Accueil Site Page 2406

Voter ou respirer, il faut choisir

21

Pollution brouillard belgique

36%, 33% et 17%… Non, ce n’est pas le score d’une triangulaire avec le FN en embuscade lors des dernières élections municipales. 36%, c’est pour les maladies cardiovasculaires, 33% pour les AVC et 17% pour les affections pulmonaires chroniques, le tout formant les causes principales de la mortalité directement imputable à la pollution sur la planète. On a beau avoir eu, au mois de mars, un long épisode avec des pics du même nom, qui ont fait la une des médias, les élections municipales ont assez vite chassé une autre information tombée entre les deux tours : d’après un rapport publié le 25 mars par l’Organisation Mondiale de la Santé, sept millions de personnes sont mortes prématurément en 2012 à cause de la mauvaise qualité de l’air.

Sept millions, ça commence à chiffrer, tout de même. Tenez, à quelques dizaines de milliers près, c’est le nombre d’abstentionnistes au second tour. On ne s’est pas posé la question sous cet angle-là mais si ça se trouve, un abstentionniste s’abstient parce qu’il a peur de sortir de chez lui et de finir étouffé avant d’arriver à l’isoloir. Ou sept millions, si vous préférerez, c’est la population de la Bulgarie. Bon, il y en a sûrement que cela arrangerait, du côté de la Commission Européenne, de voir disparaître la population de la Bulgarie, ou de la Grèce, histoire d’avoir des finances saines. Et il faut reconnaître que les particules fines, ça vaut bien un plan d’austérité mitonné par la Troïka, question bien-être de la population. En même temps, il paraît que la Grèce va pouvoir emprunter de nouveau sur les marchés, c’est vous dire à quel point elle est en bonne santé, la Grèce, même si les mômes asthmatiques d’Athènes en pleine détresse respiratoire à cause du Néfos[1. Nuage brunâtre de pollution composé de dioxyde de souffre, monoxyde de carbone, et ozone qui surplombe la ville d’Athènes, en hiver (en situation anticyclonique stable) ou en été, quand la température dépasse 34°C.] ont plutôt du mal à trouver des hôpitaux ou des dispensaires encore ouverts, après les coupes budgétaires drastiques.

Et puis, rassurons nous, l’OMS donne un autre tiercé dans l’ordre. Les sept millions de morts, on les trouve d’abord dans le Pacifique Ouest avec 2, 8 millions de décès, dans l’Asie du Sud Est avec 2, 3 millions et en Afrique, toujours petite joueuse, avec 600 000. Bref, on meurt de la pollution surtout dans des endroits où l’on est déjà habitué à mourir, soit en s’épuisant au travail dans les usines délocalisées du capitalisme décomplexé, soit à cause de la famine, du SIDA ou des guerres interethniques. Certes, l’Europe et les USA sont également touchés mais l’OMS donne aussi d’autres raisons d’espérer : ce sont en effet surtout les pauvres qui meurent, parce que les pauvres se chauffent n’importe comment, vivent près des décharges ou utilisent des modes de cuisson archaïques car ils ne sont pas assez entrés dans l’histoire. A-t-on idée, même si on est paysanne chinoise, malienne ou creusoise, d’utiliser des fours à bois ou à charbon à l’époque où des énergies douces offrent des alternatives modernes et citoyennes ?

L’OMS remarque ainsi que sur 100 000 décès en Europe chez les faibles revenus, 106 sont dus à la mauvaise qualité de l’air tandis que chez les hauts revenus, ils ne sont plus que 47. Il est vrai que les filtres sont de bien meilleures qualités sur les grosses cylindrées germaniques ou les SUV testostéronés et qu’un petit malus écologique à l’achat est vite oublié alors qu’aller pointer à pied à Pôle Emploi avec la poussette du petit dernier au ras des tuyaux d’échappement, c’est tout de suite plus compliqué pour le bien-être des alvéoles.

L’OMS avait déjà publié un rapport de ce genre en 2008 : on en était alors seulement à 3,4 millions de morts. Les amis prométhéens du progrès ou de la croissance à la papa pour lesquels il y a ni particules fines, ni réchauffement climatique, ni aucun problème de ce genre sauf dans l’esprit malade de quelques fâcheux qui veulent nous renvoyer à l’âge de la bougie et nous faire vivre dans des communautés rurales avec toilettes sèches et riz complet, ces amis prométhéens, donc, feront observer que la méthodologie de l’OMS a changé et que maintenant sont prises en compte les zones rurales. Il n’empêche que les spécialistes remarquent quand même que la progression est inquiétante et dénoncent « les politiques non durables menées dans les secteurs de l’énergie, des transports, de la gestion des déchets et de l’industrie ».

De là à dire qu’il faudrait désormais une planification écologique comme il y avait eu une planification économique dans la France dévastée de l’après-guerre, il n’y aurait qu’un pas. Mais il n’est pas près d’être franchi si on en juge par la façon joyeuse dont on marche à l’abime, persuadé que ça s’arrangera toujours, que l’homme trouvera toujours une solution pour s’en tirer, optimisme dément qui rappelle la phrase de Céline dans le Voyage sur les hommes « plus enragés que les chiens, adorant leur rage ( ce que les chiens ne font pas ), cent , mille fois plus enragés que mille chiens et tellement plus vicieux ! »

*Photo : Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA. AP21540175_000001.

Eloge de Christiane Taubira, concise et flamboyante

89

taubira mensonge diplomes
Le 12 mars dernier, à l’issue d’un conseil des ministres, Christiane Taubira évoquant devant des journalistes les écoutes téléphoniques dont l’ancien président de la République avait fait l’objet, déclarait fortement : « Je redis ici que je n’ai pas d’information concernant la date, la durée, le contenu des interceptions judiciaires » et, pour appuyer la véracité de ses dires, brandissait deux lettres, l’une de l’avocat général près la cour d’appel de Paris, l’autre du procureur financier, lettres dont des journalistes investigateurs, au nombre desquels Edwy Plenel ne figurait pas, montrèrent par un simple « zoom » qu’elles prouvaient exactement le contraire : le ministre avait été informé à la fois des dates (du 28 janvier au 11 février 2014) et de l’essentiel de leur contenu. Accusée de mensonge par des personnes malintentionnées et vraisemblablement racistes, elle s’en défendit en concédant toutefois qu’elle avait pu être un peu « imprécise ».

Quinze jours plus tard on apprend grâce à un autre investigateur, qui n’était toujours pas Edwy Plenel, on se demande pourquoi, que Mme Taubira, contrairement à ce qu’on peut lire depuis quinze ans dans les notices biographiques qui lui sont consacrées, y compris à la date du 4 décembre 2001 dans le « journal de référence », n’est ni docteur en économie, ni docteur en ethnologie, ni docteur en agroalimentaire. Certes, comme le précisera son cabinet, ses notices officielles font seulement état d’un cursus de « troisième cycle » et si elle n’a jamais pris la peine de démentir les fausses informations qui la concernent c’est qu’elle n’a pas de press book, qu’elle ne consulte jamais sa page Wikipédia – et ses conseillers en communication non plus, on l’imagine. Comme si la lourde charge de l’intérêt public laissait aux hommes et aux femmes politiques le loisir de se préoccuper de leur image ! C’est donc à juste titre que le « journal de référence » dénonce « l’intox des doctorats », attribuant manifestement cette « intox » non à la ministre, mais à ses détracteurs. Quant aux défenseurs de la ministre il ne fait aucun doute qu’ils sont prêts à se regarder mutuellement dans les yeux, à se tenir par la barbichette de la main gauche, à lever la main droite en disant « je le jure » et à répéter sans rire : « Oui, s’il s’était agi de Copé, de Guéant, d’Hortefeux ou de Christine Boutin, nous aurions dit exactement la même chose ».

Non seulement Christiane Taubira ne s’est pas rendue coupable d’un mensonge par omission, mais elle n’a même pas ici à confesser le péché véniel d’imprécision, comme auront pu le constater les spectateurs de l’émission Des paroles et des actes diffusée le 5 septembre 2013 sur France 2. Celle-ci commençait par un portrait de la ministre tracé par David Pujadas : « Vous avez un doctorat d’économie, un doctorat d’ethnologie, un diplôme supérieur d’agroalimentaire ». Invitée à réagir à ce portrait, le ministre déclare : « Je pense que je peux revenir sur ce portrait, mais oui, c’est vrai ». C’est pourtant clair ! Tous les spectateurs de bonne foi auront compris que « c’est vrai » se rapportait à l’ensemble du portrait à l’exclusion de la mention des diplômes tandis que « je pense que je peux revenir sur ce portrait » signifiait sans ambages : « Non, je ne suis titulaire d’aucun doctorat ». D’autant plus qu’un peu plus loin la ministre enfonçait le clou. Un autre journaliste, Jeff Wittenberg, lui ayant rappelé dans son intervention : « vous avez un doctorat d’économie », elle lui répond : « Il y a une situation – cessez de m’additionner des diplômes – il y a surtout une situation… ». Quel locuteur de langue française n’aura pas compris que « cessez de m’additionner des diplômes » signifie « Comme je l’ai dit à M. Pujadas tout à l’heure, je ne suis ni docteur en économie, ni docteur en ethnologie ». La formulation de Mme Taubira n’était pas imprécise, elle était concise, ce qui est une qualité.

Cependant la concision n’est pas la seule qualité de Christiane Taubira. Celle-ci a récemment publié aux éditions Flammarion un livre intitulé Paroles de liberté. Dans Libération, à la date du 1er avril, M. Fabrice Tassel nous donne à connaître un extrait de cet ouvrage rédigé dans un style qu’il qualifie de « flamboyant ». Jugez-en plutôt. Dénonçant la libération de la parole raciste sur Internet l’auteur écrit ceci : « Là où la bêtise peut circuler même quand le mazout de la haine et de la vulgarité lui englue les ailes, des doigts bouffis par la lâcheté flasque de l’anonymat tapaient, dans la rage de leur insignifiance, des mots qui se voulaient méchants, blessants et meurtriers ». On se demande par quel miracle ce n’est pas un « doctorat total » de littérature qui a été attribué à la ministre sur Wikipédia ou dans Le Monde. Christiane Taubira est à la fois concise et flamboyante, classique et romantique, ou, si l’on préfère, elle réunit les valeurs de l’apollinien et celles du dionysiaque. C’est une bonne nouvelle non seulement pour la justice qui doit concilier la vigueur dionysiaque du glaive et l’équilibre apollinien de la balance, mais encore pour la littérature, pour l’art et pour la philosophie.

*Photo : Jacques Brinon/AP/SIPA. AP21539041_000006.

McDo Allemagne drague les vieux : Vieillir et travailler au pays

10

Beaucoup de sexagénaires allemands rêvent d’aller finir leurs jours à griller sous le soleil de la Crète ou des Baléares. En fait de grillade, il est fort probable que nombre d’entre eux soient amenés à la pratiquer plus activement que passivement, sous les gais cieux de Düsseldorf ou Leipzig.

C’est en tout cas ce qui ressort d’un entretien donné le 30 mars dernier au Financial Times par David Fairhurst, DRH chez McDonald’s Europe, et répercuté aussitôt par nos confrères d’Express.be  sous le titre plaisant « Pourquoi McDonald’s a déjà commencé à recruter les grands-parents de ses employés ».
Que nous dit David de chez Ronald ? « La main d’œuvre est en train de se réduire des deux côtés du spectre démographique. Il n’y a pas assez de jeunes qui arrivent sur le marché du travail, et trop de travailleurs âgés qui en partent »

En conséquence de quoi  McDo s’apprête à recruter en masse papys et mamies pour pallier la pénurie de main d’œuvre juvénile made in Germany. Décidément la natalité allemande gross malheur ! Fick Mich, Ja ! Kinder Surprise, Nein Danke ! Cela dit, les amis, ne nous réjouissons pas trop vite, même si ces gens-là se reproduisent fort chichement, on va quand même devoir se les fader pendant encore quelques siècles.

