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Edouard Martin, BFM TV, Mc Donald’s…

Edouard Martin, BFM TV, Mc Donald’s…

philippot bfm droite

Vas-y Edouard !

Cher Édouard Martin, ta décision d’être tête de liste PS dans le Grand Est aux élections européennes du printemps 2014 a provoqué un énorme scandale. Sans doute parce que c’est la bonne.[access capability=”lire_inedits”] La vie politique a besoin de gens comme toi, qui se souviennent de ce qu’est la « valeur travail ». Ce sera un grand bien que tu portes cette science oubliée dans les lieux politiques.

Dans la « restructuration » de Florange, toi et tes camarades n’aurez jamais lâché la proie pour l’ombre : 600 salariés sont recasés, et il n’en reste que 13 sur le carreau, dont tu promets que tu ne les lâcheras jamais. Peu de sites fermés peuvent se féliciter d’un tel sauvetage.

Tu as su, à l’égard du politique, incarner une liberté de parole récusant toute forme de tutelle, conformément à la Charte d’Amiens. Ce qui n’est pas sans mérite, surtout quand la gauche, s’identifiant un peu trop facilement au peuple, persiste à voir le syndicalisme comme une force d’appoint. Tu as donc réussi à faire sortir le PS de son esprit de clan habituel : bel exploit !

Tu veux maintenant défendre le travail et l’emploi à l’échelle européenne. Tu as démissionné de tes mandats mais gardé ta carte CFDT. Ce faisant, tu ne mélanges pas les rôles et tu maintiens le sens de ton combat. Tu ne t’es pas encarté au PS et tu as invoqué ta liberté de parole. Au passage, tu as très bien fait de rappeler que tu n’étais pas allé te faire adouber à l’Élysée.

Le remue-ménage suscité par ton choix nous en dit beaucoup sur les blocages français – et sur tes copains de FO et de la CGT qui ne voient dans ton investissement politique qu’une trahison. Cette haine prend sa source dans un certain syndicalisme nostalgique de la révolution, qui considère toute organisation réformiste comme l’allié objectif du capital. Tu aurais choisi de t’engager chez Mélenchon que tu n’aurais pas subi la même haine. Côté PS, il te faudra tout de même rester vigilant.

Finalement, si c’est par toi que le scandale arrive, c’est qu’on avait oublié que la fonction de la politique est de donner du sens à la Cité.

Bon vent, Édouard.

Henri Vacquin, sociologue du travail

 

Capitalisme punk

Vous pensez que l’Etat doit protéger tout le monde contre tout le monde ? Dans ce cas, oubliez Edmund Phelps. Ce lauréat du prix Nobel d’économie 2006 vient de publier Mass Flourishing (Prospérité de masse, Princeton University Press). Il y explique sans chichis que l’idéologie mussolinienne est la matrice de nos corporatismes. Le Duce prônait une forte imposition du capital, la cogestion des entreprises et le salaire minimum, toutes idées qui lui ont manifestement survécu.

En Europe, les pays les plus corporatistes sont l’Italie, l’Espagne et la France, cette dernière ayant en outre le triste privilège d’être la nation qui a le taux le plus bas de satisfaction au travail et celle où la Edmund Phelps tient en quelques mots : on oublie les politiques de prévention, de précaution et de préservation des acquis. Et on leur substitue des politiques valorisant les défis, les passions, les risques, l’individualisme, bref le goût de l’aventure.

Vous aurez compris qu’Edmund Phelps est adepte d’un capitalisme punk, résolument hostile à l’ordre établi. Il n’a aucune chance d’être entendu en France, sauf peut- être pour l’une de ses propositions : exiger des parlementaires qu’ils fassent des stages dans l’économie privée afin de prendre la mesure des obstacles étatiques à l’innovation, ainsi que des méfaits des déficits, des dettes publiques et des réglementations abusives.

On sait que Fleur Pellerin pense, tout comme Phelps, que l’innovation est le moteur ultime de la prospérité économique. Si elle n’a pas encore lu son dernier livre, je me ferai un plaisir de le lui offrir, autour d’une coupe, au Flore…

Roland Jaccard

 

BFN TV ?

À entendre certains commentateurs politiques, on croirait que les barbares ne sont plus seulement à  nos portes : Ils se sont installés en douce au cœur de nos maisons, via le petit écran. Les « chaînes d’info », comme on dit, au premier rang desquelles BFM TV et iTélé, sont accusées depuis quelque temps de « faire le jeu du Front national » en lui tendant simplement leurs micros.

L’orage a éclaté au lendemain de la victoire anecdotique du parti de Marine Le Pen à l’élection cantonale de Brignoles, le 13 octobre. L’injonction qui est faite à ces médias apparemment puissants dans la fabrication du sentiment populaire est contradictoire. Les jours qui précédaient le second tour du scrutin, il semble que nul organe de presse ne se soit privé de l’évoquer, qui parlant d’un « test », qui invoquant le « dernier rempart du front républicain ».

Hélas, c’est Laurent Lopez, du Front national, qui l’a emporté. Il eût alors fallu, pour nos chaînes d’info, taire ce que l’on ne pouvait dire. Il eût fallu qu’elles ne couvrissent pas cet événement, fabriqué de toutes pièces par la presse en général. Pile, je gagne, face, tu perds.

