. C’est un combat sérieux et Vincent Peillon l’affirme : « ce dispositif (l’ABCD de l’égalité) est tout sauf anecdotique ». C’est bien ce qui est en droit de nous effrayer. Va-t-on forcer les hommes à devenir instituteurs, puériculteurs et sages-hommes ? Va-t-on forcer les femmes à déserter ces emplois au nom de l’égalité hommes-femmes ?

Non, nul besoin de forcer qui que ce soit, nous le ferons de nous-mêmes. Nicole Abar nous explique déjà qu’une directrice qu’elle formait s’est reprise toute seule après avoir commis un horrible lapsus sexiste (genré dit-on dans leur langage). Elle avait d’abord dit qu’elle faisait jouer ses enfants « à la marchande ».

Reste une question essentielle : qu’est-ce qui fait naître chez certains de nos congénères l’ambition de rééduquer les masses malgré elles ? Au fond, c’est la seule question qu’il faudrait poser à Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem.

 

*Photo :  LECARPENTIER-POOL/SIPA.  00652846_000004.

Le Front de gauche va mieux, merci Hollande !

188
melenchon laurent front gauche

melenchon laurent front gauche

Le Front de gauche va mieux : il n’est pas allé au cimetière à pied. En tout cas, il va un peu mieux.  Pour commencer, Pierre Laurent, secrétaire national du Parti Communiste et Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de gauche se sont rencontrés le 17 janvier dans un restaurant des Buttes-Chaumont. Un restaurant, quand il y a de l’eau dans le gaz dans un couple, ce n’est pas une mauvaise idée, ça permet de se retrouver ailleurs et se rappeler pourquoi on s’aime, au fond, malgré les vicissitudes du quotidien. De toute manière, il était inconcevable de se rencontrer Place du Colonel-Fabien, chez les communistes. Mélenchon n’aurait pas voulu, et il était déjà assez énervé comme ça. Ensuite, autre signe de convalescence, le groupe Front de Gauche à l’Assemblée Nationale va refuser comme un seul homme de voter la confiance au gouvernement sur le « pacte de responsabilité ».

Il faut inlassablement rappeler parce que ce ne sont pas les médias qui feront de la pédagogie là-dessus car c’est moins sexy que Julie Gayet,  que le Front de gauche n’est pas un parti, c’est une alliance électorale portée par un programme commun, L’Humain d’abord, toujours disponible chez Librio au prix de 2 euros.

Je précise ça pour les curieux ou les adorateurs de Tina (There is no alternative), qui pensent qu’il n’y a pas d’idées et de propositions autres que celles d’une soumission définitive et sans conditions au libéralisme et à l’Europe, telle qu’elle ne se construit pas.

Si l’idée un peu folle vous en prenez, vous ne pourriez  pas adhérer directement au Front de gauche. Il faudrait choisir entre le PCF de Pierre Laurent, le PG de Mélenchon, Ensemble de Clémentine Autain, Gauche Unitaire de Christian Picquet et quelques autres organisations issues de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui la gauche radicale.

Cela peut paraître compliqué, voire ridicule, cette galaxie d’organisations. C’est que contrairement aux simplifications médiatiques, les idées du Front de Gauche ne sont pas des éructations tribuniciennes, que chaque mouvement a son histoire propre, sa culture. Pour aller vite, cette propension à la scissiparité à la gauche de la gauche (« deux trotskistes, trois tendances ») qu’il est de bon ton de railler est surtout la preuve que pour les militants des organisations en question, les idées sont plus importantes que les éventuels succès électoraux et qu’il vaut mieux perdre des élections que son âme. Quand on a un corpus idéologique solide, on préfère rompre que de rester ensemble pour de mauvaises raisons, comme ces couples, justement, qui ne vont plus au restaurant en amoureux mais font semblant à cause des enfants. Par exemple, ce n’est pas au Front de gauche, que l’on trouvera un François Bayrou qui a appelé à voter Hollande en 2012 et accepte le soutien de Jean-François Copé pour conquérir la mairie de Pau en 2014.

Autre  rappel utile, Mélenchon n’est pas le chef du Front de gauche. Il en a été le candidat pour l’élection présidentielle. Le problème, quand on est dans une Vème république où l’on continue de croire, par une forme de pensée magique, que la présidentielle, c’est la « rencontre du peuple et d’un homme », il est difficile de ne pas procéder à l’identification des deux. C’est bien pour cela que le Front de gauche souhaite une VIème république où le Parlement retrouverait un rôle prééminent et où un homme seul cesserait de compter davantage que les idées qu’il porte. En plus, ça éviterait aux citoyens-électeurs ces éternelles désillusions devant les trahisons du Président qui oublie son programme à peine élu au nom du principe de réalité, ou de que l’on nous présente comme la réalité. Dernier exemple en date, la conférence de presse de François Hollande, le 14 janvier, qui a dû faire hurler de plaisir le FN tant cela confirme ses propos sur « l’UMPS ».

Pourquoi le Front de gauche allait moins bien ces derniers temps ? À cause des élections municipales. Alors que le but du Front de gauche est de créer une force autonome sur la gauche du PS et, à terme, de le dépasser comme en Grèce où Syrisa a renvoyé le PASOK au rôle de supplétif de la droite pour devenir la première force de gauche.

En France, on en est loin, c’est le moins qu’on puisse dire. Alors que le PG de Mélenchon qui est un parti récent refuse tout accord avec le PS, le PCF qui dispose encore de nombreux maires et élus dans de vieilles alliances locales avec les socialistes, a décidé dans certains cas de les reconduire. Et notamment à Paris, ce qui a mis en fureur Mélenchon. Paris est le centre du monde, dans tous les domaines, et pour la gauche de la gauche aussi. Peu importe que dans de nombreuses villes, y compris des grandes comme à Lille, le PCF ait rompu avec le PS, l’exemple de Paris fait tâche. Que le PCF ait voulu sauver des élus, c’est évident. Il faut le comprendre aussi, le PCF : grâce au Front de Gauche et à la belle campagne de 2012, il a retrouvé des couleurs, une audience et des adhésions mais depuis 2008, date de la création du FDG, malgré les jolis scores aux Européennes et aux Régionales de 2009 et 2010, il a quand même perdu des sièges car en bon camarade, il a partagé les places avec ses nouveaux copains.

Pierre Laurent a donc estimé assez sagement pour ces municipales que s’il y avait une stratégie nationale d’opposition à la politique de François Hollande, il n’était pas inutile parfois de « rassembler les forces de gauche pour mettre en œuvre, au plan local, des politiques utiles aux populations». Pragmatisme et dialectique, sans doute, mais on sait que ceux qui ont les mains trop blanches n’ont plus de mains.

Jean-Luc Mélenchon a assez mal pris la chose. Il faut le comprendre, lui aussi. Il se voyait déjà en haut de l’affiche, « en dix fois plus gros que n’importe qui son nom s’étalait ». C’est le syndrome Vème république, encore une fois. Ayant instrumentalisé les médias autant qu’ils l’ont instrumentalisé, Mélenchon a oublié les sages paroles de l’Internationale « Il n’est pas de sauveur suprême. » Il a par exemple fait un très gros caprice mal compris de ses propres militants, en décembre, lors du congrès du PGE (parti de la gauche européenne) à Madrid dont Pierre Laurent a été réélu président. Il a refusé de prendre part au vote et a décidé de se mettre en congé du PGE. Là, on a vraiment cru que c’était la fin.
Et puis le ton s’est radouci, de plus en plus, jusqu’à cette rencontre des Buttes Chaumont dont tout le monde est ressorti raisonnablement optimiste. C’est que personne, au Front de gauche, n’a intérêt à voir disparaître cette alliance. Pour des raisons pratiques : aucune chance de retrouver cinq députés européens en mai si tout le monde part sur des listes séparées et aussi, plus nobles, pour des raisons politiques : l’union est le seul moyen, même si c’est difficile, de concurrencer le Front National qui a siphonné le programme du Front de gauche en le pimentant avec ces vieilles épices démagogiques que sont l’immigration et la sécurité, ou plutôt le sécuritarisme.