Ukraine : la guerre du gaz aura bien lieu

gazoduc russie allemagneDans la crise ukrainienne, si Angela Merkel a haussé le ton contre Vladimir Poutine, elle l’a fait presque à contre-cœur. Une majorité de son opinion publique est sceptique sur l’efficacité des sanctions économiques. Au sein du SPD, son allié dans la « grande coalition », beaucoup pensent que l’Allemagne ne doit pas rompre avec Moscou. Et cette opinion est partagée
 par les milieux industriels et le patronat. L’Allemagne n’est donc pas aux avant-
postes des va-t-en-guerre. Tout simplement parce que la montée des tensions entre Russes et Occidentaux et le climat de guerre froide qui s’installe vont à l’encontre de ses intérêts géostratégiques.

C’est que l’Allemagne et la Russie ont le même talon d’Achille : l’énergie. La première est dépendante de la seconde et inversement. Toutes deux se tiennent par la barbichette. Gerhard Schröder, qui avait choisi l’alliance avec la Russie en privilégiant les importations de gaz, a été la cheville ouvrière, aux côtés de Gazprom, du nouveau gazoduc Nord Stream, qui double les gazoducs existants qui traversent l’Ukraine.[access capability= »lire_inedits »]
Le quart de la production de Gazprom est acheté par l’Allemagne, ce qui représente 30 % de la consommation d’énergie allemande, contre 35 % pour le pétrole. Ces achats sont compensés par les ventes de matériels à la Russie, dont l’Allemagne est le troisième partenaire commercial. On ne compte pas moins de 6 000 sociétés allemandes actives sur le marché russe. Mais ce n’est pas tout. La Chine, la Russie, le Kazakhstan et l’Allemagne ont réactivé la « route de la soie » pour l’acheminement des marchandises, par chemin de fer, entre la Chine et l’Europe. Un moyen de transport plus rapide et moins coûteux que la voie maritime, dès lors que certaines usines chinoises se délocalisent dans le centre du pays afin d’utiliser une main-d’œuvre d’origine paysanne moins chère que dans les zones côtières. Pour la Chine, qui souhaite que son commerce avec l’Europe ne dépende plus seulement de la voie maritime, au moment où les tensions avec le Japon et les États-Unis se font plus vives, ce redéploiement est donc aussi géostratégique. En même temps, Pékin se rapproche de Moscou et du Kazakhstan, en devenant progressivement l’un de leurs acheteurs privilégiés de gaz, de pétrole et de matières premières. Ce qui doit permettre à Moscou et à Gazprom d’être moins dépendants du marché européen. Quant à l’Allemagne, ses industriels peuvent poursuivre leurs relations privilégiées avec la Chine tout en équipant les nouvelles voies de chemin de fer.

Angela Merkel, cependant, est loin d’être aussi russophile que Gerhard Schröder et le SPD. Elle n’est pas loin de détester Vladimir Poutine, qu’elle connaît bien. Mais les liens entre l’industrie allemande et la Russie sont tels qu’il n’est pas possible de rebasculer d’un coup toute la géopolitique allemande et sa politique énergétique.
En bonne mercantiliste, elle veut être au mieux avec ses principaux clients : les États-Unis, où l’Allemagne fait de remarquables excédents, et la Chine qui représente à terme un marché considérable. Quant à la Russie, elle est un mal nécessaire dès lors qu’elle a encore besoin de son gaz et qu’une partie de son commerce avec la Chine va transiter par son territoire.
Consciente de la dépendance énergétique de son pays, Angela Merkel avait fait le pari de se passer rapidement de l’électricité nucléaire tout en réduisant peu à peu sa dépendance à l’égard du gaz russe. Comment ? En misant sur les énergies renouvelables qui représentent déjà 23 % de la consommation d’énergie en Allemagne, pourcentage qui doit grimper à 40 % en 2020. Mais ce choix se révèle un fiasco financier. Les subventions massives à ces nouveaux secteurs coûtent cher aux finances publiques, pèsent sur les comptes des grands énergéticiens et font du kilowatt/heure allemand l’un des plus chers d’Europe. Certains n’hésitent plus à dire que la facture du choix en faveur des énergies renouvelables sera bien plus élevée que celle de la réunification. Entre 500 et 1000 milliards d’euros à l’horizon 2020. Ce sont les ménages qui paient l’essentiel du surcoût mais cette énergie chère commence également à peser sur la compétitivité des industriels allemands.

Comment sortir de ce squeeze énergétique ? Dans l’immédiat, en remettant au goût du jour le bon vieux charbon qui aura été, en 2013, la première source de production d’électricité outre- Rhin. Ce qui suppose de réactiver les mines sur le sol allemand – tant pis pour les émissions de CO2. Mais Merkel dispose également d’un autre joker : le gaz américain. En 2011, l’Amérique a changé radicalement sa politique énergétique, avec plusieurs objectifs : réduire sa dépendance au pétrole importé, notamment du Proche-Orient ; offrir aux entreprises américaines une énergie bon marché pour améliorer leur compétitivité ; passer d’importateur à exportateur de gaz et de pétrole. Un basculement complet, rendu possible par les nouvelles technologies de forage notamment pour le pétrole et le gaz de schiste – donc par la mise sous le boisseau des réglementations environnementales trop contraignantes. Pendant près d’un quart de siècle, les Américains ont systématiquement délocalisé les activités minières et pétrochimiques polluantes dans le tiers-monde. Lawrence Summers, à l’époque un économiste en vue du FMI, qui sera par la suite secrétaire au Trésor de Bill Clinton puis conseiller d’Obama, avait même théorisé cette démarche. Cette nouvelle stratégie a déjà fait des États-Unis le premier producteur mondial de gaz depuis 2013 ; ils le deviendront en 2015 pour le pétrole et, en 2020, ils auront acquis une totale indépendance énergétique. Autant dire que l’énergie est devenue un pilier de leur politique économique et un instrument essentiel de leur politique étrangère. Fin 2011, Hillary Clinton, qui était encore à la tête du département d’État et pensait déjà à l’élection présidentielle de 2016, a créé un nouveau Bureau des ressources énergétiques, dont la direction a été confiée à Carlos Pascual, ancien ambassadeur américain à… Kiev. Sa mission : faire en sorte que les États-Unis « deviennent le chef de file de ceux qui façonneront l’avenir énergétique mondial ».

Pour le moment, cependant, les États-Unis, peu soucieux de renoncer à un avantage compétitif pour leurs entreprises, n’envisagent pas d’exporter ces gaz de schiste, à moins d’obtenir en échange des concessions très importantes des Européens sur d’autres secteurs dans le cadre du futur Traité transatlantique. Voilà pourquoi Angela Merkel pousse, depuis le début, à la conclusion de ce traité, qui non seulement sera bénéfique à ses grands industriels, notamment dans l’automobile, mais lui permettra aussi, à terme, de réorienter progressivement ses achats de gaz de la Russie vers les États-Unis, en payant moins cher. Pour Washington, la carte énergétique est aussi le moyen d’affaiblir une Russie dont 50 % des ressources budgétaires proviennent des ventes d’hydrocarbures, essentiellement vers l’Europe, marché de 50 milliards de dollars pour Gazprom.
Cette offensive américaine sur le gaz n’est pas passée inaperçue à Moscou. Vladimir Poutine, qui n’ignore rien des arrière-pensées allemandes, sait que le marché européen pourrait cesser d’être un eldorado pour Gazprom. D’où le redéploiement vers la Chine qu’il a engagé. Reste qu’on ne change pas de politique énergétique par décret. Tout cela prend du temps. En réalité, la crise ukrainienne a pris tout le monde de court. Et elle exacerbe des tensions latentes que la Russie, et encore moins l’Allemagne, n’avaient intérêt à aviver.[/access]

*Photo : Petr Eret/AP/SIPA. AP21256092_000004.

L’ivresse sucrée

Je dors d’un sommeil irrégulier. Je m’éveille souvent. Depuis que j’en ai chassé ma dernière compagne, le palais est silencieux. Plus aucune porte ne claque. Je vis seul. La nuit, je me rends jusqu’aux cuisines de l’Élysée, où la faim me porte. J’y trouve des reliefs appétissants, que je dévore. Je suis alors saisi d’une frénésie alimentaire. J’aime les gâteaux surtout. Je m’en remplis la bouche. Sous la masse des comestibles, constamment renouvelée, mise en branle par la mastication rapide, mes joues se gonflent démesurément, s’animent, se déforment. Je surprends parfois mon reflet dans une vitre, et je trouve comique ma face enflée, mes lèvres souillées et humides, vers quoi reviennent toujours mes mains chargées de nourriture, dans un geste mécanique et pressé. « Eh bien, président, tu bâfres ! »

C’est ce que je me dis à part moi. Je souris ; des éclats de gâteau jaillissent, un mince filet s’échappe de mes commissures.
Affolé de pâtisserie, je m’assieds dans la pénombre, et je laisse la saturation s’installer, prendre possession de mon être. Les glucides s’infiltrent dans le réseau de mes veines, irriguent mon cerveau, tous mes membres.
Je me soumets à la loi du sucre.

J’ai nommé Manuel Valls premier ministre. Ce petit monsieur vient de passer deux années à la tête de la police. Il n’a pu, à ce poste éminent, où l’on peut déplacer à sa guise, sur une carte, des compagnies en armes, apaiser sa soif de commandement. C’est un plaisir renouvelé que le spectacle de ces républicains d’élite, manifestant sans vergogne une suffisance de tyranneau de canton. La dernière semaine de son exercice lui aurait été fatale, si le ridicule et la honte pouvaient encore tuer : un pompier a refusé de prendre la main qu’il lui tendait. Quel camouflet pour ce matador de baignoire !
Bah ! Ce ne fut là que la première station de son chemin de croix. Je ne lui donne pas un an pour que Matignon épuise son arrogance. Il sortira de l’épreuve plus essoré qu’un linge de maison du tambour d’une machine. Pour l’heure, la presse complaisante lui tresse des couronnes : il connaîtra tantôt que le laurier comporte des épines.

J’ai souhaité sortir Ségolène Royal de la lointaine réclusion où elle se morfondait. Je la vois encore, accablée, larmoyante, criant presque grâce aux électeurs, qui l’avaient écartée de La Rochelle… C’est beau une femme qui pleure, la nuit !
On me rapporte que le fidèle Ayrault a été blessé que je ne le reconduisisse pas dans sa fonction. Ah, le brave homme ! Je l’imaginais dans son bureau, lundi dernier, espérant mon appel, soutenu par un fol espoir, et par celui de ses commensaux, telle cette madame Bricq, qui crut habile d’encenser la cuisine de Matignon, au détriment de celle de l’Élysée.
Quel chemin parcouru depuis que j’ai quitté la rue de Solférino ! Où sont mes concurrents, mes ennemis devrais-je dire, car il furent trop peu loyaux pour être mes adversaires, et dans quel état se trouve le parti socialiste ?

J’ai su que M. Kahn cherchait jusqu’en Chine des investisseurs pour plus d’un milliard d’Euros. Il a en tête la création d’un « fonds spéculatif entièrement dédié à la macro-économie ». Je me répète cette information à toute heure de la journée, et je souris. M. Kahn, le champion de la gauche, celui que tout un peuple attendait, l’économiste qui murmurait à l’oreille des princes et des gogo-danseuses, Je l’imagine dans le bureau de son « hedge fund » adoptant tour à tour une position courte ou longue, fasciné par la chute… des marchés. Il me toisait, naguère, il m’enjoignait de me soumettre ou de me démettre. Sic transit… intestinal, ah, ah, ah !
J’ai gardé Fabius aux Affaires étrangères. Il n’est que ce portefeuille d’assez vaste pour contenir l’ennui qui l’habite. Il fit un usage médiocre des dons innombrables que la naissance et la nature lui avaient abandonnés. Sa conversation était l’une des plus brillantes de Paris, mais il ne consentit jamais à échanger avec moi que des banalités. À présent, il confie aux œuvres d’art et aux jolies femmes le soin de le divertir.