Le ton s’est envenimé encore quand, quelques jours plus tard, le Parti socialiste a accusé lesdites chaînes d’avoir mis sur le même plan la déclaration de François Hollande à propos de Leonarda et la réponse de la pauvre adolescente kosovare. À gauche, on dénonce donc maintenant la dictature de l’urgence, le parti pris du spectacle, de l’information non traitée mais rabâchée, qui prévalent dans ces chaînes, notamment à « BFN TV », jeu de mots qui fait fureur ces temps-ci dans le Landerneau socialiste.

On ne se souvient pas que ces prudes aient déjà pesté contre France Info qui, depuis vingt-cinq ans, pratique le même maelström. Mais il est vrai que chez Radio France, on est entre soi, c’est-à-dire de gauche. La profondeur du raisonnement le rend implacable. La démocratie, c’est mieux quand il y en a qui savent ce qu’il faut savoir. Pour le reste, tu comprendras quand tu seras grand.

Jacques de Guillebon

 

Vade retro platanas!

Depuis quelques mois, un psychodrame insoutenable se joue à Angers : la mairie plante des « arbres de la laïcité » que des individus malveillants s’empressent de décapiter sauvagement. Le gang des bûcherons (farceurs ? laïcophobes ? trafiquants de bois de chauffage ?) agit de nuit, et fait régner la terreur dans la communauté très soudée des arbres de la laïcité de toute la région.

Peut-être vous demandez-vous ce qu’est un « arbre de la laïcité ». Eh bien, c’est très simple : un végétal très proche de l’arbre commun, voire vulgaire, se composant de racines, d’un tronc, de branches et de feuilles mortes qu’on ramasse à la pelle… Mais ce qui le distingue des arbres vulgaires, c’est qu’on le plante pour commémorer la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l’État.

Il fait partie d’une forêt de symboles, comme disait le poète, et la République lui voue un culte païen qui ne faiblit pas. C’est pour cette raison que le maire socialiste d’Angers, Frédéric Béaste, a récemment exprimé sa « tristesse » et son « désarroi » après la décapitation de l’arbre de la laïcité de sa ville, accusant le ou les auteurs de mener  « une sorte de guérilla antirépublicaine à la petite semaine ». L’édile, désespéré, a rappelé à cette occasion qu’un précédent arbre du même métal avait subi un sort comparable au début du mois de novembre. Ces attentats antisylvestres « soulèvent l’indignation » nous apprend Ouest-France. Les élus et les habitants se sont « mobilisés pour la République ». Une nouvelle plainte a été déposée. « La République est plus forte que la haine », a déclaré un conseiller régional lors d’une manifestation qui a eu lieu au pied de la souche sciée.

Tant d’émotion nous fait vibrer, mais pose une question : et si les républicains étaient devenus plus sensibles aux symboles de la laïcité qu’à la laïcité elle-même ? Aux « arbres de la laïcité » qu’à ce qui la met en péril ? Qu’importe, pourvu que justice soit faite et les coupables pendus à la plus haute branche du prochain arbre…

François-Xavier Avajon

 

Vivre ensemble, mais manger entre soi…

Amateurs de Big Mac, allez bâfrer ailleurs : les habitants de la rue Montorgueil (Paris 2e) viennent d’obtenir l’annulation d’un projet d’implantation de McDo en bas de chez eux. Saisie par le maire EELV de l’arrondissement et par un comité de défense ad hoc, la Mairie de Paris a fini par annuler le projet, pourtant déposé et bouclé dans les règles. Motif invoqué : la « protection de l’artisanat et du commerce de proximité à Paris, prévue par le plan local d’urbanisme de la capitale ».

On est content pour les riverains, mais on rigole sous cape. Car quiconque connaît un peu le quartier – incontestablement le plus bobo de la capitale – a du mal à croire que le commerce de bouche aurait été mis en danger par cette implantation. Menacé par les donuts, le fabuleux Ali Baba de chez Stohrer, arrosé de rhum, of course, mais en sus garni de crème pâtissière et de raisins secs de Corinthe, que l’on sert au 51 de la rue depuis le règne de Louis XV ? Concurrencés par les nuggets, les succulents gastéropodes bourguignons au persil plat et curry de madras, de L’Escargot (au n° 38), dont raffolait Yves Saint Laurent ? Asséchés par une déferlante de Coca light, les daïquiris de Mi Cayito, l’excellent restaurant cubain de la contigüe rue Marie-Stuart ?

Alors, pourquoi tant de haine ? On n’ose imaginer que ce n’est pas seulement le fast-food qui a horrifié les riverains, mais aussi la population supposée s’y adonner. Jusqu’à présent, le RER déverse par milliers les banlieusards accros au McDo, Quick et autres KFC dans le tout proche quartier des Halles. Aurait-on craint que ces hordes de malbouffeurs viennent troubler l’ambiance so cosy d’un quartier Montorgueil rendu inhabitable par le bruit (de la foule) et l’odeur (de friture) ?

En tout cas, l’alerte était si chaude que la gauche n’a pas hésité à s’allier avec les élus UMP du coin, réputés pourtant fort droitiers. Mais bon, ce n’est pas moi qui irais moquer les alliances de circonstance, car me voilà pris en flagrant délit de défense de McDo alors que j’ai toujours été un partisan exclusif de Burger King…

Marc Cohen[/access]

Janvier 2014 #9

Article extrait du Magazine Causeur


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