Le Front de gauche peut aussi dire merci à François Hollande. La conférence de presse présidentielle a montré que les électeurs de gauche, y compris une bonne partie des socialistes, étaient orphelins et que la place existait pour ce que Mélenchon a appelé une « opposition de gauche. »
Et une opposition de gauche, par les temps qui courent, ce n’est pas du luxe face à un autre programme commun économique, celui qui est partagé par les socialistes et l’UMP dont on voudrait nous faire croire que la seule qui le refuse est Marine Le Pen.

*Photo : F.LEPAGE/SIPA/SIPA. 00658897_000007.

Edouard Martin, BFM TV, Mc Donald’s…

23
philippot bfm droite

philippot bfm droite

Vas-y Edouard !

Cher Édouard Martin, ta décision d’être tête de liste PS dans le Grand Est aux élections européennes du printemps 2014 a provoqué un énorme scandale. Sans doute parce que c’est la bonne.[access capability= »lire_inedits »] La vie politique a besoin de gens comme toi, qui se souviennent de ce qu’est la « valeur travail ». Ce sera un grand bien que tu portes cette science oubliée dans les lieux politiques.

Dans la « restructuration » de Florange, toi et tes camarades n’aurez jamais lâché la proie pour l’ombre : 600 salariés sont recasés, et il n’en reste que 13 sur le carreau, dont tu promets que tu ne les lâcheras jamais. Peu de sites fermés peuvent se féliciter d’un tel sauvetage.

Tu as su, à l’égard du politique, incarner une liberté de parole récusant toute forme de tutelle, conformément à la Charte d’Amiens. Ce qui n’est pas sans mérite, surtout quand la gauche, s’identifiant un peu trop facilement au peuple, persiste à voir le syndicalisme comme une force d’appoint. Tu as donc réussi à faire sortir le PS de son esprit de clan habituel : bel exploit !

Tu veux maintenant défendre le travail et l’emploi à l’échelle européenne. Tu as démissionné de tes mandats mais gardé ta carte CFDT. Ce faisant, tu ne mélanges pas les rôles et tu maintiens le sens de ton combat. Tu ne t’es pas encarté au PS et tu as invoqué ta liberté de parole. Au passage, tu as très bien fait de rappeler que tu n’étais pas allé te faire adouber à l’Élysée.

Le remue-ménage suscité par ton choix nous en dit beaucoup sur les blocages français – et sur tes copains de FO et de la CGT qui ne voient dans ton investissement politique qu’une trahison. Cette haine prend sa source dans un certain syndicalisme nostalgique de la révolution, qui considère toute organisation réformiste comme l’allié objectif du capital. Tu aurais choisi de t’engager chez Mélenchon que tu n’aurais pas subi la même haine. Côté PS, il te faudra tout de même rester vigilant.

Finalement, si c’est par toi que le scandale arrive, c’est qu’on avait oublié que la fonction de la politique est de donner du sens à la Cité.

Bon vent, Édouard.

Henri Vacquin, sociologue du travail

 

Capitalisme punk

Vous pensez que l’Etat doit protéger tout le monde contre tout le monde ? Dans ce cas, oubliez Edmund Phelps. Ce lauréat du prix Nobel d’économie 2006 vient de publier Mass Flourishing (Prospérité de masse, Princeton University Press). Il y explique sans chichis que l’idéologie mussolinienne est la matrice de nos corporatismes. Le Duce prônait une forte imposition du capital, la cogestion des entreprises et le salaire minimum, toutes idées qui lui ont manifestement survécu.

En Europe, les pays les plus corporatistes sont l’Italie, l’Espagne et la France, cette dernière ayant en outre le triste privilège d’être la nation qui a le taux le plus bas de satisfaction au travail et celle où la Edmund Phelps tient en quelques mots : on oublie les politiques de prévention, de précaution et de préservation des acquis. Et on leur substitue des politiques valorisant les défis, les passions, les risques, l’individualisme, bref le goût de l’aventure.

Vous aurez compris qu’Edmund Phelps est adepte d’un capitalisme punk, résolument hostile à l’ordre établi. Il n’a aucune chance d’être entendu en France, sauf peut- être pour l’une de ses propositions : exiger des parlementaires qu’ils fassent des stages dans l’économie privée afin de prendre la mesure des obstacles étatiques à l’innovation, ainsi que des méfaits des déficits, des dettes publiques et des réglementations abusives.

On sait que Fleur Pellerin pense, tout comme Phelps, que l’innovation est le moteur ultime de la prospérité économique. Si elle n’a pas encore lu son dernier livre, je me ferai un plaisir de le lui offrir, autour d’une coupe, au Flore…

Roland Jaccard

 

BFN TV ?

À entendre certains commentateurs politiques, on croirait que les barbares ne sont plus seulement à  nos portes : Ils se sont installés en douce au cœur de nos maisons, via le petit écran. Les « chaînes d’info », comme on dit, au premier rang desquelles BFM TV et iTélé, sont accusées depuis quelque temps de « faire le jeu du Front national » en lui tendant simplement leurs micros.

L’orage a éclaté au lendemain de la victoire anecdotique du parti de Marine Le Pen à l’élection cantonale de Brignoles, le 13 octobre. L’injonction qui est faite à ces médias apparemment puissants dans la fabrication du sentiment populaire est contradictoire. Les jours qui précédaient le second tour du scrutin, il semble que nul organe de presse ne se soit privé de l’évoquer, qui parlant d’un « test », qui invoquant le « dernier rempart du front républicain ».

Hélas, c’est Laurent Lopez, du Front national, qui l’a emporté. Il eût alors fallu, pour nos chaînes d’info, taire ce que l’on ne pouvait dire. Il eût fallu qu’elles ne couvrissent pas cet événement, fabriqué de toutes pièces par la presse en général. Pile, je gagne, face, tu perds.

Le ton s’est envenimé encore quand, quelques jours plus tard, le Parti socialiste a accusé lesdites chaînes d’avoir mis sur le même plan la déclaration de François Hollande à propos de Leonarda et la réponse de la pauvre adolescente kosovare. À gauche, on dénonce donc maintenant la dictature de l’urgence, le parti pris du spectacle, de l’information non traitée mais rabâchée, qui prévalent dans ces chaînes, notamment à « BFN TV », jeu de mots qui fait fureur ces temps-ci dans le Landerneau socialiste.

On ne se souvient pas que ces prudes aient déjà pesté contre France Info qui, depuis vingt-cinq ans, pratique le même maelström. Mais il est vrai que chez Radio France, on est entre soi, c’est-à-dire de gauche. La profondeur du raisonnement le rend implacable. La démocratie, c’est mieux quand il y en a qui savent ce qu’il faut savoir. Pour le reste, tu comprendras quand tu seras grand.

Jacques de Guillebon

 

Vade retro platanas!

Depuis quelques mois, un psychodrame insoutenable se joue à Angers : la mairie plante des « arbres de la laïcité » que des individus malveillants s’empressent de décapiter sauvagement. Le gang des bûcherons (farceurs ? laïcophobes ? trafiquants de bois de chauffage ?) agit de nuit, et fait régner la terreur dans la communauté très soudée des arbres de la laïcité de toute la région.