Quant au parti socialiste, si je disposais d’un reliquat de piété, je prierais volontiers pour qu’un dieu de miséricorde exauçât le vœu de M. Emmanuelli, lequel déclarait ce matin que « la démission du premier secrétaire ne [lui] paraîtrait pas inopportune ». Décidément, ce monsieur Désir-sans-avenir n’aura existé véritablement que dans le refus qu’il suscitait !
L’aube se lève sur Paris. Je retrouverai tout à l’heure l’inquiétante servilité de mes courtisans. Avant de regagner ma chambre, je risquerai quelques pas dans le parc. Je n’ai plus faim. L’écœurement de la chose sucrée a suivi son éblouissement.
Tous les plaisirs sont brefs et infidèles.

Manuel Valls, dircom hollandais

54

valls hollande communicationQu’est-ce qu’un écureuil ? C’est un rat pourvu d’un bon attaché de presse ! Voilà, semble-t-il, la leçon qui a été tirée à l’Elysée de la débâcle municipale, conséquence d’une impopularité persistante de l’exécutif. Le choix de Manuel Valls pour remplacer Jean-Marc Ayrault à Matignon a été, dans un premier temps, interprété comme la mise en place, contrainte et forcée, par le président de la République, d’une cohabitation interne à la gauche. François Hollande se replierait sur ses fonctions régaliennes de chef de l’Etat : grande diplomatie et conduite des opérations militaires extérieures, laissant à son premier ministre la haute main sur le gouvernement. Celui-ci, selon la Constitution de la Vème République « détermine et conduit la politique de la nation ». Manuel Valls, candidat à la primaire socialiste en 2012, et ministre de l’Intérieur ensuite, s’est forgé une image de Tony Blair en VF, ne manquant aucune occasion de se démarquer de la gauche traditionnelle et de ses fétiches idéologiques anciens et modernes : il s’est ingénié, avec certain succès, à incarner une gauche décomplexée, acceptant sans arrière-pensées les lois du marché et de la mondialisation, à l’écoute des angoisses sécuritaires et identitaires des populations reléguées dans les zones périurbaines, et soucieuse de maintenir l’ordre républicain – celui qui protège les faibles contre les caïds des cités comme d’ailleurs.

C’est peu dire que la formation du gouvernement Valls était attendue comme la traduction d’une rupture avec la calamiteuse expérience de son prédécesseur : on espérait un vrai patron, mettant en place un dispositif gouvernemental dont il aurait la maîtrise, avec des ministres reconnaissant son autorité, et peu tentés d’aller contester à l’Elysée les arbitrages rendus à Matignon. La ligne social-démocrate définie par François Hollande lors de la conférence de presse de janvier serait précisée dans un sens social-libéral, avec ce qu’il faut de réformes de structures du type Schröder et, à Bercy, des personnalités susceptibles d’incarner cette orientation, Louis Gallois par exemple.

Il n’en est rien : le poids politique personnel que les principaux membres du gouvernement estiment, à tort ou à raison, disposer dans le parti ou dans le pays, leurs liens personnels et anciens, pour beaucoup d’entre eux, avec le président de la République circonscrivent la place réelle que Manuel Valls va désormais occuper : celle de directeur de la communication de l’exécutif et de producteur « d’éléments de langage » à l’usage de ses collègues pour éviter la cacophonie de l’équipe précédente. La première salve de la novlangue du pouvoir a été lancée par le premier ministre, mercredi 2 avril sur TF1 : « Nous sommes tous hollandais !» a-t-il affirmé, et on veut bien le croire ! Exit Valls le briseur de tabous, le défricheur de sentiers délaissés de la gauche retrouvant le chemin du peuple, voici le Valls réduit à sa compétence primaire, celle qui lui permit de gravir les échelons de la vie politique : celle d’un communiquant habile, familier des ficelles du métier grâce à son ami Stéphane Fouks, et auréolé de quelques succès dans ce domaine sous le gouvernement Jospin, et lors de la campagne présidentielle de 2012.

A ce point de l’analyse, on peut se demander ce qui a poussé Manuel Valls à accepter cette mission où il court le risque de dilapider en quelques mois le capital de popularité engrangé lors de son passage place Beauvau. Fait-il passer la loyauté et l’esprit de sacrifice avant la gestion bien comprise de son ambition politique affichée, la conquête de l’Elysée ? En 2020, il n’aura que 58 ans, et beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts. Le cas d’Alain Juppé rétabli dans une stature de présidentiable vingt ans après une chute abyssale peut lui servir d’espoir, sinon d’exemple.

Son passage à Matignon lui permettrait alors de combler des manques qui apparaissent une fois dissipés les brouillards de la com’ : la « pensée Valls », hormis quelques intuitions sur la sécurité, le rôle de la nation, le réalisme économique est encore protéiforme. Elle est encore dépourvue de porte-parole influents dans les milieux intellectuels et médiatiques. Face à Terra Nova et à la Fondation Jean Jaurès, aux réseaux d’universitaires cultivés par Martine Aubry prônant une vision multiculturaliste d’une société française pouvant être sauvée par le « care », le système Valls paraît bien faiblard.
S’il parvient, avec les moyens de Matignon, à constituer autour de lui un courant de pensée structuré, appuyé sur des esprits libres et inventifs, soucieux d’appréhender le réel sans a priori dogmatique, il n’aura peut-être pas tout perdu. Mais comme disait l’ancien premier ministre britannique, Harold MacMillan, mort presque centenaire à la fin du siècle dernier : « Ce qu’il y a d’irritant dans la vie politique, ce sont les événements ! » Gérer un cabinet de communication de crise est difficilement compatible avec l’élaboration sereine d’un projet pour l’avenir. On en saura plus dans quelques mois.

*Photo : WITT/SIPA. 00680661_000002.

Dis François, c’est encore loin la reprise?

98

hollande colomb decouverte
Quelques jours après l’annonce du remaniement, on peut déjà constater que le premier objectif de François Hollande a été atteint : on ne parle plus des municipales. La question est bien évidemment de savoir si, au-delà de l’effet médiatique, le changement de gouvernement signifie un changement de stratégie et de politique. Vu la composition du gouvernement, la réponse est clairement non : Hollande n’a pas changé d’analyse et en conséquence ne pense pas qu’il faille changer de cap. Ce chiraquien croyant et pratiquant sait qu’un président de la République peut envoyer de troupes en Afrique, décider des essais nucléaires et avoir des bonnes places pour une finale de la coupe du monde, mais qu’en revanche il est incapable d’inverser la courbe du chômage ni n’importe quelle autre courbe d’ailleurs. Hollande sait parfaitement que depuis un certain temps il n’y pas de chef d’Etat en France mais uniquement des hommes plus ou moins doués qui interprètent ce rôle. Chirac ne l’a pas joué si mal, il a su « habiter » la fonction – à défaut d’exercer le pouvoir – mais depuis 2007 rien ne va plus. Nicolas Sarkozy, pourtant proche de Chirac un certain temps, croyait et faisait croire qu’il suffisait de vouloir pour pouvoir, que le réel pliait devant l’obstination d’un chef volontaire comme les chiffres de la délinquance devant un ministre de l’intérieur énergique. En d’autres termes, Sarkozy était un dealer qui consomme, une erreur que son successeur ne commet pas. L’actuel amateur qui interprète le rôle de président, s’il joue assez mal, a pourtant compris qu’il fallait faire sien le célèbre mot de Cocteau : « Puisque ces mystères demeurent, feignons d’en être l’organisateur ».

Hollande s’est trouvé dans une situation où les attentes de Français – entretenues voire amplifiées par sa campagne présidentielle – étaient importantes et la capacité de l’exécutif d’y répondre quasi nulle. Dans ces conditions, la seule stratégie possible est de gagner du temps : aucun problème, aucune crise aussi durs et longs soient-ils, ne sont infinis. Les pires épidémies qui ont décimé l’humanité jusqu’au milieu du XXème siècle n’ont jamais duré éternellement malgré l’incapacité des hommes à leur trouver des remèdes voire à en comprendre les ressorts. Il faut tout simplement manœuvrer pour être au poste de médecin en chef au moment où l’épidémie s’épuise et cesse naturellement.

Le « moment » politique actuel n’est donc pas celui d’une réflexion sur le bilan et d’une remise en cause mais celui du leadership. Tel Christophe Colomb, Hollande est sûr de lui et son rôle consiste à rassurer l’équipage qui commence à perdre espoir. A lire aujourd’hui le journal de bord du grand navigateur, on est frappé par la similitude des situations. Le 23 septembre 1492 par exemple, Colomb note que « l’équipage râle toujours [..] les hommes croient que nous ne pourrons jamais rentrer chez nous ». Et le lendemain il constate que « malgré des indices d’une terre proche que nous avons pu constater de nos propres yeux et ceux donnés par Dieu […] ils disent que je leur ai menti ».

Hollande, comme Colomb il y a cinq siècles, voit des signes indiquant que la terre est proche. Aujourd’hui, l’on sait que Colomb avait deux fois tort : ce 24 septembre, il était encore à 18 jours de voyage des Caraïbes, beaucoup plus loin qu’il ne le croyait ; par ailleurs, il croyait guider ses hommes vers l’Inde et le Japon… Hollande perçoit, lui aussi, les signes précurseurs d’une reprise qui n’a rien à voir avec ce qu’il a fait depuis 22 mois mais avec ce qu’ont accompli les Américains, Allemands, Britanniques, Chinois, Espagnols et Italiens depuis quelques années. Cela fait au moins trois ans qu’il croit que la reprise réelle, celle qui fait baisser le chômage et augmenter les salaires, est, comme « Cipango » dans l’esprit de Colomb, à quelques jours de voyage.

Dans son retard, Hollande gagne du temps. C’est le rôle de Valls : tenir et entretenir les médias, les sondages et l’opinion publique assez longtemps pour que ces hirondelles qu’il ne cesse d’entrevoir amènent enfin ce printemps si récalcitrant. Et vous savez quoi ? Il n’est pas exclu qu’il gagne son pari…

Impasse Manuel Valls

239

valls montebourg deflationLe Président de la République a choisi Manuel Valls pour conduire la politique du Gouvernement. On sait aujourd’hui qu’il devra arbitrer le duo Montebourg/Sapin à l’Economie et aux Finances. Ce face-à-face, s’il risque d’être assez spectaculaire et s’il alimentera sans aucun doute les gazettes, est pourtant un faux-semblant.

Car Michel Sapin conserve, semble-t-il, les deux leviers principaux de Bercy, c’est-à-dire la tutelle sur la Direction du Trésor et la Direction du Budget. Autrement dit, la dépense et les recettes. Arnaud Montebourg n’aura quant à lui que la tutelle sur la Direction de l’Industrie et surtout sur le Ministère de la Parole. Il nous y avait habitués quand il était au Redressement productif : son arrivée à l’économie lui donnera certes une audience plus large et sa voix portera plus loin, mais il restera contraint par le pacte de compétitivité et par les engagements de restriction budgétaire dont Michel Sapin sera le garant vis-à-vis de Bruxelles… et de Berlin.

Cette situation conduit Manuel Valls et le gouvernement à une impasse pour une raison évidente : son gouvernement appliquera avec rigueur la même politique que les autres gouvernements européens. Une politique qu’auraient aussi bien pu appliquer Alain Juppé ou François Fillon, c’est-à-dire « euro-compatible », une politique d’austérité qui produit déjà ses effets puisque la stagnation s’installe durablement en Europe. Non seulement la croissance est nulle (y compris en Allemagne), mais partout les économistes agitent maintenant le spectre de la déflation.

