La cour d’appel de Paris a rendu mardi 21 janvier sa décision dans l’affaire de l’agression du RER D dite du « racisme anti-blancs », survenue en 2010.

Alourdissant d’une année la peine de 3 ans de prison prononcée en première instance contre Arnaud Djender, reconnu coupable de violences volontaires, la cour d’Appel a en outre retenu la circonstance aggravante de racisme (anti-blancs) qui avait été écartée par le tribunal correctionnel en juin 2013.

La Cour a suivi les réquisitions de l’Avocat Général et admis la recevabilité de la circonstance aggravante de racisme soulevée par la LICRA, partie civile à l’audience.

Les faits remontent à septembre 2010.  À 6 heures du matin, Terrence Cheval, la victime âgée d’une vingtaine d’années, descend dans le métro à la station Strasbourg Saint Denis et se retrouve impliquée dans une bagarre qui dégénère. Il est alors battu par deux individus. Au cours de la rixe, des  agents de la RATP témoins des faits affirment avoir entendu le comparse de l’accusé (que l’on n’a jamais retrouvé)  traiter la victime de « sale blanc,  sale français » et « Gawerer » (qui signifie sale français en arabe, ndlr).  Arnaud Djender a toujours admis avoir battu et défiguré Terrence Cheval. Il  ni  en revanche  avoir insulté la victime, ce que les bandes vidéo n’ont pas permis de confirmer ou d’infirmer.

La question à laquelle devait répondre la Cour était  de savoir si une insulte du type « sale blanc, sale français » pouvait constituer une circonstance aggravante de racisme ; en d’autres termes, si le racisme pouvait concerner  les blancs. Le tribunal correctionnel avait rejeté cette demande des parties civiles

Mais la cour d’appel, contre toute attente,  s’est ralliée aux demandes du Ministère Public, et a reconnu la notion de racisme anti-blancs. L’avocat de la LICRA, Me Mario-Pierre Stasi, voit « une vérité judiciaire » dans la reconnaissance de « ce racisme au même titre que d’autres racismes, indépendamment de sa couleur de peau. »

« Indépendamment de la couleur de peau de qui ? », devrait-on alors demander au président de la commission juridique de la LICRA. Car si la notion même de racisme anti-blancs ne va pas de soi, il se trouve qu’en l’espèce Arnaud Djender est lui même blanc. C’est précisément ce qu’a souligné dés le début des débats son avocat, Me Grégoire Etrillard, pour écarter d’emblée toute accusation de racisme envers son client. Comment peut-on être raciste envers un blanc quand on l’est soi même ? Impensable selon son conseil.

La LICRA, refusant « d’ethniciser » le débat et de remettre en cause cette blancheur de peau revendiquée, s’est attachée à démontrer simplement que l’accusé a participé à l’agression «  en ayant pleinement conscience de la motivation raciste du coauteur », qui lui est métis. Car si Arnaud Djender s’avère blanc de peau, il est en fait d’origine kabyle et s’est décrit comme de « type arabe » lors des premiers interrogatoires devant le juge d’instruction, avant de se rétracter  à l’audience.

Pour Grégoire Etrillard, il s’agit « d’une  erreur de fait, car on aggrave la peine de (son) client pour des paroles qu’il n’a pas prononcées, doublée d’une erreur de droit, car on crée une complicité de circonstance aggravante de racisme ».  « Ce procès a été monté en épingle, la Justice doit revenir à sa juste proportion et juger Arnaud Djender pour ce qu’il a fait, pas  pour nourrir un débat de société », explique-t-il.

L’avocat envisage de se pourvoir en cassation. À suivre…

*Photo : 4alexandre.

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