Peut-être vous demandez-vous ce qu’est un « arbre de la laïcité ». Eh bien, c’est très simple : un végétal très proche de l’arbre commun, voire vulgaire, se composant de racines, d’un tronc, de branches et de feuilles mortes qu’on ramasse à la pelle… Mais ce qui le distingue des arbres vulgaires, c’est qu’on le plante pour commémorer la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l’État.

Il fait partie d’une forêt de symboles, comme disait le poète, et la République lui voue un culte païen qui ne faiblit pas. C’est pour cette raison que le maire socialiste d’Angers, Frédéric Béaste, a récemment exprimé sa « tristesse » et son « désarroi » après la décapitation de l’arbre de la laïcité de sa ville, accusant le ou les auteurs de mener  « une sorte de guérilla antirépublicaine à la petite semaine ». L’édile, désespéré, a rappelé à cette occasion qu’un précédent arbre du même métal avait subi un sort comparable au début du mois de novembre. Ces attentats antisylvestres « soulèvent l’indignation » nous apprend Ouest-France. Les élus et les habitants se sont « mobilisés pour la République ». Une nouvelle plainte a été déposée. « La République est plus forte que la haine », a déclaré un conseiller régional lors d’une manifestation qui a eu lieu au pied de la souche sciée.

Tant d’émotion nous fait vibrer, mais pose une question : et si les républicains étaient devenus plus sensibles aux symboles de la laïcité qu’à la laïcité elle-même ? Aux « arbres de la laïcité » qu’à ce qui la met en péril ? Qu’importe, pourvu que justice soit faite et les coupables pendus à la plus haute branche du prochain arbre…

François-Xavier Avajon

 

Vivre ensemble, mais manger entre soi…

Amateurs de Big Mac, allez bâfrer ailleurs : les habitants de la rue Montorgueil (Paris 2e) viennent d’obtenir l’annulation d’un projet d’implantation de McDo en bas de chez eux. Saisie par le maire EELV de l’arrondissement et par un comité de défense ad hoc, la Mairie de Paris a fini par annuler le projet, pourtant déposé et bouclé dans les règles. Motif invoqué : la « protection de l’artisanat et du commerce de proximité à Paris, prévue par le plan local d’urbanisme de la capitale ».

On est content pour les riverains, mais on rigole sous cape. Car quiconque connaît un peu le quartier – incontestablement le plus bobo de la capitale – a du mal à croire que le commerce de bouche aurait été mis en danger par cette implantation. Menacé par les donuts, le fabuleux Ali Baba de chez Stohrer, arrosé de rhum, of course, mais en sus garni de crème pâtissière et de raisins secs de Corinthe, que l’on sert au 51 de la rue depuis le règne de Louis XV ? Concurrencés par les nuggets, les succulents gastéropodes bourguignons au persil plat et curry de madras, de L’Escargot (au n° 38), dont raffolait Yves Saint Laurent ? Asséchés par une déferlante de Coca light, les daïquiris de Mi Cayito, l’excellent restaurant cubain de la contigüe rue Marie-Stuart ?

Alors, pourquoi tant de haine ? On n’ose imaginer que ce n’est pas seulement le fast-food qui a horrifié les riverains, mais aussi la population supposée s’y adonner. Jusqu’à présent, le RER déverse par milliers les banlieusards accros au McDo, Quick et autres KFC dans le tout proche quartier des Halles. Aurait-on craint que ces hordes de malbouffeurs viennent troubler l’ambiance so cosy d’un quartier Montorgueil rendu inhabitable par le bruit (de la foule) et l’odeur (de friture) ?

En tout cas, l’alerte était si chaude que la gauche n’a pas hésité à s’allier avec les élus UMP du coin, réputés pourtant fort droitiers. Mais bon, ce n’est pas moi qui irais moquer les alliances de circonstance, car me voilà pris en flagrant délit de défense de McDo alors que j’ai toujours été un partisan exclusif de Burger King…

Marc Cohen[/access]

Le racisme anti-blancs existe

14
racisme anti blancs licra

racisme anti blancs licra

La cour d’appel de Paris a rendu mardi 21 janvier sa décision dans l’affaire de l’agression du RER D dite du « racisme anti-blancs », survenue en 2010.

Alourdissant d’une année la peine de 3 ans de prison prononcée en première instance contre Arnaud Djender, reconnu coupable de violences volontaires, la cour d’Appel a en outre retenu la circonstance aggravante de racisme (anti-blancs) qui avait été écartée par le tribunal correctionnel en juin 2013.

La Cour a suivi les réquisitions de l’Avocat Général et admis la recevabilité de la circonstance aggravante de racisme soulevée par la LICRA, partie civile à l’audience.

Les faits remontent à septembre 2010.  À 6 heures du matin, Terrence Cheval, la victime âgée d’une vingtaine d’années, descend dans le métro à la station Strasbourg Saint Denis et se retrouve impliquée dans une bagarre qui dégénère. Il est alors battu par deux individus. Au cours de la rixe, des  agents de la RATP témoins des faits affirment avoir entendu le comparse de l’accusé (que l’on n’a jamais retrouvé)  traiter la victime de « sale blanc,  sale français » et « Gawerer » (qui signifie sale français en arabe, ndlr).  Arnaud Djender a toujours admis avoir battu et défiguré Terrence Cheval. Il  ni  en revanche  avoir insulté la victime, ce que les bandes vidéo n’ont pas permis de confirmer ou d’infirmer.

La question à laquelle devait répondre la Cour était  de savoir si une insulte du type « sale blanc, sale français » pouvait constituer une circonstance aggravante de racisme ; en d’autres termes, si le racisme pouvait concerner  les blancs. Le tribunal correctionnel avait rejeté cette demande des parties civiles

Mais la cour d’appel, contre toute attente,  s’est ralliée aux demandes du Ministère Public, et a reconnu la notion de racisme anti-blancs. L’avocat de la LICRA, Me Mario-Pierre Stasi, voit « une vérité judiciaire » dans la reconnaissance de « ce racisme au même titre que d’autres racismes, indépendamment de sa couleur de peau. »

« Indépendamment de la couleur de peau de qui ? », devrait-on alors demander au président de la commission juridique de la LICRA. Car si la notion même de racisme anti-blancs ne va pas de soi, il se trouve qu’en l’espèce Arnaud Djender est lui même blanc. C’est précisément ce qu’a souligné dés le début des débats son avocat, Me Grégoire Etrillard, pour écarter d’emblée toute accusation de racisme envers son client. Comment peut-on être raciste envers un blanc quand on l’est soi même ? Impensable selon son conseil.

La LICRA, refusant « d’ethniciser » le débat et de remettre en cause cette blancheur de peau revendiquée, s’est attachée à démontrer simplement que l’accusé a participé à l’agression «  en ayant pleinement conscience de la motivation raciste du coauteur », qui lui est métis. Car si Arnaud Djender s’avère blanc de peau, il est en fait d’origine kabyle et s’est décrit comme de « type arabe » lors des premiers interrogatoires devant le juge d’instruction, avant de se rétracter  à l’audience.

Pour Grégoire Etrillard, il s’agit « d’une  erreur de fait, car on aggrave la peine de (son) client pour des paroles qu’il n’a pas prononcées, doublée d’une erreur de droit, car on crée une complicité de circonstance aggravante de racisme ».  « Ce procès a été monté en épingle, la Justice doit revenir à sa juste proportion et juger Arnaud Djender pour ce qu’il a fait, pas  pour nourrir un débat de société », explique-t-il.