Au-delà des indicateurs économiques qui dévoilent la contraction progressive de la masse monétaire, les politiques d’austérité répercutent leurs effets en cascade sur les donneurs d’ordre et les entreprises qui leur sous-traitent leurs services. Chacun peut le constater dans le business, en France comme en Allemagne comme au Royaume-Uni, mais plus encore en Espagne et en Italie, partout les prix baissent : dans les télécoms, dans les services, dans la grande distribution, dans l’automobile, dans les produits d’équipement, la concurrence organisée à l’échelle mondiale a conduit les entreprises à mettre la pression sur les prix et à organiser la déflation.

Cette déflation est mortifère. Elle est déjà l’œuvre d’une manière sous-jacente depuis 12 ans. Elle a conduit à la destruction de plus d’un million d’emplois industriels en France. Elle est en passe de devenir structurelle et évidente au sein de la zone euro. Tous les économistes le craignent désormais. Comme dans les années 30, la déflation ne peut conduire qu’au renchérissement du coût réel des intérêts bancaires (le différentiel entre le taux effectif nul ou positif et le coût de la vie négatif), à la baisse des investissements (on y est déjà : en 2013, par exemple, le nombre de permis de construire déposés a baissé de 30%), à la compression des salaires pour réduire encore plus les coûts de production, à la baisse du pouvoir d’achat donc à la baisse de la consommation, à l’amplification de la baisse des prix pour essayer d’attirer des consommateurs fuyants, au transfert accru de la production vers les pays à bas coût (Chine, Vietnam…), à la désindustrialisation irréversible du pays. Une spirale infernale dont il est très difficile de sortir.

Et bien entendu au chômage de masse : si l’on additionne les différentes catégories de chômeurs (jusqu’aux emplois à temps partiel de moins de 20 heures par semaine), on retrouve partout en Europe la même masse d’environ 20% de chômeurs, y compris en Allemagne où une très importante masse de chômeurs (ou de travailleurs) partiels vivent avec 400 € par mois. Dans certains pays comme l’Espagne, c’est 30%. Le chômage de masse est déjà là et rien n’interdit de penser qu’avec une politique d’austérité qui conduit directement à la déflation monétaire, cette masse ne va pas s’accroître encore. Avec les conséquences sociales et sociétales que l’on peut imaginer.

Manuel Valls n’a jamais caché son attachement sincère à cette politique « libérale ». Il s’en est fait le chantre au sein du parti socialiste dans la roue de DSK. Il est sans doute aujourd’hui le mieux placé pour l’appliquer. Michel Sapin sera son bras armé et consentant pour l’exécuter : comme François Hollande, il reste indéfectiblement attaché à l’euro, à la concurrence « libre et non faussée », aux engagements budgétaires européens, à la politique de l’euro fort (après celle du franc fort). Bref, à toute cette politique héritée de Jacques Delors (et de Jean-Claude Trichet) qui a fait tant de mal à la France et qui est en train de ruiner la zone euro. François Hollande s’en considère le digne héritier, Manuel Valls en sera l’administrateur.

Que va-t-il se passer maintenant ? Le gouvernement va mettre en œuvre son plan d’austérité. Il va essayer de négocier un petit délai avec Bruxelles. Peut-être l’obtiendra-t-il, mais le plan sera de toute façon appliqué. Comme les recettes budgétaires vont se contracter, un nouveau plan sera fabriqué pour amplifier le premier. Et de plans en plans, de contractions en contractions, de rigueur en austérité, la France va s’installer durablement dans la déflation. Et dans la dépression économique qui l’accompagne. Nous l’avons vu. Bien sûr, Arnaud Montebourg va s’agiter, courir au devant des entreprises qui licencient pour essayer de limiter les dégâts. Bien sûr, il va donner le change en s’affichant dans les médias pour rappeler qu’au gouvernement il soutient l’industrie. Mais de politique industrielle, il n’en a pas. En tout cas, aucune qui soit compatible avec le pacte de compétitivité que Valls et Sapin vont développer.

Quelles en seront les conséquences ? Les électeurs de gauche se sentiront toujours plus trahis par leurs élus, les électeurs de droite crieront au loup avec Copé et consorts, lesquels affirmeront que le gouvernement n’en fait pas assez dans la réduction budgétaire (alors qu’ils auraient fait la même chose s’ils étaient au pouvoir) : bref, la France va s’enfoncer dans le marasme et les divisions. Aucun grand projet  n’est à l’horizon, aucune vision positive ne se dégage, aucune espérance ne renaît. Le nouveau gouvernement à peine nommé est déjà dans une impasse. Manuel Valls est dans une impasse. Il sortira de cette aventure en guenilles et la France désemparée.

*Photo : CHESNOT/SIPA. 00643130_000007.

Valls traumatise la gauche de la gauche

manuel valls ps pacte competitivite

Jusqu’à lundi soir, les politiques filaient unanimement la même métaphore – « claque », « gifle », « coup de poing» – pour qualifier la correction infligée par le corps électoral au gouvernement et à François Hollande. Mais depuis la nomination de Manuel Valls à Matignon hier matin, rien ne va plus. Les urnes ont certes parlé mais la plupart des représentants de la gauche peinent à comprendre le message des électeurs. Il faut avoir une sacrée dose de mauvaise foi intellectuelle pour voir dans le tsunami de dimanche un simple vote de contestation sans fond. Ne reculant devant aucune habileté stratégique, ces bolchéviques de la dernière heure prétendent que les Français ont massivement voté à droite pour exiger… « plus de gauche » !

Quand j’entends Henri Emmanuelli, Marie-Noëlle Lienemann et Cécile Duflot menacer François Hollande de ne pas voter la confiance au gouvernement de Valls parce qu’ils le jugent trop à droite, je me dis que le changement n’est vraiment pas pour maintenant. Et en entendant Michel Rocard confier hier soir au « Grand Journal » que son ex-poulain était « un peu jeune (à 51 ans !) pour être premier ministre », je me suis définitivement sentie téléportée à la huitième décennie du XXème siècle. Alors étudiante, j’observais, amusée, le célèbre trio des rocardiens Valls, Bauer et Fouks à l’affût des nouvelles recrues de l’Unef-Id qu’ils s’employaient à soustraire de l’influence plus fun des jeunes chevènementistes qui refaisaient le monde cigarette au bec dans les couloirs de la faculté de Tolbiac. Dès 1981, Manuel Valls fit ses premières armes centristes dans ce lieu hautement symbolique des dissensions idéologiques internes à la gauche, au milieu des batailles cinglantes qui opposaient Ligue Communiste révolutionnaire, Union des Etudiants Communistes et Mouvement des Jeunesses socialistes. Leur lutte pour la conquête du pouvoir ne connaissait de trêve que lorsque tous s’unissaient pour casser du « faf ».

Trente ans plus tard, la fronde gauchiste interne au PS illustre une réalité que les Français et les médias ont tendance à minorer : y compris au sein de son propre parti, François Hollande n’a jamais disposé de la majorité nécessaire pour conduire une politique de l’offre pourtant soutenue par le centre, une bonne partie de la gauche, l’ensemble de la droite et le MEDEF. Le « pacte de responsabilité» annoncé par l’homme de la synthèse en janvier n’est pas sans rappeler un projet politique méprisé, moqué et étouffé dans l’œuf, il y a trente ans sous Mitterrand. Tel un Lucifer de droite, Manuel Valls est aujourd’hui accusé d’en être l’infernal héritier.

À l’heure où la majorité des Français croule sous le chômage et les hausses d’impôt, pendant que le pays laisse filer sa dette et les investisseurs à l’étranger, la haine de la gauche de la gauche envers une politique innovante paraît d’autant plus délirante. Aidés de quelques intellectuels, ceux qui s’apprêtent à voter la confiance au nouveau gouvernement pourraient s’atteler à la tâche de donner enfin une doctrine à la mutation réformiste du PS – paradoxalement entamée dans les faits dès 83, mais pas dans les mots – afin d’en finir avec les vieilles lunes réactionnaires de l’extrême gauche française. Grâce à cette pâle lueur d’espoir ainsi offerte aux Français, l’idéal d’une social-démocratie à la française capable d’entrer de plain-pied dans la compétition économique mondiale deviendra peut-être un jour réalité.

*Photo : VILLARD/WITT/SIPA. 00680567_000033.

Remaniement d’avril

2

Le Président n’avait pas grand-chose à faire. Comme on dit, le message était clair. François Hollande l’a dit et répété, il a « entendu le message des Français ». Il fallait changer maintenant, pour de vrai, ça devait déménager. Exit le neurasthénique nantais et stop le chantier de Notre-Dame des Landes, on avait trop chatouillé les Verts. Out les ministres-s-e-s du genre Vallaud-Belkacem, Peillon et Taubira, on avait trop fait peur aux banlieues et aux familles catho. Bye bye l’arriviste hidalgo de la Place Beauvau, on avait quand même expulsé deux fois plus de Roms que Sarko.

C’était très simple : il suffisait de dégager tous ces fauteurs de troubles, de donner vraiment les moyens d’agir à un ou deux EELV, et de tout faire pour rattraper l’électorat traumatisé par deux ans de « réformes sociétales » aussi dangereuses qu’inopportunes. Pour en finir avec le hollandisme, rejeté par l’immense majorité des Français, le président n’avait plus qu’à remanier son attitude et son phrasé, imitant au mieux son prédécesseur survolté. Et les Français constateraient qu’ils avaient bien été écoutés, eux aussi.

Sauf que non, non, rien n’a changé. Tout va continuer. Au lieu de sanctionner Valls et Taubira pour leurs mensonges face caméra, Hollande fait de l’un son Premier ministre et laisse à l’autre le soin de mener à bien sa suicidaire réforme pénale. Premier résultat obtenu : les écolos claquent la porte et refusent d’avance leur vote de confiance, et les rigolos du Front de Gauche rejoignent officiellement l’opposition. Remaniement d’avril ? Attendez, ce n’est pas fini : sur seize nouveaux ministres,  les deux seuls nouveaux arrivants s’appellent François Rebsamen et… Ségolène Royal.

Autrement dit : personne n’est puni, tout le monde est promu. Les neufs ministres qui gardent leur fauteuil auront désormais davantage de prérogatives, afin de pouvoir poursuivre leur travail dans les meilleures conditions. Comme si on les félicitait pour leur politique, au moment même où les Français viennent de leur signifier qu’ils n’en voulaient plus. Quiconque a pu croire un instant que les socialistes reprendraient du poil de la bête d’ici les élections européennes peut aller se rhabiller. Ils seront tous à poil face à Copé et à un FN surgonflé.

À ce stade, on est tenté de se demander si François Hollande n’a pas calculé son coup. À moins qu’il ne soit une taupe de l’UMP, son pari doit reposer sur la probabilité d’avoir à remanier encore avant l’été. Dans cette perspective, évidemment, autant rajouter une couche bien grasse de « sociétalisme » pendant que c’est encore jouable. Parce qu’avec le scrutin proportionnel des européennes, le message des Français va finir par être trop lisible pour ne pas être compris. Les Verts feront dans les 10%, les rouges à peine moins, et le FN plus du double.

Il se pourrait bien que le changement, ce soit en juin. Et qu’alors, avec un peu de chance, Manuel Valls ait déjà perdu suffisamment de points de popularité pour ne plus menacer Hollande de concurrence déloyale en 2017. Il ne manquerait plus à ce dernier, dès lors, qu’à user de la dernière technique Sarkozy dont il ne se soit pas encore inspiré : nommer un « gouvernement d’ouverture », avec centristes dociles et écologistes bon teint, pour flatter toutes les parties et devenir le grand arbitre qu’il n’a jamais été. À moins, bien sûr, que la fessée soit telle qu’une dissolution s’impose. On peut toujours rêver.

