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Syrie : Assad revient dans le jeu diplomatique

Syrie : Assad revient dans le jeu diplomatique

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Manuel Valls vient de rappeler l’urgence de la situation en Syrie: 130 000 morts et 2.4 millions de réfugiés en trois ans de guerre civile. Selon le ministre de l’Intérieur, le nombre de jeunes jihadistes français qui s’y rendent augmente, leur radicalisation aggrave la menace terroriste sur notre territoire. Dans ce contexte, on peut juger bienvenue une négociation diplomatique telle que “Genève 2”.
Bachar Al-Assad, qui gagne chaque jour un peu plus de terrain, y voit une occasion de réintégrer le système diplomatique mondial par l’intermédiaire de l’ONU. La composition de son équipe (en majorité des diplomates et des communicants) est révélatrice de son intention : donner une image responsable de son régime.

On comprend les réticences de l’opposition syrienne à rejoindre les technos baathistes en Suisse. En très grande difficulté sur le terrain, l’Armée syrienne Libre est déconfite, et la coalition nationale syrienne, minée par les divisions internes, n’a pas vraiment de relais sur le terrain. Bref, les discussions de Genève 2 s’annoncent comme une conférence au sens littéral du terme. Chacun va déclamer son point de vue : démission d’Assad d’un côté, soutien à Assad de l’autre.

Une occasion manquée dès le 11 janvier quand Laurent Fabius a réuni “les amis de la Syrie” à Paris. Une belle déclaration fut prononcée par notre ministre pour répéter l’objectif de Genève 2 : “la constitution d’un gouvernement de transition doté des pleins pouvoirs exécutifs (…) C’est le régime de Bachar al-Assad qui nourrit le terrorisme. Il faut faire en sorte que ce régime voit sa fin“.
Autrement dit, pas de changement par rapport aux conclusions de Genève 1. Normal car la position française n’a pas évolué depuis juin 2012, lorsque l’Occident anticipait une chute imminente du régime. Cette position semble ignorer que les alliés chiites de Bachar sont entrés en force dans la mêlée et le rapport de force s’est depuis inversé. Face à ce nouvel état de fait, Ban Ki-moon et Lakhdar Brahimi ont proposé d’inclure l’Iran dans les négociations afin de réunir tous les belligérants autour de la table.

C’était sans compter sur “les amis (sunnites) de la Syrie“, qui conditionnent leur participation à la conférence d'”un préalable” en forme de conclusion:  « Il est évident qu’aucun pays ne saurait participer à cette conférence s’il n’en acceptait pas expressément le mandat » a asséné Laurent Fabius. Mais si tout est décidé d’avance, pourquoi se déplacer sur les bords du lac Léman?

Sans que le chef de la diplomatie française ne s’en soit aperçu, “la conférence de Genève II a déjà eu lieu” analysait malicieusement l’universitaire Fabrice Balanche en novembre. En acceptant la proposition russe de désarmement de l’arsenal chimique syrien, les Américains ont tacitement accepté le maintien d’Assad. Le gel des livraisons d’armes aux rebelles a fait comprendre aux indécis que la confiance américaine dans les groupuscules djihadistes qui combattent le régime syrien était rompue. Dans ces conditions, Bachar constitue un moindre mal.
Aussi, juste après que “les amis de la Syrie” eurent rappelé leur position autour de Laurent Fabius, John Kerry accueillait Sergueï Lavrov à l’ambassade américaine à Paris. Peu après, les deux ministres faisaient part d’une initiative pour la négociation d’un cessez-le-feu et d’une intervention humanitaire limitée. Encore un camouflet pour Laurent Fabius.

Et il s’en est fallu de peu que les iraniens aillent à Montreux. Il faut croire que la réintégration officielle de l’Iran dans le concert des nations, souhaitée par Moscou, semble encore prématurée pour les Américains. Certes, la mise en œuvre de l’accord sur le nucléaire iranien est en bonne voie mais pour les alliés traditionnels de Washington, c’était l’affront de trop: l’Arabie saoudite et la coalition nationale syrienne ont publiquement menacé de ne pas participer aux discussions en cas de présence iranienne. Si la réconciliation irano-saoudienne n’est pas pour demain, Genève 2 sera l’occasion pour la “communauté internationale” de renouer le contact diplomatique avec le régime syrien. C’est déjà beaucoup.

*Photo : Bassem Tellawi/AP/SIPA. AP21510328_000021.


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est responsable des questions internationales à la fondation du Pont neuf.

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