L’avocat envisage de se pourvoir en cassation. À suivre…

*Photo : 4alexandre.

Pas la peine d’attendre la social-démocratie au tournant

20

Question à 1000 Euros : les dernières conférences de presse du Président ont-elles été éclipsées par le Closergate ou ses annonces économiques furent-elles autant de paravents pour faire oublier la rue du Cirque?

De l’avis de la presse mondiale, la très pudique presse française a mollement cherché à savoir qui est aujourd’hui la « Première Dame ». Et en guise de réponse elle n’a obtenu qu’une énième pacte de responsabilité

La droite non plus n’a pas voulu se compromettre dans la « politique-caniveau ». Elle a oscillé entre le « chiche » un peu moqueur de Raffarin et l’attitude complètement désabusée d’un Jean-François Copé. On peut la comprendre. Hormis Pierre Gattaz, qui peut prendre au sérieux un tel tour de passe-passe ? Ce dernier prend pour argent comptant l’allègement des charges familiales pour les entreprises.

Or on parle déjà de l’arrêt du CICE, entré en vigueur depuis quelques jours et que personne ne comprend. Côté PS, on fait miroiter de sérieuses contreparties alors qu’il s’agit simplement de recycler ce crédit d’impôt déjà inefficace et, d’une pierre deux coups, de faire oublier les événements que vous savez.

De quoi donner du grain à moudre aux éditorialistes… Jean-Marc Ayrault, au bord de la démission en décembre après l’affaire du rapport sur l’intégration, avait utilisé le même procédé. Les médias avaient salué une courageuse initiative: la « remise à plat » de la fiscalité française. Tout un programme!

On sait qu’il n’en fut rien. Et Jean-Marc Ayrault est toujours là.

Marquée par le précédent Mauroy de 1983, la presse attend le « tournant social-démocrate » comme le Messie. Mais il n’aura pas lieu en 2014 ni en 2015 puisqu’il a déjà été pris… en 2011 sans connaître, bien sûr, d’interruption en 2012.

Fédéralisme, une chance pour les patries?

13
rubik cube europe

rubik cube europe

Par un hasard étonnant – l’un de ces hasards qui peuvent transformer les « périodes » en « époques », selon la célèbre distinction de Péguy –, il nous est donné de vivre l’épuisement concomitant du « modèle français » et du processus d’intégration européenne. L’un et l’autre nés sur les décombres de la Seconde Guerre mondiale, l’un et l’autre servis par la conjoncture heureuse des Trente Glorieuses, l’un et l’autre ébranlés par le basculement du monde consécutif à la fin de l’ex-URSS et l’accélération d’une mondialisation qui tend le flambeau de la puissance à d’autres, ils sortent laminés par cinq années d’une « crise » qu’il faudrait savoir nommer autrement tant elle dure.

Le « modèle français » craque en effet, et il craque sous ses deux espèces[access capability= »lire_inedits »] : sous l’espèce politique, le modèle national-républicain ne remplit plus ses promesses d’égalité et d’intégration ; sous l’espèce économique, le modèle social épuise l’appareil productif et fragilise toujours davantage l’environnement de l’individu qu’il prétend protéger. Le « modèle français » se réduit dans les faits à une interminable extension du domaine de l’État : un État omnipotent, tentaculaire et dévorateur, qui se regarde comme seul défenseur légitime d’un « intérêt général » de moins en moins évident, qui étouffe, gendarme ou encadre toute expression politique ou sociale qui lui échapperait, qui « régente plutôt qu’il ne règne », selon la subtile distinction de Stephen Hecquet. Ce modèle-là, dont de plus en plus de Français constatent l’inefficacité grandissante et le coût abyssal, est naturellement défendu par une classe politique formée pour le maintenir.

Quant à l’Europe, longtemps restée une technostructure anonyme et lointaine, à très faible teneur politique jusqu’au début des années 1990, elle connut un virage historique majeur avec la chute du mur de Berlin, le vote du traité de Maastricht, la perspective d’adhésion des « frères séparés » de l’Est et le lancement de l’euro. Elle allait « entrer dans l’Histoire »… Sanctionné en 2005 par les Français et les Néerlandais, ce coup d’accélérateur a fait long feu et la crise (les crises, plutôt : de l’euro, des dettes souveraines, de l’Europe politique) n’a fait que révéler au grand jour les faiblesses intrinsèques d’un projet politique au final incertain et mal servi par des responsables politiques nationaux disant « blanc » à Bruxelles et « noir » une fois rentrés chez eux. Restent, aux yeux des citoyens, une Europe « ouverte à tous les vents » (de la mondialisation, des produits chinois, de l’immigration incontrôlée, etc.), les « technocrates de Bruxelles » et des directives absurdes qui règlent la taille des bananes antillaises et mettent en péril les clubs de poneys de France et de Navarre – mais dont il faut tout de même rappeler qu’elles ont été, un jour, approuvées par un quelconque ministre français…

D’évidence, le « modèle français » et le projet européen ne souffrent pas de la même maladie. On pourrait même dire qu’ils se délitent pour des raisons contraires : le premier parce qu’il est saturé de politique, le second parce qu’il en est privé. La France républicaine s’épuise et épuise les Français par son idéologie égalitaire, laïque et centralisatrice. Laquelle a inspiré à Raymond Radiguet, qu’on n’attendait pas sur un tel sujet, cette fulgurance lumineuse : « Depuis 1789, on me force à penser, j’en ai mal à la tête… » L’Europe, elle, s’interdit avec constance d’affirmer qui elle est et prive par là les Européens des moyens de savoir où ils vont. La France républicaine ne veut voir qu’une seule tête, l’Europe institutionnelle n’a pas de visage. Il s’ensuit que les Français et les Européens, hommes concrets, définis et enracinés, commencent à s’en détourner sérieusement.

Y a-t-il une réponse à ce grand désinvestissement politique en cours ? Peut-être si l’on sait repartir de ces hommes concrets justement, tels qu’ils sont, porteurs d’identités singulières, capables d’exercer leur liberté et de s’organiser là où ils sont. La vieille idée fédérale – mais d’un fédéralisme bien compris – a peut-être de l’avenir…

Fédéralisme : on entend déjà pousser les hauts cris ! Le mot peut déplaire – et Dieu sait qu’il déplaît autant aux jacobins de la gauche qu’aux nationaux-étatistes de la droite… – mais la France est malade de son État et guérira du réveil de ses territoires et des gens qui y vivent. « L’homme est plus vieux que l’État », dit un antique adage germanique et, dans l’année qui vient de s’écouler, la « Manif pour tous » et les « bonnets rouges », par-delà leurs différences bien sûr et sans préjuger de leurs résultats, sonnent comme des signaux du ras-le-bol et du désir d’agir des hommes concrets d’en bas qui n’attendent plus rien de bon d’en haut. Ces chahuts sont des laboratoires.

Si le mot de « fédéralisme » déplaît, donc, qu’on en trouve un autre ou qu’on le taise mais sa conception de l’homme, des libertés et de l’organisation des pouvoirs peut servir de principe organisateur à la refondation : par le renforcement des libertés et de la responsabilité des personnes (car la politique doit avoir comme objectif de faire respirer et s’épanouir la société et non l’État), par la confiance dans la capacité de la société civile à s’organiser et à faire vivre les solidarités locales (la France compte 20 millions de bénévoles et 70 000 nouvelles associations chaque année), par la promotion de l’initiative économique individuelle (un peu plus de 20 000 entreprises créées chaque mois), par la respiration des territoires (les Français sont attachés à leur commune et les régions sont le bon échelon pour le développement économique).