Voter ou respirer, il faut choisir

21
Pollution brouillard belgique

Pollution brouillard belgique

36%, 33% et 17%… Non, ce n’est pas le score d’une triangulaire avec le FN en embuscade lors des dernières élections municipales. 36%, c’est pour les maladies cardiovasculaires, 33% pour les AVC et 17% pour les affections pulmonaires chroniques, le tout formant les causes principales de la mortalité directement imputable à la pollution sur la planète. On a beau avoir eu, au mois de mars, un long épisode avec des pics du même nom, qui ont fait la une des médias, les élections municipales ont assez vite chassé une autre information tombée entre les deux tours : d’après un rapport publié le 25 mars par l’Organisation Mondiale de la Santé, sept millions de personnes sont mortes prématurément en 2012 à cause de la mauvaise qualité de l’air.

Sept millions, ça commence à chiffrer, tout de même. Tenez, à quelques dizaines de milliers près, c’est le nombre d’abstentionnistes au second tour. On ne s’est pas posé la question sous cet angle-là mais si ça se trouve, un abstentionniste s’abstient parce qu’il a peur de sortir de chez lui et de finir étouffé avant d’arriver à l’isoloir. Ou sept millions, si vous préférerez, c’est la population de la Bulgarie. Bon, il y en a sûrement que cela arrangerait, du côté de la Commission Européenne, de voir disparaître la population de la Bulgarie, ou de la Grèce, histoire d’avoir des finances saines. Et il faut reconnaître que les particules fines, ça vaut bien un plan d’austérité mitonné par la Troïka, question bien-être de la population. En même temps, il paraît que la Grèce va pouvoir emprunter de nouveau sur les marchés, c’est vous dire à quel point elle est en bonne santé, la Grèce, même si les mômes asthmatiques d’Athènes en pleine détresse respiratoire à cause du Néfos[1. Nuage brunâtre de pollution composé de dioxyde de souffre, monoxyde de carbone, et ozone qui surplombe la ville d’Athènes, en hiver (en situation anticyclonique stable) ou en été, quand la température dépasse 34°C.] ont plutôt du mal à trouver des hôpitaux ou des dispensaires encore ouverts, après les coupes budgétaires drastiques.

Et puis, rassurons nous, l’OMS donne un autre tiercé dans l’ordre. Les sept millions de morts, on les trouve d’abord dans le Pacifique Ouest avec 2, 8 millions de décès, dans l’Asie du Sud Est avec 2, 3 millions et en Afrique, toujours petite joueuse, avec 600 000. Bref, on meurt de la pollution surtout dans des endroits où l’on est déjà habitué à mourir, soit en s’épuisant au travail dans les usines délocalisées du capitalisme décomplexé, soit à cause de la famine, du SIDA ou des guerres interethniques. Certes, l’Europe et les USA sont également touchés mais l’OMS donne aussi d’autres raisons d’espérer : ce sont en effet surtout les pauvres qui meurent, parce que les pauvres se chauffent n’importe comment, vivent près des décharges ou utilisent des modes de cuisson archaïques car ils ne sont pas assez entrés dans l’histoire. A-t-on idée, même si on est paysanne chinoise, malienne ou creusoise, d’utiliser des fours à bois ou à charbon à l’époque où des énergies douces offrent des alternatives modernes et citoyennes ?

L’OMS remarque ainsi que sur 100 000 décès en Europe chez les faibles revenus, 106 sont dus à la mauvaise qualité de l’air tandis que chez les hauts revenus, ils ne sont plus que 47. Il est vrai que les filtres sont de bien meilleures qualités sur les grosses cylindrées germaniques ou les SUV testostéronés et qu’un petit malus écologique à l’achat est vite oublié alors qu’aller pointer à pied à Pôle Emploi avec la poussette du petit dernier au ras des tuyaux d’échappement, c’est tout de suite plus compliqué pour le bien-être des alvéoles.

L’OMS avait déjà publié un rapport de ce genre en 2008 : on en était alors seulement à 3,4 millions de morts. Les amis prométhéens du progrès ou de la croissance à la papa pour lesquels il y a ni particules fines, ni réchauffement climatique, ni aucun problème de ce genre sauf dans l’esprit malade de quelques fâcheux qui veulent nous renvoyer à l’âge de la bougie et nous faire vivre dans des communautés rurales avec toilettes sèches et riz complet, ces amis prométhéens, donc, feront observer que la méthodologie de l’OMS a changé et que maintenant sont prises en compte les zones rurales. Il n’empêche que les spécialistes remarquent quand même que la progression est inquiétante et dénoncent « les politiques non durables menées dans les secteurs de l’énergie, des transports, de la gestion des déchets et de l’industrie ».

De là à dire qu’il faudrait désormais une planification écologique comme il y avait eu une planification économique dans la France dévastée de l’après-guerre, il n’y aurait qu’un pas. Mais il n’est pas près d’être franchi si on en juge par la façon joyeuse dont on marche à l’abime, persuadé que ça s’arrangera toujours, que l’homme trouvera toujours une solution pour s’en tirer, optimisme dément qui rappelle la phrase de Céline dans le Voyage sur les hommes « plus enragés que les chiens, adorant leur rage ( ce que les chiens ne font pas ), cent , mille fois plus enragés que mille chiens et tellement plus vicieux ! »

*Photo : Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA. AP21540175_000001.

Eloge de Christiane Taubira, concise et flamboyante

89
taubira mensonge diplomes

taubira mensonge diplomes
Le 12 mars dernier, à l’issue d’un conseil des ministres, Christiane Taubira évoquant devant des journalistes les écoutes téléphoniques dont l’ancien président de la République avait fait l’objet, déclarait fortement : « Je redis ici que je n’ai pas d’information concernant la date, la durée, le contenu des interceptions judiciaires » et, pour appuyer la véracité de ses dires, brandissait deux lettres, l’une de l’avocat général près la cour d’appel de Paris, l’autre du procureur financier, lettres dont des journalistes investigateurs, au nombre desquels Edwy Plenel ne figurait pas, montrèrent par un simple « zoom » qu’elles prouvaient exactement le contraire : le ministre avait été informé à la fois des dates (du 28 janvier au 11 février 2014) et de l’essentiel de leur contenu. Accusée de mensonge par des personnes malintentionnées et vraisemblablement racistes, elle s’en défendit en concédant toutefois qu’elle avait pu être un peu « imprécise ».

Quinze jours plus tard on apprend grâce à un autre investigateur, qui n’était toujours pas Edwy Plenel, on se demande pourquoi, que Mme Taubira, contrairement à ce qu’on peut lire depuis quinze ans dans les notices biographiques qui lui sont consacrées, y compris à la date du 4 décembre 2001 dans le « journal de référence », n’est ni docteur en économie, ni docteur en ethnologie, ni docteur en agroalimentaire. Certes, comme le précisera son cabinet, ses notices officielles font seulement état d’un cursus de « troisième cycle » et si elle n’a jamais pris la peine de démentir les fausses informations qui la concernent c’est qu’elle n’a pas de press book, qu’elle ne consulte jamais sa page Wikipédia – et ses conseillers en communication non plus, on l’imagine. Comme si la lourde charge de l’intérêt public laissait aux hommes et aux femmes politiques le loisir de se préoccuper de leur image ! C’est donc à juste titre que le « journal de référence » dénonce « l’intox des doctorats », attribuant manifestement cette « intox » non à la ministre, mais à ses détracteurs. Quant aux défenseurs de la ministre il ne fait aucun doute qu’ils sont prêts à se regarder mutuellement dans les yeux, à se tenir par la barbichette de la main gauche, à lever la main droite en disant « je le jure » et à répéter sans rire : « Oui, s’il s’était agi de Copé, de Guéant, d’Hortefeux ou de Christine Boutin, nous aurions dit exactement la même chose ».

Non seulement Christiane Taubira ne s’est pas rendue coupable d’un mensonge par omission, mais elle n’a même pas ici à confesser le péché véniel d’imprécision, comme auront pu le constater les spectateurs de l’émission Des paroles et des actes diffusée le 5 septembre 2013 sur France 2. Celle-ci commençait par un portrait de la ministre tracé par David Pujadas : « Vous avez un doctorat d’économie, un doctorat d’ethnologie, un diplôme supérieur d’agroalimentaire ». Invitée à réagir à ce portrait, le ministre déclare : « Je pense que je peux revenir sur ce portrait, mais oui, c’est vrai ». C’est pourtant clair ! Tous les spectateurs de bonne foi auront compris que « c’est vrai » se rapportait à l’ensemble du portrait à l’exclusion de la mention des diplômes tandis que « je pense que je peux revenir sur ce portrait » signifiait sans ambages : « Non, je ne suis titulaire d’aucun doctorat ». D’autant plus qu’un peu plus loin la ministre enfonçait le clou. Un autre journaliste, Jeff Wittenberg, lui ayant rappelé dans son intervention : « vous avez un doctorat d’économie », elle lui répond : « Il y a une situation – cessez de m’additionner des diplômes – il y a surtout une situation… ». Quel locuteur de langue française n’aura pas compris que « cessez de m’additionner des diplômes » signifie « Comme je l’ai dit à M. Pujadas tout à l’heure, je ne suis ni docteur en économie, ni docteur en ethnologie ». La formulation de Mme Taubira n’était pas imprécise, elle était concise, ce qui est une qualité.

Cependant la concision n’est pas la seule qualité de Christiane Taubira. Celle-ci a récemment publié aux éditions Flammarion un livre intitulé Paroles de liberté. Dans Libération, à la date du 1er avril, M. Fabrice Tassel nous donne à connaître un extrait de cet ouvrage rédigé dans un style qu’il qualifie de « flamboyant ». Jugez-en plutôt. Dénonçant la libération de la parole raciste sur Internet l’auteur écrit ceci : « Là où la bêtise peut circuler même quand le mazout de la haine et de la vulgarité lui englue les ailes, des doigts bouffis par la lâcheté flasque de l’anonymat tapaient, dans la rage de leur insignifiance, des mots qui se voulaient méchants, blessants et meurtriers ». On se demande par quel miracle ce n’est pas un « doctorat total » de littérature qui a été attribué à la ministre sur Wikipédia ou dans Le Monde. Christiane Taubira est à la fois concise et flamboyante, classique et romantique, ou, si l’on préfère, elle réunit les valeurs de l’apollinien et celles du dionysiaque. C’est une bonne nouvelle non seulement pour la justice qui doit concilier la vigueur dionysiaque du glaive et l’équilibre apollinien de la balance, mais encore pour la littérature, pour l’art et pour la philosophie.

*Photo : Jacques Brinon/AP/SIPA. AP21539041_000006.

McDo Allemagne drague les vieux : Vieillir et travailler au pays

10

Beaucoup de sexagénaires allemands rêvent d’aller finir leurs jours à griller sous le soleil de la Crète ou des Baléares. En fait de grillade, il est fort probable que nombre d’entre eux soient amenés à la pratiquer plus activement que passivement, sous les gais cieux de Düsseldorf ou Leipzig.

C’est en tout cas ce qui ressort d’un entretien donné le 30 mars dernier au Financial Times par David Fairhurst, DRH chez McDonald’s Europe, et répercuté aussitôt par nos confrères d’Express.be  sous le titre plaisant « Pourquoi McDonald’s a déjà commencé à recruter les grands-parents de ses employés ».
Que nous dit David de chez Ronald ? « La main d’œuvre est en train de se réduire des deux côtés du spectre démographique. Il n’y a pas assez de jeunes qui arrivent sur le marché du travail, et trop de travailleurs âgés qui en partent »

En conséquence de quoi  McDo s’apprête à recruter en masse papys et mamies pour pallier la pénurie de main d’œuvre juvénile made in Germany. Décidément la natalité allemande gross malheur ! Fick Mich, Ja ! Kinder Surprise, Nein Danke ! Cela dit, les amis, ne nous réjouissons pas trop vite, même si ces gens-là se reproduisent fort chichement, on va quand même devoir se les fader pendant encore quelques siècles.