Ces pistes modèlent ce que pourrait être la France demain, car nous savons que les Français ont besoin d’une nouvelle pédagogie de l’enracinement. Ni tabous, ni gros mots, l’appartenance, l’identité, les racines n’interdisent ni l’ouverture à l’autre, ni l’accès à l’universel. Elles les précèdent. C’est d’elles qu’il faut partir. Mais après quarante ans d’un débat jacobin stérile entre réduction de l’identité française aux valeurs républicaines à gauche et célébration de la « France seule » à la droite de la droite, il est temps d’ouvrir les fenêtres et d’oser renverser les totems : la France n’est pas la France sans ses provinces et la France n’est pas la France sans l’Europe. Il faut en finir avec l’obsession unitaire qui étouffe et uniformise.

La patrie, les patries, respirent mieux que la République égalitaire. Subsidiarité à l’intérieur (contre le centralisme) et fédéralisme à l’extérieur (plutôt que la hantise de la frontière) peuvent désormais se conjuguer pour réinventer l’« art d’être français »… Quant à l’Europe, sa refondation sur une base authentiquement fédérale pourrait être la clé de la ré-adhésion des Européens à son projet. Car il est faux d’affirmer qu’elle est aujourd’hui fédérale. C’est un abus de langage utile à ses détracteurs. On l’a dit, elle est un objet politique non identifié, largement dominé par les États et la logique inter- gouvernementale. Et quant aux quelques figures qui se prétendent « fédéralistes » (on pense à Guy Verhofstadt ou Dany Cohn-Bendit), ce sont de vrais centralisateurs européens pour qui l’accroissement des pouvoirs de « Bruxelles » constitue l’alpha et l’oméga de l’avenir du continent.

Car malgré l’inscription du principe de subsidiarité, dès 1992, dans le traité de Maastricht, l’Europe fédérale, authentiquement fédérale, reste à faire. Comme le montre bien le politologue allemand Carl Joachim Friedrich, le fédéralisme est moins un modèle statique et uniforme qui organise les pouvoirs et les compétences qu’une dynamique ascendante et subsidiaire qui part d’en bas pour ne faire remonter en haut que les compétences qui ne peuvent pas être mieux exercées plus bas. L’Europe, pour être fédérale, ne doit pas partir de Bruxelles mais aboutir à Bruxelles.

C’est seulement par cette voie, respectueuse des identités et des autonomies locales, confiante dans la capacité des Européens à s’organiser et n’assumant en haut que le strict nécessaire, qu’une nouvelle Europe sera possible. Laissant aux territoires le soin d’un maximum de compétences (éducation, santé, police, développement économique, etc.), cette Europe, soumise au contrôle strict des citoyens et des territoires fédérés, se chargera du régalien et du transversal (monnaie, défense, diplomatie, commerce international, police aux frontières).

Elle cessera ainsi d’être le « monstre froid » et presque ennemi qu’elle est devenue aux yeux de nombre de citoyens pour devenir ce qu’elle doit être : la structure faîtière (et légère) d’un peu plus de 500 millions d’Européens divers, enracinés et libres – Français y compris…[/access]

*Photo: Soleil

Syrie : Assad revient dans le jeu diplomatique

44
syrie geneve assad

syrie geneve assad

Manuel Valls vient de rappeler l’urgence de la situation en Syrie: 130 000 morts et 2.4 millions de réfugiés en trois ans de guerre civile. Selon le ministre de l’Intérieur, le nombre de jeunes jihadistes français qui s’y rendent augmente, leur radicalisation aggrave la menace terroriste sur notre territoire. Dans ce contexte, on peut juger bienvenue une négociation diplomatique telle que « Genève 2 ».
Bachar Al-Assad, qui gagne chaque jour un peu plus de terrain, y voit une occasion de réintégrer le système diplomatique mondial par l’intermédiaire de l’ONU. La composition de son équipe (en majorité des diplomates et des communicants) est révélatrice de son intention : donner une image responsable de son régime.

On comprend les réticences de l’opposition syrienne à rejoindre les technos baathistes en Suisse. En très grande difficulté sur le terrain, l’Armée syrienne Libre est déconfite, et la coalition nationale syrienne, minée par les divisions internes, n’a pas vraiment de relais sur le terrain. Bref, les discussions de Genève 2 s’annoncent comme une conférence au sens littéral du terme. Chacun va déclamer son point de vue : démission d’Assad d’un côté, soutien à Assad de l’autre.

Une occasion manquée dès le 11 janvier quand Laurent Fabius a réuni « les amis de la Syrie » à Paris. Une belle déclaration fut prononcée par notre ministre pour répéter l’objectif de Genève 2 : « la constitution d’un gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs exécutifs (…) C’est le régime de Bachar al-Assad qui nourrit le terrorisme. Il faut faire en sorte que ce régime voit sa fin« .
Autrement dit, pas de changement par rapport aux conclusions de Genève 1. Normal car la position française n’a pas évolué depuis juin 2012, lorsque l’Occident anticipait une chute imminente du régime. Cette position semble ignorer que les alliés chiites de Bachar sont entrés en force dans la mêlée et le rapport de force s’est depuis inversé. Face à ce nouvel état de fait, Ban Ki-moon et Lakhdar Brahimi ont proposé d’inclure l’Iran dans les négociations afin de réunir tous les belligérants autour de la table.

C’était sans compter sur « les amis (sunnites) de la Syrie« , qui conditionnent leur participation à la conférence d' »un préalable » en forme de conclusion:  « Il est évident qu’aucun pays ne saurait participer à cette conférence s’il n’en acceptait pas expressément le mandat » a asséné Laurent Fabius. Mais si tout est décidé d’avance, pourquoi se déplacer sur les bords du lac Léman?

Sans que le chef de la diplomatie française ne s’en soit aperçu, « la conférence de Genève II a déjà eu lieu » analysait malicieusement l’universitaire Fabrice Balanche en novembre. En acceptant la proposition russe de désarmement de l’arsenal chimique syrien, les Américains ont tacitement accepté le maintien d’Assad. Le gel des livraisons d’armes aux rebelles a fait comprendre aux indécis que la confiance américaine dans les groupuscules djihadistes qui combattent le régime syrien était rompue. Dans ces conditions, Bachar constitue un moindre mal.
Aussi, juste après que « les amis de la Syrie » eurent rappelé leur position autour de Laurent Fabius, John Kerry accueillait Sergueï Lavrov à l’ambassade américaine à Paris. Peu après, les deux ministres faisaient part d’une initiative pour la négociation d’un cessez-le-feu et d’une intervention humanitaire limitée. Encore un camouflet pour Laurent Fabius.

Et il s’en est fallu de peu que les iraniens aillent à Montreux. Il faut croire que la réintégration officielle de l’Iran dans le concert des nations, souhaitée par Moscou, semble encore prématurée pour les Américains. Certes, la mise en œuvre de l’accord sur le nucléaire iranien est en bonne voie mais pour les alliés traditionnels de Washington, c’était l’affront de trop: l’Arabie saoudite et la coalition nationale syrienne ont publiquement menacé de ne pas participer aux discussions en cas de présence iranienne. Si la réconciliation irano-saoudienne n’est pas pour demain, Genève 2 sera l’occasion pour la « communauté internationale » de renouer le contact diplomatique avec le régime syrien. C’est déjà beaucoup.

*Photo : Bassem Tellawi/AP/SIPA. AP21510328_000021.

Faut-il décoloniser l’utérus ?

84
espagne preciado eglise

espagne preciado eglise

Dans Libération, la philosophe Béatriz Préciado vient de publier une tribune appelant les Espagnols et tou(te)s les lecteurs/lectrices du monde à une prise de conscience féministe. Comme j’aime les philosophes, et puis surtout les femmes, je me suis mis à la lecture de l’article.

Il faut dire qu’elle commençait bien, sa tribune: « Enfermés dans la fiction individualiste néolibérale, nous vivons avec la croyance naïve que notre corps nous appartient, qu’il est notre propriété la plus intime, alors que la gestion de la plupart de nos organes est assurée par diverses instances gouvernementales ou économiques ». Je l’aurai signé des deux mains, et des deux pieds aussi, s’il l’avait fallu. Avec cette idée que par un malicieux tour de passe-passe, la société marchande nous fait croire que nos corps sont des meubles dont nous sommes propriétaires. Non, vraiment, cela commençait bien. Elle continue :

« Chaque femme porte en elle un laboratoire de l’Etat-nation, et c’est de sa gestion que dépend la pureté de l’ethnie nationale. »  C’est ici que je la perds, la philosophe. Je croyais lire une critique actuelle de l’état marchand, et voilà que je me retrouve avec une froide synthèse d’histoire des idées politiques. Pourquoi remonte-t-elle aussi loin ? Car la théorie de l’Etat-nation, à strictement parler, est une doctrine de physique politique nous expliquant que les individus sont d’abord les fils d’une société à laquelle ils doivent tout.  Pour dire vite, les sexes seraient encore arraisonnés par un mythe national. Cela sent la naphtaline. Or, que ne lis-je pas quelques lignes plus loin: il faudrait selon elle « décoloniser l’utérus ». Sapristi saucisse. On est en effet en pleine crise financière de 29, ou quelque chose dans le genre. L’utérus, qu’il fallait protéger coûte que coûte, devient selon les mots de la philosophe un terrain d’exploitation, un chantier en travaux, une propriété …

Mazette. Je comprends enfin qu’il s’agit d’avortement, comme c’était marqué en gros et gras dans le chapô. Dame Béatriz poursuit en livrant toute son analyse sur les arcanes et les ourdis du gouvernement espagnol, et ça m’intéresse :

« Le gouvernement Rajoy, proche des intégristes catholiques de l’Opus Dei et du cardinal Rouco Varela, entend aujourd’hui occuper le corps féminin comme lieu ultime où se joue, non seulement la reproduction nationale, mais aussi la définition de l’hégémonie masculine. »  Encore de l’histoire. Une expression me chagrine Qu’emploie-t-elle, pour évoquer la procréation ? La notion de « reproduction nationale ». ? Je pensais que le terme de reproduction fût d’ordinaire attribué aux photocopieuses (cela lui permettra peut-être un jour de filer la métaphore du jet d’encre). Elle continue de s’adresser à nous(mais à ce moment-là, nous ne sommes plus un nous, seulement des vis et des écrous, des pistons qui tentons de nous ajuster par la force à des bielles) avec force vindicte :

« Ton utérus est un territoire de l’Etat, domaine fertile pour la souveraineté nationale catholique. Tu n’existes qu’en tant que mère. Ecarte les jambes, deviens terre d’insémination, reproduis l’Espagne. ». 

Ici, je décroche totalement. Je crois me souvenir d’avoir séché les cours sur Ferdinand II d’Aragon et Isabelle de Castille. Son histoire de reconquête par l’entrecuisse me parle quand même un peu.  Elle me ramène à un temps où la cohésion du royaume se faisait par l’étreinte charnelle. Mais Béatriz Préciado préfère la chimie et les laboratoires. Je poursuis : Depuis cette modeste tribune, j’invite tous les corps à faire la grève de l’utérus. Affirmons-nous en tant que citoyens entiers et non plus comme utérus reproductifs. Par l’abstinence et par l’homosexualité, mais aussi par la masturbation, la sodomie, le fétichisme, la coprophagie, la zoophilie… et l’avortement.

C’est Torquemada. Je ne suis pas contre une certaine ascèse, mais elle charrie sévère, la Béatriz. Souffrir comme st Benoît l’abstinence m’a toujours été présenté comme une grâce du Ciel, et je crois ne pas en bénéficier. Pour ce qui est de la masturbation, l’activité pourrait se montrer sauvagement exigeante à la longue : avec cette nécessité de forcer l’imagination, quand on pourrait étreindre un corps, un vrai. Mes réticences ne sont-elles pas légitimes ? Enfin , manger du caca, quand on vit à Paris, avec ces restaurants que borde l’île St Louis, qui s’allongent rue Mouffetard, quand ils ne vous jaillissent pas tout à coup d’une petite ruelle à la croisée du faubourg Montmartre… Non, vraiment, la coprophagie serait une loi plus dure que l’ascétisme monacal.

Avant de conclure, l’inquisitrice philosophe résume son programme en une sentence tout à fait charmante, ouverte sur la diversité et amie de l’Autre : « Ne laissons pas pénétrer dans nos vagins une seule goutte de sperme national catholique. » No passaran, les zizis. Fermez les cuisses, toutes. Et nous qui, amis de la liberté, nous étions préparés à une grande partouze… Décidément, ils ne sont vraiment pas drôles dans le camp d’en face.

*Photo : Chameleons Eye / Rex Fe/REX/SIPA. REX40233320_000044. 

L’Union impopulaire

119
airbus europe reussite

airbus europe reussite

De mémoire d’Européen, jamais la situation de l’Europe, sa patrie supposée, n’a été pire. Du moins dans sa tête. Sondage après sondage, l’Union apparaît comme une créature chétive et mal-aimée, responsable de tous les maux dont souffrent ses citoyens – le « nouvel homme malade de l’Europe » selon le titre de la dernière étude d’opinion approfondie que lui a consacrée l’excellent Pew Research Center en mai. La sanction politique de cet état d’esprit est la montée en force des partis populistes et europhobes, qui menacent de submerger le prochain Parlement européen.

Les raisons de ce désamour varient d’un pays à l’autre. En France,[access capability= »lire_inedits »] où la construction européenne était volontiers considérée comme la prolongation de la puissance nationale, la désaffection est d’autant plus forte que c’est l’Allemagne qui est la mieux armée pour profiter de ce surcroît de puissance. Celle-ci, seule nation à sortir indemne de l’interminable crise qui affecte le continent, n’entend pas servir de tiroir-caisse au bénéfice des mauvais coucheurs de la maison commune. Dans les économies périphériques de l’Union, pays de sa ceinture méridionale et nouveaux venus de l’ex-empire soviétique, l’Europe apparaît comme un père fouettard plutôt que comme la mère nourricière promise. Partout, la crise creuse les inégalités, excite les nationalismes, ouvre un boulevard aux démagogues de tout poil. Et met à nu les imperfections d’une construction européenne qui croule sous le poids de ses propres contradictions.

Tout cela est bien connu. Mais à qui la faute ? La faute à « Bruxelles », répond le chœur unanime des imprécateurs. À « Bruxelles », avec sa manie régulatrice, ses oukases administratifs ridicules, règlementant tous azimuts, de la forme des bananes à la taille des avertissements inscrits sur les paquets de cigarettes en passant par le contenant de l’huile d’olive sur les tables de restaurant. À « Bruxelles », repaire de fonctionnaires anonymes que personne n’a élus, pouvoir opaque assiégé par les lobbys et dominé par la pensée unique ultra-libérale.