Ukraine : la guerre du gaz aura bien lieu

10
gazoduc russie allemagne

gazoduc russie allemagneDans la crise ukrainienne, si Angela Merkel a haussé le ton contre Vladimir Poutine, elle l’a fait presque à contre-cœur. Une majorité de son opinion publique est sceptique sur l’efficacité des sanctions économiques. Au sein du SPD, son allié dans la « grande coalition », beaucoup pensent que l’Allemagne ne doit pas rompre avec Moscou. Et cette opinion est partagée
 par les milieux industriels et le patronat. L’Allemagne n’est donc pas aux avant-
postes des va-t-en-guerre. Tout simplement parce que la montée des tensions entre Russes et Occidentaux et le climat de guerre froide qui s’installe vont à l’encontre de ses intérêts géostratégiques.

C’est que l’Allemagne et la Russie ont le même talon d’Achille : l’énergie. La première est dépendante de la seconde et inversement. Toutes deux se tiennent par la barbichette. Gerhard Schröder, qui avait choisi l’alliance avec la Russie en privilégiant les importations de gaz, a été la cheville ouvrière, aux côtés de Gazprom, du nouveau gazoduc Nord Stream, qui double les gazoducs existants qui traversent l’Ukraine.[access capability= »lire_inedits »]
Le quart de la production de Gazprom est acheté par l’Allemagne, ce qui représente 30 % de la consommation d’énergie allemande, contre 35 % pour le pétrole. Ces achats sont compensés par les ventes de matériels à la Russie, dont l’Allemagne est le troisième partenaire commercial. On ne compte pas moins de 6 000 sociétés allemandes actives sur le marché russe. Mais ce n’est pas tout. La Chine, la Russie, le Kazakhstan et l’Allemagne ont réactivé la « route de la soie » pour l’acheminement des marchandises, par chemin de fer, entre la Chine et l’Europe. Un moyen de transport plus rapide et moins coûteux que la voie maritime, dès lors que certaines usines chinoises se délocalisent dans le centre du pays afin d’utiliser une main-d’œuvre d’origine paysanne moins chère que dans les zones côtières. Pour la Chine, qui souhaite que son commerce avec l’Europe ne dépende plus seulement de la voie maritime, au moment où les tensions avec le Japon et les États-Unis se font plus vives, ce redéploiement est donc aussi géostratégique. En même temps, Pékin se rapproche de Moscou et du Kazakhstan, en devenant progressivement l’un de leurs acheteurs privilégiés de gaz, de pétrole et de matières premières. Ce qui doit permettre à Moscou et à Gazprom d’être moins dépendants du marché européen. Quant à l’Allemagne, ses industriels peuvent poursuivre leurs relations privilégiées avec la Chine tout en équipant les nouvelles voies de chemin de fer.

Angela Merkel, cependant, est loin d’être aussi russophile que Gerhard Schröder et le SPD. Elle n’est pas loin de détester Vladimir Poutine, qu’elle connaît bien. Mais les liens entre l’industrie allemande et la Russie sont tels qu’il n’est pas possible de rebasculer d’un coup toute la géopolitique allemande et sa politique énergétique.
En bonne mercantiliste, elle veut être au mieux avec ses principaux clients : les États-Unis, où l’Allemagne fait de remarquables excédents, et la Chine qui représente à terme un marché considérable. Quant à la Russie, elle est un mal nécessaire dès lors qu’elle a encore besoin de son gaz et qu’une partie de son commerce avec la Chine va transiter par son territoire.
Consciente de la dépendance énergétique de son pays, Angela Merkel avait fait le pari de se passer rapidement de l’électricité nucléaire tout en réduisant peu à peu sa dépendance à l’égard du gaz russe. Comment ? En misant sur les énergies renouvelables qui représentent déjà 23 % de la consommation d’énergie en Allemagne, pourcentage qui doit grimper à 40 % en 2020. Mais ce choix se révèle un fiasco financier. Les subventions massives à ces nouveaux secteurs coûtent cher aux finances publiques, pèsent sur les comptes des grands énergéticiens et font du kilowatt/heure allemand l’un des plus chers d’Europe. Certains n’hésitent plus à dire que la facture du choix en faveur des énergies renouvelables sera bien plus élevée que celle de la réunification. Entre 500 et 1000 milliards d’euros à l’horizon 2020. Ce sont les ménages qui paient l’essentiel du surcoût mais cette énergie chère commence également à peser sur la compétitivité des industriels allemands.

Comment sortir de ce squeeze énergétique ? Dans l’immédiat, en remettant au goût du jour le bon vieux charbon qui aura été, en 2013, la première source de production d’électricité outre- Rhin. Ce qui suppose de réactiver les mines sur le sol allemand – tant pis pour les émissions de CO2. Mais Merkel dispose également d’un autre joker : le gaz américain. En 2011, l’Amérique a changé radicalement sa politique énergétique, avec plusieurs objectifs : réduire sa dépendance au pétrole importé, notamment du Proche-Orient ; offrir aux entreprises américaines une énergie bon marché pour améliorer leur compétitivité ; passer d’importateur à exportateur de gaz et de pétrole. Un basculement complet, rendu possible par les nouvelles technologies de forage notamment pour le pétrole et le gaz de schiste – donc par la mise sous le boisseau des réglementations environnementales trop contraignantes. Pendant près d’un quart de siècle, les Américains ont systématiquement délocalisé les activités minières et pétrochimiques polluantes dans le tiers-monde. Lawrence Summers, à l’époque un économiste en vue du FMI, qui sera par la suite secrétaire au Trésor de Bill Clinton puis conseiller d’Obama, avait même théorisé cette démarche. Cette nouvelle stratégie a déjà fait des États-Unis le premier producteur mondial de gaz depuis 2013 ; ils le deviendront en 2015 pour le pétrole et, en 2020, ils auront acquis une totale indépendance énergétique. Autant dire que l’énergie est devenue un pilier de leur politique économique et un instrument essentiel de leur politique étrangère. Fin 2011, Hillary Clinton, qui était encore à la tête du département d’État et pensait déjà à l’élection présidentielle de 2016, a créé un nouveau Bureau des ressources énergétiques, dont la direction a été confiée à Carlos Pascual, ancien ambassadeur américain à… Kiev. Sa mission : faire en sorte que les États-Unis « deviennent le chef de file de ceux qui façonneront l’avenir énergétique mondial ».

Pour le moment, cependant, les États-Unis, peu soucieux de renoncer à un avantage compétitif pour leurs entreprises, n’envisagent pas d’exporter ces gaz de schiste, à moins d’obtenir en échange des concessions très importantes des Européens sur d’autres secteurs dans le cadre du futur Traité transatlantique. Voilà pourquoi Angela Merkel pousse, depuis le début, à la conclusion de ce traité, qui non seulement sera bénéfique à ses grands industriels, notamment dans l’automobile, mais lui permettra aussi, à terme, de réorienter progressivement ses achats de gaz de la Russie vers les États-Unis, en payant moins cher. Pour Washington, la carte énergétique est aussi le moyen d’affaiblir une Russie dont 50 % des ressources budgétaires proviennent des ventes d’hydrocarbures, essentiellement vers l’Europe, marché de 50 milliards de dollars pour Gazprom.
Cette offensive américaine sur le gaz n’est pas passée inaperçue à Moscou. Vladimir Poutine, qui n’ignore rien des arrière-pensées allemandes, sait que le marché européen pourrait cesser d’être un eldorado pour Gazprom. D’où le redéploiement vers la Chine qu’il a engagé. Reste qu’on ne change pas de politique énergétique par décret. Tout cela prend du temps. En réalité, la crise ukrainienne a pris tout le monde de court. Et elle exacerbe des tensions latentes que la Russie, et encore moins l’Allemagne, n’avaient intérêt à aviver.[/access]

*Photo : Petr Eret/AP/SIPA. AP21256092_000004.

L’ivresse sucrée

17

Je dors d’un sommeil irrégulier. Je m’éveille souvent. Depuis que j’en ai chassé ma dernière compagne, le palais est silencieux. Plus aucune porte ne claque. Je vis seul. La nuit, je me rends jusqu’aux cuisines de l’Élysée, où la faim me porte. J’y trouve des reliefs appétissants, que je dévore. Je suis alors saisi d’une frénésie alimentaire. J’aime les gâteaux surtout. Je m’en remplis la bouche. Sous la masse des comestibles, constamment renouvelée, mise en branle par la mastication rapide, mes joues se gonflent démesurément, s’animent, se déforment. Je surprends parfois mon reflet dans une vitre, et je trouve comique ma face enflée, mes lèvres souillées et humides, vers quoi reviennent toujours mes mains chargées de nourriture, dans un geste mécanique et pressé. « Eh bien, président, tu bâfres ! »

C’est ce que je me dis à part moi. Je souris ; des éclats de gâteau jaillissent, un mince filet s’échappe de mes commissures.
Affolé de pâtisserie, je m’assieds dans la pénombre, et je laisse la saturation s’installer, prendre possession de mon être. Les glucides s’infiltrent dans le réseau de mes veines, irriguent mon cerveau, tous mes membres.
Je me soumets à la loi du sucre.

J’ai nommé Manuel Valls premier ministre. Ce petit monsieur vient de passer deux années à la tête de la police. Il n’a pu, à ce poste éminent, où l’on peut déplacer à sa guise, sur une carte, des compagnies en armes, apaiser sa soif de commandement. C’est un plaisir renouvelé que le spectacle de ces républicains d’élite, manifestant sans vergogne une suffisance de tyranneau de canton. La dernière semaine de son exercice lui aurait été fatale, si le ridicule et la honte pouvaient encore tuer : un pompier a refusé de prendre la main qu’il lui tendait. Quel camouflet pour ce matador de baignoire !
Bah ! Ce ne fut là que la première station de son chemin de croix. Je ne lui donne pas un an pour que Matignon épuise son arrogance. Il sortira de l’épreuve plus essoré qu’un linge de maison du tambour d’une machine. Pour l’heure, la presse complaisante lui tresse des couronnes : il connaîtra tantôt que le laurier comporte des épines.

J’ai souhaité sortir Ségolène Royal de la lointaine réclusion où elle se morfondait. Je la vois encore, accablée, larmoyante, criant presque grâce aux électeurs, qui l’avaient écartée de La Rochelle… C’est beau une femme qui pleure, la nuit !
On me rapporte que le fidèle Ayrault a été blessé que je ne le reconduisisse pas dans sa fonction. Ah, le brave homme ! Je l’imaginais dans son bureau, lundi dernier, espérant mon appel, soutenu par un fol espoir, et par celui de ses commensaux, telle cette madame Bricq, qui crut habile d’encenser la cuisine de Matignon, au détriment de celle de l’Élysée.
Quel chemin parcouru depuis que j’ai quitté la rue de Solférino ! Où sont mes concurrents, mes ennemis devrais-je dire, car il furent trop peu loyaux pour être mes adversaires, et dans quel état se trouve le parti socialiste ?

J’ai su que M. Kahn cherchait jusqu’en Chine des investisseurs pour plus d’un milliard d’Euros. Il a en tête la création d’un « fonds spéculatif entièrement dédié à la macro-économie ». Je me répète cette information à toute heure de la journée, et je souris. M. Kahn, le champion de la gauche, celui que tout un peuple attendait, l’économiste qui murmurait à l’oreille des princes et des gogo-danseuses, Je l’imagine dans le bureau de son « hedge fund » adoptant tour à tour une position courte ou longue, fasciné par la chute… des marchés. Il me toisait, naguère, il m’enjoignait de me soumettre ou de me démettre. Sic transit… intestinal, ah, ah, ah !
J’ai gardé Fabius aux Affaires étrangères. Il n’est que ce portefeuille d’assez vaste pour contenir l’ennui qui l’habite. Il fit un usage médiocre des dons innombrables que la naissance et la nature lui avaient abandonnés. Sa conversation était l’une des plus brillantes de Paris, mais il ne consentit jamais à échanger avec moi que des banalités. À présent, il confie aux œuvres d’art et aux jolies femmes le soin de le divertir.

Quant au parti socialiste, si je disposais d’un reliquat de piété, je prierais volontiers pour qu’un dieu de miséricorde exauçât le vœu de M. Emmanuelli, lequel déclarait ce matin que « la démission du premier secrétaire ne [lui] paraîtrait pas inopportune ». Décidément, ce monsieur Désir-sans-avenir n’aura existé véritablement que dans le refus qu’il suscitait !
L’aube se lève sur Paris. Je retrouverai tout à l’heure l’inquiétante servilité de mes courtisans. Avant de regagner ma chambre, je risquerai quelques pas dans le parc. Je n’ai plus faim. L’écœurement de la chose sucrée a suivi son éblouissement.
Tous les plaisirs sont brefs et infidèles.

Manuel Valls, dircom hollandais

54
valls hollande communication

valls hollande communicationQu’est-ce qu’un écureuil ? C’est un rat pourvu d’un bon attaché de presse ! Voilà, semble-t-il, la leçon qui a été tirée à l’Elysée de la débâcle municipale, conséquence d’une impopularité persistante de l’exécutif. Le choix de Manuel Valls pour remplacer Jean-Marc Ayrault à Matignon a été, dans un premier temps, interprété comme la mise en place, contrainte et forcée, par le président de la République, d’une cohabitation interne à la gauche. François Hollande se replierait sur ses fonctions régaliennes de chef de l’Etat : grande diplomatie et conduite des opérations militaires extérieures, laissant à son premier ministre la haute main sur le gouvernement. Celui-ci, selon la Constitution de la Vème République « détermine et conduit la politique de la nation ». Manuel Valls, candidat à la primaire socialiste en 2012, et ministre de l’Intérieur ensuite, s’est forgé une image de Tony Blair en VF, ne manquant aucune occasion de se démarquer de la gauche traditionnelle et de ses fétiches idéologiques anciens et modernes : il s’est ingénié, avec certain succès, à incarner une gauche décomplexée, acceptant sans arrière-pensées les lois du marché et de la mondialisation, à l’écoute des angoisses sécuritaires et identitaires des populations reléguées dans les zones périurbaines, et soucieuse de maintenir l’ordre républicain – celui qui protège les faibles contre les caïds des cités comme d’ailleurs.

C’est peu dire que la formation du gouvernement Valls était attendue comme la traduction d’une rupture avec la calamiteuse expérience de son prédécesseur : on espérait un vrai patron, mettant en place un dispositif gouvernemental dont il aurait la maîtrise, avec des ministres reconnaissant son autorité, et peu tentés d’aller contester à l’Elysée les arbitrages rendus à Matignon. La ligne social-démocrate définie par François Hollande lors de la conférence de presse de janvier serait précisée dans un sens social-libéral, avec ce qu’il faut de réformes de structures du type Schröder et, à Bercy, des personnalités susceptibles d’incarner cette orientation, Louis Gallois par exemple.

Il n’en est rien : le poids politique personnel que les principaux membres du gouvernement estiment, à tort ou à raison, disposer dans le parti ou dans le pays, leurs liens personnels et anciens, pour beaucoup d’entre eux, avec le président de la République circonscrivent la place réelle que Manuel Valls va désormais occuper : celle de directeur de la communication de l’exécutif et de producteur « d’éléments de langage » à l’usage de ses collègues pour éviter la cacophonie de l’équipe précédente. La première salve de la novlangue du pouvoir a été lancée par le premier ministre, mercredi 2 avril sur TF1 : « Nous sommes tous hollandais !» a-t-il affirmé, et on veut bien le croire ! Exit Valls le briseur de tabous, le défricheur de sentiers délaissés de la gauche retrouvant le chemin du peuple, voici le Valls réduit à sa compétence primaire, celle qui lui permit de gravir les échelons de la vie politique : celle d’un communiquant habile, familier des ficelles du métier grâce à son ami Stéphane Fouks, et auréolé de quelques succès dans ce domaine sous le gouvernement Jospin, et lors de la campagne présidentielle de 2012.

A ce point de l’analyse, on peut se demander ce qui a poussé Manuel Valls à accepter cette mission où il court le risque de dilapider en quelques mois le capital de popularité engrangé lors de son passage place Beauvau. Fait-il passer la loyauté et l’esprit de sacrifice avant la gestion bien comprise de son ambition politique affichée, la conquête de l’Elysée ? En 2020, il n’aura que 58 ans, et beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts. Le cas d’Alain Juppé rétabli dans une stature de présidentiable vingt ans après une chute abyssale peut lui servir d’espoir, sinon d’exemple.

Son passage à Matignon lui permettrait alors de combler des manques qui apparaissent une fois dissipés les brouillards de la com’ : la « pensée Valls », hormis quelques intuitions sur la sécurité, le rôle de la nation, le réalisme économique est encore protéiforme. Elle est encore dépourvue de porte-parole influents dans les milieux intellectuels et médiatiques. Face à Terra Nova et à la Fondation Jean Jaurès, aux réseaux d’universitaires cultivés par Martine Aubry prônant une vision multiculturaliste d’une société française pouvant être sauvée par le « care », le système Valls paraît bien faiblard.
S’il parvient, avec les moyens de Matignon, à constituer autour de lui un courant de pensée structuré, appuyé sur des esprits libres et inventifs, soucieux d’appréhender le réel sans a priori dogmatique, il n’aura peut-être pas tout perdu. Mais comme disait l’ancien premier ministre britannique, Harold MacMillan, mort presque centenaire à la fin du siècle dernier : « Ce qu’il y a d’irritant dans la vie politique, ce sont les événements ! » Gérer un cabinet de communication de crise est difficilement compatible avec l’élaboration sereine d’un projet pour l’avenir. On en saura plus dans quelques mois.

*Photo : WITT/SIPA. 00680661_000002.

Dis François, c’est encore loin la reprise?

98
hollande colomb decouverte

hollande colomb decouverte
Quelques jours après l’annonce du remaniement, on peut déjà constater que le premier objectif de François Hollande a été atteint : on ne parle plus des municipales. La question est bien évidemment de savoir si, au-delà de l’effet médiatique, le changement de gouvernement signifie un changement de stratégie et de politique. Vu la composition du gouvernement, la réponse est clairement non : Hollande n’a pas changé d’analyse et en conséquence ne pense pas qu’il faille changer de cap. Ce chiraquien croyant et pratiquant sait qu’un président de la République peut envoyer de troupes en Afrique, décider des essais nucléaires et avoir des bonnes places pour une finale de la coupe du monde, mais qu’en revanche il est incapable d’inverser la courbe du chômage ni n’importe quelle autre courbe d’ailleurs. Hollande sait parfaitement que depuis un certain temps il n’y pas de chef d’Etat en France mais uniquement des hommes plus ou moins doués qui interprètent ce rôle. Chirac ne l’a pas joué si mal, il a su « habiter » la fonction – à défaut d’exercer le pouvoir – mais depuis 2007 rien ne va plus. Nicolas Sarkozy, pourtant proche de Chirac un certain temps, croyait et faisait croire qu’il suffisait de vouloir pour pouvoir, que le réel pliait devant l’obstination d’un chef volontaire comme les chiffres de la délinquance devant un ministre de l’intérieur énergique. En d’autres termes, Sarkozy était un dealer qui consomme, une erreur que son successeur ne commet pas. L’actuel amateur qui interprète le rôle de président, s’il joue assez mal, a pourtant compris qu’il fallait faire sien le célèbre mot de Cocteau : « Puisque ces mystères demeurent, feignons d’en être l’organisateur ».

Hollande s’est trouvé dans une situation où les attentes de Français – entretenues voire amplifiées par sa campagne présidentielle – étaient importantes et la capacité de l’exécutif d’y répondre quasi nulle. Dans ces conditions, la seule stratégie possible est de gagner du temps : aucun problème, aucune crise aussi durs et longs soient-ils, ne sont infinis. Les pires épidémies qui ont décimé l’humanité jusqu’au milieu du XXème siècle n’ont jamais duré éternellement malgré l’incapacité des hommes à leur trouver des remèdes voire à en comprendre les ressorts. Il faut tout simplement manœuvrer pour être au poste de médecin en chef au moment où l’épidémie s’épuise et cesse naturellement.

Le « moment » politique actuel n’est donc pas celui d’une réflexion sur le bilan et d’une remise en cause mais celui du leadership. Tel Christophe Colomb, Hollande est sûr de lui et son rôle consiste à rassurer l’équipage qui commence à perdre espoir. A lire aujourd’hui le journal de bord du grand navigateur, on est frappé par la similitude des situations. Le 23 septembre 1492 par exemple, Colomb note que « l’équipage râle toujours [..] les hommes croient que nous ne pourrons jamais rentrer chez nous ». Et le lendemain il constate que « malgré des indices d’une terre proche que nous avons pu constater de nos propres yeux et ceux donnés par Dieu […] ils disent que je leur ai menti ».

Hollande, comme Colomb il y a cinq siècles, voit des signes indiquant que la terre est proche. Aujourd’hui, l’on sait que Colomb avait deux fois tort : ce 24 septembre, il était encore à 18 jours de voyage des Caraïbes, beaucoup plus loin qu’il ne le croyait ; par ailleurs, il croyait guider ses hommes vers l’Inde et le Japon… Hollande perçoit, lui aussi, les signes précurseurs d’une reprise qui n’a rien à voir avec ce qu’il a fait depuis 22 mois mais avec ce qu’ont accompli les Américains, Allemands, Britanniques, Chinois, Espagnols et Italiens depuis quelques années. Cela fait au moins trois ans qu’il croit que la reprise réelle, celle qui fait baisser le chômage et augmenter les salaires, est, comme « Cipango » dans l’esprit de Colomb, à quelques jours de voyage.

Dans son retard, Hollande gagne du temps. C’est le rôle de Valls : tenir et entretenir les médias, les sondages et l’opinion publique assez longtemps pour que ces hirondelles qu’il ne cesse d’entrevoir amènent enfin ce printemps si récalcitrant. Et vous savez quoi ? Il n’est pas exclu qu’il gagne son pari…

Impasse Manuel Valls

239
valls montebourg deflation

valls montebourg deflationLe Président de la République a choisi Manuel Valls pour conduire la politique du Gouvernement. On sait aujourd’hui qu’il devra arbitrer le duo Montebourg/Sapin à l’Economie et aux Finances. Ce face-à-face, s’il risque d’être assez spectaculaire et s’il alimentera sans aucun doute les gazettes, est pourtant un faux-semblant.

Car Michel Sapin conserve, semble-t-il, les deux leviers principaux de Bercy, c’est-à-dire la tutelle sur la Direction du Trésor et la Direction du Budget. Autrement dit, la dépense et les recettes. Arnaud Montebourg n’aura quant à lui que la tutelle sur la Direction de l’Industrie et surtout sur le Ministère de la Parole. Il nous y avait habitués quand il était au Redressement productif : son arrivée à l’économie lui donnera certes une audience plus large et sa voix portera plus loin, mais il restera contraint par le pacte de compétitivité et par les engagements de restriction budgétaire dont Michel Sapin sera le garant vis-à-vis de Bruxelles… et de Berlin.

Cette situation conduit Manuel Valls et le gouvernement à une impasse pour une raison évidente : son gouvernement appliquera avec rigueur la même politique que les autres gouvernements européens. Une politique qu’auraient aussi bien pu appliquer Alain Juppé ou François Fillon, c’est-à-dire « euro-compatible », une politique d’austérité qui produit déjà ses effets puisque la stagnation s’installe durablement en Europe. Non seulement la croissance est nulle (y compris en Allemagne), mais partout les économistes agitent maintenant le spectre de la déflation.