Mauvaise réponse. « Bruxelles » n’est que l’émanation des gouvernements nationaux, surtout des plus puissants. « Bruxelles » est l’expression de la trahison de l’idée européenne par deux générations de dirigeants qui ont délaissé le projet communautaire au profit de la méthode intergouvernementale. Qui se souvient que le Conseil européen, organe éminemment intergouvernemental qui s’est arrogé la direction effective de l’Union, n’existe que depuis le milieu des années 1970 et n’a d’existence légale que depuis l’Acte unique de 1987 ?

Car l’Europe a été d’abord une idée, et de même que les souverainistes protègent la leur, il fallait la défendre. Sans mépris, car il n’est pas déshonorant de s’arc-bouter sur la patrie et de rejeter tout pouvoir supranational ; mais sans faiblesse ni faux-fuyant, en se livrant à une véritable pédagogie de l’Europe. Il n’était pas si difficile de montrer en quoi cet « empire sans empereur », édifié par la libre adhésion des peuples sur les ruines de deux conflits mondiaux, était une entreprise inouïe, proprement révolutionnaire, un saut de civilisation.

Cette pédagogie n’a jamais été tentée. Les adversaires de l’Europe sont vent debout, ses partisans la défendent du bout des lèvres. Pis, « Bruxelles » est devenue le punching- ball des gouvernements nationaux – ce qui est bien, c’est nous, ce qui est mauvais, c’est « Bruxelles » – en faisant mine d’oublier que rien ne s’y passe sans leur aval. Étonnez- vous, après cela, que l’Europe soit devenue impopulaire et que, scrutin après scrutin, les Européens votent contre elle, ou ne votent pas du tout !

Tout cela ne signifie pas que l’Europe se porte bien. Elle se porte objectivement mal. Comme un enfant souffreteux né avec un problème cardiaque et survivant grâce à des soins intensifs, elle souffre d’un défaut congénital : c’est d’avoir fabriqué un objet politique en le maquillant en projet économique, comme s’il existait d’économie autre que politique. L’invention de l’euro fut le summum de cette absurdité. Pour la première fois dans l’histoire des sociétés humaines organisées, on a prétendu créer une monnaie, ce marqueur absolu de la souveraineté, sans l’adosser à une entité souveraine. Tant que l’Europe prospérait sous la protection américaine, cette construction baroque a fonctionné tant bien que mal. L’implosion de l’empire soviétique, l’élargissement massif qui s’en est suivi, la crise enfin, ont démontré les limites d’une méthode qui n’en était pas une. Un géant économique aux pieds d’argile politiques est condamné à mordre la poussière.

Que faire ? Pour les adversaires de toujours de l’idée européenne, la messe est dite : défaisons l’Europe. Le plus troublant est que des Européens convaincus rejoignent désormais le camp eurosceptique. Qu’un François Heisbourg préconise, dans un livre choc (La Fin du rêve européen, Stock), la sortie « consensuelle, organisée » de l’euro, en dit long sur l’état de désenchantement de nombre d’europhiles, convaincus qu’il sont que l’Europe s’avère incapable de se doter du minimum requis de structures fédérales pour échapper au cercle vicieux de l’austérité, de l’appauvrissement et de la montée des forces réactionnaires qui la condamne à l’implosion.

C’est une fausse solution. La sortie de l’euro, « organisée » ou pas, serait une telle catastrophe qu’elle ferait passer la crise actuelle pour une péripétie sans conséquence. Malgré tous ses défauts, l’euro a servi de bouclier aux économies les plus faibles de l’Union, en même temps que de frein correctif aux plus puissantes, au premier rang desquelles l’allemande. Les opinions publiques ne s’y sont pas trompées, qui restent toutes, Grèce comprise, massivement favorables à la survie de la monnaie unique.

En l’occurrence plus lucides que leurs élites, les citoyens comprennent d’instinct que l’émiettement de l’Europe en États-nations derechef pleinement souverains ne résoudrait en rien le problème de leur dette ni ne leur ferait retrouver le chemin de la croissance. Sans même évoquer la panique des marchés, comment ferait la Grèce, pour ne parler que d’elle, pour honorer ses dettes et financer ses achats d’énergie et de biens manufacturés en drachmes dévaluées ? Et comment l’Allemagne pourrait-elle lui vendre quoi que ce soit avec un mark surévalué ?

L’essentiel est ailleurs. L’Europe elle-même, soit la plus belle idée que le XXe siècle ait enfantée, ne survivrait pas à la disparition de l’euro. Pour Helmut Kohl, le choix c’était « l’Europe ou la guerre ». Il avait sans doute tort. L’Europe n’est pas la cause de la paix, c’est sa conséquence. Même si la maison européenne s’effondrait demain, ce ne serait pas la guerre pour autant. Aussi bien, l’alternative qui se pose aux Européens, ce n’est pas « l’Europe ou la guerre », mais « l’Europe ou le chaos ». Et aussi, excusez du peu, l’Europe ou l’insignifiance, ou, si l’on préfère, l’Europe ou la sortie définitive de l’Histoire. À l’heure où notre monde globalisé s’organise en grands ensembles et où, à nouveau, les

Cependant, ce n’est pas que l’Europe ait mauvaise presse et que l’État-nation se porte comme un charme. Le plus paradoxal, dans la situation actuelle, est que, à l’exception notable de l’Allemagne, le discrédit qui frappe les gouvernements nationaux soit au moins aussi dévastateur que celui dont souffre l’Union. Certes, la langue commune, les références culturelles partagées, l’habitude, rendent l’état de la démocratie nationale plus solide, ou moins désespéré, alors que l’UE opère dans un vide politique total.

Mais la crise de confiance est générale. Elle affecte les élites en tous genres, dirigeants politiques, partis, institutions. C’est une crise de la démocratie. Tuer l’Europe pour sauver les peuples ? Allons donc…

La bonne nouvelle est que personne ne tuera l’Europe, pour la raison simple que les dirigeants européens, aussi sceptiques et insuffisants soient-ils, savent qu’ils n’ont pas de solution de rechange. Bien sûr, ils ne feront pas non plus ce qu’il faudrait pour créer les conditions d’une véritable démocratie européenne ; le saut vers un gouvernement démocratiquement issu d’élections générales sur l’ensemble du territoire de l’Union n’est pas pour demain. Cela viendra peut-être un jour – après tout, à l’échelle de l’Histoire, les six petites décennies de construction européenne valent un battement de cils. Il serait malvenu d’exiger de cette construction originale, sans précédents sur lesquels elle puisse prendre appui, qu’elle ait la force de l’État-nation, lequel a d’ailleurs mis des siècles à se mettre en place.

En attendant, l’Europe bricole, comme elle l’a toujours fait. Péniblement, avec acrimonie, sans panache ni générosité, des garde-fous se mettent en place, des institutions voient le jour, l’Union bancaire est en marche, un semblant de « gouvernement économique » est en gestation. Sans doute, aussi, se dirige-t-on vers une Europe à deux ou plusieurs vitesses ou, si l’on préfère, une Europe à cercles concentriques, au cœur de laquelle on trouverait une sorte de « coalition de volontaires » qui veulent ou peuvent aller plus loin. Certes, nous sommes loin de l’élan et de l’enthousiasme du « New Deal » dont elle aurait besoin. Mais c’en est assez pour sauver l’euro et préserver l’avenir. À sa manière chaotique et titubante, l’Europe sortira de la crise plus forte qu’elle n’y est entrée. On eût aimé que ce fût par choix ; ce sera par manque de choix. Ce n’est pas glorieux, mais c’est mieux que rien.