Au-delà des indicateurs économiques qui dévoilent la contraction progressive de la masse monétaire, les politiques d’austérité répercutent leurs effets en cascade sur les donneurs d’ordre et les entreprises qui leur sous-traitent leurs services. Chacun peut le constater dans le business, en France comme en Allemagne comme au Royaume-Uni, mais plus encore en Espagne et en Italie, partout les prix baissent : dans les télécoms, dans les services, dans la grande distribution, dans l’automobile, dans les produits d’équipement, la concurrence organisée à l’échelle mondiale a conduit les entreprises à mettre la pression sur les prix et à organiser la déflation.

Cette déflation est mortifère. Elle est déjà l’œuvre d’une manière sous-jacente depuis 12 ans. Elle a conduit à la destruction de plus d’un million d’emplois industriels en France. Elle est en passe de devenir structurelle et évidente au sein de la zone euro. Tous les économistes le craignent désormais. Comme dans les années 30, la déflation ne peut conduire qu’au renchérissement du coût réel des intérêts bancaires (le différentiel entre le taux effectif nul ou positif et le coût de la vie négatif), à la baisse des investissements (on y est déjà : en 2013, par exemple, le nombre de permis de construire déposés a baissé de 30%), à la compression des salaires pour réduire encore plus les coûts de production, à la baisse du pouvoir d’achat donc à la baisse de la consommation, à l’amplification de la baisse des prix pour essayer d’attirer des consommateurs fuyants, au transfert accru de la production vers les pays à bas coût (Chine, Vietnam…), à la désindustrialisation irréversible du pays. Une spirale infernale dont il est très difficile de sortir.

Et bien entendu au chômage de masse : si l’on additionne les différentes catégories de chômeurs (jusqu’aux emplois à temps partiel de moins de 20 heures par semaine), on retrouve partout en Europe la même masse d’environ 20% de chômeurs, y compris en Allemagne où une très importante masse de chômeurs (ou de travailleurs) partiels vivent avec 400 € par mois. Dans certains pays comme l’Espagne, c’est 30%. Le chômage de masse est déjà là et rien n’interdit de penser qu’avec une politique d’austérité qui conduit directement à la déflation monétaire, cette masse ne va pas s’accroître encore. Avec les conséquences sociales et sociétales que l’on peut imaginer.

Manuel Valls n’a jamais caché son attachement sincère à cette politique « libérale ». Il s’en est fait le chantre au sein du parti socialiste dans la roue de DSK. Il est sans doute aujourd’hui le mieux placé pour l’appliquer. Michel Sapin sera son bras armé et consentant pour l’exécuter : comme François Hollande, il reste indéfectiblement attaché à l’euro, à la concurrence « libre et non faussée », aux engagements budgétaires européens, à la politique de l’euro fort (après celle du franc fort). Bref, à toute cette politique héritée de Jacques Delors (et de Jean-Claude Trichet) qui a fait tant de mal à la France et qui est en train de ruiner la zone euro. François Hollande s’en considère le digne héritier, Manuel Valls en sera l’administrateur.

Que va-t-il se passer maintenant ? Le gouvernement va mettre en œuvre son plan d’austérité. Il va essayer de négocier un petit délai avec Bruxelles. Peut-être l’obtiendra-t-il, mais le plan sera de toute façon appliqué. Comme les recettes budgétaires vont se contracter, un nouveau plan sera fabriqué pour amplifier le premier. Et de plans en plans, de contractions en contractions, de rigueur en austérité, la France va s’installer durablement dans la déflation. Et dans la dépression économique qui l’accompagne. Nous l’avons vu. Bien sûr, Arnaud Montebourg va s’agiter, courir au devant des entreprises qui licencient pour essayer de limiter les dégâts. Bien sûr, il va donner le change en s’affichant dans les médias pour rappeler qu’au gouvernement il soutient l’industrie. Mais de politique industrielle, il n’en a pas. En tout cas, aucune qui soit compatible avec le pacte de compétitivité que Valls et Sapin vont développer.

Quelles en seront les conséquences ? Les électeurs de gauche se sentiront toujours plus trahis par leurs élus, les électeurs de droite crieront au loup avec Copé et consorts, lesquels affirmeront que le gouvernement n’en fait pas assez dans la réduction budgétaire (alors qu’ils auraient fait la même chose s’ils étaient au pouvoir) : bref, la France va s’enfoncer dans le marasme et les divisions. Aucun grand projet  n’est à l’horizon, aucune vision positive ne se dégage, aucune espérance ne renaît. Le nouveau gouvernement à peine nommé est déjà dans une impasse. Manuel Valls est dans une impasse. Il sortira de cette aventure en guenilles et la France désemparée.

*Photo : CHESNOT/SIPA. 00643130_000007.

Valls traumatise la gauche de la gauche

19
manuel valls ps pacte competitivite

manuel valls ps pacte competitivite

Jusqu’à lundi soir, les politiques filaient unanimement la même métaphore – « claque », « gifle », « coup de poing» – pour qualifier la correction infligée par le corps électoral au gouvernement et à François Hollande. Mais depuis la nomination de Manuel Valls à Matignon hier matin, rien ne va plus. Les urnes ont certes parlé mais la plupart des représentants de la gauche peinent à comprendre le message des électeurs. Il faut avoir une sacrée dose de mauvaise foi intellectuelle pour voir dans le tsunami de dimanche un simple vote de contestation sans fond. Ne reculant devant aucune habileté stratégique, ces bolchéviques de la dernière heure prétendent que les Français ont massivement voté à droite pour exiger… « plus de gauche » !

Quand j’entends Henri Emmanuelli, Marie-Noëlle Lienemann et Cécile Duflot menacer François Hollande de ne pas voter la confiance au gouvernement de Valls parce qu’ils le jugent trop à droite, je me dis que le changement n’est vraiment pas pour maintenant. Et en entendant Michel Rocard confier hier soir au « Grand Journal » que son ex-poulain était « un peu jeune (à 51 ans !) pour être premier ministre », je me suis définitivement sentie téléportée à la huitième décennie du XXème siècle. Alors étudiante, j’observais, amusée, le célèbre trio des rocardiens Valls, Bauer et Fouks à l’affût des nouvelles recrues de l’Unef-Id qu’ils s’employaient à soustraire de l’influence plus fun des jeunes chevènementistes qui refaisaient le monde cigarette au bec dans les couloirs de la faculté de Tolbiac. Dès 1981, Manuel Valls fit ses premières armes centristes dans ce lieu hautement symbolique des dissensions idéologiques internes à la gauche, au milieu des batailles cinglantes qui opposaient Ligue Communiste révolutionnaire, Union des Etudiants Communistes et Mouvement des Jeunesses socialistes. Leur lutte pour la conquête du pouvoir ne connaissait de trêve que lorsque tous s’unissaient pour casser du « faf ».

Trente ans plus tard, la fronde gauchiste interne au PS illustre une réalité que les Français et les médias ont tendance à minorer : y compris au sein de son propre parti, François Hollande n’a jamais disposé de la majorité nécessaire pour conduire une politique de l’offre pourtant soutenue par le centre, une bonne partie de la gauche, l’ensemble de la droite et le MEDEF. Le « pacte de responsabilité» annoncé par l’homme de la synthèse en janvier n’est pas sans rappeler un projet politique méprisé, moqué et étouffé dans l’œuf, il y a trente ans sous Mitterrand. Tel un Lucifer de droite, Manuel Valls est aujourd’hui accusé d’en être l’infernal héritier.

À l’heure où la majorité des Français croule sous le chômage et les hausses d’impôt, pendant que le pays laisse filer sa dette et les investisseurs à l’étranger, la haine de la gauche de la gauche envers une politique innovante paraît d’autant plus délirante. Aidés de quelques intellectuels, ceux qui s’apprêtent à voter la confiance au nouveau gouvernement pourraient s’atteler à la tâche de donner enfin une doctrine à la mutation réformiste du PS – paradoxalement entamée dans les faits dès 83, mais pas dans les mots – afin d’en finir avec les vieilles lunes réactionnaires de l’extrême gauche française. Grâce à cette pâle lueur d’espoir ainsi offerte aux Français, l’idéal d’une social-démocratie à la française capable d’entrer de plain-pied dans la compétition économique mondiale deviendra peut-être un jour réalité.

*Photo : VILLARD/WITT/SIPA. 00680567_000033.

Remaniement d’avril

2

Le Président n’avait pas grand-chose à faire. Comme on dit, le message était clair. François Hollande l’a dit et répété, il a « entendu le message des Français ». Il fallait changer maintenant, pour de vrai, ça devait déménager. Exit le neurasthénique nantais et stop le chantier de Notre-Dame des Landes, on avait trop chatouillé les Verts. Out les ministres-s-e-s du genre Vallaud-Belkacem, Peillon et Taubira, on avait trop fait peur aux banlieues et aux familles catho. Bye bye l’arriviste hidalgo de la Place Beauvau, on avait quand même expulsé deux fois plus de Roms que Sarko.

C’était très simple : il suffisait de dégager tous ces fauteurs de troubles, de donner vraiment les moyens d’agir à un ou deux EELV, et de tout faire pour rattraper l’électorat traumatisé par deux ans de « réformes sociétales » aussi dangereuses qu’inopportunes. Pour en finir avec le hollandisme, rejeté par l’immense majorité des Français, le président n’avait plus qu’à remanier son attitude et son phrasé, imitant au mieux son prédécesseur survolté. Et les Français constateraient qu’ils avaient bien été écoutés, eux aussi.

Sauf que non, non, rien n’a changé. Tout va continuer. Au lieu de sanctionner Valls et Taubira pour leurs mensonges face caméra, Hollande fait de l’un son Premier ministre et laisse à l’autre le soin de mener à bien sa suicidaire réforme pénale. Premier résultat obtenu : les écolos claquent la porte et refusent d’avance leur vote de confiance, et les rigolos du Front de Gauche rejoignent officiellement l’opposition. Remaniement d’avril ? Attendez, ce n’est pas fini : sur seize nouveaux ministres,  les deux seuls nouveaux arrivants s’appellent François Rebsamen et… Ségolène Royal.

Autrement dit : personne n’est puni, tout le monde est promu. Les neufs ministres qui gardent leur fauteuil auront désormais davantage de prérogatives, afin de pouvoir poursuivre leur travail dans les meilleures conditions. Comme si on les félicitait pour leur politique, au moment même où les Français viennent de leur signifier qu’ils n’en voulaient plus. Quiconque a pu croire un instant que les socialistes reprendraient du poil de la bête d’ici les élections européennes peut aller se rhabiller. Ils seront tous à poil face à Copé et à un FN surgonflé.

À ce stade, on est tenté de se demander si François Hollande n’a pas calculé son coup. À moins qu’il ne soit une taupe de l’UMP, son pari doit reposer sur la probabilité d’avoir à remanier encore avant l’été. Dans cette perspective, évidemment, autant rajouter une couche bien grasse de « sociétalisme » pendant que c’est encore jouable. Parce qu’avec le scrutin proportionnel des européennes, le message des Français va finir par être trop lisible pour ne pas être compris. Les Verts feront dans les 10%, les rouges à peine moins, et le FN plus du double.

Il se pourrait bien que le changement, ce soit en juin. Et qu’alors, avec un peu de chance, Manuel Valls ait déjà perdu suffisamment de points de popularité pour ne plus menacer Hollande de concurrence déloyale en 2017. Il ne manquerait plus à ce dernier, dès lors, qu’à user de la dernière technique Sarkozy dont il ne se soit pas encore inspiré : nommer un « gouvernement d’ouverture », avec centristes dociles et écologistes bon teint, pour flatter toutes les parties et devenir le grand arbitre qu’il n’a jamais été. À moins, bien sûr, que la fessée soit telle qu’une dissolution s’impose. On peut toujours rêver.