Au fait, c’est toujours ainsi que fonctionne la démocratie, régime gris et terne, constitué de compromis sans gloire et d’arrangements à la petite semaine, qui ne laisse découvrir ses charmes puissants qu’à ceux qui n’en bénéficient pas. Comme la démocratie, l’Europe n’est grande et belle qu’aux yeux de ceux qui frappent à sa porte.

Espérons qu’elle ne le deviendra pas pour ses citoyens seulement le jour où, par aveuglement coupable, ils l’auront définitivement perdue.[/access]

*Photo: Christophe Ena/AP/SIPA. AP21506923_000003

Au ballon pour un ballon !

6

Jusque-là je n’avais jamais entendu parler de David Van Hemelryck ni de son mouvement « Hollande-démission ». Ou plutôt si, j’en avais entendu causer, mais sans savoir que c’était lui, à propos du fort malvenu sifflage du chef de l’Etat lors des dernières commémorations de l’Armistice de 1918. A mon avis, les lazzis, y’a des endroits pour ça, et les Champs-Elysées le 11 novembre n’en font certainement pas partie.

Toujours est-il que ce garçon agité, dont les agences précisent qu’il est polytechnicien, a fait reparler de lui ce week-end. A l’orée d’une micromanif droitière place du Chatelet, il a été interpellé, dimanche vers 14 h, au motif qu’il gonflait un mini dirigeable où était inscrit son slogan fétiche appelant le président à prendre sa retraite avant 65 ans.

À ma connaissance, il n’y a pas de loi interdisant aux polytechniciens de gonfler des ballons, ni de réclamer pacifiquement un changement illico au sommet de l’Etat. Ce n’est d’ailleurs pas pour ça qu’on l’a embastillé Van Hemelryck tout un après-midi.

Non, si les gardiens de la paix ont sévi, ce serait, nous disent les gazettes, parce que la forme oblongue de son dirigeable « évoquait celle d’une quenelle »…

Et moi je trouve que ce fait d’armes évoque furieusement Honoré Daumier…

daumier-poire-ballon

Papa coud et maman lit

280
peillon abcd vallaud egalite

peillon abcd vallaud egalite

L’ABCD de l’égalité, vaste programme de rééducation des masses engagé par Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem, dont nous avons appris qu’il était déjà en place depuis le mois de septembre et qu’il avait commencé par la formation des inspecteurs et des chefs d’établissements, constitue une pure et simple entreprise idéologique. Depuis la semaine dernière, les médias s’en font les porte-paroles les plus actifs. Objectif officiel : effacer les inégalités entre les sexes qui déterminent trop souvent l’orientation scolaire et professionnelle des garçons et des filles, ce depuis le plus jeune âge. Objectif officieux officieux : extirper de l’esprit de nos enfants les stéréotypes liés aux genres qui déterminent leur vie.

Pour réformer les esprits, Vincent Peillon, aidé de Najat Vallaud-Belkacem, a décidé de s’en prendre aux plus malléables, ceux des enfants. Mais pas seulement. « Najat Vallaud-Belkacem veut éduquer les pères » jugés responsables de transmettre à leurs enfants les idées stéréotypées selon lesquelles les filles ne peuvent qu’être coiffeuses, maîtresses d’école ou secrétaires et les garçons footballeurs, pompiers ou patrons, précisait Léa Salamé sur I>télé mercredi dernier. On avait compris que Mme Vallaud-Belkacem n’aimait pas beaucoup la masculinité, la voilà qui dévoile chaque jour un peu plus son fantasme d’un Etat maternaliste total.

Pour se faire une idée de ce qu’est une idéologie en actes, il faut regarder le débat animé par Elisabeth Quin dans l’émission « 28 minutes » d’Arte du 14 janvier, qui opposait Nicole Abar, ancienne footballeuse de haut niveau et chargée de mission pour l’ABCD de l’égalité et Nacira Guenif-Souilamas, sociologue sans arguments autres que son idéologie, à Olivier Vial, président de l’UNI et porte-parole de l’Observatoire sur la théorie du genre, dont les arguments factuels étaient constamment balayés par les deux idéologues.

Pour commencer, les promoteurs de l’ABCD de l’égalité insistent sur le fait – censé nous rassurer –qu’il s’agit d’une expérimentation du ministère de l’Education nationale, expérimentation dont les enfants sont les premiers cobayes, mais qui n’oublie pas les adultes, coupables d’inculquer à leur progéniture les idées selon lesquelles un garçon et une fille, ce ne serait pas tout à fait pareil.

Soyez rassurés, nous dit-on encore, d’autres l’ont fait avant nous, notamment la Suède. Là, nous explique doctement un journaliste d’ I>télé, certains couples élèvent leurs enfants de la manière la plus neutre possible, en leur choisissant des prénoms qui ne soient pas « genrés » et sans jamais leur révéler leur identité sexuelle.

« Pop » n’est donc ni un garçon ni une fille mais seulement « Pop », paraît-il. Et de nous apprendre que les Suédois ont également introduit un nouveau pronom neutre dans leur langue, lequel remplace le « il » et le « elle », afin de promouvoir l’égalité des chances des filles et des garçons. « Cela est une question de démocratie » explique une directrice d’école interrogée par les journalistes en mission, lesquels nous apprennent également qu’une marque de vêtements suédois a supprimé de ses magasins les rayons filles et garçons pour ne pas jouer le jeu des stéréotypes de genre. Ces initiatives ne font pas polémique en Suède qui, nous dit-on encore, est un pays très avancé en ce domaine. La France est ainsi priée de se conformer à l’Esprit de l’Histoire que la Suède incarne aujourd’hui.

Malheureusement, on chasse le naturel, il revient au galop. C’est ce qui a été observé dans les écoles où les jeux neutres sont mis en avant (entendez des jeux où chaque rôle peut être tenu indifféremment par une fille ou un garçon). Dès qu’on cesse d’imposer ces jeux neutres aux enfants, les garçons retournent jouer aux pompiers et les filles à la dînette. Ainsi, nous explique Nacira Guenif-Souilamas, il faudrait commencer par changer le nom de l’école maternelle et l’appeler par exemple école passerelle. Avouons que ce terme a le mérite du flou, à défaut d’une consonance agréable.

Il faut ensuite travailler sur l’inconscient car les obstacles à la réussite des femmes viennent souvent d’elles-mêmes et sont invisibles ; les hommes, eux, répètent le même schéma inconsciemment et l’inculquent à leurs enfants.

Nicole Abar préconise donc de dépêcher plus d’enseignants hommes dans les petites classes du primaire car il ne faut pas seulement féminiser les professions masculines, mais aussi masculiniser les professions féminines. C’est un combat sérieux et Vincent Peillon l’affirme : « ce dispositif (l’ABCD de l’égalité) est tout sauf anecdotique ». C’est bien ce qui est en droit de nous effrayer. Va-t-on forcer les hommes à devenir instituteurs, puériculteurs et sages-hommes ? Va-t-on forcer les femmes à déserter ces emplois au nom de l’égalité hommes-femmes ?

Non, nul besoin de forcer qui que ce soit, nous le ferons de nous-mêmes. Nicole Abar nous explique déjà qu’une directrice qu’elle formait s’est reprise toute seule après avoir commis un horrible lapsus sexiste (genré dit-on dans leur langage). Elle avait d’abord dit qu’elle faisait jouer ses enfants « à la marchande ».

Reste une question essentielle : qu’est-ce qui fait naître chez certains de nos congénères l’ambition de rééduquer les masses malgré elles ? Au fond, c’est la seule question qu’il faudrait poser à Vincent Peillon et Najat Vallaud-Belkacem.

 

*Photo :  LECARPENTIER-POOL/SIPA.  00652846_000004.